Quelques critiques et interrogations sur le déroulement du week-end de résistance à la ligne THT Cotentin-Maine

Le but de ce texte n’est pas de viser tel groupe responsable du programme du week-end ou tel groupe responsable de la stratégie de l’action du dimanche. Mais plus de mettre en lumière les difficultés organisationnelles et stratégiques qu’ont rencontrées les 500 personnes présentes lors ce cette manifestation qui a eu lieu du 22 au 24 juin 2012, en Basse-Normandie.

1. Annonce de l’action

Tout d’abord, je voudrais partir de l’annonce du week-end, et particulièrement de l’annonce d’une « journée d’actions contre la THT » (sur l’affiche) ou d’une « journée de “diversions” massives » (sur le programme détaillé du week-end). Sans poser la question suivante : Est-il vraiment nécessaire d’annoncer explicitement sur un quelconque support – jusqu’à préciser le jour – qu’il y aura des actions ? Arrêtons-nous sur le terme « diversions ». Il me semble plutôt évident (dans un contexte de lutte où, par exemple, le mot pique-nique a servi de prétexte à diverses actions) que ce mot a sûrement engendré des répercutions directes sur la façon dont se sont organisés et ont réagi les gardes mobiles, et plus largement le dispositif de répression étatique. Mais comment utiliser ce genre de termes pour ne pas que cela agisse à notre désavantage ?

2. Incompatibilité des discussions avec les actions prévues en fin de week-end

En plus des actions, sur le même mode que le camp de Valognes, étaient proposés deux jours de discussions pour débuter le week-end. L’initiative de Valognes n’a-t-elle pas montré, ainsi que certaines actions autour du Chefresne, qu’il était difficile – voire impossible – de se rendre pleinement disponible, aussi bien mentalement que physiquement, pour les discussions/débats quand une ou des actions sont à préparer ? Apparemment non. Mais le week-end anti-THT l’a encore confirmé. Une partie des discussions du samedi a été désertée par les divers groupes affinitaires et/ou géographiques, se réunissant afin de s’organiser pour les actions du lendemain. Sans parler du fait d’être préoccupé par cette dernière organisation et donc de ne pas avoir l’esprit à discuter, à prendre la parole ou tout simplement à se concentrer sur ce qui se dit. Les discussions sont tout de même très importantes dans tout mouvement d’opposition, surtout que ce n’est pas tous les jours qu’elles ont lieu.

Surgi alors le dilemme : « j’ai envie de participer aux débats, de m’informer mais je ne veux pas me retrouver en “touriste” au milieu des lacrymos le dimanche, qu’est-ce que je privilégie ? »

En ce sens, les rencontres autour de l’arrêt immédiat du nucléaire, en Saône-et-Loire, organisées par le CAN 71, permettront de se sentir plus serein, plus disponible, plus attentif, etc., étant dépourvues d’actions (du moins directes).

3. Locaux,  »visiteurs » et connaissance du terrain

Revenons sur l’action du dimanche et son aspect topographique.

Lors de l’assemblée générale faisant suite à l’action chaotique du dimanche 24 juin, plusieurs points ont été soulevés. Je reviens ici sur deux d’entre eux : la connaissance du terrain et la confiance. En effet, après la prise de parole d’une personne qui rendait compte de la difficulté à s’approprier une action quand on ne connaît pas ou peu le terrain, une autre lui répondit de manière assez virulente (et un peu stupide à mon goût) : (de mémoire) « tu n’as qu’à venir ici pendant un mois pour apprendre à le connaître ! » Comme si tout le monde habitait à une heure de route du Chefresne (et de Montabot en l’occurrence, lieu du camp) et était disponible pour venir ne serait-ce que chaque fois qu’il y a une assemblée ou une action.

Il ne faut pas oublier la triste réalité qui est, pour la majorité d’entre nous, faite de travail ; ou si ce n’est pas le cas, nous sommes chacun inscrit dans un quotidien qui peut nous contraindre dans la gestion de notre temps, sur une courte comme sur une longue durée. Sans parler du côté financier corrélé à la distance géographique dans laquelle on se trouve.

C’est donc là que la confiance intervient. Effectivement, elle devrait pouvoir naître entre les personnes connaissant bien le terrain (du Chefresne aux alentours : le château d’eau, le bois de la Bévinière, le tracé des pylônes et ses divers chantiers en cours, etc.) et celles ne venant que rarement aux assemblées, aux actions, ou qui venaient uniquement pour le week-end de résistance. Attention tout de même, faire confiance ne veut pas dire le faire aveuglément (j’y reviens plus loin). C’est un des points les plus critiques concernant l’action du dimanche et particulièrement le choix de ce petit chemin – au nom certes très sympathique – des Hortensias, mais qui a laissé planer le même grand doute (désarroi ?) au dessus de nombreux cerveaux lors des « préparatifs » pour l’action.

4. Stratégie et remise au question

On y arrive justement à cette action – qu’on pourrait rebaptiser (avec une touche d’humour noir, j’en conviens) journée de « répressions » massives.

Il y en a des choses à redire sur la stratégie qui a été proposée pour ce dimanche 24 juin – je rappelle qu’il ne s’agit pas ici d’incriminer qui que ce soit, mais d’analyser ce qui a pu constituer une fragilité dans l’organisation de l’action.

Assez vite il a été annoncé en AG (le vendredi soir je crois) qu’il y aurait deux grands groupes : un qui partirait pour une marche pacifique, dans un style « manif’ traditionnelle » et un second qui serait dans l’action dite « directe ».

Le premier (G.1) – hétérogène, constitué de jeunes et moins jeunes, d’enfants (!) – devait partir du camp, sur la route, pour se rendre au Chefresne (au château d’eau – squatté de force par les pions de l’État – ou à la mairie, je ne sais plus…).

Le deuxième (G.2) – composé majoritairement de jeunes (sans oublier les moins jeunes), et sans enfants – devait descendre le fameux petit chemin des Hortensias, exigu, sombre, longé d’arbres et de clôtures, rendant l’accès difficile aux champs de chaque côté, surtout pour un groupe nombreux. L’intention du G.2 était d’aller bloquer un carrefour tout en bas du chemin, sachant que ce dernier longe grossièrement le tracé de la ligne THT avec deux pylônes dans le champ à gauche en descendant et un troisième non loin du carrefour en question. Le mot d’ordre du groupe était : rester compact.

À noter que plusieurs petits groupes (plus mobiles et ayant divers objectifs) ont été constitués, en plus du G.1 et G.2.

Une fois le « scénario » intégré dans les cerveaux ainsi que la connaissance du dispositif de répression – environ 600 gardes mobiles, plus le(s) PSIG (Peloton de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie), il apparut pour un grand nombre de personnes que l’action prévue pour le G.2 était vouée à l’échec – « on va au casse-pipe ! ». Certain-e-s, dans ce dernier groupe, avaient la nette impression de servir d’appât. Il y eut plusieurs réactions face à cela : la fierté, car cela pourrait permettre aux groupes mobiles d’accéder aux pylônes ; le mécontentement, et donc la volonté de changer de groupe (G.1 ou un des petits groupes) ; l’indifférence, car certain-e-s ne s’en rendirent sûrement pas compte.

Avec du recul et après réflexions sur la situation au sein du G.2, plusieurs critiques émergent sur cette stratégie qui fit autorité et fut tentée.

Paradoxalement, malgré le grand nombre de gens ayant critiqué la stratégie, lors (et hors) des réunions du G.2, personne ne l’a remise radicalement en question en AG. Tout cela fait ressortir une sorte de suivisme, une non appropriation de l’action, et une sacralisation des assemblées générales [Le mot « fétichiser » fut employé pour qualifier les assemblées. Il était certes peut-être un peu fort mais relevait, à mon avis, une composante importante de l’échec du dimanche.]. Cet aveuglement et ce manque d’objectivité sont-ils les symptômes d’un attachement excessif au spectre de la démocratie directe ?

Un autre point critique, celui de la solidarité « forcée ». En effet, des personnes ont voulu renoncer à l’action du G.2, intégrer un autre groupe ou même rester au camp, la stratégie ne leur convenant pas. Mais des sentiments tels la culpabilité, le désarroi, etc. peuvent conduire à une solidarité non assumée donc forcée, car se sentant obliger de soutenir leurs ami-e-s. Cela peut être prévisible et a certainement été vécu ce dimanche 24 juin. Ce sont des aspects qu’il ne faut pas écarter dans les conditions d’une action « risquée », aux conséquences pouvant être graves, au niveau de la répression : de nombreuses personnes blessées, arrêtées, car inquiètes, angoissées et ne se sentaient pas de faire face aux forces de l’ordre, du fait de s’être forcées comme décrit plus haut. Il en va de même, pour une vingtaine de personnes de la Medic Team (groupe médical quoi) qui étaient en capacité d’assumer les premiers secours. Étant les seules à être organisées, dans ce but, pour l’action, la responsabilité que cela implique peut inciter à la solidarité forcée. Aussi, si vraiment il venait à manquer quelques un-e-s de la Medic Team, car se refusant à être solidaire d’une action qu’ils-elles ne sentent pas, les conséquences pourraient être encore pires.

Le dernier point que j’aborderai dans cette partie 4 est celui de la « flexibilité ». En d’autres termes, comment arriver à ne pas faire que l’action soit téléphonée ? Comment ne pas agir là même où l’on sera le plus attendu par les forces de répression ?

Aurions-nous été capable d’effectuer l’action le samedi au lieu du dimanche, malgré son annonce pour le dernier jour ? (J’ai conscience de la difficulté que cela implique, ainsi que les possibles infiltrations, écoutes à distances, etc.)

Je n’ai pas de réponse à apporter, c’est à réfléchir, à discuter et peut-être à envisager par la suite, sur d’autres actions de ce genre.

Notons quand même la trentaine de personnes qui ont pu accéder à un pylône dans la nuit de samedi à dimanche, et ont retourné la bagnole d’un vigile (un feu d’artifice a également été lancé ce même soir, je ne sais pas s’il fut lié aux 30). En gros, on a été tellement figé sur notre dimanche que les gardes mobiles n’ont pas pris la peine d’être présents aux pieds de tous les pylônes la veille au soir.

Une dernière remarque. Il peut s’avérer dangereux d’effectuer des actions près d’un camp où il y a des enfants et un espace qui leur est prévu. Pour quelque raison que ce soit, les forces de répression pourraient être amenées à entrer sur le camp et exposer les enfants aux gaz lacrymogènes ou à des scènes violentes [D’ailleurs, le groupe 1, dans lequel il y avait des enfants, s’est vu être gazé (sans sommation) par les gardes mobiles, au grand étonnement de certain-e-s. N’oublions pas que le mot « diversions » avait été annoncé. Il était donc très facile d’en imaginer une avec le G.1 partant en manif’ pacifique alors qu’un petit groupe à l’intérieur aurait pu s’être organisé, se tenant près à agir plus radicalement à un moment donné. En tout cas, la passion du gazage plus la pression psychologique et physique du week-end, les gardes mobiles n’ont pas dû réfléchir bien longtemps pour tirer leurs saloperies.].

5. La mode de l’activisme

Ainsi, samedi après midi, alors que quelques personnes étaient en « promenade » sur le chemin des Hortensias et dans les champs environnants, plusieurs camionnettes et voitures de la gendarmerie ont déboulées sur un chemin très proche du camp. Les forces de l’ordre étaient-elles là pour essayer d’intercepter les « promeneurs », craignant que ceux-ci n’aillent s’attaquer aux pylônes, allez savoir !?

Toujours est-il que deux personnes, voyant ce spectacle, s’apprêtèrent à tirer des fusées (type feu d’artifice) sur les gardes mobiles, cela, depuis le camp. Les excités – vêtus d’une sorte de burqa-noire-moulante-deux-pièces de l’activiste branché – n’eurent pas le temps de faire quoi que ce soit avant que plusieurs personnes, près d’eux, ne leur disent d’arrêter. Cela aurait certainement légitimé une intrusion de la part de « l’ennemi », avec toutes les conséquences imaginables.

Les deux zouaves n’ont pas insisté (leur seule répartie fut : « on l’fait pas ? ») et sont partis en se décagoulant tranquillement.

Ce genre de réactions, comme quelques autres durant le week-end, ont fait parfois régner une ambiance assez étrange, comme si – à la vu de certaines personnes – il y avait un besoin de prouver une identité, voire une mode de l’activisme. À quand un rayon « activisme », consacré à l’accoutrement et au matériel (des fringues noires de toutes sortes, en passant par la frontale, le sac, les gants, le masque à gaz, etc.) chez Décathlon ou Au Vieux Campeur ?

Je m’égare un peu dans la moquerie, je sais, mais c’est quand même risible parfois ; mais ça peut vite ne plus l’être dans une situation semblable à celle décrite au début de cette partie 5.

6. Répression, échec : nécessité de créer un bouc-émissaire ?

Un autre phénomène est apparu pendant et surtout après le week-end. C’est la création d’une espèce de bouc-émissaire.

En effet, c’est l’impression que me donne cet acharnement contre la mouvance dite « appelliste », à qui on reproche le goût des stratégies guerrières et un certain avant-gardisme. Je ne veux pas rentrer dans cet élan plutôt hostile – mêlant des antécédents vécus avec ou proche de cette mouvance, de l’ego, de la jalousie (voire un peu de phobie), et sans doute une part de vérité. Il s’agit en fait de divergences théoriques et pratiques, apparemment difficiles à gérer.

Il se trouve que je n’ai aucun antécédent, ni grief à l’égard de ce courant politique. En outre, ces divergences ne peuvent-elles pas être conciliables, après discussions (sans animosité), pour envisager une réelle organisation commune ? Je ne prétends pas cerner la complexité de cette situation, je fais juste part de mon ressenti m’étant retrouvé plusieurs fois dans une position gênante face à ces reproches.

