[Ex-Mali] Le pseudo-président « de transition » lynché par la foule en colère

Mali. Le président Traoré hospitalisé

Il a été agressé par des manifestants dans son bureau près de Bamako.

Le président intérimaire malien Dioncounda Traoré a été frappé et blessé lundi 21 mai à son bureau de Koulouba, près de Bamako, par des manifestants en colère contre sa désignation comme chef de la transition, et hospitalisé mais sa vie n’est pas en danger, ont annoncé des sources concordantes.

Dioncounda Traoré « a été tabassé et blessé » par les manifestants, « il a été transporté à l’hôpital », a déclaré Baye Coulibaly, reporter du quotidien gouvernemental l’Essor qui se trouvait au siège du Secrétariat général où travaille le président intérimaire. La bâtiment se situe à côté du Palais présidentiel, saccagé et inoccupé depuis le coup d’État du 22 mars.

Une source de proche du président intérimaire, puis un employé du Secrétariat général, ont confirmé ces informations. « Les manifestants, qui étaient très nombreux, ont déjoué les forces de sécurité, (…) ils l’ont trouvé dans son bureau, il a été frappé mais sa vie n’est pas en danger. Il a été conduit à l’hôpital », a expliqué la source au Secrétariat général. Son admission à l’hôpital a, elle, été confirmée par une source médicale, qui n’a toutefois pas fourni de précisions sur son état de santé.

Une journée de manifestations

« Tous les locaux » officiels à Koulouba, « du Secrétariat général au ministère des Affaires étrangères ont été investis par les manifestants », a expliqué le reporter de l’Essor. Selon un photographe de l’AFP présent sur les lieux, des centaines de manifestants ont réussi à entrer dans le Palais présidentiel, malgré la présence d’une centaine de membres de la Garde nationale.

D’après la source au Secrétariat général, « les manifestants ont débordé les forces de sécurité, qui protégeaient l’avant et les flancs » des bâtiments, « mais les manifestants sont venus par derrière ».

Une période d’instabilité politique au Mali

Ces violences surviennent au lendemain d’accords sur la transition après le coup d’État du 22 mars par des militaires menés par le capitaine Amadou Haya Sanogo qui avait renversé le président Amadou Toumani Touré.

Ces accords, conclus par le capitaine Sanogo, les autorités intérimaires et l’Afrique de l’Ouest, prévoient notamment l’octroi du statut d’ex-président au capitaine Sanogo, et la désignation de Dioncounda Traoré comme chef de la transition pour un an à compter de mardi, date d’expiration des 40 jours d’intérim prévus par la Constitution.

Leur presse (Le Nouvel Obs.com avec l’Agence Faut Payer, 21 mai 2012)

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[Vive la belle] Évasion en marge d’une visite de Taubira

Christiane Taubira a assisté vendredi dernier à un challenge de basket réunissant détenus et personnel pénitentiaire à Paris-Bercy. Une première sortie de la nouvelle ministre de la Justice marquée par l’évasion d’un des prisonniers, selon les informations recueillies par Europe 1.

Le détenu qui s’est fait la belle est un Géorgien de 22 ans condamné pour vols et recels qui devait sortir de prison l’an prochain. Les surveillants ont rapidement donné l’alerte mais pour l’instant, pas de traces du fugitif.

Publié par des amis des matons (Europe1.fr, 21 mai 2012)

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[Besançon] « On va les crever ces bâtards de flics ! Ils ne sont que trois ! Venez, on va les défoncer ! »

« Cette affaire-là, c’est le terreau de l’amalgame et du racisme qui se développent dans notre pays » [sic], indique en préambule le président Baud. Face à lui, les deux jeunes de 19 ans répondent de violences, outrages et menaces de mort envers des policiers. Notamment pour avoir lancé des cailloux en direction des forces de l’ordre, l’un des fonctionnaires ayant entendu siffler près de sa tête une pierre qui s’est avérée avoir 20 cm de diamètre, comme le soulignera Me Kabbouri, avocate des policiers blessés, avoir rappelé que ceux-ci étaient tombés « dans un véritable guêt-apens » et s’être interrogée : « En ouvrant ce dossier, on se demande si on est à Besançon… ».

Le 18 mars dernier en effet, suite à l’interpellation d’un jeune qui faisait des rodéos à moto, le carrefour entre les rues Berlioz et Blum a été le théâtre d’émeutes urbaines. Des poubelles ayant été incendiées, les sapeurs-pompiers sont intervenus, secondés par des policiers. Ceux-ci vont rapidement être pris pour cible par la trentaine d’individus armés de barres de bois et d’objets incendiaires.

Des pierres volent. Et lorsqu’un des jeunes sera appréhendé, il appellera à l’émeute : « On va les crever ces bâtards de flics ! Ils ne sont que trois ! Venez, on va les défoncer ! »

L’arrivée de six policiers en renforts les dissuadera. Mais les interpellations seront marquées par des coups de poings et de pieds des jeunes qui se seront débattus.

Parlant de comportements « intolérables », le procureur requiert 10 mois avec sursis et mise à l’épreuve pour chacun des deux prévenus, dont l’un avait déjà deux mentions au casier judiciaire, l’autre n’ayant jamais été condamné.

PEINES AVEC SURSIS ET STAGE DE CITOYENNETÉ

Pour la défense MMe Giacomoni et Vernet parleront d’une « situation explosive », d’un « contexte nébuleux » et pointeront « des contradictions dans les déclarations de policiers » pour plaider que leurs clients « ont proféré des insultes mais n’ont pas commis de violences ».

Le tribunal est finalement allé au-delà des réquisitions du parquet en infligeant un an avec sursis et 150 heures de travail d’intérêt général (TIG) à accomplir pour l’un, un an et demi avec sursis et 120 heures de TIG pour l’autre. Tous deux devront également suivre un stage de citoyenneté et indemniser les parties civiles.

Publié par des amis de la police (L’Est républicain, 21 mai 2012)

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[Dijon] « La ville est notre terrain de jeu. Tout peut arriver »

Dijon – « Privatisation sauvage » pour la rue Berbisey

« La ville est notre terrain de jeu. Tout peut arriver », proclamaient hier rue Berbisey, à Dijon, des affichettes annonçant « l’acte de renaissance de la commune libre Berbisey ».

La veille, à partir de 21 heures, des groupes festifs avaient littéralement « privatisé » une portion de la rue, interdisant la circulation et envahissant la chaussée de spectacles, cracheurs de feu, chants, apéritif géant.

« C’était plutôt sympa au début. Il y avait des enfants, c’était agréable, joyeux, bon enfant », dit un riverain.

« Pas de faits graves »

Trois cents à 400 personnes ont participé à la fête, qui, selon certains propriétaires de débits de boissons et habitants de la rue, a quelque peu dégénéré au fur et à mesure qu’avançait la soirée : « un feu a été allumé. Les pompiers ne sont pas venus. Il y avait des gens ivres partout, ça criait, ça hurlait. Les policiers ont été alertés. Ils ne sont pas venus. »

Pour le patron d’un restaurant, « les brigades anti-ivresse de la police, il fallait qu’elles viennent ce soir-là. Et on ne les a pas vues. Pourtant il y en avait des gens ivres ! Après on va dire que ce sont les bars et les restos qui font le bazar, et on va les sanctionner ! Et puis, dans un fonctionnement social normal, qui peut privatiser une rue ? »

Hier, les services municipaux enlevaient les tags qui avaient orné les murs et les chaussées durant la nuit…

À l’état-major de la sécurité publique, on expliquait qu’« un dispositif spécifique a été mis en place lorsque la fête a été connue. Il n’a pas eu à intervenir. Nous n’avons constaté aucun fait grave, et nous avons effectué des constats pour les tapages et les tags. La situation sera analysée. Il y aura un débriefing et nous en tirerons les enseignements avec tous nos partenaires. »

L’article 4 de l’affiche annonçant la renaissance de la commune libre Berbisey stipule que « les services de la municipalité sont forcés d’admettre un certain désordre. Ils s’efforcent de le limiter en organisant des fêtes hygiéniques pour le bien-être de tous. La commune libre Berbisey ne se satisfait d’aucune fête de la musique ou autre Saint-Vincent, lors desquelles tout corps est réduit au rôle de consommateur-spectateur. Elle commence là où prend fin le contrôle, là où la vie devient insaisissable par le pouvoir ». Tout un programme, qui promet l’organisation d’autres « fêtes de rue sauvages ».

Leur presse (BienPublic.com, 19 mai 2012)

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La police travaille à Tamines (Belgique)

Noyé dans la Sambre en tentant d’échapper à la police

Un jeune homme âgé de 25 ans, qui a tenté d’échapper à un contrôle de police ce dimanche matin à Tamines, a pris la fuite en courant. Il est tombé dans la Sambre et est mort noyé, a-t-on appris auprès du parquet de Namur.

« La police de Sambreville a procédé à un contrôle d’identité car des riverains se sont plaints de son comportement. Mais il n’avait pas de documents d’identité officiels. Lorsque les forces de l’ordre ont voulu contrôler son sac à dos, il a pris la fuite en courant vers la Sambre et est tombé dedans », a indiqué le substitut du procureur de Namur.

Le corps de la victime n’a pas encore été retrouvé. « Les services de secours ont récupéré son sac à dos qui contenait des documents normaux, comme un abonnement de bus », a ajouté le substitut. Les recherches pour retrouver le corps sont actuellement en cours.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Belga.be, 20 mai 2012)

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[« Antiterrorisme »] Adlène Hicheur élargi

Condamné pour terrorisme, Adlène Hicheur libéré de prison

Bonne nouvelle pour la famille Hicheur et ses soutiens. Adlène Hicheur, qui avait été condamné récemment pour des soupçons de terrorisme à quatre ans de prison ferme, a été libéré de prison mardi 15 mai. Bien qu’il continue de clamer son innocence, il a préféré ne pas faire appel de la décision pour éviter huit mois de prison supplémentaire. La nouvelle a été confirmée à Saphirnews jeudi 17 mai.

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Adlène Hicheur est libre depuis le 15 mai. Ici, Halim Hicheur, son frère (à g.), et Jean-Pierre Merlo, membre du comité de soutien au physicien du CERN.

Adlène Hicheur avait été condamné le 4 mai à cinq ans de prison, dont quatre ans ferme pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ». Son procès, qui s’était tenu fin mars peu après les tueries de Toulouse et de Montauban, a été largement couvert par les médias mais c’est avec la plus grande discrétion que le physicien du Centre européen de recherche nucléaire (CERN) a finalement été libéré dans la soirée du mardi 15 mai, après plus de deux ans et demi de détention.

Cette information nous a été confirmée jeudi 17 mai par Jean-Pierre Lees, président du comité de soutien à Adlène Hicheur. Sa libération a été décidée « grâce au cumul des réductions de peine pour casier judiciaire vierge et pour bonne conduite en prison, ce qui montre bien que cette peine servait essentiellement à couvrir et à justifier la durée de la détention provisoire », nous déclare-t-il.

Son comité de soutien estime en effet que le maintien en prison du physicien depuis octobre 2009 était illégal et abusif. D’autant que l’existence même de Mustapha Debchi, présenté par l’accusation comme un responsable d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) en Algérie avec qui Adlène Hicheur aurait échangé des courriels en vue de préparer un attentat sur le sol français, a sérieusement été mise en doute par la défense.

Un innocent toujours coupable aux yeux de la justice

Adlène Hicheur est désormais libre mais reste toujours reconnu coupable par la justice malgré un dossier sans sérieuses preuves matérielles tangibles. Ne voulant pas voir ses remises de peine annulées, « il n’a pas fait appel pour éviter de rester huit mois de plus en prison », explique M. Lees.

Le physicien, qui n’a cessé de clamer son innocence, avait seulement dix jours, soit jusqu’au 13 mai, pour faire appel de la décision du tribunal correctionnel de Paris. Il a préféré en finir avec le cauchemar de la prison et revoir sa famille, auprès de laquelle il espère bien pouvoir se ressourcer et se reconstruire loin, très loin des caméras et de tout tapage médiatique.

Leur presse (Hanan Ben Rhouma, SaphirNews, 18 mai 2012)

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[Ah ! ça ira, ça ira, ça ira ! Les chouans à la lanterne] Falsification bondieusarde et contre-révolutionnaire de l’histoire de Paris

Le « Métronome » de Lorànt Deutsch, un livre idéologique ?

Vendu à 1,5 million d’exemplaires et adapté par France 5, le livre Métronome de Lorant Deutsch est un succès. Cet ouvrage pose pourtant « problème » pour des historiens.

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Lorànt Deutsch dans la série « Métronome »

Passé par la télévision, le théâtre et le cinéma, Lorànt Deutsch est aujourd’hui associé au monde de la littérature depuis la sortie, en 2009, de Métronome, l’histoire de France au rythme du métro parisien, son premier livre consacré à l’histoire de Paris.

Des historiens, blogueurs et passionnés ont réagi après l’adaptation coûteuse (1 million d’euros, par les deniers publics) de l’ouvrage par France 5. Ils s’interrogent quant à une certaine vision de l’histoire, notamment « pro-royaliste », « anti-républicaine » et « anti-révolutionnaire ».

Car jusque là, peu de médias ont été critiques, autant à l’égard du livre que de la série télévisée :

« Un pavé d’une science impressionnante » selon BibliObs ;

« Un récit enlevé de l’histoire de France vue de Paris, entre vulgarisation et
effluves d’une réelle érudition » selon Libération ;

« Cette série donne envie de chausser ses meilleures baskets pour parcourir la
ville » selon Le Monde ;

« Une prouesse technique et ultra pédagogique » selon Télérama.

La série a été regardée en moyenne par 1 million de téléspectateurs, un record pour la chaîne française sur cette case horaire. Et comme le précise William Blanc, doctorant en histoire et président de l’association d’éducation populaire Goliard(s), l’ouvrage n’a pas été confiné à quelques érudits.

« “Métronome”, disponible au rayon histoire, est en passe de faire autorité pour ses millions de lecteurs, repris par des responsables politiques (Robert Hue en a fait son coup de cœur) et scolaires (à Paris, ici et ). Ce qui est mis à bas, c’est l’action patiente des historiens de terrain et des éducateurs populaires qui, depuis des décennies, interviennent en milieux scolaire. »

Dans les livres : des erreurs historiques

Dans la préface du livre, Lorànt Deutsch annonce qu’il va raconter « l’Histoire […] encore vivante sur les lieux où jadis elle se déroula ». Premier souci : aucune source et aucune bibliographie ne sont disponibles.

