[In memoriam] Bernard Thibault, syndicaliste

La vie quotidienne au temps des partenaires sociaux : Bernard Thibault, un petit jaune ?

« Les Thibault et compagnie, c’est juste bon qu’à frayer avec le gouvernement, à calmer les bases. Ils servent juste qu’à ça, toute cette racaille. » — Xavier Mathieu (CGT), 17 août 2009

« Tout semble jaune à qui est atteint de jaunisse. » — Lucrèce, De la nature des choses.

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On sait que M. Bernard Thibault est, à l’instar de M. Sarkozy, sur le départ. Des informations répétées, le concernant, font état de son abandon prochain des instances dirigeantes de la CGT. Certains ont jusqu’ici évoqué, entre autres motifs justifiant cet abandon, des problèmes de dos, récurrents. M. Thibault souffrirait du dos, au point que les gestes les plus simples du quotidien, tels que se baisser ou s’agenouiller, afin d’effectuer quelque tâche élémentaire, lui seraient devenus, sinon impossibles, du moins une véritable torture. M. Thibault ne le supporterait plus, une telle impossibilité se révélant, bien entendu, incompatible avec la poursuite de ses activités à la tête de la centrale syndicale. Il est triste que M. Thibault, pourtant un homme encore assez jeune, en soit rendu là. Un dirigeant de son calibre ne le mérite pas, assurément. M. Thibault n’a pas de chance. Prenons M. Sarkozy, par exemple (lui et M. Thibault ont à peu près le même âge) : aucun risque qu’un tel souci de santé ne l’accable. D’abord, il n’aura échappé à personne que M. Sarkozy est plus petit que M. Thibault, au plan physique. Le trajet à effectuer, l’effort à fournir pour courber l’échine, s’abaisser et s’agenouiller seront donc déjà pour lui naturellement moins importants. En outre, du fait des fonctions qu’il occupe encore — grâce à la démocratie — M. Sarkozy se trouve contraint de s’agenouiller moins souvent que ses interlocuteurs privilégiés, les partenaires sociaux notamment, dont M. Thibault constitue une figure de tout premier ordre. C’est pour cette raison que M. Thibault a mal au dos, et non M. Sarkozy.

Nous ignorons pour l’heure si M. Thibault a mal ailleurs qu’au dos, depuis qu’il fréquente M. Sarkozy. Car il le fréquente assidûment, cela nous le savons, au moins depuis 2004, pour les besoins de son travail. Certains, de cela, se sont trouvés un peu fâchés, quelques syndicalistes CGT de chez Goodyear, par exemple, qui lui ont un jour adressé une lettre à ce sujet. Xavier Mathieu, quant à lui, eût, certes, aimé voir M. Thibault apparaître, ne fût-ce qu’une fois ou deux à ses côtés, pour le soutenir lors des divers procès qui lui furent intentés pour outrage, violence, insubordination, refus de prélèvement d’ADN, etc. Après tout, quand on y réfléchit un peu, une telle prétention ne semble pas complètement illégitime. M. Thibault est bien le chef du syndicat auquel M. Mathieu appartient toujours, et qu’il contribue à faire vivre, comme d’ailleurs les autres membres cotisants de la CGT (à hauteur de 3 à 4 % environ, le reste provenant essentiellement de fonds publics, si l’on en croit le dernier rapport parlementaire dit « Perruchot » consacré au financement syndical, et qui fut, comme on le sait, spectaculairement enterré voilà quelques mois). Un nombre somme toute assez élevé de personnes persiste même en vérité à croire que c’est uniquement en cela que consisterait la fonction de syndicaliste : à s’attirer le genre de problèmes régulièrement rencontrés par M. Mathieu, plutôt qu’en une profession telle que celle exercée — depuis plus de dix ans — par M. Thibault. Sans doute ces personnes se trouvent-elles dans l’erreur. Bornons-nous ici à constater que M. Mathieu souffre notoirement moins du dos que M. Thibault.

Certains présentent M. Thibault comme un « traître ». C’est même par cette appellation, relativement hostile, que le dirigeant fut par exemple accueilli, par des dizaines de personnes, au moment de prendre sa place habituelle dans le cortège officiel, lors de la première journée d’action, et de grève reconductible, contre la réforme des régimes spéciaux de retraite. C’était le 15 novembre 2007. La veille au soir, les militants CGT de la RATP, de la SNCF ou de chez EDF, alors traités depuis des mois, alternativement, d’étrons puants et de nantis richissimes par la droite parlementaire et la plupart des journalistes, et concevant de la chose un certain ressentiment, se préparaient à un conflit extrêmement long et viril avec le nouveau gouvernement de M. Sarkozy. M. Thibault, lui, pendant ces préparatifs, avait préféré se déplacer en personne jusque chez M. Bertrand, ministre du Travail, pour lui dire qu’il acceptait l’intégralité substantielle de la réforme de M. Sarkozy, à savoir : les désormais 40 annuitées de cotisation nécessaires à l’obtention d’une retraite à taux plein, la décote conséquente imposée, le cas échéant, aux travailleurs, l’amputation des pensions desdits travailleurs contraints de partir en retraite avant la date fixée pour l’entrée en vigueur de la loi, l’indexation des pensions sur l’inflation (et non plus sur l’augmentation des salaires)…

Bref, M. Thibault, dont l’organisation se trouvait sur le pied de guerre, désarmait ses militants à la veille de la toute première bataille. Ou, pour le dire avec les mots de M. Guéant, alors guilleret secrétaire général de l’Élysée, et monument toujours renommé de clarté et de simplicité : « Thibault a fait en sorte que la crise puisse se dénouer dès le premier jour. »

Monsieur Thibault serait, donc, un traître.

Traître en 2007. Traître en 2011, lors de la dernière réforme des régimes généraux de retraites, quand il appela, on s’en souvient bien, avec émotion, en compagnie de MM. Chérèque et Mailly à des manifestations régulières, au mieux toutes les trois semaines, ce qui — étrangement — ne suffit pas à faire plier M. Sarkozy, moins sensible du dos, comme nous l’avons vu déjà.

Traître, à dire vrai, pour certains, dès le printemps 2004 et ce fameux « deal » conclu entre lui-même et le futur hôte du Palais de l’Élysée, « deal » fondateur inaugurant en effet l’impressionnante série de défaites syndicales dont nous venons juste d’énumérer quelques jalons remarquables. Mais de quoi s’agissait-il au juste, à l’époque ?

En 2004, M.Sarkozy, pas encore Président (ou Big Boss, comme disent les Américains du Nord) caresse toutefois déjà un grand projet national-industriel : celui de fracasser le statut général d’EDF et préparer, au bénéfice de quelques amis, la normalisation libérale de cette aberration de la Nature représentée, à ses yeux, par la seule existence de l’entreprise publique. Or, chez EDF, à l’époque, la CGT est encore puissante. Il faut passer malgré elle ou, peut-être, tout simplement par elle. Un espoir de cette espèce est permis à M. Sarkozy. Car la situation, chez EDF, n’est plus vraiment ce qu’elle était du temps lointain de Marcel Paul. Certes, la CGT toute entière bénéficie au plan national de l’immense financement encore apporté par cette Fédération de l’Énergie via son célèbre comité d’entreprise, le CCAS. Pour développer ce dernier, la CGT-Énergie reçoit d’EDF-GDF 1% de son chiffre d’affaires réalisé en France, ce qui représente, on en conviendra, un peu plus d’argent que toutes les cotisations réunies de M. Mathieu et de ses camarades, lesquels préfèreraient certainement néanmoins ne pas avoir à les payer, quelques fois, pour des raisons bien bêtes d’économie. Le CCAS d’EDF, contrôlé par la CGT, est quant à lui une entreprise autonome employant quelque 4000 salariés, une entreprise dotée d’un budget annuel de 400 millions d’euros. Les employés d’EDF, au premier rang desquels, bien sûr, les adhérents de la CGT, ne veulent évidemment ni du changement de statut ni de la privatisation d’EDF, auxquels pense, bientôt, les soumettre M. Sarkozy. Ce changement signifierait pour eux moins d’argent pour plus tard, à la retraite. Il aurait également pour conséquence la perte de certains avantages, et de les faire travailler plus longtemps. On les comprend donc parfaitement. Personne ne souhaiterait, à leur place, une telle chose, à moins d’être demeuré ou suicidaire. Et M. Thibault n’étant réputé être ni l’un ni l’autre, de même d’ailleurs que M. Denis Cohen (alors leader de la CGT-Énergie), lesdits militants de base de la CGT leur font confiance à tous les deux. Et c’est avec, disons, une certaine surprise qu’ils accueillent, le 9 janvier 2004, la nouvelle suivante : M. Cohen, au référendum organisé dans l’entreprise « pour » ou « contre » le changement statutaire d’EDF, appelle à voter « pour ». Immédiatement, il se voit désavoué par le vote des militants qui rejettent sa position à 53%. M. Thibault, lui, semble alors s’inquiéter d’une rupture dangereuse entre la base de la CGT et son sommet, constitué notamment de sa propre personne. Et il prend les choses en main. D’abord, M. Cohen est prié de prendre — comme on dit dans le management — un peu de recul. Il partira en 2005, remplacé à l’Énergie par M. Imbrecht, un fidèle ami de M. Thibault, lequel décide en sus de négocier directement ce qui peut encore l’être avec M. Sarkozy. Le « deal » final entre les deux partenaires sociaux intervenant au printemps 2004, nous allons maintenant voir en quoi, grossièrement, il consista, à en croire bien sûr des personnages aussi dignes de confiance que MM. Chérèque (auteur de l’inoubliable ouvrage Si on me cherche… relatant, entre autres sujets passionnants, ces faits) ou Raymond Soubie, inamovible conseiller de M. Sarkozy pour ce qui concerne les affaires sociales. Précisons que M. Thibault, lui, n’a jamais reconnu l’existence dudit « deal », on ne sait trop pourquoi, peut-être une sorte de gêne, irrationnelle. Rendre visite au Président, pourtant, souvent, tous les jours s’il le faut, le chef de la CGT trouverait cela aussi peu condamnable, à l’entendre, que « rendre visite à son employeur ». Voilà qui a le mérite d’être clair. Et voilà, donc, ci-dessous, ce que M. Thibault n’a jamais négocié.

D’abord, M. Thibault n’a jamais négocié l’enterrement, par le pouvoir de droite, de l’enquête judiciaire inquiétante qui se rapprochait grandement du CCAS d’EDF, accusé via une plainte pour « abus de confiance » déposée en février 2004 par son ancien directeur M. Jean-Claude Laroche, de financer le PCF et la CGT. L’enterrement de cette plainte, M. Thibault ne l’a nullement négocié contre l’acceptation par la CGT, d’une part, de la mise à mort finale des régimes spéciaux de l’entreprise, l’aval donné par la CGT, d’autre part, au changement de statut de l’entreprise, M. Sarkozy, de son côté, ne promettant aucunement — en contrepartie annexe — de garder EDF sous capitaux majoritairement publics, et de réserver l’exploitation de la filière nucléaire à EDF. EDF à qui d’ailleurs ni la confiance du Président, ni son soutien, ne furent bruyamment renouvelés, en présence de M. Thibault. De sorte que n’ayant conclu aucun accord, et n’ayant jamais passé aucun « deal », M. Thibault ne saurait aujourd’hui se voir accusé d’avoir été, sur l’intégralité de ces promesses présidentielles, pris pour une merde et roulé dans la farine (en deux temps bien distincts, sinon l’odeur s’avère par trop désagréable).

Mais au fond, de nos jours, qu’entend-on exactement par « trahir » ? Autrefois, certes, la chose allait de soi, mais aujourd’hui ? Un tel vocable trouverait-il quelque part dans la société un usage sérieux, entraînerait-il un effet autre que celui de faire pouffer, nerveusement, ceux qui l’emploient encore par accident, les mêmes souriant avec embarras au surgissement d’archaïsmes tels que « bourgeoisie »« riche » ou « Capital » (des mots, certes, que M. Thibault a, quant à lui, carrément choisi, pour plus de facilité, en tant que chef de la CGT, de ne jamais prononcer) ?

Voilà plus d’un siècle, Villiers de l’Isle-Adam, dans l’un de ses merveilleux contes, imaginait avec ironie le moyen mécanique — à base de grandes décharges électriques prodiguées aux idéalistes maladifs — d’en finir à peu de frais avec les grandes et belles illusions de ce monde : les idées, les passions, la défense de causes puérilement toujours jugées hautes et nobles par d’obscurs attardés. Beaucoup plus près de nous, en 2008, un journal fort estimé, Le Point, délivrait au public l’un de ces passionnants dossiers dont il a le secret, consacré formellement aux « traîtres dans l’Histoire », c’est-à-dire, bien sûr, à la réhabilitation de ceux-ci. Il fallait bien, à l’époque, justifier dogmatiquement des positions que certains esprits mesquins persistaient à considérer méprisables : celles de M. Éric Besson, par exemple, ou de Mme Fadela Amara, de MM. Hirsch ou Glucksmann, bref de la plupart des intellectuels, économistes ou travailleurs sociaux de premier plan venant alors de basculer dans l’orbite (en un seul mot) sarkozyste, afin d’aller, innocemment, à la soupe. Les mêmes qui aujourd’hui, affolés par la droitisation de M. Sarkozy, appellent à voter pour M. François Hollande.

Il semble donc qu’il existe deux manières de trahir. La première, la plus grossière et seule à vraiment mériter encore son appellation poussiéreuse, consisterait à rejoindre purement et simplement l’ennemi, à brutalement épouser ses vues et conceptions, à se vendre à lui, aussitôt, pour un faisceau de raisons que la psychanalyse, la sociologie, l’économie politique, seraient ensemble capables d’expliquer. « Si nous trahissons la Bourgeoisie pour les hommes, écrit ainsi Paul Nizan — qui mourra trahi par son Parti — alors nous ne devons pas rougir de nous présenter comme des traîtres. » La seconde manière, adaptation pragmatique aux conditions présentes revendiquée par le traître lui-même et plutôt, on s’en doute, présentée par lui comme le fruit de sa capacité d’analyse supérieure, déboucherait sur une position fort honorable, d’ailleurs désormais qualifiée — loin des « félonies », des « retournements » et autres naïvetés ou vieilleries manichéennes de même type — de réaliste. Il faut être réaliste. « Ce n’est pas la girouette qui tourne, disait Edgar Faure, c’est le vent. » Ou dans un autre registre, bien sûr : « Le marxisme doit toujours être une doctrine réaliste » (Lénine).

L’étude de certains phénomènes contemporains tels que le gangstérisme ou le syndicalisme de masse façon Samuel Gompers aux USA ou — puisque c’est l’objet de cet article — en France, façon Bernard Thibault, montre assez que ces deux manières de trahir n’en forment en réalité qu’une seule. Elle montre aussi, au-delà de tout jugement moral, à quel point l’ancien ouvrier conscient promu, désespérant des pouvoirs de sa classe, donc désireux de ne travailler désormais que pour lui-même ou pour la promotion, semblable à la sienne, d’un simple clan d’ouvriers, ce clan fût-il numériquement le plus étendu possible, est condamné, de toute éternité, à se voir tragiquement rouler par la Bourgeoisie (voir plus haut l’histoire du « deal » n’ayant jamais existé entre la CGT et l’Élysée). Celle-ci n’abandonnera quant à elle jamais, dans son rapport aux divers « partenaires sociaux » qu’il lui sera donné, au fil du temps, de croiser sur sa route la seule position théorique qui vaille : la position de classe.

Mais soyons clairs : nous ne pensons pas que tous les matins, au moment du réveil, ni Samuel Gompers, leader de l’AFL américaine ni Bernard Thibault, chef de la CGT française, jetant un œil en direction de leur reflet dans la glace, avant de filer bruncher chez un Président de la République ou un partenaire patronal quelconque, ne se seront consciemment jugés des traîtres. Les hommes ne se découvrent jamais à ce point. Ils se mentent. Ce mensonge ne se trouve débusqué que par l’étude — patiente — de certains indices, en particuliers corporels. Les traîtres, comme tout le monde, somatisent. Ils souffrent de trahir quoique ne se l’avouant pas. Et c’est alors leur chair qui leur fait sentir que leur position n’est ni confortable ni correcte, qu’elle ne convient pas et fera plus tard leur malheur, la vieillesse, le remords, la vengeance du temps aidant. Personne ne se reconnaît avec plaisir un parfait salaud. Bernard Thibault, fils d’ouvrier, aura trahi sa classe, comme Samuel Gompers avant lui. Bernard Thibault aura fait violence à une part essentielle de lui-même, de son identité humaine. Bernard Thibault aura marché sur la tête une partie importante de son existence. Or, marcher sur la tête n’est pas seulement fort difficile. C’est aussi douloureux, à la longue. De sorte qu’un dernier mystère nous semble ici percé, après celui de ce mal de dos le poussant aujourd’hui à quitter la CGT. Ce mystère, vous l’avez compris ! c’est celui de l’agencement de cette incroyable coupe de cheveux arborée par M. Thibault, toutes ces belles années qu’il aura sacrifiées au « monde du Travail » ! Il ne s’agissait donc, en fin de compte, que de cela : d’une triviale technique capillaire, pragmatique et réalistevisant à amortir les terribles chocs occipitaux consécutifs à cette motricité sociale inverse, et de réduire ainsi la migraine de celui auquel le pavé, selon le mot célèbre de Victor Hugo, n’aurait, certes, manqué, un jour ou l’autre, de rappeler son existence, sa densité, sa dureté, bref : sa résistance épuisante !

Les choses sont claires à présent.

Allez en paix, M. Thibault.

Que vos douleurs, auxquelles le Moine Bleu compatit, s’estompent.

Détendez-vous un peu, que diable ! Vous avez abattu un sacré travail, après tout. Chienne de vie. Vous avez bien mérité de la retraite. Pour vous, elle ne devrait pas trop poser de problèmes. Installez-vous confortablement.

Voilà.

À l’horizontale.

Un petit jaune ?

Le Moine Bleu, 30 avril 2012

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[Flics, porcs, assassins] Justice pour Amine Bentounsi

EXCLUSIF – Affaire Bentounsi : « des tirs hors situation de légitime défense »

Le rapport d’enquête consulté par Le Point.fr contredit la version du policier qui a tué Amine Bentounsi.

Selon le rapport d’enquête que Le Point.fr a pu consulter, Amine Bentounsi, 29 ans, multirécidiviste en cavale, a été tué « hors situation de légitime défense » par un policier le 21 avril à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) et « d’un tir à distance sans autre lésion de violence, de prise ou de défense ». Les constatations médico-légales et l’audition d’un témoin oculaire, Jean-Pierre [Le prénom a été modifié] S., 53 ans, ont contredit la version du policier selon laquelle il était en état de légitime défense.

« J’ai vu un homme juste derrière lui (Bentounsi, NDLR), à une dizaine de mètres, qui courait le bras tendu. Il est arrivé de la même direction, sur le même trottoir… Le fuyard avait quelque chose dans la main. À ce moment-là, j’ai entendu une première détonation, suivie d’autres », a déclaré Jean-Pierre S. Si le fuyard, très défavorablement connu des services de police, était bien porteur d’une arme à feu dont il n’a pas fait usage, une chose est sûre : Bentounsi courait et tournait le dos au policier.

