Cache-cache en Tunisie

Quand tu y as joué enfant, cela te marque  à vie. Pour ceux qui ont joué à cache-cache dans leur enfance, cela les suit toute leur vie, et comme dit le proverbe, “celui qui est dans la parcelle, ne se cache pas”.  Ce jeu — qui n’est pas la gaudriole — est important pour constituer ta personnalité. Le cache-cache, ça veut dire : tu te caches et l’autre doit découvrir où tu es.

Jouer à cache-cache dans l’enfance, cela veut dire que tu peux te cacher sous le lit, derrière la porte, sur le toit, dans les toilettes, dans l’armoire… et même dans le cul d’Abla (au diable vauvert). Tu as perdu si tu es découvert, sinon tu gagnes. Mais dans tous les cas, à la fin, tu sors et tu fais coucou.

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Mais il y a jeu et jeu. Il y a le cache-cache où tu découvres où je suis et celui où je suis devant toi et tu découvres qui je suis. Après un long roupillement durant l’ère Ben Ali, les frérots — Jamaa Islamiya, salafistes, chalafistes [Chalafiste : néologisme de l’auteur pour désigner les policiers affublés d’une barbe pour jouer aux salafistes] — ont décidé de passer à l’attaque contre les universités  tunisennes en défense du cache-kich, c’est-à-dire la liberté pour les filles de se cacher derrière des niqabs noirs, et pour revendiquer des mosquées dans les facultés. L’offensive a commencé à la Faculté des lettres de Sousse et s’est étendue aux facultés de La Manouba (Tunis) et Jendouba, sous la direction d’un escadron chalaf, qui a menacé les profs et  les doyens par des vociférations sans queue ni tête faisant mousser leurs barbes. Avec leurs burqas et leurs qamis, leurs nikes et leurs adidas et leurs “take beer” [Jeu de mots : les salafistes répondent en chœur “Allahou Akbar” au cri lancé par leur chef de chœur, “Takbir”]. Et “la prière pour le Prophète” et “le peuple musulman ne se soumet pas” [Slogan islamiste qui est un jeu de mots, muslim signifiant “soumis”].

Moi, j’ai cru qu’ils jouaient. Peut-être voulaient-ils rejouer le film Rissala ? [Film de Mustapha Al Aqqad sur la vie du Prophète Mohamed, interprété par Anthony Quinn] Mais il s’est avéré que le jeu que ce groupe jouait est le jeu du haleb (pichet), dont nous parlerons une autre fois. Son principe est celui de la tactique du  grignotage pour prendre le contrôle.

Quand le jeu est devenu dangereux, les gens venus de partout se sont rassemblés pour dire : “Ce n’est plus de jeu” et ils ont dénoncé le cache-kich “qui n’a pas de raison” [Allusion à une phrase de Ben Ali en janvier 2011, disant que les policiers qui avaient tiré “maandouch moubarâ”, n’avaient pas  de raisons de le faire]. Les analyses, les commentaires, les points de vue syndicaux ont alors fusé. Il y a même ceux qui disent qu’il y a des gens cachés derrière ces groupes, avec des buts dans l’esprit de Jacob [L’esprit de Jacob désigne quelqu’un qui a des buts inavoués]. Quant à moi, j’ai proposé de faire une migration croisée : s’ils veulent prier dans les universités, allons étudier dans les mosquées. Comme ça, on jouera au chat et à la souris, ou encore à “Yahdar Migalo, Yaribou Susan” [Célèbre chanson d’un dessin animé télévisé mettant en scène Migalo le chat et Susan la souris, qui ont des problèmes de cohabitation].

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Original tunisien par Najib Abidi et traduction française par Tafsut Aït Baamrane sur Basta ! Journal de marche zapatiste multilingue !, 3 décembre 2011.

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[Grenoble] Journée festive des Jardins d’Utopies Mercredi 14 décembre

Retourne ton campus !

Le collectif de soutien au Jardins d’Utopies t’invite toi, tes potes et tous les autres à la grande journée festive RETOURNE TON CAMPUS  le 14 décembre 2011.

Suite à la tonte malveillante et cynique d’un des potagers du campus pendant les vacances de la Toussaint sur ordre de la direction de l’Université Pierre Mendès-France, réaffirmons notre volonté de nous approprier l’espace public !

Parce que le campus appartient à ceux qui l’occupent et le font vivre.

Parce que  nous refusons que nos lieux de vie soient modelés par des élites technocrates autoproclamées légitimes.

Parce que nous revendiquons tout simplement le droit à la terre et au jardin, et que nous refusons de mendier la possibilité de planter des légumes auprès d’intellectuels ignorant tout des joies de la boue, des lombrics et des jeunes pousses !

Contre l’uniformité des pelouses bien tondues et vertes fluo toute l’année, contre les mornes haies toutes droites et les bouquets d’arbres dont rien ne dépasse, déclarons tous ensemble une révolte joyeuse et potagère !

Programme  de la journée :

9h30 : Rendez-vous devant la BU Droit et Lettres pour la préparation du repas collectif.

12h : Repas collectif.

14h-18h : Retourne la terre de ton campus, préparation du potager pour l’hiver, ramassage de feuilles mortes pour le paillage, épandage de compost,  tout ça sur fond de bal folk convivial et de carriole sound système (du gros son à vélo !) pour swinguer du popotin et du reste !

À partir de 18h : ApéroPunch devant EVE
Concert : Pink It Black, Les Marmottes pas Cuites, The Livingdead Caveman (homme orchestre), Les Terranautes (rock world ) et percussions antillaises toute la nuit.
Jonglage de feu.

Contact


L’un des deux jardins d’utopie a été rasé

Depuis le mouvement anti CPE il y a cinq ans et l’occupation de la galerie des amphis, les membres de Jardins d’Utopie cultivent deux potagers sur les terres du campus, un devant la BU droit-lettres, l’autres devant les amphis de l’UPMF. Ces terres aujourd’hui colonisées par un gazon vert et uniforme pourraient avoir une toute autre utilité : elles sont très fertiles, avec une forte concentration de vers de terre.

Pendant les vacances de la Toussaint Spalanzani, le président de l’UPMF, a ordonné la destruction du jardin proche de la galerie des amphis. Pour ne pas se salir les mains ils ont envoyé un prestataire extérieur (la multinationale ISS) qui n’a laissé qu’un terrain vide là oÙ l’on trouvait des blettes et des plantes qui ont mis de trois à cinq ans à grandir : des framboisiers donnant en abondance, des cassissiers, des fraisiers, de la consoude etc., et sept pommiers qu’on s’apprêtait à replanter dans plusieurs lieux publics. Nous nous apprêtions à y planter des fèves…

L’utopie n’est pas nulle part, elle est partout. Partout ou l’on veut bien la voir, partout où l’on s’active pour la faire vivre.

Ici avec ces jardins publics, nous voulons montrer qu’un autre rapport à l’alimentation est possible. Par notre production potagère, on s’assure une certaine autosubsistance en même temps que l’on se rencontre et apprend le jardinage. Avec peu de travail, les plantes cultivées peuvent fournir une abondance de nourriture. Lorsque l’on sème une graine, elle nous en rend jusqu’à mille. Ces plantes se rendent gratuitement des services : entre elles (fertilisation des sols, protection contre des insectes, limaces, maladies, etc.), à l’écosystème (abeilles, papillons, etc.), et à nous lorsque l’on en récupère le fruit. Ce modèle de diversité féconde et de gratuité, c’est ce que nous voulons reproduire. Nous venons de divers horizons, étudions diverses disciplines, sommes animé.e.s par diverses passions ; et hors tout circuit commercial nous partageons les récoltes, parfois à l’occasion de repas gratuits sur l’espace public du campus.

Lors de nos séances de jardinage nous avons reçu de nombreux compliments de personnels administratifs, de professeur.e.s, d’étudiant.e.s qui nous mettent du baume au cœur. « Vous êtes une bouffée d’air frais sur le campus », a-t-on entendu.

Les Jardins d’utopie n’ont pas seulement donné des légumes aux étudiant.e.s investi.e.s, ils rendent aussi des services à l’écosystème humain. L’association est à l’origine de la création de l’AMAP du campus, ayant accompagné l’installation d’un agriculteur non-conventionnel, c’est-à-dire pas seulement « bio ». Elle participe à la vie du campus en organisant à EVE des conférences, des projections, des débats, des animations.

Par nos pratiques nous espérons atténuer le fossé qui sépare le travail intellectuel (inhérent à la fac) et le travail manuel (ici le jardinage), trop souvent délaissé. Mais surtout, nous souhaitons développer des actions concrètes porteuses d’utopies politiques et sociales : jardiner sans autorisation une terre publique est un acte politique !! Nous affirmons ainsi être des citoyen.nes acteurs.trices de nos lieux de vie plutôt que des administré.e.s laissant les élites dirigeantes décider de nos intérêts. Si le campus est un lieu de vie à part entière et non seulement un espace de consommation de savoirs, alors il serait temps de faire entendre nos voix sur les choix qui y sont  effectués.

Au-delà de la question des jardins, c’est aussi EVE qui échappe à la gestion des étudiants, c’est le CROUS qui du fait du désinvestissement de l’État fait baisser les bourses, augmenter les prix des repas et des loyers tout en précarisant le personnel. Et ce ne sont là que certains des ravages du plan « fac d’avenir » [Pour plus d’information concernant la lutte du collectif des Jardins d’Utopie, mais aussi toutes les luttes au et autour du campus, vous pouvez vous référer aux sites suivants : Crous en lutte, Les Jardins d’utopie, Indymedia Grenoble]. Lorsque les élites méprisent à ce point ceux et celles pour qui elles sont censées travailler, la riposte est nécessaire !

Le Collectif des Jardins d’Utopie

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[Chine] Vers une déflagration sociale majeure (2)

« Ils ont appris à s’unir »

Confrontés à des licenciements et à des réductions de salaire, les ouvriers chinois, artisans de la croissance de la deuxième économie mondiale, refusent de se laisser faire.

À Shenzhen, la ville-champignon frontalière de Hong Kong, des travailleurs se réunissent dans les bureaux de l’organisation Xiaoxiao Niao (Petit oiseau) pour débattre de l’opportunité d’une grève afin de réclamer des heures supplémentaires mieux payées ou d’une indemnité compensatrice pour le déménagement de leur usine. « Nous n’avons aucune expérience de ce genre de situation. Nous voulons connaître les différentes méthodes pour protéger nos droits », déclare à Ran Lin, 30 ans, qui passe 11 heures par jour, six jours par semaine, à tester des milliers de circuits imprimés sur une chaîne d’assemblage.

Ran, qui complète son salaire mensuel de base de 2000 yuans (235 €) en faisant des heures supplémentaires chez Yong Jie Electronics, une entreprise à capitaux hongkongais, affirme que son employeur a réduit les allocations pour les repas et le logement, alors que le coût de la vie a augmenté. « Nous contribuons au développement économique. Nous avons tant donné à l’entreprise. J’espère qu’elle nous indemnisera convenablement », déclare Ran Lin.

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Manifestation d'employées de l'entreprise Hi-P International à Shangaï, le 2 décembre 2011.

 « Ils ont appris à s’unir »

Alors que la conjoncture amène les patrons à faire des économies sur le dos du personnel, les ouvriers se tournent vers des organisations comme Petit oiseau, fondée en 1999 à Pékin pour venir en aide aux travailleurs migrants, voire même vers des agences liées au gouvernement, pour des conseils juridiques. « De plus en plus d’ouvriers reconnaissent l’importance de défendre leurs droits. Ils ont appris à s’unir », explique Wei Wei, le fondateur de Petit oiseau. La concentration des usines dans la province méridionale du Guangdong a facilité la diffusion de l’information sur les grèves, d’après lui.

Les ouvriers ont de leur côté atteint un niveau d’organisation sans précédent, en Chine, souligne Geoffrey Crothall, porte-parole du China Labour Bulletin, basé à Hong Kong. Des salariés de cinq usines de mise en bouteille de Pepsi réparties dans différentes régions se sont ainsi mobilisés le même jour pour protester contre la vente des usines chinoises de la multinationale américaine. Et lors de grèves l’an dernier dans des sociétés japonaises, les ouvriers ont su utiliser le ressentiment antinippon en Chine pour rendre leur mouvement plus acceptable par les autorités. « Ils savent que c’est l’outil pour mettre les gens de leur côté. Les ouvriers chinois ont un sens politique aiguisé », selon M. Crothall.

Leur presse (Le Bien Public), 5 décembre 2011.


La Chine s’inquiète des conflits sociaux

Un haut responsable communiste chinois s’alarme de « l’impact négatif » du ralentissement de la croissance économique.

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Des émeutes, comme ici dans la province de Guizhou, en juin dernier, sont de plus en plus fréquentes en Chine.

Un haut responsable communiste chinois a appelé les provinces du pays à être mieux préparées à « l’impact négatif » du ralentissement de la croissance économique, laissant transparaître l’inquiétude du gouvernement face à la montée des conflits sociaux. Des milliers de travailleurs de diverses entreprises ont fait grève ces dernières semaines dans le Sud manufacturier et exportateur de la Chine. Ils protestaient contre des licenciements et des réductions de salaire liés à une baisse de la demande dans les pays occidentaux, notamment dans une Europe surendettée.

Zhou Yongkang, membre du comité permanent du bureau politique qui réunit les neuf plus puissants dirigeants chinois, a expliqué, vendredi dernier, lors d’un discours devant des responsables de provinces du nord de la Chine que les autorités devaient améliorer leur « gestion sociale ». « Face à l’impact négatif de l’économie de marché, nous n’avons pas mis sur pied un système complet de gestion sociale », a commenté M. Zhou, dont les propos ont été rapportés au cours du week-end par l’agence officielle Chine nouvelle.

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Forte censure

« Il est urgent que nous bâtissions un système de gestion sociale aux caractéristiques chinoises qui soit adapté à notre économie socialiste de marché », a déclaré le haut responsable, sans fournir de précisions, à l’heure où les salariés défendent de plus en plus leurs droits. La croissance du PIB chinois, qui avait atteint 10,4 % en 2010, est progressivement tombée à 9,7 % au premier trimestre de cette année, puis à 9,5 % au deuxième et à 9,1 % au troisième. L’indice de la production manufacturière est tombé à son plus faible niveau en près de trois ans.

Malgré une forte censure, les microblogs ont relayé ces dernières semaines un certain nombre de conflits sociaux, donnant lieu parfois à des heurts avec les forces de police, notamment dans le Sud, où les ouvriers accusent leurs patrons de faire des économies sur leur dos alors que les commandes à l’exportation se réduisent et que les coûts de la main-d’œuvre augmentent. La deuxième économie mondiale reste encore fortement dépendante des exportations, qui ont commencé à ressentir les effets de la crise de la dette en Europe, premier débouché des produits chinois, ainsi que d’une situation économique difficile aux États-Unis.

Leur presse (Agence Faut Payer), 5 décembre 2011.

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[Suède] Mutuelle des fraudeurs

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1309195655.jpgHistoire du Monde : cotisation de fraude en Suède

On va en Suède ce matin… où un groupe, militant pour la gratuité des transports publics, a mis au point un système qui permet de ne pas payer de tickets. Et l’idée s’est répandue dans toute la Scandinavie.

Le concept est tout simple : la mutualisation des risques. Vous ne voulez pas — ou n’avez pas les moyens — de payer votre abonnement de métro ? Vous pouvez souscrire à une sorte d’assurance qui paiera l’amende pour vous  si vous vous faite attraper. C’est ce que proposent les activistes de « Planka nu ». Une cotisation de 11 euros par mois et en cas de PV, c’est le fond qui paiera les 130 euros d’amende.