Et le Métronome comporte des erreurs : « au moins une dizaine » selon William Blanc. Parmi elle, il est par exemple écrit dans le Métronome illustré  :

« Quand Childéric s’envola pour le paradis des guerriers germains, son fils Clovis acheva [le Louvre]. »

William Blanc corrige :

« Le Louvre aurait été construit par le père de Clovis, alors qu’il l’a été parPhilippe Auguste, sept siècles plus tard, en 1190. »

Mais pour le site Histoire pour Tous, les coquilles sont une chose, avancer des faits sans « étayer », en est une autre :

« Lorànt Deutsch affirme mais ne livre aucune vision critique. Par exemple, sa théorie comme quoi Jeanne d’Arc serait la demi-sœur du roi Charles VII […]. Avancer des hypothèses, c’est le b.a.-ba de tout livre d’histoire. Mais on ne peut pas se contenter de lancer un pavé dans la mare en quelques mots, sans rien justifier, et passer ensuite au paragraphe suivant. »

Exemples des épisodes 1 et 2 de la série

Prenons pour exemple le prolongement télévisuel du Métronome, soit l’adaptation de l’ouvrage par France 5, réalisée par Fabrice Hourlier. Concentrons nous sur les deux premiers épisodes, qui durent environ cinquante minutes chacun.

Des rois, chefs et saints omniprésents

Au-delà des Lutéciennes « qui faisaient leur shopping » au forum et des raccourcis chronologiques soudain entre le VIe et le XIVe puis le VIIe et le XIIe, Lorànt Deutsch a une particularité : il ne parle pratiquement que des saints, des empereurs, des chefs, des rois. Et les encense.

Ce sont eux, et seulement eux, qui font l’histoire. De Saint Denis « notre saint » à Martin de Tours, « un homme généreux qui se consacra aux pauvres », en passant par Sainte Geneviève qui, avec son « charisme, sa foi chrétienne, son autorité et sa richesse, lui permettent de prendre la haute main sur le destin de Paris », on ne compte plus les hommes d’Église.

Omissions historiques et légendes au présent de vérité générale

Dès lors que Lorànt Deutsch parle de sanctuaires, d’abbayes ou d’églises, une musique dramatique est utilisée. Le vocabulaire de l’écrivain est parfois exagéré lorsqu’il s’agit de décrire ces lieux avec objectivité : « grandeur de notre patrimoine » ; « symbolique » ; « émouvant » ; etc.

Et tout est fait pour glorifier, en oubliant certains passages de l’histoire, ou en ommettant d’employer le conditionnel :

• En 885, Paris est assiégé par les Vikings. Et selon Lorànt Deutsch, dans l’épisode 2, c’est le comte de Paris d’alors, Eudes de France, « véritable héros », qui a permis de les faire partir. Il oublie de préciser que le roi Charles III le Gros a dû payer un tribut aux Vikings pour qu’ils déguerpissent.

• Les miracles ? Ils existent ! Martin de Tours sauve un lépreux et l’évêque Saint Marcel tue une bête mystérieuse. Lorànt Deutsch raconte aussi l’histoire du serrurier Biscornet à Notre-Dame qui signe un pacte avec le diable. Tout cela est raconté au présent, sans aucune précision ou mise en garde.

Les révolutionnaires, ces horribles « persécuteurs »

Enfin, avec Lorànt Deutsch, il ne fait pas bon être révolutionnaire et défier l’ordre, la monarchie ou la royauté. Car avant même que la révolution ne soit évoquée par l’écrivain, les acteurs en prennent pour leur grade.

L’écrivain parle, dans un premier temps, de « fureur révolutionnaire » ; « fureur populaire » et des « nouveaux persécuteurs » qui « saccagèrent » une abbaye bénédictine. Dans l’épisode 2, le présentateur va plus loin.

Selon lui, les révolutionnaires auraient sciemment stocké du salpètre [poudre à munition, ndlr] dans l’église Saint-Germain avec « une volonté réfléchie de faire pourir de l’intérieur le fondement des édifices religieux ». Sans forcément préciser qu’il pouvait tout simplement s’agir d’un lieu de dépôt pour les armes.

Et lorsqu’il évoque le roi Dagobert, au sujet de sa mauvaise réputation, la faute revient à « la brutalité révolutionnaire ». Il précise :

« La Révolution, qui se moque bien de la vérité historique, a produit cette rengaine pour railler les rois et les saints. »

Des convictions politiques trop visibles

D’après William Blanc, ces erreurs et ommissions sont « orchestrées » afin de rendre compte d’une histoire « où rois et saints catholiques sont à la fois héros et moteur ». La comparaison avec le livre Le Tour de la France par deux enfants est appropriée selon lui.

Sur le site Histoire pour Tous, J. Perrin acquiesce :

« L’histoire ne cesse de graviter autour des rois, des reines et de leurs proches au point que nous avons parfois le sentiment que c’est à eux seuls que nous devons cette histoire. »

Matthieu Lépine, professeur d’histoire, parle en ces termes de l’émission dans un article consacré à la série :

« Cette émission, présentée comme un outil d’éducation populaire n’est en réalité qu’une arme de propagande, faisant à la fois l’éloge de la monarchie, la glorification de la chrétienté et le réquisitoire de la Révolution française. »

Et William Blanc de conclure :

« Derrière cette vision, il y a sans doute un auteur qui a du mal à cacher ses convictions royalistes et catholiques ultra. »

Lorànt Deutsch : « un royaliste de gauche »

Loin de la frilosité de certains artistes à s’épancher sur leurs opinions, l’écrivain français assume ses positions politiques dans les médias : il se dit « royaliste de gauche ».

Il l’a afffirmé au micro de RMC le 28 septembre 2009, puis lors de l’émission « On n’est pas couché » le 27 novembre 2010, et plus récemment sur Europe 1 le 6 avril 2012.

Et au Figaro, en mars 2011, il déclare :

« Pour moi, l’histoire de notre pays s’est arrêtée en 1793, à la mort de Louis XVI. Cet événement a marqué la fin de notre civilisation, on a coupé la tête à nos racines et depuis on les cherche […].

C’est comme avec la religion, on essaie de faire triompher la laïcité, je ne sais pas ce que cela veut dire. Sans religion et sans foi, on se prive de quelque chose dont on va avoir besoin dans les années à venir. Il faut réintroduire la religion en France, il faut un concordat. »

Presse contre-révolutionnaire (Rue89, 20 mai 2012)

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Dépasser le capitalisme de crise

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Comité international autonome contre la normalité capitaliste

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[Hambourg] Action directe contre l’esclavage salarial

Les vitres de l’agence pour l’emploi de Hambourg-Eimsbüttel ont été descendues dans la nuit du 30 avril.

“Travail ? Le travail enlève toute passion pour la vie, il la réduit à produire et consommer, vous enlève tout instant pour rêver et vivre. Tu travaille pour un patron, pour telle entreprise, pour l’État… Je ne laisserai jamais ma vie être régie par la dictature du travail !”

Ils ne veulent pas nous voir morts, mais plutôt esclaves du Travail ! Mais de temps en temps un coup doit être porté, afin de remettre les choses en ordre.

Comme avec Christy Schwundeck, qui a été abattue par les flics au centre pour l’emploi de Francfort, juste parce qu’elle ne voulait pas se soumettre aux intimidations habituelles.

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Courage pour Holger Wiemann, qui a été condamné à 3,5 années de prison pour avoir mis le feu au centre pour l’emploi de Wuppertal depuis qu’il était enragé contre celui-ci.

Nous ne l’acceptons plus ! Il n’y a rien à attendre, auto-déterminons nos propres vies !

Solidarité avec ceux qui ont été accusés à tort de notre attaque !

Traduit de l’anglais (Direct Action) par Contra Info, 16 mai 2012

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[Impunité des délinquants en uniforme] Sur les plaintes déposées suite à l’attaque du CCL le 15 janvier 2011 à Lille

Interpellations au Centre culturel libertaire : la plainte d’un sympathisant classée

Le 15 janvier 2011, le Centre culturel libertaire organise une soirée de soutien au journal La Brique. La police investit les lieux et procède à une série d’interpellations. Deux plaintes sont déposées contre les forces de l’ordre. Mardi, l’avocate d’un des plaignants a appris que la sienne venait d’être classée.

Quatre heures du matin, le 15 janvier 2011, rue de Colmar à Wazemmes. Une patrouille de police intervient pour un inconnu en pleine séance de tags. Sur place, tout se complique. Une altercation éclate avec d’autres personnes dans la rue. L’un des deux policiers se retrouve au sol et est traîné vers les portes du Centre culturel libertaire (CCL), où se déroule une soirée en soutien au journal La Brique. Des renforts sont appelés et c’est la confrontation. Ordre est donné d’investir le CCL, avec du gaz lacrymogène. Au final, cinquante-trois personnes sont interpellées.

Cinquante et une seront libérées sans poursuites le lendemain, et deux suspects renvoyés devant le tribunal pour violences envers les policiers, dont un est légèrement blessé.

Dans les jours qui suivent, des associations dénoncent l’intervention policière jugée « disproportionnée ». En février 2011, la Ligue des droits de l’homme (LDH) parle de « quatorze témoignages » faisant état de « faits inadmissibles très graves ». Et d’annoncer des dépôts de plainte devant le procureur de la République, ainsi que la saisie par la sénatrice Marie-Christine Blandin (Verts) de la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS – aujourd’hui intégrée au Défenseur des droits). Trois mois plus tard, les deux suspects sont jugés : l’un est relaxé, l’autre condamné à quatre mois ferme.

Un an et demi après les faits, début mai 2012, la LDH lance un nouvel appel « pour savoir ce qui s’est passé cette nuit-là ». « Rien ne bouge. On n’a aucune information sur les suites données aux plaintes des participants à la soirée du CCL. » Mais mardi, le parquet de Lille a confirmé que l’une des deux plaintes identifiées a été classée. Motif : le plaignant n’a pas répondu aux convocations.

L’homme vit en Italie et était en visite au CCL la nuit des faits : « Les policiers avaient brisé une vitre (du CCL) et lancé des gaz lacrymogènes à l’intérieur. Je suis sorti mains levées et j’ai pris un coup de matraque sur le visage et des coups de pied au sol. » Et d’évoquer, ensuite, des « insultes et humiliations » en garde à vue.

Mardi, l’annonce du classement a fait bondir son avocate, Me Dalila Dendouga : « Je suis stupéfaite ! J’en suis au moins à trois relances par courrier recommandé au procureur, je n’ai pas eu le moindre retour pour cette plainte, et j’apprends par un journaliste qu’elle est classée ! On avait les photos de la victime (blessée au visage) juste après la garde à vue, et des témoignages. Ça méritait vraiment une enquête ! » Et concernant son absence aux convocations ? « Il aurait suffi de passer par moi, je l’aurais appelé tout de suite. Je n’exigeais pas des poursuites, mais que le parquet nous informe de l’état du dossier et du classement, pour que je puisse retrouver ma liberté d’action. Là, c’est comme si il n’y avait jamais eu de plainte. » Concernant la deuxième plainte, on ignorait encore, hier, les suites données par le parquet.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Arnaud Dufresne, lavoixdunord.fr, 18 mai 2012)

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[« Il bat sa femme, on peut le parier »] Ce militaire exemplaire…

Tarbes. Traumatisé en Afghanistan, le militaire violente sa compagne

« Je reconnais les faits. Je m’en rappelle pas. Je peux pas les nier. »

Ce jeune militaire de 25 ans, du 1er RHP de Tarbes, tient un discours truffé de contradictions devant le tribunal correctionnel de Tarbes. Il est poursuivi pour violences sur son ex-compagne, menace de mort contre une amie à elle et dégradations.

Les faits remontent au 12 avril dernier, au domicile du couple, à Tarbes. Ils sont ensemble depuis 6 ans. La date du mariage a été fixée au 24 août 2013.

Ce 12 avril, elle est allée au cinéma avec une amie.

Quand elles rentrent à l’appartement, il n’est pas là. Entre-temps, elle a consulté son compte Facebook. Les relations qu’il a tissées sur la toile font naître en elle un doute sur sa fidélité.

Et quand il rentre, elle lui met les messages du réseau social devant le nez. Et elle lui indique en substance que s’il a d’autres relations, elle le quitte.

« Colère insoupçonnée »

« Vous entrez alors dans une colère jusque-là insoupçonnée », relate la présidente Gadoullet.

« Vous jetez deux ordinateurs par la fenêtre et renversez tout dans l’appartement. Vous fermez la porte à clefs et saisissez ensuite votre compagne et vous avancez près de la fenêtre ouverte comme si vous alliez la jeter dans le vide. »

La copine s’agrippe alors à lui. Sa compagne tombe à terre. échange de coups. Il laisse ensuite partir la copine tout en la menaçant de mort si elle prévient la police. Ce qu’elle fait cependant.

« La police vous a trouvé étrangement calme. »

Il reconnaît la destruction des ordinateurs mais dit ne pas se souvenir des violences.

« C’est le trou noir. » La présidente Gadoullet donne ensuite connaissance des conclusions de deux expertises psychiatriques qui indiquent que le prévenu est responsable de ses actes.

Cependant, il consulte un médecin psychiatrique militaire à Bordeaux qui, lui, relève un « état de stress post-traumatique en relation directe avec sa mission de 6 mois en Afghanistan… Une blessure de guerre qui nécessite une prise en charge ».

Le tribunal ne conteste pas. « Les médecins militaires sont plus avertis de ce genre de pathologie », indique la présidente Gadoullet. Elle peut expliquer l’origine du changement de comportement de ce militaire exemplaire, sérieux, calme, devenu tout d’un coup irascible et agressif.

Cependant, Me Charbonnel, avocate de l’ex-compagne du militaire, souligne que cette dernière n’avait pas à « subir les assauts de violence de son compagnon. Elle a vu une personnalité violente se révéler. Pour elle, tout s’est arrêté brutalement ».

Mme Dasté, substitut du procureur, s’inquiète d’un « risque de réitération car il affiche une détermination à contester une partie des faits sans se remettre en cause… On nous dit que sa réaction est en lien avec un traumatisme passé, mais à son retour d’Afghanistan, il y a 6 mois, il a toujours refusé une prise en charge ». Et de requérir 5 mois assortis d’un sursis avec mise à l’épreuve avec obligation de soins.

