[Révolution tunisienne] Nouvelles du 17 janvier 2012

Les habitants de Siliana en ébullition

Les délégations de Kesra et Sidi Bourouis (Siliana) sont entrées lundi dans une grève générale, après Makther qui poursuit son mouvement de protestation pour la quatrième journée consécutive.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326818184.jpg

Cette grève a paralysé l’activité économique et administrative et provoqué la fermeture des établissements scolaires et de plusieurs routes.

Les habitants protestent contre l’exclusion et la marginalisation de la région, en général. Ils considèrent que les gouvernements qui se sont succédé après le 14 janvier 2011, ont ignoré leurs revendications relatives à emploi et au développement.

Les entrées de la ville de Makther sont toujours bloquées. Seuls l’hôpital local, les pharmacies, les mosquées, les boulangeries et quelques épiceries sont restées ouvertes.

À noter aussi qu’un mouvement de protestation est organisé à Bouarada par un groupe de chômeurs qui ont volontairement bloqué les accès de la ville.

Hier, lundi 16 janvier, la Tunisie a connu des manifestations, des grèves et des blocages de routes dans plusieurs villes, une grande partie des habitants qui se retrouvent dans l’exclusion après des promesses non tenues depuis le premier gouvernement suite à la chute de l’ancien régime. Plusieurs citoyens indiquent que sur le plan social, rien n’a réellement changé depuis plus d’une année.

Leur presse (Tixup.com), 17 janvier 2012.


5e jour de la grève générale à Makthar

Pour le cinquième jour consécutif, la grève générale se poursuit dans la ville de Makthar (Gouvernorat de Siliana), donnant lieu à l’apparition de phénomènes négatifs, tels que la hausse des prix, une pénurie des denrées de base, la spéculation en plus des actes de pillage et de vol qui se sont répandus au milieu d’une absence quasi-totale de la sécurité, rapporte Radio Shems FM.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326888449.jpg

Les protestataires ont exprimé leur colère contre la marginalisation de la région et le chômage, et ont réclamé le lancement de projets de développement. Les habitants de Makthar demandent aussi que leur région devienne un gouvernorat indépendant de celui de Siliana.

Les manifestants ont brandi la menace d’une escalade d’autant, disent-ils, que « le gouvernement n’a pris aucune position officielle vis-à-vis de ce qui se passe dans la délégation de Makthar ».

Leur presse (AfricanManager), 17 janvier 2012.


Arrêt de la production du phosphate dans la plupart des sites de Gafsa

Les sit-in ont repris de plus belle dans le gouvernorat de Gafsa une semaine après la reprise de la production dans des sites de phosphate. Ces mouvements ont touché les villes de Redeyef, Om Larayès, Mdhilla et Kaff Eddour, dans la délégation de Metlaoui.

Selon le correspondant de RTCI, une grève générale a été déclenchée dans les sites de production de phosphate par de jeunes chômeurs qui demandent  à être employés dans les unités de la Compagnie de Phosphate de Gafsa.

Des trains transportant de produits phosphatiers ont été bloqués, alors qu’à Mdhilla, des altercations ont éclaté entre des individus appartenant à de différentes tribus.

Enfin, les sit-inners continuent d’occuper le siège du gouvernorat de Gafsa, déserté par le gouverneur qui s’est réfugié dans un hôtel de la ville.

Leur presse (AfricanManager), 17 janvier 2012.


Désobéissance civile à Redeyef et grève générale à partir d’aujourd’hui

Après la désobéissance civile qui a été entamée hier à Redeyef, ville du sud-ouest de la Tunisie rattachée au gouvernorat de Gafsa, une grève générale a été annoncée pour ce mardi, 17 janvier 2012, à partir de 10h00.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326822211.jpg

Une marche de protestation aura lieu dans la région en guise de réponse à la marginalisation et à l’indifférence du gouvernement quant aux revendications des habitants.

Les citoyens dénoncent notamment l’insouciance des autorités à l’égard de citoyens en grève de la faim, transportés à l’hôpital suite à la détérioration de leurs états de santé.

Leur presse (Wafa Sdiri, Tunisie numérique), 17 janvier 2012.


L’armée se déploie à Nefza

Une vive tension règne dans la ville de Nefza dans le gouvernorat de Béja où des unités de l’armée se sont déployées pour assurer la sécurité dans les points névralgiques et les édifices publics, rapporte Radio Mosaïque.

La route reliant Nefza à Tabarka a été coupé, alors que les établissements de l’enseignement primaire et secondaire ont été fermés de même que les banques et les institutions publiques autour les unités de l’armée ont pris position.

Leur presse (AfricanManager), 17 janvier 2012.


Sit-in des ouvriers des chantiers à Kasserine et deux tentatives de suicide

Un grand nombre d’ouvriers des chantiers se sont rassemblés, mardi, au siège du gouvernorat de Kasserine, pour revendiquer leur droit à la titularisation et à l’amélioration de leurs conditions de vie, rapporte le site Al Jarida dont le correspondant sur place a indiqué que l’un d’eux a tenté de s’automutiler la main et menacé de se suicider si ses revendications n’étaient pas satisfaites tandis qu’un autre a versé du liquide inflammable sur son corps, avant d’être empêché d’y mettre le feu.

D’autre part, les fonctionnaires du gouvernorat sont entrés dans le 5e jour de la grève ouverte qu’ils organisent en signe de protestation contre ce qu’ils ont appelé les menaces à leur sécurité, soulignant qu’ils sont constamment l’objet de provocations entravant le cours normal de leurs prestations.

Leur presse (AfricanManager), 17 janvier 2012.


Des milliers d’habitants de Sidi Bouzid manifestent contre Ennahdha

Des milliers d’habitants du gouvernorat de Sidi Bouzid sont descendus, mardi, dans la rue pour manifester contre la troïka et plus particulièrement le parti Ennahdha, rapporte le site Assaa.

Les manifestants ont demandé que leur soit fourni du travail comme ils ont réclamé,  à travers maints slogans, que soit préservée l’indépendance de la décision nationale.

Leur presse (AfricanManager), 17 janvier 2012.


La route reliant Le Kef à Jendouba bloquée

Des protestataires ont bloqué, mardi, la route reliant Le Kef à Jendouba, au niveau de la ville de Nebeur, paralysant le trafic entre les deux gouvernorats.

La région du Kef connaît, pour la quatrième journée consécutive, un mouvement de protestation auquel participent des chômeurs et des ouvriers de chantiers. Leurs revendications s’articulent autour des aides sociales, de l’emploi et de l’amélioration des conditions de vie. Une manifestation a été, également, menée dans la ville du Kef obligeant les commerçants à fermer leurs locaux par crainte d’actes de pillage.

Leur presse (AfricanManager), 17 janvier 2012.


Le Kef : Des manifestations et les forces militaires interviennent

Selon les sources de TunisieNumérique, des manifestations ont eu lieu ce lundi, 16 janvier 2012, au Kef. Des citoyens ont brûlé des pneus et ont bloqué les routes en signe de protestation contre la marginalisation dont souffre la région.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326820145.jpg

Selon un témoin, une information a circulé ces derniers jours suite à la visite de l’Émir du Qatar, selon laquelle le Qatar aurait donné une subvention au profit du projet de métro léger à Sousse. Les régions du nord-ouest se sont vues épargnées et marginalisées. « C’est pour la même raison par ailleurs, que les régions telles que Aïn Draham et Ghardimaou se sont révoltées » a fait savoir le témoin.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326820218.jpg

Les forces de l’ordre ont dû intervenir pour maintenir l’ordre dans la région.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326820385.jpg

Leur presse (Wafa Sdiri, Tunisie numérique), 16 janvier 2012.


Ghardimaou-Jendouba : Des protestataires bloquent les accès à la ville et des renforts sécuritaires en route

Des individus de la ville de Ghardimaou dans le gouvernorat de Jendouba ont bloqué depuis cette matinée du lundi, 16 janvier 2012, les voies d’accès à la ville en signe de protestation contre leur marginalisation.

Le train de passagers qui assure la desserte Tunis-Ghardimaou a été contraint de s’arrêter à Jendouba. Selon les sources de TunisieNumérique, il semblerait qu’une centaines de malfaiteurs ont rejoint les manifestants en vue de perpétrer des actes de pillage et de vandalisme tandis que des renforts sécuritaires se dirigent actuellement vers la ville.

Oued Mliz, localité relevant du gouvernorat de Jendouba, a été une scène de protestations ce lundi, avant que le calme ne soit rétablit.

Leur presse (Wafa Sdiri, Tunisie numérique), 16 janvier 2012.

 

Ghardimaou-Jendouba : Actes de pillage suite à un mouvement de protestation

Des dizaines de personnes ont brûlé des pneus samedi 14 janvier 2012, en protestation contre le chômage et leur situation socio-économique à Ghardimaou dans le gouvernorat de Jendouba. Ces actes ont perturbé sérieusement la circulation et bloqué la route à Ghardimaou.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326820748.jpg

Ce mouvement a été suivi par plusieurs opérations de pillage menées par des individus qui ont par la suite fait irruption dans un collège et volé des ordinateurs. Les unités d’intervention ont réussi à arrêter 24 personnes.

En réaction à ses arrestations, un autre groupe a attaqué le commissariat de police de la région par des jets de pierres ce qui a obligé les forces de l’ordre à intervenir. Des bombes de gaz lacrymogènes ont été lancées pour disperser les manifestants.

Leur presse (Mohammed Driss, Tunisie numérique), 15 janvier 2012.


Ben Arous : Des manifestants bloquent la circulation sur la route nationale 1 au niveau de Borj Cédria

Entre 50 à 80 citoyens de Borj Cédria dans le gouvernorat de Ben Arous ont  bloqué ce lundi, 16 janvier 2012, la route nationale 1 interrompant la circulation aux véhicules.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326820435.jpg

Selon les sources de TunisieNumérique, les manifestants ont entamé cette action pour des revendications sociales.

Leur presse (Wafa Sdiri, Tunisie numérique), 16 janvier 2012.


Un sit-in fait « dégager » le gouverneur de Kébili de son bureau !

Le gouverneur de Kébili a été contraint à quitter son bureau ce mardi, 17 janvier 2012, sous la protection des forces militaires.

Selon les informations recueillies par TunisieNumérique, des centaines de partisans d’Ennahdha, du parti du Congrès Pour la République (CPR), de l’Union régionale des chômeurs ainsi que des représentants de la société civile ont observé un sit-in depuis le début de la matinée devant le siège de gouvernorat.

Les protestataires ont brandi des slogans appelant à  limoger le gouverneur. La manifestation qui était pacifique au début a subi un dérapage quand les protestataires ont forcé la porte du gouvernorat pour rencontrer le gouverneur.

Les forces militaires présentes sur le lieu ont dû intervenir pour protéger le gouverneur. Omar Chammam, représentant de bureau d’Ennahdha à Kébili a déclaré : « Ce gouverneur n’a rien apporté à la région, il travaille selon l’agenda de l’ancien régime il faut qu’il dégage le plus vite possible ! »

Leur presse (Wafa Sdiri, Tunisie numérique), 17 janvier 2012.


Reprise de la grève au champ pétrolifère d’El Borma

La suspension de la grève illimitée au champ pétrolifère d’El Borma n’a duré qu’un jour. Pour célébrer le premier anniversaire de la révolution. Dimanche, la grève a repris.

Les ouvriers et techniciens de la Société italo-tunisienne d’exploitation pétrolière (Sitep), affiliés à la Confédération générale tunisienne du travail (Cgtt), ont repris dimanche leur grève illimitée au champ pétrolifère d’El Borma, dans la région de Tataouine, après une suspension d’une journée à l’occasion de la célébration du premier anniversaire de la révolution, le 14 janvier.

Les 240 ouvriers de la Sitep, dont la majorité est affiliée à la Confédération générale tunisienne du travail (Cgtt), fondée il y a moins d’un an, sont déterminés à poursuivre la grève entamée depuis jeudi dernier. Ils ont décidé de ne pas lever la grève qu’après la satisfaction de leurs revendications soumises à la direction générale de la société, le 22 décembre.

Mohamed Ben Mbarek, trésorier du syndicat de base, a affirmé à l’agence Tap que les revendications des grévistes ne sont pas matérielles. Il s’agit, plutôt, d’accorder la priorité aux jeunes originaires de la région dans les recrutements et d’appliquer les conventions signées fixant à 55 ans l’âge légal du départ à la retraite et organisant le temps de travail selon le système de vacations.

Les grévistes revendiquent, également, la régularisation de la situation professionnelle de plusieurs d’entre eux, ainsi qu’un local pour le syndicat.

Leur presse (Kapitalis), 17 janvier 2012.


Tunisie : la contestation sociale atteint le palais présidentiel de Carthage

La contestation sociale prend de l’ampleur en Tunisie malgré l’appel à la trêve lancé par le nouveau président Moncef Marzouki. Elle a atteint mardi le palais présidentiel de Carthage, près de Tunis, un an après la chute du régime de l’ancien président Zine el Abidine ben Ali.

L’onde des grèves, sit-ins et coupures de route s’est propagée en quelques jours dans plusieurs régions du nord au sud en passant par le centre du pays, entravant la circulation et paralysant l’activité économique dans plusieurs localités.

La contestation, comme sous Ben Ali, est alimentée par le chômage et la précarité des conditions de vie. À Siliana, une région pauvre du centre tunisien, une grève générale se poursuit ainsi depuis cinq jours dans la localité de Makthar, dont les habitants qui réclament des emplois et l’amélioration de leurs conditions de vie.

Selon l’agence de presse officielle TAP et des images diffusées par la télévision publique, les établissements scolaires étaient fermés et les accès de la ville étaient bloqués par des troncs d’arbre et des pneus en flammes empilés par des groupes de chômeurs.

Les mêmes revendications sous-tendaient des actions similaires au Kef et Jendouba (nord-ouest), où les protestataires ont coupé des routes et perpétré des actes de vandalisme visant des commerces, des écoles et des parkings municipaux notamment dans la localité de Ghardimaou, selon la TAP.

Des troubles ont été enregistrés également à Grombalia (nord-est) où le siège de la délégation (sous-préfecture) et à Gafsa, chef-lieu du bassin phosphatier, où 40 personnes ont entamé une grève de la faim, rapporte radio Mosaïque FM.

Lundi soir, un groupe d’une douzaine de contestataires venus pour la plupart de Thala et de Kasserine campait devant le palais présidentiel de Carthage.

Ces deux villes du centre-ouest tunisien ont payé un lourd tribu lors du soulèvement populaire qui a fait chuter le régime Ben Ali, en enregistrant un grand nombre de morts et de blessés.

Assise sous un arbre à même le sol par un temps particulièrement froid, une jeune femme tenait son bébé d’un an et trois mois enveloppé dans un drap.

« Mon fils a été touché à la tête par du gaz lacrymogène lors d’une manifestation à Kasserine. Avec le salaire de 104 dinars (environ 52 euros) que je perçois dans le centre de santé de base où je travaille, je ne peux pas le soigner. Je veux que l’État prenne en charge les soins et améliore ma situation professionnelle », a déclaré à l’Associated Press Thouraya Ghodbani, âgée d’une trentaine d’années.

« Lorsque le président Marzouki s’était déplacé dernièrement à Kasserine, il nous a assuré que sa porte était ouverte et qu’on pouvait venir lui présenter nos doléances. Mais voilà que nous sommes venus à Carthage depuis vendredi et personne ne nous a prêté attention », a protesté Abed Gassoum, 19 ans, en montrant une main déformée, consécutive à une blessure reçue pendant le soulèvement, selon lui.

« Je réclame qu’on apporte une solution urgente à ma situation et qu’on me soigne », a-t-il lancé, affirmant avoir à sa charge un père handicapé et une mère atteinte d’une maladie chronique.

À peine installé dans ses nouvelles fonctions, le président Marzouki avait demandé aux Tunisiens une trêve politique et sociale de six mois pour permettre au gouvernement de mener les réformes nécessaires et répondre aux préoccupations urgentes de la population, notamment dans les régions déshéritées. « Passé ce délai, vous pourrez alors nous demander des comptes et je suis prêt à démissionner en cas d’échec », avait-il promis.

Leur presse (AP), 17 janvier 2012.

Publié dans L'insurrection tunisienne et ses suites | Commentaires fermés sur [Révolution tunisienne] Nouvelles du 17 janvier 2012

À bientôt à Vincennes

Les suites de la manif Vincennes

Les trois personnes mises en garde à vue suite à la manif ont été remises en liberté. Liberté sous contrôle judiciaire avec pointage au commissariat toutes les semaines et interdiction du 12e arrondissement. Ils passeront en procès le 27 février.

Le mineur passera devant le juge pour enfants. En tout cas ses copains et copines ont fait un beau rassemblement qui a été encerclé sur la place de la préfecture.

Merci à toutes celles et ceux qui ont téléphoné au commissariat (apparemment ils ont été submergés d’appel), sont venus, etc.

À bientôt à Vincennes (ou au Mesnil-Amelot ou à Palaiseau…) temps que resteront les centres de rétention !

Infozone, 17 janvier 2012.

Publié dans Beau comme une prison qui brûle, Répression de la "mouvance anarcho-autonome" en France (2007-...) | Marqué avec | Commentaires fermés sur À bientôt à Vincennes

[Tamil Nadu (Inde)] Michelin dégage !

Inde : Face à Michelin et son usine, ils luttent pour préserver leurs terres

Contre la volonté des villageois, Michelin construit une importante usine dans le Tamil Nadu…

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326810087.jpg

Réunion des villageoises de Thervoy Kandigai dans le Tamil Nadu

Les habitants de Thervoy, dans le Tamil Nadu, au sud de l’Inde, des Intouchables qui vivent depuis toujours des pâturages et forêts, ne veulent pas d’une usine Michelin sur leurs terres. Un territoire indispensable à leur survie, déjà en partie détruit, par le gouvernement local, pour viabiliser une zone destinée, notamment, à l’installation d’une usine Michelin.

« Depuis deux ans, les villageois multiplient manifestations et grèves de la faim pour sauver leur forêt. Ils sont désormais contraints de marcher plusieurs kilomètres pour faire paître leurs troupeaux, sur des terres stériles », a déclaré lundi à Clermont-Ferrand, Madhumita Dutta, militante indienne. Si les autorités fédérales ont autorisé cette construction, l’assemblée du peuple, appelée Gram Sabha, s’est opposée à la poursuite du projet. « La décision de cette assemblée n’a pas été respectée, poursuit la jeune femme. Nous avons porté l’affaire devant le tribunal environnemental de Delhi, qui suit le dossier. »

Pétition remise à Michelin

Michelin précise qu’« elle loue le terrain à l’État du Tamil Nadu, pour construire son usine, qui produira des pneus poids lourds pour le marché indien, début 2013 ». « Il n’existe aucun conflit dans cette région, même si quelques dizaines de personnes contestent la création de la zone industrielle sur laquelle nous sommes implantés », affirme l’entreprise. La militante témoigne, elle, « au nom de milliers d’opposants ». Parmi eux, « huit sont toujours emprisonnés, 75 en attente de jugement ».

« Si le groupe français se félicite de participer à l’amélioration des conditions de vie des villageois, ajoute-t-elle, eux ne souhaitent qu’une chose : jouir de leurs terres. Michelin n’a pas le droit d’imposer sa conception du développement. C’est inacceptable ! » Les autochtones, auxquels s’associe la CGT-Michelin, demandent l’arrêt de la construction de l’usine, la restitution de leurs terres et une indemnisation. Une pétition — plus de 35.000 signatures — a été remise aux dirigeants de Michelin.

Leur presse (Virginie Belle, 20Minutes.fr), 16 janvier 2012.


Un village en Inde dénonce les conditions d’implantation d’une usine Michelin

Militante d’une ONG indienne, Madhumita Dutta était à Clermont-Ferrand pour dénoncer les conditions d’implantation de l’usine Michelin dans la province du Tamil Nadu.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326813041.jpg

C’est un petit village de 1.500 familles qui joue les irréductibles. Au cœur de la province du Tamil Nadu, ce village se bat contre la construction de l’usine Michelin en Inde.

Permanente d’une ONG, Madhumita Dutta s’est fait la porte-parole de ce combat. Elle était hier à Clermont-Ferrand. Avec le soutien de la CGT Michelin et de l’association Henri-Pézerat, elle a tenu une conférence publique.

Auparavant, des tracts avaient été distribués devant le siège social des Carmes et une délégation reçue par la direction. Essentiellement constitué d’Intouchables, la caste la plus pauvre en Inde, ce village vit de l’agriculture et la construction de l’usine Michelin mettrait en péril l’écosystème.

Ce terrain de 1.400 hectares a été acquis par la province du Tamil Nadu afin d’en faire une zone industrielle. Le combat des villageois a commencé bien avant que Michelin ne décide d’implanter cette usine sur cette zone.

Une usine destinée à fabriquer des pneus de camions et qui devrait entrer en fonction début 2013. Le coût du projet s’élève à 600 millions d’euros et l’usine n’occupera qu’un tiers de cette zone. D’autres sociétés devraient rapidement venir s’implanter. L’usine de Michelin est la seule à être en construction. Le combat des villageois se cristallise donc sur le manufacturier.

Pour Madhumitta Dutta, « en décidant de s’installer ici Michelin ne pouvait ignorer le combat engagé par les villageois ». Selon elle, 75 d’entre eux font l’objet de poursuites judiciaires. La militante dénonce également « des cadeaux de l’État » dont une « réforme du code du travail » et le classement de cette usine « en projet d’utilité publique ». Des cadeaux qui, précise-t-elle « se généralisent en Inde pour faire venir des investisseurs et dont Michelin profite ».

Directeur de Michelin, Frantz Bléhaut dit comprendre « l’inquiétude d’une partie de cette communauté pas convaincue que la mutation économique soit bonne pour elle ».

Il rappelle également que « partout où Michelin s’implante, cela se fait de manière responsable, dans le respect des communautés ». En soulignant que « 31 villages entourent cette zone, propriété de la province du Tamil Nadu ». Cette usine va créer 1.500 emplois et, poursuit Frantz Bléhaut « ma conviction, y compris pour cette communauté, c’est que cette province vivra mieux grâce aux apports dans les domaines de la santé, de l’enseignement et de la formation ».

Et de conclure : « Nous souhaitons que la province trouve une solution bénéfique à tous ». Madumitta Dutta en doute.

Leur presse (Jean-Pierre Vacherot, LaMontagne.fr), 17 janvier 2012.

Publié dans Luttes pour la terre | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Tamil Nadu (Inde)] Michelin dégage !

Lundi 16 janvier 2012 : jour de rafle à Barbès

Hier lundi 16 janvier 2012, il ne faisait pas bon d’être sans-papiers dans les rues de Barbès – Goutte d’Or. Des bandes de flics en civil accompagnés d’un dispositif de Crs chassaient dans les rues. En milieu de matinée, une personne à elle toute seule avait déjà constaté que plus de 20 sans-papiers avaient été arrêtés, alors que le dispositif se déployait dans le quartier entier. L’opération a duré jusqu’à la fin d’après-midi minimum, les civils arrêtant des gens en continu dans les rues, cafés, et restos du quartier. Une personne au moins a réussi à s’enfuir, poursuivie par 7 civils qui n’ont pas pu la rattraper. Une partie des gens étaient emmenées au commissariat de la Goutte d’Or.

Les rafles sont quotidiennes et partout, le pire est qu’on dirait qu’on s’y habitue… Il fut un temps où des mobilisations collectives dans les quartiers de Belleville et du 18e ont réussi à perturber et faire échouer des rafles, il serait plus que temps que cela reprenne…

Infozone, 17 janvier 2012.

Publié dans Les révoltes des migrants | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Lundi 16 janvier 2012 : jour de rafle à Barbès

[La police travaille] La presse et la police ne forment qu’une seule main

[Nantes] Mercredi 11 janvier 2012, nouveau flagrant délit de propagande policière dans Presse Océan

Nouveau cas de connivence et complaisance entre la préfecture et Presse Océan. Analyse critique d’un nouveau « dossier » de la Pravda nantaise.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326782028.jpg

Digne d’un titre de tract du syndicat policier de droite extrême Alliance, le ton est donné. La « Une » du quotidien nantais Presse Océan du 11 janvier, donne le ton : « Ces policiers pris pour cible ». Le chapeau fait part d’une recrudescence des faits de « violences sur les policiers ».

Alors que deux jeunes sont morts ces derniers jours à la suite d’arrestations de policiers (un jeune, Wissam El Yamni, tabassé à mort par des flics à Clermont-Ferrand la nuit du Réveillon, un autre mort menotté lors de son interpellation à Aulnay-sous-Bois mardi 10 janvier). Alors que les violences policières se multiplient partout en France. Alors que les policiers sont toujours plus exonérés et blanchis, Presse Océan marque une nouvelle étape en faveur de la Police Nationale et des dominants. Avec une sémantique sortie des discours d’Hortefeux ou de Guéant, quels sont les nouveaux mensonges, connivences et collaborations de notre journal local ?

À qui appartient Presse Océan ? C’est un élément du groupe Ouest France (Ouest France est le nouveau nom de l’Ouest Éclair, journal collaborationniste notoire interdit à la Libération) possédé aujourd’hui par François-régis Hutin, copain de Sarkozy et décoré par lui « commandeur dans l’Ordre national du mérite » en novembre dernier.

1- Les antécédents de Presse Océan : un casier bien rempli

Depuis quelques temps déjà, ce journal défraie la chronique avec des articles à l’allure de tracts offensifs, multipliant les mensonges et la propagande assumée. En voici quelques exemples notables.

— Concernant la lutte anti-aéroport, Presse Océan fait office de tract en faveur de la multinationale Vinci, chargée de la construction du futur aéroport à Notre-Dame-des-Landes commandité par le pouvoir socialiste. Recyclant les saillies d’Alliot-Marie, Presse Océan titre le 14 septembre 2011 : « Anti-aéroport, ces ultras qui inquiètent ». Il s’agit d’un pamphlet alarmant sur les méfaits des « ultras » (comprendre : opposants au projet d’aéroport) « aguerris aux affrontements » et « professionnels de l’agitation ». La source principale de cet article est la police et la gendarmerie. Les terribles « anarchos-libertaires » auraient suivi des formations selon le journaliste, pour pratiquer la « technique du poids mort ». Quelle horreur ! On est plus très loin de « l’escalade de violence » promise par un gendarme interrogé par le plumitif.
Faut-il rappeler que les seules bandes organisées armées et violentes qui patrouillent à Notre-Dame-des-Landes sont les policiers et gendarmes ? Voir cette pépite journalistique ici.

