[Algérie] La population de M’sila sabote le 50e anniversaire de l’« indépendance »

M’sila : Des émeutes à la veille du 5 juillet

La fiesta qui devait annoncer le début des festivités du 50e anniversaire de l’indépendance, à travers le jeu des feux d’artifice qu’avait organisé une société chinoise au champ des courses « Attia Ghellab », a vite tourné au cauchemar, engendrant une dizaine de blessés parmi les policiers et une cinquantaine parmi des émeutiers. Près d’une quinzaine de jeunes a été interpellée par la police.

Les jeunes, empêchés d’accéder au champ de course du chahid 2Attia Ghellab, pour des considérations inconnues, ont pris d’assaut les lieux, ciblant les policiers, qui, à leur tour, ont riposté pour endiguer les centaines d’émeutiers qui accouraient par dizaines des quartiers périphériques de M’sila, à l’image de ceux de Mouilha, Concasseur, Chebilia, les cites du 5 juillet, en saccageant les locaux de la societé des courses qui s’y trouvaient, et ont défoncé le mur de cloture à l’aide d’un camion subtilisé à l’APC, avant de mettre le feu à l’engin.

D’aucuns pensent, que cette réaction des jeunes est l’expression du rejet de l’opulence afficher, à travers ce jeu des feux d’artifice, au moment où des populations entières, poussées par la pauvreté avaient envahi ces quartiers periphériques vivant seules, l’acuité de leur précarité séculaire.

Leur presse (Ghellab Smail, ElWatan.com, 5 juillet 2012)


Manifestations avortées par la police : Une cinquantaine de personnes interpellés à Alger

Une  cinquantaine de personnes ont été arrêtées, ce jeudi 5 juillet à Alger : des chômeurs pour la plupart mais également des femmes appartenant aux familles de disparus, nous a déclaré une  responsable au sein du SNAPAP.

Les services de sécurité « ont traqué les manifestants venus de plusieurs wilayas du pays. Les personnes arrêtées se trouvent  actuellement éparpillées dans trois ou quatre commissariats à Alger ». « Les autres se sont dispersés spontanément afin d’éviter d’être arrêtée », ajoute notre source.

Après ces arrestations, une réunion improvisée  a été organisée dans la matinée par les jeunes du comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC) pour tenter de changer « leur stratégie de rassemblement ». Mais la réunion n’a finalement pas eu puisque les membres du comité ont été arrêtés par des policiers « très vigilants ».

Par ailleurs trois  jeunes chômeurs affiliés au comité national pour la défense des droits de chômeurs (CNDDC), avaient été arrêtés tôt le matin, ce jeudi 5 juillet à Alger par des personnes en civil, aux environs de 6h du matin, selon une source syndicale à Alger.

Les jeunes chômeurs originaires respectivement de Ouargla, Laghouat et Chlef sont à Alger pour organiser une manifestation pour dénoncer leur situation socioprofessionnelle précaire. La date du 5 juillet a été choisie par eux pour « marquer les cinquante ans d’indépendance de l’Algérie ».

Notre interlocutrice syndicaliste au SNAPAP, que nous avons joint par téléphone, a déclaré que le sort de ces jeunes reste pour le moment « inconnu ».

Leur presse (Hamida Mechaï, ElWatan.com, 5 juillet 2012)


Rassemblements à Alger à l’occasion du 5 juillet, des militants arrêtés, d’autres tabassés par la police

Deux militants du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC) ont été arrêtés par la police après avoir tenu dans la matinée de ce jeudi 5 juillet un rassemblement à la place du 1er Mai avec des dizaines d’autres militants, a‑t‑on appris auprès de Yacine Zaïd, membre du comité et défenseur des droits de l’Homme. « L’un des militants arrêtés a été tabassé par les policiers. Il a été blessé à l’œil », précise‑t‑il.

« La police n’est pas intervenue au début du rassemblement car il y avait des médias, dont des télévisions étrangères. Elle a attendu leur départ pour entamer les arrestations », raconte Tahar Belabes, l’un des porte‑parole de ce comité, qui a été arrêté puis relâché dans l’après‑midi. « On était près d’une soixantaine de personnes » au rassemblement du 1er Mai, ajoute‑t‑il.

Par ailleurs, les membres des familles de disparus interpellés pour avoir tenté d’organiser une manifestation, également place du 1er Mai, ont tous été relâchés, affirme Hacène Ferhati, membre de l’association. Les militants des droits des chômeurs et les membres de familles de disparus voulaient organiser une manifestation le jour de la fête de l’indépendance pour exprimer leurs revendications.

RAJ condamne les arrestations arbitraires

Le Rassemblement action-jeunesse (RAJ) a condamné les arrestations des membres des familles de disparus et des militants des droits des chômeurs. « Voici qu’après cinquante ans d’indépendance, les Algériens ne peuvent pas s’exprimer en toute liberté malgré la grandeur de la Guerre de Libération nationale porteuse des valeurs de paix, de démocratie, de liberté et de  justice sociale », écrit l’association dans un communiqué. RAJ « exige leur libération immédiate et l’arrêt des poursuites et des intimidations à l’encontre des citoyens et militants ».

Leur presse (TSA via Solidarité ouvrière, 5 juillet 2012)

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[Révolution tunisienne] Sit-in des ouvriers des chantiers à Kasserine

Tunisie : Le gouverneur de Kasserine agressé par les ouvriers des chantiers

Des ouvriers des chantiers de Kasserine ont fait, jeudi, incursion dans le bureau du gouverneur et l’ont agressé, selon des sources propres à Al Jarida dans la région.

Les protestataires, qui poursuivent depuis plusieurs jours  leur mouvement, exigeant que leur soient versées leurs salaires, ont coupé, dans la matinée, l’artère principale de la ville de Kasserine, empêchant les véhicules de circuler, provoquant un embouteillage montre.

Publié par des ennemis de la révolution (AfricanManager, 5 juillet 2012)


Tunisie : Grève ouverte des fonctionnaires et agents au siège du gouvernorat de Kasserine

Les fonctionnaires et agents au siège du gouvernorat de Kasserine sont entrés mardi dans une grève ouverte pour réclamer le versement des salaires de leurs collègues parmi les ouvriers des chantiers permanents relevant du siège du gouvernorat.

Les sit-inneurs ont protesté contre le retard de payement de ces ouvriers pour le deuxième mois consécutif, réclamant le versement de leurs salaires dans les plus brefs délais vu leurs conditions sociales difficiles.

Ils ont appelé à régler la situation des ouvriers des chantiers permanents à travers la mise en place d’un cadre juridique organisant ce secteur, surtout que la majorité d’entre eux ont une ancienneté professionnelle de plus de 20 ans.

Cette grève se poursuivra selon le président du syndicat de base des agents et ouvriers du gouvernorat jusqu’à la résolution définitive du problème des chantiers dans la région.

Publié par des ennemis de la révolution (Babnet, 3 juillet 2012)

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[Mirage judiciaire] Le procès du policier responsable de la mort de Lakhamy et Moushin renvoyé à juin 2013

« Sérénité » et « paix publique », ou le mépris judiciaire

Le vendredi 29 juin 2012 s’est tenu, pendant quelques heures au tribunal de grande instance de Pontoise, un épisode supplémentaire de la mascarade judiciaire qui a débuté après les révoltes de Villiers-le-Bel en 2007. Le conducteur de la voiture de police, Frank Viallet, responsable de la mort de Lakhamy Samoura et Moushin Sehhouli le 25 novembre 2007, devait y être jugé pour homicide involontaire. Trois heures après le début de l’audience, le procès a été renvoyé aux 6 et 7 juin 2013. Cela fait déjà cinq ans que les familles Samoura et Sehhouli attendent que la justice se prononce sur les circonstances exactes de la mort de Lakhamy et Moushin. Cinq ans qu’elles paient Me Mignard, leur avocat, pour qu’il participe à ce théâtre judiciaire en leur nom. Cinq ans de deuil troublés par les humiliations, le mépris et les entraves des juges, du parquet et de l’État. Le renvoi de ce procès au bout de quelques heures est une manière peu subtile de leur faire comprendre que leur douleur ne pèse rien dans la balance judiciaire, qu’ils devront attendre un an de plus, afin que chaque pièce du jeu soit bien en place pour que la justice puisse à nouveau innocenter un policier en toute « sérénité ».

« Sérénité ». Voilà le mot qui n’a cessé de revenir dans le bouche de tous ces agents judiciaires en robe noire. À l’inverse des procès contre les « caillasseurs » et les « tireurs » présumés de Villiers-le-Bel [La série de procès autour de Villiers-le-Bel est expliquée dans Collectif Angles Morts, Vengeance d’État : Villiers-le-Bel, des révoltes aux procès, Édition Syllepse, 2011] – où les déploiements massifs de policiers autour et à l’intérieur des tribunaux donnaient le ton des représailles étatiques –, quand ce sont les fonctionnaires de police qui sont mis en cause, on nous martèle que l’audience doit être un « instrument de la paix publique ». Les collègues en civil de Viallet qui remplissaient les bancs du côté droit de la salle semblaient en effet sereins, avec raison sûrement, puisque la justice française a l’habitude d’acquitter ou de distribuer des peines de principe à ces fonctionnaires qui s’octroient le droit de vie et de mort sur les habitants de quartiers populaires. Du côté gauche de la salle, les familles et les quelques soutiens, venus en majorité de Villiers-le-Bel, avaient des visages las et secouaient la tête par intervalle. L’espoir avait depuis longtemps quitté ces bancs.

Un renvoi convenu d’avance

Le débat sur le renvoi du procès à l’année prochaine est initiée par la présidente, Mme Andreassier, dès l’ouverture de l’audience. La raison : l’existence d’une instruction en cours concernant les faux-témoignages collectifs des quatre policiers, présents dans la voiture qui a percuté la mini-moto de Lakhamy et Moushin, sur les conditions exactes de « l’accident ». Pour la présidente, cette procédure d’instruction constitue un obstacle au jugement de « la maladresse, la négligence » de Frank Viallet, ayant « involontairement causé la mort » au cours d’un simple « accident de la circulation ». À partir de ce moment, les prises de parole se succèdent, donnant l’impression que le renvoi a été décidé en amont, que chaque acteur répète un morceau déjà connu de tous. Sachant que la présidente et la juge d’instruction travaillent dans le même tribunal sur ces deux affaires, cette impression ne semble d’ailleurs pas être une simple hypothèse, et se renforcera au cours de l’audience.

Les parties civiles sont les premières à s’exprimer sur la possibilité d’un renvoi. Me Mignard et Me Tordjman se prononcent contre le renvoi. Pour eux, la procédure a été jusqu’à présent ponctuée de moments d’« irrégularité aberrante », la justice cherchant sans cesse à entraver la procédure. Il est donc nécessaire de ne pas retarder une fois de plus l’audience, Pourtant, il s’avère très vite que leur argumentaire ne tient pas la route. Pour éviter toute « collusion » entre la procédure pour « homicide involontaire » et l’instruction pour faux-témoignages, les parties civiles ont choisi de renoncer, pour cette audience, à la grande majorité des témoins. Ni Marie-Thérèse de Givry, procureure de la République de Pontoise, la première à avoir confirmé la version policière de « l’accident », ni les trois collègues de Viallet présents dans la voiture ne viendront à la barre. Pour Me Mignard et Me Tordjman, la juge ne doit tenir compte que des « faits objectifs de l’accident », c’est-à-dire des rapports d’expertise et de contre-expertise et des dernières déclarations de Viallet. Et donc évacuer tout un pan de la vérité sur ce crime policier : les mensonges des policiers, la contradiction entre l’expertise et la version étatique, les témoignages des habitants de Villiers-le-Bel. Me Mignard finit par une ultime courbette, ménageant sa carrière politique au sein du PS en flattant la justice de Hollande [Sur les liens politique de Me Mignard et son rôle de « pompier de service », voir Rafik Chekkat, « Renvoi du procès du meurtrier de Lakhamy et Moushin »]. Il clame que « jamais, jamais, jamais nous n’avons dit qu’il y avait eu volonté de blesser, encore moins de tuer de la part des fonctionnaires de la police » et que ce procès doit avoir lieu, sans « esprit de vengeance », pour que la justice puisse « restaurer la paix en disant le droit ».

Puis c’est au tour du procureur de se prononcer sur le renvoi du procès. Il affirme comprendre « la légitime impatience des familles » et être au fait de « leur douleur, leur épreuve » car il sait « combien les familles de victimes d’accidents de la circulation sont dévastées ». Non satisfait d’avoir réduit la mort de Lakhamy et Moushin à un accident de la route, il poursuit en revenant sur les « événements violents » de 2007, glissant perfidement que « les familles ont pu souffrir de voir leur nom associé à ces fauteurs de troubles ». Après cet étalage de fausse compassion avec la douleur des familles assises sur les bancs, il rappelle que la situation du prévenu, Frank Viallet, est également difficile, mais qu’il est en faveur d’un renvoi de l’audience. Selon lui, la mise en examen de Viallet pour faux-témoignage fait peser sur lui une menace d’intimidation qui l’empêcherait de parler librement. Or, à la différence des témoins qui prêtent serment quand ils passent à la barre, un prévenu a le droit de mentir. Il conclut en exprimant son respect envers les familles, quelles que soient ses réquisitions finales, nous rappelant ainsi de quel côté il se tiendra jusqu’à la fin.

Me Champagne et son collègue, avocats de la défense, vont dans le même sens que le procureur. Eux aussi jugent opportun d’évoquer la « souffrance du prévenu », déclarant que « c’est un honneur de défendre un homme qui pense tous les jours aux deux adolescents, un homme dont la vie a radicalement changé depuis l’accident », et qui vit « dans l’incertitude quant à son avenir judiciaire ». Si le procès a lieu et que Viallet est relaxé, comment la justice pourrait-elle affirmer « qu’elle relaxe un homme dont il est dit qu’il a menti à 99 % ? » À l’inverse, s’il est condamné, cela aura une influence évidente sur la procédure d’instruction pour faux-témoignage, où il sera probablement condamné comme « escroc et menteur ». Me Champagne demande donc le renvoi de l’audience, pour que la justice puisse traiter « avec sérénité » ce « dossier sensible ».

Après une suspension d’audience d’une heure, la Cour prononce le renvoi du procès aux 6 et 7 juin 2013, une fois que le procès pour faux-témoignages aura eu lieu. Les familles sortent de la salle et sont immédiatement entourées par les médias, qui braquent leurs caméras sur eux, sans un mot, avant de les abandonner quelques instants après pour courir vers Me Mignard, parole plus légitime à leurs yeux. Après avoir pavané devant les médias, celui-ci se rend enfin auprès des familles, qualifiant de « victoire » ce renvoi, puisqu’il lui laisse le temps de négocier, en coulisse, les compensations financières pour les parties civiles. Quant à l’idée d’obtenir la vérité sur les circonstances de la mort de Lakhamy et Moushin et de se battre pour la condamnation des coupables, elle semble avoir quitté l’esprit de Me Mignard. Alors que les familles et soutiens quittent graduellement la salle des pas perdus, l’impression du début est confirmée. Les dés étaient bien pipés, le renvoi convenait à tous les acteurs de la machine judiciaire, qui a démontré une fois encore son mépris envers les familles des victimes de violences policières et leur quête de vérité.

Cinq ans après : tout reste à faire

Deux procès auront donc lieu l’an prochain, l’un pour faux-témoignages, l’autre pour homicide involontaire. Pour la défense et le parquet, il semble évident que le renvoi de l’audience pour homicide involontaire reflète la volonté d’évacuer tout soupçon quant à la responsabilité des quatre policiers présents dans la voiture, en tentant d’obtenir un non-lieu lors du procès pour faux-témoignages dans un premier temps avant de juger le conducteur, qui pourra enfin « s’exprimer librement », et donc continuer à mentir à son aise, quant à son implication dans ce « malheureux accident de la route ».

Pour les parties civiles, la situation est un peu plus complexe. Me Mignard a révélé qu’il se concentrait sur l’aspect financier de cette affaire. Mais la procédure d’instruction pour faux-témoignages permet de faire peser des charges d’inculpation sur les quatre policiers et non sur le seul conducteur. Cela pourrait sembler constituer une bonne stratégie, si l’objectif réel n’était pas de prouver que ces faux-témoignages, puisqu’ils étaient collectifs et coordonnés, étaient le résultat d’une volonté délibérée de mentir de la part de la hiérarchie policière, voire étatique. Si la juge confirme cette hypothèse lors du procès pour faux-témoignages, Viallet et ses collègues seront probablement acquittés, puisqu’ils ne faisaient qu’obéir à des ordres venant de leurs supérieurs. S’ensuivrait alors un procès supplémentaire, contre la hiérarchie cette fois. Puisque même quand les preuves sont accablantes et les témoins nombreux à incriminer les policiers, la justice les acquitte ou les condamne à des peines de principe [Comme cela a été le cas pour le procès des policiers ayant tué Hakim Ajimi, cf. Collectif Angles Morts, « ’On vous laisse entre vous’. Retour sur le procès des meurtriers d’Hakim Ajimi »], les chances de révéler la vérité sur le mensonge étatique autour de la mort de Lakhamy et Mouhin sont inexistantes.

Pour la justice, incarnée ce vendredi par Mme Andreassier, flattée à plusieurs reprises pour son « professionnalisme » par les avocats des deux parties et le procureur, ce renvoi est un message clair. C’est elle qui tient les rênes, c’est elle qui impose son rythme pour atteindre ses fins, pour cautionner une fois encore la violence meurtrière de la police, sans un seul égard envers les familles malgré sa rhétorique visant à prouver son « respect » et sa «  compréhension » devant leur douleur. Les faits, eux, démentent cette rhétorique, et ont prouvé aux familles qu’elles n’avaient plus rien à espérer de cette justice.

Pour les soutiens et ceux qui s’organisent contre les violences policières, la répression des révoltes et l’impunité judiciaire accordée à ces actes, cette audience est un constat d’échec. Très peu de personnes sont venues exprimer leur soutien aux familles et montrer à la justice, par leur présence sur les bancs du public, qu’elle ne pouvait agir à sa guise que grâce au consentement silencieux de la population. La préparation du renvoi en amont, derrière des portes fermées, nous rappelle qu’aucun rapport de force n’a été établi avec cette machine judiciaire, que, familles et soutiens, nous sommes toujours aussi démunis, malgré des procès à répétition, devant le spectacle lassant de la justice, sans pouvoir faire entendre nos voix. Les deux procès qui se tiendront au tribunal de Pontoise l’an prochain seront l’occasion de prouver que nous pouvons réagir, que les soutiens ne laisseront pas les familles seules devant cette machine à broyer, que nous ne courberons pas l’échine.

Le Collectif Angles Morts

Blog Contre tous les lieux d’enfermement, 4 juillet 2012

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THT et retour d’expérience

Texte distribué lors du week-end du Chefresne

« Parmi les choses que les gens n’ont pas envie d’entendre, qu’ils ne veulent pas voir alors qu’elles s’étalent sous leurs yeux, il y a celles-ci ; que de tous ces perfectionnements techniques, qui leur ont si bien simplifié la vie qu’il n’y reste presque plus rien de vivant, agencent quelque chose qui n’est déjà plus une civilisation; que la barbarie jaillit comme de source de cette vie simplifiée, mécanisée, sans esprit ; et que parmi tous les résultats terrifiants de cette expérience de déshumanisation à laquelle ils se sont prêtés de si bon gré, le plus terrifiant est encore leur progéniture, parce que c’est celui qui en somme ratifie tous les autres. C’est pourquoi, quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : “Quel monde allons nous laisser à nos enfants ?”, il évite de poser cette autre question réellement inquiétante : “À quels enfants allons nous laisser le monde ?”. »

Jaime Semprun, L’abîme se repeuple.