Manifestations

Le gardien de la paix Damien S. qui a tiré à quatre reprises sera retrouvé par ses collègues en pleurs devant le corps inerte. « Le tir est quasi horizontal d’arrière en avant, quasi perpendiculaire à l’axe du corps », selon le rapport du médecin légiste. En garde à vue, Damien S. a reconnu avoir tiré sans sommation. Me Daniel Merchat, son avocat, va faire appel de la mise en examen de son client. La conseil des parents d’Amine Bentounsi, Me Samia Maktouf, se félicite de l’indépendance du magistrat instructeur. « Il a su garder la tête froide, malgré la manipulation de l’opinion publique par les syndicats de police et les hommes politiques. »

La mise en examen pour homicide volontaire de Damien S., policier de 33 ans, continue de faire des vagues. Des manifestations des forces de l’ordre sont régulièrement organisées, sur les Champs-Élysées, rue de Rivoli ou encore devant la préfecture de Bobigny. La défiance des syndicats de police à l’égard de la justice a trouvé un écho certain dans la dernière ligne droite de l’élection présidentielle. Une affaire qui devrait être abordée durant le débat de l’entre-deux-tours opposant mercredi soir Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Leur presse (Aziz Zemouri, LePoint.fr, 2 mai 2012)

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[Aurillac] A voté !

La permanence de l’UMP à Aurillac vandalisée

L’UMP du Cantal va porter plainte. C’est ce qu’affirme Jean Antoine Moins secrétaire départemental de l’UMP suite à des dégradations constatées sur la façade de la permanence UMP à Aurillac. Les faits se sont passés pendant le week-end et les militants ont été choqués par les propos inscrits et une affichette obscène retrouvée sous la porte. Indigné que l’on cible les militants, le secrétaire départemental aurait préféré une discussion franche avec des opposants autour du programme de Nicolas Sarkozy. Lors d’un point presse lundi, il a qualifie ces actes de « indignes en pays démocratique ». C’est la deuxième fois que la permanence de l’UMP est vandalisée. La première fois c’était lors du mouvement sur les retraites. La plainte avait été classée sans suite.

Leur presse (Radio-Totem.net, 30 avril 2012)

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[Printemps érable] « C’est l’image de marque de Montréal, ternie par certains dérapages policiers récents, qui se trouve ainsi rehaussée par tant d’intelligence qui circule dans nos rues ! »

BIXI – Vandalisés par de la poésie

Des citations de Cocteau, Boris Vian ou de Gainsbourg sur les vélos en libre-service de la Ville de Montréal : non BIXI ne se lance pas dans la promotion de la littérature.

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Sur les plus de 4000 BIXI en circulation, « pratiquement tous » ont été victimes de vandalisme littéraire, a indiqué, à l’Agence QMI, Michel Philibert, directeur des communications et marketing de BIXI.

En moins de 24 heures, des autocollants reprenant des citations littéraires ont été collés à la place des encarts publicitaires présents sur les garde-boue arrière des vélos en libre-service.

Le vandalisme littéraire est apparu à la suite d’un faux communiqué diffusé lundi matin par des pirates informatiques sur le site bixipoesie.ca, reprenant sans autorisation le logo ainsi que la marque de commerce de la société BIXI, a expliqué M. Philibert.

Le faux communiqué annonçait le remplacement des publicités sur les garde-boue des BIXI « par plus de 500 extraits DIFFÉRENTS de poèmes, de chansons, de romans, d’essais ».

Une « belle opération »

« On reconnaît que ça a été bien fait et que des efforts considérables ont été mis en œuvre, a commenté Michel Philibert. Malheureusement, par respect pour nos commanditaires, on va devoir retirer les autocollants. »

Michel Philibert justifie le retrait des autocollants littéraires en expliquant que l’investissement des commanditaires permet de « maintenir un coût accessible aux utilisateurs ».

Face à une telle mobilisation, le directeur des communications et marketing a ajouté : « on a eu des propositions originales et on va regarder ça ».

La page Facebook de BIXI vélo, une page officielle, invite le public à soumettre « leurs citations préférées ». « Nous ferons un comité à l’interne et nous vous les soumettrons au vote. Nous trouverons un moyen original de les réutiliser », indiquait, lundi soir, un message sur la page Facebook de la société.

Il a, par ailleurs, été décidé qu’aucune plainte ne sera portée à la police.

Un faux communiqué

Dans le faux communiqué, mis en lien avec la page d’accueil de BIXI Montréal, il est écrit que la Société de vélo en libre service (SVLS) veut inscrire sa « saison 2012 dans la mouvance sociale actuelle ». Le faux document prête de faux propos au directeur adjoint des communications. « En l’absence d’une réelle volonté du gouvernement Charest de rendre le savoir accessible à tous, on s’est dit qu’on allait faire notre part. À défaut d’être véhiculé dans les cégeps et dans les universités, le savoir va donc circuler librement dans les rues, sur les BIXI ! »

Il est en outre indiqué dans le faux communiqué : « Il nous apparaissait un peu gênant de ne pas contribuer minimalement à la grève étudiante, d’autant plus que bon nombre de nos clients sont justement des étudiants et étudiantes surendetté-e-s ».

Le maire Tremblay s’est également trouvé engagé par de fausses déclarations : « C’est l’image de marque de Montréal, ternie par certains dérapages policiers récents, qui se trouve ainsi rehaussée par tant d’intelligence qui circule dans nos rues ! »

Qui lisait le communiqué jusqu’au bout se trouvait interpeller par ces propos en phase avec l’actualité étudiante.

Et pourtant, certains se sont fait avoir. C’est le cas de VOX MONTREAL qui interroge à ce propos ses abonnés sur sa page Facebook : « Quels auteurs aimeriez-vous lire sur les BIXI ? »

Et les abonnés Facebook de la chaîne de télévision citoyenne se prennent à rêver de vélos arborant les citations de Frédéric Beigbeder, Paulo Coelho, Alexandre Dumas, Khalil Gibran ou encore de Charles Baudelaire.

Les auteurs du canular n’ont pas encore été identifiés.

Leur presse (Katia Tobar, Agence QMI, 30 avril 2012)


Opération Mea culpa – La poésie remplace la publicité sur les BIXI

La Société de vélo en libre service (SVLS) est fière d’annoncer sa décision de retirer les publicités sur les BIXI et de les remplacer par plus de 500 extraits DIFFÉRENTS de poèmes, de chansons, de romans, d’essais, etc. C’est suite à une longue réflexion déclenchée par le tollé qu’avait suscité il y a deux ans l’ajout de pubs sur les ailes des vélos que la SVLS a pris cette décision importante.

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Dans le contexte actuel où sévit une alarmante marchandisation de l’espace public (incluant nos universités), et considérant les faibles revenus générés par cette publicité (autour de 2 millions de dollars en 2011, alors que le budget 2012 prévoit des revenus de plus de 91 millions), il devenait difficile pour la SVLS de justifier la publicité sur les BIXI. « On s’est vite aperçus, par l’avalanche de commentaires ulcérés reçus des utilisateurs, qu’on avait fait une erreur. Il y a quand même des limites à prendre les citoyens pour des hommes-sandwichs ! », a admis un cadre de l’entreprise, sous le couvert de l’anonymat.

En nommant cette opération Mea culpa, la SVLS fait non seulement un volte-face courageux, mais veut aller encore plus loin en inscrivant sa saison 2012 dans la mouvance sociale actuelle. En effet, comme l’a déclaré en conférence de presse ce matin le directeur adjoint des communications : « En l’absence d’une réelle volonté du gouvernement Charest de rendre le savoir accessible à tous, on s’est dit qu’on allait faire notre part. À défaut d’être véhiculé dans les cégeps et dans les universités, le savoir va donc circuler librement dans les rues, sur les BIXI ! ». Cette déclaration a été saluée par les trois principales organisations étudiantes, la FECQ, la FEUQ et la CLASSE, cette dernière ayant souligné le caractère non-violent de la décision.

Décision qui a d’ailleurs été d’autant plus facile à prendre que la Société de vélo en libre-service annonce des profits de dix millions dans son budget 2012, et que ses activités à Montréal, déficitaires depuis leurs débuts, seront rentables pour la première fois cette année. « Dans ces circonstances, il nous apparaissait un peu gênant de ne pas contribuer minimalement à la grève étudiante, d’autant plus que bon nombre de nos clients sont justement des étudiants et des étudiantes surendetté-e-s. », déclare la SVSL.

D’ailleurs, la lutte contre l’augmentation des frais de scolarité étant en train de devenir un enjeu mondial, BIXI étudie présentement la possibilité d’étendre l’opération Mea culpa à d’autres grandes villes qui ont acheté des BIXI, notamment New York, où les premiers vélos seront livrés cet été.

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Appelé à commenter la situation, le maire Gérald Tremblay a déclaré : « Je n’étais pas au courant… Mais, de toute évidence, Bixi a pris la bonne décision. C’est l’image de marque de Montréal, ternie par certains dérapages policiers récents, qui se trouve ainsi rehaussée par tant d’intelligence qui circule dans nos rues ! ». L’administration Tremblay en a profité pour critiquer le gouvernement Charest qui veut l’obliger à vendre la division internationale de BIXI, ce qui pourrait sonner le glas des vélos en libre service à Montréal. « Le premier ministre change les lois pour accommoder Quebecor et son amphithéâtre à Québec, mais il fait la sourde oreille quand il est question de l’intérêt collectif. On le voit avec l’éducation, et maintenant avec BIXI. Nous, on veut poursuivre l’aventure de ce service public, d’autant plus cohérent sans publicité ! », a ajouté le maire, visiblement excité.

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Du côté des commanditaires, bien qu’on se dise évidemment déçus de ce revirement de situation, on accepte la décision avec philosophie, inspirés en cela par les nombreux aphorismes apposés sur les vélos. Assimilées à du « greenwashing » par la population, ces pubs étaient de toute façon si mal accueillies qu’elles devenaient illisibles au cours de l’été à cause des graffitis.

Dans l’ensemble, l’opération Mea culpa est donc très bien accueillie, en particulier par les employé-e-s, qui non seulement auront la chance de parfaire leur culture personnelle tout en transportant les vélos, mais participeront par le fait même à un mouvement social historique. « Je redécouvre chaque jour le plaisir d’apprendre et la beauté de la poésie, et ce gratuitement, dans la rue, grâce à BIXI ! », de conclure l’ex-responsable des contrats publicitaires de la SVLS.

Bixi Poésie, 30 avril 2012

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[Montréal] On est en grève pis c’est pas des crisses de farces !

Salut vous autres. Quelques nouvelles de Montréal pendant que ça brasse. Le Québec, la province « cute », qui parfois, dans l’histoire, arrive à se montrer autre chose qu’une simple banlieue culturelle entre New York et Paris. Faut croire que ça prend quelque chose pour que les « cousins » français ou européens prennent au sérieux ce qui se passe ici, politiquement, et qu’on ne s’y rapporte pas seulement comme à un nouveau spot de vacances, une opportunité de carrière où se faire valoir pour pas cher, où la place cool que s’arrachent les hordes de Pévétistes venus innocemment gentrifier les quartiers de Montréal. Parce que le Québec c’est pas juste cool, c’est aussi de la marde. Et la marde, parfois, ça revole.

J’avais envie de partager un peu de ce qui se passe ici à quelques uns et unes de vous, qui là-bas, n’avez peut-être pas trop idée de ce qui se trame ici en ce moment.

Une grève étudiante, la première digne de ce nom depuis 2005, s’en va maintenant dans sa douzième semaine. La plus longue et la plus massive de l’histoire étudiante québécoise, mais aussi canadienne et étasunienne.

Ma petite lettre risque d’être un peu longue, mais je n’ai pas trop le temps de faire dans la finesse. Et bon, je m’efforce quand même d’aller un peu dans les détails, ceux dont on ne parle pas dans la presse.

Ça faisait plus de deux ans que les associations étudiantes la promettais. Le prétexte, la hausse annoncée de 1625$ des frais de scolarité à la fac. Une hausse que le gouvernement Charest, en place depuis 9 ans, à vendu en disant que les frais actuels étaient ridicules comparés aux université du Canada et des États-Unis, et que les étudiants — ces privilégiés qui feront pleins de thunes plus tard — doivent contribuer. Au début du mois de janvier, c’était encore assez dur de croire à un mouvement, d’en sentir l’imminence, tant le mouvement était planifié, au sens bureaucratique du terme. Ce qu’il faut comprendre, par rapport à la France, c’est qu’ici, les A.G. où se décident les grèves ne se tiennent pas n’importe comment. Dans chaque fac, ou Cégep (collèges préuniversitaire où on entre vers 17 ans) il y a un syndicat étudiant unique à cotisation obligatoire. C’est l’A.G., qui décide si son association (le « syndicat »)  s’affilie à une fédération nationale quelconque, la FECQ, la FEUQ (équivalents de l’UNEF) ou l’ASSÉ (le syndicat « de combat »).  En gros, c’est comme s’il n’y avait que des A.G. d’UFR, et que tout étudiant cotisait obligatoirement soit à l’UNEF ou à SUD selon le résultat d’une élection d’UFR. Les syndicalistes ont donc une bonne longueur d’avance sur toute forme d’organisation autonome. C’est le principe de la formule RAND, entrée dans les lois du travail pour briser le syndicalisme radical.

Bien que tous les étudiants peuvent parler et voter des trucs en A.G., ces associations deviennent les seules dépositaires de toute légitimité, et elles sont présentées par de nombreux militants, y compris des anarchistes, comme le modèle d’une démocratie directe à construire. Les A.G. sont aussi hyper lourdes, c’est le paradis (ou l’enfer) de la procédure (le code Morin), et la seule critique apparente qui s’en fait se voit dans l’absentéisme. Ce système de représentation, d’encadrement du mouvement étudiant donne beaucoup de moyen à un « appareil », qui lorsqu’il est contrôlé par des gauchistes, rend possible du travail de mobilisation coûteux (permanents payés, location de bus, de salles de spectacles pour les A.G., photocopies illimitées, etc.), mais ça tend à décourager ou à invisibilité toute initiative qui n’émane pas de la « structure », ou qui ne va pas dans son sens (ce serait « antidémocratique »).

Dans ces conditions, c’est très difficile de faire déborder le mouvement en dehors de l’identité étudiante ; sans parler du fait que le système des associations continue à cloisonner les étudiants dans leurs discipline.

Toujours est-il que cet hiver, ces A.G. ont largement voté en faveur d’une grève générale illimitée (à l’UQAM, les votes de grève allaient souvent chercher dans les 80% et même 94% en arts). Il n’y a qu’à Québec (qui se démarque année après année par son caractère conservateur) où le mouvement n’aie pas pris. Tandis qu’à Montréal, même certains départements des facs anglophones, traditionnellement indifférentes à toute agitation politique, ont rejoint la grève. Après 3 semaines, plusieurs associations ont fait passer des propositions voulant qu’aucun vote de reconduction ne serait demandé tant que la ministre ne recule pas sur la hausse des frais. C’était à savoir qui ferait la proposition la plus radicale, certains Cégeps votant même pour reconduire jusqu’à la gratuité scolaire.

Le plus frappant, c’est nettement l’ampleur du mouvement. Depuis 2 mois, il y a des manifs tous les jours à Montréal, sans parler des actions de perturbations sans arrêt (blocage du port, du ministère, des bureaux d’administration des facs, du casino et des dépôt de la Société des Alcools (qui sont deux entreprises d’État), de l’autoroute, des ponts — Montréal c’est une île — et perturbations de congrès d’actionnaires de banques, etc.) La plupart du temps, ça tourne autour de 1000 à 10’000 personnes, mais pour la manif nationale du 22 mars, c’est au moins 200’000 personnes qui sont sortis marcher avec leur petit carré rouge. Le carré rouge, c’est un bout de feutre que les gens se mettent au manteau avec une petite épingle à nourrice, pour montrer leur solidarité avec la grève étudiante. Cette espèce de cocarde, apparue lors du mouvement de 2005, est maintenant omniprésente dans les rues, partout, dans les bus, etc., des vieillards autant que des enfants ; des gens mettent des draps rouge à leur balcon, etc. etc. Ça met l’ambiance, ça rend la grève présente comme « événement »,  mais comme événement sans contenu. Un peu comme l’avait été il y a des années le drapeau du Québec et les petits pins du « oui » au référendum de 95 sur l’indépendance. La grève actuelle reprend en quelque sorte le flambeau d’« Occupy Montreal » en tant que rumeur qui courre dans la ville et le reste de la province, qui rassemble tout un paquet de gens qui ne partage pas grand chose d’autre qu’un symbole. Au-delà du sourire en coin, il reste quoi ? La durée,  l’approfondissement du conflit révèlent toujours plus la fausse solidarité dont le carré rouge est le signe.

Jusqu’à tout récemment, j’avais vraiment l’impression que le mouvement manquait de la magie qu’il y avait en 2005. C’est que cette année, il n’y a pas d’occupations, il n’y a pas eu de nuit de barricades. Tout a été fait pour que les campus « à risque » soient administrativement fermés dès que le vote de grève a passé. Ceux qui ont tentés d’y rester ont tous été arrêtés. En 2005, les occupations étaient vraiment l’occasion de faire exister autre chose, ça créait un flou par rapport aux identités, ça décollait du simple aspect revendicatif. Cette fois-ci, même les facs qui sont ouvertes sont désertées : rien ne s’y passe, tous ne font qu’y passer. Si les actions directes se multiplient et dépassent en vigueur les coups de 2005, il est difficile de ne pas y voir qu’une simple radicalité au service des revendications. Si la détermination à durer est plus impressionnante, ça reste difficile de présager quelque chose qui se poursuivrait au-delà d’une entente avec le gouvernement. Quelque chose qui tiendrait dans autre chose qu’un statut d’étudiant. On dirait que tout est fait, même au sein du mouvement, pour que rien ne déborde du cadre. Et c’est sans parler d’une radicalisation des pacifistes, qui deviennent de plus en plus violents envers les méchants « black blocs » et autres incivils qui nuisent à l’image.

Le mouvement est très imprévisible, dur à lire, tant il produit peu de discours et ses slogans sont vides.  Cette fois, contrairement à l’habitude, la plupart des textes critiques ont été écrit avant la grève, et depuis, tout s’est fondu dans un (activisme réducteur). Jusqu’ici, il n’y avait pas de quoi s’en enthousiasmer, mais c’est peut-être maintenant ce qui fait la force du mouvement. Vu les mandats de reconduction automatiques, les A.G. sont désertées et ne sont plus le lieu central de la lutte. De plus en plus, on sent qu’elles n’expriment plus la réalité du mouvement mais ne sont qu’un outil qui sert à faire durer la situation. En plus de la multiplication démesurée des manifs, la grève se reterritorialise dans une multiplicité de projets et d’expériences plus modestes, mais moins « vides ».

Pour ne parler que de ce qui se passe à Montréal, il y a entre autre « Fermaille », qui sort un recueil de poésie et de courts textes chaque lundi depuis le début du mouvement, il y a aussi une « maison de la grève » qui a ouvert ses portes le 2 mars, donnant un espace où se retrouver en dehors du cadre des associations, qui ne soit pas liée à une fac en particulier et où ont lieux diverses activités qui rejoignent entre autre des gens de d’autres secteurs, travailleurs syndiqués ou non, chômeurs, etc. Il y a encore Schola, un projet d’université populaire nomade, né aussi au début de la grève, et encore d’autre groupes, plus sérieux ou plus ludiques, comme « Force étudiante critique » ou encore les ravisseurs du Rabbit Crew, l’école de la montagne rouge, les oiseaux rouges, le pink block, et j’en passe. Bien sûr, c’est sans parler du plus important sans doute, qui est l’ensemble des petites bandes plus informelles, sans nom, qui se sont formées au cour de la grève et qui font véritablement la solidité du mouvement.