— La « soirée des décideurs » : Presse Océan du 5 décembre consacre un dossier sur ses quatre premières pages avec photos couleurs intitulé « Vingt visages à découvrir pour les vingt ans des nouveaux décideurs nantais ». La soirée des décideurs est une soirée annuelle réunissant la crème de toute la raclure nantaise nouvellement installée : patrons de multinationales (un patron de Vinci par exemple, cultureux aux ordres du pouvoir local — type Jean Blaise), hiérarchie répressive (préfets ou directeurs de la police) et bureaucrates de haut niveau. Chacun de ces braves hommes a droit à sa photo et sa petite interview sur ses hobbies, sa petite famille. Même les soviétiques n’auraient pas osé !

— Une propagande en faveur de la TAN. Un reportage/tribune libre d’une page du patron du réseau de tranports en commun nantais pour dénoncer la fraude « incivique » et annoncer la mise en place d’une société privée de sécurité dans les transports nantais et ici encore, un reportage pour magnifier le travail formidable des nouvelles milices privées dans les transports en commun nantais.

Enfin, avant chaque vacances d’été, Presse Océan nous gratifie d’un dossier sécuritaire, anxiogène et valorisant la police. Par exemple une de leurs « une » mettait en scène un homme capuché essayant de fracturer une porte avec un pied de biche et un gros titre appelait à la vigilance, ou même deux gendarmes armés de fusils à pompe en première page. Tremblez, braves gens.

Ce ne sont que quelques exemples pour illustrer la couleur éditoriale de notre torchon local. C’est donc dans ce contexte décomplexé qu’arrive sans surprise notre dossier élogieux envers la police.

2- Le contenu de ces articles :

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326783953.jpg

Ce dossier de deux pages (plus la « une » assortie d’affichettes apposées chez tous les distributeurs) intitulé « Le fait du jour », est signé par la journaliste Anne-Hélène Dorisson. Il est constitué de quatre articles. En page 2, un article conséquent sur l’augmentation des plaintes déposées par les policiers : « 507 faits de violences sur dépositaires de l’autorité en 2011 », soit « 8% d’augmentation » par rapport à l’année précédente prétend l’article. Ce ne sont pas des faits de violence, mais des plaintes de policiers. Une plainte n’est pas un fait. Les plaintes de flics ont donc augmenté, même si la plumitive admet qu’il ne s’agit en général que de « chevilles foulées » : on est bien loin des violences graves commises par la police sur les Nantais, que nous allons évoquer. Après avoir souligné que les violences sont souvent le fait « d’ivresse » et concernent aussi bien « les quartiers sensibles que le centre-ville », le patron de la police nantaise en appelle à se munir de « gilets pare balles » (ce qui est assez peu efficace pour se prémunir de doigts foulés et « d’hématomes ») et à la « solidarité » policière. Un final presque touchant.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326784036.jpg

Un encart est offert en dessous à un « expert » : Dominique Pécaud, présenté comme un « sociologue », ce maître de conférences recycle la doxa sur le mode des vieux cons, du style c’était mieux avant, voyez plutôt : « il y a des pannes de transmission des valeurs » chez les jeunes, et une « perte de reconnaissance du savoir faire » des policiers. Un « savoir faire policier reconnu jusque dans la Tunisie de Ben Ali », aurait ajouté Alliot-Marie. La sociologie serait un sport de combat… en faveur du pouvoir et des flics ? On croit rêver !

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326784053.jpg

La page suivante (page 3) évoque quant à elle la recrudescence de saisies d’armes blanches à Nantes. Doit-on rappeller qu’on peut désormais être interpelé pour des ciseaux en manifestation et être accusé de « port d’arme » ? L’article déplore « 362 ports d’armes enregistrées » mais « 724 » interpellations. Précisons que les armes sont en général saisies après une fouille. La moitié des interpelés le serait donc à tort, sans raison ?

Enfin, ce dossier se clot par une tribune publicitaire pour le syndicat Alliance : cet encart (article et photo couleur) d’une demie page est réservée au syndicat Alliance (de droite extrême) sous le titre anxiogène : « On doit toujours être sur nos gardes ». L’auteur commet une interview de Thierry Spitz et Arnaud Bernard, deux flics représentants du syndicat, systématiquement mis à l’honneur dans ce journal. Ils déplorent que « le respect de la police se perd » notamment chez les « étudiants pourtant pas méchants pendant les manifs ». Ces mêmes étudiants et lycéens qui sont systématiquement attaqués, arrêtés ou blessés par les flics lors de mouvements sociaux. Comme on a pu le voir lors des dernières luttes (CPE, LRU, mouvement des retraites…).
Ces syndicalistes ressassent également les poncifs sur les juges « pas assez sévères » : « aujourd’hui, les flics sont sanctionnés pour un oui ou pour un non, alors que quand tu frappes un flic, tu t’en sors parfois avec un simple rappel à la loi ». C’est une nouvelle mystification d’extrême droite relayée sans vergogne par Presse O’. Faut-il rappeler que des interpelés à Saint-Nazaire lors du dernier mouvement social, ont été enfermés plusieurs mois pour un caillou jeté (alors que dans le même temps un manifestant était mutilé au pied par la police) ? Faut-il rappeler le harcèlement judiciaire contre l’institeur Sami Benmeziane accusé à tort d’avoir retourné le doigt d’un flic ? Doit-on rappeler que les responsables (policiers) de la mort de Taoufik El Amri, mort noyé en 2006 à Nantes sont libres ? Tout comme le policier qui a mutilé un lycéen en novembre 2007 au flashball ?

3- La victimisation des policiers par Presse O’ et la pratique du délit d’outrage

« L’élastique de la chemise en carton du grand patron [de la police ndlr] […] regorge de plaintes de policiers. » C’est la phrase terrifiante qui introduit le torchon philopolicier de Presse O’. Comment des gens en « état d’ébriété » (comme le répète ce même article) pourraient-ils blesser des professionnels de la sécurité armés, entraînés et protégés ? Ces plaintes sont soit des affabulations brodées autour d’égratignures, soit, en grande majorité des délits d’outrages.

C’est l’occasion pour nous de faire un point sur cette pratique devenue courante dans la Police Nationale de l’ère Sarkozy. Entre autres analyses, le site Rue 89 publiait en 2008 un article sur le délit d’outrage. Morceau choisi :

« Du côté de la magistrature, on estime que le nombre de cas “pas seulement d’outrage mais même de rébellion” est “en pleine explosion”. Emmanuelle Perreux, juge et présidente du Syndicat de la magistrature, constate ainsi “une forte augmentation du nombre de poursuites pénales”. »

Dans un autre article sur la BAC, le sociologue Didier Fassin explique :

« Ces jeunes [de cités], notamment ceux qui appartiennent aux minorités d’origines subsaharienne et maghrébine, sont extrêmement souvent contrôlés et sujets à des fouilles aux corps. Ils apprennent très vite qu’ils vont être soumis à ces contrôles. Ils savent également qu’ils n’ont aucun moyen d’aller contre ces pratiques, injustifiées et d’ailleurs assez souvent illégales au regard du code de procédure pénale. Ils savent enfin que la moindre protestation peut donner lieu à un outrage ou à une rébellion, dont le coût s’avérerait très élevé en termes de sanction pénale. Il faut savoir que les outrages et rébellions sont un moyen pour les policiers d’anticiper une plainte pour violence policière. »

L’outrage est effectivement souvent utilisé par les flics pour faire contrepoids à leurs propres abus (par exemple beaucoup de militants molestés par les flics sont accusés de rebellion ou d’outrage).

Le sociologue ajoute :

« les officiers et les commissaires savent très bien qu’un gardien de la paix qui « fait » souvent des outrages et rébellions doit être particulièrement suivi, car c’est quelqu’un de violent. »

Enfin, voici une contribution du journal La Provence :

« En cas d’abus de pouvoir, la parole d’un simple citoyen ne pèse pas lourd face à celle d’un agent assermenté. Du reste, seuls 0,50% des interpellés sont relaxés. »

Le délit d’outrage serait à la fois un façon de faire remonter les statistiques des flics à peu de frais, mais également d’arrondir ses fins de mois, car il en résulte une amende pour l’outrageur.

Les flics nantais, nous n’en doutions pas, sont donc de plus en plus violents. Et paralèllement de plus en plus victimisés, héroïsés et caressés par notre presse locale bien aimée.

4- Les violences policières à Nantes et sa région. Récapitulatif de quelques violences policières commises à Nantes, peu, pas, ou mal abordées par Presse Océan :

Dans la nuit du 22 au 23 novembre 2006, Taoufik el Amri meurt noyé dans l’Erdre suite à un contrôle policier. Les policiers concernés sont condamnés trois ans plus tard pour faux témoignages : on ne connaîtra donc jamais la vérité.

En novembre 2007, la police nantaise expérimente des flashballs d’un genre nouveau (les Lanceurs de Balles de Défense) sur une manifestation d’étudiants et de lycéens : un jeune perd l’usage d’un œil. (Presse Océan relaiera systématiquement la parole de la préfecture dans cette affaire, en prétendant par exemple que la blessure était anodine, que l’attaque policière était une « échauffourée », et autres mensonges flagrants démentis depuis.)

C’est d’ailleurs à Nantes que commence une longue série de mutilations : sept personnes au moins, dans toute la France, ont perdu l’usage d’un œil suite à un tir de flashball. Un homme est mort, à Marseille en décembre 2010, après qu’un policier lui ait tiré au flashball dans le cœur. Presse Océan se gardera bien de le souligner.

En janvier 2011, une soirée étudiante à la Fac de Nantes est attaquée par la police : en résultent insultes, passages à tabac et arrestations.

Lors d’une manifestation à l’aéroport de Nantes Atlantique le 27 juillet 2011, les CRS brisent les côtes d’une manifestante et la laissent sans soin. Son pronostic vital est engagé pendant plusieurs heures (pour rappel, ce jour-là, Presse Océan ne fera écho que des « dégâts matériels » occasionés — à savoir une machine à café renversée — et des flics blessés — quelques égratignures — mais n’aura pas une ligne pour cette manifestante gravement touchée).

Le 2 septembre 2011, le GIPN et les policiers tirent au taser sur des manifestants anti-aéroports dans le centre-ville de Nantes. Le soir-même, les policiers nantais attaquent au gaz et à la matraque des passants lors d’un festival musical annuel (voici un petit texte et des vidéos d’un passant qui a subi les violences). La presse ne fera aucun écho de cette attaque.

Les manifestations politiques sont systématiquement encadrées et provoquées par la police nantaise.

En toile de fond, l’espace public est saturé par la présence policière : des caméras de surveillances aux cars de CRS faisant des rondes en centre-ville.

Et ce ne sont que quelques exemples révélateurs du climat policier qui règne à Nantes comme partout en France (ce récapitulatif est repris de cet appel).

Pour rappel, une manifestation contre les violences policières et en mémoire du massacre d’Algériens par la police en 1961, organisée le 17 octobre dernier, avait réuni au moins 200 personnes dans le silence total de cette même presse locale : pas une ligne (compte rendu de cette manif). Presse Océan sait choisir ses « faits du jour »…

En définitive, tout est mensonger dans cet article relevant du tract policier. Mais ce dossier n’est pas isolé, ce journal montre simplement une fois de plus à quel point il est un relai du pouvoir, des flics et des patrons, pour conditionner l’opinion nantaise.

Stop à l’intoxication des médias locaux ! Honte aux journaflics de Presse Océan !

La peur doit changer de camp.

Indymedia Nantes, 16 janvier 2012.

Publié dans Critique des médias, Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec | Commentaires fermés sur [La police travaille] La presse et la police ne forment qu’une seule main

[Ordures] La Bac travaille à Poitiers

[Poitiers] B.A.C à poubelle !

Il est environ 23h le 28 décembre, nous nous trouvons sur le parking du nouveau Spar de Saint-Benoît. Ces poubelles ne nous ont jamais trahi sur l’abondance de nourriture, encore tout à fait consommable, qu’elles contiennent. Triste constat du consumérisme ambiant, mais grande réjouissance face à la semaine de survie qu’elles nous offrent.

Un seul détail nous échappe : ces poubelles sont privées. Alors, au même titre que de se servir dans les rayons sans payer, se servir dans les poubelles, c’est du vol. On ne voulait pas y croire, mais les flics, eux, ont bien profité de l’occasion. Une voiture de la BAC (Brigade Anti Criminalité) nous intercepte donc sur le parking nous ayant vu, de loin, garés près du local à poubelle. « Surveiller les zones économiques, ça fait partie de notre travail. » Nous n’avons pas nos papiers sur nous, mais ce n’est plus qu’un détail. Ils nous connaissent bien ce qui suffit largement pour nous emmener au poste après recherche d’éventuelles traces d’effraction de notre soi-disant introduction dans le local. La voiture est emmenée au commissariat, le chien à la SPA et nous deux en cellule.

Pas d’effraction. Mais ils ne nous lâcheront pas comme ça. C’est un beau délit qu’ils ont intercepté ce soir-là : vol en réunion avec ruse ! Les flics ne manquent pas de nous le mentionner : « votre physique le permet… ». On se serait donc faufilés, mais quelle ruse !

Après une quinzaine d’heures de garde à vue, nous sommes présentés au tribunal. Comparution immédiate, nous la refusons. Le procureur, M. Casassus-Builhe, demande notre placement en détention provisoire. Est-ce encore une ruse pour nous empêcher de réitérer cet abominable délit ? Après 20 minutes de délibéré, le juge nous laisse libre avec une convocation au tribunal le 23 janvier 2012 à 14h. Un peu plus et une poubelle nous emmenait à Vivonne !

La démesure de cette affaire nous laisse sans voix. Mais nous en tirons une bonne leçon : certaines ordures ne se trouvent pas dans les poubelles…

Si comme nous vous trouvez cette répression totalement injustifiée, venez nous soutenir le 23 janvier 2012 à 14h au palais de justice à Poitiers.

Le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux affirme sa solidarité sans faille avec les militants poursuivis et appelle à venir les soutenir.

Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux, 11 janvier 2012.


[Rennes] Guerre aux pauvres !
Action de soutien aux personnes arrêtées le 28 décembre à Poitiers lors d’une récup’.

Le 28 décembre, en soirée, deux personnes sont interpellées aux alentours de Poitiers alors qu’elles sont en train de repartir après avoir fait de la récup’ dans les poubelles d’un supermarché. Les agents de la BAC qui les arrêtent leur affirment que « surveiller les zones économiques, ça fait partie de leur travail ». Bien qu’il n’y ait aucune effraction, les deux sont accusé.e.s de vol en réunion avec ruse et directement embarqué.e.s au commissariat pour 15h de garde à vue. Ce n’est que de justesse qu’il.le.s échappent à la comparution immédiate et à la détention provisoire.

La démesure de cette affaire nous laisse sans voix. Mais nous en tirons une bonne leçon : certaines ordures ne se trouvent pas dans les poubelles…

À toi le jeune qui galère, le moins jeune qui n’arrive toujours pas à boucler tes « fins de mois », le vieux qui continue à tirer la langue, ceux qui cherchent à bouffer, ainsi qu’à tous ceux qui ne supportent pas de voir le gaspillage quotidien de ce monde : remballez vos gaules, la flicaille vous a à l’œil.
Au nom de la propriété privée, il faudrait qu’on avale toutes leurs couleuvres, mais surtout pas leurs miettes ! Bouffer les produits balancés par les supermarchés, ces temples de la fausse abondance, c’est encore trop.

Tu fais les poubelles ? Tu n’es qu’un voleur.
Tu te nourris des restes ? On te menace de taule.

Être un parasite, c’est simple ça ne fait pas bon ménage avec « l’ordre ». Tous ces gens la tête dans la benne, en train de glaner, ça fait tâche dans nos « belles villes propres et lissées » !
Le pendant de l’oppulence des uns doit toujours être l’affamement et la répression des autres. Le pauvre est dangereux, même quand il cherche seulement de quoi vivre.

Pourtant s’ils croient nous dissuader de les déranger dans leur scandaleuse surconsommation en arrêtant les gens qui font les poubelles, ils se fourrent le doigt dans l’œil.

Ils veulent qu’on consomme, on continuera à récupérer et à se débrouiller par nos propres moyens. Parasites ou profiteurs selon eux, on se contente simplement de survivre et de venir prendre notre part du gâteau là où on la trouve, là où on trouve qu’il est inadmissible de balancer autant de bouffe quand d’autres crèvent de faim.
Tant qu’ils se vautreront dans la consommation, on continuera à s’ébattre dans ce qu’ils ne considèrent plus digne de leur infect banquet.

Le 23 janvier à 14h à Poitiers aura lieu le procès des deux personnes arrêtées le 28 décembre.
Parce qu’il est inadmissible de laisser la police et le pouvoir poursuivre leur chasse aux pauvres et leur entreprise de répression massive, nous appelons à :

Une action de soutien le 23 janvier à 14h, place du Colombier à Rennes.

Ramenez vos récups pour organiser un grand marché gratuit sur cette place.
Si la météo le permet nous partagerons une soupe 100% poubelle à la santé des Poitevins et à la barbe des poulets.

Indymedia Nantes, 13 janvier 2012.

Publié dans Luttes des chômeurs et précaires | Marqué avec , | 3 commentaires

[Lèse Béton] Numéro 4 du journal des occupant-e-s de la ZAD

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326779797.png

Zone À Défendre, janvier 2012.

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme | Marqué avec | Commentaires fermés sur [Lèse Béton] Numéro 4 du journal des occupant-e-s de la ZAD

[Poitiers] Relaxe pour les cinq du squat contre Vinci

Occupation contre Vinci : relaxe pour les 5 !

Après la tentative de squat contre Vinci, cinq personnes étaient passées en procès le 8 décembre 2011 au TGI de Poitiers, suite à une plainte de la mairie PS.

La grosse baudruche merdiatico-policière s’était piteusement dégonflée et les plaidoiries des avocat-e-s, bruyamment applaudies. Au grand dam du président du tribunal, qui a d’ailleurs demandé aujourd’hui à ce que le « fan-club » ne réitère pas ses démonstrations d’enthousiasme.

Le verdict a donc été rendu aujourd’hui : RELAXE pour les cinq ! L’une d’entre elles prend quand même 100 € d’amende, pour avoir donné une fausse identité aux flics lors de la gardav’.

Vinci hors de nos vies !

Juanito, groupe Pavillon Noir (FA 86), 12 janvier 2011.


« Squat » de l’avenue de Nantes : relaxe pour les prévenus

Quarante-et-une personnes en garde à vue mais cinq prévenus à la barre. Le tribunal correctionnel qui a jugé l’affaire sur le fond (voir notre édition du 9 décembre) a rendu, hier, son jugement. Il s’agissait pour celui-ci de prouver qu’il y a eu, ce samedi 5 novembre, violences contre les personnes ou destructions ou dégradations de biens. En clair si les infractions étaient constituées. La réponse est claire pour les magistrats qui ont décidé de relaxer les cinq prévenus.

Aucune charge n’a été retenue à l’exception d’une personne qui a écopé d’une amende de 100 € pour avoir fourni une identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire. Pour Maître Sillard, un des avocats de la défense, le doute « n’existe pas dans cette affaire, il y a une explication, le problème avec les Expressifs ». Sa consœur, Maître Ménard, avait, elle, exécuté le tribunal lors de sa plaidoirie : « On vous demande à vous juges de faire un exemple alors que l’infraction n’est pas constituée. »

Leur presse (Nouvelle République), 13 janvier 2012.

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Poitiers] Relaxe pour les cinq du squat contre Vinci

[Procès des responsables de la mort d’Abdelhakim Ajimi] Lundi 16 janvier 2012

Lundi 16 janvier 2012
Procès des responsables de la mort d’Abdelhakim AJIMI
Communiqué du Comité Vérité et Justice pour Abdelhakim AJIMI

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326784749.jpg

« Walter Lebeaupain, 37 ans, et Jean-Michel Moinier, 42 ans de la Brigade anticriminalité (Bac) du commissariat de Grasse, doivent répondre d'homicide involontaire. Les cinq autres policiers (dont un municipal) pour non-assistance à personne en danger. »

Après la première journée d’audience, nous avons :

— Le sentiment que la gravité de la mort d’un être, Abdelhakim AJIMI, est parfois abordée avec légèreté ;

— L’impression qu’il y a un parti-pris, notamment dans la présentation des faits qui ont conduit à la mort d’Abdelhakim AJIMI (victime présentée comme un dangereux agresseur, témoignages décrédibilisés…) ;

— La sensation d’une bienveillance accordée aux policiers en minimisant leur responsabilité directe ;

— La sensation d’une défiance envers la famille et ses soutiens (par exemple : Boubaker AJIMI, le père de la victime, a fait l’objet d’un véritable interrogatoire).

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326785260.jpg

Nous ne perdons pas de vue que le démarrage de cette « affaire » est un acte mineur, à savoir une altercation au sein d’une banque entre un client et le directeur d’agence. Cela aurait dû faire l’objet d’une simple convocation et non d’une interpellation dans des circonstances inhumaines par un acharnement des policiers ayant entraîné la mort violente d’Abdelhakim AJIMI.

Contact : 06 61 47 39 17

Publié dans Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Procès des responsables de la mort d’Abdelhakim Ajimi] Lundi 16 janvier 2012

[Algérie] Déjà vingt ans de terrorisme d’État : DRS dégage !

Algérie, 11 janvier 1992 – 11 janvier 2012 : vingt ans après, toujours lutter

Il y a vingt ans, la majorité des Algériens et des Algériennes voulaient croire à ces premières élections législatives pluralistes qui, espéraient-ils, les mèneraient vers un changement de régime, pouvant enfin réaliser leurs aspirations à plus de participation et de justice sociale. Cet espoir a été réduit à néant au moment même de l’apparition du président Chadli Bendjedid sur les écrans de télévision le soir du 11 janvier 1992. Son visage blême laissait présager le pire : il annonce sa démission. C’est toute l’Algérie qui bascule alors vers l’inconnu. Quid du processus électoral ? Qui prend les rênes du gouvernement ? Qu’en est-il des institutions de la République ?

Comme nous l’a appris depuis dans ses mémoires le général Khaled Nezzar, l’un des principaux instigateurs de ce coup d’État, le commandement militaire a alors pris la décision de ne pas laisser se dérouler comme prévu le second tour des élections peu après avoir pris connaissance des résultats du premier tour le 26 décembre 1991. Il considérait que le raz-de-marée du Front islamique du salut au sein du Parlement constituait une menace pour ses intérêts et ceux des milieux politiques et économiques qui lui étaient liés. Un quarteron de généraux s’est donc préparé à intervenir, non sans mobiliser une frange de la société civile qui a joué un rôle important dans la mise en place de la façade civile du putsch en cours.

Mais la démission du président Chadli n’est que la première étape visible de ce coup. En l’espace de quelques jours, l’édifice institutionnel est démantelé : plus de président, plus de Constitution, plus de Parlement. Une poignée de hauts gradés et leurs soutiens civils s’érigent en sauveurs de la démocratie et, en guise de « sauvetage », imposent la loi de la dictature : création d’institutions anticonstitutionnelles et antidémocratiques, état d’urgence, camps de concentration, dissolution des assemblées communales et de wilayas élues, mise au pas de la presse, interdiction du FIS et toutes ses organisations satellites, lois liberticides, tribunaux spéciaux, etc.

Une chasse à l’homme est engagée, qui prendra au fil des ans les proportions terrifiantes d’une guerre totale contre la population : arrestations arbitraires, torture, détentions extralégales, disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires sont le sort réservé à des dizaines de milliers de personnes soupçonnées de sympathie pour le FIS. Et pendant ce temps, les diktats du FMI étaient appliqués sans affronter d’opposition, les travailleurs craignaient pour leur vie, non pas pour leur paie.

À partir de 1994, arrive le moment où la répression ne sert plus qu’à terroriser, et c’est alors que cette guerre sale se mue en « sale guerre » avec ses faux maquis, ses faux groupes armés, ses faux communiqués. Très souvent, les victimes ne savent pas qui les agresse : des membres de groupes armés vêtus d’uniformes de l’armée ? Des agents des services spéciaux barbus et habillés à l’afghane ? Et pour intensifier la confusion, des civils sont armés et entraînés à attaquer d’autres civils. Une certitude : tous égorgent.

Le summum de cette terreur est atteint entre fin 1996 et début 1998, lorsque différentes régions du pays subissent des attaques de groupes armés se réclamant de l’islam, manipulés ou encadrés par des hommes des forces spéciales de l’armée et du DRS (Département du renseignement et de la sécurité), la police politique. Ces massacres font à chaque fois entre des dizaines, voire des centaines, de victimes. Des centaines de milliers de familles fuient les zones menacées pour s’entasser dans des bidonvilles aux abords des villes, à la recherche d’un peu de sécurité. Quinze ans après, beaucoup végètent toujours dans la misère et la délinquance.

Une fois la rébellion matée et la population assujettie, malgré un niveau de violence restant assez élevé ­ — le « terrorisme » attribué à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI, apparue en 2007) étant en fait, très largement, surtout l’expression d’une délinquance ultra-violente —, l’heure de la « concorde civile », puis de la « réconciliation nationale » est sonnée : l’État amnistie et distribue de l’argent pour garantir la paix sociale, imposant en échange sa vérité autorisée de la « tragédie nationale ». Toute autre version est passible d’une peine de prison et ceux qui sont considérés comme responsables de la tragédie sont interdits d’expression.

Malgré cette stratégie de répression-corruption destinée à empêcher toute véritable opposition de s’organiser, malgré le profond traumatisme dans lequel ont été plongées au moins deux générations d’Algériens et d’Algériennes, ces derniers ne se laissent pas leurrer par le discours des décideurs qui désignent des coupables et récompensent les courtisans. Eux savent bien qui sont les responsables des tueries et ces derniers savent que les Algériens savent, c’est la raison pour laquelle ils craignent la justice plus que tout.

Certains de ces commanditaires de la sale guerre sont décédés (Larbi Belkheir, Smaïn Lamari, Brahim Fodhil Chérif). Mais d’autres sont toujours bien vivants, en retraite sans toutefois être en retrait, à l’instar des généraux Khaled Nezzar et Mohamed Lamari, toujours très influents. Et bien d’autres restent aux commandes du pouvoir réel, à commencer par le général Mohammed Médiène, le principal homme fort du pays, à la tête du DRS depuis plus de vingt ans.