Les nucléocrates n’utilisent leurs retours d’expérience que comme outils de propagande. Chaque catastrophe ou « incident » est soudainement et a posteriori décortiqué pour améliorer la sécurité des installations nucléaires en fonctionnement. Comme si la catastrophe précédente conduirait à mieux se préparer à la prochaine. Pourtant, Fukushima n’est pas Tchernobyl qui lui-même n’est pas Three Mile Island. L’enjeu est ailleurs : rassurer et donner l’illusion de la maîtrise.

Notre retour d’expérience est tout autre. Depuis quelques mois la lutte contre le projet de ligne très haute tension Cotentin Maine a pris une tournure nouvelle au moment même ou l’État, RTE, et les entreprises qui sont commissionnées pour construire la ligne ont débuté les travaux.

Valognes fut la mise en bouche de ce tournant. Malgré ses tâtonnements et ses lacunes, l’expérience a réintroduit l’idée que l’on pouvait s’opposer à la pieuvre étatique nucléaire en s’attaquant directement à elle, là où elle montre des signes manifestes de faiblesse : les transports de matières radioactives.

À Valognes succéda Coutances qui sera à l’origine de la constitution de l’Assemblée du Chefresne. L’idée de constituer une assemblée autour du village qui semblait le plus investi dans la lutte anti-THT était de prolonger sur ce terrain la lutte commencée plus tôt et de s’attaquer à un autre point faible du délire nucléaire, ses lignes THT et leur vulnérabilité. Mais l’idée était également de faire de cette assemblée, de l’occupation d’un bois voué à être détruit, et du château d’eau, des espaces de rencontres et de discussion, d’appropriation directe de la lutte par ceux et celles qui désirent la vivre : futurs expropriés par le tracé, opposant-e-s aux THT ou au nucléaire ou aux deux, locaux, non locaux, etc.

Durant plusieurs semaines se sont succédés moments de rencontres et actions de harcèlement sur les travaux en cours : déboulonnages collectifs, actions d’interférences nocturnes, blocages de chantiers, réunions publiques, etc.

Mais cette assemblée n’a jamais prétendue être l’unique lieu d’opposition à la THT, ni une entité homogène. Ce combat revêt de multiples visages. Et nous tenions donc face à certaines positions qui émergent dans ce mouvement, défendre la nôtre, non pour le goût morbide de la polémique, mais par souci de clarté, et surtout pour peut-être mener une sorte de retour d’expérience.

Aujourd’hui, l’arrivée de la gauche au pouvoir semble avoir réactivé chez certain-e-s une étrange inclinaison électorale et l’idée que l’on pourrait négocier l’arrêt des chantiers en cours. Selon La Manche Libre du 21 mai dernier des anti-THT membres du collectif Stop THT désireraient comme à Notre-Dame-des-Landes un moratoire sur la THT. Plus tard, quelques anti-THT, ne représentant qu’eux et elles mêmes ont décidé de rencontrer le Président du Conseil régional de Basse-Normandie, ce même Conseil régional socialiste qui vota une motion pour que l’EPR s’installe, avec le silence complice des élus écologistes, à Flamanville. Plus récemment une rencontre faillit avoir lieu avec des émissaires de François Hollande, lors de sa venue sur les plages du débarquement, avant que le début des travaux le même jour au Chefresne ne vienne la faire capoter.

Révolutionnaires anti-autoritaires, nous n’avons jamais cru en l’action électorale, non par idéologie mais parce que nous savons depuis longtemps que nucléaire et État sont intimement liés, que nous connaissons le rôle actif de la gauche dans la mise en place du programme nucléaire et les errements opportunistes des écologistes d’Etat plus prompts à aller à la soupe qu’à contrecarrer l’avancée du nucléaire. Faut-il rappeler que Mitterrand fut l’un des promoteurs du programme nucléaire en France ? Qu’à Chooz, dans les Ardennes, ce sont les CRS du gouvernement socialiste qui occupaient militairement le village pour affronter conjointement antinucléaires et sidérurgistes ? Que plus récemment les écologistes d’État n’ont eu de cesse de rallier les positions de leurs alliés nucléaristes, de la signature des décrets d’application de l’usine Mélox fabricant le célèbre combustible nucléaire Mox en 99 par la ministre verte Dominique Voynet au vote au parlement Européen en 2009 d’une motion pro-nucléaire sur le réchauffement climatique porteuse paraît-il de nombreuses avancées.

Avec l’industrie nucléaire et ses THT c’est tout un monde qui travaille de la domination capitaliste de l’homme sur lui-même et la nature, à la domestication étatique de l’ensemble du vivant. Ce sont les mêmes, Vinci, Bouygues, Monsanto, Areva, gouvernements, chantres de la métropolisation des villes qui construisent THT, centres de rétention, aéroports, centrales nucléaires, lignes TGV, centrales à gaz, éoliens offshore, tout ce monde dans lequel on se retrouve lentement incarcérés entre une leucémie programmée et un cachot. C’est ce même monde qu’ils morcellent à l’infini pour nous donner l’illusion que rien n’unit l’ensemble des destructions en cours et à venir et qu’ils présentent comme le moins mauvais des mondes possibles. C’est cette domestication que nous refusons comme un Tout et donc avec elle la médiation de l’État. Qu’il renonce à son projet de THT et qu’avec ce renoncement s’initie une lutte beaucoup plus globale contre ce monde est notre seul horizon.

En outre, le moratoire présenté à Notre-Dame-des-Landes par les écologistes comme une grande victoire n’est en fait qu’un leurre chargé d’éteindre une contestation autour de la métropole nantaise qui aurait fait tache dans la campagne du nouveau premier ministre Ayrault. Ce moratoire a également l’avantage de diviser les opposant-e-s. Les occupant-es sans droits ni titre de maisons inoccupées de la Zone à Défendre (ZAD) ne sont pas concernés par des accords auxquels ils ne souscrivent pas, et ceux et celles que l’État juge les plus radicaux sont ainsi isolé-e-s. Leurs futures expulsions préfigurent alors celles qui suivront.

L’exemple récent porté par le maire du Chefresne et certain-e-s de ses administré-e-s montre bien que l’État, la justice, s’assoie ouvertement sur les désidérata des populations locales, mais non parce qu’ils bafoueraient la démocratie mais parce que c’est l’essence même de la démocratie représentative de servir de cache sexe d’un État par essence autoritaire et lié aux intérêts du capital.

L’autre face de cet État nucléaire c’est son arsenal répressif. Depuis quelques semaines, la répression s’est invitée au cœur même du mouvement. D’actions publiques en actions publiques, la répression est devenue plus féroce. Ce sont en tout plus d’un vingtaine de personnes auxquelles s’intéressent officiellement aujourd’hui les services de gendarmerie et plusieurs procès sont également en cours. Les convocations pleuvent tout autant que les filatures, avec leurs litanies d’intimidation.

Depuis janvier, les actions publiques de déboulonnages comme celles d’occupation de chantiers se sont multipliées. Elles ont rendues visibles, et c’était leur but avoué, toute la vulnérabilité des installations de RTE et qu’une foule déterminée pouvait également être une force. Elles ont également permis une appropriation par tous et toutes de formes illégales de lutte. À noter tout de même au passage que ce sont bien ces deux aspects des actions qui étaient visés puisque les actions d’interférences nocturnes contre les chantiers de RTE ont eu beaucoup plus d’impact réel. Mais elles ont eu comme effets « pervers » d’exposer ceux et celles qui les portaient à la répression. L’État, un moment en partie désarçonné, a sans doute également laissé faire pour mieux fixer, identifier, ficher une contestation et monter des dossiers en vue de mieux dresser ses futurs gibets. Les premières assemblées avaient une vision assez claire de ces effets pervers qui semblaient pourtant inévitables en vue de nouer des espaces de rencontres, d’élaboration, etc.

Cependant, il ne faudrait que la désobéissance civile que nous avons utilisé comme moyen de lutte ne se transforme en idéologie autonome : une sorte d’obligation à s’exposer aux fourches caudines de la justice. Là aussi, une sorte de retour d’expérience s’impose. Faut-il rappeler que le mouvement des faucheur-se-s volontaires à largement reflué du fait des lourdes amendes que l’État a imposé à ses activistes ? Faut-il rappeler que cette désobéissance là fait de l’État un organe neutre à même de trancher, là où de fait il est partie prenante des processus d’expropriation de nos vies en cours ? Faut il aussi rappeler que les courants citoyennistes n’ont eu de cesse de dénoncer les fauchages clandestins et ainsi participer à criminaliser une frange très active du mouvement à même de porter de réels coups aux OGM ?

Pour autant, une autre illusion serait de croire que tout se construit uniquement dans l’ombre des sociétés secrètes et des affinités électives. L’État adore les démanteler ou les inventer. Et si conspirer c’est respirer ensemble, ça ne l’est que jusqu’à qu’on nous coupe le souffle parce qu’on nous a isolé, matraqué, enfermé. Le repli sur des actions isolées ne renverrait chacun qu’à son isolement, son atomisation, si chère à la société dominante. Et les discours fanfarons sur l’innocuité de l’État et de son arsenal répressif ne sont ni plus ni moins marqués du sceau de l’irréalité que ceux et celles qui voient dans l’État une pieuvre toute-puissante.

Les prochains mois vont donc être particulièrement importants en terme tactique. Comment continuer à porter des actions qui nous permettent de nous croiser, de discuter, d’élaborer, mais qui nous évite également de nous exposer trop facilement à l’arsenal répressif ? Comment maintenir une solidarité réelle lorsque la répression cherchera à nous isoler entre bons citoyens et méchants irresponsables ?

C’est en tout cas ce que ces derniers mois nous ont appris, au travers de ces moments informels au détour d’un repas commun ou d’une nuit de veille, cette étrange ferveur qui nous lie soudain dans ce goût de résister au monde qui se déploie sous nos yeux et qui s’érige au détour d’un pylône. C’est ce lien subversif au cœur des luttes qu’il s’agit d’entretenir et de partager plus largement. Il est au moins aussi important que la nécessité d’abattre une ligne en cours de construction. C’est cette opposition tangible au monde tel qu’il tourne au désastre, sans représentant-e-s, ni chefs que nous pouvons espérer propager.

Juin 2012,
Le CRAN – Collectif Radicalement AntiNucléaire

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[Si tu veux être heureux Nom de Dieu Pends ton propriétaire] Fallait pas l’expulser…

Allemagne. Une expulsion forcée a tourné au drame à Karlsruhe. Cinq personnes tuées lors d’une prise d’otages

Cinq personnes, dont le forcené, sont mortes mercredi lors d’une prise d’otages dans un quartier résidentiel de Karlsruhe par un homme qui s’opposait à son expulsion, a annoncé le parquet.

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Un forcené a tué quatre personnes avant de se suicider au cours d’une prise d’otages perpétrée dans son logement situé dans un quartier résidentiel de Karlsruhe dans le sud-ouest de l’Allemagne, a annoncé le parquet. L’homme âgé de 53 ans qui s’opposait à son expulsion s’est tué en retournant son arme automatique contre lui, a expliqué la police à la presse.…

En donnant l’assaut, la police a trouvé les corps sans vie de quatre personnes dans un appartement situé dans le nord de cette ville située à quelque 70 km de la frontière française après avoir senti une odeur de brûlé, environ cinq heures après le début de la prise d’otage.

Selon le parquet, parmi les victimes toutes « sommairement exécutée » se trouvait un huissier de 47 ans et un serrurier de 33 ans, tous deux pères de famille, le nouveau propriétaire du logement, âgé de 49 ans ainsi que la compagne du forcené, ancienne propriétaire du bien immobilier.

« Il y avait un danger considérable »

Celle-ci avait été dépossédée de cet appartement de trois pièces en raison d’« arriérés » dus à la copropriété de l’immeuble, qui avait décidé de mettre le bien en vente, a-t-on précisé.

Pour pouvoir emménager, le nouveau propriétaire avait réclamé l’évacuation de l’appartement prévue mercredi matin, mobilisant un huissier, un serrurier et un travailleur social qui devait préparer le couple à quitter le logement.

Le forcené possédait tout un arsenal, notamment une arme automatique, deux pistolets et une grenade factice, qu’il s’était procuré illégalement.

« Il était en mesure d’engager une violente confrontation armée avec la police », a précisé Roland Lay, chef adjoint de la police, disant avoir eu à faire face à une situation « très difficile et très complexe ».

« Les forces de police ont tout fait, en sachant qu’il y avait un danger considérable, pour tenter ce qui était possible pour sauver la vie des otages, mais ce n’était malheureusement plus possible », a regretté la chef de la police Hildegard Gerecke.

La police avait d’abord avancé le chiffre de trois ou quatre morts, mais des agents ont ensuite découvert dans l’appartement le corps d’une femme, l’ancienne propriétaire de l’appartement.

La prise d’otages avait commencé vers 8 heures (6 heures GMT) au moment de l’expulsion forcée dans un appartement du 5e et dernier étage d’un immeuble, situé dans un quartier résidentiel et boisé à quelques kilomètres au nord du centre-ville.

Quelque 200 policiers avaient été déployés sur place dont des membres des forces spéciales d’intervention. Plusieurs véhicules de police et des ambulances avaient été dépêchés devant l’immeuble où s’est produit la tuerie.

Un important dispositif de sécurité avait été mis en place autour du bâtiment situé dans cette ville de 295’000 habitants, siège des hautes juridictions allemandes.

Presse forcenée (BienPublic.com, 5 juillet 2012)

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[Nique la police] Les artificiers travaillent

Le commissariat de la cité visé par des tirs de mortier

« Il va vraiment finir par sauter, ce commissariat », lançait hier une habitante du Bois-l’Abbé à Champigny, sourire crispé aux lèvres, au vu des nombreux incidents constatés dans ce quartier sensible. La veille au soir, vers 22h30, le commissariat et son parking avaient essuyé de nouveaux tirs de mortier. Presque un an jour pour jour après des échauffourées entre policiers et jeunes l’été dernier.

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Champigny, cité du Bois-l’Abbé, hier. Le commissariat a été visé par des tirs de mortiers de feux d’artifice mardi soir.

« Je regardais la télévision et j’ai entendu un gros bruit. Je me suis dit : ça y est, ça recommence. » De sa fenêtre, cet habitant a une vue imprenable sur la place Rodin et les lieux de l’incident.

Un policier légèrement blessé par un débris

« J’ai vu des pétards grimper haut et retomber en faisant des couleurs. Comme un feu d’artifice. C’étaient de gros engins : si quelqu’un les prend en pleine face, c’est fini pour lui… Mais je n’ai pas vu qui les lançait, seulement d’où ça venait. » Un policier a été légèrement blessé à la cheville par un débris incandescent et un mortier non explosé a également été découvert dans un fourré du mail Rodin un peu plus tard. De son poste d’observation, ce voisin a également aperçu le jeu du chat et de la souris qui a suivi entre policiers, renforts de la brigade anticriminalité (BAC) et jeunes. À l’issue de cette course-poursuite, deux jeunes, à peine majeurs, ont été interpellés : l’un a été identifié comme l’un des auteurs des tirs et était toujours en garde à vue hier soir ; son comparse a été arrêté pour détention de cannabis et pour une autre affaire. « C’était impressionnant mais ça n’avait rien à voir avec l’été dernier. Cette fois-là, c’était vraiment le bazar », poursuit le voisin. Le 3 juillet 2011, neuf mineurs avaient été interpellés et quatre d’entre eux convoqués devant le juge des enfants. Même jets de projectiles et deux interpellations le 22 février.

« Je n’ai pas vu le feu d’artifice sur le commissariat mais cela fait une semaine qu’on entend des pétards dans le square Lully juste à côté, constate cette autre habitante du quartier. C’est régulier. Mais on n’en parle pas vraiment, un peu par peur sans doute. » Hier, trois petits impacts étaient toujours visibles sur la façade du commissariat de la cité.

Leur presse (Elsa Marnette avec F.H. et F.C., LeParisien.fr, 5 juillet 2012)


Ils attaquent la police avec des pétards

Plusieurs individus ont été interpellés dans la nuit de mardi à mercredi, à Champigny-sur-Marne et à Paris, après avoir visé la police avec des tirs de mortiers. Une fillette a été blessée à Bondy (Seine-Saint-Denis).

FAITS DIVERS – Deux personnes ont été interpellées vers 0h50 dans la nuit de mardi à mercredi après avoir jeté des pétards sur des policiers et pour « provocation à un attroupement armé » à Paris, dans le XXe arrondissement, a indiqué mercredi la préfecture de police.

Les policiers intervenaient pour mettre fin à ces jets de pétards et ont mis en fuite le groupe à leur arrivée. Un sac de huit artifices « bombardiers » et deux mortiers en position de tir ont été saisis sur place.

D’autres faits le même soir

Mardi soir, vers 23 heures, le commissariat de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne) a également été la cible de deux tirs de mortier, dont deux impacts sont visibles sur la façade. La brigade anticriminalité a interpellé sur place deux hommes après avoir essuyé des tirs.

Un peu plus tôt à Bondy (Seine-Saint-Denis), vers 22h45, une fillette de 11 ans a été atteinte à la carotide par un tir de mortier provenant de la rue alors qu’elle se trouvait à la fenêtre de sa chambre, au cinquième étage d’un immeuble. Elle a été hospitalisée mais ses jours ne sont pas en danger.

Leur presse (Metro, 4 juillet 2012)

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[Si tu veux être heureux Nom de Dieu Pends ton propriétaire] La Villa Milada brièvement occupée à Prague

Le squat Milada réoccupé quelques heures

L’un des squats historiques de Prague, la Villa Milada, a brièvement été occupé ce week-end avant que la police ne vienne interrompre la fête. Un happening et un concert s’y déroulaient afin de commémorer l’évacuation du site et protester contre la gestion immobilière des autorités publiques. Dans la nuit de samedi à dimanche, près d’une cinquantaine de squatteurs ont été encerclés par des policiers deux fois plus nombreux et suppléés par un hélicoptère. L’intervention des forces de l’ordre n’a pris fin que tard dans l’après-midi, car certains squatteurs avaient trouvé refuge sur le toit du bâtiment.

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Déserté depuis 1988, la Villa Milada, située dans le 8e arrondissement de Prague, entre les quartiers de Troja et d’Holešovice, a été squattée plus de dix ans à partir de 1998. Le bâtiment, datant des années 1920, avait ainsi retrouvé une seconde jeunesse en devenant un espace ouvert aux arts, accueillant régulièrement un festival antiraciste. Comme souvent, ces activités n’étaient pas du goût des voisins qui se plaignaient du bruit et du désordre. Aussi, la police avait-elle finalement violemment délogé les squatteurs en juin 2009.

Les militants avaient donc organisé ce week-end un concert au sein de la Villa en souvenir de cette évacuation et dans le but de dénoncer les autorités publiques, lesquelles n’ont engagé aucuns travaux de réparation. Selon, Jana Rösslerová, la porte-parole de la police de Prague, l’intervention était inévitable du fait de l’hostilité des squatteurs :

« Ils étaient très agressifs envers la police. Ils n’arrêtaient pas de leur crier des mots vulgaires. Ils insultaient les policiers, leur ont balancé des bouteilles enflammées et des objets dangereux, et les ont menacé d’une liquidation physique. »

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Pourtant, loin de cette terrible description, le comportement des squatteurs semblait relativement pacifique et bon enfant. Le groupe sur le toit s’est agrandi jusqu’à atteindre une vingtaine de personnes. L’une des figures de l’anarchisme tchèque, le journaliste et militant antiraciste Jakub Polák les a rejoints. Quelques-uns avaient apporté des enceintes et des instruments de musique. Aussi, les quelques invectives lancées aux représentants de l’ordre étaient plutôt humoristiques. Mais les protestants ont réellement souhaité adresser un message politique aux autorités, comme l’explique l’un d’entre eux :

« Pour nous, il s’agissait d’une pure action de protestation visant à attirer l’attention sur le fait que cette maison a été évacuée il y a près de trois ans et qu’il a été promis de la réparer. Elle n’a pas été réparée. Nous avons voulu montrer comment les choses sont gérées quand l’État est propriétaire. »

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Quatre squatteurs et deux policiers ont été légèrement blessés suite à l’intervention. Le ministère de l’Éducation, propriétaire de la villa, n’a pour l’instant pas réagi. En février 2010, il était envisagé d’en faire don à l’Université Charles. Le coût des travaux de réhabilitation est estimé à environ dix millions de couronnes (soit près de 400’000 euros).