Maintenant, ce qui se passe, et ce qui m’a donné envie de vous écrire, c’est que quelque chose de cette grande spectacle de la mobilisation semble s’être fragilisé. Comme si la magie, cette fois, venait de la durée inattendue de la grève, et du pourrissement de la situation. Les semestres sont déjà en péril et à ce point-ci, les étudiants n’ont rien à perdre et ne vont surtout pas lâcher l’affaire. De leur côté, Charest et sa ministre de l’éducation, Line Beauchamp, essaient de jouer les intraitables, maintenant la ligne dure en misant sur le soutient de ceux qui en appellent à l’ordre et qui veulent faire taire ces petits cons dans la rue. Il faut croire qu’ils ne s’attendaient pas, eux non plus, à un mouvement d’une telle ampleur, et là, c’est comme si leur orgueil les empêchaient de plier. Même certains citoyens des plus réacs commencent à en avoir marre de l’entêtement du gouvernement qui commence à coûter cher et qui transforme Montréal en zone occupée. Le budget annuel de la police de Montréal a déjà été dépassé et leurs hélicos continuent de tourner en permanence au-dessus de nos têtes. La « crise » coûte cher à la ville et crée des tensions entre le maire et le premier ministre. Les éditorialistes des grands journaux compétitionnent en commentaires imbéciles et condescendants. Un fonctionnaire du gouvernement, Bernard Guay a même publié une lettre dans « le Soleil » de Québec, où il appelle les gens de bon sens à servir aux gauchistes leur propre médecine : ne pas se contenter d’aller voter contre la grève en A.G. mais de les intimider dans la rue, et de « s’inspirer des tactiques fascistes des années 30 » (sic). La situation polarise tout. Les flics épuisés par leurs heures sup’ à courir partout deviennent de plus en plus bêtes et agressifs. De l’autre côté, les grévistes goûtent abondamment à la médecine porcine, et les bavures se multiplient. Cette année, la manifestation annuelle du 15 mars, contre la brutalité policière, s’est tenue par « coïncidence » quelques jours après que les flics aient fait perdre un œil à un cégépien de St-Jérôme. Résultat : 5000 personnes se sont pointées, et la soirée à virer à l’émeute. Pillages et voitures de keufs cramées sur la rue Ste-Catherine. Ce n’est pas un hasard si les premiers « débordements » ont eu lieu dans une manif qui n’était pas « étudiante ». Mais quelque chose s’était produit qui témoignait d’une tension qui ne faisait encore que monter.

Le harcèlement policier devient systématique. Plusieurs ont encore dans les dents le goût de la répression au G8/G20 à Toronto, en 2010, où les Québécois ont payés cher. Et déjà l’an dernier, les flics de Montréal annonçait la création de leur nouvelle escouade GAMMA (guet des activités et mouvements marginaux et anarchistes) avec une série d’arrestations à domicile.

Au mois de mars, une semaine après l’ouverture de la maison de la grève, les flics ont sauté sur le premier prétexte (un mec qui buvait sa bière sur le trottoir) pour entrer en force dans le local, arrêter tout le monde et perquisitionner. C’est aussi le festival des P.V. que les même cochons distribuent à tous les jeunes comme si c’était des prospectus de free party. De plus en plus de gens sont arrêtés, détenus, paient des cautions, des avocats, et on attend les procès de camarades qui risquent du ferme.

Le plus embêtant reste de voir la complicité parmis les grévistes de soi-disant pacifistes qui se félicitent de collaborer avec la police. Mais l’arrogance du gouvernement et la violence des flics continuent d’amplifier la rage. Le gouvernement ne cherche pas tant à nier le mouvement qu’à lui nier toute hétérogénéité. Il ne voudrait le reconnaître qu’en tant qu’il pourrait pacifier le conflit, c’est-à-dire raisonner les esprits et les corps qui le compose. Il ne négociera pas avec un mouvement qui n’est pas capable d’assurer sa sujétion à la souveraineté de l’État. Il ne veut rien savoir du politique.

Par toutes sortes d’opérations, tous les ennemis de la grève essaye de ramener la question à  une affaire de droits et de règlements municipaux. On assiste depuis quelques semaines à une judiciarisation sans précédent de la grève : les injonctions pleuvent (des étudiants ont gagné en cour supérieure le droit d’aller en classe), et dans certaines villes les flics et les vigiles forcent le retour en classe tout en empêchant ceux qui ont des têtes de gréviste de rentrer. À l’UQO de Gatineau, ceux qui ont voulu aller en cours y ont goûté. Le sang a coulé et même les profs se sont résigner à refuser la reprise des cours.

Dans leur coins, des militants anti-grève et partisans de la hausse regroupés sous le nom de MESRQ (Mouvement des étudiants socialement responsables du Québec) se sont même mis à distribuer des « kits » d’injonction (genre de formulaire pré-rempli avec juste le nom à changer) pour faciliter la démarche.

En fait, avec la grève, ce n’est plus tant la question de la hausse qui a le dessus, car l’immense majorité des étudiants sont contre la hausse, ou contre Charest. La polarisation principale tient d’abord dans la question du blocage, dans la question du droit d’aller en cours,  qui voudrait poser la grève comme « choix individuel », ne devant pas dépasser le « boycott », sans quoi il s’agirait d’une prise d’otage anti-démocratique. Comme d’habitude, ces deux questions sont elles-mêmes recoupées par une autre, celle de la « violence ».

Pensant peut-être que tout ce harcèlement allait jouer en leur faveur, et que les débordements auraient nuit au mouvement, le Charest et la Beauchamp ont fait mine de vouloir négocier, et n’ont s’empêcher de dire des conneries. Leurs propositions sont ouvertement des provocations tant elles semble parfois empirer la réalité actuelle. Ils veulent bien faire entendre qu’ils ne veulent rien savoir d’une remise en question de la hausse des frais. Cette première annonce à l’adresse des étudiants est reçu comme un défi. Ceux qui craignait que la ministre ne propose une entente à rabais que la FECQ et la FEUQ accepteraient et qui ferait rapidement fondre le mouvement ont dès lors senti que la grève avait encore du temps devant elle. Et plus ça dure, plus ça agrège d’autres luttes. La crise avec laquelle le gouvernement doit dealer prend le nom du mouvement étudiant, mais le dépasse largement. Ainsi, il y a quelques semaines, les mises à pieds massive chez les travailleurs d’AVEOS, qui bossent pour Air Canada, ont donné lieu à des manifestations sérieuses souvent appuyées par de nombreux étudiants. Pareil pour la lutte des travailleurs lock-outés de Rio Tinto-Alcan.

Dans la foulée, comme pour le 15 mars, ce sont d’autres mobilisations qui se sont trouvées comme « dopées » par la situation. Ainsi du le « Plan Nord », une des grosse entreprise de développement du gouvernement Charest, la plus contestée depuis les gaz de schistes. Ce nouveau méga-projet de détournement de rivières et de colonisation minière des territoires Cris, Inuits, Attikamekws et Innu a déjà été visé par de nombreux blocages de routes sur la Côte-nord et différentes actions de solidarités au sud. Or, il y a moins de 10 jours, vendredi le 20 avril, se tenait à Montréal un « salon de l’emploi » pour le plan Nord que des gens de divers horizons entendaient bien perturber, groupes autochtones, écolos, anars, etc. De nombreux étudiants en grève étant de la partie, ça a assurer une certaines masse critique qui a réussi à pénétrer dans le palais des congrès et prendre le contrôle des rues avoisinantes pendant plusieurs heures. Alors que plusieurs n’en pouvaient plus de désespérer en voyant la faible réaction de la rue, depuis des semaines, face au mépris des flics, du gouvernement et des grosses business qui vienne faire leur show, cette fois, ils en ont eu pour la peine. Des lignes de flics qui reculent, qui se sauvent en courant sous les jets de pierres, de bouteilles et autres morceaux de mobilier urbain, des barricades sur la rue St-Antoine, et des rassemblement qui resurgissent de partout après chaque dispersions. Même la Sûreté du Québec, la police provinciale, a dû être appelée en renfort. Les flics aussi, bien sûr, s’en sont donné à cœur joie. Lorsque le salon a finalement repris, dans son discours de présentation, Charest a poussé l’arrogance en faisant des blagues sur la situation : « tous ces gens qui cognaient à nos portes ce matin, nous pourrons leur offrir des jobs, dans le Nord autant que possible ». Comme le roi qui fait ses jokes devant sa cour pendant que la plèbe se révolte dehors du château.

L’opération de Charest et des médias aura été à nouveau de tout présenter ce qui se passe comme étant des actions des étudiants, ayant pour objet la hausse. Après coup, on a parlé d’une émeute, de la grève étudiante, mais pas d’une attaque contre le plan Nord. Le conflit étudiant sert d’histoire à raconter pour masquer tout un tas de trucs dont on ne parle plus depuis 2 mois. Mais du coup, là, c’est le mouvement de grève qui a gagné l’attention de CNN, d’Aljazeera, du Monde et de tout un paquet de médias internationaux qui ont commencé à répandre la rumeur du « printemps québécois ».

Immédiatement, dans la fin de semaine, la ministre Beauchamp a voulu se montrer de bonne foi en appelant une table de négociation, mais elle  a refuser de recevoir la CLASSE (coalition large de l’ASSÉ) sous prétexte que ses membres ne veulent pas dénoncer la « violence », les actes de grabuges etc. Lorsque finalement, le dimanche 22, le congrès de la CLASSE a adopté une motion pour condamner la violence « physique », la ministre a soudain décidé qu’elle ne recevrait ses délégués qu’au terme d’une trêve de 48 heures. Or, bien que la CLASSE n’aie pas appelé à manifester durant ces 2 jours, ça n’a pas empêcher les gens de continuer à sortir dans la rue, et à foutre le bordel dans le centre-ville de Montréal (ça commence à faire beaucoup de voitures de flics hors-services depuis quelques jours). Évidemment, la ministre en a profiter pour exclure à nouveau la CLASSE, mais cette fois, les délégués de la FECQ et la FEUQ se sont solidarisés et ont refusés de rencontrer la ministre sans les délégués de la CLASSE.

Les négociations sont donc à l’eau, et tant mieux, ça retarde les trahisons, les compromis, la suspension du momentum. Le « conflit » n’est pas prêt de se régler, et la tension continue de monter. Depuis 2 semaines, c’est 3 ou 4 manifestations qu’il y a par jour, ce soir, c’était la sixième nuit consécutive de manifs nocturnes. Sans parler des actions plus intenses des derniers jours, le bétonnage du métro, les fumis dans les centre commerciaux aux heures d’affluence, le saccage du bureau de la ministre, et l’attaque de nuit du poste de police 45.

Avec la polarisation, c’est aussi l’hétérogénéité du mouvement qui s’accentue. D’une part, de plus en plus de gens se laissent prendre par la tentation de l’action directe. Mais par ailleurs, d’autres manifestants, carré rouge sur le coeur, s’organisent de plus en plus sérieusement pour assurer l’absence de friction entre la manif et le reste. On voit se multiplier les connards qui prennent à parti les « casseurs », essaient de leur casser la gueule ou huent tout simplement ceux qui gueulent des slogans anti-flics.

Dans la manifestation nocturne de vendredi dernier, les flics ont annoncés au haut-parleur qu’ils interrompaient la marche (5 ou 10’000 personnes) afin de procéder à des arrestation. Ils sont allé se servir dans la foule, sous les applaudissement des « pacifistes », sont ressortis avec une quarantaine de proies, et ont repris le micro pour dire que la manifestation pouvait reprendre son chemin. Et elle l’a repris ! Cette expérience dystopique a de quoi faire flipper.

Mais ce n’est pas ce qui va empêcher la situation de s’enliser encore plus. Au vu des événements des derniers jours et de l’arrogance du gouvernement, certaines écoles qui n’étaient plus en grève songent maintenant à la reprendre, même à Québec où tout semblait mort.

Aussi, c’est le 1er mai qui arrive. Et on sait bien qu’il n’y aura pas que des étudiants. Ya moyen que ça pète. D’ailleurs, en se préparant pour le 1er mai, les A.G. de l’UQAM ont repris des propositions de  mobilisation pour une grève sociale, afin de faire sortir le mouvement de la revendication étudiante, ce qui apparaît de plus en plus comme la seule continuité possible de la lutte. L’éventualité d’une chute du gouvernement Charest devient une possibilité de plus en plus sérieuse. Son gouvernement est sous tension : il subit des pressions de toute parts et est miné par des divisions à l’interne. Le congrès du parti libéral (au pouvoir) se tiendra en fin de semaine. Des rumeurs veulent que des élections se préparent, ce qui retarderait encore plus un règlement du conflit. Pour certains, c’est une stratégie électorale : pousser au pourrissement pour devenir le parti de l’ordre, faire passer l’autre parti de droite (la CAQ) pour la 5e roue du carrosse. Dans l’opposition, le Parti Québécois n’apparaît pas mieux que les autres. Sa chef, Pauline Marois, était ministre de l’éducation lors de la grève étudiante de 1996.

Il y a donc des possibilités qu’on assiste à un retour de Charest : ici pas besoin de changer la constitution pour briguer un 3e mandat.

Dans tous les cas, la merde n’a pas finie de chier. Le semestre d’été est déjà menacé et la saison des festivals s’en vient. Comme le maire de Montréal l’a dit, la situation est très préjudiciable pour sa ville, son économie, etc.

Les gens ont bien vu la semaine dernière se qui s’est arrivé au Chili, lorsqu’un mouvement ose durer. Et tout ça ne donne pas envie de s’arrêter.

On ne sait pas ce qui peut se passer même s’il y a un ralentissement des manifs cet été : s’il n’y a pas d’entente, les cours ne reprendront pas à l’automne.

Ya moyen de suivre un peu ce qui se passe à travers des blogues et d’autres sites. Sur grevemontreal.noblogs.org, qui n’est pas toujours à jour, on trouve aussi des liens vers d’autres sites et notamment des textes qui ont été publiés juste avant la grève. Il y aussi CUTV qui diffuse parfois en direct. Et puis pour les images plus grasses de médias, avec vitrines pétées, fumée et cailloux, ya toujours TVA nouvelles, cyberpresse ou autres merdes du genre.

sans-titre-diffusion, 30 avril 2012

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[Des raisons pour tout péter y’en a en masse !] Sur l’émeute dans la soirée du 25 avril à Montréal

La révolution ne sera pas tranquille – sur l’émeute du 25 avril à Montréal
Nous recevons et transmettons

Mercredi soir, le 25 avril, des milliers de personnes (jusqu’à 10’000 selon les flics) ont pris la rue à partir de la Place Émilie-Gamelin. Après 1 heure de manif les flics ont chargé au coin Peel et Sainte-Catherine en lançant des bombes assourdissantes et plusieurs noyaux se sont formés.

Pendant la soirée des vitrines de plusieurs banques et de commerces ont volé en éclats, des graffitis et de la peinture rouge partout et tout ce qui tombait sous la main se retrouvait dans la rue. Les flics ont bouffé des pierres durant des batailles de rue laissant plusieurs blessés dans leurs rangs. Ils sont visiblement fatigués et le doute commence à s’installer. Ils ont encore appelé la SQ en renfort.

Plusieurs voitures de flics et un bâtiment des Forces armées canadiennes vandalisés, le Poste de quartier 21 du SPVM a eu ses fenêtres pétés pendant que les flics à l’intérieur se chiait dessus et des balles de peinture pour Loto-Québec. Les médias de désinformation rapporte que des gens huaient les actions des « casseurs » mais ne rapportent pas qu’autant de personnes applaudissaient. Ils peuvent bien parler d’une « crise sociale », nous on appelle ça un soulèvement.

Selon les flics il y aurait eu un total de 85 arrestations sur les quelques 10’000 manifestants.

Comme il faut s’y attendre dans toutes les manifestations massives, des citoyens-flics et de dogmatiques pseudos-pacifistes ont hués et même attaqués des personnes cagoulées qui contre-attaquent le système oppresseur, ayant compris que pour transformer le monde qui nous entoure ça prend bien plus que de simples marches santé peu importe à quel point elles sont massives et pacifiques. Ceux qui n’ont aucun intérêt à ce que les choses changent réellement, les privilégiés de cette planète qui recueillent les bénéfices du monopole de la violence, défendent la logique de l’abuseur qui dit que la violence est toujours légitime lorsque c’est lui-même qui l’utilise. Les soi disant « pacifistes » dans leur dogmatisme hypocrite sont des collaborateurs de la violence qui est perpétré chaque jour partout sur le globe contre les pauvres, contre les femmes et les enfants, contre les autochtones et les gens de différentes couleurs, contre les animaux et la nature au complet, aux mains de l’ordre mondial raciste, patriarcal, colonial, mercantiliste, totalitaire et génocidaire. Quand on mentionne ces choses avec ces automates on se fait systématiquement reprocher de faire l’apologie de la violence… Est-ce que ces mêmes « pacifistes » sautent sur des flics quand ceux-ci lance des bombes, tirent du gaz et foncent avec leurs matraques sur des jeunes qui manifestent ? Ou encore quand ils tuent des gens à coup de balle dans la rue ou dans le métro ? Est-ce qu’ils attaquent des soldats qui reviennent d’une mission de bombardement dans un pays « lointain » parce que ceux qui ont le monopole de la violence veulent le pétrole qui s’y trouve ? Non, jamais. Cette violence ils la rationalisent. Dans le summum de l’absurdité, ces pacifistes perpétuent la violence systématique de cette société de merde en attaquant celles et ceux qui, détruisant des symboles du pouvoir et attaquant ceux qui sont payé pour être violent, se mettent en danger et se révoltent de toutes les façon possibles en solidarité avec les opprimé-e-s de ce monde.

Pendant que les médias de désinformation ont le piton collé sur la dénonciation de la violence depuis le premier pet lâché dans la première manif étudiante de la grève, mobilisant toute leur machine à bouffer des cerveaux pour faire leur truc de manipuler, abrutir et diviser… que le gouvernement pensait pouvoir laisser la jeunesse pourrir et les regarder disparaître sous le poids d’une population vieille et résignée… que les flics pensaient n’avoir que quelques anecdotes de plus pour rire autour d’une bière des petits manifestants à qui ils ont foutu la trouille et cassé la gueule… ce mouvement continue de se radicaliser, de dépasser son identité étudiante cadré et réductrice et est en train de rompre le monopole de la violence appartenant au sociopathes d’en haut et leurs mercenaires. Parce que Freddy, Michel et Farshad se sont fait assassiner par les mêmes flics qui nous profilent socialement, racialement et politiquement, que notre famille, nos ami-e-s et nos amant-e-s se font déporter, qu’on se fait crisser dehors de tous les quartiers pendant que des condos en carton poussent partout pour le « vrai monde », que la jeunesse qui démontre sa conscience sociale se fait tabasser, poivrer, tirer des bombes à la tête et foutre en prison, que dans le Nitassinan les Innus et ce qui reste de vivant sur ce coin de la Terre dont nous dépendons se font passer sur le corps par une gang de parasites corrompus et leurs commanditaires, les mêmes salauds qui nous chient dessus chaque jour et qui trouvent ça drôle de nous regarder nous enfoncer de plus en plus dans leur merde… des raisons pour tout péter y’en a en masse !

Sabotage Medias, 29avril 2012


85 arrestations et une autre manifestation qui tourne mal

La police de Montréal a procédé à 85 arrestations lors d’une autre manifestation qui a mal tourné, mercredi soir, au centre-ville, dans le cadre du conflit étudiant.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a précisé dans un bilan provisoire que trois des personnes arrêtées étaient d’âge mineur.

3 policiers blessés, deux citoyens incommodés par les gaz irritants

« Trois policiers ont été blessés lors des affrontements survenus lors de la manifestation dont l’itinéraire n’avait pas été divulgué », a révélé Ian Lafrenière du SPVM à l’antenne du 98,5 fm, jeudi matin.

« 70 des 85 arrestations ont été effectuées en groupe près du Carré St-Louis et les 15 autres réparties dans la soirée. Deux personnes présentes ont été incommodées par les gaz et un chauffeur d’autobus de la STM qui a subi un choc nerveux », a précisé le porte-parole de la police.

La protestation a été lancée par des étudiants rendus furieux par l’exclusion de la CLASSE de la table de négociation par la ministre Line Beauchamp, quelques heures plus tôt, à Québec.

Manifestation illégale à 22h15

Des milliers de personnes se sont réunies vers 21h00 à la Place Émilie-Gamelin mais vers 22h15, la police de Montréal a déclaré illégale la manifestation qui a suivi dans les rues car des actes de vandalisme venaient d’être perpétrés.