Quant aux seconds couteaux, qui furent parmi les exécutants les plus sanguinaires, ils ont pris du grade et ont été promus aux postes de leurs aînés, comme le général Athmane Tartag, nommé chef de la DSI (Direction de la sécurité intérieure, ex-DCE) en décembre 2011, qui hérite de la place de Smaïn Lamari. Tous ces hommes, aux mains pleines de sang, constituent aujourd’hui la colonne vertébrale de l’armée algérienne, garantissant la continuité du système mis en place avec le putsch du 11 janvier 1992. Tant que ces criminels décident du sort de l’Algérie, les réformes annoncées en grande pompe par le président Abdelaziz Bouteflika ne sont que leurres.

Pourtant, l’heure est grave. Depuis des années, les émeutes populaires, pour le travail, pour le logement, pour la vie digne, sont devenues quasi quotidiennes. Depuis des années, les syndicats autonomes de la fonction publique, malgré la répression et les manipulations, affirment leurs revendications avec toujours plus de force. L’extrême brutalité du régime, la sophistication de ses méthodes, le souvenir bien vivant des 200’000 morts et des horreurs de sa « sale guerre » des années 1990 expliquent que le peuple algérien n’a pu encore emboîter le pas des bouleversements qui secouent depuis 2011 le Maghreb et le Machrek.

Dans son agonie, le régime algérien semble encore espérer qu’il pourra continuer à mater la révolte populaire et à garder l’autonomie nécessaire pour poursuivre sa prédation systémique de la rente pétrolière, devenue sa seule raison d’être, en évitant la complète mise sous tutelle par son allié stratégique, les États-Unis. Alors même que les exemples de la Libye et de la Syrie montrent quelles menaces pèsent sur l’intégrité et la souveraineté même du territoire national : les dirigeants du nouvel « empire global » de la mondialisation libérale, ceux des transnationales avant même que les occupants de la Maison-Blanche, entendent bien que les révoltes des « printemps arabes » ne débouchent pas sur d’authentiques démocraties, soucieuses de leur intérêt national, qui menaceraient leurs intérêts économiques. D’où leurs manœuvres actives pour tenter de vider ces révoltes de leur potentiel subversif et d’installer, à la place de dictatures devenues incapables de soumettre leur peuple, des pouvoirs « compatibles » avec le nouvel ordre mondial néolibéral.

En Tunisie, en Égypte, en Libye ou en Syrie, on sait que ce plan ne se déroule pas si simplement. Dans l’Algérie de 2012, toujours gouvernée par des généraux qui revendiquent haut et fort leur allégeance à la « Global War on terror » de George W. Bush du début des années 2000, l’avenir reste toujours incertain. Ces généraux sont toujours parfaitement indifférents au risque de la perte définitive de l’indépendance nationale, si chèrement payée, puisque leur unique préoccupation est de préserver leurs sources de revenus illicites.

Dans ce contexte géopolitique troublé, la lutte obstinée contre l’impunité des responsables du terrorisme d’État, vingt ans après le putsch de janvier 1992, reste la seule boussole de tous ceux qui aspirent à une Algérie authentiquement démocratique. Tout en restant bien sûr lucides et vigilants sur le fait que la revendication du respect des droits de l’homme est aujourd’hui, plus que jamais auparavant, instrumentalisée par les dirigeants de l’empire global, passés maîtres dans la mise en œuvre du fameux « double standard ». Celui au nom duquel, en violation complète des fondements philosophiques de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, les droits de certains hommes et femmes seraient supérieurs à ceux d’autres. Comme en atteste notamment l’insupportable acceptation, de la part de la « communauté internationale », des violations avérées du droit international par Israël.

Communiqué d’Algeria-Watch, 11 janvier 2012.


Février 2012 : la nouvelle édition de La Sale Guerre, de Habib Souaïdia

À l’occasion du sinistre vingtième anniversaire du déclenchement en Algérie, par les généraux « janviéristes », de la guerre contre leur peuple, les Éditions La Découverte publient une nouvelle édition de poche du livre de l’ex-sous-lieutenant Habib Souaïdia, La Sale Guerre, initialement édité en février 2001. Cette édition sera disponible en librairie le 23 février 2012.

Algeria-Watch en publie ici l’avant-propos et la postface inédits de l’auteur.

Avant-propos à l’édition de 2012

C’était il y a vingt ans. En janvier 1992, le coup d’État des généraux algériens marquait le début d’une « sale guerre » contre leur peuple, qui allait faire des dizaines de milliers de morts, des milliers de « disparus », des centaines de milliers de personnes déplacées, sans compter tous les torturés. En février 2001, en publiant ce livre, j’ai voulu apporter mon témoignage sur ces horreurs, toujours impunies à ce jour, car leurs responsables – sauf ceux qui sont morts dans leur lit – et leurs complices civils sont toujours à la tête du pays. Et onze ans plus tard, je me pose toujours les mêmes questions.

Comment écrire la « sale guerre » ? Comment décrire le cauchemar d’un peuple ? Et surtout, comment le transmettre aux Algériens d’abord et au monde ensuite ? Un cauchemar sans fin, sans limite. Il y a une fin à tout, mais notre cauchemar à nous les Algériens est interminable. Nous vivons une guerre sans fin. J’ai essayé de l’écrire, mais il est très difficile de faire passer juste un bout de ce réel. J’ai voulu quand même donner à sentir ses odeurs nauséabondes, narrer fidèlement l’horreur dans tous ses états au risque de choquer, d’avoir honte, d’être taxé de « voleur » et de « voyou », d’être traîné dans la boue et condamné à mort. De vivre en exil et d’être accusé par l’état-major de l’armée, par l’État et la presse algérienne d’être un « traître » à une armée de barbares. Comment dire tout le mal qu’ils ont causé à mon pays ?

Au nom de quoi ont-ils cherché à disqualifier un homme, un militaire qui a vu son armée qu’il a tant aimé descendre aux enfers de la guerre sale ? À juger un militaire qui a assisté à la transformation de ses amis et collègues en bêtes immondes qui tuent juste pour le plaisir ? Parce que j’ai écrit ce qu’ils voulaient cacher, comme par exemple le fait qu’un homme a subi la torture et que ses tortionnaires riaient en le faisant asseoir de force sur une bouteille ? Qu’il a fini son horrible calvaire décapité ou que son sexe fut coupé est mis dans sa bouche ? Parce que j’ai parlé aussi de ces dizaines de milliers de soldats, de policiers, de gendarmes morts pour rien ! Oui, morts parce que des généraux criminels en ont décidé ainsi. Morts pour quoi ? La « démocratie » ? La « liberté » ? La « république » ?

Où sont-elles aujourd’hui, ces chimères ? Quelle vaste tromperie d’avoir prétendu vouloir installer un état de droit avec ces généraux ! Depuis vingt ans qu’ils sont aux commandes, la gangrène de la corruption pourrit toute la société, du haut en bas, les seigneurs de la guerre, anciens « islamistes » ou militaires, ont été blanchis de leurs crimes et accaparent les richesses du pays. Quant aux libertés des hommes et des femmes, mieux vaut ne pas en parler. Ainsi, les dizaines de milliers de victimes de la « sale guerre », civils comme membres des « forces de sécurité », ne sont mortes que pour permettre au régime et aux imposteurs de tout acabit de durer. Et pour aider les faux démocrates à se construire une stature internationale.

Remarquons au passage le glissement sémantique, merveille des merveilles des communicants des généraux, qui ont voulu effacer la réalité de la guerre et de ses atroces séquelles en la qualifiant de « tragédie nationale ». Et depuis quelques années, le régime parle de la « stature algérienne dans le domaine de la lutte antiterroriste » et répète que « l’Algérie est un partenaire fiable de la lutte antiterroriste pour les Américains ». Qui peut être contre les Américains ? L’art et la manière de faire avaler la pilule au peuple…

Les communicants des généraux ont certainement oublié que beaucoup d’Américains ont perdus leur âme en Afghanistan est en Irak. Nos « fabuleux » journalistes ont aussi oublié que la presse américaine, malgré les pressions de la Maison-Blanche, a quand même informé l’opinion publique sur les violations des droits de l’homme perpétrées par les Américains, alors que la presse algérienne n’a jamais fait son mea culpa sur ses mensonges et son silence face aux crimes contre l’humanité commis par les chefs de notre armée en Algérie.

Nos soldats sont morts pour rendre crédible l’existence des GIA, d’Al-Qaida et du régime, trois entités liées entre elles par le sang… Oui, par un « fleuve de sang », comme l’a affirmé en 2002 Hocine Aït-Ahmed quand il a témoigné en ma faveur lors du procès en diffamation que m’avait intenté à Paris l’ancien ministre de la Défense, le général-major Khaled Nezzar – procès qu’il a perdu [Voir les minutes complètes de ce procès dans Habib Souaïdia, Le Procès de « La Sale Guerre ». Algérie : le général-major Khaled Nezzar contre le lieutenant Habib Souaïdia, La Découverte, Paris, 2002].

Écrire sur l’horreur et dire ce que beaucoup préfèrent taire est un devoir. Pour moi, celui de changer l’ordre des choses, car tout dépend de cette foule anonyme qui, par son silence, rend possible la longévité du régime et de sa barbarie. Si j’écris, ce n’est pas pour exorciser les démons qui sont en moi, c’est pour libérer l’interdit dans le pays des interdits. Et c’est parce que j’ai fait l’amère expérience de la guerre contre le terrorisme.

Dans la postface à cette nouvelle édition de mon livre, j’évoquerai plus précisément les réactions du pouvoir lors de sa publication initiale en février 2001. Et, surtout, je dirai ce que sont devenus, onze ans après, les officiers criminels dont on va découvrir les exactions dans les pages qui suivent.

Postface à l’édition de 2012
En finir avec l’impunité des généraux criminels

Habib Souaidia

Dès la sortie de mon livre, dont l’écho fut très important (65’000 exemplaires vendus), le régime algérien a conduit contre moi une campagne médiatique délirante, m’accusant de tout et de n’importe quoi (comme « d’être à la solde de la France et d’Israël ») et qualifiant mon témoignage de « tissu de mensonges tissé par les ennemis de l’Algérie ». C’est que la crédibilité de ce que je rapportais a sur le coup sérieusement ébranlé les généraux, qui craignaient plus que tout que ce livre relance la demande des ONG de défense des droits de l’homme d’ouverture d’une enquête internationale sur les violations massives de ces droits en Algérie.

La riposte de la dictature après la parution de La Sale Guerre

Toute la presse algérienne a alors pris la défense des généraux putschistes et criminels. Au lieu d’être impartiaux et objectifs, les journalistes « sécuritaires » se sont rangés dans un mouvement de panique du côté du régime, révélant ainsi au monde entier la vraie nature de la fameuse « presse indépendante algérienne ». D’ailleurs, si les généraux ont été si sanguinaires pendant la « décennie noire », c’est largement grâce au soutien de certaines élites civiles – « journalistes », « écrivains », « philosophes », « sociologues » et autres « experts » en manipulations et mensonges. Si les tyrans sont souvent guidés par la passion et l’odeur du sang, un intellectuel digne de ce nom doit être guidé par la raison, or c’est le silence complice et la compromission de ces élites qui ont aidé à nous plonger dans le bain de sang.

En 2001, choquées par mon livre, ces vierges effarouchées se cachent toujours les yeux et les oreilles devant les atrocités commises par les agents du DRS et les soudards des forces spéciales de l’armée. Elles ont continué à faire semblant de ne pas entendre les cris de douleur des enfants torturés, des hommes enlevés, de ne rien voir des cadavres ayant jonché les rues. Les organes de la propagande de guerre de la junte militaire attribuaient les carnages répétés des populations civiles aux « commandos islamistes », les expliquant comme des « actes désespérés des hordes terroristes qui ont été vaincues militairement ». Mensonges répétés pendant des années, jusqu’à la nausée, par la « presse indépendante ». De même que cet autre mensonge (El Watan) : « Les groupes islamiques armés, dont la quasi-majorité des membres est issue du FIS, ont déclaré la guerre au peuple algérien… » Comme les chefs de l’Armée nationale populaire ont perdu leur âme dans cette guerre, la presse algérienne a perdu la sienne en relayant ce dispositif sophistiqué de désinformation à l’échelle nationale et internationale. Avec la sortie de La Sale Guerre, leurs mensonges et leurs crimes étaient dévoilés au grand jour devant l’opinion internationale – car les Algériens, eux, savaient déjà bien qui étaient ces criminels. C’est pour ces raisons que le régime a activé sa presse dite « libre » par le biais du service d’action psychologique du DRS, commandé à l’époque par le colonel Hadj Zoubir (décédé en décembre 2011).

Défiant ainsi les règles élémentaires du journalisme qui imposent la prudence et la vérification de toute information avant sa publication, la presse algérienne, l’organe de propagande du DRS, a alors enfourché son cheval préféré, celui du délire, du mensonge, de la diffamation et de la manipulation, pour s’attaquer à moi et à tous ceux qui demandaient la création d’une commission d’enquête internationale. Je perdrais mon temps à décortiquer les centaines d’articles diffamatoires publiés contre moi dans la presse algérienne francophone et arabophone – et même dans des livres –, qui me présentaient comme un ennemi public numéro un du régime algérien, dépassant de loin les émirs sanguinaires du GIA et du GSPC, comme Antar Zouabri ou Hassan Hattab. La dernière trouvaille en date est une histoire abracadabrantesque inventée par le quotidien arabophone El-Khabar en 2010. Sous le titre « Nationalité française pour Souaïdia », il écrivait : « L’officier algérien en cavale Habib Souaïdia a obtenu la nationalité française, deux ans seulement après avoir déposé sa demande. M. Souaïdia a épousé, en 2005, une femme de nationalité française qui appartient au courant politique de la gauche connu pour sa haine contre le gouvernement algérien… » Que répondre à de tels mensonges ? Que répondre à ces affabulateurs qui propagent une histoire parfaitement imaginaire ? Alors que je vis toujours à ce jour en France avec un statut de réfugié politique et que je ne me suis jamais marié avec aucune Française, ni de gauche ni de droite !

Pour faire bon poids, le régime algérien m’a fait condamner par contumace à deux reprises. Une première fois, le 30 avril 2002, à vingt ans de prison par le tribunal de Sidi M’hamed à Alger pour « participation à une entreprise d’affaiblissement du moral de l’ANP et de la sûreté de l’État ». Et une deuxième fois, le 22 janvier 2006, à la peine capitale par le procureur général de la cour de Bouira pour « enlèvement et assassinat avec préméditation » de trois hommes à Lakhdaria en juillet 1994. Cette accusation grotesque, sans aucun lien avec la réalité, est une offense à l’intelligence. Les libres penseurs auraient tort de demeurer silencieux ou de se contenter de sourire, puisque ces accusations me rangent parmi les coupables. Alors qu’elles sont assimilables à la propagande haineuse à l’endroit des résistants, coupables d’avoir dénoncé le régime des criminels d’Alger. Désolé, mais je suis innocent du sang de ces hommes car le crime n’est pas mon étalon de vertu ni de réussite. Ce que je sais en revanche, c’est que ce genre de désinformation et d’accusation est une vieille habitude du service d’action psychologique du DRS, ce que j’ai déjà payé au prix fort quand j’étais encore en Algérie : de 1995 à 1999, comme on l’a vu, j’ai été détenu à la prison militaire de Blida ; alors pourquoi les familles de ces hommes n’ont-elles pas déposé plainte contre moi pendant quatre longues années ?

Dès la sortie de La Sale Guerre, tout l’état-major était en alerte, c’est pourquoi ses chefs ont réagi sur tous les fronts. L’un des généraux les plus sanguinaires, le général-major Mohamed Lamari, chef de l’état-major, a parlé d’une « campagne médiatique délirante émanant de l’extérieur », qui présentait « comme des “vérités” des assertions assimilant l’action de l’armée et des services de sécurité à des actions criminelles comparables à celles des groupes terroristes ». Eh bien oui, mon général, nous avons utilisé effectivement les méthodes des terroristes contre la population : il fallait faire « sortir le poisson de l’eau » et, pour cela, se déguiser en terroristes, commettre des massacres, torturer et exécuter des pauvres civils. C’était l’application de la doctrine française de la « contre-insurrection », que les généraux algériens ont appliquée à la lettre contre le peuple algérien.

De fait, pour neutraliser la population civile, les généraux – avec à leur tête les généraux-majors Khaled Nezzar et Mohamed Lamari – ont non seulement recouru au terrorisme des GIA, mais ils ont encouragé les régiments des forces spéciales à mettre en œuvre un terrorisme d’État du même ordre, avec une rare violence. Ainsi, conformément à ces théories anti-insurrectionnelles élaborées par des officiers de l’armée française (et qu’elle avait appliquées lors de notre guerre de libération), nos généraux ont créé à Alger, à partir de la fin 1992, le CCLAS, centre de coordination de la lutte antisubversive (voir chapitre 4). Le général Mohamed Lamari en était le commandant ; avec les généraux Brahim Fodhil Chérif et Smaïl Lamari (dit « Smaïn »), ils se sont donné pour tâche de propager la terreur sur l’ensemble du territoire national. Comme leurs prédécesseurs français, ils ont considéré que les ruraux « formaient l’épine dorsale du FIS » : « Le rebelle vit parmi la population comme un poisson dans l’eau. » Du coup, beaucoup de commandants de région militaire et de commandants de secteur pensaient qu’il n’y avait pas d’autre moyen que d’appliquer la méthode française (« Évacuez l’eau et le poisson mourra »), puisqu’elle avait réussi dans le passé en Argentine et en Amérique latine.

C’est ainsi que, en 1996, les « groupes islamiques de l’armée » instrumentalisés par le DRS ont multiplié les actions de terreur dans l’Algérois. D’abord dans la région de Médéa, ce qui a poussé les villageois à fuir vers la Mitidja et les abords d’Alger ; puis, en 1997, c’est de là qu’ils ont été à nouveau chassés par les terribles massacres commis par les mêmes « GIA », à Bentalha, Raïs, Sidi-Moussa, Rélizane, etc. Ces tueries étaient en effet régulièrement suivies par des opérations de ratissage d’envergure et les survivants étaient poussés par la peur vers d’autres lieux.

Puis il y avait la stratégie de la « terre brûlée », qui avait pour objectif la destruction des conditions de vie socioéconomiques des ouvriers (combien d’usines et de petites fabriques ont été incendiées ?) et des pauvres paysans. Ainsi, leurs bêtes étaient soit tuées par les avions et les hélicoptères dans les pâturages, soit volées par les militaires et revendues ailleurs.

Dès 1993, je fus personnellement témoin de telles destructions lors de nombreuses opérations dans la Mitidja ou en Kabylie. En février 1994, par exemple, nos troupes investirent un village près de Lakhdaria, entre Tala-Aïcha et Si Mustapha : sept paysans furent tués par balles. Quelques jours plus tard, l’armée monta une autre opération d’envergure, qui se poursuivit durant trois jours, contre une vaste région entre Chabet El-Ameur, Ammal, Gargour et Ouled Ben-Doukran : on dénombra treize civils exécutés. Sous prétexte que terroristes et simples civils se confondaient très souvent, les militaires baptisaient facilement « suspects » tous les paysans et bergers qu’ils rencontraient, ce qui les mettait plus à l’aise pour les torturer et les abattre. Le soir, dans le BRQ (bulletin de renseignements quotidiens), on écrivait, au besoin, qu’ils étaient porteurs d’une grenade artisanale ou d’un fusil de chasse : personne ne viendrait vérifier !

Les généraux brûlent la Kabylie

Deux mois après la parution de mon livre, pour détourner les regards de l’opinion internationale suite aux révélations incriminant le régime – et aussi du fait des obscures luttes de clans au sein du pouvoir –, les hauts gradés ont cyniquement joué la carte de l’affrontement entre Kabyles et Arabes, après l’assassinat par un gendarme, le 18 avril 2001, du jeune Massinissa Guermah à Béni Douala (Grande-Kabylie). L’enjeu était en effet de taille pour les généraux, tant il était vital pour eux d’éviter d’être accusés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité par les organisations internationales. Et c’est donc dans une sorte de fuite en avant que les généraux ont « mis le feu » à la Kabylie, en multipliant les provocations face aux manifestations pacifiques de la population, révoltée par l’assassinat du jeune lycéen. Ils ont ressorti leurs veilles recettes, pour contrôler plus au moins la situation et en faisant tout pour convaincre que le mouvement parti de Kabylie était uniquement fondé sur des revendications ethniques ou séparatistes, afin de l’isoler des autres régions. Les plans du DRS en Kabylie ont fonctionné à merveille : d’une part, il a réussi à mater toute une région rebelle en assassinant plus d’une centaine de jeunes ; et, d’autre part, il a manipulé à l’intérieur de la Kabylie le mouvement citoyen des Arouch, souvent animés par des éléments travaillant avec le DRS, réduisant ainsi les malheurs et les revendications légitimes de la population à des revendications régionales, en cassant les appareils politiques démocratiques.

Fin juillet 2001, une commission d’enquête présidée par Mohand Issad, un juriste réputé « indépendant », a mis clairement en cause la gendarmerie algérienne, comme l’a relevé Le Monde, citant le rapport Issad : « “La réaction violente des populations a été provoquée par l’action non moins violente des gendarmes, laquelle, pendant plus de deux mois, a nourri et entretenu l’événement : tirs à balles réelles, saccages, pillages, provocations de toutes sortes, propos obscènes et passages à tabac. La commission n’a pas relevé de démenti”, souligne sèchement le rapport. Surtout, note cette instance ad hoc, “la violence enregistrée est celle d’une guerre, avec usage de munitions de guerre”. […] “Si quelqu’un a forcément donné l’ordre de tirer à balles réelles, en revanche personne n’a donné l’ordre de cesser le feu”, note encore la commission qui met en cause la chaîne de commandement, sans toutefois désigner le moindre responsable. “Les ordres de la gendarmerie de ne pas utiliser les armes n’ont pas été exécutés, ce qui donne à penser que le commandement a perdu le contrôle de ses troupes, ou qu’elle a été parasitée par des forces externes à son propre corps” [Samy Mouhoubi, « L’enquête sur les morts de Kabylie », Le Monde, 30 juillet 2001]. » Ces bien réelles « forces externes » ne peuvent être que celles du DRS, en l’occurrence les hommes du CTRI de Blida qui dépend de la 1re région militaire, soutenus par des parachutistes déguisés en civil.

Ce mode opératoire me rappelle celui des événements du 5 octobre 1988, quand le général Nezzar a posté sur les toits d’Alger, pour tirer sur les jeunes manifestants désarmés, ses parachutistes snipers équipés de fusils de précision Dragunov SVD. Une arme de guerre de grande précision, qui peut tirer jusqu’à trente coups par minute avec une portée allant jusqu’à 1300 mètres. Ces snipers, qui font souvent partie des unités des forces spéciales, peuvent agir en totale autonomie (en duo ou en trio) ou intervenir en appui d’une section de gendarmerie ou d’infanterie. Depuis 1988, ils ont été fréquemment sollicités dans des missions de police et dans la lutte antiterroriste, comme des « armes psychologiques » en pratiquant des tirs plus ou moins ciblés contre des civils, en dehors des opérations de combat.

Tizi-Ouzou a enterré ses martyrs, tandis que le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), le parti kabyle de Saïd Sadi, prenait tout son temps de réflexion en conservant un pied dans le gouvernement, sans guère se préoccuper de la mort de tous ces jeunes. Car dans ce terrible « printemps noir », le pouvoir a également joué à faire reconquérir du terrain par le RCD dans la région contre le Front des forces socialistes (FFS) qui, malgré les immenses difficultés que le pouvoir lui a créées depuis des années, gardait ses capacités de peser encore sur les esprits. Et comme la copie ne vaut jamais l’original, le pouvoir ayant horreur d’avoir comme principal interlocuteur le parti de Hocine Aït-Ahmed, authentique opposant, c’est pour ces raisons que les Arouch, souvent contrôlés par le DRS, ont été créés.

Puis arriva le 11 Septembre

Mais c’est un autre événement, totalement extérieur à l’Algérie, qui allait peu après permettre que les révélations sur les crimes des généraux algériens soient à nouveau effacées dans les médias internationaux. Le 11 septembre 2001, nos vies ont changé à jamais avec les terribles attentats terroristes de New York et de Washington, qui firent plus de 3000 morts.

Un réveil brutal pour moi comme pour le monde entier. J’entends encore les cris de victoire depuis Alger en ce jour de deuil. Car dès le lendemain du 11 Septembre, tandis que l’Amérique pleurait ses morts, les généraux d’Alger célébraient paradoxalement la victoire de Ben Laden sur l’Amérique : grâce à lui, du jour au lendemain, l’un des régimes les plus sanguinaires du monde arabe était devenu une « source d’inspiration » pour les Américains dans la lutte antiterroriste internationale. En témoignent par exemple les propos de William Burns, secrétaire d’État adjoint pour l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, à Alger le 9 décembre 2002 : « Washington a beaucoup à apprendre de l’Algérie sur la façon de combattre le terrorisme [« Coopération militaire algéro-américaine. Paris s’abstient de tout commentaire », Le Jeune Indépendant, 12 décembre 2002]. » Donc les arrestations, les disparitions forcées, l’utilisation de la torture à grande échelle, les massacres, les assassinats, les exécutions extrajudiciaires ou encore les détentions illimitées de personnes soupçonnées de terrorisme étaient devenus des pratiques que celle qui se prétend la première démocratie mondiale devait apprendre d’une dictature ?

De fait, la légitimité de toutes les violations des droits de l’homme justifiées par la lutte antiterroriste va se trouver profondément renforcée après les attentats du 11 septembre 2001. Cette confiance retrouvée par la dictature algérienne s’est traduite, sur le plan politique et financier, par la signature en avril 2002 d’un « accord d’association » avec l’Union européenne : outre le fait qu’il permettait au régime algérien d’être fréquentable, cet accord a pris en compte de facto ses attentes sur le plan sécuritaire. Et tant pis pour les victimes de la sale guerre, pour la justice et pour la démocratie !

