[Flics, porcs, assassins] Pour la deuxième fois, des policiers sont reconnus coupables de la mort d’Abdelhakim Ajimi

Communiqué

Verdict de l’appel tenu à la Cour d’Aix-en-Provence les 14 et 15 janvier 2013 :

Les peines prononcées à Grasse l’an dernier ont toutes été confirmées, soit :

• Walter Lebeaupin (BAC) : 24 mois de prison avec sursis pour homicide involontaire et non-assistance à personne en péril ;

• Jean-Michel Moinier (BAC) : 18 mois de prison avec sursis pour homicide involontaire ;

• Jim Manach (police municipale) : 6 mois de prison avec sursis pour non-assistance à personne en péril.

Certaines parties civiles déboutées en première instance (les oncles) ont cette fois obtenu 2500 euros. La famille a aussi obtenu 2000 euros de plus par rapport à la première décision (frais de justice).

Nous remercions celles et ceux qui manifestent depuis 5 ans leur soutien à la famille Ajimi.

Les policiers ont annoncé qu’ils se pourvoiraient en cassation. Le combat continue de ce point de vue.

D’ores et déjà, aux côtés de la famille Ajimi, le comité Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi va désormais s’atteler à obtenir :

• La révocation immédiate des trois policiers reconnus coupables de la mort d’Abdelhakim Ajimi. Cette sanction administrative apparait en effet comme indispensable, parallèlement à la procédure judiciaire.

• L’interdiction de la clé d’étranglement comme pratique d’interpellation policière.

Comité Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi, 13 février 2013

 

(…) Pour Amnesty International, la condamnation avec sursis dont font l’objet les agents des forces de l’ordre semble peu sévère face à la gravité des actes commis alors même que le droit international prohibe toute sanction qui minimise la gravité du crime commis. Néanmoins, il s’agit de la première condamnation qui survient parmi les cinq affaires mentionnées dans son rapport du 30 novembre 2011 « France. Notre vie est en suspens ».

Suite au non-lieu dans l’affaire Boukrourou, Amnesty International a remis au ministère de la justice, le 20 décembre 2012, un état des lieux des procédures en cours sur cinq cas de personnes mortes aux mains de la police en France, dont l’affaire Abdelhakim Ajimi.

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Amnesty International France, 13 février 2013

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[Nantes] « Je vais me brûler à Pôle emploi »

Nantes : un homme s’immole par le feu devant le Pôle Emploi

Un chômeur en fin de droits s’est immolé devant le Pôle Emploi de Nantes. Il est mort des suites de ses blessures.

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Drame de la précarité. Un chômeur en fin de droits s’est immolé par le feu ce mercredi devant le Pôle Emploi de Nantes. Il est mort des suites de ses blessures, a indiqué la police.

Presse combustible (LExpress.fr, 13 février 2013)

 

(…) Plusieurs médias locaux avaient reçu lundi un mail de cet homme annonçant son intention de passer à l’acte dans la semaine devant son agence de Nantes-Est, pour protester contre le rejet de son dossier alors qu’il estimait avoir travaillé suffisamment d’heures. (…)

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Presse combustible (20minutes.fr, 13 février 2013)

 

(…) Le quotidien local Presse Océan a publié sur son site deux courriels envoyés mardi par cet homme :

Mardi 12 février, 10h12 : « Aujourd’hui, c’est le grand jour pour moi car je vais me brûler à Pôle emploi. J’ai travaillé 720 h et la loi, c’est 610 h. Et Pôle emploi a refusé mon dossier. »

Mardi 12 février, 12h55 : « Je suis allé à Pôle emploi avec 5 litres d’essence pour me brûler, mais c’est fermé le 12/02/2013 ; alors ça sera demain le 13 ou le 14, car ce serait vraiment préférable au sein de Pôle emploi merci. » (…)

Solidarité ouvrière, 13 février 2013

 

(…) Dans un communiqué, la CGT chômeurs « dénonce l’inhumanité avec laquelle les chômeurs sont traités les poussant comme aujourd’hui à mourir de pauvreté sous couvert de l’application d’une règle qui ne sert qu’à sanctionner, fliquer et humilier les chômeurs. »

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Presse combustible (Frédéric Brenon, 20minutes.fr, 13 février 2013)

 

(…) En août, un chômeur âgé de 51 ans s’était immolé devant son conseiller en emploi dans la banlieue parisienne. Il avait également succombé à ses blessures. (…)

Presse combustible (Agence Faut Payer, 13 février 2013)

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[PCC dégage !] Nouvelle immolation à Katmandou (Népal)

Centième immolation d’un Tibétain

Au Népal, un Tibétain était dans un état critique, mercredi 13 février, après avoir mis le feu à ses vêtements, a annoncé la police. C’est le centième cas d’immolation ou de tentative d’immolation rapporté depuis 2009, selon un bilan du gouvernement tibétain en exil.

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L’homme s’est aspergé d’essence puis a mis le feu à ses habits dans un restaurant près du stupa de Bodnath, l’un des sites bouddhistes les plus vénérés dans le monde, dans la capitale népalaise, Katmandou, a annoncé un porte-parole de la police, Keshav Adhikari.

« À environ 8h20 locales (3h35 à Paris), un homme d’une petite vingtaine d’années est arrivé dans un restaurant dans l’enceinte du stupa de Bodnath. Il est allé directement aux toilettes et s’est versé  de l’essence sur le corps et s’est immolé », a détaillé ce porte-parole.

Quelques touristes qui prenaient leur petit-déjeuner ont appelé à l’aide, et des policiers qui patrouillaient dans le secteur ont été alertés, a-t-il ajouté. « Les policiers ont éteint les flammes et l’ont emmené à l’hôpital. Il est dans un état critique, tout son corps a été la proie des flammes. Il a essayé de parler à l’hôpital, en vain », a indiqué M. Adhikari.

Il s’agit du centième cas d’immolation ou de tentative d’immolation depuis février 2009, selon les chiffres du gouvernement tibétain en exil à Dharamsala, dans le nord de l’Inde. Sur ce nombre, quatre-vingt-trois sont morts des suites de leurs brûlures.

De nombreux Tibétains ne supportent plus ce qu’ils considèrent comme une domination grandissante des Han, l’ethnie ultramajoritaire en Chine, dans la région du Tibet et la répression de leur religion et de leur culture. Pékin réfute ces allégations, estimant que les Tibétains bénéficient d’une liberté de culte. Le gouvernement met l’accent sur les importants investissements consacrés à la modernisation du Tibet, et à une meilleure qualité de vie pour ses habitants.

Presse combustible (Agence Faut Payer, 13 février 2013)

 

Les mesures anti-immolations de la Chine s’intensifient au Tibet

Les autorités chinoises ont arrêté 70 personnes dans le cadre de mesures de répression des immolations au Tibet, indique ce jeudi l’agence de presse nationale Chine nouvelle. Il s’agit du coup de filet le plus important depuis que le gouvernement chinois essaie de mettre un terme à ce genre de protestation.

Une centaine de Tibétains se sont déjà immolés par le feu depuis 2009, le plus souvent mortellement, dans de nombreuses parties de la province himalayenne. Ils entendent ainsi protester contre les autorités chinoises. Depuis quelques mois, le gouvernement chinois développe une nouvelle méthode pour décourager les opposants, retenant et emprisonnant des personnes accusés d’inciter aux immolations.

Condamné à la peine de mort

Fin janvier, pour la première fois en Chine, deux hommes avaient été condamnés à de lourdes peines de prison pour avoir incité huit personnes à s’immoler par le feu dans la province du Sichuan. Un moine tibétain avait été condamné à la peine de mort avec un sursis de deux ans, une sentence généralement commuée en prison à perpétuité. Son neveu avait écopé de dix ans de prison.

L’arrestation la plus récente s’est déroulée dans la province du Qinghai, dans le nord-est du Tibet. Douze des 70 personnes ont été formellement inculpées et seront poursuivies en justice, a indiqué l’agence Xinhua. Le chef de la police de la province de Qinghai, Lu Benqian, a accusé le Dalaï Lama d’« inciter des innocents à commettre des immolations ».

Pékin considère le Dalaï Lama, le chef spirituel du Tibet qui a fui la Chine en 1959, comme un indépendantiste violent. Le lauréat du prix Nobel de la paix déclare quant à lui ne rien chercher d’autre qu’une plus grande autonomie pour la province himalayenne.

Presse combustible (20minutes.fr avec Reuters, 7 février 2013)

 

Condamnés pour « incitation à l’immolation »

Deux Tibétains ont été reconnus coupables par la Chine d’avoir poussé des gens à se bouter le feu.

La justice chinoise a lourdement condamné un moine tibétain et son neveu pour avoir « incité » huit personnes à s’immoler par le feu, un premier verdict sur ce chef d’accusation assimilé à un homicide volontaire, a rapporté jeudi la presse officielle.

Lorang Konchok, 40 ans, a été condamné à la peine de mort avec sursis (presque toujours convertie en réclusion criminelle à perpétuité) et son neveu Lorang Tsering, 31 ans, à une peine de dix ans de prison, selon l’agence Chine nouvelle.

Près de cent immolations

Les deux accusés ont été reconnus coupables d’avoir « incité » et « contraint » huit autres Tibétains à mettre le feu à leurs vêtements, parmi lesquels trois sont décédés, a précisé l’agence en citant le jugement du tribunal d’Aba, situé dans une région tibétaine du sud-ouest du pays.

Presque cent Tibétains ont tenté de se suicider par le feu depuis 2009 en Chine pour protester contre la tutelle de Pékin sur leur terre millénaire et la répression implacable de leur religion et de leur culture. La plupart sont morts de leurs brûlures.

Pékin accuse régulièrement le chef spirituel des Tibétains, le dalaï lama, d’encourager les immolations par le feu.

La Cour suprême et les plus hautes instances judiciaires et policières chinoises ont annoncé en décembre que toute personne qui serait convaincue d’avoir aidé ou incité un Tibétain à s’immoler par le feu serait poursuivie pour « homicide volontaire ».

Pression chinoise

Rendues furieuses par leur impuissance à prévenir ces immolations, les autorités punissent en outre les proches du brûlé, en les maintenant sous pression et en leur empêchant l’accès à l’hôpital. En cas de décès, le corps est rarement restitué à la famille, ou il est incinéré en son absence.

Le pouvoir fait aussi l’impossible pour empêcher la diffusion d’informations concernant une immolation, en particulier les photographies ou les vidéos.

Pour que l’immolation soit connue, il faut en effet que la nouvelle parvienne à des membres de la communauté tibétaine en exil, eux-mêmes souvent en contact avec les ONG occidentales de défense de la cause tibétaine.

À chaque immolation les autorités coupent donc les rares connexions téléphoniques et numériques existantes et passent au crible les enregistrements des très nombreuses caméras de surveillance installées autour des monastères, lieux souvent choisis par les candidats au suicide.

Un Tibétain risque une longue détention en transmettant simplement dans un email un cliché ou un message rapportant une immolation.

Presse combustible (Agence Faut Payer, 31 janvier 2013)

 

Chine : la police arrête l’incitateur d’une auto-immolation au Qinghai

La police de la province du Qinghai (nord-ouest) a annoncé jeudi l’arrestation d’un Tibétain qui a tenté fin novembre de convaincre un autre Tibétain de s’immoler.

La police du district de Tongren a reçu le 19 novembre 2012 un appel selon lequel un homme avait stocké de l’essence dans une chambre d’hôtel. Elle a ainsi découvert la tentative d’auto-immolation du moine Drolma Je, âgé de 25 ans.

L’enquête sur l’affaire Drolma Je a conduit à l’arrestation de Phagpa, un homme de 27 ans qui avait incité Drolma Je à l’auto-immolation, précise le rapport de la police.

Le rapport révèle que Phagpa avait des contacts étroits avec des membres clé du « Congrès de la Jeunesse tibétaine » de la clique du dalaï lama. Il a échangé des informations avec cette organisation et pris des instructions par le biais d’Internet.

Phagpa avait étudié en Inde en juin 2005, dans un établissement créé par la clique du dalaï lama pour entraîner des séparatistes.

Depuis son retour en Chine en septembre 2011, il diffusait l’idéologie pro-indépendance parmi les élèves locaux alors qu’il travaillait comme enseignant dans un orphelinat local et organisait des cours de techniques informatiques et d’anglais.

Drolma Je a confessé, selon le rapport, que Phagpa l’avait incité à plusieurs reprises à s’auto-immoler entre juin et juillet 2012, en lui assurant que les photos de ce « sacrifice » seraient rendues publiques internationalement par des organisations basées en Inde.

La police a arrêté Phagpa pour homicide volontaire et Drolma Je pour atteinte à la sécurité publique.

Ces derniers mois, de multiples auto-immolations de tibétains ont eu lieu dans l’ouest du pays (le Qinghai, le Gansu et le Sichuan). Le gouvernement chinois a accusé le groupe du dalaï lama d’avoir incité et soutenu de tels actes.

Presse combustible (Chine Nouvelle, 25 janvier 2013)

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[Flics, porcs, assassins] La police travaille à la Grande-Borne (Grigny)

Grigny : il meurt en tentant d’échapper à la police

Un homme a été mortellement percuté, hier soir, à Grigny par une voiture après un contrôle de police à proximité de la Grande-Borne.

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La Grande-Borne (Grigny), hier soir. Un important dispositif de sécurité a été mis en place pour pallier tout débordement.

Un banal contrôle de routine a tourné au drame, hier soir à Grigny. À proximité du quartier sensible de la Grande-Borne, un jeune homme de 24 ans a trouvé la mort, renversé par une voiture, conduite par des particuliers.

Il est aux environs de 20 heures lorsqu’un équipage de la brigade anticriminalité (BAC), en poste place de la Treille, découvre deux barrettes de cannabis sur un homme à l’issue d’un contrôle.

Celui-ci s’y était soumis sans faire d’histoires. Mais, au moment où les policiers tentent de le faire monter dans leur véhicule afin de le conduire au commissariat, il prend brusquement la fuite. Dans sa course, il traverse l’avenue Victor-Schœlcher, une artère très fréquentée à cette heure.

« À ce moment-là, une voiture l’a percuté et l’a projeté sur l’autre voie, raconte un policier. Un second véhicule arrivant dans l’autre sens l’a heurté à son tour alors qu’il se trouvait au sol. » Souffrant de blessures multiples, le jeune homme reste au sol.

La victime était originaire de Sainte-Geneviève-des-Bois

« Il a alors été pris en charge par les fonctionnaires de la BAC qui ont procédé à son contrôle, poursuit cette même source policière. Ils ont tenté de lui faire plusieurs points de compression, mais son état s’est vite dégradé. » Pompiers et Samu sont rapidement sur place, mais, malgré les massages cardiaques, ils ne parviennent pas à le ranimer. Le jeune fuyard est décédé sur place quelques minutes plus tard. Très rapidement, le quartier a été sécurisé par une bonne quarantaine de policiers antiémeute. Un dispositif qui devait rester actif une grande partie de la nuit.

« Il faut mettre fin à toutes les rumeurs. Je précise qu’aucun véhicule de police n’est en cause dans cet accident », affirme Luc-Didier Mazoyer, le directeur départemental de la sécurité publique de l’Essonne.

Selon les premiers éléments de l’enquête, la victime n’est pas originaire du quartier de la Grande-Borne, ni même de Grigny, mais de la commune voisine de Sainte-Geneviève-des-Bois.

Un point d’information sur cet accident est prévu aujourd’hui, en fin de matinée, par le parquet d’Évry.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Laurent Degradi, LeParisien.fr, 13 février 2013)

 

Voulant échapper à la police, il meurt renversé par des voitures

Née en 1988, la victime est décédée à la suite de ses blessures, après la collision qui a eu lieu à Grigny.

Un homme d’une vingtaine d’années est mort mardi soir après avoir été renversé par deux voitures conduites par des particuliers alors qu’il tentait d’échapper à pied à un contrôle de police près du quartier sensible de la Grande Borne à Grigny (Essonne), a-t-on appris auprès de sources concordantes. Née en 1988, la victime est décédée à la suite de ses blessures, a indiqué à l’AFP le parquet d’Évry. Selon des sources policière et préfectorale, l’homme avait fait l’objet d’un contrôle de police auquel il s’est soustrait en prenant la fuite à pied.

Les véhicules impliqués sont des voitures de particuliers et la victime n’a pas été poursuivie par les policiers, a précisé une source policière. L’accident s’est produit peu après 20 heures à la limite des villes de Grigny et de Viry-Châtillon.

Un porte-parole du maire de Grigny, Philippe Rio (PCF) a déploré cet accident mortel précisant que le jeune homme décédé n’était pas originaire de la commune. Déployés mardi vers 22 heures à proximité de la cité de la Grande Borne classée zone de sécurité prioritaire (ZSP), des effectifs de police et des CRS n’étaient plus visibles peu avant 23 heures près de la cité qui semblait calme, a constaté un journaliste de l’AFP. Un point d’information sur cet accident est prévu mercredi en fin de matinée par le parquet d’Évry.

L’enquête a été confiée à la sûreté départementale de l’Essonne.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Agence Faut Payer, 12 février 2013)

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[Jeux olympiques d’hiver 2014 à Sotchi (Russie), Coupe du Monde 2022 au Qatar] Les esclaves travaillent

Coupe du Monde 2022 : « Le Qatar est un État esclavagiste du XXIe siècle »

La Confédération syndicale internationale a lancé dimanche une nouvelle salve de critiques contre les conditions de travail sur les chantiers du Mondial 2022 au Qatar. « La façon dont le Qatar profite de la situation des travailleurs immigrés est une honte pour le football. »

Signal d’alarme. La secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale (CSI) Sharan Burrow a estimé dimanche que de nombreux ouvriers immigrés risquent la mort en raison des conditions de travail difficiles sur les chantiers du Mondial 2022 au Qatar. « Plus de travailleurs vont mourir pendant la construction (des stades) que de footballeurs fouleront les terrains », a déclaré la responsable syndicale australienne dans une interview au quotidien grec Avgi. « Le Qatar est un État esclavagiste du XXIe siècle », a-t-elle ajouté.

Selon Mme Burrow, les ouvriers devront faire face à des températures pouvant grimper jusqu’à 50°C pendant l’été. « Ils risquent les crises cardiaques et la déshydratation… Beaucoup meurent la nuit, de coups de chaud », a expliqué la secrétaire générale, avançant le nombre de 191 décès d’ouvriers népalais pour la seule année 2010. Elle reproche aussi « le mur du silence » opposé par les autorités qataries, quand il s’agit d’évoquer les conditions de travail des ouvriers immigrés.

Mme Burrow a insisté sur le fait que les ouvriers n’avaient pas le choix de subir ces conditions de travail, car leurs employeurs confisquaient leurs passeports à leur entrée au Qatar. « La façon dont le Qatar profite de la situation des travailleurs immigrés est une honte pour le football », a jugé la responsable syndicale. « Les pressions sur le Qatar vont augmenter. Le Qatar ne peut plus acheter le respect de la communauté internationale », a-t-elle conclu. La CSI avait déjà lancé en novembre 2011 une campagne contre la tenue de la compétition dans le petit état du Golfe, un an environ après l’attribution de la compétition, le 2 décembre 2010.

Fondée en 2006, la CSI est la première organisation internationale syndicale en termes d’organisations affiliées et d’adhérents (301 organisations réparties dans quelque 151 pays en 2011). La plupart des syndicats français y sont affiliés : CFDT, CFTC, CGT et FO.

Presse esclavagiste (L’Équipe, 10 février 2012) via Solidarité ouvrière

 

Russie : Des travailleurs migrants employés sur les sites olympiques sont victimes d’escroquerie et d’exploitation

Un an avant le début des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, il est urgent que le CIO intervienne.

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Le Palais du patinage « Iceberg » (teinté de bleu irisé) et le Stade olympique Fisht, en cours de construction à Sotchi, la station balnéaire russe aux abords de la mer Noire qui accueillera les Jeux olympiques d’hiver de 2014.

(Lausanne, le 6 février 2013) – Des travailleurs migrants ayant participé à la construction des sites et des infrastructures pour les Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, en Russie, ont été victimes d’escroquerie et d’exploitation, a indiqué Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. À un an du coup d’envoi des Jeux olympiques d’hiver, la Russie et le Comité international olympique (CIO) doivent faire de la surveillance rigoureuse des droits des travailleurs sur les sites de construction olympiques une priorité essentielle afin de prévenir de nouveaux abus.

Le rapport de 67 pages, intitulé « Race to the Bottom: Exploitation of Migrant Workers Ahead of Russia’s 2014 Winter Olympic Games in Sochi » (« Course vers le bas : Exploitation de travailleurs migrants dans le cadre des JO d’Hiver de Sotchi de 2014 »), met en évidence l’exploitation des travailleurs migrants sur les sites olympiques clés comme le Stade olympique, le village olympique principal et le centre des médias principal. De nombreux travailleurs ont indiqué à Human Rights Watch que certains employeurs ne leur avaient pas versé le salaire promis, qu’ils exigeaient d’eux qu’ils travaillent 12 heures d’affilée avec peu de jours de repos et qu’ils avaient confisqué leur passeport et leur permis de travail, manifestement pour les forcer à continuer de travailler dans des conditions abusives.

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TÉLÉCHARGER LE RAPPORT INTÉGRAL (en anglais)

« À l’instar des athlètes participant aux Jeux olympiques d’hiver 2014, la Russie nourrit de grands espoirs et de grands rêves à Sotchi en tant que pays organisateur», a indiqué Jane Buchanan, directrice adjointe de la Division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch et rédactrice du rapport. « Mais l’exploitation des travailleurs n’est une victoire pour personne et la Russie doit de toute urgence changer de cap. »

Dans le cadre de la préparation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver qui auront lieu en février et mars 2014, la Russie a radicalement transformé la cité balnéaire de Sotchi située sur la mer Noire ainsi que les montagnes du Caucase avoisinantes en construisant des installations sportives de premier plan, des hôtels fastueux et des systèmes de transport et de télécommunication ultramodernes. Les dignitaires russes prévoient de faire de la région une « destination de choix pour les sports d’hiver ». Le grand nombre de projets de construction à Sotchi a imposé de faire venir des dizaines de milliers d’ouvriers, parmi lesquels plus de 16’000 travailleurs migrants provenant de l’étranger.

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Un travailleur migrant originaire de l’Ouzbékistan qui a travaillé sur le chantier de construction d’un centre commercial à Sotchi, en Russie, en vue des JO d’Hiver de 2014, mais dont l’employeur a refusé de lui verser deux mois de salaire.

Le rapport de Human Rights Watch se base sur des entretiens réalisés auprès de 66 travailleurs migrants employés sur des sites de construction olympiques et sur d’autres chantiers à Sotchi de 2009 à 2012. Ces travailleurs étaient originaires d’Arménie, du Kirghizistan, d’Ouzbékistan, de Serbie, du Tadjikistan, et d’Ukraine. Presque tous les travailleurs interrogés par Human Rights Watch à Sotchi occupaient des emplois peu rémunérés et peu qualifiés (menus travaux, menuiserie, soudure ou ferrure). Ils déclaraient gagner entre 55 et 80 roubles (de 1,80$US à 2,60$US) de l’heure.

Les travailleurs ont fréquemment signalé que les employeurs ne payaient pas l’intégralité des salaires et que dans certains cas, aucun salaire n’avait été versé. Un groupe d’ouvriers employés sur le Centre principal des médias, qui servira de plate-forme centrale des journalistes couvrant les Jeux olympiques, a travaillé pendant des mois sans recevoir de salaire, dans l’espoir d’obtenir finalement une rémunération. « Omurbek », un travailleur originaire d’Ouzbékistan, a indiqué qu’en décembre 2011, un sous-traitant sur le site lui avait proposé un emploi payé 770$ par mois.

« J’ai travaillé pendant près de trois mois… pour rien. Rien que des promesses, des promesses qu’ils nous ont faites », a indiqué Omurbek à Human Rights Watch.

Dans une lettre adressée à Human Rights Watch, un sous-traitant sur le projet du Centre principal des médias qui, d’après les propos des travailleurs, les avait embauchés a maintenu que ses travailleurs sont payés intégralement en temps et en heure.

De nombreux ouvriers travaillant sur les chantiers du Stade olympique et du Village olympique qui ont été interrogés par Human Rights Watch ont déclaré que les employeurs avaient retenu le premier mois de salaire. Les travailleurs ont reçu leur premier versement au bout de deux mois seulement et il leur a été dit qu’ils ne recevraient le premier mois de salaire qu’une fois que l’employeur aurait décidé qu’ils avaient mené à bien le travail. S’ils décidaient de partir avant ou s’ils étaient renvoyés, ils ne pourraient pas récupérer le premier mois de salaire.

Dans des lettres adressées à Human Rights Watch, l’entrepreneur général en charge du Stade olympique, Engeocom, et le responsable du projet, Botta Management Group, ont nié les allégations des travailleurs décrites dans des courriers que Human Rights Watch leur avait envoyés.

Tous les travailleurs migrants interrogés par Human Rights Watch à Sotchi ont déclaré avoir eu de longues journées de travail et très peu de jours de repos. Les sites ont maintenu un système basé sur deux roulements de 12 heures. Les travailleurs ont le plus souvent indiqué qu’ils travaillaient de 8h00 à 20h00 ou de 20h00 à 8h00 avec une heure de pause pour le repas et le changement de tenue. Ils travaillaient généralement sept jours par semaine pendant de longues périodes, avec seulement un jour de congé toutes les deux semaines. Or la loi russe fixe la durée de travail à 40 heures par semaine ; elle exige d’autre part le paiement des heures supplémentaires et au moins un jour de congé par semaine.

Human Rights Watch a également constaté des abus observés sur le chantier d’un complexe hôtelier destiné à accueillir des milliers de journalistes qui couvriront les Jeux olympiques. Deux hommes qui ont travaillé sur le site de Sotchi pendant près de trois mois ont indiqué qu’ils étaient arrivés d’Ukraine en mars 2012 avec 13 autres ouvriers. On leur avait promis 1500 $ par mois avec le logement et les repas inclus. Les travailleurs n’ont reçu aucun contrat de travail. Les hommes ont travaillé pendant des semaines sans aucun jour de repos et les salaires promis ne leur ont jamais été versés.

« Victor », le contremaître du groupe, a indiqué qu’ils continuaient de travailler car leur employeur leur avait promis à maintes reprises de les payer.

« Nous allons travailler jusqu’à demain, puis nous verrons », a-t-il expliqué à Human Rights Watch. « Chaque jour, nous travaillons jusqu’au lendemain, dans l’espoir d’être payés ». Après plus de deux mois de travail, chaque travailleur n’a reçu que 420$ environ, une fraction de ce qui leur avait été promis. Tous les travailleurs sauf un sont retournés en Ukraine en mai 2012.

La société pour laquelle les ouvriers déclaraient travailler, MonArch, une entreprise de construction russe, a indiqué dans un courrier adressé à Human Rights Watch en décembre 2012 qu’elle applique « des règles strictes en matière d’embauche… des travailleurs » et que ces travailleurs ont sans doute été engagés par l’un des sous-traitants de MonArch. MonArch a nié toute responsabilité à l’égard des actions de ses sous-traitants.

