[Poitiers] Soutien à J.-C. en procès pour avoir chanté du Brassens et jeté des confettis !

Le 21 juin 2011, jour de Fête de la musique à Poitiers comme ailleurs en France, une chorale Brassens est allée chanter Hécatombe devant le commissariat local. Cette initiative, prise par l’assemblée Démocratie réelle 86, visait de même que dans d’autres villes à manifester une solidarité envers des personnes aux prises en France avec la police et la justice pour avoir interprété cette chanson.

Il y eut d’abord un Rennais, condamné en mai pour avoir chanté Hécatombe à sa fenêtre : 40 heures de travaux d’intérêt général plus 200 euros à verser aux policiers qui se trouvaient alors dans la rue. Puis une trentaine de personnes furent interpellées à Toulouse pour « outrage », ayant chanté le tube du moustachu devant le commissariat de cette ville en solidarité avec le mélomane rennais et afin de défendre la liberté d’expression. Deux personnes passèrent aussi en procès à Paris pour « violence à agent », lors de la dispersion brutale par la police d’un rassemblement de même nature (elles furent relaxées). Au même moment, la Cité de la musique, sous tutelle du ministre de la Culture, fêtait pourtant ce cher Georges et invitait à un « championnat du monde des Brassens »…

À Poitiers ce 21 juin (cf. compte rendu), la chorale fut bon enfant, mais des policiers ont lancé à fond les sirènes de plusieurs de leurs véhicules pour couvrir la chanson, recourant ainsi à un usage abusif de ces appareils réglementés. D’autres policiers ont filmé le subversif événement. Enfin, les policiers sont venus en nombre signifier à cette chorale que c’était une « provocation », qu’elle était « illégale » (le soir de la Fête de la musique…) et devait se disperser, sous peine d’« usage de la force ». Alors que la chorale s’éloignait, ses membres ont jeté des confettis vers ce commissariat si farceur avec la liberté d’expression. J.-C., 52 ans, a alors été brutalement attrapé par un policier qui l’a emmené au poste. Un rassemblement de soutien s’est vite constitué, et J.-C. a été libéré une heure et demie après, en ayant nié avoir commis le moindre « outrage » et après que les policiers lui ont signifié qu’il devait se tenir tranquille à l’avenir s’il voulait éviter des suites.

Mais voilà, ce 27 janvier 2012, J.-C. était convoqué au commissariat. Les quatre personnes qui l’y ont accompagné ont été surprises de trouver devant un comité d’accueil de cinq policiers. Et plus encore surprises de voir J.-C. en ressortir dix minutes après avec à la main une convocation à un PROCÈS, prévu le 4 mai 2012 ! Les termes de la convocation explosent les dernières barrières du grotesque : J.-C. est en effet poursuivi pour avoir « outragé par parole, gestes, menaces, écrit non rendu public, image non rendue publique, envoi d’objet, de nature à porter atteinte à la dignité ou au respect dus à la fonction de Monsieur M. J.-C., commandant de police, personne dépositaire de l’autorité publique, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions, en l’espèce en lui ayant projeté au visage une poignée de confettis ».

L’OPJ, sans doute un peu gêné, a confessé à J.-C. qu’il n’était pour rien dans cette poursuite… J.-C. n’a évidemment insulté ni menacé personne, ni par parole ni par écrit, mais tout est bon hélas, pour la police poitevine, quand il s’agit de harceler des gens qui sont engagés politiquement et qui défendent la liberté d’expression.

Rappelons que récemment six personnes ont été arrêtées pour diffusion d’un journal dont les exemplaires ont été saisis et détruits par la police (sans suite). Que deux personnes sont passées en procès pour avoir récupéré des produits alimentaires périmés dans une poubelle — elles ont expliqué leur geste par un tract (relaxe). Qu’un ancien président de maison de quartier, connu pour son militantisme, a été convoqué au sujet d’affiches dénonçant les expulsions d’étrangers avec lesquelles il n’avait rien à voir (pas de suite mais on ne sait jamais)…

Il semble qu’une étape de plus ait été franchie par la police poitevine dans le grotesque : l’outrage au jet de confettis ! On hésite entre le rire et la consternation.

Pour la liberté d’expression et contre le harcèlement policier à l’encontre des personnes qui la défendent.

Arrêt immédiat des poursuites contre J.-C. !

Démocratie réelle maintenant (Poitiers), Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux, 6 février 2012.

Publié dans Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Poitiers] Soutien à J.-C. en procès pour avoir chanté du Brassens et jeté des confettis !

Révolte pour du chauffage à la maison d’arrêt de Nanterre

Paris – Des détenus se rebellent

« Une mini-mutinerie ». Quarante-six détenus de la maison d’arrêt de Nanterre (Hauts-de-Seine) ont refusé hier matin de regagner leur cellule. « Ils ont saccagé le bureau des surveillants et cassé du matériel informatique », indique David Mahieux, responsable de FO-Pénitentiaire. Cette rébellion a nécessité le recours à l’unité spéciale chargée de la sécurité. « Ils se sont révoltés car le chauffage ne fonctionne pas », avance une source policière. L’administration pénitentiaire n’a pas confirmé hier cette information.

Leur presse (20Minutes.fr, 3 février 2012)

Publié dans Beau comme une prison qui brûle | Marqué avec | Commentaires fermés sur Révolte pour du chauffage à la maison d’arrêt de Nanterre

[Mort aux El-Assad !] Diplomatie dégage !

La mission de Syrie à Genève saccagée

Cinq personnes ont été arrêtées samedi soir, après avoir pénétré dans le bâtiment diplomatique syrien. Dimanche, la police est intervenue pour empêcher une deuxième occupation.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328473510.jpg

Cinq personnes ont été interpellées samedi soir après s’être introduites dans la mission de Syrie, située à la rue de Lausanne, à Genève. Elles ont jeté des livres et des portraits par les fenêtres et ont provoqué quelques déprédations à l’intérieur du bâtiment.

La police est intervenue sur demande des autorités syriennes pour violation de domicile et dommages à la propriété, a indiqué dimanche à l’ats un porte-parole de la police cantonale genevoise, Éric Grandjean, confirmant une information de la Radio suisse romande (RSR).

Les cinq personnes sont passées par des échafaudages. Deux d’entre elles ont indiqué être membres respectivement des partis kurdes Azadi et Yazidi, interdits en Syrie. Dimanche, ces cinq personnes se trouvaient toujours dans les locaux de la police et devaient être présentées au procureur de service.

Une manifestation autorisée avait rassemblé auparavant une quarantaine de personnes au total à la Place des Nations, selon la police. Les manifestants étaient venus protester contre la mort de l’opposant kurde Mechaal Tamo, assassiné vendredi dans le nord-est de la Syrie.

Nouvelle tentative dimanche

Dimanche après-midi, environ trente personnes, selon la police, ont à nouveau tenté de rentrer dans la mission de Syrie. Présente sur place depuis les incidents de la veille, la police genevoise est intervenue pour disperser les manifestants.

Déjà occupée en octobre 2011

En octobre dernier, cinq Kurdes d’origine syrienne avaient déjà réussi à pénétrer dans l’un des bureaux de la représentation syrienne. Brandissant des drapeaux syriens, ils avaient lancé des documents du haut du bâtiment. Ils avaient ensuite été arrêtés. Entre 30 et 40 Kurdes d’origine syrienne avaient auparavant manifesté devant la Mission.

Leur presse (20 minutes/ats, 5 février 2012)


En Libye, l’opposition syrienne prend le contrôle de l’ambassade

L’opposition syrienne a pris le contrôle de l’ambassade de Syrie à Tripoli, samedi 4 février, sans rencontrer de résistance. Le Conseil national de transition (CNT) libyen a annoncé en octobre reconnaître le CNS comme « seul gouvernement légitime en Syrie » et ordonné la fermeture de l’ambassade de Syrie à Tripoli.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328475338.jpg

« Demain, nous allons officiellement prendre la direction des opérations, une fois quelques papiers signés. La prise de contrôle a été pacifique. Il n’y avait personne dans l’ambassade quand nous sommes entrés », a expliqué Anas Al-Khaled, membre du CNS.

Des dizaines de Syriens se sont rassemblés à l’extérieur de l’ambassade dans le centre de la capitale libyenne, scandant des slogans hostiles au président syrien Bachar Al-Assad ainsi qu’à la Chine et à la Russie, qui ont opposé samedi leur veto à une résolution de l’ONU condamnant la répression.

« Après ce qu’il s’est passé à Homs, il fallait prendre le contrôle de l’ambassade », a insisté Anas Al-Khaled, en référence au bombardement qui a fait plus de 230 morts selon l’opposition dans la nuit de vendredi à samedi dans cette ville rebelle encerclée par les forces du régime. (…)

Leur presse (LeMonde.fr, 4 février 2012)


Australie : l’ambassade de Syrie saccagée

L’ambassade de Syrie en Australie a été attaquée hier soir et en partie saccagée par plusieurs dizaines de manifestants dénonçant le régime de Bachar el-Assad et la répression meurtrière à Homs, a annoncé la police dimanche.

Les manifestants « sont entrés de force » dans l’ambassade de Syrie et « ont causé d’importants dégâts au rez-de-chaussée » du bâtiment situé dans la capitale australienne Canberra, selon la police. Trois membres du personnel diplomatique présents au moment de l’attaque se sont barricadés dans une pièce. Ils sont indemnes.

Les ambassades syriennes à Athènes, Berlin, au Caire, au Koweït et à Londres ont également été la cible d’attaques depuis l’annonce par l’opposition syrienne que plus de 230 civils avaient péri dans des bombardements dans la ville rebelle de Homs dans la nuit de vendredi à samedi. Le chef de la diplomatie australienne Kevin Rudd a dénoncé un « crime de guerre ».

Leur presse (Agence faut Payer, 5 février 2012)


Ottawa : L’ambassade syrienne vandalisée

L’ambassade de la Syrie à Ottawa a été vandalisée par des manifestants qui ont peinturé lancé de la peinture sur la façade de l’édifice en rouge, possiblement dans la nuit de vendredi à samedi.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328474320.jpgUne quarantaine d’autres manifestants se sont pointés samedi devant la mission diplomatique syrienne pour dénoncer la mort de civils. Arborant des portraits d’hommes et d’enfants morts, les manifestants ont scandé des slogans antigouvernementaux.

Plus de 230 civils sont morts dans la nuit de vendredi à samedi après un bombardement par les forces du régime des quartiers résidentiels à Homs, selon l’opposition syrienne.

« Cette ambassade est souillée avec le sang de civils tués en Syrie, a déclaré Abdullah al-Haj, qui protestait à Ottawa contre le gouvernement syrien. C’est un massacre. »

Selon lui, le vandalisme de la façade de l’ambassade syrienne est l’œuvre de « quelques jeunes avec plein de rage en eux ».

Dans une vidéo diffusée sur le site YouTube, il est possible d’entendre une voix de femme puis une substance qui ressemble à de la peinture éclabousser la façade de l’ambassade.

Un autre manifestant, Sami Al-Haj, a dit espérer que le gouvernement canadien joue un rôle plus important dans l’opposition au régime du président syrien Bachar al-Assad. « Le monde entier regarde, et rien ne se passe », a-t-il dit samedi. (…)

Leur presse (Agence QMI , 4 février 2012)

Publié dans La révolution syrienne | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur [Mort aux El-Assad !] Diplomatie dégage !

[Tunisie] La police travaille

Tunisie : un blogueur se dresse contre la brutalité policière

La police tunisienne fait tout pour démontrer qu’elle n’a été que l’instrument d’une dictature, à son corps défendant. Il est vrai que les agents étaient maintenus dans un état de frustration permanente, au nom d’une technique de management cynique, mais efficace  : traiter les policiers comme des chiens affamés pour les rendre plus agressifs.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328449138.jpg

Le Ministère de l'Intérieur à Tunis

Depuis le changement de régime, leurs salaires ont été revalorisés et, au quotidien, les relations avec la population sont devenues nettement plus respectueuses.

Mais certains policiers tunisiens n’ont visiblement pas tiré les enseignements de la révolution, et n’ont pas compris que les méthodes de l’époque Ben Ali n’étaient plus admissibles. Zakaria Bouguerra, étudiant en médecine et jeune blogueur, détenu mardi pendant deux heures au commissariat de Bab Bnet, au centre de Tunis, en fait la douloureuse expérience, relatée par le site Naawat.

L’histoire commence le 13 novembre. L’Espérance sportive de Tunis, l’une des deux équipes de football de la capitale, reçoit celle de Casablanca.

Alors qu’ils attendent à l’aéroport leur vol de retour, quelques supporteurs marocains commencent à s’agiter et détériorent du matériel informatique. La réaction policière est particulièrement brutale et les arrestations, plus que musclées.

Zakaria Bouguerra assiste à la scène  :

« Tout un groupe de policiers (une vingtaine à peu prés) sortent avec d’autres Marocains en sang. […] C’étaient des gamins. Leurs pulls étaient déchirés et certains n’avaient plus de chaussures.

Un des Marocains tombe par terre pensant peut être diminuer la cadence des coups, mais au lieu d’avoir trois policiers sur lui, c’est maintenant une dizaine qui se ruent sur son corps à coups de brodequins sur le dos. »

«  Il veut nous mettre sur Facebook ! »

Il tente alors de filmer ce qu’il voit. Mais un policier en civil l’en empêche  :

« Il arrache mon téléphone et me maîtrise. Il appelle ses amis “Un traître  ! Un traître  !  Il veut nous mettre sur Facebook”. »

Jeté à terre, roué de coups de pieds, il est ensuite conduit au poste de police de l’aéroport.

« La porte s’ouvre. Quatre policiers baraqués me regardent et me disent “C’est toi le Tunisien ?” Naïf comme je suis, je leur réponds oui. “Non, toi tu n’es pas Tunisien ! Toi tu es un traître ! Toi, tu es un Israélien.” Ils me relèvent et se liguent contre moi.

Un Marocain s’écrie “Non, laissez-le, il a rien fait, il n’était pas avec nous !” D’un coup de botte dans la gueule, un des policiers le fait taire. »

Dans l’esprit des policiers, ce ne sont pas leurs méthodes qui les ont décrédibilisés, mais la visibilité que leur ont donnée les réseaux sociaux  :

« Un gros bonhomme s’approche sournoisement de moi. […] Il me dit tout doucement N’aie pas peur, je vais rien te faire. Tu es Tunisien ? Tu voulais filmer les policiers ? Je baisse ma garde et je hoche la tête.

Un coup, deux coups, trois coups. Ma tête résonne sous les chocs, je ne sens plus mon visage. Un poing percute ma tête au niveau de la bouche, mes lèvres éclatent dans une éclaboussure de sang. Rabbek, tu veux brûler le pays ? Les policiers sont devenus des moins que rien à cause de votre Facebook et de votre révolution !” »

Dans la suite de son témoignage, il raconte comment un policier écrase la tête d’un supporter marocain en train de vomir de douleur sur la cuvette des toilettes.

Les journaux marocains avaient dénoncé cette brutalité, sans mentionner les actes de vandalisme. Les médias tunisiens en revanche n’avaient pas mentionné le comportement des policiers. Mieux, rapporte Zakaria Bouguerra, les journalistes de la chaîne nationale et de Hannibal TV avaient demandé aux policiers de donner des pulls sans tâches de sang aux jeunes Marocains interpellés avant de les filmer. Les policiers ne sont pas les seuls à conserver les vieilles habitudes.