Des vitrines de commerces, incluant celles d’au moins trois institutions financières du centre-ville, ont été fracassées. Plusieurs voitures ont été abimées par des casseurs, l’une d’elles ayant été incendiée.

Plus tard en soirée, le poste de police numéro 21, situé sur la rue Sainte-Élisabeth, a été la cible de casseurs.

Les policiers du SPVM ont cherché à disperser les participants en faisant usage de plusieurs outils multiplicateurs de force.

SPVM et SQ

Selon la police, plusieurs des participants ont quitté le secteur de la manifestation lorsqu’elle a été déclarée illégale, mais certains sont restés, lançant même des projectiles aux représentants des forces de l’ordre.

Les policiers du SPVM ont reçu l’aide de collègues de la Sûreté du Québec.

La métropole a finalement retrouvé son calme peu après 1h00, jeudi.

Selon diverses estimations, la manifestation a réuni au moins 5000 personnes, peut-être le double.

Il s’agissait du troisième rassemblement d’importance à avoir lieu mercredi.

Plus tôt en après-midi

Une manifestation regroupant plusieurs centaines d’étudiants sous l’égide de la CLASSE a pris le départ peu après 14h, empruntant un parcours qui n’avait pas été communiqué aux autorités pour se rendre devant les bureaux montréalais du premier ministre Jean Charest.

Les manifestants se sont dispersés dans l’ordre après l’événement qui s’est déroulé dans le calme et la bonne humeur.

À Québec, une autre manifestation a mené des dizaines d’étudiants devant l’Assemblée nationale. Là aussi, tout se déroulait dans le calme.

En matinée

Plus tôt en avant-midi, des engins fumigènes, l’un au métro Henri-Bourassa et l’autre au métro Lionel-Groulx, ont forcé une interruption du service de métro durant environ une demi-heure.

Puis, lors d’une manifestation au centre-ville, en fin d’avant-midi, un autre engin fumigène a été déclenché, cette fois au Complexe Desjardins, forçant une évacuation partielle de certains locaux.

Les enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal cherchent à identifier un suspect en lien avec ces engins.

Selon la police, le même individu a été aperçu dans les deux stations de métro pendant les méfaits. Elle recherche un homme d’environ 25 ans, mesurant 1,80 mètre et pesant 70 kilos. Il a le teint basané et les cheveux noirs, qu’il porte en queue de cheval. Il portait, au moment des méfaits, un manteau trois quarts de couleur noire, un pantalon gris et des souliers foncés. Il portait également des verres fumés.

Leur presse (La Presse canadienne, 26 avril 2012)

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[1er mai nancéen] Moins on paye, mieux on s’porte…

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Le collectif féministe La Serpette et les Panthères roses de Nancy t’invitent à une déambulation festive contre la propriété et pour l’occupation de maisons vides !

10h00 place Stanislas à Nancy

Tract diffusé :

Moins on paye, mieux on s’porte…

Nous sommes un collectif de squatt-heureux-ses nancéien-ne-s réuni-e-s par la même envie d’occuper des maisons vides depuis trop longtemps. Il y a peu, nous avons occupé une maison à Maxeville, à l’abandon depuis plus d’un an et vouée à la démolition. Bien que la démolition ne soit pas la priorité de l’Office Public de l’Habitat, nous avons quand même été expulsé vendredi. Rien d’étonnant là dedans, juste un exemple de plus de la spéculation immobilière… On considère à Nancy, qu’il y a des centaines de maisons vides, laissées à l’abandon et ce pour diverses raisons (riche héritage désintéressé, spéculation, magouilles, attente de démolition… et la liste est longue) pendant que des centaines de pauvres, précaires, étudiant-e-s, chômeur-euse-s, sans papiers galèrent à se loger… Cherchez l’erreur…

L’expulsion de vendredi est le triste reflet de la société de propriété, d’une logique qui dépasse l’individu-e… D’une logique vouée à l’argent et qui parle des individu-e-s comme d’une masse monétaire. D’une logique où être propriétaire est une position de force inégale, une position alliée à la police et à l’État, une position forte face à des individu-e-s rendu-e-s volontairement faibles…

En ouvrant des maisons vides ce n’est pas seulement la spéculation et les problèmes de logement que nous voulons éradiquer, c’est aussi le capitalisme. Nous tentons, par des expériences collectives de créer de nouveaux rapports, de nouvelles alternatives sociales, loin des démarches consuméristes ou imposées par l’État (va voter, obeis à la loi, achète…). Nous tentons ces aventures collectives en non-mixité parfois, pour offrir des espaces sécurisés aux femmes, aux trans, pédés et gouines, à d’autres encore, qui se sentent opprimé-e-s par un système qui ne leur ressemble pas.

La politique étatique en matière de logement social est édifiante. Fier de reloger des pauvres aux RSA, offrant des solutions dites de réinsertion, l’État se gratifie de rentrer dans le droit chemin les éléments oubliés sur la route : « tu as un logement, et bientôt tu auras un travail, pour pouvoir manger, ce qui te donnera de la force pour aller travailler pour payer ton logement pour pouvoir manger à nouveau etc… » cercle sans fins et sans limites…

Mais voilà, il reste des individu-e-s qui refusent de participer, de cautionner ce cercle vicieux, et même si, à coups d’expulsions, ils tentent de nous affaiblir, de nous démotiver, la rage est intacte et le restera… On ouvrira des maisons tant qu’il le faudra…

La solidarité est notre arme, des maisons pour toutEs

La Serpette (collectif de squatteur-eux-ses sans maisons fixe !)

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[Révolution tunisienne] Nouvelles de Gafsa et du Kef

Des tentatives de suicide devant le ministère de l’Emploi

Un groupe de personnes s’est rassemblé, aujourd’hui devant le siège du ministère de l’Emploi. Leur motif ? Ils étaient là après la délibération des résultats du concours de recrutement de Phosphate Gafsa : « Ça suffit avec l’indifférence. Nous avons besoin d’écoute. »

Jeunes et adultes, tous originaires de la ville de Gafsa se sont rassemblés, lundi devant le siège du ministère de l’Emploi en plein centre ville. Cette contestation a tourné au drame après que quatre contestataires ont tenté de se suicider. L’un d’entre eux est âgé de 38 ans et a été rapidement transporté à l’hôpital. Ce dernier, originaire d’Omm Laârayes et père de deux enfants en est, selon le porte parole des manifestants, à sa quatrième tentative de suicide. « Un autre, en grève de la faim depuis plusieurs jours était allongé sur le trottoir, il a 36 ans et nous tentons de le sauver. Le dernier a tenté de se pendre » nous a-t-il confié.

Interrogés, les manifestants sont étonnés de constater la réaction des responsables qu’ils qualifient d’irresponsable : « Le ministère doit prendre ses responsabilités pour sauver ces gens. Si les dirigeants ne réagissent pas pour mettre fin à cette catastrophe, nous allons les poursuivre en justice. Nous essayons encore de faire patienter les gens qui n’ont plus rien à perdre, mais une intervention de l’État est primordiale pour que les esprits se calment. Il faut qu’on nous écoute, nous sommes au bord de la rupture. »

Publié par des ennemis de la révolution (GlobalNet, 30 avril 2012)


La manifestation devant le ministère de l’emploi tourne au drame

Suite aux résultats du concours de recrutement pour Phosphate Gafsa, un groupe d’individus originaire de cette même région, est venu manifester devant le siège du ministère de l’emploi pour contester le manque de transparence de ces recrutements. Trois personnes observaient une grève de la faim et leur état de santé était critique ce matin du lundi 30 avril 2012.

Deux personnes ont tenté de se suicider, dont un père de famille de 38 ans qui en est à sa troisième tentative, elles ont été transportées à l’hôpital. Les manifestants dénoncent l’indifférence de ce gouvernement qui fait la sourde oreille.

Le conseiller auprès du ministre de la formation professionnelle et de l’emploi Hédi Triki s’est exprimé sur nos ondes pour clarifier les critères de recrutement du concours pour Phosphate Gafsa et a déclaré que l’un des manifestants a agressé l’un des fonctionnaires du ministère à l’arme blanche.

Publié par des ennemis de la révolution (MosaiqueFM.net, 30 avril 2012)


Grève générale à Gafsa suite à la découverte de 1300 certificats falsifés de blessés de la révolution

Plusieurs secteurs sociaux professionnels notamment  les commerces et la société régionale de transport publique de Gafsa ont décidé observer, ce lundi 30 avril 2012, une grève générale, ont annoncé des sources de TunisieNumerique.

Cette grève générale intervient après 4 nuits successives de troubles au cours desquels  des jeunes de la région harcelaient le poste de police du gouvernorat avec des cocktails Molotov alors que les forces de l’ordre répliquaient avec des gaz lacrymogènes, ont précisé ces sources.

Ces incidents ont conduit à l’arrestation de plus de 100 personnes dans le cadre de ces incidents.

Ces événements sont intervenus à la suite de la déclaration du ministre de la santé Abdellatif Mekki devant l’Assemblée constituante dans laquelle il a indiqué que 1300 certificats de soins octroyées à des blessés de la révolution sont falsifiées.

Ces documents auraient été délivrés par 3 médecins originaire de Gafsa et qui ont été arrêtés à Gorjani à Tunis.

En outre, comme on avait versé la première tranche de dédommagement aux blessés qui sont avérés être faux, ont leur a demandé de rembourser ces fonds versés.

C’est pour protester contre ces réclamations de remboursement que les jeunes se sont révoltés en s’en prenant aux forces de sécurité, indiquent ces sources.

Publié par des ennemis de la révolution (Tunisie Numérique, 30 avril 2012)


Tunisie : Des attaques aux cocktails Molotov à Gafsa pour la quatrième nuit consécutive

Pour la quatrième nuit consécutive le district de la garde nationale à Gafsa a été attaqué par un groupe de jeunes, rapporte radio Shems.fm. Les agents de l’ordre ont déclaré lundi 30 avril 2012 que les jeunes ont fait usage de cocktails Molotov en vue d’incendier le district.

Selon des sources sécuritaires, ces jeunes n’ont rien à voir avec les blessés de la Révolution « ce sont ceux dont les noms ont été retirés de la liste des blessés et martyrs puisqu’elle s’est avérée falsifiée ».

Selon les mêmes sources, plusieurs agents de l’ordre ont été blessés, et plusieurs assaillants arrêtés, parmi eux, figurent des personnes à antécédents judiciaires et d’autres recherchées.

Publié par des ennemis de la révolution (Tunisie Numérique, 30 avril 2012)


Arrestation d’un groupe de délinquants après une tentative d’incendier le siège du district de la sûreté nationale du Kef

Les forces de sécurité ont déjoué, dans la nuit de samedi à dimanche, une tentative d’incendier le siège du district de la sûreté nationale du Kef.

Un groupe de délinquants a tenté de mettre le feu au bâtiment pour libérer trois malfaiteurs arrêtés par une patrouille de police peu auparavant.

Le chef de la police judiciaire du Kef, a indiqué dans une déclaration  que les forces de police ont pu disperser les délinquants et arrêter une vingtaine d’entre eux dont certains étaient sous l’effet de la drogue.

L’interrogatoire des vingt délinquants arrêtés se poursuit actuellement pour identifier leurs complices et les traduire en justice, a-t-il ajouté.

Publié par des ennemis de la révolution (TAP, 30 avril 2012)

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[Hogra] Vengeance pour Rachak Hamza

Tentative d’immolation d’un jeune, violentes émeutes : Jijel (Algérie) s’embrase

Des agents de la sûreté démolissent la bicoque d’un jeune qui y vendait des cigarettes et des cosmétiques, celui-ci tente alors de s’immoler par le feu, se brûlant au 3e degré. S’ensuivent des émeutes où 11 policiers sont brûlés ou blessés et une dizaine de véhicules saccagés.

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Une bonne partie de la basse ville de Jijel était, hier, une cité morte suite aux émeutes qui se sont déclenchées après la tentative d’immolation d’un jeune homme de 25 ans, au quartier dit Village Moussa, à l’est du chef-lieu de wilaya. Tout a commencé dans la matinée d’hier, quand des policiers se sont présentés devant le jeune R. Hamza pour lui ordonner de démanteler la boutique de fortune qu’il avait installée pour vendre des cigarettes et des cosmétiques. L’échange de propos avec les policiers a apparemment énervé le jeune Hamza.

Selon des témoins que nous avons rencontrés près de la bicoque de la victime, c’est un coup de pied d’un policier qui a mis le feu aux poudres ; il a cassé les vitres d’un comptoir en aluminium, suscitant la colère du jeune homme, qui n’a pas hésité à remplir une bouteille d’essence puisée d’une mobylette, de la déverser sur son corps avant d’y mettre le feu. Il s’est ensuite jeté sur les deux agents et a sauté à l’intérieur du fourgon de la police. Transporté dans un premier temps à l’hôpital Mohamed-Seddik Benyahia, le jeune homme sera, après les premiers soins, évacué au CHU de Constantine.

Les deux policiers ont été légèrement blessés. Une source hospitalière nous a affirmé que la victime se trouve dans un état grave et souffre de brûlures du 3e degré.

Cet acte de désespoir a suscité un grand émoi chez les habitants de Village Moussa, particulièrement les jeunes qui ont instantanément investi la rue pour crier leur colère. La situation a rapidement dégénéré en émeute. Les jeunes en furie se sont attaqués à la sûreté urbaine de Village Moussa avec des pierres, avant de se rendre au centre-ville. En cours de route, les panneaux d’affichage de listes des candidats se trouvant place du Bateau ont été arrachés alors que les vitres d’une dizaine de véhicules stationnés près de la prison de Jijel ont volé en éclats sous les jets de pierres.

L’appel à la rescousse des forces antiémeute n’a pas, jusqu’en fin d’après-midi, atténué la tension ; des dizaines de jeunes émeutiers se trouvaient toujours près du siège de la wilaya, faisant face aux policiers. La ville basse était quasi déserte et les commerces avaient baissé rideau de peur de subir la colère des jeunes. Aux abords du quartier Village Moussa, l’air pollué picotait fortement les narines du fait des gaz lacrymogènes, alors que du côté de la police, au moins une dizaine d’éléments ont été évacués vers les urgences de l’hôpital pour des soins. Un policier que nous avons croisé au niveau de l’établissement hospitalier avait la lèvre inférieure fendue.

La police ouvre une enquête :
Les services de police relevant de la sûreté de wilaya de Jijel ont ouvert une enquête pour situer les responsabilités dans l’affaire de l’immolation d’un jeune homme, hier matin, à la cité Village Moussa, et déterminer les circonstances de ce geste désespéré. Des contacts ont été établis avec la famille du jeune immolé pour tenter de ramener l’ordre, à la suite des émeutes qui ont éclaté dans la ville, précisent nos sources.

Leur presse (ElWatan.com, 30 avril 2012)


Après l’immolation d’un jeune, Jijel en proie à l’émeute

Plusieurs édifices publics ont été saccagés, dont le commissariat de police du quartier, et des affrontements entre la police et les manifestants se déroulent dans le centre ville de Jijel, après la mort du jeune homme.

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Un jeune âgé de 25 ans, Rachak Hamza, vendeur ambulant, s’est immolé par le feu ce matin à Jijel, suite à une altercation avec des agents de police. Le jeune homme a été transporté à l’hôpital de Jijel. Son état est jugé critique. Immédiatement après des émeutes ont éclaté dans la ville. Le commissariat du quartier populaire, Moussa, ou à eu lieu l’immolation a été entièrement brulé.  Les policiers ont complétement déserté le commissariat. Le siège de la wilaya a été attaqué par des jeunes en colère. Toute la ville de Jijel est paralysée : les commerçants ont baissé rideaux, plusieurs routes sont fermées à la circulation. Des instructions ont été données aux forces de sécurité d’arrêter toute personne prenant des photos ou vidéos. Il règne dans la ville une pesante atmosphère. En l’espace de deux heures les évènements avaient atteints une certaine ampleur.

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Les jeunes, rassemblés sur la voie, bloquant la route à toute circulation, avaient pris à partie la façade de la gendarmerie en y lançant des volées de pierres. Pas de réaction de la part des Darkis. Malgré les évènements, la police est invisible. Devant l’entrée de la Wilaya, quelques vitres du nouveau poste de garde avaient été brisées par des jets de pierres. La police y est en force, prête à toute éventualité. Même situation devant la prison de la ville. Les gardiens sont mobilisés et les accès sont fermés. Quelques voitures en stationnement ont leur lunette arrière brisée. Les administrations du centre ville avaient fermés après avoir donné congé à leur personnel. La situation s’est dégradée dans le centre de la ville où les jeunes sont regroupés par centaines.

Leur presse (LaNationdz.com, 29 avril 2012)

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[Destruction de Paris] « C’est le boulot du porteur de projet de trouver des solutions »

À Paris, la future tour Triangle ne tourne pas encore rond

Problèmes d’ombre, de transports… Malgré l’avis positif rendu par le commissaire-enquêteur, des réserves subsistent autour du projet de gratte-ciel de 180 mètres, prévu dans le XVe arrondissement.

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La tour Triangle à la porte de Versailles La crise financière de 2008 a bien failli avoir raison du projet, mais cette impressionnante tour pyramidale (180 mètres) imaginée par le cabinet suisse Herzog et de Meuron devrait bien être livrée début 2017 dans le parc des expositions de la porte de Versailles (15e arrondissement). Son atrium et ses deux belvédères avec vue panoramique, café et restaurant seront accessibles au public. Les travaux doivent commencer en 2013. (Budget : plus de 500 millions d'euros.)

La tour Triangle, qui doit culminer à 180 mètres de haut du côté du Parc des expositions (XVe) d’ici à 2017, vient de franchir une nouvelle étape… à l’arraché. Alors que la consultation concernant la révision simplifiée du plan local d’urbanisme (PLU) sur le secteur de la porte de Versailles — dans la capitale, le plafond est fixé depuis 1977 à 37 mètres de haut maximum — s’est achevée le 20 décembre dernier, le commissaire-enquêteur vient seulement de rendre son rapport à la Ville de Paris. Et son verdict, après ces trois longs mois de réflexion, est pour le moins mitigé.

Car s’il a émis un avis favorable à ce projet de tour de bureaux porté par Unibail et conçu par le cabinet d’architectes Herzog & de Meuron, il l’a néanmoins assorti de trois réserves. Le commissaire-enquêteur s’interroge notamment sur l’impact négatif que pourrait avoir la tour Triangle sur le Parc des expositions. « Pour l’édifier, il va falloir amputer de près de 7000 m² le hall 1, qui accueille entre autres le Salon nautique ou celui de l’agriculture. Or c’est ici que l’exploitant réalise sa plus grosse marge », pointe Bertrand Sauzay, président de l’Association pour le développement harmonieux de la porte de Versailles et de ses environs (Adahpe). « Sur 51.000 m² au total, cela ne représente que 12 % de superficie en moins, rétorque Élisabeth Borne, directrice de l’urbanisme à la Mairie de Paris. D’ailleurs, à l’exception du Mondial de l’automobile, la plupart des grands organisateurs de salon nous ont déjà assuré que ça ne leur posait pas de problème. L’intérêt de la Ville n’est pas de sacrifier le Parc des expositions pour la tour Triangle ou inversement, mais de créer de la cohérence. »

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Une question d’ombre

Le commissaire-enquêteur insiste par ailleurs afin qu’une réflexion globale en matière de transports soit menée sur l’aménagement du quartier, où doit atterrir également le Pentagone à la française, à quelques encablures. Au dernier Conseil de Paris, fin mars, l’élu Vert Yves Contassot s’était déjà inquiété de « la dégradation des conditions de circulation pour celles et ceux qui ont déjà du mal à se déplacer dans un quartier desservi par un simple tramway et une seule station de métro ». Réponse de la Mairie : des études plus poussées seront bientôt menées.