Le 11 Septembre a également aidé le régime algérien à « tourner la page » afin de tenter d’effacer les crimes qu’il avait commis contre son peuple. Ainsi, loin de chercher à saisir les mécanismes politiques et militaires qui avaient amené à commettre ces crimes, les dirigeants actuels de l’Algérie ont organisé l’impunité avec la « Charte pour la paix et la réconciliation nationale » votée lors d’un référendum truqué le 29 septembre 2005, visant notamment à éviter toute sanction judiciaire aux membres des forces de sécurité responsables de crimes dans l’exercice de leurs fonctions depuis 1992. Ce texte stipulait ainsi : « Le peuple algérien tient à rendre un vibrant hommage à l’Armée nationale populaire, aux services de sécurité ainsi qu’à tous les patriotes et citoyens anonymes qui les ont aidés, pour leur engagement patriotique et leurs sacrifices qui ont permis de sauver l’Algérie et de préserver les acquis et les institutions de la République. En adoptant souverainement cette charte, le peuple algérien affirme que nul, en Algérie ou à l’étranger, n’est habilité à utiliser ou à instrumentaliser les blessures de la tragédie nationale pour porter atteinte aux institutions de la République algérienne démocratique et populaire, fragiliser l’État, nuire à l’honorabilité de tous ses agents qui l’ont dignement servi ou ternir l’image de l’Algérie sur le plan international. »

Une charte qui protégeait le bourreau de la victime, en disposant que toute victime qui déposerait plainte contre un bourreau serait « hors la loi » ! La loi du plus fort, je présume, parce qu’en Algérie la justice est une utopie. En quelques années, on est ainsi passé du désordre de la guerre au désordre de la « paix ». Sur le baromètre de la mémoire, l’entêtement à vouloir amnistier les criminels sans une commission de vérité et de justice apparaît bien comme une fuite en avant. Car à l’évidence, jusqu’à aujourd’hui, le régime craint plus que tout une commission d’enquête vraiment indépendante, d’autant plus que, contrairement à ce que certains veulent faire croire, la paix n’est pas revenue en Algérie avec la « réconciliation nationale ». Pour preuve, les assassinats et les enlèvements, les embuscades, explosions et attentats kamikazes d’obscurs « groupes terroristes », les ratissages meurtriers de l’armée, qui ont continué, jusqu’à ce jour, à scander quotidiennement l’actualité des années 2000.

Mais officiellement, cette sale guerre est désormais solennellement terminée sur ordre des bourreaux d’Alger. Une politique d’amnésie a été imposée au peuple, on l’aura compris, avec le « blanchiment » de l’histoire récente par un système où la mémoire est interdite : nous sommes tous désormais sommés d’oublier les morts, les disparus, les torturés, les exécutés, les villages massacrés, les femmes violées, les déportés, le verrouillage de la scène politique, la répression sanglante des libertés, le mépris absolu du droit, l’organisation militaro-policière de la société fondée sur la brutalité, la corruption et le détournement de l’argent public. Tout cela à cause du 11 Septembre et de la « guerre totale contre terrorisme », la même que celle menée par les États-Unis. Simplement, comme elle aurait commencé bien plus tôt en Algérie qu’ailleurs, tout le monde doit « apprendre des généraux algériens sur la façon de combattre le terrorisme »…

Voilà comment, au nom de la guerre contre le terrorisme, ont été blanchies a posteriori par la « communauté internationale » les pratiques criminelles d’un régime lui-même à l’origine de la maladie qu’il prétend combattre. En Occident, guerre antiterroriste et intérêts pétroliers bien compris se sont combinés pour décider que le régime algérien était désormais devenu un « partenaire fiable » et trouver normal l’organisation de l’impunité et l’écrasement des libertés. Cette conspiration du silence qui s’est abattue sur l’Algérie est particulièrement relayée en France par de puissants lobbies qui empêchent toute médiatisation des crimes des généraux. Le peuple algérien est ainsi abandonné sans vergogne à son triste sort. À l’heure des « printemps arabes » de 2011, qui ont contraint la France de Sarkozy à mettre enfin un terme à son soutien aux despotes Ben Ali, Moubarak ou Kadhafi, son message reste le même : « L’Algérie est un grand pays ! Circulez, il n’y a rien à voir ! »

Que sont devenus les officiers assassins de la sale guerre ?

Et pourtant, pour ceux qui le veulent, il y a hélas beaucoup « à voir » dans l’Algérie de 2012. Certes, je l’ai dit, certains des pires criminels responsables de la sale guerre sont morts dans leur lit sans avoir jamais été inquiétés, comme les généraux Smaïl Lamari (en août 2007, à l’âge de 66 ans), Brahim Fodhil Chérif (en juin 2008, 65 ans) ou Larbi Belkheir (en janvier 2010, 73 ans). Mais, en janvier 2012, leurs plus éminents complices dans les crimes commis en commun étaient toujours bien vivants, à commencer par le général-major Mohammed Médiène, dit « Toufik » (72 ans), chef inamovible du DRS et véritable maître de notre pays depuis plus de vingt ans. Ou encore le général Mohamed Lamari (72 ans), à la retraite depuis 2004 mais toujours plus ou moins actif dans l’ombre ; et le général Khaled Nezzar (74 ans), lui aussi retraité de longue date mais sans doute tout aussi actif, même s’il a eu la « malchance » – il a hélas été le seul dans ce cas – d’être l’objet de plaintes pour tortures, en 2001 et 2002 à Paris (sans suites, évidemment), puis en octobre 2011 à Genève (une affaire toujours en cours à ce jour) [Voir « Khaled Nezzar, l’ancien ministre algérien de la Défense, entendu par la justice suisse », Le Monde, 22 octobre 2011].

Surtout, la plupart des officiers supérieurs impliqués dans les pires exactions de la sale guerre ont été promus depuis aux plus hauts postes de l’armée et constituent toujours aujourd’hui la colonne vertébrale du pouvoir. C’est pourquoi il m’a semblé important d’évoquer ici ce que je sais de la carrière de certains d’entre eux, dans l’espoir que cela pourra servir un jour à leur jugement devant un tribunal impartial – comme le méritent aussi bien d’autres que ceux que je nomme ici et que je ne connais pas.

Depuis mon arrivée en exil en France en 2000, chaque 5 juillet, date anniversaire de notre indépendance, hautement symbolique pour le peuple algérien, est l’occasion de nouvelles nominations de criminels de guerre à des grades supérieurs. À chaque fois, je ressens avec une très grande tristesse le mépris total à l’intelligence des Algériens et l’indifférence de l’élite face à ces nominations indécentes. Comment honorer l’Algérie le jour de l’anniversaire de son indépendance avec la nomination de généraux comme le sanguinaire M’henna Djebbar, commandant du CTRI de Blida de 1990 à 2003 ?

Le général-major M’henna Djebbar

C’est une insulte à la mémoire des hommes qui ont rendu possible le miracle du 1er novembre 1954, une injure à la mémoire des victimes de la sale guerre. J’ai connu bien des militaires honnêtes qui ont été arrêtés et transférés dans le sinistre centre de Djebbar, où ils ont été coupés en morceaux. J’ai aussi connu des hommes à lui qui, après avoir torturé de vieux Algériens, leur demandaient : « Qui torture mieux ? Nous ou l’armée française ? » Dans ce centre de torture, on recrutait même des violeurs pour y pratiquer leur « sport » favori et qui, après avoir commis leur macabre travail, brûlaient leur victime avec du plastique en fusion.

Un homme qui était en prison avec moi, un lieutenant accusé de désertion devant l’ennemi dont je ne donne que le prénom, Brahim, m’a raconté son séjour au CTRI de Blida : « Je reçois un coup, deux, trois coups. Ma tête résonne sous les chocs, je ne sens plus mon visage et ma vision est de plus en plus trouble. Mes arcades triplent de volume et suintent de sang. Les coups ne s’arrêtent pas, mais ils sont assez espacés pour que je ne perde pas connaissance. Un poing percute ma bouche, mes lèvres éclatent dans une éclaboussure de sang, deux dents se déchaussent aux deux coups suivants. Au troisième, une autre vole dans les airs. Du sang coule dans ma bouche, se mélangeant à ma salive, je crache mais le sang ne cesse de couler, il s’insinue dans ma gorge, m’empêchant peu à peu de respirer. Je tousse pour me dégager la gorge, mais la technique de mon tortionnaire est de m’étouffer avec ses deux mains pour que je ne puisse pas respirer. L’averse de coups cesse pour un moment. Ils s’écartent un peu pour que je ne m’étouffe pas, car la torture ne fait que commencer… Au fil des jours de bastonnade, mon cœur s’affaiblit, ses pulsations sont de plus en plus espacées, les coups et l’étouffement ont fini par avoir raison de moi. Je n’étais plus qu’une chose enfermée dans une carcasse inutilisable, il m’était presque impossible d’esquisser un mouvement. Ils n’ont obtenu de moi aucune information, tout simplement parce que je n’en avais pas. À la fin, ils ont sectionné mon sexe et m’ont laissé là, gisant contre le sol froid et collant de mon sang. J’ai perdu mon honneur et ils ne m’ont pas achevé. »

Même si des milliers d’autres hommes, pour la plupart des civils, ont été « achevés » au CTRI de Blida, on ne manque pas hélas de nombreux témoignages atroces du même ordre, fournis par des survivants de ce centre (et de nombreux autres du DRS) à des organisations de défense des droits de l’homme, qui ont contribué à reconstituer les mécanismes de la terrible « machine de mort » des généraux « éradicateurs » [Voir notamment : Algeria-Watch et Salah-Eddine Sidhoum, Algérie : la machine de mort, <www.algeria-watch.org>, octobre 2003 ; et François Gèze et Jeanne Kervyn, L’Organisation des forces de répression, Comité Justice pour l’Algérie, <www.algerie-tpp.org>, septembre 2004]. Mais tandis qu’étaient ainsi dénoncés ces criminels de guerre avérés, la « république » les récompensait. M’henna Djebbar est ainsi devenu général le 5 juillet 2005, au moment où il a été nommé à la tête de la DCSA (Direction centrale de la sécurité de l’armée), l’une des principales branches du DRS. Et, le 5 juillet 2010, il a été promu au grade de général-major – tout en conservant son poste à la DCSA, qu’il dirige toujours aujourd’hui.

C’était la consécration pour ce « théoricien de la mort et fin praticien de la torture » comme l’a justement qualifié le « Mouvement algérien des officiers libres » (MAOL), dans une notice biographique de ce criminel, où l’on peut lire notamment : « Personnage dépourvu de tout sens moral, assoiffé de pouvoir, il inculqua à ses hommes cette insensibilité qui faisait d’eux des robots sans pitié, capables de tuer et massacrer sans état d’âme. Les éléments sous son autorité se comportaient comme des monstres barbares. […] Le colonel Djebbar poussait le cynisme jusqu’à recommander au chef de la gendarmerie de Blida, le commandant Abdaoui Abdelhafid, de ne pas récupérer les cadavres tôt le matin afin que les citoyens puissent lire les messages de terreur laissés sur le corps des victimes. Cette méthode de conditionnement par la terreur fut un moyen efficace pour domestiquer la population et la forcer à la soumission. Cet acharnement avait un impact sur les jeunes islamistes qui, acculés, se sont précipités vers les maquis et sont ainsi tombés dans le piège tendu par les chefs du DRS. […] Le CTRI de Blida avait tout au long de la sale guerre, approvisionné les maquis intégristes en armement, munitions et équipements (jumelles, boussoles, talkies-walkies…), qu’ils soient du GIA ou de l’AIS. Cette dernière organisation fut immédiatement infiltrée, ce qui incita le général [Smaïl] Lamari à planifier la “guerre” GIA-AIS-Patriotes afin que les Algériens s’entre-tuent sans réaliser qu’ils étaient manipulés par un pôle unique, à savoir le DRS. Le CTRI s’est occupé aussi de la prise en charge sanitaire des éléments blessés aux combats. La plupart des émirs de l’AIS […] ont tous transité par le centre de Blida [MAOL, « Le pouvoir algérien récompense les officiers criminels de la sale guerre », <www.anp.org>, 29 juillet 2005]. »

Le général-major Athmane Tartag

L’un des autres grands centres de répression qui fut au cœur de la sale guerre a été le Centre principal militaire d’investigation (CPMI) de Ben-Aknoun, à Alger, un organe du DRS relevant de la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA). D’août 1990 à mars 2001, il a été dirigé par le colonel Athmane Tartag, dit « Bachir ». La torture ne jure que par son nom et il a été l’un des artisans les plus zélés de l’horreur en Algérie. En juillet 2003, l’exécutant des basses besognes est devenu général par décret présidentiel, puis, en juillet 2011, général-major, avant (du moins officiellement) de partir en retraite. Il en a été rappelé en décembre 2011 pour être nommé à la tête de la Direction de la sécurité intérieure du DRS (DSI, qui a remplacé la DCE), en remplacement du général Abdelkader Kherfi, dit « Ahmed » (lequel avait lui-même remplacé à ce poste le général Smaïl Lamari, après son décès en 2007). Le général-major Mohamed « Toufik » Médiène, sait en effet que, pour lui, le compte à rebours est amorcé et c’est pourquoi il a cherché à verrouiller sa succession en faisant appel à Tartag – car celui qui contrôle la DSI contrôle le DRS et donc contrôle l’Algérie. Avec les généraux M’henna Djebbar à la DCSA et Rachid Lallali à la DDSE, l’arrivée de Tartag confirme que les hommes de « Toufik » contrôlent bien la tête du DRS.

Dans les années 1990, le colonel Tartag et ses escadrons de la mort ont tout fait. Ils sont devenus les spécialistes des expéditions punitives en enlevant, torturant et exécutant des membres de familles d’islamistes dans les quartiers populaires (Bab-el-Oued, Les Eucalyptus, la Casbah…). Tous les officiers de l’armée le savaient – je le savais aussi –, les commandos de Tartag utilisaient les armes de la terreur pour avoir des informations. Homme des basses manœuvres du général Smaïl Lamari, Tartag est notamment le responsable de l’assassinat du général Saïdi Fodil, qui avait été écarté par le clan Belkheir-Toufik en juillet 1994 de la tête du renseignement extérieur, puis liquidé par ce même clan par les barbouzes de Tartag dans un prétendu accident de voiture alors qu’il était commandant de la 4e région militaire (Ouargla) [Voir notamment Mohammed Samraoui, Chronique des années de sang. Algérie : comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes, Denoël, Paris, 2003, p. 277 sq.].

Lui et ses hommes sont aussi impliqués dans l’affaire des gendarmes français assassinés le 3 août 1994, quand les chefs du DRS multipliaient les provocations « attribuées aux islamistes » pour obtenir le soutien de Paris. Dans cette opération, le commando a abattu trois gendarmes et deux employés français de la cité Aïn-Allah de Dely Ibrahim, au sud-ouest d’Alger. Jamais aucune enquête indépendante n’a vu le jour depuis, alors que toutes les informations disponibles mettent en cause le général-major Athmane Tartag.

Le général-major Kamel Abderrahmane

Le général Kamel Abderrahmane, issu de l’armée de terre, a été promu le 5 octobre 1988 par le général Khaled Nezzar, puis muté au DRS, après avoir sauvé un char touché par un cocktail Molotov. Il a été le chef de la Direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA) de septembre 1990 à juin 1996 (remplacé à cette date par le général Mohamed Zeghloul), puis patron de la 2e région militaire (Oran) de 1996 à août 2004 et, ensuite, de la 5e région militaire (Constantine) jusqu’en mai 2005.

Après avoir organisé les pires exactions quand il dirigeait la DCSA, Kamel Abderrahmane a été mis en cause pour son rôle présumé dans l’organisation, quand il commandait la 2e région militaire, du trafic de drogue (cannabis marocain, notamment). Nous savions tous dans l’armée que le trafic de drogue à l’intérieur de l’armée et dans toute l’Algérie était couvert par des corps constitués qui fermaient les yeux en échange du bon déroulement des opérations militaires. Mais après la reddition à Blida, en juillet 2006, du « baron » Ahmed Zendjabil, le « Pablo Escobar algérien », l’Algérie apprendra avec stupeur que ce trafic servait aussi à financer le terrorisme « islamiste » contrôlé par le DRS. C’est ce que laisseront entendre, à mots couverts, plusieurs journalistes « sécuritaires », probablement suite à un conflit au sein des clans du pouvoir. Le commandement militaire a placé Zendjabil dans une prison secrète du DRS, parce qu’il détenait des secrets sur l’implication directe des services de renseignements comme commanditaires du terrorisme qui a ensanglanté l’Algérie. Et parce qu’il servait d’agent de liaison avec des groupes terroristes pour les financer et leur livrer armes et munitions transitant par le Maroc, sous le regard bienveillant du DRS.

Le général-major Mohamed Tlemçani

Le général-major Mohamed Tlemçani est sans doute l’un des pires officiers que j’ai connus avant et pendant la sale guerre. Je l’ai connu en 1992, à l’École d’application des troupes spéciales (EATS) de Biskra (voir chapitre 4). J’étais alors sous-lieutenant, fraîchement sorti de l’Académie militaire de Cherchell, et il était commandant chef d’état-major de cette école. Dès le départ, ma rencontre avec lui a été électrique, à cause de problèmes d’organisation militaire (indiscipline qui régnait dans l’école, manque de nourriture pour les élèves stagiaires hommes de troupe et sous-officiers, détérioration de certains équipements militaires et autres). Il était l’un des hommes des généraux Khaled Nezzar et Mohamed Lamari, puisque Nezzar a été le premier commandant de l’EATS et ensuite parce que Mohamed Tlemçani a été aussi engagé avec son unité dans la répression des manifestations d’octobre 1988 a Alger. Une fois installé en 1993 comme commandant du 4e régiment de parachutistes (4e RPC) à Meftah, dans la grande banlieue d’Alger, le commandant Tlemçani n’hésita pas commettre les crimes les plus barbares avec les officiers qui ont été en service avec lui de 1993 à 1998.

Dès 1993, cet officier sanguinaire se vantait d’être la « clé du problème », parce que le général Mohamed Lamari comptait sur lui et son 4e RPC pour régler le « problème des islamistes » dans l’Algérois. Avec son unité, il a commencé les opérations commandos dans la région de Meftah à Boufarik, en passant par Tablat, Blida, Larbaa, etc. Intégrés au 4e RPC, certains lieutenants et sous-lieutenants de ma promotion, qui sont certainement colonels aujourd’hui, m’ont alors raconté les pires crimes exécutés par ce régiment contre la population civile. Les méthodes étaient d’ailleurs calquées d’un secteur à l’autre : le 4e RPC a commis les mêmes exactions que toutes les unités opérationnelles tout au long de la sale guerre, dont l’ampleur variait simplement selon le degré de criminalité de leur chef. Au sein de ces unités, ont ainsi été créées des « sections spéciales » qui travaillaient en dehors de leur cadre d’action normal, en fait de véritables « escadrons de la mort ». Le palmarès du commandant Tlemçani est à cet égard des plus étoffés.

Dans la Mitidja, à Sidi-Moussa, Bougara ou Tablat, les opérations de ses sections spéciales se terminaient toujours par l’exécution extrajudiciaire des personnes arrêtées. Ce déchaînement de violence a poussé nombre de jeunes à monter dans les maquis de la région et à se radicaliser encore plus. Dans la région de Sidi-Moussa, les viols de certaines filles, parce qu’elles avaient un frère ou un père au maquis, a montré l’atrocité de certains officiers. À partir de 1993, la notion de « butin de guerre » avait ainsi pris tout son sens, poussant les villageois à l’exode.

La liste des crimes contre des innocents commis à l’époque par le commandant Tlemçani et ses hommes est interminable. Je tiens seulement à rappeler qu’il a été l’un des premiers chefs des régiments des forces spéciales à avoir ordonné aux soldats de ses « sections spéciales » de se déguiser en islamistes et à les envoyer, surtout la nuit, dans les villages et hameaux pour frapper aux portes de pauvres villageois innocents, avant de les exécuter. L’objectif était double : terroriser la population et lui faire croire que les responsables de cette terreur étaient des « terroristes islamistes ». C’est ainsi que des unités régulières de notre armée ont constitué une structure paramilitaire chargée des exécutions sommaires de suspects. Il est essentiel de souligner que ce type d’opération était toujours sollicité par le haut commandement, tout simplement parce qu’un commandant d’unité ne pouvait prendre le risque d’envoyer dans la nature, de son propre chef, une petite unité composée de maximum trente-cinq hommes. C’est par conséquent en toute connaissance de cause que les généraux Khaled Nezzar, Mohamed Lamari et Brahim Fodhil Chérif ont alors accordé leur feu vert au commandant Mohamed Tlemçani pour accomplir de telles « missions », parfaitement étrangères à l’honneur militaire.

Aujourd’hui, la récompense de ce criminel est devant nos yeux : en 2003, il a été promu par décret présidentiel au grade de général et nommé chef d’état-major de la 5e région militaire (Constantine) ; puis, le 4 mai 2005, chef d’état-major de la 4e région militaire (Ouargla). Le 5 juillet 2010, il est devenu général-major et a été nommé chef d’état-major de la 2e région militaire (Oran), poste qu’il occupe toujours à ce jour.

Le général-major Kadour Bendjemil

Nommé le 5 mai 2005 chef d’état-major du Commandement des forces terrestres (CFT), le général-major Kadour Bendjemil n’est pas le moindre de tous ces généraux criminels promus à la tête de l’ANP dans les années 2000. Dans l’Algérie militarisée d’aujourd’hui, ce poste est devenu une rampe de lancement pour les fonctions les plus élevées de l’institution militaire : ceux qui l’ont occupé ont souvent ensuite été propulsés au poste de ministre de la Défense – comme ce fut le cas pour le général Liamine Zéroual en 1989 et pour le général Khaled Nezzar en 1990 –, ou bien de chef d’état-major de l’armée – comme pour le général-major Mohamed Lamari en 1992 ou Gaïd Salah en 1993 [« Bouteflika, hier, au ministère de la Défense : 14 nouveaux généraux-majors », El Watan, 6 juillet 2010].

Ma première rencontre avec Kadour Bendjemil fut dans le mess des officiers à Lakhdaria en 1994, où il était arrivé de l’école de guerre de Russie fin 1993 comme chef d’état-major de la 1re division blindée et chef d’état-major du secteur opérationnel de Bouira (en remplacement du général Saïd Chengriha, voir chapitre 7). Depuis son arrivée au commandement, cet artilleur originaire d’Annaba n’a cessé de se mouler dans le personnage militaire d’un homme qui ne recule devant rien. À l’époque, sa rage purificatrice n’a épargné personne dans son secteur d’intervention de Bouira (le « SOB »). Il a alors constitué une sorte de garde prétorienne composée de quelques officiers et sous-officiers de l’ANP et du DRS pour, d’après ses dires, « rétablir l’ordre » : au hasard des rafles qui avaient lieu, le jour dans les rues, la nuit dans les maisons, de jeunes Algériens étaient entassés dans des fourgons banalisés, enchaînés pour terroriser la foule et montrer comment l’armée traitait ses ennemis. Et beaucoup de soldats, de sous-officiers et d’officiers ont également perdu la vie à cause de la fameuse règle militaire selon laquelle le chef a toujours raison, même s’il a tort.

Je me souviens de la passation de consignes du général Saïd Chengriha au colonel Bendjemil, quand il a visité la villa COPAWI (voir chapitre 6). À la demande les officiers présents sur place, il a visité les cellules où étaient entassées des dizaines de personnes enlevées ou arrêtées. Alors il s’est retourné vers Chengriha et lui a dit : « Alors, mon général, on les signale dans la passation de consignes ? » Par ce sinistre « trait d’humour », il signifiait en fait que ces prisonniers « clandestins » n’avaient pas à figurer dans les documents de passation des consignes sur l’état du matériel, des armements, etc. Voilà la réalité toute crue des chefs d’hier et d’aujourd’hui de l’ANP.

Le général-major Saïd Bey

Le général-major Saïd Bey est l’un des plus anciens généraux-majors de l’ANP. Après avoir dirigé la 12e division d’infanterie mécanisée stationnée à Djelfa, il a été l’un des chefs du Centre de commandement de la lutte antisubversive de 1993 à mai 1994, date à laquelle il a été nommé par le général-major Khaled Nezzar à la tête de la 1re région militaire (Blida). Poste qu’il a occupé jusqu’en septembre 1997, dans la période où eurent lieu les pires crimes contre l’humanité dans l’Algérois, dont les grands massacres de 1996-1997. Le président Liamine Zéroual, qui le soupçonnait de complicité avec les GIA dans ces massacres, ordonna sa mise en retraite. Après le départ de Zéroual, le clan Lamari-Toufik le désigna comme attaché militaire à Bruxelles. Il fut ensuite nommé, en février 2000, commandant de la 5e région militaire (Constantine), puis, en juillet 2004, de la 2e région militaire (Oran) – poste qu’il occupe toujours à ce jour, sans jamais avoir été inquiété pour sa responsabilité directe dans les massacres de 1997.

Alors que ceux-ci sont souvent survenus à proximité des casernes, dont les soldats entendaient les cris et les appels au secours des victimes, ils ne sont jamais intervenus ; pire encore, les rares survivants ayant réussi à arriver aux portes des cantonnements militaires pour demander protection étaient refoulés par les officiers. On apprendra plus tard qu’à la veille des massacres, en août 1997, le général-major Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’armée, avait donné aux troupes de la 1re région militaire, commandée par le général Saïd Bey, l’ordre formel de ne pas intervenir [Voir Nesroulah Yous (avec la coll. de Salima Mellah), Qui a tué à Bentalha ? Algérie, chronique d’un massacre annoncé, La Découverte, Paris, 2000 ; et Salima Mellah, Les Massacres en Algérie, 1992-2004, Comité justice pour l’Algérie, <www.algerie-tpp.org>, mai 2004]…

Le général-major Amar Athamnia (et les autres)

Le général-major Amar Athamnia, dont j’ai relaté certains des crimes atroces qu’il a commis quand il était à la tête (de 1993 à 1997) du tristement célèbre 12e RPC, le « régiment des assassins » (chapitre 7), a été nommé le 5 mai 2005 commandant de la 6e région militaire (Tamanrasset), poste qu’il occupe toujours aujourd’hui. En 2011, la presse algérienne a rapporté qu’il était l’un des trois généraux « aguerris dans la lutte contre les GIA et l’AIS », chargé par le commandement de l’armée d’accompagner une délégation américaine en tournée le long de la frontière algéro-libyenne. Avec la nouvelle donne créée en 2011 sur les frontières est de l’Algérie par la révolution tunisienne et la guerre en Libye, le commandement a en effet confié à trois généraux-majors dont le comportement lors de la sale guerre fut particulièrement sanguinaire le commandement des régions militaires frontalières : outre Amar Athamnia toujours à la tête de la 6e région, Abderrezak El-Chérif (un autre parachutiste) a pris celle de la 4e région (Ouargla) en 2006 et le général Ben Ali Ben Ali (qui était lui aussi commandant en 1993) celle de la 5e région (Constantine) en mai 2005.

