[A las barricadas] Appel à occupation et soutien pour empêcher l’expulsion de la ZAD de Roybon

APPEL À SOUTIEN POUR EMPÊCHER L’EXPULSION DE LA ZAD DE ROYBON

Le préfet de l’Isère veut expulser la ZAD de Roybon à partir du rendu des recours au tribunal administratif attendu entre le 8 et le 15 juillet.

Nous avons besoin de vous pour préparer la résistance et empêcher Pierre et Vacances de continuer les travaux.

Toutes les compétences sont nécessaires. Si vous voulez éviter les barrages, venez avant le 8 juillet. D’ici là soyez attentif.

Pour plus d’info :
zadroybon.wordpress.com
grenoble.indymedia.org

Le collectif de soutien grenoblois à la ZAD de Roybon – 19 juin 2015

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[Le retour du bâillon] La liberté de critiquer la police en procès le 29 juin 2015

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgLe retour du bâillon – La liberté de critiquer la police en procès le 29 juin 2015

Doucement mais sûrement, la liberté d’expression est en passe d’être réduite à peau de chagrin. De la loi anti-terrorisme de 2014 à la multiplication des procédures pour outrage ou provocation à la commission d’actes délictueux, les mots mènent de plus en plus en prison. Quant au droit de la presse, il est lui aussi attaqué par des procureurs nostalgiques des lois scélérates de la fin du XIXe siècle. Avec le procès du 29 juin 2015 contre une personne soupçonnée d’être directrice de publication du site d’information Iaata à Toulouse, on voit clairement s’affirmer le retour du délit d’opinion – contrairement aux grands discours sur la liberté d’expression de ces derniers temps.

Voici un communiqué écrit et signé par des journaux, revues et sites d’information indépendants, avant la discussion publique et la conférence de presse du lundi 22 juin 2015 à 19h30 au Zabar (116 Rue de Ménilmontant, 75020 Paris, Métro Ménilmontant ou Jourdain) [Pour toute information, contact presse].

C’est pour un article anonyme paru sur un site d’information indépendant (Iaata) qu’une personne passera en procès le 29 juin 2015 à Toulouse, risquant 5 ans d’emprisonnement et une lourde amende. Le texte incriminé par le parquet local donnait des conseils de résistance face à la violence des charges policières en manifestation (dont celui-ci  : «  À plusieurs, on peut rapidement mettre une voiture en travers de la route, voir l’enflammer  »). Ces positions peuvent être discutées, et cette discussion fait partie du débat démocratique. Or le procureur en a décidé autrement, et a fait arrêter une personne soupçonnée d’être directrice de publication de Iaata, sur la maigre base d’anciennes traces numériques liant cette personne au site [C’est la société Gandi, pourvoyeuse de noms de domaine, qui a fourni aux enquêteurs l’information selon laquelle le mis en examen serait à l’origine de l’achat du nom de domaine auprès de ses services] (voir Annexe 1). Elle a été relâchée après une garde en vue, en attente de son jugement.

Sur le fondement de la loi sur la liberté de la presse de 1881, maintes fois modifiée depuis, il est reproché à cette personne d’avoir « directement provoqué à la commission d’atteintes à la vie, à l’intégrité de la personne et à la commission de destructions, dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes ». Si la loi de 1881 était à l’époque considérée comme un progrès pour la liberté d’expression car elle protégeait un peu mieux de la censure, les lois dites « scélérates » de 1893-1894 supprimèrent quant à elles certaines garanties, et aggravèrent drastiquement les peines d’emprisonnement. Ces lois servirent à enfermer des anarchistes à tour de bras pour avoir émis publiquement des opinions contraires à celles du pouvoir en place. Et c’est via un alinéa toujours existant de l’article 24 de la loi de 1881 – « Cris et chants séditieux » – qu’on condamnait ceux qui chantaient la Marseillaise pendant la Restauration et l’Internationale pendant le régime de Vichy. C’est enfin sur la base d’un article de la loi scélérate du 12 décembre 1893 – toujours en vigueur aujourd’hui – qu’on peut encore mettre en détention provisoire une personne suspectée d’avoir tenu des propos provoquant ou faisant l’apologie de crimes et délits.

Aujourd’hui, si cette infraction de provocation et apologie de crimes et délits est sporadiquement mobilisée, ce n’est pas pour poursuivre ceux qui appellent à brûler des lieux de culte, ceux qui proposent de nettoyer une cité au kärcher, pas plus que les milices d’extrême droite proposant d’aller régler leur compte aux Zadistes de Sivens [Cette dernière provocation s’étant suivie d’effets. « À Sivens, les milices de la FDSEA multiplient les agressions dans l’impunité », 5 mars 2015, Grégoire Souchay, Reporterre.net]. Cette loi ne semble servir aux procureurs et juges d’instruction que pour réprimer des propos de ras-le-bol face à la police.

Le 16 juin 2015, le site d’information Le Jura Libertaire était quant à lui condamné pour diffamation envers la police, qualifiée de « troupes d’assassins » dans un article sur le meurtre de Karim Boudouda en juillet 2010, commis par la Brigade anticriminalité (BAC) à la Villeneuve (Grenoble). Le verdict est tombé  : une amende de 100 euros pour avoir employé le terme d’« assassins », qui sous-entend en droit une préméditation, jugée « inadaptée » à la situation. Est-ce à dire que « dispositif meurtrier » conviendrait mieux ? Soit. Pour les juges du droit de la Presse, si la police a parfois tort, ce n’est jamais au point de donner raison à un média libre.

Ainsi l’enjeu d’une telle attaque judiciaire n’est-elle pas d’empêcher que soient commises des atteintes à l’intégrité physique de personnes via des écrits publics – si tant est qu’imposer la censure à un média indépendant empêche quoi que ce soit. Il s’agit en revanche de réprimer toute critique consistante des forces de l’ordre. Et, plus spécifiquement dans cette affaire, d’intimider toutes celles et ceux qui proposent une contre-information, de briser les liens entre mouvement social et diffusion d’informations autonomes, bref, de bâillonner la presse indépendante qui, depuis quelques années, fait montre d’une vivacité et d’une utilité sociale grandissantes (voir Annexe 2).

Prenant le relais des Indymedias créés dans les années 1990, Iaata participe en effet d’un réseau de nouveaux médias sur Internet (Mutu), organisés en mutuelle, avec un principe de fonctionnement horizontal et de publication libre, ouverte au grand public. Sans système pyramidal, dans une volonté de prises de décisions collectives et en lien avec les mouvements sociaux, il serait bien malaisé d’en déterminer le chef, le directeur ou le responsable juridique à même de répondre aux accusations du ministère public. Et face à l’anesthésie des capacités de contre-pouvoir de la presse détenue par des grands groupes industriels et commerciaux (seuls quatre titres « nationaux d’information politique et générale » sont encore épargnés par cette mainmise [À savoir La Croix, L’Humanité, Charlie Hebdo et Le Canard enchaîné. Voir « La presse sous la pression des milliardaires », Le Canard enchaîné, 3 juin 2015.]), il est bien légitime que s’expérimentent d’autres manières de fabriquer et de diffuser de l’information critique.

Pendant ce temps, à l’Assemblée nationale, les débats ne portent pas sur l’appui de telles initiatives pour préserver la liberté d’expression et la diversité des récits, mais plutôt sur les moyens d’améliorer la collusion entre police et médias de masse. C’est ce qu’on lit dans un rapport remis à l’Assemblée nationale en mai 2015  : « Journalistes et forces de l’ordre ont tout à la fois un intérêt commun et un devoir de travailler ensemble et, à tout le moins, de ne pas nuire à l’exercice du métier de l’autre. En effet, la transparence sur leur professionnalisme et sur l’attitude violente et/ou délictueuse de certains manifestants ne peut que servir les missions des forces mobiles et, si certains ont déploré devant la commission la diffusion de montages grossiers caricaturant l’action des forces de l’ordre à Sivens, elle était le fait des organes de communication “officielle” et monopolistique (sic) de la ZAD. » [Rapport fait à l’Assemblée nationale au nom de la commission d’enquête « chargée d’établir un état des lieux et de faire des propositions en matière de missions et de modalités du maintien de l’ordre républicain, dans un contexte de respect des libertés publiques et du droit de manifestation, ainsi que de protection des personnes et des biens », Noël Mamère, président ; Pascal Popelin, rapporteur, 21 mai 2015. Notons que le « monopole » de la communication dont fait état ce rapport désigne quelques blogs et sites d’information indépendants, dont les capacités de diffusion sont encore loin de pouvoir porter de l’ombre aux quotidiens et hebdomadaires de la presse mainstream.] Le rapport dont est issue cette proposition, contraire aux principes les plus élémentaires d’indépendance et d’équilibre des pouvoirs, et notamment de ceux issus de la société civile, fait suite à la mort d’un jeune homme, Rémi Fraisse, causée par le « dispositif meurtrier » des gendarmes mobiles sur le site de Sivens, où un barrage depuis désavoué par l’État était prévu par les caciques locaux.

Or c’est bien dans ce contexte qu’il faut analyser l’enquête visant le supposé directeur de publication de Iaata par le parquet de Toulouse. En effet, depuis le meurtre de Rémi Fraisse en octobre 2014, de nombreuses manifestations réclamant justice ont eu lieu un peu partout en France, et notamment à Toulouse, métropole la plus proche. Bilan (provisoire)  : 69 arrestations, 40 procès, des dizaines de milliers d’euros d’amende, des mois de prison avec sursis, 9 personnes écrouées, et des procédures toujours en cours. Ces manifestations sévèrement réprimées n’ont pratiquement pas été couvertes par les grands médias. Rappelons également que la mort de Rémi Fraisse à Sivens accompagne celle de dizaines de personnes du fait des forces de police chaque année (voir Annexe 3).

Tel est donc le cadre de ce procès contre la presse indépendante  : les mesures de maintien de l’ordre sont aujourd’hui de réels dispositifs de guerre civile  : armures high-tech portées par les policiers, armes entraînant la mort et la mutilation (flashballs, tasers, grenades, etc.), arrestations massives et systématiques… Rappelons enfin que les manifestations sont de plus en plus bridées et encadrées, au point de reléguer le droit de se rassembler à une liberté sous conditions  : du service minimum qui affaiblit le droit de grève aux interdictions de manifester contre les violences policières [À ce sujet, voir par exemple « Le droit de manifester aboli par la préfecture ? », collectif 8 juillet] jusqu’à la proposition (dans le rapport précité) d’arrêter des suspects avant même qu’ils aient eu l’idée de la moindre infraction – et de leur interdire a priori toute participation aux manifestations [« Dans l’éventail des outils graduels de gestion des manifestations à disposition des préfets, le Rapporteur estime également que devrait être envisagée la possibilité très encadrée d’interdire à un ou plusieurs individus de participer à une manifestation sur la voie publique », rapport cité].

Par ailleurs, le nombre de procès pour outrage et rébellion à agents a littéralement explosé ces dernières années  : sachant pertinemment que leur parole vaut plus que celle de leurs interpellés devant un tribunal et que ce genre de procédures est un bon moyen d’arrondir leurs fins de mois, les policiers n’hésitent plus à retourner la moindre tentative de se protéger de leurs coups en poursuites judiciaires (les condamnations pour « outrages, rébellion et autres atteintes à l’ordre administratif et judiciaire » ont augmenté de 74% en 20 ans, passant de 15’090 en 1990 à 26’299 en 2009) [« 20 ans de condamnations pour crimes et délits », Infostat Justice n° 114, avril 2011, ministère de la Justice. Voir également ce site. Les dépenses publiques liées à la protection juridique accordée aux policiers victimes d’outrages, de rébellions ou de violences ont quant à elles augmenté de plus de 50% depuis 2006, de 8,7 millions d’euros à 13,2 millions d’euros en 2012. « Évolution et maîtrise des dépenses de contentieux à la charge du ministère de l’Intérieur », 20 décembre 2013, rapport de l’IGA, ministère de l’Intérieur.].

Depuis plus d’une dizaine d’années, les politiques se sont également fait la main en exigeant la condamnation de nombreux artistes de rap « issus de l’immigration » (dixit le député UMP Michel Raison) – NTM, La Rumeur, Ministère A.M.E.R., Monsieur R., etc. – pour des « paroles agressives à l’encontre des autorités ou insultantes pour les forces de l’ordre et les symboles de notre République » (Nathalie Goulet, sénatrice centriste). Malgré de longues procédures judiciaires, peu de sanctions sont tombées, mais cela a permis d’alimenter la propagande de la peur selon laquelle « le message de violence de ces rappeurs reçu par des jeunes déracinés, déculturés, peut légitimer chez eux l’incivilité, au pire le terrorisme » (Didier Grosdidier, député UMP).

Bref, un bâillon généralisé se met en place en France, qui ne se limite pas à ces cas, mais s’inscrit dans une logique générale de prévention des critiques portant sur un pouvoir de plus en plus policier. Ainsi la loi du 13 novembre 2014 sur le terrorisme porte-t-elle gravement atteinte à la liberté d’expression en intégrant également les délits de provocation et d’apologie du terrorisme au Code pénal. Cette simple modification de procédure a de lourdes conséquences  : elle prive des garanties de la loi de 1881 les personnes dont les mots, les pensées sont considérés par des procureurs inflexibles comme « provoquant ou faisant l’apologie du terrorisme » avec toute l’imprécision que recouvre la définition de tels actes : « une entreprise individuelle ou collective ayant pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ». En permettant d’utiliser la procédure de comparution immédiate dans ces cas, cette loi augmente considérablement le risque d’emprisonnement.

À cela s’ajoute la loi sur le renseignement, en passe d’être votée le 16 juin 2015, qui légalisera la surveillance généralisée et a priori des collectifs qui s’opposent aux politiques du gouvernement, ou pour citer Bernard Cazeneuve, ministre socialiste de l’Intérieur « des mouvements qui en raison des actions qu’ils déclenchent peuvent se trouver à l’origine de violences pouvant porter atteinte aux principes fondamentaux de la République » [« Cazeneuve refuse d’exclure les mouvements sociaux du champ de la loi renseignement », La chaîne parlementaire, 31 mars 2015]. L’idéologie est la même : on ne s’attaque pas aux groupes ayant commis des infractions, mais à ceux qui « peuvent se trouver à l’origine » de tels faits. La boucle est bouclée : un simple soupçon permet de punir.

À quelles autres formes d’expression s’étendra cette criminalisation de propos publics ? Quand on ne pourra plus dire, en fera-t-on moins ? En 2015, après s’être gargarisée de la liberté d’expression en étant Charlie, la France emprisonne pour des mots. De nombreuses condamnations sont tombées depuis le 7 janvier, pour l’exemple, à l’encontre de pauvres hères ayant déclaré « Je ne suis pas Charlie », ou équivalent. Au lieu de discussions et de pédagogie, de nombreux établissements scolaires ont fait appel aux forces de l’ordre pour ramener au poste des gamins ayant refusé la minute de silence après le massacre contre l’équipe de Charlie Hebdo. Pas à pas, la « République » remet donc le délit d’opinion en vigueur et se dote d’un arsenal juridique qui n’a d’équivalent que celui de sa police.

Faire taire au lieu de comprendre et d’agir, intimider celles et ceux qui veulent redonner un sens à la presse libre, réprimer celles et ceux qui luttent pour davantage de justice sociale, masquer les crimes policiers par la censure  : autant de manifestations d’un pouvoir d’État qui oublie qu’ainsi il ne fait que renforcer la colère et les solidarités contre son arbitraire. Aussi appelons-nous à nous réunir en préparation du procès du 29 juin 2015, à aiguiser nos résistances et, face à cette gestion policière des désordres sociaux produits par une politique entièrement fondée sur le maintien de l’ordre, à nous moquer de leur panique autoritaire.

Discussion publique et conférence de presse le lundi 22 juin 2015 à 19h30 au Zabar – 116, Rue de Ménilmontant, 75020 Paris, Métro Ménilmontant ou Jourdain

Premiers signataires : Jef Klak, Revue Z, Article 11, Paris-luttes.info, CQFD, La lettre à Lulu, La Rotative, Éditions Libertalia, Le Jura Libertaire, Le collectif Bon pied Bon œil, La Brique, Rebellyon.info, l’Utopik… (17 juin 2015)

N.B. : Les signataires signalent l’invitation de plusieurs associations et organisations politiques (Ligue des droits de l’homme, Syndicat de la magistrature, Syndicat des avocats de France, Syndicat national des journalistes, Quadrature du Net, Confédération paysanne, Sud Solidaires, Parti de gauche, Fédération anarchiste et Alternative libertaire…) pour un banquet et une assemblée populaire le dimanche 21 juin à midi devant le siège de la Direction générale des services intérieurs (DGSI, ex-DCRI) à Levallois-Perret (92).

 

ANNEXE 1

A/ L’article incriminé
« 21 février : Lapins de Garenne, acte 2 »

B/ Les articles parus depuis dans les médias indépendants
« Face à la répression, l’information est une arme : soutien à IAATA.info » (Paris-Lutte.Info)
« Censure et répression à Toulouse, Iaata.info sur le grill » (Iaata)
« Menacé de prison pour avoir relayé sur Internet des conseils en manif » (Atelier des médias libres)

ANNEXE 2

Citons les collectifs d’animation et de modération de Rebellyon, Paris-Luttes.info, Brest-Info, Renverse.ch, la Rotative, Reims médias libres, IAATA. Rennes Info, le Jura libertaire, Article 11, Soyons sauvages, Espoir Chiapas, Collectif Bon pied bon œil, Atelier médias libres, Courant Alternatif, Éditions Acratie, Panthères enragées, Primitivi, Éditions Albache, Jef Klak, Le Numéro Zéro, La Brique, La Lettre à Lulu, Révolte numérique, Radio Zinzine, zad.nadir.org, Contre-faits, Collectif Ciné 2000, L’actu des luttes (radio Fréquence Paris Plurielle), Journal Résister (Nancy), Revue Lutopik, Le collectif Contre Les Abus Policiers – CLAP33, L’Orchestre Poétique d’Avant-garde OPA, L’Envolée, Lundi Matin, Radio Canut, Lignes de force, Demain le Grand Soir, Archyves, Revue Z, Le Canard sauvage, Indymedia Nantes, Hors Sol, Confusionnisme.info, Mille Babords, Iacam, La Gazette de Gouzy, Le Monde Libertaire, Regarde à Vue, Canal Sud, La Horde, Radio La Locale (Ariège), le collectif de Infoaut, Éditions Entremonde, Éditions Libertalia, Acrimed, Antifa-net, Les Morback Vénères, CQFD journal, Le Lot en action, Indymedia Lille

ANNEXE 3

Voir « Homicides, accidents, “malaises”, légitime défense : 50 ans de morts par la police », par Ivan du Roy et Ludo Simbille, 13 mars 2014, Basta !

Récemment, Amadou Koumé à Paris, Abdelhak Gorafia à Roissy, Pierre Cayet à Saint-Denis, Abdoulaye Camara au Havre, Morad à Marseille, Houcine Bouras à Colmar, Bilal Nzohabonayo à Tours, Rémi Fraisse sur la ZAD de Sivens, Timothée Lake à Toulouse, Pierre-Eliot Zighem à Tourcoing sont morts entre les mains de la police, sans compter les nombreuses et nombreux mutilé-e-s et blessé-e-s par les armes policières.

Voir les sites de Quartiers libres et d’Angles morts, ainsi que la foule de Comités Vérité et justice qui ont éclos ces dernières années.

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[Soutien à la Mangouste] C’est parce que nous voulons vivre dans des conditions matérielles décentes que nous rentrons en contradiction avec ce monde triste, cynique et non-vivant et vice-versa

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgCompte-rendu du rassemblement du 11 juin 2015 devant le T.G.I. de Lille

Le jeudi 11 juin à 11h se tenait devant le tribunal un rassemblement en soutien aux personnes poursuivies pour « résistance abusive » dans le cadre de l’expulsion du squat La Mangouste.

Ce lieu situé bd Louis XIV a été habité pendant plusieurs semaines et a accueilli des bouffes, des proj’, des discussions, des concerts… Il a été expulsé avec fracas par le GIPN accompagné d’une centaine de flics le 26 février 2015. Cela coûte cher de mettre des gens à la rue, et à présent ils veulent nous faire payer la note.

Ainsi, en ce jeudi matin ensoleillé, nous nous sommes retrouvés sur le parvis du tribunal autour de quelques tracts et thermos de thé et café. Nos banderoles parlent d’elles-même : « 6000 logements vides, occupons-les ! » et « Face  aux expulsions, aucune résistance n’est abusive ». Une quarantaine de personnes ont répondu présent, et c’est sur un fond musical que plusieurs personnes se sont succédé au micro pour parler squat, expulsion, solidarité et résistance.

Les passants s’arrêtaient et nous signifiaient souvent leur soutien.

Tout le monde n’a cependant pas apprécié car il n’a pas fallu attendre très longtemps pour voir la bleusaille excitée sortir du tribunal. Dans un premier temps, 4 flics ont essayé de couper de force la sono. Devant notre refus, ils ont essayé de s’en emparer, en vain. Ils ont rapidement appelé du renfort pour calmer notre résistance qu’ils jugeaient encore une fois abusive. Dès leur arrivée, ils ont essayé de se saisir d’une personne, tout en gazant à plusieurs reprises et à bout portant d’autres qui tentaient de s’opposer à cette arrestation. Profitant de la confusion, ils ont capturé 2 autres personnes qui ont été étranglées, plaquées au sol et gazées une fois à terre.

Et comme cela ne suffisait pas, ils en ont profité pour jouer de la matraque sur les gens à proximité.

Tout ça sur le parvis du tribunal de Lille, sous le regard complice des représentants de leur justice qui allaient déjeuner.

Nous ne sommes pas surpris par ces méthodes, nous les connaissons bien. Les flics agissent de cette manière tous les jours : ils contrôlent, tabassent, expulsent, dans les rues, les quartiers, les métros… Ne nous laissons plus faire !

Face à la violence de l’État et de ses chiens de garde : Organisons notre résistance !

 

Texte lu pendant le rassemblement :

Il y a quelques mois, nous étions une dizaine à ouvrir un immeuble vide depuis plus de 6 ans, bâtiment appartenant à l’Institut Pasteur. Nous avions besoin d’un toit pour nous loger, pour vivre. Mais pas seulement. Dans la foulée de notre expulsion, Jacques Richir, président de l’Institut Pasteur, a déclaré que ce n’étaient pas des jeunes sans ressources qu’il expulsait, mais des militants politiques, des gens qui ne sont pas dans le besoin. Jacques Richir, également conseiller régional, voudrait opposer le besoin vital à l’acte politique, l’envie de vivre au besoin de porter une parole et des gestes subversifs. Jacques Richir est aussi adjoint à la mairie de Lille. Pour lui, la politique est une fonction, un métier, qui s’exerce quelques heures dans un bureau, déconnecté du monde extérieur. Pour nous, la politique n’a jamais été ça. Elle n’a jamais été une activité en soi, qui soit séparée du reste. C’est parce que nous voulons vivre dans des conditions matérielles décentes que nous rentrons en contradiction avec ce monde triste, cynique et non-vivant et vice-versa. L’une ne va pas sans l’autre. La vie et la politique font partie d’un même mouvement.