Presse propriétaire (Pierre Meignan, Radio Prague, 2 juillet 2012)

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[Si tu veux être heureux Nom de Dieu Pends ton propriétaire] Le « Rat-Dit » à Bègles

Bègles. Une expulsion imminente

Depuis mai dernier, une douzaine de personnes occupent une maison qui appartient à la CUB.

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Un des squatteurs, ancien SDF, s'est lancé dans la photo et expose.

« Nous avons été directement contactés par un huissier de justice pour la procédure d’expulsion », assurent les habitants du squat du 102, avenue du Professeur-Bergonié, qui deviendra bientôt un habitat coopératif. La CUB est l’actuel propriétaire de cette parcelle de 1390 m². Bordeaux Euratlantique attend la libération des lieux et la démolition de la maison de 189 m², sur laquelle est juché un drapeau de pirate, pour jouir du bien. Une coopérative d’habitants, forme de logement social dans lequel les occupants conçoivent le lieu de vie, doit y voir le jour.

Le squat baptisé « rat-dit »

« Le squat est un accident dans ce processus d’acquisition », glisse Philippe Courtois, directeur de Bordeaux Euratlantique. « Nous, on projetait un collectif d’artistes, et sans le moindre besoin d’argent. Mais ils ne nous ont même pas consultés », commente Emmanuel Derobert-Masure, un des squatteurs, ancien SDF. Alors, parmi la douzaine de personnes qui occupent cet espace, la majorité ira à la rue.

En attendant que la décision de justice tombe, les poules continuent de gratter le sol. Un chien se faufile sous la table en remuant la queue. Des coquelicots poussent sauvagement au milieu du jardin. Et puis, un lit, sous un chapiteau.

Diego téléphone la tête appuyée sur le matelas, les pieds en l’air. Derrière lui, un potager. Dedans, des radis, entre autres. D’ailleurs, ils ont baptisé le squat : le « rat-dit ». « « Rat » parce que nous contribuons à réduire la masse de déchets de la population en consommant les poubelles des supermarchés, et parce que nous sommes considérés comme nuisibles. « Dit » parce qu’on a plein de choses à dire », explique Emmanuel. Effectivement, sur un mur, un pense-bête : proposer des réunions de quartier, projet Euratlantique, politique de la ville, etc.

Pas d’électricité

À part les deux panneaux solaires plantés dans le sol et qui servent à charger les téléphones portables, pas d’électricité. Pas de réfrigérateur donc. Des cageots de fruits et légumes, parfois pourris, envahissent le garage et l’arrière-cuisine. La viande, récupérée dans les invendus de supermarchés, terminera à la poubelle ce soir si elle n’a pas été consommée aujourd’hui.

Une texture solide marron occupe définitivement un pot en verre. « C’est une copine qui a fait du caramel pour s’épiler », indique celui qui a vécu des années dans la rue. Il est là depuis le début du squat, en mai dernier. Il s’est lancé dans la photo, aidé par Michel Martin, un employé de la boutique Panajou, allées de Tourny, à Bordeaux.

Le week-end dernier, lors de la 9e édition du festival des Photographicofolies à Saint-Denis-de-Pile, il a exposé ses photographies. Le thème ? « Assis sur mon sac de couchage, je regarde la misère du monde et je me sens heureux de vivre. »

Les 6 et 13 septembre prochain, deux réunions publiques de lancement du projet d’habitat coopératif, organisées par la Ville de Bègles, se tiendront au parc de L’Intelligence environnementale. Le recrutement des habitants volontaires, réalisé par la commune, débutera ensuite. Sans eux.

Presse périmée (Marie Théobald, SudOuest.fr, 4 juillet 2012)

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[Si tu veux être heureux Nom de Dieu Pends ton propriétaire] Toulouse : « La campagne de réquisition va continuer »

Toulouse. Menacé d’expulsion, le Slôli monte au créneau

Lundi 2 juillet à 10h le collectif « Slôli » a investi les locaux de la Mairie de Toulouse sans y être invité. Cette action fait suite à la menace d’expulsion dont il fait l’objet et qui doit rentrer en application dans les jours qui viennent.

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« Il y a plein de locaux libres mais les associations qui en font la demande mettent des années pour avoir quelque chose. Pour le souligner, on est passé en mode ‘squat’ » confie Christopher un des membres fondateurs de « Slôli ».

Depuis plusieurs mois, c’est donc illégalement que le collectif occupe le n° 2 de la rue Faubourg Bonnefoy. Aujourd’hui leur local est « préempté par la municipalité pour le futur quartier autour de ligne à grande vitesse (LGV) de 2020 ». Son propriétaire, la SA HLM Les Chalets clame son bien pour le revendre et depuis vendredi soir, la police est en droit d’intervenir à tout moment.

L’atelier

Officiellement ouvert en mars 2012 par une bande de passionnés, le concept de cet atelier-vélo participatif était simple. « Slôli » voulait réunir dans un même lieu « outils, conseils et savoir » sur tout ce qui touche de près ou du loin à la pédale. En retour, les visiteurs sont priés de « prendre un peu de temps pour faire tourner l’atelier ou pour faire un geste participatif libre ».

Parmi les fidèles du local, Michael Buschbacher, un fondu de vélo qui a traversé l’Europe sur son fidèle engin. « Des endroits comme ‘Slôli’ j’en ai pas vu beaucoup ailleurs, à part à Berlin et en Hollande où le vélo est très populaire. Le collectif fait vraiment de bonnes choses et il est même connu à l’étranger. J’étais en Autriche lorsque j’en ai entendu parler pour la première fois » se souvient-il.

Mais le « simple » atelier-vélo se transforme et se diversifie vite. « Des habitants du quartier nous ont dit qu’ils aimeraient monter un atelier photos, d’autres un atelier couture. La partie photo a tellement bien marché qu’elle est ce mois-ci sélectionnée au festival ‘Faites de l’Image’ (NDLR les 6 et 7 juillet) ». Une friperie est aussi mise en place. Comme en mars, le public vient désormais pour « réparer son vélo » mais aussi « remettre en état des appareils électroménagers, approcher les techniques de la permaculture, discuter simplement sur les canapés, accéder à Internet ou encore… faire du pain ! » complète Christopher.

Un dernier aspect des prestations qu’offre « Slôli » ne peut être ignoré, celui du logement social. Trois familles dont une femme enceinte, en très grande précarité sociale, élisent actuellement domicile dans l’atelier. Disposant de l’espace nécessaire, le 115 ferait même directement appel au collectif  depuis plusieurs mois.

Débouchant sur la promesse d’un rendez-vous cette semaine avec Jean Michel Fabre, adjoint en charge de démocratie locale et citoyenneté, le « squat » de l’hôtel de ville montre la détermination des membres du collectif. « Fin du premier round » confie un militant.

Presse interventionniste (Céline Roudière, Toulouse Infos, 3 Juillet 2012)


Toulouse : l’été la saison des expulsions ?

L’effervescence gagne les milieux militants toulousains. Plusieurs « squats » emblématiques sont en effet menacés d’expulsions dans les prochaines semaines. Au CREA, à Slôli ou encore sous le pont de la Poudrerie, les militants tentent de s’organiser.

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Dans la cour du CREA, on prépare la mobilisation

CREA : Un mois pour vider les lieux

Après avoir joué au chat et à la souris pendant une partie de l’hiver, pouvoirs publics et militants de lieux d’accueil parallèle s’opposent à nouveau. Structure emblématique de l’hébergement d’urgence auto-géré, le CREA (Collectif pour la réquisition, l’entraide et l’autogestion) vient de perdre la bataille judiciaire qui l’opposait à l’État depuis le mois de janvier dernier. Dans son délibéré du 29 juin dernier, le tribunal administratif de Toulouse a ordonné la libération de l’ancien bâtiment de l’AFPA situé avenue des Demoiselles, et donne un mois aux militants mais aussi aux familles pour quitter les lieux. « Le bâtiment abrite aujourd’hui neuf familles pour un total de 40 personnes », indique Matouf du CREA. Le bâtiment, occupé depuis 14 mois, a été le premier d’une série de réquisitions qui avaient donné lieu à plusieurs épisodes d’expulsions cet hiver.

Aujourd’hui, le CREA qui conduit une campagne de réquisition intitulée « Zéro enfants à la rue », coordonne trois autres lieux à Toulouse et un autre en Ariège. D’après ses membres, « le CREA héberge aujourd’hui 150 personnes soit près de 40% de l’hébergement d’urgence toulousain d’après le 115. Selon les travailleurs sociaux, ce qu’on l’on fait avenue des Demoiselles couterait 500’000€ à une collectivité. C’est en effet le budget d’un centre d’accueil pour 40 personnes. Nous, on le fait pour 500€… »

La procédure qui s’est achevée la semaine dernière met néanmoins fin à un répit qui aura duré le temps du printemps et signe le début d’un nouveau bras de fer entre militants et pouvoirs publics. « Nous ne quitterons pas les lieux », continue Matouf, « un chantier festif est organisé fin juillet et nous comptons également produire des animations pour les enfants qui n’ont pas la possibilité de partir en vacances cet été. » Et d’indiquer : « Des centaines de personnes sont encore à la rue à Toulouse. La campagne de réquisition va continuer. »

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Slôli : demande d’expulsion envoyée ?

À l’autre bout de Toulouse, rue du Faubourg Bonnefoy, c’est le Slôli qui est aujourd’hui menacé selon ses responsables. Ce lieu, créé en mars dernier dans un bâtiment vide géré par la société des Chalets, accueille un atelier de réparation de vélo, une médiathèque et de nombreux ateliers. « Le but était de créer du lien entre les habitants du quartier et promouvoir d’autres modes de consommation », explique Iva. Le nom Slôli a d’ailleurs été choisi en opposition au nom de l’ancien garage « Speedy » qui précédait les « squatteurs ». Slôli héberge également une vingtaine de personnes en situation de mal-logement et fait partie de la boucle du 115.

Cependant, le propriétaire a indiqué la semaine dernière qu’une demande d’expulsion venait d’être envoyée à la préfecture. En réaction, les militants ont investi hier la salle des commissions de la mairie de Toulouse place du Capitole, demandant à la collectivité de se porter acquéreur du bâtiment. Un rendez-vous devrait avoir lieu dans la semaine. En attendant, les militants organisent tous les matins un petit-déjeuner pour « faire masse face à une possible expulsion. »

Enfin, la crainte d’une intervention des forces de l’ordre se fait de plus en plus pressante sur les berges de Garonne où de nombreux Roumains et Bulgares se sont installés. Face au risque de crues, la préfecture souhaite faire évacuer les lieux. Les habitants et leurs soutiens refusent tant qu’une solution de relogement n’est pas proposée. Plusieurs tentatives d’expulsions ont d’ailleurs eu lieu ces dernières semaines.

Hasard du calendrier ou opportunité estivale, cette vague d’expulsion concernerait 300 personnes selon les responsables de ces différentes structures.

Presse opportuniste (Xavier Lalu, Carré d’info, 3 juillet 2012)

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Forum Européen à Notre-Dame-des-Landes

La 2e édition du Forum Européen contre les Grands Projets Inutiles et Imposés se déroulera à Notre-Dame-des-Landes (44) du 7 au 11 juillet 2012.

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Pourquoi nous y participons et pourquoi nous vous y invitons :

Contrairement à certaines composantes de la lutte anti-aéroport locale ou d’autres ailleurs, qui privilégieraient l’option institutionnelle, nous n’espérons rien d’une « transition sociale, écologique et démocratique » [Voir l’appel du Comité de pilotage (Coordination des Opposant-es au projet d’aéroport de NDDL, Mouvement No TAV, Stuttgart est partout, Collectif d’Associations de Défense de l’Environnement contre la ligne LGV au Pays Basque)] ou d’une écologie de façade, avec la promotion du développement durable, qui n’est rien d’autre qu’un capitalisme vert.

En effet, nous estimons que la lutte contre l’aéroport de NDDL, et plus globalement contre tous les grands projets inutiles imposés, s’inscrit dans le cadre plus global de lutte contre le système capitaliste. Avec la participation active des États, les multinationales et les grandes entreprises cherchent à dégager de nouvelles marges de bénéfice, en réorganisant les territoires pour faciliter le développement de leurs activités.

En clair, on détruit les espaces ruraux et agricoles et on agrandit les villes pour construire en force de nouvelles infrastructures gigantesques et nuisibles dont les bénéficiaires ne seront que les possédants. Fausse concertation publique, mensonges, bourrage de crâne médiatique, répression des opposant-es… : les techniques pour imposer ces projets sont toujours les mêmes.

Pour contrer cette logique mortifère, nous sommes convaincus de la nécessité de créer, au moment du forum comme au-delà, des espaces de rencontre, de discussion et de résistance. Ainsi, nous voulons permettre aux individu-es et aux groupes qui viendront lors de ces journées de partager et de confronter leurs différentes expériences, leurs différentes pratiques de luttes. Pour nous, l’objectif n’est pas de s’auto-congratuler mais bien d’échanger autour d’autres formes de résistance.

Nous savons qu’il existe dans l’hexagone, en Europe et dans le monde, une multitude de collectifs autonomes qui se mobilisent physiquement (blocages, occupations, sabotages) contre les infrastructures capitalistes et les nuisances qu’elles génèrent. Ici contre le projet d’aéroport, là-bas contre des LGV [Ligne à Grande Vitesse], ailleurs contre un projet de ligne THT [Ligne à Très Haute Tension], de centrale à gaz, de stade de foot, de parc éolien, de centre d’enfouissement des déchets nucléaires. Partout contre les projets de rénovation urbaine, d’écoquartiers, de centres commerciaux, de pôles industriels et de zones d’activités.

Nous pensons que ce forum peut être l’occasion de diffuser des pratiques et une critique radicale, pour sortir d’une approche politicienne ou bureaucratique de ces luttes.

Ce moment de rencontres, au-delà des solidarités inter-luttes qu’il peut susciter, est pour nous l’occasion :

• de partager autour des stratégies et des modes d’action une fois les recours légaux épuisés et les travaux entamés ;

• de sortir du localisme des luttes pour construire un mouvement global qui donne de la consistance au « Ni ici, ni ailleurs » ;

• d’articuler les luttes avec le projet plus global de lutte contre l’État et le capital.

Nous vous invitons à venir :

• partager vos idées et expériences, à travers des débats ouverts à tout-es ;

• renforcer nos liens entre collectifs en lutte pour essayer nous coordonner et de nous fédérer.

• conjuguer la parole et les actes autour de l’enquête publique du 11 juillet afin que nos échanges d’idées se matérialisent dans l’action collective.

Pour une rencontre des résistances aux grands projets

Union locale des syndicats CNT de Vendée, 22 juin 2012

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[La liberté ou la mort] Les sit-ins continuent à Shifang (Sichuan)

Les manifestants de Shifang maintiennent la pression sur les autorités chinoises

Des centaines de personnes se sont rassemblées en dépit d’une forte présence policière, mercredi 4 juillet, dans la ville de Shifang, où les autorités ont annoncé mardi soir l’abandon définitif d’un projet d’usine polluante. Après deux jours d’affrontements entre des habitants et la police antiémeute et l’annonce d’une répression implacable contre ceux qui poursuivraient le mouvement, vingt et une personnes arrêtées sur vingt-sept ont été libérées.

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Des policiers devant des bâtiments officiels à Shifang, le 4 juillet 2012.

Ces arrestations ont déclenché un énorme sit-in mardi soir devant un bâtiment de l’administration par les habitants pour exiger la libération des détenus. Des photographies publiées sur les sites de micromessagerie montrent une foule importante assise sous des lampadaires. Six personnes sont toujours détenues par la police, indique l’autorité municipale dans un communiqué sur son site officiel de micromessagerie, Sina Weibo. Selon Chinese Human Rights Defenders, une organisation de défense des droits de l’homme, deux manifestants auraient été tués dans les affrontements, ce que nie le gouvernement.

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Le chef local du Parti communiste a souligné que cette usine de traitement de métaux lourds aurait apporté beaucoup d’emplois et de bénéfices économiques à sa ville, mais il a reconnu l’opposition de la population et l’échec du gouvernement à expliquer aux habitants les avantages du projet. Dès lundi, les autorités avaient reculé sur le projet de complexe métallurgique, dont la réalisation n’avait toutefois été que suspendue dans un premier temps.

Les dernières manifestations contre la pollution soulignent les préoccupations écologiques de nombreux Chinois. Durant l’été 2011, une usine fabriquant des panneaux solaires avait ainsi été provisoirement fermée à Haining après des manifestations, tandis que les habitants de Dalian (Nord-Est) avaient obtenu le déménagement d’un complexe pétrochimique qui devait être implanté dans leur ville.

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Presse polluée (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer et Reuters, 4 juillet 2012)

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[La liberté ou la mort] Grande manifestation anti-nucléaire à Tokyo

Les manifestations antinucléaires à Tokyo : hortensias et mégaphones

(De Tokyo) Tous les vendredis depuis trois mois, mères de famille, fonctionnaires et activistes se regroupent de 18 heures à 20 heures devant la résidence du Premier ministre. Là, chacun prend sa pancarte et scande des speeches antinucléaires tandis que le reste des manifestants s’aligne tant bien que mal sur le trottoir pour former une chaîne humaine de plusieurs kilomètres.

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Organisé par la Coalition métropolitaine antinucléaire, l’appel à crier sous les fenêtres de Yoshihiko Noda contre le redémarrage de la centrale d’Oi a été diffusé sur Twitter et Facebook depuis mars 2012 et n’a cessé de rallier des voix.

Alors que le gouvernement a annoncé le 8 juin le redémarrage de deux des 54 réacteurs à l’arrêt dans l’archipel, la population essaie de se mobiliser pour empêcher cette décision.

Cependant, comme en témoignent de nombreuses personnes sur les réseaux sociaux, la manifestation est encore perçue comme un acte violent, négatif et antipatriotique. Les organisateurs essaient de redorer le blason de l’action en garantissant une sécurité totale aux participants grâce à un service d’ordre musclé.

La vieille école

« Nous attendons au moins 100’000 personnes aujourd’hui. Alors j’espère que cette fois-ci la manifestation pourra envahir la rue de la Diète ! C’est vrai, on est toujours cantonnés sur le trottoir alors que le soir, il y a peu de voitures. »

Takehiko Yagi, un des membres permanents du campement antinucléaire qui squatte le carrefour du quartier des ministères depuis dix mois, prend un air rêveur. Depuis le 11 mars 2011, date anniversaire de la triple catastrophe, les manifestations antinucléaires japonaises se sont autoregulées pour ne pas perturber l’ordre public avec un service de sécurité drastique du côté des organisateurs.

« Les manifestations après la guerre n’étaient pas comme ça, dans mon temps on descendait dans la rue peu importe les conséquences. C’est depuis le milieu des années 70 que cela a changé avec l’anticommunisme ambiant, les actes terroristes de la Dekigun [l’Armée rouge japonaise, ndlr] et la repression policière. Maintenant, tout le monde est bien rangé, on met des camions avec de la musique et on danse, même la police n’a plus de bouclier… C’est une autre époque ! »

« Old school », monsieur Yagi fait partie de ceux qui se battaient contre le traité de securité nippo-americain et contre la guerre du Vietnam. Mais en quarante ans, il semble que la fracture entre le monde politique et la vie civile se soit agrandie au profit d’une démocratie de façade où plus personne n’ose manifester son opinion.

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Une manifestation rangée à Tokyo

Mégaphones et règles du manifestants

« Au Japon maintenant, on a peur des manifestants. Depuis le début, nous passons pour des terroristes aux yeux de la population. C’est pour changer cette image que nous devons respecter les règles et ne pas causer de problème », commente un des organisateurs.