« Les athlètes, les journalistes et les visiteurs vont vivre les Jeux olympiques d’hiver 2014 dans des installations sportives de premier plan, des centres de diffusion radiotélévisée de pointe et des hôtels modernes », a indiqué Jane Buchanan. « Mais de nombreux travailleurs migrants ont dû s’échiner dans des conditions de travail abusives pour construire ces étincelantes façades et ces luxueux intérieurs. »

Bien que la plupart des travailleurs migrants interrogés par Human Rights Watch aient signé des contrats de travail, la plupart n’en ont obtenu aucune copie. Il arrivait parfois que les travailleurs ne reçoivent même pas de contrat.

Dans plusieurs cas signalés par Human Rights Watch, les employeurs exerçaient des représailles à l’encontre des travailleurs migrants qui protestaient contre les abus en les dénonçant aux autorités, ce qui a mené à leur expulsion de Russie. De tels cas démontrent la situation précaire des travailleurs migrants en Russie, notamment de ceux dépourvus de contrats susceptibles de justifier leur emploi, a indiqué Human Rights Watch.

Le logement est généralement proposé aux travailleurs en tant qu’élément de leur rémunération. Mais les habitations étaient souvent surpeuplées et les repas étaient insuffisants, compte tenu des longues heures de travail et de la pénibilité des tâches, a observé Human Rights Watch. Les chercheurs de Human Rights Watch ont vu les logements fournis à plusieurs travailleurs et ont observé que, parfois, jusqu’à 200 ouvriers vivaient très à l’étroit dans une maison prévue à l’origine pour accueillir une famille. Les travailleurs interrogés ont également décrit des conditions de surpeuplement similaires dans des baraques de chantier.

Les autorités russes, y compris l’entreprise publique Olympstroy qui est chargée de livrer des centaines de projets de construction et d’infrastructures olympiques, sont tenues, en vertu du droit national et international, d’assurer la protection des travailleurs. Olympstroy s’est engagée publiquement à protéger les droits du travail sur les sites entrant dans le cadre du programme olympique et exige des entrepreneurs impliqués dans la construction de sites olympiques qu’ils respectent le droit du travail russe. Olympstroy a mis en place un service interne destiné à coopérer avec l’inspection du travail régionale aux fins de la surveillance des droits des travailleurs sur les sites couverts par le programme olympique.

Les sociétés privées gérant et construisant ces sites ont également la responsabilité de s’assurer du respect des droits des travailleurs, a ajouté Human Rights Watch. Elles doivent procéder à un contrôle préalable afin d’identifier et prévenir les problèmes de droits humains à la fois relativement à leurs propres pratiques et relativement aux pratiques de leurs sous-traitants.

« Olympstroy a formulé publiquement des engagements importants, mais les abus systématiques observés sur les sites olympiques démontrent clairement une incapacité ou un refus de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir les droits fondamentaux des travailleurs migrants », a indiqué Jane Buchanan. « Il ne s’agit pas de problèmes touchant un seul travailleur ou des violations commises par un seul mauvais employeur, mais d’abus récurrents décrits par des ouvriers travaillant sur les grands chantiers olympiques. »

Le CIO, qui coordonne les Jeux olympiques, les voit comme une « force au service du bien » et place la promotion de l’idéal olympique de la dignité humaine parmi ses priorités. Depuis 2009, le CIO estime manifestement que sa responsabilité de préserver la dignité humaine inclut un engagement à intervenir au niveau du Comité d’organisation des Jeux olympiques du pays hôte en cas d’abus graves. Cet engagement implique également une intervention pour mettre fin aux abus à l’encontre des ouvriers migrants travaillant sur les lieux de construction de sites olympiques. Toutefois, le CIO n’a pas su apporter une solution globale pour protéger les droits des travailleurs à Sotchi, a indiqué Human Rights Watch.

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TÉLÉCHARGER LE RÉSUMÉ ET LES RECOMMANDATIONS DU RAPPORT (en français)

Compte tenu des problèmes de droits humains persistants et avérés qui se posent dans le cadre des préparatifs olympiques, Human Rights Watch demande au CIO de créer un comité permanent sur les droits humains qui s’engagerait auprès des pays hôtes en vue de définir, de surveiller et d’appliquer les engagements en matière de droits humains.

« Alors que le CIO se réunit à Sotchi cette semaine pour célébrer le début de la dernière année du compte à rebours avant les Jeux olympiques d’hiver, l’occasion lui est donnée de formuler un discours fort sur le respect de la dignité humaine en appelant publiquement les autorités russes à mettre fin à l’exploitation des travailleurs », a conclu Jane Buchanan. « Les Jeux olympiques symbolisent l’excellence et l’inspiration. Le monde ne doit pas applaudir les Jeux olympiques organisés en Russie lorsque ceux-ci reposent sur l’exploitation et l’abus. »

Human Rights Watch, 6 février 2013

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[Foxconn] Si le vote n’était pas le meilleur antidote contre nos grèves et nos révoltes, on ne nous l’assénerait pas, à tous les coups, à coups d’assemblées syndicales

Chine. Chez Foxconn, une ouverture en trompe-l’œil

L’annonce faite par le fabricant taïwanais de procéder à des élections “libres” de délégués du personnel dans ses usines chinoises n’est pas une mesure démocratique : elle servira seulement à éviter les explosions sociales.

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Manifestations, émeutes et même suicides : les ouvriers chinois sont poussés à des mesures désespérées par les conditions intolérables régnant dans les usines qui produisent sans relâche pour satisfaire l’insatiable demande mondiale de nouveaux gadgets. La décision de Foxconn 富士康科技集團, un gros sous-traitant d’Apple, d’autoriser les salariés à élire de véritables représentants syndicaux est une étape bienvenue sur la voie de la fin de ces abus.

Foxconn étant le plus gros employeur privé de Chine [1,2 million de salariés], sa décision de ne plus contrôler le syndicat maison montre de façon manifeste aux autres sociétés qu’elles n’ont pas à craindre une plus grande participation des salariés. Si les responsables syndicaux n’avaient pas été aussi liés à la direction et avaient été plus ouverts aux plaintes relatives à la santé, à la sécurité et aux conditions de travail, Foxconn aurait peut-être pu s’épargner les tragiques suicides de 2009 et de 2010 ou les émeutes qui ont provoqué la fermeture d’une usine l’année dernière.

La décision de l’entreprise en dit cependant moins long sur le développement des droits des travailleurs en Chine que sur le pragmatisme des dirigeants du Parti communiste confrontés à la pression sociale causée par l’urbanisation, la pénurie de main-d’œuvre et le ralentissement de l’économie. Les autorités ont compris que les travailleurs devaient pouvoir s’exprimer plus efficacement sur leur lieu de travail si elles ne voulaient pas qu’ils descendent dans la rue. Foxconn n’aurait pu songer à organiser des élections libres – qui sont inconnues en Chine même dans le cadre du travail – sans l’approbation du Parti. De fait, la liberté des représentants sera largement restreinte. Les élus qui dirigeront le syndicat de l’entreprise devront toujours être approuvés par la Fédération nationale des syndicats chinois, organisation d’État.

Avec ces élections libres, il ne s’agit pas de donner du pouvoir aux salariés, mais de relâcher une pression qui risque de déclencher une explosion de mécontentement que les autorités auraient peut-être du mal à contenir. Comme les médias sociaux, qui sont tolérés mais censurés, voire fermés, quand le débat public se fait trop critique, les syndicats ne pourront aller que jusqu’à un certain point. La plus grande menace qui pèse sur le pouvoir du parti, c’est l’instabilité sociale. La nouvelle direction ayant déjà du mal à endiguer la corruption et à restaurer la confiance de la population dans le gouvernement, le maintien de la paix sociale vaut bien quelques élections syndicales.

Presse esclavagiste (Financial Times via CourrierInternational.com, 11 février 2013)

 

Chine, quand les ouvriers s’éveilleront…

Du cheap made in China au made for China de qualité, cela fait un moment que l’on parle d’un changement de paradigme en Chine et de la fin d’un modèle de croissance basé uniquement sur les exportations et la main d’œuvre bon marché. Ce lundi on a donc lu dans le Financial Times que Foxconn souhaitait organiser des élections syndicales « libres » dans ses filiales en Chine. On a surtout vu un documentaire qui sera diffusé mercredi soir à 20h30 sur France Ô : Asie, le réveil ouvrier.

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Quelle puce a donc piqué Foxconn ? Le géant taïwanais de l’électronique était jusqu’à présent connu pour être le premier client d’Apple et le premier employeur de Chine. Il était aussi tristement réputé pour ses suicidés des heures sup et des cadences infernales. Il n’y a d’ailleurs pas si longtemps, les dirigeants du groupe taïwanais confiaient vouloir calquer leur modèle de mangement sur celui des zoos en remplaçant progressivement des ouvriers contrariés par des robots zélés.

Atelier du monde

Seulement voilà, l’assembleur de l’Iphone 5 et de l’Ipad a changé et entend aujourd’hui développer la représentativité syndicale à l’intérieur du groupe nous dit le Financial Times. Une petite révolution au sein d’une entreprise qui compte plus d’un million deux cent mille salariés rien qu’en Chine continentale. L’idée serait ainsi d’organiser des élections syndicales dans les usines chinoises du groupe, juste après les vacances du nouvel an lunaire, afin de voir augmenter le nombre de jeunes délégués syndicaux parmi les ouvriers. Si la chose se met en place, cela serait évidement le début des négociations collectives dans ce que certains n’ont pas hésité à qualifier d’atelier de « l’immonde » (Foxconn étant loin d’être le pire employeur, les sociétés de Chine continentale sont  souvent encore plus dures avec leurs salariés). Ce serait en tous cas une première au sein d’une multinationale dans un pays où seuls les syndicats maisons contrôlés par l’administration et la direction de l’entreprise ont droit de citer.

Hausse des salaires

Mais avant de tambouriner sur les chaines de montage, et en attendant la fin de « chunjié » (fête du printemps marquant le changement d’année lunaire), essayons de comprendre ce soudain revirement. Et d’abord, s’agit-il d’un revirement ? Pas sûr… Le groupe avait déjà après tout annoncé du rab sur les fiches de paie. Mais cela n’a rien changé explique Michaël Sztanke, auteur du documentaire diffusé mercredi soir sur France Ô qui commence justement par une visite chez les ouvriers du sous-traitant d’Apple. 200 euros par mois, 10 heures par jour, 6 jours par semaine, les petites mains de Foxconn ne s’arrêtent jamais et les heures sup sont rajoutées dans le salaire global afin de gonfler artificiellement le bulletin de paye à la fin du mois.

Demande intérieure

Ce revirement pas si soudain est aussi une demande de la nouvelle équipe de dirigeants chinois. Pékin à l’œil rivé sur le chaudron de la colère ouvrière qui menace à tout moment d’exploser. La demande intérieure prônée par le 11e plan quinquennal est liée à une hausse des salaires qui doit permettre d’upgrader la croissance chinoise. Reste maintenant à savoir si les promesses de Foxconn déboucheront véritablement sur une hausse de la représentativité syndicale ce qui semble difficile sans l’accord des autorités. Car évidement si la chose se produit, elle fera immédiatement boule de neige dans d’autres entreprises. Or pour le moment les syndicats indépendants sont techniquement interdits en Chine. « Foxconn n’est d’ailleurs pas la première entreprise qui a essayé de mettre en place des ‘élections démocratiques’ déclare Anita Chan à l’agence Reuters. Elles ont toutes captées l’attention internationale au moment des élections mais sans aboutir à rien » poursuit ce professeur au Centre de recherches sur la Chine contemporaine de l’Université de Sydney.

« Réveil ouvrier »

L’Asie, le réveil ouvrier montre ainsi une réunion organisée par un avocat de Shenzhen (sud de la Chine) qui a pour objectif d’apprendre aux ouvriers à se défendre. Mais pour l’instant, rien d’officiel. La réunion se tient dans un petit local discret en dehors des usines. Car la hausse des salaires réclamée par le pouvoir central, n’est pas du goût de tous les chefs d’entreprises. Et si beaucoup (Foxconn compris) délocalisent leurs chaînes de montage dans le grand ouest chinois où les salaires sont plus bas que sur la côte-est, dans le domaine du textile c’est carrément l’exode ! De nombreux patrons chinois n’hésitent plus à faire comme Calvin Klein, Diesel, HM et autre rois du prêt-à-porter occidental… Ils produisent là où c’est le moins cher ! Et la Chine n’est plus assez bon marché visiblement ! Les Chinois sont désormais très présents au Cambodge où le coût de la main d’œuvre est moins élevé que dans l’ex-atelier du monde. Ils sont aussi de plus en plus nombreux au Bangladesh, où le salaire mensuel d’un ouvrier de la chaussure est plus bas que le prix de la godasse vendue en magasin. Ce qui n’empêche pas les mouvements sociaux, bien au contraire. Des manifestations se sont déjà produites dans ces pays rappelle le film qui nous emmène à la rencontre de syndicalistes à Phnom Penh et à Dacca où les ouvriers du textile recevoivent au prix de haute lutte moins de trente euros par mois. Quand les ouvriers en Asie s’éveilleront ? C’est déjà fait !

Asie, le réveil ouvrier un film de Baozi production, le 6 février à 20h30 sur France Ô

À lire et à entendre sur le sujet : RFI 02.11.2013 Pourquoi le monde ouvrier fait peur au pouvoir chinois • RFI reportage 16.04.2012 Chine, l’usine de cartable se délocalise • Chine, l’usine de cartables se fait la malle by Stéphane Lagarde • Washington Post 01.02.2013 The era of cheap labor in China may be ending • Le Monde 20.10.2012 Les galériens de l’Iphone 5 • Slate.fr 31.08.2009 Chine, quand les salariés s’éveilleront… • RFI 15.02.2012 Le pont des soupirs des patrons cantonnais du textile • The Guardian 23 .01.2012 Chinese workers dance Gangnam Style to protest over unpaid wages

Presse esclavagiste (Stéphane Lagarde, blog RFI « Encres de Chine », 4 février 2013)

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[Notre-Dame-des-Landes / Bordeaux] « Cela fait penser à Tarnac » LOL

Bordeaux : des opposants à Notre-Dame-des-Landes écrivent au préfet et à Sud Ouest

Les opposants à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes menacent de s’attaquer aux lignes électriques.

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Au cours de la nuit de lundi à mardi, entre minuit et 2 heures du matin, un ou plusieurs individus se sont rendus devant la préfecture à Bordeaux, mais aussi devant les sous-préfecture de Langon, Arcachon et Libourne, ainsi qu’au siège de notre journal, pour déposer à chaque fois un colis contenant de gros boulons oxydés d’un pylône de ligne électrique à très haute tension accompagnés d’une lettre de soutien « aux inculpé(e)s de Notre-Dame-des-Landes ».

Le texte adressé au préfet de la Gironde précise que « Nddl, THT, LGV, les ZAD sont partout » et que « la situation risque d’être grave, car si l’on peut protéger les centrales nucléaires par des barbelés et éventuellement des pelotons de CRS, ce n’est pas le cas des pylônes ». L’affaire a été prise très au sérieux par les services de l’État. Le parquet de Bordeaux a saisi la Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) afin de conduire les investigations.

Au mois de décembre dernier, des opposants à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes avaient mené une action symbolique au péage de Saint-Selve, sur l’autoroute A62, mais ils avaient disparu dans la nature à l’arrivée des gendarmes.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Jean-Michel Desplos, SudOuest.fr, 12 février 2013)

 

Gironde : cinq colis mystérieux envoyés par des opposants à Notre-Dame-des-Landes

Mardi dans la nuit, le préfet, trois sous-préfectures et le journal Sud Ouest ont reçu une lettre et des boulons émanant des opposants au futur aéroport.

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L’affaire est prise très au sérieux par le préfet de la Gironde, Michel Delpuech. Il a été le destinataire dans la nuit de lundi à mardi d’un colis contenant de vieux boulons oxydés d’un pylône électrique, accompagnés d’une lettre de soutien « aux inculpé(e) s de Notre-Dame-des-Landes ». Outre le représentant de l’État, les sous-préfectures d’Arcachon, de Langon et de Libourne, ainsi que le siège de Sud Ouest, ont été destinataires d’envois similaires.

Le projet de Notre-Dame-des-Landes, qui prévoit le transfert de l’actuel aéroport de Nantes sur ce nouveau site à l’horizon 2017, suscite une vive opposition de la part de certains partis politiques comme Europe Écologie-Les Verts, le Parti de gauche ou le Modem. Il est soutenu, en revanche, par l’État, les collectivités locales, le PS et l’UMP.

Régulièrement, les opposants n’hésitent pas à mener des actions spectaculaires tandis que, sur place, le terrain est toujours occupé par plusieurs dizaines de contestataires. Un collectif de lutte a par ailleurs créé un blog, et une association citoyenne intercommunale des populations concernées a vu le jour et mène un combat sans relâche contre le projet.

Dans la nuit de lundi à mardi, entre minuit et 2 heures du matin, un ou plusieurs individus ont donc rendu visite au préfet de la Gironde en déposant au pied de l’immeuble du quartier Mériadeck, en plein cœur de Bordeaux, le fameux colis avec la missive de soutien et de « solidarité ».

Le texte précise : « Nddl, THT, LGV, les ZAD [NDDL : Notre-Dame-des-Landes ; THT : très haute tension ; LGV : ligne à grande vitesse ; ZAD : zone d’aménagement différé] sont partout. » Et : « La situation risque d’être grave, car si l’on peut protéger les centrales nucléaires par des barbelés et éventuellement des pelotons de CRS, ce n’est pas le cas des pylônes. » Ce ou ces mêmes personnes se sont également rendues dans trois sous-préfectures et quai des Queyries à Bordeaux, devant notre journal, où une enveloppe a été jetée sur le seuil de la porte à 0h35.

« Cela fait penser à Tarnac »

Le procureur de la République a été alerté sur ces faits en début de matinée et, en raison de la nature des menaces, a aussitôt saisi la Direction interrégionale de la police judiciaire. Des techniciens du Service régional de l’identité judiciaire ont examiné les boulons et les courriers, à la recherche de traces et d’indices. Mais ces pièces à conviction étaient déjà passées entre plusieurs mains, et il sera sans doute difficile aux policiers d’exploiter un élément. Des bandes vidéo ont aussi été saisies.

Cette action concertée des opposants à Notre-Dame-des-Landes n’est pas sans rappeler celle menée, un dimanche après-midi du mois de décembre dernier, par un petit groupe qui avait fait le siège du péage autoroutier de Saint-Selve, sur l’A 62, aux portes de Bordeaux. Quelques individus avaient distribué des tracts et ouvert les barrières aux usagers avant que la gendarmerie n’intervienne. Mais à l’arrivée des forces de l’ordre, les manifestants s’étaient évaporés dans la nature.

« Cela fait penser au village de Tarnac, en Corrèze, où de jeunes militants de l’ultra-gauche étaient soupçonnés, en 2008, d’être à l’origine de sabotages sur les lignes SNCF », commente un fonctionnaire du renseignement intérieur.

Hier, tandis que les investigations débutaient à Bordeaux, une trentaine d’opposants au projet manifestaient, dénudés, devant le palais de justice de Saint-Nazaire pour soutenir deux des leurs, poursuivis pour s’être promenés nus près des gendarmes lors d’une intervention sur le site en novembre 2012.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Jean-Michel Desplos, SudOuest.fr, 13 février 2013)

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[Mali] Pour qui combat l’armée française ?

« Air Cocaïne » refait surface : Le « service de sécurité malienne » accuse Ould Medou, Colonel Gamou et Sadou Diallo et pourtant, d’autres suspects ont été libérés après le 22 mars 2012

Si les sieurs Ould Médou, colonel Gamou et Sadou Diallo, maire de Gao sont aujourd’hui suspectés de complicité dans la libération de narcotrafiquants liés à l’affaire d’« Air Cocaïne », il faudra signaler que d’autres suspects et non des moindres ont également été élargis en Août 2012, c’est-à-dire,  après le coup d’État du 22 mars.

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Ould Médou (g), colonnel Gamou (au centre) et le maire de Gao Maire Sadou Diallo (d)

Dans un article signé « Service de Sécurité malienne » publié sur Maliweb.net, « Suspicion de complicité pour la libération de deux narcotrafiquants », l’auteur accuse les colonels Ould Médou, El Hadj Gamou et Sadou Diallo de complicité dans la libération, samedi dernier,  de présumés narcotrafiquants liés à « Air Cocaïne ».

L’on constate, soit dit en passant, que ce n’est pas tous les jours que les lecteurs ont droit à un article de presse signé « Service de Sécurité malienne » ; une maladresse, selon toute évidence.

L’affaire remonte à novembre 2009. Un  Boeing 727 venant du Venezuela et transportant de la cocaïne avait atterri dans la région de Gao. Après avoir déchargé leur cargaison, les trafiquants ont mis le feu à l’appareil. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), ce n’était pas la première fois que les trafiquants opéraient sur le même axe.

Il s’avère, en tout état de cause, que des suspects de premier degré ont été, eux aussi libérés en catimini, sans autre forme de procès (au propre). Miguel Angel Devesa, de nationalité espagnole et Éric Vernay, de nationalité française, préalablement inculpés dans la même affaire, ont été en effet relaxés. Comme par miracle et sans explication aucune, leurs avocats ont obtenu l’annulation de la procédure. C’était en Août 2012, soit cinq (05) mois après le putsch du 22 mars et sous le règne de l’actuel ministre de la justice, M. Malick Coulibaly.

De graves présomptions existaient pourtant contre  les deux européens. L’Espagnol Miguel Angel Devesa est un ancien policier déjà condamné en Espagne pour trafic de drogue. Il est considéré comme le véritable cerveau de « Air Cocaïne ». Quant au français Éric Vernay, il était le pilote du même avion. Les deux suspects ont bel et bien libérés en Août 2012 dans des conditions encore floues.

Par ailleurs, l’Espagnol (Miguel Angel Devesa) a été condamné au Mali dans une autre affaire de meurtre. Souvenez de ce fait divers macabre : « Pour 400 millions de FCFA Des espagnols de Bamako tuent leur associé » avait alors titré la presse.

Pour rappel, Thomas alias Johnny, de nationalité ukrainienne avait été abattu de trois balles le  22 août 2011 par le Portugais Suza Miranda, garde de corps de l’Espagnol Miguel Angel Devesa. Les deux hommes ont ensuite découpé le cadavre en morceaux à l’aide d’une scie électrique.

Arrêtés et inculpés pour meurtre et de complicité, de détention illégale d’arme à feu, la Cour d’Assises, lors de son audience du jeudi 27 octobre 2011, a condamné Aquilino Sousa Meranda et Miguel Angel Devesa à 5 ans de prison avec sursis. Un verdict alors jugé trop (pas très)  clément au regard de la gravité des faits. C’était en Octobre 2011, c’est-à-dire avant la chute du régime ATT.

La magnanimité de la justice malienne semble s’être visiblement poursuivie après ATT et même pis. Et pour cause. Si la procédure concernant l’espagnol Miguel Angel Devesa est arrivée à son terme dans l’affaire du meurtre de Thomas alias Johnny, elle a été tout simplement interrompue après le coup d’État de mars 2012 dans l’affaire « d’Air cocaïne ».

C’est dans ce contexte que l’on annonce aujourd’hui la complicité des sieurs Ould Médou, colonnel Gamou et Sadou Diallo dans la libération de présumés narcotrafiquants liés à la même affaire. Une véritable boîte de Pandore, ce dossier.

À suivre donc !

Leur presse (B.S. Diarra, Maliba Info, 12 février 2013)

 

La jeunesse de Gao mécontente du maire

Cela fait plus d’une semaine que les jeunes avaient décidé de faire une marche pacifique pour protester contre les pratiques « pas claires » du maire. La situation est confuse dans la ville de Gao où les populations se révoltent de plus en plus contre leur maire. Depuis son retour dans la ville, selon notre source, le maire Saoudou Harouna Diallo pose des actes incompatibles avec la vision de la population. En effet, le dimanche 03 février, Saoudou H. Diallo aurait empêché une descente des populations sur le narcotrafiquant et non moins maire de Tarkint, Baba Ould Cheick. Ce qui a provoqué l’ire des jeunes, c’est la présence de ce narcotrafiquant dans la station SONEF à Gao, et qui plus est, escorté par une colonne d’hommes armés. Du coup, des jeunes de la ville s’étaient engagés à lui faire la peau. Subitement, explique notre source, le maire Diallo s’est interposé avant l’arrivée de la troupe française. Cette situation a irrité les jeunes au point qu’ils ont initié une grande marche le lendemain pour exprimer leur courroux. Heureusement, le colonel-major Didier Dacko a joué de son expérience pour calmer les ardeurs. Mais depuis, les populations de la ville de Gao ne font plus confiance à leur élu local. Pire, elles estiment qu’il n’est pas blanc comme neige, du moins qu’il entretiendrait des relations avec ce narcotrafiquant. Cette situation risque de prendre d’autres allures dans les jours, si des mesures ne sont prises pour mettre de l’ordre dans les choses. (…)

Leur presse (Le Reporter via Maliweb.net, 12 février 2013)

 

Mali : Ménaka sous contrôle de l’armée malienne après le départ du MNLA

Les troupes maliennes et françaises continuaient leur avancée sur le terrain, mardi 12 février, en prenant notamment la ville de Ménaka, située à 80 km de la frontière nigérienne, qui était depuis le 5 février sous le contrôle des rebelles touareg du MNLA. Ménaka été reprise par l’armée malienne, sans combats.

« Nous contrôlons Ménaka depuis quarante-huit heures. Actuellement, ce sont l’armée malienne et l’armée française qui sont à Ménaka. Le MNLA n’est plus là », a déclaré le colonel malien Alaji Ag Gamou. « On ne peut pas dire qu’il y a eu vraiment de combat. Le MNLA a compris qu’il fallait partir », a ajouté le colonel Ag Gamou, précisant que « trois éléments armés du MNLA » avaient été arrêtés à Ménaka, où ils étaient détenus. (…)

Publié par des larbins du narcotrafic (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer, 12 février 2013)

 

Les armées française et malienne ont repris Gao

(…) La ville de Gao a été reprise samedi par les armées française et malienne, a annoncé le ministre de la défense français, après avoir confirmé, plus tôt dans la journée, la prise d’un pont sur le Niger et de l’aéroport de Gao, un bastion islamiste situé à 1200 km au nord-est de Bamako. Dans un communiqué, le ministère a affirmé que « dès ce (samedi) soir, Sadou Diallo, le maire de Gao réfugié à Bamako, a pu regagner sa ville ». (…)

Publié par les mêmes larbins du narcotrafic (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer et Reuters, 26 janvier 2013)

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Chambéry sous surveillance

La vidéo-surveillance se développe à Chambéry : le carcan, c’est maintenant !

Sous le masque de la « vidéo-protection », notre No man’s land chambérien, terre de barbares et de sauvageries bien connu, devrait bientôt retrouver sa tranquillité.

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Le conseil municipal à majorité PS a en effet voté en février 2012 le déploiement de caméras de surveillance dans le centre-ville. Les travaux ont débuté fin décembre 2012 et engagent dès lors une dépense estimée à 250’000 €. Sur les 16 caméras prévues, les premières ont été installées Place St Léger, Rue de Boigne, Faubourg Montmélian, Boulevard de la Colonne, Place de l’Europe (voir photos plus bas). Rapidement, tout le centre-ville mais aussi Chambéry le Haut vont être mis sous surveillance. Quand les sociaux-démocrates font le travail de l’UMP décomplexé, on se demande s’il faut encore se donner la peine de marquer une si médiatique frontière gauche / droite. Nous nous efforcerons plutôt de vous exposer nos arguments contre ce projet inefficace et coûteux, mais surtout liberticide et éminemment condamnable moralement.