« C’est moi le citoyen, ton maître »

Le 20 janvier, le jeune avait croisé le policier qu’il avait vu écraser le visage d’un Marocain contre la cuvette des toilettes et qui se trouve être le secrétaire général de la section de l’aéroport du syndicat des policiers aux frontières, Issam Dardouri.

Dans le dialogue qu’il relate dans son blog, il a cette répartie impeccable quand le policier lui demande s’il veut lui apprendre son métier  :

« Oui je vais t’apprendre à travailler ! Car tu es mon serviteur ! Tu travailles pour moi ! C’est moi le citoyen, ton maître, qui paye tes salaires. »

On ne saurait mieux résumer le sens de la révolution tunisienne.

Promesse

Le 1er février, alors qu’il assiste à une manifestation en faveur de Samir Feriani (un policier au cœur d’un contentieux avec sa hiérarchie), Zakaria Bouguerra est reconnu par Issam Dardouri.

Cette fois, le policier rameute des collègues qui embarquent le jeune homme au poste de police le plus proche en le rouant de coups. L’histoire se termine par la promesse écrite des deux protagonistes de ne plus s’adresser la parole et, pour le jeune blogueur, de ne plus mentionner le nom du policier.

Ce silence imposé ne suffira pas à redonner de la respectabilité à une corporation qui se plaint d’être victime aujourd’hui de violences de la part de délinquants, mais qui peine à faire sa révolution et il faudra plus que l’audace d’un jeune bloggeur pour qu’elle mène à bien sa mutation.

Aller plus loin :

Le blogueur et activiste Zakaria Bouguerra encore une fois agressé par la police (nawaat.org)

Police tunisienne : l’opération séduction n’aboutira pas de cette façon (nawaat.org)

Quand la police a peur, elle sort ses griffes (webdo.tn)

Agressions contre les forces de sécurité intérieure : Le ras-le bol des policiers (africatime.com)

Leur presse (Thierry Brésillon, blog Rue89 «Tunisie libre », 4 février 2012)

Publié dans L'insurrection tunisienne et ses suites | Commentaires fermés sur [Tunisie] La police travaille

7 février 2012 / Valognes – Cherbourg : contre le deuxième train de la répression !

7 février 2012 : Verdict du procès du 31 janvier
Audience pour 4 autres prévenu-e-s.

Après le rendez-vous du 31 janvier, retrouvons-nous à nouveau le mardi 7 février 2012 à 9h à Cherbourg pour soutenir les personnes poursuivies.

Le 23 novembre dernier, une action massive contre le train de déchets nucléaires “CASTOR” a permis d’imposer ce qu’on peut appeler pudiquement des “interférences” dans les plans bien huilés d’Areva, et la communication lénifiante de l’État. Cela faisait longtemps que l’on n’avait pas vu des centaines de personnes s’attaquer directement à l’un des maillons de l’industrie nucléaire, usant pour cela de tous les moyens nécessaires.

L’affront ne pouvait rester impuni malgré des flics trop débordés ce jour-là pour pouvoir identifier l’auteur de quoi que ce soit.

Nous connaîtrons ce 7 février la capacité (ou l’incapacité) de la justice à résister à cette volonté de répression du parquet dont les réquisitions contre des délits fumeux sont insensées au regard du dossier vide, tout comme l’amende de 300 € réclamée pour le vol de 9 canettes de soda restituées en l’état est ridicule.

Suivront les audiences concernant les quatre autres militant-e-s poursuivies, dont trois n’ont même pas participé à la manifaction du 23 novembre 2011, ayant été arrêtés pour détention d’armes de 6e catégorie (un opinel tout de même !) dans des voitures avant même d’être arrivés au rassemblement. Quant à la vague intrusion sur les voies de la quatrième prévenue, elle ne serait jamais advenue si les gendarmes mobiles n’y avaient pas détenu la camarade pendant des heures.

Les lourdes réquisitions du parquet lors du premier procès tendent à transformer l’éclat de rire suscité par le ridicule des poursuites, en une grimace de colère face à la volonté affichée de réprimer des boucs émissaires de l’incompétence des forces de l’ordre dans la brume et le bocage.

Nous qui étions à Valognes le 23 novembre savons bien que ce que nous avons fait ce jour-là est en fait le minimum de ce que nous devons à Areva et aux nucléocrates, et que ce n’est que le début du règlement des comptes. Il importe au plus haut point, dans le souci des développements futurs, de ne laisser personne sur le bord du chemin. Il est crucial de continuer à soutenir les 6 personnes inculpées.

Nous vous invitons donc à revenir devant le tribunal de grande instance de Cherbourg (15, rue des Tribunaux) ce mardi matin 7 février à partir de 9h.

Comme ce fut le cas mardi dernier à Bordeaux, Limoges et Rouen (et peut-être ailleurs encore), si vous ne pouvez pas venir ce jour-là, placez des banderoles sur les gares, devant les tribunaux ou chez les nucléaristes de chez vous, faites des inscriptions, marquez votre solidarité.

N’hésitez surtout pas à faire savoir autour de vous que, nos caisses n’étant pas bien pleines, il nous reste à trouver de l’argent pour couvrir toutes les suites judiciaires de Valognes, ou contribuez directement par chèque à l’ordre de :

APSAJ-Valognes
Association Pour la Solidarité et l’Aide Juridique
6 cours des Alliés
35000 Rennes
IBAN : FR76 4255 9000 5541 0200 1473 207
CODE BIC : CCOPFRPPXXX

À tout de suite, une fois encore,

Le collectif Valognes Stop Castor.

Publié dans Luttes antinucléaires | Marqué avec , | Commentaires fermés sur 7 février 2012 / Valognes – Cherbourg : contre le deuxième train de la répression !

[Égypte] « Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution » (4)

Nouveaux heurts entre manifestants et policiers au Caire

C’est le quatrième jour de violences dans la ville…

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328437704.jpg

Un manifestant lance une grenade lacrymogène contre les forces de l'ordre égyptiennes dans la soirée du 4 février 2012 au Caire.

Protestataires et police anti-émeutes s’affrontaient au Caire dimanche, au quatrième jour de heurts déclenchés par la mort de 74 personnes lors de violences à l’issue d’un match de football, que les forces de sécurité sont accusées de ne rien avoir fait pour empêcher.

Des centaines de policiers bloquaient les rues menant au ministère de l’Intérieur, dans le centre de la capitale égyptienne, et tiraient des gaz lacrymogène pour contrôler des dizaines de manifestants lançant des pierres et des cocktails Molotov.

Douze personnes décédées au Caire depuis jeudi

La police a construit un mur de béton en travers de la rue Mansour, devenue l’épicentre des violences, et s’abritaient derrières des rouleaux de fils barbelés dans d’autres rues. Des manifestants ont capturé un homme qu’ils ont présenté comme étant un officier de police en civil, le ramenant derrière leurs lignes sous les hourras, pendant que certains tentaient de protéger l’homme des coups portés par des protestataires. Selon un docteur sur place, la police a lancé un assaut sur les positions des manifestants, tirant à la chevrotine et arrêtant des médecins d’un hôpital de campagne, qui ont été libérés peu après.

En milieu de journée, l’intensité des violences a décru.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328474528.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328474681.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328474742.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328474769.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328474791.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328474809.jpg

Depuis le début des manifestations et des affrontements jeudi, au lendemain du drame du football à Port-Saïd, douze personnes ont été tuées au Caire et à Suez et 2.532 blessées, dont des policiers et des manifestants, a annoncé samedi le ministère de l’Intérieur.

Des Égyptiens sont descendus dans la rue pour réclamer le départ du pouvoir militaire, accusé d’inaction face aux violences dans le stade.

Parmi les victimes du drame de mercredi se trouveraient de nombreux « ultras », supporteurs de foot bien organisés et politisés, qui ont participé aux manifestations ces derniers mois contre l’armée au pouvoir en Égypte depuis la chute du président Hosni Moubarak il y a un an.

Leur presse (20Minutes.fr, 5 février 2012)

Publié dans L'insurrection égyptienne et ses suites | Marqué avec | Commentaires fermés sur [Égypte] « Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution » (4)

[Grèce] Résidence du président caillassée

 

Une trentaine de jeunes ont lancé des pierres aujourd’hui contre la résidence du président grec Carolos Papoulias dans le centre d’Athènes, causant de légers dégâts au bâtiment, a-t-on appris de source policière.

Carolos Papoulias, âgé de 82 ans, qui a été pendant de nombreuses années ministre des Affaires étrangères dans des gouvernements socialistes, est l’un des hommes politiques les plus respectés en Grèce. Sa popularité a cependant été sérieusement écornée après qu’il eut été accusé au cours des six derniers mois de se plier aux injonctions de l’Union européenne et du Fonds monétaire international (FMI) pour la mise en œuvre d’un sévère plan d’austérité pour faire face à la crise de la dette.

Le Grèce mène actuellement de rudes négociations pour obtenir de ses créanciers publics l’effacement partiel de sa dette, mais elles sont conditionnées à un autre accord, qu’elle doit conclure avec ses créanciers publics (UE, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Pour lui octroyer un nouveau prêt international de 130 milliards de dollars, ces derniers exigent des partis représentés dans le gouvernement grec de coalition des engagements sur des mesures d’ajustement structurel, au-delà des élections générales anticipées prévues ce printemps.

Leur presse (Agence Faut Payer, 4 février 2012)


Action directe contre la résidence de Karolos Papoulias dans le centre d’Athènes

Tard dans la soirée du samedi 4 février, camarades cagoulés ont mené une action directe contre la maison du président de la Grèce dans la rue Asklipiou, jetant des bâtons et des pierres sur sa résidence. Ils ont été poursuivis dans la rue Zoodochou à Exarchia par des unités à moto qui ont tiré des grenades flash-bang. Tout les camarades se sont enfuis en courant.

Contra Info, 5 février 2012.

Publié dans L'insurrection grecque de décembre 2008 et ses suites | Marqué avec | Commentaires fermés sur [Grèce] Résidence du président caillassée

[Troyes] Vive la belle !

Menotté, il s’évade du palais de justice

Troyes – Aux portes du palais, les gendarmes ont laissé filer un détenu qu’ils étaient censés escorter jusqu’à la salle d’audience.

Lorsqu’il quitte sa cellule de la maison centrale de Clairvaux, hier matin, Habib Nebaya imagine sans doute la sanction qui viendra alourdir sa peine.

Quelques mois de plus derrière les barreaux d’une des prisons les plus sécuritaires de France. C’est là qu’il use et abuse des failles d’un système, outrage ou dégrade au gré de ses humeurs.

Le 15 juin 2011, alors qu’il s’explique à la barre du tribunal, il aura ses mots prémonitoires : « J’avais envie de m’évader, non pas par hélicoptère ou à grand renfort d’explosifs mais en parlant à mes proches. »

Hier, Habib Nebaya n’avait pas de complice, pas plus qu’il ne détenait d’arme. Il a simplement profité de l’inattention de ceux qui étaient censés le conduire à bon port. Devant l’audience correctionnelle du tribunal de Troyes.

Mais une occasion en or s’est présentée et Habib Nebaya ne l’a pas laissée filer. Quelques secondes et des gendarmes pris de court aux portes du palais. Un scénario à peine croyable. Et pourtant. Cet homme, dont le parcours judiciaire est émaillé de nombreuses condamnations pour des faits de violence se trouve à l’arrière du véhicule de la gendarmerie. Le dispositif de sécurité est enclenché. Habib Nebaya ne peut pas ouvrir les portes. Puis la voiture s’immobilise dans la cour du palais de justice et le système est levé. C’est à ce moment précis que Habib Nebaya tente l’impossible. Et ça va marcher.

Hélicoptère

Les gendarmes ne se rendent comptent de rien. Un instant plus tard et le fuyard a déjà plusieurs centaines de mètres d’avance. Un témoin indique sa direction de fuite. Habib Nebaya court, conserve la distance, et le sort s’acharne.

À proximité du service pénitentiaire d’insertion et de probation, boulevard Gambetta, une automobiliste croise sa route. Il l’oblige à sortir et s’engouffre dans la voiture, menottes aux poignets. Habib Nebaya ne connaît rien de cette ville et parvient pourtant à éviter les pièges. Les gendarmes sont définitivement semés.

Le plan Milan déclenché dans la foulée de l’évasion n’y changera rien.

La mobilisation des fonctionnaires de police et les rotations d’un hélicoptère non plus. La cavale de Habib Nebaya peut commencer.

Le voyou a gagné la première manche. Pour quelques heures ou quelques jours, il goûte à la liberté. Mais déjà son signalement circule, Habib Nebaya est activement recherché.

Leur presse (Céline Tillier, L’Est Éclair, 3 février 2012)

Publié dans Beau comme une prison qui brûle | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Troyes] Vive la belle !

[Égypte] « Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution » (3)

Le Caire : 3e jour d’affrontements continus

Les affrontements continuent à proximité du Ministère de l’Intérieur, ce soir, samedi 4 février, et se sont même étendus, en surface et en intensité.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328482587.jpg

Le 3 février

Jusqu’à hier concentrés dans la rue Mansour, les affrontements ont aujourd’hui également gagné la rue Noubar, sa parallèle, toutes deux donnant sur le Ministère de l’Intérieur. Toutes ces rues, et leurs parallèles des deux côtés, sont d’ailleurs plongées dans le noir, l’éclairage public ayant été coupé. Dans la rue Mansour, ce sont donc les feux allumés par les manifestant-es, et les tirs des policiers, qui apportent de la lumière. Ceux-ci sont d’ailleurs passés aux balles réelles. On a pu également assister au limogeage en règle de certaines personnes prises dans le filet policier, qui se faisaient littéralement tabasser à coups de pieds, de bâtons, dans la rue devant le Ministère. Les camions blindés de la police sont accompagnés par des alliés embusqués dans les immeubles du côté gauche de la rue Mansour, alors que du côté droit, ce sont les manifestant-es qui ont pris le contrôle du toit de l’université américaine, plus élevé, et qui balancent des projectiles pour faire reculer les flics.

Tous les immeubles des rues alentour semblent sortir d’une guerre : vitres brisées, marques d’incendies… À plusieurs rues autour, l’odeur et les effets du gaz lacrymogène se font ressentir : rue du Parlement, rue Cheikh Rihan, rue Abdel Aziz Gaouch, les passant-es, les travailleur-euses et les habitant-es sont obligé-es de porter un masque, alors que les affrontements se déroulent à quelques centaines de mètres de là !!!

Le bilan continue de s’alourdir, la presse officielle fait état ce soir de 12 morts au Caire, 2 à Suez. Les manifestations se sont étendues à d’autres villes, Port-Saïd évidemment, Suez foyer de la révolution, Alexandrie, Assiout… et rien ne semble pouvoir arrêter la colère populaire. De plus en plus de voix officielles appellent à la démission au moins du Ministre de l’Intérieur, et le régime militaire, pour essayer de sauvegarder son emprise, fait tomber des têtes : des officiels de la fédération de foot, le gouverneur de Port-Saïd… Mais cela ne suffira pas. Les Égyptien-nes le disent depuis plusieurs mois déjà : « Le peuple veut la chute du régime », tout entier, et cela pourrait bien égratigner au passage les Frères musulmans, bien timides à dénoncer les agissements de l’armée…

La même armée aurait d’ailleurs prévu d’intervenir si la situation perdure, demain ou lundi, ce qui ne risque pas de ramener le calme…

Indymedia Paris, 5 février 2012.