Créé il y a 10 ans, Planka.nu  est présent dans toutes les principales villes suédoises. Discours de gauche militant : « les transports publics, c’est comme les trottoirs, payés par la collectivité, ils devraient donc être gratuits » (quitte à augmenter les impôts, de préférence sur les riches). Ne pensez pas qu’il s’agisse d’un groupuscule « anarcho-gauchiste » insignifiant. Planka.nu a plusieurs milliers de membres. Ça fait des années qu’ils placardent des autocollants dans toutes les stations de métro. Un site internet multilingue, une page Facebook avec plus de 25.000 abonnés.

C’est devenu un tel phénomène que les autorités suédoises ont dû réagir. Elles ont commencé à remplacer, aux entrées des stations, les tourniquets d’accès trop facile à franchir. Stockholm installe maintenant des portes vitrées semblables à celles qui sont en train d’être mises en place dans le métro bruxellois. Des aménagements qui coûtent cher.  Et c’est peut-être peine perdue. Sur des vidéos YouTube, les membres de Planka.nu expliquent comment franchir ces portiques : la méthode est toute simple : suivre de près quelqu’un qui passe avec un ticket. Les autorités ont essayé de poursuivre l’organisation pour incitation à commettre des délits, ou pour activité illégale d’assurance, mais sans grand succès jusqu’ici.

Avec sa bonne situation économique et son faible taux de chômage, « la Scandinavie paraît un terreau improbable pour une révolution du métro », s’étonne le Wall Street Journal. Il donne deux explications : l’attachement très fort à un état providence qui doit limiter les inégalités sociales — et le prix des abonnements (environ 75 euros par mois) qui vient s’ajouter à un coût de la vie déjà très élevé.

Les « free-riders » suédois inspirent leurs voisins. Planka.nu a maintenant des antennes à Oslo et Helsinki. À Copenhague aussi certains ont entrepris de mettre en place un tel système d’assurance.

Leur presse (Robin Cornet, RTBF.be), 5 décembre 2011.

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Solidarité internationale aux travailleurs des « Aciéries grecques » (Helliniki Halivourgia)

Un texte de l’Initiative des étudiants et des travailleurs grecs de Paris concernant les grévistes des Aciéries grecques. Merci de le faire circuler et signer.

Toute sorte de solidarité, morale ou financière, est importante pour cette lutte !

Depuis le 1er novembre 400 travailleurs des « Aciéries grecques » (Helliniki Halivourgia) sont en grève, après avoir refusé la proposition du patronat qui consistait soit à la suppression de postes et à des licenciements, soit à la réduction des salaires « afin d’éviter les licenciements ». Une proposition similaire à celle imposée par Fiat à ses ouvriers il y a quelques mois. L’assemblée générale des travailleurs de Helliniki Halivourgia n’a accepté aucune des deux propositions et la direction a décidé de licencier 34 travailleurs. Leur réponse a été la grève, qui continue aujourd’hui, même si la direction a essayé de faire d’autres propositions, comme par exemple de réembaucher les licenciés en intérim. Ils ne l’ont pas accepté…

La lutte des travailleurs de Helliniki Halivourgia, surtout dans la situation actuelle de crise, de chômage et de précarité, n’est pas juste « une autre lutte », elle incarne en ce moment la lutte de toute la classe ouvrière. Les travailleurs montrent qu’ils se battent ensemble, sans les fausses divisions entre « licenciés » et « non-licenciés ». Ils ont conscience du fait que leurs intérêts sont communs et opposés à ceux de la direction de l’entreprise. Comme ils le disent dans leur communiqué du 17 novembre « nous sommes en grève, comme un poing, pour le 16ème jour. Et nous continuons ! Nous ne reculons pas, nous avons choisi le chemin de l’honneur et de la dignité, pour défendre le pain et l’avenir de nos enfants ». Il s’agit d’une lutte qui n’a pas d’autre choix que de gagner…Sa victoire sera une victoire de tous/tes les travailleurs en Grèce et ailleurs.

Plusieurs messages de soutien arrivent du monde entier : des syndicats d’Argentine, du Chili, de Russie, ou d’Espagne,… et bien entendu des syndicats, des lycéens et des étudiants grecs. Les actes de solidarité dans le pays se multiplient : des travailleurs d’une usine de production de lait (Mevgal) ont apporté du lait aux grévistes, des retraités, des lycéens et des étudiants ont symboliquement offert de l’argent à la caisse de solidarité des grévistes, beaucoup d’anonymes apportent leur soutiens financier, matériel ou tout simplement moral.

Nous aussi, nous exprimons notre soutien et notre pleine solidarité avec les grévistes de « Helliniki Halivourgia » !

Leur lutte est la nôtre aussi !

Leur victoire sera aussi à nous !

Initiative des étudiants et des travailleurs grecs de Paris

Nouvelles hors les murs, 4 décembre 2011.

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[Notre-Dame-des-Landes] Ne les laissons pas écraser la lutte sous les procès

NE LES LAISSONS PAS ÉCRASER LA LUTTE SOUS LES PROCÈS

En Loire-Atlantique le 1er décembre à 6 heures du matin, la préfecture a lancé une rafle policière pour arrêter — ou tenter d’arrêter — sur les communes de Couëron, Chauvé et la ZAD de Notre-Dame-des-Landes onze personnes engagées dans la lutte contre le projet d’aéroport. En fin de journée cinq personnes étaient inculpées de « dégradations commises en réunion » ou « complicité de… » avec une date de procès fixée au 13 février 2012. Cinq autres personnes seraient à ce jour encore recherchées.

LES FAITS QUI LEUR SONT REPROCHÉS

Avoir déversé le 15 octobre, à une cinquantaine, quelques poignées de fumier et des œufs remplis de peinture sur le perron extérieur et la façade du siège Ouest de Vinci, sur la commune de Couëron, après avoir tenté de discuter avec les salariés et distribué un tract.

DES MOYENS COMPLÈTEMENT DÉMESURÉES

Alors que l’action du 15 octobre a été commise au grand jour, à visage découvert pour les personnes arrêtées, pourquoi un tel déploiement de forces policières à 6 heures du matin ce 1er décembre, alors qu’une simple convocation suffisait pour interroger les personnes ?

27 véhicules dénombrés sur la ZAD (deux cars, des fourgons, des voitures de la BAC et un hélicoptère), 14 à Couëron. La brigade d’intervention de Nantes était prête à défoncer au bélier la porte d’une famille pour arrêter le fils de 22 ans, ou casser un carreau pour entrer en force chez des militants ayant une implication politique publique de longue date.

Au cours des interrogatoires deux jeunes femmes ont dû se déshabiller pour être photographiées en sous-vêtements sous prétexte d’identification de tatouages (!), et certains arrêtés qui ont refusé le prélèvement d’ADN pour fichage ont été inculpés pour cela.

Depuis quand une action politique symbolique déclenche-t-elle une rafle policière digne d’un régime autoritaire d’un autre temps ?

Nous vous invitons le mercredi 7 décembre à 20H 30 dans les locaux de B17, au 17 rue Paul Belamy – Nantes, pour participer à une réunion afin d’organiser la solidarité autour des inculpé-e-s du 1er décembre et préparer la mobilisation en prévision des procès à venir (le 13 février, mais aussi les mois suivants). Réagissons collectivement à cette intimidation policière et judiciaire, au service de la multinationale Vinci impliquée dans tant de chantiers nuisibles et dénoncés comme les LGV, autoroutes, prisons, centrales nucléaires et autre aéroport.

Collectif Nantais de Lutte Contre l’Aéroport, 4 décembre 2011.

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Soutien à la coopérative Coopéquita (Bordeaux)

Communiqué de soutien à Coopéquita (Bordeaux)

Réunie en congrès annuel en Haute-Loire le 4 décembre 2011, la FTTE tient à réaffirmer son soutien à Coopéquita dans la répression qu’elle subit de la part de l’administration. Contrôlée en juillet 2011 par la répression des fraudes lors de son ouverture hebdomadaire au local de la CNT de Bordeaux, la coopérative se voit reprocher le non respect des « règles sanitaires » d’abattage et de distribution édictées par les instances administratives nationales et européennes.

Deux adhérents de la CNT Dordogne se voient aujourd’hui menacés de poursuites judiciaires.

La FTTE développe, depuis sa création, une critique de fond du concept industriel de la traçabilité et des normes qui l’accompagnent.

Notre fédération conteste non seulement la validité et l’efficacité de ce concept pour assurer la qualité de l’alimentation proposée aux consommateurs (voir le dernier épisode E-coli du « concombre bio espagnol ») mais aussi la logique destructrice qu’il représente pour l’agriculture non industrielle que nous défendons.

Ce concept de traçabilité ne sert en fait qu’à protéger l’industrie agro-alimentaire elle-même (grippe aviaire, vache folle etc.).

À la traçabilité, nous opposons, pour assurer la qualité gustative et sanitaire de nos produits, la transparence et le contact direct avec le consommateur, c’est-à-dire des circuits courts de distribution.

À la « responsabilisation » par la menace judiciaire, nous opposons la responsabilité éthique que doit avoir tout producteur vis-à-vis des consommateurs.

À l’obligation de moyens pensés pour l’industrie agro-alimentaire nous opposons l’obligation de résultat dictée par la responsabilité humaine que nous défendons (auto-contrôle).

À la confiance aveugle à un soit-disant État protecteur du citoyen, nous opposons la conscience individuelle et collective de ce que doit être la production de biens dans une société juste et égalitaire.

Fédération des Travailleurs de la Terre et de l’Environnement – CNT, 4 décembre 2011.

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[États-Unis] Prochaine légalisation des drones à usage civil

Idea of civilians using drone aircraft may soon fly with FAA

The Federal Aviation Administration plans to propose new rules for the use of small drones in January, a first step toward clearing the way for police departments, farmers and others to employ the technology.

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The Qube fits in the trunk of a car and is controlled remotely by a tablet computer

Drone aircraft, best known for their role in hunting and destroying terrorist hide-outs in Afghanistan, may soon be coming to the skies near you.

Police agencies want drones for air support to spot runaway criminals. Utility companies believe they can help monitor oil, gas and water pipelines. Farmers think drones could aid in spraying their crops with pesticides.

“It’s going to happen,” said Dan Elwell, vice president of civil aviation at the Aerospace Industries Assn. “Now it’s about figuring out how to safely assimilate the technology into national airspace.”

That’s the job of the Federal Aviation Administration, which plans to propose new rules for the use of small drones in January, a first step toward integrating robotic aircraft into the nation’s skyways.

The agency has issued 266 active testing permits for civilian drone applications but hasn’t permitted drones in national airspace on a wide scale out of concern that the pilotless craft don’t have an adequate “detect, sense and avoid” technology to prevent midair collisions.

Other concerns include privacy — imagine a camera-equipped drone buzzing above your backyard pool party — and the creative ways in which criminals and terrorists might use the machines.

“By definition, small drones are easy to conceal and fly without getting a lot of attention,” said John Villasenor, a UCLA professor and senior fellow at the Brookings Institution’s Center for Technology Innovation. “Bad guys know this.”

The aerospace industry insists these concerns can be addressed. It also believes that the good guys — the nation’s law enforcement agencies — are probably the biggest commercial market for domestic drones, at least initially.

Police departments in Texas, Florida and Minnesota have expressed interest in the technology’s potential to spot runaway criminals on rooftops or to track them at night by using the robotic aircraft’s heat-seeking cameras.

“Most Americans still see drone aircraft in the realm of science fiction,” said Peter W. Singer, author of Wired for War, a book about robotic warfare. “But the technology is here. And it isn’t going away. It will increasingly play a role in our lives. The real question is: How do we deal with it?”

Drone maker AeroVironment Inc. of Monrovia, the nation’s biggest supplier of small drones to the military, has developed its first small helicopter drone that’s designed specifically for law enforcement. If FAA restrictions are eased, the company plans to shop it among the estimated 18,000 state and local police departments across the United States.

In the foothills north of Simi Valley, amid acres of scrubland, AeroVironment engineers have been secretly testing a miniature remote-controlled helicopter named Qube. Buzzing like an angry hornet, the tiny drone with four whirling rotors swoops back and forth about 200 feet above the ground scouring the landscape and capturing crystal-clear video of what lies below.

The new drone weighs 51/2 pounds, fits in the trunk of a car and is controlled remotely by a tablet computer. AeroVironment unveiled Qube last month at the International Assn. of Chiefs of Police conference in Chicago.

“This is a tool that many law enforcement agencies never imagined they could have,” said Steven Gitlin, a company executive.

Plenty of police departments fly expensive helicopters for high-speed chases, spotting suspects and finding missing people. The Los Angeles County Sheriff’s Department said it recently bought 12 new helicopters at a cost of $1.7 million each.

Gitlin said a small Qube, by comparison, would cost “slightly more than the price of a police cruiser,” or about $40,000.

Sheriff’s Department Cmdr. Bob Osborne said that there’s “no doubt” that the department is interested in using drones. “It’s just that the FAA hasn’t come up with workable rules that we can harness it. If those roadblocks were down, we’d want to use it.”

Drones’ low-cost appeal has other industries interested as well.

Farmers in Japan already use small drones to automatically spray their crops with pesticides, and more recently safety inspectors used them at the crippled Fukushima Daiichi nuclear power plant. Archaeologists in Russia are using small drones and their infrared cameras to construct a 3-D model of ancient burial mounds. Officials in Tampa Bay, Fla., want to use them for security surveillance at next year’s Republican National Convention.

But the FAA says there are technical issues to be addressed before they’re introduced in civil airspace. Among them is how to respond if a communication link is lost with a drone — such as when it falls out of the sky, takes a nose dive into a backyard pool or crashes through someone’s roof.

Frederick W. Smith, founder of FedEx Corp., the largest owner of commercial cargo jets, suggested using a fleet of package-laden drones led by a traditionally piloted plane that could keep an eye on the robotic aircraft.

“Think of it like a train where you have a locomotive and you put two or three or four or 10 cars — depending on what demand is — and the drones basically fly the exact same flight profile in formation,” Smith said at a Wired magazine conference last year. “It’s very efficient.”

Drones could also be useful to real estate agents to showcase sprawling properties. Oil and gas companies want to utilize them to keep an eye on their pipelines. Even organizations delivering humanitarian assistance want to use drones.

Matternet, a Silicon Valley start-up, has proposed a network of drones to deliver food and medicine in isolated regions around the world that are now inaccessible because they have no roads.

But if the use of drones is so widespread in the future, it raises concern that they could fall into the wrong hands and be weaponized.

Small drones are not designed to carry weapons or explosive materials, and the extra weight makes the drones difficult to control, said Gretchen West, executive vice president of the Assn. for Unmanned Vehicle Systems International, a robotic technology trade group.

“Also, because the technology on these systems are state of the art,” West said, they are controlled by “rules that govern the larger systems, which prohibit the systems and technology from falling into the wrong hands.”

Still, there are vast privacy concerns to be confronted by government officials, such as what kinds of surveillance should be allowed and who should be permitted to use these drones.

“It’s important that the FAA is scrutinizing the safety of the technology, but they should also make sure Americans’ privacy is maintained,” said Catherine Crump, an American Civil Liberties Union staff attorney. “Having cheap, portable, flying surveillance machines may have a tremendous benefit for law enforcement, but will it respect Americans’ privacy?”

Other countries appear to have safely harnessed the technology. Brazil uses drones to scour the Amazon rain forest for drug trafficking. Researchers in Costa Rica are sending drones into clouds of volcanic ash to help predict future eruptions. Argentina, South Korea, and Turkey buy small drone helicopters for overhead views of their land and for crop dusting from Guided Systems Technologies Inc.

For now, the Stockbridge, Ga., company deals primarily with foreign countries, which don’t have restrictive rules against drones, because it can’t sell the aircraft at home.

That all might change, said West of the Assn. for Unmanned Vehicle Systems International. The U.S. commercial market for drones has “untapped” potential, she said. The association estimates that 23,000 jobs could be added over the next 15 years if national airspace is opened to commercial drones.