En effet, le thème de l’insécurité fait recette depuis plus de 10 ans et la délinquance agite fréquemment les journaux de 20h. C’est même devenu la tarte à la crème à chaque veille d’élection. Si nous ne nions nullement l’existence de conflits et de heurts dans notre société, nous ne pouvons pour autant souscrire à l’idéologie véhiculée par cette terminologie. L’inégalité économique et sociale et la misère qui en découle sont à la source de ces contestations qui évoluent parfois en révolte ou se cantonnent le plus souvent dans une lutte pour la survie. Or, de quoi, de qui est-il question ? De hordes cruelles de jeunes qui font fuir les passants ? De dangereux fanatiques venus guerroyer en pleine rue Juiverie ? Ou pire, la si souvent oubliée délinquance en col blanc, des fanatiques de Moody’s ou de Standard & Poor’s prêts à saigner les bons contribuables chambériens ?

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Et bien Non, il n’en est rien. L’AN2V — ex-Association Pour la Vidéo-surveillance, on ne peut pas les soupçonner de gauchisme — a conduit l’étude préalable à l’installation des caméras. Cette dernière nous apprend que, de 2006 à 2010, la délinquance, déjà faible, a baissé de 22,3 % à Chambéry ! Elle nous renseigne également sur les incidents de la STAC (les bus de l’agglo sont déjà sous-vidéosurveillance) : 15 incidents en tout, 2/3 d’insultes, 2 cas de violences contre les contrôleurs et 3 jets de pierres… ou de boules de neige. Johannesburg, Beyrouth à quand le jumelage ?

C’est ici que les masques tombent : il n’est pas question pour les élus de s’attaquer à la délinquance mais bien de virer et de parquer les mendiants, les marginaux et autres indésirables de tout poils. Pour vous en convaincre, le chef de la police nationale à Chambéry défend dans ce rapport l’idée de s’opposer aux « flux entrants » de SDF en posant une caméra Rue Saint François de Sales. Autre public visé, les résistants à cette logique totalitaire. La police aimerait en effet également « pouvoir utiliser la vidéo-surveillance en cas de manifestations ». C’est finalement avec l’Estasia du 1984 d’Orwell qu’il faudra envisager un jumelage.

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Parfaitement injustifiée, ciblant les plus pauvres ou les manifestants, la vidéo-surveillance n’a même pas fait la preuve de son efficacité à établir un flicage pacificateur. Un rapport du Ministère de l’Intérieur britannique — pas non plus des copains — indique que « la vidéo-surveillance ne peut pas être considérée comme un succès ». Le Royaume-Uni ne sait que faire des images produites par ses 4,2 millions de dispositifs de vidéo-surveillance. Là encore, ce rapport explique dans ses conclusions qu’à défaut de résoudre des crimes, il y a bel et bien un intérêt : pouvoir détecter les personnes indésirables comme les « mendiants » et les « marchands ambulants » (!). Il faut aussi noter que le grand banditisme s’est très bien adapté et que les commerçants du centre ville se mettent le doigt dans l’œil jusqu’au cou s’ils pensent qu’une caméra arrêtera une voiture bélier.

Mais à qui profite le crime ? L’étude de l’AN2V est on ne peut plus orientée et l’investissement dans la capitale de la Savoie s’élève à déjà à 258’000 €. D’autres chiffres donnent le vertige. à Lyon le coût de déploiement a finalement atteint 9,1 millions d’euros, sans compter les 140’000 euros annuels pour la surveillance de 20 caméras. Certes, le dispositif chambérien sera « passif » et les bandes seront visionnées seulement à la demande. Mais rien ne nous garantit une escalade, la mairie nous a déjà fait le coup avec la surveillance des bus, puis de la piscine et enfin de l’installation actuellement en cours. Marché juteux pour les Thales, Cisco et autres Securitas.

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Pourtant, même si l’on nous faisait la preuve d’une once d’efficacité et d’un coût ridicule, la vidéo-surveillance est avant tout une attaque contre notre liberté.

Le droit à ne pas être suivi nous apparaît évident, il sera pourtant remis en cause lors de votre traversée du centre-ville. Dans sa logique paranoïaque, l’enregistrement permanent, de jour comme de nuit, fait de chacun·es un délinquant potentiel. Qu’est-ce qui s’opposera à terme à l’installation de caméras dans les classes, dans les salles de pauses, dans les salons… ? On nous prétexte ainsi l’idée que « celui qui n’a rien à se reprocher n’a pas peur d’être filmé ». On sait pourtant que nous modifions notre comportement dès que nous nous savons surveillés. Si l’on mettait tout le monde sur écoute téléphonique, que dirait-on encore vraiment ? C’est pourtant bien ce qu’il se passe avec les caméras ! Pour les sceptiques, signalons que les systèmes de type passif comme celui installé dans notre ville évoluent vers l’identification des comportements par des logiciels. La Détection Automatique d’Anormalité (DDA), loin d’être encore au point (heureusement !) était suggérée dans le rapport de l’AN2V. Une identification mécanique des comportements et encore plus des intentions suppose une définition mécanique de l’homme et de son projet d’existence. HAL 9000, l’ordinateur fou de 2001 L’Odyssée de l’Espace, a déjà déposé un CV à madame le maire.

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Comme vous pouvez le voir, cette installation ne vise qu’à attiser les peurs, à souffler sur les braises de la paranoïa sécuritaire. Restreindre les libertés de tous et d’abord des pauvres et des manifestants, voilà un projet réjouissant. Cette extension de la vidéo-surveillance est politicienne, elle cherche à fournir une réponse pire que le mal à des commerçants et à un électorat du centre et de droite, réel objectif de Bernadette Laclais pour les municipales de 2014. Les causes de la délinquance sont pourtant toujours liées à la misère, qu’est-ce que cet aménagement liberticide va y changer ?

Seules l’égalité économique et la justice sociale peuvent mettre un terme à la violence et aux logiques de contrôle social. La vidéo-surveillance ne fait que restreindre nos libertés, en nous divisant toujours un peu plus. Elle est un outil du pouvoir pour régner sur l’ensemble de la population en entretenant soigneusement le terrain de la peur de l’autre. Toutes celles et ceux qui partagent ce constat sont invités à nous rejoindre pour le faire savoir :

Ni à Chambéry, ni ailleurs ! La vidéo-surveillance nous enferme !

Fédération anarchiste de Chambéry, 5 février 2013

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[Romans, Isère] Initiative locale contre un projet de destruction de terres agricoles

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Mailing Reclaim the fieds, 13 février 2013

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[La liberté ou la mort] L’IRSN travaille

Un accident nucléaire en France coûterait 430 milliards d’euros

SAINT-PAUL-LEZ-DURANCE, Bouches-du-Rhône – Un accident similaire à la catastrophe de Fukushima au Japon pourrait coûter à la France quelque 430 milliards d’euros, soit l’équivalent de 20% de son PIB, selon une étude de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN).

Environ 100.000 personnes pourraient être déplacées en cas d’accident majeur sur l’un des 58 réacteurs français et de contamination radioactive de l’environnement, entraînant une destruction des cultures et des coupures massives de courant.

« Un accident majeur aurait des conséquences terribles, mais il va bien falloir s’en occuper, le pays ne va pas être annihilé pour autant, et donc il faut en parler, mais c’est difficile », a déclaré Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN, qui présentait à Cadarache (Bouches-du-Rhône) une étude sur l’impact financier d’une crise nucléaire.

Un accident aurait aussi un impact sur les exportations françaises et sur le tourisme, le plus important au monde en nombre de visiteurs, a souligné l’institut.

« Les coûts d’image seraient considérables, aussi élevés que les coûts radiologiques », a souligné Patrick Momal, économiste à l’IRSN, responsable de cette étude présentée sur le site du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) de Cadarache.

« Le tourisme est une activité importante en France et les coûts directs n’affecteraient pas seulement la région touchée, mais le pays tout entier », a-t-il ajouté.

Même en dehors de la zone contaminée, les stars de la gastronomie française à l’exportation, comme le vin, susciteraient la crainte des consommateurs étrangers, note l’IRSN.

« VENTS FAVORABLES »

C’est la première fois qu’un institut public chiffre l’impact économique d’une catastrophe nucléaire en France, pays le plus dépendant de cette énergie au monde, où le coût peu élevé de l’électricité produite par les centrales constitue un argument majeur pour légitimer l’industrie nucléaire.

Sa publication intervient deux ans après la catastrophe de Fukushima, qui a coûté environ 200 milliards d’euros au Japon, soit deux fois moins que le coût estimé en France, selon l’IRSN.

« Les vents ont été favorables aux Japonais, comme autrefois lors des invasions mongoles. Au Japon, le tourisme international ne représente pas grand-chose. C’est plutôt une clientèle de visiteurs d’affaires », explique Patrick Momal.

L’IRSN a étudié différents scénarios. Un accident équivalent à celui de Fukushima ou à celui qui s’est produit à Tchernobyl en 1986 — classé 7, le niveau maximum de gravité sur l’échelle INES — pourrait atteindre 430 milliards d’euros.

Un accident classé niveau 6, comme celui de Three Miles Island aux États-Unis en 1979, coûterait environ 120 milliards d’euros et entraînerait le déplacement de quelque 10.000 personnes.

L’accident nucléaire le plus sérieux en France a eu lieu en 1980 à la centrale de Saint-Laurent-les-Eaux. Il fut classé 4 sur l’échelle Ines.

La France compte actuellement 58 réacteurs en activité et neuf prototypes, dits de première génération, sont à l’arrêt.

Un 59e réacteur doit être mis en service en 2016 à Flamanville, où le chantier du premier réacteur français de troisième génération accuse quatre ans de retard et des surcoûts importants.

François Hollande s’est engagé à fermer d’ici la fin de l’année 2016 les deux réacteurs de la centrale de Fessenheim, la plus vieille du parc français, en raison notamment de sa situation en zone sismique et inondable.

Le président socialiste souhaite réduire de 75 à 50% d’ici 2025 la part du nucléaire dans la production d’électricité, en développant massivement les énergies renouvelables et en réduisant la consommation.

Publié par des larbins de la mafia du nucléaire (Michel Rose, Reuters, 7 février 2013)

 

Le coût d’un accident nucléaire en France ? Plus de 400 milliards d’euros

L’Institut de sûreté nucléaire a évalué l’impact d’un accident nucléaire « grave » ou « majeur » en France. Son coût irait jusqu’à 430 milliards d’euros. Un montant sans commune mesure avec l’explosion de l’usine AZF ou le naufrage de l’Erika, évalués autour de 2 milliards d’euros.

L’Autorité de sûreté nucléaire le répète souvent pour appuyer sa doctrine : « l’accident nucléaire est possible en France ». Presque deux ans après la tragédie de Fukushima, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), qui joue un rôle d’expert public sur les risques nucléaires, a présenté ce mercredi au centre de recherche de Cadarache (Bouches-du-Rhône) ses travaux sur « le coût d’un accident nucléaire ». Ceux-ci s’appuient sur une étude présentée en novembre lors du forum Eurosafe à Bruxelles (voir ci-dessous).

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Cette étude évalue l’impact économique pour la France d’un accident grave (niveau 6 sur l’échelle Ines) à 120 milliards d’euros et celui d’un accident majeur (niveau 7, comme Tchernobyl ou Fukushima) à 430 milliards d’euros. Des coûts sans commune mesure avec l’explosion de l’usine AZF ou le naufrage de l’Erika, évalués autour de 2 milliards d’euros. Un tel accident serait de fait inédit en France : le plus grave, intervenu à Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) en 1980, a été classé au niveau 4.

Un coût global équivalent à « trois à six années de croissance »

Un accident de niveau 6 correspondrait à une fusion du coeur du réacteur, suivie de rejets radioactifs « contrôlés ». Sur les 120 milliards d’euros, le premier poste serait, paradoxalement, un « coût d’image » (47 milliards d’euros), lié à une chute du tourisme et des exportations agro-alimentaires. Le second (44 milliards d’euros) correspondrait à une forme de transition énergétique accélérée : un accident réduirait la durée d’exploitation des centrales de dix ans, estiment l’étude.

Le coût global, qui représenterait 6 % du PIB soit « trois à six années de croissance » serait ainsi plus national que local. Alors que les associations anti-nucléaires rappellent que la centrale de Nogent-sur-Seine (Aube) n’est qu’à 100 kilomètres de Paris à vol d’oiseau, « les écarts de coût en fonction de la localisation existent mais ne sont pas majeurs », note l’étude.

Dans ce type d’accident, le nombre de « réfugiés radiologiques » serait limité à 3.500 personnes, ce qui constitue la grande différence avec un accident de niveau 7. Des rejets radioactifs « massifs » impliquerait par contre le départ de 100.000 personnes de la zone contaminée, avec un nombre « élevé » de cancers. Ainsi, alors qu’un accident de niveau 6 serait « un désastre national (…) néanmoins gérable », un accident de niveau 7 deviendrait « une catastrophe européenne ingérable », notamment parce que les conséquences économiques pour les populations touchées serait massif (110 milliards d’euros).

Avec un impact global dépassant 400 milliards d’euros, la seule référence comparable citée par les auteurs serait celle d’« une guerre régionale ». En novembre, l’opérateur de la centrale de Fukushima, Tepco, a indiqué que les seuls chantiers de décontamination et le dédommagement des populations touchées pourrait coûter 100 milliards d’euros.

La publication de ces recherches, destinées aux « gestionnaires de crise et aux autorités de sûreté », intéresse aussi les anti-nucléaires, qui estiment que le nucléaire entraîne une forme de concurrence déloyale en n’intégrant pas le coût d’une assurance contre son risque.

Publié par des larbins de la mafia du nucléaire (Véronique Le Billon, LesEchos.fr, 6 février 2013)

 

Nucléaire  : une revue des risques d’accidents par centrale en 2014

L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire est en train de chiffrer l’impact d’un accident pour chaque centrale nucléaire. En France, tous les regards se tournent vers le site de Nogent-sur-Seine (Aube), située à une centaine de kilomètres à vol d’oiseau de Paris.

En présentant mercredi soir l’impact économique d’un accident majeur dans une centrale nucléaire, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a indiqué qu’il travaillait désormais à chiffrer les risques « géographiques » de chacun des dix-neuf sites français. L’impact économique d’un accident dépend en effet largement du lieu d’implantation de la centrale (densité de population, économie locale…) et des conditions météorologiques, a justifié Jacques Repussard, directeur général de l’IRSN. « Fukushima est un accident majeur, avec une importance des rejets radioactifs très élevée, mais les conditions du site, bordé par la mer, et de vent lors de l’accident ont rendu son expression relativement modérée », a-t-il rappelé.

100.000 « réfugiés radiologiques »

En France, tous les regards se tournent vers la centrale de Nogent-sur-Seine (Aube), située à une centaine de kilomètres à vol d’oiseau de Paris, et dont un accident pourrait donc entraîner potentiellement un nombre important de « réfugiés radiologiques ». La population de 100.000 « réfugiés radiologiques » concernés en cas d’accident majeur (niveau 7) est une moyenne, a souligné Patrick Momal, chef du laboratoire d’économie des risques nucléaires et co-auteur de l’étude présentée mercredi.

Un accident majeur à la centrale de Gravelines (Nord) concernerait ainsi, selon les premiers résultats de l’IRSN, environ 120.000 personnes, celle de Dampierre (Loiret) environ 35.000 et celle du Bugey (Ain), près de Lyon, environ 160.000. Dans le cas du Bugey, toutefois, Lyon ne serait pas forcément la plus touchée : une étude des vents a montré que le « panache » radioactif serait probablement relativement mince et partirait vers le nord et le sud de la centrale. Bâle et Zurich, en Suisse, pourraient en revanche être davantage concernées. Cette étude site par site, qui sera achevée en 2014, n’a pas encore été réalisée sur la centrale de Nogent-sur-Seine.

La probabilité d’un accident grave (niveau 6 sur l’échelle Ines) est inférieur à 1 sur 10.000 par an, et celui d’un accident majeur (niveau 7, type Tchernobyl ou Fukushima) est inférieur à 1 sur 100.000, a rappelé l’IRSN mercredi soir à Cadarache (Bouches-du-Rhône). « Leur faible probabilité ne compense pas leur potentiel catastrophique », a indiqué Patrick Momal. À l’étranger, d’autres centrales sont installées proches de sites nucléaires, a ajouté Patrick Momal : Doel près d’Anvers en Belgique, Indian Point près de New York. Et Hong-Kong sera à proximité de vingt-deux réacteurs, a-t-il noté.

Publié par des larbins de la mafia du nucléaire (Véronique Le Billon, à Cadarache, LesEchos.fr, 7 février 2013)

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[La liberté ou la mort] Tchernobyl sous la neige

Le sarcophage de Tchernobyl se serait en partie effondré

Une destruction partielle des murs et du toit de l’enceinte de confinement du réacteur 4 de Tchernobyl (Ukraine) serait survenue mardi 12 février, selon le service de presse de la centrale, cité, mercredi matin, par le journal La Pravda et l’agence de presse Ria Novosti.

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Le chantier du sarcophage de Tchernobyl, le 17 septembre 2007.

Les dégâts, touchant une surface de 600 m² et provoqués par l’accumulation de neige, auraient affecté un bâtiment annexe du réacteur. Selon le service de presse de la centrale, « les constructions en question ne constituent pas une partie substantielle de l’enceinte de confinement » et « aucun changement de la situation radiologique n’est détecté ». L’effondrement n’aurait pas fait de victime.

Le réacteur 4 de Tchernoblyl est celui qui a explosé dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, provoquant la plus grande catastrophe de l’histoire du nucléaire. Un premier sarcophage avait été construit dans l’urgence autour du réacteur dans les mois qui ont suivi l’accident. Mais cette structure s’est dégradée avec le temps et elle n’assure pas un confinement.

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La centrale nucléaire de Tchernobyl après l’explosion, en avril 1986.

La construction d’une nouvelle enceinte de béton et de métal, haute de 108 mètres, a débuté en avril 2012. Ce nouveau sarcophage, d’un coût de 1,5 milliard d’euros, ne sera pas terminé, au mieux, avant l’automne 2015.

Contacté par Le Monde, le groupe Bouygues, l’un des actionnaires de Novarka, le consortium européen chargé de construire l’arche métallique qui doit recouvrir l’ancien sarcophage de béton, reconnaît qu’un « incident » a eu lieu sur le site mardi. « À peu près dix mètres de toiture d’un bâtiment abritant des turbines de l’ancien réacteur numéro 4 se sont effondrés, apparemment à cause du poids de la neige, explique une porte-parole du constructeur. Mais il s’agit d’un bâtiment conventionnel, qui ne dégage pas de rayonnement en soi. »

LES SALARIÉS ÉVACUÉS

Le chantier de la nouvelle arche, situé à seulement 150 mètres de ce bâtiment, a néanmoins été immédiatement arrêté et les salariés présents ont été évacués, une dissémination dans l’atmosphère des poussières radioactives présentes sur ces structures étant toujours possible. « Des mesures de la radioactivité sont en cours et sont pour l’instant rassurantes », assure-t-on chez Bouygues.

Le chantier ne devrait toutefois pas reprendre tout de suite. « Nous attendons que les autorités ukrainiennes nous garantissent que le reste de cette toiture ne risque pas de s’effondrer à son tour », explique le constructeur, qui précise que des ouvriers sont actuellement en train de déblayer la neige présente sur les structures les plus fragiles.

Publié par des larbins de la mafia du nucléaire (Pierre Le Hir et Cédric Pietralunga, LeMonde.fr, 13 février 2013)

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[Le travail c’est la santé] Histoire ordinaire d’un travailleur du nucléaire

EDF et le nucléaire : Proglio patron voyou ?

Le patron d’EDF menacé de poursuites pénales pour « travail dissimulé » dans les centrales nucléaires.

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Avec d’abord l’histoire ordinaire d’un travailleur du nucléaire…

On va l’appeler Éric. Son histoire est racontée par le Canard Enchaîné. Deux jours après avoir appris qu’il était atteint d’un lymphome, une forme de cancer, il est licencié par son employeur, un sous-traitant d’EDF, qui l’envoyait travailler dans les réacteurs nucléaires un peu partout en France, au gré des contrats.

Éric a un défaut : il est consciencieux. À force d’attirer l’attention sur des dysfonctionnements et des défauts de maintenance qui lui semblent inquiétants sur les sites nucléaires, au lieu d’être écouté, il est viré.

Il a un cancer, mais pas de chance, son ex-employeur a « perdu » — perdu entre-guillemets — son dosimètre, cet appareil qui mesure tout au long de sa carrière la somme des radiations subies par un ouvrier du nucléaire. C’est vraiment malheureux, et ce n’est pas si rare selon le Canard, malheureux, car faute de dosimètre, impossible d’évaluer exactement la prise de risque du salarié, et le lien éventuel avec son cancer.

Une histoire ordinaire, elle illustre une situation qui irait bien au-delà du cas de cet ouvrier du nucléaire…

« Proglio accusé d’être un patron voyou » titre le Canard Enchaîné. Explication : le 24 janvier, Henri Proglio, le PDG d’EDF, reçoit un courrier de l’ASN. Dans ce courrier, l’Autorité de sûreté nucléaire menace l’électricien en chef de poursuites pénales pour sa gestion du personnel dans les centrales nucléaires. Il est accusé dans cette lettre de « prêt de main d’œuvre à but lucratif » et de « travail dissimulé ». Comme n’importe quel margoulin du BTP souligne encore le Canard.

Officiellement, EDF parle de « sous-traitance ». Courrier de l’ASN à l’appui, le Canard traduit en langage courant : « combine ».  Une combine simple : des entreprises complaisantes mettent à disposition d’EDF leurs personnels, employés par EDF sans le statut maison. Adieu les bons salaires, l’ancienneté, les primes et les avantages variés.

Le Canard précise encore que dans ses bilans financiers, EDF classe ce personnel sous la rubrique « Fourniture », au même titre qu’une vulgaire prise électrique.

Des fournitures au bord de la crise de nerfs : face aux cadences et au stress du travail en milieu nucléaire, le risque d’épuisement psychologique guette dans les centrales toujours selon le Canard. D’ailleurs le comité d’hygiène et de sécurité a tiré le signal d’alarme tout récemment en déposant un « droit d’alerte pour danger grave et imminent ».

De son côté, l’Autorité de sûreté nucléaire demande à EDF de mettre de l’ordre dans ses centrales en « ré-internalisant » des missions confiées à de faux sous-traitants.

La justice aura de toute façon son mot à dire : l’ASN a transmis ses procès-verbaux aux procureurs de Cherbourg, Dieppe et Rouen. En théorie, pour manquements au droit du travail, EDF risque 250’000 euros d’amende et son PDG 3 ans de prison. En théorie…

Presse esclavagiste (Jean-Christophe Martin, FranceInfo.fr, 13 février 2013)

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Flashball et autres saloperies : œil pour œil, œil pour œil…

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Une nouvelle victime – John David, ouvrier intérimaire de chez Arcelor Mittal, manifestait devant le parlement européen de Strasbourg mercredi 6 février 2013 avec des travailleurs français, belges et luxembourgeois. Les flics ont tiré au flashball, dans le tas, à hauteur de la tête des manifestant-e-s. Lui a reçu une balle dans l’œil, dont il a perdu définitivement l’usage.

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Indymedia Nantes, 9 février 2013

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[Terrorisme d’État] Révélations sur le drame d’In-Amenas

Révélations sur le drame d’In-Amenas : trente otages tués par l’armée algérienne, neuf militaires tués

Habib Souaïdia, ancien officier des forces spéciales de l’armée algérienne, a confié au site Algeria-Watch son analyse de l’attaque terroriste meurtrière du site gazier de Tiguentourine, le 16 janvier 2013, fondée sur des témoignages inédits qu’il a pu recueillir. Des révélations explosives, qui attestent le rôle de la brutale répression des forces de sécurité algériennes dans la mort des trente-huit otages étrangers séquestrés par le commando islamiste.

Que s’est-il vraiment passé lors de la gigantesque prise d’otages opérée le 16 janvier 2013 sur le site gazier de Tiguentourine – à 60 km de la petite ville saharienne d’In-Amenas –, dont la répression par l’armée algérienne, dès le lendemain, s’est soldée par la mort d’au moins trente-sept otages étrangers, un otage algérien et vingt-neuf assaillants, selon le bilan officiel ? Pourquoi cette agression et son issue tragique ? La déferlante médiatique qui a suivi ce drame dans le monde entier n’a apporté à ce jour aucune réponse sérieuse à ces questions. Et cela pour une raison simple : à de rares exceptions près, presque toutes les « informations » données par les médias occidentaux ont simplement répété celles fournies par des « sources sécuritaires » anonymes citées par la presse algérienne, francophone comme arabophone. Les témoignages publics des otages survivants, recueillis à chaud ou plus tard, sont inévitablement restés très partiels. Et la visite très encadrée de 145 journalistes algériens et occidentaux sur le site, le 31 janvier, n’a fourni aucune information significative. Une source quasi unique, donc : celle des officiels du régime et des journalistes algériens qui sont de notoriété publique les porte-parole officieux du Département du renseignement et de la sécurité (DRS), la police politique aux commandes du pays depuis 1992.

C’est un autre éclairage que je voudrais apporter ici : celui tiré de mon expérience d’ancien officier des forces spéciales de l’Armée nationale et populaire (ANP) de 1989 à 1995 (dont j’ai rendu compte en 2001 dans mon livre La Sale Guerre [Habib Souaïdia, La Sale Guerre. Le témoignage d’un ancien officier des forces spéciales de l’armée algérienne, La Découverte, Paris, 2001 (nouvelle édition en poche : La Découverte, Paris, 2012)]), avant d’être réfugié politique en France et observateur toujours attentif, depuis, de la scène sécuritaire et politique algérienne. Cette expérience m’a permis d’obtenir des informations totalement inédites à ce jour, fournies notamment par des militaires patriotes bien informés, sur les faits qui se sont enchaînés après cette nuit tragique du 16 janvier.

Mais avant d’évoquer ces témoignages décisifs sur le déroulement des opérations à Tiguentourine, il me faut rappeler quelques constats de bon sens, à la portée de tous les observateurs objectifs, pour prouver l’absurdité des informations contradictoires – impossible de les répertorier toutes – délivrées par le régime algérien sur le déroulement de l’attaque et de sa répression, ainsi que sur les motivations supposées de leurs acteurs. Je me limiterai aux réponses contradictoires apportées à deux questions essentielles : d’où venaient les terroristes ? Pourquoi ont-ils conduit cette opération ?