La liste est ainsi longue des officiers criminels qui dirigent en 2012 l’armée algérienne. Je pourrais en citer bien d’autres, mais je n’évoquerai, pour compléter cette liste très partielle, que les promotions dont ont bénéficié ceux que j’ai connus et dont j’ai relaté, pour certains d’entre eux, les sinistres « exploits » dans ce livre :

– le général-major Nourredine Hambli, chef d’état-major de la 5e région militaire, ex-commandant du 25e régiment de reconnaissance, a été l’un des premiers officiers chargés par le général Khaled Nezzar de la répression d’octobre 1988 à Alger ;

– le général Hassan Alaymia, ex-commandant du 18e RPC, a été directeur de l’EATS de Biskra et promu général en juillet 2010 ;

– le général-major Saïd Chengriha, actuellement commandant de la 3e région militaire (Béchar), a assuré le commandement en second du « secteur opérationnel de Bouira » en 1993 et 1994 ; puis il a dirigé le secteur opérationnel de l’ouest algérois (COWAL), à Sidi Bel-Abbès ;

– le commandant Abdelkader Benzekhroufa, ex-commandant du 11e régiment d’infanterie mécanisée (RIM), a été promu général le 5 juillet 2008 et nommé chef d’état-major de la 5e région militaire (Constantine) ;

– le commandant Rachid Saoudi, qui a commandé le 1er RPC (créé en 1995), a été nommé général en juillet 2008 et il est actuellement au service des Américains dans le sud du Sahara, avec deux autres unités également créées en 1995 (le 5e RAP et le 10e BPM) ;

– le commandant Abed Litim, général depuis juillet 2010, a été capitaine au 12e RPC ; il fait partie des officiers sur lesquels compte le général-major Athamnia.

Le devoir de témoignage

C’est une grande responsabilité qui m’échoit pour écrire les dernières lignes de cette postface, vingt ans après le début de la sale guerre qu’une poignée d’assassins, avec tous leurs complices avides de pouvoir et d’argent, a déchaîné contre le peuple algérien. Ce n’est pas de gaité de cœur que j’ai écrit ce livre, pour mettre en cause un régime criminel qui gouverne un pays parmi les plus misérables du monde, alors qu’il est si riche ! Trop de souvenirs, durant ces plus de vingt années de luttes incessantes, pèsent dans ma mémoire. Trop de voix dans mes souvenirs. Trop de témoignages accablants se sont entassés jusqu’au plus profond de mon être pour que la satisfaction d’avoir porté, devant l’humanité tout entière, l’accusation d’un régime qui ne s’est appuyé que sur la terreur et le crime, puisse me réjouir.

Onze ans après avoir écrit ce livre, ce devoir de témoignage reste toujours pour moi quelque chose de pathétique et grave. Il s’agit de dénoncer des crimes contre l’humanité, il s’agit de parler du massacre de dizaines de milliers de personnes, il s’agit de dire les tortures, les viles liquidations d’êtres qui, pour nombre d’entre eux, n’ont eu pour seul tort que de vouloir la démocratie pour notre pays. Je sais qu’il est de mon devoir de tenter de traduire ce que l’immense majorité des habitants de ma terre natale, encore bâillonnée, attend d’être reconnu, afin que justice soit faite. J’espère être à la hauteur de cette tâche. J’espère que les orphelins des victimes sauront que j’ai fait mon devoir pour rétablir la vérité sur les vrais responsables.

J’espère qu’un jour la vérité sera entière, parce que je sais aussi que mon témoignage ne reflète qu’une infime partie du drame algérien.

En tant que citoyen algérien qui a servi son pays pendant de nombreuses années et qui a toujours respecté et défendu sa Constitution comme un devoir patriotique, j’ose espérer que cette question a déjà traversé l’esprit des lecteurs : pourquoi somme-nous tenus de croire à la version d’un régime qui utilise la torture comme arme de guerre, sans jamais entendre la victime ? Quand j’observe la naïveté de certains de mes concitoyens quant au « terrorisme » absurde qu’a fabriqué le DRS, cela me fait réaliser que la peur est la plus formidable des armes à la disposition de toute dictature pour défendre ses intérêts occultes. Et je reste convaincu que, si ces généraux passent un jour devant un tribunal impartial, il n’y a aucun doute qu’ils seront condamnés pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Publié par Algeria-Watch, 11 janvier 2012.

Publié dans Les luttes de classes en Algérie | Commentaires fermés sur [Algérie] Déjà vingt ans de terrorisme d’État : DRS dégage !

[De Clermont à Lyon] Auto-organisation ou encadrement ?

Samedi 14 janvier, étaient organisées une marche à Clermont pour Wissam, par le Collectif Justice et Vérité pour Wissam, et une manifestation antifasciste à Lyon, contre celle des Jeunesses Nationalistes, organisée par le Collectif de Vigilance Antifasciste 69.

Nous avions décidé de nous séparer en deux groupes. Samedi donc, branle-bas de combat au local dès le matin. Tracts et pétitions pour Wissam mais aussi drapeaux, journaux et tracts pour Lyon (cortège libertaire sur place). Pour Clermont, rien du tout, à part nous-mêmes, car on n’est pas les Verts ou le NPA, la collecte des voix ne nous intéresse pas.

Arrivé-e-s à Lyon vers 13h30, nous nous rendons à l’endroit du départ, où CGA, OCL, Voraces et nos ami-e-s de la CNT « Vignoles » se mettent en place… À côté, le Front de Gauche se prépare aussi. Un vieil anarchiste gueule que nous n’avons rien à faire à côté des Mélanchonistes (nationalistes aussi), qu’on a pas besoin d’elleux, qu’illes ont finalement pas grand chose à faire là… mais un paquet de libertaires le regardent bizarrement. Un militant CGA nous file leur mégaphone, nous parlons vite fait de Wissam, les premières pétitions tournent… ainsi que les premières prises de bec avec le FdG qui nous explique que la police est d’essence républicaine et qu’un bon gouvernement, c’est une bonne police… La manif débute, nos tracts du communiqué pour Wissam partent vite. Environ 1500 personnes, un cortège libertaire assez rempli. Plein de non-encarté-e-s… Les marxistes-léninistes, les trotskistes et les syndicalistes (Vignoles aussi) font les gros bras au SO, avec des brassards rouges. Comme l’impression que certain-e-s ont des pratiques plus que limites pour une manif antifasciste. Vers la fin de la manif, une centaine de personnes s’en prennent aux CRS, cachés derrière une barricade, les jets de projectiles divers se multiplient… ce qui a pour réaction d’énerver la police derrière la manif, la BAC sur le trottoir… et le SO. Au milieu du cortège, nous entonnons « Stop bavures à Clermont-Ferrand, Wissam est mort sous les coups de la police » devant des regards parfois interloqués. Mais ça a permis aussi d’entamer des discussions, avec des jeunes, des non-encarté-e-s, présent-e-s non pas pour une quelconque orga mais pour montrer leur rejet total du fascisme et de l’État. Une manif tranquille, bien encadrée. Quelques anarchistes partiront dégoûté-e-s. On aura au moins appris que le PS, les
Verts, la CGT (souvenons-nous du délogement des sans-papiers des Bourses du Travail de Paris…) ou le FdG sont « antifascistes » (première nouvelle) et peuvent manifester tranquilement au milieu de révolutionnaires pourtant en nombre. Des partenaires, à la limite (plusieurs anars lyonnais-es sont à la CGT…). À la fin, on nous prête un mégaphone pour parler de Wissam. À peine on débute, la sono CGT et son camion nous recouvrent… Un compagnon CGA va les voir pour leur dire que c’est pas très sympa… La CGT finit son discours et on peut enfin se faire entendre (on a refusé d’aller parler du camion CGT malgré les propositions…). On lit le communiqué du CJV pour Wissam. On fait signer des pétitions… Fin de la manif… L’anarchiste du début s’en prend à la CNT « Vignoles », accusée de collaborer avec le PS, le PCF et compagnie, d’encadrer celleux qui veulent en découdre avec l’État… « Il a bu, il pense pas ce qu’il dit »… Bref, une unité plus que large pour une manif tranquille. La chose qui nous a fait dire qu’on était pas monté-e-s pour rien, c’est les pétitions pour Wissam…

Place du 1er mai à Clermont-Ferrand, nous arrivons un peu avant l’heure prévue, les insurgé-e-s du quartier de la Gauthière distribuaient déjà, gratuitement, t-shirts « Personne au dessus des lois », mais aussi beaucoup d’autocollants divers tels « Pas de justice pas de paix » et autres slogans radicaux. On nous confirme que la manifestation du Bloc Identitaire en soutien à la police (!) a été annulée (ou comment l’État fabrique des martyrs et victimes bien utiles en ces temps troublés…) et semble être repoussée à samedi prochain… À 14h15, nous estimons que 2000 personnes partent en direction de la préfecture, derrière une grande banderole « Justice et Vérité pour Wissam » scandant les slogans des autocs’. Comme à leur habitude, depuis une semaine, les insurgé-e-s du collectif sont très réactifs-ives, la spontanéité est de mise, et montre une nouvelle fois son efficacité (cf. article « Stop Bavures »). Résultant du refus de ces derniers que le SO soit assuré par la police, ils ont imposé le leur, plus que courtois, correct, spontanément anti-autoritaire, en harmonie avec les manifestant-e-s dont ils font partie (paroles d’anars !!). D’autres banderoles agrémentent le cortège, telles « Pas de Justice, pas de Paix », « Nous sommes tous Wissam »… Dans le cortège grossissant, un mélange métissé, une solidarité inhabituelle se créait entre groupes qui ne se côtoient malheureusement que rarement (« jeunes des quartiers », familles, punks, skinheads antifascistes…), bref aucune animosité, bien au contraire. Une leçon de Résistance Populaire et Autonome !! Contrairement à Lyon, on a pu voir un politicien tenter vainement de calmer l’ardeur « Pas de Justice pas de Paix » d’un manifestant membre du SO… Arrivé-e-s à la pref, nous sommes environ 3500 sous l’émotion des discours de l’entourage de Wissam (un de ses frères rappelle qu’il y a pire que les assassins, ceux qui les couvrent…). Les flics, quant à eux, se sont tenu-e-s à distance, peut-être géné-e-s par les nombreux « Police assassin »… Devant la pref, les deux tiers des manifestant-e-s hurlant à plein poumons « Police assassin », ça secoue les tripes… (pour comparaison à Lyon, le même slogan fut entamé par une infime minorité de manifestants… et le pire, pas repris par les anarchistes officiel-le-s…). Un jeune du collectif, a conclu son discours par ces mots « On lâchera pas, pas de politique, pas de récupération » (ce qui confirme que le « politique » est pour les politicien-ne-s…). La manif se dispersera tranquillement, et 500 à 600 personnes rentreront au quartier en criant « Police assassin » derrière la banderole « Pas de Justice pas de Paix ».

De retour au local, de Lyon ou de Clermont, deux sentiments totalement opposés. Celleux rentrant de Lyon dégoûté-e-s, celleux de Clermont avec beaucoup d’émoi, d’espoir, emerveillé-e-s par une telle solidarité massive et spontanée. La sensation commune de la réconciliation d’une classe en lutte. Finalement, les anarchistes devraient passer à la Gauthière pour voir en parole et en acte l’auto-organisation, et la Résistance Populaire et Autonome spontanées. Une leçon…

Des militants de la CNT-AIT 63, 16 janvier 2012.

Publié dans Antifascisme, Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec , , , | 5 commentaires

[Clermont-Ferrand] Comment les deux policiers de la brigade canine ont tué Wissam El-Yamni

Wissam El-Yamni : les ombres de la dernière heure

Récit. Les témoignages restent incomplets sur l’interpellation du jeune chauffeur-routier de Clermont, qui est mort après neuf jours de coma.

La vie de Wissam El-Yamni, 30 ans, chauffeur-routier à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), a basculé le soir du 31 décembre, entre 3h15 et 3h55 du matin. Entre l’instant où il a jeté une pierre sur une voiture de police et celui où les médecins du Samu ont déclaré son pronostic vital engagé suite à un arrêt cardiaque « prolongé ».

Il est un peu plus de 3 heures du matin, la nuit du réveillon, lorsque la première voiture de police arrive sur le parking du centre commercial de la Gauthière, quartier populaire au nord de Clermont-Ferrand. Les policiers disent avoir été alertés par un appel signalant un corps inanimé sur la voie publique. Sur le parking, il n’y a qu’une brochette de garçons du quartier, entre 20 et 30 ans, qui fêtent le nouvel an, assis sur un banc. Le véhicule de pompiers dépêché parallèlement est renvoyé à la caserne. Les policiers expliqueront plus tard aux enquêteurs avoir eu le sentiment de tomber dans un guet-apens. Le procureur de la République de Clermont-Ferrand renforcera cette version en disant que le coup de fil aux secours avait été passé depuis le portable de Wissam El-Yamni. Les copains de Wissam démentent. Et disent eux avoir eu l’impression que les policiers viennent leur chercher des histoires. « Toute la soirée, ils n’avaient pas arrêté de tourner autour de nous », raconte Marwan, un ami d’enfance de Wissam El-Yamni présent ce soir-là.

Le ton est monté. Wissam El-Yamni se lève et jette une pierre sur la voiture des policiers. Plusieurs véhicules de police arrivent aussitôt en renfort. Dont la Ford Mondeo blanche de la brigade canine. Selon les policiers, Wissam El-Yamni aurait jeté une deuxième pierre avant de s’enfuir en courant derrière un ensemble d’immeubles en cours de destruction, situés à moins de cent mètres de là. La suite est plus confuse.

Chien lâché. À partir de cet instant, entre les policiers, les copains de Wissam El-Yamni et les voisins qui ont assisté à la scène depuis leur fenêtre, aucun ne décrit le même déroulement. Tous ont témoigné depuis devant l’IGPN (Inspection générale de la police nationale la « police des polices »), dépêchée dès le surlendemain des faits. Selon les policiers, les deux agents de la brigade canine auraient commencé la course-poursuite en voiture, avant de continuer à pied en lâchant un chien.

C’est le chien qui aurait fait tomber à terre Wissam El-Yamni par des coups de museau. L’un des policiers l’aurait ensuite maintenu au sol pour le menotter, pendant que l’autre remettait le chien dans le coffre. Les policiers évoquent un individu particulièrement agité, excité et difficile à maîtriser. Selon des voisins qui ont assisté à la scène depuis le dernier étage de l’immeuble jouxtant les lieux, et notamment deux femmes qui fumaient à ce moment-là une cigarette à la fenêtre, Wissam El-Yamni serait sorti en courant d’une voiture « blanche de style familial » et aurait été rattrappé aussitôt par deux hommes en civil qui l’ont « plaqué au sol ».

Les deux femmes décrivent une scène de tabassage, avec des coups de pied au dos et au thorax, puis des coups de poing au visage. Selon elles, les deux hommes l’ont ensuite soulevé et mis dans le véhicule avant de repartir. Elles sont incapables de dire s’il était à ce moment-là conscient ou inconscient. Les amis de Wissam n’arrivent qu’après l’interpellation. Plusieurs d’entre eux décrivent des policiers qui « fument à côté de leur voiture » et « ont mis de la musique fort depuis leurs voitures ». Les voisines n’ont rien vu de cette scène. La suite se déroule durant le transfert de Wissam El-Yamni au commissariat de la rue Pélissier, à moins de trois kilomètres. Sans témoins. À son arrivée, aucun PV de notification de garde à vue n’est rédigé. Une femme policière donnera l’alerte à 3h40, s’inquiétant de la présence d’un homme inanimé dans un couloir du commissariat, face contre terre, menotté dans le dos. L’équipe du Samu emmène Wissam El-Yamni à l’hôpital d’Estaing dans un état grave. Sa femme ne sera prévenue que le lendemain. Il décédera neuf jours plus tard sans avoir quitté le coma.

Visage tuméfié. Le premier certificat médical atteste de plusieurs traces de violences « récentes », sur le visage, le cou et le thorax. Des photos prises le lendemain par la famille montrent un visage tuméfié, mais, surtout, un hématome sur un côté du cou et une longue trace rouge de l’autre côté. Jean-François Canis, l’un des avocats de la famille El-Yamni, attend désormais les résultats de l’autopsie pour connaître les causes du décès. Il s’interroge : « Les traces de violences semblent peu compatibles avec des techniques policières normales. Cette interpellation, c’est une certitude, ne s’est pas déroulée normalement. »

Une information judiciaire a été ouverte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Elle vise deux « dépositaires de la force publique », les deux policiers de la brigade canine qui ont emmené Wissam El-Yamni au commissariat. Vendredi, par la voix de leurs avocats, les policiers ont fait savoir qu’ils démentaient tout violence.

Leur presse (Alice Géraud – envoyée spéciale, Liberation.fr), 14 janvier 2012.

Publié dans Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Clermont-Ferrand] Comment les deux policiers de la brigade canine ont tué Wissam El-Yamni

[Bruxelles antipub] « Une multitude de groupes autonomes… »

Panneaux publicitaires détruits : acte militant ou vandalisme ?

Le phénomène de destruction des panneaux publicitaires concerne toutes les communes bruxelloises. La société ClearChannel qui possède une part du marché, dénombre 58 panneaux fracturés au cours des trois derniers mois.

Des banderoles rouges et blanches, pour marquer la présence d’un panneau publicitaire vandalisé. Un acte qui se répète à travers Bruxelles et ses différentes communes, et que reconnaissent les deux grandes sociétés propriétaires des structures : ClearChannel et JC Decaux. Le second se refuse à comptabiliser, mais ClearChannel évoque 58 vitres brisées au cours des trois derniers mois.

On pointe du doigt les anti-pubs, qui préfèrent rester anonymes : « Il existe à Bruxelles et dans d’autres grandes villes, une multitude de groupes autonomes, qui choisissent chacun leur moyen d’action, qui va du plus répréhensible, comme la casse, au détournement des publicités. On attaque dans tous les sens, et toute l’année, mais il y a des périodes plus propices, comme Noël ou la Saint Valentin, qui sont récupérées. Ce sont des périodes porteuses de valeurs morales et sociétales, qui n’ont rien avoir avec la publicité. »

Pour la société JC Decaux, c’est un acte de vandalisme, qu’il faut réparer. Les panneaux sont en train d’être remplacés et une plainte a été déposée.

Leur presse (RTBF.be), 16 janvier 2012.

Publié dans Antipub | Marqué avec | Commentaires fermés sur [Bruxelles antipub] « Une multitude de groupes autonomes… »

[Walbrzych (Pologne)] Grève des loyers et grève des mères

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326735163.jpgLe film-documentaire La Grève des mères expose une lutte de femmes dans une « zone économique spéciale » (SEZ) de Pologne, des femmes en grève de loyer, des ouvrières qui refusent de porter le double fardeau du salaire et du travail reproductif. Ça se passe à Walbrzych en 2010.

« La grève des mères » (Pologne, 22 minutes, 2010, SzumTV & Feminist Think Tank)

Le docu est disponible en polonais sous-titré en anglais.
En polonais non sous-titré.
Pour tout contact.

Le texte ci-dessous a été écrit à l’été 2011 par des réalisatrices du film :

Walbrzych est une ville du sud-ouest de la Pologne qui compte 122.000 habitants. C’était un centre industriel depuis la fin du XIXe siècle (textile, mines de charbon, industrie du verre). Après la transformation capitaliste du début des années 1990, décision a été prise de fermer les mines de houille. Ce qui, ajouté aux sureffectifs massifs enregistrés dans les usines qui ont survécu les premières années de l’économie de marché, s’est traduit par une montée rapide du chômage et une émigration massive.
Depuis 1994, le gouvernement polonais a créé quatorze SEZ dans le but de résoudre les problèmes créés par la transformation. L’une des plus grandes, baptisée « Parc d’investissement », a été implantée à Walbrzych en 1997 et fonctionnera jusqu’en 2020.

Bien que le Parc d’investissement existe depuis longtemps, en 2010 le taux de chômage dans le secteur a atteint 20 %. L’absence de revenus a mis beaucoup de ménages dans une situation d’insécurité matérielle. Aujourd’hui la majorité des offres d’emploi proviennent de la SEZ. Il y a plus de 100 entreprises représentées dans ce Parc, dont Toyota, General Electric, Bridgestone, Electrolux, IBM, Wabco, Colgate-Palmolive et Cadbury. Les investisseurs sont en position d’obtenir des subventions publiques, des réductions d’impôts et autres avantages.
Les coûts de la main-d’œuvre dans la région sont plus faibles qu’ailleurs en Pologne. Les entreprises sont parfaitement adaptées aux exigences du mode de production post-fordiste : les emplois sont non seulement mal payés, mais également précaires, à temps partiel et souvent basés sur les contrats spéciaux de loi civile. La production est ajustée aux besoins du marché et les horaires sont flexibles. Quand elle doit se faire à un rythme rapide, les ouvriers travaillent jusqu’à dix-huit heures par jour pendant quelques jours ou semaines ; quand elle ralentit, ils n’obtiennent aucun nouveau contrat et aucun revenu.

Ce phénomène d’emplois précaires et mal payés aggrave les problèmes de logement à l’échelle de la ville. Même les gens qui ont un travail risquent de se retrouver sans domicile. Il y a quelques années, les sans-abri qui n’avaient pas voulu attendre en vain leur tour dans les listes d’attribution de logements sociaux ont commencé à occuper des centaines d’appartements abandonnés et en mauvais état. Cette pratique est devenue particulièrement populaire parmi les mères célibataires, car elles n’ont pas les moyens financiers de louer un appartement.
Quand les ouvriers ont résolu leur problème de logement en occupant les appartements vides, leur position sur le marché du travail a changé : dans le film, les femmes décrivent comment elles parviennent à refuser les offres d’emploi les pires. Soudain, elles se rendent compte que chômer ne signifie pas forcément être à la rue.
Au bout de quelques années, cette forme d’auto-organisation est devenue un problème pour les autorités locales. Elles ont alors coupé l’eau, l’électricité et le gaz dans les appartements squattés. Les femmes ont été traitées de criminelles, et les autorités ont engagé des procès contre elles et les ont gagnés. En 2008, un groupe de femmes a fait une grève de la faim pour exiger la fourniture de l’électricité, de l’eau et du gaz dans leurs appartements. Elles ont également exigé des changements politiques à l’échelle locale et réclamé que des logements sociaux soient construits ou qu’on en augmente le nombre en rénovant des vieux bâtiments abandonnés. Au bout de plusieurs jours de grève, une manifestation de solidarité a été organisée devant l’Hôtel de Ville, à laquelle ont pris part plusieurs centaines de personnes de Walbrzych, soutenues par un syndicat de base. Les femmes reconnaissent dans le film que c’était un moment important parce qu’elles se sentaient intimidées et humiliées. Les autorités ont alors accepté de fournir l’électricité, l’eau et le gaz aux appartements occupés, mais seulement temporairement. Elles ont exigé que la grève de la faim se termine et de rencontrer individuellement chacune des femmes au lieu d’avoir une discussion ouverte avec l’ensemble d’entre elles ; elles ont essayé par là de casser le pouvoir de négociation collective des femmes, de détourner l’attention des médias et d’écarter les organisations qui les avaient soutenues.
La révolte des mères a un prix : la répression. Les femmes décrivent dans le film les intrusions fréquentes de la police et des membres de l’administration, les fouilles de leurs appartements au milieu de la nuit, et comment les autorités ont essayé de les priver de leurs droits parentaux.
Après la grève les autorités ont tenté de forcer des femmes à quitter les appartements occupés en exigeant des loyers élevés. Mais certaines d’entre elles ont trouvé cette sanction indigne, car elles avaient restauré les logements abandonnés pendant des années sans aucune aide financière. En réponse à la répression, les femmes ont refusé de payer quelque loyer que ce soit et sont restées dans leurs appartements. La seule proposition que leur a faite la municipalité était de se déplacer dans un lieu d’hébergement pour sans-abri, où elles auraient été sous surveillance constante et soumises à une discipline sévère. Elles ont refusé le régime répressif de ces établissements et continué à lutter pour avoir un lieu où vivre.

Beaucoup de femmes sans emploi dans Walbrzych n’acceptent pas la violation des droits du travail et des horaires hors normes. Surtout, elles refusent les salaires de famine offerts pour des postes en CDD, et la précarité du travail. En conséquence, elles sont restées sans emploi, refusant de travailler. Cela en raison également du manque de structures adaptées, telles que crèches et haltes-garderies, qui leur permettraient de prendre un travail aux horaires flexibles. La flexibilité du travail, cela signifie passer une douzaine d’heures par jour dans l’usine, ce qui ne correspond pas aux heures d’ouverture des écoles maternelles. L’autre obstacle, c’est le mode de production en trois-huit : si les mères travaillent l’après-midi ou de nuit, elles ne peuvent mettre leurs enfants aux jardins d’enfants parce que ceux-ci sont fermés, et leurs salaires ne leur permettent pas d’employer une garde d’enfants. Les femmes qui décident de continuer à travailler en usine sont souvent trop épuisées pour prendre soin de leurs enfants. Un petit enfant est tombé d’une fenêtre l’année dernière : la mère qui s’occupait de lui s’était endormie après avoir fait une journée particulièrement longue en usine.
Les agences pour l’emploi essayent de pousser les femmes à accepter les travaux mal payés en les forçant à assister à des formations ou à faire du travail non payé. Plus que jamais, l’emploi stable est devenu le « privilège » de quelques-uns. Les autorités, cependant, trouvent des moyens de forcer les chômeurs à accepter des contrats pourris ou à faire différentes sortes d’activités « utiles » pour rien ou presque rien, comme nettoyer les racines des arbres dans les parcs. Une pratique courante consiste à placer les chômeurs comme stagiaires, à un tarif qui ne permet pas la survie. Les femmes qui rejettent les offres des agences pour l’emploi perdent leur allocation et courent le risque d’être harcelées par les centres d’aide à la famille. Les organismes d’aide sociale considèrent en effet que refuser du travail est une forme de pathologie, et menacent les mères de placer leurs enfants en orphelinat si elles ne se soumettent pas à la discipline du travail. Ils ne s’inquiètent pas de l’épuisement des femmes qui travaillent au rythme 12/24 (12 heures de travail en 24 heures). Les mères sont supposées faire le travail reproductif à la maison et assumer ensuite un travail sans salaire ou presque. Si les femmes n’en sont pas capables, elles perdent leur travail, leur allocation et parfois leurs enfants.

Cependant, le film montre qu’il y a de la résistance, et nous considérons que pour analyser cette résistance, il ne faut pas s’en tenir au conflit avec les autorités locales et au problème de logement : il faut aussi débattre de la non-prise en compte du travail reproductif assumé par les femmes et du fait que ce type de travail est exclu de l’économie formelle. Les femmes résistent au discours des autorités qui les présente comme des objets inutiles qui exigent de l’aide de l’État sans rien donner en retour. De plus, elles trouvent collectivement une solution aux problèmes de logement, et rejettent ouvertement la politique sociale qui ignore leur travail reproductif et les force à faire du travail salarié dans la SEZ. Leur expérience montre que les coupes dans le système de welfare tout comme les changements technologiques et les récentes transformations du droit du travail polonais introduits sous prétexte de la crise conduisent non seulement à une intensification du travail salarié mais aussi à faire du travail reproductif non payé. Cependant, les mères, privées d’un revenu social de base, résistent au travail salarié dans la mesure où elles consacrent tout leur temps au travail reproductif. Elles résistent au double fardeau du travail à la maison et en usine.