Les règles sont drastiques. Sans autorisation de déborder sur la chaussée, les manifestants sont condamnés à marcher en rang serré sur le trottoir en laissant un couloir pour les piétons.

« Si on ne fait pas cela, il y aura des plaintes et plus personne ne viendra participer », soutient un manifestant qui se tient immobile depuis 18 heures. À côté de lui, une femme acquiesce en montrant son jeune enfant. Elle vient de Kashiwa, une banlieue contaminée de Tokyo depuis l’accident nucléaire de Fukushima :

« Je viens tous les vendredis avec mon fils. Beaucoup de mères viennent également car elles ont vu que les manifestations étaient sans danger. »

Encerclant le carrefour de la résidence du Premier ministre, des fourgons de police hurlent avec des haut-parleurs de laisser la voie libre aux voitures tandis que les manifestants affluent des bouches de métro. Devant un passage clouté barré par les forces de l’ordre, un homme d’une cinquantaine d’années en costume cravate commence à s’énerver :

« On ne peut même pas traverser librement pour aller de l’autre côté du trottoir et on nous oblige à aller faire la queue à perpet’, tout ça pour scinder la manifestation et dire ensuite qu’il n’y avait que 11’000 personnes alors qu’il y en avait 45’000 la semaine dernière ! »

Avant de se retourner pour crier aux policiers :

« Vous portez atteinte à loi sur la liberté de manifester. C’est un scandale !

— Veuillez circuler monsieur ! Ne restez pas sur le passage »

Les deux policiers restent stoïques en répétant inlassablement les instructions. Dans la foule, ceux qui ont assisté à la scène regardent l’homme d’un air amusé ou gêné, certains osent hocher la tête en approuvant. Depuis seize mois, c’est la première fois que j’assiste à une scène comme celle-ci. Un membre du service d’ordre interne arrive et essaie de calmer l’homme en colère en lui demandant de coopérer :

« Dans une manifestation, en général, on arrête les voitures, pas les gens ! Vous enfreignez la loi ! »

L’homme crie avant de rebrousser chemin d’un air dégouté. Shinya Sawaki, un jeune musicien, prend un air perplexe :

« C’est la première fois que je viens aux manifestations du vendredi. En fait, je n’étais pas venu manifester depuis ‘la révolte des amateurs’ en avril 2011. C’est vrai que c’est très différent comme ambiance, mais l’essentiel c’est que beaucoup de monde se rallie. »

La manifestation antinucléaire organisée par le collectif de rue « la révolte des amateurs » avait rassemblé spontanément 15’000 personnes alors qu’on n’en attendait pas plus de 5000. La fanfare bon enfant de début d’après-midi avait peu à peu fait place à des sound-systems rugissants, où alternaient rap, techno et rock alternatif au grand dam des services de police complètement dépassés par le déferlement de jeunes.

Sans aucun service d’ordre interne, cette première manifestation antinucléaire post-Fukushima n’avait pourtant provoqué aucun heurt. Paradoxalement, c’est quand les forces de l’ordre ont décuplé leurs moyens qu’on a commencé à avoir des arrestations (2 arrestations pour troubles de l’ordre public lors de la manifestation du 11 septembre).

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Manifestants

« Noda ! ! sors de là ! »

À la jonction des deux énormes files de manifestants, le QG de la Coalition métropolitaine antinucléaire s’est réuni sur une place étroite quadrillée par la police et les médias. Séparé de la résidence du Premier ministre de plusieurs mètres, les intervenants se passent le mégaphone pour lui crier tout le bien qu’ils en pensent [sic].

Sur les côtés, la foule des manifestants essaient tant bien que mal de trouver une place. Refoulés par deux services de sécurité différents, les quelque 60’000 personnes qui sont déjà présents à 19 heures commencent à investir tout le trottoir. À la nuit tombée, deux rangées sur la route ont été aménagées par des pylônes et fermées à l’avant par un barrage policier. La situation est exceptionnelle au Japon et on sent un vent de révolte monter. Alors que la circulation routière n’est toujours pas stoppée, une camionnette à l’effigie antinucléaire s’arrête en plein milieu de la route.

Quelques minutes plus tard, la foule amassée derrière enjambe les pylônes, encouragée par quelques « Libérer la rue ! ». Les plus téméraires avancent sur le barrage de police et restent imperturbablement à leur place malgré les injonctions de la police. Au pays de la discipline, on n’a jamais vu ça en 40 ans.

Alors que la foule avance sur la résidence en scandant en rythme « Contre le redémarrage ! », une rumeur des premières estimations circule. Entre 150’000 et 180’000 manifestants contre 17’000 selon la police, publie le journal Asahi qui pourtant n’a pas l’habitude de faire des commentaires.

Malgré l’excitation d’une telle nouvelle, les Japonais restent calmes. Ils se contentent de hurler vers la résidence leur mépris et leur colère face à un gouvernement qui veut encore faire croire au mythe de la sécurité nucléaire.

« Noda ! ! sors de là ! Si c’est pas toi qui te fais harakiri, c’est nous qui nous nous en chargerons ! » entend-on.

Coup de théâtre

La police recule de quelques mètres sous la pression de la foule et forme un nouveau barrage. Les manifestants ne sont plus qu’à quelques mètres de l’entrée. Les hauts-parleurs crient de ne plus avancer, le temps est suspendu. C’est à ce moment là, que Misao Redwolf, la tête de la Coalition, prend la parole.

« La coalition et tous les organisateurs vous demandent de vous disperser ! Ceci est un avertissement pour éviter tout accident {..} Nous reviendrons vendredi prochain mais aujourd’hui c’est terminé ! Merci d’être venus si nombreux ! »

Des protestations fusent, devant l’immobilisme de la foule, Misao revient encore une fois :

« La coalition a obtenu le droit de manifester jusqu’à 20 heures. Merci d’avoir tous repondu à notre appel, nous nous réunirons à nouveau vendredi ! Mais maintenant vous devez partir ! ! »

Le ton est suppliant, on sent que les organisateurs sont aussi complètement dépassés. Un membre du service d’ordre interne essaie de faire reculer le front avant et se butte à un manifestant.

« Je ne fais pas partie de votre Coalition ! Vous ne comprenez rien ! Je n’ai pas d’ordre à recevoir de vous, vous vous croyez pour la police ou quoi ? »

Vingt minutes plus tard, personne n’a bougé. Pourtant la lassitude se marque sur les visages. Tour à tour, la police et le service d’ordre de la Coalition crient les mêmes phrases à l’infini. Les médias pour une fois tous présents font péter les flashs tandis que du haut d’un fourgon, un chef de police en civil filme les belligérants. Il n’y a pas si longtemps, on arrivait masqués dans les manifestations au Japon ; mais là personne ne se cache plus.

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Policiers donnant des instructions

« Le service d’ordre n’était pas suffisant ! »

« Kokkaigijidomae est derrière vous, et à droite vous avez la station de métro Tameikesanno », indique en boucle un policier avec son porte-voix. La situation est tellement dérisoire que les gens finissent par abdiquer en riant à moitié.

Que ce serait-il passé devant la résidence si les organisateurs n’étaient pas intervenus ? Personne ne peut le savoir. Certains avertissent sur Twitter qu’il faut venir la prochaine fois avec des masques et sans enfants par peur des représailles.

On annonce déjà pour vendredi 300’000 personnes.

Ce qui est certain, c’est que la manifestation du 29 avril aura marqué un tournant dans la lutte antinucléaire au Japon. Même les organisateurs sourient de toute leurs oreilles, après que la foule s’est dispersée :

« C’était incroyable, n’est-ce-pas ? Quel monde ! Le service d’ordre était insuffisant et nous étions dépassés mais nous espérons pouvoir organiser un autre rassemblement vendredi prochain ! »

Bancho, un des molosses du service d’ordre, éponge son front.

« Même si nous demandons une autorisation pour manifester sur la chaussée, nous ne l’aurons pas, donc on va continuer comme ça », ajoute Misao Redwolf.

La révolution des hortensias

La Coalition doit se réunir pour discuter de la tenue du prochain vendredi antinucléaire. Le processus de remise en marche des réacteurs a commencé depuis le 1er juillet dans la centrale d’Oi, construite à proximité d’une faille sismique active et en bord de mer. Sachiko Sato une paysanne de Fukushima qui a tout perdu déclare :

« Quoique le gouvernement fasse, nous allons continuer à nous battre. Les femmes se réunissent régulièrement à la Diète et ce jour trois femmes députés se sont jointes à nous. Ce sont les femmes qui vont changer le Japon ! En mémoire des atrocités de la guerre et de l’article 9 de la Constitution, nous continuerons à nous battre pacifiquement. »

Le mois de juin aura été marqué par la prise de position pronucléaire du gouvernement et par l’absence de programme énergétique. Il aura fait naître aussi plein d’hortensias. Ces fleurs de début d’été connues pour éclore en groupement et passer du bleu clair au violet foncé. Comme ces manifestations « made in Japan », sans heurts ni violences mais dont la couleur s’intensifie au fil des jours.

Publié sur un blog radioactif (Alissa Descotes Toyosaki, « Les fleurs du printemps nucléaire », 3 juillet 2011)


Voir aussi :

La Révolution des Hortensias est en route ! (manif du 22 juin 2012)

La Révolution des Hortensias (manif du 29 juin 2012)

Publié dans Luttes antinucléaires, Luttes pour la terre | Marqué avec , , , , , , , | Commentaires fermés sur [La liberté ou la mort] Grande manifestation anti-nucléaire à Tokyo

[Celendin, Hualgayoc et Cajamarca] Hideux dans leur apothéose / Les rois de la mine et du rail / Ont-ils jamais fait autre chose / Que dévaliser le travail ?

Pérou : état d’urgence décrété au nord

Le gouvernement péruvien a décrété hier l’état d’urgence dans la région de Cajamarca (nord) après que trois personnes eurent été tuées et vingt blessées lors d’affrontements entre forces de sécurité et manifestants hostiles à un projet d’aménagement de la mine d’or de Conga, appartenant à la société américaine Newmont, a annoncé le ministre de la Justice Juan Jimenez.

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« L’état d’urgence a été décrété dans les provinces de Celendin, Hualgayoc et Cajamarca », a-t-il indiqué. Plus de 1.000 personnes, qui manifestaient dans la ville de Celendin, s’en sont pris aux bâtiments municipaux par des jets de pierre, en reprochant au maire de Celendin, Mauro Aertega, d’être favorable au chantier. Les forces de l’ordre ont répliqué par des tirs à de grenades lacrymogènes et des charges pour disperser la foule.

Fin 2011, la province avait été en partie paralysée par une série de manifestations et de bloquages de routes contre le projet de Conga, plus gros investissement minier du pays (4,8 milliards de dollars), qui doit voir le jour d’ici 2014. Le gouvernement avait alors déjà décrété l’état urgence.

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Les opposants au projet redoutent principalement l’impact de la mine sur les fragiles ressources en eau de la région. Le projet doit sacrifier quatre lacs-réservoirs d’altitude pour les remplacer par des lacs artificiels

Le projet avait été approuvé par le gouvernement de l’ancien président Alan Garcia en 2010. Son successeur le président Ollanta Humala avait également soutenu ce projet tout en insistant sur la préservation de l’environnement.

Leur presse (Agence Faut Payer, 4 juillet 2012)

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[La liberté ou la mort] Deux jours d’émeute contre un projet d’usine métallurgique à Shifang (Sichuan)

Une ville chinoise sous tension après des manifestations contre une usine

La ville de Shifang, dans le sud-ouest de la Chine, était sous haute tension mardi, les autorités annonçant une répression implacable contre des protestataires opposés à la construction d’une usine polluante, tandis que la police intervenait pour disperser des rassemblements.

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D’après des habitants interrogés par l’AFP, des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre faisant usage de gaz lacrymogènes et de matraques se poursuivaient mardi pour le deuxième jour consécutif.

Shifang, une ville de 220.000 habitants, se relève à peine des destructions provoquées par le séisme du Sichuan qui a fait 88.000 morts et disparus en 2008.

Selon le gouvernement, des manifestants ont attaqué lundi des bâtiments officiels en lançant des briques et des pierres, ont endommagé des véhicules et s’en sont directement pris à la police et à d’autres fonctionnaires.

Deux protestataires ont été tués dans les manifestations, a rapporté l’organisation de défense des droits de l’Homme Chinese Human Rights Defenders. Cette information n’a pas pu être vérifiée de manière indépendante, tandis que ces décès n’étaient mentionnés ni par la police, ni par le gouvernement.

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La police de Shifang a mis en garde les manifestants mardi, annonçant qu’ils allaient être « sévèrement punis » s’ils continuaient à mener des actions « illégales ».

« Quiconque a incité, planifié ou organisé des rassemblements illégaux, manifestations ou marches de protestation ainsi que ceux impliqués dans des destructions et des pillages (…) seront sévèrement punis », d’après le communiqué.

« Tous ceux qui utilisent l’Internet, les messages par téléphone portable ou d’autres méthodes » dans les mêmes buts « doivent immédiatement cesser leurs activités illégales », poursuit la police.

Des rassemblements sporadiques continuaient néanmoins à avoir lieu mardi, selon des témoignages recueillis par l’AFP.

« Je viens de me rendre sur une petite place près du centre-ville, il y avait là plusieurs centaines, peut-être plus d’un millier de personnes. Au moment où je me suis mêlé à la foule, la police a fait usage de gaz lacrymogènes », a déclaré une femme par téléphone sous couvert de l’anonymat, en milieu d’après-midi.

En début d’après-midi, « il y avait encore beaucoup de badauds (dans les rues). Je suis également sorti pour voir. La police chassait les gens à coups de matraques », a déclaré un autre habitant.

Il a ajouté que la police avait fait usage de gaz lacrymogènes dans la matinée.

Un site internet gouvernemental, enorth.com.cn, a également fait état de l’usage de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes contre les manifestants lundi à Shifang.

« Plusieurs policiers ont été blessés et des dizaines de voitures de police ont été endommagées ou renversées », selon ce site qui rapporte que « durant la dispersion, 13 personnes dans la foule ont été légèrement blessées et ont toutes été emmenées par des ambulances ».

La police et le gouvernement de Shifang sont de leur côté restés injoignables mardi.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/07/041.jpgDes photos postées sur l’Internet et dont l’authenticité n’a pas pu être immédiatement vérifiée par l’AFP montraient des affrontements entre des centaines de policiers anti-émeutes et les contestataires.

Plusieurs de ces photos montraient aussi des manifestants couverts de sang, tandis que sur d’autres on pouvait voir des centaines de personnes défiler dans les rues, portant des banderoles appellant à l’abandon du projet d’usine.

Cette usine métallurgique traiterait des métaux lourds comme le cuivre et le molybdène. Devant les craintes de la population pour l’environnement, le gouvernement local avait annoncé lundi l’arrêt de sa construction.

Les questions de pollution sont devenues un sujet fréquent de mécontentement en Chine, où l’environnement a été sacrifié sur l’autel d’une croissance économique et d’une industrialisation effrenées.

Les autorités chinoises craignent pour la stabilité sociale du pays, en particulier avant le congrès du Parti communiste prévu cet automne, qui doit voir une nouvelle génération de dirigeants accéder au pouvoir à Pékin.

Presse polluée (Robert Saiget, Agence Faut Payer, 3 juillet 2012)


Chine : un projet d’usine polluante arrêté suite à des manifestations

Un projet d’usine métallurgique a été stoppé lundi par les autorités de la ville de Shifang, dans la province du Sichuan (sud-ouest), après des manifestations d’habitants craignant la pollution qu’il aurait engendré, a-t-on appris de source officielle.

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Cette usine de transformation de métaux du groupe Sichuan Hongda devait produire des alliages à base de molybdène et de cuivre.

« Face à l’incompréhension et à l’opposition de la population, et après avoir étudié la question, le comité du Parti et le gouvernement de la ville ont décidé de demander à l’entreprise chargée du projet d’en arrêter la construction », selon un communiqué posté lundi sur le site internet du gouvernement local.

Mais dans une « lettre ouverte » à la population, le gouvernement explique que le projet d’usine utilise « les normes et les équipements les plus avancés au niveau international » et « n’aura pas d’influence sur l’eau souterraine ou de surface », ni d’une manière générale « sur l’environnement ».

Le gouvernement appelle dans cette lettre les habitants et les élèves au calme et à se consacrer respectivement à leur travail et à leurs études.

Selon des photos postées sur Sina Weibo, le premier service de microblogging chinois, une foule de plusieurs centaines de personnes protestait contre la construction de l’usine.

Le gouvernement a annoncé la constitution d’un groupe de travail chargé de collecter les avis et les propositions des habitants par rapport au projet industriel.

L’environnement est souvent sacrifié en Chine sur l’autel de la croissance et de l’industrialisation et il n’est pas rare que des pollutions industrielles soient à l’origine de soulèvements.

En décembre, des affrontements entre des opposants à la construction d’une centrale thermique et la police s’étaient produits dans la ville de Haimen (sud).

Il arrive parfois que les autorités soient obligées de reculer ou de modifier leurs projets face à l’opposition de la population.

Durant l’été 2011, une usine fabricant des panneaux solaires avait ainsi été provisoirement fermée à Haining (est) après des manifestations, tandis que les habitants de Dalian (nord-est) avaient obtenu le déménagement d’un complexe pétrochimique qui devait être implanté dans leur ville.

Presse polluée (Agence Faut Payer, 2 juillet 2012)

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[Domaine autogéré des Quintarets] Communiqué du 2 juillet

ChèrEs GersoisEs,

Les occupants du Domaine des Quintarets (vulgairement appelés « squatteurs ») vous communiquent les nouvelles de leur situation et leur point de vue. Voilà un mois que le Château refait parler de lui après 5 ans de silence. Derrière une simple histoire de squat se déroule un combat : celui des « petits » contre les « gros », celui de ceux qui ont tout contre ceux qui n’ont rien.

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Après avoir escroqué employés et artisans du coin (qui n’ont jamais récupéré un centime même après poursuites judiciaires), les propriétaires reviennent. Ils claquent des doigts, obtiennent une ordonnance de la présidente du tribunal d’instance d’Auch qui les autorise à expulser nous et nos enfants sans possibilité de nous défendre. Dans le Pays de D’Artagnan, on est revenu au temps des lettres de cachet, qui permettent de faire incarcérer, d’interner ou de réduire à l’exil tout dissident au régime, sans procès. Nous demandons le retrait de l’ordonnance établie à notre encontre le 18 juin dernier, qu’une enquête soit ouverte sur les réseaux et les affaires financières de la famille Le Marie – Tranier et vous invitons à vous positionner partant du constat que ça nous concerne tous.

Nous ne sommes pas des voleurs de biens, ni des « squatteurs ». Nous sommes issus d’un mouvement social né il y a de nombreuses années dans plusieurs pays d’Europe. Si nécessité fait loi, nous ne réquisitionnons jamais des biens appartenant à des « petits propriétaires ». Bien au contraire, nous occupons toujours des lieux détenus par des escrocs, spéculateurs et qui mettent en lumière des dysfonctionnements. C’est le mécanisme propriété privée / publique qu’il nous faut remplacer par une propriété d’usage.

Notre mouvement est politique, il est né dans le désespoir d’une jeunesse pour qui l’avenir est synonyme de crise. Il porte l’espoir de ceux qui luttent et la volonté de ne plus se construire sur dogmes et mensonges, ça suffit ! Nous sommes la génération sacrifiée aux trente ans de gloire du capitalisme. Ce dernier arrive à son terme et c’est tant mieux car il a détruit toutes ces valeurs qui faisaient de nous des humains. Venant tous de familles ayant travaillé toute leur vie pour laisser quelque chose à leurs enfants, nous combattons pour la justice sociale. Nous nous sommes toujours retrouvés autour de valeurs telles que la Liberté, l’Égalité, la Fraternité… et nous prônons la réappropriation de nos vies, la reprise en main de notre avenir, la reconstruction des rapports sociaux et des liens qui unissaient les générations.