Ainsi, le fait que l’action du dimanche fut chaotique, qu’il y ait eu une répression violente et impressionnante avec, au final, une vingtaine de blessé-e-s dont trois gravement atteint-e-s, laisse le goût amer de l’échec. S ‘ajoutant parfois à cela, un sentiment de culpabilité, un choc psychologique, un vif énervement contre les forces de répression, un mécontentement vis à vis de l’organisation de l’action – cette dernière avait préoccupé, je le répète, beaucoup de gens. Tout ça peut être dur à porter. Pourtant, je trouve qu’il est malavisé, abusé, de développer à l’encontre de la mouvance précitée – ou d’une quelconque autre, évidemment –, un phénomène de bouc-émissaire, ou quelque chose dans ce goût là.

Il me paraît plus juste de considérer cet échec comme étant collectif, et non en se détachant des causes et en les attribuant à d’autres.

7. La suite

Lorsque j’écris ces lignes, l’assemblée du Chefresne se rassemble pour la première fois depuis le week-end de résistance. Je fais partie des personnes ce trouvant dans un des cas décrits partie 3, ce texte compense partiellement mon absence. Je le finirai en pensant que des actions rassemblant un grand nombre de gens ne sont pas toujours compatibles avec la cible choisie. En témoigne la liste d’actions « réussies », recensées par RTE et qui étaient principalement des actions clandestines ou en nombre assez restreint, pour celles qui étaient publiques. Qu’elles continuent alors d’exister !

Rendez-vous donc en septembre, en Saône-et-Loire, pour apprendre à se connaître, discuter et débattre de questions pertinentes. Comme par exemple : quelle pourrait-être la prochaine cible faisant l’objet d’une action de perturbation massive contre l’industrie nucléaire et son monde ?

Un individu participant à l’initiative de Montabot
Le 18 juillet 2012

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[Le JL vous l’avait bien dit] Merah était bel et bien « traité » par les services secrets français (3)

Le dossier secret-défense transmis à la Commission consultative du secret de la défense nationale n’a pas rassuré le ministre de l’Intérieur Manuel Valls sur les liens troubles entre Mohamed Merah et les services de renseignement, écrit jeudi 19 juillet Paris Match.

Le « djihadiste » qui a tué sept personnes en mars à Toulouse et Montauban est en effet qualifié de « fiable », terme utilisé pour qualifier une source, et non un islamiste « identifié comme dangereux » depuis 2010, précise l’hebdomadaire. (…)

Autre fait troublant : il n’y aurait dans le dossier que la photocopie de la première page du passeport de Mohamed Merah retrouvé lors de la perquisition à son domicile.

Les autres feuilles, avec les tampons d’entrée et de sortie des différents pays où il est passé, seraient manquantes. (…)

Presse estivale (Le Nouvel Observateur, 19 juillet 2012)

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[Affaire Merah] Comme le poisson, l’État pourrit par la tête

Manuel Valls n’a toujours pas accès au dossier Merah

Le ministre de l’Intérieur n’a toujours pas eu accès au dossier de Mohamed Merah, le tueur de Toulouse. Selon Le Canard Enchaîné, Manuel Valls, persuadé qu’il y a eu des dysfonctionnements, a demandé à consulter les notes classées « secret défense » ou « confidentiel défense » concernant l’affaire.

On lui promet alors qu’elles lui seront présentées à la fin du mois de juin. Le nouveau locataire de la Place Beauvau les attend toujours. Un contretemps qui inquiète un haut-fonctionnaire du ministère de l’Intérieur, cité par l’hebdomadaire. « Soit ils n’ont rien, et c’est grave. Soit ils veulent cacher quelque chose, et c’est encore plus grave », lâche-t-il à propos des services secrets. (…)

Presse estivale (francetv.info, 11 juillet 2012)


EXCLUSIF. La DCRI téléphone à Merah 2 heures après la tuerie d’Ozar-Hatorah

Les fadettes de Mohamed Merah ont parlé. Les factures détaillées de son numéro de portable apportent leurs lots de révélations. On y apprend que la DCRI a eu huit contacts téléphoniques avec le tueur de Toulouse et Montauban entre le 22 octobre 2011 et le 19 mars 2012, jour où le djihadiste a assassiné quatre personnes, dont trois enfants, à l’école confessionnelle Ozar-Hatorah à Toulouse.

Ce 19 mars 2012, alors que le terroriste venait de commettre ses crimes, il reçoit deux appels qui sont directement transférés sur son répondeur, l’un à 10h49, l’autre à 12h2, soit quelques heures seulement après l’effroyable tuerie. (…)

Presse estivale (Le Point, 10 juillet 2012)

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Tunisie : de l’eau dans le gaz

La mine d’or a soif

Depuis quelques semaines, les régions de Mdhilla et El Guettar du gouvernorat de Gafsa sont privées d’eau potable. (..)

les habitants de ces régions ont multiplié les sit-in et les manifestations pour que l’eau potable soit rétablie, en vain.

On apprend aujourd’hui que les habitants de Mdhilla ont coupé les routes principales en protestation contre la pénurie d’eau. Les forces de l’ordre seraient intervenues en lançant du gaz lacrymogène sur les manifestants. Dans un reportage sur la chaîne nationale, le seul et l’unique, un responsable avait préconisé aux habitants, à la manière de Marie Antoinette, de se procurer de l’eau potable en l’achetant, en attendant une solution à leur problème ô combien vital. Les habitants de ces régions défavorisées et pauvres sont donc contraints d’acheter leur eau potable. Mais à raison de 20 DT la citerne, ce n’est pas à la portée de ces citoyens abandonnés à la soif par cette vague de chaleur !

Une large campagne intitulée « Rends-nous l’eau » a lieu en ce moment sur les réseaux sociaux, en solidarité avec les habitants de Mdhilla et de El Guetar, les internautes s’indignent et accusent le gouvernement provisoire de laxisme. Pour certains, c’est carrément une volonté d’assoiffer la population de ces régions. L’eau potable est-elle en passe de devenir une revendication légitime dans la Tunisie post-révolutionnaire ? Le gouvernement quant à lui se défend en accusant les habitants de ces régions de sabotage ; pompe volée, installation détruite. Zouhayr Bennaceur, correspondant du journal Al Akhbar nous apprend qu’actuellement, le débit d’eau est très faible et mal distribué. Il y a une semaine, la localité de Borj Akarna (3 km du centre-ville) est restée au moins 3 jours sans eau. Pour avoir de l’eau, il fallait se déplacer à Ain Smed, à 50 kilomètres !

Par cette grande chaleur, on ose à peine imaginer la détresse des familles assoiffées de cette région, berceau de la révolte et mine d’or de l’économie nationale. On se demande si une situation pareille ne pourrait pas dégénérer d’un moment à l’autre et se transformer en révolte de la soif.

Publié par des ennemis de la révolution (Webdo, 9 juillet 2012)


La Société nationale de l’Exploitation et de la distribution des eaux (SONEDE) a imputé la perturbation de la distribution des eaux dans les gouvernorats de Nabeul, Sousse, Monastir, Mahdia et Sfax à la coupure de l’électricité dans les différents sites de production de l’eau potable, particulièrement les stations de pompage et de traitement des eaux du Nord, à Belli.

(…) Des habitants de la ville de Sfax ont observé, mardi matin, un sit-in devant la direction régionale de la Société d’exploitation et de distribution de l’eau (SONEDE), l’accusant d’être responsable du manque observé dans l’alimentation de certaines zones du gouvernorat en eau potable, au cours des derniers jours marqués par la hausse importante des températures.

Publié par des ennemis de la révolution (Espace Manager, 10 juillet 2012)

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[L’armée travaille] « D’ici 5 ou 10 ans, 30’000 drones voleront au-dessus de nos têtes. Chacun d’eux pourrait se transformer en missile utilisé contre nous »

Hacking. Des scientifiques piratent un drone de l’armée

Des universitaires américains sont parvenus à prendre les contrôles d’un drone militaire pour seulement 1000 dollars de matériel.

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Les commandes GPS sont le talon d'Achille des drones américains.

Tout ce qui est connecté peut être hacké ! La preuve avec Todd Humphreys et ses chercheurs de l’Université d’Austin, au Texas. Relevant un défi lancé par l’armée américaine, ils sont parvenus à pirater un drone militaire. Le tout pour moins de 1000$ de matériel, rapporte Fox News.

Les scientifiques ont pris le contrôle de l’appareil sans pilote en interférant avec ses commandes GPS au moyen d’un signal pirate. Pas de quoi calmer les détracteurs de ces machines, qu’ils accusent de bavures à répétition.

Avions de ligne exposés

Cette annonce de piratage tombe d’autant plus mal que le Gouvernement américain envisage d’étendre l’utilisation des drones sur son territoire pour des missions de surveillance et de maintien de l’ordre. « D’ici 5 ou 10 ans, 30’000 drones voleront au-dessus de nos têtes, explique Todd Humphreys. Chacun d’eux pourrait se transformer en missile utilisé contre nous. »

Plus inquiétant encore: la méthode mise au point par les chercheurs texans permettrait aussi de prendre le contrôle d’un avion de ligne. « Il va falloir repenser les consignes de sécurité établies après le 11 septembre 2001, met en garde Todd Humphreys. Il n’est plus nécessaire d’entrer dans le cockpit pour détourner un avion. »

Presse terroriste (Simon Koch, TDG.ch via Newsnet, 29 juin 2012)

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[Nova Cidade de Kilamba, Angola] Les urbanistes travaillent

Une ville fantôme construite par la Chine en plein cœur de l’Angola

Nova Cidade de Kilamba est une ville flambant neuve, faites de bâtiments aux couleurs vives et impeccables, construite en moins de trois ans à une trentaine de kilomètres de Luanda, capitale de l’Angola. Nova Cidade de Kilamba est également à peu près vide, une ville fantôme bâtie par une compagnie d’État chinoise – China International Trust and Investment Corporation (Citic) – pour la modique somme de 3,5 milliards de dollars. Où sont passés les 500’000 personnes que peut accueillir ce complexe urbain qui détonne tant aux alentours de la capitale angolaise ?

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Une journaliste de la BCC a visité Nova Cidade de Kilamba, décrivant un endroit « étonnamment silencieux, les voix rebondissant sur les murs de béton tout frais et les routes vides. Il n’y a guère de voitures et encore moins de personnes, juste des dizaines de rangées d’appartements colorés se répétant à l’infini, les volets fermés et les balcons vides. Après avoir conduit pendant quinze minutes, nous n’avons rien vu à part des ouvriers chinois, dont beaucoup vivaient dans des préfabriqués autour du site. »

La ville nouvelle déserte est l’œuvre de l’État chinois qui, en contrepartie, a été payé, comme c’est souvent le cas en Afrique, par un accès prioritaire aux ressources naturelles du pays, le pétrole dans le cas de l’Angola.

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Techniquement, le projet pharaonique a donc été amorti par le gouvernement angolais. Le problème, c’est que personne ne vient. Sur les 2800 appartements disponibles dans un premier temps dans les 750 bâtiments de huit étages, seuls 220 ont été vendus. Sur la dizaine d’écoles du complexe, seule une poignée fonctionne.

Le projet est défendu bec et ongles par le gouvernement du président José Eduardo dos Santos, qui avant le début de son mandat avait promis de construire un million de maisons en quatre ans. Le problème actuel étant que les résidences de Nova Cidade de Kilamba – dont le prix oscille entre 120’000 et 200’000 dollars – sont inaccessibles pour la grande majorité de la population, dont les deux tiers vivent avec moins de 2 dollars par jours, selon les estimations des organisations internationales.

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« Il n’y a tout simplement pas de classe moyenne en Angola, uniquement les très pauvres et les très riches. Et donc, il n’y a personne pour acheter ce type de logement », résume Elias Isaac, membre de l’Open Society Initiative of Southern Africa (OSISA), cité par la BBC. Le gouvernement angolais promet de faciliter les emprunts-logements et de prévoir une part de logements sociaux dans le parc immobilier. Ses détracteurs estiment qu’il a surtout voulu se précipiter en vue de l’élection présidentielle, qui a lieu le 31 août.

Leur presse (Big Browser, 4 juillet 2012)

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[Croix-Rouge, Reims] « Une poignée de jeunes qui veulent s’approprier le quartier (…) sans subir le courroux de l’autorité, et adoptent une logique de guerre dès que la police intervient : se rassembler et faire front pour la chasser de ce territoire »

Reims. Bataille rangée avec la police

REIMS (Marne). Début juin à Croix-Rouge, trois policiers avaient été caillassés par une vingtaine d’individus appelés à l’aide par la personne qu’ils interpellaient. Le tribunal a prononcé deux peines de huit mois ferme.

Avenue Bonaparte, quartier Croix-Rouge… Une adresse qui revient souvent dans les procédures de la police rémoise.

Drogue, vols, agressions ou dégradations, longue est la liste des méfaits commis à l’ombre de ces grands immeubles tristes et défraîchis. Les affrontements avec les forces de l’ordre y sont également une réalité, comme en cette soirée du 3 juin dernier.

Vers 20h30, de passage avenue Bonaparte, une patrouille repère Julien V…, 21 ans, recherché pour purger l’une de ses douze condamnations (trois mois d’emprisonnement à la suite d’une fausse alerte téléphonique auprès des pompiers).

Le jeune homme refuse de suivre les policiers. « Laissez-moi ! Vous n’avez pas le droit ! » Il se rebelle, ameute le quartier : « Au secours ! Aidez-moi les gars ! ».

Trois tirs de Flash-Ball

Aussitôt, une vingtaine d’individus surgissent de partout pour s’en prendre à la patrouille composée de trois fonctionnaires. Ils tentent de libérer leur camarade, balancent des pierres. Un agent est touché à la tête (sans gravité), deux autres projectiles endommagent le toit et le pare-brise du véhicule.