Le film La Grève des mères révèle la nature politique des coupes dans les dépenses de santé, qui ont empiré après la mise en œuvre des réformes néolibérales en Pologne. De plus, l’auto-organisation collective que nous voyons se mettre en place comme réponse à la crise du travail reproductif montre que ce n’est pas seulement une question individuelle. Cette crise est le produit d’une oppression systémique, contre laquelle des communautés entières commencent à lutter. Ainsi, quand les ménages prolétaires souffrent des coupes dans les allocations sociales et que l’État ne prend plus en charge la santé publique, ce n’est pas un problème privé qui concerne les familles.
Les mères de Walbrzych ne veulent pas se soumettre à la société capitaliste organisée selon les principes du libre-marché. Elles répondent au refus des autorités locales de prendre en compte leurs besoins par l’auto-organisation de l’espace dont elles ont besoin. Elles cessent en outre de dépendre de la bonne volonté de l’État-providence (à supposer que l’on puisse parler d’État-providence à propos de l’État polonais) et font baisser le coût de la vie en occupant des appartements vides. Cela leur permet de rejeter les pratiques disciplinaires des employeurs et les contrats pourris. En d’autres termes, les femmes que nous voyons dans le film occuper les appartements vides, refuser de payer des loyers et résister aux pratiques des employeurs, refusent de jouer le rôle de travailleuses salariées exploitées par le capital.

Plus d’infos, en polonais.

Squat!net, 16 janvier 2012.

Publié dans Luttes du logement, Luttes féministes, Radicalisation des luttes ouvrières | Marqué avec , | Un commentaire

[Montpellier/Carnaval] Du grand cœur malade aux mille et une vies de merde…

Oyez ! Oyez ! Le carnaval de gueux revient.

« Faut pacifier disent les gens sages, et les baltringues ;
Faut pacifier disent les tueurs en astreinte. »
Virus -la nuit-

« Sex in the air, i don’t care, i like the smell of this. »
Rihanna -s m-

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326731965.jpgÀ Montpellier, cette vieille bourge décolorée, aux jouissances javelisées.

Carnaval maboulera de nouveau.

Carnaval c’est toujours le défilé de tous ceux que la ville aimerait voir cloisonner loin de son cœur commercial.

Carnaval c’est : des odeurs d’alcool, de sueur, de pétard… d’une certaine liberté.

Carnaval c’est des gestes d’abord lents, gênés puis dans une ivresse collective au moment où les fous lâchent leurs brides un enthousiasme.

Carnaval c’est le bruit de gens qui ne veulent pas seulement du confort sécuritaire, d’un bar, d’un canapé, d’un you-tube…

Carnaval c’est le chant du cygne d’une vie qui ne veut pas mourir seule.

Et enfin carnaval c’est la revanche des gueux au moins un moment dans l’année (cette année il existe par exemple quelques braises carnavalesques tous les vendredi sur la place Salengro).

Ses gueux expulsées de plus en plus loin par les croisades répétées des forces de l’ordre et du tourisme derrière la frontière du boulevard Gambetta.

Du coup Carnaval change sa tradition et devient belliqueux.

Il s’agit de retourner le sens de la marche.

Carnaval reprend leur « gentrification » et la renverse.

Dans les danses diaboliques, dans des chants et des rires interdits ; Carnaval nous fait nous reconnaître grâce aux déguisements subtils et chars étudiés en groupe.

Carnaval par le feu, par le bruit, par ses odeurs et ses gestes forment la revanche d’une communauté sur l’isolement.

Mais bien sûr Carnaval est maladroit car il n’est qu’un balbutiement, l’œuf qui se vole avant les vaches.

Et les vaches de flics (putain de pute) ils arrivent car ces messires marchands et notables (sire Delafosse on t’emmerde encore et toujours) ne veulent de la ville que comme un dépôt de travailleurs et de consommateurs robotiques. Sans bruits, sans odeurs, sans geste autre que « civilisé »…

Ils aimeraient que rien ne se passe et pourtant…

Alors va nu pied, schlags, boloss, anarcho-prout, chômeurs, gueux, troubadour,… en avant pour la gentrification prolétarienne. D’un grand bond en avant, reprenons la ville en faisant luire mille feux, mille odeurs, mille gestes d’amour enragés…

C’est un rire qui les enterrera tous !

Que crève ce monde.

Rendez-vous pour M la maudite le mardi 21 février à 18h à plan Cabannes puis à 19h au Peyrou (Montpellier).

Quelques liens autour des différents carnavals…

<http://www.youtube.com/watch?v=APMIZMUk-hw>

<http://www.youtube.com/watch?v=jda3NXe9lqw>

Caranaval de l’an dernier.

Article de l’an dernier.

Excellente brochure historique sur carnaval en général et Montpellier en particulier.

Collectif pour un carnaval ambulant, 15 janvier 2012.

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Montpellier/Carnaval] Du grand cœur malade aux mille et une vies de merde…

[Nigeria] Vague de répression pour briser la contestation

Nigeria : les syndicats suspendent la grève générale après l’intervention des forces de sécurité

Les syndicats nigérians ont annoncé lundi la « suspension » de la grève générale d’une semaine provoquée par la hausse du prix de l’essence peu de temps après l’intervention en force des forces de sécurité à Lagos contre plusieurs centaines de personnes voulant manifester.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326724712.jpg

« Les syndicats et leurs partenaires annoncent formellement la suspension de la grève, des rassemblements et des manifestations à travers le pays », a déclaré à la presse à Abuja le chef de la puissante centrale syndicale nigériane, le Nigeria Labour Congress, Abdulwahed Omar.

À Lagos, métropole économique, environ 300 manifestants manifestants on protesté dans la rue, en jugeant insuffisante une première concession du président Goodluck Jonathan qui avait annoncé dans la nuit une baisse du prix de l’essence.

Les forces de sécurité ont procédé à des tirs de sommation et utilisé des gaz lacrymogènes à Lagos pour les disperser tandis que les autorités prenaient des mesures pour empêcher les rassemblements dans le pays dans le cadre de la grève générale.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326724562.jpg

Ce mouvement national, paralysant le pays le plus peuplé d’Afrique, avait commencé lundi 9 janvier, après la fin des subventions aux carburants qui a provoqué une flambée des prix à la pompe.

Les autorités prenaient parallèlement d’autres mesures pour empêcher les rassemblements dans le pays.

Toujours à Lagos, la police a effectué un raid d’une vingtaine de minutes dans les bureaux de la chaîne de télévision américaine CNN, sans qu’on sache s’il était lié au mouvement de protestation contre la hausse du prix des carburants.

Dans les bureaux de CNN, des membres de la police secrète sont passés outre la sécurité et ont posé des questions sur le nombre d’expatriés et les autorisations de travail, selon un témoin.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326726721.jpg

Pour la première fois depuis le début du mouvement lancé le 9 janvier, des soldats armés se sont déployés et ont érigé des barrages aux points stratégiques de la capitale économique du Nigeria.

Ils interdisaient notamment l’accès au principal lieu des grandes manifestations de la semaine dernière, un parc, et occupaient le terrain lui-même, a constaté l’AFP.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326725068.jpg

Le président Jonathan demande l’arrêt de la grève

Le dispositif militaire a été mis en place alors que le président Jonathan faisait une première concession, en annonçant une baisse de 30% du prix de l’essence pour tenter de stopper le mouvement.

« Compte tenu des difficultés rencontrées par les Nigérians (…), le gouvernement a approuvé une baisse du prix du carburant à 97 nairas le litre », a-t-il déclaré dans une adresse télévisée.

La brusque suppression au 1er janvier des subventions des carburants a entraîné le doublement du prix de l’essence à la pompe, passé de 65 nairas le litre (0,40 dollars, 0,30 euros) à 140 nairas ou plus du jour au lendemain.

M. Jonathan a toutefois refusé de céder sur le fond, affirmant que « le gouvernement allait continuer de poursuivre une déréglementation complète du secteur pétrolier ».

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326725099.jpg

Manifestation à Lagos le 3 janvier 2012.

« Je demande instamment aux dirigeants syndicaux d’appeler à la fin de la grève et à la reprise du travail », a ajouté le président.

Le gouvernement a justifié l’arrêt de subventions aux carburants, quelque 8 milliards de dollars, pour financer la modernisation des infrastructures du pays. Mais le doublement du prix de l’essence frappe durement une population dont la majorité vit avec moins de deux dollars par jour.

Si les grandes centrales ont dit vouloir poursuivre la grève, le principal syndicat du secteur pétrolier, le PENGASSAN, a répété dimanche qu’il n’envisageait pas dans l’immédiat la fermeture des plate-formes offshore.

Une grève du secteur du pétrole marquerait un net durcissement du conflit, le brut représentant 90% des exportations du Nigeria.

Le président a aussi affirmé que les manifestations avaient été « détournées » par des gens cherchant à semer « discorde, anarchie et insécurité ».

Outre les protestations sociales, le Nigeria est aux prises avec un conflit récurrent entre chrétiens et musulmans qui a connu un regain d’acuité après des attentats antichrétiens revendiqués par le groupe islamiste Boko Haram.

Ces violences ont depuis Noël fait une centaine de morts et quelques manifestations organisées dans le cadre de la grève générale ont donné lieu à des violences à caractère confessionnel.

Leur presse (Agence Faut Payer), 16 janvier 2012.

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Nigeria] Vague de répression pour briser la contestation

[Worldwide Web] De « Cause toujours » à « Ferme ta gueule »

Contre la censure d’Internet : rejoignons le blackout du web le 18/01 !

Les projets de loi SOPA et PIPA menacent de censurer l’Internet mondial et de mettre en place un contrôle du réseau digne de la Chine, de l’Iran ou de la Syrie. Le 18 janvier 2012, un blackout de protestation s’organise aux États-Unis. Rejoignons-le !

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326722997.jpg

APPEL AU BLACKOUT DU WEB LE 18 JANVIER 2012}}

Le web est depuis plusieurs mois en lutte contre deux projets américains de censure du web mondial. SOPA (Stop Online Piracy Act) et PIPA (Protect IP Act) sont en passe d’être votés respectivement par la chambre des représentants et le sénat des États-Unis.

Ces projets vont permettre aux lobbys des industries dites « culturelles » de censurer tout site considéré comme favorisant la diffusion de contenus protégés par des droits d’auteurs. Cette large définition permettrait en réalité de vouer aux limbes tout site hébergeant ce type de contenus (Youtube, Facebook ou n’importe quel site affichant une vidéo ou une image protégée par exemple).

Les méthodes préconisées par SOPA et PIPA sont dignes des systèmes mis en place par certains régimes dictatoriaux comme la Chine, l’Iran ou la Syrie.

Ainsi, il sera possible :

— De bloquer l’accès au site au niveau des serveurs DNS (Domain Name System). Ces serveurs permettent de faire l’association entre une adresse URL et l’adresse IP du site. En tapant son adresse, nous ne pourrions donc plus y accéder. De plus ce type de blocage risque non pas de censurer un seul site, mais l’ensemble du domaine auquel il est rattaché.

— D’obliger les moteurs de recherche à enlever de leurs résultats des sites proposant du contenu protégé par des droits d’auteurs.

— D’obliger les sites proposant des liens vers ceux contre qui une plainte a été déposée à retirer ces liens.

— D’asphyxier les site visés en interdisant aux intermédiaires publicitaires et financiers (Paypal par exemple) de traiter avec ces sites.

Tout cela impliquera potentiellement une surveillance accrue des communications entre individuEs, même par leurs échanges privés par mail.

Les outils permettant aux activistes du monde entier de communiquer anonymement (comme Tor par exemple) pourraient eux aussi être menacés, tout comme les serveurs DNS alternatifs utilisés pour contourner ce type de censure.

SOPA et PIPA sont votés aux États-Unis mais concernent les internautes du monde entier ! N’oublions pas qu’une grande partie des services que nous utilisons sur le net proviennent des États-Unis.

Rejoignons le blackout !

Révolte Numérique appelle donc tous les Indymedias et toutes les personnes administrant un site internet à se joindre au blackout organisé aux États-Unis pour la journée du mercredi 18 janvier 2012 de 8h à 20h. De nombreux sites comme Reddit, Mozilla US, Minecraft, FSF, EFF, identi.ca, Anonymous (via Twitter) {etc.} (et peut-être Wikipédia) se joindront à cette initiative.

Même si la Maison Blanche semble prendre position contre certains aspects de ces lois, nous ne devons pas relâcher la pression !

— Si vous avez un site WordPress, des extensions sont disponibles afin de mettre votre site en maintenance en affichant un message de votre choix, ainsi que des extensions spécialement prévues pour l’événement. Vous pouvez également vous référer à cette méthode.

— Si vous n’avez pas de site, modifiez votre avatar sur les réseaux sociaux et apposez-y un bandeau STOP SOPA ou STOP SOPA & PIPA.

— Parlez-en autour de vous, faites monter la pression !

Source : Révolte Numérique (via Indymedia Nantes, 16 janvier 2012)

Publié dans Critique des médias, Cybernétique | Un commentaire

Pourquoi occuper les Pôles Emploi à partir du 17 janvier ?

OCCUPONS PÔLE EMPLOI !
Rendez-vous mardi 17 janvier, 9h30 Métro République (Rennes)

Pourquoi occuper les Pôles Emploi ?

Le chômage est une réalité pour beaucoup. Occasionnel ou de longue durée, le chômage est une situation subie dont on peut parfois s’accommoder, mais qui est bien souvent synonyme d’incertitude et de fins de mois difficiles. Le chômage est un problème à gérer pour les gouvernements successifs qui continuent à promettre une hypothétique embellie sur le « front de l’emploi » … quand la crise sera passée. À supposer qu’elle passe. De telles promesses, qui n’engagent à rien, font l’impasse sur l’état de la vie salariée, comme sur les conditions de vie des chômeurs et précaires. Conditions qui ne cessent de s’empirer au fil des mesures censées amoindrir les effets de la crise : réforme des retraites, économies réalisées sur les dépenses d’assurance maladie, et aujourd’hui la TVA dite « sociale ».

Pôle Emploi est la courroie de transmission permettant aux discours gouvernementaux méprisant à l’égard des dits « assistés » de prendre corps à travers les mesures visant à suspecter, fliquer, infantiliser, culpabiliser les chômeurs tenus pour responsable de leur sort !

Lutter contre le chômage ? En réalité Pôle Emploi radie 500’000 chômeurs par an non pas parce que ces derniers auraient retrouvé un emploi mais parce qu’ils n’ont pas été d’irréprochables demandeurs d’emplois. Ils n’ont pas accepté n’importe quel travail à n’importe quel prix dans n’importe quelles conditions ! Ils ont refusé un énième stage CV inutile ! Ils en ont eu marre des contrôles mensuels — qui n’apportent aucun soutien concret sinon la peur au ventre — et se sont laissés radier ! La résistance se paie au prix fort quand on est au chômage ! Seul un renversement de rapport de force peut être en mesure de changer la donne !

Les conseillers à l’emploi sont quant à eux soumis à des pressions managériales qui les obligent à suivre la politique de la maison. Jusqu’à ce qu’ils ploient sous l’injonction à gérer toujours plus de « dossiers » de chômeurs, lesquels recouvrent parfois des situations dramatiques. Ou encore qu’ils acceptent de trahir leurs convictions, en se faisant l’instrument de la machine à radier… Ce ne sont pas les faits divers qui manquent témoignant d’une crise réelle parmi les salariés d’une institution brisant des vies de part et d’autre du guichet.

Occuper cet espace, y imposer des revendications en mesure d’améliorer immédiatement les conditions de vie des chômeurs et précaires est une nécessité !

Pourquoi à partir du 17 janvier ?

Un sommet qualifié cyniquement de « social » est convoqué le 18 janvier à l’initiative du gouvernement qui cherche à faire bonne figure en période pré-électorale. Entendons par là qu’il s’agira de présenter aux « partenaires sociaux » tout un lot de mesures visant à rendre le travail encore plus flexible, afin de permettre au patronat d’être plus libre dans sa politique de classe : exploiter au maximum le « potentiel productif » à moindre coût. L’une de ses mesures consiste à remplacer tout ou partie des cotisations patronales sur les salaires, par une augmentation de la TVA — impôt des plus inégalitaire puisqu’il pénalise davantage les pauvres que les riches. TVA baptisée « sociale », bien entendu. Qu’apporteront ces « solutions » du pouvoir aux conditions de vie des précaires qui s’étendent aux statuts garantis d’hier ?

Rien, hormis du pire encore : l’ajout d’une dose supplémentaire de soumission pour tous ceux qui sont ou ceux qui se retrouveront à nouveau provisoirement dans une entreprise. Puis des fins de mois encore plus difficile à boucler pour un plus grand nombre !

Quelle mesure devons-nous attendre de quelconque gouvernement à la solde du capital dont les vues ne sont que de satisfaire l’économie, bien plus que de satisfaire les besoins des humains ?

Pourquoi occuper les Pôles Emploi à partir du 17 janvier ?

Car il faut bien se ressaisir de la question de nos activités que nous soyons au chômage ou salariés, plutôt que de se laisser gouverner comme de simples variables d’ajustement assignées à une place plutôt qu’à une autre, à tel prix plutôt qu’à un autre, selon les vœux et besoins du capitalisme.

Aussi pour partager nos expériences de précaires et œuvrer à l’amélioration de notre quotidien dans cette réalité où le salariat et son corollaire le chômage, structurent la société.

Mouvement des Chômeurs et Précaires en Lutte de Rennes.

Publié dans Luttes des chômeurs et précaires | Marqué avec , | 3 commentaires

Suite à la manifestation / Histoire d’une ballade au centre de rétention de Vincennes

Comparutions immédiates

Comparutions immédiates confirmées pour deux des trois personnes, TGI de Paris Cité aujourd’hui 13h à la 23-1 ème chambre. La troisième personne étant un mineur il passera devant le juge des enfants.

Infozone, 16 janvier 2012 – 11h08.


À propos de la manifestation devant le centre de rétention de Vincennes du 14 janvier

Le samedi 14 janvier 2012, environ 150 personnes se sont retrouvées à Vincennes pour aller manifester contre les centres de rétention. La veille, six personnes sans-papiers avaient été condamnées en appel à des peines allant de 6 à 30 mois de prison ferme suite à la révolte, qui, le 22 juin 2008, a abouti à la destruction du centre de rétention de Vincennes. Au-delà du verdict, cette manifestation voulait une nouvelle fois crier sa solidarité avec les enfermés.

Malgré les tentatives des policiers pour nous empêcher de nous approcher du centre, nous avons réussi à arriver suffisamment près, à deux endroits différents, pour que les retenus entendent nos cris et nos pétards. Ils nous ont répondu en criant et en sifflant.

Au moment de partir, nous nous sommes retrouvés encerclés par les flics, leurs matraques et leurs gazeuses alors que des slogans contre les centres de rétention continuaient à résonner. À ce moment-là, la tactique policière a été de repérer plusieurs d’entre nous à l’intérieur de la nasse. Nous nous sommes alors resserrés pour que les personnes ciblées ne soient pas prises. En dépit de nos efforts, des civils armés de matraque télescopique sont entrés à trois reprises dans la nasse.

Trois personnes ont été isolées. Elles ont été placées en garde à vue. Les premiers chefs d’inculpation sont « participation à un attroupement armé, violences sur agents et dégradations de biens privés ». Le reste du groupe, 99 personnes, a été embarqué dans deux cars et emmené dans le nouveau commissariat (TGP ?), rue de l’Évangile dans le 18e arrondissement. Tout au long du transfert nous avons discuté collectivement pour imposer aux policiers de sortir ensemble et de ne donner qu’oralement nos identités. Nous avons ensuite été parqués dans une cour entourée de barbelés. Ce commissariat, qui abrite la direction de la police ferroviaire, a déjà servi pour des opérations de contrôle d’identité massives (rafles, manifestation…).

Après cinq heures aux mains de la police, nous avons été libérés. Les trois personnes placées en garde-à-vue ont été déférées et passeront peut-être en comparution immédiate au TGI de Paris (métro Cité), lundi 16 janvier à 13h30. Si c’est le cas, un appel sera publié en fin de matinée.

Malgré la volonté de l’État d’isoler ces lieux et ceux qui y sont enfermés, le nombre et la détermination des manifestants ont permis de faire exister notre solidarité.

CONTINUONS LA LUTTE CONTRE LES CENTRES DE RÉTENTION ! LIBERTÉ DE CIRCULATION ET D’INSTALLATION ! LIBERTÉ POUR TOUS AVEC OU SANS PAPIERS !

Tout le monde peut appeler les retenus directement sur les cabines téléphoniques : Vincennes 1 : 01 45 18 59 70 – 01 45 18 12 40 – 01 45 18 02 50. Vincennes 2 : 01 48 93 69 47 – 01 48 93 69 62 – 01 48 93 90 42. Vincennes 3 : 01 48 93 99 80 – 01 43 76 50 87 – 01 48 93 91 12.

Indymedia Paris, 15 janvier 2012.


Suite à la manifestation au centre de rétention de Vincennes

Ce samedi 14 janvier plus de 200 personnes ont tenté d’aller crier leur solidarité aux sans-papiers prisonniers au centre de rétention de Vincennes.

Elles ont été bloquées et encerclées par la police dès qu’elles ont été suffisamment près de la prison pour que leurs cris de solidarité soient entendus et que leurs feux d’artifice soient vus. Des retenus ont toutefois dit qu’ils avaient pu entendre la manifestation et en avaient été très contents.

Alors qu’ils étaient pris dans une nasse, les manifestants ont dû subir les assauts de plusieurs policiers en civil qui, aidés par leurs collègues en uniforme, venaient prélever certains d’entre eux pour les isoler du groupe. Quatre personnes ont été ainsi isolées.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326635249.gif

Finalement, tous ceux qui n’ont pas réussi à s’enfuir ont subi un contrôle d’identité de plus de quatre heures dans les locaux de police de la rue de l’Évangile, des locaux réservés aux arrestations massives. Comme à chaque fois, les policiers ont décidé de placer trois personnes en garde à vue sous divers prétextes comme ils savent toujours en trouver. Il s’agit comme toujours de faire peur et de dissuader quiconque d’exprimer trop fort sa volonté de voir les centres de rétention disparaître.

Les camarades en garde à vue sont actuellement enfermés dans le commissariat du 12e arrondissement. Vous pouvez demander de leurs nouvelles au : 01 44 87 50 12.

Avec toutes celles et ceux qui, parce que sans papiers, sont traqués, raflés, emprisonnés et expulsés et avec toutes celles et ceux qui luttent à leurs côtés pour la liberté de circulation et d’installation, contre les frontières et leurs prisons : solidarité !

Mailing, 15 janvier 2012 – 10h10.


Histoire d’une balade au CRA de Vincennes

À 16h c’était l’heure du rendez-vous à la station RER de Joinville-le-Pont pour un départ en manif sur le CRA de Vincennes. À ce moment-là on est bien 80 au jugé. Quelques flics qui se répartissent entre 2-3 bagnoles et bavassent paisiblement en nous regardant. Pas de CRS en vue…

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326635346.gif

On démarre direction la D4 banderole en tête, vers le Centre de rétention. Au niveau de la route de la Pyramide, qui remonte vers l’hippodrome et le CRA, on rencontre notre premier camion de CRS qui se déploient vite fait bien fait, pensant qu’à cinq on peut bloquer une chaussée rien que par la dissuasion. Manque de bol, même scénario qu’il y a deux ans, on aime pas qu’on nous dise où il faut aller, on prend la tangente, on poursuit sur l’avenue des Canadiens au pas de course, à grands renforts de slogans et les flics sont débordés, écartés, dépassés ; un cycliste frénétique fait des allers-retours le long de la manif tandis que trois de ses copains affolés courent vers l’avant pour rejoindre la bretelle qui mène sur l’autoroute, la même où la manif de 2008 avait fini en joyeux bordel entre les voitures stoppées sur l’autoroute.

Seulement cette fois-ci on remonte l’avenue de Gravelle qui longe le CRA, et on se retrouve rapidement refoulés par quatre cars de robocops qui vomissent leurs occupants ; Des grenades assourdissantes sont tirées pour nous signifier qu’on ira pas plus loin que le pont au-dessus de l’autoroute. Côté flics on a un cames-COP qui filme, le même qui a sûrement permis aux flics de profiler plus tard, devant le centre.

Quelques slogans pour se faire entendre des détenus (et se faire détester des flics à qui on le rend bien) plus tard, on repart dans l’autre sens, suivis par un cordon bleu nimbé d’un fumigène rose du plus bel effet sur fond de soleil déclinant.

Retour sur la route de la Pyramide, direction l’Hippodrome et le CRA. À l’Hippodrome c’était jour de courses, les camions repartent avec leurs chargements équestres et l’aristocratie hippique quitte les lieux en sens inverse de notre défilé qui a grossi les rangs avec ceux qui avaient raté le début et ont rallié le CRA. On doit pas être loin de la centaine.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326635276.gif

Devant le CRA on aperçoit l’armada de gardes mobiles qui défend la forteresse derrière une double rangée de barrières. Les grilles de l’Hippodrome sont surveillées par les vigiles qui les ferment rapidement. Le chemin vers le CRA ressemblant à une fourmilière de flics, on se déplace vers le parking de l’Hippodrome en même temps que des gardes mobiles qui, ayant compris qu’on allait pas rester à crier sagement face à eux, commencent à courir entre les voitures pour verrouiller la route de la Ferme en face de nous. Un face à face musclé s’engage, un garde mobile se prend un coup de savate sous la banderole, des coups de matraque fusent, des crachats, insultes et bousculades y répondent de notre côté, un caillou vole.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326635365.gif

À 17h une poignée de gardes mobiles finissent de verrouiller la route de la Ferme d’un côté tandis qu’un mouvement rapide s’engage pour s’extraire par l’autre côté où les bataillons du CRA se déploient à leur tour pour nous couper toute retraite. La manœuvre réussit pour une poignée qui s’échappe, les gazeuses rentrent en action, asphyxiant tout le monde : une centaine de manifestants reste coincée, encerclée par un nombre impressionnant de gardes mobiles (facilement 100 à 150). On continue les slogans un temps, on jauge la situation…

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326635389.gif

Finalement un groupe de civils entourant le chef des opérations commence à scruter les manifestants, très visiblement à la recherche d’individus ciblés d’après la vidéo tournée auparavant et des observations des flics durant la manif. Le manège dure un quart d’heure et c’est le même scénario qu’à Stalingrad lors du G8 : ils vont à la pêche en fonçant dans le tas avec quelques gardes mobiles, distribuant des petits coups de matraques et des coups de poings jusqu’à ce qu’ils aient attrapés ceux qu’ils ont ciblés. Le manège se répète un peu plus tard, un copain est attrapé par dessus le capot d’une voiture, tiré vers l’arrière et emporté. Il se débat, tentant de s’échapper vers le toit de la camionnette où ils essaient de l’embarquer. Le troisième coup, le copain est pas mal rudoyé à son tour. Apparemment ils ont ce qu’ils veulent : ils arrêtent leurs petites incursions.