Mobilisation en Égypte

Des unions estudiantines dans 18 universités égyptiennes ont appelé à la désobéissance civile et une grève illimitée à partir du 11 février 2012, jour de la démission de Moubarak il y a un an.

Plusieurs étudiants comptent parmi les victimes des événements sanglants de Port-Saïd, dont le fils du vice-président du syndicat des membres du corps enseignant, c’est ce qui explique la colère grandissante dans les universités et cet appel à la grève.

Par ailleurs des affrontements sanglants se déroulent depuis trois jours autour du ministère de l’Intérieur au Caire, entre les Ultras et les forces de l’ordre, deux personnes ont trouvé la mort par balles.

Un journaliste à la chaîne El Nil, a perdu son œil au cours des combats et il y a des centaines de blessés. Le ministère de l’Intérieur a déclaré ne pas avoir utilisé des cartouches, ce que dément à l’évidence le cas du journaliste dont les collègues ont menacé de faire grève s’il n’est pas envoyé en Allemagne aux frais de l’État pour être opéré. Il est utile de rappeler que depuis la révolution de janvier, 1800 personnes ont été blessées aux yeux par balles, dont 800 ont perdu complètement la vue, les autres n’ont qu’un seul œil. Les forces de l’ordre visaient systématiquement les yeux, les poumons et les têtes, mais les trois ministres de l’Intérieur qui se sont succédés ont toujours nié avoir eu recours aux balles réelles contre les manifestants.

Galila El Kadi, 4 février 2012.


Égypte : heurts entre policiers et manifestants pour le troisième jour

Des affrontements ont opposé samedi pour le troisième jour consécutif au Caire la police à des manifestants qui persistent à réclamer le départ du pouvoir militaire, accusé d’inaction face aux violences ayant fait 74 morts après un match de football.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328391582.jpg

Au Caire, des colonnes d’épaisse fumée s’élevaient au-dessus des ruelles menant au ministère de l’Intérieur, où les manifestants ont lancé des pierres sur les policiers anti-émeutes et où les ambulances ont fait des aller-retours pour évacuer les blessés.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328391610.jpg

Depuis le début des manifestations et des affrontements jeudi au lendemain du drame du football à Port-Saïd (nord), douze manifestants ont été tuées au Caire et à Suez (est) et 2.532 personnes blessées, dont des policiers et des manifestants, selon le ministère de l’Intérieur.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328391345.jpg

Certaines victimes sont mortes asphyxiées par les gaz lacrymogènes, selon des sources médicales. Parmi les blessés se trouvent 211 policiers, dont un général qui a perdu un œil. Selon la chaîne nationale Nile News, un de ses journalistes a également été blessé à un œil par un tir de chevrotine.

Dans l’après-midi, des manifestants ont essayé de s’interposer entre leurs camarades et la police qui tirait des gaz lacrymogènes et à la chevrotine, mais les affrontements ont repris dans le centre du Caire, à quelques mètres de la Place Tahrir.

En fin de soirée, la situation s’est calmée mais la tension était palpable parmi les centaines de personnes encore dans les rues. (…)

Leur presse (tempsreel.nouvelobs.com, 4 février 2012)


Au cœur des manifestations du Caire

Les protestations ne faiblissent pas place Tahrir et devant le ministère de l’Intérieur. Reportage.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328392073.jpg

Le meilleur indicateur de l’état de Tahrir, ce sont les vendeurs ambulants. Plus c’est calme, plus ils sont nombreux et plus leurs marchandises sont anodines : nourriture, boissons, drapeaux, souvenirs de la révolution.

Aujourd’hui, les camelots sont rares et les articles les plus courants sont des masques contre le gaz et des casques contre les pierres. La journée est agitée. Des dizaines de milliers de personnes sont rassemblées sur la place et aux alentours pour demander le transfert du pouvoir aux civils. Les radicaux sont noyés dans la masse de simples Égyptiens encore outrés du « massacre de Port-Saïd » — l’expression est maintenant consacrée.

La fumée contre les gaz lacrymogènes

Chehab est devant un bar célèbre du centre-ville, le Hurriya — « Liberté ». Il revient à peine de vacances, il n’est ni activiste ni supporteur de foot. Quelques heures auparavant, il était devant Al Jazeera. Quand il a vu les affrontements sur le nouveau point chaud de la contestation, il s’est contenté d’un « je veux y aller, maintenant ». La télé montrait des images de gaz lacrymogène, de manifestants évacués à moto.

Les manifestants sont par milliers. Difficile de marcher, difficile même d’avancer. On ne peut que suivre la foule et essayer de se laisser porter dans la bonne direction. Un large passage est laissé pour les motos qui évacuent les blessés. Ils sont nombreux — la plupart du temps, ce sont des gens qui étouffent à cause des gaz.

On arrive devant le croisement de la rue Mansour et de la rue Mohammed-Mahmoud. C’est le point fort des affrontements. Du gaz, partout. Des détonations, sans cesse. Le carrefour est jonché de pierres, de barbelés. Çà et là, des feux sont allumés : la fumée permet de combattre les effets des lacrymo.

Les Ahlawy en première ligne

Et soudain, le reflux. Quand la menace est trop grande, les manifestants reculent et courent en sens inverse. Il faut trouver un abri, sinon on se fait emporter par la vague. Une voiture, une cabine électrique. Un simple lampadaire.

Après le reflux, quelques manifestants déterminés reviennent très vite. Les voilà, les « Ahlawy » (supporteurs d’Al-Ahly, l’équipe de football cairote, NDLR). Les 74 morts de Port-Saïd sont pour eux une attaque personnelle. Ils combattent, mais à leur manière. « On ne veut pas rentrer dans une guerre urbaine. Il faut rester pacifiques, mais déterminés. Pas facile de trouver le bon équilibre », explique l’un d’entre eux. Il court avant même qu’on ne puisse lui demander son prénom. Il part en première ligne — devant le cordon de policiers anti-émeute.

Équilibre

C’est là que se joue l’équilibre. Malgré les gaz et la tension, la protestation reste calme — à l’image de l’Égypte d’aujourd’hui. Des leaders calment à grand-peine les esprits les plus échauffés. La limite entre la protestation et l’affrontement est extrêmement fine et l’on sent, sur cette première ligne, que tout peut dégénérer, en quelques secondes, littéralement.

La prière du soir annonce la trêve. Quelques sourires se dessinent sur les visages des policiers. Les manifestants reprennent les slogans. Devant le ministère de l’Intérieur, les manifestants tentent de maintenir la pression sur les forces de l’ordre tout en protégeant leurs troupes. L’Assemblée du peuple semble très loin — elle est à deux rues. À l’intérieur, les parlementaires tentent toujours de maintenir la pression sur les généraux tout en préservant leur légitimité toute neuve. Chacun poursuit ses objectifs, à son niveau.

Leur presse (Samuel Forey, LePoint.fr, 3 février 2012)

Publié dans L'insurrection égyptienne et ses suites | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Égypte] « Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution » (3)

[Mort aux El-Assad !] Les révolutions égyptienne et syrienne ne forment qu’une seule main

Caire : l’ambassade de Syrie saccagée

Des dizaines d’opposants au régime du président Bachar al-Assad ont envahi l’ambassade de Syrie au Caire à l’aube, saccageant le bâtiment et mettant le feu au rez-de-chaussée.

Une cinquantaine de personnes, pour la plupart des Syriens, ont fait irruption dans les locaux de l’ambassade située dans le quartier de Garden City vers 3 heures locales (2h à Paris). Après avoir arraché la grille d’entrée, ils ont saccagé l’intérieur du bâtiment puis mis le feu à plusieurs pièces au rez-de-chaussée. Les traces de l’incendie étaient visibles sur les murs calcinés et du verre brisé jonchait le sol, selon un journaliste de l’AFP sur place. Le mobilier a été détruit et les ordinateurs cassés.

Samedi matin, des policiers égyptiens avaient été déployés pour protéger l’ambassade. Des opposants avaient déjà attaqué la mission diplomatique syrienne la semaine dernière, avant d’être repoussés par les forces de sécurité égyptiennes.

Des militants syriens ont fait état dans la nuit d’un « massacre » à Homs, dans le centre de la Syrie, parlant de plus de 200 morts civils dans des bombardements de l’armée. Damas a démenti avoir bombardé Homs, disant que les civils avaient été tués par des bandes armées.

Leur presse (Agence Faut Payer, 4 février 2012)


Grèce : l’ambassade de Syrie attaquée

Une cinquantaine de manifestants, des Syriens pour la plupart, ont réussi à pénétrer dans l’ambassade de Syrie à Athènes, tôt ce  matin, brisant des vitres et inscrivant des mots d’ordre antigouvernementaux sur les murs, a-t-on appris de source policière. La police a arrêté 12 Syriens et un Irakien.

La manifestation contre l’ambassade a eu lieu après que le Conseil national syrien (CNS – opposition) eut affirmé que 260 civils avaient été tués à Homs (centre) dans la nuit de vendredi à samedi, l’un des « plus terrifiants massacres » depuis le début de la révolte contre le président Bachar al-Assad en mars 2011. Le régime syrien, qui ne reconnaît pas l’ampleur de la révolte populaire, a démenti le pilonnage de Homs par l’armée.

Leur presse (Agence Faut Payer, 4 février 2012)


Koweït : des Syriens attaquent leur ambassade, 40 personnes arrêtées

Les autorités koweïtiennes ont procédé samedi à une quarantaine d’arrestations quand des centaines de Syriens et de militants koweïtiens en colère ont pris d’assaut l’ambassade de Syrie à Koweït, a annoncé une source au sein des services de sécurité.

Cette source a précisé à l’AFP qu’au moins deux Koweïtiens figuraient parmi les personnes interpellées, en majorité syriennes.

Le militant koweïtien Abdelaziz al-Mutairi figure parmi les personnes arrêtées, ont rapporté ses proches sur Twitter.

Un groupe d’expatriés syriens a pris d’assaut l’ambassade de Syrie au Koweït, retiré le drapeau et endommagé certains services dans la chancellerie, a indiqué dans un communiqué le ministère de l’Intérieur.

Les agents de sécurité de l’ambassade ont tiré des coups de feu d’avertissement mais les manifestants ont pris d’assaut l’ambassade, ajoute le ministère faisant état de blessés parmi les agents de sécurité.

Plus tôt dans la matinée, des militants koweïtiens ont fait état de tirs en l’air par les gardes de l’ambassade pour disperser les protestataires.

L’association koweïtienne des droits de l’Homme, une ONG, a indiqué sur son compte Twitter qu’au moins deux manifestants avaient été blessés dans un mouvement de foule qui a suivi ces tirs.

L’ambassadeur et les membres du personnel de la chancellerie sont sortis indemnes, selon le ministère de l’Intérieur.

Le ministère koweïtien des Affaires étrangères a vivement déploré l’incident, qui viole les lois du pays et des chartes internationales.

Le député islamiste Oussama Munawer, nouvellement élu, a appelé dans un communiqué à la libération immédiate des personnes arrêtées.

Des militants koweïtiens ont appelé à une autre manifestation devant l’ambassade plus tard dans la journée.

L’incident a eu lieu après que des Syriens et des militants koweïtiens eurent appelé sur Twitter à un rassemblement à la sortie de la prière musulmane de l’aube, à la suite d’informations de militants syriens sur un massacre perpétré dans la nuit à Homs.

Le député koweïtien et président du Parlement arabe (basé au Caire), Ali al-Deqbasi, a annoncé dans un communiqué qu’il allait demander l’expulsion des ambassadeurs syriens en poste dans les pays arabes.

La poursuite des violences prouve l’incapacité de la Ligue arabe à protéger les peuples arabes, a-t-il ajouté.

Il a critiqué la Russie pour avoir lâché les peuples arabes en tentant de bloquer les efforts internationaux pour sauver le peuple syrien, et appelé les Arabes à être prudents dans leurs relations avec la Russie.

Malgré plus de dix mois de révolte contre le régime syrien et des milliers de morts selon les militants, le Conseil de sécurité de l’ONU a été incapable jusqu’ici d’adopter une résolution sur la Syrie, notamment en raison de l’opposition de la Russie.

Quelque 100.000 ressortissants syriens vivent au Koweït.

Leur presse (Agence Faut Payer, 4 février 2012)

Des manifestants attaquent l’ambassade de Syrie à Londres

Des manifestants qui protestaient contre la répression menée par le pouvoir en Syrie ont attaqué samedi l’ambassade syrienne à Londres, lançant des projectiles sur le bâtiment et tentant d’y pénétrer, et six d’entre eux ont été arrêtés, a annoncé la police.

« Six hommes ont été arrêtés cet après-midi pour trouble à l’ordre public », a déclaré un porte-parole de Scotland Yard à l’AFP. Des échauffourées ont éclaté entre la police et une foule d’environ 200 personnes rassemblées devant la mission diplomatique pour dénoncer la répression en Syrie, a constaté l’AFP. Des manifestants, retenus derrière un cordon policier, ont jeté des pierres, des bouteilles et des morceaux d’échafaudage contre le bâtiment. « Honte à la Grande-Bretagne, honte à la Russie, honte à la Chine, honte aux Nations Unies de nous laisser mourir », a déclaré à l’AFP Noor el-Huda, une Égyptienne d’origine syrienne née à Londres. « La police ne comprend pas pourquoi nous sommes aussi passionnés », a-t-elle ajouté. « Nous devons obtenir une réaction. On ne peut plus attendre. Nos familles se font tuer. » La manifestation contre la répression menée par le président Bachar al-Assad contre l’insurrection qui exige son départ du pouvoir était restée relativement pacifique jusqu’à 15h00 (heure locale et GMT), quand des bagarres ont éclaté. Six autres personnes avaient été arrêtées dans la nuit de vendredi à samedi pour avoir pénétré dans l’ambassade lors d’un autre rassemblement de protestation.

Leur presse (Belga, 4 février 2012)

Manifestations devant plusieurs ambassades de Syrie

Des expatriés syriens ont mis à sac l’ambassade de leur pays au Caire et ont fait irruption dans les missions diplomatiques de Londres et de Koweït pour dénoncer les bombardements de Homs.

Une partie de l’ambassade du Caire a été incendiée et des meubles et équipements divers ont été détruits.

Celle de Londres, devant laquelle 150 personnes se sont rassemblées, a été caillassée et plusieurs vitres ont été brisées. Cinq personnes ont été arrêtées après avoir pénétré dans le bâtiment et une autre a été interpellée pour l’agression d’un policier, rapporte Scotland Yard.

Au Koweït, des manifestants sont également parvenus à pénétrer dans l’enceinte de la mission syrienne, dont plusieurs gardes ont été blessés. Le drapeau a par ailleurs été retiré.

Des rassemblements ont également été signalés devant les ambassades syriennes de Berlin, de Washington et d’Athènes après les informations faisant état d’intenses bombardements à Homs, où plus de 200 personnes auraient été tuées.

À Paris, des manifestants pro et anti-Assad se sont affrontés devant l’ambassade de Russie, qui bloque pour l’instant l’adoption d’un résolution à l’Onu pour condamner la violence. Plusieurs personnes ont été arrêtées par la police, a constaté une journaliste de Reuters télévision.