La Mangouste était notre maison. Nous avons ouvert ce lieu pour y vivre ensemble et organiser des activités. Entre autres : des projections de films, des repas collectifs, des discussions, des bars, et notamment un concert de soutien à la caisse anti-carcérale de Lille. En peu de temps, la Mangouste a rassemblé plein de motivations et de gens différents. Elle a aussi connu pas mal de visites des huissiers, et quelques attaques de la part des flics. Une première fois dès que nous nous sommes rendus visibles. Il s’agissait alors d’une simple démonstration de force, qui nous a tout de même forcés à rester cloîtrés chez nous pendant deux heures, sous les menaces d’une quarantaines de bleus. La seconde, c’était pour prendre nos identités. Plus nombreux, mieux équipés, et accompagnés de serruriers, les flics se sont attaqués en vain à notre porte, sous les insultes du quartier et les jets d’urine des habitants. Ça pique. Finalement, l’expulsion a lieu au petit matin, avec 150 keufs qui ont bouclé le quartier. Le GIPN était de la partie. On n’en attendait pas moins. Il faut dire qu’on ne s’était pas laissés faire, et c’est bien pour ça que nous passons en procès aujourd’hui. Accusés de « résistance abusive » par l’Institut Pasteur, ce dernier nous réclame maintenant des dommages et intérêts, ainsi que des frais d’huissiers. En gros, ils nous demandent de payer notre expulsion. 10’000 euros pour avoir vécu 2 mois et demi dans sa propriété. Ça pique.

S’ils parlent d’une résistance abusive, c’est parce qu’il existe une résistance acceptable. Acceptable, et même souhaitable, pour l’État. Une résistance qui soit de l’ordre du symbolique, et qui n’ait plus rien à voir avec sa définition première, c’est-à-dire « faire obstacle à une action ou à une force ». une résistance acceptable, jusqu’au moment où il faut s’arrêter et se rendre. Il s’agit du paradigme même de la démocratie : intégrer la contestation, à condition qu’elle adopte des formes précises, admises par le pouvoir. L’État n’est pas là pour régler les conflits. Il est là pour créer des faux-conflits, vider les conflits de leur contenu, les faire dégénérer en quelque chose de mort, de pacifié, de démocratique.

Ils parlent de résistance abusive, et nous rions beaucoup. C’est vrai que nous étions équipés d’urine, de quelques bouts de pains rassis, et d’une porte bien fermée. Ce sont ces armes qui ont tenu en échec une quarantaine d’hommes armés de pistolets automatiques, de flashballs, d’un bélier… Au vu des moyens utilisés, il est clair que le conflit était vraiment asymétrique. Si c’est plus d’égalité qu’ils veulent, nous sommes preneurs.

Avec ces échecs concrets de ses dispositifs policiers, l’État s’est vu forcé de reconnaître que La Mangouste était un lieu qui ne lui appartenait pas, et qu’il ne pouvait pas récupérer. Un endroit de désertion, qui tirait sa force de sa résonance dans un quartier, des liens multiples qu’il avait su tisser. La Mangouste n’est pas un bâtiment abandonné au milieu du boulevard Louis XIV, elle n’est pas les 8 habitants qui l’ont ouverte. La Mangouste est la convergence entre un endroit, des liens créés, des énergies déployées dans tous les sens, des centaines de gens qui y sont passés, quelques semaines ou quelques heures. L’État a repris ce territoire à l’aide d’un dispositif militaire et policier. Pour autant, tout ce que la Mangouste a dégagé d’énergie et de liens n’est pas resté enfermé derrière les parpaings d’un immeuble muré.

C’est pourquoi nous avons aujourd’hui appelé à ce rassemblement, pas tant pour avoir une influence dans ce procès, que pour faire perdurer la force qui s’est créée dans ces moments, mais aussi dans d’autres lieux et dans d’autres luttes, à l’Insoumise, dans les APU, dans les quartiers, etc.

Reçu le 18 juin 2015

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[Peupler les années à venir dʼune tentative qui susciterait autre chose que le désir dʼun retour à lʼordre] De la ZAD aux Communaux ?

De la ZAD aux Communaux ?
Quelques pistes à explorer pour aller plus loin…

1. Beaucoup de questions se posent actuellement sur le devenir des terres de Notre-Dame-des-Landes une fois le projet dʼaéroport abandonné. Des pistes sont explorées par plusieurs composantes du mouvement, mais en réduisant trop souvent la question foncière à celle du statut juridique futur de ces terres, la question des usages à un enjeu de propriété. Dʼun autre côté, sur la ZAD, intronisée « zone de non droit » de lʼaveu même du pouvoir, beaucoup de conflits dʼusage se déploient. Quʼil sʼagisse de lʼusage des prairies et des champs ou de celui des routes et des chemins, de la chasse ou des pratiques agricoles, ces conflits sont multiples.

Le devenir de ces terres dépend entièrement de notre capacité à y vivre en commun aujourdʼhui. Ces deux problématiques sont indissociables. Si nous ne parvenons pas, ici et maintenant, à concilier les différentes pratiques et la multiplicité des usages qui co-habitent sur les terres de la ZAD, alors il nous sera difficile de nous projeter ensemble dans un avenir sans aéroport.

2. À lʼheure où les décideurs pataugent, où le projet est comme gelé dans une sorte de moratoire qui ne dit pas son nom, nous disposons dʼune fenêtre de quelques années pour rendre envisageable et surtout désirable lʼhypothèse dʼune Commune à Notre-Dame-des-Landes. Demain, quand les cumulards et autres gros propriétaires voudront se partager le gâteau du foncier ou quand lʼÉtat établira de nouveaux plans pour ce bocage, ce nʼest que par une volonté commune quʼici se vive autre chose que nous pourrons leur résister.

Pour lʼinstant, nous avons en partage le refus dʼun aéroport. Si nous en restons là, nous sommes condamnés à disparaître en tant que mouvement au moment de lʼabandon du projet contre lequel nous nous organisons. Cʼest en faisant naître parmi nous un horizon commun vers lequel cheminer que nous serons capables dʼempêcher la reconquête de ce territoire par la métropole. Au moment où ce bocage nʼa jamais été aussi ingouvernable, nous refusons de croire que pendant les semis collectifs ou sur les barricades, pendant les chantiers de construction ou dans les rues de Nantes, il était simplement question dʼun aéroport.

3. Comment faire pour résoudre les conflits dʼusages entre habitants sans avoir besoin de la police ou de la justice ?

Comment faire pour habiter ce bocage et y construire des formes dʼorganisation collectives sans avoir besoin de la chambre dʼagriculture ou de la CDOA (Commission Départementale dʼOrientation Agricole), ni dʼexperts ou d’aménageurs, pour décider des usages présents et futurs de ces terres ?

Comment faire pour que les personnes qui vivent, habitent et cultivent la ZAD, mais aussi toutes celles qui participent du mouvement de lutte, puissent ensemble déterminer ce quʼelles veulent pour ce territoire, et ensemble construire ce que sera ce bocage demain une fois que nous aurons fait échouer le projet dʼaéroport ?

Comment faire Commune ?

« La commune — le municipio — a été dans la péninsule ibérique la formation sociale la plus proche de la polis grecque et en même temps la plus contraire à lʼÉtat (…) Les décisions se prenaient en assemblée ouverte ; les voisins se régissaient à travers des normes dictées par la coutume et combattaient la misère par lʼusage collectif des terres communales. Dans une telle société sans État — ou plutôt hors de sa portée — eut lieu la synthèse entre lʼurbain et le rural qui donna forme à une culture riche et intense. »

Miguel Amoros, Le second assaut

4. Construire des communaux, peut être un premier pas dans la perspective de faire commune. Par Communaux nous désignons à la fois un territoire partagé, les terres communales, et les infrastructures de lʼautonomie qui sʼy élaborent, les communs.

4 bis. Les communs, cʼest toutes les infrastructures de lʼautonomie dont a su se doter le mouvement au fil des années et qui sʼinventent au jour le jour dans ce bocage. Ces outils sont multiples et ont pour objet de sʼorganiser collectivement pour répondre à nos besoins :

• se nourrir (cultures collectives sur les terres occupées, formes de mise en partage des machines agricoles communes, tentatives de distribution non marchandes des denrées autoproduites sur la zone mais aussi des invendus des supermarchés, etc.),

• sʼinformer et communiquer (radio klaxon, zadnadir, zadnews, photocopilleuses communes, etc.),

• se défendre (formes de mises en partages de matériel médical et dʼapprentissage collectif de gestes de soins, de stratégies de défense face à la police et à la justice, caisse antirépression, diffusion de pratiques et de matériaux pour lʼaffrontement, tractopelle commun, etc.).

Les communs, pour lʼinstant, cʼest un archipel diffus de groupes entremêlés qui sʼorganisent parfois ensemble, parfois côte à côte, pour tenir des infrastructures mises en partage avec lʼensemble du mouvement. Pour nous en puissance, ce joyeux bordel nʼest rien moins quʼune esquisse de base matérielle pour asseoir une Commune dans ce bocage. Reste à renforcer ce mouvement, à accroître notre force matérielle tout en approfondissant les modes de partages qui y sont attachés.

4 ter. Les terres communales, cʼest un territoire mis en partage dans lequel la propriété foncière, la propriété du sol, nʼest plus définie par le droit, pour lʼinstant inapplicable dans ce bocage. Par territoire, nous entendons : les champs, les bois, les prés, les haies, les fermes, les maisons et les cabanes, mais aussi les routes et les chemins. Le territoire des communaux, cʼest donc :

• un territoire physique délimité collectivement et déclaré comme bien commun, cʼest-à-dire comme propriété collective du mouvement ;

• un territoire voué aux usages des individus et des groupes qui lʼhabitent, le défendent ou le cultivent, quʼils habitent ou non de manière continue sur la zone, quʼils la traversent ou sʼy promènent, y cueillent des plantes ou des champignons, y chassent du gibier ou y observent les tritons…

• un territoire dont les usages présents et futurs sont discutés par le mouvement réuni en assemblées, et non pas par des décideurs, des aménageurs, des experts, déconnectés de ce qui se vit ici.

5. Sur la ZAD, le contour encore incertain des terres communales pourrait être le suivant : il inclurait toutes les terres appartenant à AGO/VINCI exceptées celles dont les paysans en lutte ont actuellement lʼusage et qui les font vivre. Parmi ces terres il y aurait donc à la fois des terres redistribuées et des terres en zone travaux.

Que ce soit bien clair : la communisation dʼune partie des terres de la ZAD nʼa pas pour objectif de soustraire des terres aux agriculteurs en lutte, qui refusent de collaborer avec AGO, qui font lʼobjet de procédures dʼexpropriations et de menaces dʼexpulsion. Nous souhaitons quʼils puissent continuer dʼavoir lʼusage de ces terres et de les travailler dans de bonnes conditions. Cʼest lʼun des enjeux du mouvement : pouvoir communer avec tous les paysans et les habitants qui ont refusé le projet et claqué la porte au nez dʼAGO/VINCI.

6. Il est possible dʼimaginer une multitude dʼusages agricoles pour les terres communales :

• Quʼelles continuent de servir à des cultures collectives pour nourrir cette lutte et dʼautres.

• Quʼelles puisent servir à de nouvelles installations quʼelles soient issues du mouvement dʼoccupation, de la jeunesse paysanne des alentours, dʼhabitants du coin ou de nouveaux arrivants venus dʼailleurs, quʼelles soient légales ou illégales.

• Quʼelles puissent être cultivées par des comités locaux intéressés par lʼidée de conduire des cultures sur la zone.

• Quʼelles puissent également servir à dédommager des agriculteurs en lutte dont les terres seraient affectées par des fouilles, des forages, ou les conséquences dʼune nouvelle occupation militaire.

• Quʼune partie de ces terres puisse servir à des cultures de solidarité dont la récolte serait destinée à dʼautres groupes au-delà de la ZAD.

7. Les terres communales de la ZAD, ce nʼest pas uniquement le territoire où se déploient de multiples usages dans le présent, ce sont également des terres que nous réservons à des usages futurs déterminés collectivement. Pour les usages agricoles, cʼest dans la perspective de constituer une réserve foncière, que COPAIN et lʼADECA se retrouvent parties prenantes de dynamiques dʼoccupation. Les terres de la réserve foncière, auraient pour vocation de permettre des installations agricoles futures contre lʼagrandissement dʼexploitations agricoles existantes.

Penser les usages possibles de ces terres pour lʼavenir implique de sʼorganiser ensemble dès aujourdʼhui, hors de toute légalité, contre les agrandissements dʼexploitations existantes, et contre la redistribution opérée par AGO/VINCI. Cela nécessite également de sʼorganiser en commun pour cultiver ou entretenir ces terres. Cʼest en ce sens quʼont été mené les semis collectifs de céréales du 5 octobre 2013, les semis de sarrasin du printemps 2014, et les futurs semis de prairies sur ces mêmes terres occupées. Aujourdʼhui, lʼoccupation illégale des terres sʼaffirme comme une stratégie partagée par toutes les composantes de la lutte. Quʼil sʼagisse de lʼidée de réserve foncière, ou de celles des communaux, ces projections dans lʼaprès-projet, quʼelles cherchent à prolonger la situation extra-légale dʼaujourdʼhui ou à explorer des formes juridiques pour lʼavenir ne seront possibles que par un approfondissement des pratiques et des rencontres nées de cette lutte.

Que ce soit clair : de même que les terres travaillées par des agriculteurs en lutte sur la zone ne sont pas inclues dans les terres communales, les terres déjà habitées illégalement par le mouvement dʼoccupation ne rentrent pas dans la réserve foncière. Il nʼest pas question dʼimposer de futures installations agricoles à des endroits où dʼautres formes de vie et dʼusages se déploient et se projettent dans un avenir sans aéroport.

8. Mais le territoire des communaux est plus vaste que les terres que nous cultivons. Il dépasse largement la simple question des usages agricoles. Approfondir et étendre ce quʼil y a de commun dans le mouvement, cʼest construire dès à présent la force qui permettra, une fois le projet définitivement abandonné, que ce territoire soit façonné par et pour celles et ceux qui y en ont lʼusage, pour lʼautodétermination de ce bocage, pour que demain, la ZAD devienne Commune plutôt quʼaéroport.

Construire les communaux, c’est défendre ce territoire contre tout projet d’aménagement de la métropole (aéroport, barreau routier, lotissement, éco-quartier, réserve naturelle, etc.) tout en se donnant les moyens pour que tous les habitants expulsables qui le souhaitent puissent rester et continuer de vivre sur ce territoire, qu’il s’agisse d’habitants avec ou sans droit et titre, récents ou anciens, de maisons, de fermes ou d’habitat auto-construit, de caravanes, etc.

C’est pousser un mouvement sur le point de faire définitivement échouer le projet d’aéroport à s’attaquer à l’un des fondements de son monde : la propriété foncière. C’est chercher à réaliser un très vieux rêve : que nul ne puisse vendre, acheter ou monnayer l’usage des terres, cabanes et fermes, friches et champs que nous avons en partage.

Les habitants « demandent qu’on ne soit plus obligé de (…) payer des rentes pour des biens communs » et « qu’il ne soit plus disposé de ces mêmes biens que par un commun consentement ».

Extrait des Cahiers de doléances de la paroisse Fay de Bretagne « dressés par les habitants (…) assemblés le quatre avril 1789 »

9. Nombre de pratiques qui se déploient dans le mouvement contre l’aéroport et son monde tendent déjà vers la réalisation dʼune partie de ces objectifs. Cʼest pourquoi plutôt que de partir dʼun hypothétique statut juridique futur, nous souhaiterions prendre pour point de départ ces pratiques nées de la lutte, et construire ensemble une coutume.

Pour construire les communaux, il nous faut donc partir des pratiques qui sont déjà à lʼœuvre sur le territoire (habitat illégal, cultures collectives en plein champ, potagers, permaculture, chasse, autoconstruction, exploitation agricoles professionnelles, cueillette, balades…) ainsi que des espaces dʼorganisation qui existent déjà (Assemblées du mouvement, Sème ta ZAD, COPAIN, réunion des habitants, discussions informelles, etc.). Cʼest en partie de ces espaces dʼassemblée, même si nous éprouvons par ailleurs leurs limites, que sont issues les infrastructures de lʼautonomie dont sʼest doté le mouvement ainsi que la dynamique de reprise des terres. Mais, pour donner corps aux communaux, il nous faut inventer de nouvelles formes et créer de nouveaux espaces pour traiter de la question des usages du territoire.

10. Imaginons une assemblée extraordinaire impliquant le mouvement [dans] toutes ses composantes, ainsi que les habitants de ce bocage, les personnes et les groupes qui en ont lʼusage : lʼAssemblée des Communaux.

Lʼassemblée des Communaux ne serait pas une structure légale officielle. Elle serait une structure coutumière, horizontale, un espace où sʼinvente progressivement, au rythme des conflits, une manière de vivre ensemble, à lʼéchelle de la ZAD. Elle serait aussi un lieu depuis lequel affirmer la primauté de nos pratiques et de nos usages sur le droit en vigueur.

La première assemblée des communaux, solennelle et destituante, pourrait se dérouler dans un lieu du pouvoir foncier (CDOA, chambre de lʼagriculture, siège de la SAFER…). Son geste inaugural pourrait être lʼexpropriation sauvage dʼAGO VINCI, et la déclaration en Communs dʼune partie des terres de la ZAD. Elle pourrait publier une carte des communaux et une lettre ouverte aux agriculteurs qui se sont vu redistribuer par AGO-VINCI des terres communales, pour leur signifier que cette redistribution est nulle et non avenue, puisque ces terres sont nôtres.

10 bis. Suite à cette première assemblée, il pourrait sʼen tenir une par saison. Les usages dʼun territoire sʼinscrivent dans des rythmes saisonniers : la cueillette, la chasse, les semis et les récoltes, lʼélevage et le bois de chauffe sont pris dans des cycles. Caler le rythme de lʼassemblée des Communaux sur celui des saisons, en discutant durant lʼhiver de ce qui adviendra au printemps permettrait dʼanticiper les conflits dʼusages avant quʼils ne se présentent, mais aussi dʼélaborer des stratégies dʼoccupation pour contrecarrer la redistribution des terres opérée chaque saison par AGO/Vinci ou le conseil général avec lʼattribution de baux précaires, mais gratuits, à des gros exploitants. Tout au long de lʼannée, entre chaque assemblée saisonnière pourraient sʼorganiser des groupes pour réfléchir et agir sur des aspects spécifiques de la vie commune : question des déchets, du bois de chauffe, des fossés, de la chasse, des routes, etc.

11. Nous croyons à la nécessité politique et stratégique dʼopposer à la légitimité du droit conçu par et pour les décideurs, celle dʼune assemblée qui rassemble le mouvement dans toutes ses composantes, et qui accorde une place centrale aux usages et aux manières de lʼhabiter sur la ZAD. En revanche, nous ne ne croyons pas une seconde que la simple création dʼune assemblée de plus puisse résoudre par magie les conflits dʼusage sur la zone. Élaborer du commun ne signifie pas pour autant faire disparaître les conflits.

11 bis. Communer, signifie une volonté de sʼorganiser collectivement et donc une disposition au compromis, une capacité à faire des concessions mutuelles, mais aussi une disposition à lʼautodéfense, une capacité à assumer certains conflits. Communer signifie donc aussi être en mesure, quand toutes les formes de médiations sont épuisées et quʼil nʼy a plus dʼautre choix, de se constituer en force pour faire primer le bien commun sur lʼintérêt privé.

Ne perdons par de vue que les communaux sont une stratégie pour soustraire des terres à lʼÉtat et à la propriété privée. Quiconque collabore avec AGO-VINCI ou décide de sʼaccaparer un bien commun en empêchant dʼautres de continuer dʼen avoir lʼusage doit craindre que la communauté de lutte qui sʼélabore depuis des années dans ce bocage, se retourne contre lui. Si nous ne parvenons pas à constituer cette force, le retour à lʼordre sera toujours désirable pour une partie significative de celles et ceux avec qui nous avons ce territoire en partage.

12. Sur la ZAD, les communaux sont déjà là, en puissance. À nous de les approfondir, de les renforcer, de les étendre et de les défendre. À nous de les rendre visibles de nos complices ailleurs pour que chaque tentative dʼarracher un fragment de territoire à lʼemprise de la marchandise, de la métropole, de lʼÉtat, contamine par delà le local. À nous de les rendre visibles du pouvoir pour quʼil soit contraint de prendre acte de notre sécession. Il nous faut des mots pour dire nos pratiques et les rendre partageables, des mots pour dire, agir et faire cause commune. Reprise des terres et déprise vis à vis des pouvoirs institués sont pour nous deux lignes dʼun même front.

13. Pour donner corps aux communaux, une assemblée saisonnière ne suffira donc pas, il sʼagit de faire communauté. Si nous voulons parvenir à faire coexister les différents usages du territoire, les différents rapports au monde qui se déploient dans ce bocage, il nous faut créer des coutumes, des rites, des solidarités et des habitudes communes. Multiplier les moments de travail en commun, densifier les échanges et les solidarités, les dons et contre-dons qui font lʼépaisseur de nos liens. Il faut pour cela construire dʼautres espaces, expérimenter dʼautres outils, dʼautres pratiques, dʼautres formes que les assemblées, même si ces dernières sont indispensables par ailleurs. Il nous faut approfondir les rencontres, les passerelles entre les mondes, et les amitiés improbabÉles nées de cette lutte.

13 bis. Imaginons :

• Poursuivre et amplifier les actions de semis collectifs avec les agriculteurs de la zone et de la région.

• Penser des actions collectives pour tracer de nouveaux talus sur certaines terres communales, pour marquer le territoire et redensifier le bocage au-delà des terres que nous cultivons. Ces actions seraient prolongées par des chantiers de plantation de haies.

• Organiser des chantiers collectifs réguliers pour entretenir routes, chemins et fossés, le ramassage des déchets…

• Multiplier les repas communs pour se retrouver avec le mouvement autour de grandes tablées, en dehors de tout enjeu décisionnel.

• Établir une série de chantiers collectifs, à la fois pour signifier que nous entrons dans un avenir sans aéroport, et pour renforcer les infrastructures de lʼautonomie, améliorer les modes de partages qui sʼy rattachent, et en créer de nouvelles. Ces infrastructures communes pourraient être multiples : avoir un lieu chaud et confortable pour tenir assemblée, un lieu de stockage pour faciliter la mutualisation des récups, un espace de recyclerie pour nos déchets, des bains-douches publics, ou bien dʼautres choses encore à imaginer ensemble.

14. Nous sommes tous, désormais occupants sans droit ni titre aux yeux de lʼÉtat que nous soyons anciens locataires, agriculteurs en lutte, ou personnes ayant fait le choix de venir vivre ici illégalement pour empêcher les travaux et occuper des terres. Cʼest à nous, en approfondissant les pratiques extra-légales dʼaujourdʼhui, de créer une forme de propriété collective fondée sur les usages communs du territoire, par et pour ceux qui habitent, défendent ou cultivent ce bocage. Cʼest à nous de faire communauté pour devenir Commune et ainsi se projeter dans un décrochage durable de ce territoire vis à vis des pouvoirs institués, pour peupler les années à venir dʼune tentative qui susciterait autre chose que le désir dʼun retour à lʼordre.

Achevé le 20 juin 2014

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[« Je vous parle de l’usine »] Entretien avec Rémy, ouvrier-robot et révolté

C’était une rencontre, le 2 mai dernier, lors d’un rassemblement à Grenoble, contre la construction du Center Parcs de Roybon, dans l’Isère. Un aparté en marge d’un débat sur « Chantage à l’emploi, croissance illimitée, informatisation globalisée… ». […]

[…] un peu à l’écart du débat, nous avons rencontré un ouvrier, un vrai, lecteur de Pièces et Main d’œuvre et de littérature technocritique. Rémy s’est présenté à nous comme un « robot dans une usine de robots sous la tyrannie technologique ». Il en avait gros à dire sur sa condition de robot, sur le détail concret de l’usine à-peu-près automatisée, en 2015, sur l’enchaînement qui l’avait mené en usine – puis à renouer avec les livres – sur ses aspirations et ses appréhensions, sur sa famille et ses collègues robots. À coup sûr, il ne fondera pas de « section luddite » dans son usine. Il voudrait juste « s’en sortir », sans bien savoir comment.