L’équipage fait usage de ses « bâtons de défense », d’une bombe lacrymogène puis de son Flash-Ball, à trois reprises, pour disperser le cercle des assaillants et s’en extraire avec Julien V…

Lors du caillassage, plusieurs visages connus ont été repérés mais, interrogés sur les individus qu’ils ont formellement vus en train de jeter des pierres, les policiers n’ont pu en citer qu’un seul tant la confusion était grande : Nacim F…, 19 ans.

Interpellé le lendemain, puis écroué, Nacim F… a comparu ce mardi avec Julien V… devant le tribunal correctionnel de Reims, le premier pour les violences et la dégradation du véhicule de police, le second pour la rébellion et la provocation à l’émeute.

« Logique de guerre »

Les deux prévenus contestent. Nacim serait parti avant le caillassage, Julien n’aurait opposé aucune résistance. Une ligne de défense fustigée par l’avocate des policiers : « C’est facile de faire le malin dans son quartier devant les copains. C’est autre chose que d’assumer sa responsabilité à la barre du tribunal. »

Le représentant du parquet se lève. « Sous les airs innocents des prévenus, se cache un enjeu d’ordre public très important », annonce Jocelyn Poul. « Dans le quartier Croix-Rouge, il y a des habitants qui n’ont pas forcément choisi de vivre là-bas, qui sont dans ces immeubles car ils n’ont pas les moyens d’être logés ailleurs et qui doivent subir au quotidien les agissements d’une poignée de jeunes qui veulent s’approprier le quartier, y faire régner leur loi. Ils y sont tellement bien parvenus que lorsque des délits sont commis, la population se tait par peur des représailles. Ils veulent rester dans leur territoire sans subir le courroux de l’autorité, et adoptent une logique de guerre dès que la police intervient : se rassembler et faire front pour la chasser de ce territoire. »

Déclarés coupables, les deux prévenus écopent chacun de huit mois ferme, la peine requise à l’encontre de Julien V… Contre Nacim F…, le parquet avait réclamé deux ans en raison d’une précédente condamnation pour des violences lors d’un attroupement armé.

Leur presse (Fabrice Curlier, lunion.presse.fr, 29 juin 2012)

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Solidarité avec les inculpés de la guerre sociale ! Soyons incontrôlables !

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Centre-ville de Besançon, juillet 2012

Le Chat Noir Émeutier

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[Melbourne] Facebook contre les vandales

Melbourne : un homme arrêté pour avoir vandalisé une banque

Une vidéo Facebook a aidé la police à arrêter un adolescent qui aurait vandalisé une banque dans le quartier de Northcote en février dernier.

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La police a déclaré que deux jeunes hommes ont été filmés par des caméras de vidéosurveillance en train de donner des coups de pied dans la vitrine d’une banque située sur High street, dans le quartier de Northcote, juste après minuit le 24 février 2012.

Le jeune homme de 18 ans a été arrêté la semaine dernière à la suite d’une dénonciation anonyme. Les flics avait posté une vidéo sur leur page Facebook “Eyewatch” [« Lœil de surveillance »].

Traduit de l’anglais (Disaccords, 26 juin 2012)

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[Main basse sur la ville] Comment tapisser des sacs à main avec de l’aluminium pour déjouer les alarmes, se placer dans les magasins pour éviter les caméras…

Rennes. L’appartement abritait une école de la fauche

Un réseau très organisé de voleurs vient d’être démantelé à Rennes (Ille-et-Vilaine). Un appartement servait à accueillir des ressortissants Roumains, où ils étaient formés à voler dans des hypermarchés du Grand Ouest. La marchandise était ensuite acheminée par car en Roumanie.

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Plus de 200 paquets de lame de rasoir et plus de 250 produits cosmétiques (fond de teint, rouge à lèvre, parfums) ont été saisis dans l’appartement.

Gros coup de filet des enquêteurs de la police judiciaire de Rennes. Ils viennent de démanteler un important réseau de voleurs. À la tête de l’organisation, un homme et une femme faisaient venir des ressortissants Roumains dans un appartement de la ZUP Sud, à Rennes. Là, ces hommes et femmes âgés de 25 à 45 ans étaient formés à voler dans les hypermarchés.

Comment tapisser des sacs à main avec de l’aluminium pour déjouer les alarmes, se placer dans les magasins pour éviter les caméras… « On leur délivrait un vrai stage de formation », confie un enquêteur.

Lames de rasoirs et des produits cosmétiques

Les voleurs étaient conduits tous les jours dans des hypermarchés du Grand Ouest, en Ille-et-Vilaine, Morbihan, Loire-Atlantique, Mayenne… « Ils avaient alors dix minutes pour dérober le maximum de choses. »

La marchandise visée ? Quelques vêtements, mais surtout des lames de rasoirs Gillette et des produits cosmétiques L’Oréal.

Les articles volés étaient ensuite acheminés par car en Roumanie, où des complices se chargeaient de les réceptionner.

Mardi soir, 14 personnes ont été interpellées dans l’appartement. Quatre personnes, dont l’implication n’a pas pu être prouvée, ont été relâchées. Les autres sont actuellement, ce vendredi, toujours en garde à vue.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Ouest-France.fr, 29 juin 2012)

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La condition misérable de l’agriculture

Le communisme libertaire est la voie de l’émancipation des agriculteurs-trices comme des ouvriers-ères, mais dans l’immédiat il est déjà possible d’élever les luttes sociales pour sortir de la situation sociale dramatique à laquelle ils et elles doivent faire face.

Le 25 janvier 2012, J.-P. Pernault, préférant habituellement les aléas métrologiques aux difficultés sociales des travailleurs-euses, consacre 2 minutes de son JT aux nombreux suicides de la profession agricole. Cette apparition dans l’univers usuellement aseptisé des médias dominants illustre le niveau de délabrement social dans lequel se trouve le secteur agricole et mérite de s’y arrêter un instant.

Travailler plus pour mourir plus

Les exploitants agricoles, représentant 60% de la force de travail du secteur agricole [AGRESTE PRIMEUR n° 276 Ce chiffre comprend le travail saisonnier. Les exploitants représentent 84% de la force de travail permanente.], présentent un risque de suicide 3,1 fois supérieur aux cadres et font partie de la première profession à risque selon l’INVS [Institut National de Veille Sanitaire]. On estime qu’il y a 400 suicides d’agriculteur par an.

Outre un taux de suicide record, témoin d’une détresse professionnelle importante, les travailleurs-euses de la terre sont largement sujets aux accidents du travail, particulièrement aux accidents mortels. Selon les dernières statistiques, on note un risque deux fois supérieur d’accidents du travail pour les exploitant-e-s agricoles par rapport aux travailleurs-euses salarié-e-s tout secteurs confondus et un taux d’accident mortel 7 fois supérieur [Ces taux ont été calculés avec les chiffres parus dans l’Observatoire des risques professionnels et du machinisme agricole Supplément La revue du praticien Vol 57 du 15 juin 2007 pour la profession agricole et Risque accident du travail : Tableaux sur la sinistralité 2010 détaillée par CTN et n° de risque de la Direction des Risques Professionnels pour les salariés (étude téléchargeable)]. Pour ce qui est des salarié-e-s agricoles, nous avons des statistiques similaires. Pour les survivant-e-s, il reste l’ensemble des risques de longues maladies lié à l’utilisation de produits toxiques (phytosanitaires, produits d’entretien de salle de traite…) et les TMS liés aux nombreux travaux de force.

Derrière ces chiffres, nous avons une panoplie d’histoires dramatiques à la Zola. On trouve des agriculteurs-trices avec enfants ayant des revenus trop faibles pour alimenter la chaudière, des agriculteurs-trices faisant des travaux de forçats (sortir plusieurs tonnes de fumier à la fourche) car en incapacité financière de réparer leur tracteur, des paysans-annes lourdement endetté-e-s suite à un accident grave ayant entraîné une longue incapacité de travail (indemnisé à hauteur de 330€ par mois par la MSA), des drames familiaux multiples etc. etc. [Ces illustrations sont issues d’expériences directes ou rapportées par des proches].

Actionnaires : faiseurs de misère

L’idée principale de la Politique Agricole Commune (PAC) était de rationaliser et de mécaniser l’agriculture pour libérer de la force de travail et assurer le développement industriel de l’Europe. À l’issue des Trente Glorieuses, le capitalisme entre dans sa mutation libérale accentuant la pression économique sur les travailleurs-euses de la terre et entraînant la course à l’agrandissement structurel.

Durant la période des années 50 aux années 70, les gouvernant-e-s ont poussé à l’intensification de l’agriculture pour assurer le besoin de main d’œuvre nécessaire à la progression des profits capitalistes. Ensuite les capitalistes ont intensifié la pression économique pour accroître leurs profits sur la marge commerciale des produits agricoles. Par exemple, le prix du kilo de viande de porc est de 1,3 €, soit moins que dans les années 80, obligeant les éleveurs-euses à avoir plus de truies par actif pour dégager le même revenu avec les conséquences pour l’environnement que l’on connaît. Le syndicat agricole majoritaire et ultrapuissant, la FNSEA, est largement complice des choix politiques agricoles de par son pouvoir dans les chambres d’agriculture.

FNSEA, syndicat des bourgeois

Bien que largement majoritaire aux élections professionnelles (55% en 2007) et avec de nombreux adhérent-e-s la FNSEA ne défend que les intérêts d’une minorité de koulaks [Désigne la minorité des paysans riches lors de la révolution russe appartenant objectivement à la classe capitaliste en opposition aux petits paysans opprimés par le capitalisme et le régime tsariste] modernes. En effet, trois des présidents de la FNSEA ont eu par la suite de grandes responsabilités étatiques (Debatisse secrétaire d’État, Guillaume ministre, Guyot président de la FAO) et le président actuel Xavier Beulin possède 500 ha et est le patron de Sofiprotéol dont la mission est « d’investir et innover pour le développement et la structuration de la filière française des huiles et protéines végétales ».

Aux différents niveaux de l’organisation, il y a des agri-entrepreneurs [Ces responsables syndicaux sont bien souvent présidents de l’association foncière locale, soit des propriétaires fonciers en même temps que chefs d’entreprise] possédant des structures importantes dont les moyens capitalistes offrent un avantage comparatif conséquent par rapport à la majorité des exploitants agricoles. Aussi leur intérêt économique immédiat est d’accroître la pression économique pour favoriser leur développement personnel.

Pour maintenir son pouvoir sur des paysans-annes pressuré-e-s par ses choix politiques, la FNSEA est omniprésente dans les organisations professionnelles, dans les banques et assurances agricoles, dans la presse professionnelle et présente des personnes pour le pouvoir exécutif national ou régional de droite ou de gauche selon les opportunités [Par exemple Sophie FONQUERNIE, vice-présidente du conseil régional de Franche-Comté (PS) chargée de l’agriculture est 5e secrétaire de la FRSEA Franche-Comté (niveau régional de la FNSEA) et François GUILLAUME, président de la FNSEA de 1979 à 1986 et qui fut ministre de CHIRAC de 1986 à 1988 et est depuis député UMP de Meurthe-et-Moselle].

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Les Paysan-annes alimentent un (énorme) tas de bureaucrates

En plus d’une pression économique intense et d’une domination politique omniprésente, les agriculteurs-trices supportent une armée mexicaine de bureaucrates [De témoignage direct, on a un cadre par conseiller technique dans la chambre d’agriculture de Franche-Comté]. Les récentes contraintes législatives de nature écologique se traduisent par un niveau bureaucratique supplémentaire avec des agents pour rédiger les cahiers des charges, suivre les pratiques, faire le bilan des mesures… Du côté des agriculteurs-trices, les partenaires et exigences administratives explosent, contraignant un travail déjà fastidieux, le tout entouré d’un mépris social plus ou moins diffus.

MSA, Chambre d’agriculture, Parc nationaux, Natura 2000, PAC, Parcs Naturels Régionaux, organismes de Formation, Safer, Services Vétérinaires, Fisc, coopératives… exigent une multitude toujours croissante de paperasses et de démarches coûteuses. Si on prend les services vétérinaires, il faut avoir identifié les animaux par deux boucles sur les oreilles, enregistrer chaque traitement vétérinaire par cinq champs obligatoires (produit utilisé, dose, animal traité, numéro d’ordonnance, date de fin de traitement). Il faut également noter toute la généalogie des mises bas (sur 500 brebis ce n’est pas trivial !)…

Pour couronner le tout, les capitalistes de l’agroalimentaire poussent à l’accroissement de normes sanitaires pour limiter la concurrence des petits ateliers de transformation ou des structures semi-industrielles comme les coopératives de transformation laitières.

Salarié-e-s agricoles, le lumpenprolétariat des temps modernes

Si les ouvriers-ères sont aujourd’hui une classe fantôme [Expression de J.-P. Levaray (Annexes de Tranches de Chagrin) pour signifier que dans l’univers médiatique et culturel majoritaire les apparitions des ouvriers-ères sont anecdotiques], c’est particulièrement le cas des salarié-e-s agricoles car largement absents des statistiques étatiques et syndicales. La plupart sont des travailleurs-euses saisonniers pour les travaux de récolte de l’arboriculture, vigne ou de travaux ponctuel de surcharge comme les conducteurs-trices de moissonneuses batteuses, les tondeurs d’animaux, bergers… Pour ce qui est des travaux de récolte, il y a des nombreuses personnes en difficultés sociales car n’ayant pratiquement aucune autre source de revenu avec de nombreux-euses sans-papiers. Les conditions de travail y sont souvent difficiles avec des rémunérations à l’heure minables, un isolement social important dû au rythme de vie décalé qu’implique vivre des saisons.