Les contradictions de la version officielle

Selon la version officielle, c’est un groupe terroriste « multinational » de trente-deux hommes d’origines diverses (Algérie, Tunisie, Égypte, Niger, Mauritanie, Canada et France) qui aurait conduit l’opération. Avec au moins deux variantes sur leur base de départ. La première est donnée dès le 17 janvier par le ministre de l’Intérieur Dahou Ould Kablia : « Je peux vous affirmer que ce groupe, fort d’une trentaine d’hommes surarmés, venait des frontières libyennes où il a été formé et entraîné. » C’est la version documentée en détail par le journaliste sécuritaire Mounir B. le 19 janvier [Mounir B., « In Amenas. Révélations sur une attaque terroriste », Liberté, 19 janvier 2013]. Puis, après le démenti formel du gouvernement libyen du même jour [« Provenance du groupe terroriste. Le Premier ministre libyen contredit Ould Kablia », Liberté, 19 janvier 2013], est venue une autre explication : « Selon la [nouvelle] version du ministre de l’Intérieur, il paraît plus clair maintenant que le commando islamiste est arrivé de Agalhouk au nord du Mali, non loin de la région de Tinzaouatine, en passant de la frontière algéro-malienne à la frontière algéro-nigérienne avant d’entrer dans la région d’Abid, Ijil et Tiguentourine, le site du complexe gazier, selon la version officielle. Le périple à travers le désert aurait pris deux mois [Moncef Wafi, « Attaque du complexe gazier d’In-Amenas : des vérités et des zones d’ombre », Le Quotidien d’Oran, 23 janvier 2013. Voir également : Nejma Rondeleux, « Abdelmalek Sellal explique la prise d’otages d’In-Amenas et défend le choix de fermeté », Maghreb émergent, 21 janvier 2013]. »

Au fil des jours, les deux versions (« malienne » ou « libyenne ») ont été évoquées alternativement par la presse algérienne. Mais, dans les deux cas, que les terroristes soient venus de Libye ou du nord du Mali en traversant le Sahara algérien – un « périple » d’au moins 1500 km – ou en passant par le Niger et la Libye, comment croire qu’ils auraient pu échapper aux forces de sécurité algériennes présentes dans la région et disposant d’importants moyens de surveillance à même de déceler tous les déplacements humains, même de nuit, de part et d’autre de la frontière ? Car, depuis 2011, « pas moins de 7000 gendarmes de la GGF [Gendarmerie garde-frontières] sont en position défensive au niveau de la bande frontalière algéro-libyenne » [Ikram Ghioua, « Situation sécuritaire régionale et banditisme. La gendarmerie face à de nouveaux défis », L’Expression, 10 juillet 2012], sans compter les unités de l’ANP installées au Sahara pour faire face aux nouvelles menaces perçues par le régime à ses frontières, du fait des révolutions libyenne et tunisienne, ainsi que des tensions au Mali et au Niger.

Après la dégradation de la situation au Nord-Mali (région appelée « Azawad » par les Touareg, d’origine berbère) avec l’annonce de l’« indépendance » de l’Azawad par les Touareg du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad) en avril 2012 [MNLA, « Déclaration d’indépendance de l’Azawad », <www.mnlamov.net>, 6 avril 2012], les chefs du DRS et de l’ANP ont en effet décidé d’adapter l’organisation de leurs forces dans la région en créant deux sous-régions militaires, décision officialisée le 5 juillet 2012, comme l’indiquait le site d’information Tout sur l’Algérie : « Selon nos informations, deux nouvelles sous-régions militaires seront prochainement créées. Elles seront respectivement rattachées à la 4e région (Ouargla) [où a eu lieu la prise d’otages d’In-Amenas] et à la 6e (Tamanrasset) [d’où serait arrivé le groupe terroriste], avec comme principale mission la protection et la surveillance des frontières. Les deux nouvelles sous-régions seront dirigées par un commandement autonome, avec des prérogatives semblables à celles des régions. » [Sonia Lyes, « Pour faire face aux nouvelles menaces aux frontières. L’armée nationale va se doter de deux nouvelles sous-régions militaires », TSA, 23 juin 2012]

Ces deux régions militaires sont aujourd’hui dirigées par deux généraux-majors parachutistes qui ont été des « champions de la sale guerre » dans les années 1990 : le général-major Amar Athamnia (ancien commandant du tristement célèbre 12e RPC, le « régiment des assassins »), à la tête de la 6e région militaire depuis mai 2005, et le général-major Abderrezak El-Chérif, commandant de la 4e région militaire depuis 2006 [Pour plus de détails sur ces criminels et leurs collègues militaires, voir ma postface à la nouvelle édition de 2012 de mon livre La Sale Guerre, op. cit.]. L’ensemble du nouveau dispositif militaire déployé dans le Sahara est coordonné par le général-major Kadour Bendjemil, chef adjoint du Commandement des forces terrestre, dans un centre opérationnel appelé DOZD (Direction opérationnelle zone désertique) ; il comporte plus de 20’000 soldats et plusieurs bases militaires (dites « Atoll »), pour mener des missions aériennes (avions et hélicoptères) de combat et d’attaque, de transport et de renseignement.

La mission actuelle de la 4e région militaire est de prévenir la menace en provenance de Lybie et de renforcer la protection des champs pétroliers. Quant à la 6e région militaire, elle abrite le Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cémoc) des quatre « pays du champ » (Algérie, Mali, Mauritanie et Niger), créé en avril 2010 pour mieux lutter contre les actions d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et d’autres groupes armés.

L’armée algérienne dispose dans la région de plusieurs dispositifs de surveillance aérienne. En 2011 et 2012, des experts américains ont apporté aux autorités algériennes leur savoir-faire en matière de sécurisation et de surveillance des frontières. Ces hommes sont venus plusieurs fois dans la 6e région militaire avec des officiers du DRS pour faire des expertises et installer des solutions visant à parer les tentatives de déstabilisation de la région. Les partenaires américains ont ainsi aidé à installer une gamme variée de matériels high-tech, notamment des drones, des avions de surveillance et des ballons de surveillance à haute altitude, tous équipés de caméras sophistiquées.

Et en novembre 2012, le site Web Magharebia.com (sponsorisé par l’Africom, commandement de l’armée américaine pour l’Afrique) détaillait les efforts de surveillance engagés par l’armée algérienne : « L’Algérie étudie la création d’un système de contrôle sophistiqué pour contrôler ses frontières et sécuriser les points de passage qu’utilisent les terroristes et les trafiquants pour entrer dans le pays depuis le Sahara. […] Le ministre [de la Défense] a d’ores et déjà rencontré des délégations issues d’entreprises étrangères spécialisées dans les systèmes de surveillance. […] Ce système devra fonctionner par le biais du déploiement de points électroniques de surveillance, d’alarmes et de radars capables de détecter les tentatives d’entrée clandestine des individus comme des véhicules dans le pays. Il œuvrera en conjonction avec le lancement d’opérations aériennes intensives le long de la frontière. […] Des unités de l’armée algérienne ont commencé à construire, au mois de novembre, une clôture électrique de 50 kilomètres de long entre la ville algérienne de Bourj Badji Mokhtar et le territoire malien. » [Walid Ramzi, « L’Algérie envisage de se doter d’un système de surveillance frontalière », <http://magharebia.com>, 16 novembre 2012. Pour un panorama plus global des efforts d’armement de l’Algérie depuis la fin des années 1990, voir : « Le Maghreb, le jeu des grandes puissances et la guerre de leadership. Les raisons d’un surarmement », El Watan, 20 février 2008.]

En bref, il semble assez improbable que la progression du commando terroriste vers un site aussi stratégique que celui de Tiguentourine, situé dans une zone plus surveillée que la présidence de la République, ait pu s’opérer à l’insu des forces de sécurité algériennes, qui avaient donc tous les moyens de l’arrêter avant qu’il attaque, ce qui suscite inévitablement le soupçon de leur complicité dans l’opération.

Les étranges justifications de Mokhtar Belmokhtar, le « Ben Laden du Sahara »

Le même doute s’impose quant à la motivation du raid terroriste donnée par le « djihadiste » qui l’a revendiqué dès le 17 janvier au nom d’Al-Qaida (dans une vidéo diffusée le 20 janvier par le site mauritanien Sahara Médias), Mokhtar Belmokhtar, alias Khaled Abou El-Abass : il viserait, a-t-il expliqué, le régime algérien « pour avoir permis au colonisateur d’hier d’utiliser son sol et son espace aérien pour tuer les nôtres au Mali » ; tout en indiquant : « Nous sommes prêts à négocier avec les pays occidentaux et le régime algérien à condition que s’arrêtent l’agression et le bombardement contre le peuple malien musulman, notamment celui de l’Azawad et le respect de sa volonté d’appliquer la charia sur son territoire. »

Cette justification a été reprise sans discussion par l’agence en ligne mauritanienne Agence Nouakchott d’information (ANI) – qui a expliqué que « l’attaque terroriste de la base de vie Sonatrach-BP de Tiguentourine (In Amenas) serait une réponse à l’ouverture de l’espace aérien algérien à l’armée française » –, ainsi que par toute la presse algérienne, comme par exemple Liberté, le 22 janvier : « C’est la première fois de son histoire que l’Algérie permet officiellement le survol de son territoire par des avions de guerre étrangers. » [Azzeddine Bensouiah, « Survol du territoire algérien par les avions de guerre français. Le ministre de la Communication ne savait pas ! », Liberté, 22 janvier 2013] Il s’agit là d’un autre indice que le groupe pouvait être manipulé par le DRS, car cette histoire n’est pas crédible. Les autorités françaises et algériennes collaborent en effet depuis longtemps dans les domaines militaires et du renseignement. Les avions militaires français ont de longue date pu survoler le territoire algérien avec à chaque fois des autorisations ad hoc du régime, comme le prouve par exemple le crash oublié d’un Mirage F1 en décembre 2006 près de Constantine [Hassan Moali, « De retour d’une opération militaire au Tchad. Un Mirage F1 français s’écrase à Oum Bouaghi », El Watan, 7 décembre 2006]. À l’époque aussi, c’est motus et bouche cousue de la part du pouvoir algérien : aucun ministère n’a jugé utile de communiquer sur cet « incident ». La seconde chose qui a attiré mon attention est que le régime affirme que « l’opération a été préparée depuis des mois » – ce qui paraît assez probable –, alors qu’il est accusé par Al-Qaida d’« avoir permis au colonisateur d’hier d’utiliser son sol et son espace aérien pour tuer les nôtres au Mali ». Ce motif avancé par Mokhtar Belmokhtar, qui s’est prudemment abstenu de participer à l’opération qu’il a revendiquée, ressemble fort à une justification opportuniste fabriquée au dernier moment.

Il faut dire que, depuis plus de dix ans, les journalistes sécuritaires de la presse algérienne tiennent une chronique incroyablement détaillée des faits et gestes de Belmokhtar – parfois même annoncés avant même qu’ils surviennent ! –, décrit comme un « Ben Laden du désert » dès 2005 [« Et voila le nouveau El-Para, Ben Laden du désert », L’Expression, 5 janvier 2005], combinant actions terroristes et trafics divers (cigarettes, voitures volées, etc.). Et, de 2007 à 2009, il aurait poursuivi des négociations très poussées pour se rendre aux autorités algériennes, négociations qui auraient abouti [Ikram Ghioua, « Quel statut pour Mokhtar Benmokhtar ? », L’Expression, 22 Septembre 2009], avant que sa reddition soit finalement infirmée. Cette légende, évidemment jamais confirmée par des journalistes indépendants, tout comme l’impunité dont jouit depuis si longtemps le personnage, ont nourri la conviction de nombreux observateurs que Belmokhtar était très probablement un agent (épisodique sinon permanent) du DRS [C’est notamment le cas des services de renseignement américains, au moins jusqu’à la fin des années 2000, comme l’ont rapporté deux journalistes américains : Eli Lake et Jamie Dettmer, « One-Eyed Terror Leader’s Government Connections », <www.thedailybeast.com>, 23 janvier 2013. Ces journalistes citent ainsi un câble secret de l’ambassade des États-Unis à Bamako révélé par Wikileaks, en date du 18 mars 2009, rendant compte du point de vue d’un leader touareg, un certain Ag Ghalla : « Ag Ghalla a affirmé être aussi surpris que tout le monde face à la réticence du gouvernement algérien à s’en prendre aux camps de Belmokhtar dans le nord du Mali. Il a dit qu’il ne pouvait qu’en conclure que Belmokhtar était soutenu par certains milieux du gouvernement algérien, évoquant ensuite la légendaire réputation de Belmokhtar pour ses échappées de dernière minute et son improbable talent pour ne jamais être au mauvais endroit au mauvais moment. »]. De même que le fameux Abderrezak « El Para » [Voir : Salima Mellah et Jean-Baptiste Rivoire, « Enquête sur l’étrange “Ben Laden du Sahara” », Le Monde diplomatique, février 2005] (officiellement arrêté en 2004, mais toujours jugé depuis… par contumace !), ou encore Abou Zeid ou Yahia Abou Hamama, tous deux alliés inconditionnels des combattants touaregs d’Ansar Eddine – une organisation armée islamiste apparue en 2012, dont les chefs entretiennent des liens étroits avec ceux du DRS [Voir notamment : « Le bien étrange porte-parole d’Ansar Eddine », KalimaDZ, 31 octobre 2012 ; et Salem Ferdi, « Des émissaires de Iyad Ghaly à Alger : Ançar eddine lâcherait AQMI et le Mujao », Le Quotidien d’Oran, 4 novembre 2012].

À cet égard, il est important de souligner que, dans une vidéo diffusée le 7 décembre 2012, Belmokhtar a tenu à démentir lui-même, pour la première fois, le fait qu’il aurait tenté de se rendre aux autorités algériennes. Comme s’il cherchait à mieux crédibiliser son étrange annonce, dans cette même vidéo, qu’il se séparait définitivement d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) — dont les liens avérés avec le DRS remontent au début des années 2000 [Voir : François Gèze et Salima Mellah, « « Al-Qaida au Maghreb », ou la très étrange histoire du GSPC algérien », Algeria-Watch, 22 septembre 2007] — et que son nouveau groupe « El Mouwakaoune Bidima » (les signataires par le sang) se ralliait à Al-Qaida « mère » (dont l’existence même aujourd’hui est pourtant largement questionnée par les experts sérieux [Voir notamment à ce sujet le témoignage d’Alain Chouet, ancien chef du service « Renseignement de sécurité » de la DGSE, au Sénat français le 29 janvier 2010, « Al-Qaida est morte en 2002 »])… Cette mise en scène théâtrale, assortie de menaces contre « ceux qui planifient la guerre au nord du Mali » et « tous ceux qui participent ou planifient l’agression contre nos peuples », se concluait ainsi : « Nous riposterons avec force, nous aurons notre mot à dire, nous vous combattrons jusqu’à chez vous et nous nous attaquerons à vos intérêts. » Ce que Belmokhtar confirmera cinq semaines plus tard avec l’opération de Tiguentourine…

Je n’oublie pas que ce discours islamiste guerrier ressemble fort à ceux des « émirs » du GIA algérien (Groupe islamique armé) dans les années 1990 et que l’ancien colonel du DRS Mohammed Samraoui, dans son livre publié en 2003, avait révélé qu’ils avaient été fabriqués par le service d’action psychologique du DRS [Mohammed Samraoui, Chronique des années de sang. Algérie : comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes, Denoël, Paris, 2003]… Difficile d’en savoir plus, aujourd’hui, sur le rôle réel de Belmokhtar. Mais sur ce qui s’est vraiment passé à Tiguentourine, j’ai pu obtenir des informations de première main.

Bagarre générale entre généraux

Cela a commencé par l’attaque initiale du groupe de terroristes, à l’aube du 16 janvier, contre le bus qui amenait des expatriés (dont plusieurs responsables occidentaux importants des entreprises chargées de l’exploitation du site gazier). D’après ce que j’ai appris, le commando avait préparé une embuscade dont l’objectif était de prendre en otage ces étrangers, mais l’opération ne se serait pas déroulée comme prévu : le bus est passé plus loin que le lieu de l’embuscade, ce qui a amené les terroristes à prendre leurs pick-up pour le poursuivre. D’où un affrontement avec les gendarmes qui escortaient le bus, se soldant par plusieurs morts (un gendarme, un Britannique et trois Japonais). C’est ensuite que l’opération aurait « dérapé ».

Suite à la riposte des gendarmes, les assaillants, au lieu de poursuivre leur « mission » initiale, se sont réfugiés sur la « base de vie » du site gazier. J’ai ainsi appris que l’un des éléments du groupe, un ancien chauffeur ayant exercé à la base de vie, qui avait toutes les cartes et les connaissances pour aider les malfaiteurs à quitter les lieux avec les otages, leur a au contraire servi de guide pour pénétrer dans le complexe. Dans le feu de l’action, cet homme aurait-il « perdu les pédales », ou, à l’inverse, obéi à des ordres imprévus de ses commanditaires ? Impossible aujourd’hui de le savoir.

Ce qui est en revanche établi, c’est la brutalité absolue de la riposte des forces de sécurité algériennes, au lendemain même de l’attaque, le 17 janvier. « Malheureusement, on déplore quelques morts et quelques blessés » : ces mots très en deçà de la vérité ont été prononcés par le ministre algérien de la Communication à la télévision algérienne, suite à l’assaut militaire contre les terroristes le jour même. Un impressionnant dispositif d’intervention a en effet été dépêché sur le lieu, comme en a fait état dès le 21 janvier, de façon très orientée, le site d’information en ligne Dernières nouvelles d’Algérie (DNA) [Akram Kharief avec Farid Alilat, « DNA a reconstitué le fil des événements : dans les coulisses de l’attaque terroriste d’In Amenas », DNA, 21 janvier 2013] : son récit détaillé de l’opération – à l’évidence exclusivement alimenté par des « sources sécuritaires » – vise clairement à louer l’efficacité des unités engagées. Très biaisé, il comporte quelques informations exactes que j’ai pu recouper, mais aussi beaucoup d’omissions et de contrevérités. Les témoignages d’acteurs bien informés que j’ai pu recueillir, s’ils ne permettent pas encore de reconstituer complètement ce qui s’est passé du 17 au 19 janvier à Tiguentourine, apportent des informations inédites et importantes, en particulier sur les dissensions entre chefs militaires chargés de l’opération et sur les lourdes pertes – totalement passées sous silence, à ce jour, par les médias algériens et internationaux – subies dans les rangs de l’armée algérienne lors de l’assaut.

En premier lieu, je peux préciser que trois entités de combat différentes ont été engagées pour « libérer les otages » : 1) le GIS (Groupe d’intervention spéciale [Comme je l’ai évoqué dans mon livre La Sale Guerre, le GIS, dont la constitution est antérieure au coup d’État de janvier 1992, est une unité d’élite, implacable, clandestine, qui a beaucoup de sang d’innocents sur les mains et qui ne répond qu’aux ordres du DRS. Elle fait théoriquement partie de l’organigramme du ministère de la Défense, mais elle n’a en réalité aucune attache avec ce ministère. Durant la sale guerre, les Algériens appelaient ses membres les « escadrons de la mort » ou les « ninjas ». Responsable de l’assassinat du président Mohammed Boudiaf en juin 1992, cette unité a toujours agi en dehors de la loi et a commis les pires atrocités (torture, disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires, etc.).]), qui dépend du DRS, rattaché au DSI (Département de sécurité intérieure) du général-major Athmane Tartag, dit « Bachir », le nouvel homme fort du DRS et chef du DSI depuis décembre 2011 [Voir : Zine Cherfaoui, « Un nouveau patron pour le contre-espionnage », El Watan, 26 décembre 2011. De tous les officiers criminels engagés dans la « sale guerre » des années 1990 en Algérie, Tartag est certainement un de ceux qui a le plus de sang sur les mains (voir quelques éléments de sa sinistre biographie dans ma postface à la nouvelle édition de 2012 de mon livre La Sale Guerre, op. cit.).] ; 2) le détachement spécial d’intervention de la gendarmerie nationale (ou SSI, « section spéciale d’intervention »), une unité opérationnelle d’élite créée en 1989, à l’image du GIGN français [Voir : Farid Belgacem, « Terrorisme et banditisme. 120 unités spéciales pour les missions impossibles », Liberté, 10 novembre 2012 ; et Jacob Audrey, « Le Détachement spécial d’intervention (DSI) en Algérie », <http://jacobaudrey.wordpress.com>, 9 décembre 2012] ; 3) trois compagnies autonomes de commandos parachutistes : une du 5e régiment de parachutistes (RPC), une du 12e RPC et une autre du 18e RPC, basé à Hassi Messaoud.

Un dispositif multiple, source d’inévitables « dérapages ». Dans la plupart des autres pays, quand il y a une prise d’otages, un seul service spécial intervient pour gérer la crise : en France, par exemple, on fait appel soit au GIGN, qui dépend de la gendarmerie, soit au RAID, qui dépend de la police nationale ; jamais aux deux en même temps. Rien de tel en Algérie. Quatre cent cinquante hommes des unités des forces spéciales ont donc été engagés pour venir à bout des trente-deux terroristes de Tiguentourine, sans que soient maîtrisés par les généraux aux commandes les risques pour les otages sur un site aussi vaste et complexe.

Le mercredi 16 janvier, dans le « bureau opérationnel » établi par les forces de sécurité à proximité de Tiguentourine, se trouvent le général-major Abderrezak El-Chérif (un parachutiste, commandant de la 4e région militaire), le général Hadji, du même corps, et tout son état-major. Sont présents également : le général-major Athmane Tartag, venu spécialement d’Alger en compagnie de ses hommes du GIS, le général-major Ahmed Boustila, patron de la Gendarmerie nationale, et le colonel Abdelhafid Abdaoui, commandant de la 4e région de la Gendarmerie nationale (Ouargla).

Entre ces officiers, c’est la bagarre générale, contrairement à ce qu’ont affirmé le Premier ministre Abdelkader Sellal (« Le président de la République suivait, heure par heure, l’évolution de la situation, nous avons fait preuve d’unité de commandement. L’Algérie a montré sa maîtrise » [Souhila Hammadi, « Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, l’a révélé hier : Aqmi voulait faire exploser le site gazier », Liberté, 22 janvier 2013]) et le site DNA (« Ce qui aurait pu tourner à la guerre des services a été un grand moment de solidarité interarmes » [Akram Kharief avec Farid Alilat, « DNA a reconstitué le fil des événements : dans les coulisses de l’attaque terroriste d’In Amenas », loc. cit.]). Le général-major Tartag a ouvert le bal par des insultes à l’encontre du colonel Abdaoui, qu’il a qualifié d’« uled el-qahba » (fils de pute) parce qu’il avait engagé, répondant aux ordres du commandant de la région militaire, des discussions avec les ravisseurs et des notables de la région d’Illizi. Et puis il y a eu un accrochage entre le chef de région militaire et ses cadres avec les officiers du DRS, qui voulaient prendre les commandes de l’opération : ils ont qualifié ces derniers de « mercenaires d’Alger ». On aurait même entendu des claquements d’armes… Une tension sans précédent entre officiers supérieurs du DRS, d’une part, et officiers de la Gendarmerie et de l’armée, d’autre part, qui a fait déraper toute l’opération dans un bain de sang, dont les premières victimes ont été les otages étrangers.

Après l’assaut, le 21 janvier, le Premier ministre a déclaré : « L’ANP et des citoyens de la région ont commencé par négocier avec les preneurs d’otages. Mais ils semblaient déterminés et leurs revendications étaient irrecevables. Il a été décidé alors de faire intervenir l’unité d’élite de l’ANP, formée spécialement pour ce type d’opération. Elle a accompli ce que peu d’unités pareilles dans le monde pouvaient réaliser » [Souhila Hammadi, « Le premier ministre, Abdelmalek Sellal, l’a révélé hier : Aqmi voulait faire exploser le site gazier », Liberté, 22 janvier 2013] ; ce qui aurait « permis la libération de beaucoup d’otages ». La vérité est bien différente : les ravisseurs ont laissé partir des centaines d’otages algériens, à qui ils disaient que ce n’étaient pas eux, mais les expatriés, qui étaient visés ; et des dizaines d’autres, surtout étrangers, ont trouvé la mort, du fait des décisions brutales du général-major Athmane Tartag.

« Dérapages » et lourdes pertes pour les forces de sécurité dans l’assaut de Tiguentourine

Au lendemain de la prise d’otages, la situation est devenue très tendue. Après avoir pénétré sur le site, les terroristes ont recherché les expatriés présents ; le jeudi 17 au matin, trente d’entre eux (dont un Français) étaient détenus sur la « zone de rencontre » de la base de vie par onze ravisseurs, dont un des chefs du commando, Abou Al-Baraa. Comme les assaillants disposaient de deux mitrailleuses lourdes de type Douchka (de calibre 12,7) sur des pick-up (efficaces à 2000 m), le général Tartag a alors décidé de les faire bombarder à grande distance, suscitant la colère du commandant de la 4e région militaire, qui était en désaccord avec cette option. L’objectif de Tartag était de neutraliser l’émir et le groupe principal, pour pouvoir ensuite éliminer les petits groupes dispersés dans la base à la recherche d’autres otages. Trois hélicoptères M24 ont donc tiré des missiles à guidage laser sur le groupe, tuant les onze terroristes, mais aussi… les trente otages qu’ils détenaient ! Ce qui explique les corps calcinés retrouvés le dimanche après l’opération.

Les forces de sécurité ont ensuite poursuivi la traque des autres membres du commando, qui se sont déplacés vers les locaux administratifs du centre de production. Et le samedi 20 janvier, quatre terroristes, qui avaient attaché trois Japonais et deux autres otages (américains ?) à leur voiture pour rejoindre leurs collègues en position à l’usine à gaz, étaient encerclés par un groupe de parachutistes et d’hommes de la section d’intervention de la gendarmerie. L’agence mauritanienne ANI, relayée par certains médias algériens, a prétendu que « les ravisseurs essayaient de quitter la base avec des otages à bord de véhicules ». Mais cela est inexact : en réalité, le groupe ne cherchait pas à quitter la base.

La décision d’ouvrir le feu a été prise par le général Tartag, défiant encore les ordres du général-major Abderrezak, commandant de la 4e région militaire, qui avait quant à lui retenu l’option d’attendre que ses hommes déjà engagés sur le site puissent éliminer les terroristes un à un, par les tirs de ses snipers. Mais Tartag a une nouvelle fois imposé la manière forte : un hélicoptère M24 a tiré trois fois sur le véhicule, qui s’est renversé avant d’exploser, tuant les terroristes et leurs otages, ainsi que sept à neuf parachutistes et deux gendarmes, dix-sept autres militaires et gendarmes étant gravement blessés [Un bilan bien différent de celui annoncé triomphalement le 23 janvier dans un communiqué du ministère de la Défense algérien, annonçant seulement « huit militaires blessés légers, dont la majorité ont regagné leur poste » : Kaci Haider, « Assaut de Tiguentourine : 8 militaires légèrement blessés », <Algérie1.com>, 23 janvier 2013]. Si la voiture cherchait vraiment à quitter la base, pourquoi Tartag n’a-t-il pas ordonné d’exécuter des tirs de saturation ou d’avertissement pour les en empêcher ? Les forces engagées avaient tous les moyens nécessaires, aériens et terrestres, pour éviter le massacre. Le groupe le plus important ayant été liquidé lors du premier assaut, il était en effet plus facile de traquer au sol les autres éléments dispersés dans la base.

Enfin, il est important de rappeler que de nombreux articles de la presse algérienne ont avancé que les assaillants « avaient l’attention de faire sauter le complexe ». Or, une de mes sources m’a livré sur ce point une information importante. Alors que certains terroristes étaient en train de piéger une installation à l’intérieur du site, elle a été accrochée par une unité d’intervention. Après une demi-heure de tirs de part et d’autre, repoussé, le groupe a laissé derrière lui les charges d’explosifs : ce n’était en fait qu’une poudre inoffensive, m’a affirmé un officier. Qui avait intérêt à fournir une fausse poudre pour une opération aussi spectaculaire ? Autre fait indiquant que l’objectif des assaillants était moins les installations industrielles que l’enlèvement d’otages étrangers : après l’attaque initiale avortée du bus, comme on l’a vu, c’est vers la base de vie du site qu’ils se sont dirigés, et non vers l’usine à gaz.