“Industry is ready,” she said. “We’re all waiting to see what the FAA will do.”

Leur presse (William J. Hennigan, Los Angeles Times, 27 novembre 2011)

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À propos de la clandestinité – Sortie du livre « Incognito »

« Incognito, Expériences qui défient l’identification », traduit de l’italien, co-édition Nux-Vomica (Alès) & Mutines Séditions (Paris), décembre 2011, 120 pages.

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MARCHER DANS UNE MERDE

« La clandestinité n’a rien d’extraordinaire. Cela peut arriver à n’importe qui, c’est comme marcher dans une merde de chien. » [Les Quatre de Moabit (du Mouvement du 2 juin), Berlin, 1978]

Ce livre, sorti en Italie en 2003, parle de clandestinité, ce qui n’est peut-être pas tout à fait un hasard. La période était en effet marquée depuis le milieu des années 90 par la multiplication d’opérations répressives contre les anarchistes. Dans différentes villes, des dizaines d’entre eux étaient alors sous enquête pour d’énièmes « associations subversives », certains étaient en taule, d’autres en résidence surveillée, et d’autres encore avaient tout simplement choisi de se mettre au vert… Bref, ils étaient en cavale. Pourtant, la situation n’était pas non plus comparable à celle de la fin des années 70, non pas parce que les compagnons seraient devenus passifs, mais plutôt parce qu’en un temps de pacification, les subversifs étaient devenus plus visibles aux yeux de l’ennemi, et que l’État était désormais en mesure de mener une répression sociale préventive sur une vaste échelle. Un autre texte italien publié la même année dressait ainsi le sombre tableau de la situation :

« Commençons par un préliminaire. Le fait qu’aujourd’hui quiconque n’est pas prêt à bondir au garde-à-vous finisse dans le collimateur de la répression, signifie que la division entre les “bons” à dorloter et les “méchants” à punir a fait son temps. Tout ça […] pourrait contribuer à balayer un vieux lieu commun, stupide et par trop diffusé, selon lequel la répression équivaudrait à un certificat de radicalité : “Je suis réprimé, donc je suis”. Conviction qui porte certains à croire que plus on est réprimé et plus on est, dans un délire d’autosatisfaction qui chaque fois touche au sacrifice. Il est évident qu’à partir du moment où la répression s’étend à tous les secteurs de la société, il devient ridicule de penser qu’elle touche seulement ceux qui portent atteinte à la sûreté de l’État. Cela signifie, contrairement à ce que pensent les chefs mafieux des différents rackets militants, que l’augmentation de la répression ne correspond en rien à l’accroissement de la menace révolutionnaire du mouvement ou de l’une de ses composantes. Pour être sincère, il nous semble que le mouvement, entendu en son sens le plus large, est en train d’atteindre un de ses points les plus bas, d’un côté totalement occupé à conquérir les rivages médiatiques et institutionnels et, de l’autre, à se débattre dans une carence chronique de perspectives. »

De la même façon, il nous semble que la conclusion de ce texte garde, particulièrement aujourd’hui, toute sa pertinence :

« Combattre et se défendre contre les forces de police ne signifie pas en soi subvertir les rapports sociaux de domination. Et dans une période où les rapports sociaux sont particulièrement instables, c’est là qu’il faut porter notre attention, notre critique théorique et pratique, en évitant le plus possible d’être poussé uniquement par un réflexe conditionné provoqué par la répression. Parce que, sinon, on finit par abandonner le terrain fertile mais inconnu des conflits sociaux pour rester dans celui, stérile mais connu, de l’opposion entre nous et eux, entre compagnons et flics, dans un affrontement riche en spectateurs mais pauvre en complices. » [S’opposer à la répression : réflexe conditionné ou mouvement volontaire ?, décembre 2003, in À couteaux tirés avec l’Existant, ses défenseurs et ses faux critiques, Typemachine & Mutines Séditions, octobre 2007, pp. 83-89]

En Italie, l’État n’a jamais cessé d’organiser des coups répressifs à grand renfort de publicité, de construire des « associations terroristes » à partir d’attaques anonymes, d’enfermer et de harceler plus généralement tout opposant à la marche radieuse de l’ordre démocratique. Parallèlement, la clandestinité n’a jamais cessé d’être un moyen de résistance parmi tant d’autres.

En lisant Incognito il y a quelques années, plusieurs raisons nous ont donné envie de le traduire ; en voici par exemple deux qui nous incitent aujourd’hui à le ressortir de nos tiroirs poussiéreux.

La première est bien sûr l’actualité brûlante de la question de la clandestinité. Chaque jour, ici et ailleurs, nombre d’individus sont en effet contraints de s’éloigner de leurs liens, des lieux et des personnes qu’ils aiment, pour échapper à la répression, ou tout simplement pour tenter de survivre à la misère un peu plus loin. La condition de clandestin devenant le sort d’une partie toujours plus importante de la population, il nous semblait important de commencer à ouvrir une discussion à propos de « cette dimension parallèle où même ce qui peut être dit, souvent ne l’est pas ».

La seconde est que la dizaine d’expériences qui parcourent ces pages met également à jour la volonté de sortir de l’étroite vision qui affirme que la répression s’abattrait principalement contre ceux qui bravent volontairement l’État et ses lois… ceux qui se découvriraient soudainement une vocation d’« ennemis de l’ordre ». Comme si on avait tous le choix entre devenir cadre ou révolté, alors que nous sommes pour la plupart écrasés par les rapports de domination et d’exploitation. À vrai dire, une grande partie des habitants de ce bas monde est tout simplement privée des avantages que le capitalisme prétend offrir. Exclue des « bénéfices », mais pas du système, puisque nécessaire à son bon fonctionnement : dans le rôle de chair à patrons ou de chair à canons, voire de repoussoir. La répression comme la clandestinisation sont bien entendu un des modes de gestion de la main d’œuvre (notamment pour faire accepter des conditions d’exploitation toujours plus infâmes), mais aussi un moyen d’imposer une pacification sociale par la guerre de tous contre tous. Les chasses à l’homme contre les migrants tunisiens et libyens débarqués à Lampedusa suite aux révoltes du Maghreb n’en sont qu’un récent exemple. Sans compter les rafles policières et les camps d’internement administratif pour étrangers qui attendent ceux qui parviennent à rejoindre l’Europe.

Dans ce livre, la clandestinité n’est pas traitée comme une étape supérieure du parcours révolutionnaire, mais au contraire envisagée en fonction du caractère et de la perspective de chacun des auteurs, comme une possibilité qui se transforme aussi souvent en nécessité. Il ne s’agit pas d’une apologie virile du geste illégal, ni de l’homme seul face à son destin, car cela reviendrait à confondre le passage à la clandestinité avec le choix délibéré du fin tacticien qui prétend se rendre incontrôlable. Ce processus découle en effet d’abord d’une volonté du pouvoir d’isoler et d’écarter des individus gênants. On pourrait même dire que la logique de l’illégalité comme gage d’incontrôlabilité se place directement sur le terrain de l’État, c’est-à-dire sur celui de la légalité et de son opposé, car c’est en fin de compte lui et ses lois qui déterminent la limite entre ce qui est licite et ce qui ne l’est pas. Dans le cadre de la tension révolutionnaire, la question serait plutôt à notre avis de réussir à développer des perspectives qui se veulent a-légales.

Enfin, si le passage à la clandestinité relève avant tout d’un choix individuel, il reste important d’intégrer cette dimension dans son ensemble au sein de réflexions et pratiques collectives… et certainement pas dans un jeu biaisé de surenchère radicale, ni comme unité de mesure de l’engagement révolutionnaire.

Les expériences qui parcourent ces récits font ainsi resurgir mille questions : comment faire de la clandestinité (entendue comme méthode de résistance et de survie des opprimés partout dans le monde) un moyen qui ne se retourne pas contre nous et nous broie petit à petit ?

Si les murs qui peuvent nous enfermer et auxquels on voudrait échapper sont ceux d’un camp ou d’une prison, comment affronter ceux, moins palpables, de la perte de son identité ? Afin de ne pas passer des heures sur cette notion, même si elle nous semble cruciale, nous la définirons ici de la même manière que les différents auteurs : l’ensemble des idées, des lieux, des relations et des affects qui nous composent. Comment abandonner tout cela pour un laps de temps souvent incertain (mais qui peut s’exprimer en années), sans en être détruit ?

Ou encore. Comment s’organiser face à la répression en prenant en compte l’éventualité de se mettre au vert ? Comment continuer à se battre hors de son contexte de lutte et sans être paralysé par sa condition de clandestin ? Comment conjuguer agitation subversive, discrétion et isolement géographique ou social ? Etc.

Bref, comment résoudre le paradoxe de défier l’identification tout en restant soi-même ?

Composé de récits autobiographiques qui partent de la fin des années 70 jusqu’au début des années 2000, ce petit livre recueille des situations assez différentes où les auteurs ont dû effacer — ou du moins rendre le plus possible méconnaissable —, leur identité. Il nous fait aussi partager certains aspects — disons « techniques » — qui peuvent nous aider à répondre à quelques-unes des questions évoquées plus haut.

Si la clandestinité est une dimension à part entière qui possède sa propre grille de lecture de ce qui nous entoure, ces récits sont une invitation à regarder à travers son prisme, pour mieux l’inclure dans les pratiques de toute lutte révolutionnaire…

Les traducteurEs

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Paris : Dates de procès suite à une instruction antiterroriste (Fumigènes, Vierzon, Dépanneuse, SNCF)

Après plus de trois ans d’enquête, le juge Brunaud a clos son instruction à la fin du mois d’août 2011 et a décidé de renvoyer six camarades devant le tribunal correctionnel antiterroriste. La date définitive du procès sera fixée lors de l’audiencement le 13 février prochain au TGI de Paris. Des dates ont déjà été réservées, le procès devrait donc probablement se dérouler durant cinq après-midi les 14, 15, 16, 21 et 22 mai 2012 devant la 10e chambre du Tribunal correctionnel de Paris.

Quatre affaires ont été jointes durant cette instruction et seront jugées ensemble sous le prétexte d’une même association de malfaiteurs dans un but terroriste :

— L’arrestation de trois camarades avec un fumigène et des clous tordus en janvier 2008 peu avant une manifestation se rendant au centre de rétention de Vincennes ;

— L’arrestation de deux camarades au péage de Vierzon quelques jours plus tard ;

— L’accusation de tentative d’incendie d’une dépanneuse de la police nationale en mai 2007 au moment de l’élection de Sarkozy, sur la base de relevés ADN ;

— L’accusation de tentative d’incendie d’une armoire électrique de la SNCF en mars 2006, au moment de la lutte contre le CPE, également sur la base de relevés ADN.

Six camarades — Ivan, Bruno, Damien, Frank (Farid), Inès (Isa), Javier (Juan) — seront jugés, ils ont déjà fait de cinq à treize mois de détention provisoire. Ils sont toujours sous contrôle judiciaire depuis leur sortie de prison. Ce contrôle leur interdit de rentrer en contact entre eux pour la plupart et de sortir du territoire français sans autorisation. Ils doivent également pointer une fois par mois au commissariat ou au tribunal et être suivis par un contrôleur judiciaire (tous les mois ou tous les trois mois) pour notamment justifier de leurs activités professionnelles. Les critères du contrôle judiciaire évoluent suite aux demandes répétées des mis en examen.

Les six camarades sont accusés de :

— Participation à un groupement formé en vue de la préparation d’actes de terrorisme (pour les six) ;

— Fabrication d’engins explosif ou incendiaire (pour trois) ;

— Tentative (ou complicité de tentative) de dégradation ou de destruction d’un bien appartenant à autrui (pour trois) ;

— Détention et transport de produits incendiaires ou explosifs (pour quatre) ;

— Refus de se soumettre au prélèvement ADN (pour trois) ;

— Refus de soumettre aux prises d’empreintes digitales (pour trois).

À noter que les cinq derniers délits sont tous « en lien avec une entreprise terroriste ». Ce ne sont pas ici les termes tout à fait exacts de la justice, les motifs du renvoi de le tribunal correctionnel font dix pages, nous essaierons de les transmettre plus en détail dans les semaines qui viennent.

Pour rappel, l’ensemble de ces affaires et des actions de solidarité qu’elles ont suscitées est détaillé sur le site de « Mauvaises Intentions ».

Contact

Indymedia Nantes, 4 décembre 2011.

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[Narcotrafic] UMP = Union de la Mafia Présidentielle

En Colombie, le palais caché d’un homme du Président

« Personne ne peut passer ! Depuis l’affaire, on a des consignes… » À Nilo, à cent cinquante kilomètres de Bogota, le gardien posté jour et nuit à l’entrée du domaine de Thierry Gaubert repousse gentiment, mais fermement, les visiteurs. Autour de sa guérite en toit de chaume, on ne voit rien dépasser de la végétation tropicale, ni des montagnes alentour.

Il y a dix ans, l’ancien conseiller et ami de Nicolas Sarkozy, mis en examen en septembre dans l’affaire Takieddine, a fait construire ici, secrètement, à l’abri du fisc français, une majestueuse propriété avec des fonds occultes, dont les juges n’ont pas encore percé tous les mystères.

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La guérite qui protège l’entrée de la propriété de T. Gaubert

Les policiers l’ont découverte, en juillet dernier, en juxtaposant les pièces saisies lors d’une perquisition à son bureau. Un dossier d’abord, des photos ensuite, puis de nombreux mails. En septembre, Thierry Gaubert nie, puis finalement confirme l’existence de ce repaire étrangement niché au cœur de la cordillère colombienne. Une finca, aux allures de monastère, qu’il a baptisée Cactus.

Sur le même domaine interdit aux visiteurs, un autre ami du clan, Jean-Philippe Couzi, une relation de Nicolas Bazire, le n°2 du géant français du luxe LVMH, a construit encore plus grand : c’est Palmera, un palais à colonnades entouré de palmiers. Tout aussi invisible depuis la route. Les deux propriétés ont été louées pour une telenovela colombienne plutôt trash, Las Munequitas de la Mafia. Traduire : Les Petites Poupées de la Mafia. L’architecture post-coloniale des maisons constituait apparemment le décor idéal…

Une partie du clan est venu y goûter l’air de la selva. Le marchand d’armes Ziad Takieddine, Olivier Dassault, héritier de l’avionneur, député UMP et patron de Dassault Communication, Alexandre de Juniac, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy au ministère du budget (1993-95), aujourd’hui patron d’Air France, ont séjourné à Cactus.

De son côté, M. Takieddine a même versé 100.000 dollars sur un compte bancaire servant à la gestion de la propriété de Nilo. Le clan y envoyait des courriers aussi. Une employée de la poste de Nilo se souvient des lettres de la Présidence de la République française adressées à Jean-Philippe Couzi après 2007. Ce dernier se vantait de connaître le président Sarkozy.

Il faut quinze heures d’avion, puis quatre heures de voiture, avant de s’engager sur la petite route qui conduit à Nilo. Alors que s’alignent les maisons de fortune aux toits de tôle ondulée, on entre dans une des vallées les plus riches et sécurisées de Colombie.

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Pancarte annonçant la proximité d’une base militaire.

« Derrière cette montagne, vous avez Tolemaida, la plus importante base militaire d’Amérique latine, explique l’un des amis de M. Gaubert, le richissime ophtalmologue Jaïme Luis Vargas. Des forces spéciales du monde entier viennent s’y entraîner. Et avec l’école Espro (escuela de formacion de soldados profesionales) de Nilo, on compte trois autres bases militaires dans les environs. Voilà pourquoi les plus puissants hommes de Colombie ont acheté ou construit des résidences ici ! »

Ceux-là ne sont pas nombreux. À quelques centaines de mètres de Cactus et de Palmera, l’ancien président Andres Pastrana, la famille de l’actuel président Juan Manuel Santos, des généraux, Jorge Enrique Mora, l’ancien chef d’état-major de l’armée, et Teodoro Ocampo, l’ancien directeur de la police, se sont installés dans le condominio El Lago — un lac où l’on peut faire du ski nautique. Ces prestigieux voisins ont tous fréquenté les « franceses », MM. Gaubert et Couzi.