Pour les saisonniers et salarié-e-s de l’élevage, il est fréquent d’être seul face à son patron avec les risques de harcèlement au travail que cela implique. Ces salarié-e-s effectuent régulièrement du travail nocturne non majoré, des heures supplémentaires gratuites… avec très peu de moyens de se défendre sans risquer de perdre son emploi.

Retraites paysannes : c’était pas la peine de se faire chier !

À l’instar des ouvriers-ères, trop peu d’agriculteur-trices arrivent à la retraite et pour celles et ceux qui ont cette « chance », c’est enfin la délivrance : 659 € par mois pour les « chefs d’exploitation » et 523 € pour les « membres de famille »… un eldorado avec un minimum vieillesse à 742 € par mois, un seuil de pauvreté à 880 euros et 375’000 par mois pour Michel Rollier patron de Michelin (343 SMIC), le patron le mieux payé en 2010 [Pour les barèmes des retraites agricoles, le seuil de pauvreté Wikipédia et pour Rollier et le revenu des autres grands patron du CAC40].

Cotisant à un régime spécifique, les agriculteurs ont une retraite indexée sur les résultats de leurs exploitations dans leur carrière. Les gouvernants-es justifient cela par le fait que les agriculteurs-trices ont des dividendes de leurs possessions agraires. C’est largement vrai pour les koulaks mais douteux pour une grande partie de paysans-annes qui finissent leurs carrières avec des dettes supérieures à la valeur de « leurs » exploitations et ainsi que pour les salarié-e-s de l’agriculture.

Pour sortir de la misère, il faut sortir les fusils

Si les agriculteurs-trices font partie des opprimé-e-s les plus accablé-e-s, ils sont sans doute celles et ceux qui adhèrent le plus à l’idéologie de leurs oppresseurs avec de fortes sympathies pour la droite et l’extrême droite. Cela s’explique principalement par l’amour incommensurable des paysans-annes pour la possession de leur outil de production (surtout foncier agricole et troupeau).

Anarchistes, nous pensons que l’émancipation de celles et ceux qui travaillent ne peut se faire que dans le cadre d’une société collectiviste où ce qui sert à produire est le bien commun de toutes et tous au service de toutes et tous. Aussi, nous pensons que mis à part les koulaks, les travailleurs de la terre ont tout intérêt à combattre les tenants du capital pour une meilleure valorisation de leur travail et à se battre pour la propriété collective et la démocratie directe ne pouvant perdre qu’une vie de misère et de souffrance.

Si pour nous, le communisme libertaire est la voie de l’émancipation des agriculteurs-trices comme des ouvriers-ères, il est dans l’immédiat possible d’élever les luttes sociales pour sortir de cette situation dramatique. Lutter pour la réquisition immédiate des terres locatives, l’augmentation des prix d’achat des produits agricoles, alléger les contraintes bureaucratiques… sont des pistes de luttes à mener contre la classe capitaliste pour les travailleurs-euses de la terre en attendant de tordre le coup à celles et ceux qui nous pourrissent la vie.

Johann, Lons-le-Saunier
Infos et analyses libertaires n° 90, mars-avril-mai 2012

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« Plus radical que moi, tu meurs ! » À propos des critiques de la valeur

« Plus radical que moi, tu meurs ! »
À propos des critiques de la valeur

On peut faire carrière dans la critique théorique du capital, sans que cela contribue le moins du monde à embrayer sur le mécontentement croissant des classes dominées pour le transformer en force politique susceptible de mettre en branle une contre-offensive populaire. Mais il semble que le temps ne soit pas encore venu, aux yeux de l’intelligentsia « radicale », de cesser de parler (ou d’écrire) pour ne rien faire, sinon, précisément, carrière, académique ou/et médiatique. Quitte, en guise d’engagement pratique, à mettre éventuellement de temps à autre un bulletin de vote dans l’urne quand les politiciens « degôche » qu’ils fustigent par ailleurs pour leur « complicité avec le capital » ou leur « manque de volonté politique », les en pressent pour « faire barrage », selon le slogan républicain consacré, à la droite ou à l’extrême droite.

Robert Kurz, éminent théoricien critique de « la valeur » devant Marx sinon l’éternel, ne dépare pas le lot, quels que soient ses efforts pour s’en distinguer. À le lire, la « réflexion théorique sur les catégories réelles du capitalisme (forme-valeur et marchandise, survaleur, travail abstrait, etc.) » serait la seule pratique utile dans la période actuelle, en attendant que les individus, sur la base de leur expérience, en éprouvent et découvrent la véracité [Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, Lignes, 2011]. Et transforment cette expérience en critique radicale en actes. Le moins que l’on puisse en dire, cependant, c’est qu’en matière d’innovations conceptuelles susceptibles de rompre avec tout ce qui a été pensé avant, on a fait mieux.

Après un crêpage de chignon idéologique avec son compère le philosophe Anselme Jappe, autre gourou de la « critique de la valeur » d’outre-Rhin, au petit jeu de « plus radical que moi tu meurs » dans la énième relecture de Marx, toujours en vogue dans certains amphithéâtres universitaires et salles de séminaires [Robert Kurz et son clan reprochent à leurs homologues de Krisis de laisser de côté le rapport entre les sexes, de surévaluer l’importance de la crise écologique dans la crise générale du capitalisme et, crime suprême, de « valoriser » la pratique aux dépens de la théorie, celle-ci étant bien entendus considérée, comme aux beaux temps de l’althussérisme triomphant, comme une pratique à part entière et, de surcroît, comme la seule utile.], R. Kurz s’en fût fonder ailleurs sa propre revue. Pourtant, les conceptualisations fabriquées à la chaîne dans les ateliers de Krisis puis de Exit ne font qu’aligner des truismes assénés avec l’arrogance de gens qui ne doutent pas un instant qu’ils sont en train de découvrir ce d’autres ont pourtant trouvé bien longtemps avant eux.

Ainsi les anarchistes français du XIXe siècle et les communistes libertaires de par le monde qui prendront la relève n’avaient-ils pas attendu les messies apparus outre-Rhin un siècle et demi plus tard, pour savoir à quoi s’en tenir au sujet la « politique politicienne », de la délégation de pouvoir à des professionnels qui en vivent et de la démocratie représentative. Tous savaient fort bien que la « dynamique du capital » s’était constituée « en une forme de domination indirecte, abstraite et impersonnelle qui corsette l’ensemble de la vie moderne y compris sa forme de politique » [Ibid.]. Et, d’accord avec Marx au moins sur ce point, il était évident pour eux que « le seul sujet réel au fondement du monde présent, sujet automate et auto-instituant et qui fait structurellement se mouvoir le monde social qu’il constitue, n’est pas la “souveraineté du peuple” ». Sauf qu’à la différence des théoricistes allemands enfermés dans leur bulle universitaire, qu’un idéalisme effréné a rendu foncièrement allergiques à toute analyse matérialiste, prendre la « valeur » pour cible de leurs critiques, n’avait pour de sens, pour Marx et ceux qui sont restés fidèles à son enseignement au lieu de le falsifier, que dans le cadre du combat effectivement mené contre les agents actifs structurellement chargés de faire prévaloir son implacable loi.

« La valeur » a, en effet, bon dos. Puissance abstraite elle ne s’incarnerait plus dans la classe exploiteuse, dominante, dirigeante, bref, la bourgeoisie, mais dans la totalité du corps social. Entité aussi omniprésente que maléfique, elle serait insaisissable sauf par les travailleurs forcenés du concept qui, à la différence des travailleurs subalternes enlisés dans le fétichisme de la « valorisation », auraient su s’extraire des déterminations réifiantes qui en découlent pour parvenir à s’élever à la conscience dont les autres sont privés. « Tous les groupes sociaux sont préformés par la valeur et donc constitués de façon capitalistes », décrète R. Kurz. « Du fait que la valorisation du capital fonctionne, ils se transforment ainsi en “sujet objectif” qui soumet sa vie aux lois du capital et pour qui cette soumission est normal » [Ibid., p. 18]. Heureusement, il existerait une minorité capable d’échapper à cette surdétermination, des « individus qui, précisément ne veulent plus être un tel sujet » à qui reviendra la mission d’indiquer la voie au mouvement d’émancipation, et parmi lesquels on n’aura nul peine à classer, puisqu’ils sont les premiers à le faire, les valeureux pourfendeurs de « la valeur ».

Autant « la valeur » revient-elle comme une antienne dans les discours de Kurz, Jappe et leurs disciples, autant le mot « exploitation » est absent de leur propos comme de leurs préoccupations. L’extorsion de plus-value sur la base du salariat qui définit la capital comme rapport social passe à l’arrière-plan, comme si la « valorisation de la valeur » processus sans sujet à la mode althussérienne, dispensait de s’intéresser à aux acteurs majeurs qui y sont impliqués, à avoir les capitalistes et les prolétaires. « Accumulez, accumulez ! C’est la loi et ses prophètes ! », ce mot d’ordre fameux que Marx prêtait ironiquement à l’économie politique bourgeoise [Karl Marx, Le Capital, livre premier : « Le développement de la production capitaliste », VIIe section : Accumulation du capital, chapitre XXIV « Transformation de la plus-value, in Karl Marx, Œuvres Économie I », La Pléiade, 1965], s’est converti, sous le coup de baguette magique des prophètes de la radicalité critique, en « Valorisez, valorisez ! ». Lesquels oublient, volontairement ou non, ce que Marx précisait quelques ligne plus loin. À avoir que « si le prolétaire n’est qu’une machine à produire de la plus-value, le capitaliste n’est qu’une machine à capitaliser cette plus-value » [Ibid.].

Aussi ne s’étonnera-t-on guère que exploiteurs et exploités se retrouvent du coup mis dans le même sac : « travailleurs et capitalistes » ne seraient « que « les comparses d’un processus qui les dépasse » [« Qu’est-ce que la Wertkritik ? », palim-psao.over-blog.fr]. On savait depuis Marx que le bourgeois n’était, par-delà son identité personnelle propre, qu’un « fonctionnaire du capital ». Mais, aux dires de Kurz et d’autres théoriciens aguerris partis en guerre contre « la valeur », cette personnification du rapport d’exploitation vaut aussi pour le prolétaire. « La lutte des classes, si elle existe bien », consent-on à admettre dans les cercles de la radicalité diplômée, ne serait qu’un phénomène secondaire qui n’exige pas que l’on s’y arrête car elle « n’est en réalité qu’une lutte d’intérêts à l’intérieur des formes de vie et de socialisation capitalistes ». On comprend dès lors que l’injonction qui clôt l’Internationale, « Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes ! » puisse dégager un « défunt pathos », selon R. Kurz. Seuls les producteurs professionnels de théorie critique, et encore pas n’importe laquelle, seraient en mesure de sauver, outre eux-mêmes, le reste de l’humanité opprimée et surtout aliénée. Mais si, comme ils le ressassent, le cœur du capitalisme, sa substance, c’est le travail abstrait créateur de valeur, dans quelle catégorie ranger leur travail critique ?

Pour les besoins de leur cause, Robert Kurz, Anselme Jappe et autres néo-marxistes autoproclamés, persistent à identifier le « marxisme traditionnel » à celui des bureaucraties partisanes ou syndicales et leurs idéologues, alors qu’il été démontré depuis longtemps que ce marxisme d’appareil ne constituait qu’un détournement grossier de la pensée de Marx [Lire entre autres, Karl Korsch, Marxisme et contre-révolution, Seuil, 1975 ; Maximilien Rübel, Marx critique du marxisme, Payot, 1974]. Mais il est plus commode de ne retenir que celui-ci, et encore dans sa version la plus caricaturale, pour accuser le marxisme classique de considérer « implicitement [sic] le travail abstrait, la marchandise et l’argent comme des données évidentes, éternelles et neutres ». Forts de ce postulat démenti par tous les écrits se situant dans la lignée de la pensée marxienne, ils peuvent en conclure que la lutte des classes « entre porteurs vivants du capital et du travail » ne peut se mener qu’« autour de la distribution de la valeur » [Anselme Jappe, « Grandeurs et limites du romantisme révolutionnaire », La revue des livres, n° 2, novembre-décembre 2011]. Comme si le mouvement ouvrier s’était réduit à ce qu’ont réussi partiellement à en faire les efforts apparemment opposés mais de fait conjugués des sociaux-démocrates et des staliniens : une lutte pour une augmentation des salaires et la mise en place de l’« État-providence » sans remise en cause des bases de la société capitaliste. Les considérations méprisantes de R. Kurz sur « la lutte de classe du prolétariat entrée dans sa phase terminale » rappelleront à ceux qui n’ont pas la mémoire courte les prophéties d’André Gorz suivi de la cohorte des sociologues tourainiens faisant leurs « adieux au prolétariat » au profit des « nouveaux mouvements sociaux » censés prendre le relais avec le succès que l’on sait : le « changement social » dans la continuité capitaliste. Pour Kurz et ses disciples, les occupations d’usine, les séquestrations de patrons ou de cadres dirigeants, les émeutes et attaques de bâtiments officiels, les actions d’auto-réductions dans les services publics qui se sont multipliées au cours des années récentes ne compteraient pour rien puisqu’elles laisseraient de côté « la valorisation de la valeur ».

« La valeur est une forme sociale qui envahit tout », proclament ses critiques [« Qu’est-ce que la Werkritik ? », op.cit.]. Et d’abord, semble-t-il, l’esprit de ces marxosophes durs et purs de part et d’autre du Rhin, pour ne pas parler de ceux d’outre-Atlantique, qui ne voient plus qu’elle, délaissant comme autant de vieilleries idéologiques les « antagonismes de classes sociologiques » [Ibid.]. À l’inverse de cet « anticapitalisme tronqué », assènent-ils, « la critique de la valeur ose enfin critiquer le système dans sa totalité ». En tenant pour quantité négligeable les forces sociales qui s’affrontent pour le maintenir ou l’ébranler.