Estimant que le militaire allait faire l’objet d’un suivi médical par l’armée, le tribunal ne l’a condamné qu’à 4 mois avec un sursis simple. Il doit verser 500 € de dommages et intérêt à son ex-concubine et 1 € à son amie.

Leur presse (LaDepeche.fr, 19 mai 2012)

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[Mauvaises intentions] Petit compte-rendu des trois premiers jours du procès antiterroriste

Le procès a lieu à la 10e chambre du Palais de Justice de Paris, Métro Cité. Il reprendra les lundi et mardi 21 et 22 mai à 13h30. Un rendez-vous est prévu pour faire un point d’information à la fin du procès, le mercredi 23 mai à 19h30 au CICP (21ter rue Voltaire, Métro Rue des Boulets, Paris 11e).

Il s’agit d’un procès sous juridiction antiterroriste devant une chambre correctionnelle. Six personnes comparaissent : Ivan, Bruno, Inès, Frank, Damien et Javier. La chambre est composée de la juge Simon et de ses deux assesseurs, ainsi que d’un procureur, d’un huissier et d’un greffier. On constatera au fil des jours que la juge Simon connaît bien le dossier, se montre en apparence compréhensive et à l’écoute des prévenus, pour mieux les coincer.

Premier jour, lundi 14 mai :

Beaucoup de monde s’est retrouvé dans et devant la salle, afin de manifester bruyamment leur solidarité. Un compte-rendu relate ce qui s’est passé à l’extérieur.

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La journée s’est déroulée en deux parties : d’abord les présentations d’usage, puis deux premiers interrogatoires, à savoir ceux de Bruno et Ivan.

La juge a commencé par l’appel des prévenus, puis chacun a dû décliner brièvement son état civil : date et lieu de naissance, adresse, (sans) profession, revenus (type et montant, Rsa pour tous). Ensuite la juge a rappelé les accusations pour chacun, c’était assez long. En résumé, les six camarades sont accusés de :

• Participation à un groupement formé en vue de la préparation d’actes de terrorisme (pour les six)
• Fabrication d’engins explosif ou incendiaire (pour Damien, Inès et Javier)
• Tentative (ou complicité de tentative) de dégradation ou de destruction d’un bien appartenant à autrui (pour Damien, Inès et Javier)
• Détention et transport de produits incendiaires ou explosifs (pour Inès, Frank, Ivan et Bruno)
• Refus de se soumettre au prélèvement ADN (pour Ivan, Bruno, Damien)
• Refus de soumettre aux prises d’empreintes digitales (pour Ivan, Bruno et Damien)

À noter que les cinq derniers délits sont tous « en lien avec une entreprise terroriste ».

Puis chacun des prévenus a dû répondre à cette question : « Reconnaissez-vous les faits qui vous sont reprochés ? » Ils ont globalement nié l’ensemble des faits ; certains ont reconnu des refus Adn et empreintes digitales.

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La juge Simon

Ensuite la juge a fait un long résumé des informations quant aux faits.
Elle a listé pour chacun le nombre précis de jours passés en prison, en précisant « chaque jour compte » (sic). Puis elle a décrit le casier judiciaire de chacun. Elle a alors donné des précisions pour chacune des affaires, détaillant précisément certaines parties du dossier. On remarque d’emblée qu’elle le connaît bien.

- CPE : tentative de destruction d’une armoire électrique sur une voie ferrée à Paris le 12 avril 2006. « Cette période-là était marquée par les manifestations anti-CPE. »
- Dépanneuse : tentative d’incendie d’une dépanneuse de police devant le commissariat du 18ème le 2 mai 2007, lors des élections présidentielles. « Ces faits s’inscrivent dans toute une série d’attaques, d’incendies et d’actions violentes durant la période des élections présidentielles »
À noter que, dès le début, l’enquête s’est dirigée vers la « MAAF » ; voilà comment la juge elle-même l’évoque : « ce que les policiers appellent « la Mouvance Anarcho-Autonome Francilienne ». Tout cela n’est pas très défini ; mais ces individus se retrouvent sur une critique de l’État, du capital et de ses appareils, sur une haine de l’institution policière… » : « ce « milieu » étant constitué de personnes susceptibles de se livrer à des actes violents  ».
- Fumigènes : transport de fumigènes et de clous tordus sur le chemin d’une manifestation pour aller au Centre de Rétention de Vincennes le 19 janvier 2008. La juge détaille l’expertise chimique des fumigènes ainsi que les objets trouvés lors des perquisitions, notamment une lettre qui, selon elle, met en avant des liens entre différents prévenus.
- Vierzon : transport de chlorate de soude, de médicaments (chlorate de potassium), de plans d’un EPM (Établissement Pénitentiaire pour Mineurs) et de deux manuels de sabotage en italien et en anglais. Inès a toujours précisé que c’était elle qui avait rassemblé tous ces éléments et que Frank n’était au courant de rien. La juge détaille la perquisition de la maison de campagne non loin de Guéret où se rendaient Inès et Frank : notamment des empreintes digitales et génétiques, un exemplaire du journal anticarcéral L’Envolée, et des pétards. Puis viendront des détails sur la perquisition menée au domicile de Frank : de nombreux tracts et des autocollants retrouvés collés sur son frigo, exigeant notamment la libération des prisonniers de longue peine (Action Directe, Georges Ibrahim Abdallah…) ; ainsi que l’analyse méthodique de son téléphone : tant son répertoire que sa géolocalisation (prenant aussi en compte les moments où le téléphone était éteint). Plusieurs personnes proches ont été convoquées pour être auditionnées et pour donner leur Adn ; ce que certaines ont refusé (sans poursuite).

Le procureur demande ensuite la lecture de deux documents spécifiques, dont l’un est un article de journal de l’époque du mouvement anti-CPE, suite à une journée où des voies de chemin de fer ont été bloquées, qui met en avant les conséquences : 200’000 personnes bloquées, plusieurs heures de retard, des dégâts s’élevant à 10 à 20’000 euros pour chaque armoire électrique brûlée.

Interrogatoire de Bruno

Elle commence par l’interroger sur son parcours de manière très détaillée, comme elle le fera pour tous les autres par la suite : études, déplacements, activités, centres d’intérêt, liens avec la famille, convictions politiques… Puis elle en vient aux faits : elle pose alors d’abord des questions sur la détention, le contrôle judiciaire, la cavale… puis sur les faits dont les personnes sont accusées. Comme pour chaque prévenu, elle lui demande à quelles actions militantes il a participé. À d’autres, elle posera aussi des questions plus précises sur leur participation à différentes luttes.

Juge (J) : Pourquoi avoir refusé de donner votre identité aux policiers lors de votre première arrestation ?
Bruno (B) : C’était par solidarité, l’identité est une logique qui inclut et qui exclut selon le statut de chacun, qui exclut par exemple les sans papiers.
(J) Pourquoi, lorsque vous vous refaites arrêter deux ans après, vous donnez une fausse identité ?
(B) Je savais alors que je faisais l’objet d’un mandat d’arrêt.
(J) Pourquoi n’avoir pas respecté votre contrôlé judiciaire ? Qu’en pensez-vous avec le recul ?
(B) Je me suis retrouvé en contrôle judiciaire non seulement uniquement pour des fumigènes, et en plus, à Belfort. C’était trop violent pour moi […]. C’était important pour moi de pouvoir signifier que j’étais contre ces mesures qui m’étaient imposées.

Elle pose par la suite plusieurs questions sur indymedia : Qu’est-ce que c’est ? Comment ça fonctionne ? Quels sujets sont abordés ? Ces questions seront récurrentes pour toutes les personnes interrogées. En gros, elle veut faire d’indymedia l’outil d’organisation de la présumée « MAAF ».

Elle lit en entier la lettre que Bruno a écrite lorsqu’il est parti en cavale. Elle fera de même pour d’autres lettres publiques écrites par les autres prévenus.
(J) Pourquoi aviez-vous un fumigène sur vous ?
(B) Comme je vous l’ai déjà expliqué, on voulait aller à la manifestation devant le centre de rétention de Vincennes en solidarité avec les sans-papiers. On a fabriqué un fumigène et rien d’autre qu’un fumigène. Mais à chaque fois, on nous a dit qu’on mentait, que c’était pas un fumigène. Ce fumigène, c’était pour que les personnes enfermées nous voient.
(J) Pourquoi fabriquer des fumigènes soi-même quand on peut en acheter pas cher ?
(B) Pourquoi se faire à manger soi-même quand on peut acheter des plats tout préparés ?

À chaque personne, elle demandera d’expliquer ses liens avec les autres prévenus : s’ils se connaissent ou pas, à quel point, sur quel plan (amical ou politique), depuis combien de temps, comment et où ils se sont rencontrés…

Au sujet de l’occupation de la préfecture de Bobigny en soutien à un sans-papier, la juge demande :
(J) Comment ce type d’action est organisé ? Par téléphone ? Par bouche-à-oreille ? Faites-vous des réunions ? Qui participe à ces réunions ?
(B) Ça s’organise. Je vais pas vous répondre, c’est pas le cœur de l’affaire.
(J) Si, ça en fait partie.

(J) Le juge d’instruction évoque vos différents refus (empreintes digitales et photo, Adn…) Il fait remarquer que vous n’êtes pas le seul à avoir refusé et qu’il semble qu’il existe des consignes. Le juge d’instruction vous a demandé si vous appliquiez des consignes, des directives, des recommandations. Je vous repose la même question.
(B) J’appartiens au mouvement contestataire, je ne le nie pas.
(J) Vous confirmez comme vous l’avez déclaré « appartenir à la jeunesse contestataire » ?
(B) Oui.
(J) Contestataire de quoi, j’ai pas compris ?
(B) Anticapitaliste.

Interrogatoire d’Ivan

Les questions sont quasiment identiques à celles de Bruno, la juge suit presque le même ordre.

Quelques répliques du genre :
(J) Vous avez perçu le RSA alors que vous étiez en prison ?
(I) Oui, je pense qu’on ne peut pas vivre sans argent, je n’ai donc pas refusé cet argent. (…)

2e jour, mardi 15 mai :

Beaucoup de monde est encore présent pour assister au procès. Malgré plusieurs demandes à la juge, tout le monde n’a pas pu entrer à l’intérieur de la salle. Il en sera de même le lendemain, le mercredi. Même si la juge demande à plusieurs reprises le silence, il a été possible, quelques fois de réagir quand la situation était particulière : de rire lorsque la juge et le procureur disaient n’importe quoi, ou aux bonnes répliques des prévenus, de s’exclamer lorsque la juge était trop intrusive.

Ce jour-là, trois interrogatoires ont eu lieu : Damien, Frank puis Inès.

Interrogatoire de Damien

(J) Avez-vous déjà adhéré à des associations connues comme Amnesty ? (La juge posera cette question à tous les prévenus, changeant parfois d’association, comme le Samu social.)

(J) Et la perquisition à votre domicile, vous en souvenez-vous ?
(D) Je me souviens surtout de l’état dans lequel les policiers ont laissé mon appartement.

(J) Et la notion de « mouvance anarcho-autonome », vous la contestez ?
(D) Je ne la reconnais pas. C’est un terme apparu dans les journaux. Personne ne s’en réclame. Elle a été créée par les policiers. Ensuite, différents actes ont été rattachés à cette mouvance. Les membres de la mouvance deviennent presque responsables de ces actes.

La juge reconnaît alors que cette notion est très floue, et qu’elle y reviendra.

(J) Lors de votre garde-à-vue, vous avez refusé le prélèvement Adn. On l’a pris sur vos effets personnels. Un rapprochement a alors été fait avec un bouchon de bouteille retrouvé sous la dépanneuse. Vous avez contesté formellement toute implication. Comment est-ce possible ?
(D) Je n’ai aucune explication à donner. J’ai déjà été en contact avec des bouteilles. Je n’ai jamais participé à la fabrication d’un engin incendiaire. […] Un poil peut être à un endroit et pourtant la personne à laquelle le poil appartient n’est jamais allée à cet endroit. Et quand bien même ce serait mon Adn, ça ne prouve pas que j’ai confectionné ou posé un engin incendiaire. Lors de ma mise en examen supplétive, dans le bureau du Juge des Libertés et de la Détention, le procureur m’a dit : « Si je demande votre incarcération, c’est du fait de votre ADN retrouvé ajouté à votre profil, l’ADN n’est pas un élément suffisant en soi pour vous condamner. Si c’était sur un braquage qu’on avait retrouvé votre Adn, je ne demanderai pas votre mise en détention. » Or trois ans plus tard, il n’y a toujours aucun élément en plus. Et pourtant, on me poursuit encore.

(J) À plusieurs reprises, puisque vous avez contesté la manière dont votre Adn avait été prélevé lors de votre garde-à-vue, le juge vous l’a redemandé et vous avez refusé. Pourquoi ?
(D) C’est un refus de principe. Je refuse le fichage, je ne veux donc pas m’y prêter volontairement.
(J) Au départ, vous avez pourtant dit que vous aviez refusé car vous aviez été arrêté sans raison.
(D) C’est vrai que j’ai été arrêté puis mis en garde-à-vue alors que je ne faisais que passer par là, que les policiers ont ensuite tout simplement ravagé mon appartement. Tout cela ne met pas forcément dans un état d’esprit très coopératif.

Interrogatoire de Frank

(J) Pourquoi êtes vous devenu chauffeur livreur ?
(D) J’ai toujours aimé conduire et la géographie, c’est pour ça que je suis devenu chauffeur livreur en région parisienne.