En contournant l’interdiction de passer, et en suivant un guide dans la campagne, il est possible de voir de plus près les propriétés cachées des deux hommes, voisines de quelques centaines de mètres l’une de l’autre.

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La villa « Cactus » de Thierry Gaubert

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La villa « Palmera » de Jean-Philippe Couzi

Chez les Gaubert, la découverte de la propriété colombienne par la police française a fait l’effet d’une bombe, comme en témoigne une écoute téléphonique effectuée le 5 juillet au soir. « Ils ont trouvé qu’on avait une maison en Colombie ! », annonce Nastasia Gaubert à sa mère, Hélène Gaubert. « Noooon ! », répond la princesse de Yougoslavie. « Ben, il a qu’à dire que c’est Ziad [Takieddine, ndlr] qui lui a offerte. » La boutade fait rire la mère et la fille.

La première trace de Cactus a été retrouvée quelques heures plus tôt, ce jour-là, dans une petite sacoche sous le bureau de Thierry Gaubert au siège du groupement Banques populaires/Caisses d’épargne (BPCE). C’était une enveloppe remplie de précieux documents sur laquelle figure la mention « Nilo/Cactus ». Face aux enquêteurs qui l’interrogent, Thierry Gaubert déclare sans ciller : « J’ai récupéré ces documents dans le cadre de ma procédure de divorce. Je ne suis pas concerné par ces documents. Je ne connais pas la signification du terme “Nilo/Cactus”. » Il ne reconnaît même pas les bâtiments sur les photos trouvées lors de la perquisition.

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T. Gaubert

En plus d’être le nom de son palais colombien, Cactus était aussi le mot de passe de son ordinateur, de son mail et de son I-Pad. Plus gênant, c’est encore le nom d’un trust qu’il a ouvert aux Bahamas au nom de son épouse, à la demande, dit-il, de la banque Pictet de Genève, où il tient déjà des avoirs dissimulés. « Le trust s’appelle Cactus, mais cela n’a rien à voir avec la propriété de Nilo », soutient encore l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, le 21 septembre.

Mais il se souvient quand même : « Cactus au départ, en 2000, est un terrain d’un hectare situé sur la commune de Nilo en Colombie. Mon ami Jean-Philippe Couzi avait acheté un terrain et j’ai souhaité faire de même pour que l’on devienne voisins. » Il reconnaît avoir construit et financé ses travaux par le compte Cactus.

Son ami de toujours, Jean-Philippe Couzi, avait eu un coup de foudre pour le site, avec son épouse Astrid Betancourt — la sœur d’Ingrid Betancourt, enlevée par les FARC en 2002 — dont il est depuis longtemps séparé. Ancien voyagiste fortuné, M. Couzi s’est installé depuis lors en Colombie.

« Cactus correspond à la maison que nous avons construite en Colombie, témoigne Hélène Gaubert. Il me semble qu’elle fait plus de mille mètres carrés, il y avait environ neuf chambres. C’est une maison gigantesque. Thierry avait la folie des grandeurs, y compris pour la piscine qui est démesurée. Le séjour est également très grand. Thierry a embauché du personnel à l’année, et le gardien a même une maison à l’intérieur de la résidence. »

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Le balcon de la maison Gaubert

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Le patio et sa fontaine

Le personnel, lui aussi, se souvient. Dans le petit village de Nilo, aux maisons dont les façades sont partout écaillées, les anciens employés des « franceses » témoignent de cette folie des grandeurs. Ils se souviennent amèrement des « gringos » qui n’ont jamais eu un mot pour eux. Ils les revoient, comme si c’était hier, faisant, à cheval, le tour du village, princiers. Plusieurs d’entre eux redoutent d’apparaître.

Mais la première gouvernante, Gladys Martinez, qui vend quelques produits d’épicerie dans sa maison, se rappelle sans crainte du temps où elle préparait la maison de « Thierry et la princesse ». « Ils venaient quand c’était l’hiver chez vous, explique-t-elle, intimidée et souriante. Parfois c’était en limousine. Une seconde voiture apportait leurs valises. Ils amenaient vraiment beaucoup de valises avec eux, je trouvais que c’était très exagéré. Mais c’était une princesse et lui un homme très important en France. »

Gladys et les employés de maison portaient un uniforme blanc, sur lequel était brodé un cactus. Sur cette photo, l’ancien président Andres Pastrana et sa femme prennent la pose avec la gouvernante des Gaubert :

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Le président Pastrana, à droite

En une occasion, les Gaubert avaient d’ailleurs pu rejoindre Nilo dans l’hélicoptère de Pastrana.

« Quand ils venaient, nous étions huit ou dix employés, poursuit Gladys. Quelqu’un s’occupait du jardin. Un autre des chevaux. Il y avait une trentaine de chevaux — certains ont été vendus. Des vaches aussi, elles avaient été marquées d’une couronne. Il y avait une lingère et une équipe pour la cuisine. Il fallait que le repas soit prêt à une heure très précise. » Les Gaubert avaient apporté de la vaisselle française pour les dîners d’invitation. Sur une feuille blanche, Gladys refait le plan des lieux avec nostalgie. « La salle à manger était immense, dit-elle. Il y avait deux tours. La chambre de la princesse qui donnait sur le lac était immense aussi. C’était un lac artificiel. »

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Un lac artificiel chez les Gaubert

Un jour qu’elle s’étonnait de la quantité de tenues — une centaine, croit-elle se souvenir —, Hélène Gaubert attendrie lui offre d’en choisir une. Il y a plus d’un mois, l’ancienne gouvernante a appris les ennuis judiciaires de son ancien patron en lisant l’hebdomadaire de Bogota, La Semana. « Je n’ai jamais su ce qu’il faisait, dit-elle. C’est une histoire un peu désagréable. Je trouvais que tous les gens qui venaient étaient très élégants. Je les admirais beaucoup. On disait “voilà une princesse !” C’était la première princesse que je rencontrais… »

« Jean-Philippe, Thierry et la princesse ont inauguré la base militaire voisine de l’Espro, rapporte encore l’ancienne gouvernante. Ils sont devenus les amis du commandant. » « Ils se sont infiltrés », peste Joachim Parga, militaire retraité et « contrôleur de la légalité » à la mairie de Nilo. « Même la police ici les escortait ! » Une photo d’ailleurs témoigne de ces faveurs, régulières, des autorités.

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La police garde la villa « Cactus »

(…)

Leur presse (Karl Laske et Fabrice Arfi, Mediapart, 1er décembre 2011)

Pour rappel :

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Journée de convergence des initiatives contre la rénovation urbaine Samedi 17 décembre à Montreuil

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Convergence des initiatives contre la rénovation urbaine des quartiers populaires

Le 17 décembre prochain, des collectifs d’habitant.e.s de quartiers populaires d’Hambourg, en Allemagne, appellent à une journée de lutte internationale contre la gentrification.

« Lions l’appropriation d’espaces et de ressources à la défense de quartiers irréguliers contre la politique de démolition ! Faisons converger les initiatives des sans-abri avec la résistance contre les évacuations forcées ! Renforçons les initiatives de locataires avec les campagnes contre les maisons vides ! Lions les luttes des opposantEs à la destruction de l’environnement avec les luttes des immigrantEs pour le droit de rester !

Élargissons la marge de manœuvre de la désobéissance civile à l’aide d’actions artistiques et radicales, rusées et symboliques, virtuelles et directes ! »

L’objectif, c’est de faire de cette journée d’action l’expression, le point de cristallisation et le réseautage de ces luttes locales dépassant néanmoins les frontières afin de les rendre visibles en tant que conflit politique général à l’intérieur des structures de la société capitaliste sans les homogénéiser.

Rénovations urbaines, gentrification… De quoi parle-t-on ?

… De la transformation physique d’un quartier — par la destruction ou la réhabilitation des logements —, dans un but affiché de requalification et de « mixité sociale ».

Pour ne pas ébranler l’ordre établi, il apparaît être une nécessité pour le gouvernement de détourner notre regard des causes structurelles de la misère dans les quartiers que le système génère, en nous faisant croire qu’un simple changement de décor améliorerait nos existences, qu’un coup de pelleteuse nous rendrait la vie belle.

Dans une période où les affres du capitalisme deviennent difficilement dissimulables, il s’agit ainsi de contrôler et tuer dans l’œuf les potentiels espaces de solidarité et de révolte des classes dominées.

Ces considérations urbanistiques se font au plus grand mépris des populations, stigmatisées par une conception colonialiste des banlieues. Quant aux démarches de concertation mises en œuvre, elles ne sont qu’un instrument de légitimation de leur politique. La cité, dans son aménagement et ses fonctions, est aujourd’hui le terrain de jeu des dominants. Les profits de ces grands chantiers reviennent d’abord et surtout aux promoteurs et aux villes désireuses de masquer une misère de plus en plus criante. Mais le vernis humaniste s’écaille vite face aux réels effets des rénovations : expulsion des plus précaires, déplacement forcé de population, chasse aux sans-papiers…

Les dernières poches de vie et de résistance définitivement insensibles aux promesses du bonheur Ikéa se font expulser manu militari.

En répondant à cet appel, nous souhaitons créer une occasion de se rencontrer et s’organiser afin d’amplifier les protestations contre les rénovations et la gestion capitaliste et policière des quartiers en Île-de-France.

D’une préoccupation individuelle (ma maison) et locale (mon quartier), nous souhaiterions soulever une réflexion globale sur la propriété et la guerre de classes qui se joue dans l’espace urbain…

À Saint-Denis, Paris, Vitry, Ivry, Poissy, Saint-Ouen ou Montreuil, comme à Hambourg, et partout en Europe, Reprenons la ville pour en faire un terrain de lutte.

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Les contre-révolutionnaires mangent les enfants

Espagne : les enfants volés du franquisme

C’est un terrible secret, exhumé du passé : des années 1950 à la fin des années 1980, des bébés ont été volés dans des maternités pour être vendus à des familles bourgeoises. Des médecins et des religieuses organisaient le trafic. Devenus adultes, ces enfants demandent réparation.

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Felisa Tomico Orusco, dans sa maison de Madrid, le 24 novembre 2011, recherche toujours sa fille Felisa née en 1981.

La vie aurait pu continuer de couler pleine de certitudes tranquilles pour Antonio Barroso, avocat à Barcelone. Jusqu’au coup de fil d’un copain d’enfance, il y a près de quatre ans. L’ami affirme que l’un comme l’autre sont des enfants adoptés, achetés par leurs familles à des religieuses. Stupéfait, Antonio fait pratiquer un test ADN, qui confirme : rien de commun avec ses supposés parents. « À 38 ans, j’ai découvert que ma vie était un mensonge… »

Les souvenirs, les ressemblances, les récits de grossesse, tout était faux. Il presse sa mère de questions. Elle avoue l’avoir acheté à une sœur de Saragosse pour 200’000 pesetas. Une fortune à l’époque. Antonio se rappelle alors cette cousine lointaine, sœur Montserrat, que la famille allait souvent visiter et à qui l’on glissait une enveloppe pour la remercier du « cadeau ». Comment aurait-il su que le cadeau, c’était lui ?

Les victimes ? Des femmes seules, ou de milieu modeste

L’avocat découvre qu’il est loin d’être un cas isolé : durant près de quarante ans, de l’après-guerre civile à la fin des années 1980, l’Espagne a laissé prospérer dans la plus grande opacité un vaste trafic de nouveau-nés orchestré par un réseau de médecins, de religieuses et de fonctionnaires de l’état civil.

Leurs proies ? Des femmes seules ou de milieux modestes, auxquelles il était facile de faire croire que leur bébé était mort ou qu’il valait mieux qu’elles le donnent à adopter pour lui assurer des jours meilleurs. Des femmes dont on était sûr qu’elles n’allaient pas faire d’histoires et qui comblaient sans le savoir les désirs — monnayables — de familles bourgeoises en mal d’enfant. Des centaines de nourrissons auraient été ainsi privés de leurs parents biologiques.

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Mayca recherche sa sœur jumelle, Susana, née, comme elle, le 24 janvier 1968 à la clinique O’Donnell de Madrid, mais « disparue » dès la naissance. « Pourquoi elle et pas moi ? » s’interroge-t-elle aujourd’hui.

Des noms reviennent — ceux de médecins en vue, proches de l’Opus Dei ; des lieux — un triangle de cliniques chics de Madrid, notamment. « Le phénomène a touché tout le pays », souligne Antonio Barroso, qui a créé une association de victimes.

Son histoire, racontée dans un reportage télévisé, a réveillé les souvenirs de Rita Abujetas. Soudain, tout est remonté : la maternité San Ramon, son premier bébé… « On m’a fait une anesthésie, j’ai écouté les battements de son cœur sur le moniteur et je me suis endormie, se rappelle cette petite dame énergique et têtue, mère de trois autres enfants. Quand je me suis réveillée, on m’a d’abord dit que ma fille était en couveuse. Puis qu’elle était mort-née. À mon mari, qu’elle avait une malformation et qu’on l’avait laissée mourir. Je n’ai pas compris. Je l’avais pourtant sentie bouger jusqu’au bout. »

C’était en 1964 et Rita débarquait de son village de Tolède. Comment aurait-elle pu mettre en doute la parole des médecins de Madrid, elle qui n’avait pas fini l’école primaire ? Dans son minuscule salon, en plein quartier ouvrier d’Usera, au sud de la capitale, elle traque les indices du passé. Quelques papiers jaunis ; pas une trace de la naissance ou d’une fausse couche au registre d’état civil.

Pourtant, elle entend encore les paroles de la religieuse refusant de lui montrer le bébé mort : « Il n’est pas beau à voir, vaut mieux pas. Tu es jeune, tu en auras d’autres. » Et puis : « Rentrez chez vous, on s’occupe de tout, des papiers, de l’enterrement. » Son mari, Rafa, ouvrier maçon, avait accompagné le petit cercueil dans le fourgon funéraire jusqu’au cimetière. Il voulait porter la petite boîte. « Pas touche ! Elle est scellée ! » avait rugi l’employé de la clinique qui l’escortait.

« Et si le cercueil était vide ? » s’interroge maintenant Rita. Trop tard pour vérifier, les réaménagements successifs du cimetière de Madrid ont bousculé les fosses communes. Mais elle ne veut pas en rester là. Comme 260 autres familles, Rita a porté plainte en janvier dernier pour falsification de documents et séquestration de mineur.

« Sauver » les âmes des enfants de « rouges »

Avec cette action collective, c’est soudain tout un pan de l’Espagne franquiste qui refait surface. Le trafic d’enfants est une vieille histoire dans la Péninsule : après la guerre civile, les franquistes prétendaient « sauver » les âmes des enfants de « rouges » en les retirant à leurs mères pour les confier à des familles proches du régime, selon les consignes du psychiatre Antonio Vallejo-Najera.

Un docteur aux idées bien arrêtées, ce Vallejo-Najera, qui décrivait le marxisme comme une maladie mentale. « À partir des années 1960, le mobile économique a pris le dessus mais le raisonnement est resté le même, explique le sociologue Francisco Gonzalez de Tena, collaborateur du juge Baltasar Garzon pour le dossier des disparitions sous le franquisme : certains méritaient plus que d’autres d’avoir des enfants ; ceux-ci grandiraient mieux dans une famille aisée ; il fallait corriger les erreurs de la nature… »

Les familles d’accueil, très pratiquantes, « faisaient appel à un ami curé ou à une tante bonne sœur, qui servait d’intermédiaire pour toquer à la porte de la bonne clinique, au lieu d’attendre dix ans pour adopter normalement », raconte la journaliste Natalia Junquera, coauteur de Vidas robadas (Des vies volées) aux éditions Aguilar (Madrid, 2011).