Dernière réticence du commissaire-enquêteur, l’impact environnemental de ce gratte-ciel qui devrait accueillir à terme près de 5000 salariés. À commencer par les problèmes d’ensoleillement. « La forme même du triangle limitera l’ombre portée sur les voisins », avait pourtant assuré Jacques Herzog, lors de la présentation du projet à la presse. Or, les études actuelles montrent que quatre immeubles au moins du boulevard Victor seraient impactés. « En plus, les simulations ont été réalisées au printemps, alors que l’ombre est plus importante en été, constate Bertrand Sauzay. D’une manière générale, cet édifice est antiécologique. L’avantage d’une tour, c’est d’occuper peu de terrain, d’avoir une petite toiture et d’offrir beaucoup de mètres carrés. Là, c’est tout le contraire. » À la Mairie, on assure que l’édifice respectera le plan « climat » mis en place par Bertrand Delanoë. « C’est le boulot du porteur de projet de trouver des solutions », estime Élisabeth Borne.

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Prochaine étape : le choix du nouveau gestionnaire du Parc des expositions et la révision simultanée du PLU, qui devrait intervenir à l’été 2013. Un regroupement qui permettra, selon la Ville, de lever la première réserve du rapport.

Leur presse (Caroline Sallé, LeFigaro.fr, 11 avril 2012)

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Les Halles, le nouveau cœur de Paris D’ici à 2016, les Halles seront recouvertes de leur « Canopée » — le terme, en écho à la partie supérieure des forêts, désigne ici une structure de verre ondoyante qui laissera filtrer la lumière naturelle. Le nouvel espace des Halles disposera d’axes de circulation complètement repensés et d’un jardin de 4 hectares, boisé et ponctué d’équipements. Les travaux ont commencé début 2011. (Budget : 802 millions d’euros.)
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Le duo de Masséna, dans le 13e Les deux immeubles s’élèveront à 175 et 115 mètres de hauteur dans le quartier Masséna (13e arrondissement). Le projet audacieux de l’architecte Jean Nouvel, dont le chantier doit commencer en 2014, devrait voir le jour d’ici à 2018 dans la zone d’aménagement concerté (ZAC) Paris-Rive Gauche, à la limite d’Ivry-sur-Seine. Les tours Duo, en verre et en partie inclinées, abriteront des bureaux, des commerce et un hôtel. (Budget : entre 500 et 600 millions d’euros.)
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Lutter contre le fascisme, ne serait-ce pas commencer à se réapproprier nos vies ?

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Rassemblement mardi 1er mai à 18h place du Mandarous à Millau

 

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[Comment accommoder le présentateur télé] Notre guerre n’est qu’informative

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Avignon, avril 2012

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[28 avril 2012 – Action anti-THT] Un pylône déboulonné

Samedi 28 avril, nous étions une soixantaine d’opposants à la ligne THT Cotentin-Maine réunis dans la campagne de Saint-Cyr-le-Gravelais (53) autour du pylône n° 561 -stop-

Dans une ambiance bon-enfant, sous une symphonie mêlant roulements de tambours improvisés et cris du pylône martelé par des pierres, des actions de déboulonnages et de sciages ont pu être entreprises -stop-

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Alors que certains pylônes sont déjà sur pieds en Mayenne, ces actions  nous paraissent nécessaires pour enrayer l’avancée des chantiers par RTE -stop-

Si nous continuons ici cette résistance ce n’est pas seulement pour lutter contre les dégâts sur la santé, c’est aussi contre le rouleau-compresseur qu’est le complexe nucléaire auquel la construction de cette ligne THT est intimement liée -stop-

Toutefois une soixantaine de gendarmes (dont une bonne partie en  tenue anti-insurrectionnelle) nous ont délogés et ont donc mis un terme à nos actions, avant de nous escorter de très près jusqu’à nos véhicules -stop-

Grâce à la non-coopération des manifestants et à une bonne cohésion de groupe, aucun contrôle d’identité n’a pu être effectué et aucune arrestation n’est à déplorer -STOP THT-

Ce n’est que le début la ligne THT ne passera pas ! Ni en Mayenne ! Ni ailleurs !

Pour de plus amples informations

29 avril 2012

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[In memoriam] Les émeutes de Los Angeles en 1992

Le jour où L.A. a pris feu

(Los Angeles) Le 29 avril 1992, l’acquittement des quatre policiers accusés d’avoir battu Rodney King, citoyen afro-américain arrêté à la suite d’un excès de vitesse, a déclenché l’une des pires émeutes de l’histoire des États-Unis. Les affrontements dans le quartier South Central ont fait 54 morts, 1 milliard de dollars de dégâts et nécessité le déploiement de plus de 13’000 soldats. Vingt ans après, où en est le quartier ? Notre correspondant fait le point.

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Les jurés ont lu le verdict à 15h15. Les quatre policiers filmés en train de battre Rodney King étaient acquittés.

Bart Bartholomew a empoigné ses appareils photo et s’est rendu au coin des avenues Florence et Normandie, dans South Central L.A. Déjà, une foule en colère de 200 à 300 personnes occupait l’intersection.

« Environ 30 policiers étaient sur place et arrêtaient un homme, se souvient-il. La foule s’est mise à leur lancer des bouteilles et des pierres. Les policiers ont reçu l’ordre de partir. Les émeutes ont commencé. »

M. Bartholomew, qui travaillait pour le New York Times, a réalisé qu’il était en danger.

« Des gens ont commencé à me frapper pendant que je retournais à ma voiture. Ils ont pris mes appareils. J’ai reçu un coup de “2 × 4” sur la mâchoire et une pierre sur la tête. Grâce à l’aide d’un bon Samaritain, j’ai pu partir. »

Le photographe a réussi à cacher un rouleau de film exposé sur lui. Ses photos des émeutes ont fait le tour du monde et ont été mises en nomination pour un prix Pulitzer. Les jours suivants, M. Bartholomew a suivi les émeutes de son lit d’hôpital : il avait la mâchoire fracturée et des contusions à la tête et au corps.

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Critique de l'urbanisme

Les émeutes de Los Angeles, qui ont débuté le 29 avril 1992, ont duré six jours et mis la partie sud de la ville à feu et à sang. En tout, 54 personnes ont été tuées, et plus de 2000 autres ont été blessées avant que l’arrivée de 13’500 militaires ne rétablisse l’ordre.

Reno Smith, 53 ans, a pris part au soulèvement. Rencontré cette semaine lorsqu’il était en train de manger avec un ami devant un petit restaurant, à l’angle de Florence et de Normandie, M. Smith dit avoir été marqué par les émeutes.

« J’ai vu plus d’armes et de violence cette semaine-là qu’à n’importe quel moment dans ma vie, dit-il. Quand on est au pied du mur, puis qu’on nous frappe au visage, on réagit. On n’a plus rien à perdre. »

En 1992, le quartier majoritairement noir affichait un taux de chômage élevé, et ses habitants vivaient dans un état de pauvreté impossible à concevoir pour les gens des quartiers nantis du nord de la ville. L’acquittement des policiers qui avaient battu Rodney King — un épisode filmé par un témoin — a agi comme une étincelle.

« La police était agressive depuis longtemps envers les Noirs, dit M. Smith. Nous devions baisser la tête sans rien dire. Le jour de l’émeute, tout ça a changé. Les jeunes. Les vieux. C’était un soulèvement généralisé. »

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Élargissement de la valeur d'usage

Éloge de la pacification

L’avocate spécialiste des droits civils Connie Rice a résumé la situation ainsi lors d’un débat sur les émeutes, la semaine dernière : « Les émeutes ont éclaté parce qu’il y avait un pan entier de la population qui avait été humilié durant des décennies. C’était une poudrière, au-dessus d’une poudrière, au-dessus d’une poudrière. »

Les émeutes ont provoqué des changements importants chez la police de Los Angeles (LAPD). En 1992, 59% des policiers du LAPD étaient blancs. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 37%.

Le quartier South L.A. a aussi changé : aujourd’hui, il accueille majoritairement des familles d’immigrants latinos. On a ouvert des supermarchés. Avant, les citoyens devaient se contenter d’acheter la nourriture dans les dépanneurs.

Au début des années 90, on comptait plus de 140 homicides en moyenne par année dans le centre de South L.A. L’an dernier, il y en a eu 32.

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Deux épiciers, ultima ratio du fétichisme marchand

M. Smith a vu le quartier changer. « Aujourd’hui, il y a une confiance mutuelle avec la police » [sic], dit-il.

Le photographe Bart Bartholomew, quant à lui, est souvent retourné à l’angle de Florence et de Normandie. Il y a quelques années, il a même revu le bon Samaritain qui l’a protégé au moment où la foule voulait sa peau.

« Il m’a fait un grand sourire. Je l’ai pris dans mes bras et je l’ai serré très, très longtemps. »

La police de Los Angeles (LAPD) a été critiquée au lendemain des émeutes. Les policiers ont été accusés de faire régner un régime basé sur la peur et le racisme dans South Central. Vingt ans plus tard, les policiers adoptent maintenant une approche communautaire qui est beaucoup plus appréciée : 70% des résidants de la ville ont une bonne opinion du LAPD, selon un récent sondage du L.A. Times.

Leur presse (Nicolas Bérubé, cyberpresse.ca, 27 avril 2012)


Le déclin et la chute de l’économie spectaculaire-marchande

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(…) Selon Nina Eliasoph, sociologue à USC, le danger le plus important aujourd’hui est l’inégalité des classes. L’extrême pauvreté au sein des hispaniques est passé de 20 à 24 % sur les 20 dernières dernières, et de 18 à 22,3 % chez les Noirs. « Le conflit de classe va devenir plus important que la tension raciale », augure-t-elle. « Et Los Angeles est un cas extrême. Nous avons plus d’inégalités ici que dans les autres villes du pays. »

Leur presse (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer, 29 avril 2012)

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[In memoriam] La Semaine sanglante

Pamiers en 1871 : La Commune soulève la ville

Il fait chaud en cette fin de mai 1871 à Pamiers, et cela n’est pas dû à la seule température. À Paris, à Toulouse, le peuple s’est levé et la Commune est née. L’Ariège est aussi partagée dans ses sentiments politiques. Il y a ici de chauds partisans de la commune, notamment des ouvriers. Pour alimenter les troupes « versaillaises », il faut des munitions, des canons, du matériel, afin d’écraser l’insurrection populaire. Et justement, en ce 28 mai 1871, un convoi militaire doit traverser Pamiers pour aider à mâter la révolte parisienne. À cette annonce, la foule commence à se masser sur le parcours. Peu à peu, les esprits s’échauffent, certains leaders haranguant la foule et l’exhortant à bloquer un convoi qui va massacrer son propre peuple. Rapidement, au bruit, les Appaméens sortent de leurs maisons et l’attroupement grossit dangereusement.

Ce qui n’était, au départ, qu’une protestation est en train de se transformer en émeute. Théodose Vignes est alors prévenu : ancien député maire de Pamiers, il a abandonné son poste de sous-préfet trois jours plus tôt et siège au Conseil général. Sa notoriété est grande, auréolé qu’il est d’un long combat contre l’Empire, au point d’en avoir connu les geôles et d’une image de Républicain à toutes épreuves. Bravant le danger, perché sur un banc, il s’adresse à cette multitude et parvient à l’apaiser. Le convoi passe en trombes, emportant ces canons qui vont sur les barricades parisiennes, tuer un peuple épris de plus de Liberté.

Leur presse (LaDepeche.fr, 29 avril 2012)


Les « Nosotros » s’affichent

Depuis le début de la semaine, des affichettes sont apposées sur des portes dans le centre ville. Elles émanent du groupe libertaire « Nosostros » qui a choisi ce moyen pour interpeller le conseil municipal de Saint-Gaudens à propos de la rue Thiers. La protestation vise l’homme d’État « organisateur du crime de plusieurs dizaines de milliers de personnes tuées lors de la semaine sanglante, la répression contre la Commune de Paris ». Le groupe demande donc que cette rue soit débaptisée et porte désormais le nom de Louise Michel, institutrice et combattante emblématique de la Commune de Paris.

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Le groupe avait organisé le 17 décembre dernier un acte public en interprétant plusieurs chansons de la Commune sur la place Jean-Jaurès. Il a aussi fait circuler une pétition sur le même sujet qui a été signée par quelques centaines de personnes et remise à un conseiller municipal. Il regrette aujourd’hui qu’aucune suite n’ait été donnée à cette initiative en écrivant : « Nous serions choqués de devoir observer qu’une initiative populaire puisse être tout simplement ignorée et rester sans réponse ».

Leur presse (LaDepeche.fr, 7 avril 2012)

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[Vive l’Azawad libre !] Déclaration des notables et cadres de l’Azawad à l’issue de la rencontre de Gao des 25 et 26 avril 2012

République de l’Azawad
Unité-Justice-Liberté

Déclaration des notabilités coutumières religieuses et cadres de l’Azawad à l’issue de la rencontre historique tenue à Gao les 25 et 26 avril 2012

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Considérant l’existence des frontières entre le Mali et l’Azawad avant la colonisation française ;

Considérant la volonté mainte fois exprimée par les populations de l’Azawad à travers leurs chefs traditionnels de s’autogérer dans le respect strict de leurs susses et coutumes ;

Considérant la résurgence cyclique des révolutions azawadiennes contre le Mali (État occupant l’Azawad depuis 52 ans) ;

Considérant les représailles suivies des massacres des populations civiles à grande échelles orchestrées et occasionnées par ces soulèvements depuis 1963 ;

Considérant le déficit de développement de ce territoire occupé par cet État par rapport au reste du Mali ;

Considérant le détournement systématique des aides extérieurs pour faire face à ce déficit de développement par les gouvernements successif de l’ancien État occupant (Mali) ;

Considérant la non application effective des différents accords de paix signés avec l’État malien ;

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Considérant le déficit dans l’utilisation des compétences parmi les Azawadis et la marginalisation des cadres politiques militaires et civiles dans le système administratif de l’ancien État occupant (Mali) ;

Considérant la libération totale au plan militaire du territoire de l’Azawad depuis le 04 Avril 2012 ;

Considérant la déclaration d’un cessez la feu unilatéral par le Mnla à la date de 05 avril 2012 ;

Considérant la proclamation solennelle l’État de l’Azawad par le MNLA le 06 avril 2012 à Gao ;

Considérant la présence des groupes armés étrangers d’organisations criminelles, de trafiquants de drogue, et j’en passe … dans l’Azawad avec la complicité active de l’ancien État occupant (Mali) ;

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Nous chefferies ; notabilités coutumières et religieuses ainsi les cadres de l’Azawad déclarons pleinement notre adhésion aux objectifs du MNLA (Mouvement National de libération de l’Azawad) ainsi qu’à sa déclaration d’indépendance ; affirmons de manière irrévocable et irréversibles l’indépendance de l’État de l’Azawad basé sur : L’égalité, l’Équité, la démocratie, la bonne gouvernance, la justice ; la liberté d’expression, le respect des droits humains sans distinctions de race, couleur et d’opinion.

• Proclamons notre volonté de nous opposer à toutes forme d’obstacle susceptible d’entraver ou de compromettre la cohésion, l’entente, l’unité, la paix et la quiétude des populations de l’Azawad dans leur diversité ethnique, politique, sociale et culturelle ;

• Lançons un appelle solennelle et pressant aux nouvelles autorités de Bamako en vu d’un dénuement pacifique au conflit entre le Mali voisin et l’Azawad a fin de combler les aspirations légitimes du peuple de nos deux peuples ;

• Lançons également un appelle pressant à la communauté internationale, aux grandes puissances d’Amérique, à l’union européenne, à la CEDAO ainsi qu’à toutes les bonnes volontés en vu de faciliter le règlement définitif et durable du conflit entre le Mali et l’Azawad ; afin de combler les aspirations légitimes de nos différents peuples ;

• Appelons les organisations internationale humanitaires à venir en aide aux populations de l’Azawad déplacées à l’intérieur de l’Azawad et refugiées à l’extérieurs et remercions les pays voisins pour l’accueil et le soutien aux populations ayant rejointes les frontières ;

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• Demandons au Mouvement National de libération l’Azawad (MNLA), à ses autorités d’assurer intégralement la sécurité des toutes les organisations intervenants dans l’assistance aux populations de l’Azawad ;

• Exhortons tous les ressortissants de l’Azawad à regagner leur terroir et à participer activement a leur développement ;

• Exhortons les autorités de l’Azawad à rassurer toutes les filles et les fils de l’Azawad désirer de regagner leur pays et que l’Azawad ne sera plus jamais un champs de vengeance, d’injustice et d’inégalité ;

• Demandons sans délais au Mouvement National de Libération de l’Azawad de lever des missions des bonnes offices envi de rassembler toutes les filles et fils de l’Aawad sur le territoire l’Azawad.

• Exigeons des groupes armes de rejoindre et d’intègre sans délais l’Armée Nationale de l’Azawad (ANA) en vu de défendre l’intégrité territoriale de l’Azawad et d’assurer la sécurité des personnes et leurs biens.

• Demandons aux autorités de l’État de l’Azawad de réorganiser et discipliner les ports d’armes et invitons tous les groupes armés non azawadiens à quitter le territoire de notre pays sans conditions.

• Demandons enfin à la CEDAO de nous considérer comme un État souverain, nous respecter en tant que tel et s’abstenir de s’engager dans une solution militaire sans qui sera certainement sans issue.

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Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun
Porte parole des notables et cadres de l’Azawad

Gao le 26 avril 2012

Temoust

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[In memoriam] Mort aux vaches !

28 avril 1912 : Mais que fait le Raid ? Jules Bonnot tient tête à 20’000 assaillants

À l’aube du 28 avril 1912, Jules Bonnot se réveille chez son pote Joseph Dubois, qui possède un garage à Choisy-le-Roi. Il a passé une sale nuit, ses flingues à portée de main. (…) il n’a dormi que d’un œil, car il sait que toutes les polices de France sont sur ses traces depuis qu’il a abattu le numéro deux de la Sûreté nationale, trois jours plus tôt, à Ivry. (…)

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Voilà comment Bonnot se trouve, ce dimanche matin, blessé à la main, planqué chez son dernier ami resté fidèle Joseph Dubois. S’il sympathise avec l’anarchisme, il n’a jamais voulu, pour autant, participer aux attaques de la bande. Il bricole dans son garage construit sur un terrain donné à un certain Fromentin, surnommé le milliardaire anarchiste. C’est une bâtisse de plâtre et de mâchefer au milieu d’un terrain pelé. Un petit escalier de bois extérieur mène à deux chambres sous les toits. Ce qu’il ne sait pas, Bonnot, c’est que le pharmacien de Choisy à qui il a acheté des pansements pour soigner sa main blessée à Ivry l’a reconnu et dénoncé à la police. Celle-ci a donc passé discrètement le quartier au peigne fin et a fini par apprendre qu’on avait vu un inconnu s’introduire chez Dubois sans que le chien aboie. À 7h30, le chef de la Sûreté Guichard, accompagné de son adjoint et de deux secrétaires, se présente devant le garage.

« À l’assassin ! »

Derrière eux, quatorze inspecteurs de la Sûreté, venus en voiture, se planquent. Le patron des flics appelle Sarko pour être sûr de bénéficier de la présomption de légitime défense, empoigne son pistolet et pousse doucement la porte du garage. Il aperçoit alors Dubois qui s’apprête à enfourcher une moto. Un des agents qui l’accompagnent tire sans attendre sur l’anarchiste, mais son arme s’enraye. Dubois gueule : « À l’assassin ! » Il saisit un pistolet. Sa balle atteint l’agent au bras. Une fusillade s’engage, le chef de la Sûreté la fait cesser pour donner l’ordre au garagiste de sortir les mains en l’air. Blessé à l’épaule et au poignet, celui-ci recule sans répondre. Un agent, se sentant forcément en légitime défense, lui tire une balle dans la carotide. Dubois tombe, mort, les bras en croix. Craignant la venue de ses complices, les flics dégagent du garage. C’est alors qu’ils aperçoivent un homme se tenant sur le palier de l’escalier extérieur. C’est Bonnot. Celui-ci ouvre immédiatement le feu, touchant au ventre l’inspecteur Augêne, qui s’écroule. Des collègues parviennent à le traîner jusqu’à un débit de vin voisin. Pendant ce temps, la foule ne cesse de grandir autour du garage, attirée par la fusillade. Depuis sa position dominante, l’anarchiste arrose tous azimuts, ne s’interrompant que pour recharger son arme. C’est du grand Merah avant l’heure [sic !].