Après être longuement revenue sur son parcours personnel, la juge l’interroge sur son contrôle judiciaire et ses soi-disant manquements. Elle énumère ensuite plusieurs manifestations où Frank aurait été vu.
Puis elle en vient aux faits concernant l’arrestation à Vierzon. Elle revient sur les motifs du déplacement, sur la perquisition de la maison de campagne, sur ses liens avec Inès…
Frank aborde les conditions de leur garde-à-vue à Levallois-Perret :
(J) Pourquoi avez-vous dit n’être jamais allé dans cette maison de campagne ?
(F) Je ne peux pas répondre à cette question sans parler de la garde-à-vue antiterroriste. La pression policière, le choc de passer de passer de Vierzon à Levallois-Perret, être accueilli avec un « Bienvenue à Guantanamo », l’isolement sensoriel, les néons allumés en permanence, les multiples auditions, les flics qui attendent que tu sois endormi pour venir te chercher pour l’audition, les interrogatoires où tu es menotté au mur…

Le procureur remettra en cause la pression que Frank a subi lors de sa garde-à-vue : « Si vous n’avez rien dit concernant les conditions soi-disant difficiles de votre garde-à-vue ni au médecin, ni au Juge des Libertés et de la Détention ni au Juge d’instruction, n’est-ce pas seulement parce qu’il ne s’est rien passé pendant cette garde-à-vue et qu’elle ne correspondait pas à vos fantasmes ? Expliquez-vous sur cette garde-à-vue « très difficile ». »
Forte réaction dans la salle…

La juge s’acharne particulièrement sur lui en le bombardant de questions ultra détaillées, notamment sur les différents tracts retrouvés chez lui, avec une attention toute particulière sur chacun des autocollants collés sur son frigo…

Interrogatoire d’Inès

Long retour sur son parcours, et multiples questions sur la maison de campagne en Creuse. Puis elle en vient aux faits et passe un long moment à revenir sur le contenu du sac.
Elle demande à Inès de s’expliquer sur l’origine de chacun des objets retrouvés dans le sac et d’expliquer les raisons de leur déplacement.
Après l’avoir bien cuisiné sur les différents composants chimiques, elle en vient à l’affaire de la dépanneuse.

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Inès

(J) Il existe une correspondance entre votre Adn et une des traces retrouvées sous la dépanneuse. Comment expliquez-vous cela ?
(I) Je n’ai rien à voir avec ces faits. Je ne peux pas expliquer la présence du cheveu. Un cheveu peut tomber partout, se déplacer. L’Adn, en tant que preuve, a beau apparaître dans des rapports scientifiques ce n’est pas pour autant la vérité absolue. Comment l’Adn pourrait-il faire le récit d’une scène d’infraction ?
(J) Il ne s’agit pas de cela. (I) C’est la seule preuve contre moi.
(J) Non. C’est associé au sac à dos que vous aviez avec vous ainsi qu’aux autres Adn identifiés. (I) C’est ce que disent les rapports.
(J) Pourquoi dites-vous « c’est ce que disent les rapports » ?
(I) Car je conteste l’utilisation de l’Adn en justice. Tout d’abord, comme je l’ai déjà dit, comment l’Adn pourrait-il faire le récit d’une scène d’infraction ? Ensuite, je peux laisser tomber mon Adn à plein d’endroits différents ; en plus, des personnes peuvent déplacer de l’Adn. Enfin, dans ces expertises, il y a différentes choses qui sont contestables : plusieurs erreurs sont possibles, que ce soit dans les fichiers, dans les manipulations. Je ne sais pas comment sont faites ces expertises, les bases de données ne sont pas détaillées. Je remets en cause l’Adn.
(J) Avez-vous déjà rencontré des victimes de viol, Mademoiselle, dont on ne connaîtra les auteurs que par ce procédé ? Je dis ça vu que vous êtes sensibles aux personnes en difficulté…
Huées dans la salle.

Puis la juge repart sur l’engagement politique d’Inès.
Elle en vient à parler de la première semaine de solidarité (question qu’elle abordera ensuite à maintes reprises).
(J) Que saviez-vous de cette mobilisation extérieure ? Étiez-vous au courant ? Qu’en pensez-vous ? Que pensez-vous du fait que certaines de ces manifestations soient accompagnées de dégradations ? N’y a-t-il pas une certaine récupération lors de ces débordements ?
(I) Je n’ai pas à porter de jugement là-dessus ; cela ne m’appartient pas.

Et rebelotte sur indymedia.

3e jour, mercredi 16 mai :

Interrogatoire de Javier

Après les questions d’usage sur sa vie, la juge entame directement l’interrogatoire sur l’Adn.

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Javier

(J) Comment expliquez-vous que l’on retrouve votre Adn et sur la dépanneuse et à proximité de l’armoire électrique ?
(Ja) J’ai des difficultés à l’expliquer. Pour un stylo, j’aurais pu vous dire si c’était le mien ou pas. Je ne sais même pas quelle est la nature du prélèvement : si c’est un cheveu, ou une dent…
(J) C’est ni l’un ni l’autre.
(Ja) Dans tous les cas, j’ai du mal à l’expliquer. Vous faites confiance en une expertise scientifique. Pour moi, c’est un peu de la magie. Cela peut permettre de faciliter une accusation. J’ai peu confiance en la justice et en ses expertises scientifiques. L’Adn n’est en effet jamais décrypté dans sa totalité, cela prendrait bien trop de temps. En outre, tout homme partage 90% de son Adn avec le chimpanzé, 99,9% avec un autre homme. Et sur ces 0,1% restants, les experts n’observent que quelques bouts, ou loci. 16 en France. C’est seulement ces quelques points que l’on regarde. […]
(J) Il y aurait alors donc deux erreurs vous concernant ?
(Ja) Une seule pourrait suffire. Les scellés sont transmis par des hommes. Il peut y avoir plein d’erreurs à plein de moments de la procédure. […]
(J) Il y en aurait donc deux ?
(Ja) Pas forcément. L’erreur peut provenir lors de la retranscription de l’Adn. Et en plus, quand on demande aux experts d’analyser une trace Adn, c’est biaisé d’avance : on leur dit déjà ce qu’ils doivent trouver ; on leur envoie un scellé, et en même temps, on leur dit de vérifier que c’est bien mon Adn qui est dans le scellé.
(J) Ce n’est pas comme ça que cela s’est passé. Votre Adn a été envoyé à un fichier central.
(Ja) Dans ce cas, je ne comprends pas pourquoi mon Adn aurait été recoupé si tardivement. Le fichier central n’a fait le recoupement que des mois et des mois après avoir reçu mon Adn.
(J) C’est une observation pertinente que vous faites. Par contre, ce n’est pas vrai que nous ciblons. Pour la dépanneuse, on a encore deux Adn non identifiés ; pourquoi alors, si on suit votre raisonnement, on ne les a pas attribués à d’autres gens ?
(Ja) Ce n’est pas ça que j’ai dit. J’ai dit que c’est facile pour vous d’avoir cette preuve. Je dis que vous jugez selon votre intime conviction. C’est bien arrangeant d’avoir des preuves infaillibles. À d’autres époques, le criminel était jugé en fonction de la forme de son visage. Et je ne parle pas de manipulation ou de complot. Les scientifiques le disent : on peut exclure avec certitude, mais on ne peut jamais affirmer à 100% qu’une trace Adn retrouvée provient d’une personne précise. Du coup, on fait appel à des statistiques. Or il y a toujours des chiffres incroyables : un sur 20 milliards par exemple. D’où viennent ces chiffres ? De sondages ? Auraient-ils constitué des échantillons de plusieurs milliards de personnes ? Ou est-ce comme pour les présidentielles, on demande seulement à quelques personnes et on fait des déductions ?
(J) Arrêtez… Comment expliquez-vous qu’il y ait deux erreurs ?
(Ja) Par exemple, c’est déjà arrivé qu’on recherche pendant des années et des années une femme responsable de multiples crimes et cambriolages. Après une longue enquête, il s’est avéré que c’était en fait… une femme qui travaillait dans la confection des bâtonnets de prélèvement Adn. (…) De plus, les laboratoires d’analyse sont des laboratoires privés et leur objectif est de faire de l’argent. La justice délègue. Les labos veulent tellement vendre leurs bâtonnets, c’est pour ça qu’ils montrent des résultats si infaillibles.

Après ce long échange sur l’Adn, la juge en vient aux convictions politiques et aux liens avec les autres prévenus. Quand on l’interroge sur ses convictions politiques, Javier répond :
« Je ne crois pas que ce soit le bon endroit pour débattre de cela. Nous ne sommes pas à égalité. Ce que je vais dire va influencer ma condamnation. Vu que je n’ai pas participé aux sabotages dont vous m’accusez, il n’y a que mon opinion que vous avez, en plus de mon Adn. »

Puis elle repart sur Indymedia et la semaine de solidarité.

Les interrogatoires personnels se terminent. La juge prend des thèmes et interroge ensuite les prévenus un à un.

Pendant plus d’une heure et demie, elle lit différents procès verbaux.
L’un décrit la « Mouvance Anarcho-Autonome Francilienne » : nombre de membres, idées, type d’action… C’est une sorte de définition de ce que serait la « MAAF ».
Un autre présente une longue liste d’actions attribuées par la police à la MAAF. Elle décrit précisément la date, la nature des faits, et les personnes accusées quand c’est le cas.
Elle revient pendant des plombes sur la manifestation du 5 avril 2008. Il s’agit d’un procès verbal des flics qui suivent un groupe d’« anarcho-autonomes ».
Les avocats disent qu’on tente de charger leurs clients alors qu’ils ne sont pas accusés de ces faits.
Puis la juge lit un document descriptif concernant Indymedia et fait une liste d’autres médias.
Elle revient ensuite extrêmement longuement sur la semaine de solidarité sans frontière ayant eu lieu entre le 9 et le 16 juin 2008. Elle lit l’appel à cette semaine ainsi qu’une très longue chronologie détaillée trouvée sur Indymedia, ainsi que des commentaires des flics sur les différentes actions (par exemple, si elles ont été recensées ou pas).
Elle évoque aussi différents guides trouvés eux aussi sur Indymedia : guide sur la garde-à-vue (qu’elle juge « très pédagogique »), sur l’Adn, sur des lois sécuritaires… Elle évoque aussi « 10 jours d’agitation contre les lois antiterroristes » en janvier 2009.

Après ces longues lectures, la juge ré-interroge les différents prévenus.

Juge : Dans beaucoup de ces manifestations il est fait, dans les compte-rendus, référence à la notion d’ « anarchistes » et aussi à vous personnellement. Qu’en pensez-vous ?

Frank : Ça n’a pas grand chose à voir avec le terrorisme.
Juge : Le site utilise le mot « anarchistes ». Qu’en pensez-vous ?
Frank : Chacun peut mettre les catégories qu’il veut.

Inès : Je n’ai pas grand chose à en dire non plus. Je ne vois pas en quoi cela me concerne. Je ne suis pas responsable d’actes commis à des milliers de km et qui se sont déroulés lors de ma détention.
Juge : Oui, mais qu’en pensez-vous ?
Inès : Je ne veux pas m’exprimer là-dessus.

Damien : Je suis étonné que l’on passe 1h30 là-dessus. Vous tentez de faire un lien, comme si vous cherchiez à nous rendre responsables de tout cela.
Juge : Je ne fais pas ce lien. Qu’en pensez-vous ?
Damien : Chacun est libre d’exprimer sa solidarité de la manière qu’il le souhaite. Je n’ai pas à me prononcer là-dessus. C’est en constituant cette liste que les policiers construisent la MAAF.
Juge : Qui fait ce regroupement ? Ce n’est pas la police ni le tribunal ; c’est Indymedia.
Damien : Il y a des centaines de milliers d’articles sur Indymedia.

Son avocate dénonce l’utilisation d’Indymedia à charge contre les prévenus.

Ivan : Il explique comment dans le réquisitoire de fin d’instruction, le procureur établit comme un lien avec l’ETA le fait qu’il y a eu des actions de solidarité aux Pays Basques et combien c’est faux.
Puis il estime que c’est pour leur participation à des luttes qu’ils comparaissent au tribunal et que donc il trouve normal que des gens fassent preuve de solidarité.
Puis il réfute le lien entre tous les faits qui ont été listés auparavant, comme il n’y a pas de raison de les regrouper ainsi. Et qu’il n’est pas justifié par la police où s’arrêtent et où commencent les actions la MAAF.
Juge : Au PV.
Ivan : S’il n’y a pas de définition de la MAAF, d’où provient alors ce regroupement ? Personne ne s’en revendique. La justice n’est pas indépendante du pouvoir. Grâce au dossier, j’ai compris comment le fichier MAAF fonctionnait. Sur ce fichage anarcho-autonome (…), si des personnes sont arrêtées lors d’une manifestation en présence d’une personne fichée anarcho-autonome, alors ces personnes le deviennent aussi.

Bruno : Je n’ai pas grand chose à en dire. Chacun est libre de se solidariser à sa manière. La MAAF est une construction a priori. Je suis contre ce genre de liste.

Javier : Sur la semaine de solidarité, je ne suis pas poursuivi pour ces faits, je ne veux pas donner d’opinion politique.
Juge : Et concernant l’autre liste (celle des actions de la MAAF) ?
Javier : J’ai l’impression que vous défendez ce fichage des RG. Il devrait y avoir dans le dossier le descriptif de comment on se retrouve dans ce fichier.

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L'huissier gothique

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Assesseur no 1

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Assesseur no 2

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Et pour finir, cette saleté de proc'

Le procès a lieu à la 10e chambre du Palais de Justice de Paris, Métro Cité. Il reprendra les lundi et mardi 21 et 22 mai à 13h30. Un rendez-vous est prévu pour faire un point d’information à la fin du procès, le mercredi 23 mai à 19h30 au CICP (21ter rue Voltaire, Métro Rue des Boulets, Paris 11ème).

Solidarité avec les 6 camarades inculpés !

D’autres textes sur les premiers jours du procès à lire sur indymédia :

- Procès antiterroriste : premier jour agité
- (Mauvaises intentions) Le coupable est… indymedia !
- L’enfer des bonnes intentions
- Terrorisme, curcuma et crime par la pensée

Et bien entendu, beaucoup plus d’infos sur infokiosques.net/mauvaises_intentions et dans la brochure Mauvaises Intentions 3

Indymedia Paris, 20 mai 2012

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[Aménagement du territoire] Vous qui entrez, abandonnez toute espérance

Fukushima : réouverture de la zone interdite [REPORTAGE EXCLUSIF]

Au Japon, 3 des 11 communes de la zone interdite autour de Fukushima ont rouvert dans l’indifférence générale. Dans certains secteurs la radioactivité est encore supérieure à la limite fixée pour l’évacuation ! Sciences et Avenir a suivi le retour hésitant des sinistrés de Fukushima dans les villes fantômes.

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Minori, 11 ans, enjambe les fondations de la maison de sa grand-mère, emportée par la vague de 14 mètres du 11 mars 2011. Au milieu d’un paysage dévasté, la fillette et son frère cadet sautent d’une poutre à l’autre, sous le regard doux-amer de leurs parents. Scène impensable il y a quelques semaines, des enfants s’amusent au cœur de la zone interdite, à 11 kilomètres seulement de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima.