« Il est à vous »

Felisa Tomico Orusco peut témoigner. Elle aussi a perdu son bébé à la naissance, en 1978. « Une dame très bien habillée est venue me voir dans ma chambre avant l’accouchement… Elle était gentille, elle m’a même prêté une robe quand on m’a envoyée faire une échographie dans une autre clinique, dit-elle. Je me suis toujours demandé pourquoi elle était si attentionnée. »

Pourquoi ? Ines Perez a son idée. C’est l’une des rares mères adoptives à oser parler. Malgré ses 88 ans, sa voix ne flanche pas lorsqu’elle raconte comment un jésuite ami de la famille, le père Felix, l’a appelée, un jour de juin 1969 : « Viens vite, apporte des vêtements de bébé, tu vas recevoir le plus beau cadeau de ta vie ! » Ines et son mari, employé de chemin de fer, foncent à la clinique San Ramon. Là, le Dr Vela leur montre un prématuré de 7 mois, installé dans une couveuse de fortune au milieu de bouillottes d’eau chaude… « Il est à vous. » Pas une peseta à débourser, mais une consigne à respecter : si le bébé a des problèmes dans les jours suivants, surtout, ne faire appel qu’à lui.

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Voilà quatre ans, Antonio Barroso a appris qu’il avait été vendu à sa naissance pour 200’000 pesetas : « À 38 ans, j’ai découvert que ma vie était un mensonge ».

La prématurée en couveuse a grandi. Elle a 42 ans aujourd’hui, et se prénomme Ines, comme sa mère adoptive. « J’étais trop chétive pour être “vendable”, je devais faire partie des excédents de leur petit trafic, alors j’ai été donnée en cadeau », suppose la jeune femme, qui a mené son enquête.

Pour elle, ses parents adoptifs ont été victimes de leur époque : « Le régime portait aux nues les familles nombreuses ; une femme qui ne pouvait pas donner d’enfant à son mari était regardée de travers. Alors on préférait souvent maintenir l’adoption secrète. C’est sans doute à cause de ça que les familles ont payé pour falsifier les papiers et inscrire le bébé comme enfant biologique. »

Des retrouvailles rares et compliquées

Après des décennies de silence, les plaintes éparses, classées sans suite, resurgissent. À La Linea de la Concepción, dans la province de Cadix (Andalousie), des exhumations ont eu lieu mais, dans les petits cercueils, on n’a pas trouvé grand-chose : des chiffons, quelques os d’adultes. L’enquête est en cours.

Certains diffusent des photos d’enfance sur Facebook pour retrouver leurs disparus. Mais à quoi ressemblent-ils ? Comment savent-ils qu’on les recherche ? C’est la question qui hante Mayca, à la recherche de sa sœur jumelle, Susana, née comme elle le 24 janvier 1968 à la clinique O’Donnell de Madrid. « Ils ont poussé mes parents dehors, en disant à mon père “Occupez-vous de celle qui est vivante” », raconte la jeune femme en épluchant les photocopies de registres de la maternité. Là aussi, l’hôpital avait dit : « On s’occupe de tout. » Et pourtant, pas de trace du bébé au cimetière de Madrid… « Pourquoi elle, et pourquoi pas moi ? »

Les retrouvailles sont rares et compliquées, comme elles le furent pour les enfants disparus pendant la dictature de Jorge Videla, en Argentine. Les liens biologiques ne suffisent pas à tisser une histoire. Et, pour ces enfants dont on a décidé du destin, il n’est pas non plus facile d’apprendre que les adultes qui les ont élevés et aimés les ont d’abord achetés, et parfois volés. Cette vérité-là a le goût amer de la double peine.

La justice passera-t-elle ?

L’avocat Enrique Vila Torres, spécialiste en recherche des origines, estime qu’entre 200’000 et 300’000 adoptions irrégulières et vols d’enfants auraient pu avoir lieu en Espagne durant cette période. Il fonde son calcul sur le fait que, dans 15% des cas sur lesquels il a enquêté, les documents sont falsifiés, incomplets ou contradictoires.

En 1982, en pleine transition espagnole, le magazine Interviu avait déjà dévoilé l’existence d’un réseau de trafic de nouveau-nés, autour de la clinique San Ramon, à Madrid, dirigée par le Dr Eduardo Vela, notable en vue. Le magazine publiait la photo d’un nouveau-né congelé dans la morgue de la clinique. L’affaire avait été étouffée, la clinique, fermée, et le Dr Vela avait fait disparaître ses archives. Trente ans plus tard, il est à nouveau question de lui dans certaines des 261 disparitions de nouveau-nés examinées par la justice aujourd’hui sur plainte de l’Association nationale des victimes d’adoptions irrégulières. Les magistrats sont pour l’instant hésitants à l’idée d’ouvrir l’enquête, en raison du manque de preuves. Et peut-être aussi par crainte de rouvrir le dossier du franquisme.

Leur presse (Cécile Thibaud, L’Express.fr, 3 décembre 2011)

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Second Appel de Poitiers

Appel de Poitiers à une Journée nationale d’actions, le 17 mars 2012, contre la répression et les violences policières, et, entre le 10 et le 17 décembre 2011, à une initiative locale contre la répression sévissant à Toulouse

Le troisième forum antirépression organisé à Poitiers par le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux a rassemblé plus d’une centaine de personnes les 26 et 27 novembre. Après le bilan positif qui a été tiré de la Journée nationale d’actions faite le 19 mars 2011 à l’appel du deuxième forum antirépression poitevin, et alors que la multiplication des intimidations, violences policières, interpellations, condamnations de toutes sortes continuent de dessiner un peu partout un ordre policier généralisé, s’est imposée l’idée d’une nouvelle journée de mobilisation en France contre les politiques sécuritaires en cours ou à venir.

Les participant-e-s au forum de Poitiers appellent donc tous les collectifs et toutes les personnes luttant contre la répression à faire du samedi 17 mars 2012 une Journée nationale d’actions contre les politiques sécuritaires, au travers d’initiatives décidées localement, afin de faire connaître et de développer les diverses luttes existantes en favorisant leur coordination, et de construire une mobilisation contre toutes les formes de répression.

Les personnes assemblées lors du forum antirépression soutiennent également l’appel du Collectif liberté pour les inculpé-e-s du 15 novembre de Toulouse et ont décidé de le relayer pour multiplier les initiatives dans le cadre d’une semaine de mobilisation, du 10 au 17 décembre. Ce afin d’exiger, d’une part, la libération des quatre personnes mises en détention depuis le 16 novembre à la maison d’arrêt de Muret (sur l’accusation d’avoir mené à Labège, le 5 juillet dernier, l’action contre la Protection judiciaire de la jeunesse visant à dénoncer l’accentuation de la répression contre les mineurs) ; et, d’autre part, l’arrêt des inculpations pour ces personnes ainsi que pour une cinquième actuellement en liberté sous contrôle judiciaire.

Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux  (contact), 4 décembre 2011.

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[Lyon] Manifestation pour faire la lumière sur les morts en détention et contre toutes les prisons Jeudi 8 décembre

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Emploi du temps carcéral

Gradignan : Téléthon même en prison

Les détenus du centre pénitentiaire organisaient hier une journée de sport contre la maladie.

Des banderoles du Téléthon ont été déployées pour le décor. Sous le préau, des rameurs engrangent les kilomètres, transpirant à grosses gouttes ou imperturbables. Comme un défi à la pluie et aux éléments, des coureurs aux foulées décidées ou irrégulières arpentent une des cours de promenade du centre pénitentiaire de Gradignan [Bordeaux]. Sous les encouragements. Hier, la prison participait à sa façon au Téléthon. Pour la huitième année.

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Les détenus ont du cœur

Les détenus veulent ainsi montrer qu’au-delà de ce qui les a menés en détention, ils ont du cœur. Et du cœur à l’ouvrage, puisqu’ils n’ont pas ménagé leurs efforts. Et en voulant impressionner les autres, certains se sont découverts de sacrées ressources. Quarante-cinq minutes au moins de course à pied, un maximum de kilomètres en une demi-heure de rameur.

« C’est pour la bonne cause », résume Amanissi, ancien boxeur promu coach d’un jour et en tout cas pris dans le staff de l’organisation de la journée. « On est super-motivés. Certains se sont entraînés tous les jours. Pour se dépasser. Tout donner c’est aussi une façon d’évacuer, de penser à autre chose qu’à la cellule, une manière de s’exprimer », poursuit-il. « Ça fait du bien. On comprend aussi qu’il y a des situations pires que la nôtre. Des journées comme aujourd’hui, ça marque, on en parle à nos familles, à nos codétenus, aux surveillants. Ca compte double, triple, ça booste. »

De 8 heures à 16 heures, les détenus restent en effet dehors. Ce qui bouleverse leur emploi du temps carcéral. « La consigne c’est “pas de compétition” entre les étages mais donner et donner de soi-même pour des gens qui ne peuvent pas faire de sport », résume Jean-Baptiste, un des intervenants sport avec Stéphane et Lionel.

« C’est un effort musculaire, sportif au bénéfice de ceux qui ne peuvent pas ou plus en faire », explique Christian, bénévole de la coordination Téléthon 33. « Concrètement, on ne vient pas ici, en détention pour chercher des sous, mais pour témoigner du handicap, dire aux personnes incarcérées la chance qu’elles ont d’être debout, leur montrer qu’elles peuvent se mobiliser, par solidarité, et que beaucoup y sont sensibles ».

« Participer à une épreuve de solidarité nationale, c’est aussi montrer leur implication dans la société », estime le directeur adjoint Sébastien Rossignol. Une société dont ils sont écartés le temps de leur incarcération. Le Téléthon est donc aussi une occasion de faire entrer l’extérieur en détention.

Leur presse (Florence Moreau, Sud-Ouest), 3 décembre 2011.

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[WikiLeaks] Révélations sur le marché mondial du mouchard

Internet massivement surveillé

WikiLeaks rend public aujourd’hui près de 1100 documents internes, plaquettes commerciales et modes d’emploi des produits commercialisés par les industriels des systèmes de surveillance et d’interception des télécommunications.

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Ces nouvelles fuites montrent un marché de la surveillance de masse représentant désormais cinq milliards de dollars, avec des technologies capables d’espionner la totalité des flux Internet et téléphoniques à l’échelle d’une nation. Les fleurons de ce marché s’appellent Nokia-Siemens, Qosmos, Nice, Verint, Hacking Team, Bluecoat ou Amesys. Les documents détaillant leurs capacités d’interception, contenant une multitude de détails technologiques, seront progressivement mis en ligne par WikiLeaks.

OWNI, partenaire de cette opération baptisée SpyFiles avec le Washington Post, The Hindu, L’Espresso, la chaîne allemande ARD et l’ONG britannique The Bureau of Investigative Journalism a tenté de visualiser cette industrie d’un genre nouveau, en créant une cartographie interactive sur un site dédié, SpyFiles.org. Et Andy Mueller-Maguhn, ancien porte-parole du Chaos Computer Club allemand (le plus influent des groupes de hackers au monde), également associé à cette enquête, y consacre un site, BuggedPlanet.info — traduisez “planète sur écoute”.

Marchand d’armes de surveillance

À ce jour, nous avons répertorié 124 de ces marchands d’armes de surveillance, utilisant des technologies d’interception, dont 32 aux États-Unis, 17 au Royaume-Uni, 15 en Allemagne, dix en Israël, huit en France et sept en Italie… À l’instar des marchands d’armes “traditionnels”, la majeure partie d’entre eux sont situés dans des pays riches, et démocratiques. 12 des 26 pays recensés font ainsi partie de l’Union européenne qui, au total, totalise 62 de ces entreprises.

87 vendent des outils, systèmes et logiciels de surveillance de l’Internet, 62 de surveillance du téléphone, 20 des SMS, 23 font de la reconnaissance vocale, et 14 de la géolocalisation GPS. Sept d’entre elles font également dans la “lutte informatique offensive”, et commercialisent donc des chevaux de Troie, rootkits et autres backdoors (portes dérobées) permettant de prendre le contrôle d’ordinateurs, à distance, et à l’insu de leurs utilisateurs. Ces systèmes espions ont ceci de particulier par rapport à ceux utilisés par les pirates informatiques qu’ils ne seraient pas repérés par la “majeure partie” des éditeurs d’antivirus et autres solutions de sécurité informatique.

Dans nos démocraties, la commercialisation, et l’utilisation, de ces systèmes de surveillance et d’interception des télécommunications est strictement encadrée. Mais rien n’interdit, en revanche, de les vendre à des pays moins regardants, même et y compris à des dictatures : bien que conçus à des fins d’espionnage, ils ne font pas partie de ces armes dont l’exportation est encadrée par les lois nationales, européennes ou internationales. Ce n’est donc peut-être pas moral, mais tout à fait légal, en l’état.

Et les marchands d’armes se font fort d’exploiter ce vide juridique, comme le reconnaissait récemment Jerry Lucas, l’organisateur d’ISS [pour Intelligence Support Systems for Lawful Interception, Criminal Investigations and Intelligence Gathering, à savoir, et en français, systèmes de soutien au renseignement en matière d’interceptions légales, d’enquêtes criminelles et de collecte de renseignement], le salon international qui rassemble tous les deux ou trois mois les professionnels de l’interception des communications :

“Les systèmes de surveillance que nous exposons dans nos conférences sont disponibles dans le monde entier. Certains pays les utilisent-ils pour supprimer certaines déclarations politiques ? Oui, probablement. Mais ce n’est pas mon job de faire le tri entre les bons et les mauvais pays. Ce n’est pas notre métier, nous ne sommes pas des hommes politiques.

Notre business est de mettre en relation ceux qui veulent acheter ces technologies avec ceux qui les vendent. Vous pouvez bien vendre des voitures aux rebelles libyens, et ces voitures sont utilisées comme armes. General Motors et Nissan devraient-ils se demander comment leurs véhicules seront utilisés ? Pourquoi n’allez-vous pas également interroger les vendeurs de voiture ? C’est un marché ouvert. Vous ne pouvez pas enrayer la circulation de matériels de surveillance.”

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Interrogé par le Wall Street Journal, Klaus Mochalski, co-fondateur d’Ipoque, une société leader dans ce secteur, répondait de son côté que “c’est un dilemme, moral et éthique, auquel nous sommes constamment confrontés : c’est comme un couteau. Vous pouvez vous en servir pour trancher des légumes, mais vous pouvez également tuer votre voisin”… à ceci près que ces outils ne sont pas en vente libre dans n’importe quel magasin, et que les sociétés qui les commercialisent n’en font pas la promotion dans des foires commerciales ou marchés du coin, mais uniquement dans les salons réunissant marchands d’armes, et clients habilités à en acheter.

Silence radio

ISS interdit ainsi aux journalistes d’assister à ses conférences, et même d’entrer dans son salon. Et il était étonnant de constater, à visiter les nombreux stands spécialisés dans les technologies de surveillance présents au récent salon Milipol, qui s’est tenu à Paris en octobre dernier, que les représentants de ces derniers étaient bien plus frileux que les marchands d’armes traditionnels pour ce qui est de répondre aux questions des journalistes…

Contactée par OWNI, Amesys, la société française qui a vendu un système d’interception massive de l’Internet à la Libye de Kadhafi, se défausse ainsi auprès de son “client” :

“Amesys est un industriel, fabricant de matériel. L’utilisation du matériel vendu (sic) est assurée exclusivement par ses clients.”