Quand R. Kurz se gausse du retour en faveur du keynesianisme parmi les nostalgiques de l’État « social » ou d’un antiproductivisme déconnecté de la production de la « sur-valeur », il enfonce également des portes depuis longtemps ouvertes, que ce soit, outre Marx lui-même, par tous ceux qui, récemment, n’ont jamais confondu « altermondialisme » et anticapitalisme, ou par d’autres pour qui le mot d’ordre consensuel du « développement durable » n’a d’autre visée que de faire consentir à la pérennité du développement capitaliste. Et que dire de sa critique du capitalisme d’État baptisé « socialisme » ou même « communisme » par les dirigeants et les idéologues des régimes et des partis improprement pourvus de ce label, sinon qu’elle n’apparaîtra nouvelle qu’aux lecteurs qui n’ont jamais entendu parler de Anton Ciliga, Karl Korsch, Otto Rühle, Anton Pannekoeke, Waklav Makhaïsky ou même, plus récemment, de la revue Socialisme ou Barbarie.

Le seul élément vraiment nouveau dans ce recueil confusionniste est le caractère véritablement obsessionnel de l’accusation portée par Robert Kurz, auquel faisait écho au même moment son alter ego Anselme Jappe [Anselme Jappe, « Grandeurs et limites du romantisme révolutionnaire », art. cit.], tous deux nourris des considérations du philosophe et historien de la pensée allemande de Moishe Postone sur l’« anticapitalisme vulgaire », contre l’« antisémitisme » qui inspirerait ou auquel conduirait toute critique portant sur la financiarisation du capital et la dynamique spéculative qui en résulte. À ce compte, il faudrait ranger les collaborateurs du Monde Diplomatique ou les militants d’Attac — ce dont R. Kurz ne se prive d’ailleurs pas en ce qui concerne cette organisation — dans le camp des antisémites virtuels sinon réels.

Peu importe. Imputer la crise du crédit à l’« avidité du capitalisme financier » reviendrait à renouer avec une « vision associée depuis deux cents ans à des stéréotypes antisémites » [Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, op. cit., p. 51]. Ce qui expliquerait que « la critique du capitalisme menace elle-même de devenir réactionnaire » [Ibid., p. 50]. Les contempteurs des financiers, banquiers, assureurs, traders et autres brokers sont donc priés de mettre un bémol à leurs dénonciations. « En rendant la spéculation responsable d’une crise qui trouve son origine dans la logique de la valorisation », la critique du néo-libéralisme par les adeptes d’un retour à l’intervention de l’État de type keynésien n’est pas seulement illusoire et mystificatrice, du fait de ne s’en prendre qu’à un modèle de régulation et de laisser de côté la logique de la valorisation.

Outre qu’« elle n’attaque pas les bases du capitalisme », puisqu’elle ne prend pour cible que la circulation et non la production, elle contiendrait de la sorte « de manière consciente ou inconsciente, volontaire ou involontairement, un antisémitisme structurel » [sic] en ne faisant que « renforcer le préjugé populaire du “capital accapareur” rendu responsable de tous les maux de la société, et qui depuis deux cents ans — R. Kurz ne craint pas de se répéter — est associé aux juifs » [Ibid., p. 81]. Et celui-ci de mettre en garde contre « la sourde menace de débordements national-racistes d’une conscience de masses en quête de victimes quand le paisible citoyen lambda voit disparaître sous ses pieds les conditions d’existence capitalistes ». Une éventualité à laquelle échappe évidemment une élite intellectuelle confortablement embusquée dans l’institution universitaire, du moins tant qu’une faillite d’un État criblé à son tour de dettes, « souveraines » ou non, ne l’amène à ne plus pouvoir payer ses fonctionnaires.

Il est en tout cas logique, dans ces conditions, mais si cela peut surprendre, que l’une des annexes qui concluent l’ouvrage de Robert Kurz soit un plaidoyer inédit en faveur de… la « guerre de Gaza » menée par l’État hébreu. Inédit, du moins, de la part d’un adversaire supposé irréductible du capitalisme, mais archi-éculé puisqu’il résume l’essentiel de la propagande sioniste [Robert Kurz « La guerre contre les Juifs », Vies et mort du capitalisme, pp. 215-219]. Ainsi Israël est-il présenté comme « une réponse des Juifs à l’idéologie éliminationniste [sic] d’exclusion de l’antisémitisme européen et surtout allemand », comme si comptait peu le fait que ladite réponse ait été mise en œuvre sur le dos du peuple palestinien qui n’avait rien à voir avec le problème qu’elle était censé résoudre.

Dès lors, la solidarité d’« une partie de la gauche mondiale », minoritaire quoiqu’en dise R. Kurz qui parle de « mainstream », ne pourrait qu’être le fruit d’une « décomposition idéologique » qui la pousserait à se constituer en « force d’appui dans la guerre islamiste menée contre les Juifs », étant entendu que l’occupation, la colonisation et les innombrables exactions commises par Tsahal ne relèveraient que de « l’autodéfense israélienne ». On retrouve ici le vieil argumentaire des défenseurs inconditionnels de la politique d’Israël traçant un trait d’équivalence entre antisionisme et antisémitisme. Reprochant à Busch d’avoir « minimisé le programme iranien d’armement nucléaire », le pourfendeur de la « valorisation de la valeur » termine en fanfare guerrière : « Il faut affirmer que l’anéantissement du Hamas et du Hezbollah est une condition sine qua non seulement d’une précaire paix capitaliste en Palestine, mais aussi d’une amélioration des conditions sociales dans cette région du monde ».

BHL-Robert Kurz, même combat ?

Jean-Pierre GarnierDivergences, 19 janvier 2012

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[OTAN = Talibans] Libérer les Afghanes, qu’ils disaient (2)

L’exécution filmée d’une femme, triste rappel de la condition féminine en Afghanistan

Une vidéo montrant l’exécution par balle d’une femme soupçonnée d’adultère dans un village d’Afghanistan relance une nouvelle fois la polémique sur les avancées de la condition féminine après dix années de présence internationale.

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Sur la vidéo, tournée dans un petit village de la province de Parwan, à une centaine de kilomètres de Kaboul, on voit plusieurs dizaines d’hommes fixant la silhouette d’une femme recouverte d’un voile grisâtre, qui leur tourne le dos.

L’accusée, assise sur ses talons, écoute la sentence sans bouger ni chercher à s’enfuir. « Cette femme, fille de Sar Gul, sœur de Mostafa et épouse de Juma Khan, s’est enfuie avec Zemarai. Elle n’a pas été vue dans le village pendant environ un mois, énonce son juge d’un jour, un homme portant une longue barbe noire, après avoir cité quelques versets du Coran condamnant l’adultère. Mais heureusement, les moudjahidines l’ont attrapée. Nous ne pouvons lui pardonner. »

Une Kalachnikov est alors tendue à un homme vêtu de blanc qui se poste deux mètres derrière l’accusée. Aux cris d' »Allah akbar » (Dieu est grand), celui-ci tire deux premiers coups en direction de la femme qu’il manque. Une troisième balle la touche à la tête. La victime s’écroule. Ce qui n’empêche pas son bourreau de faire feu à encore dix reprises sur son cadavre. Dans la foule, uniquement composée d’hommes, certains enregistrent la scène sur leurs téléphones portables. D’autres demandent au tueur d’arrêter de s’acharner. D’autres ont le sourire aux lèvres.

« EN MOINS D’UN HEURE, ELLE ÉTAIT COUPABLE »

La version officielle des autorités afghanes est substantiellement différente. D’après Roshna Khalid, une porte-parole de la province de Parwan, Najiba, 22 ans, a été arrêtée par les talibans pour avoir eu des « relations » avec un commandant taliban. « Il y a seize jours », les talibans ont décidé « en moins d’un heure qu’elle était coupable et l’ont condamnée à mort. Ils l’ont abattue devant les habitants de son village », a raconté la porte-parole. La police et l’armée, mobilisées ailleurs, n’ont pu intervenir, selon elle.

Les forces de sécurité préparent toutefois « une grande opération » dans le district « pour retrouver les coupables », a averti Roshna Khalid. Le ministère de l’intérieur a « fortement condamné » un acte « anti-islamique et inhumain » commis par « des tueurs professionnels ».

LE DROIT DES FEMMES EN ÉCHANGE D’UNE AIDE FINANCIÈRE

Des crimes de la sorte perpétrés contre des femmes sont rapportés chaque mois en Afghanistan, surtout dans les campagnes régies par les traditions. Selon l’ONG Oxfam, 87 % des Afghanes affirment avoir subi des violences physiques, sexuelles ou psychologiques ou un mariage forcé. Dans les grandes villes, où l’influence de la coalition de l’OTAN, présente depuis fin 2001, est sensible, des progrès sont palpables [sic].

Ce qui fait craindre qu’après le départ de la grande majorité des troupes étrangères à la fin 2014, la situation se dégrade. Nombre d’ONG redoutent que les droits des femmes afghanes ne fassent les frais d’un éventuel futur retour au pouvoir des talibans, avec qui le président Hamid Karzaï et les Occidentaux tentent de négocier la paix.

La vision rigide des autorités, y compris du gouvernement, est vue par certains observateurs comme une façon de s’attirer les faveurs des insurgés. Début mars, Karzaï a ainsi appuyé le Conseil des oulémas, la plus haute autorité religieuse, lorsque celui-ci a édicté que « l’homme est fondamental et la femme secondaire ».

Pour préserver les acquis de sa décennie de présence, la communauté internationale a promis dimanche à Tokyo 16 milliards de dollars d’aide sur quatre ans à l’Afghanistan. Mais elle a assorti cette promesse d’une série de conditions à respecter par la partie afghane, dont la promotion des droits des femmes fait partie.

Presse progressiste (LeMonde.fr, 8 juillet 2012)

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[Copwatch] Une application pour filmer la police

USA : une application pour filmer la police

Un groupe de défense des droits civiques du New Jersey (Est des États-Unis) vient de mettre à disposition du public une application pour téléphone portable qui permet d’enregistrer et de filmer discrètement la police.

Sur son site internet, l’ACLU (Union américaine pour les libertés civiles), explique que cette application gratuite, baptisée « Police tape » et disponible depuis mardi dernier, permet « d’enregistrer et de stocker discrètement et de façon sécurisée un échange avec la police ».

Cette application pour Android, qui peut être téléchargée depuis le site, est un « outil essentiel pour la responsabilité policière », a expliqué Deborah Jones, directrice exécutive de l’ACLU du New Jersey. « Trop souvent des incidents graves de mauvais comportements ne sont pas signalés parce que les citoyens pensent qu’ils ne seront pas crus. »

Cette application diffère des enregistreurs classiques en ce sens qu’elle disparaît de l’écran une fois qu’elle est lancée, évitant ainsi que la police n’intervienne pour y mettre fin. Elle permet aussi l’envoi à l’ACLU du fichier, pour conservation et analyse. Elle contient également des conseils légaux sur les droits des citoyens face à la police.

L’ACLU du New Jersey précise sur son site que plusieurs tribunaux ont reconnu le droit des citoyens de filmer des policiers en exercice. Une application similaire pour téléphone Apple sera disponible plus tard cet été, selon la même source.

Leur presse (Agence Faut Payer, 6 juillet 2012)

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[Dunkerque] « Je préfère faire de la prison que de travailler gratuitement »

De la prison ferme pour les SDF qui ont forcé un local associatif

Désœuvré, Luc D… a décidé, le 14 mars, de frapper un grand coup : dans la porte du local de l’Association des dockers retraités, à côté de L’Avenir, dans le quartier de la Gare à Dunkerque. Sans domicile fixe depuis plusieurs années, le Dunkerquois de 18 ans force le local.

Il est 1 heure. « On cherchait n’importe quoi, argent, etc., avoue-t-il, un brin goguenard au tribunal, vendredi. J’ai simplement forcé la porte en tirant dessus. » Une fois entré dans le bâtiment avec son comparse, Farid B… (sans domicile fixe âgé de 42 ans), absent lors de l’audience correctionnelle, c’est à coups d’extincteur qu’ils ouvrent la porte donnant accès au local associatif. Sans mettre la main sur quoi que ce soit. Le trio (un mineur les a suivi et est poursuivi devant le tribunal pour enfants) est rapidement interpellé par les policiers.

« Travailler gratuitement ? Non ! »

À la barre, Luc D… détaille un peu son quotidien. « Ma famille m’a mis dehors, je ne la vois plus souvent. J’ai quitté l’école en 5e, ça fait deux-trois ans que je vis comme ça. Dehors. Je fais la manche toute la journée, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Ça me ramène 20-30 E la journée. » Un parcours émaillé de trois condamnations pour port d’arme prohibé, vol et abus de confiance, qui le plaçait sous la menace de la révocation de la peine d’un mois de prison avec sursis, demandée par le juge d’application des peines.

Pour cette tentative de vol avec effraction, la substitut du procureur requiert dix mois ferme pour Farid B…, absent et dont le casier compte 21 mentions. À l’évocation d’une peine de travail d’intérêt général, Luc D… se fige et reprend la parole : « Ah non non, ça ne m’intéresse pas ! Je préfère faire de la prison que de travailler gratuitement. Ça, c’est pas possible ! » Le tribunal a entendu cette préférence en le condamnant à trois mois de prison ferme, auxquels s’ajoute le mois avec sursis révoqué. Concernant Farid B…, sous le coup de la récidive, la peine plancher a été retenue : il a été condamnée à deux ans de prison ferme.