« C’est une bonne chose qu’ils aient rouvert l’accès à Odaka [un district de la ville de Minamisoma], estime Masayuki Koshita, 39 ans, le père de Minori. C’est ma terre natale. Je voulais que les enfants voient ce qu’elle était devenue à cause du tsunami. »

Les parents seraient-ils inconscients? Pas que l’on puisse dire. Dans cette frange du bord de mer située au nord de la centrale nucléaire, les niveaux de radioactivité sont faibles : entre 0,1 et 0,4 microsievert/heure [0,1 à 0,4 microSV/heure équivalent à entre 0,9 et 3,5 millisieverts/an], selon des mesures de la mairie de Minamisoma.

16.000 habitants peuvent revenir chez eux, sans y dormir

Dans l’indifférence générale, 3 des 11 communes de la zone interdite autour de la centrale nucléaire ont rouvert avec le feu vert du gouvernement japonais. Après les communes de Kawauchi et Tamura le 1er avril, la partie fermée de Minamisoma, la plus grande ville de la région avec 70.000 habitants [Ils étaient 70.000 avant l’accident mais beaucoup ont fui après l’accident nucléaire du 11 mars 2011. Ils ne sont aujourd’hui plus que 44.000 à vivre à Minamisoma.], est de nouveau accessible depuis le 16 avril. Entre ces trois communes, quelque 16.000 personnes – sur les plus de 110.000 personnes évacuées des alentours de la centrale nucléaire – ont la possibilité de revenir chez elles. À Minamisoma, le check-point de police qui interdisait strictement l’entrée de la zone a été décalé de 20 à 10 kilomètres de la centrale nucléaire. Rien de moins.

Pour le moment, les résidents n’ont toutefois pas le droit de passer la nuit dans l’ancienne zone interdite. Mais en-dehors de cette importante restriction, il n’existe pas de limitation de temps ni de mesure de radioprotection particulière (port d’un dosimètre, d’une combinaison radiologique ou d’un masque par exemple). Les voitures circulent librement, des résidents commencent à nettoyer et réparer leurs maisons, laissées à l’abandon depuis le 12 mars 2011, au lendemain du séisme et du tsunami qui ont déclenché la catastrophe nucléaire de Fukushima. Dans un semblant de normalité, un haut-parleur diffuse même de la musique traditionnelle japonaise dans une rue du centre-ville d’Odaka, un district de Minamisoma.

De passage dans leur ancienne maison où l’eau et l’électricité sont toujours coupées, la petite Minori, son frère et ses parents, retrouvent des patins à roulette, des livres et des peluches.

Jusqu’à 50 millisieverts par an !

À la suite de mesures aéroportées de radioactivité au sol (réalisées avec un détecteur de rayons gamma) le 30 mars dernier, le gouvernement – qui administre la zone interdite autour de Fukushima – a divisé la ville de Minamisoma en trois zones. Un petit secteur montagneux, où la radioactivité dépasse les 50 millisieverts par an, est resté interdit.

Le gouvernement a rouvert la partie où la radioactivité est inférieure à 20 millisieverts par an, soit le niveau autorisé pour un travailleur du nucléaire en France.

Fait plus surprenant, il a aussi rouvert le secteur où la radioactivité est comprise entre 20 et 50 millisieverts, plus à l’intérieur des terres. Cette décision bouleverse totalement les mesures de radioprotection prises par les autorités japonaises car la limite des 20 millisieverts – un niveau jugé élevé par nombre d’observateurs – servait jusqu’à présent de référence pour ordonner l’évacuation d’une zone dans les environs de la centrale nucléaire. Il s’agissait en quelque sorte du niveau de sûreté décidé par le gouvernement en cette période de crise.

« Ça dépasse l’imagination d’autoriser les gens à revenir à un tel niveau de radioactivité, lance Yamaguchi, l’un des directeurs du Centre d’information des citoyens sur le nucléaire. On ne devrait pas rouvrir les zones où la radioactivité dépasse un millisievert/an [La réglementation française fixe à 1 millisievert par an la dose efficace maximale admissible résultant des activités humaines en dehors de la radioactivité naturelle et des doses reçues en médecine]. » « Nous ne pensons pas qu’il soit dangereux de rouvrir la zone au-dessus de 20 millisieverts/an car les résidents n’ont pas le droit de se réinstaller chez eux, répond Kiyomi Sakuma, membre de la cellule en charge des résidents évacués de l’accident nucléaire, qui dépend du gouvernement. Les résidents ne seront autorisés à se réinstaller définitivement que dans les endroits où la radioactivité est inférieur à 20 millisieverts. »

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Le check-point de police qui interdisait strictement l’entrée de la zone a été décalé de 20 à 10 kilomètres de la centrale nucléaire.

Selon Kosuke Ito, de l’association The frontier Minamisoma, « les niveaux mesurés à Minamisoma sont globalement bien inférieurs à ceux mesurés dans la ville de Fukushima ou de Koriyama [pourtant situées à 60 kilomètres de la centrale nucléaire de Fukushima]. Le principal risque pour les habitants de Minamisoma serait qu’un accident intervienne sur la piscine de stockage des barres de combustibles usés du réacteur numéro 4. » Perchée à une trentaine de mètres de sol et chargée de barres de combustibles usagées, la piscine du réacteur numéro 4 est la première source d’inquiétude de l’opérateur de la centrale nucléaire et du gouvernement nippon. « Il s’agit aujourd’hui du point le plus sensible, confirme un spécialiste qui suit la crise depuis l’origine. Mais des mesures ont été prises pour renforcer cette piscine qui a déjà résisté au séisme du 11 mars et aux répliques successives. Donc je ne pense pas qu’elle présente un danger immédiat. »

Ouvrir pour reconstruire

La réouverture rapide de Minamisoma tient d’abord et avant tout à la volonté de fer du maire, Katsunobu Sakurai. C’est cet élu qui a convaincu le gouvernement de lever la barrière des 20 kilomètres autour de la centrale. «Pour le moment, seules les villes dont les maires étaient les plus motivés et les plus combatifs pour faire revivre leur communes ont rouvert, confirme Kiyomi Sakuma, membre de la cellule chargée des réfugiés du nucléaire. Le gouvernement attend d’être sollicité par les collectivités locales pour rouvrir une ville». La politique dirigiste de protection des riverains de la centrale est donc en train de céder la place à des décisions de compromis, prises au cas par cas avec les autorités locales.

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Dans l'ancienne zone interdite : les dégâts du 11 mars 2011 toujours visibles.

Pour la mairie de Minamisoma, il fallait absolument rouvrir la zone pour espérer reconstruire. Et le chantier est considérable. Même si la frontière des 20 kilomètres autour de la centrale nucléaire a disparu, la différence est brutale entre l’extérieur et l’intérieur de l’ancienne zone interdite. Passée la limite, des voitures gisent sens dessus-dessous au bord des routes, les maisons éventrées par le tsunami n’ont pas été démantelées et de nombreuses routes sont fissurées ou tout simplement fermées, certaines d’entre elles plongent brusquement dans des zones encore inondées. Les ravages du séisme et du tsunami sont visibles comme au premier jour. Très peu de foyers sont raccordés à l’eau courante. Lors de leur séjour dans la zone, les résidents sont priés d’emporter de l’eau pour leur consommation et d’utiliser des sanitaires temporaires installés ici et là. Même si l’éclairage public fonctionne, peu de maisons ont demandé le rétablissement du courant auprès de la compagnie électrique régionale. La mairie espère terminer les travaux de reconstruction en août 2013.

L’imbroglio des déchets de la décontamination

Reste la question, épineuse, de la décontamination. Le gouvernement a prévu de commencer à décontaminer les zones les plus radioactives, vers les montagnes, et d’évoluer progressivement vers les zones les moins touchées. « C’est une façon d’éviter que de l’eau contaminée ruissèle et recontamine les zones moins radioactives vers le bord de mer », explique Hiroshi Murata, de la mairie de Minamisoma. Les forêts ne seront toutefois pas concernées par les opérations de décontamination ce qui limite sérieusement cette logique.

De juillet 2012 à avril 2014, le gouvernement compte décontaminer les zones où la radioactivité dépasse 1 millisievert/an. Mais la tâche s’annonce compliquée : « nous avons du mal à trouver un centre de stockage temporaire dans la région, admet Hiroshi Murata, de la mairie de Minamisoma. Personne n’en veut près de chez lui. Et la question du centre de stockage définitif qui devait être installé à Futaba [une ville très contaminée située à moins de 5 kilomètres de la centrale] n’est pas réglée. » Même sans opération de décontamination, le gouvernement prévoit une réduction naturelle rapide de la radioactivité grâce au temps de
demi-vie des radionucléides. Le césium 134 qui a une demi-vie de 2 ans devrait voir sa radioactivité s’atténuer en premier, suivi de loin par le césium 137 dont la demi-vie est de 30 ans. Selon les projections publiées sur le site Internet du Ministère de l’Économie, la radioactivité passera pratiquement partout sous la barre 20 millisieverts/ an à Minamisoma d’ici 2022, même sans mesure de décontamination.

Faut-il revenir ?

La renaissance de la zone interdite sera longue et compliquée. Les autorités locales ont du mal à donner une date de réouverture complète et définitive. Même si les autorités parvenaient à déblayer les débris, rétablir les infrastructures et à décontaminer, il n’est pas certain que les habitants souhaitent se réinstaller. « Peut-être que 30 à 40% des gens vont revenir », prévoit Hiroshi Murata, de la mairie de Minamisoma. Le gouvernement répète que sa politique repose en grande partie sur le libre-arbitre des habitants. À eux de décider s’ils veulent revenir ou non et à quels niveaux de radioactivité ils souhaitent s’exposer.

Les couples avec enfants se retrouvent confrontés à un dilemme ingérable entre le souhait de quitter des logements temporaires exigus et la santé de leur progéniture. « Je ne pense pas me réinstaller chez moi avec les enfants, confie Masayuki Koshita, le père de Minori, 11 ans. Si jamais les autorités ne garantissent pas des niveaux de radioactivité similaires à ceux d’avant la crise, nous ne reviendrons pas. Même lors de nos visites depuis le 16 avril, on évite de rester trop longtemps pour exposer les enfants. » Dans une rue du centre-ville d’Odaka, un district de la ville de Minamisoma, un couple d’antiquaires est partagé. « Je suis revenue pour prendre soin du cimetière de mes ancêtres et aussi parce que mon mari a beaucoup insisté, raconte Michiyo Sato, 64 ans, de fines lunettes sur le nez, en redressant une statue dans la boutique. Mais je ne veux pas vivre dans une ville fantôme où il n’y aurait pas d’enfants. Même nos petits-enfants préfèrent ne pas nous rendre visite ici. »

Presse contaminée (reportage au Japon de Marie Linton, photos Guillaume Bression, Sciences et Avenir.fr, 16 mai 2012)

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[Mort aux pauvres !] Faut-il manger les enfants de chômeurs ?

Les enfants de chômeurs privés de cantine

Sébastien Durand vient de lancer une pétition en ligne pour dénoncer les mesures de plus en plus restrictives d’accès à la restauration scolaire mises en place par de nombreuses municipalités.

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SAINT-CYR-L’ÉCOLE, JEUDI. Sébastien Durand s’estime victime de discrimination anti-chômeur. Parce qu’il ne travaille pas, il ne peut inscrire sa fille à la cantine que deux jours par semaine.

Ce jeune père de famille de deux enfants, originaire de Saint-Cyr-l’École, est actuellement au chômage. Selon le règlement municipal voté en 2008, sa fille âgée de 3 ans ne peut donc déjeuner que deux jours par semaine à la cantine. De même, elle n’a accès au centre de loisirs du mercredi qu’une fois par mois maximum.

« Ces mesures anti-chômeurs me révoltent. Pourquoi devraient-ils avoir moins de droits que les autres? Il y a eu le cas d’Epône, maintenant c’est ici. Trop de communes en France sont dans l’illégalité et il faut que ça cesse », assène Sébastien Durand, qui a donc ouvert un blog afin de fédérer un maximum de familles victimes de discriminations. Et d’ajouter : « il faut plus de places de cantine. On ne peut pas accueillir de nouveaux habitants sans adapter les services et c’est exactement ce qui se passe ici. La restauration scolaire est un droit. C’est aussi un lieu de socialisation et ma fille en a besoin même si je ne travaille pas pour l’instant. »

Du côté de la municipalité, on ne nie pas flirter avec l’illégalité. « C’est un fait, mais nous sommes loin d’être la seule commune dans ce cas. Nous n’avons pas assez de places, ce qui implique des priorités, mais nous étudions toujours les dossiers au cas par cas afin de trouver la meilleure solution. Nous avons par ailleurs élargi les horaires des repas pour accueillir plus d’enfants (NDLR : 82% des élèves fréquentent la cantine) et des travaux d’agrandissement des cantines sont en cours mais cela prend du temps », note Bernard Debain, le maire UMP.

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Bernard Debain, maire de Saint-Cyr-l'École (à gauche)

Il enchaîne avec une pointe d’ironie. « Je n’oublie pas que ce monsieur est le chef de mon opposition municipale. » Sébastien Durand, qui ne détient aucun mandat, est le président de l’association Avançons ensemble. Une association proche de l’opposition de gauche. « J’agis en mon nom et mon combat dépasse la commune de Saint-Cyr », conclut ce dernier.

Presse cannibale (LeParisien.fr, 14 mai 2012)


Enfants de chômeurs interdits de cantine : Signez la pétition !

Nouvelle offensive à Saint-Cyr-l’École (78) où la mairie instaure des restrictions envers les enfants dont l’« un des parents ne travaille pas »… Révolté par ces pratiques discriminatoires et anti-républicaines, soutenu par la FCPE, un papa au chômage riposte.

Il ne fait pas bon être sans emploi dans les Yvelines. Après les récents scandales qui ont eu lieu à Epône et à Noisy-le-Roi, voici que la mairie UMP de Saint-Cyr-l’École perpétue la tradition. On note que ces discriminations anti-républicaines ne se produisent pas en Seine-St-Denis, dans le Pas-de-Calais ou dans la Creuse mais dans les coins huppés : le département des Yvelines est l’un des plus riches de France et son taux de chômage très inférieur à la moyenne nationale. Même constat en Haute-Savoie avec l’affaire de Thonon-les-Bains… Là aussi, l’UMP est aux manettes, quitte à faire dans l’illégalité.