A contrario, Thibaut Bechetoille, le PDG de Qosmos, une autre société française qui, à l’instar d’Ipoque, équipait ce même Big Brother libyen, et qui équipe également celui utilisé, actuellement, par les Syriens, a piteusement expliqué à l’agence Bloomberg que son conseil d’administration avait bien décidé de cesser ses activités en Syrie, mais que c’était “techniquement et contractuellement” compliqué…

À ce jour, quatre autres entreprises occidentales ont été identifiées comme prestataires de services des “grandes oreilles” syriennes : Area, une entreprise italienne qui a dépêché, en urgence, des équipes afin d’aider les services de renseignements syriens à identifier les (cyber) dissidents, Utimaco, filiale allemande de l’éditeur d’antivirus britannique Sophos — qui n’était pas au courant qu’Area utilisait ces systèmes en Syrie —, l’allemand Nokia Siemens, dont les équipements de surveillance de l’Internet auraient été transmis à la Syrie par son voisin iranien, et Bluecoat, une société américaine auquel le site reflets.info a consacré de nombreux articles.

On savait, depuis quelques années, que ces armes de surveillance étaient utilisées en Chine ou en Iran notamment, mais il a fallu attendre le printemps arabe, et les traces ou preuves laissées par ces marchands de surveillance (essentiellement occidentaux) en Tunisie, en Égypte, en Libye, à Bahrein ou en Syrie, pour en prendre toute la mesure.

La quasi-totalité de ces marchands d’armes de surveillance se targuent certes d’œuvrer en matière de “lawful interception” (interceptions légales en français) et se vantent de travailler avec des ministères de la défense, de l’intérieur ou des services de renseignement. L’allemand Elaman, lui, va jusqu’à écrire, noir sur blanc, que cela permet aussi d’identifier les “opposants politiques” :

“En matière de télécommunications, la notion de « rétention des données » porte généralement sur le stockage de toute information (numéros, date, heure, position, etc.) en matière de trafic téléphonique ou Internet. Les données stockées sont généralement les appels téléphoniques émis ou reçus, les e-mails envoyés ou reçus, les sites web visités et les données de géolocalisation.

Le premier objectif de la rétention des données est l’analyse de trafic et la surveillance de masse. En analysant les données, les gouvernements peuvent identifier la position d’un individu, de ses relations et des membres d’un groupe, tels que des opposants politiques.”

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Initialement développés afin de permettre aux services de renseignements d’espionner en toute illégalité, ces systèmes, outils, logiciels et autres “gadgets” conçus pour écouter, surveiller, espionner, traçabiliser ou géolocaliser quelqu’un “à l’insu de son plein gré“, sont aujourd’hui devenus un véritable marché. Interrogé par le WSJ, Jerry Lucas, l’organisateur d’ISS, expliquait ainsi que, parti de quasiment zéro en 2001, il avoisinerait aujourd’hui les 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, par an.

Les Spy Files sont publiés par WikiLeaks à cette adresse.

Retrouvez notre dossier sur les Spy Files : Mouchard sans frontière ; La carte d’un monde espionné. Retrouvez nos articles sur Amesys.

Leur presse (Jean-Marc Manach, Owni.fr, 1er décembre 2011)

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Aux armes, citoyens ! Formons nos bataillons !

Explosion des saisies d’armes en France

INFO LE FIGARO – La Direction centrale de la police judiciaire a recensé 2710 saisies d’armes à feu en 2010, soit une explosion de 79% par rapport à 2009.

Les saisies de pistolets, révolvers, fusils à pompes ou fusils d’assaut explosent en France. Selon une toute récente note du ministère de l’Intérieur intitulée « physionomie du trafic d’armes et les saisies d’armes en France » portée à la connaissance du Figaro, les services centraux de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) ont recensé 2710 saisies d’armes à feu en 2010, soit une explosion de 79% par rapport à 2009.

La tendance à la hausse se confirme cette année car, précise la note, « entre le 1er janvier et le 24 novembre 2011, 3355 armes de toutes catégories ont été saisies ».

Dans le lot, la proportion des armes de guerre est estimée à 3% du total. Actuellement, un fusil d’assaut de type kalachnikov se négocie dans les cités entre 2000 et 3000 euros, soit quatre fois son prix de base dans son pays d’origine. Un pistolet ou un revolver se marchande clandestinement autour des 1500 euros.

30.000 calibres dans les cités

Au total, les spécialistes estiment en général à 30.000 le nombre de calibres qui circulent dans les cités, sachant 3,14 millions armes étaient légalements détenues dans le pays en 2010.

La France est le théâtre de « quatre grands types de trafics d’armes », décrypte la note confidentielle, précisant qu’il « alimentent indifféremment le milieu du banditisme et du crime organisé (pour des attaques de centre-forts ou de fourgons blindés, des règlements de comptes…), celui de la délinquance des cités sensibles (pour la protection du trafic de stupéfiant notamment et la commission de vols à main armée) et enfin celui des amateurs d’armes (pour l’enrichissement de leur collection) ».

Outre les échanges entre amateurs d’armes, dont 10% des « déviants » « improprement appelés collectionneurs », la DCPJ souligne l’arrivée « d’importantes quantités » émanant de la « zone balkanique », où les « récents conflits ont été à l’origine du pillage de nombreux dépôts d’équipements des forces militaires ou de sécurité ».

(…)

Enfin, outre un « trafic intracommunautaire » qui permet aux particuliers français de commander en toute impunité par internet armes automatiques et fusils en vente libre en Belgique, en Espagne ou en Autriche, les policiers savent le milieu délinquant s’approvisionne [sic] lors de « vols ou de cambriolages », aussi bien « chez des particuliers à leurs domiciles, chez des professionnels de la sécurité ou dans des armureries ».

Entre le 1er janvier et le 24 novembre 2011, policiers et gendarmes ont dénombré le vol de 2019 calibres en tous genre sur l’ensemble du territoire. L’année dernière, les vols d’armes avaient bondi de 38,6% par rapport à 2009. Six fois sur dix, il s’agit d’armes de chasse et de loisirs conservées dans des domiciles privés, sans mesure de sécurité.

Enfin, la note révèle que les violences avec armes, qui ont «augmenté de +4,15% entre 2009 et 2010», connaissent une inversion de tendance, avec une baisse de 39,47% au 1er semestre 2011.

(…)

Leur presse (Christophe Cornevin, Le Figaro, le 2 décembre 2011)

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[Chine] Vers une déflagration sociale majeure

La Chine de nouveau secouée par des grèves

Les sous-traitants locaux sont contraints à des licenciements à cause du ralentissement mondial.

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Comme en 2008-2009, une vague de grèves touche les provinces exportatrices chinoises, affectées par le ralentissement mondial. La dernière fronde en date a pour cadre la capitale économique du pays, Shanghaï, et des affrontements s’y seraient produits vendredi. Des centaines d’ouvriers d’une usine d’électronique singapourienne implantée à Pudong y sont en grève depuis trois jours. La compagnie Hi-P International est un sous-traitant d’Apple, de Hewlett-Packard, et du fabricant de BlackBerry RIM. Les grévistes, qui bloquent l’entrée de l’usine, dénoncent des « licenciements massifs », soit plus d’un millier de personnes, avec des indemnités insuffisantes. Le tout sur fond de déménagement du site industriel. Selon une organisation de défense des travailleurs basée à Hong­kong, China Labour Watch, des heurts avec la police auraient fait plusieurs blessés.

Ces soubresauts surviennent après une série de grèves qui a touché la province méridionale du Guangdong ces dernières semaines. À la mi-novembre, plus de 7000 employés d’un fabricant de chaussures, sous-traitant d’Adidas, Nike et New Balance, ont fait grève à Dongguan, près de Canton. Ils protestaient contre des réductions de salaire et des licenciements. À la même époque, 400 ouvrières d’une usine de lingerie ont aussi cessé le travail à Shenzhen. Elles exigeaient le paiement d’heures supplémentaires et le retrait d’un nouveau système de rémunération à la pièce faisant baisser leurs revenus.

Les consignes du Parti communiste

La baisse des commandes, qui risque de s’accentuer dans les mois qui viennent, se conjugue dangereusement avec une hausse des coûts de production en Chine. En octobre, les exportations chinoises vers l’Europe ont reculé à 28,74 milliards de dollars, contre 31,61 milliards en sep­tembre, tandis que celles vers les États-Unis baissaient également, à 28,6 milliards de dollars, contre 30,11 milliards en septembre. Et jeudi, Pékin a annoncé le premier recul de sa production manufacturière en plus de deux ans et demi. Signe d’une contraction de l’activité, l’indice PMI des directeurs d’achat est tombé à 49 pour novembre. Pour la banque HSBC, cet indice PMI serait même tombé à 47,7, contre 51 le mois précédent.

Ces inquiétudes ont conduit la Chine à rouvrir les vannes du crédit il y a deux jours, effectuant au passage un changement de cap spectaculaire, puisque le soutien à la croissance malmenée l’emporte désormais sur la lutte contre l’inflation. Et le Parti communiste a donné pour consigne aux autorités locales de désamorcer au plus vite tout mouvement de contestation sociale. Alors que le pays est entré en période de transition politique, avec un changement de leadership en 2012, les actuels dirigeants ne peuvent se permettre de fortes turbulences internes. La menace est-elle si sérieuse ? En 2009, la mise sur le pavé de quelque 20 millions de travailleurs migrants avait fait craindre une déflagration sociale majeure, qui n’avait pas eu lieu. Mais un plan de relance de plus de 400 milliards d’euros avait alors permis de recaser ces chômeurs dans la construction de routes, d’infrastructures ou le bâtiment. Aujourd’hui, ce n’est pas d’actualité.

Leur presse (Cyrille Lachèvre, LeFigaro.fr), 2 décembre 2011.


À Shanghai, affrontements entre grévistes et police

Plus de 1.000 ouvriers d’une usine de Shanghai ont suivi une grève de deux jours pour protester contre des licenciements et des affrontements avec la police qui ont fait plusieurs blessés, a annoncé vendredi une organisation de défense des travailleurs.

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Le mouvement de protestation, entamé mercredi, se poursuivait vendredi mais avec seulement une cinquantaine d’employés, a précisé dans un communiqué le China Labour Watch, dont le siège est aux États-Unis.

L’usine implantée dans la grande métropole de l’est de la Chine est la propriété de la compagnie électronique de Singapour Hi-P International, sous-traitant notamment d’Apple et de Hewlett Packard.

Ce nouveau mouvement de protestation sociale en Chine a démarré après l’annonce du licenciement de quelque 1.000 ouvriers par l’entreprise qui a projeté de transférer la production dans une autre ville.

Des grévistes ont indiqué qu’ils n’avaient reçu aucune notification préalable de leur licenciement et que les indemnités ne convenaient pas, selon China Labour Watch.

Un représentant de Hi-P International a simplement déclaré à l’AFP que l’impact de cette grève était « très réduit ».

La police de Shanghai n’a pu être jointe dans l’immédiat mais avait, jeudi soir, estimé dans un communiqué le nombre de grévistes à 100 seulement.

Les mouvements de protestation se multiplient dans les usines en Chine entre des salariés se disant maltraités et devenus plus exigeants et des patrons confrontés à la baisse de la demande et à la hausse des coûts.

Les exportations de la Chine, qui demeurent le principal moteur de la croissance, commencent à sérieusement se tasser sous l’effet de la crise des dettes souveraines en Europe et de la crise persistante aux États-Unis, ses deux principaux marchés.

Le mois dernier, plus de 7.000 travailleurs ont fait grève après des licenciements et des baisses de salaire dans la province méridionale du Guangdong chez un sous-traitant des chaussures de sport New Balance, Adidas et Nike. Des centaines d’autres ont fait grève à Shenzhen pour exiger le paiement d’heures supplémentaires.

Leur presse (Agence Faut Payer), 2 décembre 2011.

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[Lorraine] Comment accommoder le gendarme mobile

Un gendarme roué de coups en Lorraine

Un gendarme de 30 ans s’est fait rouer de coups hier soir près de Nancy, en s’interposant dans une bagarre dont il avait été le témoin par hasard, alors qu’il était en civil loin de son lieu d’affectation, a-t-on appris de source proche de l’enquête.

Le sous-officier circulait hier vers 20h30 entre Belleville et Marbache, à une quinzaine de kilomètres au nord de Nancy, lorsqu’il a été témoin d’une altercation : trois hommes en frappaient un quatrième. Il s’est arrêté pour porter secours, en annonçant qu’il était gendarme.

La victime de l’altercation en a profité pour s’esquiver, mais les trois agresseurs s’en sont pris au gendarme : ils l’ont frappé à coups de pieds et de poings, ainsi qu’à l’aide d’un objet contondant. Ils l’ont également jeté à terre et aspergé d’un liquide indéterminé, avant de prendre la fuite à l’arrivée sur les lieux d’un autre automobiliste, lequel a prévenu les secours.

La victime a été hospitalisée, mais son état n’inspire pas d’inquiétude. « Plus de peur que de mal », a dit à l’AFP une source proche de l’enquête. Selon le quotidien régional L’Est Républicain, qui a révélé l’information sur son site internet, le gendarme était en Lorraine pour rendre visite à sa famille mais il est affecté dans l’Allier.

Leur presse (Agence Faut Payer), 3 décembre 2011.


Marbache : Un gendarme passé à tabac

Dramatique début de soirée, sur la départementale entre Belleville et Marbache.

Hier vers 20h30, un gendarme mobile d’une trentaine d’années, originaire de l’Allier, en visite dans de la famille de la région, circulait en voiture sur la RD 657 à la sortie de Belleville. Juste après la bretelle d’autoroute, il surprenait une altercation, trois hommes frappant une autre personne.

Immédiatement, il s’arrêtait pour porter secours, annonçant d’emblée qu’il était gendarme. La victime de l’altercation profitait de son intervention pour s’enfuir, et les agresseurs s’en prenaient alors au militaire.

Commençait alors un lourd passage à tabac, coups de poing et coups de pieds, coups de barre à mine… Finalement, le gendarme était jeté au sol et, une fois à terre, aspergé d’un produit inflammable. C’est à ce moment qu’un automobiliste survenait, devenant témoin de la scène. Visiblement son arrivée fit fuir les agresseurs.

Le courageux automobiliste donnait immédiatement l’alerte et les sapeurs-pompiers du centre de Pompey procèdent aux premiers secours, rapidement rejoints par les gendarmes de Frouard, la brigade de recherche et l’officier de garde des sapeurs-pompiers.

Le blessé a été dirigé vers le centre hospitalier de Nancy.

Leur presse (estrepublicain.fr), 3 décembre 2011.

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[Pérou] La population de Cañete contre la prison

 Pérou : manifestation contre une prison

Une personne a été tuée par balle et trois autres ont été blessées aujourd’hui au cours d’affrontements entre la police et des manifestants qui bloquaient la principale route Nord-Sud du Pérou, à 140 km de Lima, pour protester contre l’agrandissement d’une prison, selon une source médicale.

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Un jeune homme de 24 ans a été atteint d’une balle au thorax et trois autres personnes au moins présentaient de blessures par balle, sans grande gravité, a déclaré à des médias péruviens Raul Castaneda, directeur de l’hôpital de Cañete, une ville de 160.000 habitants au sud de la capitale.

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Les heurts, selon des images de la télévision péruvienne, ont éclaté après la mi-journée quand la police a tenté de dégager la Panaméricaine, principal axe routier Nord-Sud du Pérou, qui était coupée en plusieurs sections par les manifestants, comme à plusieurs reprises ces derniers jours. Les 300 policiers ont eu recours à des grenades de gaz lacrymogène pour disperser les quelque 5.000 manifestants.

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Les habitants de Cañete rejettent le projet du ministère de la Justice d’agrandir la prison locale, pour y ajouter deux pavillons et un centre de formation. Conçue pour 800 détenus, la prison de Cañete, surpeuplée comme la plupart des prisons péruviennes, en héberge environ 3.000 actuellement.