Devant l’ambassade de Syrie à Tripoli, une manifestation a rassemblé une cinquantaine de Syriens dont certains ont escaladé les murs de l’enceinte diplomatique et remplacé le drapeau officiel syrien par un drapeau de l’opposition.

Le Conseil national de transition, au pouvoir en Libye, a reconnu le Conseil national syrien comme représentant légitime du peuple syrien en octobre dernier.

La Tunisie a de son côté annoncé samedi qu’elle ne reconnaissait plus le pouvoir à Damas et décidé d’expulser l’ambassadeur de Syrie à Tunis.

Le drapeau flottant au-dessus de l’ambassade a été abaissé dans l’après-midi, sous les applaudissements de quelque 200 personnes protestant contre la répression en Syrie.

Samedi à l’aube, le calme était revenu autour de l’ambassade syrienne de Caire, protégée par un cordon de policiers égyptiens, a constaté un journaliste de Reuters.

Plusieurs centaines de manifestants se sont en revanche rassemblés devant un commissariat situé quelques pâtés de maisons pour réclamer la remise en liberté de 11 Syriens et d’un Égyptien arrêtés un peu plus tôt.

C’est la deuxième fois en moins d’une semaine que la représentation diplomatique de la Syrie au Caire est prise pour cible par des Syriens solidaires du mouvement de contestation contre le régime de Bachar al Assad.

Leur presse (Reuters, 4 février 2012)

Publié dans L'insurrection égyptienne et ses suites, La révolution syrienne | Marqué avec , , , , , | Commentaires fermés sur [Mort aux El-Assad !] Les révolutions égyptienne et syrienne ne forment qu’une seule main

[Maroc] « Nous ne lâcherons pas ! » Révolte et répression à Taza

Maroc – Scènes de guérilla urbaine des diplômés chômeurs à Taza

La tension sociale est toujours vive dans le royaume du Maroc. La ville de Taza dans le nord-est du pays, à une centaine de kilomètres de Fès, a été le théâtre d’affrontements entre les forces de l’ordre et des diplômés chômeurs le 1er février. Des violences rapportées par Le Soir Échos.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328326399.jpg

Porte de la prison de Taza taguée par un manifestant avec un slogan du Mouvement du 20 février : "Mamafakinch" (Nous ne lâcherons pas !)

Le journal économique a recueilli le témoignage de Mohamed Chbairi, président de la section de Taza de l’Association marocaine des droits humains (AMDH).

« Tout a commencé avec deux sit-in, le premier organisé devant le siège de la préfecture par l’Association nationale des diplômés sans emploi et le second est une initiative du groupe des licenciés, tenu au quartier administratif, qui abrite les domiciles des hauts cadres de l’Administration territoriale », raconte ce responsable associatif.

« La police a empêché une tentative de ces jeunes d’investir les locaux de la préfecture par la force. (…) Difficile de dire si un élément de la police a blessé une femme enceinte parmi le groupe des licenciés ou non, mais les faits sont là, cette information a mis manifestement le feu à la poudrière, donnant le signal à de vifs affrontements entre manifestants et forces de l’ordre », précise-t-il.

Ces scènes de guérilla urbaine auraient duré plusieurs heures. Les diplômés ont brûlé des pneus sur la route, tandis que la police, qui a fait appel à des renforts venant de Fès, a précipité sur la foule des véhicules à vive allure, selon Le Soir.

Même si le journal n’a pas pu établir de bilan exact, il fait état d’une victime écrasée par une voiture des forces de l’ordre.

« Une trentaine de policiers sont blessés. En revanche du côté des manifestants, nombreux sont ceux qui ont évité de se rendre à l’hôpital Ben Baja par crainte d’être arrêtés », ajoute Mohamed Chbairi.

Un témoin a ainsi raconté à Demain Online que les autorités ont procédé dans la soirée à des perquisitions. Des policiers sont passés « d’une maison à une autre en exigeant de tous les habitants de « faire sortir leurs fils » (…), sinon ils forcent les portes des récalcitrants ».

Le site du journal a également reçu plusieurs vidéos filmées par des manifestants.

Ce n’est pas la première fois que la ville de Taza est touchée par des affrontements. Début janvier, des émeutes avaient déjà eu lieu après un sit-in de diplômés chômeurs. Selon Demain Online, les dernières violences auraient d’ailleurs aussi pour origine la revendication par ces jeunes de la libération de toutes les personnes arrêtées après les incidents d’il y a un mois.

Leur presse (SlateAfrique.com, 2 février 2012)


Maroc : marche à Taza pour réclamer la libération de personnes arrêtées lors des affrontements avec la police

Les habitants de la zone El Koucha à Taza dans le nord-est du Maroc, ont organisé vendredi après-midi une marche vers le tribunal de première instance de la ville pour réclamer la libération de 13 personnes arrêtées, mercredi dernier après les affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre qui ont fait près de 200 blessés, a-t-on appris de source locale.

Selon Mohamed Chiabri, président de la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), environ 3.000 personnes prenaient part à cette marche pour réclamer la libération « sans conditions » de ces personnes arrêtées lors des affrontements qui ont fait, selon lui, une centaine de blessés dans les rangs des forces de police et 95 parmi les manifestants.

C’est la troisième fois depuis le 4 janvier dernier que des sit-in et des manifestations se transforment en émeutes à Taza sur fond de revendications sociales notamment des emplois pour les jeunes chômeurs exacerbées par la hausse des factures d’eau et d’électricité, rapporte la presse marocaine.

L’agence MAP, citant les autorités locales, avait indiqué jeudi soir que les forces de l’ordre sont intervenues mercredi suite à des « actes de vandalisme commis dans la zone El Koucha par des manifestants et pour éviter la propagation des actes à d’autres quartiers de la ville ».

Les habitants de la ville avaient observé un sit-in devant le tribunal de première instance, en solidarité avec cinq détenus appréhendés suite aux événements du 4 janvier dernier avant que celui-ci ne se transforme en une manifestation et accrochages avec les forces de police.

Le ministre marocain de la Communication, porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi a déclaré que « le gouvernement suit attentivement la situation suite aux incidents survenus à Taza et prendra les mesures qui s’imposent pour veiller au respect de la loi et assurer la sécurité ».

Il a ajouté que « le droit de manifester pacifiquement est garanti par la loi, mais l’occupation des lieux publics et les préjudices causés aux intérêts des citoyens et aux biens publics sont contraires aux lois en vigueur ».

Leur presse (lexpressiondz.com, 2 février 2012)


Taza : les dessous d’une nouvelle journée de violence

Jets de pierres, cocktails molotov… les armes des manifestants.
Interventions musclées, bombes lacrymogènes… la riposte des forces.
Les deux parties s’accusent mutuellement de débordement.

Les autorités de Taza et la population d’El Koucha se rejettent mutuellement la responsabilité des événements du 1er février. Quand les premiers disent intervenir pour rétablir l’ordre et éviter la propagation des actes de vandalisme, les seconds nient ces actes et parlent d’interventions non réfléchies et de haine sociale. Une chose est sûre, Taza est sous haute surveillance… Et les tensions continuent de battre leur plein.

À Taza, lorsque la population veut se faire entendre, à tort ou à raison, elle crée du grabuge et sème la panique. Depuis un mois maintenant, à tout bout de champ, ce sont des explosions de violences à coups de jets de pierres, pneus brûlés, barrages, cocktails molotov… Des nouveaux « outils d’expression » dans la zone d’El Koucha qui aujourd’hui se taille une image bien effrayante dans les médias. Les habitants de ce quartier « rebelle » de Taza El Oulya, dont certains armés, ont encore une fois, le 1er février dernier, mis à sac une partie de la ville. Et c’est toujours la même cible qui est visée, le siège de la province qui a été une nouvelle fois en proie à la fureur d’individus cagoulés et munis d’armes blanches.

La cause de la « fronde » n’est autre que la demande « expresse » de libération de 5 personnes interpellées suite aux attaques perpétrées le 4 janvier dernier pour demander la baisse des tarifs d’électricité et la démission du gouverneur. Après une courte accalmie, le 31 janvier, près de 300 manifestants se sont attaqués à Dar Attaliba où logent les renforts des forces dépêchées sur la petite ville pour rétablir l’ordre. Les « fauteurs de troubles » ont aussi bloqué le principal boulevard mitoyen de la préfecture de police et la route nationale n°6. Avec l’attaque du siège de la province, le 1er février, le quartier El Koucha a sombré encore une fois dans la violence. En effet, les affrontements entre forces de l’ordre et populations se sont poursuivis jusqu’à très tardivement la nuit de mercredi à jeudi. « Ils ont endommagé des biens publics et nous étions obligés d’intervenir pour apaiser la tension, voire pour éviter la propagation de ces actes à d’autres quartiers de la ville », explique un haut responsable de la province. Une intervention qui a abouti, précise-t-il, « à quelques interpellations, mais aussi à des blessés parmi les forces de l’ordre et les habitants ».

Jeudi 2 février, la ville était encore sous tension. À 10h du matin, plusieurs personnes étaient attroupées devant le siège de la préfecture de police. Elles cherchaient, en fait, des proches qui auraient été arrêtés lors de l’intervention. À l’hôpital Ibnou Baja, on dit que « le service des urgences n’a pas chômé cette nuit-là ».

La plupart des personnes ayant été admises font partie de la police. « Quatre-vingt quatre », selon un agent d’autorité. Mais à notre arrivée, on ne croisera que 6 policiers, des stagiaires en majorité, qui se trouvaient encore en soins intensifs. L’établissement sanitaire étant sous haute surveillance, il nous a été refusé de prendre des photos des « policiers blessés », sous prétexte de l’obligation de disposer d’une autorisation du ministère de la Santé (sic).

Dans le centre-ville, les éboueurs s’activent à dégager les voieries des tas de pierres qui les jonchent, sous l’œil attentif des autorités. Mitoyen du quartier en ébullition, le siège de la province est encerclé par la police, y compris la zone d’El Koucha, dans laquelle il existe encore des poches de résistance. Ici, des groupes d’intervention rapide (GIR) quadrillent les ruelles en véhicules blindés. À l’entrée du quartier, des tags appellent à la révolte et dénoncent le  gouvernement Benkirane. Partout, les signes de la violence sont très visibles. Pierres, débris de verres, ordures… La population qui n’en revient toujours pas accuse ouvertement les autorités de la casse. « Même ma moto a été incendiée par les forces de l’ordre qui ont eu recours à l’usage des gourdins et des bombes lacrymogènes pour disperser la masse », affirme un habitant. Et de s’interroger : « pourquoi endommager nos véhicules et nos minuteurs d’électricité ? Est-ce de cette manière que l’on peut rétablir l’ordre ? Où sont les voies du dialogue ? »

Terrifiée, une infirmière affirme, pour sa part, que « l’un des éléments des forces auxiliaires a même menacé ses quatre filles de viol », si elle continuait à prendre soin des grévistes blessés dans son domicile. Des propos impossibles à vérifier auprès des responsables. Du côté officiel, les propos sont bien sûr, nuancés. Un haut responsable territorial avertit qu’il ne faut pas se fier aux aveux d’une partie de la population « manipulée par des mouvements extrémistes ». En tout cas, une chose est sûre : Outre les dégâts matériels causés par l’intervention dans la zone d’El Koucha, les dommages sont aussi psychiques. En témoigne, cet enfant qui n’a cessé de pleurer, tout le temps que durera notre visite. Sa maman affirme que ses larmes coulent à flot depuis qu’il a vu les policiers prendre d’assaut sa maison, peu après 1 heure du matin. A ce propos, L’Économiste constatera de visu des marques de brodequins sur plusieurs portes.

Anxieux, les habitants d’El Koucha demandent réparation dans les plus brefs délais. Sinon…

Leur presse (Youness Saad Alami, leconomiste.com, 3 février 2012)

Publié dans General | Marqué avec , | Un commentaire

[ATT dégage !] Le Mali se soulève contre son général-président : émeutes à Bamako, au moins un mort

[Importante précision liminaire : à Bamako au moins, la jeunesse qui a pris la rue ne proteste pas seulement contre les monstrueux mensonges du régime à propos de la situation dans l’Azawad, mais manifeste aussi son soutien aux populations de l’Azawad, et sa solidarité avec la révolte au Sénégal. (Source : message envoyé par un manifestant de Bamako, le 2 février au soir.)]


Folle journée à Bamako : Le départ d’ATT exigé…

Après son discours du mercredi dernier, le Président ATT que l’opinion nationale et internationale attendait de calmer les esprits a raté son message. Et pour cause !

(…)

Pour cette veuve d’un militaire tombé sur le champ de l’honneur : « ATT doit dire la vérité aux Maliens. Nous sommes fatigués par son jeu de cache-cache. Nous nous attendions à ce qu’il fasse la lumière sur le carnage d’Aguel’Hoc et ailleurs. Rien de tout cela. »

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328318512.jpg

Une femme de soldat manifeste contre l'attitude du gouvernement envers les rebelles touaregs, le 2 février 2012 à Bamako

En tout cas, toute la journée d’hier, les principaux artères de la capitale : la route de Koulouba passant devant la mairie du District de Bamako, le Carrefour des Jeunes, Mairie du District de Bamako (incendié dans l’après midi), l’Assemblée Nationale (où les manifestants sont venus exprimer leur colère), le carrefour l’APCAM, donc de l’ORTM envahis par les manifestants qui ne reculaient pas devant les forces de l’ordre (…).

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328318321.jpg

Bamako, jeudi 2 février, aux abords du Musée National

Au paravent [sic], les manifestants ont réussi à forcer la barrière des forces de l’ordre (gendarmes et policiers) à Koulouba. Estimés à des centaines, ils ont incendié l’unique station qui était sur leur route pour ensuite défoncer les portails du palais présidentiel presqu’escorté par quelques militaires. Au moment où nous bouclons cette édition, ils occupaient encore le jardin du palais de Koulouba. Sachant que la situation lui échappait, le régime renforça la garde de certains édifices tels que l’ORTM, le palais présidentiel. Une mesure préventive tout à fait normale. En fait, il y a eu de véritables heurts entre manifestantes et forces de l’ordre qui a abouti à leur entrée dans le palais présidentiel. En tout cas, depuis le matin, elles occupaient les jardins. D’ailleurs, l’accès à Koulouba est difficile et en y essayant, les gravats et autres cocktails, des barricades, des pneus enflammés sont visibles ça et là. Cela dénote de l’âpreté des affrontements.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328318685.jpg

Une carcasse de voiture brûlée dans le centre de Bamako après les manifestations de familles de soldats jeudi 2 février

La journée d’hier, est un sérieux avertissement pour le régime agonisant d’ATT dont la plupart de ses soutiens ont mystérieusement disparu dans la nature. Et dire qu’au moment où bouclons cette édition, Koulouba aurait entrepris des démarches avec les religieux afin qu’ils appellent au calme alors que curieusement, l’Armée quitte certaines positions telles qu’à Ménaka. D’autres sources qui restent à vérifier parlent aussi de Kidal dont les rebelles menacent d’attaquer le weekend. Donc la politique de harcèlement de nos forces de sécurité et de défense se poursuit. Ce qui arrange le régime en place qui n’aura d’autres solutions que de décréter l’état d’urgence et de décaler les élections générales prévues cette année. D’où le projet de deux ans à défaut d’un troisième mandat susurre certaines sources même si les habitués du palais disent le contraire.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328318891.jpg

La police aux abords de la Place de l'indépendance, à Bamako, le jeudi 2 février 2012

(…)

Sachant la gravité de la situation, l’ambassade de France au Mali avait déjà averti ses ressortissants des mouvements d’humeur d’hier et les inviter à limiter leurs déplacements. L’école française « Liberté A » a été fermée, les enfants contraint de rester à la maison.