Par ailleurs, la présence d’artificiers au sein du groupe, mentionnée par la presse algérienne et le Premier ministre, ne suffit pas à prouver que les terroristes allaient faire sauter le site. L’utilisation d’explosifs appartient en effet au registre habituel de ces groupes ; quant aux ceintures piégées placées sur les otages, elles auraient aussi pu être initialement destinées aux passagers du bus. La presse a fait état de ces ceintures d’explosifs, ainsi que de bonbonnes de gaz des années 1990, de mines antichars et de missiles. Or, ce matériel n’apparaît pas efficace pour faire sauter des installations aussi importantes que celles de Tiguentourine. Les mines antichars n’auraient pu servir qu’à gêner l’avance d’un véhicule blindé ; et on m’a rapporté qu’en fait de « missiles », le groupe ne disposait que de tubes heb-heb de fabrication artisanale servant à tirer sur des véhicules. Lors de la conférence de presse, le Premier ministre a indiqué que les terroristes disposaient d’un armement sophistiqué, capable de détruire deux ou trois bataillons… Si le chef du gouvernement cherchait à expliquer la mort des otages, il aura peut-être convaincu les profanes. Mais cela n’est pas crédible, car trois bataillons, cela représente au moins 1500 hommes ! Les terroristes étaient certes lourdement armés, mais pas avec le potentiel avancé par le chef de gouvernement.

À qui profite le crime ?

L’attaque terroriste contre la plate-forme gazière de Tiguentourine est loin d’avoir livré tous ses secrets. Il reste beaucoup de points d’interrogation sur les raisons de l’attaque, ses véritables commanditaires et son dénouement. De nombreux éléments contextuels vont dans le sens d’une opération téléguidée par le DRS, mais on ne peut pour autant être catégorique à ce propos. Outre ceux que j’ai déjà évoqués (difficultés pour un commando autonome d’échapper à la surveillance des forces de sécurité algériennes déployées dans le Sahara, rôle trouble de Mokhtar Belmokhtar et des dirigeants d’AQMI), on doit s’interroger également sur les étranges relations qu’entretiennent certains chefs du DRS avec les différents groupes « terroristes », « islamistes » ou « nationalistes » dans le Sahel.

Les relations suivies du régime algérien avec les chefs du groupe islamiste Ansar Eddine n’ont ainsi rien de secret – au point que c’est sous l’égide d’Alger qu’a été très officiellement signé, le 21 décembre 2012, un accord (éphémère comme bien d’autres avant) entre ce mouvement et le MNLA où ils s’engageaient à « s’abstenir de toute action susceptible d’engendrer une situation de confrontation et toute forme d’hostilité dans la zone qu’ils contrôlent » [Moncef Wafi, « Mali : le double jeu de Ansar Dine », Le Quotidien d’Oran, 24 décembre 2012]. Et depuis des années, certains hauts gradés du DRS – dont les chefs répètent pourtant qu’on ne « négocie pas avec les terroristes » – ont conduit au Mali des « négociations » avec les groupes touaregs, y compris les groupes armés, au sein desquels ils ont de nombreuses « relations ». Ainsi, ces derniers mois, tandis que les ministres de la façade civile du régime affirmaient que la « négociation » était le meilleur moyen  d’éviter la guerre, les hommes du DRS continuaient à manipuler des responsables de ces groupes.

À maints égards, le « double jeu » du DRS dans le Sahara et le Sahel, entre infiltrations et manipulations des différents groupes armés, rappelle celui des services pakistanais (l’ISI) avec les talibans afghans et leurs homologues au Pakistan [Voir à ce propos deux articles, qui semblent bien informés, de John R. Schindler, ancien membre de la National Security Agency des États-Unis : « The Ugly Truth about Algeria », The National Interest, 10 juillet 2012 ; « Algeria’s Hidden Hand », The National Interest, 22 janvier 2013]. Ce qui autorise, faute d’autres informations avérées, bien des hypothèses [Comme celle, pas plus invraisemblable qu’une autre, que citait le magazine en ligne Maghreb émergent : « Un spécialiste algérien, qui souhaite garder l’anonymat, s’étonne que personne ne se pose de question sur l’étrange et absurde “offensive” d’Ansar Eddine et des djihadistes vers le Sud du Mali. “La démarche est si peu rationnelle qu’on peut légitimement se demander si Ansar Eddine n’a pas été manipulé pour engager une opération qui justifie tout le reste”, ajoute notre source » (« Le pari perdu d’Alger sur Iyad Ag Ghaly, selon le New York Times », Maghreb émergent, 2 février 2013)]. Mais une chose est sûre : depuis vingt ans au moins, les chefs du DRS utilisent le recyclage des terroristes et du terrorisme pour se maintenir au pouvoir et rester un interlocuteur privilégié de l’Occident face aux changements qui bouleversent la région.

Et nous savons aussi, grâce à de nombreux témoignages venant de sources internes, qu’avant la prise d’otages de Tiguentourine, une puissante lutte de clans se poursuivait au sommet de l’État. Cette lutte est l’expression de la fin de règne des acteurs qui dominent l’Algérie depuis plus de deux décennies (à commencer par le général Mohammed « Tewfik » Médiène, patron du DRS depuis septembre 1990, et sa marionnette civile depuis 1999, le président Abdelaziz Bouteflika) et de l’émergence d’une nouvelle génération d’officiers et d’affairistes qui veulent accaparer à leur tour les richesses du pays et le pouvoir [Voir : Algeria-Watch, « Algérie 2012 : un régime de vieillards sanguinaires en fin de règne », 11 janvier 2013].

Dans ce contexte, il convient de rester très prudent et il reste difficile de répondre avec certitude à la question clé : « À qui profite le crime de Tiguentourine ? » Dans le climat assez chaotique de fin de règne qui prévaut en Algérie depuis des années, on ne peut exclure que les chefs du DRS aient pu manipuler un groupe d’islamistes fanatisés dont le chef est un de leurs agents. Cela afin de conduire une opération visant à démontrer aux Occidentaux, après l’intervention française au Mali, que l’armée algérienne reste le meilleur garant de leurs intérêts dans la région, où la « menace terroriste » serait aussi réelle qu’au Nord-Mali. Mais d’un autre côté, il est certain que, depuis la guerre conduite en Libye par les forces de l’OTAN, des agents d’autres services secrets (occidentaux ou des pays du Golfe) sont présents dans la région et peuvent aussi se livrer à des manipulations des groupes armés islamistes. C’est notamment ce que pourrait suggérer la composante très multinationale du groupe d’assaut et sa supposée « origine libyenne », selon les « informations » des « journalistes sécuritaires » de la presse algérienne.

Quoi qu’il en soit, on doit bien constater que la sanglante répression de la prise d’otages a bel et bien emporté l’adhésion de grandes puissances occidentales. Le Japon, dont plusieurs ressortissants ont péri dans l’attaque, a certes clairement marqué sa désapprobation et les États-Unis sont restés réservés. Mais dès le 24 janvier, l’ambassadeur britannique à Alger Martyn Roper indiquait dans un quotidien algérien que « le Royaume-Uni considère l’Algérie comme étant un partenaire-clé dans la lutte contre le terrorisme » [Martyn Roper, « Nous allons tirer les leçons de cette attaque », Liberté, 24 janvier 2013]. Et le 5 février 2013 devant le Parlement européen, le président français François Hollande, comme l’a rapporté El Watan, « a rappelé la tragique prise d’otages d’In Amenas survenue le 16 janvier dernier, qu’il estime comme une nouvelle preuve de ces souffrances endurées par l’Algérie. “Moi je n’ai pas discuté de ce qui a été fait par les Algériens, sur leur territoire, pour frapper les terroristes qui retenaient en otages 600 personnes !”, a-t-il déclaré en direction des parlementaires européens. Le président français a saisi l’opportunité pour réaffirmer le rôle futur de l’Algérie dans le règlement de la crise malienne : “Nous aurons besoin de l’Algérie dans cette région du monde, pour lutter contre le terrorisme, pour favoriser une politique de développement et pour le dialogue politique, y compris avec les Touareg” » [Hacen Ouali, « Devant le Parlement européen. François Hollande affirme le rôle-clé de l’Algérie au Sahel », El Watan, 6 février 2013].

Autant de déclarations qui ignorent la réalité d’un régime autoritaire vomi par le peuple algérien. Pour moi comme pour beaucoup de mes compatriotes aujourd’hui, il n’y a pas d’état-major de l’Armée nationale et populaire (ANP), il y a un État-DRS qui commande l’armée et qui gouverne l’Algérie. Depuis longtemps, cela est prouvé, le DRS pratique des opérations terroristes et protège des éléments clés de la nébuleuse terroriste [Voir Lounis Aggoun et Jean-Baptiste Rivoire, Françalgérie, crimes et mensonges d’États, La Découverte, Paris, 2004]. Comment croire par exemple le général-major « Bachir » Tartag, un tortionnaire aux mains sales qui a éliminé avec ses hommes des milliers de personnes dans les baignoires du centre de torture de Ben-Aknoun ? En 2002, lors de mon procès à Paris avec le général Khaled Nezzar, ex-ministre de la Défense, le capitaine Ahmed Chouchane, ancien officier des forces spéciales, avait révélé que l’émir national des GIA, Djamel Zitouni, était un agent de Tartag [Voir Habib Souaïdia, Le Procès de « La Sale Guerre », La Découverte, Paris, 2002]. Ce même Djamel Zitouni qui avait revendiqué en 1996 l’enlèvement et l’assassinat des moines de Tibhirine [Les circonstances de ce drame ont été très précisément relatées par le journaliste Jean-Baptiste Rivoire dans son livre Le Crime de Tibhirine, La Découverte, Paris, 2011]. D’autres anciens officiers ont confirmé ces affirmations.

Dans l’« Algérie des généraux » des années 2010, la mission patriotique de l’Armée nationale et populaire à laquelle j’ai adhéré dans ma jeunesse semble bien en lambeaux. Les officiers patriotes qui ont commencé à briser le mur de la désinformation pourront-ils la reprendre ?

Habib Souaïdia, Algeria-Watch, 11 février 2013

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[« On a face à nous un invisible » / Jura] Les pandores travaillent

Cambriolages : les gendarmes appellent les seniors à l’aide

Lons-le-Saunier. Les gendarmes de la brigade de Lons-Clairvaux ont fait, hier, un test pour la lutte contre les cambriolages : ils ont lancé un appel aux seniors du secteur. Cinquante personnes ont répondu présent.

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La première réunion a eu lieu à la salle polyvalente de Montaigu.

La compagnie de gendarmerie de Lons-le-Saunier avait déjà fait connaître sa politique de collaboration avec les communes dans la lutte contre la délinquance. L’année 2012 ayant été particulièrement marquée par les cambriolages (dans le Jura comme sur le secteur), la communauté de brigades de Lons-Clairvaux (compétente en zone gendarmerie de Montaigu à Clairvaux-les-Lacs) est allée plus loin, en demandant le « renfort » des seniors. La première réunion « test » a eu lieu hier après-midi à Montaigu, en présence d’une cinquantaine de personnes des clubs du troisième âge de Montaigu, Conliège et Revigny. D’autres devraient être programmées prochainement sur d’autres communes comme Macornay ou Courbouzon.

« On a eu, depuis juillet, 88 cambriolages, quasiment tous sur votre secteur. Les chiffres ont été multipliés par deux. Nous sommes 18 pour veiller sur 58 communes et on a face à nous un invisible. On patrouille, on est présents sur place et on en a élucidé un tiers mais nous ne sommes pas magiciens, leur a lancé en ouverture le lieutenant Éric Louvet, commandant de la communauté de brigades de Lons-Clairvaux. Il nous faut de l’aide, et cette aide c’est vous, seniors, qui êtes souvent chez vous à la journée, maires et toute la population. On compte sur vous pour en parler dans tous les villages et activer le bouche-à-oreille. On cherchait une solution, on a trouvé ces réunions. Soyez attentifs à ce qui se passe dans vos villages et n’hésitez pas à nous appeler. » Sans « vouloir leur faire peur », ils leur ont exposé les différents cas de délinquance dont ils pourraient être victimes et leur ont donné des astuces.

Être des relais

« Le phénomène de cambriolages se calme un peu ces dernières semaines, mais il faut rester vigilants » a insisté son adjoint, l’adjudant-chef Marc Joaquin, commandant de la brigade de Lons. « Relevez des comportements suspects et appeler la mairie et les gendarmes n’est pas de la délation mais de la précaution », a ajouté le maire Martial Vincent. « C’est même du civisme », a renchéri le lieutenant Louvet. Les seniors se sont dits déjà très « méfiants » et « avertis » (ils ont été récemment approchés par des vendeurs de pommes par tonnes et des entreprises qui prétendaient les débarrasser des capricornes). En tout cas prêts à être des relais.

Tous restent néanmoins marqués par cette vague de cambriolages ; plusieurs présents ont été victimes ces derniers mois. « L’initiative est bonne, mais est-ce qu’on peut vraiment y faire quelque chose ? » nous a répondu une dame qui a vu la maison de ses parents cambriolée en novembre et n’a toujours pas réussi à retourner y mettre de l’ordre.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Delphine Givord, LeProgres.fr, 12 février 2013)

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[France génocidaire] Rwanda : des révélations qui n’intéressent personne !

Un document publié par Le Parisien jeudi dernier révèle que Paul Barril s’était engagé à fournir 1000 hommes au gouvernement génocidaire rwandais, pendant le génocide.

De jeudi à lundi, quatre jours pleins auront passé sans que la presse s’avise du document explosif publié le 24 janvier par Le Parisien, en fac similé, une lettre, adressée au capitaine Paul Barril, le 27 avril 1994, vingt jours après le début du génocide des Tutsi du Rwanda, par le ministre de la défense du gouvernement intérimaire formé pour mettre en œuvre le génocide. Est « confirmé » là « l’accord » du ministre « pour recruter, pour le gouvernement rwandais, 1000 hommes devant combattre aux côtés des Forces Armées Rwandaises » – pendant le génocide.

Ce document a été trouvé cet été, parmi d’autres, lors de perquisitions entreprises par le juge Trévidic dans les différents domiciles de Paul Barril. Comme la « source judiciaire » l’explique à Élisabeth Fleury, du Parisien, « Barril, à cette époque, c’est la France ».

Lors d’un colloque sur le négationnisme, qui tombait à point nommé, ce dimanche, à Paris, intervenait Patrick de Saint-Exupéry. Ancien grand reporter au Figaro, il est actuellement directeur de la revue XXI, après avoir été l’auteur en 1998 d’une série d’articles qui ont provoqué l’ouverture d’une enquête parlementaire sur le rôle de la France au Rwanda. On lui doit aussi, en 2004, un des ouvrages les plus éclairants sur la question, L’Inavouable, paru aux éditions des Arènes, dont la réédition, sous le titre Complices de l’inavouable – sur la couverture de laquelle figurent les noms de responsables politiques et militaires –, est l’objet de poursuites de la part d’officiers supérieurs français qui sont intervenus au Rwanda.

C’est en tant qu’ancien reporter – accessoirement lauréat du prix Albert Londres –, ayant travaillé près de vingt ans dans un quotidien, que Patrick de Saint-Exupéry pouvait s’étonner de ce silence de la presse « qui ne fait pas son travail », suite à la publication d’un document aussi important dont la reprise n’a été assurée nulle part, hormis sur le site de Jeune Afrique, par Mehdi Ba, auteur de Rwanda, un génocide français, et sur le blog Afrikarabia de Courrier international, par Jean-François Dupaquier, également auteur de plusieurs livres sur le sujet.

Ni les radios ou les télés, ni les quotidiens… Ni Le Monde, ni Libération, ni le Figaro, n’auront daigné informer leurs lecteurs de cette « fuite » judiciaire sous forme d’un document « accablant », ainsi que titre justement le Parisien. Si « accablant », qu’« accablés » les journalistes auront préféré se taire…

Que signifie ce document ? Il est étonnamment explicite. Tout aussi étonnant, le fait que Paul Barril ait pris soin de conserver une preuve de sa participation directe à un crime imprescriptible.

Ainsi que le relève Jean-François Dupaquier, sur le site Afrikarabia, ce n’est pas le seul document de cette nature. On avait déjà connaissance, depuis le rapport de Human rights watch, Aucun témoin ne doit survivre, de « l’opération insecticide », pour laquelle Paul Barril avait signé un autre contrat avec les autorités génocidaires rwandaises. Dupaquier produit un autre document [voir ci-après], retrouvé lui dans les archives du gouvernement rwandais, en date du 28 mai 1994, un autre contrat de mercenariat, portant cette fois sur une vingtaine d’hommes « spécialisés ».

On ne disposerait donc de rien de moins que trois contrats certifiant que Paul Barril a participé de près à l’effort de guerre de ce gouvernement qui pratiquait la guerre totale contre une partie de la population – et qui fera un bon million de morts, pour la plupart massacrés dans des conditions effroyables.

Relevons qu’à ce jour aucune poursuite judiciaire n’a été engagée contre Paul Barril, et que cela constitue déjà en soi une lourde anomalie. L’ancien chef du GIGN serait aujourd’hui en Angleterre, et on peut supposer qu’il n’est pas pressé de reposer le pied sur le sol français, au vu de l’évolution de l’enquête du juge Trévidic. Il n’est pas sûr toutefois qu’il soit à l’abri d’une extradition – et peut-être demandera-t-il alors l’asile à l’ambassade du Qatar ?

Rappelons que Paul Barril pourrait aussi avoir à répondre de ses actes postérieurs au génocide des Tutsi, en République centrafricaine, sous la présidence d’Ange Patassé. Il y officiait alors en tant que responsable de la sécurité, et c’est sous ses ordres qu’agisssait Jean-Pierre Bemba, aujourd’hui poursuivi devant la Cour pénale internationale pour son action d’alors au Centrafrique. La cour suprême de Bangui, dans un arrêt en date du 11 avril 2006, avait d’ailleurs transmis le dossier de Barril à la CPI, et il aura fallu une intervention du gouvernement français auprès du procureur de cette cour internationale pour que son dossier soit opportunément oublié.

Interrogé à son sujet lors d’une présentation de livre qui se tenait à Ivry sur Seine jeudi soir, son collègue du GIGN, Thierry Prungnaud – co-auteur avec Laure de Vulpian d’un livre qui vient de paraître sur le sujet, Silence Turquoise –, répondait sans hésiter que « c’est un type bien », « il en a entre les jambes »…

Mais pourquoi donc ce « type bien » aurait-il commis cette bévue de débutant en laissant autant de traces écrites d’opérations criminelles, par définition ultra-secrètes ?

Émettons ici l’hypothèse que cela puisse être parce que Barril aura alors servi de couverture à la véritable opération ultra-secrète, exécutée par le COS, le commandement des opérations spéciales, sous l’autorité directe du Président de la République, alors François Mitterrand, avec son chef d’état-major particulier, le général Quesnot, et le chef d’état-major des armées, l’amiral Lanxade. Cette opération consistait à prêter assistance au gouvernement intérimaire rwandais, après la mort du général Habyarimana, après le retrait officiel de toutes les forces françaises, intervenu le 14 avril, et avant leur retour officiel avec l’opération Turquoise, fin juin. Pendant les trois mois du génocide, il y avait au Rwanda des soldats français qui poursuivaient le travail d’assistance qu’ils avaient engagé auprès des Forces armées rwandaises depuis 1990. Pendant le génocide.

On disposait déjà d’un ensemble d’informations dans ce sens, avec l’enquête de Serge Farnel, publiée en 2012 conjointement par les éditions Aviso et l’Esprit frappeur, qui recueille des dizaines de témoignages, reproduits in extenso, sous le titre Rwanda, le 13 mai : un massacre français ? Ce 13 mai 1994 a eu lieu un des plus grands massacres : selon les estimations sont morts ce jour-là vingt à cinquante mille Tutsi, qui parvenaient à résister depuis début avril à l’armée rwandaise et à ses miliciens, et qui seront débordés par un déploiement de forces inhabituel, bénéficiant d’un appui d’artillerie particulièrement efficace. Les témoins rapportent que ces batteries de mortiers étaient tenues par des soldats « blancs », identifiés comme français par une partie d’entre eux.

Notons que la première présentation de cette enquête de Serge Farnel dans la presse internationale est parue le 26 février 2010, dans le Wall street journal. Sans aucune reprise dans la presse française, hormis une tribune dans Le Monde [Voir ci-dessous], le 13 mai 2010, dans laquelle Farnel présentait lui-même les résultats de son travail.

Ce silence assourdissant qui couvre ces informations, suivant lesquelles des soldats français auraient participé directement à un des plus grands massacres du génocide des Tutsi, s’explique en partie par un débat qui aura divisé la petite communauté des experts de la question de l’implication française, certains se refusant à admettre que celle-ci ait pu aller si loin.

Les documents publiés par Le Parisien et par Afrikarabia apportent une nouvelle lumière sur ces informations. Dès le départ, la question a pu se poser de savoir si ces soldats « blancs », « français », ne pouvaient pas être des mercenaires. Les contrats de Paul Barril d’une part confirment un engagement français de ce niveau, d’autre part tendent à répondre à la question : ce ne serait pas l’armée française elle-même, mais des mercenaires ayant « dérivé », comme le suggère Christian Prouteau, l’ancien patron de Barril au GIGN.

Christian Prouteau sait très bien pourtant que les contrats de mercenariat engagés par des entreprises de sécurité françaises sont tous soumis à l’accord du ministère de la Défense, sous le contrôle très strict de la DSPD (la Sécurité militaire), sans l’aval de laquelle ils ne peuvent d’aucune façon opérer. Celui-ci est indispensable ne serait-ce que pour transporter des armes, la DPSD ayant, entre autres fonctions, celle de surveiller les trafics d’armements – et de mercenaires.

On sait de plus que le milieu du mercenariat français est extrêmement lié aux services secrets et à l’armée. Paul Barril n’en est qu’un des innombrables exemples. De travailler à titre privé ne l’aura d’ailleurs pas empêché d’être promis au grade de commandant, après ses prestations au Rwanda.

Il est douteux toutefois que Paul Barril, quelle que soit l’envergure de ses activités, ait pu, le 27 avril 1994, mobiliser en catastrophe un millier d’hommes pour les envoyer au Rwanda. Ces documents attestent indubitablement de sa proximité du groupe génocidaire rwandais, pour lequel il aura servi d’homme à tout faire.

Rappelons que Paul Barril a déjà été dénoncé comme ayant pu participer à l’attentat dont fut victime le Président Habyarimana, le 6 avril 1994, mettant le feu aux poudres du programme génocidaire. C’est à ce titre d’ailleurs que le juge Trévidic enquête, dans le cadre d’une instruction visant à établir les responsabilités dans cet attentat.

Barril nous apprend qu’il entretenait des relations étroites avec les autorités rwandaises dès 1990, avant même l’intervention française d’octobre. Comme on sait, ainsi qu’il le confirme, qu’il agissait pour le compte de François de Grossouvre, conseiller spécial du Président Mitterrand, cela permet de penser que Mitterrand aurait pu préparer cette intervention – au contraire de la version généralement admise qui voudrait qu’elle se soit déclenchée spontanément, en réaction à la rébellion du FPR.

On a déjà pu s’étonner de ce que le dispositif complet des troupes françaises, qui fonctionnera jusqu’au génocide, était en place dès le premier jour de cette intervention. Et, dès le premier jour, était lancée la chasse au Tutsi, déjà défini comme « l’ennemi intérieur ».

Paul Barril, qu’on a appelé un temps « le gendarme de l’Élysée », a publié des mémoires de cette période sous le titre explicite : Les guerres secrètes de l’Élysée.

C’est au nom de cette « guerre secrète » que, de 1990 à aujourd’hui, Paul Barril a fidèlement servi les intérêts du groupe génocidaire. Il était là avant l’intervention française, il sera toujours là après.

Patrick de Saint-Exupéry relevait que le 27 avril 1994, date du document publié par Le Parisien, était aussi le jour où des représentants du gouvernement génocidaire rwandais étaient reçus à Paris, à Matignon et à l’Élysée. Averti de cette visite, le président de la Fédération internationale des droits de l’homme, Daniel Jacoby, avait supplié l’Élysée de ne pas faire une telle chose. D’accepter de recevoir des individus dont on savait déjà qu’ils avaient entrepris un génocide était un encouragement au crime que la FIDH demandait aux autorités françaises d’éviter.

Depuis bientôt dix-neuf ans, on en est toujours au même point. De rares voix se scandalisent du fait que la France, représentée par son Président de la République, François Mitterrand, son Premier ministre, Edouard Balladur et son ministre des affaires étrangères, Alain Juppé, aient pu ainsi apporter sa bénédiction au dernier génocide du XXe siècle.

De même, aujourd’hui, nul ne semble s’émouvoir de ce que la France ait pu apporter un soutien militaire direct français à la plus effroyable entreprise criminelle.

Paris s’éveille

 

Exclusif.
Rwanda : des pièces accablantes pour la France

Des documents saisis chez le capitaine Paul Barril apportent de nouvelles preuves sur le rôle de la France dans le génocide tutsi, en 1994, au Rwanda.

C’est une lettre de quelques lignes, tapée à la machine. Signée par Augustin Bizimana, le ministre de la Défense rwandais, elle est adressée « au Capitaine Paul Barril ». « Monsieur,… la situation dans mon pays devient de plus en plus critique… Vu l’évolution actuelle du conflit, je vous confirme mon accord pour recruter, pour le gouvernement rwandais, 1000 hommes devant combattre aux côtés des Forces Armées Rwandaises. » La missive insiste sur « l’urgence » de la requête. Elle est datée du 27 avril 1994.

À cette date, le génocide rwandais a commencé depuis trois semaines. Depuis que, le 6 avril, l’avion du président Juvénal Habyarimana a été abattu. Les Hutus, accusant les Tutsis du Front patriotique rwandais (FPR) d’avoir commis l’attentat, lancent un effroyable génocide. Hommes, femmes, vieillards, enfants : en quatre mois, essentiellement à coups de machette, ils massacrent 800’000 Tutsis (évaluation de l’ONU).

3M$ de factures d’armes, de munitions et d’hommes

Quatre ans après l’attentat contre le président rwandais, une enquête est ouverte en France pour déterminer qui a abattu l’aéronef. Très rapidement, en dépit des très nombreuses contradictions et insuffisances de ses investigations, le juge Bruguière accuse le FPR.

Mais, depuis que son successeur Marc Trévidic a repris le dossier, les cartes ont été entièrement rebattues. Le rôle des autorités françaises dans le génocide apparaît particulièrement ambigu. À ce titre, la lettre au capitaine Barril, récemment versée au dossier et dont nous nous sommes procuré la copie, est saisissante.

Lorsqu’il est sollicité par le ministre de la Défense rwandais, le capitaine Barril n’est pas n’importe qui. « Paul Barril, à cette époque, c’est la France, résume une source judiciaire. Faire appel à lui, c’est faire appel à la France. » Ancien patron du GIGN, cela fait déjà plusieurs années que, avec sa société Secrets, Barril travaille dans l’ombre, à la demande de François de Grossouvre (un conseiller de Mitterrand), pour le gouvernement rwandais. Officiellement, Barril est d’abord chargé d’« une mission d’infiltration » au service du gouvernement rwandais, avant d’être sollicité par la veuve Habyarimana pour enquêter sur les auteurs de l’attentat. Officieusement, son rôle est nettement plus discutable.