(…)

Entre les forces de l’ordre et les voisins venus aider, il y aurait quelque 500 hommes armés arrosant le garage d’un déluge de balles sur la baraque. C’est Fort Alamo. Bonnot seul contre tous. Mais l’anarchiste ne désarme pas. De temps à autre, on aperçoit son bras sortir par la porte ou une fenêtre pour tirer quelques balles. Vers 10 heures, le gangster tient toujours tête. Un « cinematophiste » présent sur place filme l’arrivée de nouveaux renforts et même d’une mitrailleuse lourde. Voici encore le chef de cabinet du ministre de l’Intérieur et d’autres notables. La foule, elle aussi, gonfle. Il y aurait désormais 20’000 curieux pour assister à la curée contre le monstre. Vers 10h45, l’assiégé ne répond plus aux tirs. Certains pensent qu’il s’est suicidé. Mais non, Bonnot est en train d’écrire son testament politique.

Pour déloger Bonnot, le préfet Lépine, jamais à court d’inventions, ordonne de dynamiter la maison. Un gendarme avance avec une voiturette bourrée d’explosifs, se protégeant derrière un matelas. La protection improvisée, que même Charlie Chaplin n’aurait pas osé imaginer, tombe obligeant le gendarme à rebrousser chemin. Deux camionneurs, Puche et Meunier, proposent alors de faire reculer vers leur garage leur charrette remplie de foin, attelée à un cheval. Le lieutenant Fontan de la garde républicaine se planque derrière avec des bâtons de dynamite. Quand la carriole atteint le mur du garage, le chien de Dubois se jette sur lui pour le mordre. Il faut l’abattre d’une balle. Fontan dépose un cartouche reliée à un cordon Bickford, il allume la mèche avant de se retirer derrière la charrette. Mais pas d’explosion. Il faut recommencer. Cette fois, le coup part, mais l’explosion est trop faible pour ouvrir une brèche dans le mur. Le cheval blanc attelé à la carriole se tord de rire. La troisième tentative est la bonne : la moitié du mur s’effondre tandis qu’un incendie embrase la maison.

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« À mort, Bonnot ! »

D’enthousiasme, la foule, forte maintenant de 30’000 curieux, se précipite en hurlant : « À mort ! À mort ! On tient Bonnot ! À mort, Bonnot ! » Les forces de l’ordre ont beaucoup de mal à la retenir. Durant 20 minutes, les pompiers arrosent la maison pour éteindre l’incendie. Mais de Bonnot, aucun signe de vie. Est-il mort ? Prépare-t-il un piège ? Guichard, Lépine et une douzaine d’agents se rapprochent de la maison protégée par la charrette tirée par le cheval, qui commence à trouver la plaisanterie saumâtre. Les assaillants se jettent à plat ventre pour pénétrer par le trou béant dans le mur. Ils butent sur le cadavre de Dubois. Pendant ce temps, le lieutenant Fontan, suivi de policiers, escalade avec précaution l’escalier extérieur. Ils s’engouffrent dans la première chambre. Vide. Il y en a une deuxième. Fontan saisit un matelas pour se protéger, il pousse la porte et tire quatre balles au jugé. Dans la pièce, Bonnot, gravement blessé par l’explosion, s’est caché entre deux matelas. (…)  L’anarchiste tire une première balle sur le lieutenant, qu’il rate, puis une deuxième dans sa tête pour se tuer. En même temps, les inspecteurs qui se précipitent lui logent onze balles dans le corps. L’anarchiste mourant jette « Tas de V… »

Agonisant, Bonnot est transporté au bas de l’escalier, où la foule ayant échappé à tout contrôle se jette sur lui pour l’écharper. Les forces de l’ordre parviennent à déposer le moribond dans une voiture qui prend aussitôt la direction de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu de Paris. Durant le trajet, Bonnot, ensanglanté, jette encore quelques injures, avant de rendre l’âme lorsque l’automobile franchit le pont Notre-Dame. Dans les décombres du garage, on découvre le testament de Bonnot, constitué d’une quinzaine de feuillets couverts d’une écriture serrée tracée au crayon. Le bandit anarchiste y crache sa haine de la société [sic] avec « les exploiteurs qui font travailler les pauvres diables ». (…) « Il me faut vire ma vie. J’ai le droit de vivre, et puisque votre société imbécile et criminelle prétend me l’interdire, eh bien, tant pis pour elle, tant pis pour vous tous. » La foule, se fichant des dernières pensées du criminel, envahit le garage pour récupérer un souvenir. Des dames, dit-on, auraient trempé leur mouchoir dans le sang de Bonnot. Qui est le sauvage dans cette histoire ?

Les deux derniers membres de la bande, Garnier et Valet, seront à leur tour assiégés le 14 mai dans un pavillon de Nogent-sur-Marne. Eux également mèneront une défense acharnée.

Publié par des ennemis de l’Anarchie (Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos, LePoint.fr, 28 avril 2012)

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[Union de la Mafia Présidentielle] Cinquante millions d’euros de Kadhafi au candidat Sarközy de Nagy-Bocsa

Sarkozy-Kadhafi : la preuve du financement

Le régime de Mouammar Kadhafi a bien décidé de financer la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Mediapart a retrouvé un document officiel libyen qui le prouve. Cette note issue des archives des services secrets a été rédigée il y a plus de cinq ans. L’en-tête et le blason vert de la Jamahiriya préimprimés s’effacent d’ailleurs légèrement. Ce document, avec d’autres, a échappé aux destructions de l’offensive militaire occidentale. D’anciens hauts responsables du pays, aujourd’hui dans la clandestinité, ont accepté de le communiquer à Mediapart ces tout derniers jours.

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La note signée Moussa Koussa.

Dès 2006, le régime libyen avait choisi « d’appuyer la campagne électorale» de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, et ce pour un « montant de cinquante millions d’euros » : c’est ce qu’indique en toutes lettres cette note datée du 10 décembre 2006, signée par Moussa Koussa, l’ancien chef des services de renseignements extérieurs de la Libye.

Un accord « sur le montant et les modes de versement » aurait été validé quelques mois plus tôt par Brice Hortefeux, alors ministre délégué aux collectivités locales, en présence de l’homme d’affaires Ziad Takieddine, qui a introduit dès 2005 en Libye les proches du ministre de l’intérieur, notamment Claude Guéant, et Nicolas Sarkozy lui-même. Le directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, Bachir Saleh, alors à la tête du Libyan African Portfolio (LAP, soit l’un des fonds d’investissement financier du régime libyen), aurait de son côté été chargé de superviser les paiements.

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MM. Kadhafi et Sarkozy

« Mon client n’était pas présent à la réunion indiquée dans le document, nous a indiqué Me Samia Maktouf, l’avocate de M. Takieddine. En revanche, il pense que ce document est crédible, vu la date et les personnes qui apparaissent dans ce document outre lui-même. »

« Ce document prouve qu’on est en présence d’une affaire d’État, que ces 50 millions d’euros aient été versés ou non, a lui-même commenté M. Takieddine, rencontré par Mediapart vendredi 27 avril. L’enquête sera difficile parce que beaucoup d’intervenants sont morts pendant la guerre en Libye, mais c’est déjà important de rendre public ce document. » Cette réponse de Ziad Takieddine – malgré son hostilité exprimée de multiples fois à notre égard – est celle d’un acteur clé de la lune de miel franco-libyenne, qui a secrètement conseillé Claude Guéant jusqu’à la veille de la guerre, comme en attestent de nombreuses notes publiées par Mediapart.

L’une d’entre elles, rédigée le 6 septembre 2005 par Ziad Takieddine et adressée à Claude Guéant, affirmait ainsi que certains pourparlers franco-libyens devaient « revêtir un caractère secret ». « L’autre avantage : plus d’aise pour évoquer l’autre sujet important, de la manière la plus directe… », précisait le document, mystérieusement.

L’élément nouveau que nous publions aujourd’hui vient désormais confirmer les accusations portées par les principaux dirigeants libyens eux-mêmes peu avant le déclenchement de la guerre sous l’impulsion de la France, en mars 2011. Mouammar Kadhafi, son fils Saïf al-Islam et un ancien chef des services secrets, Abdallah Senoussi, avaient en effet tous trois affirmé publiquement détenir des preuves d’un financement occulte du président français. La découverte de la note de M. Koussa exige désormais que s’engagent des investigations officielles – qu’elles soient judiciaires, policières ou parlementaires – sur cet épisode sombre et occulte des relations franco-libyennes.

La face cachée de l’arrivée de Nicolas Sarkozy sur la scène libyenne, en 2005, puis en 2007, apparaissait déjà en filigrane dans le dossier des ventes d’armes à l’Arabie saoudite et au Pakistan instruit par les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, en particulier à travers l’activité de lobbying déployée par M. Takieddine en faveur de l’ancien ministre de l’intérieur auprès de Tripoli. Or l’enquête entre leurs mains vient d’être élargie par un réquisitoire supplétif, le 5 avril dernier, à tous les faits de blanchiment présumés apparus jusqu’à ce jour.

Les investigations visent l’intermédiaire, mais aussi plusieurs proches du chef de l’État, Thierry Gaubert, Brice Hortefeux, Nicolas Bazire ou encore plus indirectement Jean-François Copé. Échappée des secrets de la dictature déchue, la note décisive que nous reproduisons ci-dessus – et dont la traduction intégrale est sous l’onglet Prolonger – vient en outre confirmer les propos de l’ancien médecin de M. Takieddine, qui avait suivi alors les déplacements de l’homme d’affaires, notamment en Libye, et avait rapporté des projets de financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy par la Libye.

Selon des connaisseurs du régime libyen à qui nous l’avons soumis, ce document, dont le signataire et le destinataire appartenaient au premier cercle de Kadhafi, est conforme, jusque dans son style, aux habitudes bureaucratiques du régime. Outre celle du calendrier grégorien, la deuxième date qui y figure conforte son authenticité : elle n’est pas celle du calendrier musulman habituel, mais de celui imposé par le dictateur, qui part de l’année du décès du prophète Mahomet, l’an 632.

Un document authentique, selon Ziad Takieddine

Depuis plusieurs mois, nous avons entrepris des recherches pour retrouver des dépositaires d’archives du régime déchu, en rencontrant à Paris et à l’étranger plusieurs représentants de factions libyennes, dont certaines avaient conservé des documents et d’autres s’en étaient emparés, en marge des affrontements armés. Ainsi, Mediapart a publié ici, dès le 10 avril dernier, des documents des services spéciaux libyens demandant des mesures de surveillance d’opposants toubous domiciliés en France.

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M. Koussa

Le document décisif que nous publions aujourd’hui, sous la signature de Moussa Koussa, a été adressé, le 10 décembre 2006, à un ancien homme clé du régime libyen, Bachir Saleh, surnommé le “caissier de Kadhafi”. Directeur de cabinet du “guide” déchu, M. Saleh était aussi le responsable du Libyan African Portfolio (LAP), le puissant fonds souverain libyen crédité de plus de 40 milliards de dollars. Sous l’ère Kadhafi, le LAP a servi à d’innombrables opérations d’investissement. Certaines avouables (tourisme, pétrole, agriculture, télécommunications…). Et d’autres moins, comme l’ont confirmé plusieurs sources libyennes concordantes. Contacté sur son numéro de téléphone portable français, M. Saleh n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Connu pour avoir été l’un des plus proches collaborateurs de Mouammar Kadhafi et le mentor de deux de ses fils (Motassem et Saïf al-Islam), Moussa Koussa a quant à lui été le patron pendant plus de quinze ans, entre 1994-2011, des services secrets extérieurs libyens (l’équivalent de la DGSE française), avant de devenir le ministre des affaires étrangères de la Libye.

Notons que l’auteur de cette note et son destinataire ont vécu, à l’heure de la chute du régime Kadhafi, des destins similaires. Moussa Koussa vit actuellement au Qatar, sous protection, après avoir fui la Libye en guerre, en mars 2011, ralliant d’abord Londres, puis quelques semaines plus tard Doha. Bachir Saleh, emprisonné brièvement par les rebelles du Conseil national de transition (CNT) avant d’être relâché en août dernier, a été exfiltré et accueilli par les Français. Comme l’a rapporté Le Canard enchaîné, lui et sa famille bénéficient toujours de la protection des autorités françaises qui leur ont accordé un titre de séjour provisoire.

Les deux paragraphes écrits par Moussa Koussa sont sans équivoque sur le sujet explosif abordé. « En référence aux instructions émises par le bureau de liaison du comité populaire général concernant l’approbation d’appuyer la campagne électorale du candidat aux élections présidentielles, Monsieur Nicolas Sarkozy, pour un montant d’une valeur de cinquante millions d’euros », peut-on d’abord y lire. Puis M. Koussa affirme transmettre et confirmer « l’accord de principe sur le sujet cité ci-dessus ». Le montant pharaonique promis par les Libyens est à rapprocher des 20 millions d’euros officiellement dépensés par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle de 2007.

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Bachir Saleh

L’ancien chef des services secrets extérieurs de Mouammar Kadhafi ajoute dans sa note que l’accord évoqué est formulé « après avoir pris connaissance du procès-verbal de la réunion tenue le 6. 10. 2006, à laquelle ont participé de notre côté le directeur des services de renseignements libyens (Abdallah Senoussi, ndlr) et le président du Fonds libyen des investissements africains (Bachir Saleh, ndlr), et du côté français Monsieur Brice Hortefeux et Monsieur Ziad Takieddine ». Ce serait « au cours » de cette entrevue qu’« un accord a été conclu pour déterminer le montant et le mode de paiement ». Le document ne précise cependant pas le lieu de cette réunion, qui s’est tenue un an jour pour jour après une visite de Nicolas Sarkozy en Libye.

Ziad Takieddine, rencontré par Mediapart en présence de ses avocats, vendredi 27 avril, n’a pas contesté l’authenticité du document que nous lui avons présenté, tout en précisant comme Me Samia Maktouf, son avocate, qu’il n’avait pas été présent, le jour indiqué, à cette réunion.

« Je n’ai pas assisté à cette réunion, mais elle a certainement pu avoir lieu, nous a indiqué M. Takieddine. Votre document reflète un accord signé par Moussa Koussa pour soutenir la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, et Brice Hortefeux a été effectivement là-bas à cette date ainsi qu’à d’autres dates, ça, c’est sûr. M. Moussa Koussa et les autres personnes citées étaient effectivement des relais avec la France. »

Selon M. Takieddine, Claude Guéant, l’ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, et « son correspondant en matière de renseignement d’État », Bernard Squarcini, étaient parallèlement en lien étroit avec M. Koussa. « Cela se passait nécessairement en secret, vu la sensibilité des relations entre les services de renseignement », précise-t-il, tout en confirmant l’implication, côté libyen, de Béchir Saleh, comme représentant du LAP, et Abdallah Senoussi lui-même « dans les relations de la Libye avec la France ».

« J’ai les éléments et je n’hésiterai pas à les sortir »

Les relevés des voyages de M. Takieddine, dont la justice française détient la copie depuis plusieurs mois, montrent toutefois que l’homme d’affaires était à Tripoli le 9 décembre 2006, soit la veille de la rédaction de la note de Moussa Koussa. Il était également en Libye quelques jours plus tôt, les 20 et 21 novembre.

Dans un entretien accordé le 25 avril à l’hebdomadaire Jeune Afrique, M. Takieddine déclare avoir été informé en mars 2011 par Saif al-Islam Kadhafi de l’existence d’un « versement d’argent » pour la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007.

« Lors de ma dernière rencontre avec Seif al-Islam que j’ai interrogé, il m’avait bien dit : “J’ai les éléments et je n’hésiterai pas à les sortir”, explique M. Takieddine à Mediapart. En réalité, il ne pensait pas que Nicolas Sarkozy irait jusqu’au bout. On peut penser que c’est pour cette raison que le système a protégé Bachir Saleh (exfiltration et production d’un passeport diplomatique) et qu’ils ont essayé par tous les moyens de tuer Saif al-Islam qui a été à l’origine de ces révélations. Par ailleurs, cela explique l’accueil que Monsieur Claude Guéant m’a réservé dès mon retour de Libye, en m’arrêtant à l’aéroport (ndlr, le 5 mars 2011), car il pouvait penser que j’étais moi-même en possession de ces documents, pour pouvoir les subtiliser. »

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MM. Hortefeux et Takieddine, en 2005

Ce n’est pas la première fois que le nom de Brice Hortefeux est associé à l’arrière-plan financier des relations franco-libyennes. Mais le haut responsable de l’UMP, intime de Nicolas Sarkozy, a toujours démenti. « Je n’ai jamais rencontré Moussa Koussa et Bachir Saleh, a déclaré M. Hortefeux à Mediapart, le 27 avril. J’ai déjà rencontré Abdallah Senoussi, qui connaissait beaucoup de monde, mais nous n’avons jamais eu de discussion sur un financement électoral. Je suis allé en Libye une seule fois dans ma vie, en 2005. J’oppose donc un démenti catégorique et vérifiable. »

Comme Mediapart l’avait rapporté, les confessions de l’ancien médecin de M. Takieddine, couchées sur papier le 20 décembre 2006 par le directeur d’une société de renseignements privés suisse, Jean-Charles Brisard, évoquaient déjà le nom de M. Hortefeux dans un schéma de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye en 2007. En des termes plus télégraphiques : « MODALITES FIN CAMPAGNE NS », « FIN LIB 50 ME », « MONTAGE INCLUT SOC BH PAN + BANQUE SUISSE (ND) » et « FIN CAMPAGNE TOTALEMENT REGLE ». Le mémo Brisard avançait aussi le chiffre de 50 millions d’euros affectés à la campagne de M. Sarkozy.

« C’est grotesque », avait réagi Nicolas Sarkozy sur le plateau de TF1, le 12 mars dernier. « S’il (Kadhafi, ndlr) l’avait financée (la campagne, ndlr), je n’aurais pas été très reconnaissant », avait ironisé le président-candidat, en référence à l’intervention militaire française en Libye. Contacté vendredi 27 avril, l’Élysée n’a pas souhaité faire de nouveaux commentaires.

L’actuel ministre de l’intérieur français, Claude Guéant, directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy place Beauvau, en 2006, a lui-même admis ses contacts répétés avec Moussa Koussa, début 2007, devant la commission d’enquête parlementaire sur la libération des infirmières bulgares. La sollicitude de la France vis-à-vis de Bachir Saleh pourrait aujourd’hui trouver son explication par sa connaissance des lourds secrets franco-libyens. Et des circuits financiers qu’il a lui-même supervisés.

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A. Senoussi

Quant à Abdallah Senoussi, également cité dans la note de décembre 2006, comme ayant participé aux réunions préparatoires avec Brice Hortefeux, au sujet du financement de la campagne électorale de 2007, il aurait été arrêté il y a quelques semaines en Mauritanie, mais aucune image n’est venue confirmer une telle affirmation. Il est réclamé par la Libye, mais également par la Cour pénale internationale (CPI), et la France, ayant été condamné par contumace à Paris dans l’affaire de l’attentat contre le DC-10 d’UTA.

Une chose est en revanche certaine : les forces de l’Otan ont bombardé le 19 août 2011, à 5 heures du matin, la maison d’Abdallah Senoussi, située dans le quartier résidentiel de Gharghour, à Tripoli. Un cuisinier indien avait trouvé la mort dans le raid et une école avait été détruite. « C’est un quartier résidentiel. Pourquoi l’Otan bombarde ce site ? Il n’y a pas de militaires ici », avait alors dénoncé un voisin, Faouzia Ali, cité par l’Agence France-Presse.