Il dit ce que beaucoup taisent peut-être, se croyant trop isolés pour oser l’exprimer.

Voici notre échange.

Entretien avec Rémy, ouvrier-robot et révolté

Q : Tu t’es présenté à nous comme “robot” dans une usine de “robots”. Le mot “robot” signifie “travailleur” en tchèque, mais tu n’es pas né robot ; pourrais-tu nous raconter comment tu l’es devenu, à partir de ton histoire familiale et personnelle ?

R : Pour aller directement au but, je dirais que pour devenir “robot”, il faut faire une chose qui peut sembler a priori simplissime : se taire. Mais il faut des années pour apprendre à se taire. Et accessoirement arrêter de réfléchir (ou en avoir la sensation).

Comme tout le monde (ou presque), je suis issu de parents biologiques en chair et en os qui ont évolué dans le milieu industriel dans des tâches subalternes ou à petite responsabilité. À temps partiel et rémunéré au minimum pour la détentrice du sexe féminin, à temps (plus que) plein et avec une petite gratification pour le masculin. Normal, n’est-ce pas ? Bien que “travailleurs”, “ouvriers” ou “prolétaires”, je suppose que ce n’étaient pas (tout à fait) des robots dans le sens où il leur était possible d’avoir des échanges verbaux structurés, des discussions (même anodines) avec les collègues et la hiérarchie.

Comme l’Éducation Nationale, les conseillers d’orientation, le tissu social et l’enclavement géographique sont bien huilés, je me suis retrouvé dans le même milieu. Celui des industriels et des entrepreneurs. Bref, des “preneurs de risques”.

Q : Quand tu parles de tes parents biologiques, peux-tu préciser leur emploi exact ?

R : Durant la plus longue durée sans discontinuité, ma mère a été employée comme “opératrice de production”, c’est-à-dire à effectuer des tâches diverses – ébavurage, tri, assemblage, contrôle… – sur des pièces en plastique destinées à l’automobile ou la connectique électrique. Des tâches répétitives et avec des cadences à tenir. Une fois que le terrain industriel n’a plus eu besoin d’elle, ce qui l’a pas mal occupée, c’est de passer la serpillière et le plumeau comme “technicienne de surface”. La linguistique managériale déborde d’inventivité.

Quant à mon père, qui a évolué dans le même environnement que ma mère, il était “monteur-régleur” sur des presses à injection plastique. Chargé d’effectuer la mise en route et les réglages avant de lancer la production, d’en effectuer le suivi et de superviser quelques “opérateurs”. Le tout sur un parc d’une quinzaine de machines. Ceci avant d’intégrer une fabrique d’éléments pour l’aéronautique et de déclarer une maladie que le corps médical a eu du mal à diagnostiquer. Sa salle d’attente pour la retraite s’intitule “longue maladie”.

***

La zone géographique dans laquelle j’ai travaillé se dénomme la “Plastic Vallée”, une invention de technocrates lorsque les années 1980 étaient glorieuses. L’entreprise dont je relate le plus largement l’existence et qui s’est occupé de moi dernièrement se situe aux confins de l’Ain et du Jura.

J’ai actuellement 31 ans. J’ai commencé en 2005 – à 21 ans – par des missions intérimaires d’une semaine, au SMIC, pendant plus de deux ans au sein d’un groupe international fabriquant des jouets. Et je n’avais pas à me plaindre. Des collègues de l’atelier de production, la plupart d’origine maghrébine ou turque, subissaient le régime intérimaire au même poste depuis plusieurs années. Totalement illégal mais parfaitement autorisé.

Ensuite, l’entrée dans le monde des robots s’est faite en douceur, si je peux dire. Avec le sacro-saint CDI décroché au bout d’à peine trois mois d’intérim, en 2008. En douceur car si le dispositif de surveillance et les techniques de manipulation visant à rendre la main d’œuvre docile étaient en cours de mise en place, la taille de l’entreprise (environ 150 personnes), ses pôles d’activité (fabrique d’éléments pour l’aéronautique civil et militaires ainsi que l’armement où le flux tendu n’existe pas) et le comportement de la direction (complètement “foutraque”, excusez du terme) faisaient qu’une solidarité mais aussi des inimitiés favorisaient la prise de parole, ne serait-ce que le temps d’une pause ou durant le passage des consignes, travail en horaires décalés oblige. Des horaires décalés qui justifient une prime permettant de hisser le salaire au niveau du revenu médian de ce pays (environ 1600 euros mensuels) mais où le taux horaire est tiré vers le bas. Avec le recul, le (seul ?) point positif était le tempo, relativement lent, de certaines productions qui favorisait le temps de la réflexion. Un temps lent qui, de l’usine à chez moi, était continu et m’a aidé à lire certains livres. Comme ceux des groupes Marcuse et Oblomoff, les fameux 1984 d’Orwell et Le meilleur des mondes de Huxley sans oublier L’homme superflu de Philippe Vassort ainsi que le chef d’œuvre de Günther Anders : L’obsolescence de l’Homme. Après quatre années de “La guerre, c’est la paix”, je démissionnai de cet endroit.

Après des années de résistance à l’objet fétiche de notre temps, je devais céder aux regards et remarques des négriers modernes (comprendre agences intérimaires) et recruteurs de tous poils, et acquérir un téléphone portable.

Je retombais aussitôt, en 2012, dans un nouvel endroit de torture. Et pas n’importe lequel. Celui que toute ma position intellectuelle refusait alors. Je refermais à peine L’obsolescence de l’Homme que je mettais les pieds dans LE lieu interdit. J’hésite à comprendre ce qui s’est réellement passé. Et je me demande ce qui m’a incité à y rester. Peut-être la nécessité de payer des factures. Bref, la “honte prométhéenne” des premières pages de Günter Anders n’a pas tardé à s’abattre sur moi.

Visite guidée. Alarmes infra-rouge anti-intrusions. Entrée dans les locaux par lecteur d’empreinte digitale avec le malheureux avertissement de la CNIL dans le corridor. Le même dispositif sépare deux zones à l’intérieur même de l’entreprise. Caméras de surveillance à foison. Locaux aseptisés. Propreté clinique. Port de la blouse obligatoire. Disposition du parc de machines-outils de façon à rendre impossible tout échange verbal à distance. Ça, c’est pour les 60 autres pitres qui investissent les lieux quotidiennement.

En ce qui me concerne, j’ai accès – malheureusement – au joyau, au nec plus ultra : la cellule (on ne rigole pas, c’est ainsi que se dénomme l’endroit au sein de l’atelier). Le grillage est là pour en attester. De l’autre côté de la grille, la machine : le robot de marque Fanuc (dont le cours des actions en bourse ne cesse d’exploser). De part et d’autre du robot, deux centres de fraisage à “alimenter” en pièces. Pour stocker les pièces en attente d’usinage, deux magasins. Pour mettre les pièces dans le magasin, on les fixe sur des palettes. Lesquelles palettes sont “robotentionnées” jusqu’aux machines.

Et pour connaître la position exacte des pièces afin qu’elles soient usinées, les palettes doivent passer sur un banc de palpage pour en faire le pré-réglage. Pour superviser le tout, gérer le flux de production, un attirail informatique hors du commun est à disposition. Aucune erreur possible, chaque intervenant peut contrôler les autres ; chaque “bug”, pouvant arriver à n’importe quel moment, retarde irrémédiablement le déroulé de la journée de façon dramatique. Le tout avec des séquences de travail (préparation des pièces, palpage, ajout de programmes dans le logiciel dédié, usinage, recherche et montage d’outils) très rapides, de l’ordre de quelques secondes à quelques minutes et avec des cotes très précises à tenir (de l’ordre de 0.01 mm, parfois moins).

Alors que le climat interdit implicitement de sourire, espérer échanger un mot est vain.

Au bout d’un moment, l’ouvrier, le technicien ne se sent pas seulement esclave mais bel et bien partie intégrante du dispositif technico-informatique. L’humain n’existe plus. Les ordres semblent tomber du ciel (il y aurait un “on” qui a décidé de quelque chose) et le terme “urgent” se décline entre “très urgent” et “très très très très très urgent”. Le travail en binôme est un cauchemar car les consignes ressemblent à des injonctions et à des ordres militaires. Le bruit ambiant n’aide pas la communication orale et la rapidité de l’exécution multiplie le stress. Il faut venir voir (de préférence le vendredi vers 15h) dans quel état psychique se trouve l’ouvrier chargé du lancement de la production pour le week-end. Comme le flux ne doit être arrêté sous aucun prétexte : travailler de 7h30 à 16h30 (en théorie, plus souvent 17h ou 17h30) n’est pas suffisant. La nuit, la machine et le robot bossent, eux. D’où la cerise sur le gâteau : un Blackberry – fourni par l’entreprise – est là en cas de “plantage”. Un système d’alarme à distance permet au Blackberry d’émettre une jolie sonnerie auprès de l’employé alors “en astreinte” (une semaine sur trois !). Qui gagne le droit de retourner à l’usine jusqu’à 20h pour remettre en route le dispositif sans savoir s’il en aura pour 15 minutes ou trois heures. Et même le week-end. À ce stade, l’ouvrier n’est plus esclave, il n’est plus humain, il n’est peut-être même plus animal ni vivant mais simple particule. Comme une particule d’ADN permettant à l’entreprise de vivre.

Faut-il chercher ailleurs la source d’insomnies, le sentiment de s’être fait “orwelliser” et de ressembler à Winston Smith ?

Tout ça pour fabriquer des outillages métalliques permettant l’injection d’éléments (emballages, tubes) en plastique destinés au monde pharmaceutique, notamment auprès de laboratoires sponsorisés par la Sécurité Sociale.

Pour mettre un terme au processus de robotisation dont j’ai fait l’objet et espérer ne pas en avoir trop de séquelles, j’envoyais un nouveau recommandé au bout de deux ans. Plusieurs mois après, l’humain reprend le dessus mais certaines choses ont été définitivement anéanties.

Q : “Définitivement anéanties” : peux-tu expliquer ?

R : Le passage dans cette entreprise a été à la fois éprouvant et destructeur. Éprouvant car le tempo était très soutenu, couplé à une masse d’informations à gérer et à une pression liée à la précision des pièces à usiner. Destructeur car le stress s’accumule à la fatigue, le mode de communication – une sorte de braille oral où formuler une phrase relève du parcours du combattant – impacte les capacités de réflexion. Le fait d’être quasiment en permanence devant des situations impossibles à résoudre provoque une espèce de fracture du cerveau : comment, dans le même laps de quelques minutes, répondre à la question posée par l’individu A, ne pas oublier de passer la consigne à B, se demander ce que C vient faire par là afin d’essayer d’anticiper sa question et la réponse à apporter, contrôler à la loupe binoculaire un outil de 0.2 mm de diamètre qui doit être placé dans la machine sans erreur, superviser une liste d’outils à vérifier, attendre les résultats du service de métrologie – ce qui influera sur une décision à prendre – et planifier le lancement de 48 heures de production, le tout sous des caméras de vidéo-surveillance ? À cela s’ajoute le service d’astreinte qui ne pose plus de limite entre temps de travail et temps personnel. À croire que le slogan soixante-huitard “Jouir sans entrave et vivre sans temps mort” a particulièrement “bien” été adapté dans cette usine. Mais quelle jouissance et quelle vie ?

Après plusieurs mois de ce régime, les sens sont touchés. Perte d’empathie (ne rien éprouver à la perte d’un proche), troubles du comportement, céphalées, capacités de réflexion atrophiées, écouter de la musique (chose vitale jusque-là pour moi) devient un calvaire et perte d’identité puisque la seule parade pour tenir le choc a été de me dire : “Ce n’est pas possible, ce n’est pas moi qui vais là-dedans”. Avec le recul, je désignerais bien l’ensemble du dispositif comme “Management par la privation sensorielle.”

Q : Quel métier ou quelle vie voulais-tu quand tu étais enfant ?

R : Spontanément, j’ai envie de répondre : “Rien” ou “Aucun métier !” Et à la vie désirée, je dirais, justement : “Vivre !” Je n’avais aucune idée pré-conçue de ce qu’il faudrait faire plus tard. Et j’ai toujours ressenti ce monde d’hyper-compétition au point que lorsque les choix d’orientation scolaire devaient se faire et qu’il était de bon ton de visiter différents établissements scolaires pour en “choisir” un, j’avais le sentiment d’être entouré de sprinters dans les starting-blocks tandis que j’étais (et espère être toujours) un invétéré promeneur dans les sous-bois et explorateur des champs.

Il y a aussi cette question qui m’horripile : “Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?” À laquelle je réponds : “Comment ça, vivre ne se suffit pas à soi-même ? Il faut aller prouver à untel que je sais faire telles et telles choses – sans en connaître les tenants ni les aboutissants – en échange d’argent octroyé sur des critères totalement biaisés ?”

Depuis quelques années, notamment depuis le passage au sein de cette Société Mentalement Perturbée où toutes mes convictions personnelles m’intimaient de ne pas rester mais où la nécessité économique et matérielle m’a forcé, je suis en ébullition. Et je cherche. Quoi, je n’en sais rien. Car même si j’en avais déjà le pressentiment auparavant, c’est là que j’ai bel et bien compris qu’il y a une différence entre ce que le complexe technico-industriel (ou “Machine de Travail Planétaire” selon la théorie “Bolo’bolo” de P.M.) nous fait faire (souvent contre de l’argent et un statut social) et ce que nous faisons chacun, individuellement, affranchi des codes auxquels nous devons nous soumettre.

Q : Si tu avais le choix de faire autre chose que de travailler en usine, que voudrais-tu faire ?

R : Je n’en sais toujours rien. Et je n’ai la vocation pour rien. Me projeter sur des années m’est totalement impossible. Et le fait de faire quelque chose de “bien pour la communauté et plaisant pour soi-même” peut être un piège au point de devenir monomaniaque. Je me répète mais je veux vivre ! Les quelques pistes que je regarde sont inaccessibles, ont un avenir compromis ou sont tellement peu rémunératrices… Je ne désire pas rouler sur l’or mais j’avoue que le salaire médian (même jusqu’à 10% de moins) m’est nécessaire, même en réduisant les frais au maximum. En creusant, peut-être qu’être à la fois clown, libraire et … tourneur-fraiseur, puisqu’il semblerait que ce métier soit si essentiel et que j’aie fini par y décrocher quelques compétences, me conviendrait.

Q : Tu sembles lire beaucoup, tu écris avec facilité : comment cela t’est-il venu et comment as-tu découvert les auteurs anti-industriels (Anders, Orwell, Huxley) que tu cites ?

R : Lorsqu’est paru – en 2008 – Le téléphone portable, gadget de destruction massive, je me suis dit “Ah, enfin, il y en a qui se réveillent”. Depuis l’adolescence, j’avais refusé cet instrument de contrôle et d’asservissement le plus longtemps possible, ainsi que le mode de vie que cet outil allait générer – j’y ai cédé un an avant les révélations d’Edward Snowden au sujet de PRISM. De plus, cela fait des années que je me pose des questions sur le monde qui nous entoure et la vie qu’il me fait mener ainsi qu’aux autres humains peuplant ce globe. Plutôt que de rester dans l’expectative, j’ai préféré me documenter. Ne dit-on pas “À l’heure de l’information de masse, l’ignorance est un choix” ? C’est ainsi que j’ai entamé un cycle de lectures diverses qui m’ont emmené dans cette direction. Lorsqu’il n’y a plus d’écran télévisé, il faut bien le remplacer.

Pour donner suite à la question précédente, relative à “ce que je voudrais faire”, et compléter celle-ci, peut-être qu’il y a quelque chose à chercher du côté de l’écriture puisqu’il semblerait que cela me convienne. Mais étant donné le contexte économique environnant, il paraît – au risque de paraître provocateur – que l’offre “d’emplois” se résumera bientôt à “employé de plate-forme pétrolière” pour les hommes et “aide à domicile pour personnes âgées” pour les femmes. Et nous savons bien que la vie ne se situe pas dans l’emploi.

Q : On a bien compris comment tu t’étais mis à lire des livres anti-industriels, mais comment as-tu commencé à lire, qu’est-ce qui t’a donné le goût de la lecture ? Et que lisais-tu ? Ce n’est plus un goût très courant dans ta classe d’âge et dans ta classe sociale.

R : Même si enfant il m’arrivait de bouquiner, j’ai perdu le fil à l’adolescence (au profit de l’écoute de musique) et repris la lecture au moment où j’ai rompu avec l’instrument de manipulation mentale qu’est la télévision, vers 25 ans. Et puisqu’Internet a ses limites, il fallait bien un supplétif pour profiter de plages de temps libres et de calme. Le déclic a dû se faire avec un livre que mon grand père maternel m’a conseillé et prêté : L’âge des extrêmes – Histoire du court XXe siècle, de Eric Hobsbawm. Par la suite, il me semble que c’est avec la “jonction rouge-verte” d’Hervé Kempf (et sa trilogie Comment les riches détruisent la planète ; Pour sauver la planète, sortez du capitalisme ; L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie) et des écrits plutôt noirs, à tendance libertaire – mon fond de pensée – que j’ai commencé à creuser un sillon.

Pour accéder à ces livres ? Vivre des situations impossibles, ressentir des injustices et en chercher les causes plutôt que d’accepter, bras ballants, en pensant que “de toute façon, on y peut rien”. Petit à petit, j’ai élaboré une petite bibliothèque assez cohérente. Puisque tous les moyens d’action semblent vains, ne reste que la réflexion. Mais même “juste ça”, ils veulent nous l’ôter, que ce soit en nous rendant hyperactifs et/ou en nous aliénant au salariat.

Pour terminer, je dirais que je n’ai presque jamais été au bon endroit au bon moment avec les bons individus, quitte à paraître cruel. J’ai souvent été “à côté” ou à la mauvaise époque. Un peu comme l’automobiliste qui remonte l’autoroute à contre-sens et vitupère contre la masse qui prend une mauvaise direction…

Q : Pourquoi as-tu refusé le téléphone portable à l’adolescence – un âge où justement tout le monde en veut ? Comment cela s’est-il passé, est-ce que ça a ruiné ta vie sociale avec tes copains ?

R : Sans vouloir paraître omniscient, je ressentais déjà à l’époque instinctivement le sentiment que cet instrument était un outil de flicage, à plus ou moins grande échelle, de son détenteur. Et qu’au-delà, cela allait déstructurer nos vies, en plus d’être au service du Pouvoir, notamment économique. Force est de constater que le temps m’a tristement donné raison, que ce soit en théorie ou en pratique. Ce n’est peut-être pas le seul élément mais j’ai effectivement cette impression : à partir du moment où la téléphonie mobile est arrivée et que je ne suis pas monté à bord du joli réseau, je me suis retrouvé tel Robinson Crusoé sur un rocher de solitude. Je ne crois pas avoir justifié mon choix à l’époque, mais c’était tellement limpide que je ne ressentais pas le besoin de le faire.

Q : On t’a vu avec un petit groupe lors du forum contre Center Parcs. Peux-tu nous présenter tes copains, que font-ils dans la vie, avez-vous une activité politique ?

R : Un apiculteur, un travailleur social, un maçon, un chômeur, un enseignant et un ouvrier ensemble, si je n’ai oublié personne, c’est forcément louche, n’est-ce pas ?

Nous sommes des individus libres de penser et autonomes dans nos actions, qui nous interrogeons sur l’avenir qu’on nous prépare et voudrions ne pas faire n’importe quoi au nom de l’emploi, de l’argent ou du saccage des conditions de survie de notre espèce. De là à en conclure que ceci est déjà une activité politique…

Plus concrètement, nous désirons intervenir directement, en complément des actions de l’association Le Pic Noir, à l’encontre du projet de Center Parcs prévu dans le Jura, près de Poligny, similaire à celui du Rousset en Saône-et-Loire ou de Roybon, en Isère.

Q : Tes parents sont-ils des militants ? Ont-ils comme on dit des “opinions politiques” ? Et que pensent-ils de l’anti-industrialisme ?

R : Mes parents ne sont pas militants à proprement parler mais “conscientisés politiquement” depuis longtemps : LIP, la centrale du Bugey, le Larzac, le MAN (Mouvement pour une Alternative Non-violente), ils l’ont vécu. Eux non plus n’ont pas désiré passer leur vie à l’usine, mais force est de constater que cela a été le seul moyen qu’ils ont trouvé pour payer des factures. Mordre la main qui a nourri si longtemps n’est peut-être pas si facile. Concernant le mouvement d’anti-industrialisme (que je renommerais bien “anti-technologisme”, non pas que l’industrie soit positive et la technologie négative mais pour distinguer une différence de consistance entre industrie d’une part et technologisation de l’industrie d’autre part) tel qu’il est élaboré depuis quelques années par PMO, L’Échappée ou Le Pas de Côté, nous n’en avons que très peu parlé.

Q : Tu dis que tu souhaites exercer une activité – ou du moins toucher des revenus – équivalant au salaire médian (1600 € à peu près ?). Nous ne sommes pas sûrs d’ailleurs que tu souhaites exercer une activité quelconque, sinon vivre et rêver. À quoi correspond cette somme ? Comment détermines-tu tes besoins ?

R : Comme pas mal de monde de “notre milieu”, j’ai un rapport ambivalent à l’argent et j’ai navigué entre deux conceptions. D’un côté “Tant que l’argent existera, il n’y en aura pas pour tout le monde”, “L’argent salit tout sur son passage” ou encore “L’argent est une arme et en tant que pacifiste forcené, je refuse de m’armer”. De l’autre, quelque peu autoritaire, “Merde enfin ! Cet argent existe bel et bien !” (surtout vus les milliards qui gravitent en bourse), c’est juste que ceux qui le détiennent ne veulent pas le céder à n’importe quelle condition ni à n’importe qui. Ces deux facteurs étant de plus en plus imbriqués en ces temps de surveillance généralisée.

Je sais aussi qu’initialement, la monnaie – qui existe depuis près de 3000 ans sous la forme
actuelle – est un moyen permettant de modérer des relations, un instrument de médiation afin d’éviter les conflits. Et qu’actuellement, la monnaie – dématérialisée – devient justement le moyen de ne plus avoir de relation humaine avec personne. Chacun va chercher ses petits sous pour les réinjecter dans la machine économique sans que personne ne se pose la question de la provenance ni de la destination de cet argent.

A contrario, tendre à se passer de monnaie reviendrait, en plus de se ré-approprier des savoir-faire (“Faire pousser ta propre nourriture, c’est comme imprimer ton propre argent”), à nouer un cercle d’humains avec lesquels les interactions permettent de se passer d’argent. Cela s’appelle le don, le contre-don, le partage. L’ouverture aussi.

Le montant évoqué (1600 €) est “simplement” le revenu médian en France. Cela veut dire que la moitié des individus travaillant à temps plein gagne moins et l’autre moitié gagne plus. Il se trouve que c’est le niveau de revenu que j’ai depuis longtemps, sans avoir rien fait d’autre que de donner mon énergie physique, mes capacités intellectuelles et mon temps à quelqu’un ou une organisation de gens qui, eux, en avaient besoin. À croire que moi, je n’avais pas besoin de tout ça. En termes de revenu, vu que je me situais “au milieu” de la population, j’estimais ne pas trop avoir à me plaindre, bien conscient que d’autres gens galèrent bien plus pour bien moins d’argent, et me méfiant de gagner plus, synonyme de se faire acheter pour de l’argent superflu, dont une partie est reversée à l’État via l’impôt sur le revenu. Au fil du temps, j’ai réussi à réduire ma durée de temps de travail et améliorer mes horaires en conservant le même salaire. Et c’est ainsi que j’ai essayé de garder cette ligne-là : se loger (le moins cher), manger (bio et local, si possible), se déplacer (beaucoup trop de voiture mais usage du train dès que possible), régler les factures incontournables de frais fixes en les tirant vers le bas et orienter ce qu’il reste au fond du tiroir-caisse vers des choses que je juge vertueuses : livres, disques, revues, concerts, cinéma, dons à des initiatives qui me semblent pertinentes. Voter avec le porte-monnaie, en somme même si cela n’a pas la même force qu’un acte libre et désintéressé. Pas très glorieux pour quelqu’un désireux d’une vie gratuite pour tout le monde. Mais vu que je déserte les isoloirs depuis 10 ans, il ne me reste que ce moyen d’action. Peut-être ne suis-je pas aussi pacifiste que je croyais.