Ce mouvement social, présent partout en France, a permis l’hiver dernier à Toulouse de colmater la disparition programmée de la solidarité en répondant à plus de 40 % des demandes d’hébergement d’urgence.

Plus de 200 personnes dont au moins 50 enfants ont habité des lieux de vie réquisitionnés et autogérés. Des centaines de concerts et représentations dont l’accès est à prix libre, des dizaines d’ateliers d’entraide (plomberie, électricité, potagers, informatique, réflexions, scolarité, soins…) ont également vu le jour. Ces bâtiments appartenaient soit au domaine public, soit aux spéculateurs, exceptions faites de quelques SCI et surtout de la communauté Jésuite avec qui nous avons trouvé des terrains d’entente ou des accords moraux.

Aujourd’hui ce mouvement social arrive dans le Gers, après ces dernières années de destructions par le gouvernement Sarkozy. À Auch, préfecture du département, le seul lieu d’accueil pour les SDF est en liquidation judiciaire… Il n’y aura bientôt plus un seul endroit dans la ville pour se nourrir, se laver ou dormir… Comble du ridicule, à l’Isle-Bouzon, une petite association (La Paz) s’efforçant de redonner vie et utilité publique à un ensemble autrefois bâti par des personnes en difficulté est aujourd’hui la cible d’une guérilla populaire où on oppose les salariés du centre Canteloup (propriétaires actuels) aux nouveaux habitants des lieux. Le directeur de l’association a même fortement conseillé par courrier à ses salariés de ne pas communiquer avec les membres de la Paz, sans oublier les 2 véhicules brûlés…

On évite encore de saluer leurs initiatives pourtant sans ambiguïté et de pointer les responsables de cette situation absurde mais éloquente d’abandon de lieux et d’activités incontournables pour garantir une vie sociale saine et respectueuse les uns des autres. L’État est plus pressé de réclamer sa redevance TV quand on oublie de cocher la croix sur le formulaire… alors qu’ici et ailleurs quelques personnes concentrent des centaines de milliers d’€.

Ne nous laissons pas entraîner dans le repli sur soi et dans la peur qui nous conduisent déjà trop souvent aux déchaînements de violence, au chacun pour soi et moi d’abord… On reprend les rennes de nos vies et on partage les responsabilités. La meilleure façon de « détruire » ce monde c’est de faire ensemble, sinon on verra la victoire de l’extrême droite et surtout de la haine.

Nous avons sollicité les responsables politiques du Gers à nous aider à trouver une solution à la création de notre projet agricole et social. On remercie tous les coups de klaxon, tout le monde qui s’est déplacé pour nous aider et nous accompagner dans cette aventure et nous portons une attention particulière à M. Tourné, dont les attitudes montrent clairement qu’il connaît bien la situation, tout comme son absence de propositions sur la situation sociale révèle sa véritable éthique politique.

Nous continuerons à occuper des lieux laissés à l’abandon pour réaliser notre projet qui reste une solution directe, concrète et peu coûteuse à de nombreux problèmes sociaux. Comme disait l’autre le changement, c’est maintenant !

Les occupantEs du Domaine Autogéré des Quintarets
Association pour L’Entraide Sociale, l’Émancipation et le Développement Durable

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[Dijon] Manif en réaction à l’expulsion des Greffes

Une centaine de personnes ont manifesté ce lundi soir contre l’expulsion du squat des Greffes le matin même.

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Rendez-vous était donné devant la préfecture, avec peu de migrant-e-s, occupés à retrouver un logement pour une bonne part et qui ont peu envie d’être à nouveau face aux CRS. Les banderoles [« contre toutes les expulsions » et « l’insalubrité est un prétexte » (en référence à la manipulation de la mairie qui a contribué à l’expulsion en publiant un arrêté de péril)] investissent la chaussée et bloquent la circulation. Alors que ce genre de blocage est une pratique courante devant la pref et se passe toujours sans problème, cette fois-ci les nombreux CRS présents ont tenté, sans succès, de virer les gens en poussant et mettant quelques petits coups de tonfa. Tout le monde aura remarqué le changement…

Une proposition de partir en manif est lancée, pour aller gueuler devant la mairie et à tou-te-s les Dijonnais-es qu’on laissera pas mettre 300 personnes à la rue sans réagir. Pour faire diversion la préfecture propose de recevoir une délégation (pour parler de quoi ?!) et ça discute pour savoir s’il faut y aller ou pas, pour finalement partir direction la mairie avec une bonne partie des personnes présentes.

Arrivés devant l’hôtel de Vogüe, on tombe sur une scène du festival DIESE largement organisé par la mairie. On gueule « non non non aux expulsions », « gauche droite, même arnaque, solidarité avec les sans-papiers », on monte sur scène avec la banderole et on met la pression aux organisateurs pour avoir une prise de parole. Le chanteur se plaint qu’on « vole son concert » (le pauvre) mais finit de mauvaise grâce par lâcher le micro, pour qu’on explique au public plutôt réceptif que pendant que la mairie finance leur concert « sympa », elle participe aussi à faire virer 300 migrant-e-s pour la plupart demandeurs d’asile et qu’elle le revendique. Après ça on part sur la mairie tout à côté, le flic municipal en poste ferme les portes à la hâte, et les CRS débarquent en fourgons pour nous empêcher de faire le tour. Ils sont plus énervés que devant la préfecture, et moins sous les objectifs des caméras, et gazent directement dans les yeux et balancent violemment une personne par terre. On se replie donc sur le concert, suivis par les flics, et c’est la fin de la manif. La personne blessée en tombant doit être prise en charge par les pompiers, avec l’épaule luxée et fracturée.

Au micro, un mec de Radio Campus Dijon, qui retransmet le concert en direct, explique aux auditeurs la situation, et interroge le groupe sur ce qu’il pense de la cause des sans-papiers. « On essaie de pas mélanger la musique et la politique ». Ben voyons, et surtout on prend les subventions sans poser de questions…

Espérons que les Dijonnais-es seront plus rancuniers, et sauront se rappeler que la gauche c’est comme la droite, les concerts gratuits en plus.

Brassicanigra, 2 juillet 2012


Dijon – Suite à l’expulsion des demandeurs d’asile
Manifestation à 18h30 ce lundi soir devant la Préfecture

Ce matin la préfecture a fait expulser les 300 demandeurs d’asile occupant le squat des « greffes » (bvd de la Marne) suite à un arrêté du Maire de Dijon « portant mise en demeure de quitter les lieux ».

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Une compagnie de crs avait été appelé pour cette opération et la rue était bouclée. Les demandeurs d’asile présents sur les lieux ont été embarqué dans des bus pour les Casernes Vaillant en devant laisser derrière eux la plupart de leurs affaires. Rappelons que théoriquement le lieu n’était pas expulsable avant le 15 juillet. Mais la Mairie et la Préfecture ont préféré prendre les devants dans une opération concertée et s’asseoir sur le dialogue qui était en cours avec les associations de soutien, dialogue dont le but était de trouver des solutions de  relogement pour tous les demandeurs d’asile hébergés dans le squat. Un rv entre les 24 associations de soutien et la Préfecture devait avoir lieu ce jeudi à 14H. Nous ne savons pour l’instant pas encore quel sort sera réservé aux demandeurs d’asile expulsé ce matin.

Dans un communiqué la Préfecture fait de nouveau prétexte de question de sécurité et de soit-disant « rixes » et « violences communautaires » pour justifier cette opération. Ce alors que dans un commpuniqué publié il y a 10 jours les demandeurs d’asile occupants des greffes mettaient en avant l’entente et l’attention à l’entraide et aux bons rapports avec le voisinage qui dominait dans le squat malgré des conditions d’attente et de vie angoissantes et précaires. Derrière les légitimations publiques de la Préfecture et de la Mairie, cette expulsion marque une nouvelle étape dans la politique brutale de répression des demandeurs d’asile qui se perpétue aujourd’hui en France.

Une manifestation de protestation et de solidarité est appelée en réaction par les membres d’un certain nombre d’associations  qui se sont retrouvées ce matin devant le bâtiment lors de l’expulsion.

Ne les laissons pas seuls dans cette situation !

La manifestation aura lieu ce soir à 18h30 devant la préfecture, merci de relayer très largement cette information dans les heures qui suivent.

Des soutiens rassemblés ce matin…

Mailing, 2 juillet 2012

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[Vive l’Azawad libre !] « Le MNLA s’est montré naïf »

Communiqué du CTEA : Bamako et ses alliés de la mouvance terroriste

Les Maliens, relayés par certaines presses, s’égosillent de la « défaite » du MNLA face à une coalition de tous les groupes terroristes (AQMI, MUJAO, BOKO HARAM, ANCAR EDDINE) sous la conduite du tristement célèbre Moktar Belmoktar.

Par cela même, ils se trahissent.

L’extase étalée sans vergogne dans les rues et la presse, les congratulations à l’adresse des terroristes que le monde entier condamne sans réserve, prouvent si besoin, que le pouvoir de Bamako et ceux dont il se sert pour insulter jour et nuit l’Azawad, son peuple et le MNLA, sont restés fidèles à la ligne de conduite de Monsieur Amadou Toumani Touré (ATT).

Car il faut rappeler à tout ce beau monde que le Mali doit à Monsieur ATT d’avoir infesté notre territoire de l’Azawad de Salafistes (AQMI), de trafiquants de drogue (Mujao, Boko Haram) et Ançar Eddine, dernier né, qui n’a vu le jour en pleine guerre de l’Azawad, que parce qu’il est l’anti MNLA, opposé à l’indépendance de l’Azawad.

Actuellement tous ses supports font tout le forcing pour l’amener à la table de négociations, alors qu’il n’a jamais déclaré la guerre au Mali.

Nous avons observé, depuis un bon moment que le pouvoir de Bamako a manipulé certaines personnes influentes à Gao et à Tombouctou, en étroite collaboration avec les terroristes.

Le fruit de ces démêlées a été l’attaque surprise du siège du Conseil Transitoire de l’État de l’Azawad, des morts et blessés, la destruction et le pillage des édifices publics.

Bien sûr le MNLA, s’est montré naïf,

Parce qu’il ne pensait pas que des États dits démocratiques pouvaient pactiser avec le Diable et le Satan,

Parce qu’il devait donner à la communauté internationale des gages de bonne foi, allégeant son dispositif militaire afin de laisser à Bamako les bras libres pour ramener le calme et la quiétude au Mali,

Parce qu’il a fait preuve de sagesse en s’interdisant d’investir les villes conquises par ses troupes et son arsenal militaire,

Parce qu’il se refuse de prendre les populations civiles comme bouclier humain.

Le pouvoir de Bamako et ses supporteurs ne tirent aucune leçon de la situation dramatique dans laquelle ATT et ses copains ont mis le pays.

Hier, la même classe politique qui a détruit les institutions, généralisé la corruption, mis le pays en faillite, pactise avec le terrorisme en applaudissant Mr ATT dans toutes ses turpitudes, renoue aujourd’hui avec le passé.

Chassez le naturel, il revient au galop.

Mais voilà, le MNLA tient ses positions autour de Gao et Tombouctou et s’abstient d’ouvrir le feu sur un ennemi embusqué au milieu des populations civiles.

Pendant ce temps les alliés du Mali ont déjà commencé à montrer le bout de leur nez !

Hier, tous à Bamako réclamaient une coalition mondiale contre le MNLA, aujourd’hui, ils la réclament vivement contre leurs propres alliés, la mouvance terroriste qu’ils ont vite fait de congratuler.

Décidément à Bamako, les augures ont perdu la tête.

Fait à Gao, le 2 juillet 2012

Moussa Ag Assarid
Membre du Conseil Transitoire de l’État de l’Azawad (CTEA)
Chargé de l’information et de la communication

Toumast Press


Mali : Aqmi a miné les abords de Gao, la population est « otage » selon la rébellion touareg

Les islamistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et leurs alliés ont « miné les alentours de Gao » et « empêchent » la population de quitter cette ville du Nord-Mali, a affirmé lundi à l’AFP un porte-parole de la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA).

« Aqmi et Mujao (groupe dissident d’Aqmi), qui contrôlent Gao, ont miné les alentours de la ville. Beaucoup de gens cherchent à fuir, à prendre des bus pour gagner Bamako, mais les islamistes les empêchent de quitter la ville », a déclaré Mossa Ag Attaher, porte-parole du MNLA basé à Paris.

Une source sécuritaire ouest-africaine a confirmé à l’AFP la pose de mines. « Pour prévenir une éventuelle attaque des forces de la Cédéao (Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) et de bandes armées rivales, le Mujao a posé des mines par endroits autour de Gao », a indiqué cette source.

Pour le porte-parole du MNLA, « la population de Gao est dans une détresse humanitaire grave ».

« Après les destructions criminelles de mausolées de saints musulmans, ils (les islamistes) utilisent maintenant la population comme otage, comme bouclier humain, pour se protéger d’une contre-offensive du MNLA », a ajouté le porte-parole de la rébellion touareg.

Le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) a infligé le 27 juin une lourde défaite à la rébellion touareg dans le nord du Mali, en chassant le MNLA de son quartier général de Gao après de violents combats qui ont fait au moins une vingtaine de morts.

Après une offensive fulgurante fin mars, dans la foulée d’un coup d’État militaire à Bamako, le MNLA et les islamistes locaux d’Ansar Dine, avec un renfort de combattants d’Aqmi, avaient pris le contrôle de plusieurs grandes villes du Nord-Mali. Les islamistes avaient rapidement pris le dessus sur les indépendantistes touareg, plantant le drapeau noir salafiste au cœur des grandes cités comme Tombouctou ou Kidal.

Réunis en fin de semaine en Côte d’Ivoire, les États d’Afrique de l’Ouest ont à nouveau exhorté le Conseil de sécurité de l’ONU à adopter une résolution permettant l’envoi d’une force régionale au Mali.

Publié par des ennemis de l’Azawad (Agence Faut Payer, 2 juillet 2012)


Les nouvelles du front excellentes, l’Azawad sera la dernière demeure des terroristes

Depuis la série de trahisons dont a été victime le MNLA à Gao, l’état-major militaire du mouvement révolutionnaire a entrepris des changements rapides. C’est avec un cœur rempli de fierté que nous avons eu plusieurs communications téléphoniques avec différents fronts qui s’apprêtent à faire comprendre à l’internationale terroriste que l’Azawad ne lui appartiendra jamais.

Rejeté par le monde libre, critiqué par la quasi-totalité de la presse internationale, confronté à l’internationale terroriste supportée par aux moins l’Algérie et le Qatar, l’Azawad est debout et continue inexorablement sa marche vers la gestion de ses affaires. Après avoir fin à la colonisation génocidaire du Mali, et proclamer son indépendance, l’Azawad ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Et ce n’est surtout pas les terroristes d’AQMI qui l’empêcherait d’avancer.

Le Mercredi 27 Juillet 2012, certains Maures ont montrés qu’ils ont la trahison dans leurs ADN lorsqu’ils se sont coordonnés avec le MUJAO et AQMI pour tirer directement sur les combattants du MNLA. Le choc que fut la profanation des corps des combattants à la bravoure comme inégalée comme le Colonel Bouna Ag Attayoub a choqué la quasi-totalité des Touareg. Ces actes seront lourds en conséquence pour tous les coupables.

La mort de Belmokhtar, numéro 1 d’AQMI au Sahel, n’est qu’un avant-gout du sort qui sera réservé aux terroristes. Après les 3 premiers jours de deuil, l’état-major commence à préparer le premier des grands assauts qui mettra fin à tout terrorisme dans l’Azawad. À cause des instructions de l’état-major militaire du MNLA a demandé une plus grande retenue dans le partage des informations tactiques et de mouvements de troupes, nous pouvons juste dire que le MNLA attend un certain nombre d’évènements avant de lancer l’assaut contre les terroristes.

Pour la première fois depuis la libération complète de l’Azawad de toute colonisation génocidaire du Mali, la totalité des combattants du MNLA sont uni autour d’un seul objectif : libérer l’Azawad de la présence terroriste.

Malgré les moyens quasi-inexistant dont dispose le MNLA, il fera face aux terroristes seul ou avec le monde libre. Après ces assauts, si des terroristes sont toujours vivant, c’est qu’ils sont soit emprisonnés ou qu’ils sont retournés dans leur pays d’origines.

Prenant la menace au sérieux, Al Qaeda au Maghreb Islamique (AQMI) par l’intermédiaire d’Iyad Ag Ghaly tente de désamorcer la crise en essayant de négocier sa sortie hors de Gao. Mais pour le moment, ces tentatives ont rencontrées des oreilles sourdes du côté du MNLA. La seule chose qui intéresse le MNLA est la libération de l’Azawad de toute présence terroriste avec ou sans la force.

Un Colonel du MNLA, que nous ne pouvons identifier à cause des nouvelles règles de sécurité, nous a assuré que les terroristes comprendront que personne à part les Touareg n’est maître du Sahara central.

À nos lecteurs nous demandons de rester sereins. Absolument aucun doute ne se trouve chez les combattants du MNLA. L’Azawad a franchi un palier historique avec la débandade du Mali et de son armée, nul ne compte s’arrêter en si bons chemins. La presse internationale continuera à faire ce qu’elle a toujours : torpiller médiatiquement. Mais l’Azawad avancera vers des jours meilleurs.

Par Ikhlou Ag AzzezenToumast Press, 1er juillet 2012

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[Genève] Fermons Frambois

Les manifestants anti Frambois se dispersent peu à peu dans le quartier des Grottes

À Genève, des collectifs de soutien aux sans-papier manifestent pour la fermeture des centres de rétention. La police leur a barré la route.

Des collectifs de défense des sans-papier se sont donnés rendez-vous ce lundi à l’Aéroport de Genève pour réclamer la fermeture de Frambois. Environ 200 personnes ont participé à la manifestation qui devait gagner le centre de détention administrative genevois.

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Peine perdue. À hauteur du n° 66, route Montfleury, la police a dressé un barrage pour empêcher les manifestants de poursuivre le défilé. Les forces de l’ordre ont alors utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser le défilé. En vain. Une manifestante a fait un malaise.

Après un long affrontement verbal, la police a encerclé les personnes présentes. Puis vers 15 heures, le groupe décidé de quitter les lieux pour se rendre dans le centre-ville.

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Route de Peney, les manifestants ont dressé une barricade à l’aide de divans trouvés au pied d’un locatif. Bloqués, les policiers sont sortis du véhicule, matraque en mains.

Après avoir pris le tram à Blandonnet, les manifestants se sont rendus aux Grottes. Ils y font une halte, dans une ambiance festive, sur la place. À 16h, ils se dirigent vers le parc des Cropettes.

Vers 16h30, la manifestation se disperse peu à peu. Certains se dirigent encore vers la buvette de l’Îlôt 13.

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Leur presse (Fedele Mendicino, TDG.ch, 2 juillet 2012)

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[Grèce] Opération répressive majeure à Thessalonique

Le 2 juillet 2012 une opération de police majeure a été lancée dans la ville de Thessalonique, avec des raids dans deux squats, des perquisitions, des détentions préventives massives (faites y compris dans des maisons comme dans plusieurs rues, ces arrêtés ont été relâchés un peu plus tard) et des arrestations. On en reporte 25 et il est possible que ces personnes soient accusées de crime.

Plus spécifiquement, les forces de police ont donné l’assaut au lieu anarchiste Nadir à 6h30 et ont arrêtés des gens qui s’y trouvaient. Les flics ont aussi donné l’assaut au squat Orfanotrofio et mettant aussi des personnes en détention.

Les médias grecs ont immédiatement fait le lien entre cette opération répressive et une affaire de police concernant des événements qui se sont déroulés les derniers mois dans cette ville du nord de la Grèce.

Au diable les mercenaires de la police et les médias de masse… Nous savons parfaitement que les autorités judiciaires et les flics serviront loyalement toute propagande dominante dans une guerre contre l’ennemi intérieur qui s’intensifie.