La réponse se trouve peut-être dans les secrets qui lient M. Senoussi à la France. « C’est le principal témoin de la corruption financière et des accords qui ont impliqué de nombreux dirigeants et pays, dont la France », a affirmé en mars dernier à l’agence Reuters une source « haut placée dans le renseignement arabe ».

Depuis près de dix mois, Mediapart enquête sur les secrets libyens de Nicolas Sarkozy, de son élection en 2007 comme de sa présidence depuis. Cet article s’inscrit dans ces investigations au long cours, confirmant leur légitimité et leur gravité (lire nos autres explications ici).
Nous avons compris l’ampleur de ces secrets libyens au seuil de l’été 2011 avec les documents Takieddine, découverts au cours de nos investigations sur l’affaire Karachi. Cette affaire met en cause les financements illégaux de la campagne présidentielle menée en 1995 par Edouard Balladur avec pour bras droit Nicolas Sarkozy. Or ce dossier a révélé le rôle central dans le premier cercle de Nicolas Sarkozy, depuis ces années-là jusqu’aux lendemains de son élection en 2007, de Ziad Takieddine, intermédiaire financier jusqu’alors pratiquement inconnu, ayant fait fortune dans les ventes d’armes.
Issus des archives personnelles de M. Takieddine, les documents dont nous avons commencé la publication en juillet 2011 ont prouvé que, dans les années qui ont précédé son élection en 2007, Nicolas Sarkozy et son entourage avaient tissé des liens de proximité et entretenu des relations suivies avec le régime libyen de Mouammar Kadhafi. Les enjeux financiers de ces fréquentations sont explicites dans les documents que nous avons révélés, et la reconnaissance officielle accordée, fin 2007, en grande pompe par le nouveau président français au dictateur libyen y apparaît comme un remerciement pour services rendus.
Tel est le contexte de l’enquête qui, aujourd’hui, aboutit avec la découverte par Mediapart d’un exceptionnel document libyen dont Ziad Takieddine lui-même, auquel nous l’avons soumis vendredi 27 avril, affirme qu’il est authentique. La révélation de ce document exige que toute la lumière soit faite sur son contenu, tant il conforte le soupçon d’une immense affaire d’État : le financement, pour des montants faramineux, de la campagne électorale de l’actuel président de la République française par un État étranger, qui plus est dictatorial. Que la France soit, depuis, militairement intervenue pour renverser cette dictature ne fait qu’alourdir ce soupçon.

Leur presse (Fabrice Arfi et Karl Laske, Mediapart, 28 avril 2012)

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[Pink bloc parisien le 1er mai] Fausse travailleuse, faux travailleur, debout !

FAUSSE TRAVAILLEUSE, FAUX TRAVAILLEUR, DEBOUT !

Voile, kippa, casquette ou burqa, tu n’en fais pas tout un plat ; Ton identité n’est toujours pas nationale.

Régularisation massive des sans-papierEs et droit de vote des étrangerEs à toutes les élections, ça te fait bander.

La présomption de légitime défense pour les policiers, ça te fait vomir.

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L’égalité des droits, ça ne se discute pas ; disposer librement de ton corps, ça te fait jouir.

Mettre sous surveillance les traders et les banquiers, ça te fait mouiller.

Tu ne kiffes pas trop la France qui souffre et se lève tôt, tu es plutôt exploitéE, précaire, chômeurE, bref, unE fauxSSE travailleurE.

Un revenu d’existence, indépendant du vrai travail, ça te fait rêver.

L’argent que tu as cotisé doit revenir à la santé, à l’éducation, aux retraites, aux allocs chômage et autres solidarités sociales.

Avec la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, … on annule la dette, on rétablit les retraites, on revalorise les salaires et on fait la fête !

Retrouve le PINK BLOC DES TRANS, GOUINES ET PÉDÉS FÉMINISTES à la manifestation parisienne du 1er mai des faux travailleurs, MARDI À 16H30 DEVANT L’INSTITUT DU MONDE ARABE (angle quai de la Tournelle, boulevard Saint Germain, métro Jussieu ou Sully-Morland).

Et puisque, il y a 70 ans, Pétain a tenté de transformer la journée de lutte du 1er mai en fête du travail [Voir le billet de Pascal Riché sur rue89 : « Vrai travail » and co. Au secours, Pétain revient !], reprenons la rouge églantine : amène ta fleur !

Facebook / Infozone, 28 avril 2012

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[Copwatch] La « présomption d’innocence » en action (et en images)

Une plainte contre des policiers pour violence et vol de caméra

Alexandre D. accuse des policiers lillois de l’avoir frappé pour dérober sa caméra alors qu’il filmait un rassemblement de soutien aux sans-papiers. Une vidéo de la scène vient appuyer sa plainte.

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Venu filmer un rassemblement de soutien aux sans-papiers, le 4 avril au matin, Alexandre D. est reparti en camion de pompiers et sans caméra. Il a porté plainte contre des policiers jeudi dernier, pour violences et vol de son matériel vidéo.

Ce jour-là, six sans-papiers passent devant le tribunal administratif de Lille. Ils ont été arrêtés le 30 mars, lors de l’invasion d’une permanence UMP, et placés en rétention. Parmi les militants du Comité des Sans-Papiers 59 qui sont venus les soutenir, se trouve Alexandre D., étudiant de 23 ans :

“Ma conjointe et moi avions pris soin d’amener notre caméscope personnel, comme nous l’avions déjà fait lors des actions précédentes du Comité des Sans-Papiers, pour couvrir l’événement et diffuser les images dans les réseaux alternatifs. Ces archives serviront un jour à faire un film. Par ailleurs, les caméras ont un effet dissuasif sur la police, en diminuant le sentiment d’impunité.”

D’autres militants politiques aux motivations diverses filment le rassemblement et le cordon de police. Philippe [Prénom modifié] appartient au collectif Copwatch, un site d’identification des policiers interdit d’accès à la demande du ministère de l’Intérieur. Il raconte le début des événements :

“On pensait assister à l’audience comme ça se passe habituellement. Mais le président du tribunal nous a demandé de rester dehors, évoquant des risques d’occupation. Il n’y avait vraiment aucune volonté de contact physique avec la police.”

La préfecture du Nord nous a confirmé que “le président du tribunal a refusé l’accès aux personnes, qui ont de ce fait manifesté sur la voie publique sans déclaration préalable”.

Coups et lacrymo

Devant le tribunal, Alexandre D. fait des images avec sa caméra toute neuve. Il l’a payée 1200 euros. Quand la charge de police commence, Alexandre D. est mis à terre et immobilisé. Les images qui suivent, tournées par un manifestant, ont été fournies dans leur intégralité aux Inrocks et au collectif Copwatch. Les Inrocks ont réalisé le montage.

Sur cette vidéo, on voit un policier porter un coup de pied à Alexandre D., maintenu au sol puis relâché après un jet de gaz lacrymogène dans le visage. La scène complète dure environ trois minutes, pendant lesquelles le jeune homme est immobilisé et frappé par moments. Il se souvient de quelques détails :

“J’entends un policier s’écrier : “C’est lui ! C’est lui le cameraman ! Prenez-lui la caméra ! Prenez lui la caméra !” Je serre de toutes mes forces ma caméra contre mon ventre mais plus je la retiens, plus je reçois des coups dans le visage, dans le crâne, sur la nuque ou dans le dos. Les policiers essaient de me l’arracher, ils se mettent à plusieurs. À côté de ma tête, le sac à accessoires de la caméra est d’abord piétiné par un policier avant de disparaître définitivement.”

Il fait partie des six blessés légers conduits à l’hôpital à l’issue de la manifestation. Son certificat médical indique : “traumatisme crânien, traumatisme et contracture des cervicales, diverses contusions”. La médecine légale relève “cinq ecchymoses au visage, deux ecchymoses sur le crâne, deux dans le dos” et recommande un jour d’ITT (interruption totale de travail). Son médecin traitant monte à quatre jours d’ITT.

Alexandre D. n’a aucune nouvelle de son matériel. Pour son avocate, Muriel Rueff :

“Le but des violences était de prendre la caméra. Il a été délibérément ciblé : son sac a été arraché, sa caméra subtilisée. Normalement, si la police veut confisquer quelque chose, il y a une fouille, une saisie, un endroit où récupérer ses affaires, un document. Je demande au procureur d’identifier les responsables. Tout s’est passé très vite, heureusement il y a beaucoup d’images.”

Outre la plainte pour vol et violences, l’avocate d’Alexandre D. a saisi le Défenseur des droits.

“S’il avait commis quelque chose d’illégal, un outrage par exemple, mon client aurait été arrêté. Or ce n’est pas le cas. Son identité n’a même pas été contrôlée.”

La préfecture du Nord précise que lors de ce rassemblement, les policiers n’ont procédé à aucune interpellation, et explique les raisons de la charge :

“Le tribunal administratif se trouve à l’angle d’un boulevard très passant et d’un axe qui va à la place de la République. L’intervention avait pour objet d’assurer la sécurité des manifestants comme des automobilistes.”

Sur le fond, la préfecture n’a “aucune déclaration à faire : s’il y a une plainte, elle doit être instruite”.

Climat de tension

Rappelons qu’il est autorisé de filmer des policiers dans l’exercice de leurs fonctions sur la voie publique, tant qu’il ne s’agit pas de fonctionnaires figurant dans la liste spéciale définie par décret. Quant à la confiscation du matériel, un syndicaliste policier faisait le point de manière très claire en 2009 dans un article de Slate :

“Lors d’une affaire récente, après que des fonctionnaires de police ont confisqué du matériel, une note de service de leur hiérarchie leur a demandé de ne pas procéder à ce genre de confiscations.”

L’incident intervient dans un climat de tension entre militants d’extrême-gauche et policiers dans la région lilloise. Le site Copwatch Nord-Ile-de-France, qui avait publié beaucoup d’images des forces de l’ordre en manifestation à Lille et Calais, continue à inquiéter les fonctionnaires. Ils craignent des représailles si leur visage apparaît sur Internet.

Dans une autre vidéo visionnée par Les Inrocks, tournée lors du même rassemblement devant le tribunal administratif, on voit un policier s’approcher d’un manifestant qui filme. Suit un dialogue :

“Ta caméra, j’vais te la péter sur le mur.
— Pourquoi?
— Parce que tu vas nous foutre sur ton Copwatch à la con.”

Un autre policier s’avance et contrôle l’identité du porteur de caméra. Les avertissements se poursuivent :

“Là je suis de bonne humeur, j’te la casse pas. Mais la fois prochaine je la fracasse. […] Moi que tu filmes à 1000 mètres je m’en fous, mais je veux plus te voir dans mes pattes.”

D’après Philippe*, du collectif Copwatch, les forces de l’ordre craignent les manifestants munis d’une caméra ou d’un téléphone portable :

“Déjà le vendredi précédent à l’UMP, les flics n’avaient qu’un mot à la bouche, “Copwatch”. Dès qu’ils voyaient une caméra ils disaient “faites gaffe là, y’a du Copwatch” et ils remontaient leur cache-cou.”

Alexandre D. nous a précisé ne pas faire partie du collectif Copwatch. Il interprète différemment l’attitude de la police à son égard :

“On ne peut pas faire fi du contexte politique : des lois migratoires de plus en plus inhumaines, 30’000 expulsions par an et la chasse aux sans-papiers. Sur les six blessés de la manifestation, je suis le seul à avoir pu porter plainte. Tous les autres étaient des sans-papiers, qui risquent l’expulsion s’ils se rendent au commissariat. Pourtant la charge était violente, c’est ce que j’étais en train de filmer.”

Privé de caméra, Alexandre D. ne peut pas étayer ses propos par des images.

Leur presse (Camille Polloni, LesInrocks.com, 26 avril 2012)


Vidéo à l’appui, il porte plainte contre des policiers pour violences et vol de caméra

Une vidéo éloquente, révélée jeudi par le site des « Inrockuptibles ». Ses images étayent la plainte, déposée voici une dizaine de jours au parquet, d’Alexandre contre des policiers lillois.

Le jeune homme de 23 ans a aussi saisi le Défenseur des droits. Il dénonce des violences et le vol de sa caméra lors d’un rassemblement de soutien aux sans-papiers, le 4 avril, devant le tribunal administratif de Lille.

Alexandre filme cette mobilisation pacifique avec un caméscope neuf acheté 1200 € la veille. Étudiant en cinéma, il vient souvent sur des actions similaires comme « observateur et cameraman indépendant. Je suis sensible aux questions de droit des immigrés ». La police charge et disperse le cortège, « sans sommation ». Alexandre décrit des brutalités des forces de l’ordre. Sa caméra tourne : « C’était des images compromettantes. Quand les policiers s’en rendent compte, leur chef me pointe du doigt et ils me plaquent au sol. Je l’ai entendu dire : « prenez-lui la caméra ». Je l’ai serrée contre moi. »

Un manifestant filme la scène avec son téléphone portable. Sur cette vidéo, on voit l’étudiant immobilisé à terre plusieurs minutes par trois à quatre policiers. Il reçoit des coups de pied et de poing. Son sac à accessoires lui est arraché et jeté. Sa caméra disparaît. Puis il est relâché : « Ils ne m’arrêtent pas car je n’ai rien fait ! »

Chancelant, il repart sonné… et reçoit un jet de gaz lacrymogène au visage, à bout portant. Avec cinq sans-papiers légèrement blessés, il est conduit à l’hôpital par les pompiers.

Bilan : des ecchymoses à la tête et au dos, un traumatisme au crâne et aux cervicales. La médecine légale lui délivre un arrêt de travail d’un jour, son médecin traitant quatre. « J’ai des papiers, c’est plus facile de porter plainte. Les cinq autres hospitalisés, dont une femme enceinte, n’en ont pas. Ils ne peuvent pas se défendre, c’est injuste. »

Contactés, le parquet, la préfecture et la police n’ont pas répondu.

Leur presse (lavoixdunord.fr, 28 avril 2012)


Supplément
Le commissaire Lagarde réintégré, le parquet ouvre deux nouvelles enquêtes

Des policiers grincent des dents après la nomination du commissaire Jean-Christophe Lagarde comme chargé de mission à la direction centrale de la sécurité publique à Paris. Mis en examen en octobre dernier pour proxénétisme aggravé et recel d’abus de biens sociaux dans l’affaire du Carlton de Lille, il avait été suspendu de ses fonctions de chef de la sûreté départementale du Nord…

Un policier lillois sent de l’incompréhension : « La « base » ne trouve pas cela réglo : des agents sont mis à pied pour trois fois rien. » Benoit Lecomte, du syndicat Alliance, abonde : « Il y a une différence de traitement entre gardiens de la paix et commissaires. » Mais, rappelant que le contrôle judiciaire de Jean-Christophe Lagarde ne comprend pas d’interdiction d’exercer, son discours est nuancé : « Il est présumé innocent, sa réintégration n’est pas anormale. » Le ministère de l’Intérieur justifie sa décision : « La suspension de M. Lagarde était à titre conservatoire, afin d’éviter un trouble excessif dans son service, mais n’était pas une mesure disciplinaire. On utilise ses compétences. » Cet épisode ne ramènera pas la sérénité au sein d’une police lilloise troublée par les scandales à répétition. L’IGPN, la police des polices, a quitté Lille jeudi après ses auditions dans l’enquête sur la plainte de Philippe Patisson. Il estime avoir subi harcèlement moral, homophobie et discrimination comme directeur du SDIG (Service départemental de l’information générale) de 2008 à 2011.

Les « bœufs-carottes » devraient vite revenir. Jeudi, le parquet les a saisis de la plainte pour harcèlement et discrimination, en raison de ses origines maghrébines, d’une ex-policière du SDIG. Elle pourrait être jointe à celle de M. Patisson. Et mardi, le procureur a confié à la police des polices l’affaire des ferrailleurs. Avec le dossier de l’ordinateur volé, l’IGPN est chargée de quatre enquêtes sur Lille.

Leur presse (lavoixdunord.fr, 21 avril 2012)

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[Savoir-vivre] Du bon usage des véhicules de police

Nice : ils urinent dans la voiture de police et finissent au poste

Quatre « plaisantins » de 17 à 20 ans ont forcé une voiture de la police municipale de Nice pour s’y soulager… Repérés par les caméras de surveillance, ils ont fini au commissariat.

« C’était juste un délire », ont déclaré les joyeux drilles aux policiers. La mauvaise blague les a en tout cas conduits directement au poste de police.

Il est 1h15 du matin, dans la nuit de mercredi à jeudi. Depuis le centre de supervision urbain, un opérateur observe le comportement suspect de plusieurs individus à proximité d’une voiture de la police municipale, juste en bas des locaux de l’avenue Borriglione.

Une patrouille est appelée à se rendre sur place. Mais les quatre loustics ont déserté les lieux. Guidée par les caméras du CSU, la patrouille parvient à les intercepter à quelques pâtés de maisons de là.

Tout le monde se rend alors place du Général-de-Gaule où se trouve la voiture de police. Là, les policiers constatent que la portière a été forcée et des traces d’urine à l’intérieur du véhicule.

Les quatre plaisantins, âgés de 17 à 20 ans et domiciliés à Nice et Cannes, ont été conduits, de facto, à Auvare. Où il n’est pas sûr que leur sens de l’humour a fait des émules…

Leur presse (NiceMatin.com, 27 avril 2012)

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[Vive l’Azawad libre !] Premières nouvelles du congrès de Gao

Azawad : rassemblement autour du MNLA

Au deuxième jour du congrès du MNLA, la communauté de Gao est mobilisée pour faire de ce rendez-vous une réussite. La fréquentation a dépassé les attentes. Les représentants des différentes composantes de l’Azawad  se sont rendues à Gao pour prendre part et s’exprimer au congrès du MNLA. Parmi les personnalités présentes, l’aménokal de la tribu d’Adagh des Ifoghas, Inattal ag Attaher ; le chef de la tribu Chamnamass, Moumen ag Kiyou. Il y a également les chefs de toutes les fractions touarègues dont celle d’Iknan et d’Imghad. Les chefferies traditionnelles Songoi ainsi que les chefs des différents villages peuls, le chef suprême des Kounta, Baba Kounta ont fait le déplacement à Gao. Ont pris part également à ce congrès des Touaregs venus de l’Aïr, de l’Ahaggar et du Burkina. Des Touaregs de la diaspora n’ont pas raté le rendez-vous. Les lieux dédiés au congrès étaient archi-comble d’autant plus que la population de Gao était nombreuse à venir être témoin de ce rendez-vous historique pour l’Azawad.

Au terme du deuxième jour du congrès, les délégués et représentants des différentes composantes de l’Azawad se sont clairement exprimés sur l’indépendance de l’Azawad, une indépendance irrévocable qu’ils ne sont pas prêts à négocier. Tous dénoncent les islamistes considérés comme nuisibles et exigent d’eux de quitter le territoire de l’Azawad notamment pour ceux d’entre eux qui sont étrangers (l’on sait que les terroristes d’Aqmi sont essentiellement algériens).

L’idée d’un rassemblement autour du MNLA est unanimement admise par l’ensemble des congressistes. Le MNLA est considéré comme la seule autorité à même de garantir l’unité et la sécurité des personnes et de leurs biens sur le territoire de l’Azawad.

Les travaux du congrès, prévu de prendre fin ce vendredi 27 avril, se prolongeront certainement d’un ou deux jours vu le nombre de points inscrits à l’ordre du jour et l’importance des décisions qui restent à prendre.