Q : Es-tu partisan d’un revenu universel garanti, et si oui, suivant quelles modalités ?

R : Ah, j’attendais ce sujet ! Cela fait des années maintenant que je suis convaincu qu’un Revenu Universel d’Existence est une (si ce n’est LA seule) issue au bourbier dans lequel nous nous trouvons. C’est un outil qui touche à plusieurs facteurs de la vie sociale et économique tout en redonnant à l’écologie la place centrale qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Après, entre la belle idée aux potentialités émancipatrices, égalitaires et libertaires qu’elle peut être (comme la Dotation Inconditionnelle d’Autonomie qui, justement, démonétarise une partie de l’accès aux biens de première nécessité) et l’enfer collectif que cela peut devenir (l’Impôt Négatif des minarchistes libertariens ou le Revenu Citoyen où le droit de vote est Roi et les règles de la représentativité actuelle inchangées), il y a un monde. Car sans être rabat-joie, il n’y a qu’à voir ce que des avancées sociales sont devenues au fil du temps : le droit au chômage un chemin de croix doublé de l’aumône à pleurer ; les congés payés une exhortation à brûler du pétrole ; les droits à la formation une chimère derrière laquelle il faut courir tout en faisant les bons exercices d’assouplissement pour en jouir. De plus, cela fait partie des thématiques de réflexion autour d’un tel revenu : il me semble qu’il faudrait obligatoirement y adjoindre au moins deux choses complémentaires, un Revenu Maximal Acceptable et un réel Droit Au Logement peu onéreux.

Enfin, pour entrer un peu dans le détail et rejoindre les sujets de prédilection de PMO, il y a une question qui me taraude sérieusement, c’est celle de “l’inconditionnalité”. Comment accorder quelque chose (surtout de l’argent) à tout le monde sans que le Pouvoir n’exige de contrepartie de la part de ceux qui en bénéficient ? Ce serait tout bonnement inconcevable. C’est bien pour cela que la CAF va mettre son nez dans les caleçons de “ses” allocataires. Donc, en me mettant à la place du Pouvoir – surtout à l’heure où les frontières nationales sont de plus en plus poreuses et le maillage électronique omniprésent –, je ne vois qu’une réponse rapide, simple et efficace : le puçage des populations. C’est ainsi qu’on a froid dans le dos … et commence à douter du bien-fondé d’une si belle idée.

Q : Pourquoi ne tailles-tu pas la route, tout simplement ? Beaucoup l’ont fait qui ne sont pas réduits à la misère noire. Quelles réticences aurais-tu par exemple à vivre des “minima sociaux” (RSA), quitte à les compléter avec du bricolage ?

R : Tailler la route pour quoi au juste ? Cela peut paraître irrévérencieux, ou l’aveu d’un souhait même pas essayé, de répondre par une question. Mais étant donné que nous vivons dans un monde où il n’y a plus “d’ailleurs”, sur une planète qui est une prison (voire un camp de concentration) à ciel ouvert, à quoi bon brûler encore du pétrole ? Et en quête de quoi ? Être pisté par satellite à cause d’un “smartphone” ou d’un “laptop” qu’il faudrait toujours détenir ? Non merci. Question de tempérament et de personnalité aussi. Ce qui n’est pas sans lien avec la fin de votre question. Autant, je peux admirer les individus qui “jouent au chat et à la souris” avec la CAF et Pôle Emploi, autant je me sentirais totalement incapable de faire de même. Sans compter sur ce satané contrôle social – l’actualité la plus brûlante nous le rappelle encore – que ces autorités se permettent d’effectuer en échange de quelques miettes qu’il faut aller leur quémander ! C’est quoi ce délire ? À cela, il faut ajouter, comme je le disais, que se passer d’argent revient à échanger des savoir-faire. Vu que je ne sais rien faire, à part peut-être réfléchir, écrire et lire, et que je pense n’avoir pas besoin de grand chose, en dernière analyse, peut-être préféré-je rester un simili-robot en cours d’aliénation (mais luttant contre autant que possible !) plutôt que de déserter totalement le salariat.

Aussi, je mentionnerais que le contexte géographique et social est particulier ici. Une petite ville (environ 10’000 habitants) assez enclavée dans un bassin de population d’environ 20’000 âmes où tout le monde finit par se connaître. Et où l’alternative n’a pas beaucoup de place, où les individus “pensant différemment” sont très peu nombreux, tous plus ou moins coincés entre “nos idées” et “leur monde”. Bref, un peu comme Obélix qui est tombé dans la marmite, je suis tombé dans l’argent et n’ai pas réussi, même si j’ai essayé – sans doute mal –, à m’en dégager totalement. Alors, je fais avec, le moins mal possible.

Q : Peux-tu nous parler de tes collègues ouvriers et robots ? Comment vivent-ils ? Que pensent-ils ? Qu’espèrent-ils ? Échanges-tu avec eux ? Savent-ils qu’il existe un mouvement de critique de l’industrie et des technologies ? Un mouvement de critique de l’emploi ? Qu’en pensent-ils ? Comment pourrions-nous les approcher et discuter avec eux ? À quelles conditions pourraient-ils envisager de se rallier à une vision “luddite” du monde ?

R : Mes ex-collègues de travail. Tout un programme. J’aimerais bien ne pas devenir trop caustique ni sarcastique car au fond, ce sont des gens qui croient bien faire mais font trop confiance à leur entourage, à la télévision et au bulletin de vote. Ajoutez à cela le travail en lui-même qui est d’un non-sens absolu, la fatigue, la peur d’envoyer sa démission et la consommation comme échappatoire et vous obtenez un savoureux cocktail. Un peu de routine, faire des gamins comme tout le monde, les apéros et les barbecues, le gros crédit immobilier et/ou auto, de la misogynie et du racisme et ça prend feu. Et un peu par une espèce de “pudeur altruiste”, je ne vais pas trop m’étendre.

Mais force est de constater que dans la fabrique pour l’armement, où j’étais en contact plus ou moins fréquent avec une cinquantaine sur 160 employés, il n’y a qu’avec un collègue que je prenais plaisir à discuter, et on se croise encore maintenant. Quant à l’asile de 60 pingouins officiant pour les laboratoires pharmaceutiques dont je me suis évadé fin 2014, il y avait peut-être un type avec qui j’aurais pu parler, mais cela était impossible, même hors du temps de travail. La surveillance panoptique ne s’arrête pas entre 12h et 13h. Et parler, c’est se dévoiler. Souvenez-vous : c’est un milieu où il faut apprendre à se taire. Et où j’ai joué à l’homme invisible. De toute façon, cela n’aurait pas mené bien loin : à la fin de mon contrat là-bas, je lui ai parlé du “Revenu de Base” et il m’a répondu que “c’était utopique”.

En fait, les gens d’aplomb sont ceux qui ne sont pas restés longtemps dans cet endroit. Plus de deux ou trois ans là-dedans et tu deviens comme eux, comme dans une secte.

Une vision globale de cette strate sociale montre le désir d’american way of life, composé d’un nombre incalculable de moteurs à explosion (à 4 roues pour Monsieur, à 4 roues pour Madame, à 4 roues pour la forêt le week-end – le quad –, à 2 roues l’été – la moto –, sans oublier la pléthore d’instruments acquis auprès du magasin de bricolage local : tondeuse, tronçonneuse, débroussailleuse…, de la grosse maison, du lieu de vacances où on se rend en avion, sans oublier les sorties en parc d’attraction, le grand écran plat relié au bouquet Internet ET à la parabole et, certes moins marquée, la course frénétique vers les téléphones mobiles, smartphones et tablettes. Ce qu’ils pensent et ce qu’ils espèrent ? Plus d’ordre, de sécurité et d’argent. Bref, entre Sarkozy et Le Pen, Hollande n’a qu’à multiplier les tonfas comme d’autres les petits pains d’ici 2017.

Et aussi “faire des heures”. Des heures de quoi ? De travail, pardi ! Je viens de me rendre compte que j’en ai croisé pas mal qui, étant jeunes, auraient voulu être gendarmes. C’est évocateur d’un certain “logiciel de pensée”, même si “de pensée” peut sembler être un groupe de mots optionnel dans ce cas.

Dans l’usine pour l’armement, au bout de deux ou trois ans de présence, une fois, en pause, je me suis juste permis de dire que “la journée de six heures, donc la semaine de 30 heures, sans perte de salaire, ce serait pas mal quand même.” Avouons qu’en respectant les règles du contrat social en vigueur dans plusieurs pays occidentaux, cette proposition n’a absolument rien de révolutionnaire et devrait même être le strict minimum vers “autre chose”. Sur une douzaine de bonshommes, un seul a réagi verbalement et m’a dit : “Mais on ferait quoi ?” Ça donne le niveau.

Ensuite, dans l’usine rattachée au monde pharmaceutique, alors que les paroles sortant strictement des tâches à effectuer étaient quasiment impossibles, j’ai glissé le même genre de propos alors que nous étions quatre à discuter “du problème des heures supplémentaires”. Cela m’a valu d’être qualifié “d’intello” quelques mois après. Aussi, fait assez révélateur, durant la pause de midi (qui dure une heure), quelques types n’avaient comme préoccupation que d’aller courir ou faire du vélo avant de manger en vitesse et de retourner à leur poste. Tout en sachant que le tempo de travail était très soutenu et la semaine plus proche des 42 heures que des 35. Des hyperactifs qui, le jour de la retraite – s’ils ne meurent pas avant –, s’effondrent en un clin d’œil.

Quant à la distinction entre activité, travail et emploi, à la critique de l’industrialisation du monde et de nos modes de vie, j’ai bien peur de n’avoir qu’une réponse laconique à apporter : c’est hors de propos, à mille lieux de leurs préoccupations et plutôt pisser dans un violon que d’espérer quelque chose. Peut-être qu’au bout de dix ans dans ce milieu, j’ai développé quelques aigreurs – sans m’être jamais fait beaucoup d’illusion – mais tenter d’approcher cet univers pour l’étudier, c’est comme aller au zoo. Il est parfois difficile d’apprivoiser certaines espèces. C’est plutôt l’inverse : vous adoptez leur mode de fonctionnement par mimétisme, par défaut.

Enfin, l’ultime question me laisse à la fois enthousiaste et désemparé. Enthousiaste car vous me semblez d’un incommensurable optimisme et dans l’attente d’un “mouvement” de leur part. Mais je suis désemparé, ou sans voix, ni voie d’ailleurs, car face à l’ogre techno-industriel, il n’y a aucune parade possible, tout au plus une escarmouche ou un acte isolé de “djihadisme luddite” désespéré. La seule issue, c’est la fuite.

Q : Pour finir, aurais-tu quelque chose à ajouter ?

R : Un conseil à vous et aux lecteurs de PMO. Il existe une petite brochure qui tourne depuis quelques mois dont le contenu m’a énormément séduit. Ce n’est pas forcément évident à trouver mais pas sorcier non plus. C’est écrit par un certain Bocs et ça s’appelle Vagabonder parmi les dix mille êtres. Cherchez, trouvez, savourez.

Voici une petite poésie que j’ai confectionnée il y a quelques années.

“Contrairement aux apparences.
À force d’y rester, on ne sait plus faire autre chose que ce qui nous y a conduit. Et commence alors l’écriture d’une question : « Pourquoi, pourquoi moi ? »

Il est fortement conseillé de respecter les horaires, sous peine de sanction, y compris pour prendre son repas. Il faut redoubler d’ingéniosité pour contourner tel ou tel article du règlement intérieur. Et ne parlons pas de la promenade quotidienne et sa durée rigoureusement chronométrée. La sonnerie, aussi froide qu’immuable, délivrance une fois par jour, véritable coup de poignard à chacun de ses autres retentissements. Selon la qualité des embastillés, les conditions d’hygiène qui leur sont accordées varient du supportable à l’exécrable. Puisqu’on tourne autour du bidet, la sexualité est tout à la fois thème tabou et centre de toutes les espérances mais force est de constater l’accumulation de frustrations – pour ne rien dire des convoitises – au fil que le temps passe ou que la gent féminine montre le bout de son nez. Par moments, sans raison apparente, une furie s’empare des lieux en un mélange de tintements et de grognements. Si les visites de l’extérieur sont planifiées d’avance, on n’est pas à l’abri d’une descente du sommet de la pyramide à n’importe quelle heure du jour ; comme de la nuit. Sous les néons de la capitainerie, c’est le flou artistique – si je puis me permettre la métaphore en de telles circonstances – puisque s’enchevêtrent les responsabilités. Les prises de décision s’effectuent à la va-vite non sans avoir fait subir au préalable le supplice de tantale à celui qui en est le sujet, si ce n’est l’objet.
D’un côté comme de l’autre de la barrière, tout le monde reste sur le qui-vive, à s’épier les uns les autres, quitte à tenter de déchiffrer à distance les paroles d’un coreligionnaire en lisant sur ses lèvres, un mot de trop pouvant tout faire basculer. Tous prêts à de petites mesquineries au rythme des velléités que chacun a de prendre du galon ou d’accroître son espace vital. L’entraide, lorsqu’elle existe, s’effectue par groupuscules, toujours en suspens et mouvants, souvent disloqués au bout d’une poignée de semaines, parfois après quelques heures seulement.
C’est le règne du caïdat où les plus téméraires rêvent de devenir calife à la place du calife, à leurs risques et périls. On pourrait croire ce récit issu d’une prison mais, contrairement aux apparences, c’est d’un autre genre de taule dont il s’agit puisque je vous parle de l’usine. La différence entre les individus les remplissant, au final, est infime : certains claironnent de ne s’être jamais fait prendre tandis que d’autres clament leur innocence, jusqu’à rendre le discernement entre ces populations quasiment impossible.”

Enfin, une citation qui me tient à cœur :

“Lichtenberg disait sa curiosité de savoir le titre du dernier livre qui serait imprimé. Je crois que personne n’a celle d’assister à l’ultime journal télévisé.”
Baudoin de Bodinat – La Vie sur Terre. Réflexions sur le peu d’avenir que contient le temps où nous sommes (Éditions de l’Encyclopédie des Nuisances, 2008).

Propos recueillis par Pièces et main d’œuvre – 8 juin 2015

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[Chronique de la hoggra] Des élus utilisent désormais la mort d’un manifestant pour tenter de légitimer encore davantage un dispositif policier militarisé

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgCommuniqué de l’assemblée des blessés suite au rapport de la Commission parlementaire menée après la mort de Rémi Fraisse

De la mort de Rémi Fraisse à l’interdiction de manifester, le cynisme des députés est sans limite.


Automne 2014 : Rémi Fraisse est tué par une grenade lancée par la gendarmerie à Sivens. Suite à ce drame, les manifestations organisées contre les violences policières sont férocement réprimées à Nantes, Toulouse ou Paris. Une commission d’enquête parlementaire concernant les « modalités du maintien de l’ordre » est lancée à l’initiative des écologistes.

Nous, membres de l’Assemblée des blessés, des familles et des collectifs contre les violences policières, avons demandé à être auditionnés par cette commission. Nous y sommes allés sans illusion, le 19 mars, constatant que la grande majorité des auditions se concentrait sur les revendications de la police et de sa hiérarchie, et non sur celle des victimes de violences policières.

Pendant des semaines, les forces de l’ordre ont été entendues, sans aucune contradiction, à l’Assemblée Nationale par des députés bienveillants. Pourtant cette commission était lancée suite à la mort d’un manifestant. Ce sont bien les manifestants, les supporters, les habitants des quartiers qui perdent des yeux ou la vie, dans le cadre d’opérations de « maintien de l’ordre ». 

Ce 28 mai, la commission rend son rapport. Plutôt que de limiter les pouvoirs de la police, ces députés proposent de renforcer plus encore l’arsenal sécuritaire.

L’interdiction de manifester pour les individus considérés “suspects” dans la continuité directe de la loi de renseignement est à l’ordre du jour. Sur le terrain, les morts et mutilations risquent de se multiplier car les policiers seront amenés non seulement à faire des arrestations préventives d’individus jugés suspects, mais aussi à empêcher par la force les rassemblements interdits. Les dispositifs d’exception mis en place à Nantes ou Toulouse deviendraient  la norme.

Par ailleurs, le rapport prétend « limiter strictement » l’usage du flashball superpro.
Bonne nouvelle ? Non, car cette ancienne génération de flashball peu précise est remplacée depuis 2007 par les Lanceurs de Balles de Défense – LBD40 – plus précis et plus puissants. Les LBD sont classés armes de catégorie A – arme à feu à usage militaire. Ces armes ont notamment mutilé 4 manifestants à Nantes ces dernières années. L’État ne restreint pas cet armement de la police, il le confirme, le renforce et le généralise !

La situation est très grave. Non seulement la police n’est pas désarmée ni punie mais des élus utilisent désormais la mort d’un manifestant pour tenter de légitimer encore davantage un dispositif policier militarisé. Cela est sans précédent. La commission a adopté un rapport tellement liberticide et répressif que son propre président a voté contre, ce qui constitue une grande première sous la Ve République !

Nous revendiquons plus que jamais l’interdiction des armes de guerre – type LBD et grenades.

Nous appelons celles et ceux qui refusent de vivre dans un État qui réduit les droits et les libertés, qui mutile et tue,  à s’organiser et lutter ensemble contre les graves dérives actuelles.

L’Assemblée des blessés, des familles et des collectifs contre les violences policières – 29 mai 2015

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[Center Parcs dégage !] Discussion en marge de la Commission d’acceptabilité jeudi 11 juin à Poligny (Jura)

URGENT Action Center Parcs jeudi 11 juin !

Salut à touTEs !

Comme vous le savez peut-être déjà, un collectif est maintenant actif dans la lutte contre le projet d’implantation d’un Center Parcs à Poligny (Jura).

Nous faisons le lien avec les occupants du site de Roybon – ZAD des Chambarans en Isère, et leurs soutiens grenoblois notamment. Cf. notre texte.

Ici, nous organisons maintenant une action dénonçant la “Commission de débat public” actuellement en cours.

Cette action aura lieu JEUDI PROCHAIN 11 JUIN à partir de 19 heures, devant la Salle des fêtes de Poligny où est prévue la réunion publique de mi-débat.

Nous prévoyons une table avec des textes, autocs anti-CP, banderole et café afin d’offrir un contre-espace de discussion à la propagande d’acceptabilité mise en place par le groupe Pierre & Vacances avec les élus et les technocrates qui les assistent.

Afin de manifester une présence significative, nous lançons un APPEL À CE QU’UN MAXIMUM DE GENteS DU JURA ET DE BESANÇON NOUS REJOIGNENT SUR CETTE ACTION.

Le contexte :
• Les réunions à Poligny sur le sujet sont plutôt très fréquentées, par une majorité d’opposants de l’assoc’ le Pic Noir ;
• détail de l’histoire, à la réunion inaugurale du débat public fin avril (400 personnes), un groupe fascistoïde a pointé le bout de son nez.

Merci de votre soutien, à jeudi !

Pour le Collectif jurassien d’opposants à Center Parcs (CJOCP) : Pierre l’Enragé – mailing, 5 juin 2015

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[Lille] Retour sur le procès dit « de la mutuelle des fraudeurs »

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgRetour sur le procès dit « de la mutuelle des fraudeurs »

TGI de Lille, le 2 juin 2015. Procès dit « de la mutuelle des fraudeurs » mise en accusation par Transpole, filiale de Keolis, elle-même filiale de la SNCF, assurant la délégation de service public pour les transports en commun de la métropole lilloise.

Nous assistons d’abord à la condamnation d’un homme originaire de l’est de l’Europe. Il se défend seul pour des actes qu’il a déjà reconnu face à la police : une effraction, suivie de vol de boissons et de barres chocolatés. La puissance judiciaire le réduit aux larmes et au regret. Elle sera sans compassion pour lui. Les parties civiles demandent une indemnisation à hauteur du préjudice, 1045 euros, mais le Procureur de la République, qui a le dernier mot dans le déroulé du procès, requiert dix-huit mois d’incarcération. Il écope de douze mois de prison ferme. Menotté, il demande le droit d’embrasser sa mère. Le juge leur octroie une accolade. L’ambiance est toujours aussi rance dans les tribunaux de France. Nous savons pourquoi nous détestons cette justice.

La salle d’audience est pleine de personnes venues en soutien aux deux personnes inculpées de la mutuelle, qui, une fois n’est pas coutume, ont eu le droit de rester debout au fond. Le juge, qu’on a auparavant aperçu arriver avec Le Figaro sous le bras, détaille les charges qui pèsent sur elles, au nom d’une loi sur la presse datant de … 1881 : l’incitation à la commission d’un délit par voie de presse — numérique ici, en l’occurrence, par le biais d’un blog. On leur reproche une « incitation à la fraude à l’encontre de Transpole ». La fraude n’est évidemment pas un délit, mais elle l’est presque devenue avec la création récente d’un « délit d’habitude » pour les fraudeurs récidivistes. C’est du moins, l’argument de l’avocate de l’entreprise qui accuse donc ces deux membres de la mutuelle d’avoir propager des idées encourageant « le vol régulier » de Transpole.

La première étape du procès, consiste à évaluer la solvabilité des prévenus. L’un gagne 650 euros par mois, l’autre touche presque le SMIC. On sent d’emblée que l’intérêt du tribunal ne va pas le moins du monde aux fonctions qu’occupent les accusés dans leur travail, mais plutôt à la somme éventuelle qu’il pourra leur soutirer par la suite. On interroge ensuite les camarades sur la dite mutuelle des fraudeurs. Le juge tente de savoir si ces deux là sont « les chefs de l’organisation ». Il est toujours difficile pour une institution hiérarchique verticale d’appréhender l’autogestion. Le juge essaie de pointer leur responsabilité individuelle, quand tous les deux se réclament d’une lutte collective, dont l’objet est à la fois d’éviter que des personnes s’endettent auprès de Transpole, mais aussi de militer pour la gratuité des transports et dénoncer l’acharnement tarifaire à l’encontre des pauvres « qui n’ont pas besoin de se déplacer », comme l’a souligné l’avocate de Transpole lors d’une précédente audience. Une entraide, spontanée, politique, attaquée et traitée comme une association de malfaiteurs… Transpole cherche surtout des moyens de résorber son déficit, qui se chiffre en dizaines de millions d’euros, en appliquant des tarifs qui augmentent chaque année et en multipliant les procès à ceux et celles qui ne peuvent pas endurer le prix de des tickets ou des abonnements.

Le juge aimerait que ce procès soit dissuasif pour les accusés qui dénoncent « un procès politique au service de Transpole » et de sa chasse aux pauvres. On sent la pression politique, médiatique et des entreprises de transport sur la justice, quand le juge s’inquiète soudainement pour la SNCF : « Vous n’avez pas les moyens suffisants pour faire ça avec la SNCF tout de même ? » Car la fraude régulière, c’est le nouveau cauchemar pour la filière, plus avare que jamais, et à qui il faut toujours plus de fric. Les tribunaux sont là pour leur permettre d’en obtenir une partie. Rapidement, le procès tourne à la tribune pour nos camarades, qui déploient leurs arguments, mettent en avant la solidarité de leur engagement et la dimension collective des choix, des actions, des textes, des publications, de la mutuelle des fraudeurs. Voyant que leur discours ne va pas plier sous son poids, le juge fait le tour de ses assesseurs.