Finalement un cordon bleu vient nous séparer en deux groupes, en coupant à la bousculade. Les slogans se poursuivent, on perd pas l’entrain même si l’ambiance est plus tendue. À 18h on nous embarque un par un dans les deux paniers à salade (la phrase du jour d’un des gardes mobiles : « voulez-vous bien me suivre ? »). Les bus démarrent vers 19h, au cours du trajet on refait la déco aux marqueurs.

Porte d’Aubervilliers, à 19h30, on commence à se demander où on va.

19h45 : on s’engage avec les bus dans une zone ferroviaire, au 2 rue de l’Évangile dans le 18e arr., estampillée SNCF à l’entrée ; des véhicules de police garés le long d’entrepôts de fret, sur notre gauche et sur notre droite un bâtiment assez hallucinant, tout droit sorti de l’imaginaire carcéral : un long bâtiment de 100m de long surmonté, à 10m au-dessus, d’un large toit comme ceux qui abritent les quais de gare, le tout entouré d’une grille surmontée d’un barbelé en lames de rasoir. Dans la cour, une vingtaine de policiers arnachés de leurs tenues anti-émeutes attendent les bus et forment une haie d’honneur jusqu’à la porte du comico. Du second bus on voit les copains refuser tout d’abord de sortir puis sortie en chaîne au bout d’un certain temps (20h20 à peu près). Ils sont fouillés, interrogés chacun leur tour, un certain nombre de portables confisqués, puis les militants parqués plus loin derrière des barrières. On apprend également que ceux qui avaient été extraits de la manif devant le CRA sont en garde à vue. Mais l’ambiance est toujours bonne, on rit, on plaisante, on scande, on tape sur les parois et on discute.

Notre tour arrive au bout d’un temps considérablement long où la température du bus s’est nettement accrue et rend l’air étouffant. Il est près de 21h quand on nous gare dans la cour pour suivre le même scénario que l’autre bus. À la sortie on nous demande nos noms et prénoms et si on est majeurs, sans vérification des pièces d’identité. Nouveau profilage d’un flic genre pète-sec qui s’énerve facilement. Visiblement ils recherchent celui qui a mis un coup de tatane au flic asiatique qui s’est aussi pris des crachats en pleine gueule. Un copain est emmené à part et prend un crachat dans la gueule (la loi du talion n’a pas été abrogée faut croire).

Finalement, vers 21h50 les flics ont l’air de se rendre compte que 5 heures ça commence à faire beaucoup pour un contrôle d’identité. Le reste du second groupe qui n’a pas encore été interrogé et fouillé rejoint les autres derrière les barrières. La cour résonne de nos « Liberté, Liberté… ». On nous fait mine de sortir enfin vers 22h15, en traversant à nouveau un long double rang de policiers armurés. Au passage le flic asiatique chope un copain et le tire en arrière pour lui mettre un bon coup de pied (toujours le talion). On rattrape vite le copain, on gueule, ça bouscule mais on sort en criant de plus belle, avec l’envie d’en découdre une nouvelle fois.

22h20 : on est tous dehors sauf nos trois amis en garde à vue et nos amis sans-papiers qui nous ont confirmé qu’ils nous entendaient de l’intérieur.

Une fin de journée qui nous fera pas passer l’envie de continuer à manifester et crier :

Pierre par pierre, mur par mur, nous détruirons toutes les prisons !!

Feu, feu aux Centres de Rétention !

Mailing, 15 janvier 2012.

Publié dans Beau comme une prison qui brûle, Les révoltes des migrants, Répression de la "mouvance anarcho-autonome" en France (2007-...) | Marqué avec | Commentaires fermés sur Suite à la manifestation / Histoire d’une ballade au centre de rétention de Vincennes

[Redeyef] « C’est l’histoire d’une ville rebelle, en autogestion » : lutte sociale et démocratie locale dans le bassin minier de Gafsa

Plusieurs milliers de personnes, des stands d’associations diverses, du pop-corn, un concert, plusieurs défilés et prises de parole des partis politiques… Pour un peu, on se croirait à la Fête de l’Huma. Nous sommes pourtant avenue Bourguiba, en plein centre-ville de Tunis, totalement métamorphosée un an jour pour jour après la chute de Ben Ali. Très tôt, ce 14 janvier 2012, plusieurs centaines de partisans du parti musulman conservateur Ennahda, hier banni, qui tient aujourd’hui les rênes du pays, sont venus installer leur sono et occuper les marches du théâtre de l’avenue. Chants, slogans révolutionnaires… Ils y resteront postés toute la journée. À côté d’eux, comme seuls au monde, une cinquantaine de militants du parti islamique Hezb-e-tahrir brandissent leurs drapeaux noir et blanc, hurlent plusieurs versets du coran. Des passants les toisent, certains les filment. Les militants du Parti communiste des ouvriers tunisiens (PCOT) les sifflent gentiment : « Regardez, ils n’ont même pas le drapeau tunisien avec eux… » À 15 heures, quand le bruit des premiers feux d’artifice se fait entendre, les enfants sont aux anges, et la petite fête d’anniversaire déjà réussie.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326706543.jpg

Théâtre de l'avenue Bourguiba, rassemblement des partisans d'Ennahda, 14 janvier 2012

L’avenir de la Tunisie ne se joue pourtant pas ici, mais au cœur des régions qui ont porté cette révolution, bien loin de la douce euphorie tunisoise, et qui ne voient toujours rien venir… (…)

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326706889.jpg

Redeyef au petit matin, vendredi 13 janvier 2012

À Redeyef, on ne fête pas le 14 janvier, car tous ici savent que « la révolution n’est pas encore achevée », pour reprendre les termes d’Abid. Les habitants honorent simplement le martyr originaire de Redeyef, tué le 13 janvier 2011 à Hammamet, au cap Bon. Sur la colonne qui orne l’unique rond-point de la ville, son portrait a déjà été ajouté aux trois autres, tués en 2008. La principale fête a eu lieu les 5 et 6 janvier, pour marquer l’anniversaire du soulèvement d’il y a quatre ans…

Leur presse (Pierre Puchot, Mediapart, 15 janvier 2012)


(…) le 5 janvier 2012, au local de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens à Redeyef, la commémoration du soulèvement de 2008 résonne encore dans le contexte actuel. Devant une foule attentive, Adnene Hajji, porte parole du mouvement du bassin minier à Redeyef, prononce son discours.

« Pas question de négliger un seul point de nos revendications légitimes ! Le nouveau gouvernement n’a plus le choix ! Il doit nous écouter !  Peuple de Redeyef ! Vous qui avez fait les premiers pas de cette révolution tunisienne ! Il est temps que vous récoltiez les fruits de ces années sèches, rudes et tristes de pauvreté et de souffrance ! » Des applaudissements jaillissent de toute part, accompagnés par le célèbre slogan « Fidèles ! Fidèles au sang des martyrs ! ».

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326706571.jpg

Manifestations des femmes de prisonniers de Redeyef, avril 2008

Peu de temps après, deux voitures luxueuses arrivent. C’est le nouveau ministre des affaires sociales, Khalil Zaouia, qui vient pour sa première visite en tant que ministre à Redeyef. Sans protocole, ni garde du corps, le ministre prend le même micro que Adnen Hajji et s’adresse au public. « Nous allons trouver des solutions rapides et efficaces à tous les problèmes de Redeyef… Du chômage, à l’éducation passant par la santé… nous allons constituer un comité permanent qui va étudier les dossiers… » explique le ministre en rappelant qu’il était parmi les premiers membres du comité de soutien des militants du bassin minier en 2008.

Avant de rentrer, Khalil Zaouia s’est entretenu avec Adnen Hajji et un représentant de la CPG, au cours d’une réunion de travail pour discuter la possibilité d’arrêter le sit-in des chômeurs de Redeyef qui a duré plus de six mois dans les locaux de la Compagnie des Phosphates. « Il est venu pour ça ! Pour nous persuader qu’il faut arrêter le sit-in, ni plus ni moins … et en contre partie ? Que des promesses !! Y en a marre des promesses !! » nous confie, Omar Maghzaoui, l’un des jeunes sit-inneurs en sortant des locaux de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens où se déroulait la réunion à huit clos avec le ministre.

Omar a 23 ans. Il est fils d’un ancien minier retraité qui touche 120 dinars (60 euros) par mois. Malgré son diplôme de technicien supérieur en maintenance industrielle et son statut de fils d’un minier retraité (qui selon le règlement interne de la CPG, favorise l’embauche), Omar n’a pas réussi à intégrer la compagnie. « Nous avons tout essayé. Nous avons envoyé des fax tous les jours à la CPG. Nous avons essayé de rencontrer le gouverneur, puis le délégué de l’État, puis même la police… personne n’a voulu nous écouter… le syndicat à travers Adnen Hajji a essayé de négocier avec la compagnie… mais sans résultat. Nous n’avions plus aucun ressort et c’est pour cette raison que nous avons entamé le sit-in… » explique Omar très en colère du ministre des affaires sociales qui, d’après lui, n’a pas voulu parler avec lui et les jeunes du sit-in.

Dans les rues sèches et poussiéreuses de Redeyef, la rumeur a commencé à circuler : « le ministre a convaincu Adnen d’arrêter le sit-in… ». Même les journalistes ont relayé l’information avant de vérifier. Après deux jours, la réponse est claire, le sit-in paralyse l’activité de la ville, mieux vaut trouver une alternative : « nous n’allons pas arrêter le sit-in. C’est juste une suspension d’un mois. Nous voulons adresser par cette suspension un message au gouvernement et au peuple tunisien : nous voulons bien croire aux promesses et nous voulons tourner la page… maintenant c’est aux responsables de la CPG et au gouvernement de jouer… » explique Adnen.

C’est ainsi que les sit-inneurs ont décidé de donner une chance au nouveau gouvernement pour trouver des solutions et répondre aux demandes qui ne datent pas du 14 janvier mais d’au moins quelques dizaines d’années. En réalité, les chômeurs en sit-in portent avec eux des demandes qui concernent toute la région du bassin minier comme la régularisation de la situation des retraités prématurés qui attendent une indemnisation depuis des années. Ou comme le dédommagement des familles des martyrs et blessés de 2008 et de 2011 (d’après les militants de Redeyef, la Compagnie des Phosphates est impliquée dans le payement des policiers qui ont tiré sur les foules lors des manifestations). D’autres éléments témoignent d’une crise qui s’étend avec le financement du développement de la région qui souffre d’un manque flagrant d’infrastructures pour l’éducation, la santé, la culture, le sport et le loisir … sans oublier les victimes des accidents de travail abandonnées aussi à leur sort. La ville compte 62% de chômeurs diplômés, une école et une salle de fête pour environ 27’000 habitants.

Devant ces revendications, la Compagnie des Phosphates garde ses portes fermées devant toute négociation depuis plusieurs mois. (…)

Ce blocage semble aussi être accompagné aussi par une large campagne médiatique qui met l’accent sur les pertes de l’État en exportation de phosphate causées par le sit-in. Ces pertes sont évaluées à 900.000 dinars par jour. « Une raison de plus pour maintenir le sit-in. Si la CPG avance ces chiffres hallucinants comme pertes, quoi dire alors d’une centaine d’années de production et de gain ? Cela veut dire qu’une petite partie de ces sommes, qui pourrait bien exister, peuvent résoudre tous les problèmes de la région. Cela montre surtout que ce blocage n’est pas dû à un manque de moyens mais plutôt à une politique corrompue basée sur le favoritisme » explique Adnen Hajji en martelant la table du syndicat avec sa main.

D’ici un mois, Redeyef et toute la région du bassin minier, resteront dans l’attente qui dure depuis des années. (…)

Leur presse (Henda Hendoud, blog Tawa fi Tunis, Slate Afrique, 11 janvier 2012)


Redeyef, c’est l’histoire d’une ville rebelle, en autogestion depuis que le maire a pris la fuite fin janvier. Depuis un an, les habitants se relaient pour le ramassage des ordures et le nettoyage de la ville. (…)

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326707430.jpg

Travailleurs agricoles de Redeyef en grève de la faim, 12 janvier 2012

Vendredi 13 janvier, c’est Hedi qui emmène alors voir les vingt et un travailleurs agricoles grévistes de la faim. Employés avant la révolution pour un salaire mensuel de misère de 100 dinars (50 euros), ils ont été augmentés par le précédent gouvernement, jusqu’à toucher 225 dinars. Comme Mansour, artiste peintre et caricaturiste à ses heures, ils demandent désormais d’être titularisés pour pouvoir bénéficier de la sécurité sociale (CNSS en Tunisie), et espérer, un jour, recevoir un semblant de retraite après, pour certains d’entre eux, trente-cinq ans de labeur.

De retour à Gafsa, le maire nous attend de pied ferme, et avec lui, deux membres du conseil municipal de douze personnes, constitué à la va-vite après la démission du précédent maire l’été dernier, sur la base d’un vote des comités de quartiers fondés au lendemain de la révolution. Ingénieur et responsable informatique du Groupe chimique tunisien, PDG d’une entreprise d’entretien de jardins publics, Kila Hamza, qui n’est à ce poste que pour un an, a essayé « d’adapter la municipalité aux principes de gestion d’une grande entreprise, glisse le nouveau maire. Il y avait tellement d’abus, des bons d’essence distribués à tout-va… »

En 2011, le budget fut de 4 millions de dinars (à comparé aux 862 millions… de résultat net de la CPG en 2010 !), concentré à 96 % dans le paiement des employés municipaux. La mairie a titularisé 200 employés et obtenu une rallonge de la caisse de crédit du ministère de l’intérieur d’un million de dinars. Trop peu cependant pour entreprendre les travaux nécessaires à la réfaction des infrastructures de Gafsa, complètement défaillantes. « Vous avez vu l’état des routes ? Sans infrastructures, aucun développement n’est possible. Et ce n’est pas avec les 4 à 5 % de notre budget que nous pouvons entreprendre ces travaux. » Alors, comment faire ? « Je ne sais pas, soupire le maire. L’argent du gouvernement ? Des investisseurs étrangers ? La CPG a fourni un petit effort, mais c’est insuffisant. »

Au beau milieu de l’entretien, une femme d’apparence très modeste, vêtements rapiécés et foulard sur la tête, se précipite dans la pièce, en pleurs : elle habite à plusieurs kilomètres du centre-ville, elle supplie le maire de venir enfin creuser le puits que son hameau espère depuis des années… (…)

Leur presse (Pierre Puchot, Mediapart, 15 janvier 2012)

Publié dans L'insurrection tunisienne et ses suites | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Redeyef] « C’est l’histoire d’une ville rebelle, en autogestion » : lutte sociale et démocratie locale dans le bassin minier de Gafsa

[« Affaire de Tarnac »] Il ne faut pas vendre la peau du chien policier avant de l’avoir étripé

Tarnac : l’affaire se révèle être un fiasco pour le pouvoir

« Enlisée, l’affaire s’est complètement enlisée », estime Me Thierry Lévy, l’un des avocats des mis en examen de Tarnac, accusés d’avoir saboté plusieurs lignes à grande vitesse (LGV) entre octobre et novembre 2008. Trois ans après les faits et l’arrestation en fanfare de Julien Coupat, de sa compagne Yildune Lévy, ainsi que de sept autres personnes, à l’époque désignés comme appartenant à la « mouvance anarcho-autonome », l’information judiciaire pourrait se terminer beaucoup plus discrètement d’ici l’été.

Dès leur arrestation, la ministre de l’intérieur de l’époque Michel-Alliot Marie s’était empressée de saluer devant les micros une « opération réussie » et « rendue possible grâce au travail » de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), et de la sous-direction antiterroriste (Sdat). Politiquement, l’« opération » tombait à pic. Elle tourne maintenant au fiasco, un fiasco que le gouvernement tente de faire oublier.

À l’époque, ces spectaculaires arrestations étaient censées prouver l’efficacité du tout nouveau service de renseignement, la DCRI, née en juillet 2008 de la fusion de la direction de la surveillance du territoire (DST) et de la direction centrale des Renseignements généraux (RG). Plus encore, elle venait valider l’obsession de la ministre à l’égard des « risques d’une résurgence violente de l’extrême gauche radicale », dénoncés dès février 2008 dans une interview au Figaro. Mais le spectre d’un ennemi intérieur, déployé internationalement, s’est rapidement dégonflé, et Michèle Alliot-Marie a disparu, contrainte de quitter le gouvernement pour avoir proposé, il y a un an, son savoir-faire sécuritaire… à Ben Ali. En revanche, à l’instigation des avocats, le feuilleton médiatique de l’affaire de Tarnac est devenu celui de la contre-enquête sur les méthodes de la police antiterroriste. « Si procès il y a, ce sera celui de l’antiterrorisme », met en garde Me Jérémie Assous, un des avocats du groupe.

Dernier épisode en date, le 3 janvier 2012, une information judiciaire a été ouverte à Brive-la-Gaillarde pour enquêter sur les écoutes sauvages de l’épicerie de Tarnac (Corrèze) gérée par plusieurs des suspects. Suite à une plainte avec constitution de partie civile déposée en février 2011 par Me William Bourdon, au nom de magasin général de Tarnac, un juge d’instruction devra déterminer s’il y a eu « atteinte au secret des correspondances » et « atteinte à la vie privée ».

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326704854.jpg

L'épicerie de Tarnac, reprise en 2007 par les jeunes militants.

En mars 2008, sollicité pour des problèmes de terminal carte bleue à l’épicerie de Tarnac, un agent de France Télécom avait découvert et désinstallé un boîtier connecté à l’une des lignes téléphoniques du magasin. Il ne pouvait s’agir d’une écoute judiciaire, l’enquête préliminaire visant le groupe de Tarnac pour « association de malfaiteurs à visée terroriste » n’ayant été ouverte que le 16 avril 2008.

Le mode opératoire ne correspond pas non plus à une écoute administrative (avec demande d’autorisation à la commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité). « On est dans une logique de bricolage style Canard enchaîné (des agents de la DST avaient été surpris en train de poser des micros dans les bureaux du journal — ndrl) », estime Me William Bourdon. Le groupe de Tarnac a donc été écouté, vraisemblablement illégalement, dans un contexte policier et politique de paranoïa à l’égard des mouvements d’extrême gauche.

Quelques mois plus tard, la mise en examen de Julien Coupat pour avoir « organisé un groupement en vue de la préparation d’actes terroristes » porte d’ailleurs sur des faits « allant de 2002 au 10 novembre 2008 », preuve de la surveillance prolongée dont a fait l’objet celui tenu pour être le leader du petit groupe de Tarnac.

« Si preuve est rapportée que le point de départ de l’enquête n’a été possible qu’en raison d’écoutes clandestines, c’est tout le dossier qui serait fragilisé », estime M  William Bourdon. Le parquet de Paris avait ouvert l’enquête en avril 2008, à la demande de la sous-direction antiterroriste (Sdat) de la direction centrale de la police judiciaire, qui soupçonnait l’existence d’« une structure clandestine anarcho-autonome entretenant des relations conspiratives avec des militants implantés à l’étranger et projetant de commettre des actions violentes ».

Une balise encombrante

Deux autres enquêtes, touchant deux pièces majeures du dossier, ont été ouvertes après le dépôt des plaintes par les avocats.

— À Clermont-Ferrand, une enquête préliminaire pour « subornation de témoin » vise la déposition d’un témoin sous X, qui aurait fait l’objet de pressions policières.

— À Nanterre, une information judiciaire a été ouverte par le parquet en novembre 2011 pour « faux et usage de faux en écriture publique » concernant le procès-verbal de filature de Yildune Lévy et Julien Coupat.

C’est ce procès-verbal, dit PV 104, qui démontre leur présence, la nuit du 7 au 8 novembre 2008, à Dhuisy (Seine-et-Marne), à proximité des lieux du sabotage sur la ligne TGV-Est. Il est d’autant plus important, qu’alors que trois autres fers à béton avaient été fixés cette nuit-là sur différentes lignes à grande vitesse (Nord, Est et Sud-Est), l’enquête s’est focalisée sur ce sabotage à hauteur de Dhuisy.

Or, d’après les avocats, le PV 104, qui retrace 17 heures de filature par une vingtaine de policiers de la sous-direction antiterroriste (Sdat) et de la direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), est truffé d’incohérences.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326704869.jpg

Pont auprès duquel la voiture de Julien Coupat aurait été vue, sur la ligne TGV Est.

L’usage d’une balise GPS clandestine pourrait expliquer certaines de ces contradictions, comme le fait que les policiers affirment avoir perdu la voiture porte de Châtillon, dans un parking souterrain, où une balise ne pouvait plus émettre. Julien Coupat « était suivi à bonne distance grâce à une balise GPS placée sur sa vieille Mercedes », avait expliqué en février 2011 dans Le Nouvel Obs une « source proche de l’enquête ». « À midi, le signal a disparu comme cela arrive quand la cible entre dans un parking souterrain. »

Autre élément troublant, les policiers affirment avoir repéré la Mercedes du couple à l’arrêt en pleine nuit aux abords de la ligne LGV où un crochet sera découvert au matin, sans avoir jamais vu Julien Coupat et Yildune Lévy eux-mêmes sur les voies. Ce qui paraît curieux vu la configuration des lieux, surtout si le couple (qui nie par ailleurs s’être trouvé sur les lieux) s’était aidé d’une frontale comme le soupçonnent les policiers.

« Les policiers ont dû interrompre la filature, puis ont essayé de la reconstituer à partir de constations incomplètes réalisées grâce à la balise », pressent Me Thierry Lévy. Dans Libération (15 novembre 2008) puis dans Le Nouvel Obs (18 février 2011), des policiers ont confirmé avoir utilisé une balise GPS en complément de la filature, avant de nier son existence au juge d’instruction Thierry Fragnoli.

« La Sdat n’a pas été amenée à faire usage de dispositif “GPS” sous le véhicule Mercedes (…) les 7 et 8 novembre 2008 », dément Éric Voulleminot, patron de la Sdat dans un courrier du 26 juillet 2011. Sans préciser si c’était également le cas pour la DCRI, qui suivait aussi la voiture de Julien Coupat.

Le code pénal français est muet sur l’utilisation de balises GPS. Elles ne sont donc pas explicitement soumises à une autorisation du juge, mais pour Me William Bourdon, il est évident que « tous les modes clandestins de surveillance, que ce soit de la parole ou des mouvements, sont illégaux ». « S’il n’y a pas de balise, les constations faites sont impossibles et le PV 104 plonge, mais si les policiers reconnaissent son existence, ils sont dans l’illégalité », résume Me Lévy.

Bref, trois ans après les faits, la justice antiterroriste en est encore à supputer l’utilisation ou non d’un dispositif GPS potentiellement illégal par les policiers chargés de la filature.

Du terrorisme vraiment ?

La qualification terroriste des faits elle-même reste en débat. Les jeunes militants de Tarnac et de Rouen ont été mis en examen pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », Julien Coupat étant lui poursuivi pour « direction et organisation ». Mais jusqu’à l’ordonnance de renvoi devant les assises ou le tribunal correctionnel, les juges d’instruction peuvent décider d’abandonner cette qualification terroriste. Ils n’ont pas tranché pour l’instant.

La définition pénale française du terrorisme est assez floue : il s’agit d’un certain nombre d’infractions « ayant pour but de troubler l’ordre public par la terreur ou l’intimidation ». Jusqu’ici, elle ne s’était jamais étendue aux atteintes aux biens. « Même s’il n’y a pas d’accord international sur la question, globalement on considère que le terrorisme, c’est faire couler le sang, explique Me William Bourdon. Si le juge Fragnoli décide d’étendre cette définition aux atteintes aux biens, il prend une lourde responsabilité, car il ouvre la possibilité de criminaliser demain les formes les plus violentes de la contestation sociale. C’est une jurisprudence qui mettrait la France en marge d’une espèce de consensus international. »

Une déqualification ouvrirait en tout cas une porte de sortie aux trois juges en charge de l’instruction, Thierry Fragnoli, Edmond Brunaud et Yves Jannier, dans un dossier que le gouvernement s’efforce aujourd’hui de faire oublier. Après les premières déclarations tonitruantes de la ministre de l’intérieur Michèle Alliot-Marie, ses successeurs place Beauvau se sont bien gardés de s’exprimer sur un dossier aussi contesté.

« C’est une affaire qui avait un intérêt politique évident et qui a complètement disparu aujourd’hui, estime Me Thierry Lévy. Le temps de l’exploitation politique passé, reste à trouver une solution judiciaire. » Et il n’est pas certain que les mis en examen de Tarnac se contentent d’une sortie par la petite porte.

Leur presse(Louise Fessard, Mediapart, 13 janvier 2012)

Publié dans Répression de la "mouvance anarcho-autonome" en France (2007-...) | Marqué avec | Un commentaire

Procès des responsables de la mort d’Abdelhakim Ajimi, tribunal de Grasse, 16-20 janvier 2012

Le procès des responsables de la mort d’Abdelhakim Ajimi s’ouvre demain, lundi 16 janvier 2012, et devrait durer jusqu’à vendredi 20 janvier.

Ce procès est public.

La famille Ajimi et ses proches ne doivent pas rester isolés. Ne nous déchargeons pas sur les associations et organismes déjà mobilisés car les rapports entre la population et la police nous concernent tous. La mobilisation est de notre responsabilité collective, quelques soient nos origines, nos croyances, notre âge…

La salle d’audience a une capacité d’accueil de 60 places pour le public, soit 30 places pour les personnes qui veulent soutenir la famille Ajimi et 30 places pour les autres. Mais priorité sera donnée à celles et ceux venues pour la famille.

Chaque matin, il faudra se présenter à 8h30 devant la salle d’audience.
Pour l’après-midi, mieux vaut venir au plus tôt.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326701351.png

RAPPEL :

— Point info tous les soirs de 16h à 18h dans les locaux de la CGT (11, rue Gazan à Grasse, près de la cathédrale).