Sébastien est un saint-cyrien privé d’emploi qui vient d’apprendre l’exclusion de sa fille de la restauration scolaire deux jours par semaine. En effet, sa mairie a mis en place un « guide de l’enfance » qui prévoit de nouvelles priorités et conditions d’accès aux services périscolaires : cantines, accueils, centres de loisirs. Les enfants dont l’« un des parents ne travaille pas » ont moins de droits que les autres : deux jours de restauration autorisés par semaine au lieu de quatre, centre de loisirs une fois par mois au lieu de tous les mercredis, etc. Seconde restriction amplifiant cette discrimination : ces enfants stigmatisés ne seront admis que « suivant les places disponibles ». Sont en particulier visés les chômeurs, bien sûr, mais aussi les malades de longue durée.

« Ces mesures anti-chômeurs me révoltent. J’ai décidé de les éradiquer de la ville. Et si possible au-delà », nous écrit ce père de famille qui compte parmi les nombreuses victimes de la crise. « Puisque nous partageons les valeurs de l’école républicaine, au nombre desquelles l’égalité, puisque nous luttons pour que les chômeurs n’aient pas moins de droits que les autres, je vous propose de partager ce combat. »

Il vient d’ouvrir un site internet avec une pétition en ligne.

L’objet de ce blog est de partager les informations et les outils permettant de faire face aux discriminations, édictées par certaines communes, des enfants devant l’école et les services éducatifs. Afin qu’un combat soit mené au bénéfice de tous les enfants, pour qu’ils bénéficient des mêmes droits à l’école quelle que soit la situation de leurs parents (sociale, économique, état de santé…), pour qu’ils y trouvent les moyens de s’épanouir, pour que l’école de la République soit aussi un apprentissage de l’égalité et non du rejet et de la discrimination, parents d’élèves et associations — la FCPE en premier lieu — se sont très vite associés à sa démarche.

Malgré leur illégalité, ces pratiques perdurent : selon L’Humanité, à la rentrée 2011, au moins 70 communes effectuaient une sélection à l’entrée des cantines selon divers critères. Sur ce constat, le 12 septembre dernier, la Fédération des conseils de parents d’élèves a redoublé de mobilisation, appelant les parlementaires à légiférer pour consacrer le droit à la restauration scolaire et éviter de fastidieuses requêtes en référé devant les tribunaux administratifs (ceux-ci statuant inévitablement sur l’atteinte au principe d’égalité avec condamnation systématique).

Il va sans dire que nous, Actuchomage, qui dénonçons ces agissements depuis 2005, soutenons Sébastien dans son combat et avons signé cette pétition. Nous vous invitons à faire de même.

ActuChomage, 9 mai 2012

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[Birmanie] « Ces usines sont comme des prisons »

La lutte sociale gagne peu à peu la Birmanie

Mis sous l’éteignoir pendant des décennies, les ouvriers birmans apprennent progressivement à faire entendre leur voix pour réclamer de meilleurs salaires, alors que l’ouverture politique du pays s’est traduite par une réforme profonde de la législation sociale.

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Quelque 500 employés de trois usines de textile se sont mis en grève cette semaine dans la zone industrielle de Hlaing Thar Yar, à Rangoun, pour demander de meilleures conditions de travail.

Assis dans l’herbe, ils ont chanté et tapé dans leurs mains apparemment sans crainte de représailles. Une scène impensable il y a un peu plus d’un an, lorsque le pouvoir était encore tenu par une junte militaire qui contrôlait l’appareil politique et économique.

« S’ils veulent nous virer, ils devront le faire » pour tout le monde, a affirmé à l’AFP une employée de 26 ans sous couvert de l’anonymat. « S’ils n’augmentent pas les salaires, nous continuerons à manifester. »

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Dans le cadre de réformes politiques majeures, le nouveau régime birman a adopté une loi sur la liberté d’association, préparée avec le Bureau international du travail (BIT) et considérée comme une des plus progressistes de la région.

Le texte, qui remplace une loi de 1962, garantit le droit de grève et la création de syndicats. Mais de l’avis de tous les observateurs, il pose un problème aux employeurs comme aux employés, dans une société nullement habituée au dialogue social.

« Nous vivons les premiers jours d’un nouvel environnement industriel. Les gens essayent de s’y faire, de comprendre leurs nouveaux droits et leurs responsabilités », résume Steve Marshall, représentant du BIT en Birmanie.

Si les ouvriers savent qu’ils ont le droit de grève, ils en ignorent les modalités tout autant que leurs patrons. « Des perturbations sont prévisibles et cela fait partie du processus d’apprentissage. »

Le texte a été préparé par les conseillers juridiques du président Thein Sein, qui depuis plusieurs mois se sont saisis « du corpus légal et s’appliquent à le mettre aux normes internationales », souligne un diplomate étranger.

« Mais la question qui se pose est de comment le faire appliquer au corps social birman, qui n’est pas prêt. »

La Birmanie, en dépit d’importantes ressources naturelles, demeure l’un des pays les plus pauvres du monde après 50 ans de gestion militaire désastreuse et de confiscation généralisée des richesses par les dirigeants.

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Selon la manifestante de la zone industrielle, les grévistes réclamaient une allocation supplémentaire de 30.000 kyats (environ 37 dollars). La société Myanmar Pearl a lâché 12 dollars, mais les ouvriers ne sont « pas satisfaits », a-t-elle martelé.

Le groupe, qui n’a pas répondu aux questions de l’AFP, a émis un communiqué le 15 mai indiquant que ceux qui n’auraient pas repris le travail vendredi dernier seraient considérés comme ayant démissionné « de leur plein gré ». Un ultimatum ignoré par les grévistes.

Une atmosphère de dialogue de sourds, plus que de négociations. Mais tant que des institutions adéquates ne sont pas créées pour aider à appliquer la loi, « les ouvriers n’ont pas d’autres options que de manifester pour obtenir ce qu’ils veulent », estime Htay, un avocat qui défend les ouvriers.

« Si ces problèmes ne sont pas réglés, cela peut affecter la stabilité. Cela pourrait devenir le début d’un soulèvement social. On ne peut pas prédire jusqu’où cela ira. »

Les conflits sociaux récents sont pourtant restés limités par leur ampleur, avec un accord souvent obtenu en quelques jours. Début mai, 300 ouvriers de l’usine de perruques High Art s’étaient mis en grève pour augmenter leur salaire de base de 10 à 30 dollars. La compagnie sud-coréenne a cédé immédiatement.

Mais il est encore trop tôt pour parler d’une tendance.

Ye Naing Win, du Comité d’établissement des syndicats indépendants, craint que ces mouvements se poursuivent et convient que leur déroulement fait peser un certain risque sur la paix sociale.

« Les manifestations sont organisées parce que le salaire de base est trop bas et que la vie (des ouvriers) est trop dure. Et puis ces usines sont comme des prisons. L’avenir de ces ouvriers est triste. »

Leur presse (Agence Faut Payer, 20 mai 2012)

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[Vive les travailleurs de la nuit] Trente millions d’euros de bijoux volés à un mafioso-ambassadeur à Paris

30 M€ de bijoux dérobés chez un ambassadeur

Le butin pharaonique est surtout composé de bijoux. Le diplomate dévalisé à Paris est aussi un passionné des pierres précieuses.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337436814.jpgLe montant du préjudice a de quoi donner le tournis… Des cambrioleurs sont parvenus à s’emparer de 30 M€ de bijoux dans l’appartement parisien d’un ambassadeur des Philippines, actuellement en poste à Lisbonne au Portugal. Le vol a été constaté jeudi matin par un employé de la victime. Informé, le parquet de Paris a saisi la brigade de répression du banditisme (BRB) des investigations.

Selon les premières constatations, les voleurs seraient passés par les toits de l’immeuble situé dans le XVIe arrondissement, avant de forcer un volet puis une fenêtre de l’appartement visé. Le logement de 540 m², richement décoré de tableaux de maîtres et de précieux bibelots, a été entièrement fouillé. Les cambrioleurs se sont ensuite concentrés sur un coffre-fort. À l’aide d’une disqueuse, ils sont parvenus à l’éventrer avant de s’emparer d’une mallette en métal, renfermant plusieurs dizaines de bijoux et pierres précieuses. « Le préjudice déclaré par la victime s’élève effectivement à 30 M€, confie une source proche de l’affaire. Les auteurs de ce cambriolage ont également dérobé des vases, des horloges et d’autres objets de prix. »

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Alerté par un de ses proches, Philippe Jones Lhuillier, 66 ans, a aussitôt prévenu la police avant d’écourter un séjour aux États-Unis pour regagner au plus vite son domicile parisien. « Ce diplomate est un passionné et grand expert de gemmologie, poursuit la même source. Il a été nommé pour la première fois par le gouvernement philippin comme ambassadeur en 1999, à Rome en Italie. » Fils d’un ancien consul honoraire de France aux Philippines, il est de nationalité philippine par sa mère.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337436658.jpgLes enquêteurs de la BRB ont relevé divers éléments matériels laissés derrière eux par les cambrioleurs. « Cette enquête s’annonce longue, estime un proche de l’affaire. Les auteurs de ce cambriolage ont peut-être tout simplement agi au hasard, sans savoir qu’ils allaient tomber sur tous ces bijoux. Les cambriolages sont pourtant en baisse à Paris et en petite couronne depuis le début de l’année. Mais nous ne sommes jamais à l’abri de ce type d’affaire avec un énorme préjudice. »

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Le Parisien, 19 mai 2012)


A Good Man with a Good Heart: A Conversation with Philippe ‘Cebuana’ Lhuillier

When Filipinos hear the name Lhuillier, the first thing that comes to their minds is the well-known pawnshop or I should say, one of the most popular and oldest pawnshops that had been helping us with our financial needs since the ‘30s. But for Filipinos living in Italy, Lhullier is more than just the name of the popular pawnshop; Lhuillier reminds them of a person who served them as an ambassador for more than a decade — years that went beyond the borders of politics, touching lives by building a good and healthy relationship with Filipinos overseas.

Graduating from his management course at the De La Salle University in 1968, Philippe Jones Lhuillier started as a businessman looking after the empire that his father, Henry Lhuillier had founded. Agencia Cebuana, the pawnshop that was soon to be the Cebuana Lhuillier in the late ‘80s, was passed on to his care.

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Today, after decades of successful business, Cebuana has grown to over 1,400 branches nationwide. The preferred cash solutions provider of Filipinos was again passed on to Philippe’s sons, Jean Henri and Andre, when Philippe was appointed as Philippine Ambassador to Italy in 1999. (…)

While he had been an entrepreneur for the longest time before he decided to join the government, he asserts that being in politics and being in business is not at all different, contrary to what others say. For him, dealing with Filipinos in Italy was just like dealing with customers in his pawnshop. “I love talking to people and sharing ideas with them,” he said. (…)

Truly, there is so much more that needs to be done — more time and more effort. But Lhullier is not worried as he remembers his late dad’s words, “As long as you don’t lose the golden egg that I gave you, you will survive.”

Publié par des lèche-culs du grand banditisme (www.balikbayanmagazine.com)

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[« Antiterrorisme »] Des contestataires américains provoqués par la police

Sommet de l’Otan : projet d’attentat contre le QG de campagne d’Obama à Chicago

Trois militants arrêtés pour terrorisme projetaient un attentat contre le quartier général de campagne du président américain Barack Obama à Chicago, lors des manifestations organisées en marge du sommet de l’Otan de dimanche et lundi, a-t-on appris de source judiciaire.

« Les individus que nous avons inculpés ne sont pas des manifestants pacifiques. Ce sont des terroristes de l’intérieur des États-Unis venus à Chicago avec un objectif anarchiste : blesser nos agents de police, intimider nos citoyens et attaquer leurs cibles pour des motifs politiques », a souligné samedi la procureur Anita Alvarez devant des journalistes.

Elle a ajouté que « parmi les cibles qu’ils visaient figuraient le siège de campagne du président Barack Obama ou la maison du maire (de Chicago) Rahm Emanuel ».

Les avocats de ces trois personnes, arrêtées mercredi lors d’une descente de police, ont affirmé que leurs clients étaient « innocents » et leurs interpellations un « coup monté » des forces de l’ordre pour discréditer le mouvement de contestation.

Selon un des avocats, Michael Deutsche, les trois accusés ont été initialement approchés par des informateurs de la police, ou des agents infiltrés, qui les ont finalement piégés. « Ce sont eux qui ont acheté le matériel et essayé d’entraîner nos clients dans des activités illégales », a-t-il affirmé.

La procureur et la police ont indiqué de leur côté détenir de nombreuses preuves que ces « anarchistes autoproclamés » fabriquaient des cocktails Molotov et envisageaient de semer le trouble en marge du sommet de l’Otan.

Ils ont également évoqué des projets d’attentats contre quatre postes de police, et l’une des personnes interpellées aurait même dit : « Avez-vous déjà vu un flic en feu ? », selon Mme Alvarez.

Pour accueillir le sommet de l’Otan, Chicago a placé son centre-ville sous haute sécurité, dans l’attente notamment d’une manifestation d’opposants prévue dimanche midi.

Un responsable policier, Garry McCarthy, a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas de « menaces imminentes » mais n’a pas voulu préciser si d’autres arrestations avaient été effectuées concernant ce projet d’attentat. « L’enquête n’est pas close », a-t-il dit aux journalistes. « Cette étape devait être menée, vu le danger que ces gars représentent », a-t-il ajouté.

Les trois personnes interpellées sont Brian Church, 22 ans, de Fort Lauderdale (Floride, sud-est), Jared Chase, 27 ans, de Keene (New Hampshire, nord-est) et Brent Betterly, 24 ans, du Massachusetts (nord-est).

« J’aimerais faire la distinction entre cette affaire et les manifestations pacifistes, bien que bruyantes, que nous avons eues », a souligné Garry McCarthy. « Nous protégerons la liberté d’expression garantie par le Premier amendement, tout en ne montrant aucune tolérance pour les comportements criminels ».

Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu à Chicago et 14 personnes ont été interpellées, la plupart pour des délits mineurs.

La police et les organisateurs des manifestations se sont engagés à tout faire pour éviter les troubles qui avaient marqué les sommets du G20 de Londres et de Toronto ou encore les émeutes qui avaient émaillé la convention du parti démocrate en 1968 à Chicago.