Les tentatives de questions tournent vite court. Surtout quand on tente d’expliquer aux accusés que leur action semble inutile et déconnectée de la réalité, puisque la reconnaissance « d’un état de grande nécessité » existe dans la justice française, et chez Transpole. Pas de bol, nos camarades ont assisté aux procès qui ont eu lieu à la rentrée pour les premiers « fraudeurs d’habitude » : amendes sévères, prison avec sursis, prison ferme. Voilà ce que leur a valu leur « état de grande nécessité » manifeste pendant leurs procès. Fin de ce débat. Le Procureur intervient alors pour poser une question sur les inscriptions à la mutuelle : « Quels justificatifs demandez-vous ? » Il reste muet quand les accusés répondent « la confiance ». C’est un sentiment qu’un Procureur ne doit pas éprouver souvent envers une autre personne que pour lui-même. « C’est un monde de rêve », croit ironiser le juge pour reprendre la main. « C’est un monde de justice sociale », concluent nos camarades. Fin de la ronde. La parole est donnée à l’avocate de Transpole.

Saisissant l’idée au vol, elle ose, au milieu des soupirs et des souffles estomaqués de la salle, tenter de démontrer que son employeur fait, lui-aussi, dans la justice sociale « avec sa politique tarifaire ». Elle lance, carrément : « Vous n’avez pas le monopole de la justice sociale ». Il fallait le faire. La dernière campagne d’affiche de Transpole est pourtant d’un autre ton. Elle dit : « Fraudeur, tu vas prendre cher ». Et, à ce jour, personne n’a encore pu trouver le « service social » de Transpole… On vous passe son couplet sur les millions d’euros de perte que représenterait la fraude… Keolis n’a réalisé qu’un bénéfice à peine au-dessus de quinze millions d’euros en 2013. Les actionnaires ont déjà dû tout se partager… Ridicule, l’avocate de Transpole plaide également « pour le mécontentement de ceux qui participent ». Ce qui veut dire, « ceux qui paient leurs tickets »… Elle demande finalement 2000 euros de dommages et intérêts et 1500 euros pour ses frais d’avocat. Le Procureur, tout en reconnaissant aux accusés le droit de militer pour les transports gratuits « Pourquoi pas, après tout, pourquoi pas ?! », doit concéder que l’audience ressemble plus à une tribune donnée par Transpole à deux membres de la mutuelle des fraudeurs, qu’à un procès. Mais bien sûr, « c’est inadmissible » d’inciter à commettre « des infractions ». Il ne suit pas l’avocate. Il demande 1000 euros par tête, et qu’une des scellée de la perquisition effectuée à leur domicile au moment des gardes à vue ne leur soit pas rendu : un pot contenant 800 euros, que souhaitent récupérer nos camarades.

Délibéré le 1er juillet !

Reçu le 3 juin 2015

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[MIFIP] 5 pratiques de base pour survivre en milieu numérique

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgUne petite liste de pratiques à connaître pour protéger ses Mails, sa navigation Internet, ses Fichiers, ses discussions collectives sur IRC et ses mots de Passe, quelques outils simples pour des besoins quotidiens et éviter les mauvaises surprises… Voici Mifip, qui s’adresse en particulier aux participant·e·s à des médias alternatifs, mais pas seulement.

Dans nos collectifs, nos assos, autour de nous, tout le monde entend parler de sécurité numérique. Pourtant, nous constatons que les pratiques les plus essentielles ne sont toujours pas maîtrisées par beaucoup de nos proches, alors même qu’elles se sont considérablement simplifiées, et alors qu’elles deviennent fondamentales en cette période de « Loi sur le Renseignement » et autres intrusions administratives ou policières.

Voici donc 5 pratiques de base à maîtriser pour se protéger (ainsi que ses ami·e·s), des flics, des patrons et demain des contrôleurs de la CAF ou de Pôle Emploi. Elles ne sont pas à toute épreuve, ne protègent pas des nouvelles mafias qui existent sur le net, des équipes spéciales de la NSA ou d’enquêtes policières plus approfondies, mais représentent un minimum nécessaire pour se protéger de vol, de perte, de perquisition, de fouille intempestive de son ordinateur par un proche plus ou moins malveillant ou d’espionnage patronal.

Ces 5 pratiques, primordiales pour des militant·e·s participant à médias alternatifs mais aussi importantes pour d’autres, on les a regroupées derrière un acronyme : Mifip, (pour Mails, navigation Internet, Fichiers, Irc, Passwords ou mots de Passe). Elles sont simples (chacune d’entre elles ne demandent que quelques minutes et un peu de concentration) et elles reposent sur des logiciels que chacun·e peut installer seul·e [Ces techniques et ces outils ne dispensent pas de participer à des ateliers dédiés, pendant lesquelles des explications théoriques permettent de mieux évaluer l’ensemble des soucis.]. Si vous trouvez un meilleur moyen mnémotechnique, on est preneurs !

Avant-propos : si elles ont été relues par des personnes “qui s’y connaissent”, ces notes ont été écrites par des militants non-experts de la chose qui participent à des médias alternatifs et souhaitent juste que leurs collectifs et camarades se protègent un peu plus (ce qui assurera en retour leur sécurité). Ces conseils ne sont en aucun cas exhaustifs, mais destinés à des utilisations relativement courantes. D’autres ressources citées en fin d’article permettent d’aller beaucoup plus loin. On mettra à jour progressivement les outils et les tutos recensés sur la question en fonction des retours.

M. Chiffrer (ou crypter [Le mot “crypter” n’existe pas en français, on lui préfère le terme de chiffrer. Ce néologisme est néanmoins relativement explicite.]) des mails

Technique fondamentale pour échanger de manière sûre à distance, par exemple tout simplement lorsqu’on ne veut pas envoyer l’équivalent d’une carte postale lisible par le facteur ou la factrice et ses collègues des centres postaux (histoire vécue).

a. avec un logiciel de mail, comme Thunderbird qui propose une extension Enigmail qui ne prend désormais que quelques minutes à configurer. Un tuto qui montre que c’est relativement simple. Attention, en cas d’utilisation d’un logiciel de mail, il est souhaitable de sécuriser le répertoire de votre ordinateur où sont stockés tous les mails pour que ceux qui ne sont pas chiffrés ne soient pas accessibles en cas de perte, vol, ou intrusion sur l’ordinateur (Voir point 3).

b. avec un webmail (ce qui ne pose pas le préalable du chiffrage de dossier ou de disque), plusieurs solutions :

• GPG et le presse-papiers ou les éditeurs de texte ! Sur Windows, GPA, un logiciel compris dans GPG4Win propose un presse-papiers que l’on peut chiffrer à l’attention de son ou sa destinataire et ensuite coller dans son webmail (Cf. la partie 4 de ce tuto). Sur OSX avec GPGServices, un outil méconnu inclus dans la suite GPGTools permet de chiffrer et de déchiffrer des messages dans un éditeur de texte et s’intègre extrêmement bien dans le système d’exploitation [Pour activer GPGServices dans le Finder et dans TextEdit, voir ici ou cette vidéo assez claire. À noter : GPGServices est aussi pratique que peu documenté, en particulier en français.].

• il existe également Mailvelope qui s’intègre directement dans votre navigateur, comme pouvait le faire dans le passé l’extension FireGPG. Il fonctionne notamment avec le webmail de Riseup, RoundCube, ou les multinationales qui fournissent des mails (Google, etc.), mais pas avec No-Log ou d’autres webmails alternatifs. Le fonctionnement de ce type d’extension est critiqué pour son utilisation du javascript, on préférera donc la technique mentionnée au dessus.

I. Naviguer sur Internet anonymement (en camouflant son IP et en chiffrant son trafic)

Le cadre légal d’interception des données de navigation est de plus en plus large. Pour être un peu serein, camoufler son IP et chiffrer en même temps les informations qui transitent sur le net (ce qu’on lit, ce qu’on écrit, etc.), on peut :

• utiliser Tor, par exemple avec TorBrowser (2 minutes d’installation nécessaires, rien à configurer, mais c’est toujours mieux de comprendre de quoi il s’agit). Il permet aussi, comme les autres navigateurs utilisant Tor, d’accéder aux sites en .onion, qui ne peuvent être vus qu’à travers Tor. Par exemple, si vous tenez à utiliser Facebook, pour un collectif par exemple, le réseau social s’est récemment doté d’un site en .onion. Le site Sedna médias libres est également depuis peu accessible en .onion : http://m6rgrem34sednagr.onion. Seul un navigateur fonctionnant avec Tor peut y accéder par cette adresse.

• mettre en place un VPN privé situé dans un autre pays, par exemple celui de Riseup, qui va chiffrer votre trafic Internet et anonymiser votre IP.

Enfin, si le camouflage de votre IP n’est pas la priorité, il reste fondamental d’installer l’extension HTTPS Everywhere, disponible pour Firefox, Chrome et Opéra. Elle permet de chiffrer votre traffic Internet sur beaucoup de sites : elle passe automatiquement les sites consultés en https à chaque fois que c’est possible.

F. Chiffrer (ou crypter) des fichiers sur son ordinateur

Quand on estime que certains de nos fichiers ne devraient être accessibles à personne (en cas de perte de l’ordinateur, de perquisition ou d’intrusion de votre patron en votre absence), il est tout simple de les rendre inaccessibles à d’autres. Deux possibilités :

a. chiffrer tout votre disque dur ou une grande partie :

• sur OSX, FileVault permet de chiffrer l’ensemble de son espace personnel. Ca ne protège pas de la NSA, mais ça devrait tenir la route en cas de perte de l’ordi, vol, ou de personnes malintentionnées qui ont accès à votre ordinateur ;

• sur Linux, Luks permet de chiffrer tout le disque dur.

b. utiliser un conteneur (dossier, clé usb, disque externe, etc.) chiffré :

VeraCrypt, successeur de TrueCrypt, permet de se doter d’un volume chiffré dans lequel on peut facilement glisser tout ce qu’on souhaite garder pour soi. Un tuto basé sur TrueCrypt, sachant que VeraCrypt fonctionne à l’identique.

• GPG permet également de chiffrer des fichiers ou des dossiers, avec les outils cités au point 1, GP4Win ou GPGServices.

I. Discuter en simultané, à distance et de manière sécurisée (IRC-OTR ou équivalent) :

Pour permettre des discussions à distance dont on ne souhaite pas qu’elles puissent être lues :

• les canaux de discussion IRC, associés à la technologie “Off the record” (OTR). Celle-ci est facilement accessible avec un logiciel comme Pidgin pour lequel un plugin OTR a été conçu. Pour plus d’information sur IRC, cet ancêtre des Jabber etc., voir cet article.

• Cryptocat, un module à intégrer dans Chrome ou Firefox, très simple d’utilisation, mais limité au niveau sécurité absolue, qui permet néanmoins de discuter à plusieurs.

P. Utiliser des mots de passe différents et compliqués

Les mots de passe identiques pour toute votre vie numérique sont l’une des principales failles de sécu. Les occasions qu’ils puissent être trouvés sont multiples. Ils peuvent soit être craqués, soit la base de données d’un site que vous utilisez peut être mal sécurisée, ou un réseau wifi écouté, etc. – pour générer et stocker des mots de passe compliqués, on peut utiliser KeepassX. Une présentation sur le Guide d’autodéfense numérique.

• on peut sinon utiliser des techniques de création et de mémorisation de phrases de passe. Un tuto sur ces questions : Comment choisir un mot de passe.

Pour aller plus loin :

• Le collectif Tactical Tech propose une série de guides pour la sécurité numérique, traduits en français : Security in a box.

• Le Guide d’autodéfense numérique, en 2 tomes, est exhaustif. Si certains passages sont particulièrement ardus, d’autres sont très accessibles. Il est intégralement disponible en ligne.

• Tails est un système d’exploitation hyper sécurisé, livré clé en main avec tous les logiciels nécessaires, à installer sur une clé usb. Leur site est extrêmement documenté et l’installation relativement aisée.

• Enfin pour les personnes qui ont besoin d’acheter quelque chose sur Internet, voir Comment payer de manière anonyme sur le net ?.

Quelques participant·e·s au réseau MutuL’Atelier – médias libres, 30 mai 2015

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[« Résistance abusive »] Appel à rassemblement pour le procès de la Mangouste à Lille

La Mangouste, saison 2, épisode 6 : Le Procès
Appel à rassemblement le jeudi 11 juin à 11h devant le TGI à Lille

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1306834526.jpg

La Mangouste était un lieu squatté appartenant à l’Institut Pasteur et vide depuis 6 ans. Nous y avons vécu et fait des activités pendant 2 mois et demi, avant de nous faire expulser en grande pompe à 6 heures du matin, expulsion aussi absurde que disproportionnée : 150 keufs sur le boulevard Louis XIV et le GIPN dans notre salon, wesh !

Aujourd’hui, on nous réclame 10’000 balles d’amendes pour résistance abusive. Abusive parce que nous ne nous sommes pas contentés d’une résistance symbolique, mais que nous nous sommes organisés pour rester le plus longtemps possible dans cet endroit, en tenant les flics à l’extérieur de chez nous. La procédure n’a pas traîné. Il faut dire que Jacques Richir, président de l’Institut Pasteur et adjoint au maire a le bras long. Aujourd’hui, 3 mois après notre expulsion, le lieu est toujours vide et muré de toutes parts.

Pour d’autres maisons squattées, moins visibles, les choses se passent parfois différemment mais c’est pas mieux pour autant. Il y a à peine un mois, rue Jules de Vicq à Fives, le proprio vient déloger les habitants à la hache avec une quinzaine de potes, sous l’œil complice des keufs, en volant certaines affaires et en jetant les autres par les fenêtres. L’occupation avait été constatée la veille par la police et le propriétaire qui, apparemment, ne voulaient pas s’emmerder avec une procédure d’expulsion.

Ces histoires ne sont pas isolées. En pleine crise du logement et alors que 6000 maisons sont vides à Lille, la répression contre les squatteurs et locataires est organisée et s’intensifie. Les beaux jours marquent la fin de la trêve hivernale et la reprise des expulsions locatives.

Un député UMP vient de son côté de proposer une loi qui ferait de l’occupation de maisons vides un délit pouvant entraîner 1 an de prison et 15’000 euros d’amende ; plus, quand les procédures sont respectées, l’obligation d’expulser dans les 48 heures, une fois que le juge a prononcé l’avis d’expulsion.

En nous réclamant des thunes aujourd’hui, ils veulent créer un précédent à Lille : une occupation qui revient plus cher qu’une location, c’est sûr que ça pourrait en dissuader plus d’un… Nous n’allons pas nous laisser intimider par ces coups de pression. Ils pourront qualifier notre résistance d’abusive, nous entendons bien ne pas en rester là.

Si chaque visite des flics trouve les portes closes et solidement barricadées,
Si chaque proprio qui joue les gros bras voit des machines à laver passer par la fenêtre,
Si les huissiers et serruriers essuient des seaux d’urine à leur passage,
Si à chaque procès nous répondons par une ouverture,
Qui aura le dernier mot ?

« On se fout de nous ? On s’en foutra pas longtemps ! »

Débordons la ville !

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[Bas les pattes sur Iaata.info] 1 74 09 99 192.168.0.1 en procès pour lire et soutenir la presse libre

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpg1 74 09 99 192.168.0.1 en procès pour lire et soutenir la presse libre

Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Je risque 5 ans de prison et 40’000 euros d’amende parce que je suis lecteur et solidaire de la presse libre…
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Parce que ce sont des traces numériques que le grand filet de la surveillance a relevées, des traces d’appareils électroniques.
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Parce que je suis un parmi d’autre, des femmes et des hommes, qui ont plus à craindre qu’à espérer de l’action de l’État.
Je suis celui qui « faisait l’apologie de la violence » [La Dépêche du vendredi 8 mai 2015 page 21], qui rédige le « vade-mecum du parfait casseur » [20 minutess.fr en ligne le 7 mai 2015]. Pour les 755’000 lecteurs et lectrices de la Dépêche je serai toujours « un homme de 40 ans, qui avait incité sur un site internet à commettre davantage de casses… » [La Dépêche op.cit.]. Et ce au mépris d’un certain nombre de règles légales, la présomption d’innocence par exemple. Mais combien cela me coûterait-il de porter plainte ? Pour quel résultat au final ? Est-ce que cette justice qui m’attaque est capable de me défendre ? J’en doute.
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. La police est venue me chercher à 6h30 du matin. J’ai passé 10 heures dans une geôle qui sentait l’urine, ils ont menacé de venir chercher mon fils au lycée, de m’inculper pour apologie de terrorisme… Parce que je lis et que je soutiens la presse libre.
Presse libre parce que libérée des intérêts marchands. Presse libre parce que diverse et déterminée, ancrée localement au plus près des luttes. Une presse qui ne me dit pas quoi penser mais qui me donne à voir, à comprendre, en prenant clairement position.

L’espace médiatique est la grande scène où se situent les scènes principales de la vie collective ; elle les compose et elle les reflète [Georges Balandier, Le pouvoir sur scènes, Paris, Fayard, 2006, p. 163].

Sans ces sites internet, ces radios libres, ces journaux il y a tout un tas de choses que je n’aurais sans doute jamais sues. Quelques exemples : Bilal Nzohabonayo tué par la police et qui a été présenté tout d’abord comme djihadiste, c’est grâce au travail du site laRotative.info que la version policière sera démentie ; les circonstances réelles de la mort de Rémi Fraisse sont révélées dans leur intégralité par Reporterre avant que cela soit admis officiellement ; la grève de Radio France en février qui annonçait la plus longue grève de la radio publique de son histoire a été relayée sur Canal Sud et d’une manière générale, ce sont des medias libres qui relaient les paroles des personnes qui luttent. La richesse et la diversité de cette presse est incommensurable. Si je n’ai plus la presse libre je deviens à moitié aveugle. Mon monde n’est plus exprimé que par des artistes et des journalistes, des économistes et des experts, avec qui j’ai, socialement, peu de chose à voir. Cette presse-là, ne me donne pas de prise sur le monde qui m’entoure. Au contraire, cette information me le rend distancié, flou, parce que sans correspondance avec ma vie et mes préoccupations. Comme si ce que je vivais n’avait pas de consistance collective. Le monde semble vivre à mille lieux de mon expérience concrète, du chômage, de la précarité, de l’injustice que je constate autour de moi.

À la façon des lunettes, les journaux fabriquent des non-vu à partir duquel le monde est vu [Patrick Champagne, Faire l’opinion : le nouveau jeu politique, Paris, les Éd. de Minuit, coll. « Le Sens commun », 1990, p. 244].

Ces derniers mois ont eu lieu de nombreuses manifestations à Toulouse. Systématiquement la presse locale et nationale a titré sur les « violences », le verre brisé, les courses poursuites. Ça manquait cruellement de certains détails. J’ai vu 500 policiers pour 300 manifestant.e.s, j’ai vu la violence et le mépris vis-à-vis de tout ce qui ne portait pas d’uniforme. J’ai vu des hommes cagoulés, armés, bloquer des rues. J’ai vu des citadin.ne.s gazé.e.s sans distinction. J’ai vu les condamnations judiciaires pleuvoir sur des personnes arrêtées au hasard. J’ai vu les entorses à la procédure. J’ai vu la violence du maintien de l’ordre.
Je n’ai rien lu de tout cela dans la presse dominante [Avec quelques exceptions notables le plus souvent des tribunes ou des blogs périphériques (Le Monde, Médiapart)… Finalement des points de vue qui ne rentrent pas dans la catégorie « information ».]. Il n’y a que la presse libre qui s’en est fait le relais. C’est seulement là que j’ai perçu que je n’étais pas seul à être scandalisé et en colère. Au bout de ces mois d’occupation policière et de procès expéditif, comme si cela ne suffisait pas, je me retrouve moi aussi pris dans la machine judiciaire.

Je sais que mon cas n’est pas isolé. Je sais que beaucoup, qui comme moi, luttent pour un monde débarrassé de l’exploitation et des dominations, connaissent la prison, les vexations, les mutilations… Je sais que beaucoup, parce qu’ilelles sont au mauvais endroit au mauvais moment, parce qu’ilelles ont la mauvaise couleur de peau, le mauvais passeport, parce qu’ilelles sont pauvres, connaissent aussi la prison, les vexations, les mutilations…
Je sais que ce système repose sur une part non négligeable de violence légale. Je le sais parce que je le vis, mais aussi parce que je peux connaître des cas semblables, savoir ce que beaucoup vivent. Parce que je lis la presse libre.

Est-il donc absolument impossible d’opposer aux puissances de l’élimination l’organisation des éliminés ? [B. Brecht, Théorie de la radio, 1932. La radio appareil de communication. Discours sur la fonction de la radio.]

Ces sites, ces radios, ces journaux sont une organisation concrète des éliminé.e.s, des exploité.e.s, des dominé.e.s, des opprimé.e.s. Et c’est pour ça qu’on les attaque, qu’on veut les faire taire.
Je suis 1 74 09 99 192.168.0.1. Je risque 5 ans de prison et 40’000 euros d’amende pour faire taire la solidarité et la presse libre !

Quelques exemples de presse libre :
Rebellyon, Paris-Luttes.info, Brest-Info, Renverse.ch, la Rotative, Reims médias libres, IAATA ; Rennes Info, le Jura libertaire, Article 11, Soyons sauvages, Espoir Chiapas, collectif Bon pied bon œil, Atelier médias libres, Courant Alternatif, Éditions Acratie, Panthères enragées, Primitivi, éditions Albache, Jef Klak, le Numéro Zéro, la Brique, la Lettre à Lulu, Révolte numérique, Radio Zinzine, zad.nadir.org, Contre-faits, collectif Ciné 2000, l’Actu des luttes (FPP), journal Résister (Nancy), revue Lutopik, le collectif Contre Les Abus Policiers – CLAP33, l’Orchestre Poétique d’Avant-guerre – OPA, l’Envolée pour en finir avec toutes les prisons, Lundi Matin, Radio Canut, Lignes de force, Demain le Grand Soir, Archyves, revue Z, le Canard sauvage, Indymedia Nantes, Hors Sol, Confusionnisme.info, Mille Bâbords, Iacam, la Gazette de Gouzy, le Monde libertaire, Regarde à Vue, radio Canal Sud, La Horde, radio La Locale (Ariège), le collectif de Infoaut, éditions Entremonde, éditions Libertalia, Acrimed, radio Bartas (Lozère), la plate-forme Antifa-net.fr, Les Morbacks Vénères, CQFD journal, Indymedia Lille

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Lille sous surveillance

http://juralib.noblogs.org/files/2015/05/589.jpg

Après plusieurs mois d’inactivité (à part pour l’enregistrement de caméras), la cartographie collaborative du site Lille Sous Surveillance se remet en marche. L’inventaire des cams sera plus régulier, ainsi que la veille locale d’infos autour du sujet. Un article sur le contexte lillois est également en préparation.

Lille sous surveillance

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[La Vache et l’irradié] Lettre de Fernandel suite à des incendies vENTlontaires

La vache et l’irradié

« Au lendemain de l’accident, la seule chose à laquelle j’ai pensé a été de sauver des animaux. Maintenant, je ne peux plus arrêter. »

Naoto Matsumara (Metronews, 10 mars 2014)

Naoto Matsumara, Le Dernier Homme de Fukushima, est le promoteur et le héros utile de la survie en milieu contaminé. Il y a quelques décennies, c’était la vache qui sauvait le prisonnier.