Presse esclavagiste (lavoixdunord.fr, 12 juin 2012)

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« Il nous faudra être plus intelligents que la police, que leurs juges, que leurs infiltrés, que leur système de contrôle »

Derrière l’urgence, la bêtise. Retour sur le week-end de résistance du Chefresne
Avancer en ayant oublié sa tête c’est revenir en ayant perdu un bras

Retour sur le week-end de resistance au Chefresne

Laisser place à la fragilité ou tout détruire.

Je me suis fait tirée dessus par un flic.
J’ai 15 impacts de métal dans le corps et ils y resteront ; la jambe, l’os du genoux, le vagin, le sein, le bras. Le nerf de mon bras droit a été sectionné, on a du opérer. Dans un an peut être je retrouverai ses capacités.

J’écris pour qu' »on » ne puisse pas dire qu' »on » ne savait pas. Qui veut savoir sait.
J’écris pour qu’on arrête de nous censurer, frapper, enfermer, tuer derrière une soit disant démocratie et un soit disant état de droit.
J’écris parce que je n’en peux plus qu’on renvoie les violences aux pays lointains et pauvres en se décharge lâchement des questions révolutionnaires qui se posent en Tunisie, en Lybie, en Égypte, en Syrie … disant qu’en France c’est pas la même, qu’en France c’est différent, et même pire…
Écrire parce qu’à 20 ans j’ai subie, vu et entendu trop de violences policières derrière des vitrines de mensonges et de propagande marchande.
Écrire parce qu’il m’est insupportable de sentir cette boule d’angoisse dans mon ventre quand je croise un flic, et ce brouillard de solitude et d’impuissance face au système policier.
Écrire faute hurler que ça ne peut plus durer, et de prendre acte.
Écrire parce que la liberté dans la civilisation occidentale est un mensonges meurtrier.
Écrire parce qu’il y a trop de silences et de mensonges sur la répression, sur nos luttes, sur les dangers du nucléaire, entre autre, sur la violence du système.

Cette fois-ci, ça s’est passé au Chefresne, une commune qui résiste à l’implantation d’une ligne très haute tension de 170 km de long (cette ligne participe à la création d’un gigantesque réseau de circulation d’information mondial, avec non seulement vente d’électricité mais aussi contrôle des populations et automatisation de leurs échanges avec l’administration centrale. Le courant électrique sera produit par des éoliennes en mer du Nord, par des centrales nucléaires comme l’EPR de Flamanville, mais aussi mécaniquement par les trois réacteurs de Tricastin qui sont maintenant libérés de l’alimentation électrique de l’usine Eurodif qui a fermée ; antitht.noblogs.org/255).
Mais je porte en mois bien des blessés, bien des morts, bien des non dits, pas qu’en France, pas qu’ailleurs.
Je porte en moi des prisons pleines et je sais les impunités à répétions pour les bourreaux légitimes.
Amin Bentounsi a été assasiné le 21 avril par balle, dans le dos, et suite à ça des policiers manifestent armés, en uniforme, revendiquant le droit de tuer en prevention.
Depuis leur mise en services le flash ball, les grenades assourdissantes et celles de desenclerment ont fait beaucoup de blessés, des œils perdus, des plaies, des handicaps, des morts ; personne n’a gagné devant la justice.
Je sais des villes de plus en plus sécuritaires, un arsenal juridique de plus en plus liberticide, le perfectionnement du contrôle de la population en meme temps que celui des frontières.
J’écris parce que j’en ai marre qu’on me demmande si « ça va ». À ceux à qui j’ai dit « oui », la politesse ou l’habitude.
Bref.

Nous nous sommes fait tirés dessus sous des pylones THT qui pullulent dans la campagne, dans un désastre mondial qui menace de péter à tout moment et dans lequel on nous voudraient civilisé, passif. Nous, à force, dépossédés de presque tout; de notre histoire, de son sens, du langage, de l’information, de nos corps, de nos désirs, de notre temps, de nos vies. Alors qu’on nous voudraient inoffensifs, craintifs, non violents, je ne veux pas qu’on me parle comme à « la malade », qu’on m’infantilise, qu’on me plaigne. J’ai besoin qu’on prenne soin des uns des autres, pour durer, j’ai besoin qu’on riposte aussi. J’ai besoin, pour guérir, d’un système sans flics, sans pouvoir.
Oui, tenons compte des dégâts d’un fragment de guerre sociale explicite, de son lot de douleurs et de violence, mais n’abandonne pas, organisons nous. Ce qui ne tue pas rend plus fort parait-il, à condition de ne pas se mentir.

Vous voulez des détails ? Les mass-médias sont venus dans ma chambre d’hôpital avant l’opération. Un médecin généraliste, présent sur le camps, avait témoigné des violences policières et de l’utilisation d’armes de guerre (grenades de Dé-encerclement, grenade assourdissantes, gaz lacrymogène, matraque…) laissant de nombreux blessés. Il avait été formidable sur le camps mais là il arrivait géné ; les mouches à merde du pouvoir, autrement dit les journalistes, voulaient filmer les impacts de métal dans les corps pour diffuser le témoignage. Pas d’image, pas de parole, c’était leur chantage. Ils restèrent une heure dans la chambre, tentant de se défendre de la bassesse de leur journaux (voir les revues de presse sur : www.percysoustension.fr) et de leur démarche.
En voyant, sans surprise, ce qui en sort, un rectificatif s’impose.

L’avancée des travaux de la ligne rend plus qu’urgente et nécessaire une résistance concrète et de terminée sur les infrastructures.
« Il est maintenant évident et nécessaire, vu ce que nous imposent les pylônes dressés sur nos terres, que beaucoup de personnes sentent l’envie en eux d’agir directement contre ce maillon faible de l’industrie nucléaire vu l’inacceptable répression des opposants, les droits fondamentaux des personnes bafoués, les humiliations qu’inflige RTE à la population. » (extrait de l’appel Tous au Chefresne, wk de resistance ; www.stop-tht.org/)

Ces lignes participent à la dépossession de nos vies et s’imposent avec la même arrogance et le même fascisme que l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, le tgv entre Lyon et Turin, la centrale à gaz au Finistère, les éco-quartiers dans nos villes gentrifiées ou encore que les prisons à visages humains, belle image de l’hypocrisie du merdier actuel.
Alors d’où vient la violence ?

On le sait et on peut s’en indigner après coups, mais il est important de le rappeller : les appels publiques de rencontres ou d’action entrainent inévitablement un énorme déploiement du dispositif policier : Occupation policière et militaire du territoire, contrôle et fouilles de ceux qui y passent, surveillance (hélicoptères, dispositif d’écoute), renforts entrainés au terrain (dans le cas du Chefresne, la spig, les garde mobile de Blain, entrainé sur la lutte de Notre-Dame-des-Landes). ILs étaient plus de 500 armés sous les pressions d’une préfecture traumatisée par Valognes (ou la perte de la maitrise d’un territoire).
Leur volonté semble clair : casser le mouvement, faire mal, physiquement et moralement.

Alors que les mass-media construisent méticuleusement la figure du dangereux radical qui veut en finir (avec on ne sait quoi) et qui vient de loin pour ça (figure menaçante et complètement dépolitisée), ils passent sous silence les luttes et la répression croissante qu’elles subissent. Un territoire qui résiste est souvent occupé militairement, comme on le voit au Chefresne, à Notre-Dame-des-Landes ou encore au Val de Suse ; Sur fond d’expropriation, d’expulsions se déroulent quotidiennement les pressions psychologiques, financières, judiciaires et policières. Derrière la soit disant liberté de penser : l’interdiction d’agir. On nous tanne d’être non violent sous une violence croissante.

Le 24 juin, une manifestation est partie vers le château d’eau, lieu de rencontres et de résistances, expulsé le mercredi 20 juin. Un autre cortège, dont je faisait partie, est allé en direction des pylônes (deux debout et un encore au sol). Il est difficile de dire s’il faut définitivement abandonner toute action de masse annoncée, si c’était un casse pipe d’aller à ce qui ne serait qu’affrontement anticipé par des flics mieux équipés, de se dire que la peur l’envie d’annuler était presente la veille et le matin et qu’elle était peut être sagesse. Il semble important de questionner nos mode de prise de descision dans des moments d’urgence et de « spectacle » comme celui-ci. « La marche pour l’honneur » mentionné dans un retour (lien ci dessus) laisse un triste arrière gout de ces armées de déja-vaincus avançant vers leur perte. Être transversales, imprévisibles, inattendus pour ne pas devoir devenir force militaire… Un ami me dit après coup « cette fois encore on est pas passé loin de la mort, un d’entre nous aurait pu y rester ».
Dans la campagne grise de gaz nous n’avions pas le rapport de force ou l’intelligence nécessaire pour ne pas se faire repousser assez rapidement et violemment vers le camp. On entendait des détonations, des cris et sur la dernière charge les regards que je croisais étaient effrayés ou souffrants. Les lignes de flics, en entendant « il y a des blessés, du calme » se sont mis a charger en gueulant et tirant. Après avoir eu l’impression de bruler, j’ai eu celle de perde mon bras, puis la peur qu’ils nous tirent dans le dos ou qu’ils arrêtent. Quelqu’un m’a saisit et m’a sortie de là.
À ceux qui disent que la guerre est finie, je leur dis qu’elle est latente, cachée, mais qu’on peut compter nos morts, pour ne pas les oublier. Un opposant est passé il y a quelque années sous un train castor qu’il a voulu bloquer en s’enchainant sur la voie. D’autres y ont laissé leur tendons, brulé par la disque use des flics qui voulaient les enlever, d’autres … la liste est incomplète. Combien de morts par le nucléaire, de Hiroshima à Fukushima en passant par ceux qu’on cache chez nous, combien de tonnes de déchets qui s’entassent, combien d’irradiés, et combien de faux débats démocratiques ?

Là, c’était une tente médic pleine de blessés. Tristement mais efficacement les gestes et les réflexes se mettent en place : soigner dans l’urgence, maitriser sa douleur et accompagner celle des autres, évacuer malgré les barrages de polices, éviter celui qui bloquaient l’accès à l’hopital de st Lo, attendre deseperement les pompiers bloqués, subir la réquisition d’un de leurs véhicules pour évacuer un policier égratigné au détriment d’une fille risquant de perdre la vue…

En arrivant à l’hopital, je raconte tous ça en montrant mon corps mutilé. On s’indigne, on s’énerve, on déplore dans le service hospitalier pas familier des violences policière de la France de 2012. Certains auraient voulu aller à la manifestation mais travaillaient, certains m’ont dit en levant le poing de continuer la lutte, d’autres n’en revenait pas, quelqu’un m’a dit « nous avons fait la guerre en Normandie, on sait ce que c’est ». J’ai au téléphone un responsable de l’accessibilité des soins de l’hôpital de st Lo (par rapport au barrage, deux fourgons et une lignes de garde mobile sur la route-sur la voie d’accès au CHU). Je répète, je dis que les pompiers n’arrivent pas à accéder au camp, il me répond qu’il fait ce qu’il peut. Il ajoute surtout qu’il reçoit, depuis le matin, des pressions de la préfecture pour avoir le nom et la nature des lésions des blessés du Chefresne. Il m’assure que le secret médical ne permet aucune fuite. Je lui dit de tenir face aux pressions et je le remercie pour cela.

Je serai transférée et opérée. Je vous passe les moments où, dans cette chambre, j’ai eu l’impression d’être en taule ou que j’ai craint l’arrivée des flics, les moments où l’étonnement des gens me donnait envie de leur dire mais ouvre les yeux et informe toi, l’inquiétude pour ceux resté au camps, l’envie de parler avec tous ceux qui ont vécu ce moment, l’envie de dire que je n’en veux qu’aux flics, l’envie de casser la télé ou d’occuper le plateau au moment des infos régionales…

Je sais juste qu’un moment me hante ; cette heure entière où, mon bras anesthésié dans la salle d’attente du bloc opératoire, je n’ai pu m’empêcher et m’arrêter de pleurer. Pas que mon bras, pas que ces éclats, pas que le stress, mais la détresse de se savoir partie prenante d’une guerre pacifiée et dont les raisons comme les conséquences ne resteront connus que d’un petit nombre de camarades, noyées dans une indifférence générale.

J’ai une grosse question dans la gorge, que faire maintenant par rapport à cette violence policière. Je sais que je n’ai rien à attendre de cette justice de classe sinon une tribune ou une médiatisation du problème. Et encore. Je la sais quotidienne cette violence. Je nous sais nombreux enragés. Je nous sais un peu seuls et démunis aussi.
Déjà j’en profite pour affirmer que ce n’est pas être violent que d’aller avec casque masque à gaz et protection en manifestation, c’est la condition de notre survie physique.
Ensuite qu’il nous faudra être plus intelligents que la police, que leur juges, que leur infiltrés, que leur système de contrôle.
Et pour finir que j’aimerai bien qu’on ne laisse pas faire parce que l’on sait, car « qui ça étonne encore », les violences policières sont entrées dans la réalité et la banalité du politique.
Amal Bentounsi appelait à un mouvement national contre le permis de tuer pour la police, j’appelle à une insurrection internationale contre la police, ce qu’elle nous inflige, contre ce qu’elle défend, contre ceux à qui elle sert.
C’est facile d’écrire mais on ne sait jamais que ça soit lu.

À bientot.

Indymedia Nantes, 6 juillet 2012

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Le Grand Soir

Toulouse. Incendies criminels dans un dépôt d’autocars et dans un supermarché

Dans la nuit de samedi à dimanche, dix autocars garés dans un dépôt de Colomiers et un magasin Intermarché de Toulouse ont été incendiés, selon la police. Cette dernière privilégie la thèse criminelle.

Deux portes d’accès du supermarché du nord de Toulouse ont été fracturées et les policiers ont constaté que le feu avait pris à deux endroits différents, vers 00h10 quand l’alarme incendie a retenti.

Le feu s’est rapidement propagé dans le magasin de 1700m² de superficie. les pompiers n’ont donc pas pu pénétrer à l’intérieur de ce dernier.