L’été dernier, à la demande du juge Trévidic, une série de perquisitions menées chez Barril et auprès de son entourage ont permis de mettre la main sur des documents accablants. Outre la demande de 1000 mercenaires, les enquêteurs ont récupéré des factures d’armes, de munitions et d’hommes, liées à « un contrat d’assistance » passé entre Barril et le gouvernement rwandais et daté du 28 mai 1994. Cartouches, obus, mortiers, grenades… le montant global dépasse les 3 M$. Le 20 décembre dernier, le juge Trévidic interroge le capitaine Barril sur ces documents. Le contrat d’assistance ? « Cela n’a jamais existé », prétend l’intéressé. Les factures ? « Cela ne s’est jamais fait. » Paul Barril, qui se présente désormais comme conseiller auprès des autorités qatariennes, a une expression pour résumer tout cela : « C’est de la mayonnaise africaine. » Une mayonnaise de près d’un million de morts.

[Source : Élisabeth Fleury, Le Parisien, 24 janvier 2013]

 

Rwanda-EXCLUSIF :
Un autre document implique Paris dans le génocide des Tutsis

Après les révélations du Parisien, Afrikarabia apporte un autre document accablant contre le capitaine de gendarmerie français Paul Barril. Il apparaît plus que jamais comme l’homme de main de Paris dans le génocide contre les Tutsis du Rwanda en 1994.

Le « Contrat d’assistance » retrouvé dans les archives de l’ancien gouvernement génocidaire à Kigali, capitale du Rwanda, est daté du 28 mai 1994. Il est signé du « Capitaine Barril », élisant domicile à sa société SECRETS, 12, avenue de la Grande Armée, dans le XVe arrondissement de Paris, et porte une seconde signature : « Son Excellence Monsieur le Premier Ministre » Jean Kambanda. Ce dernier n’était pas une oie blanche : il purge aujourd’hui une peine de prison à perpétuité pour son rôle dans le génocide des Tutsis et le massacre des Hutus démocrates en 1994.

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La date n’est pas insignifiante. Au 28 mai 1994, deux mois après le début du génocide, le Rwanda était un charnier à ciel ouvert. Dans ce pays grand comme la Belgique, plus de 900’000 personnes avaient déjà été assassinées, hommes, femmes, enfants, bébés, vieillards. Les tueurs fanatisés avaient souvent précédé de sévices atroces l’exécution de tous ces civils sans défense, uniquement coupables d’être nés tutsis. Mais l’horreur, ou la simple morale, ne semblaient pas la préoccupation majeure de capitaine en disponibilité Paul Barril. Il « s’engage à fournir une aide sur le plan humain et matériel au Rwanda ». Sur le plan humain, « 20 hommes spécialisés », c’est-à-dire 20 mercenaires. Sur le plan matériel, l’équipement sophistiqué de ces mercenaires, et surtout des cartouches de Kalachnikov et de mitrailleuses, par millions, des obus, des grenades par milliers… À ce niveau, on arrondit la facture : il y en a pour 3 millions de dollars, la moitié payable d’avance. Compte tenu de l’inflation, ça représente en valeur d’aujourd’hui entre 5 et 6 millions d’euros.

Pour l’occasion, le capitaine de la Gendarmerie française se fait aussi payer le solde d’une précédente facture : 130’000 dollars pour « l’Opération insecticide » engagée par le président rwandais Juvénal Habyarimana un an plus tôt, en 1993. Insecticide est un nom de code que les Rwandais comprennent bien : on qualifie d’insectes (plus précisément de cafards, de blattes), les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), pour la plupart des Tutsis de la diaspora qui veulent forcer le régime à leur retour au pays.

Selon nos informations, « l’Opération insecticide »  visait à assassiner Paul Kagame, le leader de la rébellion, dans son QG de Mulindi, une usine à thé abandonnée à l’est du Rwanda.

Ce « contrat d’assistance » n’était pas connu de la mission d’information parlementaire française dite « Mission Quilès », du nom de son président, qui voulait documenter le rôle de la France au Rwanda depuis 1990, date du début de la guerre civile. En 1998, Paul Quilès n’avait même pas osé interroger Paul Barril, considéré comme intouchable et trop dangereux.

Le « Rapport Quilès » n’a, en conséquence, livré qu’une analyse édulcorée de l’implication de l’Élysée et du corps expéditionnaire français dans la guerre civile au Rwanda, qui devait aboutir au génocide.

Aussi, depuis 1994, l’implication de hauts responsables politiques et militaires français dans la préparation du génocide des Tutsis est une question qui continue à tarauder les médias et l’opinion publique. Non seulement en France, mais aussi au Rwanda, en Europe, en Afrique. Ainsi que les intellectuels du monde entier. Et le rôle du capitaine Paul Barril semble central.

Revenons au signal déclencheur de ce génocide et du massacre des Hutu démocrates : l’attentat du 6 avril 1994 contre le Mystère-Falcon du président Habyarimana, qui a aussi coûté la vie à l’équipage composé de trois Français. C’est le capitaine Paul Barril qui fut l’instigateur de  la plainte de la veuve du copilote français et provoqua ainsi l’enquête confiée en 1998 au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière pour identifier les responsables de l’attentat. Au passage, Barril fournit aux enquêteurs – visiblement sous sa coupe – un ex-espion rwandais avec qui il entretenait des relations d’affaires, Fabien Singaye, qu’il fait promouvoir interprète assermenté. Par le jeu des alliances matrimoniales, Fabien Singaye est lié à la famille Habyarimana, partie civile à l’instruction. Une « curiosité » que les avocats de la famille Habyarimana se sont bien gardés de signaler au juge. Ce ne fut pas la moindre anomalie de la procédure.

Reprise et mieux documentée par le juge Marc Trévidic, cette enquête revient en boomerang contre le capitaine de gendarmerie honoraire, qui semble avoir été la cheville ouvrière des autorités française dans le soutien aux forces génocidaires.

Il a fallu beaucoup d’énergie et de temps au juge Marc Trévidic pour progresser. Les documents sont rares, les témoins souvent manipulés. Les archives de l’Élysée furent, selon toute vraisemblance, largement « purgées » avant leur dépôt à la Fondation François Mitterrand, celles de l’ambassade du Rwanda à Paris ont également été « triées » à l’été 1994 avec l’aide de « Services » français. Celles du Quai d’Orsay, de la DGSE et de la DRM restent couvertes par le « Secret Défense ». Bien des hommes qui savaient la vérité sur le rôle de la France et de Barril sont morts. Le lieutenant colonel Ephrem Rwabalinda, correspondant des Français au sein des anciennes Forces armées rwandaises, a été liquidé par ses compagnons d’armes en juillet 1994 au moment où il s’apprêtait à fuir en Europe pour faire des révélations. Le lieutenant colonel Ntahobari, attaché militaire de l’ambassade du Rwanda à Paris durant le génocide, est par malchance (?) décédé en région parisienne au moment où il promettait au juge Bruguière des éléments nouveaux, etc.

Il faut donc s’en remettre à des fragments de documentation ayant échappé aux « nettoyeurs » pour se faire une idée encore générale de l’implication de Paris dans un génocide qui a provoqué environ un million de morts en trois mois.

Paul Barril semble avoir joué le rôle d’interface entre l’Élysée et le groupe d’exterminateurs de Tutsi au Rwanda. L’homme est lui-même décrit comme un individu peu contrôlable devenu, après avoir quitté la Gendarmerie nationale, un tueur à sang froid mû uniquement par l’appât du gain. Né le 13 avril 1946 à Vinay, en Isère, lui-même fils d’un gendarme à la carrière honorable, il atteint la notoriété en devenant co-fondateur puis commandant du prestigieux Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) pendant deux ans avant de participer à la création de la cellule antiterroriste de l’Élysée sous le premier septennat de François Mitterrand. Le GIGN lui a permis de cotôyer les services de renseignement français, notamment comme nageur de combat à la base secrète de la DGSE d’Aspretto, en Corse, il fréquente aussi les nationalistes du FLNC. Dans le milieu interlope du renseignement, du trafic d’armes et du terrorisme, le gendarme perd vite ses bases éthiques. Le président de la République a une petite manie qu’exploitent ses courtisans : il adore les ragots, surtout ceux d’alcôve. Il se régale des comptes-rendus d’écoutes téléphoniques, d’apprendre qui couche avec qui dans le Tout-Paris. À la cellule de l’Elysée, véritable police politique du régime Mitterrand, Paul Barril fait merveille : écoutes téléphoniques hors normes, notamment de journalistes, filatures, opérations de désinformation…

Barril est surnommé « l’enfumeur »  par ses collègues gendarmes. Il n’a pas son pareil pour mêler le vrai et le faux, et surtout pour se mettre en scène. Son maître en la matière est François de Groussouvre, conseiller spécial de François Mitterrand pour les affaires de Renseignement… et les affaires de cœur du Président.  De Grossouvre est son rabatteur de jolies femmes, surtout il a la haute main sur les services d’espionnage et contre-espionnage. Il protège particulièrement Mazarine, la fille cachée de François Mitterrand, et sa mère Anne Pingeot. Paul Barril deviendra à la fois homme de confiance, confident, occasionnellement garde du corps aussi bien de François de Grosssouvre que de Mazarine et sa mère.

Patatras, François Miterrand le force à quitter la cellule de l’Élysée à la suite d’un retentissant scandale : une affaire de « terroristes irlandais » montée de toutes pièces par Barril et d’autres gendarmes dévoyés. Mais le flamboyant capitaine reste proche de Groussouvre quil l’a introduit auprès du président du Rwanda Juvénal Habyarimana. Pour commencer, Barril lui vend un portique de sécurité et un écran anti-balles. Ensuite, avec l’aide de Fabien Singaye, il s’introduit dans le système de Renseignement rwandais et obtient de juteux contrats.

Notre consœur du Parisien Élisabeth Fleury vient de révéler l’un d’entre eux. Dans le milieu mercenaire, on ne s’embarrasse pas de papier à en-tête. Comme le « Contrat d’assistance » du 28 mai 1994,  c’est une lettre de quelques lignes, tapée à la machine, signée par Augustin Bizimana, le ministre de la Défense rwandais. S’adressant « au Capitaine Paul Barril ». Augustin Bizimana (aujourd’hui encore recherché par le Tribunal Pénal International) lui écrit : « Monsieur,… la situation dans mon pays devient de plus en plus critique… Vu l’évolution actuelle du conflit, je vous confirme mon accord pour recruter, pour le gouvernement rwandais, 1000 hommes devant combattre aux côtés des Forces Armées Rwandaises. » La missive est datée du 27 avril 1994, un mois avant le « Contrat d’assistance ». Les soldats des FAR sont plus occupés à tuer et à piller qu’à combattre les troupes du FPR, aussi ils reculent sur tous les fronts.

Le Parisien écrit : « Lorsqu’il est sollicité par le ministre de la Défense rwandais, le capitaine Barril n’est pas n’importe qui. “Paul Barril, à cette époque, c’est la France”, résume une source judiciaire. Officiellement, Barril est d’abord chargé d’“une mission d’infiltration” au service du gouvernement rwandais, avant d’être sollicité par la veuve Habyarimana pour enquêter sur les auteurs de l’attentat. Officieusement, son rôle est nettement plus discutable ».

Interrogé à trois reprises par l’équipe singulièrement peu performante de la Division nationale antiterroriste, Paul Barril s’était tiré de questions à peine gênants par des pirouettes.

Réinterrogé en juillet dernier par les gendarmes du juge Trévidic, l’homme a perdu de sa superbe. Celui qui se plaisait à faire circuler des photos le représentant un énorme revolver 357 Magnum en mains (une arme dont la balle peut couper un homme en deux), qui se targuait d’être le meilleur tireur d’élite de la Gendarmerie française, apparaît un sexagénaire prématurément vieilli, agité de tremblements, souffrant sans doute de la maladie de Parkinson. Lui qui a si longtemps et si impunément manipulé les journalistes se plaint des médias qui le présentent « injustement » comme un homme impliqué dans l’attentat du 6 avril 1994. Il affirme qu’il ne s’est jamais rendu au Rwanda plus de deux ou trois jours de suite. Il confirme qu’il a été présenté à Habyarimana par Grossouvre « avant 1990 » et qu’il était chargé d’infiltrer « les Tutsi du FPR » pour les retourner. Il reconnaît avoir agi d’abord avec Groussouvre puis avec Fabien Singaye. Il prétend à présent qu’il effectuait des missions ponctuelles au Rwanda sans recevoir d’argent, seulement des billets d’avion et le remboursement de ses frais.

Mais parfois le naturel de « l’enfumeur » reprend le dessus. Paul Barril joue les diplomates de haute volée. Il affirme que c’est à son instigation que Paul Kagame « et quatre personnes dont je ne me rappelle plus les noms » sont venus à Paris en septembre 1991 pour négocier « les accords d’Arusha ». Il se présente comme agissant pour François Mitterrand afin d’aider Habyarimana à assurer la paix. Mais à d’autre moments il présente la guerre au Rwanda comme opposant « les Hutu et les Tutsi » et bien sûr il était dans le camp des Hutu.

Un alibi pour le 6 avril ?

Le plus intéressant est qu’il présente un alibi pour le 6 avril 1994. Curieusement, il s’agit d’une sorte d’attestation d’huissier à qui il aurait montré son visa et les tampons d’entrée et de sortie des États-Unis, où il aurait passé une quinzaine de jours missionné par la Garantie Mutelle des Fonctionnaires (GMF). Mais il s’avère aujourd’hui qu’il possédait à l’époque deux passeports français à son nom.

Paul Barril aurait été appelé par Agathe Habyarimana qu’il aurait rencontrée « complètement désemparée » par la mort de son mari pour faire une enquête sur l’attentat. On lui demande s’il ne travaille pas plutôt pour Mobutu. Il esquive en disant qu’il est allé voir aussi Mobutu en venant par Goma, et qu’un hélicoptère Gazelle l’a ensuite emmené au nord du Rwanda près de la frontière, puis à Kigali. Il insiste sur le fait qu’il était seul.

On lui présente ses précédentes dépositions et ses contradictions. Paul Barril élude encore, il ne se souvent plus. Notamment pour les lance-missiles qu’il n’aurait pas eu vraiment dans ses mains. On lui rappelle ses déclarations dans Guerres secrètes à l’Élysée, un livre de souvenirs où il règle ses comptes après le suicide de Grossouvre, intervenu curieusement le 7 avril 1994, 24 heures après l’attentat.

Une citation accablante

Paul Barril y écrit page 176 : « J’ai appris le décès de celui que je considérais comme le général en chef d’une nouvelle armée de l’ombre, apte à rétablir la France [François de Grossouvre], sur une colline perdue au centre de l’Afrique, au moment où les officiers tutsis du Front patriotique rwandais (FPR), formés et conseillés par la C. I. A., préparaient les premiers mouvements de l’offensive qui devait leur assurer le pouvoir à Kigali, capitale du Rwanda, ainsi que le contrôle de toute la région des Grands Lacs. François Durand de Grossouvre est mort le 7 avril 1994, peu avant 20 heures. Exactement 24 heures avant, le 6 avril à la même heure, l’avion du président rwandais Habyarimana a explosé en plein vol, au-dessus du palais présidentiel de Kigali, frappé traîtreusement par deux missiles soviétiques sol air SAM 16. Leurs numéros de série indiquent qu’ils ont appartenu à l’armée irakienne. Peut-être ont-ils été récupérés par les soldats américains après la guerre du Golfe. Dans ce cas devrait-on y voir une manipulation de la C. I. A. ? Mais pourquoi ? Ou plutôt, afin de ménager les intérêts de qui, à Kigali, et au Rwanda en général ? »

Que faisait Paul Barril à Kigali le 6 ou le 7 avril, selon son propre aveu ? Il répond que le livre était en partie un roman, un « roman-enquête » et que tout n’était pas vrai. Il dit que c’était « pour faire bouger les choses ».

On lui rappelle les « 80 enregistrements de témoins ayant assisté à l’attentat » dont il avait fait grand cas en 1994 dans la presse, notamment le quotidien Le Monde. Non, il n’a pas ces enregistrements, il avait simplement « pris des notes », et puis c’était des témoignages « à l’africaine » (?) dont il ne se souvient pas clairement.

On lui demande ses liens avec Singaye. Il dit que c’est lui qui l’a présenté aux enquêteurs du juge Bruguière. Il reconnaît savoir que Singaye était un agent des services de renseignement. Il dit qu’il était très bien renseigné et qu’il l’aidait à enquêter sur l’attentat, « pour la défense des familles des trois militaires français de l’équipage ». On lui demande à quel titre il enquêtait. Il bafouille une vague réponse.

Barril explique que l’avion a été abattu sur ordres de Kagame dont les hommes suivaient l’arrivée par des lunettes infra rouge. Et que les deux tirs sont partis du même endroit du camp militaire des FAR à Kanombe (il avait présenté auparavant une version bien différente, visiblement il a intégré l’expertise balistique communiquée au juge Trévidic en janvier 2012, et qui semble innocenter le FPR).

Pressé par ses anciens collègues gendarmes qui « connaissent la musique », Paul Barril s’énerve progressivement. À la fin, un enquêteur lui indique qu’on va perquisitionner ses différents domiciles (trois résidences en France, dont une en montagne). Il répond qu’il ne peut assister aux perquisitions vu son état de santé. Paul Barril ironise sur l’idée qu’on pourrait demander à perquisitionner sa résidence au Qatar, et que ça n’arrangerait pas les relations entre le Qatar et la France. Humilié et mortifié d’être traité en témoin ordinaire, cet homme qui a fait trembler tant de politiciens français n’est plus que l’ombre de lui-même mais voudrait se donner de l’importance. Il ajoute que puisque c’est comme ça, il ne donnera pas les documents qu’il avait apportés. Et il refuse de signer le procès-verbal d’audition, ce qui est acté.

Les perquisitions engagées n’ont pas été sans résultat car si Barril a souvent fait le ménage chez les autres, il avait négligé bureaux et demeures personnels. Les gendarmes ont mis la main sur quelque 800 pages de pièces accablantes, une sorte de « best of » des turpitudes de la Françafrique. L’inusable Barril était de tous les trafics d’armes, de bien des magouilles… On a ainsi découvert la demande de 1000 mercenaires pour aider au génocide contre les Tutsi, et une copie du « contrat d’assistance » passé entre Barril et le gouvernement rwandais daté du 28 mai 1994, dont le premier exemplaire avait été trouvé à Kigali. Selon Le Parisien, le juge Trévidic a réinterrogé le capitaine Barril sur ces documents le 20 décembre dernier. Ce contrat d’assistance « n’a jamais existé », prétend l’intéressé. Les factures ? « Cela ne s’est jamais fait. » Il prétend que tout ça tout cela « c’est de la mayonnaise africaine. »

« Une mayonnaise de près d’un million de morts » observe notre consœur Elisabeth Fleury. En juin 1994, juste après le génocide, Paul Barril a été promu capitaine honoraire de la Gendarmerie française. Pour quels services rendus ?

[Source : Jean-François Dupaquier, Afrikarabia, 25 janvier 2013]

 

Rwanda : le capitaine, l’avion et le génocide

Un document mis au jour par le juge français Marc Trévidic et divulgué le 24 janvier par le quotidien Le Parisien repose la question des prestations assurées jusqu’en 1994 par l’ancien gendarme Paul Barril au bénéfice de l’armée génocidaire rwandaise…

Le filet se resserre autour de Paul Barril, dont le rôle trouble pendant le génocide au Rwanda de 1994 vient d’être éclairé par un document inédit. Dans son édition du 24 janvier, le quotidien Le Parisien publie en effet le fac-similé d’un courrier embarrassant pour l’ancien du Groupe français d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) et de la cellule antiterroriste de l’Élysée.

Ce document a été exhumé lors des perquisitions qui ont visé Paul Barril et son entourage en juin 2012. L’opération avait été diligentée par le juge Marc Trévidic, en charge de l’instruction sur l’attentat commis le 6 avril 1994 contre l’avion du président rwandais de l’époque, Juvénal Habyarimana. Dans ce courrier daté du 27 avril 1994, le ministre de la Défense rwandais, Augustin Bizimana (recherché par le Tribunal pénal international pour le Rwanda – TPIR – et-toujou-s en fuite) « confirme » au « capitaine Barril » son « accord pour recruter, pour le gouvernement rwandais, 1000 hommes devant combattre aux côtés des Forces armées rwandaises ». À cette date, l’armée gouvernementale livre combat au Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé. Mais elle encadre parallèlement, aux côtés de la gendarmerie, la campagne de massacres ciblés visant la population tutsie.

Au service du « Hutu Power »

Le Parisien apporte une nouvelle pièce au puzzle relatif à l’implication de Paul Barril au service des extrémistes hutu, avant comme pendant le génocide. Mais, bien que largement méconnus, des documents versés dans diverses procédures judiciaires illustrent déjà les prestations contre-nature assurées au pays des milles collines par le gendarme français reconverti dans la sécurité privée.

C’est ainsi qu’en novembre 1989, Barril adressait deux factures pro-forma au colonel Gasake, des Forces armées rwandaises. Celles-ci portaient sur la fourniture par sa société de sécurité, Secrets, de « portiques de détection type MD 2000 », de « détecteurs de métaux portatifs », de « PM Beretta » et de « valises attaché-case à ouverture rapide ».

En plein génocide, le 28 mai 1994, un contrat d’assistance est signé entre le Premier ministre, Jean Kambanda, et Paul Barril, en vertu duquel ce dernier « s’engage à fournir une aide sur le plan humain et matériel au Rwanda ». Vingt hommes spécialisés et différents armements doivent être fournis aux extrémistes hutus, alors en difficultés face à l’armée du FPR. « La prestation est évaluée à 3’130’000 dollars », poursuit le contrat, qui précise qu’un acompte de 50 % devait être versé à la signature.

Un versement d’1 million de dollars

Dans un « compte rendu de réunion » classé « Très secret » et daté du 29 septembre 1994, le général-major Augustin Bizimungu, chef d’état-major des ex-FAR (désormais en exil en RDC) évoque une autre prestation qui aurait été assurée par l’ancien commandant du GIGN au bénéfice de l’armée génocidaire. Sollicité pour apporter une formation aux militaires rwandais en matière d’opérations spéciales, Paul Barril a, selon le document, perçu un acompte de 1,2 millions de dollars, là encore en plein génocide. Mais la prestation sera finalement annulée en raison du déploiement concomitant de l’opération française Turquoise.

La question qui se pose à présent au juge Trévidic est de savoir si Paul Barril a pu jouer un quelconque rôle dans l’attentat à propos duquel porte son instruction. « Très tôt dans le dossier, nous avons invité les enquêteurs à mener des investigations sérieuses du côté de M. Barril, confie à Jeune Afrique l’avocat belge Bernard Maingain, qui défend les sept Rwandais de l’entourage du président Paul Kagamé encore mis en examen dans ce dossier. Les résultats récents de l’instruction semblent justifier nos demandes. »

De son côté, selon Le Parisien, le sulfureux capitaine conteste que ces différents contrats aient été suivis d’effets, résumant la controverse au sujet de son rôle au Rwanda à « de la mayonnaise africaine ».

[Source : Mehdi Ba, Jeuneafrique.com, 24 janvier 2013]

 

Barril : ça sent la poudre !
par Alain Gauthier, président du  Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda

Le Parisien « révèle » aujourd’hui le rôle qu’aurait pu jouer le capitaine Paul Barril dans le génocide des Tutsi au Rwanda. Ces « révélations » ne surprendront que ceux qui ne le connaissent pas.

La lettre d’Augustin Bizimana, ministre de la Défense du gouvernement génocidaire, adressée à Paul Barril le 27 avril 1994, vient confirmer ce que beaucoup d’entre nous répétions depuis des années : Paul Barril, et donc les autorités politiques françaises de l’époque, a joué un rôle déterminant auprès des autorités politiques rwandaises au pouvoir en 1994.

Sa proximité revendiquée avec madame Habyarimana, la veuve du président assassiné, ses apparitions dans les médias lors de la « découverte » de la boîte noire de l’avion présidentiel, sa présence sur les collines du Rwanda en avril 1994, tout cela faisait de lui un témoin privilégié.

• Comment imaginer que la Mission d’enquête parlementaire n’ait pas exigé qu’il vienne témoigner ?

Nous aurions même souhaité, il y a bien longtemps, que l’ancien patron du GIGN soit soumis au détecteur de mensonges tellement nous avions la certitude qu’il en savait beaucoup plus qu’il ne le prétendait. La découverte de documents compromettants saisis à son domicile ramènent le capitaine Barril sur le devant de la scène.

Le Parisien précise que, « outre la demande de 1000 mercenaires » réclamés par Augustin Bizimana, « les enquêteurs ont récupéré des factures d’armes, de munitions et d’hommes, liées à un “contrat d’assistance” passé entre Barril et le gouvernement rwandais et daté du 28 mai 1994. »

Le plus choquant, ce sont les réponses que ce monsieur ose faire au juge Trévidic qui l’interroge : pas de contrat d’assistance, pas de factures… « Tout cela c’est de la mayonnaise africaine ». « Une mayonnaise », conclut le journaliste, « de près d’un million de morts ».

Quel mépris pour l’Afrique et les Africains sur le dos desquels il a bâti sa fortune ! Quel mépris pour les victimes du génocide des Tutsi déjà si durement affectés par les lenteurs de la justice française !

Quand on évoque le nom de Barril, ça sent effectivement la poudre. Le juge Trévidic, qui a pris le contrepied du juge Bruguière, arrivera-t-il à faire parler Paul Barril ? Ce serait souhaitable. Cela permettra-t-il aussi de faire enfin la lumière sur la mort de monsieur de Grossouvre, « suicidé » le 7 avril 1994 dans son bureau de l’Élysée ? Rien n’est moins sûr, mais l’étau se resserre : quel a été le rôle exact des autorités françaises de l’époque dans la mise en place du génocide des Tutsi ?

Souhaitons au juge Trévidic de faire un jour la lumière : mais il ne faudrait plus trop tarder.

Près de vingt ans se sont écoulés et les mémoires défaillent, les rescapés disparaissent, ainsi que les bourreaux.

• Qui restera-t-il à juger ?

Les procès attendus contre des présumés génocidaires rwandais présents sur le sol français feront-ils exploser ce baril de poudre sur lequel notre pays s’est assis ?

Alain Gauthier, président du CPCR
[Source : Izuba, CPCR, 24 janvier 2013]

 

Rwanda, le 13 mai 1994

Les résultats de l’enquête que j’ai menée au Rwanda depuis avril 2009 ont été partiellement révélés, en février dernier, à l’occasion d’une pleine page publiée dans le Wall Street Journal. De nombreux témoignages, aussi bien de rescapés que d’anciens génocidaires, y attestent de la participation directe de ce qui apparaît être des soldats français au génocide de dizaines de milliers de civils tutsis le 13 mai 1994 à Bisesero, dans l’ouest du Rwanda. Les deux dates des 13 mai et 14 mai 1994 correspondent probablement aux deux plus importantes journées de massacres génocidaires ayant eu lieu dans le pays des mille collines au printemps 1994. On estime que 40’000 civils tutsis auraient été génocidés au cours de ces deux jours à Bisesero, la plus grande partie d’entre eux l’ayant été le 13 mai. Deux jours d’intenses massacres qui ont emboîté le pas à la journée du 12 mai dédiée, elle, à leur préparation.