Les détecteurs de radioactivité suivants ont été soufflés par un vent mauvais incendiaire : Brennilis, Salives-Morvilliers et Belleville-sur-Loire.

Il y a deux raisons pour lesquelles ces détecteurs méritaient ce sort. La première est bien connue de tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’industrie nucléaire, la seconde l’est bien moins.

La première raison est qu’ils ne tiennent pas la promesse de la transparence, mais la seconde est plus décisive : elle relève de ce que nous promet la transparence. Ce sont ces deux formes de mensonge que ces destructions livrent à la publicité.

Les nucléocrates comme les antinucléaires savent bien que « l’unité de mesure supportable » par l’homme varie selon les besoins du moment de l’industrie nucléaire. Les premiers parce qu’ils organisent le va-et-vient des doses administrées, leurs contestataires parce qu’ils dénoncent ce mensonge quantitatif.

Les habitants des environs de Fukushima – y compris les plus fragiles – sont légalement exposés aux doses naguère prévues pour les seuls travailleurs des centrales, les circonstances posent la norme. Les appareils de mesure installés par les autorités japonaises l’ont été de telle sorte qu’ils reflètent une quantité d’irradiation minorée, cela oriente les dissensions entre écolocrates et nucléocrates vers un devoir commun de transparence.

Le régime d’habituation est à l’œuvre depuis le début de l’histoire de la radioactivité industrielle et médicale. Les études effectuées depuis Hiroshima et Nagasaki partent du principe que l’homme s’adapte à la dose, c’est la définition même du sievert. L’OMS écrivait dès 1957 : « Cependant, du point de vue de la santé mentale, la solution la plus satisfaisante pour l’avenir des utilisations pacifiques de l’énergie atomique serait de voir monter une nouvelle génération qui aurait appris à s’accommoder de l’ignorance et de l’incertitude et qui, pour citer Joseph Addison le poète anglais du XVIIIe siècle, saurait “chevaucher l’ouragan et diriger la tempête”. » On sait lesquels font les fous.

Après l’effondrement des réacteurs de Fukushima, l’opacité idéologique était telle qu’elle avait laissé apparaître l’absence d’informations. Spontanément, quelques citoyens comblèrent cette lacune en organisant des campagnes de distribution de détecteurs de radioactivité individuels. Quelques mois plus tard, leur combat pour l’accès de tous à l’information s’institutionnalisa sous la forme du CRMS (Citizen’s radioactivity measuring station) avec l’adoubement de la CRIIRAD. Ce sont les mêmes intentions qui guidèrent les pionniers de la contre-mesure en France. Aujourd’hui, de la Biélorussie au Japon, les effets pervers de cette volonté de transparence qui complète celle des nucléaristes finissent de se révéler, le problème ne serait plus l’atome, mais la dose.

Venons-en à l’aspect qualitatif du mensonge. Nous sommes habitués et il s’agit de nous résigner plus encore. La France est constellée d’appareils de mesure de radioactivité non pas pour nous protéger – un thermomètre ne fait pas baisser la fièvre ni ne refroidit un corium – mais pour nous rendre ordinaire la présence même du nucléaire. Leur dispositif consacre une attente collective. Ils condensent la certitude d’une catastrophe à venir en maquillant celle qui est déjà là, en régime chronique, sinon aigu. L’IRSN, l’ACCRO et la CRIIRAD, chacun à sa sauce, préparent les citoyens à devenir acteurs de la catastrophe le moment venu. L’écologiste chevauchera l’ouragan pendant que l’État dirigera la tempête. L’autre solution est évidemment que l’industrie nucléaire cesse. C’est la seule façon de rendre réellement les détecteurs de radioactivité à leur inutilité.

Plus généralement, qu’il s’agisse de la gestion de l’argent en période de crise économique perpétuelle assumée ou d’autres formes de nuisances morbides comme les pesticides, les OGM, etc., les normes juridico-techniques, volontiers participatives, régulent l’attente de la catastrophe. Les chiffres et les codes désignant les seuils de la qualité de la vie traduisent la réalité de sa dégradation. Nous sommes sommés de nous contenter de ne pas être déjà demain quels que soient nos malheurs d’aujourd’hui.

On n’arrête pas plus l’émission de radioactivité d’une centrale nucléaire en pétant un compteur Geiger qu’on n’arrête le passage du temps en cassant sa montre ou une horloge. Mais contrairement au temps, la radioactivité est lourde de certitudes.

Fernandel, 10 mai 2015

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[Bas les pattes sur Iaata.info] Nous ne nous tairons pas parce que nous n’avons pas peur

Censure et répression à Toulouse, Iaata.info sur le grill

Comme beaucoup nous avons appris par la presse que le site d’information que nous animons est poursuivi en justice.

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgNous avons fouillé notre boîte aux lettres électronique et n’avons pourtant rien trouvé. Il aura fallu demander autour de nous pour apprendre qu’il s’agissait d’une personne militante à Toulouse, devenue, par la magie de l’enquête policière, notre « directeur de publication ». Faisons le point.

Iaata.info n’a jamais été contacté par les enquêteurs pour donner des informations concernant les auteur-es d’articles publiés. Les personnes en charge des serveurs de Mutu s’engagent de toute façon à ne pas enregistrer les adresses IP des utilisateur.ices de leurs services [Une protection des communications efficace ne peut venir que des utilisateur.ices. Aussi pour prendre le moins de risques possible, nous recommandons tout particulièrement la lecture des chapitres “Consulter des sites web” et “Publier un document” du Guide d’autodéfense numérique (Tahin Party). Tor est un moyen efficace de protéger son identité. On recommande donc l’utilisation du navigateur Tor Browser ou mieux de Tails pour participer ou consulter iaata.info. Il est aussi vivement recommandé de ne pas laisser de trace des articles que tu publies sur l’ordinateur que tu utilises.].

Le procès d’un article, un procès politique

Nous ne reviendrons pas sur l’article visé dans la procédure, le texte déjà publié le fait déjà suffisamment bien.

Nous ne dirons pas non plus que la répression s’abat sur nous comme jamais, ni qu’avant c’était mieux, que la justice et la police étaient sympathiques. La tendance depuis longtemps à Toulouse comme ailleurs, est au sécuritaire. On arrête plus, on enferme plus, on donne plus d’amendes, on installe plus de caméras… Il suffit de jeter un coup d’œil sur la rubrique “répression” de ce site pour voir qu’elle s’exerce avec toujours plus d’ardeur sur les pauvres, avec ou sans travail, avec ou sans papier, sur les travailleurs et travailleuses du sexe, sur les migrant.e.s, sur les jeunes racisé-es des cités… Pourtant ce constat d’ensemble ne doit pas nous conduire à minimiser ce qui ce passe actuellement sur le terrain des luttes sociales.

Entre 2014 et 2015, la répression des oppositions à la construction du barrage de Sivens, dans le Tarn, n’a fait que s’amplifier. C’est dans ce contexte que s’inscrit cet énième procès contre la personne devenue “directrice de publication” de Iaata depuis quelques jours.

Depuis le mois d’août dernier, nous avons localement été confronté-es à :

• La violence régulière et croissante des forces de l’ordre, jusqu’à la mort d’un manifestant en octobre ;

• L’encadrement militaire de la ville de Toulouse contre les manifestations de protestation. Ici, nous n’avions pas connu ça. Nous avons eu le sentiment d’être dans un laboratoire d’entraînement visant à tester les limites d’acceptation de la population au déploiement policier ;

• La poursuite et la condamnation d’un très grand nombre de personnes avec des peines très lourdes, distribuées en comparution immédiate, dont de la prison ferme pour beaucoup ;

• Aujourd’hui une personne se retrouve prise dans les griffes de la justice à propos d’un article sur iaata.info ;

• … la suite ?

Iaata.info, un espace de libre contestation…

Iaata.info ne vit que parce que nous nous en servons, tous et toutes, dans nos luttes ou pour nos coups de gueule, quand on doit se défendre — face à la police et à la justice oui, mais aussi face à nos patrons, à nos gouvernants, à nos médias dominants… — ou quand on veut créer, initier, essayer, gagner parfois, parfois se planter !

Ce sont toutes nos possibilités de contestation qui sont attaquées, brimées, conditionnées. Tenir un espace où puissent s’exprimer des points de vue, où puissent se réfléchir des choses en dehors (et en complément) des appartenances diverses, des listes internet privées ou pas, des facebook et autres réseaux, est un enjeu crucial pour visibiliser une position contestataire. Nous ne défendons pas une liberté d’expression creuse de toute réalité.

Nous voulons être visibles, sur internet comme dans la rue et sur les murs. Nous voulons contribuer à faire vivre ce lieu, à la fois virtuel et concret, où s’échangent et se confrontent les moyens de se battre contre l’ordre que défendent la police et la justice.

Nous utilisons la liberté d’expression, une expression anti-autoritaire, et c’est bien ça qu’on nous reproche. Si un procès n’était pas prévu le 29 juin prochain, nous aurions volontiers rigolé d’un titre tel que « directeur de publication ». Iaata est un espace au service des luttes, pas un organe de presse. Nous n’avons ni directeur, ni comité éditorial, nous fonctionnons en collectif. Iaata n’est ni un individu, ni une somme d’individus. Toi, moi, ta voisine de table au resto, le type que tu croises au bar … Iaata, c’est nous.

… dans un monde hostile

Cet espace que nous avons voulu construire et faire vivre, sur Iaata.info, n’est pas isolé. À Lyon, à Genève, à Paris, à Reims, à Tours, à Brest et ailleurs, nous sommes nombreuses à souhaiter propager les tribunes dont nous nous doterons pour nous exprimer. La répression de ces espaces n’est pas, elle non plus, une nouveauté. Le Jura Libertaire jusqu’à récemment ou Rebellyon, il y a quelques années, ont aussi eu à goûter aux procédures judiciaires intentées par les pouvoirs publics. Nous pourrions encore citer l’acharnement judiciaire qui dure depuis sept ans contre le livre L’insurrection qui vient, ou la criminalisation par la justice italienne de l’écrivain Erri de Luca pour ses propos concernant la lutte contre le TAV du Val de Susa. Les exemples ne manquent pas. Ici aussi, c’est bien de censure politique dont il s’agit. Mais au delà, c’est aux espaces de création et de contestation que l’État, insatisfait de nos écarts de conduite à l’heure de l’Union nationale antiterroriste, s’en prend. Sa dernière trouvaille, la loi dite sur le Renseignement, actuellement en discussion au Parlement en “procédure d’urgence”, laisse rêveuse… Consistant à généraliser à outrance la surveillance, nous allons dorénavant devoir redoubler d’imagination et d’inventivité pour garder privées quelques portions de nos vies. Car nous ne sommes pas prêt.e.s à nous taire, à nous soumettre. Iaata.info libre et anti-autoritaire, tient à le rester…

Aujourd’hui une personne semble devoir payer pour les autres. Nous ne laisserons pas individualiser ce procès, ni sur le fond, ni sur la forme. Ce sont les pratiques d’auto média, d’expression et de contestation qui sont attaquées de front. Nous constatons jours après jours les attaques contre les maigres acquis de plusieurs décennies de luttes et la continuité de l’exploitation et des dominations séculaires. Nous ne nous tairons pas parce que nous n’avons pas peur.

Le collectif de modération de Iaata.info journal collaboratif d’information, sans maître et sans “directeur de publication” – 18 mai 2015

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[Le management a colonisé nos vies] Noires tempêtes n° 1 – mai 2015

http://juralib.noblogs.org/files/2015/05/336.jpg

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CNT 38

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[Écran Total] Qu’est-ce que l’école numérique ?

Le groupe lyonnais Écran Total vous invite à une
Réunion Publique
destinée à alimenter une réflexion critique sur les transformations du travail par l’informatique et le management et à discuter des moyens de s’y opposer
le vendredi 5 juin à 19 h
à la librairie La Gryffe, 5, rue Sébastien Gryphe à Lyon (7 e )
Des personnels de l’Éducation nationale décriront les effets qu’y produisent l’informatisation et l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). Cette présentation sera suivie d’une discussion collective.

Qu’est-ce que l’école numérique ?

Très très loin des salles de classe, l’État poursuit la réforme permanente : nouveaux programmes, nouveaux équipements, nouveaux objectifs (classement PISA, éco citoyenneté, prévention du djihadisme, etc.). Dans une indifférence générale bien compréhensible, le ministère a organisé une concertation sur le numérique pour savoir si les enseignants le jugent plutôt bénéfique, utile, attractif ou indispensable.

Le numérique est le remède à tous les maux – et plus personne ne nie qu’ils sont nombreux dans l’Éducation nationale. Les marabouts du ministère promettent que les Tices vont redonner du sens aux cours, les rendre attrayants, réduire les inégalités, pallier les handicaps, restaurer la communication entre l’école et les familles, les profs et les élèves, les profs et les parents, les parents … et les élèves ?

Pour l’instant, l’informatique c’est surtout l’obligation de remplir le cahier de textes numérique, la formation en ligne obligatoire pour les professeurs des écoles, le fichage de Base élèves, les affectations et l’orientation automatisées…

Avant de nous en prendre à cette mascarade, nous souhaitons comprendre ce qui se passe plus près de nous, dans les salles de classes, les salles de profs, les établissements et les foyers. Comment se fait-il qu’autant d’enfants peinent à assimiler l’écriture, la lecture, le calcul et la numération ? Que se multiplient les diagnostics hasardeux mais définitifs : dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, dyspraxie, troubles de l’attention, trouble du comportement, hyperactivité, retard, précocité, etc. Et les incapacités supposées qui vont avec : il ne peut pas lire, écrire, compter, comprendre, suivre, rester sur sa chaise, se concentrer, répondre aux questions, etc.

De ce point de vue, l’utilisation de l’informatique et de ses produits dérivés accentue essentiellement, plus ou moins fortement, des tendances déjà présentes, quand elle ne sert pas à les masquer.

Lecture-écriture

Depuis les années 70, la querelle des méthodes de lecture a masqué la situation réelle qui prévaut aujourd’hui, en dépit des discours. Dans les manuels et donc dans les classes s’impose de façon hégémonique une non-méthode, dite « idéo-visuelle », qui retarde ou empêche l’apprentissage du code alphabétique au profit de la reconnaissance et de la mémorisation de formes, comme si le français s’écrivait en idéogrammes. L’apprentissage de la lecture et de l’écriture sont disjoints, ce qui rend plus difficile leur maîtrise à laquelle le geste est essentiel. Les élèves n’ont au mieux qu’une approche intuitive de l’écrit, ce qui rend impossible pour beaucoup la compréhension du fonctionnement de la langue, et difficile pour tous celle du sens des textes. Les problèmes de graphie sont tels que plusieurs pays renoncent à l’écriture cursive : États-Unis, Finlande et peut-être bientôt certains länder allemands. L’utilisation du clavier avant que l’écriture ne soit pleinement maîtrisée ne peut qu’accentuer ces problèmes, puisque son usage repose justement sur le fait de mobiliser chaque caractère par un geste identique.

Le type de lecture induit par l’écran et l’utilisation d’internet a fait l’objet de nombreuses études. Personne ne nie aujourd’hui sérieusement que cela n’affecte pas la capacité à se concentrer sur un texte, activité désormais appelée « lecture profonde » pour la différencier du survol superficiel ou du balayage par mots clés. On peut rappeler à ce propos ce fait révélé par plusieurs reportages et bien connu désormais, mais sans conséquence notable, que les cadres de la Silicon Valley restreignent ou prohibent l’usage des objets connectés pour leurs enfants, et les scolarisent de préférence dans des établissements qui font de même. En effet, expliquent-ils quand on leur en demande la raison, concevant des objets et applications en vue de distraire et capter sans cesse l’attention des consommateurs, ils savent qu’ils empêchent la concentration et donc tout apprentissage réel.

Savoir et compétence

La conception même du savoir est remise en cause par son assimilation à l’information, et l’approche par compétences. Une information n’est pas quelque chose que l’on s’approprie et qui prend sens en fonction de ce que nous savons déjà. Valoriser l’information en soi revient à privilégier l’accès par rapport au contenu, c’est-à-dire la technologie : en ce sens, une connexion internet, qui donne accès à la plus grande masse d’informations existante, vaut plus que le meilleur enseignement. Quant aux compétences, elles ne sont pas comprises comme le savoir vivant, qu’on peut utiliser dans la résolution d’un problème, mais comme une aptitude générale à mobiliser les savoirs qu’on ne maîtrise pas. En France, on assiste surtout à un morcellement artificiel des disciplines qui les vide de leur sens et augmente encore l’écart entre l’évaluation et la situation réelle des élèves.

L’idée même qu’on puisse apprendre quelque chose à l’école paraît désuète. Et de fait, avec des programmes sans progression ni cohérence, il est de toute façon impossible d’enseigner réellement quoi que ce soit, les élèves n’ayant pas les pré-requis nécessaires (par exemple, savoir ce qu’est un déterminant avant de l’apprendre en anglais, maîtriser les opérations avant d’apprendre à factoriser, savoir qu’il y avait un roi avant qu’il ait la tête coupée, savoir écrire et lire avant … tout le reste). On organise donc, consciemment ou non, des simulations. On feint d’enseigner quand on montre des trucs, des procédures, des protocoles. Les exercices sont rabâchés jusqu’à pourvoir être à peu près exécutés sans les comprendre et le bachotage commence dès la 6e pour le brevet, dès la seconde pour le bac. Les gadgets numériques offrent d’infinies possibilités pour feindre la complexité. Des élèves qui ne peuvent se servir d’un dictionnaire faute de manier avec aisance l’ordre alphabétique peuvent ainsi « faire des recherches » sur internet, de même qu’ils peuvent grâce à l’ordinateur rendre un devoir lisible qu’on dit « mis en page », alors que beaucoup n’écrivent pas sur les lignes, et ignorent l’usage d’un titre.

Enseignement et autonomie

C’est une très vieille idée que celle de se débarrasser de l’enseignant tirant son autorité de la maîtrise de sa discipline, et pouvant donc choisir comment la transmettre, au profit d’un parcours individualisé de l’élève construisant ses savoirs [Expression qui peut apparaître comme une jolie métaphore, mais qui prise littéralement n’a aucun sens. Un rapport de l’OCDE de 1974 prévoyait déjà « un glissement d’accent d’un enseignement conçu comme transmission d’un savoir vers un enseignement conçu comme organisation de l’acte d’apprendre ».]. L’ordinateur pourrait permettre sa réalisation complète. Les divers rapports officiels sur le sujet réclament la formation d’« ingénieurs pédagogiques » qui ne seraient que des intermédiaires entre l’élève et la machine.

Alors que dans tous les référentiels qui président maintenant à l’évaluation des élèves comme des enseignants, la maîtrise des Tices est associée à l’autonomie, c’est évidemment le contraire que l’on constate. Si les mots ont un sens, on ne gagne pas en autonomie en faisant à l’aide d’une machine ce qu’on pouvait faire soi-même auparavant. Et il est bien difficile de se plaindre de la banalisation du copier/coller chez les élèves quand beaucoup d’enseignants trouvent des cours prêts à l’emploi sur internet.

Gestion des stocks

Quiconque assiste avec un peu de recul à un conseil de classe ne peut qu’être saisi par le détachement et la froideur avec lesquels sont abordés les résultats, les problèmes et l’orientation des élèves. L’administration se réduit de plus en plus à la gestion des flux exigée par l’État et l’Union européenne : les effectifs, les dotations horaires, les places disponibles comptent alors bien davantage que de savoir si l’élève a appris quelque chose. L’ordinateur donne le moyen de traiter toujours plus de données, et donc de diminuer les rapports humains en privilégiant les chiffres, indices, quotas, budgets et autres statistiques.

Adaptation

Pourquoi donc, en vérité, encourager l’utilisation de l’informatique et des TICES ? Parce que, contrairement à ce qu’on peut entendre à ce sujet depuis une trentaine d’années au moins, la prétendue économie de la connaissance, outre le chômage structurel qui l’accompagne, produit surtout des emplois sous-qualifiés, où l’informatique intervient de plus en plus souvent, mais uniquement via des interfaces très simples qui ne demandent aucune compréhension de leur fonctionnement : rentrer un prix, « flasher » un code-barres, appeler le numéro qui s’affiche, utiliser un GPS, etc.

Plus généralement, l’informatisation servant la mise en valeur marchande de tous les aspects de l’existence, l’essentiel de celle-ci est désormais consacrée au travail et à la consommation assistés par ordinateur, auxquels seront effectivement bien préparés des jeunes gens livrés dès le plus jeune âge aux produits des géants du secteur numérique.

Écran Total
Nous nous réunissons régulièrement depuis un an pour critiquer l’évolution du travail, notamment à travers les modifications qu’engendrent la mécanisation, l’informatisation et les nouvelles méthodes de gestion dans nos différents métiers. Sans idéaliser ce qu’était le travail à un stade antérieur du capitalisme, nous jugeons qu’il est important de prendre la mesure des transformations à l’œuvre aujourd’hui, qui, outre les marges de liberté que chacun parvenait à conserver tant bien que mal, font perdre leur sens aux activités qui en conservaient encore. Si défavorable que soit le contexte, nous croyons que seule cette réflexion peut permettre d’envisager de sortir de la résignation qui gagne nécessairement ceux qui ne voient pas dans quel but ils se battent.

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[À Pierre fendre !] Message du Collectif jurassien d’opposants à Center Parcs lu à la Marche des possibles, à Grenoble, le 2 mai 2015

Message du Collectif jurassien d’opposants à Center Parcs
lu à la Marche des possibles, à Grenoble, le 2 mai 2015

Bonjour à toutes et à tous,

Nul besoin d’un historique très long : dans le Jura à Poligny, comme au Rousset en Saône-et-Loire, Pierre & Vacances précise ses ambitions pour et sur nos territoires ― sur nos vies. Ici comme là-bas, le tourisme de masse tente d’étendre son territoire et ses logiques.

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VOIR L’ARTICLE DE LEUR PRESSE (Daubé, 3 mai 2015)

Voilà quelques mois, l’association le Pic Noir ― qui regroupe des citoyens du secteur de Poligny ― a commencé à demander des éclaircissements, puis exigé « du débat » autour de la possible création d’un futur Center Parcs. Si sa démarche affichait une certaine neutralité dans un premier temps ― ses demandes étant cantonnées à la possibilité d’être informée afin de se forger une opinion ―, elle a progressivement affirmé une opposition résolue à ce projet. Ainsi, un travail de collecte d’information, de diffusion de contre-information, d’organisation de réunions publiques a été mené par cette association.

Ce travail a sans doute permis de mettre une certaine pression sur le groupe Pierre & Vacances, qui ne souhaitait pas réitérer les erreurs stratégiques faites dans les Chambarans, et a sollicité la Commission nationale du débat public (CNDP) en 2014. Cette dernière a nommé une Commission particulière unique pour les deux sites du Rousset et de Poligny. Elle est donc en charge depuis le 23 avril d’organiser le « débat » jusqu’en juillet prochain. Sachant que Pierre & Vacances souhaite attaquer les travaux en 2017 pour ouvrir en 2019 ses deux nouveaux Center Parcs, on comprend mieux la nécessité pour eux d’en passer par l’illusion du débat pour en finir au plus vite, et passer enfin aux choses sérieuses…

Notre sentiment est que cette Commission est en réalité un instrument visant à la modification à la marge du projet dans le seul but de le rendre acceptable. Sa présidente Claude Brévan ne déclare-t-elle pas le 23 avril dernier (Le Progrès) que « l’objectif du débat est d’informer les gens et de leur permettre de réagir assez tôt aux éventuels problèmes, puis de faire des suggestions pour améliorer le projet » ?…

De notre côté, nous ne sommes pas là pour ça, et nous ne nous faisons aucune illusion sur la pertinence de ce débat « encadré », dont les manières, les sujets et le calendrier sont exclusivement aux mains d’une structure commanditée par Pierre & Vacances. Cette Commission définit le périmètre de la pensée et de la parole, les protocoles, en fait respecter « la charte » (cf. le site de la Commission). Elle veut en maîtriser le temps et les usages.