En ce qui concerne les autocars, c’est un boulanger qui a alerté les pompiers en voyant les véhicules en flammes vers 01h15. La police pense qu’il s’agit également d’un incendie criminel.

C’est d’abord trois autocars du dépôt commun aux compagnies Véolia et Courriers de la Garonne qui ont pris feu. Par la suite, les flammes se sont étendues à l’ensemble des véhicules de la rangée. Au total neuf autocars ont été entièrement détruits et un dixième est endommagé.

Ces deux sites sont situés dans des zones d’activités commerciales désertes pendant la nuit et éloignées de toute habitation. Un enquête a été ouverte et des experts de la section « incendies et explosifs » du laboratoire de l’indentité judiciaire de Toulouse ont effectué ce dimanche des prélèvements sur les deux sites afin de trouver d’éventuels indices.

Presse criminelle (LaDepeche.fr, 8 juillet 2012)

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[La liberté ou la mort] « Le gouvernement n’a cessé d’abuser de la patience des gens. Il est temps pour nous d’être indépendants »

Libérations en Chine après des manifestations contre la pollution

Vingt-et-une personnes qui avaient été arrêtées à Shifang, dans le sud de la Chine, après une manifestation contre la construction d’une usine de métaux qu’elle considèrent toxiques, ont été libérées mardi soir, ont annoncé ce mercredi des responsables de la municipalité. Seconde concession inhabituelle des autorités, le projet d’usine, de la société Sichuan Hongda cotée à la Bourse de Shanghai, a été arrêté alors que la ville avait d’abord dit qu’elle ne ferait que le suspendre.

Des milliers de personnes sont descendues dans les rues de Shifang ces trois derniers jours pour protester contre ce projet de construction d’une usine d’alliages de cuivre. Les manifestations ont pris un tour violent lundi. Des dizaines de milliers de personnes ont envahi le siège de l’administration communale et endommagé des véhicules de police. La police anti-émeute à lancé des gaz lacrymogènes sur les manifestants.

« 27 criminels présumés » arrêtés

Selon l’administration de Shifang, la police a arrêté « 27 criminels présumés » lundi et mardi pour avoir arraché la porte du bâtiment du gouvernement municipal, brisé des vitres et lancé des pierres et des briques sur des policiers et des fonctionnaires. Ces arrestations ont déclenché un énorme sit-in mardi soir devant un bâtiment de l’administration par les habitants pour exiger la libération des détenus. Des photos publiées sur les sites micro-blogging montrent une foule importante assise sous des lampadaires.

Six personnes sont toujours détenues par la police, indique l’autorité municipale dans un communiqué sur son site officiel de micro-blogging Sina Weibo. « Les 21 personnes restantes, après avoir été tancées, éduquées et s’être repenties pour leurs erreurs, ont été libérées à 23 heures le 3 juillet », lit-on dans le communiqué.

Préoccupations écologiques de nombreux Chinois

Les dernières manifestations contre la pollution soulignent les préoccupations écologiques de nombreux Chinois. D’autres manifestations ont eu lieu ces 12 derniers mois dans les villes de Dalian, dans le nord-est de la Chine et de Haimen dans la province du Guangdong (Canton). Malgré les concessions des autorités, certains Chinois veulent que les responsables de la répression des manifestations de Shifang soient sanctionnés. Selon un habitant de 18 ans, joint par téléphone mardi, la police a frappé les manifestants la nuit précédente.

Le blogueur chinois le plus célèbre, Han Han, apostrophe les autorités de Shifang sur son site web : « Aucun d’entre vous ne vivez dans la pollution. Seuls les gens ordinaires vivent ici. » « Shifang » restait mercredi le mot-clé le plus recherché sur les sites chinois de micro-blogging. Les autorités chinoises, en général prompte à stopper la contestation, n’ont pas bloqué les recherches sur internet liées aux manifestations.

« C’est le 4 juillet. Il y a 236 ans, l’Amérique a réalisé son indépendance et 236 ans plus tard, le peuple de Shifang lutte pour ses droits et affronte le gouvernement », écrit un internaute. « Le gouvernement n’a cessé d’abuser de la patience des gens. Il est temps pour nous d’être indépendants. »

Presse polluée (Reuters, 4 juillet 2012)

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[Révolution égyptienne] « Le régime, qui n’est jamais tombé, utilise le harcèlement sexuel pour réprimer la liberté d’expression »

Égypte : les femmes manifestent contre les agressions sexuelles

Entourées de volontaires chargés de leur sécurité, des dizaines d’Égyptiennes marchent ce samedi vers la place Tahrir pour dénoncer les agressions sexuelles qui se multiplient. Ce lieu symbole de la “révolution”, est devenu particulièrement dangereux pour les femmes.

Dans les rues du Caire, le harcèlement des femmes, quelles soient voilées ou non, à coups de remarques obscènes ou de gestes déplacés est malheureusement courant. Mais récemment, les témoignages venant de la place Tahrir sur de véritables agressions sexuelles, voire des viols, se sont multipliés. “Combien de fois ne suis-je pas descendue à Tahrir parce que je ne voulais pas sentir de mains entre mes cuisses ?”, confirme Nana al-Hariri, une manifestante de 22 ans.

Aujourd’hui, les jeunes femmes sont armées de pistolets à eau chargés d’un mélange de mercurochrome et de piment rouge, pour se défendre contre d’éventuels agresseurs mais aussi pour les marquer et les désigner à la foule. En arrivant sur la place presque vide, la dizaine de femmes, entourées par autant de volontaires en gilet jaune fluo, attirent des regards curieux, parfois un brin moqueurs. Mais des hommes se joignent aussi à la manifestation, et c’est l’occasion d’échanger.

“Nous voulons être traitées comme des citoyennes, pas comme des femelles”, dit Rasha Kamel, une gynécologue de 38 ans, l’une des organisatrices de cette action symbolique pour “un Tahrir sûr”, avant de tracer au feutre noir sur une pancarte “Je suis comme ta sœur”.

Le place est un enfer pour les femmes depuis le début de la révolution

Déjà pendant la révolte de janvier-février 2011, des Égyptiennes ainsi que des journalistes étrangères avaient déjà été victimes d’attouchements sur la place. Puis le 11 février 2011, alors que la foule en liesse fêtait le départ de Hosni Moubarak, une correspondante de la chaîne américaine CBS, Lara Logan, a été victime d’une agression d’une violence inouïe, lorsque de 200 à 300 hommes se sont jetés sur elle, la violant “avec leurs mains”. En novembre 2011, une journaliste de la chaîne France 3, Caroline Sinz, avait raconté à l’AFP avoir été “tabassée par une meute de jeunes et d’adultes qui ont arraché mes vêtements” et ont procédé à des attouchements répondant “à la définition du viol”.

Très médiatisées, ces affaires ont braqué les projecteurs sur le harcèlement des femmes en Égypte mais sans susciter de réaction des autorités, et les attaques semblent se multiplier. Le 2 juin, raconte ainsi une jeune étrangère dont le témoignage a été recueilli par l’ONG Nazra, “tous les hommes autour de nous ont soudain commencé à nous toucher partout (…). Mon pantalon a été baissé par les hommes et ils m’ont violée avec leurs doigts. Ils étaient comme des lions autour d’un morceau de viande morte.” Quelques jours plus tard, c’est un petit groupe de femmes manifestant contre le harcèlement sexuel qui est attaqué. Puis c’est une étudiante en journalisme britannique, Natasha Smith, qui affirme avoir été victime d’une agression sexuelle.

Des actes prémédités ?

Pour beaucoup, la similitude dans le déroulement des attaques et le fait qu’elles se produisent souvent près du même fast-food sur Tahrir laissent croire à des actes prémédités. Ces attaques “étaient calculées et organisées pour faire peur aux femmes et les chasser de la sphère publique, et punir les femmes de leur participation”, selon l’ONG Nazra.

Pour Ahmed Niazy, l’un des hommes venus participer à la marche pour un Tahrir sûr, “le régime, qui n’est jamais tombé, utilise le harcèlement sexuel pour réprimer la liberté d’expression. Pour eux, les femmes sont la partie la plus faible et c’est leur moyen de faire pression sur nous. Et ils ont réussi à souiller la place.”

Selon un responsable de la sécurité, personne n’a été arrêté en lien avec les nombreux incidents. La police, totalement absente de la place Tahrir, fait valoir qu’il est impossible de mettre la main sur les agresseurs au milieu de dizaines de milliers de manifestants.

Publié par des ennemis de la révolution (L’Humanité, 7 juillet 2012) via Solidarité ouvrière

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[Millau] Justice et Vérité pour Nabil, victime de la BAC

Rassemblement lundi 9 juillet à 19h00
sur les marches du jardin de la mairie, habillé en noir ou blanc.

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No Pasaran en Aveyron !

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[Fête antiflic à Digne-les-Bains] « Maintenant que vous vous êtes amusés, il est temps de payer l’addition ! »

Une addition salée pour trois des émeutiers majeurs de Digne

Ils ont été condamnés hier à des peines allant de trois mois à deux ans ferme avec mandat de dépôt à l’audience.

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Mes Anne Chiarella, Laurent Villegas et André Pelissier, assuraient hier la défense des trois prévenus interpellés la veille et jugés hier en comparution immédiate.

« Maintenant que vous vous êtes amusés, il est temps de payer l’addition ! » Lance en prélude à ses réquisitions le procureur Gaury à l’encontre des trois jeunes Dignois jugés hier pour leur participation active aux scènes d’émeute qui avaient éclaté à l’issue de la fête de la musique à Digne-les-Bains.

« J’ai simplement suivi le mouvement de groupe »

Interpellés la veille au petit matin, avec plusieurs autres individus dont des mineurs, les trois jeunes gens font profil bas dans le box des prévenus. Seul Steven H…, sans emploi et en récidive légale, connaît les affres de la geôle, les deux autres, n’ont jamais été condamnés. Tony V… étudie la comptabilité, Anthony B… est employé dans un hypermarché, deux profils de jeunes gens sans histoires jusqu’à cette nuit de la fête de la musique où tout a basculé.

Sans raison « Par bêtise, j’ai simplement suivi le mouvement de groupe », déclare B… tandis que V… dit s’être « laissé entraîner par la foule ». Tous deux regrettent leur attitude.

Une bouteille de vodka et quelques joints

Ils assurent par ailleurs n’avoir bu aucune boisson alcoolisée contrairement à H… qui affirme avoir descendu ce soir-là une bouteille de vodka pratiquement d’un trait après avoir fumé quelques joints. De quoi oublier une partie de ses faits et gestes, notamment parmi les plus graves comme les jets de pierres en direction des policiers.

« Je ne me souviens pas ! », précise-t-il à la présidente Wacongne alors qu’une vidéo sur un réseau social le montre en pleine action. « J’ai bu, je suis sorti et j’ai jeté des chaises, c’est tout ce dont je me rappelle ! » Outre les violences et les destructions de biens, H… est également prévenu de détention de stupéfiants. Lors de son interpellation les policiers avaient en effet retrouvé à son domicile des barrettes de cannabis et des espèces.

« Des implications lourdes et certaines »

« Ces trois individus ne sont pas des boucs émissaires, on ne les a pas ramassés par hasard pour faire un exemple », note le procureur Gaury avant de saluer l’enquête de police qui a débouché sur « des implications lourdes et certaines » pour ces prévenus et des mineurs qui seront jugés ultérieurement. Pour M. Gaury, « ces faits ne peuvent être banalisés et ramenés au simple produit d’un entraînement de la foule » et selon lui « il y a une décision volontaire de chacun de participer à ces événements ».

« Un rattrapage éducatif »

Et le procureur de requérir en raison de ses antécédents et de son état de récidive légale 3 ans de prison à l’encontre d’H… et une peine de 15 mois dont 6 avec sursis pour V… et B… « Il ne venait pas en découdre, pour casser du flic, ce n’est pas un sauvageon ! » lance Me Villegas pour la défense de V… « âgé de 18 ans les bras levés ».

Et l’avocat, après avoir insisté sur « le mouvement collectif » lors de cette nuit d’émeute, de demander pour son client « un rattrapage éducatif » non pas en prison mais sous la forme d’un sursis et mise à l’épreuve avec un travail d’intérêt général. « N’en faites pas une victime ! » « les responsables majeurs de cette émeute ne sont pas là » avant de souligner que B… « n’a rien prémédité » et que « si le tribunal veut marquer le coup, il ne doit pas empêcher ce jeune homme de se réhabiliter. Il n’a rien à faire dans une maison d’arrêt ! »

30’000 € de dégâts

Pour la défense d’H…, Me Pelisier a pointé « une identification peu précise » et s’est d’ailleurs « insurgé » car « on a identifié les moins malins, les petits lascars sachant courir et se dissimuler ». L’avocat relève aussi que « les trois prévenus n’ont fait que prendre le train en marche » et qu’il convient donc de savoir « qui l’a démarré ? » Quant au fait que son client soit considéré comme un trafiquant de drogue « il y a des gens qui ont plus d’envergure que lui », a assuré Me Pelissier.

Au terme d’un court délibéré, le tribunal a reconnu la culpabilité des trois prévenus, condamné à 2 ans de prison ferme H… et à 3 mois V… et B… avec mandat de dépôt pour les trois jeunes gens. L’audience sur les intérêts civils — 30’000 € de dégâts constatés —, a été fixée au 21 novembre.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Philippe Dubernard, LaProvence.com, 5 juillet 2012)

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[Révolution tunisienne] La lutte du petit peuple pour la démocratie à Tataouine

Tataouine ou la démocratie improvisée

(…) Les locaux de l’ex-RCD servent désormais de base à la Ligue de soutien de la révolution, rassemblement citoyen apolitique et attentif. Dans les grands canapés de cuir des privilégiés de l’ancien régime, ses membres décrivent la Tunisie aujourd’hui.