Presse terroriste (Agence Faut Payer, 19 mai 2012)

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[Printemps érable] « Nous sommes devenus les bêtes féroces de l’espoir » (2)

Manif nocturne : 10’000 personnes dénoncent la loi spéciale

La manifestation nocturne, la 25e de la série, avait la vigueur des premiers rassemblements, avec ses milliers de personnes qui sont descendues dans les rues de Montréal. Or, moins d’une heure après le début du rassemblement, les policiers l’ont déclaré illégal après avoir reçu des projectiles, dont des cocktails Molotov.

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Près d’une dizaine de milliers de personnes se sont rendues à la place Émilie-Gamelin à 20h30 pour dénoncer l’adoption de la loi spéciale encadrant les manifestations. Avant même que la marche ne se mette en branle, la tension était déjà palpable. Les consignes de sécurité, annoncées chaque fois depuis 25 soirs, ont été enterrées par les cris et les huées des manifestants. Plusieurs personnes portaient un masque malgré le règlement municipal l’interdisant qui avait été adopté un peu plus tôt en journée.

À l’angle des boulevards Saint-Laurent et René-Lévesque, la tension a atteint un sommet. Les policiers ont reçu au moins un cocktail Molotov qu’ils ont pu maîtriser. « On ne peut pas encore préciser le nombre, mais il s’agit de bouteille remplie de liquide inflammable », a dit Yannick Ouimet, porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). En effet, dans les airs et avant d’atteindre sa cible, le projectile avait la forme d’une boule de feu.

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Climat de confusion

Les policiers ont alors utilisé des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes pour tenter de disperser la foule. À ce moment, plusieurs manifestants n’avaient toujours pas entendu l’avertissement que l’attroupement était illégal. Quelques minutes se sont écoulées avant que le compte Twitter du SPVM n’indique finalement que le rassemblement était devenu illégal.

« La répression, ça commence déjà et la manifestation n’avait pas encore été déclarée illégale. Moi, en tout cas, je ne l’ai pas entendu », s’est plainte Adèle.

La confusion s’est ajoutée au climat de tension. Les gens qui étaient à l’arrière de la manifestation se sont retrouvés à diriger le groupe. Puis, la foule s’est divisée en deux pour mieux se rejoindre un peu plus tard.

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Quatre arrestations

La manifestation s’est par la suite poursuivie pacifiquement, et les policiers l’ont tolérée. Elle s’est démantelée vers 3h30 dans la nuit de vendredi à samedi.

Quatre personnes ont par ailleurs été arrêtées, après qu’une vitrine de la Banque de Montréal, sur l’avenue Mont-Royal, eût été fracassée. Des méfaits ont également été commis.

Deux des individus appréhendés devront faire face à des accusations de voies de fait armées, un autre pour voies de fait contre un agent de la paix, et une autre personne pour s’être promenée nue sur la voie publique.

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Leur presse (Émilie Bilodeau et Philippe Teisceira-Lessard, LaPresse.ca, 19 mai 2012)


Manifestation de bruit à la prison de Tanguay en solidarité avec les camarades arrêtéEs

Mercredi le 16 mai vers 21h30, une centaine de personnes se sont rendues au centre de détention pour femmes de Tanguay, sur Henri-Bourassa à Montréal où sont détenues les trois jeunes femmes accusées d’avoir lancé une des bombes fumigènes qui ont paralysé le métro de Montréal, jeudi dernier. La canaille de la SQ se trouvaient déjà sur les lieux.

La manifestation fut appelée « … afin de briser l’isolement de nos camarades et montrer à celles-ci que nous les supportons. Cette manifestation se veut contre la répression politique et policière qui prévaut depuis le début de la grève, contre la judiciarisation de nos camarades ainsi qu’un appel à la solidarité avec celles et ceux qui sont détenuEs dans les cages de l’État. »

La foule s’est approchée des portes et s’est adressé aux prisonnières en utilisant des porte-voix, plusieurs feux d’artifice ont été allumés et une bombe fumigène a été lancée aux flics.

La foule s’est dispersé vers 22h30.

Note : les trois jeunes femmes ont été relâchées le matin du 18 mai sous plusieurs conditions.

Voici un texte qui nous est parvenu :

Depuis le début de la grève, il y a eu plus de 1000 arrestations, de nombreux éclopé-es (deux individus ont perdu un œil, deux manifestant-es sont tombés dans le coma), et les nombreuses personnes judiciarisées subissent des conditions de plus en plus répressives (couvre-feu et atteintes à la liberté d’association). Plusieurs de nos camarades sont en exil politique (ils et elles ont l’interdiction d’être sur l’île de Montréal, et donc d’être en compagnie de leurs proches) et d’autres sont présentement en prison. Cela se produit dans un contexte où l’État devient de plus en plus répressif, dévoilant ainsi son vrai visage autoritaire, lui qui n’a comme fonction que de maintenir avec violence la société actuelle. Un exemple récent parmi tant d’autres : le gouvernement veux faire adopter une loi fédérale criminalisant le port du masque durant les manifestations, un crime qui pourra mener à une peine de 10 ans de prison.

Dès son commencement, la grève a timidement perturbé la paix sociale tant nécessaire à la routine capitaliste. Dernièrement, la lutte s’est radicalisée à mesure que la situation perdure et s’intensifie, révélant les contradictions qui maintiennent le pouvoir de l’ordre et de la matraque de la classe dominante. Dans ce système, on augmente les frais de scolarité, on coupe dans les services sociaux pour maintenir la richesse du patronat et de ses acolytes : parallèlement, l’État subventionne les compagnies d’extraction de ressources naturelles qui exploitent et détruisent les territoires nordiques des peuples autochtones tout en investissant dans la mise en place de nouvelles mesures de sécurités. Des millions de dollars serviront à la construction et à l’expansion de plus d’une trentaine de prisons : il s’agit d’une priorité pour l’État de préserver et de renforcer son monopole de la violence à l’heure où ses politiques sont de plus en plus contestées, et ce ici comme partout ailleurs.

Notre avis ? Peu leur importe. La police, la justice, les prisons et tout l’appareil répressif soutiennent l’ordre social. Celles et ceux qui lancent des lacrymos et des balles de plastique sans se poser de questions dès qu’une manifestation échappe à leur contrôle, qui soutiennent les patrons à chaque grève, qui s’interposent entre les affaméEs et les tablettes d’épiceries pleines à craquer de bouffe, entre les sans-abris et les édifices inoccupés ou entre les immigrantEs et leurs familles, voudraient tant qu’on les disculpent et qu’on les oublient. Leur violence n’est pourtant pas accidentelle : elle est routinière et se vit au quotidien. Les bourreaux de ce système usent d’intimidation et élaborent l’isolement nécessaire afin de briser toute tentative de résistance réelle. La liberté tient entre les mains des juges qui hésitent entre caution, conditions, charges criminelles et incarcération.

Face à cela, la solidarité active sans dissociation ni condamnation avec toutes les personnes criminalisées par l’État dévient essentielle: dénoncer la criminalisation par des manifestations ou des vigiles, s’opposer aux arrestations ciblées et à la délation, apporter un soutien légal, financier et moral aux arrêté-es et exiger l’abolition de leurs chefs d’accusation, surveiller les pratiques de la police, soigner les blessé-es, se serrer les coudes, c’est de tout cela qu’on parle. Et continuer la lutte pour laquelle les camarades se sont fait criminaliser, continuer le mouvement, l’étendre et l’intensifier, ne pas plier. Voilà les bases d’une culture de lutte à entretenir et développer.

Nous devons briser les murs de l’isolement, détruire ces prisons qui sont pour l’État un ultime recours pour nous asservir à son contrôle social.

Solidarité avec les prisonnières, les arrêté-es, les blessé-es et longue vie aux mouvements de lutte sociale qui s’opposent à ce système répressif ! Le vrai criminel, c’est l’État, cette société, sa prison.

SabotageMedia, 19 mai 2012

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Qu’ils sacrent donc toutes leur camps !

La suite encore quelques centaines d’arrestations plus tard

Major highlight de la semaine passée : mercredi, après les fumis qui ont paralysé le métro pendant presque 2 heures (toutes les lignes) à l’heure de pointe, quatre « étudiant-es » se sont fait cibler à partir de photos de Iphone. Le public est en effet grandement encouragé à aider la police. Le lendemain, leur photos dans tous les journaux, WANTED, alors qu’il n’y a eu aucune accusation, aucune enquête, et déjà on met leur nom, on raconte leur vie et on les classe terroriste. T’imagines le badtrip.

Du coup, les perquises ont commencé, ils se sont livrés et depuis c’est les quatre murs de Tanguay pour trois d’entre elles, et l’autre est tout seul à Bordeaux. Les procès risquent de durer.

Fin de semaine à off en estie.

Tout le discours ambiant est devenu pris par ce feeling du débordement malheureux, de l’escalade, du pourrissement, alors que ce qu’il y a de plus malheureux,  c’est ce discours de merde justement. Le maire a voulu utiliser ce prétexte pour faire passer en fast track son projet de loi sur l’interdiction des masques.

Lundi, c’était donc le chaos partout.

Les journalistes, au palais de justice, qui pètent un cable parce que la foule n’hésite pas à les pousser, les insulter et les empêche de filmer les accusés et leurs familles etc. (depuis jeudi passé, ces esties de rats attendent les parents de nos camarades devant la porte de leurs maisons, les suivent au travail, etc.).

Rassemblement aussi à l’hôtel de ville, pour envoyer chier le maire et sa loi, bataille dans le cadre de porte, effusions pimentées, etc. etc.

À Ste-Thérèse, et à Longueuil, bastons avec les flics sur des blocages.

Clou de la journée, en après-midi, la ministre de l’éducation (aussi vice-première ministre), Line Beauchamp, a démissionné.

Remplacée par la Courchesne.

Charest lui, continue de faire son tough.

C’est rendu qu’il veut une loi spéciale pour obliger le retour en classe alors que les keufs n’arrivent même pas à faire appliquer les injonctions.

Quel imbécile. Quel estie de gros cave.

Les manifs de nuit continuent, et avec des mauvais moves comme ça, ça ne fait que chauffer un cran de plus l’ambiance de la rue.

Hier, encore 122 arrestations, pour 5 vitres de banques en moins.

Au-delà de tout ça, on dirait que la grève s’assèche un peu, c’est peut-être juste mon feeling, mais j’ai l’impression que plus rien ne semble vouloir sortir le mouvement de sa dimension revendicative. Tout devient cristallisé autour de la lutte contre Charest. Qui pliera le premier, on dirait que finalement, c’est tout ce qui compte, c’est tout ce qui prend le dessus, aux dépens d’un contenu plus dense.

Là, c’est le mois de mai. Cette semaine, c’était le festival de théâtre anar, en fin de semaine, c’est le salon du livre anar. Y aura beaucoup de monde en ville et les manifs continuent. Mardi prochain, 4e marche nationale mensuelle. S’attendre à des dizaines ou des centaines de milliers de personnes dans la rue.

La situation change tout le temps très vite.

Là, pour la semaine qui vient, c’est cette histoire de loi spéciale qui va donner l’ambiance.

À ce point-ci, il semble assez clair que les semestre d’hiver 2012 ne pourront pas être sauvés, et puis, dans certaines A.G. on commence à parler de voter l’annulation de nos cours! Parti comme c’est là, on sera encore dans la rue en septembre.

Tant mieux si ça dure, alors, mais en espérant qu’avec le temps on puisse voir apparaître d’autres devenirs que la fin du mouvement, avec ces déprimes, les procès sans fins, etc.

Bref, ya pas de meilleur moment pour vouloir que

VIVE LA GRÈVE

sans-titre-diffusion, 17 mai 2012

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[Autour d’un repas, construisons les luttes !] Cantine populaire n° 0 à Nantes le 25 mai 2012

Cantine populaire n° 0

L’envie traîne de lancer des cantines populaires dans Nantes : des bouffes régulières, dans la rue, les quartiers, peut-être lors des marchés. De la cuisine végétalienne, à prix libre.

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Parce que c’est bon ! Et parce que la préparation et le partage des repas sont un bon prétexte pour créer des espaces de rencontre, de discussion, de partage, pour parler de luttes d’ici et d’ailleurs. Quand ça sera possible, on compte utiliser les légumes du Sabot, le collectif de maraîchage installé sur la ZAD depuis mai 2011 contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des Landes : “des légumes, pas du bitume !”

Cette “cantine populaire n° 0″, vendredi 25 mai, est l’occasion de partager cette envie avec vous, tou-te-s celleux qui viendront manger et qui peut-être auront aussi envie de s’impliquer pour mettre en route les cantines à venir.

Bienvenue !

Vendredi 25 mai 2012, à B17 (17 rue Paul Bellamy à Nantes)
rdv à 16h pour cuisiner et à 20h pour déguster, discuter…

Indymedia Nantes, via le blog du collectif de lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes

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[Chambéry, le 25 mai] Ne pas se laisser enfermer dehors

À la mémoire de Zoé, pour que les procédures qui ne nous tuent pas nous rendent plus poreux et plus forts

Alors que se déroule à Paris le premier procès antiterroriste pour six camarades, sur fond de fantasme de « la mouvance anarcho-autonome » et dans une disproportion délirante par rapport aux faits reprochés, à Chambéry quatre personnes passent en procès. Cette fois-ci, les faits ont été requalifiés, ce ne sera pas donc un procès anti-terroriste. L’affaire a coûté la vie à une copine et grièvement blessé son ami. Les flics, pour lesquelles la moindre amitié est suspecte, ont harcelé pendant plusieurs années leurs potes. Ils passent maintenant en procès, soutenons-les !

C’est l’histoire banale d’un accident qui mériterait pas vraiment qu’on s’y arrête, si l’État n’était pas venu y fourrer son gros nez. Si les polices européennes n’avaient pas fait de l’ultra-gauche l’une des nouvelles menaces terroristes prioritaires. Une histoire tragique qui aurait pu rester entre nous, avec des regrets. Une expérience qui tourne vinaigre.

Dans la nuit du 30 avril au premier mai 2012, à Cognin, près de Chambéry, soufflé-e-s par l’explosion d’un engin explosif artisanal, Zoé mourait, presque sur le coup, tandis que Mike, grièvement blessé, parvenait à sortir de l’usine abandonnée dans laquelle ils se trouvaient.