Nous souhaitons rappeler à toutes fins utiles que la possibilité du débat public n’a pas attendu ― et n’a pas à attendre ― un promoteur à qui l’État donne discrètement la main, pour avoir lieu. Ce cadre n’est pas le nôtre, et le périmètre du débat est pour le coup notoirement sous-dimensionné.

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Selon nous, la lutte contre Center Parcs ne peut se dissocier d’une réflexion et d’une action plus larges sur les questions du travail, du chantage à l’emploi, de la croissance. Refuser Center Parcs, c’est aussi, collectivement, s’autoriser à interroger l’utilité ou la nocivité de ce travail, de son sens, de sa finalité. À Poligny, il ne s’agit pas tant de dénoncer le risque de mise en danger d’un espace protégé ― ou à protéger ―, que de soulever ces questions. Pierre & Vacances ne s’y est d’ailleurs pas trompé : la parcelle qu’il convoite se trouve hors zone Natura 2000, hors ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique, floristique et faunistique), et ne laisse pas le moindre espoir de zone humide à brandir face aux engins de chantier. Mais quand bien même ce serait le cas, n’aurions-nous que cela à leur reprocher ?

Par ailleurs, cette parcelle de forêt est presque exclusivement composée de sapins plantés sur un sol acidifié par des décennies de monoculture obéissant à une gestion industrielle de la forêt. Autour du Fied, les tumulus et les murets de pierres sèches n’ont pas attendu Pierre & Vacances pour disparaître sous les assauts des pelles mécaniques et des subventions à une agriculture productiviste. Ce sont ces logiques déjà à l’œuvre que nous dénonçons aussi dans cette lutte. Center Parcs n’est pas seulement une menace, c’est la consolidation et l’intensification d’un monde marchandisé et artificialisé, dans lequel nous n’avons pas ― et ne voulons pas ― de place.

Fin avril, le représentant de Center Parcs expliquait que le choix de cette parcelle de conifères correspondait aussi au fait qu’il jugeait inenvisageable d’imposer à sa clientèle la présence d’arbres défeuillés durant plusieurs mois d’hiver, rappelant son souci de « l’habillage arbustif ». Nous voulons redire à Pierre & Vacances ― pour qui la nature est un habillage, un décor, un support commercial ―, que nous ne voulons pas habiter, fréquenter, travailler, façonner, vivre et subir un monde dans lequel l’eau coule à 29° toute l’année, et dans lequel les arbres ne perdent plus leurs feuilles pour raison de marketing appliqué aux loisirs. Ce monde est stérile, mort. Il n’a pour nous aucun attrait. Nous n’en voulons pas ; même contre la promesse d’y trouver trois cent emplois ― précaires de surcroît ―, ni même contre l’assurance d’y manger ou d’y écouler des produits locaux, bio, entre deux panneaux solaires.

C’est aussi la raison pour laquelle nous n’en appelons pas au développement durable face à Pierre & Vacances. Leur vocabulaire transpire le capital, ils sont le développement durable. Nous ne reconnaissons pas le périmètre vert de la tête de gondole du capitalisme comme pertinent pour tenter de le mettre en échec. Ce périmètre est défini pour nous par les gestionnaires et, à leur suite, par des élus zélés qui s’empressent de nous en vanter les mérites. À l’intérieur de celui-ci, nous ne respirons pas, nous suffoquons : le grillage ne convient pas à nos vies. Nous ne voulons plus nous ressourcer, mais comprendre, et dire pourquoi le travail nous y contraint.

Contrairement à ce que nous rabâchent les communicants de Center Parcs à Poligny, ce projet n’est pas celui de la population, mais le leur, et nous réfutons l’idée que nous soyons tous sur le même bateau, et l’idée selon laquelle nous pourrions ― ou devrions ― co-construire ce projet ensemble. Les salariés qui travaillent pour Center Parcs le savent, ils ne seront jamais ses « collaborateurs » ― comme on nous l’a martelé à longueur de discours à Poligny ― mais ses obligés, parfois ses esclaves. Nous savons d’ores et déjà ― n’en déplaise au président de la CNDP, qui n’imagine pas qu’on puisse avoir une idée toute faite avant la fin du « débat » ― qu’avec Center Parcs, on n’a pas seulement affaire à des « développeurs » et des « exploitants », comme ils aiment à se qualifier, mais bien plutôt à des développants et des exploiteurs.

Certes, nous ne voulons pas bosser pour 320 euros par mois, mais nous voulons avant tout reprendre la main sur le sens que nous donnons à nos métiers, et à nos vies. Pour cela, nous sommes légitimes sans autre forme de procès (ou de commission).

À un univers clos, aseptisé, climatisé à 29°C, nous préférons le givre, les doigts gours dans les gants mouillés. Au confort de la bulle qui progresse à coup de bulldozers, nous opposons, parfois à tâtons, la possibilité d’une marche. Au travail obligatoire, nous préférons tenter l’autonomie. À l’exutoire, nous préférons la liberté. Center Parcs est l’émanation d’un tourisme doux ? Alors, qu’il gèle à Pierre fendre ! Nous n’avons chaud que de nous tenir ensemble, sur les ZAD … et ailleurs ― avec les gens d’ici … et d’ailleurs.

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[Bas les pattes sur Iaata.info] La menace judiciaire la plus inquiétante de ces dernières années contre un média alternatif français

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgMenacé de prison pour avoir relayé sur Internet des conseils en manif

C’est de loin la menace judiciaire la plus inquiétante de ces dernières années contre un média alternatif français. Mercredi 7 mai, un Toulousain a été placé en garde à vue puis convoqué au tribunal le 29 juin. Il risque jusqu’à cinq ans de prison et 45’000 € d’amende, la peine la plus grave pour une affaire qui ressort du droit de la presse. Il est accusé de « provocation à la commission d’un crime ou d’un délit ». À titre de comparaison, l’apologie de crime contre l’humanité, est punie de la même peine.

Mais qu’a donc bien pu faire cette personne pour vivre durant deux mois avec la menace de plusieurs années de prison ? Il est accusé (sans preuve quasiment) d’être le responsable éditorial de Iaata.info, un site d’info participatif, anti-autoritaire et au fonctionnement horizontal à Toulouse. Sur cette plate-forme collaborative, un article a été publié relayant quelques conseils connus et rabâchés face aux techniques de maintien de l’ordre en manifestation, ce fameux savoir-faire que les gouvernants français souhaitent exporter partout, en particulier dans les dictatures.

Jusqu’à présent, les procès contre des médias alternatifs portaient en écrasante majorité sur des diffamations [Comme « Le Jura libertaire », poursuivi par Hortefeux pour diffamation contre la police. Le récit de son procès mercredi 7 mai est d’ailleurs édifiant.] Nous n’avons jamais eu connaissance à ce jour de l’utilisation du délit de « provocation à la commission d’un crime ou d’un délit ». Les conseils pour faire face à la police sont pourtant légions sur l’ensemble des médias proches des mouvements sociaux. Ils se multiplient au fur et à mesure que la violence policière s’aggrave, occasionnant chaque année en manifestation des centaines de blessé·e·s parfois graves, des incarcérations de plus en plus fréquentes, voire des fins tragiques comme celle de Rémi Fraisse. Menacer de prison ce qui constituait jusqu’alors une pratique courante et légitime est une étape supplémentaire dans la collusion entre la justice et la police [Et puis, à partir du même article de loi, pourquoi ne pas aussi poursuivre les réalisateurs de films qui montrent favorablement des personnes qui résistent à la police, en utilisant les mêmes techniques de renvoi de lacrymos à l’envoyeur ou de solidarité active face à des arrestations, ou même des cambrioleurs ?].

Ces conseils face à la répression sont d’autant plus nécessaires que le maintien de l’ordre est de plus en plus politique. Les flics, CRS, gardes mobiles et autres « bakeux » dispersent violemment la moindre manifestation qui contrevient à la très singulière conception de « l’ordre » des autorités. Une répression sans cesse accrue qui tend à limiter radicalement « le droit de manifester » par l’exercice de la terreur (la mutilation au flashball par exemple) et de la répression aveugle (les peines de prison distribuées à tour de bras après les manifs qui dépassent le strict cadre de la promenade).

Dans ce contexte, les poursuites judiciaires faites à nos camarades de Iaata sont d’une gravité extrême. Que les médias « dominants » ou « bourgeois » ne s’en inquiètent pas ne serait pas étonnant, vu la lecture très restrictive qu’ils font souvent de la liberté d’expression [Notons que les scandaleuses peines de prison pour apologie de terrorisme n’ont pas ému les défenseurs de « Charlie »] ou des manières convenables de s’opposer à des situations insupportables. Ils pourraient pourtant eux aussi, à l’occasion, faire les frais de la judiciarisation de tels propos.

Mais que les sites, journaux, maisons d’éditions, radios etc. « alternatifs » [Et les collectifs, organisations ou individus qui les utilisent au quotidien !] ne se saisissent pas massivement de cette affaire serait extrêmement grave. Une telle condamnation nous placerait en permanence sous la menace de poursuites similaires. Un texte de soutien est déjà diffusé sur toute une série de sites : Face à la répression, l’information est une arme : soutien à Iaata.info. Le signer et le relayer est le plus évident des premiers gestes.

On ne peut que souhaiter que mille Iaata fleurissent. Et face à la violence du maintien de l’ordre, que mille conseils en manifestation soient diffusés partout !

L’Atelier médias libres, 12 mai 2015

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[ACAB] Le procès du Jura Libertaire

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpg[ACAB] Le procès du Jura Libertaire

Dans l’après-midi du mardi 5 mai 2015, après presque cinq ans d’enquête et de procédure, le Jura Libertaire – en la personne de son responsable légal – passait en procès devant les juges de la 17e chambre du Palais de justice de Paris, pour avoir informé ses lecteurs, en juillet 2010, des menées policières qui furent la cause directe de la révolte des habitants du quartier de la Villeneuve à Grenoble, en republiant simplement la seule « enquête journalistique » digne de ce nom sur ces événements, autopubliée anonymement sur Indymedia Grenoble – et qui entre autres vérités déplaisantes pour la flicaille grenobloise, contenait ces quelques lignes présumées « injurieuses et diffamatoires » envers la maison Poulaga tout entière, qui donc, porta plainte en bonne et due forme, et l’annonça même publiquement par voie de presse (faisant ainsi exploser les compteurs de fréquentation du Juralib) en la personne du ministre de l’Intérieur alors en exercice, ce dégoûtant Hortefeux incapable de réfréner ses éructations racistes, plainte relayée par le procureur de la République :

« On en oublierait presque que la BAC est une bande (armée) de criminels » ;
« L’IGPN, le service d’inspection de la police nationale (aussi appelé “police des polices”), dont la principale fonction est de couvrir les poulets qui assassinent a déjà pondu son rapport » ;
« L’occasion pour le ministre de la police de témoigner tout son soutien à ses troupes d’assassins » ;
« Les flics, eux, ont non seulement eu l’intention de tuer, mais ils tuent. »

À en juger par la mine outrée des magistrats, ces propos on ne peut plus consensuels parmi le peuple au nom duquel ils officient, pourraient donc être condamnables, et peut-être même plus choquants et scandaleux que l’infiltration massive de fascistes dans les rangs des forces de l’ordre dit « républicain », les contrôles au faciès et les insultes racistes, les tortures dans les commissariats, les adolescents terrorisés laissés passivement griller dans le transformateur électrique où ils espéraient trouver refuge contre l’arbitraire, l’alliance sinon la fusion avec le crime organisé pour arrondir les fins de mois, l’IGPN qui est à la BAC ce que la BAC est aux dealers de rue qu’elle rackette, sans oublier l’instrumentalisation de la justice par l’abus caractérisé des notions d’outrage et rébellion visant à transformer les victimes de la police en délinquants.

Après avoir rappelé que l’auteur des phrases incriminées n’a pu être identifié par les enquêteurs, ni non plus aucun responsable de leur publication originale, et que le Jura Libertaire est donc poursuivi en quelque sorte par hasard, en manière de bouc émissaire de l’impuissance du ministère, le président ergote sur le terme d’« assassins » employé pour désigner les tueurs de la BAC, terme qui équivaudrait à dénoncer perfidement la préméditation du meurtre de Karim Boudouda, autrement dit à diffamer ses meurtriers en les traitant d’assassins. On croit rêver.

Le Jura Libertaire répond qu’étant donné les circonstances dramatiques et la nécessité de l’information dans un contexte où tous les médias reproduisaient sans le moindre recul critique les communiqués de la police, il n’a certes pas plus songé que l’auteur aux précautions oratoires, qualificatifs précis et autres conditionnels qu’emploient les professionnels du journalisme (et qui soit dit en passant leur permettent de diffamer allégrement n’importe qui).

Il semble que quelque malicieux esprit invisible se soit décidé à achever de tourner tout à fait ce procès en ridicule : deux gendarmes armés d’un parapluie pour cette mission spéciale, interviennent alors pour repousser le battant d’une petite fenêtre ouverte à près de quatre mètres de hauteur, cause probable d’un désagréable courant d’air qui, depuis quelque temps, faisait s’agiter les magistrats.

Le plaignant, c’est-à-dire le ministre de l’Intérieur, désormais Bernard Cazeneuve, l’homme à tout faire de la Marine nationale et du lobby nucléaire – ayant à ce titre moins de goût que ses dignes prédécesseurs pour flatter les bas instincts des syndicats de flics –, qui il y a peu proclamait à l’Assemblée que « par principe » il ne croit rien de ce qui paraît dans la presse, n’ayant évidemment pas prévu de venir s’abaisser à expliquer au tribunal pourquoi il lui fait perdre son temps en ayant relayé jusqu’au procès une plainte aussi mal fondée, Bernard Cazeneuve donc, ayant pris soin de ne pas se constituer partie civile, la parole est donnée aux deux témoins de la défense.

Le même courant d’air frais rouvre soudain la même petite fenêtre, réduisant à néant les efforts gendarmesques.

Amal Bentounsi est là pour rappeler comment son frère Amine a été assassiné par la BAC d’une balle dans le dos, comment l’enquête de police a été trafiquée et sabotée, comment elle-même a été accusée de « diffamation envers une administration publique » pour avoir appelé, dans une parodie de clip de recrutement, « ceux qui veulent être au-dessus des lois » à s’engager dans la police, puis relaxée à la demande même du ministère public qui reconnaissait par-là le caractère attentatoire à la liberté d’expression de cette répugnante procédure menée à l’encontre d’une jeune femme révoltée contre l’impunité dont jouissent le meurtrier de son frère et ses complices – impunité qui encourage évidemment la récidive. « Il y a encore eu trois morts au mois de mars », déplore Amal Bentounsi. Mais ce sont des réalités plus triviales qui font frissonner les magistrats.

Débarque alors, pour remettre dans le droit chemin cette fenêtre rebelle, ce qui ressemble à un commando des services techniques du Palais, trois ouvriers en bleu de travail et un expert en costard équipés d’une échelle et – sait-on jamais – d’une perceuse et d’un rouleau de gaffeur, qui ne mettent pas cinq minutes à comprendre toutes les données du problème, et à y remédier sans se tromper d’outil. Ce procès nous aura ainsi au moins offert cet exemple vivant et curieux de l’action de l’État, capable de mobiliser un total de six fonctionnaires pour tourner la poignée d’une fenêtre, comme pour illustrer la justesse des thèses anarchistes les plus radicales qui affirment qu’une seule personne aurait suffi, sans qu’il soit même besoin de la salarier aux frais de la collectivité.

Mathieu Rigouste prend la parole en tant que « chercheur en sciences sociales », pour remettre en cause le qualificatif de « bavure » accidentelle et fortuite pour un phénomène qui se répète environ une fois par mois en moyenne depuis de trop nombreuses années. Il revient rapidement sur les origines de la BAC, issue des unités de « pacification » des bidonvilles qui furent en première ligne de la « bataille de France » pendant la guerre d’Algérie, et évoque la restructuration de l’appareil militaro-policier, dit « sécuritaire », qui est allé jusqu’à théoriser une stratégie « proactive » consistant à générer des désordres localisés pour les réprimer, dans le but de soutenir la croissance industrielle du secteur. Les meurtres commis par la police seraient donc bien qualifiables d’assassinats, en ce sens qu’ils sont prévus et souhaités par les marchands de matériel anti-émeute, de la matraque à l’hélicoptère en passant par le flash-ball et le canon à eau, qui s’enrichissent de l’extension de la souffrance et de la violence. On peut douter qu’un tel raisonnement puisse trouver son chemin dans une cervelle de juge ; toujours est-il que les magistrats de la 17e firent ce jour-là bonne figure, et même honneur à leur corporation, en se montrant très attentifs, et en ne trouvant rien à redire aux propos de Mathieu Rigouste (quoique le plus jeune d’entre eux sembla un moment sur le point d’en manger ses lunettes).

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VOIR LE DOCUMENT

On passe à l’examen de la personnalité du prévenu, chômeur déjà condamné à une amende en 2008 pour délit d’outrage à nabot pétainiste, aucune mention n’étant faite des opinions politiques défendues par le Jura Libertaire, ni même de sa désinvolture en matière de respect du droit d’auteur. Manifestement, rien de tout ce qui aurait pu servir à étayer un tant soit peu le dossier d’accusation n’est reproché au Jura Libertaire, renforçant l’impression d’une enquête officielle franchement bâclée. Mais que fait la police ? Ah oui c’est vrai, elle est trop occupée à tuer et mutiler dans les quartiers, afin de soutenir la croissance du CAC 40.

La jeune procureure se décidant enfin à lever le nez de sa Pratique du droit de la presse de Maître Bigot, passe à l’attaque, ambitieuse : « Il s’agit dans cette affaire, madame et messieurs les magistrats, de définir l’écart entre la liberté d’expression et le respect dû aux fonctionnaires de police. » S’employant à faire refuser au Jura Libertaire le bénéfice de son évidente bonne foi, elle revient sur les quatre critères jurisprudentiels qui définissent cette « bonne foi » : la légitimité, la prudence dans les propos, le préalable d’une enquête sérieuse et l’absence d’animosité personnelle. Elle reconnaît dans cette affaire la légitimité de la publication et l’absence d’animosité personnelle contre les baqueux de Grenoble, mais prétend contester le sérieux de l’enquête et ne voit aucune prudence dans le propos. À l’en croire, on n’aurait le droit d’être un peu véhément dans la dénonciation des crimes de la police que si celle-ci a abattu au préalable un de nos proches : « Amal Bentounsi n’a pas à faire preuve de prudence, et n’avait pas à faire d’enquête sérieuse car sa liberté de ton est un cri de douleur, dans cette affaire c’est différent ! » (On voit ici comment la relaxe dont a bénéficié Amal Bentounsi sert maintenant à nier qu’elle ait pu faire une « enquête sérieuse », alors que l’enquête qu’elle a menée sur les conditions de la mort de son frère fut précisément la seule sérieuse – au contraire de la pseudo-enquête bidon de l’IGPN.) Étant donné le niveau de revenus du prévenu, la proc réclame sa condamnation à une amende de deux cents euros.

Maître Dominique Noguères, avocate de la défense, rappelle les détails les plus choquants de la mort de Karim Boudouda, qui après avoir reçu une balle en pleine tête fut laissé agonisant au sol pendant quatre heures, sous le regard des flics se félicitant de leur exploit – détails qui furent la cause directe de la révolte des habitants de la Villeneuve et de la haine envers ces monstres qui, craignant de légitimes représailles, demandèrent en urgence leur mutation loin du quartier. Elle revient sur le contexte, cette campagne médiatique « sécuritaire » qui culmina dans l’hystérique « discours de Grenoble » prononcé par l’autre pantin présidentiel (où il déclara la « guerre » aux délinquants, aux sans-papiers et aux Roms, ces derniers comme boucs émissaires de l’attaque de la gendarmerie de Saint-Aignan par d’excellents citoyens français), contexte d’outrance verbale généralisée qui ne pouvait que produire quelques écarts de langage en réplique, de la part de ceux qui se refusaient à hurler avec les loups. Quant à la confiance qu’il faudrait accorder aveuglément à la police des polices : « Nous autres praticiens savons bien qu’il est impossible de mener à terme les procédures contre l’IGPN. » (Les praticiens baissent la tête.) Répondant à l’argumentaire de la procureure, Maître Noguères s’inquiète d’une définition trop restrictive de « l’enquête sérieuse » basée sur des « sources sérieuses », qui dans le cas de crime policier risquerait d’entraver la manifestation de la vérité ; et conteste « l’imprudence » de propos qui ne faisaient que refléter la réalité vécue par un grand nombre d’habitants du quartier de la Villeneuve, et la libre opinion de bon nombre d’habitants de ce pays.

Fin du spectacle. Le verdict sera rendu dans l’après-midi du 16 juin 2015.

Les amis du Jura Libertaire, le 12 mai 2015

 

Procès du site Le Jura libertaire

Faisant suite à une plainte déposée en juillet 2010 par Hortefeux ministre de l’intérieur de Sarkozy pour « injure et diffamation publiques contre la police », le procès intenté à ce site militant a finalement eu lieu le 5 mai au tribunal de Paris. Visé par la même plainte, Indymédia Grenoble échappe au procès étant donné l’impossibilité de repérer les auteurs du site (adresse IP, hébergeur dispersé aux 4 coins du monde). En cause la publication d’un article sur l’assassinat de Karim Boudouda, commis par la BAC à la Villeneuve (Grenoble). L’accusation se focalise sur l’utilisation du terme « assassinat » jugé inadapté. Le Jura libertaire choisit un mode de défense politique (intervention d’Amal Bentounsi et de Mathieu Rigouste). Le procureur a requis 200 euros d’amende. Verdict le 16 juin.

Résistons Ensemble n°141, mai 2015

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Résistons Ensemble n° 141 – mai 2015

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Résistons Ensemble

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[Soutien à IAATA.info] Nous continuerons à soutenir et diffuser tous contenus relatifs à l’autodéfense face à la police et à la justice ! Nous continuerons à porter des projets de medias indépendants et anti-autoritaires face aux intimidations de l’État !

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgFace à la répression, l’information est une arme : soutien à IAATA.info

Soupçonnée d’être responsable de la publication d’un article sur IAATA.info, site collaboratif et anti-autoritaire toulousain, une personne est poursuivie par la justice. Parce qu’informer face à la répression policière est légitime et nécessaire, communiqué de soutien dénonçant la criminalisation et l’intimidation des médias libres.

Ce jeudi 7 mai, la presse [Cf. notamment 20minutes.fr et actu.cotetoulouse.fr] a annoncé qu’un Toulousain était poursuivi par la justice pour « provocation publique à la commission d’un délit ou d’un crime ». Il est soupçonné d’être un « administrateur » de IAATA.info, un site d’information anti-autoritaire basé à Toulouse.

Cette poursuite serait liée à la publication d’un compte-rendu de la manif du 21 février 2015 à Toulouse. Cette manifestation était organisée un an après la manifestation nantaise contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes où 3 personnes avaient été éborgnées par des tirs de flashball. Elle avait pour mot d’ordre « Contre les violences policières et en soutien aux ZAD ».

L’article en question propose quelques pistes de résistance contre les techniques de maintien de l’ordre employées par la police. Ce sont ces mêmes techniques qui ont conduit à la mort de Rémi Fraisse le 26 octobre 2014 et qui entraînent la mutilation de nombreuses personnes, dans les manifestations et dans les quartiers populaires.