Au regard de la folle journée d’hier où de Kati à Bamako, les commerces, les écoles ont été fermé ainsi que les banques et où les manifestants exigeaient des usagers de se désolidariser du régime d’ATT, la journée d’aujourd’hui risque d’être déterminante (…).

Leur presse (Bokari Dicko, Mali Demain, 3 février 2012)


Colère des populations contre la situation au Nord : Les manifestations gagnent plusieurs localités…

Après les attaques contre les touaregs à Kati mercredi, de groupes de jeunes se sont attaqués hier à Bamako et dans plusieurs villes du pays aux édifices publics, brulé des véhicules et bloqué la circulation pour exprimer leur ras-le bol face à la gestion qu’elles jugent « mauvaise » de la nouvelle rébellion. Ainsi, la Cité administrative et la mairie du district ont été prises d’assaut par des badauds. Selon de sources proches des forces de sécurité, les incidents ont fait au moins un mort. Des violences qui ont eu lieu le lendemain du discours à la Nation du président de la République qui avait appelé au calme et la cohésion nationale.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328317976.jpg

Voies d'accès bloquées à Kati

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328318186.jpg

Bloquées par les forces de l'ordre à Kati, mardi 31 janvier

Visiblement, l’appel du président de la République n’a pas été entendu. Disons, elle a même rajouté à la colère des populations de Bamako et de Kati qui dénoncent une mauvaise réponse aux attaques lancées depuis trois semaines par des éléments de l’organisation séparatiste, Mouvement national pour la libération de l’Azawad contre plusieurs localités du nord du pays. Des colères qui sont nourries par des rumeurs de toutes sortes (…). Dans la matinée, plusieurs axes de la circulation ont été bloqués par des manifestations spontanées alors que l’accès à la ville de Kati était totalement coupé. Les manifestants ont momentanément occupé le deuxième pont après avoir saccagé des dizaines de véhicules et brisé des vitres à la Cité administrative aux environs de 13 heures. Cet édifice a reçu un déluge de pierres de jeunes gens totalement hors d’eux. Un groupe s’est aussi attaqué à la mairie du district où des véhicules ont été saccagés et des bureaux brûlés. Les échauffourées à travers la ville de Bamako ont fait au moins un mort selon les forces de sécurité qui ont du mal à maintenir le calme. Des actions sporadiques ont eu lieu hier jusqu’à la nuit.

Ce qui fait craindre aujourd’hui de nouvelles hostilités à moins que les représentants des manifestants reçus en début d’après-midi par le président de la République comprennent la nécessité de la cohésion nationale en ces périodes très difficile. Les manifestations ont gagné plusieurs localités du pays comme Ségou, Kayes et Kita.

Leur presse (Ben Dao, L’Indicateur Renouveau, 3 février 2012)


Crise au Nord : La grogne gagne Bamako. Ségou… aussi

Suite à la situation d’insécurité qui prévaut dans le septentrion malien, nos compatriotes, en particulier les épouses, les enfants et les parents des hommes engagés au front sont descendus, tout comme à Kati et à Bamako, dans la rue. L’on se rappelle qu’après les manifestations de Kati, le président ATT s’était adressé à la nation mercredi dernier. Il n’a guère rencontré l’effet escompté car dès le lendemain, il sera suivi d’autres mouvements aux allures d’insurrection. À Ségou, plus de mille personnes ont battu le pavé pour exprimer, à leur tour, leur colère et leur indignation.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328319424.jpgLe 2 février 2012, le centre ville de Bamako était totalement paralysé et donnait l’allure d’une ville sinistrée. Les manifestants en furie avaient allumé des pneus à tous les carrefours : c’était le chaos.

Ségou a connu également des troubles. La Cité des 4444 Balanzans, à l’image de la capitale malienne a connu une animation particulière. Des femmes du Camp militaire, aidées par un fort contingent d’élèves de l’Institut de Formation des maîtres (IFM) de Ségou, ont manifesté hier. Selon nos sources, les manifestants, estimés à plus de 1000 personnes, ont bénéficié d’un encadrement des éléments de la police nationale et de la garde nationale.

Démarrée à 10 heures 5 minutes, la manifestation, sous forme de marche est partie du Camp militaire de Ségou pour s’arrêter à l’Assemblée Régionale de Ségou, où après quelques slogans, elle est revenue à son point de départ, aux environs de 12 heures 45 minutes. Selon des témoins joints au téléphone à Ségou, les manifestantes scandaient des propos hostiles au Président ATT qu’elles accusent d’envoyer leurs maris et fils dans un mouroir au Nord. « Nous n’avons plus les nouvelles de nos maris et de nos enfants. Celles qui arrivent à rentrer en contact avec leurs maris ou leurs fils ne sont pas du tout rassurées. Les nouvelles du genre, on n’a pas de munitions, nous ne sommes pas ravitaillés, ne sont pas du tout rassurantes ». Tels étaient les propos des manifestantes de Ségou.

Leur presse (Assane Koné, Le Républicain, 3 février 2012)


Jeudi noir à Bamako et réaménagement du gouvernement / ATT veut-il changer son fusil d’épaule ?

Les manifestations qui ont eu lieu ce jeudi à Bamako, Kati, Ségou et dans certaines localités abritant une garnison militaire traduisent un déphasage entre le message présidentiel et la tension qui anime les Maliens face à la rébellion au nord Mali. Après deux jours d’émeutes le « réaménagement technique du gouvernement » traduit-il un durcissement du front anti-rebelle ?

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328319002.jpgLe discours du Président Amadou Toumani Touré, mercredi soir, avait pour objectif d’atténuer la colère des manifestants, de ce point de vue il se voulait rassurant et apaisant. Il a eu pour effet d’exacerber l’indignation. Bamako était en feu ce jeudi, du monument de l’indépendance à celui du Mali symbolisé par l’hippopotame mythique, les manifestants se sont rendu maîtres de la ville. C’est tout le boulevard de l’indépendance que prolongeaient le marché Dibida et la place de la liberté qui était concernés par les barricades et les pneus enflammés à même le bitume. Une fumée noirâtre, en grosses bulles, s’échappait et enveloppait des groupes de manifestants armés de cailloux.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328319045.jpg

Circuler à Bamako ce jeudi, au plus fort de la manif, était quasi impossible. Les manifestants ont convergé, en fin de matinée, aux abords du musée national, sur le chemin de Koulouba, où le départ a été pris : direction, le palais présidentiel, à quelques encablures. De l’autre côté de la colline, venant de Kati, les manifestants animés de la même volonté de se faire entendre, en particulier par le président de la République en personne, sont arrivés à Koulouba après plus de 10 kilomètres de marche.

Aux portes du palais, les épouses des militaires vont franchir toutes les barrières. Mardi dernier, elles avaient été empêchées d’arriver jusque là, mais ce jeudi, il n’y a pas eu de résistance de la part des forces de l’ordre, du reste, devant leur détermination, aucune force n’aurait pu les arrêter. Elles s’engouffrent dans le saint des saints. Elles en en avaient trop sur le cœur. Ces manifestants, ce sont d’abord et avant tout des épouses, des enfants, des frères et sœurs des militaires envoyés combattre au front et dont ils n’ont pas de nouvelles. Ils n’auront donc de répit que lorsqu’ils seront fixés sur le sort de leurs parents. Officiellement.

Quel répit peuvent-ils avoir lorsqu’à l’heure des nouvelles technologies, les nouvelles qui leur parviennent d’Aguel’hoc, de Menaka, de Tessalit, ou d’Anderamboukane ne disent qu’horreur, abomination et abandon. Et surtout lorsqu’ils apprennent que ces, pourtant vaillants et braves, soldats maliens ne sont pas assez équipés pour faire face à un ennemi surarmé, équipé d’engins de guerre de dernière génération.

(…)

Selon une des femmes reçues au palais par le Président ATT, « les soldats sur le terrain ne sont pas suffisamment armés et ne reçoivent pas l’ordre de tirer… C’est choquant et nous ne sommes pas d’accord », a-t-elle confié à RFI. Devant cette situation elle a recommandé que l’on fasse la lumière sur ce qui s’est passé au front et que l’information soit donnée à temps. Il est aussi temps faire la lumière sur ce phénomène de bandits armés, a-t-elle soutenu.

Compte tenu de ce déséquilibre des rapports de force sur le terrain, de nombreux militaires maliens se sont refugiés au Niger et en Algérie, avant d’être évacués sur Bamako par avion. Dès lors on est à même de s’expliquer les raisons des manifestations qui ont timidement commencé le lundi et qui, de jour en jour, ont pris de l’ampleur. Pour les femmes, il fallait qu’elles prennent leur responsabilité historique car « les hommes ont peur », de dire même tout bas ce que ces femmes viennent exprimer tout haut devant le Président ATT.

(…)

Si des édifices publics ont été épargnés à Bamako, tel n’a pas été le cas à Kati et Ségou. D’autres manifestations sont annoncées pour vendredi tout comme une nouvelle rencontre des femmes avec ATT.

La mesure de réaménagement technique gouvernemental d’hier soir, où les ministres de la sécurité intérieure et de la Protection civile et celui de la défense et des anciens combattants ont permuté permettra-t-elle d’apaiser les esprits ? Quel décryptage d’un changement? L’arrivée du Général Sadio Gassama, pour prendre en main la question de sécurité au nord, au moment où la rébellion sévit traduit-elle la volonté des autorités de mener une vraie guerre contre toutes les menaces qui prennent en otage le septentrion, Les jours à venir nous édifieront !

Leur presse (B. Daou, Le Républicain, 3 février 2012)

Publié dans General | Marqué avec , , , , , | 2 commentaires

[Justice pour Abou Bakari Tandia] Manifestation Samedi 11 février à Paris

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328319998.png

Publié dans Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Justice pour Abou Bakari Tandia] Manifestation Samedi 11 février à Paris

[Égypte] « Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution » (2)

Égypte : nouveaux heurts entre manifestants et policiers, cinq morts

Cinq personnes ont été tuées vendredi en Égypte au cours de nouveaux affrontements entre policiers et manifestants réclamant le départ du pouvoir militaire, dans une nouvelle flambée de violences après le drame du match de football meurtrier à Port-Saïd.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328324150.jpg

(…) Au Caire, deux manifestants sont morts après avoir inhalé du gaz lacrymogène aux abords du ministère de l’Intérieur. Selon l’agence officielle Mena, un soldat blessé devant ce ministère est décédé à l’hôpital vendredi. Deux manifestants ont également été tués à Suez dans de nouvelles violences, selon une source de sécurité.

D’après le ministère de la Santé, 1.051 personnes ont été blessées dans les affrontements de vendredi dans la capitale.

La fumée des gaz lacrymogènes flottait sur le centre-ville, où se trouve le ministère de l’Intérieur et où les heurts entre policiers et manifestants ont repris.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328324178.jpg

Les manifestants, dont certains étaient des « Ultras » — de fervents fans de football très organisés — ont brandi face à la police une pancarte proclamant : « Ceux qui ne méritaient pas de mourir sont morts par la main de ceux qui ne méritent pas de vivre ».

Les manifestants ont lancé des pierres sur les forces de l’ordre, dont les véhicules chargeaient avant de se retirer. Des policiers anti-émeutes ont matraqué des manifestants qui s’étaient avancés à quelques mètres du ministère.

De l’autre côté de la rue, le bâtiment de l’Autorité des taxes était en feu, a indiqué la télévision d’État sans plus de détails. [« Incendie dans le bâtiment de l’Autorité des taxes à Abdine, face au ministère de l’Intérieur », a indiqué la télévision dans un bandeau. L’origine de l’incendie, qui a pris au dernier étage du bâtiment, n’a pas encore été déterminée mais des inconnus avaient envahi les lieux peu auparavant, a indiqué une source de sécurité à l’AFP.]

Non loin de là, des centaines de personnes rassemblées sur l’emblématique place Tahrir scandaient des slogans hostiles au régime militaire qui gère le pays depuis la chute du régime de Hosni Moubarak il y a un an.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328290804.jpg

À Suez, la police a fait usage de gaz lacrymogène et tiré à la chevrotine pour tenter de disperser les manifestants, selon un journaliste de l’AFP qui a vu des ambulances évacuer les blessés sous une pluie de pierres.

Des milliers de personnes ont aussi manifesté contre l’armée à Alexandrie et Port-Saïd (nord).

(…)

Des hommes armés ont attaqué et incendié vendredi un poste de police dans l’est du Caire, libérant les détenus après de violents affrontements avec les policiers, a indiqué une source des services de sécurité.

Les hommes, armés de mitraillettes, ont attaqué le poste de police d’Al-Marg et libéré les personnes qui y étaient détenues avant d’y mettre le feu.

À Dokki, un autre quartier du Caire, cinq hommes ont fait irruption dans un poste de police et ont tenté de s’emparer de l’arme d’un policier qui a réussi à les repousser, selon la même source.

Images des combats de la nuit de jeudi à vendredi :

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328324455.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328324491.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328324563.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328324648.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328324669.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328324738.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328324830.jpg

À la gare, le peuple du Caire accueille les blessés de retour de Port-Saïd

Leur presse (Agence Faut Payer, 3 février 2012)

Publié dans L'insurrection égyptienne et ses suites | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur [Égypte] « Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution » (2)

[Nancy] Quel avenir pour les manifestations antifascistes ?

Suite à la violente descente de flics du 26 janvier 2012, retour sur la manif antifa du 5 janvier 2012 à Nancy et perspectives de lutte antifasciste et anticapitaliste.

Chaque année le 5 janvier, sous couvert d’une bataille historique du XVe siècle, les fascistes (FN entre autres) et identitaires lorrains se réunissent sur la place de la Croix de Bourgogne à Nancy pour manifester leurs idées nauséabondes et racistes. Ce rassemblement est généralement l’occasion pour les plus jeunes d’entre eux de chercher des cibles isolées à tabasser dans les rues de la ville. Pour mémoire plusieurs personnes ont dû faire face à des agressions qui ont entraîné une hospitalisation pour l’une d’elle.

Cette année, seule une trentaine de fachos ont répondu à l’appel. En face, nous étions une soixantaine d’antifascistes radicaux (libertaires ou autres) à s’être donné rendez-vous pour empêcher leur manifestation.

Arrivés sur place et sans grande surprise, un très important dispositif policier (environ 200 CRS, BAC et DCRI) nous attendait et protégeait les nazillons. Après un bref face à face nous avons tenté de passer, ce qui s’est soldé par des lacrymos et des coups de matraque blessant violemment plusieurs d’entre nous. Une fois de plus l’État a protégé les fascistes pendant que sa police attaquait les antifascistes.

Sentant une arrestation de masse se profiler, nous sommes partis en manif’ sauvage dans les rues de Nancy suivis de près par 20 bakeux et 15 camions de CRS. Arrivés rue Mon Désert, nous nous sommes servis de poubelles renversées au milieu de la route pour entraver l’avancée des flics et par là même garantir notre sécurité. Des slogans, des insultes, des jets d’œufs, des pétards et autres projectiles ont répondu aux gazages et aux coups de matraque. Pendant une bonne demi-heure, un joli bordel a égayé les rues du quartier.