Malgré tout nous ne pouvons vraiment pas nous empêcher de mentionner que ces “événements des derniers mois” peuvent en effet impliquer des conflits sévères entre des individus et/ou des collectifs à Thessalonique qui sont (du moins théoriquement ou pour des observateurs extérieurs) affiliés au même milieu politique mais qui se font plus que d’habitude les défenseurs de prétendues ou existantes tendances et approches différentes contre toutes les autres (avec aussi des communiqués publics dans ce cas). Il existe plusieurs faits qui sont délibérément tus sur ce qui semble être un conflit interne entre des espaces actifs dans le large milieu libertaire présent dans la ville de Thessalonique et cette question ne sera peut être jamais analysée publiquement. Mais nous pouvons réfléchir sur le profond danger qui gît dans toute discorde de ce genre, maintenant que la répression a durement frappé et il semble que l’opération répressive a affecté des compagnons dans les deux “camps” de ce conflit, quel qu’il soit.

Nous montrons notre soutien qui n’est pas négociable aux arrêtés avant de poursuivre vers une (auto)critique basée sur les faits. La solidarité d’abord et toujours ; liberté pour tous les compagnons.

Contra Info, 3 juillet 2012

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[« Opération Ardire » en Italie] Bas les pattes sur Giuseppe ! Bas les pattes sur les blogs !

Italie : communiqué du site de contre-information ANARCHAOS

Ordonnance de détention provisoire opération « Ardire » : Giuseppe arrêté pour avoir seulement géré un blog.

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Nous avons publié dans la section Download d’ANARCHAOS l’ordonnance de détention provisoire intégrale, le texte du GIP et la longue citation intégrale (200 pages) de la demande de la PM, de l’« Opération Ardire », déclenchée le matin du 13 juin avec à la clé la détention de huit compagnons en Italie, et l’ordre d’arrestation de deux personnes de plus en Allemagne et en Suisse.

Nous demandons aux compagnons qui gèrent des sites sur le mouvement qu’ils nous aident dans la propagation de l’info. Notre solidarité est inconditionnelle. Il n’est pas utile de rappeler notre mépris pour la paperasse judiciaire. Mais la connaître peut être utile pour se défendre. D’autant plus lorsque nous nous trouvons face au néant, au vide intégral, avec Alessandro et Sergio qui ont été arrêté pour des faits qui ont eu lieu lorsqu’ils étaient en prison et leur faute est d’avoir fait une semaine de grève de la faim (un comportement qui selon la ROS qui, d’après le code pénale, signifie déclencher des actions).

Parmis les arrêtés il y en a un, Giuseppe, dont la seule faute est d’avoir participé aux blogs Culmine, Iconoclasta, ParoleArmate. Il n’y a pas d’autres délits à lui reprocher (page 4 et 5, article D). C’est pour ça qu’il a été arrêté : « Il élaborait, écrivait, ou dans certains cas divulguait grâce aux blogs culmine, iconoclasta, parolearmate, des documents et des communiqués qui se rapportent aux activités criminelles des groupes de l’organisation anarchiste informelle » et même « délit aggravé à des fins terroristes ». Quelqu’un qui aurait publié des revendications sur le site même, quelqu’un qui aurait diffusé des informations gênantes pour le régime, pourra être arrêté dès maintenant. La procureur Manuela Comodi s’affirme, une fois de plus, dans l’avant-garde de la répression : à cette allure à la prochaine enquête elle sera à la tête de la Gestapo.

On s’en fout des braillements garantistes, mais comment face à cet évident abus des normes du régime libéral-bourgeois les radicaux réagissent, ceux qu’on appelle « démocrates sincères », les journalistes qui nous cassent les couilles tous les jours au sujet des violations des droits de l’homme dans les journaux, sur la répression des réseaux sur internet, etc … lorsque ça se passe en Chine, dans les pays arabes ou dans quelques régimes concurrents ou adversaires de celui dans lequel on vit ? Plutôt non, nous ne donnons aucune importance à leurs opinions. Mais en tant qu’anarchistes et révolutionnaires qui n’ont jamais mendié les droits que concède le régime, nous ne pouvons pas ne pas réagir, avec nos méthodes, face à une réduction objective de la liberté de la « presse » et de l’« opinion ».

Nous faisons un appel aux sites du mouvement pour coordonner ensemble une campagne, au moins virtuelle, pour Giuseppe et en général pour la liberté de publier des revendications et des documents gênants pour le régime.

Traduit de l’italien (Anarchaos, 28 juin 2012) par Contra Info

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[Nique Big Brother] Vidéosurveillance pare-balles aux Indes de Sartrouville (Yvelines choc)

Les caméras protégées par des boucliers

Les caméras de vidéosurveillance ne devraient plus être la cible de dégradations. La ville a décidé de les équiper de protections, inspirées des boucliers des policiers.

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SARTROUVILLE, le 25 JUIN. La commune compte 70 caméras, qui seront toutes protégées du vandalisme.

Utiliser des boucliers de police pour protéger les caméras ? Astucieux. C’est en tout cas l’idée trouvée par la ville de Sartrouville pour protéger ses équipements de vidéosurveillance régulièrement attaqués. Outre l’usage d’armes à feu, la destruction des poteaux, les dégradations des armoires ou les jets de projectiles, ceux-ci subissent parfois l’assaut de voitures incendiées. En quelques mois, des plaques de plastique, fixées sous les appareils, ont donc pris place, dans le quartier des Indes, pour tenter d’enrayer cette violence.

« L’idée est venue, il y a deux ans, à la après deux destructions consécutives de caméras aux Indes suite à des tirs de chevrotine. En voyant l’état des globes cassés, on s’est dit qu’il fallait trouver quelque chose de vraiment solide », raconte Pierre Fond, maire (UMP) de la ville.

La destruction totale des machines évitée

Quelques réunions plus tard, c’est Jean-Michel Tisserand, directeur de la police municipale, qui trouve l’inspiration. « Si on prenait des boucliers qui résistent aux balles, les casseurs devraient changer leurs angles de tirs. Ce serait moins efficace pour eux », lance-t-il. Ni une ni deux, un métallier se met au travail. Il taille les boucliers plastique en deux et les cercle avant une fixation tout en haut des poteaux. « Le résultat a été spectaculaire puisque même si on a encore enregistré des tirs, les boucliers ont empêché une destruction totale des machines qu’on a pu, à chaque fois, réparer », note Pierre Fond.

Il faut dire que le coût des destructions d’un appareil, coûtant à lui seul environ 3000 €, peut vite grimper. À l’inverse, le prix de revient d’un bouclier de police — une centaine d’euros — semble en effet dérisoire.

« On essaie d’avoir un coup d’avance sur l’ultime invention des délinquants », remarque Raynald Godard, adjoint à la sécurité publique, qui aime bien tester de nouvelles idées. Ainsi, la ville a mis en place sur la place Nationale dans le quartier du Vieux-Pays, un coffrage blindé sur une caméra pivotant à 360 degrés. Là aussi, le test est concluant. Dans ce cas, le coût s’est monté à 15’000 à 20’000 € pour équiper le matériel.

Presse pare-balles (Laurent Mauron, LeParisien.fr, 29 juin 2012)


Pour mémoire (« Les Indes les boss ! », in Le Jura Libertaire old school le 30 juin 2009) :

http://juralib.noblogs.org/files/2012/07/02.gifLes caméras encore détruites à Sartrouville

Des projectiles ont été tirés dimanche soir sur trois caméras de vidéosurveillance à Sartrouville. Les prochains appareils installés seront blindés, pour résister aux balles.

Les caméras de la cité des Indes à Sartrouville (Yvelines) ont encore une fois été visées par des tirs d’arme à feu dans la nuit de dimanche à lundi. Vers 23 heures, avenue de l’Europe, un scooter s’arrête devant l’œil électronique, réparé il y a trois semaines. Les deux hommes juchés sur la machine ont pris le soin d’enfiler une cagoule.

L’un des deux met pied à terre et braque un pistolet de calibre 22 long rifle en direction de la caméra. Le premier objectif rend l’âme. Le scooter fait le tour de la cité et deux autres caméras sont détruites selon le même procédé. Dans le bureau de la police municipale, l’opérateur assiste impuissant à la scène. « Il n’a pas eu le temps de réagir entre la première et la dernière dégradation ; il ne s’est passé que quelques instants, précise le maire, Pierre Fond (UMP). Ces caméras appartiennent au Logement francilien. Les nôtres sont désormais blindées. »

Le scooter sera retrouvé incendié un peu plus loin afin d’éviter que les forces de l’ordre réalisent le moindre prélèvement qui permettrait de remonter jusqu’aux auteurs.

http://juralib.noblogs.org/files/2012/07/03.gifAu mois d’avril dernier, une demi-douzaine de caméras avaient déjà été détruites par un duo à scooter armé d’un fusil. Les hommes du commissariat pensaient tenir une piste. Mais les nouvelles dégradations ont réduit leurs espoirs à néant. Ils vont aujourd’hui tout recommencer pour arrêter les coupables. « Ce n’est pas une affaire simple, précise une source proche de l’enquête. Il y a de nombreux suspects dans ce quartier et les raisons de casser les caméras ne manquent pas. »

Hier, l’édile ne cachait pas sa colère. « C’est insupportable, s’indigne-t-il. Nous avons commencé un mouvement de réappropriation de ce quartier qui est aux mains des délinquants. On les dérange et ils passent à l’action. » Le maire avance que les tirs sur les caméras sont le fait de délinquants « organisés et efficaces ». « Ils nous prennent de vitesse, mais on ne va pas laisser les choses comme ça. Je veux de l’action ! On va trouver une réponse pour les contrer parce qu’on le doit aux habitants du quartier. »

Dans un avenir proche, de nouvelles caméras, blindées cette fois-ci, devraient remplacer les anciens modèles.

Leur presse (Julien Constant, LeParisien.fr, 30 juin 2009)


Des coups de feu tirés sur les caméras

Onze caméras de vidéosurveillance ont été détruites à Sartrouville en l’espace d’une semaine. Dimanche soir, trois ont encore été la cible de tireurs qui circulaient à scooter.

Qui en veut au système de vidéosurveillance de Sartrouville ? Dimanche soir, trois caméras ont été détruites. En une semaine, pas moins de onze ont été dégradées, certaines deux fois de suite.

Aux environs de 22h25, dimanche, trois caméras de surveillance ont été atteintes par des tirs de fusil de chasse, sur la place Nationale, dans le quartier du Vieux-Pays.

Les auteurs de ces dégradations opéraient casqués depuis un scooter. Peu après les faits, la police a contrôlé deux individus à proximité, mais ils n’ont pas été placés en garde à vue.

Vendredi soir, une caméra située sur l’avenue de l’Europe avait été touchée, cette fois par une décharge de chevrotine. Le week-end dernier, c’était déjà la vidéosurveillance de la place Nationale qui avait été la cible des délinquants. Aussitôt remplacé, le matériel n’aura pas terminé la semaine.

D’après une source proche du dossier, il est difficile pour l’heure de se faire une idée sur les motivations des auteurs de ces dégradations. « On ne sait pas si c’est pour protéger un trafic ou simplement de la provoc. »

Pour Pierre Fond (UMP), le maire de Sartrouville, quel que soit le mobile, la réponse est claire : « On va remplacer le matériel détruit par du plus résistant. Il y a des modèles qui résistent aux balles. Il est impératif de le réinstaller. »

Pionnier en la matière, Sartrouville s’est doté depuis douze ans d’une cinquantaine de caméras de vidéosurveillance. « Nous allons rétablir notre système de sécurité, voire le renforcer, affirme l’édile, qui voit dans ces actes de vandalisme une justification de son action. Visiblement, si on les détruit, c’est que ces caméras gênent. C’est la preuve qu’elles servent. Et, de toute façon, il n’est pas question d’abandonner les habitants et ces territoires à des délinquants. »

Leur presse (Matthieu Suc, LeParisien.fr, 31 mars 2009)

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[Punk not dead] Anarchie au Port-Marly (Yvelines chic)

Le Port-Marly : une soirée privée dégénère aux Pyramides

Les Pyramides, ce club sélect de Port-Marly, accueillaient samedi une soirée privée. Les organisateurs ont été débordés et la police a dû intervenir pour ramener le calme.

Les réceptions dans ce club privé sont plutôt connues pour leur caractère très chic et bien élevé. Mais samedi soir, les Pyramides, au Port-Marly, ont été le théâtre d’un inhabituel déchaînement de violence qui a nécessité l’intervention des forces de l’ordre en pleine nuit.

Tout avait pourtant bien commencé lors de cette soirée privée baptisée « The Summer Break », qui promettait sur son site Internet « une semaine de vacances réunie en une seule soirée », avec jacuzzi, gogo danseuses et surtout alcool à volonté, moyennant une entrée à 35 €, dans une salle pouvant accueillir jusqu’à 1000 personnes.

« C’est un jeune homme qui a organisé la soirée, apparemment un novice. Il a semble-t-il sous-évalué le stock d’alcool et le nombre de personnes nécessaires au service de sécurité », indique une source policière.

Les violences se sont poursuivies sur le parking

Informés de la tenue de cette soirée par les réseaux sociaux, au moins 200 resquilleurs sont en effet entrés sans payer, et, vers 1 heure, l’alcool a commencé à manquer. Des rixes ont alors éclaté et des violences ont été commises. « Des canapés et des fauteuils ont été lacérés au couteau, un pan de mur a été arraché », indique un employé du club, qui a dû, hier matin, ranger la salle et nettoyer les dégâts, dont le montant n’a pas encore été évalué. « Des véhicules ont aussi été vandalisés », ajoute l’employé, en montrant le scooter d’un voisin resté sur le parking. Une trentaine de vols ont aussi été signalés au vestiaire.

Prévenue par un vigile, la police a mobilisé de nombreux agents et dépêché 19 véhicules sur place. Toute la salle a été évacuée peu après 1 heure, mais les violences se sont poursuivies sur le parking. Les forces de l’ordre ont été victimes de jets de projectiles, et ont finalement dispersé la foule de jeunes éméchés et mécontents à coups de grenades lacrymogènes. Trois jeunes étaient hier soir encore en garde à vue.

L’un des organisateurs, sous couvert d’anonymat, rejetait hier la faute sur les treize agents de sécurité. « Ils n’ont pas fait leur boulot. Après une bagarre, ils se sont mis à l’écart. Ils ont laissé entrer la moitié des gens sans payer. Il y a eu des vols dans les caisses et dans le stock de bouteilles. Nous sommes mis en cause, mais nous sommes aussi victimes, cette affaire va nous coûter 20’000 €… »

Publié par l’autre service d’ordre (Jean-Gabriel Bontinck, LeParisien.fr, 2 juillet 2012)

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[« Antiterrorisme »] La méthode allemande : une « Fraction armée brune »

Crimes racistes en Allemagne : démission du chef des RG

Le patron des renseignements généraux allemands, Heinz Fromm, mis en cause dans l’enquête sur des crimes racistes attribués à des néonazis, a démissionné lundi 2 juillet, a-t-on appris auprès du ministère de l’intérieur allemand.

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Heinz Fromm, le patron des RG allemands.

Un trio d’extrémistes, deux hommes aujourd’hui morts et une femme actuellement en détention, s’était baptisé « Clandestinité nationale-socialiste » (NSU) et est soupçonné d’avoir tué neuf étrangers, dont huit Turcs, entre 2000 et 2006, ainsi qu’une policière en 2007. Depuis la découverte de la NSU, en novembre 2011, les services de protection de la Constitution (Verfassungsschutz ou VS), les renseignements généraux allemands, sont sur la sellette et leur patron, Heinz Fromm, en a tiré les conséquences.

L’affaire a provoqué un vif émoi en Allemagne notamment car pendant des années les enquêteurs, VS en tête, n’ont pas suffisamment pris au sérieux la thèse des crimes racistes. Lors d’une cérémonie solennelle à Berlin, la chancelière Angela Merkel a publiquement demandé pardon aux familles des victimes, parfois accusées à tort dans ces meurtres.

DOSSIERS DÉTRUITS

La semaine passée, la polémique sur la façon dont l’enquête a été conduite a rebondi, la presse révélant que des informations importantes concernant la NSU avaient été détruites par les RG allemands. Selon la presse, peu après la découverte de la cellule néonazie, un des chefs d’unité des RG aurait détruit des dossiers démontrant que ce service d’enquête avait établi des contacts avec les milieux néonazis de Thuringe (Est), dont certains membres avaient des liens personnels avec le trio de la NSU.

Par ailleurs, ces dernières semaines, le parquet fédéral a tour à tour remis en liberté quatre suspects interpellés dans le cadre de l’enquête sur la cellule NSU, estimant dans la majeure partie des cas que les charges retenues contre eux n’étaient pas suffisamment établies.

Les autorités allemandes ont mis en garde, le 13 novembre, contre l’apparition d’une « nouvelle forme de terrorisme d’extrême droite » à la suite de la divulgation d’un film dans lequel des militants néonazis revendiquent l’assassinat de neuf immigrés entre 2000 et 2006.

Parmi ces commerçants, huit étaient d’origine turque et un d’origine grecque. Tous tenaient de petits commerces dans diverses villes d’Allemagne.

Les enquêteurs estiment que cette cellule d’Allemagne de l’Est, qui se qualifie de « mouvement clandestin national-socialiste », serait à l’origine du meurtre d’une policière en 2007, et aurait participé à l’organisation d’un attentat à la bombe perpétré en 2004 dans un quartier turc de Cologne.

Dans ce DVD de 15 minutes, destiné à être envoyé à des organisations culturelles islamiques et aux médias, le groupe revendiquait ses attaques en mettant en scène le personnage du dessin animé La Panthère rose tirant sur un policier allemand…

… et sur un représentant du groupe terroriste d’extrême gauche Fraction armée rouge (RAF), qui a tué plus de trente personnes en Allemagne entre 1970 et les années 1990. Le magazine allemand Der Spiegel titre son édition de cette semaine sur le spectre d’une nouvelle « Fraction armée brune » d’extrême droite.

Le film a été découvert dans un logement de Zwickau, dans l’est du pays, appartenant à une jeune femme de 36 ans, Beate Zschäpe, et utilisé par deux hommes liés à l’extrême droite. Beate Zschäpe a fait en partie exploser cette planque avant de se livrer.

La jeune femme risque une inculpation pour meurtre, tentative de meurtre, incendie criminel et appartenance à une organisation terroriste.

La semaine dernière, la police avait découvert les corps de deux hommes, Uwe Mundlos, 38 ans, et Uwe Böhnhardt, 34 ans, dans un mobile home d’Eisenach. Selon les enquêteurs, ils se seraient suicidés après l’échec du cambriolage d’une banque.

Selon le tabloïd Bild, les enquêteurs ont également découvert dans les décombres de faux papiers d’identité qui pourraient avoir été délivrés au groupe par les services de sécurité intérieure allemands dans les années 1990, en qualité d’informateurs.

Selon plusieurs journaux, un atelier de fabrication de bombes artisanales avait été découvert en 1998 dans un garage loué par Beate Zschäpe à Iéna, en Thuringe, mais le trio avait ensuite disparu. Plusieurs personnalités politiques ont mis en cause la compétence des services de renseignement, ne comprenant pas qu’on ait perdu la trace de dangereux suspects pendant une dizaine d’années.

L’arme découverte dans la maison incendiée, un pistolet de calibre 7,5 mm, de marque Ceska, aurait servi dans chaque meurtre commis par le groupe.

Le groupe est également accusé d’avoir commis une série de braquages de banques pour financer ses activités. Ici le 7 septembre à Arnstadt, dans le land de Thuringe, dans le centre du pays.

Le ministre de l’intérieur allemand, Hans-Peter Friedrich, a déclaré que tous les dossiers de meurtres non résolus depuis 1998 et ayant été reliés à la mouvance de l’extrême droite seraient à nouveau examinés à la lumière de cette cellule originaire d’Iéna.