La connaissance du fait que ces deux jours furent consacrés à de grands massacres génocidaires n’est pas nouvelle en ce que cela avait déjà été consigné dans le rapport de l’ONG londonienne African Rights, avant d’être documenté par nombre de témoignages portés devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Ce qui est nouveau en revanche, et qui résulte de cette enquête menée à l’occasion de deux voyages au Rwanda — l’un en avril 2009 (soixante-dix heures d’interview filmées), le suivant en février 2010 (trente heures de tournage de reconstitutions sur le terrain) , est le fait que des Français en uniforme militaire, armés de mitraillettes, mortiers et/ou de lance-roquettes y ont non seulement activement participé aux côtés des milices interahamwe, de la population hutu et des gendarmes, policiers et soldats rwandais, mais qu’ils ont également été aux premières loges de son organisation. Voici un résumé de ce que cette enquête permet notamment d’affirmer.

La journée du 12 mai 1994 est consacrée à préparer le massacre génocidaire du lendemain. Il s’agit de venir à bout de ces dizaines de milliers de Tutsis qui sont parvenus, en se réfugiant dans les collines de la région de Bisesero, à échapper à leur génocide perpétré jusque-là au sein des stades et des églises de la préfecture de Kibuye. À cette fin, une reconnaissance est notamment réalisée d’un endroit nommé Mubuga à un autre endroit nommé Mumubuga : une centaine de miliciens et de paysans hutus font le chemin par une piste avec pour ordre de ne pas s’en prendre aux Tutsis, tandis qu’un convoi de véhicules, contenant des Blancs en uniforme, et qui viennent d’être présentés à la foule comme Français, se rend par la route à la rencontre de ces derniers. Il s’agit de rassurer à cette occasion les Tutsis découverts quant au fait qu’il n’y aura plus de massacre et qu’ils bénéficieront au contraire désormais de protection. Dans la soirée, le conseiller municipal de Mubuga, Vincent Rutaganira, fait battre le tambour afin d’inviter la population à venir participer au massacre prévu pour le lendemain à l’encontre des Tutsis qui viennent d’être débusqués.

DES MILLIERS DE TUEURS

Le 13 mai 1994, a lieu, vers 7 heures du matin, un grand rassemblement sur la place de Mubuga : plus de cent personnes sont réunies quand arrive le bourgmestre de Gishyita, Charles Sikubwabo (actuellement en fuite et recherché par le TPIR), accompagné d’une dizaine d’hommes en uniforme militaire qu’il prend alors soin de présenter à la foule comme Français, et dont le visage est cette fois camouflé avec de la suie noire. La réunion dure à peine un quart d’heure. Tout le monde s’en va ensuite en direction de la colline de Mumubuga, la foule de miliciens empruntant une piste tandis que Sikubwabo et les Français regagnent eux leur véhicule avant de prendre la route. Il faut à peu près une heure trente aux premiers miliciens pour rejoindre le point de rendez-vous qu’ils se sont fixé avec les Français. Afin de se différencier des Tutsis qu’ils s’apprêtent à exterminer, ils sont pour nombre d’entre eux recouverts de ces feuilles de bananier dont la région regorge. Des milliers de tueurs sont maintenant présents sur le terrain du génocide : miliciens interahamwe, soldats et policiers rwandais, sans oublier la population hutu rameutée pour l’occasion.

Les grands chefs miliciens saisissent leur mégaphone pour scinder puis diriger les attaquants en plusieurs groupes tandis que les Français ont, eux, déjà fait la jonction avec ceux qu’ils ont laissés un peu plus tôt à Mubuga. Accroupis dans la brousse, seule une dizaine de mètres les sépare de ces miliciens et paysans hutus qui n’attendent désormais plus que leur feu vert aux fins d’investir les collines d’en face. Pour le moment, ils restent couchés dans la brousse, le temps que les Français finissent d’arroser de leurs obus (ou roquettes) les buissons où se cachent les Tutsis. Effrayés, ces derniers se mettent alors à fuir leurs cachettes, après quoi les Français mitraillent une à une ces cibles mouvantes que constituent les civils tutsis sans défense. C’est alors au tour des miliciens et paysans de se mettre au « travail », tachant d’abord de repérer des mouvements dans les collines avant d’aller achever au gourdin ou à la machette les Tutsis qui ne sont que blessés.

Bilan de la journée du 13 mai 1994 : le génocide de quelques dizaines de milliers de civils tutsis.

En mars dernier, le procureur du TPIR a été informé que mes témoins (une cinquantaine, parmi lesquels des rescapés et des anciens génocidaires) se tenaient à sa disposition aux fins de reproduire en justice les témoignages dont ils m’ont fait part.

Serge Farnel est ingénieur, écrivain et journaliste d’investigation.
[Source : Le Monde, 13 mai 2010]

 

[Ci-dessous, la préface du livre-enquête de Serge Farnel, par Géraud de la Pradelle, président de la Commission d’enquête citoyenne sur l’implication de la France au Rwanda et auteur de Imprescriptible, consacré à l’examen juridique des responsabilités  françaises.]

Préface de Géraud de la Pradelle

Le degré d’implication des autorités civiles et militaires françaises dans le soutien au Gouvernement intérimaire rwandais pendant qu’il procédait au génocide, est controversé.

Divers travaux révèlent – entre autres méfaits – que, sur le terrain, dans le cadre des opérations ‘‘Amaryllis’’ (du 8 au 14 avril 1994) et ‘‘Turquoise’’ (du 22 juin au 22 août 1994), des militaires, agissant conformément aux ordres reçus, ont abandonné, sinon livré, des civils à leurs assassins dont ils avaient auparavant formé les cadres. Par ailleurs, une dizaine de procédures introduites par des victimes de viols et de sévices graves qu’auraient commis ces soldats, sont actuellement pendantes devant le Tribunal aux armées de Paris. Toutefois, jamais encore on n’avait sérieusement prétendu, encore moins démontré, que des commandos de l’Armée française avaient directement participé à certains massacres. C’est chose faite aujourd’hui.

Le présent ouvrage expose les multiples aspects d’une enquête menée en deux temps, d’abord fin avril 2009, puis en février 2010, dans la région de Kibuye et les collines de Bisesero, à partir d’une information recueillie par hasard.

Quelques lignes suffisent pour caractériser l’apport essentiel de cette enquête.

En mai 1994, une quinzaine de militaires français en uniformes auraient occupé une salle de réunion dite « CCDFP », dépendant de la municipalité de Gishyita. Ils s’y seraient encore trouvés, le 24 juin, pour accueillir un contingent de ‘‘Turquoise’’ qui s’est logé au même endroit.

Le 12 mai, ces militaires auraient participé à l’expédition montée par le bourgmestre et consistant à rassembler la population pour l’emmener vers les collines de Bisesero où s’étaient réfugiés, en très grand nombre, des Tutsi qui avaient jusqu’alors efficacement résisté aux génocidaires. Il s’agissait de rassurer ces réfugiés en promettant de leur procurer vivres et protection – promesses appuyées par une parodie de maîtrise d’une foule hostile.

Un tout autre programme fut exécuté, dans ces mêmes lieux, dès le lendemain, 13 mai : ce jour-là, plusieurs dizaines de milliers de Tutsi furent massacrés.

La chose est de notoriété publique. En revanche, jusqu’à présent, il n’avait pas été question d’une présence, encore moins d’une participation française à ces horreurs. C’est pourtant ce qui résulte de l’enquête menée par Serge Farnel.

D’après les témoignages qu’il a pu recueillir, la participation des militaires cantonnés au CCDFP aurait été déterminante : puissamment armés, passant de colline en colline, ils auraient mitraillé, pilonné, les Tutsi encerclés par la multitude des génocidaires locaux qui, ensuite, achevaient les blessés à coups de gourdins et de machettes.

Quelques articles précédemment consacrés par Serge Farnel à ces événements odieux ont été fort mal reçus dans pratiquement tous les milieux.

L’hostilité de ceux qui avaient été plus ou moins directement mêlés à la politique du moment est, somme toute, normale. L’agacement d’une opinion traditionnellement oublieuse des turpitudes passées, l’est également.

En revanche, les réserves de gens qui se sont investis dans l’examen critique des activités nationales au Rwanda, sont plus difficiles à comprendre. Du moins, peuvent-elles s’expliquer par le fait que l’essentiel du dossier n’était pas encore publié.

Désormais, ces réticences ne sont plus de mise.

En effet, Serge Farnel ne se contente pas de transmettre les informations dont il dispose.

Il publie l’intégralité de témoignages qui ont été non seulement enregistrés mais, encore, filmés ; rend minutieusement compte, de la manière dont il a procédé pour les susciter et les recueillir ; enfin, il passe en revue les questions que ces témoignages suscitent, à juste titre : pourquoi des militaires français se seraient-ils mêlés aux massacres du mois de mai ? d’ailleurs, s’agissait-il de Français ; qui plus est, de militaires en service ? comment expliquer le silence des témoins – observé pendant quinze ans et, soudainement, brisé pour lui ? surtout, est-il concevable que l’intervention de soldats aient échappé aux autres enquêteurs alors que les massacres du 13 mai 1994 sont parfaitement connus ?

Le lecteur constatera que les réponses apportées ou suggérées sont solides.

Dans ces conditions, le signataire de ces lignes – qui croit bien connaître Serge Farnel – ne met pas en doute la sincérité de son travail.

Il reste à compléter l’enquête pour, le cas échéant, tirer les conséquences qui s’imposent.

Elles sont avant tout d’ordres moral et politique ; une prise de conscience est indispensable pour qu’à l’avenir, les citoyens que nous sommes fassent moins aveuglément confiance aux dirigeants qu’ils ont choisis.

On doit également évoquer d’éventuelles suites judiciaires. Les faits rapportés par les témoins que Serge Farnel a entendus sont constitutifs d’une participation directe au génocide. Ces faits relèvent à la fois de la compétence du Tribunal pénal international pour le Rwanda et, par application de la loi du 22 mai 1996, de celle des juridictions françaises. À cet égard, il est intéressant que certains officiers aient demandé « justice pour la France et ses soldats ». Il conviendrait de les prendre au mot – tout en gardant à l’esprit que la responsabilité première incombe au pouvoir civil dont les militaires ont exécuté les ordres.

Géraud de Geouffre de la Pradelle, 11 février 2012

Géraud de Geouffre de la Pradelle est professeur émérite de l’Université de Paris-X Nanterre. Juriste international, il a présidé, en 2004, la Commission d’enquête citoyenne sur l’implication de la France au Rwanda. Il est l’auteur de Imprescriptible. L’implication française dans le génocide tutsi portée devant les tribunaux publié en 2005 aux éditions des Arènes.

 

[Au sujet des méfaits de Barril au Centrafrique, ci-dessous l’extrait d’un article paru en 2006 :]

Antérieurement, Patassé n’avait pas procédé autrement, cette fois « dans le cadre » d’un contrat de « mercenariat », avec le bien connu Paul Barril. Chargé de la sécurité présidentielle, celui-ci se voyait même bombardé responsable de la lutte anti-terroriste « intérieure et extérieure » – on était après le 11 septembre. En même temps que ces fonctions de super-ministre de la « sécurité », Barril commercialisait des services de « gardiennage » privé – pour arrondir ses fins de mois, peut-être. L’adjoint de Barril, en ces sombres débuts de XXIe siècle, un certain Abdoulaye Miskine, aura gagné son brin de célébrité en semant la terreur, au moins autant que ses compères de l’actuelle Brigade de sécurité présidentielle.

Le vent ayant tourné, Bozizé renversant Patassé, cela leur vaut – à Barril, à Miskine comme à leur commanditaire Patassé –, d’être poursuivis devant la Cour Pénale Internationale. Un arrêt de la cour de cassation de Bangui le confirmait le 11 avril 2006. L’acte d’accusation leur reproche d’avoir « volontairement donné la mort à plusieurs individus avec préméditations, tortures et sévices, volontairement porté des coups ayant entraînés la mort sans intention de la donner, détenu et séquestré plusieurs individus, recelé des cadavres, pillé et détruit des biens appartenant aux victimes en réunion ou en bande ». Patassé est accusé d’avoir fait venir des mercenaires de diverses nationalités qu’il a placés sous la direction de Paul Barril – nommé Directeur national de la lutte contre le terrorisme international. L’acte d’accusation mentionne également une milice, « connue sous l’appellation de Société centrafricaine de protection et de surveillance (SCPS) », qui sévissait sous les ordres de Victor Ndoubabe et Paul Barril. Victor Ndoubabe, idéntifié par ailleurs comme le « chauffeur » de Patassé, est le quatrième de la liste d’accusés transmise à la Cour Pénale Internationale. Le cinquième est plus connu : il s’agit de Jean-Pierre Bemba, fameux milliardaire et chef de milice zaïrois. Ses hommes seront particulièrement redoutés à Bangui cette année-là. Selon l’arrêt de la cour de cassation centrafricaine, Bemba devrait au fait d’être devenu entretemps vice-président du Congo-ex-Zaïre de bénéficier d’une immunité. Les élections approchent au Congo – et le criminel françafricain craint de perdre sa précieuse immunité. [Et à raison : Jean-Pierre Bemba sera arrêté à Bruxelles le 24 mai 2008, suite à un mandat de la Cour pénale internationale, en raison d’accusations de crimes contre l’humanité commis lors des incursions de ses troupes en République centrafricaine pendant la période allant du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003. Le 4 juillet, Bemba comparaissait une première fois devant les juges. Ses avocats n’ont pas demandé la mise en liberté provisoire de leur client, attendant d’être en possession de toutes les pièces transmises par les autorités belges avant de se prononcer. L’audience de confirmation de charges doit se tenir le 4 novembre.] Propriétaire de plusieurs chaînes de télévision, il fait feu de tout bois pour alimenter autant que faire se peut son unique planche de salut politique : l’ethnisme à outrance. [Mais ne parviendra pas pour autant à s’imposer dans la joute électorale congolaise.]

Ainsi que le remarque la FIDH, « l’ordonnance ne distingue pas la responsabilité pénale de Miskine de celle de Paul Barril ». Et soutient : « À la lumière des pièces du dossier… que pendant les événements de 2002/2003 ils se sont rendus coupables de nombreuses exécutions sommaires et autres infractions ; que les personnes estimées à plusieurs centaines sont victimes des exactions commises » par les deux inculpés. « L’ordonnance mentionne des fosses communes identifiées aussi bien à Bangui que dans les villes de province, ainsi que des cas nombreux d’arrestations illégales », précise la FIDH. Le président de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, Sidiki Kaba, dénonçait le « silence assourdissant » du procureur de la Cour internationale, qui ne semble pas pressé de se saisir du dossier de l’officier français. « Son inaction favorise le climat d’impunité », soulignait-il. Et « son intervention, attendue par les victimes, pourrait au contraire prévenir la répétition de crimes les plus graves ». Le 23 mai, le procureur de la Cour pénale internationale était justement reçu à Paris par le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, pour évoquer nombre d’affaires en suspens, sur lesquelles « toute la lumière » devrait être faite. Mais le dossier centrafricain n’était pas mentionné dans le communiqué du Quai d’Orsay. Sûrement un oubli.

[Source : État d’urgence, Le Cobaye international]

Publié par Michel Sitbon sur le site parisseveille, 28 janvier 2013

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Résistons Ensemble n° 116 – février 2013

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Résistons Ensemble

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[Révolution égyptienne] « Pain, dignité, justice sociale »

Affrontements au Caire deux ans après la chute de Moubarak

LE CAIRE – Des affrontements ont éclaté lundi au Caire entre policiers et manifestants qui réclamaient le départ du président Mohamed Morsi, à l’occasion du deuxième anniversaire de la chute de son prédécesseur Hosni Moubarak.

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Manifestants près du palais présidentiel du Caire.

Des dizaines de jeunes ont lancé des pierres en direction du palais présidentiel au terme d’une marche de plusieurs milliers d’Égyptiens qui accusaient les Frères musulmans, dont Mohamed Morsi est issu, d’avoir détourné la révolution et de chercher à monopoliser le pouvoir.

La police a riposté avec des canons à eau et des grenades lacrymogènes, avant de pourchasser les manifestants aux abords du complexe présidentiel.

Le palais Ettihadiya, dans le quartier d’Heliopolis, était pour l’occasion protégé par des fils de fer barbelés, installés après l’incendie d’un bâtiment atteint par des cocktails Molotov la semaine dernière.

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Les affrontements, qui ont semblé de moindre ampleur et moins violents que ceux qui ont éclaté ces dernières semaines entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi, ont été retransmis en direct par plusieurs chaînes de télévision.

Les manifestants s’étaient réunis dans la journée sur la place Tahrir, symbole du soulèvement contre Hosni Moubarak, avant de perturber la circulation automobile en bloquant brièvement plusieurs ponts qui enjambent le Nil. (…)

Presse contre-révolutionnaire (Reuters, 12 février 2013)

 

Égypte : révolution et luttes sociales

Si l’on retient de la révolution égyptienne de 2011 la figure du jeune internaute branché, si l’on découvre, en 2013, celle, plus sombre, du jeune cagoulé vêtu de noir, il en est une que la plupart des médias ignorent alors même que son rôle est incontestable dans le cycle de mobilisations que connaît l’Égypte depuis deux ans, et au-delà depuis la fin des années 1990 : celle du petit salarié, qu’il soit ouvrier, fonctionnaire ou employé.

Moins médiatiques que les affrontements entre militants politiques et forces de l’ordre, plus constantes et régulières que les épisodes protestataires qui se déploient dans les rues, les mobilisations du monde du travail sont l’autre face, tout aussi cruciale et tout aussi expressive, de cette révolution.

La force et l’acuité des luttes qui se déclinent en termes économiques et se conjuguent au présent de la question sociale ne sauraient être occultées dans la compréhension de la geste révolutionnaire.

Elles en sont un des réfracteurs et entretiennent un rapport homothétique, dans la forme et le fond. Elles sont aussi le soubassement, voire une des clés d’explication des flambées de violence, de colère et protestations que la moindre étincelle politique suffit à allumer dans l’Égypte d’aujourd’hui.

Une révolution ne relève pas de la théorie de la génération spontanée. L’égyptienne ne déroge pas à la règle ; si la contestation qui s’est cristallisée le 25 janvier 2011 par l’occupation de la place Tahrir fut imprévisible, elle ne s’inscrit pas moins dans un cycle de protestations indépendantes des formations politiques et à l’initiative des ouvriers et des jeunes.

OCCUPATION DE TOUTE UNE VILLE

Pour la seule année 2007, l’Egyptian Workers and Trade Union Watch dénombre 580 actions revendicatives (en 2004, il s’agissait de 191 actions). En septembre 2007, 22’000 ouvriers de l’usine de textile Ghazl Al-Mahalla, fleuron de la troisième ville du pays, Mahalla Al-Koubra, se mettent en grève pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail et un salaire minimum.

Pour la première fois en Égypte, un ouvrier du comité de grève élu, Sayyid Habib, déclare lors d’un meeting : « Nous défions le gouvernement (…) Nous nous battons pour nos droits et la chute du gouvernement. » La politisation des revendications sociales est explicite.

Quelques mois plus tard, c’est de la même usine, en avril 2008, qu’une grève conduit à l’occupation de toute une ville. Elle reste, aujourd’hui encore, un souvenir vivace chez les militants syndicaux et politiques tant la répression est féroce (affrontements avec les forces de police faisant un mort et 331 arrestations) et tant elle marque une étape dans la synchronisation des luttes sociales et politiques.

Le 1er mai 2010, un rassemblement d’ouvriers de diverses usines se forme devant le Parlement et entonne des slogans sans ambiguïté : « Un salaire minimum juste ou que le gouvernement rentre à la maison », « À bas Moubarak et tous ceux qui augmentent les prix ». Preuve supplémentaire, s’il en était besoin, de l’étroite imbrication des mouvements sociaux dans la trame révolutionnaire.

Il nous suffit de mentionner que c’est au cœur même de l’occupation de Tahrir, durant ces dix-huit jours qui conduisent au départ du président Hosni Moubarak, que se crée, le 30 janvier 2011, le premier syndicat indépendant de l’Égypte : la Fédération égyptienne des syndicats indépendants (Efitu), qui appelle immédiatement à une grève générale, très suivie.

Pourtant, l’événement est l’un des moins médiatisés du soulèvement populaire. Il n’empêche, l’un des acquis de la révolution est bien là, dans la fin du monopole de l’omnipotente Fédération des syndicats égyptiens (ETUF) fondée par Nasser.

La liberté syndicale est reconnue par décret le 12 mars 2011, et en août la direction nationale de l’ETUF est dissoute, ce qui était la toute première revendication de l’Efitu. Mais cet acquis est fragile et ambivalent. Liberté syndicale reconnue mais action collective criminalisée : c’est également par décret qu’en mars, le Conseil suprême des forces armées chargé de la transition assortit toute incitation à l’organisation de sit-in ou d’actions perturbant le travail des autorités publiques d’une amende de 5537 euros.

LA CHUTE DU RÉGIME DE MOUBARAK N’A PAS APAISÉ LA COLÈRE

La sanction est de 55’377 euros et d’au moins un an de prison pour toute action de violence conduisant à « la destruction des moyens de production » ou « susceptible d’atteinte à l’unité nationale, à la sécurité publique et à l’ordre social ». L’imprécision des termes est propice à l’interprétation la plus extensive, comme en témoigne la condamnation à la prison, par un tribunal militaire, le 29 juin 2012, de cinq ouvriers de la compagnie de gaz et de pétrole Pétrojet, coupables d’avoir campé deux semaines devant le ministère du pétrole, pour demander la titularisation de 200 employés au statut précaire.

La chute du régime de Moubarak n’a pas apaisé la colère, loin s’en faut. Des grèves récurrentes bloquent les usines et les rues du centre-ville. Dans les secteurs industriel et tertiaire, une amélioration des conditions de vie et une refonte du droit du travail égyptien sont revendiquées.

En 2011, selon l’ONG Sons of the Land Association for Human Rights, plus de 1400 actions collectives ont eu lieu impliquant au moins 60’000 travailleurs, soit deux à trois fois plus qu’auparavant. Du jamais-vu dans l’histoire de l’Égypte. Pour le seul mois de septembre 2012, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux recense près de 300 actions collectives ouvrières.

Les revendications restent les mêmes (salaire minimum et conditions de travail), auxquelles s’ajoutent des demandes politiques : l’exigence que des directeurs de sites ou de services soient « dégagés », que les « petits Moubaraks » de toute sorte subissent le même sort révolutionnaire.

En cela, les ouvriers égyptiens partagent avec le peuple le bénéfice acquis lors du soulèvement : le pouvoir de dire, la reconquête de leurs voix, à défaut de leurs droits. En effet, ils sont rares les exemples de changement de direction, peu nombreux durant la gestion de la transition par l’armée, de plus en plus rares sous le règne des Frères musulmans.

Évoquons aussi la déconnexion grandissante entre les expressions et formulations de la question sociale et les traductions politiques des tourments transitionnels. Force est de constater que les luttes sociales, avec tout ce qu’elles comportent de revendications socio-économiques, viennent s’échouer au pied de l’arène politique.

UN PEUPLE EN PAUPÉRISATION CHRONIQUE

Non seulement peu de partis mentionnent les intérêts des travailleurs et des ouvriers, mais encore les nouveaux syndicats connaissent des conditions de travail précaires ; faute de ressources, la plupart ne disposent ni de locaux ni de cadres.

Un an après le départ d’Hosni Moubarak, l’Efitu a beau revendiquer regrouper 200 syndicats et 2 millions de membres, elle est le théâtre de scissions tonitruantes ; bien expert celui ou celle qui pourrait en établir la puissance réelle.

Soyons justes : les dimensions économico-sociales ne sont pas absentes des programmes des partis politiques, anciens ou nouveaux, et le très bon score du candidat nassériste Hamdeen Al-Sabahi, fondateur du parti Al-Karama, à la présidentielle, où il parvient à capitaliser 20,7 % des suffrages exprimés au premier tour, s’explique par sa proximité avec les mouvements sociaux.

Reste que Khaled Ali, l’ancien directeur du centre égyptien pour les droits économiques et sociaux et leader syndical, n’a récolté que 0,6 %. La compétition pour les sièges parlementaires n’a guère été plus favorable : en comptant large, 25 députés du premier Parlement postrévolutionnaire peuvent être considérés comme proches de la cause ouvrière.

Signe des temps ou paradoxe dramatique d’un pays qui connaît une situation économique catastrophique et dont tous les indicateurs financiers sont au rouge ? Quoi qu’il en soit, au désastre de l’économie égyptienne et au désarroi d’un peuple en paupérisation chronique, le pouvoir en place reste, dans le meilleur des cas, sourd, à tout le moins peu réceptif et, dans le pire, répressif.

En effet, il est faux de croire que le projet politique des Frères musulmans est un véritable projet de société dans le sens plein du terme : s’il est bien sociétal, connu — ô combien — pour ses aspects relatifs aux mœurs et à l’édiction de la morale, il est plus que superficiel sur la question sociale et euphémistique sur la fracture sociale.

Cependant, les Frères ont des considérations plus nettes et plus précises qu’on ne le croit sur le volet économique. Le credo néolibéral, avec ce qu’il implique de privatisations dans l’éducation, la santé, les transports et l’énergie n’est pas, pour eux, une découverte des injonctions du FMI.

Ils l’endossent et le revendiquent explicitement dans leur programme qui fut le seul, lors de la campagne présidentielle, à encourager les investissements étrangers dans les infrastructures principales et la libéralisation centralisée des échanges commerciaux.

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« PAIN, DIGNITÉ, JUSTICE SOCIALE »

Le slogan de la révolution « Pain, dignité, justice sociale » garde toute sa pertinence, deux ans après. Si la violence des black blocs (fondés sur le modèle des groupes radicaux européens) a pu surprendre, si celle des forces de l’ordre a pu rester intacte, elles n’en demeurent pas moins sans commune mesure avec la violence sociale qui perdure, au-delà et à côté de la révolution.

La dynamique et l’enjeu de cette dernière ne sont réductibles ni au clivage simplifié entre laïc et islamiste, ni à la seule alternative entre pacifisme et violence, ni, encore, au trompe-l’œil de la distinction entre État civil et État militaire.

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Assia Boutaleb, maître de conférences en sciences politiques à l’université Paris-VIII – Saint-Denis, a soutenu une thèse sur les processus de légitimation en direction de la jeunesse dans l’Égypte d’Hosni Moubarak. Ses travaux portent sur l’autoritarisme, les processus révolutionnaires et les configurations transitionnelles en Égypte et dans le monde arabe.

Presse contre-révolutionnaire (LeMonde.fr, 11 février 2013)

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L’assassinat de Chokri Belaïd et la guerre politique en Tunisie

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[La guerre politique en Tunisie] L’État dévore la révolution ?