Arrivés au Pont des Fusillés les agents de la BAC ont déclenché une véritable chasse à l’homme aboutissant à l’arrestation arbitraire et musclée de 4 personnes. L’une d’entre elle a subi une hospitalisation entraînant 4 jours d’ITT.

Un procès est fixé au 10 avril 2012 pour trois des arrêtés. Le quatrième, un mineur, passera en comparution le 8 février. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ceux-ci sont accusés de violence sur pas moins de 7 agents de la BAC en plus de participation à un rassemblement illégal.

Nous nous déclarons solidaires des inculpés et d’ores et déjà nous nous organisons pour leur soutien contre la machine judiciaire.

Quel avenir pour les manifestations antifascistes ?

Que ce soit à Metz, Lyon, Paris, Lille ou ailleurs, les rassemblements antifa n’ont souvent donné lieu à aucune action concrète contre les fachos ou contre l’État qui les protège. Il serait peut-être temps de se poser la question de l’efficacité de ces rassemblements. Les manifestations antifascistes ne doivent pas seulement être l’occasion de se montrer et de se compter, elles doivent aussi être l’occasion d’agir.

À l’image de se qui peut se faire en Allemagne ou en Italie, à nous de montrer qu’il ne peut y avoir de défilés de néo-nazis sans quelques dommages collatéraux. À défaut de pouvoir empêcher physiquement la tenue de ces rassemblements à cause du gigantesque déploiement policier, montrons que chaque démonstration fasciste entraînera automatiquement des débordements dans la ville. Évidemment, notre combat vise tout autant les fascistes que les flics, l’État, les machos, la bourgeoisie ou tout ce qui contribue à faire tenir debout ce système pourri. Nos luttes subissent au quotidien les pressions policières et fascistes, nous ne nous laisserons pas faire, nous refusons ce monde et nous entendons bien le faire savoir.

Que des troubles et du désordre naissent à Nancy et ailleurs, que des manifs sauvages et des moyens d’actions directes toujours plus inventifs voient le jour, que la guerre sociale s’intensifie et que s’effondre ce monde de flics et de fachos…

Des antifascistes (mais pas seulement)

Communiqué le 3 février 2012.

Publié dans Antifascisme, Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec , | 2 commentaires

[Égypte] « Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution »

Poursuite du siège du ministère de l’Intérieur au Caire

Plusieurs milliers de personnes continuaient vendredi matin d’assiéger le ministère égyptien de l’Intérieur au Caire, au deuxième jour des manifestations provoquées par la mort de 74 supporters lors d’un match de football à Port-Saïd mercredi.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328278188.jpg

Une personne, blessée par les plombs d’une cartouche de fusil, est décédée au Caire tandis que deux autres ont été tuées par des tirs à balles réelles de la police dans la ville Suez.

Vendredi matin, les manifestants les plus déterminés avaient écarté une barrière de béton qui bloquait une rue principale proche du ministère afin de s’approcher du bâtiment. Un journaliste de Reuters a entendu des coups de feu et a vu des plombs de fusil sur la chaussée.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328278218.jpg

« Nous resterons jusqu’à ce que nos droits soient reconnus. Vous avez vu ce qu’il s’est passé à Port-Saïd ? », a lancé un jeune homme de 22 ans qui a rejoint la contestation jeudi soir après le travail.

Des groupes de jeunes révolutionnaires ont appelé à un week-end de manifestations baptisées « Vendredi de la colère ». Plusieurs centaines de personnes ont rejoint les contestataires qui campent sur la place Tahrir dans le centre de la capitale. (…)

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328278352.jpg

Leur presse (Reuters, 3 février 2012 – 11h11)


(…) Un officier de l’armée, écrasé accidentellement par un blindé, et un manifestant, atteint par un tir de chevrotine, sont décédés au Caire tandis que deux autres manifestants ont été tués par la police à Suez. (…)

Dans la nuit, des ambulances ont dû se frayer un passage parmi la foule pour dégager des agents de la police anti-émeutes dont la camionnette s’était aventurée dans une rue pleine de manifestants, a rapporté un journaliste de Reuters. La confrontation entre les policiers, retranchés dans leur véhicule, et les manifestants a duré près de 45 minutes.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328278869.jpg

Vendredi matin, les manifestants les plus déterminés ont démoli un mur de béton qui bloquait une rue proche du ministère de l’Intérieur afin de s’approcher du bâtiment. Un journaliste de Reuters a entendu des coups de feu et a vu des plombs de fusil sur la chaussée.

« Nous resterons jusqu’à ce que nos droits soient reconnus. Vous avez vu ce qu’il s’est passé à Port-Saïd ? », a lancé un jeune homme de 22 ans qui a rejoint la contestation jeudi soir après le travail.

Des groupes de jeunes révolutionnaires ont appelé à un week-end de manifestations baptisées « Vendredi de la colère ».

Certains parlent d’une manipulation lors des événements de Port-Saïd et mettent en garde contre le risque d’une contre-révolution que mèneraient les partisans de l’ancien régime.

« Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution et n’effrayeront pas les révolutionnaires », proclame un tract imprimé au nom des « Ultras », organisation de supporters de football rompue aux confrontations violentes avec la police et qui a joué un rôle déterminant dans la défense de la place Tahrir lors du soulèvement contre Hosni Moubarak, l’hiver dernier.

Les violences ont également gagné Suez, berceau de la révolution, où les affrontements aux abords d’un commissariat de police ont fait au moins deux morts.

« Nous avons reçus deux corps de manifestants tués par balles », a déclaré un médecin de la morgue.

Plusieurs magasins de Suez ont été détruits et la façade de la Banque du canal de Suez a été saccagée.

La police a protégé le quartier-général des services de sécurité et un bâtiment du ministère de la Justice à l’aide de fil de fer barbelé. Les routes alentours sont jonchées de verre brisé et sept véhicules ont été brûlés.

Leur presse (Reuters, 3 février 2012 – 14h47)


Égypte : deux morts dans des affrontements police-manifestants à Suez

Deux personnes ont été tuées jeudi à Suez, dans le nord-est de l’Égypte, dans des affrontements entre policiers et manifestants qui protestaient contre la mort de 74 personnes après un match de foot, un drame qui a provoqué la colère dans le pays et relancé la contestation contre les autorités.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328261192.jpg

Les deux hommes, des manifestants, ont été tués par balle selon des sources médicales, d’après qui une trentaine de personnes ont en outre été blessées. Des témoins ont rapporté que la police avait d’abord essayé de disperser les centaines de manifestants qui tentaient d’investir les locaux de la direction de la sécurité à Suez avec des gaz lacrymogènes, avant d’utiliser des balles réelles.

Mais une source de sécurité a affirmé que les forces de l’ordre n’avaient pas tiré sur les protestataires, affirmant que certaines des personnes ayant « attaqué » le bâtiment étaient elles-mêmes armées.

Plus tôt, au Caire, plus de 600 personnes avaient été blessées, la plupart par asphyxie, dans des affrontements entre policiers et manifestants aux abords du ministère de l’Intérieur, selon la télévision d’État.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328261210.jpg

Dans la journée, des milliers de supporteurs du très populaire club cairote Al-Ahly mais aussi des citoyens ordinaires avaient défilé en accablant les militaires au pouvoir et le ministère de l’Intérieur pour les violences qui ont fait 74 morts et des centaines de blessés mercredi soir à Port-Saïd (nord).

Les policiers antiémeutes avaient fait usage de gaz lacrymogène contre les manifestants qui lançaient des pierres et tentaient de s’approcher du ministère, cible de vives critiques en raison de l’inertie des forces de sécurité face aux affrontements entre supporteurs lors du match. « Les services de sécurité continuent à observer le plus haut degré de retenue pour faire face à ces agressions », a indiqué une source de sécurité, citée par l’agence officielle de presse Mena.

Dans la nuit, le calme semblait temporairement revenu dans le centre de la capitale selon des images de la télévision d’État, mais des groupes de manifestants restaient présents aux abords du ministère de l’Intérieur et sur l’emblématique place Tahrir.

« Ils savent protéger un ministère, mais pas un stade ! », lançaient des manifestants, dont la colère était surtout dirigée contre le maréchal Hussein Tantaoui, le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak il y a un an. « Le peuple veut l’exécution du maréchal ! Dégage ! », criaient-ils.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328261090.jpg

Les violences au stade de Port-Saïd ont commencé après le coup de sifflet final du match au cours duquel Al-Masry, un club de Port-Saïd, a fait subir à Al-Ahly sa première défaite (3-1) de la saison. Des centaines de supporteurs d’Al-Masry ont alors envahi le terrain et ont commencé à jeter des pierres et des bouteilles sur ceux d’Al-Ahly.

Soixante-quatorze personnes ont été tuées, un bilan qui fait de ce match l’un des plus meurtriers de l’histoire du football.

Les « Ultras » d’Al-Ahly, groupe de supporteurs parmi les plus fervents et les plus organisés, ont participé à la révolte contre M. Moubarak début 2011 et pris part aux manifestations hostiles à l’armée et la police, ce qui alimente sur les réseaux sociaux les soupçons d’une « vengeance » à leur encontre. (…)

Leur presse (Inès Bel Aïba, Agence Faut Payer, 3 février 2012)


Égypte : Deux morts à Suez après des manifestations

Les mouvements de protestation se sont répandus dans tout le pays après le drame de Port-Saïd…

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328261512.jpg

Deux manifestants au moins ont été tués par balles dans la ville égyptienne de Suez, où la police a tiré à balles réelles pour disperser des contestataires indignés par le drame de Port-Saïd, ont indiqué ce vendredi une source médicale et  des témoins.

« Nous avons admis les corps de deux manifestants tués par balles », a déclaré un médecin de la morgue. Selon un témoin, des manifestants indignés par le drame de Port-Saïd ont tenté de prendre de force le commissariat de police de la ville de Suez. « La police tire à balles réelles », a-t-il ajouté. Au Caire, plusieurs milliers de manifestants égyptiens bloquaient dans la nuit de jeudi à vendredi les abords du ministère de l’Intérieur.

(…)

« Cette fois, nous ne partirons pas », a prévenu Sami Adel, un jeune homme de 23 ans membre des « Ultras », organisation de supporters de football rompue aux confrontations violentes avec la police et qui a joué un rôle déterminant dans la défense de la place Tahrir lors des journées révolutionnaires de l’hiver dernier. « Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution et n’effraieront pas les révolutionnaires », proclame un tract imprimé au nom des « Ultras ». (…)

Leur presse (20Minutes, 3 février 2012)

Publié dans L'insurrection égyptienne et ses suites | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Égypte] « Les crimes commis contre les forces révolutionnaires ne stopperont pas la révolution »

Football et révolution

Drame en Égypte : trois questions à un sociologue du sport

Auteur de Le football, une peste émotionnelle, le Français Jean-Marie Brohm résume la tragédie survenue hier en Égypte : « Au-delà du politique, une guerre en crampons ».

« Au-delà de la question politique, le football est une guerre en crampons », estime Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie, auteur de nombreux ouvrages sur la violence sportive, le drame de Port-Saïd, qui a coûté la vie à 74 personnes au moins après un match mercredi soir.

La question politique est mise en avant dans le drame de Port-Saïd. Qu’en pensez-vous ?

On ne peut rien exclure, dans la mesure où l’Égypte traverse une période troublée où les forces politiques de l’ancien régime et les forces révolutionnaires s’affrontent. On sait que sur tous les terrains de football du monde, les groupes extrémistes manipulent les supporteurs et tentent d’entraîner les foules dans des actions de contestation.

Le football est un facteur de troubles sociaux gravissimes, notamment en Égypte. Il y a deux ans déjà, lors d’un match de qualification pour la coupe du monde, l’équipe d’Algérie avait été accueillie en Égypte par des groupes de supporteurs très violents.

À Port-Saïd, on peut mettre en cause la sécurité sur les stades, qui n’était pas assurée et l’absence notoire de la police qui n’est pas intervenue, alors que les forces anti-émeutes sont promptes à matraquer tout ce qui bouge.

Cela suffit-il à expliquer un tel déchaînement de violence ?

Non, ce que je mets en cause, c’est la violence de l’affrontement. Quand vous avez des enjeux de football — et cela dans tous les pays du monde — les supporteurs en viennent régulièrement aux mains. Et il y a des morts.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328269873.pngDans mon livre Le football, une peste émotionnelle (Gallimard), en collaboration avec Marc Perelman, j’ai listé depuis une vingtaine d’années des cas d’affrontements meurtriers, avec des paniques, tant en Belgique, qu’en Angleterre ou en Biélorussie.

C’est la violence du football qui est en cause, avec des supporteurs prêts à en découdre au moindre incident.

À Port-Saïd, l’équipe gagnante a battu une équipe réputée et il y a comme ça des règlements de comptes, des haines tenaces. Lorsque le match est heurté, lorsque les enjeux sont serrés, lorsqu’il y a déception ou revanche, avec une sorte de mégalomanie de la victoire, les gens en viennent aux mains.

Y-a-t-il des facteurs favorisant ces affrontements ?

J’en vois deux. Lorsque vous mettez des foules concentrées dans un espace clos, il y a l’effet de meute. C’est ce que l’écrivain Elias Canetti dans Masse et puissance explique très justement. Le regroupement de ces masses, excitées, fanatisées, ça ne peut pas ne pas produire tôt ou tard des déchaînements de violence. C’est l’effet de psychologie de masse.

Par ailleurs, tout spectacle de la violence génère de la violence. Avec la mondialisation du football par la télévision, on observe depuis 30 ans une montée de ces phénomènes de violence. Le football est devenu une « guerre en crampons ».

Leur presse (tdg.ch, 2 février 2012)


Port-Saïd : quand le foot fait la révolution

Le club cairote n’est pas une équipe comme les autres. Créé pour contrer la tutelle britannique, il fut le fer de lance du Printemps égyptien.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328274289.jpg

Les Ultras, supporteurs du club Al-Ahly, manifestaient le 9 septembre 2011 contre le ministère de l'Intérieur.

La « forteresse rouge » compte parmi les nombreux surnoms attribués au club de football cairote d’Al-Ahly, le plus titré d’Afrique. Et il n’est pas usurpé. Depuis le début de la révolution égyptienne, le 25 janvier 2011, ses joueurs et leurs supporteurs ont été sur le devant de la scène en maintes occasions. L’été dernier, ils défilaient en tête de cortège des manifestations contre Israël. Auparavant, ils étaient déjà partie prenante de la bataille de la rue Mohamed-Mahmoud, en novembre, puis de celle de Maspero (octobre), où ils s’étaient rangés aux côtés des Coptes victimes d’un massacre.

Derrière les joueurs d’Al-Ahly, quelque 50 millions de fans. Un chiffre colossal qui masque de multiples visages. En croisant Samir, avec sa mèche sur le côté, ses lunettes design et son pantalon « vintage », comment deviner qu’il puisse être un « diable rouge ». Et pourtant… il est de ceux qui n’hésitent pas à scander à haute voix l’hymne du club : « All Cops are bastards » (« tous les flics sont des salauds »). Tous les supporteurs d’Al-Ahly ne lui ressemblent pas. De l’un à l’autre, les tenues varient, mais la jeunesse, elle, est unie sous une même bannière : la révolte.