Rappelons que, suite à la mort de Rémi, rien qu’à Toulouse sur l’ensemble des manifestations de novembre ce sont près de 60 personnes qui ont déjà été poursuivies et 4 sont encore en prison.

Rappelons aussi que la police tue une dizaine de personnes chaque année.

En 2014, Amadou Koumé à Paris, Abdelhak Gorafia à Roissy, Pierre Cayet à Saint-Denis, Abdoulaye Camara au Havre, Morad à Marseille, Houcine Bouras à Colmar, Bilal Nzohabonayo à Tours, Rémi Fraisse sur la ZAD des Sivens, Timothée Lake à Toulouse sont morts entre les mains de la police, sans compter les nombreuses et nombreux mutilé-e-s et blessé-e-s par les armes policières.

Un grand nombre de personnes se battent depuis plusieurs années contre la police et sa violence. Les médias libres, les collectifs militants, les associations et les familles des victimes relaient régulièrement sur internet, par voie de tracts et d’affiches, des guides d’auto-défense juridiques, des conseils pour se protéger pendant les manifestations et des conseils pour sécuriser nos communications sur internet ou par téléphone.

Les pratiques d’automedias sont d’autant plus importantes aujourd’hui que la police continue à mutiler et à tuer dans l’impunité. Il est inacceptable d’être poursuivi-e et arrêté-e pour « provocation publique à la commission d’un délit ou d’un crime », lorsqu’on appelle à se défendre face aux violences policières.

Depuis toujours, les mouvements sociaux et les personnes en lutte se réapproprient des medias pour permettre la diffusion de l’information alternative, la coordination dans les luttes, l’émergence d’une voix autre que celle des medias dominants. IAATA.info en est un exemple parmi d’autres.

IAATA est un site ouvert à la participation de tous et toutes, qui garantit l’anonymat des contributeur-ices et qui représente l’émanation collective d’une ville.

La police cherche à identifier un-e responsable auquel-le faire porter le chapeau, à l’isoler en individualisant les poursuites. Il n’y a pourtant nulle responsabilité éditoriale individuelle à trouver puisque ce site s’appuie comme d’autres sur un fonctionnement collectif, participatif, sans hiérarchie, dans la continuité d’une ligne anti-autoritaire.

À l’heure où l’État vote de nouvelles lois antiterroristes et la loi sur le renseignement, à l’heure où la liberté d’expression paraît n’appartenir qu’à certain-e-s, à l’heure où la justice relance l’affaire de Tarnac, à l’heure où les tribunaux poursuivent Le Jura Libertaire, il faut avoir une position claire.

L’armada sécuritaire du gouvernement nous concerne tou-te-s ! Montrons-leur notre détermination. Nous continuerons à soutenir et diffuser tous contenus relatifs à l’autodéfense face à la police et à la justice ! Nous continuerons à porter des projets de medias indépendants et anti-autoritaires face aux intimidations de l’État !

Attaquer l’un d’entre nous, c’est nous attaquer tou-te-s !
Solidarité avec les médias libres et avec tous les réprimé-e-s !

Le 9 mai 2015 – Premiers signataires : Les collectifs d’animation et de modération de Rebellyon, Paris-Luttes.info, Brest-Info, Renverse.ch, la Rotative, Reims médias libres. Les sites Rennes Info, le Jura libertaire, Article 11, Espoir Chiapas, Primitivi, le Numéro zéro, la Brique, Jef Klak, Courant Alternatif, éditions AcratieCollectif Bon Pied Bon Œil
Si vous souhaitez ajouter la signature de votre site, journal ou collectif, écrivez à paris-luttes-infos.

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[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] « Des groupes ayant adopté un mode de vie communautaire »

http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/0311.jpgTarnac : le parquet requiert le renvoi de Julien Coupat en correctionnelle pour terrorisme

Après sept ans d’une enquête mouvementée et largement médiatisée, le parquet de Paris a rendu son réquisitoire définitif dans l’affaire dite de « Tarnac ». En novembre 2008, dix jeunes gens issus de l’ultragauche gravitant dans ce petit village corrézien autour d’un intellectuel fédérateur, Julien Coupat, avaient été mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Les services de police et de renseignement les soupçonnaient d’être impliqués dans une série de sabotages de lignes TGV commis dans les nuits du 25 au 26 octobre et du 7 au 8 novembre 2008.

Dans son réquisitoire, que Le Monde a pu consulter, le ministère public demande que seuls les trois principaux mis en examen – Julien Coupat, sa compagne Yildune Lévy et son ex-petite amie Gabrielle Hallez – soient renvoyés devant le tribunal correctionnel pour des sabotages « en relation avec une entreprise terroriste ». Il requiert un non-lieu pour deux de leurs compagnons, ainsi que pour trois des cinq sabotages, dont l’enquête n’a « pas permis d’identifier les auteurs ».

Pour les cinq autres membres présumés de cette « association de malfaiteurs », le parquet, qui reconnaît manquer d’éléments les reliant aux dégradations, rejette la circonstance aggravante d’« entreprise terroriste ». Il requiert néanmoins leur renvoi pour des « tentatives de falsification de documents administratifs », des « recels » de documents volés ou des « refus de se soumettre à des prélèvements biologiques ». C’est la juge d’instruction, Jeanne Duyé, qui décidera au final de renvoyer ou non devant le tribunal tous ces mis en examen. Elle devrait signer l’ordonnance de renvoi avant l’automne.

Flot de critiques sur l’enquête

Politisé dès sa genèse par le gouvernement Fillon, qui avait fait de l’« ultragauche » une priorité policière, le dossier Tarnac est devenu au fil de l’instruction un objet médiatico-judiciaire incontrôlable. Procès-verbal après procès-verbal, les méthodes d’enquête de la toute nouvelle Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), créée le 1er juillet 2008, ont été éreintées par voie de presse, fragilisant chaque jour un peu plus l’instruction.

Si ce dossier a provoqué tant de passions et de remous, c’est en raison de sa charge politique et parce qu’il interroge les fondements mêmes de l’arsenal antiterroriste à la française. Dans ce contexte houleux, le ministère public savait son réquisitoire attendu. Aussi a-t-il pris le soin de revenir en détail sur le flot de critiques qui s’est abattu sur cette enquête et sur la plus épineuse des questions qu’elle soulève : Julien Coupat est-il un terroriste ?

Les fers à béton usinés posés sur les caténaires de cinq lignes TGV en octobre et novembre 2008 avaient occasionné de nombreux retards, mais aucun blessé. De l’aveu même des experts, ce dispositif, emprunté aux méthodes employées dans les années 1990 par les militants antinucléaires allemands, ne peut engendrer aucun déraillement ni porter atteinte à la sécurité des voyageurs.

Sabotage similaire en août 2014

Le caractère relativement bénin de ces dégradations avait été soulevé lors de l’instruction par les avocats de la défense, qui en contestaient le caractère « terroriste ». Le ministère public leur répond que « la finalité terroriste du groupuscule ne saurait être nuancée par l’absence de victimes humaines », l’article 421-1 du code pénal disposant que « les atteintes aux biens » peuvent constituer en droit français des actes de terrorisme pour peu qu’elles aient « pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur ».

En août 2014, un sabotage en tout point similaire – la pose d’un crochet sur une caténaire de la ligne du TGV Lyon-Paris – a pourtant été considéré comme un simple « acte de malveillance ». Selon les informations du Monde, c’est le parquet de Châlons-sur-Saône qui a ouvert une enquête préliminaire dans cette affaire, la section antiterroriste du parquet de Paris n’ayant pas jugé utile de se saisir du dossier.

Si Julien Coupat, Yildune Lévy et Gabrielle Hallez sont renvoyés pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », c’est donc uniquement à la lumière de leur idéologie et de leurs relations mise au jour par la surveillance dont ils faisaient l’objet avant le début des sabotages. Un contexte qui permet à l’accusation de projeter une intention terroriste sur des dégradations qui relèveraient en d’autres circonstances du droit commun.

« Structure clandestine anarcho-autonome »

L’enquête préliminaire visant les membres du groupe de Tarnac a été ouverte le 16 avril 2008, soit six mois avant les sabotages. Elle se fondait sur une note de la sous-direction antiterroriste décrivant cette communauté comme une « structure clandestine anarcho-autonome entretenant des relations conspiratives avec des militants de la même idéologie implantés à l’étranger et projetant de commettre des actions violentes ».

Les services de renseignement étaient destinataires d’une information selon laquelle Julien Coupat avait rencontré des anarcho-autonomes « dans un appartement new-yorkais » en janvier 2008. C’est ce voyage qui, sur la fois d’un renseignement des autorités américaines, a déclenché l’ouverture de l’enquête. Selon le ministère public, ces liens avec la « mouvance anarchiste internationale » constituent un des arguments justifiant la qualification de « terrorisme ».

Mais le pivot de l’accusation repose sur la pensée du principal mis en cause, c’est-à-dire sur ses écrits. Le ministère public considère comme acquis que Julien Coupat est la « plume principale » – ce que l’intéressé a toujours démenti – d’un « pamphlet » intitulé L’Insurrection qui vient, publié en 2007 par le Comité invisible. Ce texte préconise un « blocage organisé des axes de communication », au premier rang desquels les chemins de fer, par des groupes ayant adopté un mode de vie communautaire, afin de faire tomber « l’architecture de flux » qu’est devenu le monde moderne.

« Sentiment de terreur et d’intimidation »

Pour le parquet, cet « opuscule présenté de façon faussement béate par plusieurs témoins comme un simple livre de philosophie » est en réalité un guide théorique visant à « renverser par la violence l’État ». S’il reconnaît que le passage à l’acte violent « apparaît dans un premier temps de relativement faible intensité », le ministère public estime qu’il ne s’agissait que d’une « phase initiale » que l’interpellation des suspects a permis d’interrompre, évitant que ne s’installe « un sentiment de terreur et d’intimidation » dans le pays.

Le 25 mars 2009, les avocats de la défense avaient contesté la définition très large de l’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » au regard du droit international, estimant qu’elle s’appliquait abusivement à leurs clients. « Il ne suffit pas à la partie poursuivante de mettre en perspective des infractions de droit commun avec un discours politique critique pour caractériser l’existence d’une infraction terroriste, argumentaient-ils. Affirmer l’inverse permettrait de qualifier d’entreprise terroriste toute action portée par un discours politique ou syndical visant à dénoncer des choix politiques ou à exprimer une exaspération, voire une colère. »

« Si la promotion idéologique d’une nécessité de changer de société est une position politique protégée par la liberté d’opinion, sa mise en œuvre par l’intimidation ou la terreur relève de la délinquance, rétorque le ministère public. L’infraction terroriste est par nature politique puisque instiller l’intimidation ou la terreur a comme finalité l’exercice d’une forme de pouvoir sur la société. »

Au secours de la cote D104
Le parquet de Paris répond dans son réquisitoire à « la tentative de discréditer la cote D104 », pierre angulaire de l’accusation. Ce procès-verbal, qui retranscrit la filature du véhicule de Julien Coupat et de sa compagne Yildune Lévy durant la nuit du 7 au 8 novembre 2008, est censé attester de leur présence sur les lieux d’un sabotage. Or le PV de cette surveillance comporte plusieurs incohérences qui ont conduit les avocats à porter plainte pour « faux et usage de faux ». Ils contestaient la présence de certains policiers cette nuit-là, soupçonnés d’avoir rédigé leur PV à partir d’une balise posée illégalement sur la voiture du couple. L’information a conclu à un non-lieu. Le parquet s’appuie sur cette décision pour souligner que cette filature est « avérée par des éléments objectifs » et rappelle que les deux personnes mises en cause n’ont jamais contesté « leur présence sur les lieux de la surveillance ».

Leur presse (Soren Seelow, LeMonde.fr, 7 mai 2015)

 

Tarnac : le parquet demande le renvoi de Julien Coupat en correctionnelle

Le parquet de Paris requiert le renvoi en correctionnelle de huit militants libertaires, soupçonnés d’être à l’origine de sabotages de lignes SNCF dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008.

Le parquet de Paris a demandé le renvoi en correctionnelle de huit militants libertaires, dont Julien Coupat, dans le dossier du groupe de Tarnac sur des sabotages de lignes TGV survenus en 2008. Si la juge antiterroriste chargée de l’affaire suit ces réquisitions, seuls trois d’entre eux, dont le leader présumé Julien Coupat, seront jugés pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.

Le «groupe de Tarnac», présenté comme proche de l’ultra-gauche, est soupçonné d’être à l’origine de sabotages de lignes SNCF dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008 sur des caténaires, dans l’Oise, l’Yonne et la Seine-et-Marne. Julien Coupat, 40 ans, et son épouse, Yildune Levy, 31 ans, ont reconnu leur présence cette nuit-là à Dhuisy (Seine-et-Marne) aux abords de la voie ferrée où passe le TGV Est, mais ont toujours nié avoir participé à la pose d’un fer à béton, retrouvé plus tard sur le caténaire. Tordu en forme de crochet, il avait causé d’importants dégâts matériels au premier TGV le 8 au matin, et fortement perturbé le trafic. Pour les agents SNCF interrogés par les enquêteurs, cet acte pouvait entraîner des dégâts matériels, sans menacer la sécurité des voyageurs.

Le parquet a requis le renvoi du couple notamment pour dégradations en réunion et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Lors d’un procès, ils encourraient jusqu’à dix ans de prison. «Retenir la qualification terroriste dans le dossier Tarnac prêterait à sourire, surtout aujourd’hui, s’il ne s’agissait pas d’un aveuglement judiciaire inquiétant», ont dénoncé les avocats des huit mis en examen, William Bourdon et Marie Dosé.

Détention provisoire

En revanche, le ministère public réclame l’abandon de l’incrimination de direction ou organisation d’un groupement terroriste, initialement retenue contre Julien Coupat, qui a effectué un peu plus de six mois de détention provisoire jusqu’en mai 2009. Ce chef d’accusation, qui peut encore être retenu par le magistrat instructeur, pourrait lui valoir jusqu’à vingt ans de réclusion et un renvoi aux assises.

Souvent présenté comme brillant intellectuellement, ce fils de famille aisée est considéré comme le fondateur et inspirateur d’un groupe d’une vingtaine de jeunes aux idéaux d’extrême gauche, qui gravitaient autour d’une propriété agricole proche de Tarnac (Corrèze).

Pour le parquet, l’enquête a mis en évidence le «basculement dans le terrorisme» du groupe, baptisé officieusement «comité invisible, sous-section du parti imaginaire». À l’appui de cette vision, il relève des extraits du livre L’Insurrection qui vient (2007), attribué à Julien Coupat, qui fait l’apologie de modes de sabotage propres à «finaliser la chute de l’État» et désigne notamment le réseau TGV comme cible «aisée». Les éléments de l’enquête ont mis au jour, selon le ministère public, «l’existence d’un plan concerté contre le réseau ferré».

Polémique

Outre les faits de Dhuisy, il impute à Julien Coupat une participation à un autre sabotage du TGV Est, dans la nuit du 25 au 26 octobre 2008 à Vigny (Moselle), également au moyen d’un fer à béton accroché au caténaire. Il aurait été assisté par Gabrielle Hallez, 36 ans, son ex-compagne, dont le parquet a requis le renvoi pour dégradations en réunion et association de malfaiteurs terroriste. Tous deux ont reconnu leur présence à proximité (une heure de route) mais ont nié toute participation au sabotage. Les cinq autres personnes que le parquet voudrait voir jugées le seraient, si le magistrat instructeur suivait le réquisitoire, pour des faits bien moins graves, essentiellement liés à des faux documents et au refus de se soumettre à des prélèvements judiciaires.

Cette affaire a suscité une vive polémique au cours des six années de procédure, le gouvernement et la ministre de l’Intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, ayant été accusés de l’instrumentaliser en insistant sur son caractère terroriste. Accusé par la défense d’informer les journalistes, le juge Thierry Fragnoli avait dû se dessaisir début 2012. Quant aux membres du groupe, qui affirment leur innocence et dénoncent une manipulation policière, ils ont mené une rude bataille procédurale mais ont été déboutés de leurs nombreux recours. Dans son réquisitoire, le parquet a souligné «la recherche de déstabilisation de l’instruction par tous les moyens disponibles qu’ils soient purement procéduraux, ou, de façon plus discutable, par une instrumentalisation des médias».

Leur presse (Agence Faut Payer, 7 mai 2015)

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[Révolution ukrainienne] Aperçu de la situation en Ukraine, par deux camarades ukrainiens

Paroles d’anarchistes ukrainiens

Le 7 mars 2015 à Paris, le public était convié à la librairie-local syndical « L’Émancipation » pour y rencontrer deux acteurs et témoins clés du mouvement social, dit « Euromaidan », qui a ébranlé le monde en libérant l’Ukraine des valets de Moscou qui la rackettaient au nom de la loi, mouvement de la société civile auto-organisée, indépendamment de tout parti politique ou leader charismatique, dans un but de défense des droits humains et des droits civiques : précisément ce que prônaient et faisaient déjà, depuis des années, de trop rares individus, parmi lesquels Maxime Boutkévitch, à Kiev, et Constantin Réoutsky à Louhansk.

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« Libérez Kolchenko et tous les prisonniers politiques de Crimée ». Place Maïdan à Kiev, juin 2014. Photo/Barbara Serré-Becherini

Chacun conviendra que la parole de tels hommes de principe et de terrain, vaut infiniment mieux que celle de cent journalistes de passage, de mille politiciens ou de cent mille Bernard-Henri-Lévys ; et qu’elle mérite donc d’être entendue au-delà du cercle restreint d’ultra-minoritaires déjà relativement bien informés qui formait ce jour-là l’essentiel de l’auditoire. L’intégralité de la rencontre ayant duré cinq heures (dont une partie a été filmée et peut être consultée en ligne), le montage son ici publié en trois parties/fichiers par Radio.Graphie se propose d’en rendre l’écoute plus aisée et confortable, en une heure vingt environ, dans la traduction française faite à l’attention des non-russophones par deux interprètes bénévoles, Igor et Anna. La prise de son et le montage sont l’ouvrage de Barbara.

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Maxime Boutkévitch, militant anarchiste, antifasciste et antiraciste de Kiev. À Paris le 7 mars 2015. Photo/Barbara Serré-Becherini

Dans la première partie, Maxime Boutkévitch, militant anarchiste, antifasciste et antiraciste de Kiev, cofondateur en 2006 de l’association « No Borders Project » de soutien et d’assistance aux migrants, évoque ce qu’a été pour lui le Maïdan, et développe comment il a été amené à mettre son expérience et ses connaissances au service de la grande masse de « déplacés internes » ayant fui la Crimée et le Donbass, dans le cadre d’un Comité d’assistance aux déplacés internes qui, prenant acte de la faillite de l’État ukrainien, s’est trouvé prendre en charge le plus gros de l’aide d’urgence indispensable aux plus démunis de ces réfugiés, et directement confronté à d’autres questions sociales brûlantes. Maxime Boutkévitch présente aussi rapidement l’activité du Comité de solidarité avec les otages de Crimée (qui soutient notamment la cause d’Alexandre Kolchenko, ce jeune activiste de sensibilité libertaire et écolo, illégalement incarcéré à Moscou depuis mai 2014, inculpé sans rire d’avoir pris part au complot terroriste nazi du Praviy Sektor caché dans les manifestations pacifiques de protestation contre le coup d’État militaire « antifasciste » des amis du gang des Loups de la Nuit), la poursuite du travail de documentation des abus et crimes policiers de l’ancien régime, enfin le cas méconnu de ces Russes qui, en nombre croissant, se réfugient en Ukraine.

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Constantin Réoutsky, médiactiviste de l’association « Vostok-SOS » de Louhansk. Paris 7 mars 2015. Photo/ Barbara Serré-Becherini

Dans la deuxième partie, Constantin Réoutsky, médiactiviste de l’association « Vostok-SOS » initialement créée pour venir en aide aux enfants des rues de Louhansk, et dont l’activité s’est élargie à la défense plus générale des droits humains, raconte comment il a contribué à l’« Euromaidan » de Louhansk – réputé n’avoir pas pu exister –, comment les pseudo-« séparatistes », en réalité les hommes de main de l’« oligarque » local Efremov, ont surgi pour que rien ne change dans ce bastion de la puissante Mafia connue sous le nom de « Parti des Régions », et comment les négociations menées dans l’espoir d’éviter une escalade de la violence ont été sabotées par l’intervention directe de l’État russe, qui envoya ses chiens de guerre en « touristes » missionnés pour réceptionner les premières livraisons d’armes et lever ces milices présentées comme « antifascistes » qui régnèrent par la terreur et le chaos jusqu’à ce que, mises en déroute par la contre-attaque des bataillons de volontaires ukrainiens, elles furent réduites au rôle de supplétifs des divisions blindées de l’armée russe accourues à la rescousse. La description de la vie des habitants de cette région en proie à une guerre qui ne dit pas son nom sert ici d’ouverture à la communication de Constantin Réoutsky.

Dans la troisième partie, Maxime Boutkévitch et Constantin Réoutsky répondent avec précision à diverses questions qu’ont posées diverses personnes dans le public, d’ordre principalement sémantique et politique. Ils signalent plusieurs sources d’information ukrainiennes dignes de foi, et concluent en appelant de leurs vœux le réveil de la société russe, seul espoir d’enrayer la machine de guerre contre-révolutionnaire et le bourrage de crânes totalitaire.

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont rendu possible cette rencontre. Ce n’est pas si fréquent d’entendre s’exprimer publiquement à Paris des combattants de la dignité et de la vérité.

F.W. – Radio.Graphie, 1er mai 2015

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Doux sabotage (récit-recette)

DOUX SABOTAGE, récit, recette

À part un sac à dos, contenant la bombe d’hélium, on était partiEs les mains dans les poches.
Pleines de ballons.
D’humeur festive, nous nous étions bâti un itinéraire de goguette :
le métro et ses couloirs à l’acoustique étourdissante, ses rond-points pédestres brutaux, ses bousculades mollasses, les mains au cul, la RATP, quoi.

… Dans la rue des Bons Enfants…

Car nous chantions, nos refrains favoris.
Mais sans oublier notre mission : vérifier la véracité, et l’efficacité, des caméras de surveillance dans notre moyen de transport quotidien.
L’itinéraire ? Populaire, sans courants d’air de préférence.
ArrivéEs à trente, avec un seul ticket, on chante, on chante, on gonfle, on gonfle, on gonfle nos ballons de baudruche,  sous les caméras repérées de nos yeux de lynx.
À Strasbourg-Saint-Denis, des rebelles s’échappent : trop  de courants d’air. Ils s’échappent, trimballant leur poésie incongrue au nez des affiches publicitaires.

… On vend tout au plus offrant…

Flattés, pincés, caressés, mais jamais éclatés, ils s’échappent…
On serre le reste, en grappes, en groupe : par dix, ou quinze,
Hop, Hop !
Ils investissent les carrefours : Montparnasse ; Franklin Roosevelt; Champs Élysées (ouais, ouais…) ; Gare du Nord ; Odéon -( ouin-ouin)
Ils sourient, les ballons, ils sont filmés !
La caméra, ils aiment ça !
Mais c’est nous qu’on commande.
On les lâche, on les laisse, sans laisse.
Mais…
Hop ! Hop !
Ya du bruit en face, sur les quais…
c’est la merde sur les écrans,
Allez, chasse aux coupables…
À la chasse aux ballons ?

… Et maintenant il est plus là…

BOUM !

le 28 avril 2015

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Le 1er mai à Istanbul … la place Taksim une nouvelle fois interdite d’accès

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Reçu le 3 mai 2015

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