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Leur presse (Agence Faut Payer), 2 décembre 2011.

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[Turin] Contre les expulsions, une nouvelle occupation à Porta Palazzo

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Voici le texte du tract que les occupants du 2 via Lanino ont distribué dans la matinée du jeudi 1er décembre aux habitants et passants de Borgo Dora à Turin.

Nous sommes vos nouveaux voisins…

Ce matin, nous sommes entrés dans un bâtiment abandonné au 2 via Lanino, au Balon (Porta Palazzo), pour y habiter. Certains d’entre nous ont été dégagés de la maison où nous habitions, expulsés d’un logement ou d’un squat par la violence policière. Une maison vide de plus parmi les milliers de la ville. Et c’est là le vrai problème. Prendre une location est tellement difficile pour tous, à cause des multiples garanties que demandent les propriétaires. C’est encore plus difficile de réussir, mois après mois, à payer le bail. La grande majorité des maisons vides de la ville sont aux mains de quelques propriétaires privés ou de sociétés immobilières. Et ici, comme dans d’autres villes, les expulsions toujours plus nombreuses menacent de jeter à la rue des centaines d’hommes et de femmes. Avoir un toit au dessus de sa tête est devenu un luxe. Nous pensons à l’inverse que tout le monde devrait avoir une maison où vivre. Et où bien vivre, sans être contraint à s’entasser dans des espaces étroits par manque de salaire ou de garanties. C’est pourquoi nous avons décidé d’occuper quelques appartements vides. Nombreux sont ceux qui cherchent une maison, nous en faisons partie.

Ils est important de se rendre compte que nous ne sommes pas seuls. La solidarité est le premier pas pour résister à la menace des expulsions. Discuter, s’entraider et lutter ensemble est nécessaire pour prendre, et défendre une maison.

D’après l’intervention d’un occupant, le 1er décembre, sur Radio Blackout :

L’occupation se trouve près de Porta Palazzo [le plus gros marché de Turin et quartier très populaire]. Beaucoup des occupants viennent d’une autre occupation expulsée à Corso Giulio, dans le même quartier. Après l’expulsion, il y a eu des rencontres entre les expulsés, principalement des Marocains et des Tunisiens, et des camarades italiens qui avaient tous besoin d’un logement. Ils ont alors occupé un immeuble vide au 2 via Lanino. Les occupants sont entrés au petit matin, ont commencé à faire des travaux et à nettoyer la maison, qui pour l’instant loge une vingtaine de personnes. Il y a une quinzaine d’appartements et ils essaient de les rendre habitables. Il y a, dans cette occupation, des personnes italiennes, marocaines, tunisiennes… des familles. Les habitants ont diffusé des tracts dans le quartier, et  ils se sont immédiatement rendus compte que la question du logement touche directement ou indirectement tout le monde, et, qu’en plus de se sentir solidaires, tous ont des amis ou des parents menacés d’expulsion.

Pour l’instant, la police est très discrète.

Traduit de l’italien & de l’arabe (Macerie), 2 décembre 2011.

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[Vérité et justice] Comment les policiers d’Argenteuil ont tué Ali Ziri

Étranges coutumes et mauvaises habitudes

Arroser plus que de raison un événement familial est une tradition assez répandue dans nos contrées. En général, cela ne porte guère à conséquences.

Sauf si vous avez l’imprudence de remonter en voiture et de rencontrer une patrouille de police.

C’est pour avoir fait honneur à cette coutume bien de chez nous que messieurs Arezki Kerfali et Ali Ziri ont été embarqués dans une fourgonnette en direction du commissariat d’Argenteuil, dans la soirée du 9 juin 2009. Le premier devra, en mars prochain, répondre du délit d’outrage à agents de la force publique devant le tribunal de grande instance de Pontoise. Le second ne peut plus répondre de quoi que ce soit ; transféré vers 22 h à l’hôpital d’Argenteuil, il y est mort au matin du 11 juin.

Dès l’annonce de ce décès, les circonstances qui l’ont entouré étaient suffisamment peu claires pour que se constitue un collectif pour demander avec insistance que soit établie la vérité sur ces événements et que justice soit rendue [On trouvera quelques traces de tout cela dans trois marches d’escalier qui bibliothèque].

Si, dans cette affaire, vérité et justice semblent encore bien peu accessibles, le collectif a au moins obtenu qu’elle ne soit pas classée à grande vitesse au prétexte qu’il n’y avait « pas de suspicion de bavure » puisque, selon le parquet de Pontoise, la première autopsie pratiquée sur le corps d’Ali Ziri « exclu[ai]t que la cause du décès puisse résulter d’un traumatisme, et conclu[ai]t qu’elle [était] due au mauvais état de son cœur »…

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Relevé des hématomes au cours de la contre-autopsie menée en juillet 2009
par Dominique Lecomte, directrice de l’institut médico-légal du quai de la Rapée à Paris

Un article de Louise Fessard [Cet article est réservé aux abonnés, mais, pour l’essentiel, il est consultable sur le site de l’ATMF — Association des Travailleurs Maghrébins de France — qui héberge le collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri. Il a aussi été repris, sans les illustrations, sur Danactu-Résistance.], paru dans Mediapart le 25 novembre 2011, fait un point assez complet sur les différentes étapes de l’enquête, citant abondamment les divers rapports d’experts médicaux et les déclarations des gardiens de la paix d’Argenteuil. Il est sans doute permis de dire qu’il n’est pas toujours possible d’effectuer, entre ces différents discours, des recoupements qui soient d’une netteté absolue. On oserait même affirmer que des investigations plus approfondies seraient nécessaires pour arriver à une vérité un peu plus certaine qu’une certaine vérité…

Mais le préambule de la journaliste semble bien pessimiste :

« Deux ans après cette mort et l’ouverture d’une information judiciaire pour “homicide involontaire et violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique”, trois juges d’instructions se sont succédé, sans avoir entendu un seul des policiers impliqués.

L’instruction close depuis le 2 septembre 2011, le procureur de la République de Pontoise doit rendre ses réquisitions d’ici le 2 décembre. Aucune personne n’ayant jusqu’ici été mise en examen, le collectif de soutien à Ali Ziri et Me Stéphane Maugendre, avocat de la famille et président du Gisti, redoutent un non-lieu, c’est-à-dire l’abandon de l’action judiciaire. (…) »

Autrement dit, l’affaire semble d’ores et déjà « pliée », comme l’a, semble-t-il, été Ali Ziri dans la fourgonnette de la police…

La dangereuse technique de contention, dite « du pliage », est évoquée par Louise Fessard, à la suite du témoignage d’une gardienne de la paix lors d’une audition par l’IGPN :

« Face à l’agitation de M. Ziri, je me suis retournée, dos à la route, les genoux sur le siège, j’ai attrapé M. Ziri sous l’aisselle gauche. Il ne se laissait pas faire, j’ai fait pression en le maintenant, sa tête plaquée sur les genoux. Je l’ai maintenu ainsi en mettant les deux mains au niveau de chacune de ses aisselles, mon pouce vers l’intérieur de ses aisselles, et en faisant pression vers le bas. »

Louise Fessard rappelle que cette mauvaise habitude policière est « formellement interdite depuis la mort en janvier 2003 d’un Éthiopien expulsé par la police aux frontières (PAF). Ce jeune homme de 23 ans était décédé d’avoir passé vingt minutes maintenu de force le torse plié, la tête touchant les cuisses, et menotté dans un siège d’avion à la ceinture serrée. »

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Un rassemblement du collectif

Le collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri appelait aujourd’hui à un rassemblement en direction de la sous-préfecture d’Argenteuil.

À l’exception de Mediapart — et de Métro, dans un article d’aujourd’hui —, nos quotidiens, qui préfèrent sans doute de l’information plus gratinée à la sauce Sofitel, n’ont pas jugé bon d’en parler.

Il est vrai que réclamer la vérité et la justice quand des policiers aux mauvaises habitudes d’interpellation pourraient être mis en cause, cela ne fait pas vraiment partie de nos us et coutumes.

L’escalier qui bibliothèque, 29 novembre 2011.

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Leur presse (VOnews.fr), 30 novembre 2011.


Comment Ali Ziri est mort asphyxié, « plié » par les policiers

Interpellé par la police le 9 juin 2009 à Argenteuil, lors d’un contrôle de la route musclé, Ali Ziri, un retraité algérien de 69 ans, tombe le soir même dans le coma à l’hôpital d’Argenteuil, où il décédera le 11 juin.

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Ali Ziri, arrivé en France en 1959

Deux ans après cette mort et l’ouverture d’une information judiciaire pour « homicide involontaire et violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l’autorité publique », trois juges d’instructions se sont succédé, sans avoir entendu un seul des policiers impliqués.

L’instruction close depuis le 2 septembre 2011, le procureur de la République de Pontoise doit rendre ses réquisitions d’ici le 2 décembre. Aucune personne n’ayant jusqu’ici été mise en examen, le collectif de soutien à Ali Ziri et Me Stéphane Maugendre, avocat de la famille et président du Gisti, redoutent un non-lieu, c’est-à-dire l’abandon de l’action judiciaire. Et ce en dépit de plusieurs rapports mettant en cause le rôle des policiers.

Il y a en particulier cet avis de la commission nationale de déontologie de la sécurité évoquant un « traitement inhumain et dégradant » et deux expertises médicales liant la mort d’Ali Ziri à l’utilisation de techniques de maintien sur un homme âgé et fortement alcoolisé (2,4 grammes par litre). La dernière expertise, en date du 15 avril 2011, conclut à « un épisode hypoxique (une diminution de la quantité d’oxygène apportée aux tissus – ndlr) en rapport avec les manœuvres d’immobilisation et les vomissements réitératifs ».

Pour Me Stéphane Maugendre, c’est la technique policière du pliage, consistant à plaquer le torse du prévenu sur ses genoux en exerçant une pression, « qui est à l’origine de l’asphyxie ayant conduit au décès d’Ali Ziri ».

Le 9 juin 2009, à 20h30, trois jeunes gardiens de la paix d’Argenteuil effectuent un banal contrôle sur une voiture, qui, selon leurs dépositions, faisait des « embardées sur toute la largeur de la route ». À son bord, Arezki Kerfali, le conducteur de 61 ans, handicapé à 60% suite à un accident du travail, et son « ami de 35 ans », Ali Ziri, un chibani revenu passer quelques jours en France pour effectuer des achats avant le mariage de son fils.

L’ambiance est à la fête, les deux hommes ont descendu plusieurs verres dans l’après-midi et « sentent fortement l’alcool », notera un policier. Le contrôle tourne mal. Les deux amis sont d’abord conduits au commissariat d’Argenteuil, l’un pour conduite en état d’ivresse, et l’autre pour outrage, puis à l’hôpital d’Argenteuil, où Ali Ziri meurt le 11 juin 2009.

La technique du pliage est-elle à l’origine de la mort d’Ali Ziri ?

Durant le trajet entre le lieu d’interpellation et le commissariat d’Argenteuil, les gardiens de la paix immobilisent les deux hommes menottés, qui, selon les policiers, gesticulaient, crachaient et les injuriaient.

« Face à l’agitation de M. Ziri, je me suis retournée, dos à la route, les genoux sur le siège, j’ai attrapé M. Ziri sous l’aisselle gauche, explique ainsi une gardienne de la paix lors de son audition par l’IGPN. Il ne se laissait pas faire, j’ai fait pression en le maintenant, sa tête plaquée sur les genoux. Je l’ai maintenu ainsi en mettant les deux mains au niveau de chacune de ses aisselles, mon pouce vers l’intérieur de ses aisselles, et en faisant pression vers le bas. »

Cette technique, dite du pliage, est pourtant formellement interdite depuis la mort en janvier 2003 d’un Éthiopien expulsé par la police aux frontières (PAF). Ce jeune homme de 23 ans était décédé d’avoir passé vingt minutes maintenu de force le torse plié, la tête touchant les cuisses, et menotté dans un siège d’avion à la ceinture serrée.

Interrogés par leurs collègues le 10 juin 2009, deux des policiers interpellateurs préfèrent d’ailleurs d’abord évoquer un simple maintien contre le siège. « Je me suis alors mise sur les genoux, dos à la route pour maintenir monsieur Ziri contre le siège afin qu’il ne recommence pas », explique ainsi la même gardienne de la paix.

Selon Me Stéphane Maugendre, Ali Ziri aurait en fait été maintenu plié « entre 3 minutes et demie et cinq minutes ». Les nombreux hématomes découverts sur son corps lors des autopsies pourraient avoir été causés par ce maintien forcé. En juillet 2009, une contre-autopsie menée par Dominique Lecomte, la directrice de l’institut médico-légal du quai de la Rapée à Paris, avait en effet relevé plus d’une vingtaine d’hématomes, pour certains très importants (17 cm) et pouvant « correspondre à des lésions de maintien », ainsi qu’un « appui dorso-lombaire et thoracique latéral droit, de l’épaule et du bras droit ».

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Schéma montrant les multiples hématomes découverts sur le corps d’Ali Ziri lors de la seconde autopsie

Constatant également des signes d’asphyxie mécanique des poumons, elle avait conclu à « un arrêt cardio-circulatoire d’origine hypoxique par suffocation multifactorielle (appui postérieur dorsal, de la face et notion de vomissements) ».

Une troisième expertise du 15 avril 2011, demandée par le juge d’instruction, confirme que l’arrêt cardiaque constaté aux urgences est « secondaire à un trouble hypoxique en rapport avec les manœuvres d’immobilisation et les vomissements itératifs ». « Quel que soit le degré d’agressivité de M. Ziri, il s’agissait d’un homme âgé de 69 ans, pour lequel le manque de discernement a conduit à des comportements qui n’étaient pas sans conséquence sur (son) état de santé », indique sévèrement l’expert.

Reste à savoir pourquoi les policiers qui ont, semble-t-il, utilisé une technique interdite n’ont pas été inquiétés sur ce point. Dans son rapport de synthèse du 11 mars 2010, l’IGPN indique, assez benoitement, n’avoir « au cours de cette enquête (…) pas pu déterminer l’origine des hématomes dorsaux lombaires ».

Pourquoi les deux hommes sont-ils restés près d’une heure allongés dans leur vomi ?

À l’arrivée d’Ali Ziri et d’Arezki Kerfali au commissariat le 9 juin, c’est l’effervescence : le portail est grand ouvert et une dizaine de policiers, alertés par un message radio de leurs collègues (« Alpha, prévoyez un comité d’accueil, on a trop de souci dans le véhicule »), se précipitent dans la cour.

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L’extraction du véhicule de police d’Ali Ziri filmée par une caméra du commissariat.

« Il est assez rare qu’un véhicule demande à ce qu’on ouvre la porte pour lui, cela suppose que le policier ne peut pas, pour une question de danger, s’absenter de la voiture, dira par la suite un lieutenant de police d’Argenteuil, entendu par l’IGPN. De plus, la demande de renfort pour accueillir les arrivants est également très rare, cela suppose cette fois que le véhicule ramène des interpellés particulièrement virulents. »

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Cinq secondes plus tard, des policiers emmènent Ali Ziri

Les deux dangereux délinquants de 61 et 69 ans ne semblent cependant plus très agités. Ils doivent même être portés par des policiers jusqu’au commissariat. Selon les déclarations des policiers à l’IGPN, Ali Ziri, tout à fait conscient, se serait violemment débattu. « Il était lourd (82 kilos – ndlr), et se débattait avec virulence, explique ainsi un gardien de la paix entendu le 10 décembre 2009 par l’IGPN. Il ne voulait pas sortir de la voiture, il ne se calmait pas, et n’a pas cessé de nous insulter (…). Il tentait de donner des coups de pied dans le vide. »

La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), qui a pu visionner les images de la caméra de la cour, décrit une tout autre scène : « Ali Ziri est littéralement expulsé du véhicule (…), il est dans un premier temps jeté au sol puis saisi par les quatre membres, la tête pendante, sans réaction apparente, et emmené dans cette position jusqu’à l’intérieur du commissariat. »

Pour Me Stéphane Maugendre, les images de l’extraction d’Ali Ziri  montrent donc clairement qu’il « est arrivé quasiment inconscient au commissariat ».