Les protagonistes : l’ancien régime, les islamistes et Hamadi Jebali

L’ANCIEN RÉGIME
Zied El Heni, journaliste et membre du bureau exécutif du Syndicat national des journalistes tunisiens a été entendu aujourd’hui par le juge d’instruction du 13e bureau au tribunal de première instance de Tunis Rappelons que sur la chaîne Nessma TV, le vendredi 8 février 2013, Zied El Heni avait déclaré avoir été contacté par une source sécuritaire qui lui aurait révélé l’implication du ministère de l’Intérieur dans l’assassinat de Chokri Belaid. Selon Zieh El Heni, le responsable de l’assassinat serait le directeur général des services spéciaux Mehrez Zouari, décrit comme l’homme fort d’Ennahdha au sein du ministère de l’Intérieur. (…)

Winston Smith, Nawaat

 

LES ISLAMISTES
Jaziri ministre du #TnGov pose la question « Qui a les épées ? » Vous avez le MI et la justice ya sillakhra!!! #9pm
[Traduction : Lors de l’émission politique « 9pm » sur la chaîne Attounisiya, Jaziri, ministre islamiste du gouvernement tunisien, pose la question : « Qui a les épées ? Vous avez le ministère de l’intérieur et la justice, espèce de merdeux !!! »]

@MorsiChaari, sur Twitter

 

HAMADI JEBALI
— En Tunisie comme en Égypte, le pouvoir islamiste est à l’épreuve. Comment l’analysez-vous ?
Ce n’est pas propre aux islamistes. Comment concilier la révolution, l’État et ses réalités ? La plupart du temps, cela échoue parce que l’État dévore la révolution. (…)

Propos recueillis par la journaflic Isabelle Mandraud, envoyée spéciale à Tunis (Le Monde)

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Les Amis de l’Internationale,
publié par Le Jura Libertaire, 12 février 2013

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[Flics, porcs, assassins / Abdelhakim Ajimi] « Au moins, on sait qu’ils sont coupables, même si ce sont des coupables protégés »

Affaire Ajimi : les policiers condamnés en appel

JUSTICE – Ce lundi, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a confirmé les peines infligées aux policiers condamnés il y a un an à Grasse, pour la mort de Hakim Ajimi.

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Le père de Hakim Ajimi, Boubakar Ajimi répond aux questions des journalistes ce lundi à Aix-en-Provence, après la confirmation par la cour d’appel de la condamnation de trois policiers à 6, 18 et 24 mois de prison avec sursis.

Un an après le procès de Grasse, les condamnations des deux policiers de la Brigade anti criminalité et du policier municipal de la commune qui avaient participé à l’interpellation fatale à Hakim Ajimi ont été confirmées ce lundi à Aix-en-Provence. La cour d’appel a reconnu coupables d’homicide involontaire les deux fonctionnaires de police et les a condamnés à respectivement 18 et 24 mois de prison avec sursis, suivant exactement les réquisitions du parquet.

Pourvoi en cassation

« Mes clients ne s’y attendaient pas du tout, ils espéraient une relaxe, ils sont très surpris » a indiqué à Metro leur avocat niçois, Me Joël Blumenkranz. « Nous allons déposer un pourvoi en cassation, au moins à titre conservatoire, le temps de prendre connaissance des motifs car la cour à indique qu’ils n’avaient pas été condamnés pour les mêmes motifs qu’en première instance à Grasse ».

La cour a également retenu le délit de non-assistance à personne en danger à l’encontre du policier municipal de Grasse, qui voit sa peine de 6 mois de prison avec sursis confirmée.

« La famille Ajimi est enfin satisfaite, elle espère que s’en est terminé après tant d’années de procédure » a confié l’avocat de la partie civile, Me Franck de Vita.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Michel Bernouin à Nice, Metrofrance.com, 11 février 2013)

 

(…) La cour d’appel a toutefois assorti ces condamnations d’une « substitution des motifs », qui n’ont pas encore été énoncées. En première instance, les policiers avaient été condamnés pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Par ailleurs, la cour a élargi le nombre de personnes pouvant bénéficier de dommages-intérêts aux oncles et tantes du jeune homme décédé. (…)

Publié par des larbins de la maison Poulaga (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer, 11 février 2013)

 

(…) Pour la famille du jeune homme de 22 ans, mort asphyxié parce que les policiers avaient pratiqué une clé d’étranglement trop fort et trop longtemps au cours de son interpellation, l’émotion était forte à la sortie de l’audience : « On est soulagés. Au moins, on sait qu’ils sont coupables, même si ce sont des coupables protégés », a déclaré à la sortie de l’audience Boubaker Ajimi, le père du jeune homme décédé en 2008, qui avait dénoncé une justice à deux vitesses lorsque le tribunal avait condamné les trois hommes à des peines de prison avec sursis le 18 janvier dernier. (…)

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Une mobilisation de soutien et en mémoire d’Hakim Ajimi à Grasse (Alpes-Maritimes), le 12 janvier 2013.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (LeParisien.fr, 11 février 2013)

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[Solidarité avec Ibrahim !] D’une prison à l’autre, appel à solidarité pour une personne sans papiers condamnée pour tentative d’évasion d’un centre de rétention

D’une prison à l’autre

Le 16 décembre 2012, cinq personnes tentent de s’évader du centre de rétention de Palaiseau. Quatre vont y parvenir mais la cinquième personne, Ibrahim, va rester dans les mains de la police qui le passera à tabac. Il est placé en garde-à-vue puis déféré devant un juge deux jours plus tard accusé d’avoir ceinturé un flic pour lui voler un badge magnétique qui a permis aux autres de se faire la belle. Il est ensuite incarcéré en préventive à Fleury-Mérogis jusqu’au 18 janvier 2013, jour du jugement où il est condamné à deux ans de prison ferme et à verser 1200 euros à deux flics qui se plaignent de violence. En centre de rétention, l’évasion n’étant pas un délit, les flics et les juges cherchent donc à charger sur d’autres chefs d’inculpation.

Ibrahim se trouve maintenant incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis. Il n’a pas fait appel de la condamnation. Quand on est isolé, étranger et qu’on ne parle pas français, sans avocat, il est quasiment impossible de comprendre qu’on a dix jours pour faire appel. La justice écrase d’autant plus que l’on est pauvre et sans papiers.

D’une taule à une autre, de la prison pour étrangers à la maison d’arrêt, le chemin est tout tracé, et dans les deux sens. Le pouvoir profitera toujours des révoltes, des tentatives d’évasions, des refus d’embarquement, pour enfermer toujours plus les récalcitrants. Et inversement, quand on sort de prison et qu’on est sans papiers, ce qui nous attend c’est dans la plupart des cas, le centre de rétention et l’expulsion.

Quand on est enfermé dans un centre de rétention, quand tous les recours juridiques sont épuisés et quand s’annonce l’expulsion, la seule alternative c’est l’évasion et la révolte. C’est pourquoi ces histoires se répètent : quelques jours avant l’évasion de Palaiseau, sept personnes se sont échappées du centre de rétention de Vincennes, on espère qu’ils courent toujours. À Marseille, en mars 2011, des retenus ont mis le feu à la prison pour étranger du Canet. Depuis, deux personnes sont sous contrôle judiciaire après être passées par la case prison, dans l’attente d’un procès.

Pour Ibrahim comme pour ceux de Marseille, il est important d’être solidaire avec celles et ceux qui se révoltent pour leur liberté, qu’ils soient innocents ou coupables. Car tant qu’il restera des prisons, des papiers et des frontières, la liberté ne restera qu’un rêve.

Feu à toutes les prisons !
Liberté pour toutes et tous !

Pour ne pas laisser Ibrahim isolé face à la prison et à la justice, il est possible de lui écrire :

Ibrahim El Louar
écrou n°399815
Bâtiment D4 – MAH de Fleury-Mérogis
7 avenue des Peupliers
91705 Sainte-Geneviève-des-Bois

Des mandats lui sont envoyés. Si vous voulez y contribuer vous pouvez envoyer de l’argent à Kaliméro, caisse de solidarité avec les inculpés de la guerre sociale en cours. Le n° de compte pour faire un virement : 102780613700020471901 Clé 07.

Si vous voulez envoyer des vêtements ou des colis, ou pour tout contact, il est possible d’envoyer un mail.

Mailing RESF, 11 février 2013

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[Pape avarié] La valeur d’échange travaille

Au-delà du cheval : des produits d’équarrissage dans les plats cuisinés ?

Comment produire une viande de qualité pour des produits industriels vendus 1,60 euro la barquette ? Le docteur Chevallier tire la sonnette d’alarme.

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Le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Stéphane Le Foll a affirmé que tout cela n’était pas acceptable : « Il faut faire respecter une chose simple, ce qu’on inscrit sur une étiquette doit être conforme à ce qu’il y a dans le produit. (…) Il doit y avoir correspondance entre le contenant et le contenu. »

Les Anglais ont été trompés sur la marchandise avec l’affaire des lasagnes à la viande de cheval étiquetée comme étant du bœuf. Soit. La viande de cheval, si elle peut être parasitée par la trichinose, est moins grasse et plus saine que la viande de bœuf, d’autant que la qualité d’une viande est fortement dépendante de ce que consomment les animaux. Dans ce domaine, les chevaux sont plutôt mieux nourris que les bovins et les porcs des élevages intensifs industriels. Donc, même si l’hippophagie n’est pas prisée outre-Manche, nos amis anglais ne risquent rien a priori, sauf si…

Car on s’aperçoit tout simplement que les contrôles qualité de l’entreprise (de nombreuses autres doivent être dans le même cas) et des organismes officiels ont été plus que défaillants en étant incapables de détecter la différence entre la viande de cheval et celle de bœuf, à moins qu’il n’y ait tout simplement pas de contrôle ! Depuis combien de temps ces pratiques existent-elles ? Ces dysfonctionnements n’ouvrent-ils donc pas la voie à bien d’autres interrogations ? Analysons par exemple le coût d’une boîte de raviolis (fourchette haute) de 1,60 euro pour 400 grammes de composé « pur bœuf ».

Sur quoi fait-on des économies ?

Comment arriver à ce prix qui comprend la fabrication de la boîte, l’impression des étiquettes, la confection du plat composé à base de pâtes, de bœuf (attention, la mention « à base de bœuf » indique qu’il y a bien d’autres composés), de sauce tomate, de condiments, d’additifs ?… Puis, n’oublions pas le transport des boîtes, la marge du vendeur. Au-delà des frais fixes, sur quelle partie peut-on faire des économies ? Sur la qualité du contenu ! Ainsi a-t-on dans cette boîte une viande pour un coût forcément inférieur à 0,40 euro les 100 grammes.

L’exemple donné peut être étendu à de nombreux plats confectionnés : poulet basquaise, hachis parmentier, à la fois en conserve ou surgelé… Cette viande est issue de pays à bas coût de main-d’œuvre : est-il simplement possible économiquement de produire en conservant un minimum de qualité ? Il y a tout de même des limites en dessous desquelles il n’est plus possible de fournir, sauf peut-être en ajoutant, au-delà des plus bas morceaux (tendons…), des produits d’équarrissage.

Les rendre « comestibles » est fort simple, la cuisson, l’adjonction de divers composés chimiques peuvent les rendre plus « sains », et la simple irradiation (largement pratiquée dans certains pays) détruit les micro-organismes. La viande ainsi traitée devient « consommable » sans risque sur le plan bactériologique. Il faudrait que les organismes privés et publics disent clairement comment sont effectués leurs contrôles, notamment vis-à-vis des pratiques possibles d’irradiation non déclarées.

L’Union préconise… l’autocontrôle des industriels !

Le scandale ne fait que commencer et il faut souligner le fait que l’Europe accepte un laisser-faire surprenant dans la mesure où elle n’a pas réussi à imposer une vraie traçabilité des produits alimentaires dans les plats composés. La mention de l’origine du pays des divers ingrédients n’est même pas obligatoire grâce, entre autres, au lobby intense des industriels, alors même que l’alimentation industrielle tend vers une industrie d’assemblage. Quant à la Commission européenne, elle est favorable à plus d’autocontrôle de la part des industriels ! Avec certainement parmi les arguments, peut-être soufflés par les lobbyistes, qu’il faut soulager les autorités sur le plan financier. Or, c’est bien par le contrôle des autorités luxembourgeoises puis anglaises que la supercherie a été détectée concernant l’étiquetage trompeur.

Le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire Stéphane Le Foll a affirmé que tout cela n’était pas acceptable : « Il faut faire respecter une chose simple, ce qu’on inscrit sur une étiquette doit être conforme à ce qu’il y a dans le produit. (…) Il doit y avoir correspondance entre le contenant et le contenu. » Le contenant, c’est la boîte, et le contenu, ce qu’il y a dedans. Or, M. Le Foll n’est pas sans savoir que l’on ignore la composition d’un grand nombre de produits alimentaires consommés par des millions de gens au nom du « secret » industriel, certains revendiquant même cet aspect sur le plan marketing.

Le soupçon concernant la présence de viandes issues de l’équarrissage existe, reste aux organismes de contrôle nationaux et européens à infirmer ou confirmer cette hypothèse. Si le ministre de l’Agriculture veut réellement passer aux actes, nous l’y aiderons.

Presse empoisonneuse (Dr Laurent Chevallier, LePoint.fr, 10-11 février 2013)

 

Scandale alimentaire
Viandes et carcasses de chevaux recyclés en hamburgers et en lasagnes

Nouveau scandale alimentaire : des lasagnes et plats de spaghettis vendus sous la marque Findus au Royaume-Uni contenaient entre 60 et 100 % de viande de cheval, au lieu de bœuf.

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L’agence sanitaire – l’Agence des standards alimentaires (Food Standards Agency, FSA) – estime qu’il s’agit « très probablement » d’une fraude délibérée ou d’un acte criminel, et non d’une « erreur d’étiquetage » accidentelle comme l’annonce l’entreprise agroalimentaire. « Nous n’avons pas de preuve qui laisserait penser que cette nourriture présente des risques pour la santé », précise la FSA. Des tests sont en cours pour identifier la présence éventuelle de phenylbutazone, un médicament vétérinaire anti-inflammatoire utilisé dans l’élevage équin, interdit à la consommation du fait de risques pour la santé humaine.

L’agence de sécurité alimentaire a demandé aux entreprises britanniques de tester dans les prochains jours tous leurs produits à base de bœuf. Car les scandales se succèdent : mi-janvier, des traces d’ADN de cheval sont retrouvées dans des hamburgers britanniques et irlandais. Qui contenaient jusqu’à un tiers de viande équine. Fin janvier, c’est au tour de l’enseigne Burger King d’admettre que certains de ses hamburgers contiennent des traces d’ADN de cheval. Plus inquiétant encore : l’ADN de cheval découvert dans les hamburgers vendus par les supermarchés Tesco provient, selon The Guardian, de poudres de concentrés de protéines, issues de carcasses de chevaux et ajoutées à la viande, en provenance notamment d’Espagne ou des Pays-Bas.

Cette fois, les produits Findus incriminés sont fournis par l’entreprise française Comigel, qui a lancé l’alerte à cause d’un doute sur la « conformité » (sic) de ses produits. L’entreprise Comigel, basée en Lorraine, est notamment fournisseur de Picard, Auchan et Cora. Un quart de sa production est destinée aux écoles, hôpitaux ou maisons de retraite. Le groupe Findus, numéro un français des produits surgelés salés, s’est quant à lui récemment lancé dans une opération de relocalisation de sa production en France. L’ex-actionnaire majoritaire de Findus, Lion Capital, a cédé le contrôle du groupe à des « prêteurs secondaires », la banque JP Morgan et le fonds d’investissement High Bridge, qui lui ont permis d’effacer une dette de 522 millions d’euros. Pas sûr que l’implication de ces acteurs financiers dans les produits surgelés permettra d’éviter de futurs scandales sanitaires…

Agnès Rousseaux, Basta !, 8 février 2013

 

Findus : soupçons d’une fraude à plus grande échelle

INFOGRAPHIE – Retraits de surgelés dans les rayons, réunions de crise et plaintes croisées : les lasagnes à la viande de cheval provoquent un scandale européen.

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Les enseignes de la grande distribution ont indiqué avoir fait retirer de leurs rayons (ici un magasin à Wittelsheim, en Alsace) les produits concernés par l’affaire de la viande de cheval.

Le « horsegate », arrivé par la Grande-Bretagne, prend de l’ampleur. Le scandale des lasagnes à la viande de cheval censées contenir du bœuf gagne du terrain. Depuis dimanche, la liste des plats surgelés suspects s’est allongée. Tout comme le nombre d’enseignes de la grande distribution qui ont annoncé le retrait de produits de leurs rayons. Dans un climat de psychose naissante, chaque protagoniste se défausse de toute responsabilité. Tromperie ou fraude organisée à grande échelle, l’affaire alerte sur les difficultés de la traçabilité des produits qui atterrissent dans nos assiettes.

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Frères très chers, / Je vous ai convoqués à ce consistoire non seulement pour les trois canonisations, mais également pour vous communiquer une décision de grande importance pour la vie de l’Église. Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière. (…)

• Une longue liste de produits

En France, des lasagnes, cannellonis, spaghettis bolognaise, moussakas ou hachis parmentier ont été retirés de la vente dans six grandes enseignes. Ce retrait, annoncé dimanche, concernerait des produits Findus et, à environ 90 %, d’autres marques de distributeurs (Auchan, Casino, Carrefour, Système U, Cora, Monoprix, Picard). Les produits ont été enlevés « du fait d’une non-conformité d’étiquetage quant à la nature de la viande », a précisé la Fédération du commerce et de la distribution (FCD).

Les groupes Leclerc et Intermarché ont sorti les produits Findus concernés dès vendredi. L’extension du phénomène était prévisible, car l’entreprise française Comigel, qui préparait les plats cuisinés en cause, commercialise ses produits dans seize pays européens. Les produits Findus réintégreront les rayons en début de semaine après des tests ADN.

• Un circuit propice à la fraude

Les plats surgelés comme ceux de Findus sont préparés par l’entreprise Comigel, qui se fournit en viande auprès de la société française Spanghero. Cette dernière est accusée par Findus de ne pas s’être assurée de la qualité du produit. Spanghero et sa maison mère Pujol sont passés par l’intermédiaire d’un trader chypriote qui avait lui-même sous-traité la commande à un trader situé aux Pays-Bas.

Le ministre délégué à la Consommation, Benoît Hamon, a dénoncé une architecture qui « relève avant tout d’une logique financière qui aurait rapporté plus de 300.000 euros ». Une première estimation. Dans son entourage, on évoquait hier soir « un faisceau d’indices permettant de présager une fraude intentionnelle, liée à un système de vente et de revente ». Au début de la chaîne, l’abattoir roumain : il est défendu par l’association de patrons roumains de l’alimentaire, Romalimenta, qui rejette la faute sur l’importateur.

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(…) Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Évangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié. C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’évêque de Rome, successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire. (…)

• Une tournure judiciaire

Des enquêtes ont été ouvertes en Roumanie et en France où la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a été saisie. À elle de déterminer à quel stade de la filière le cheval s’est transformé en bœuf, plus cher sur le marché, et s’il s’agit d’une fraude manifeste ou d’une série de négligences [sic – NdJL]. Dès vendredi, des échantillons de viande ont été prélevés en vue d’analyses. « Nous verrons mercredi les premiers résultats. Et notamment si Spanghero savait qu’elle achetait du cheval ou si elle a été trompée », a indiqué Benoît Hamon.

Parallèlement, la répression des fraudes travaille sur les bases de données de douanes afin de déterminer si les importations déclarées de viande de cheval dans l’Hexagone correspondent aux chiffres de vente. Les investigations du Service national d’enquêtes devront aussi établir si d’autres circuits d’approvisionnement peuvent être suspectés. L’estimation du tonnage de viande trafiquée devrait être quant à elle connue dès mercredi.

En France, le groupe Findus, distributeur des plats impliqués, a annoncé le dépôt d’une plainte contre X ce lundi. Findus Nordic va également porter plainte contre la société française Comigel et ses fournisseurs pour fraude et non-respect des dispositions contractuelles. Cogimel estime avoir été « berné » et va « demander réparation ». Depuis Londres enfin, Findus a jugé que cette fraude pourrait remonter à août 2012 et qu’il était peu probable qu’elle soit « accidentelle ». La société française Spanghero, qui a fourni la viande, indique qu’elle se retournera contre son propre fournisseur roumain, « s’il s’agit bien de viande de cheval ».

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(…) Frères très chers, du fond du cœur je vous remercie pour tout l’amour et le travail avec lequel vous avez porté avec moi le poids de mon ministère et je demande pardon pour tous mes défauts. Maintenant, confions la Sainte Église de Dieu au soin de son Souverain Pasteur, Notre Seigneur Jésus-Christ, et implorons sa sainte Mère, Marie, afin qu’elle assiste de sa bonté maternelle les Pères cardinaux dans l’élection du Souverain pontife. Quant à moi, puissé-je servir de tout cœur, aussi dans l’avenir, la Sainte Église de Dieu par une vie consacrée à la prière. / Du Vatican, 10 février 2013 / BENEDICTUS PP XVI (Benoît XVI)

• Coups de gueule et gestion de crise

De l’abattoir au rayon des surgelés, ce scandale révèle la fragilité de traçabilité des produits. « C’est un laisser-aller blâmable de la législation communautaire », a déploré Alain Bazot, président d’UFC-Que choisir. L’ex-ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire, a estimé que l’amélioration de l’étiquetage des produits alimentaires était « une nécessité ». Les résultats de l’enquête permettront de « savoir si aujourd’hui il y a matière ou non à modifier la réglementation européenne », a commenté le ministre de l’Agroalimentaire, Guillaume Garot, défendant la « très grande qualité » du contrôle vétérinaire.

Lundi, Benoît Hamon convoque toute la filière, des producteurs à la grande distribution en passant par les industriels. Objectif : faire le point sur la traçabilité, qui fait l’objet de contrôles renforcés depuis lundi, et s’assurer du retrait de tous les plats suspects. Le ministre recevra aussi des associations de consommateurs en plein émoi. « Il n’y a pas d’alerte sanitaire », martèle-t-on chez Benoît Hamon.

Presse empoisonneuse (Agnès Leclair & Christophe Cornevin, LeFigaro.fr, 10-11 février 2013)

 

« L’agroalimentaire n’est pas une industrie vertueuse »

INTERVIEW – Jean-Michel Cohen est médecin nutritionniste. Suite au dernier scandale alimentaire des lasagnes au cheval, il critique une industrie qui cherche à réduire les coûts au maximum.

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Est-il normal d’utiliser de la peau de poulet pour fabriquer des nuggets de poulet ? Aujourd’hui, qui est capable de lire une étiquette agroalimentaire ? Qui sait dire ce que signifie « préparation à base de viande bovine » ? Personne à part quelques spécialistes. L’expression « viande bovine » ne dit pas d’où provient le morceau. Ce peut être du cou, du museau, du pied, de l’anus de bœuf.

Le Figaro – Dans l’affaire des lasagnes au cheval, qu’est-ce qui vous choque le plus ?

Jean-Michel Cohen – L’étiquettage au nom d’une marque. Vous achetez des produits sous une marque, ici des lasagnes de bœuf Findus et puis vous découvrez que le produit n’a rien à voir avec la marque. C’est un peu la même chose avec les viennoiseries. Vous mangez des pains au chocolat et des croissants dans un Palace cinq étoiles alors qu’en réalité, il s’agit de viennoiseries surgelées fabriquées par des grands groupes industriels, pas du tout dans les cuisine de l’hôtel.

Selon vous, on a brisé le lien entre le consommateur et le producteur ?

Oui, car le trafic ne concerne pas que la viande. Aujourd’hui, si tout un stock de coca n’est pas vendu en République tchèque, il va se retrouver dans un autre pays, sans contrôle sur la qualité après le transport. Cette rupture entre le consommateur et le producteur ne va que s’amplifier et alimenter les peurs dans le futur. Les gens vont vouloir encore plus de proximité.

Ce qui me frappe dans l’histoire des lasagnes, c’est que personne n’est responsable alors qu’en réalité, tout le monde est coupable.

Cette histoire ne pose pas de problèmes en termes sanitaires mais on peut imaginer un autre scénario dans lequel la santé des consommateurs serait en danger ?

Bien sûr, le problème se posera un jour dans le cadre d’une intoxication à grande échelle. Car la vraie question est : est-il normal de fabriquer de la nourriture en baissant à ce point les coûts ? Aujourd’hui, on trouve de plus en plus de « préparations fromagères ». Il ne s’agit pas de fromage mais de mélanges de poudre de lait écrémé, d’eau et de matières grasses végétales. Ces trois ingrédients vont être manipulés, mélangés dans des cuves et retravaillés, autant d’opérations qui multiplient les risques alors qu’en réalité il faudrait tripler les contrôles.

Les contrôles ne sont pas suffisants ?

Il n’y a pas d’organisme de contrôle suffisamment performant pour étudier les étiquettes et dire qu’elles sont mensongères. On s’est rendu compte que la gélatine était en réalité bien souvent de la gélatine de porc, que les entreprises agroalimentaires écrivent « huile végétale » pour ne pas dire « huile de palme ».

Ce n’est pas un industrie vertueuse. De la même façon, est-il normal d’utiliser de la peau de poulet pour fabriquer des nuggets de poulet ? Aujourd’hui, qui est capable de lire une étiquette agroalimentaire ? Qui sait dire ce que signifie « préparation à base de viande bovine » ? Personne à part quelques spécialistes. L’expression « viande bovine » ne dit pas d’où provient le morceau. Ce peut être du cou, du museau, du pied, de l’anus de bœuf. L’étiquettage est très limité et les industriels jouent des failles pour ne remplir que leurs obligations légales et ne pas trop en faire pour ne pas gêner la vente.

Presse empoisonneuse (Anne Jouan, LeFigaro.fr, 11 février 2013)

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[La guerre politique en Tunisie] « On the day Belaid was assassinated, the assembly was due to debate a measure designed to bar former RCD members from office for five years »

Tunisia: killing for political gain

Many criticisms can be levelled against Ennahda, which has run the country since the revolution. Political suicide is not one of them.

If the name can be applied to any murder, the assassination of Chokri Belaid was political. It was designed to cause social mayhem, split coalitions, stop elections, prevent the passing of the draft constitution. There are a number of groups – on either extreme of the Islamist secular divide – that would ostensibly profit from such an outcome in Tunisia. But Rached Ghannouchi’s Ennahda is not one of them.

Just as the burning of Sufi shrines was designed to expose the ruling party’s inability to deal with the Salafi radical fringe, so political assassination has only one target in its sights – the transition to a law-based democracy. Mourners at Belaid’s funeral called Ghannouchi the assassin. That it should be deemed to be in Ennahda’s interests to let this happen, that they should now be accused either of actively or tacitly encouraging such attacks to take place, is a measure of just how partisan this line of attack has become.

Many criticisms can be levelled against the Islamist-dominated coalition that has run the country since the revolution: winning elections is not the same thing as producing competent governments; they have concentrated on appeasing the World Bank; the pace of reform of the police, judiciary and justice ministry has been too slow; and there has been a failure to investigate and prosecute physical assaults and offensive speeches. But political suicide is not one of them – and there is little doubt it would be suicidal for a party on a mission to prove that Islamism can co-exist with multi-party democracy to be dabbling in the terror tactics of assassination.

The same logic does not apply to former members of RCD, the party that dominated the country under dictatorship and which was dismantled two years ago. On the day Belaid was assassinated, the assembly was due to debate a measure designed to bar former RCD members from office for five years. (…)

Publié par des larbins des services secrets de Sa Majesté (éditorial du Guardian, 8 février 2013)

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