La Rédaction de « Tamazgha, le site berbériste », 27 avril 2012

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[Mafiafrique] Comment l’Afrique se paye la présidence française

Comment l’Afrique se paye la présidence française

Il semblerait que depuis peu, en Afrique, on ne serve plus la soupe exactement dans l’ordre habituel. De curieux renversements s’effectuent en effet, dont le moindre n’est pas celui du Portugal, suppliant son ancienne colonie, l’Angola, de lui venir en aide ; ou encore de voir des citoyens européens se repliant sur leurs colonies de jadis pour fuir la crise dans leurs pays, et accepter des jobs sous-payés dans l’arrière-pays africain [Un exemple de ces contes (en anglais)]. Mais il existe une relation bien plus ancienne et plus discrète entre Afrique et Europe qui renverse l’image convenue de leaders africains corrompus par une aide-européenne-sous-conditions. Ce phénomène est celui de la valise (en français dans le texte), système par lequel depuis un demi-siècle les dictatures africaines ont envoyé des millions en France pour corrompre le processus politique européen.

Le premier tour des élections françaises se tiendra le 22 avril prochain. On s’attend que le candidat socialiste François Hollande prenne le dessus sur le président gaulliste sortant Nicolas Sarkozy, sans obtenir toutefois de majorité préparant le décor à une fuite de capitaux en mai.

Toutefois, les électeurs français connaissent le système de la valise, il est donc intéressant d’examiner ce phénomène si bien intégré à la conduite des affaires franco-africaines, et qui semble se répandre encore. Le 5 octobre 2011, le Centre d’Études Françaises et Francophones de la Duke University (Caroline du Nord) organisait un débat intitulé « les colonies rendent la monnaie de la pièce : culture et corruption dans les relations franco-africaines ». Notre article reprend des extraits de ce colloque.

La France post-coloniale, une république « valisière »

Philippe Bernard, ancien correspondant du Monde en Afrique, entama le débat en faisant la remarquer que Robert Bourgi [Né à Dakar, dans une famille libano-française, il fut admis au barreau de Paris. Ancien conseiller de Chirac et Villepin, Sarkozy lui accordera la Légion d’honneur en 2007.], conseiller « non-officiel » de Sarkozy, avait accusé (septembre 2011) son prédécesseur Jacques Chirac et son premier ministre Dominique de Villepin, d’avoir reçu d’énormes pots-de-vin sous la forme de valises remplies d’espèces, pendant la mandature conservatrice de ces derniers (1995-2007), aux fins de financer la campagne de Chirac.

Cinq États d’Afrique de l’Ouest et Centrale étaient concernés — Congo, Burkina Faso, Sénégal, Côte d’Ivoire et Gabon. Dans une interview à Canal+, Bourgi soutenait également que la campagne en 1988 de Jean-Marie le Pen du Front National (extrême-droite) fut en partie financée de la même manière. Chirac, autant que Villepin ont nié les allégations de Bourgi.

Selon la recension par le Telegraph Bourgi, déclarait au Journal du Dimanche qu’il avait personnellement transporté des dizaines de millions de francs chaque année, les montants étant destinés aux courses à la présidence, sous-entendant par-là que le liquide était destiné aux campagnes de Chirac. « J’ai vu Chirac et Villepin compter l’argent devant moi. »

Le même Bourgi soutient qu’il fit passer des billets de la part de 5 présidents africains : Abdoulaye Wade du Sénégal [au pouvoir de 2000-2012] ; Blaise Campaoré du Burkina Faso [1987 à ce jour] ; Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire [2000-2011] ; Denis Sassou Nguesso du Congo [1997 à ce jour] et Omar Bongo du Gabon [1967-2009], que M. Bourgi appellait « Papa ».

Ensemble, il prétend qu’ils auraient contribué quelques 6,2 million de livres sterling à la campagne gagnée de Chirac en 2002.

Un sixième leader se serait joint au club des donateurs, le président Obiang N’Guema de Guinée équatoriale [1979 à ce jour] avant qu’un Villepin, rendu nerveux ne mette fin au système en 2005. Toujours selon Bourgi.

Ce dernier affirme avoir personnellement fait fonctionner le système pendant 25 ans, en échange duquel les dictateurs africains se voyaient accorder d’immenses réductions de leur dettes envers la France, une fois leur « sponsor » à l’Élysée.

Bernard pense que le système est né de concept de « Françafrique », ce mélange des genres entre intérêts français et africains.

Secret public depuis les libérations africaines des années 60, à partir desquelles des accords furent signés stipulant que la France userait de son influence pour défendre les régimes africains, tandis que ceux-ci donneraient une exclusive à l’ancienne puissance coloniale sur ses matières premières et un droit d’intervention militaire, à l’occasion de menaces contre la sécurité africaine.

Dans les années 80, les gaullistes (opposés alors au gouvernement socialiste de François Mitterand) furent pareillement accusés de toucher un pourcentage des revenus du pétrole gabonais pour financer leurs campagnes — mais sans preuves.

Le professeur Stephen Smith, ancien responsable du bureau Afrique de Libération, et prédécesseur de Bernard au Monde, se souvient des rumeurs disant que « l’argent à destination du bureau du premier ministre étaient dissimulé dans des djembe. Ce bureau ne disposant pas de l’air conditionné, l’imaginer en train de compter son argent en bras de chemise est assez amusant. »

Plus sérieusement, Smith se souvient qu’en 1971, au tout début d’un règne qui ne devait finir qu’en 1993 Félix Houphouët-Boigny, président de Côte d’Ivoire avait fait don de « sacs d’argent » au gouvernement de Georges Pompidou.

Il y avait, dit Smith « une pratique continue, depuis Charles de Gaulle (au pouvoir de 1959 à 1969) à Giscard d’Estaing [1974-1981], jusqu’aux gouvernements libéraux actuels ». Tous soutenus par le système de la valise. « Ce qui revient, de fait, à un État postcolonial informel. »

Il faut se souvenir que cette période — la Ve république — fut créée en 1958 à la suite de la crise qui devait précipiter la France dans la guerre d’Algérie. Nous sommes donc face à un demi-siècle de dictateurs africains, installés et maintenus en poste par la puissance militaire française, qui grâce au pétrole d’Afrique et autres revenus, devait soutenir à son tour, une chaîne de régimes conservateurs en France. Smith note toutefois que le système de la valise à l’œuvre dans les 6 pays mentionnés, était également relayé au moyen d’entreprises françaises présentes dans les anciennes colonies.

Les unes payaient les conservateurs gaullistes, tandis quels autres s’occupaient des socialistes et communistes. Étant donné la position stratégique de la France en Europe, son influence n’étant égalée que par l’Allemagne et la Grande Bretagne, quiconque est en mesure de se payer la présidence française, s’achète de fait également, une énorme part d’influence en Europe.

Les politiques progressistes des deux continents ont été rendues inopérantes par ces tractations secrètes. Smith raconte son premier scoop concernant les pratiques occultes du ténébreux Bourgi, pour Libération en 1995. Il s’agissait d’un papier expliquant la manière dont le dictateur zaïrois Mobutu se vit acquitter de ses dettes, hors de toute procédure. Mobutu « éleva son sceptre et je craignis qu’il ne me frappe avec ! ». Robert Bourgi touchait 600’000 euros de Mobutu, pour éteindre un feu et en gagnait un million supplémentaire pour m’empêcher d’écrire le livre que j’avais en cours. »

« La comptabilité de Bourgi est impeccable, il ne fait affaire qu’en liquide, donc il y a peu de preuves disponibles. » L’argent du pot de vin devait être déposé sur des comptes Sud-africains ou libanais, raconte Smith.

La portée du pouvoir officieux de Bourgi était considérable. Smith raconte que lorsque Sarkozy voulut qu’on le prenne en photo avec Mandela — vieillissant, quasi-reclus et n’accordant que très rarement de photos — il suffit à Bourgi d’appeler « Papa » (Omar Bongo), qui persuada l’ancien président d’Afrique du sud de prendre l’avion pour Paris en 2007.

Élargissement du système de la Valise

Professeur Achille Membe, spécialiste de l’Afrique postcoloniale ajoute que la valise est un système de « corruption mutuelle » qui a « menotté la France comme l’Afrique depuis des décennies ».

« La relation n’est pas seulement corrompue en termes d’argent — il s’agit d’une corruption culturelle qui a émasculé les sociétés civiles africaines en profondeur. Les perspectives sont les suivantes, la France dispose encore de bases militaires sur le continent avec les moyens de dégager un Gbagbo. Mais si elle doit payer le prix fort d’une intervention, elle y réfléchira à deux fois. »

La mainmise de la France sur le continent africain, selon Bernard, commence à être éclipsée (notamment par les États-Unis) [Dans les années 1960, il y avait 20’000 soldats français stationnés en Afrique. Ils sont 5000 aujourd’hui, mais avec une capacité technique largement supérieure. Au Mali, toutefois, qui vient de vivre un coup d’État, la présence étasunienne est significative, tandis que les Français ont indiqué qu’ils n’interviendraient pas comme ils le faisaient par le passé. Sarkozy a rouvert la base militaire en Côte d’Ivoire qui sent largement la naphtaline, mais l’intervention française de 2011 se fit sous mandat de l’Onu.] : ce qui impacte la monnaie francophone (le franc CFA) lié à l’euro en crise, ainsi que les entreprises françaises qui perdent leur exclusivité auprès des régimes africains, à mesure que le FMI reprend les rênes dans de nombreux pays, ou que la Chine, le Brésil et l’Inde déversent leurs investissements sur le continent.

Sarkozy lui, veut mettre un terme à un « réseau d’intermédiaires », tels que Bourgi « agissant comme une diplomatie parallèle ».

Pour Smith, la France gagne plus financièrement de ses relations avec l’Afrique anglophone — Afrique du Sud et Kenya en particulier — qu’il ne le faisait avec ses anciennes colonies, mais il prévient : « on assiste à une multiplication des modèles d’exception à la française : la relation avec la Chine est tout aussi corrompue ; la chasse gardée, le privilège français est devenu mondialisé ».

Membe ajoute que selon lui, le palissement de l’étoile française est surtout au fait que la France elle-même est entrée dans un processus de provincialisation, de conservatisme culturel et de retrait des affaires du monde — et ce, bien que sa langue continue d’être dominante en Afrique, et malgré l’existence d’une diaspora de lettrés africains.

Toujours pour Membe les « révélations de Robert Bourgi », n’en sont pas vraiment en Afrique, où « elles n’ont pas été perçues comme un scandale » en raison du cynisme qui domine lorsqu’on évoque les relations franco-africaines dont on connaît depuis longtemps le déclin progressif.

« La géographie n’est plus centrée sur Paris… les Robert Bourgi sont les derniers spasmes d’un équation morte, à genoux, qui n’est plus historique mais anecdotique. La France va devenir une parenthèse. »

Mais il est n’est pas du tout évident que le système des valises soit terminé, ou qu’il ait perdu sa capacité à influencer l’histoire africaine.

Pour Smith la réputation-même de Sarkozy devint douteuse lorsqu’il barra d’un trait 40% des dettes du Congo et du Gabon, là où Chirac l’avait positionné à 8% seulement. Effectuer des paiements à Sarkozy aurait donc constitué un « bon investissement de la part de leaders africains ». Si Sarkozy aussi est impliqué, la fin de partie jouée par Bourgi et consistant à déballer l’affaire des valises après 25 ans, et affirmant qu’elles se sont arrêtées avec Chirac, ne vise donc pas à salir Chirac. L’homme est mourant et politiquement fini. Il s’agit donc plutôt de menacer Sarkozy tant qu’il est encore président, le forçant à permettre à Bourgi de se retirer en toute quiétude, sans craindre de poursuite, à 67 ans, dans sa demeure nouvellement acquise en Corse.

Les racines du système sont à chercher, selon Smith, dans le fait qu’à l’époque où les Européens sont venus en Afrique, ils se sont « déboutonné » enclenchant cette relation fondée sur la corruption. Mais il faut être deux pour danser le Tango, alors que dire du rôle des leaders africains eux-mêmes ? « Si j’étais à leur place, reconnaît Smith, je continuerai d’investir dans la France. Car l’ONU, le FMI continueront de se tourner vers la France quand il leur faut de l’aide, même si son bras de levier n’est plus aussi efficace. Les choix des présidents africains continuent d’avoir de l’importance. »

Il est clair que le système des valises va perdurer, pour s’élargir sans doute à de nouvelles puissances — USA, Chine, Brésil, Inde et Afrique du Sud — et ironie du sort, le taux de croissance du continent étant de 5,5 %, il est bien possible que la capacité de l’Afrique à influencer et corrompre les affaires du monde… augmente.

Michael Schmidt
(ex-Zabalaza Anarchist Communist Front)
Traduction: Cuervo (AL)
www.anarkismo.net

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[Terrorisme pâtissier] La France d’en bas vaincra !

L’entarteur de Raffarin comparaît à Lyon

Romain, « terroriste pâtissier » de 25 ans, comparaît vendredi devant le tribunal de grande instance de Lyon pour avoir entarté en février l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin lors de son passage dans le Rhône.

Le jeune homme, membre du collectif anarchiste lyonnais « Al Qaïtarte », comparaît selon la procédure du « plaider coupable » pour violences avec arme, « en l’espèce en jetant au visage une assiette en carton remplie de chantilly », selon sa convocation devant le tribunal.

Son avocat, Me Sylvain Cormier, espère faire requalifier les faits en simples « violences », au besoin avec un renvoi de l’affaire devant le tribunal correctionnel. Romain, étudiant en master d’anthropologie et photographe à ses heures, racontait ce 24 février à Lyon : « Nous étions deux accompagnés d’un cameraman, portant bérets et foulards. À 16H45, cinq minutes avant l’arrivée de Jean-Pierre Raffarin à la librairie où il devait dédicacer son livre, Je marcherai toujours à l’affectif, nous nous sommes positionnés. »

« Dès qu’on l’a aperçu, on a mis la chantilly sur les cartons, et on a foncé », narre-t-il, l’œil encore pétillant, bien qu’il ait été le seul à être rattrapé. Son camarade vise une joue et prend la tangente, en clamant « Dada ! », en référence à ce mouvement d’artistes qui faisaient fi des conventions il y a un siècle. Le cameraman n’a que le temps de prendre une image floue avant de décamper.

Une seconde après, Romain attaque l’autre côté du visage et clame « vaincra ! » Dans sa fuite, il esquive trois agents assurant la sécurité de l’ancien homme d’État, mais se fait plaquer au sol… par le chauffeur de Nora Berra, secrétaire d’État à la Santé et élue locale, qui accompagnait M. Raffarin. La garde à vue qui suit, une première pour le jeune homme, dure près de six heures, avec « leçon de morale des flics », photos et relevé d’empreintes.

Romain assume. « Raffarin est utilisé pour faire passer la droite comme sympathique, à travers lui nous attaquons Sarkozy que l’on ne pourrait pas approcher », explique ce garçon brun portant fier une crête iroquoise, tout de noir vêtu. « Al Qaïtarte », qui rassemble une quinzaine d' »activistes subversifs pâtissiers », a été fondé en 2008 autour d’étudiants en Histoire de l’art à l’université Lyon II et n’en est pas à sa première action — toujours dans la non-violence. Lors de la campagne pour les élections municipales il y a quatre ans, voulant exprimer leur « ras-le-bol de la démocratie représentative », ils s’en étaient pris à Dominique Perben (UMP), semant chantilly et boules puantes dans ses meetings. Rapidement ils s’étaient tournés vers les partis de gauche, jugés « lâches » face au capitalisme, sur les questions de sans-papiers ou des centres de rétention : l’écologiste Daniel Cohn-Bendit, le président PS de Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne (par deux fois), ou encore le maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb, ont subi un « attentarte ».

L’artiste Ben, devenu « un produit marketing », a aussi fait les frais du courroux de ces militants, admirateurs du « serial entarteur » belge Noël Godin. Comme lui, ils entendent s’attaquer au « capital image » de ces personnages publics et faire leur « contre-communication ». Romain a un regret : lors de l’entartage de Jean-Pierre Raffarin, il n’a pu lancer des tracts de revendication qui proclamaient « la revanche de la France d’en bas ». Il accepterait volontiers une condamnation à des travaux d’intérêt général… « dans une pâtisserie », précise-t-il.

Leur presse (Agence Faut Payer, 25 avril 2012)


L’“entarteur” de Raffarin conteste que la crème chantilly soit une arme

Le jeune “entarteur” de l’ancien Premier ministre UMP Jean-Pierre Raffarin a contesté vendredi devant la justice que la crème chantilly de sa tarte puisse être considérée comme une arme, affirmant avoir seulement voulu ainsi atteindre symboliquement le président-candidat Nicolas Sarkozy.

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“C’est la crème chantilly qui serait considérée comme une arme !”, s’est offusqué Me Sylvain Cormier, à sa sortie du bureau du procureur, où son client a été convoqué vendredi matin selon la procédure du “plaider-coupable”, procédure permettant à celui qui reconnaît les faits qui lui sont reprochés d’accepter la sanction proposée par le parquet et d’éviter ainsi un procès.

Sa contestation de toute “violence avec arme”, en l’espèce en jetant au visage “une assiette en carton remplie de chantilly” selon sa convocation, entraîne donc une audience au tribunal correctionnel de Lyon, le 30 mai.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1335600423.jpgDevant les caméras venues le rencontrer dans les couloirs du Tribunal de grande instance de Lyon, Romain, étudiant en master d’anthropologie se définissant comme “un penseur libre”, explique son geste qui remonte au 24 février dernier comme “un acte politique”, de “désacralisation”. “C’est une façon d’attaquer Sarkozy à travers Raffarin” et de dire le “ras-le-bol de la jeunesse”, ajoute-t-il à l’AFP, tout en insistant sur la dimension d’“acte humoristique” de son geste.

“Demain, je vais aller entarter personne. Là, je suis un peu sur la sellette”, ajoute dans un sourire ce membre du collectif “Al Qaïtarte“, qui rassemble une quinzaine d’”activistes subversifs pâtissiers”.

Fondé en 2008 autour d’étudiants en Histoire de l’art à l’université Lyon II, il n’en est pas à sa première action, Romain ayant pour sa part déjà entarté l’artiste Ben.

Lors de la campagne des municipales il y a quatre ans, voulant exprimer leur “ras-le-bol de la démocratie représentative”, le collectif s’en était pris à Dominique Perben, semant chantilly et boules puantes dans ses meetings. À gauche le président PS de Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne, et le maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb, ont également subi des entartages.

Romain rêve néanmoins d’une “internationalisation” du collectif “Al Qaïtarte“, en symbiose avec les entarteurs belges Maurice Gloup et Noël Godin.

Leur presse (LeParisien.fr avec l’AFP, 27 avril 2012)

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Depuis une semaine les arrestations sous régime anti-terroriste se multiplient à Copenhague

Five Danes charged with terrorism

First ethnic Danes charged under anti-terror laws are suspected of being behind a string of arson attacks

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Damage at a police school in Brøndbyøster caused by one of the arson attacks that the men are charged with

Five men have been charged under anti-terrorism laws for planning and participating in arson attacks in the Copenhagen area between 2010 and 2011.

According to a press release from the public prosecutor, Rigsadvokaten, the men are being charged with attempting to “seriously frighten a population” and “destablisise or destroy a country’s fundamental political, constitutional, economic or societal structures”.

As a result, the Justice Ministry has agreed to the public prosecutor’s demand to charge the five men under the anti-terror paragraph §114.

The five men between the ages of 21 and 24 are the first ethnic Danes to be charged using the anti-terrorism legislation, the national media reports.

Targets of the attack included the headquarters of Nestlé, the headquarters of Nordea bank, Rigspolitiet, the Danish domestic intelligence agency (PET) and the Greek embassy.

The men had also planned to attack the Justice Ministry, Immigration Ministry and parliament but four of them were caught when they attempted to set fire to the police school in Brøndby using petrol and flares – the fifth was arrested the following May.

According to tabloid BT, the young men are far-left political extremists whose 23-year-old leader is the son of a policeman.

Leur presse (Peter Stanners, cphpost.dk, 20 avril 2012)

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