Pourquoi ?

Fondé en 1907 par un syndicat d’étudiants égyptiens, Al-Ahly — « Le National » en arabe — a été créé à l’origine pour battre, sur les terrains de football, le Royaume-Uni, qui occupait alors l’Égypte. Pour la jeunesse d’aujourd’hui, l’occupant n’est plus le même. Incarné par Hosni Moubarak, le despote chassé du pouvoir le 11 février 2011, il prend aujourd’hui la figure du Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui tient les rênes du pays.

À la suite du drame de Port-Saïd, qui a coûté la vie à 74 personnes — des Ultras (l’autre nom d’Al-Ahly) pour la plupart —, le peuple égyptien s’interroge : pourquoi les fans du Masry, club adverse, s’en sont-ils pris à ceux d’Al-Ahly, alors qu’ils avaient gagné ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu de fouille à l’entrée du stade alors que l’événement était jugé sensible ? Comment se fait-il que la lumière du stade se soit éteinte tout à coup, après que l’arbitre eut sifflé la fin de la rencontre ? Pourquoi les policiers, pourtant témoins du massacre, n’ont-ils pas bougé ? Le pouvoir militaire aurait-il voulu donner une leçon à ces « jeunes loups » qui exhortent la jeunesse à dénoncer leur autoritarisme ? À Port-Saïd, comme au Caire, de nombreux Égyptiens en sont convaincus.

Leur presse (Fatiha Temmouri, LePoint.fr, 3 février 2012)


Égypte : « depuis la révolution, il y a eu distanciation entre supporters et joueurs »

La rage aveugle dont certains supporters d’Al Masry ont fait preuve, mercredi soir, envers les joueurs d’Al Ahly a causé la mort de 74 personnes. Un début d’explication à ce drame peut être apporté par les propos de la journaliste égyptienne Inas Mazhar, interviewée par S/F Mag en janvier.

Inas Mazhar est la First Lady du football égyptien. Journaliste à Al Ahram, elle constitue une référence et est la seule femme du jury appelé à désigner chaque année le Ballon d’Or de la FIFA. Chargée de couvrir les deux grands clubs de la capitale, Al Ahly et Zamalek, elle suit également l’actualité des Pharaons.

« Les gens auraient aimé que les footballeurs les plus emblématiques s’associent au soulèvement populaire. Mais aucun ne s’est montré ou n’a osé prendre position. Seul l’international Mohamed Abou Treika a révélé qu’il s’était mêlé, déguisé, à la masse sur la place Tahrir. Connaissant le bonhomme, avide de publicité, je ne le crois pas un seul instant. Au même titre que ses coéquipiers en équipe nationale, il a toujours joui des largesses du régime et du clan Moubarak en particulier. Les fils du président, surtout, ont toujours été très influents. Au moment de la prise de bec entre Mido et le sélectionneur Hassan Shehata, lors de la demi-finale de la CAN 2006 face au Sénégal, c’étaient eux qui avaient été à la base de leur réconciliation. L’Égypte avait alors remporté la première de ses trois victoires successives dans cette compétition et l’homme fort du pays et sa progéniture avaient été très généreux pour récompenser les joueurs et le staff. Ceux-là auront donc été des fidèles du pouvoir jusqu’au bout. Dommage, car s’ils ont pu compter sur l’argent des plus hautes autorités, ce sont les citoyens, nettement plus démunis, qui les ont poussés d’un bout à l’autre de la compétition vers le succès final.

Ce qui a aussi choqué l’opinion publique, c’est qu’en pleine interruption du championnat, en raison des événements, certains joueurs ont réclamé leur dû ! Voilà des gars grassement payés qui avaient l’audace de demander de l’argent alors que la majorité des supporters éprouvaient toutes les difficultés du monde à nouer les deux bouts. Dans le cadre de l’équipe nationale, le rejet a été manifeste. Cela explique pourquoi les Pharaons sont absents de la phase finale de la CAN 2012. D’accord, ils avaient mal débuté les qualifications à l’automne 2010 avec un point sur six face à la Sierra Leone et au Niger. En principe, ils auraient dû rectifier le tir face à l’Afrique du Sud au printemps 2011 mais les supporters leur ont tourné le dos. Le stade national était déserté pour accueillir les Bafana Bafana. Du jamais vu. Comme le classement final du groupe : l’Égypte dernière derrière le Niger, l’Afrique du Sud et la Sierra Leone, trois formations dont on n’aurait fait qu’une bouchée en temps normal. L’équipe était tombée de haut.

Le seul à échapper à la bronca fut Ahmed Hassan. Il a toujours essayé de faire plaisir à tout le monde. En signant au Zamalek, l’été passé, il a contenté les nombreux inconditionnels de ce club, comme il l’avait fait précédemment en jouant d’abord pour Ismaily, en tout début de carrière, puis en s’engageant à Al Ahly lors de son retour ici en 2008. À l’heure des bilans, il pourra dire qu’il a défendu les intérêts des trois plus grands clubs du pays, sans compter qu’il a amplement servi les Pharaons avec un total de 178 capes. Mais il est sans doute heureux, pour lui, qu’au moment de la révolution, il était en revalidation au Qatar suite à une opération aux ligaments croisés du genou subie en Allemagne. Il n’a jamais été montré du doigt par le public pour son absence d’implication. Même si quelques méchantes langues soutiennent qu’il est resté expressément à l’étranger jusqu’à ce que la situation se décante ici… »

Leur presse (Bruno Govers, sportmagazine.levif.be, 2 février 2012)

Publié dans L'insurrection égyptienne et ses suites, Nos corps nous appartiennent | Marqué avec | Commentaires fermés sur Football et révolution

[Barcelone] “Ce ne sont pas des travailleurs, ce sont des brutes en uniforme !”

Pamphlets trouvés dans les rues de Barcelone contre la police catalane, une force répressive responsable du meurtre de beaucoup de gens :

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328273117.jpg

Assassins

1er janvier 2012 : Un jeune homme arrêté à Manresa par la police catalane, meurt à l’hôpital après avoir été battu alors qu’il était menotté.

7 janvier 2012 : Mort d’un jeune homme détenu dans le Centre de Détention de l’Immigration (CIE) dans la Zone Libre, après que des agents de la police nationale lui ont refusé les soins médicaux qu’il demandait…

Et ce ne sont que les deux dernières affaires.

Ceux qui défendent un ordre de misère avec la torture et le meurtre ne sont pas des travailleurs, ce sont des tyrans en uniforme. Nous levons nos têtes devant les assassins et le système qu’ils protègent !

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328273138.jpg

Ceux qui battent les protestataires, qui torturent et assassinent les gens dans les commissariats, ceux qui abusent et humilient les autres, qui défendent un ordre de misère par l’intimidation et l’agression… CE NE SONT PAS DES TRAVAILLEURS, CE SONT DES BRUTES EN UNIFORME !

Traduit du catalan (Barcelona Libertaria) par Contra Info, 2 février 2012.

Publié dans España en el corazón, Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec , | 2 commentaires

[Grèce] L’anarchiste Giannis Dimitrakis libéré de prison

J’étais, je suis et je serai un anarchiste. Aussi longtemps que je vivrai et respirerai le voyage continuera. — Giannis Dimitrakis.

L’anarchiste Giannis Dimitrakis a été arrêté et gravement blessé par les balles des flics le 16 janvier 2006, après le braquage de la Banque Nationale dans la rue Solonos dans le centre d’Athènes.

Une tempête de désinformation fut appliquée systématiquement par la police et relayé par les médias de masse, alors que son arrestation a été suivie par une propagande étatique délirante sur l’existence prétendue d’un nommé “gang de bandits en noir” ; durant les jours où il était toujours hospitalisé dans une unité de soins intensifs, le “fameux” procureur antiterroriste Diotis a tenté de l’interroger ; ses amis et connaissances ont été ciblés ; et furent ajoutés dans le dossier du procureur contre lui, l’accusation antiterroriste ainsi que des charges pour plusieurs autres braquages.

Dimitrakis défend le braquage de banque durant lequel il a été arrêté comme un choix politique, comme un choix basé sur son opposition au chantage au travail aussi bien qu’au rôle des banques. De plus, depuis le début et durant toute sa captivité il a été activement présent dans les révoltes et luttes dans la prison et à travers ses écrits il a gardé un contact vivant avec les développements à l’extérieur.

La machinerie du procureur a aussi accusé et déclaré recherchés dans l’affaire trois autres anarchistes, Simos et Marios Seisidis et Grigoris Tsironis et il a même placé une prime sur leurs têtes en octobre 2009. Simos Seisidis a été acquitté dans les deux affaires pour le cas outrageant du “gang de bandits en noir” et pour la tentative d’assassinat (!) sur le même flic qui lui a tiré dans la jambe. Néanmoins Simos est toujours en détention préventive dans “l’hôpital” de la prison de Korydallos, attendant de comparaître dans un dernier procès, alors que Marios Seisidis et Grigoris Tsironis sont en cavale à ce jour.

L’issue du premier procès de Dimitrakis en juillet 2007 fut une sentence exterminatrice de 35 années. Lors de son appel en décembre 2010 sa peine a été réduite à 12 ans et demi. Finalement, après avoir été incarcéré six années complètes, le compagnon a été relâché de prison sur parole.

PAS DE COMBATTANT OTAGE DANS LES MAINS DU POUVOIR ET DES ÉLITES ÉCONOMIQUES
LIBERTÉ MAINTENANT POUR TOUS EN PRISON

Contra Info, 1er février 2012.

Publié dans L'insurrection grecque de décembre 2008 et ses suites | Marqué avec | Commentaires fermés sur [Grèce] L’anarchiste Giannis Dimitrakis libéré de prison

[Procès en appel des 4 de Tours] Choix de société : est-ce à la justice de trancher ?

Lundi 30 janvier 2012, le procès en appel des 4 de Tours a bien eu lieu. Le ministre de l’intérieur a porté plainte contre deux militants de SOIF D’UTOPIES et deux de RESF 37. Ils sont accusés de « diffamation publique contre une administration publique ».

Ces deux structures ont publié en février 2010 un communiqué de presse intitulé « les baleiniers ». Ce texte faisait part de soupçons quant à l’utilisation de fichiers de l’Éducation nationale (en l’occurrence Base-élèves) à des fins policières afin d’organiser la chasse aux familles sans papiers. Il comparait ces pratiques à certaines employées par la police sous le régime de Vichy.

Comme lors de l’audience du 5 avril 2011 devant le tribunal correctionnel de Tours, nous avons posé quatre questions à la Cour d’Appel.

• Est-ce que des individus, des structures ont le droit de faire part publiquement de leurs soupçons sur d’éventuelles exactions, dérives de la part de l’administration, de la police ou de la gendarmerie ?

• Peut-on faire des comparaisons historiques afin d’analyser les évolutions actuelles au regard de l’expérience, notamment, du régime de Pétain ? Précisons qu’une comparaison n’est pas un amalgame. Il est hors de question de dire que Sarkozy c’est Pétain, etc. Comparer c’est prendre en compte l’expérience historique que nous apporte, en l’occurrence la période de Vichy, afin d’interroger notre passé pour agir sur le présent et tenter d’envisager différents avenirs. Faire des comparaisons et alerter est plus que nécessaire. Que le ministre ne soit pas d’accord avec ce type de comparaisons, c’est son opinion. Mais peut-il tenter d’en censurer d’autres, différentes de la sienne ?

• Est-ce que la justice va entériner le traitement inégalitaire de l’Etat suivant qu’on soit notable ou manant ? Par exemple, Rocard déclarait dans un interview publié sur le site de Marianne le 6/08/2010 : « La loi sur les mineurs délinquants passe de la responsabilité pénale individuelle à la responsabilité collective. On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis. » Villepin affirmait « Nul ne peut oublier ce que la France a connu aux pires heures de son Histoire. » (publié sur le site le Télégramme le 02/08/10)…

• Est-il normal, souhaitable de s’insurger contre la politique raciste et xénophobe de l’État. Par exemple, comment qualifier la décision du ministère de l’intérieur ordonnant, à travers la circulaire du 5 août 2010, la chasse aux Rroms ? Comment se fait-il qu’aucun fonctionnaire (de l’administration, de la police et de la gendarmerie) n’ait refusé d’exécuter cet ordre illégal ?

L’Avocat général a demandé à ce que les condamnations prononcées par le Tribunal Correctionnel de Tours soient confirmées : relaxe de la militante de RESF 37. Elle a nié avoir participé à la rédaction et à la diffusion du texte incriminé ; 500 € d’amende avec sursis, 300 € de dommages et intérêts pour chacun des trois prévenus et 3000 € conjointement pour les frais de justice.

Les deux militants de SOIF D’UTOPIES ont affirmé avoir participé à la rédaction du texte incriminé et à sa diffusion. L’autre militant déclarait avoir publié le texte sur le site de RESF 37.

6 heures d’audience pour en arriver là ? Et bien non ! Pendant ces 6 heures, les prévenus, les témoins ont, chacun de leur point de vue, critiqué la politique de l’immigration. Ce fut un véritable procès politique dénonçant le racisme et de la xénophobie d’État !

Reprenons quelques arguments développés par l’Avocat général. Pour justifier le traitement discriminatoire de l’État, celui-ci affirmait que les hommes politiques ont plus de droit de s’exprimer que les individus lambda. Ainsi donc, seul le personnel de la caste politique peut porter des propos diffamatoires. Cela confirme que la critique politique ne doit être faite que par les professionnels que sont les élus et responsables de partis reconnus par le système. Cela ne peut-il conduire l’interdiction de conceptions anticapitalistes, comme l’anarchisme ?

Mais surtout, ce magistrat affirme qu’on ne peut accuser la justice de vouloir remettre en cause la liberté d’expression. En effet, il pense, au regard de la démocratie, qu’il est nécessaire de pouvoir critiquer l’État, la politique qu’il mène, mais pas les fonctionnaires !

On peut donc critiquer, condamner la chasse aux sans papiers, l’expulsion et la destruction des camps Rroms, le fait que des familles avec leurs enfants soient enfermées dans des camps de rétention, que des traquenards soient organisés dans des préfectures, etc. Mais on ne peut rien dire sur les fonctionnaires, les policiers ou les gendarmes qui commettent ces actes que nous condamnons, parce qu’ils ne sont pas responsables puisque soumis à leur hiérarchie. Ces hommes et ces femmes de la fonction publique ne font qu’obéir à des ordres.  Voilà comment le délit de bureau passe à la trappe !

Pour se défendre, Papon (secrétaire général de la préfecture de la Gironde) et Eichmann, lors de leurs procès respectifs, ont nié leur responsabilité, l’un de la déportation de juifs vivant en France et l’autre de l’organisation des transports, à l’échelle européenne, des déportés vers les camps de concentration et d’extermination. Ils n’ont fait qu’obéir à des ordres venus de plus haut. Si l’on admet ce raisonnement, on peut craindre que d’ici quelques temps des membres de leurs familles respectives demandent leur réhabilitation, comme le font actuellement des descendants de Louis Renaud (patron collabo des usines du même nom).