— Mobilisation vendredi 20 janvier toute la journée devant le tribunal de Grasse.

Attention : l’évolution du procès peut entraîner des modifications quant aux dates et heures de ces rendez-vous. Un mail d’information sur la tenue du procès et la suite des évènements sera diffusé chaque soir.

Comité Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi – 15 janvier 2012.


Affaire Ajimi : le père attend « que la justice fasse son travail »

Alors que s’ouvre ce lundi le procès de deux policiers et cinq fonctinnaires mis en cause dans le décès du Grassois de 22 ans, Hakim Ajimi, le père de la victime exige la vérité et la justice.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326701871.jpg

Boubaker Ajimi force le respect. Tout le monde le dit. Deux jours après la mort de son fils aîné de 22 ans, il est allé s’excuser auprès du directeur de l’agence grassoise du Crédit agricole avec qui Hakim avait eu une altercation le 9 mai 2008. Il a aussi versé 200 € pour renflouer le découvert bancaire de son fils décédé. Surtout, depuis cet après-midi tragique, il a toujours gardé son calme, ne détournant jamais sa douleur intérieure de son combat forcé, n’élevant jamais le verbe, refusant la colère, la haine et la vengeance. Mais exigeant la vérité et la justice. Pour Hakim.

Comme pour sa femme Zohra et leurs trois enfants — Hatem, Ekram et Helmi —, la vie de ce Tunisien, carreleur âgé de 54 ans et arrivé en France en 1976, a brutalement changé. La famille a quitté Grasse voilà deux ans. Pour fuir l’insoutenable. Mais quand il part travailler chaque jour sur les chantiers à Saint-Tropez, il emporte forcément sa peine silencieuse avec lui.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326702911.jpg

À la veille du procès, Boubaker Ajimi a accepté de livrer son sentiment sur une tragédie qu’il n’aurait jamais voulu connaître. Et attend que la justice fasse son travail. Tout simplement.

Dans quel état d’esprit êtes-vous à la veille du procès ?

Serein et inquiet. Serein parce que j’ai confiance en la justice française. Inquiet parce l’affaire est jugée à Grasse et que les policiers sont grassois.

Comment vivez-vous depuis la mort de votre fils ?

Notre vie a changé et il nous faut apprendre à vivre avec sa disparition. Il y a des hauts et des bas, de la douleur, de la souffrance. Pas un jour sans que je ne pense à Hakim. Vous savez, c’est très difficile de perdre un enfant. Nous avons perdu un enfant de 22 ans, pas un animal. Je ne le souhaite à personne. On fait tout pour sa mémoire, car Hakim ne nous sera jamais rendu. Les seuls perdants dans cette histoire, c’est nous, sa famille.

Quels ont été les instants les plus difficiles ?

À chaque fois que nous apprenions une mauvaise nouvelle de la justice. Mais cela nous donnait encore plus de courage à nous battre.

Depuis le début, votre attitude calme impressionne beaucoup de personnes. Où puisez-vous cette force de caractère ?

Je suis calme de nature, je n’aime pas l’injustice et le mal. Je souhaite le bonheur à tout le monde et que chacun puisse vivre bien dans sa vie.

Pourtant, juste après la mort de Hakim, on a tenté de faire pression sur vous.

Oui. J’ai reçu des lettres de menace, des coups de téléphone en pleine nuit, mais je n’ai pas prêté attention. J’ai les mains et le cœur propres, la conscience tranquille.

Que pensez-vous de la solidarité qui entoure votre famille ?

Grâce au soutien des gens, des associations, nous n’avons pas traversé cette histoire seuls. Je les remercie du courage qu’ils ont à se battre à nos côtés. Vous savez, nous avons fait beaucoup de sacrifices physiques et financiers. Cela nous a privés de beaucoup de choses. Il y a plus d’un an et demi que je ne suis pas retourné en Tunisie voir mes parents, qui me demandent quand je reviens. À chaque fois, je leur dis la même chose : après le procès.

Certains ont souhaité durcir le ton de la colère. D’autres ont craint que la situation dégénère. Or depuis la mort de votre fils il n’y a jamais eu de débordements. Pourquoi ?

À quoi cela servirait de casser des vitrines et brûler des voitures ? À rien. Je me suis efforcé de toujours calmer le jeu. Même après le jugement, je ne veux pas que la situation s’enflamme. Pour la mémoire de Hakim. On veut que la justice fasse son travail, tout simplement.

Pourquoi avez-vous quitté Grasse il y a deux ans ?

Cela fait trente-cinq ans que j’habite en France. J’aime cette ville, mais il nous était insoutenable de rester à Grasse, de pouvoir croiser les policiers qui ont fait ça. Vous savez, ma femme pleure très souvent la disparition de son fils.

Et quand vous devez y revenir ?

Cela réveille la douleur qui est en moi.

Quel discours tenez-vous à vos trois autres enfants depuis la mort de leur frère ?

Je leur remonte le moral, leur dit de faire le bien dans leur vie pour lui rendre hommage.

Qu’attendez-vous de la justice au cours du procès ?

La vérité. Qu’elle juge ces policiers comme n’importe quel citoyen, car ils doivent être jugés comme tout le monde. Vous savez, je ne suis pas contre la police. Il existe des bons et des mauvais policiers.

Et de ces policiers justement ?

Avec mon épouse et notre fils Hatem, nous serons tous les jours au tribunal. J’attends d’eux qu’ils disent pourquoi ils ont tué Hakim alors qu’il était menotté. Je vais les regarder droit dans les yeux. Eux, je ne sais pas. Je ne sais pas s’ils dorment tranquillement, car quand on a tué quelqu’un, c’est difficile de vivre avec.

Au-delà de ce procès, qu’espérez-vous ?

Que la clé d’étranglement utilisée par la police, une méthode qui entraîne une mort lente et douloureuse qui a tué mon fils, soit interdite.

Si la décision n’est pas celle que vous attendez, comment réagirez-vous ?

S’il n’y a pas de condamnation, nous ferons appel et nous continuerons le combat afin que justice soit faite. Toute ma vie s’il le faut.

Leur presse (Nice-Matin), 16 janvier 2012.


Mort par asphyxie : sept policiers devant les juges

En mai 2008 à Grasse, un homme de 22 ans est mort suite à une interpellation musclée.

Sept policiers sont convoqués lundi à partir de 9 heures devant le tribunal correctionnel de Grasse, pour homicide involontaire ou non-assistance à personne en danger, quatre ans après la mort par asphyxie du jeune Hakim Ajimi lors d’une interpellation musclée.

Les rapports d’expertise médicale ont conclu que le décès du jeune homme de 22 ans — le 9 mai 2008 — était dû à une asphyxie mécanique, résultat d’une compression thoracique et d’une clef de bras au cou pratiquées par deux policiers avec trop de force et durant trop longtemps.

L’avocat de la famille, Franck de Vita, rappelle qu’Hakim Ajimi a été entravé par des menottes aux pieds et aux mains, après avoir résisté à deux agents de la brigade anti-criminalité (Bac), alors qu’il rentrait chez lui à Grasse peu après une altercation avec son banquier.

Hakim Ajimi, qui avait blessé l’un des policiers, s’était retrouvé face contre le sol. Un policier avait pratiqué une clef d’étranglement, son collègue blessé s’était assis sur son dos à califourchon, ce qui était « totalement inutile », arguera l’avocat au cours du procès. Hakim Ajimi a ensuite été « jeté » sans ménagement, inconscient ou déjà mort, dans la voiture de police-secours. Cinq autres policiers devront répondre de « non-assistance à personne en danger ».

Me Gérard Baudoux défend les deux policiers ayant immobilisé Hakim Ajimi qui comparaîtront pour « homicide involontaire » (chef passible de trois ans de prison). L’un d’eux est en outre accusé de « non-assistance à personne en danger » (passible de 5 ans). « Je ne vois pas ce que l’on peut reprocher à l’un ou à l’autre, ils n’ont fait qu’appliquer ce qu’on leur apprend à l’école de police », plaidera-t-il.

Les deux policiers de la Bac avaient notamment été blanchis en mai 2010, après une ordonnance de non-lieu rendue par des juges d’instruction. Mais le procureur de la République de Grasse Jean-Michel Cailliau avait fait appel. « Ce procès nous a toujours paru nécessaire », commente M. Cailliau, « la Cour d’appel a suivi notre opinion ». « La question sera celle de la formation de tous ces personnels », précise-t-il.

Leur presse (Agence Faut Payer), 16 janvier 2012.


Deux policiers de la BAC jugés pour homicide

Ce lundi s’ouvre à Grasse le procès Ajimi du nom d’un jeune décédé en mai 2008 au cours de son interpellation. Sept policiers sont poursuivis, dont deux pour homicide involontaire.

C’est un procès sous tension qui débute ce matin à Grasse. Deux policiers de la brigade anti-criminalité (BAC) comparaissent pour « homicide involontaire » et cinq autres, dont un policier municipal, pour « non-assistance à personne en danger ». Ils devront s’expliquer sur les conditions de l’interpellation tragique d’un Grassois de 22 ans, mort par asphyxie.

Le 9 mai 2008, Hakim Ajimi, suivi pour des problèmes psychiatriques, avait semé le trouble dans sa banque puis s’était violemment rebellé lorsque les policiers avaient procédé à son interpellation. « C’est un homme de 64 kilos, je veux bien qu’il ait une force décuplée mais, face à deux policiers de la BAC, ça ne doit pas poser trop de problèmes », souligne Me Franck de Vita. Et l’avocat de la famille du défunt de noter que les policiers « l’ont immobilisé douze minutes au sol ! On se demande pourquoi. »

La Commission nationale de déontologie avait d’ailleurs conclu en 2010, à « un recours à la force disproportionné dans sa durée et dans son intensité » et « recommandé des poursuites disciplinaires » contre les policiers. Les deux fonctionnaires n’avaient pas été sanctionnés et avaient même obtenu un non-lieu. Ce n’est qu’à la suite d’une décision de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, saisie par le parquet, qu’ils ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel.

« On déplore un mort, c’est en soi un scandale, affirme Me Joël Blumenkranz, l’avocat des deux policiers poursuivis pour homicide, mais est-ce que pour autant il y a un coupable ? Peut-être la victime a-t-elle été l’artisan de son propre décès ? Mes clients n’ont pas conscience d’avoir commis la moindre faute, ils sont dans une certaine sérénité. Ils craignent que l’on apprécie leur situation au regard d’un mouvement d’opinion. »

Leur presse (Michel Bernouin, Metro), 16 janvier 2012.


Affaire hakim Ajimi : Sept policiers devant la justice ce lundi

Sept policiers comparaitront devant la justice pour expliquer la mort par asphyxie d’Hakim Ajimi en 2008.

Quatre ans après la mort par asphyxie du jeune Hakim Ajimi lors d’une interpellation musclée, sept policiers devront se présenter ce lundi devant le tribunal correctionnel de Grasse pour homicide involontaire ou non assistance à personne en danger.

Hakim Ajimi, qui avait blessé l’un des policiers, s’était retrouvé face contre le sol. Un policier avait pratiqué une clef d’étranglement, son collègue blessé s’était assis sur son dos à califourchon, ce qui était « totalement inutile », arguera l’avocat au cours du procès.

« La défense reconnaît à minima que le jeune homme a été immobilisé pendant 12 minutes face contre le sol. Mais on peut parler de 15 mn, voire de 18 mn. L’interpellation intervient à 14h45, l’arrivée de police secours 15h03 »,  précise Me de Vita. Hakim a ensuite été « jeté » sans ménagement, inconscient ou déjà mort, dans la voiture de police-secours. Cinq autres policiers impliqués devront répondre lundi de « non assistance à personne en danger ».

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326703329.jpg

Me Gérard Baudoux défend deux des sept policiers

Me Gérard Baudoux défend les deux policiers ayant immobilisé Hakim Ajimi qui comparaîtront pour « homicide involontaire » (passible de trois ans de prison). L’un d’eux est en outre accusé de « non assistance à personne en danger » (passible de 5 ans).

« Je ne vois pas ce que l’on peut reprocher à l’un ou à l’autre, il n’ont fait qu’appliquer ce qu’on leur apprend à l’école de police », plaide-t-il déjà.

Les avocats de la partie civile présenteront 8 témoins dont 7 témoins oculaires.

La défense fera venir à la barre cinq personnes, dont trois pompiers, le supérieur hiérarchique des policiers et un policier spécialiste des techniques d’immobilisation.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326703353.jpg

Me Franck de Vita, avocat de la famille Ajimi

Pour Me Franck de Vita, « l’affaire est extrêmement simple. S’il n’y avait pas eu un cheminement judiciaire extrêmement tortueux, elle aurait pu être réglée en deux ans ».

Les deux policiers de la Bac avaient notamment été blanchis en mai 2010, après une ordonnance de non-lieu rendue par des juges d’instruction. Mais le procureur de la République de Grasse Jean-Michel Cailliau avait fait appel.

En septembre 2010, la cour d’appel d’Aix-en-Provence avait renvoyé les deux policiers devant le tribunal correctionnel de Grasse.

« Ce procès nous a toujours paru nécessaire », a commenté samedi Jean-Michel Cailliau, « la Cour d’appel a suivi notre opinion ».

« La question sera celle de la formation de tous ces personnels », précise-t-il, même si la victime, très fragile psychologiquement, a « traversé une crise » au moment de l’interpellation.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326703401.jpg

Boubaker Ajimi, le père de la victime

Les abords du tribunal pourraient se transformer la semaine prochaine en tribune des comités de soutien à la famille et aux policiers.

Il y a une semaine deux cents personnes s’étaient rassemblées à Grasse en mémoire de la victime.

« Cela fait quatre ans qu’on se bat pour ce procès », avait alors confié son père Boubaker Ajimi, « c’est un combat dur, on a perdu un enfant de 22 ans ».

« Ce n’est pas un procès contre la police, mais contre des policiers qui doivent être jugés comme des citoyens », avait-il précisé.

Leur presse (Anne Le Hars, France 3 Côte d’Azur), 15 janvier 2012.


L’affaire Ajimi jugée à partir d’aujourd’hui

Deux policiers comparaissent ce matin pour une arrestation qui aurait mal tourné en 2008.

Des policiers se retrouvent à la barre, ce matin. Deux fonctionnaires de la brigade anti-criminalité (Bac) de Grasse comparaissent devant le tribunal correctionnel de la cité des parfums pour « homicide involontaire » sur la personne d’Abdelhakim Ajimi. Ce Grassois de 22 ans est décédé d’une asphyxie, après avoir été interpellé par la police le 9 mai 2008, selon les expertises médicales. Les forces de l’ordre étaient intervenues lors d’une altercation opposant Abdelhakim Ajimi à son banquier. Le jeune homme s’était alors débattu, avant d’être plaqué au sol et immobilisé. Il pourrait avoir succombé à une compression thoracique et à une clef de bras trop longues et trop fortes, pratiquées par les policiers, l’empêchant ainsi de respirer.

L’un des deux agents de la Bac est aussi jugé pour « non-assistance à personne en danger ». Un chef d’accusation retenu également à l’encontre d’un policier municipal et de quatre autres fonctionnaires de police-secours, ayant conduit Abdelhakim Ajimi au commissariat sans se rendre compte de son état.

Rebondissements

Devenu « l’affaire Ajimi », ce fait divers avait suscité une vive polémique lorsqu’en décembre 2008, les deux policiers avaient été placés sous le statut de témoins assistés. Un comité de soutien, « Justice pour Hakim », avait alors vu le jour. Un an plus tard, à la demande du parquet de Grasse, les policiers sont mis en examen. Un non-lieu est prononcé. Les avocats de la famille Ajimi et le parquet grassois font appel. Finalement, en 2010, la Cour d’appel d’Aix-en-Provence ordonne le renvoi devant le tribunal correctionnel de Grasse des deux agents de la Bac. « On est satisfait d’en découdre parce qu’on a eu des bâtons dans les roues ! En temps normal, l’affaire aurait pris dix-huit mois », estime Me Franck De Vita, l’un des avocats de la famille. Les faits remontent aujourd’hui à 4 ans… », rappelle-t-il. Les deux policiers risquent jusqu’à 3 ans d’emprisonnement, selon leur avocat Me Gérard Baudoux.

Leur presse (Alexia Ighirri, 20Minutes.fr), 16 janvier 2012.

Publié dans Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Procès des responsables de la mort d’Abdelhakim Ajimi, tribunal de Grasse, 16-20 janvier 2012

[Périgueux] Déclaration de soutien au squat L’Éphémère, par le Collectif libertaire Marius Jacob

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1306834526.jpg

Déclaration

Le Collectif Libertaire Marius Jacob de Périgueux apporte son total soutien aux habitantEs de la maison située 23 boulevard Bertran de Born à Périgueux. DéclaréEs occupantEs illégales/illégaux, victimes de calomnies et de qualificatifs injurieux, notre solidarité leur est entièrement acquise. Dans ce monde, les « réussites » annoncées et valorisées par les politiciens, leurs zélateurs et leurs nombreux complices médiatiques ne sont pour nous que des échecs retentissants concernant les droits des êtres vivants, la paix et l’égalité entre les humains, le respect des milieux de vie et tant d’autres domaines.

Celles et ceux qui, courageuses/courageux, pousséEs par la nécessité mais aussi par leurs aspirations à une autre société, prennent leur vie en main et, dans le cas présent, ont occupé, pour se loger et développer des activités sociales, des locaux vides voués à la dégradation progressive et probablement destinés prochainement à être livrés à la spéculation immobilière, celles-là et ceux-là méritent respect, encouragements et approbation.

La propriété privée est née et s’est développée sur les bases de l’extorsion, de la prédation, du pillage, du meurtre, du viol, de la duperie… En quoi serait-elle respectable, en tant que telle, et, particulièrement, lorsqu’elle est en contradiction avec la survie des pauvres.

Les compagnes et compagnons habitant le logement précédemment désigné ont mis en actes la parole de Jacob, devant le tribunal prétendant le juger — « le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend » — que revendique, en toute modestie, le Collectif Libertaire Marius Jacob.

Collectif Libertaire Marius Jacob, 10 janvier 2012.

Publié dans Luttes du logement | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Périgueux] Déclaration de soutien au squat L’Éphémère, par le Collectif libertaire Marius Jacob

[Azawad] La version officielle

Otages au Mali : l’armée renforcée dans le nord, contacts avec les ravisseurs

L’armée du Mali a renforcé sa présence dans le nord où ont été enlevés par Al-Qaïda cinq otages européens et des « contacts » ont lieu avec les ravisseurs, annonce faite vendredi au moment où se tient à Tombouctou (nord) un festival auquel participent des Occidentaux.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326638186.jpg

Des soldats maliens en patrouille (AFP/Archives)

« Des hommes, du matériel, plus de 200 véhicules, ont été déployés par l’armée malienne dans le nord », a affirmé une source administrative, information confirmée par un officier malien qui a précisé que les soldats « sont aujourd’hui à Tinzawaten pour sécuriser notre pays ».

Dans le dispositif en place, deux avions de combat MIG sont positionnés à l’aéroport de Gao, et deux autres petits avions font des vols de reconnaissance à partir de Tombouctou, a constaté un journaliste de l’AFP.

Le général Sadjo Gassama, ministre malien de la Sécurité, a affirmé à Tombouctou que « le gouvernement dégagera tous les moyens nécessaires pour assurer la sécurité des biens et des personnes dans le nord du Mali. L’État sera de plus en plus présent. »

Il a dit avoir inauguré « deux brigades de gendarmerie » dans la région de Tombouctou où trois des cinq otages — un Suédois, un Sud-africain ayant également la nationalité britannique et un Néerlandais — ont été enlevés le 25 novembre, au lendemain du rapt de deux Français à Hombori, également dans le nord.

Un otage allemand se trouvant avec les trois autres Européens à Tombouctou, qui avait résisté à son enlèvement, a été abattu.

Ces cinq enlèvements ont été revendiqués par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui a menacé jeudi de tuer les otages.

Faisant état « d’opération militaire » en préparation, Aqmi a écrit dans un communiqué : « Nous adressons un avertissement à la France, le Royaume-Uni, la Hollande (Pays-Bas) et la Suède : s’ils autorisent cette opération, cela signifie la mort de leurs ressortissants et une atteinte à leur vie, dont ils ont la responsabilité ».

Sécurité des touristes garantie

Le ministre de la Sécurité a cependant affirmé que « des contacts de négociations » sont pris par son gouvernement concernant les otages.

Ces derniers développements surviennent au moment où se tient dans la périphérie de Tombouctou un festival culturel, Le Festival au désert, qui s’est ouvert jeudi soir et s’achève s’achève samedi.

Bravant les risques d’enlèvement, plusieurs Occidentaux y participaient, a constaté un journaliste de l’AFP. « Je suis rassuré que le Festival au désert se tienne avec la participation de touristes étrangers dont la sécurité est garantie », a affirmé le général Gassama.

L’instabilité provoquée par les activités d’Aqmi dans le nord du Mali, où elle possède des bases, a été renforcée par le retour de Libye de plusieurs centaines d’ex-rebelles touareg maliens qui avaient combattu aux côtés des forces du leader libyen déchu Mouammar Kadhafi.

Le déploiement de l’armée malienne dans le nord est aussi destiné à contrer les activités de groupes d’ex-rebelles touareg qui refusent la main tendue du gouvernement, comme d’autres l’ont fait, affirmant vouloir « la paix » au Mali. [sic]

Ils ont quitté précipitamment Tinzawaten lors de l’arrivée récente des troupes gouvernementales, indique-t-on de source militaire malienne.

En avril 2010, Algérie, Mauritanie, Niger et Mali, pays les plus touchés par les activités d’Aqmi, ont créé un Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cémoc) basé à Tamanrasset (sud de l’Algérie), dont l’objectif est d’arriver à mener des opérations conjointes dans chacun des pays affectés.

En décembre, des militaires algériens ont été vus dans le nord du Mali. De sources militaires et diplomatiques, on avait indiqué qu’ils étaient là pour « apporter assistance » à l’armée malienne dans la lutte « contre l’insécurité et le terrorisme ».

Leur presse (Agence Faut Payer, 13 janvier 2012)

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Azawad] La version officielle

[Azawad] Et la « culture » est là pour « faire oublier » les préparatifs du massacre

Mali-culture-festival-tourisme-sécurité [sic], Mali : à Tombouctou, un festival avec la star Bono fait oublier Al-Qaïda

À Tombouctou, mythique ville du nord malien où des touristes ont été enlevés et un tué en novembre par Al-Qaïda, des milliers de personnes — dont des Occidentaux — ont défié les consignes  sécuritaires… le temps d’un festival sur les dunes avec la rockstar Bono.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326637319.jpg

« Je suis là parce que d’abord j’aime le désert », dit Kateely, une sémillante Américaine parmi les quelques dizaines de touristes ayant bravé les recommandations de leurs pays à éviter cette région du vaste désert malien affecté par les activités d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

« Ensuite », dit-elle, « ne pas venir » à Tombouctou, « c’est isoler davantage » la zone.

Nuit de vendredi à samedi. Le « Festival au désert », rendez-vous culturel annuel depuis dix ans, est à son deuxième jour. Le thermomètre qui affiche 12 degrés Celsius n’a pas découragé les spectateurs.

En chèche, manteau, veste ou chaussettes doublées sous les sandales, ils  sont environ 3.000, massés autour de la scène : une estrade dressée au milieu de quatre dunes de sable ou défilent pendant trois jours des artistes maliens, nigériens, mauritaniens, soudanais, indiens, canadiens…

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326637467.jpg

Cela fait déjà une heure que se déroule le concert lorsque les projecteurs s’affolent et qu’une clameur s’élève. C’est Bono, leader du groupe U2 et invité-vedette, qui arrive. Tout de noir vêtu, coup de rein à gauche, puis à droite, l’Irlandais lève la main vers les spectateurs et hurle « Nous sommes  tous ici des frères ! », déclenchant l’hystérie de jeunes filles qui tentent de monter sur scène, sans succès : ses quatre gardes du corps veillent, tout comme le discret dispositif de sécurité encadrant l’évènement.

Le public, debout, applaudit à tout rompre le rocker, qui est rejoint sur scène par le groupe malien Tinariwen, composé de Touaregs, que certains surnomment « la voix des déserts ».

Sa prestation finie, Bono s’éclipse sur d’enthousiastes « merci ! merci ! » de la foule. « Il est arrivé (à Tombouctou) malgré tout ce qu’on dit sur la sécurité ici. Nous n’oublierons jamais ce qu’il a fait », lance le musicien malien Bassékou Kouyaté.

Fin novembre, cinq Occidentaux ont été enlevés dans le nord du Mali, dont trois à  Tombouctou. Un autre y a été tué en tentant de résister à ses ravisseurs.

Les rapts et le meurtre ont été revendiqués par Aqmi qui, à quelques heures  de l’ouverture du festival, jeudi, avait menacé de tuer les otages, en faisant état « d’opération militaire » en préparation et en mettant en garde leurs pays d’origine : France, Royaume-Uni, Pays-Bas et Suède.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1326637527.jpgNok, étudiant touareg, est venu du Maroc par militantisme, « pour dire “Non  au terrorisme” ». « C’est notre devoir », dit-il. « Regardez les moyens déployés par l’État pour assurer la sécurité du  festival », lâche son voisin, montrant une dizaine de « technicals » (véhicules  chargés de mitrailleuses).

Une Française explique avoir fait « clandestinement » le voyage pour assister au festival. « Si mon pays le savait, on allait me l’interdire. »

Un banquier britannique indique anonymement avoir relié Londres à Tombouctou à bord d’un jet privé, peu soucieux des consignes officielles.

« J’aime cette ambiance ! J’aime le climat ! Et les organisateurs (du festival) m’ont donné des assurances » quant à la sécurité.

« Il y a quelques années, ce sont des milliers de touristes qui accouraient vers le festival. À cause de la situation, ils ne sont aujourd’hui plus que quelques dizaines. Aqmi a gagné la première manche », déplore Bachir, un  informaticien.

En dépit des risques, Manny Ansar, directeur du festival, a maintenu la  manifestation. « C’est très important, malgré tout ce qui s’est passé, que l’événement de déroule », déclare-t-il.

Alous, patron d’une auberge, s’inquiète pour l’avenir. « Il faut tout faire pour amener les touristes », sinon « il n’y aura pas d’entrée d’argent, et la jeunesse de Tombouctou n’aurait rien à se mettre sous la dent, et c’est la porte ouverte à tout ».

Leur presse (« Serge Daniel », Agence Faut Payer, 15 janvier 2012)

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Azawad] Et la « culture » est là pour « faire oublier » les préparatifs du massacre