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Le problème, au milieu du désert comme ailleurs, c’est la corruption, toujours présente 16 mois après la révolution. Une entente tacite entre l’administratif et l’économique. Un « mariage contre le pouvoir du peuple » pour Kalif, étudiant en master de biologie. Dans ces relations exclusives et excluantes entre deux acteurs, le peuple tunisien perd tout. L’argent qu’il verse à l’État, et son pouvoir de décision.

Heureusement, pour faire changer les choses, les membres de la Ligue ont à leur disposition les archives de l’ex-RCD, que personne n’a eu le temps de faire disparaître. La preuve concrète de l’implication de beaucoup dans les magouilles de l’ancien régime. Au moindre écart, un dossier compromettant peut être sorti. Les habitudes changent petit à petit.

Solution bricolée de citoyens marginalisés. L’État tunisien commence néanmoins à mesurer le poids de ces collectifs, qui pourraient être la base d’un pouvoir réaliste.

La clôture du budget 2012 a provoqué une vague de protestation dans différents gouvernorats. Les Tunisiens actifs se sont mobilisés pour réclamer le départ de leurs gouverneurs respectifs. Des manifestations suffisamment importantes pour que le gouvernement choisisse de consulter ces citoyens mécontents.

Le 31 mai, des représentants de tous les ministères ont été envoyés dans différentes villes pour la journée. Quatre ministres étaient à Tataouine, presque étonnés que le petit, le tunisien lambda puisse savoir ce qui est bien pour lui.

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Quatre ministres face au peuple

Moment de débat fascinant. Pendant plusieurs heures, chacun pouvait adresser ses doléances au gouvernement placé sur une estrade.

Un vieil homme avec son chèche peine à obtenir le micro pour réclamer de vrais prêts communautaires, plus efficaces, selon lui, pour développer l’agriculture. Une jeune femme dénonce d’une petite voix la corruption dans l’administration. Un homme adresse une tirade virulente au ministre de l’enseignement supérieur, pour demander la création de filières scientifiques à Tataouine. (Seules les lettres et les beaux-arts y sont aujourd’hui représentés, d’où le départ définitif de nombreux jeunes vers d’autres régions.) Réponses courtes et biaisées de ministres qui devront prendre l’habitude d’écouter la société civile.

Dans la Tunisie des régions, cette société civile, personne ne l’écoute encore. Gouvernements successifs ou partis politiques la regardent de haut, depuis les terrasses de la Marsa. À Tataouine, comme à Kasserine et même à Sfax, pas d’opposition pour organiser débats et manifestations. Mais ces fameux collectifs locaux, la société civile auto-organisée. (…)

(Julien Giry, Fihmt.com, 3 juillet 2012)

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[Vive l’Azawad libre !] L’armée multiethnique de l’Azawad détruit un convoi terroriste vers Araouane

La guerre contre le terrorisme et l’obscurantisme qui a commencé dans l’Azawad depuis le Mercredi 27 Juin 2012 se poursuit avec comme fond de toile un retour en arrière impossible. Pendant que les terroristes d’AQMI essayent de gagner du temps en négociant leur sorties de villes, le MNLA lui semble ne plus perdre son temps. Hier dans l’après-midi, l’armée multiethnique de l’Azawad a détruit un convoi d’AQMI entre Tombouctou et Araoune.

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Sans vergogne, les dépêches de l’AFP, de la presse malienne ou de nombreux media Arabophones (dont aucun n’a de représentants dans l’Azawad) font tout pour faire passer une organisation terroriste, en l’occurrence le MUJAO, comme un partenaire fréquentable. Quant au MNLA, ces medias diront tout simplement qu’il est mort.

Il y a plus d’un demi-siècle, l’activiste Américain Malcom X, déclarait « Si vous n’êtes pas vigilants, les médias arriveront à vous faire détester les gens opprimés et aimer ceux qui les oppriment. » Pendant que le MNLA mène une guerre contre les narco-islamo-terroristes d’AQMI, MUJAO, Boko Haram, et d’Ansar Adine, le monde lui semble ne pas être vigilants…

Mais la vigilance, le Mouvement National pour la Libération de l’Azawad l’a décuplé depuis le Mercredi 27 Juin. Aujourd’hui, le MNLA est au courant de tout ce qui se déplace dans l’Azawad qu’ils soient terroriste ou trafiquants de drogues (partenaires des terroristes).

Après la destruction d’un convoi terroriste près de Tarkint, et la neutralisation d’un réseau de trafic de drogue vers Hombiri le Vendredi 29 Juin 2012, une unité de l’armée multiethnique de l’Azawad a tendu une embuscade à des terroristes d’AQMI entre Tombouctou et Araouane.

Cette unité dirigé par un officier Kounta (Arabo-Maure) de l’état-major du MNLA n’a laissé aucune chance aux terroristes. Pour des raisons de sécurité évidente, nous ne dévoilerons pas l’identité de ce brave officier. Après des heures de combats d’une violence extrême, un peu plus d’une dizaine de terroriste perdront la vie. Aucune victime n’est à signaler du côté des valeureux combattants du MNLA.

Sur le plan militaire, cette attaque est un succès total. Le convoi mis en déroute revenait d’une des bases d’AQMI situé dans l’extrême Nord de l’Azawad vers les mines salées de Taoudeni. Sa cargaison était faite de nombreuses armes de guerre ayant pour objectif de renforcer les positions des terroristes d’AQMI dans la ville de Tombouctou. Après cette attaque, non seulement AQMI ne sera pas renforcé à Tombouctou, mais en plus le MNLA obtient des armes supplémentaires qui lui permettront de faire un peu plus face aux quatre groupes de narco-islamo-terroristes.

Pendant que les terroristes du MUJAO (en majorité composé de trafiquants de drogue), en collaboration avec une élite corrompue Maure et Sonrhaï de Bamako, essai de transformer la libération de l’Azawad en une guerre civile entre les Touareg d’une part, et les Arabo-Maure de l’autres, la victoire totale de cette unité de l’armée multiethnique de l’Azawad est là pour rappeler à ces ennemis de l’Azawad que leur entreprises machiavéliques rencontreront toutes les oppositions de la part des Azawadiens.

Par Ikhlou Ag Azzezen – Toumast Press, 5 juillet 2012

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[Campement Sanitas à Tours] Manif et suite

Ce matin, la police du changement est venue expulser sur ordre de la Mairie de Tours, qui la veille organisait des parrainages Républicains sous la pression du Réseau Éducation Sans Frontière, le campement de la place Meffre au Sanitas.

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Départ de manif après l'expulsion du campement du Sanitas

Une fois de plus, plutôt que de trouver une solution politique pérenne, les forces du désordre sont envoyées pour pourrir et continuer la persécution des migrants et des migrantes.

Cette intervention policière, la situation plus que précaire, les menaces des huissiers les jours précédents n’ont eu d’autres conséquences que de motiver des individus et des familles à se mettre en lutte.

Partant du local de Chrétiens Migrants à 14h30, une parade armée de joie et de banderoles a déambulé dans le Sanitas, avant de faire une première pause dans la cour intérieure de la mairie de Tours.

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Occupation devant la mairie de Tours

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Mairie de Tours responsable de l'expulsion

Seule réponse de celle-ci : la présence massive de policiers nationaux, municipaux, et des vigiles, comme d’habitude.

La parade a donc repris son élan, s’élançant au cœur du spectacle, dans l’œil du cyclone : la permanence du député socialiste, Jean-Patrick Gille.

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Occupation du siège du PS

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Jean-Patrick Gille dans sa permanence, confronté à la réalité

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Alors que JPG est interpelé par les personnes expulsées ne propose aucune alternative, la présence d'un journaliste de france 3 en pleine séance shopping, le force à prendre en apparté un/une militantE

Dans un mouvement identificatoire massif, happé subitement par la spirale de la misère sociale, et surtout, après deux heures d’occupation, le député a souhaité découvrir le fonctionnement du 115 (hébergement d’urgence), en nous invitant à quitter son local pour… aller au CASOUS (gestionnaire du 115).

Et rien ne serait fait sans que nous quittions tous et toutes ce lieu dans lequel nous faisions taches.

Concernant la politique du logement et de l’immigration, le seul changement notoire pour notre jospiniste local de la première heure, c’est son brushing.

En effet, l’incurie du 115, aux ordres et saturé par les demandes d’hébergement, laisse tous les soirs sur le carreau des dizaines de personnes, qui pour certaines d’entre elles, se retrouvaient sur le campement du Sanitas.

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C'est avec l'arrivé du directeur de la cohésion sociale qu'une maigree solution est trouvée pour les familles à la rue, ce n'est que partie remise

Refusant ce chantage tout à fait foireux, nous avons nous-mêmes appelé notre bien aimé préfet-médecin-pharmacien-directeur-départemental de la cohésion sociale : monsieur Viard.

À moins que ce soit un petit coup de fil de Jean-Patrick à Marisol (Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé) puis de Marisol au préfet d’Indre-et-Loire, qui aie décidé monsieur Viard à venir, grand seigneur, à notre rencontre.

Fin de cet épisode burlesque : 15 places obtenues pour 25 personnes, la possibilité de réinvestir le lieu expulsé le matin même (place Meffre), et la promesse de l’ouverture (à partir du 6 juillet) d’un internat pouvant accueillir 30 personnes au moins, jusqu’au 13 juillet.

Que devons-nous penser de cette discussion surréaliste avec les plus hauts représentants de l’État et de la représentation Nationale ?

Seule la lutte, permet d’obtenir ce qu’on veut.

« Nos défaites ne prouvent rien, sinon que nous sommes trop peu à lutter contre l’infamie. »

COMMANDO ROSE-MARIE M., pour la destruction de toutes les frontières

Reçu à l’Agent Da, 6 juillet 2012 / Photos MediaTours

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[Argentine] Les contre-révolutionnaires mangent les enfants

Vols de bébés en Argentine : lourdes peines de prison pour deux anciens dictateurs

La justice argentine a condamné jeudi à de lourdes peines de prison d’anciens responsables de la dictature (1976-1983), dont les deux anciens dictateurs Jorge Videla et Reynaldo Bignone, coupables d’avoir mis en place « un plan systématique » de vols de bébés d’opposants.

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Le tribunal a décidé de « condamner l’ex général Jorge Videla (86 ans) à 50 ans de réclusion (…) et l’ex général Reynaldo Bignone (84 ans) à 15 ans », a lu la présidente du tribunal, Maria Roqueta, devant une salle comble.

Au total, huit anciens responsables militaires étaient jugés depuis février 2011 pour leur participation à ce que la justice a qualifié de « plan systématique » de vols et d’appropriation par des proches du régime de 35 enfants d’opposants nés en détention.

Ont également été condamnés Jorge « Tigre » Acosta (30 ans de prison), Antonio Vañek (40 ans), Juan Azic (14 ans), Jorge Magnacco, un ancien médecin militaire (10 ans), et Santiago Riveros (20 ans). En revanche, l’ancien responsable de la Marine Rubén Franco a été acquitté. Jorge « Tigre » Acosta était un responsable de l’Esma (École de mécanique de la marine), centre de torture emblématique situé en plein Buenos Aires, où sont nés et ont été pris à leur mère la plupart des bébés.

Également poursuivis, mais pour appropriation d’enfants, Victor Gallo, ex militaire, et son épouse professeur, Susana Colombo. Ils ont eux écopé de 15 et 5 ans de prison. L’ancien policier Eduardo Ruffo, poursuivi dans ce même volet, a été acquitté.

Le verdict a été accueilli avec des cris de joie, des chants et des larmes sur le parvis du tribunal où des centaines de personnes ont suivi sur un écran géant la lecture de la décision, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Au moins 500 bébés volés

Présente dans la salle d’audience, Estela de Carlotto, dirigeante de l’organisation des Grands-Mères de la Place de Mai, à l’origine de la découverte de l’identité de 105 enfants volés, s’est réjouie d’une décision qui « confirme qu’il y a eu en Argentine un plan systématique de vol de bébés ». Son organisation évalue à environ 500 le nombre de « bébés volés » puis « adoptés » sous une fausse identité sous la dictature.

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Au pouvoir de 1976 à 1981, Jorge Videla purge déjà deux peines de prison à perpétuité pour crime contre l’humanité. Reynaldo Bignone (1982-1983) purge également deux peines (perpétuité et 25 ans de prison), pour violation des droits de l’homme.

« Toutes celles qui ont accouché, que je respecte en tant que mères, étaient des militantes actives de la machinerie du terrorisme. Elles ont utilisé leurs enfants comme boucliers humains », avait affirmé Jorge Videla la semaine dernière à l’audience. Le plus souvent, le bébé né en détention était remis à un militaire ou à un proche d’un militaire, tandis que sa mère était peu de temps après jetée à la mer, nue et vivante, d’un avion militaire en plein vol.

Francisco Madariaga Quintela, qui a fêté ses 35 ans ce jeudi, a été adopté par Victor Gallo et Susana Colombo. Fils d’une opposante enlevée et tuée à 28 ans, il a connu sa véritable identité il y a à peine plus de deux ans. « Le vol de bébés est la chose la plus perverse qu’ait fait la dictature. Dans mon cœur, il y a une tâche noire, mais il faut continuer de le remplir d’amour », confiait-il à l’AFP peu avant le verdict.

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Dans son ultime prise de parole devant le tribunal, jeudi, Susana Colombo a elle regretté de « ne pas avoir agi autrement » mais assuré n’avoir su « à aucun moment » que Francisco était un enfant de disparus.

Quelque 30.000 opposants ont été tués ou portés disparus sous le régime militaire argentin, selon les organisations de défense de droits de l’homme.

Leur presse (Agence Faut Payer, 6 juillet 2012)

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