À l’intérieur du commissariat, les deux hommes, toujours menottés et qui commencent à vomir par saccades, sont placés en position couchée (sur le ventre, sur le dos ou en position latérale de sécurité, selon des témoignages policiers divergents).

Toujours d’après les policiers entendus par l’IGPN, Ali Ziri et Arezki Kerfali auraient continué à s’agiter et à les injurier, traitant notamment une gardienne de la paix de « vieille salope ». Mais à ce point, Ali Ziri n’est, en fait, même plus capable de se voir notifier ses droits, comme le constate l’officier de police judiciaire (OPJ) de service. Il « n’est pas en état de comprendre ce que nous lui notifions », « titube (…) ne se déplaçant que soutenu par deux fonctionnaires de police » et « ne répond que par borborygmes », écrit-il à 20h50 dans son procès-verbal, avant de demander le transfert immédiat des deux hommes à l’hôpital d’Argenteuil.

C’est l’heure de la relève et le transfert n’aura lieu que vers 22 heures. « Les réquisitions qui auraient dû être faites par les agents interpellateurs ne l’étaient pas », justifiera un commandant de police à l’IGPN.

Entre-temps, les policiers interpellateurs rédigent deux plaintes contre Arezki Kerfali et Ali Ziri (toujours à même le sol), respectivement pour outrage, et pour outrage et rébellion.

Dans son avis de mai 2010, la CNDS considère comme « inhumain et dégradant » le fait d’avoir laissé les deux hommes « allongés sur le sol du commissariat, mains menottées dans le dos, dans leur vomi, à la vue de tous les fonctionnaires de police présents qui ont constaté leur situation de détresse, pendant environ une heure ». Pour Me Stéphane Maugendre, Ali Ziri est « resté mourant pendant plus d’une heure ».

L’hôpital est-il fautif ?

C’est la thèse initiale du parquet de Pontoise qui a d’abord orienté l’enquête sur le délai de prise en charge d’Ali Ziri aux urgences. À son arrivée vers 22h05, bien qu’Ali Ziri ait immédiatement été placé sur un brancard, l’infirmière n’a pas jugé son cas prioritaire. Ce n’est qu’à 22h45 qu’un médecin, alerté par son teint gris, l’a trouvé en arrêt cardio-respiratoire et l’a emmené en réanimation.

Un cardiologue, expert près la cour d’appel, a ainsi estimé que « le délai de 40 à 45 minutes écoulé entre l’admission de Monsieur Ali Ziri à l’hôpital d’Argenteuil et sa prise en charge a contribué au décès de l’intéressé ». Une analyse contredite par l’expertise du 15 avril 2011 qui juge que « compte tenu de l’état d’Ali Ziri à son arrivée à l’hôpital, de son motif de passage, de l’affluence à ce moment-là, de la cause retenue pour l’arrêt cardiaque, la prise en charge a été conforme à la pratique habituelle ».

Et qui ajoute que « dans ces conditions, il est scientifiquement impossible d’affirmer que la prise en charge immédiate d’Ali Ziri dès son arrivée aux urgences aurait modifié le pronostic ».

L’enquête a-t-elle été bâclée ?

Alors que le parquet doit rendre son réquisitoire d’ici le 2 décembre, aucun des policiers, pourtant mis en cause par plusieurs rapports, n’a été entendu par les juges d’instruction successifs.

Pourtant, comme le rappelle Me Stéphane Maugendre, la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme considère que « lorsqu’un individu est placé en garde à vue alors qu’il se trouve en bonne santé et qu’il meurt par la suite, il incombe à l’État de fournir une explication plausible sur les faits qui ont conduit au décès ».

En cas de privation de liberté, « la charge de la preuve pèse sur les autorités », insiste la Cour dans cet arrêt du 1er juin 2006.

Dans l’affaire Ali Ziri, c’est l’inverse qui semble s’être produit. « Sans la mobilisation d’un collectif d’associations, l’affaire était enterrée depuis longtemps », estime aujourd’hui Mohamed Nemri, de l’association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), à l’origine de la création du collectif vérité et justice.

Le jour même de la mort d’Ali Ziri, une première autopsie attribue ce décès à une hypertrophie cardiaque et un fort taux d’alcoolémie (2,4 grammes par litre). Fin de l’affaire pour le commissariat d’Argenteuil, qui s’empresse de délivrer, dès le 15 juin, un permis d’inhumer.

« Quelques jours plus tard, les policiers ont même demandé à son neveu, Nacer Kefil, le passeport algérien d’Ali Ziri pour rapatrier au plus vite son corps en Algérie », raconte Arezki Semache, cousin d’Ali Ziri.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1322799823.jpgAlerté par Arezki Kerfali, un collectif d’associations organise le 24 juin une grande marche, qui permet de relancer l’enquête. Le 8 juillet, le parquet de Pontoise ouvre une information judiciaire pour homicide involontaire, mais la cantonne aussi sec aux « faits commis à l’hôpital d’Argenteuil entre le 9 juin 2009 à 22h13 et le 11 juin 2009 ».

En clair, la juge d’instruction désignée peut enquêter sur la prise en charge d’Ali Ziri par le personnel des urgences, mais surtout pas sur ce qui s’est passé avant, lors de l’interpellation… Intrigué par les ecchymoses constatées sur le corps d’Ali Ziri à l’hôpital par plusieurs membres de sa famille, leur avocat, Samy Skander, obtient une deuxième autopsie qui conclut à « un arrêt cardio-circulatoire d’origine hypoxique par suffocation multifactorielle (appui postérieur dorsal, de la face et notion de vomissements) ».

Il faudra encore deux demandes de la juge d’instruction, qui écrit que « les constatations médicales semblent situer les causes du décès lors de la mise en œuvre des gestes techniques d’interpellation par les policiers », pour que le procureur consente, en septembre 2009, à élargir l’enquête aux faits précédant l’entrée à l’hôpital d’Ali Ziri.

Spécificité française, tout au long de la procédure, ce sont des policiers qui enquêtent sur des policiers : d’abord des officiers de police judiciaire d’Argenteuil qui interrogent dès le 10 juin 2009 leurs trois collègues, puis l’inspection générale de la police nationale (IGPN).

L’un des seuls regards extérieurs vient de feu la commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS, une autorité administrative indépendante aujourd’hui remplacée par le défenseur de droits), qui, en mai 2010, demande à ce que des poursuites soient engagées contre plusieurs fonctionnaires de police pour « traitement inhumain et dégradant ». En vain.

Depuis juin 2009, trois juges d’instructions se sont succédé, Marie-Denise Pichonnier, puis Jean-Marc Heller, remplacé fin août 2011 par Laurène Roche-Driencourt. Une situation liée, selon Me Stéphane Maugendre, à l’« état catastrophique de l’instruction en banlieue parisienne ».

Aucun n’a jugé utile d’entendre les policiers. Même refus concernant les demandes des deux avocats d’organiser une reconstitution, et le visionnage de la vidéo enregistrée par la caméra de la cour du commissariat.

« La présomption d’innocence existe, y compris pour les policiers mais l’enquête n’a pas été menée comme dans un dossier normal, dénonce Me Stéphane Maugendre. Dans un dossier normal, trois personnes suspectées d’avoir tapé sur un policier auraient immédiatement été mises en examen. Le fait que, dans l’attente de la fin de l’instruction, les policiers n’aient même pas été déplacés d’Argenteuil renforce le sentiment d’impunité. »

Arezki Kerfali a-t-il été victime de violences policières ?

L’autre interpellé, Arezki Kerfali, affirme lui avoir fait un malaise, après avoir été mis au sol lors de l’interpellation du 9 juin. « Les policiers m’ont marché sur les pieds, sur les épaules et ont posé un pied sur ma tête », explique-t-il au téléphone. Une version démentie par les témoignages des policiers et des commerçants recueillis par l’IGPN.

« Il était dans un état épouvantable à sa sortie de garde à vue, le 10 juin 2009 », affirme cependant sa femme, Josianne Kerfali, qui a eu le réflexe de photographier les hématomes de son mari.

Le dépôt de plainte pour violences a également été un chemin de croix. « Arezki Kerfali ne voulait pas retourner au commissariat d’Argenteuil, relate Mohamed Nemri. Nous sommes allés à la gendarmerie d’Argenteuil, qui a refusé de prendre sa plainte, puis au commissariat voisin de Bezons, où le commandant de police a également refusé, au motif que des collègues étaient concernés et qu’il ne pouvait pas être juge et partie ! » Finalement déposée au tribunal de grande instance de Pontoise, la plainte n’a, d’après le dossier, donné lieu à aucune investigation.

Le 9 juin 2009 au commissariat, un jeune homme en garde à vue dit pourtant avoir été témoin d’une scène choquante. « L’un des policiers est venu vers cet homme (Arezki Kerfali – ndlr) et il a posé son pied sur la tête du Monsieur et lui a dit une phrase du genre “Tu vas essayer”, il fait bouger la tête en appuyant avec son pied comme on pourrait le faire avec une serpillière, explique-t-il, entendu par l’IGPN le 11 décembre 2009. C’est comme s’il voulait lui faire essuyer son vomi avec sa tête. »

Aucun des policiers n’a été questionné sur cette grave allégation. En revanche, Arezki Kerfali reste poursuivi pour outrage. Convoqué en mars 2011 au tribunal de grande instance de Pontoise, il a obtenu que l’audience soit repoussée à mars 2012.

Deux ans et demi après les faits, Arezki Kerfali est toujours sous antidépresseurs et suivi par un psychiatre. « On ne s’en est pas remis », soupire sa femme, qui parle d’« acte raciste ».

« Je ne dors plus, je fais des cauchemars, explique Arzki Kerfali. Je voudrais que ces policiers soient suspendus. Ça fait quarante ans que je suis en France et je n’avais jamais vu des policiers se comporter comme ça. »

Leur presse (Louise Fessard, Mediapart), 25 novembre 2011.

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Lucioles n°5 – novembre/décembre 2011

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Lucioles – Bulletin anarchiste du Nord-Est de Paris.

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La grande escroquerie du Téléthon

Le professeur Testart dénonce une « mystification »

« C’est scandaleux. Le Téléthon rapporte chaque année autant que le budget de fonctionnement de l’Inserm tout entier. Les gens croient qu’ils donnent de l’argent pour soigner. Or la thérapie génique n’est pas efficace. Si les gens savaient que leur argent va d’abord servir à financer des publications scientifiques, voire la prise de brevets par quelques entreprises, puis à éliminer des embryons présentant certains gènes déficients, ils changeraient d’avis. Le professeur Marc Peschanski, l’un des artisans de cette thérapie génique, a déclaré qu’on fait fausse route. On progresse dans le diagnostic, mais pas pour guérir. De plus, si on progresse techniquement, on ne comprend pas mieux la complexité du vivant. Faute de pouvoir guérir les vraies maladies, on va chercher à les découvrir en amont, avant qu’elles ne se manifestent. Cela permettra une mainmise absolue sur l’homme, sur une certaine définition de l’homme » : Jacques Testart, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), spécialiste en biologie de la reproduction, « père scientifique » du premier bébé éprouvette français, et auteur de plusieurs essais témoignant de son engagement pour « une science contenue dans les limites de la dignité humaine », dans une interview accordée à Médecines-Douces.com.

Testart écrit aussi sur son blog : « Les OGM sont disséminés sans nécessité puisqu’ils n’ont pas démontré leur potentiel et présentent des risques réels pour l’environnement, la santé et l’économie. Ils ne sont donc que des avatars de l’agriculture intensive qui permettent aux industriels de faire fructifier les brevets sur le vivant. Au contraire, les essais thérapeutiques sur les humains sont justifiés quand ils sont la seule chance, même minime, de sauver une vie. Mais il est contraire à l’éthique scientifique (et médicale) de faire miroiter des succès imminents des uns ou des autres. Malgré la persistance des échecs, les tenants de la thérapie génique (qui sont souvent les mêmes que ceux des OGM) affirment que “ça va finir par marcher”, et ont su créer une telle attente sociale que la “mystique du gène” s’impose partout, jusque dans l’imaginaire de chacun. Le succès constant du Téléthon démontre cet effet puisqu’à coups de promesses toujours réitérées, et grâce à la complicité de personnalités médiatiques et scientifiques, cette opération recueille des dons dont le montant avoisine celui du budget de fonctionnement de toute la recherche médicale en France. Cette manne affecte dramatiquement la recherche en biologie puisque le lobby de l’ADN dispose alors du quasi monopole des moyens financiers (crédits publics, industriels, et caritatifs) et intellectuels (focalisation des revues, congrès, contrats, accaparement des étudiants…). Alors, la plupart des autres recherches se retrouvent gravement paupérisées — une conséquence qui paraît échapper aux généreux donateurs de cette énorme opération caritative… »

Dernière citation pour la route, extraite de l’ouvrage de Testart, Le vélo, le mur et le citoyen : « Technoscience et mystification : le Téléthon. Depuis bientôt deux décennies, deux jours de programme d’une télévision publique sont exclusivement réservés chaque année à une opération remarquablement orchestrée, à laquelle contribuent tous les autres médias : le Téléthon. Ainsi, des pathologies, certes dramatiques mais qui concernent fort heureusement assez peu de personnes (deux ou trois fois moins que la seule trisomie 21 par exemple), mobilisent davantage la population et recueillent infiniment plus d’argent que des maladies tout aussi terribles et cent ou mille fois plus fréquentes. On pourrait ne voir là que le succès mérité d’un lobbying efficace, et conseiller à toutes les victimes de toutes les maladies de s’organiser pour faire aussi bien. Ce serait omettre, par exemple, que :

— Le potentiel caritatif n’est pas illimité. Ce que l’on donne aujourd’hui contre les myopathies, on ne le donnera pas demain contre le paludisme (2 millions de morts chaque année, presque tous en Afrique) ;

— Presque la moitié des sommes recueillies (qui sont équivalentes au budget de fonctionnement annuel de toute la recherche médicale française) alimentent d’innombrables laboratoires dont elles influencent fortement les orientations. Ainsi, contribuer à la suprématie financière de l’Association française contre les myopathies (l’AFM, qui recueille et redistribue à sa guise les fonds collectés), c’est aussi et surtout empêcher les chercheurs (statutaires pour la plupart, et donc payés par l’État, mais aussi thésards et, surtout, post-doctorants vivant sur des financements de l’AFM, forcément fléchés) de contribuer à lutter contre d’autres pathologies, ou d’ouvrir de nouvelles pistes ;

— Il ne suffit pas de disposer des moyens financiers pour guérir toutes les pathologies. Laisser croire à cette toute puissance de la médecine, comme le fait le Téléthon, c’est tromper les malades et leurs familles ;

— Après vingt ans de promesses, la thérapie génique, ne semble plus être une stratégie compétente pour guérir la plupart des maladies génétiques ;

— Lorsque des sommes aussi importantes sont recueillies, et induisent de telles conséquences, leur usage mériterait d’être décidé par un conseil scientifique et social qui ne soit pas inféodé à l’organisme qui les collecte.

Mais comment aussi ne pas s’interroger sur le contenu magique d’une opération où des gens, allumés par la foi scientifique, courent jusqu’à l’épuisement ou font nager leur chien dans la piscine municipale… pour “vaincre la myopathie” ? Au bout de la technoscience, pointent les oracles et les sacrifices de temps qu’on croyait révolus… »

En conclusion : Ne donnez pas au Téléthon !

Olivier Bonnet – Plume de presse, 5 décembre 2008.

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