Ces révélations ont provoqué une onde de choc en Allemagne. Lundi, Hans-Peter Friedrich reconnaissait dans le Bild qu’il était « très préoccupant de constater qu’aucun lien n’avait été établi [à temps] entre les milieux d’extrême droite de Thuringe et la série de meurtres commise dans toute l’Allemagne ».

Presse bien renseignée (LeMonde.fr avec l’Agence Faut Payer, 2 juillet 2012)

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[« Antiterrorisme »] « Des psychopathes hystériques tout excités »

Adlène Hicheur : “j’étais le pigeon providentiel”

Physicien de haut niveau, Adlène Hicheur a été condamné le 5 mai dernier à cinq ans de prison pour des activités terroristes. Mais il est sorti le 15 mai. Dans ce premier entretien qu’il a accordé, Hicheur dénonce la construction d’un dossier à charge par la DCRI. De l’inquisitoire, pas du judiciaire explique-t-il. Adlène Hicheur, “victime expiatoire d’une politique sécuritaire”, démonte ici le rouleau compresseur qui l’a écrasé.

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Adlène Hicheur est sorti de prison. Le 15 mai au matin, le conseiller d’insertion et de probation suggère que sa détention pourrait prendre fin “très prochainement”. Le soir même, il est dehors. Il aura passé plus de deux ans et demi à la maison d’arrêt de Fresnes, maintenu en détention provisoire toute la durée de l’instruction.

Physicien au Centre européen de recherche en nucléaire (Cern), ce physicien de haut niveau a été arrêté le 8 octobre 2009 au domicile de ses parents, à Vienne dans l’Isère. Les mots-clés fusent alors dans la presse : physicien, nucléaire, Al Qaida. Terrorisme. À l’issue de sa garde à vue, Adlène Hicheur est mis en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Ses activités sur Internet sont dans la ligne de mire des enquêteurs. Lui dénonce depuis le début un dossier vide, instrumentalisé à des fins politiques.

Il a accepté de répondre à Owni, d’évoquer sa détention, sa relation avec les enquêteurs puis les magistrats, mais aussi les curiosités de cette affaire, notamment l’identité de son mystérieux correspondant, un certain Phoenix Shadow. Les services antiterroristes en sont persuadés : derrière se cacherait un cadre d’Al Qaida au Maghreb (Aqmi), Moustapha Debchi, mais la preuve de cette équation n’a jamais été apportée.

Condamné le 5 mai à cinq ans de prison, dont un an avec sursis, il est sorti à la faveur de remise de peine. Sans attendre, il a repris contact avec ses anciens collègues, pour éviter “de sombrer dans la dépression”. Ultime bataille, il tente de faire rectifier sa page Wikipedia : “Une vie ne peut pas se résumer à un fait divers”.

Quelle a été votre réaction à l’annonce du jugement ?

Aucune surprise. J’avais vu le déroulement de l’instruction, j’avais vu qu’on avait fait de moi une victime expiatoire d’une certaine politique. C’est le paradigme du bouc-émissaire : on prend une personne qu’on charge du point de vue symbolique et on l’immole rituellement devant la société. Je ne me faisais aucune illusion, je voulais seulement être jugé rapidement pour que la détention provisoire cesse, pour ma famille, pour moi.

Le système a tenu à aller jusqu’au bout parce qu’il fallait envoyer des messages forts à la société. Ce mode de gouvernance est très dangereux. J’appelle ça de l’aliénation sécuritaire. Ça tue le génie créatif, l’épanouissement intellectuel. Mieux vaut agiter des chimères que faire face à ses propres carences. Dans leur tribune les gens de Tarnac l’ont très bien dit : la peur est le sentiment le plus facile à instrumentaliser.

La peur, l’inconnu, l’ignorance : les trois se tiennent. Les apprentis sorciers sont incapables de résoudre des problèmes sur des sujets sérieux comme le chômage, mais ils sont les premiers à agiter la matraque. Mon cas met à nu leur prétention de respecter les gens qui travaillent. Je suis l’exemple typique de taulier au travail, de personne qui se lève tôt. Ma vie est brisée pour des éléments qui n’auraient jamais conduit à une incarcération dans un autre pays. Ça devrait mettre la puce à l’oreille à tout le monde, même des gens qui n’ont pas la même culture politique que moi. On commence par les uns et on va ensuite vers les autres. C’est exactement la logique d’un système totalitaire.

Le tribunal a aussi prononcé la confiscation des saisis d’argent liquide, environ 15.000 euros, et du matériel informatique.

La saisi de l’argent liquide c’est du vol institutionnalisé, la saisi de mon matériel informatique un assassinat intellectuel. J’avais des centaines d’heures de travail dessus ! Des idées, des articles, des cours, des données scientifiques…

Vous étiez poursuivi pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, pour financement du terroriste et pour avoir diffusé de la propagande, ce que le procureur désignait sous l’expression “jihad médiatique”.

C’est vraiment de la surenchère. Je n’ai pas de site, pas de blog. Je n’ai intégré aucun projet médiatique contrairement à ce qui a été dit. J’ai interagi en tant que user (utilisateur) sur des forums, échangeant des opinions. C’est vraiment de la mauvaise foi de l’accusation ! Qu’est-ce qu’ils appellent jihad médiatique ? C’est un peu vague… Ce qui peut leur poser problème, c’est que des groupes, disons politico-militaires pour rester technique, fassent des reportages sur leurs activités et les publient. L’expression fourre-tout, d’après ce que j’ai compris, permet de toucher toute personne qui aurait accès à un moment ou à un autre à des publications de ces organes médiatiques.

Est-ce que traduire ce genre de publications en citant la source constitue du jihad médiatique ? C’est très vicieux de rechercher des actes positifs qui constituent des incriminations, surtout au vue des conséquences terribles ! N’importe quel journaliste peut être amené à faire ce genre de travail sans pour autant faire partie de l’organe médiatique ou approuver ce qu’il traduit. Pour en arriver là, il faut vraiment qu’il n’y ait rien dans le dossier. C’est grotesque et ridicule. Ils ont essayé de m’avoir a minima.

Vos défenseurs avaient dénoncé une instruction à charge, mais à la veille du procès, Me Baudouin, votre avocat, s’en remettait à l’indépendance de la Cour et au regard nouveau qu’elle poserait sur votre dossier.

La 14e chambre correctionnelle du TGI de Paris ne juge pas, elle condamne.

Il avait également pointé la façon dont la président, Mme Roubeyrotte, menait la séance.

Il n’y a pas eu de questions sur des points précis, pas de débat contradictoire. Ce n’était pas un procès mais un rouleau compresseur visant à asphyxier la défense. Plusieurs griefs étaient lus pendant 20 ou 30 minutes et je n’avais pas le temps de répondre. Pour moi, la condamnation n’a pas été prononcée par la justice mais par la police. La police me voulait, me voulait condamné.

Dans les institutions d’un État qui se respecte, il existe des contre-pouvoirs qui peuvent arrêter ce genre de bêtises. Le grand public retient des mots-clés : “musulman”, “physicien”, “Al Qaida”. Ça relève de la psychologie de masse.

Quelles relations aviez-vous avec le juge d’instruction, Christophe Teissier ? Dans un entretien accordé à Mediapart, vous évoquiez une audition “stérile et sans intérêt”.

Les mêmes éléments revenaient sans arrêt. Au début, j’étais naïf. Je pensais qu’au moins un ou deux magistrats constateraient le vide du dossier et décideraient d’arrêter. Petit à petit j’ai découvert la justice française, la chape de plomb qui vous tombe dessus. La mauvaise volonté se mêle à la mauvaise foi. Et là on comprend qu’on est entre de très mauvaises mains.

J’avais en tête que le magistrat n’était pas un flic, même si la réputation du pôle antiterroriste n’est plus à faire… J’avais espoir qu’on revienne à un peu de sagesse ou à défaut d’équité : quand il n’y a rien, il n’y a rien. Il a joué le rôle d’un flic main dans la main avec le procureur.

Comment se sont passés les interrogatoires pendant votre garde à vue ?

Mal. Le rapport voyous-braves gens était inversé : les voyous c’était eux ! Parfois, les insultes fusaient. Les policiers utilisaient mon frère, la santé de ma mère pour faire pression sur moi pendant ma garde à vue. Ils ressemblent à des psychopathes hystériques tout excités. Peut-être parce qu’ils sont toute l’année dans un bureau à se croiser les doigts… Dès qu’ils peuvent avoir un os à ronger, toutes les frustrations de leur quotidien – pas terrible d’ailleurs – se déchargent sur vous.

Les gens de Tarnac l’ont bien compris. Ils sont passés par la machine. Ils ont souffert de la même chose que moi : l’acharnement policier. Il en faut peu. Deux ou trois officiers se montent la tête, au bout d’un moment c’est comme si vous leur apparteniez, et ils s’acharnent, ils s’acharnent. Et puis, des carrières sont en jeu… Dans mon affaire, il y a eu au moins une promotion avérée : les grades changent entre les PV de début et de fin. Utiliser les moyens de l’État pour faire du mal à quelqu’un est d’une lâcheté sans nom.

Sous quelle forme avez-vous ressenti ce “déchargement” ?

Le ton, l’excitation. En garde à vue, on m’a dit : “vous allez perdre votre boulot, vous ne serez plus physicien, vous ne serez plus au Cern”. C’est d’un cynisme total ! Les gars sont assurés de leurs pleins pouvoirs. Il y avait un plaisir à me faire perdre un certain statut social, l’un des chenapans l’a exprimé ouvertement. Ça tranche avec le comportement des deux enquêteurs suisses qui sont venus m’interroger en septembre 2010. C’était des gens très posés, très carrés. Ils ont fait leur boulot sans tout ce cinéma.

Des détails très ténus sont montés en épingle : le plus choquant est sans doute les questions sur la pratique religieuse. Pourquoi on me demande si je prie ou si je jeûne dans le cadre d’une enquête judiciaire ? On évoque la vie et la culture familiales. Je réponds que nous sommes proches de la religion musulmane tout en étant ouvert. Ensuite les questions dévient sur des situations politiques, en Irak en Afghanistan. Jamais j’aurais pensé à ce moment-là que mes réponses seraient utilisées dans le réquisitoire. C’est de l’inquisitoire, pas du judiciaire.

Lorsque le procureur vous avait demandé si vous étiez salafiste, lors du procès, vous lui avez répondu qu’il faudrait une thèse de doctorat pour en parler.

Je trouve étonnant qu’un tribunal chargé de caractériser une infraction pénale parle de salafisme. On balance les slogans, des chimères, des sorcières. Je peux parler en détails des tendances et mouvances dans le monde musulman. J’ai beaucoup lu et c’est frustrant d’avoir affaire à des gens qui ne sont pas très au fait mais utilisent ça comme outil de guerre psychologique. C’est chasser toute rationalité à l’affaire pour garder l’irrationnel qui excite les cordes de l’opinion publique.

Il y a des raccourcis un peu simplistes du genre “salafisme = activité armée”. Les Frères musulmans ne sont pas salafistes mais ont des branches armées dans différents pays. Les Taliban n’ont rien à voir avec les salafistes. C’est beaucoup plus compliqué que le simplisme présenté au public.

Vous étiez interrogé par des agents de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) ?

Par deux binômes d’agents de la DCRI. Un de jour, un de nuit. J’avais l’impression qu’ils avaient découvert un filon : le filon Internet. Avec Internet, il n’y a pas de filature, de planques avec le thermos… Sur Internet, les ingénieurs se bloquent sur l’IP et interceptent le flux. En parallèle, les policiers peuvent même jouer aux jeux vidéo dans un bureau à côté à Levallois.

Comment s’est passée votre détention à Fresnes ?

L’administration est stricte, zélée même. Les cours de promenade sont minuscules, 40m². Personne ne peut s’imaginer les affres de la détention : ce sont des familles brisées, des couples désunis, des épouses qui pleurent dans les parloirs, des mamans qui ne mangent plus. C’est contre-productif comme disait Me Baudouin. Plus une politique sécuritaire est coercitive, plus elle crée de la violence et de l’instabilité.

Dans quel quartier étiez-vous à Fresnes ?

Au début, j’étais à l’hôpital pénitentiaire en raison de mon état de santé. J’y suis resté quatre mois. Puis j’ai été transféré en 3e division du quartier principal.

Vos codétenus étaient des mis en examen ou des condamnés dans des affaires similaires ?

Après l’hôpital pénitentiaire, j’étais dans la 3e division Sud, au rez-de-chaussée avec tous les malades : 90% sont des cas psychiatriques, dont certains très graves. J’y suis resté presque un an. Je n’ai jamais vu autant de misère humaine de ma vie. J’avais le rôle de Jack Nicholson dans Vol au-dessus d’un nid de coucous.

Ensuite j’ai été transféré au Nord, toujours au rez-de-chaussée. J’ai croisé différents types de profils, essentiellement du banditisme et un seul cas politique, c’était Ivan Colonna. Il était dans la cellule à côté.

Pas d’autres personnes impliquées dans des affaires terroristes ?

Dans les autres activités, comme le terrain de sport, j’ai croisé des Basques et d’autres Corses.

Quel genre de relations aviez-vous avec eux ?

Un esprit de camaraderie de prison. J’ai aussi ressenti beaucoup de compassion. Personne n’est dupe en prison, tout le monde connaît bien le système, ils savent décoder l’actualité. J’ai senti de la révolte aussi, des droits communs notamment. Le discours : “si vous aviez fait des études, vous ne seriez pas là” était faux. Eux se retrouvaient avec plus de droits que moi, qui ai pourtant fait beaucoup d’études !

Avez-vous fait appel à une solidarité confessionnelle pour “cantiner” ou autre ?

J’interagis avec les gens selon un seul critère : qu’ils soient réglos. J’ai partagé de bons moments avec des gens très différents de moi tant qu’ils sont agréables et pas nuisibles. On est tous dans le pétrin ! Quand quelqu’un manque d’un produit, on lui donne et vice versa. C’est quasiment automatique.

Tous les détenus n’ont pas de doctorat en physique des particules. Comment s’est passé votre détention de ce point de vue ?

J’ai lu quelques bouquins, dont La force de l’ordre de Didier Fassin sur la police anti-criminalité et Les veines ouvertes de l’Amérique latine qui m’a marqué. Des ouvrages scientifiques aussi pour m’entretenir. J’ai réussi à tenir les 20 premiers mois, à travailler, à être efficace. Ensuite, je fatiguais.

J’ai eu du mal à m’ajuster à la mentalité de la prison. L’administration pénitentiaire avait elle du mal à voir sous quel registre me gérer. L’aspect sécuritaire et disciplinaire des peines fait que les détenus particulièrement surveillés (DPS) et de la catégorie “mouvance” ont des fouilles régulières des cellules et une fouille à corps intégrale, ce qui est particulièrement humiliant et parfaitement illégal. Il y a une volonté politique de rendre la détention préventive la plus pénible possible pour user la personne. C’est ainsi à Fresnes en tout cas.

La notion du châtiment douloureux est très forte en France. Certains personnels de l’administration pénitentiaire font sentir qu’ils sont là pour être odieux. Les surveillants sont très jeunes, et tout dépend de leur caractère et de leur humeur. C’est un jeu : celui qui s’énerve perd la partie.

Dès les premiers jours de votre arrestation, des articles utilisaient les mots clés “terroriste”, “physicien”, “nucléaire” dans leur titre. Quand avez-vous appris cette médiatisation, très forte dès le début ?

Je suis passé en comparution médiatique immédiate. Le circuit passe par la police, le ministère de l’intérieur et la Présidence, puis redescend dans les médias qu’ils connaissent et choisissent. Mes parents sont venus à mon premier parloir, ils m’ont raconté verbalement. J’étais coupé du monde jusque-là.

Quand j’ai réalisé, j’étais dépressif. J’ai compris que s’ils avaient fait ce bruit-là, rien ne les arrêterait. J’ai réalisé l’ampleur de l’entourloupe : j’étais le pigeon providentiel.

La médiatisation d’une personne privée qui ne l’a pas choisie est d’une grande violence psychologique. L’instrumentalisation des médias est très puissante, même un “ange qui marche sur terre” se ferait détruire. Je suis frappé du sceau des parias, pour que je ne puisse pas me refaire, pour que je sois précaire le restant de mes jours. On verra, je ne suis pas prêt à baisser les bras, je veux me refaire, tant bien que mal.

Vous avez été présenté comme la figure du loup solitaire par certains responsables de la lutte antiterroriste.

Dans le passé, ils avaient au minimum des bandes de copains à qui on pouvait reprocher, ou pas – je ne sais pas – une certaine forme de prosélytisme. Il y avait des points d’ancrage pour donner l’illusion. Pas dans mon cas. Il y a un gars qui a étudié toute sa jeunesse, qui travaille, qui vit dans un environnement rural. Jamais j’aurais pensé qu’on arriverait à de tels extrêmes à partir de rien. C’est une dérive dans la dérive.

Ils ont été obligés de créer un profil artificiel pour justifier toute la mascarade. Il n’appartient pas à un groupe ? Il vit tout seul ? Ce sera le loup solitaire par exemple. La rhétorique ancienne ne pouvait pas fonctionner.

En s’appuyant sur votre utilisation d’Internet ?

Oui, mais le plus grave c’est l’idée qui se dégage de l’expression loup solitaire. On imagine quelqu’un qui vit reclus. C’est faux. Je travaillais dans le cadre de collaboration internationale, j’avais à faire à des centaines de personnes quasi-quotidiennement au Cern. Plusieurs milliers de physiciens de nationalités différentes travaillent ensemble. Aucun outil de sociabilité n’est aussi fort ! Il faut s’adapter à toutes les cultures, à tous les tempéraments, à toutes les personnalités.

Cette partie a été zappée dans les médias. La personne réelle disparaît au profil d’un clone, d’un hologramme, habillé de toutes les caractéristiques pour vendre la justice à l’opinion publique. Il y avait une feuille blanche, immaculée, avec un bon cursus scolaire et universitaire. C’était un défi de construire une intrigue à partir de mon vécu ! Personne dans mon entourage familial, professionnel, de mon voisinage ne voulait me “salir”. Alors ils sont allés chercher des internautes avec qui j’avais interagi il y a x années.

Pourquoi acceptez-vous de parler aujourd’hui ?

Je ne parle pas à tout le monde. Je considère que ça peut être productif ou positif, mais à dose homéopathique. S’il fallait tout dire, on pourrait noircir des pages.

Comment voyez-vous votre avenir maintenant ?

Difficile. Par nature, j’ai tendance à être prudent. Dans un premier temps, je n’accepte pas qu’on me démissionne de ma passion et de mon gagne-pain par “la force des mitraillettes” comme dirait Louis de Funès. Si je devais quitter le milieu scientifique ou la physique des particules, ce serait de mon propre chef. Utiliser le sécuritaire pour me faire basculer dans la précarité dépasse une procédure de sanction pénale – déjà injuste – pour me faire entrer dans un processus de désintégration morale. Je n’accepte pas que la force publique me coupe de ma passion pour laquelle j’ai sacrifié ma jeunesse. Il faut être réaliste et voir comment rebondir. Je prospecte, rien n’est défini. J’ignore si la campagne a influencé les employeurs, je veux d’abord briser cet embargo.

Vous avez été soutenus par votre milieu professionnel.

Oui, la solidarité est venue des scientifiques, mais il reste le milieu administratif. Je n’ai pas de visibilité dessus.

Et l’Algérie, dont vous avez également la nationalité ?

C’est un grand point d’interrogation. Il est trop tôt pour le dire.

C’est en Algérie que vivrait Phoenix Shadow, la personne avec qui vous correspondiez. Lors du procès, vous avez dit qu’on vous présentait un pseudo et un nom, comme une équation à deux inconnus, et qu’on vous demandait d’affirmer que l’un correspond à l’autre.