Aujourd’hui, on peut exprimer notre opinion, notre sentiment, mais ne rien faire de concret pour empêcher ce que nous condamnons. Pense mais ne fait rien ! Voilà ce que signifie la liberté d’expression selon l’Avocat général. Laisse l’État agir par l’intermédiaire de ses fonctionnaires même si tu désapprouves certaines conduites. La relaxe de la militante de RESF 37 est tout à fait cohérente avec la conception de la liberté d’expression. N’ayant pas participé à la rédaction et à la diffusion du communiqué incriminé, elle n’a donc pas agi ; elle en a simplement partagé l’opinion exprimée.

Depuis les XVIIe et XVIIIe siècles, depuis les Lumières, on sait que ce sont les êtres humains qui font l’histoire. Cette « … affirmation … marque une rupture avec la pensée dominante dans toutes les sociétés antérieures — en Europe et ailleurs — fondée sur le principe que Dieu, ayant créé l’univers et l’être humain, est le  »législateur » en dernier ressort. » (S. Amin, Modernité, religion et démocratie, Éd. Parangon 2008, page 9) Cette conception de l’histoire est un des piliers de la Modernité. La remettre en cause signifie l’abandon d’un des fondements de la société dans laquelle on vit. On ne peut donc dissocier les actions de l’État de celles des fonctionnaires participant à leurs mises en œuvre. Comment estimer nécessaire d’accepter la critique de la politique menée par l’État, notamment en matière d’immigration et ses conséquences, si on ne peut aussi critiquer les fonctionnaires, les policiers et les gendarmes qui la mettent en œuvre ?

Bien malgré lui, l’Avocat général a placé la cour d’appel devant l’alternative, le dilemme, suivant : soit la cour, nous condamne. Elle confirme la remise en cause, sans doute involontaire de l’Avocat général, d’un des piliers de la société bourgeoise, alors que l’institution judiciaire est chargée de la défendre ; soit elle nous relaxe. Cela signifie que la Cour d’Appel déclare qu’elle ne peut trancher un débat de société, un débat politique, un débat philosophique. À moins d’admettre qu’il y a UNE vérité définit par l’État et défendue par la Justice. Lorsque celui-ci estime détenir LA vérité, les portes de l’État fort sont déjà bien entrouvertes.

Ces débats seront tranchés par le Cour d’Appel d’Orléans le 26 mars, jour où elle rendra son jugement.

RELAXE DES QUATRE PRÉVENUS
DES PAPIERS POUR TOUS
LIBERTÉ DE CIRCULATION ET D’INSTALLATION
OUVERTURE DES FRONTIÈRES
FERMETURE ET DESTRUCTION DES CAMPS DE RÉTENTION

Tours, le 3 février 2012
Jean Christophe Berrier, Muriel El Kolli
deux des quatre prévenus de Tours membres de SOIF D’UTOPIES

Publié dans Les révoltes des migrants, Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec | Commentaires fermés sur [Procès en appel des 4 de Tours] Choix de société : est-ce à la justice de trancher ?

[Nos médias] Vive les radios libres des Asturies

MANIFESTE DE SOUTIEN POUR RADIOS LIBRES D’ASTURIES, ESPAGNE

Dès notre organisation
_____________________________________________________________
nous montrons notre désaccord avec l’action des l’Office de Communication de l’Asturies (Jefatura Provincial de Telecomunicaciones de Asturias) par rapport aux radios communautaires.

L’Office de Communication d’Asturies, sous le Ministère d’État de Télécommunications et société de l’information (Ministère de l’Industrie, du Tourisme et du Commerce), a procédé à envoyer des lettres aux communautés de propriétaires où les stations de radios non autorisées sont situées. Dans ces lettres, ils exigeaient des informations sur la propriété de l’équipement et informaient des éventuelles sanctions pouvant aller jusqu’à 500.000 €.

Nous croyons que l’objectif de cette mesure est en réalité de créer une pression à ces radios et de faire peur aux communautés de propriétaires qui ont donné leur permission pour l’installation des équipements.
Cette interprétation vient lié avec les déclarations du chef en manifestant son intention de promouvoir la fermeture de ces radios qui font des transmissions depuis des années dans « illégalité ».
Il est donc une mesure de harcèlement et de criminalisation des radios libres et communautaires de l’Asturies pour une situation d’irrégularité ce qui est la responsabilité de l’administration régionale et de l’État espagnol.

La région de l’Asturies a une forte tradition de ce qu’on appelle les radios libres et communautaires qui ont commencé à émerger au début des années 80. Malgré le travail important de ces initiatives citoyennes dans de la promotion de la culture asturienne, la participation civique, le pluralisme et l’exercice de la liberté d’expression, les différentes administrations ont évité la reconnaissance juridique de ces stations en les laissant dans une situation précarité et d’impuissance.

Pour tout cela, nous manifestons :

• Notre soutien et notre solidarité avec les radios libres et communautaires des Asturies ;

• Nous exigeons la cessation immédiate des mesures de pression sur les radios libres et communautaires des Asturies ;

• Reconnaissance du travail de ces stations et la planification des fréquences qui répondent à la demande de services de communication dans les Asturies communautaire en conformité avec l’article 32.2 de la loi 7/2010.

Signé : ____________________________________________________________

Signatures à envoyer à cette adresse.

Publié dans Critique des médias | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Nos médias] Vive les radios libres des Asturies

[Vers la République de l’Azawad] Entretien avec Moussa ag Attaher

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328211004.png

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328211023.png

Tamazgha, le 19 janvier 2012.

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Vers la République de l’Azawad] Entretien avec Moussa ag Attaher

[Ce que tout lycéen doit savoir du syndicalisme] Charlotte, esclave et bouc émissaire de la FIDL

FIDL : une nouvelle affaire embarrassante

Trois ans après l’affaire Dray, une ex-salariée de la fédération lycéenne porte plainte contre X notamment pour détournements de fonds sociaux et publics et harcèlement.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328226590.jpg

Une ex-salariée de la FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne) a déposé le 24 janvier une plainte contre X avec constitution de partie civile au Tribunal de grande instance de Paris pour détournement de fonds sociaux et publics, abus de confiance, escroquerie, séquestration, harcèlement moral et vol. Trois ans après le classement sans suite de « l’affaire Julien Dray », Charlotte, 20 ans, dénonce un « système », dont elle aurait été « un pion, utilisé pour assainir des comptes suspects ».

Son avocate, maître Brigitte Kadri, voit la FIDL comme « une machine à broyer des gens choisis pour leur situation de faiblesse, aux principes et aux méthodes sectaires ».

Recrutée par la FIDL au printemps 2009 comme « animatrice chargée du développement des projets », alors que Julien Dray est soupçonné d’avoir bénéficié de financements indus du syndicat lycéen et de SOS-Racisme, Charlotte se dévoue corps et âme à la FIDL.

Aucune rémunération

Pendant plusieurs mois, elle ne perçoit aucune rémunération. Dominique Sopo, président de SOS-Racisme, consent à lui signer un chèque personnel de 1000 euros.

« En dépannage…, raconte Charlotte. Il me dit que c’est une avance sur salaire, que si je veux être payée à l’avenir, il faut que je mette de l’ordre dans les comptes. » La jeune femme s’y met, et découvre « l’absence de détail des comptes pour 2007, pas de documents comptables pour 2008, plusieurs salaires, dont le sien, qui ne sont pas comptabilisés ».

La petite animatrice ainsi propulsée comptable de la FIDL signe « des chèques en bois », verse des salaires, jusqu’au jour où elle tombe malade en mai 2010.

Arrêtée, elle se retire chez ses parents à Villeurbanne. En août 2010, la FIDL la licencie pour « faute lourde » : elle aurait endetté l’organisation « à hauteur de 160’000 euros ». Pour l’avocat de SOS-Racisme, maître Patrick Klugman, la plainte de Charlotte s’expliquerait donc ainsi : « Elle a repris les faits qu’on lui reproche pour les retourner contre la FIDL ».

En attendant, c’est bien SOS-Racisme et la FIDL que Charlotte poursuit aussi devant le conseil des Prud’hommes de Paris. L’audience, qui d’ailleurs devait se tenir ce mercredi devant le bureau de jugement, a dû être renvoyée au 20 septembre prochain. Parce que la défense n’avait aucune pièce à communiquer. « Pas même un contrat de travail », déplore l’avocate de Charlotte.

(Lire l’intégralité de l’enquête « Le cauchemar d’une ex-militante » dans le Nouvel Observateur du 2 février 2012)

Leur presse (Marie Vaton et Elsa Vigoureux, tempsreel.nouvelobs.com, 2 février 2012)

Publié dans General | Commentaires fermés sur [Ce que tout lycéen doit savoir du syndicalisme] Charlotte, esclave et bouc émissaire de la FIDL

[No TAV] Malgré la neige, 10.000 sans peur

Après le blitz répressif du 26 janvier, qui s’est traduit par une trentaine d’interpellations et 26 incarcérations dans diverses villes et localités d’Italie, 10.000 personnes manifestent à Turin ce 28 janvier en réponse à la répression du ministère public italien contre le mouvement NoTAV du Val Susa.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328226140.jpg

Une nouvelle journée extraordinaire de mobilisation No TAV

Une nouvelle preuve de maturité pour un mouvement qui n’accepte pas l’intimidation, même pas celle qui vient du super procureur Giancarlo Casselli et qui répond comme toujours avec sérénité et la tête haute. 10.000 personnes ont traversé aujourd’hui la ville de Turin sous les seules chutes de neige de l’année dans la région du Piémont. Autant les personnes descendues de la vallée que les Turinois ont ressenti la nécessité de montrer leur solidarité personnelle ou collective aux camarades arrêtés pour leur implication et leur générosité dans la lutte. La manif a pu compter aussi sur le soutien de nombreux collectifs et individus venus de Gênes, Livourne, Crémone et d’autres villes du nord de l’Italie.

Dynamique et variée, la contestation a pris la forme d’initiatives personnelles dans la construction de pancartes et d’affiches créatives pour rappeler le/la compagne bien aimé-e, le prisonnier du village, l’ex-copain de classe, ou le coiffeur dont le salon reste ouvert alors qu’il est incarcéré (miracles de la contre coopération valsusine). Cela a surtout montré l’exigence de la mise en liberté inconditionnelle de tous/tes les détenu-e-s, parce que le mouvement n’acceptera jamais la stratégie répressive de la division entre bons et mauvais, comme le rappelle Alberto « nous sommes tous du black bloc ».

En tête de manif, ont défilé des brouettes pleines d’ordures et de débris en provenance des carrières des chantiers du TAV ainsi que des cartouches de lacrymogènes et autres matériel de répression qui ont été récupérés par centaines depuis l’été dernier jusqu’à aujourd’hui. Tout a été déchargé en face du Palais de la Région du gouverneur de la Ligue du Nord, Cota.

Ceux qui doutaient de l’initiative, en se fiant sur le temps froid et hostile, ont été peut-être déçus ; pour les No TAV, la conscience de pouvoir retourner à la maison, fiers et satisfaits une fois de plus d’être capables d’une réponse à la hauteur des circonstances.

Une multitude d’initiatives verra le jour dans les prochaines semaines : va avoir lieu un dîner-benefit en soutien aux arrêté-e-s mardi prochain à Bussoleno, ainsi que des actions en face de la prison, mais surtout — parce que ce n’est pas la répression qui dictera notre agenda — l’appel à la grande manifestation nationale contre le TAV et en défense des biens communs de Susa à Bussoleno le 25 février prochain.

La Val Susa (et tout le notav) n’a pas peur !

Traduit de l’italien par l’Organisation Communiste Libertaire, 2 février 2012.

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur [No TAV] Malgré la neige, 10.000 sans peur

[Révolution égyptienne] Après la tuerie de Port-Saïd, le peuple reprend la rue au Caire et à Suez

Drame de Port-Saïd : la rue en colère

Des heurts ont éclaté jeudi entre la police et des manifestants en colère au Caire. Ils protestaient au lendemain de la mort de 74 personnes après un match de football à Port-Saïd. Les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes. Près de 400 personnes auraient été blessées.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328223433.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328222417.jpg

Au lendemain du drame de Port-Saïd, où 74 personnes sont mortes après un match de foot, la colère gronde. Jeudi, au Caire, des heurts ont éclaté entre la police et des manifestants en colère. Les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes contre des groupes de manifestants qui lançaient des pierres et tentaient d’approcher du ministère de l’Intérieur, cible de vives critiques pour l’inertie des forces de sécurité face aux affrontements entre supporteurs lors du match. Selon le ministère de la Santé, 388 personnes ont été blessées dans ces incidents, la plupart asphyxiées par les gaz lacrymogènes. Des milliers de personnes étaient rassemblées dans la soirée aux abords du ministère, près de la place Tahrir.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328223935.png

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328222710.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328223310.jpg

Supporteurs du très populaire club cairote mais aussi citoyens ordinaires ont défilé pour accabler le Conseil suprême des forces armées (CSFA) et son chef, Hussein Tantaoui, au pouvoir depuis la chute du régime de Hosni Moubarak en février 2011. « Ceci n’est pas un incident sportif, c’est un massacre militaire », scandait la foule. « Ils savent protéger un ministère mais pas un stade ! », lançaient les autres. (…)

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328222434.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328223025.jpg

Leur presse (TF1 News, 2 février 2012)


Drame du football : heurts police-manifestants au Caire, le pouvoir en cause

Les affrontements se poursuivaient jeudi soir entre la police égyptienne et les manifestants qui protestaient au Caire contre la mort de 74 personnes la veille après un match de football à Port-Saïd, un drame qui a relancé le mouvement de protestation contre le pouvoir militaire.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328224609.jpg

Les policiers antiémeutes ont fait usage de gaz lacrymogène contre les manifestants qui lançaient des pierres et tentaient de s’approcher du ministère de l’Intérieur, cible de vives critiques en raison de l’inertie des forces de sécurité face aux affrontements entre supporteurs lors du match mercredi soir.

Selon la télévision d’État, 628 personnes ont été blessées dans ces incidents, la plupart asphyxiées par les gaz lacrymogènes.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328225268.jpg

Des milliers de manifestants étaient toujours rassemblés dans la soirée aux abords du ministère, près de la place Tahrir, dans le centre du Caire. Des ambulances continuaient leur va-et-vient pour emmener les blessés à l’hôpital tandis que la foule reculait à chaque tir de gaz lacrymogène avant de revenir de plus belle.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328229772.jpg

« Les services de sécurité continuent à observer le plus haut degré de retenue pour faire face à ces agressions », a indiqué une source de sécurité, citée par l’agence officielle de presse Mena.

« Ils savent protéger un ministère, mais pas un stade ! », lançaient des manifestants, dont la colère était surtout dirigée contre le maréchal Hussein Tantaoui, le chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak il y a un an.

« Le peuple veut l’exécution du maréchal! Dégage! », criaient-ils.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328224916.jpg

Les heurts se sont étendus à la ville de Suez (nord-est), où de violents affrontements également liés aux évènements de Port-Saïd opposaient policiers et manifestants autour du siège de la direction de la sécurité, faisant quatre blessés selon la Mena.

Des milliers de supporteurs du très populaire club cairote Al-Ahly mais aussi des citoyens ordinaires avaient défilé dans la journée au Caire.  (…)

Leur presse (Agence Faut Payer, 3 février 2012)

Publié dans L'insurrection égyptienne et ses suites | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Révolution égyptienne] Après la tuerie de Port-Saïd, le peuple reprend la rue au Caire et à Suez