Dès le début de l’instruction, les avocats n’ont eu de cesse de demander d’où venait ce nom, Moustapha Debchi. À aucun moment, l’explication n’a été fournie. Pour mon cas, l’adresse IP renvoie à une connexion Internet etc. En face, un nom est balancé sans justification, sans preuve.

À aucun moment vous ne connaissiez l’identité de la personne derrière le pseudo Phoenix Shadow ?

Phoenix Shadow restait Phoenix Shadow, point à la ligne. Il n’y a pas eu de connaissance, de volonté de connaissance. C’était une interaction contingente à un moment donné utilisée des mois plus tard. Je pense qu’au début on voulait me coller à l’affaire des filières belgo-afghanes. Je l’ai senti pendant la garde à vue. Trop peu d’éléments existaient alors que le scénario aurait été terrible : un scientifique dans l’affaire des filières !

Puis, les questions ont évolué au fil de la garde à vue, en fonction de l’exploitation de mon disque dur. Les questions se sont réorientées vers Aqmi. Il n’y a vraiment que dans l’antiterrorisme que ça se passe ainsi. Normalement, quand une personne est placée en garde à vue, il faut lui signifier le chef de mise en garde à vue et remplir le cas d’espèce, ce qui lui est reproché. Moi, il n’y avait rien ! Le chef de mise en garde à vue était “présomption grave d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste”, mais la suite était vide, blanche.

Presse terroriste (Pierre Alonso, Owni, 2 juillet 2012)

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La justice, cette grande mascarade

Retours sur le procès d’un prisonnier jugé pour une altercation avec des surveillants du centre de détention de Roanne en mai dernier

C’est une histoire qui a fait quelques lignes dans la presse torchon, une histoire très ordinaire, dans le sens où des histoires comme ça, il s’en passe des dizaines.

Une taule, où les mesquineries et pressions diverses de l’administration pénitentiaire et des matons, qui se répètent, face à une personne, génèrent ce qu’on pourrait appeler un pétage de plombs, une réponse, une révolte… Il s’en prend alors plein la gueule, mais pour eux ce n’est pas assez.

Il passe ensuite en procès, pour que la société bien pensante et ses représentants en remettent une couche.

Dans cette histoire (c’est assez rare), les informations ont circulé. Voilà une retranscription de quelques éléments du procès, et un retour sur les faits…

Juin 2012, tribunal de Roanne, une salle d’audience ambiance moderne, froide et sombre. Un box vitré où est amené L., prisonnier sous escorte. Il n’a pas pu voir son avocat pour préparer sa défense. Une dizaine de personnes dans la salle dont 2 matons sur les 4 se portant partie civile.

Leur avocat semble bien connaître les lieux ainsi que le juge en charge du dossier. Ce dernier annonce qu’il va commencer par énoncer les faits, qu’il juge « relativement simples »… Tout ça ne sent pas très bon. Ça donne l’impression que c’est joué d’avance.

L. est jugé pour des faits qui se sont passés en détention début mai. Au moment de la distribution des repas, il avait demandé des explications aux surveillants présents concernant le fait qu’on n’était pas venu le chercher pour la promenade le matin. Il s’est énervé suite à leur refus de lui répondre, a jeté la barquette du repas dans leur direction sans chercher à les viser (d’après L.)/au visage (d’après les surveillants) et les a insulté. Puis il pousse le frigo en direction de la porte pour la bloquer, et les maintenir à distance.

Suite à cela, les matons sont partis chercher du renfort et revenus en nombre (4 ou 6, ce n’était pas clair) en tenue de protection. L. refusant de se laisser embarquer, il sera maîtrisé par la force.

Le juge énonce les chefs d’inculpation et les peines encourues : « violence volontaire sur personne dépositaire de l’autorité publique sans ITT (interruption du temps de travail) / 3 ans », « rébellion avec arme, en l’occurrence un frigo ou une porte de frigo, ce n’est pas clair / 5 ans », « menace de mort sur personne dépositaire de l’autorité publique / 5 ans », « outrage à personne dépositaire de l’autorité publique / 6 mois », « dégradation de bien public, soit la cellule et le mobilier qui s’y trouve / 5 ans ».

Le juge précise immédiatement qu’il s’agit de récidive pour laquelle interviennent des peines plancher. Il dira plus tard « le sursis simple est bien évidemment impossible »…

Oui, « les faits semblent relativement simples »…

L. va s’en prendre une énième fois plein la gueule. Lorsque les matons sont intervenus « pour le calmer », ils en ont profité pour le tabasser. Quand sa famille l’a vu au parloir quelques jours plus tard il était couvert de bleus. Le juge mentionnera pendant le procès les « clés de bras et de doigts » qui ont servi à le maîtriser, L. parle de « coups de pieds et coups de poings à la tête », « la tête cognée contre le mur et le sol ».

Le procureur utilisera plus tard un ton dramatique pour dire « les surveillants reviennent protégés… Croient-ils. » On dirait un présentateur d’une émission sur TF1. À gerber. Rappelons quand même qu’ils sont minimum 4 armés et protégés (casque avec visière, bouclier et jambières…) face à une personne seule, certes vénère (et on le comprend), mais désarmée. Les « armes » soit disant utilisées par L. sont une baguette en aluminium et un bout de fil électrique arrachés au frigo. On ne peut pas dire que ça pèse lourd face aux autres.

D’après le juge qui regarde les photos de la cellule, celle-ci serait entièrement détruite. Ils ne cherchent pas à revenir sur le fait que du sang de L a été retrouvé à plusieurs endroits de la cellule. En fait, pendant tout le procès il ne sera évoqué que la destruction du frigo et de la télé. L. a utilisé le frigo pour essayer de les tenir à distance en bloquant la porte et il conteste avoir touché à la télé, d’après lui ça a été fait après pour l’accuser. C’est une méthode largement employée pour « gonfler » une plainte, on s’en étonne à peine.

En plus de la « destruction » de la cellule, le juge égrène les dégâts : « un surveillant a été blessé au pouce droit, la visière d’un casque a été cassée et un bouclier abîmé ». En fait pendant tout le procès, le vocabulaire et le ton employés par le juge, l’avocat des matons et le procureur auront toujours pour but de nous faire prendre un pet de mouche pour une tornade.

« C’est un degré de gravité qu’on n’avait pas vu depuis longtemps » dira le procureur en faisant le parallèle avec la prise d’otage d’un maton en 2010. Le prisonnier qui est passé en procès pour ces faits a pris 4 ans ferme. (Soyons clair, il n’est pas question ici de rentrer dans leur jeu de hiérarchisation des faits de rébellion en taule. Prémédités ou pas, individuels ou collectifs, recourant ou pas à ce que cette justice qualifie de « violence » on y voit des personnes qui refusent de se laisser casser par la taule sans réagir. Et on se sent solidaires de ces actes.)

Le procureur ne se lasse pas d’utiliser sa voix TF1 pour raconter ça et « le climat chaud de ce week-end ». Tout y passera, la météo, l’incendie d’une cellule par un détenu puis sa tentative de pendaison (personne ne s’en émeut), des incidents avec d’autres détenus et un parloir sauvage par des personnes de l’extérieur. « Le personnel a fini exténué » (…).

On pourrait se dire que ces éléments sont plutôt à décharge pour L., que c’est une taule à l’ambiance tendue… L’avocat des matons parle du fait qu’au CD de Roanne, il y a régulièrement des incidents avec les surveillants (plusieurs dans la même semaine).

Pour rappel d’ailleurs, fin avril, un texte de revendications écrit par des prisonniers de Roanne est rendu public. Pour la fermeture des quartiers d’isolement, du quartier disciplinaire, la fin des mesures de quartiers semi-ouverts et fermé, des fouilles aux parloirs, de l’exploitation dans les ateliers de travail… Mais bien évidemment non, sans aucun problème le procureur porte ces événements à charge, ce qui n’étonne pas le juge.

Ce sera comme ça pendant tout le procès, notamment à la lecture de l’expertise psychiatrique. (L. était d’abord passé en comparution immédiate, où un report avait été demandé pour qu’une expertise psychiatrique soit faite.) Le juge énonce ce qu’il y a dans le rapport : « le médecin demande s’il ne se sent pas un peu paranoïaque ».

S’adressant à L. sur un ton infantilisant, il lui explique « vous avez dû lui dire que tout le monde vous en voulait, c’est ça qu’on appelle paranoïa ». Le juge insiste et cherche à faire dire à L. qu’il est paranoïaque, que les pressions de la part des matons qu’il raconte sont inventées. L. est jugé ce jour-là pour avoir insulté les matons qui ne voulaient pas lui répondre quand il demandait pourquoi on n’avait pas été le chercher pour la promenade.

Ce n’était en effet pas la première fois. Dans sa déposition, L. dit « ça fait 4 jours qu’on ne me laisse pas aller en promenade, ils me rendent la vie impossible », « ils me réveillent par l’interphone la nuit, ils font tout pour me faire craquer ».

Ce n’est pas la première fois qu’on entend de tels récits de harcèlement de la part de matons sur des prisonnier.es. Le psychiatre qui parle de paranoïa sous entend que ces faits sont des inventions.

Entre les fois où les rapports d’expertise psychiatriques servent à maintenir les gens en prison, leur refuser l’accès à la conditionnelle, les enfoncer dans les tribunaux… La fonction des experts psychiatres qui collaborent avec l’administration pénitentiaire et la justice semble être avant tout de donner une caution pseudo scientifique à la version, ou la position des autorités.

Car que dire des lettres rédigées par plusieurs détenus, solidaires de L. malgré le risque de se faire eux-même emmerder par l’AP, qui confirment le harcèlement qu’il subit ? épidémie de paranoïa ? Aucun extrait de ces lettres portées au dossier par l’avocat de L. ne sera lu par le juge, contrairement à tous les rapports, déclarations et autres vieux dossiers utilisables à charge.

Que dire également de la pression qu’on a continué à lui mettre après les événements alors qu’il vient de se prendre un mois de mitard ? Une semaine après l’altercation il avait un parloir prévu avec sa compagne. Quelques jours avant, des matons lui disent que ce sera un parloir double, ce qu’il annonce à son amie. Lorsque pendant le parloir on vient les interrompre pour leur dire que c’est terminé, elle et il ne comprennent pas et demandent des explications. Les matons se foutent de leur gueule, font mine de vouloir en découdre avec L. Celui-ci s’énerve et se fait embarquer de force alors que son amie et lui n’ont pas pu se dire au revoir. Cet incident sera le prétexte pour supprimer leur UVF (unité de vie familiale, nom donné à des parloirs exceptionnels, plus longs, et dans des lieux qui permettent plus d’intimité) prévue de longue date.

Rendre la justice est une question d’interprétation… Mais la grille de lecture de ceux qui ont le pouvoir de décider de la vie des autres va toujours dans le même sens.

Ce procès (comme tant d’autres, il ne faut pas l’oublier) montre bien comment un élément peut être utilisé de manière totalement opposée selon qui l’entend. Par exemple, toujours dans le rapport psychiatrique, le médecin dit que L. est « stressé, anxieux ». Cette phrase lue par le juge et utilisée par l’avocat des matons est entendue comme une preuve irréfutable que cette personne est dangereuse… Ah bon ? Parce que vous ne croyez pas qu’on peut être stressé et anxieux en passant devant un psychiatre après un tabassage et plusieurs jours au mitard sachant l’importance qu’aura son rapport au moment du procès ?

Parce que deux ans et demi de taule c’est pas un peu stressant et anxiogène ? Surtout quand à la base tu rentrais pour quelques mois et que régulièrement la date de sortie s’éloigne parce que, une fois en taule, les petites peines qui auraient été aménageables te tombent dessus en ferme.

Sans compter le genre d’embrouilles comme celle pour laquelle il est jugé ce jour-là, qui selon comment ta gueule revient ou pas est jugée au tribunal ou au prétoire (sorte de conseil de discipline interne à la taule). Ça peut donner des peines en plus ou « simplement » du mitard et des remises de peines qui sautent.

Dans le cas de L., c’est la totale : après un mois de mitard, le tribunal le jugera coupable de tous les faits reprochés et le condamnera à 2 ans ferme (le procureur en avait demandé 3) et des indemnités de 500 euros chacune à deux des matons (ils étaient 3 à en demander allant de 800 à 1500 euros). On peut préciser que ce genre d’affaire, jugée au tribunal plutôt qu’au prétoire permet aux matons d’arrondir leur fin de mois en réclamant des dommages et intérêts.

Toujours concernant l’expertise psychiatrique, le procureur l’utilisera pour enfoncer encore plus L.

Et le juge explique à L., sur un ton infantilisant : « je vais vous traduire, les médecins ils utilisent des mots compliqués. Ça veut dire que quand on vous chauffe un peu, vous répondez tout de suite, je veux dire, vous répondez tout de suite avec beaucoup de violence »… On peut aussi traduire ça autrement : ça veut surtout dire qu’en taule, les maton.nes ont le droit de te « chauffer un peu » mais que toi tu dois rester calme, poli.e, ne pas réagir. Ce sont eux/elles qui ont le pouvoir et si elles/eux en abusent, tu dois fermer ta gueule.

Le juge utilisera à plusieurs reprises ce ton infantilisant pour s’adresser à L., mais aussi une forme d’humour méprisant pour commenter certains documents, notamment la déposition du détenu auxiliaire qui servait les repas. Il dira à ce sujet : « Monsieur Z. est polonais, il veut rentrer chez lui — sans doute pour regarder le match de foot —, il ne veut pas prendre parti, ne veut pas se mêler des affaires des autres. » Il dira à propos de L., mais s’adressant plutôt au reste des personnes présentes qu’à lui et sur un ton entendu : « oui, on voit bien que vous êtes un peu hyperactif, hyper-réactif… » alors qu’il a en face de lui quelqu’un qui est calme, inquiet certes, mais qui ne s’énerve pas de tout le procès (chapeau d’ailleurs).

Le procureur utilisera aussi un ton méprisant pour parler de L. lorsqu’il évoque les histoires de promenades. « C’est comme si les surveillants étaient responsables du fait que L. n’était pas descendu en promenade (bein oui, qui d’autre sinon ?), alors qu’il se comportait comme une girouette. On allait le chercher, il ne descendait pas, puis il tambourinait à sa porte, sa majesté voulait descendre. » Comme si c’était demander des privilèges que de vouloir descendre en promenade.

Là il est important de préciser comment se passent les sorties en promenade. Pour les personnes du centre de détention qui sont en régime ouvert, (c’est-à-dire que la cellule est ouverte en journée), il y a 4 tours de promenade dans la journée. Le premier est à 8h30, puis 10h30, 14h30 et 16h.

Les prisonniers sont sensés être prêts à sortir quand les matons viennent les chercher, habillés, chaussures aux pieds, etc. Or il peut y avoir parfois des battements qui vont jusqu’à ¼ d’heure entre l’heure à laquelle le surveillant est sensé venir, et celle à laquelle il vient vraiment. Certains surveillants arrivent en cellule, ouvrent, disent que c’est l’heure de la promenade, et si la personne n’est pas prête tout de suite, referment la porte et s’en vont. Il ne reste plus qu’à taper contre la porte en espérant qu’íls reviennent.

On peut imaginer que le matin, on n’est pas forcement prêt. On peut imaginer que quand il pleut, on n’a pas envie d’avoir ses chaussures dégueu aux pieds, à attendre à l’intérieur qu’ils arrivent. Avoir envie que ça traîne, gagner un peu de temps… On peut imaginer tout simplement ne pas vouloir être a leur botte, prêt quand ils arrivent.

Pour arriver à comprendre de quoi il est question, il faut pouvoir s’imaginer ce que peut représenter la promenade quand on est enfermé ; il faut aussi s’imaginer un quotidien où le moindre détail peut engendrer des situations conflictuelles, rapports de force et humiliations. Ce genre de fait peut être une des nombreuses gouttes d’eau qui font déborder un vase trop plein depuis bien longtemps.

Le juge essaye à plusieurs reprises de piéger L. en prenant un air compréhensif pour lui poser des questions rapides, qui s’enchaînent. Alors qu’il conteste les menaces, il dit : « Vous avec le sang chaud, vous avez le bouillon comme on dit dans le Forez, vous étiez énervé ce jour-là, on sait bien que quand on s’énerve les menaces peuvent sortir rapidement non ? Vous êtes d’accord que ça peut arriver, que ça aurait pu vous arrivez, que vous avez pu le dire. » « Votre petite amie, c’est un sujet sensible, il ne fait pas trop en parler » (… ?) « Vous faites exprès de faire du grabuge en vous disant que comme ça vous serez transféré près de votre famille ? »

Il y a des éléments contradictoires ou des anomalies qui ne sont jamais creusées. Les matons se contredisent pourtant plusieurs fois dans leurs déclarations. L’un dit que lorsqu’ils reviennent protégés pour maîtriser L. celui-ci les attend « armé » de la baguette en aluminium et du fil électrique alors que son collègue déclare : « il n’avait rien dans les mains mais était en position de garde ». Un maton dit que L. leur a jeté le frigo dessus, appuyé par le procureur qui dira « si il y a dysfonctionnement administratif (comprendre « harcèlement de la part des matons »), cela n’excuse en rien ce déchaînement de violence, de lancé de frigo (sic) sur les surveillants qui ne font que leur travail (comme d’hab’). » L’autre maton présent à ce moment-là confirme pourtant ce que L. déclare, c’est-à-dire qu’il a poussé le frigo pour bloquer la porte.

Le procureur souligne le fait que L. n’a pas fait de plainte administrative concernant le problème d’accès aux promenades pour dire que ça n’a probablement pas existé. Quel rapport ?

L’un des matons qui déclarait ne pas avoir été blessé ni s’être senti visé par les insultes demande finalement une indemnité de 800 euros pour préjudice moral.

Concernant les certificats médicaux, il est mentionné dans le dossier que les matons n’ont pas eu d’ITT alors que le procureur dira en parlant d’eux « l’un avait une jambe dans une gouttière, l’autre avait le bras maintenu bandé lors de la première audience, ce qui démontre bien la violence qui a été utilisée ». L’avocat des matons arrive d’ailleurs avec un deuxième certificat établi plus tard « il faut parfois des délais pour ce genre de choses » (…) qui donnera finalement une journée d’ITT à l’un des matons. Faites-nous pleurer !

Par contre pour L. il n’y aura pas de préjudice moral ou « d’Interruption du Temps de Détention » pour les coups qu’il a pris. Le certificat médical fait en garde à vue juste après le tabassage mentionne « une possible fracture de l’orteil, un œdème au front, des traces de griffures », il est encore en deçà de ce que sa famille a vu une semaine après au parloir. Et comme par hasard, il ne figure pas au dossier. C’est l’avocat de L. qui a dû en demander une copie pour pouvoir l’amener le jour du procès. Le certificat fait par le médecin au centre de détention est quant à lui, impossible à trouver. Quelle coïncidence !

Pour terminer, avant de lire le verdict, le juge reviendra sur des faits similaires dans un autre centre de détention, qui avaient valu à L. une peine d’un an ferme quelques mois avant.

Il dit alors « vous avez pris un an à ce moment, on ne pouvait donc pas faire moins, là on vous donne deux ans ».

Exemple parmi tant d´autres du fonctionnement de cette machine à broyer qu’est la justice, qu’est la prison… De leur complicité.

À Corbas, à Bourg-en-Bresse, à Varces, on a entendu parler d’histoires similaires. Et il y en a un tas d’autres qui restent méconnues, où les prisonniers comparaissent parfois sans avocat. Ils prennent des mois ou des années supplémentaires, pour des faits survenus pendant la détention… et la peine initiale s’allonge à l’infini.

Quand on dit que la prison veut casser les individus et les faire rentrer dans le moule, ce ne sont pas que des formules… C’est pour ça qu’on veut raconter ce procès, montrer comment ils fonctionnent, faire tomber leur masques hypocrites…

Cette histoire évidemment nous met en colère, et il n’est pas question de baisser les bras.

Indymedia Paris, 2 juillet 2012

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