La police et les secours débarquent vite sur les lieux, alertés par le voisinage. Mike et le corps de Zoé sont identifiés. Manifestement, l’addition des dossiers de nos deux camarades et de leur implication dans un accident de ce type fait sonner quelques sirènes d’alerte à Paris, à la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI), qui héberge la Sous-Division Anti-Terroriste. Dès le lendemain arrivent donc à Chambéry les fonctionnaires chargés par l’État de lutter contre les menaces à son encontre. Quelques jours plus tard, trois perquisitions sont exécutées dans trois maisons squattées. Celle où vivait Zoé, un lieu d’habitation pour quatre personnes devant lequel restait en général garé le camion de Mike, ainsi que Les Pilos, lieu d’habitation et d’activités proche du centre-ville.

Mike est déjà placé en détention préventive au régime grand blessé à l’UHSI (Unité Hospitalière Sécuritaire Inter-régionale) de Lyon. Il y restera deux mois. Puis Raphaël, Joris, William, et N1N1 seront successivement interpellés, dans des conditions variées. Tous, à l’exception de William, passeront un moment en tôle. Respectivement un mois et demi, deux semaines, et trois mois. Tous seront ensuite placés sous contrôle judiciaire, sous un régime plus ou moins strict (assignations à résidence chez les parents, interdiction de se rencontrer, de sortir de tel et tel département ou de France, obligation de pointer chez les flics du coin toutes les semaines…).

En 2011, les gros malins du parquet antiterroriste de Paris se déclarent incompétents, tout penauds de n’avoir pu trouver la preuve accablante qu’un attentat se préparait dans les cuisines des squats locaux. La fin de l’instruction est alors confiée au tribunal de Grande Instance de Chambéry, qui accepte la levée de tous les contrôles judiciaires, sauf celui de Mike.

Enfin, une convocation tombe pour le 25 mai, toute la journée, devant un tribunal correctionnel de Chambéry.

C’est là qu’on voudrait inviter celles/ceux qui le voudront à faire le déplacement, soit pour assister aux audiences, soit pour prendre le temps de marquer un soutien devant le Tribunal. Il y aura des tables d’infos, une soupe végétalienne, des occasions d’échanger, de se rencontrer, de faire du bruit sur une place lisse et raide comme la Justice.

La cour devra statuer sur la responsabilité de Raphaël, William et Joris, accusés de « destruction ou soustraction des documents ou objets de nature à faciliter la découverte d’un crime en vue de faire obstacle à la manifestation de la vérité, la recherche de preuves ou la condamnation des coupables », tandis que Mike devra répondre des faits de « fabrication d’engin explosif et d’élément ou substance destinés à entrer dans la composition du produit explosif, la détention de produit explosif ainsi que la détention de substance ou produit explosif ou d’éléments destinés à composer un engin explosif ».

Tout ça c’est très factuel, mais il n’est sans doute pas inutile de rappeler le contexte. Ce petit rappel en introduction n’a pas pour but de dresser un tableau candide de l’innocence éventuelle de nos camarades prévenus dans cette affaire, il s’agit d’un appel à venir soutenir des amis, des proches, des compagnons qui, déjà frappés par la tragédie de la mort d’une amie proche, se sont vu pendant quelques années devenir les objets de la machine policière et judiciaire à briser les liens et les solidarités. À partir d’un fait divers, il aura suffi de quelques connexions entre des fichiers pour qu’une armada de flics et de juges viennent décider, pour des mois, voire des années, de la suite d’existences, qui devaient se voir nivelées et normalisées pour faire leurs preuves et prouver l’intention des prévenus de se présenter devant le tribunal qui jugerait de leurs fautes. Parce que « suspectes » par la façon dont elles sont menées (vie collective en squat, absence de travail salarié pour certains, participation à des luttes sociales ou à des rassemblement surveillés, lectures subversives, liens supposés ou réels avec des personnes concernées par d’autres affaires…).

Nous voudrions laisser le soin à la Cour de statuer, de notre côté nous considérons que le fond de l’affaire n’importe pas tant que ça. Que la culpabilité ou l’innocence éventuelle des inculpés ne nous intéressent pas. Qu’il y a derrière cette procédure un exemple supplémentaire de la manière dont l’État s’appuie sur ses juridictions d’exception pour servir des intérêts tout à fait prosaïques. Derrière les procès en terrorisme intentés à l’encontre des mouvances « ultra-gauche », « anarcho-autonome » (ou tout autre nom qu’on voudra bien donner à l’ensemble disparate d’idées et de pratiques anti-autoritaires dans lequel nous nous reconnaissons d’une manière ou d’une autre), il y a ce spectre qui hante l’Europe, le fantôme de révoltes populaires échappant au contrôle de la classe dominante. Cette inquiétude de nos gouvernants s’avère bien sûr particulièrement aigüe en ces périodes de crise qui se rejoue en miroir, dans le temps infini et sans histoire qu’ont su imposer les démocraties occidentales. Plus rien ne doit jamais arriver.

Les exemples de répression à l’encontre de mouvements de lutte ou de groupes d’individus liés au sein de ces mouvements se multiplient. On pense à Tarnac, bien sûr, mais aussi à l’affaire dite de la « dépanneuse », jugée ces jours-ci à Paris (à ce sujet, beaucoup d’infos disponibles dans Mauvaises Intentions n° 3, à lire impérativement, ici par exemple), à l’affaire de Labège près de Toulouse (un blog de soutien exhaustif par ici), aux vagues d’arrestations qui s’abattent régulièrement sur des camarades italiens, au mouvement NO TAV (contre le TGV Lyon-Turin) qui commence à intéresser sérieusement les flics de toute l’Europe, et la liste est encore bien longue.

L’application des dispositifs d’exception nous semble guidée par un triple objectif : la terreur (il faut terroriser les terroristes potentiels, leur faire peur, leur montrer ce qu’ils ont à perdre) ; la démonstration de force (on s’occupe des fauteurs de trouble et de ceux qui ont le culot d’envisager avec sérieux des perspectives politiques radicalement antagonistes) ; enfin, le renseignement : c’est pratique ces très longues gardes à vue sans avocat pendant les premières 72 heures, c’est bien utile de pouvoir retourner le domicile des gens au premier soupçon de « menace ». On met à jour les petites fiches, on cartographie des réseaux, des amitiés, des relations. On range ça sous une belle étiquette, et c’est plié.

Comme le disent très bien les CAFards de Montreuil (collectif de chômeurs et précaires, texte L’Enfer des Bonnes Intentions, trouvé sur Indymedia Paris) :

« La Justice fait son travail. Isoler, constituer des groupes pour les rendre responsables de pratiques largement partagées (grèves et manifestations sauvages, sabotages), et ainsi redéfinir la frontière entre dialogue social acceptable et pratiques de luttes à réprimer ; enfermer quelques-uns pour faire peur à tous. Mais aussi, ici par l’invocation de l’imaginaire sanglant du “terrorisme”, dépolitiser toute critique radicale, en la mettant sur le terrain moral du Bien et du Mal. Car puisque des mauvaises intentions suffisent à définir “l’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste”, le “terroriste” n’est au fond qu’un mauvais citoyen qui veut cracher dans la soupe, et mérite ainsi le régime carcéral.

Des drames comme la tuerie de Toulouse – contre lesquels l’augmentation des pouvoirs de police ne peut pas grand chose – sont pain béni pour justifier les procédures antiterroristes, et plus généralement pour renforcer tous les dispositifs de gouvernement par la peur. En créant des épouvantails (islamistes, anarcho-autonomes…), de telles procédures permettent aussi de fabriquer, en creux, une nouvelle définition de la bonne citoyenneté, où chacun est enjoint non seulement de respecter la loi, mais aussi de faire preuve de bonne volonté, de se mobiliser activement pour la perpétuation de l’ordre social, c’est-à-dire pour l’économie, le capitalisme triomphant.

[…]

Il nous faut construire les moyens collectifs de s’attaquer à ces dispositifs qui cherchent, au tréfonds de nous, dans un binarisme absurde, soit à nous faire plaider coupable, en faute et en dette face à cette société, prêts à subir le châtiment, soit à nous épuiser à donner des preuves de notre innocence et de notre bonne volonté. »

Nous parlons contre l’État, sa justice, son économie, la République française, sa prétention stupide à nous gouverner, et à nous figer dans ces identités tièdes et transparentes de citoyens sans histoire ni culture populaire. Nous disons que pendant la crise les travaux doivent continuer de plus belle, que le capitalisme ne s’effondrera pas tout seul, et que nous continuerons de chercher à lui nuire, par les moyens que nous jugerons opportuns, avec celles et ceux qui sont ou seront nos complices.

Ne nous laissons pas enfermer dehors.

Pour plus d’infos sur le rassemblement du 25 mai à Chambéry, écrire à soutien25mai

Indymedia Paris, 18 mai 2012

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[Besançon] Rassemblement antifasciste lundi 21 mai 2012 à 18h00 Place Pasteur

BLOC IDENTITAIRE EN FRANCHE-COMTÉ, NE LES LAISSONS PAS SEMER

En Europe, les idées ultra-nationalistes et néo-fascistes se banalisent et désormais des représentants d’extrême-droite participent même à différents gouvernements.

En France, qui peut encore croire que le FN a été « diabolisé » alors que toutes leurs idées nauséabondes ont été reprises et banalisées par les partis institutionnels de droite comme de gauche depuis belle lurette. Peu importe le gouvernement, chacun s’est approprié des concepts d’extrême droite stigmatisant les roms, les jeunes, les prostituées, les sans-papiers … bref  les pauvres, le tout appuyé sans remord par les médias. Ce contexte a permis la mise en application de lois liberticides et sécuritaires : fichages, LOPPSI, loi sur les mineurs, généralisation des rétentions administratives en centres, déportations par charters, contrôles inopinés au faciès … pour résumer le recul des droits de l’homme et de la femme.

Malgré le caractère hétéroclite des composantes d’extrême droite (intégristes religieux, hooligans, “anti-sionistes”, identitaires, nationalistes, racistes en tous genres, sexistes, homophobes…), la violence de leurs idées se diffuse sans complexe dans la société et occulte de véritables problèmes. La misère, le chômage, la crise qui devraient être les vrais sujets de fond sont remplacés par de faux débats sur l’identité nationale, le port de la burqa, le hallal … occultant le véritable visage du capitalisme.

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Plus localement, le Front-Comtois (jeunesses nationalistes identitaires franc-comtoises), Troisième voie (“syndicat” corporatiste radical, antiparlementaire, islamophobe, antisémite et violent) se sont implantés en Franche-Comté. Aujourd’hui le Bloc Identitaire tente une percée, en commençant le 21 mai 2012 par une réunion publique à Besançon ou dans ses environs. Nous constatons que le lieu de cette rencontre reste secret ou connu des seuls initiés ce qui parait en contradiction avec une réunion publique. Ce Bloc Identitaire est déjà implanté dans de nombreuses régions et regroupe différentes sections jeunes mais sous d’autres dénominations telles que Projet Apaches (Paris), Nissa rebella (Nice), Rebeyne (Lyon). Ils sont à l’origine des apéros saucissons-pinard, de la marche des cochons, d’attaques de Quick et de Mac Donald hallal, de ratonnades à Toulouse et autres actions violentes contre des immigrés, des sans-papiers et des militants anti-racistes (attaque de cercles du silence à Paris, Nice et d’autres villes, tabassage de “gauchistes” à Lyon notamment). Ils répertorient et diffusent par une pseudo agence de presse (Novopress) des faits divers stigmatisant systématiquement les étrangers et les partis de gauche considérés comme collabo allogènes.

Depuis trop d’années le débat sur la question du racisme et de son expansion sont ignorés, il est temps de réagir face à la recrudescence d’idées tout simplement fascistes et de se mobiliser pour une véritable culture progressiste, antifasciste, libertaire, égalitaire et solidaire.

Ce rassemblement ne doit pas rester stérile et doit être l’amorce d’une prise de conscience et de la mise en place d’actions collectives.

Liens utiles à l’approfondissement sur l’extrême droite en France et en Europe :

http://reflexes.samizdat.net
http://fafwatch.noblogs.org
http://droites-extremes.blog.lemonde.fr
http://www.lesinrocks.com/dossiers/t/57644/date/2011-01-12/article/le-fn/
http://preference-nationale.net
http://transeuropeextremes.com

Collectifs bisontins luttant radicalement contre l’extrême droite :

Syndicat révolutionnaire inter-professionnel CNT 25
Groupe Proudhon de la Fédération anarchiste
SCALP, anti-fascisme radical

Militons ensemble pour ne pas laisser les horreurs de l’histoire se reproduire !

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[Mort aux pauvres !] In memoriam Marcel Dumas

La Rochelle : « On l’a poussé au suicide »

Accusé de fraude, Marcel Dumas, un chômeur de 56 ans, s’était donné la mort. Sa sœur dénonce.

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Depuis le début des années 1990, Marcel Dumas vivait d'emplois aidés et de petits boulots.

C’était le 30 décembre 2010. Marcel Dumas avait punaisé un petit mot sur la porte de sa maison de Saint-Xandre, en Charente-Maritime : « Je suis mort », puis il était allé se pendre.

Un passant intrigué avait alerté les secours. Les gendarmes ont découvert le corps un peu plus tard, trop tard.

De l’avis de ses proches, Marcel n’était pas dépressif, encore moins suicidaire. Il était juste au bout du rouleau. À 56 ans, chômeur, avec 600 euros par mois pour survivre, il venait de recevoir un recommandé du Pôle emploi lui enjoignant de rembourser un trop-perçu de 8944,76 €. Aucun justificatif n’accompagnait ce courrier type à la sécheresse tout administrative. Pas de décompte des sommes dues non plus, mais un échéancier à respecter : 1789 euros par mois pendant cinq mois. « D’être considéré comme un fraudeur, il ne l’a pas supporté », résume Marie-Lise Deschamps.

Vingt ans de chômage

Marie-Lise, c’est la grande sœur de Marcel. Elle dit n’avoir découvert la détresse de son frère qu’après sa mort, en épluchant ses maigres papiers. « Il ne parlait jamais de ses problèmes. J’ai appris plus tard qu’il était obnubilé par cette affaire. Sa hantise, c’était qu’on lui prenne sa maison, qu’il se retrouve à la rue. Pour moi, il est clair qu’on l’a poussé au suicide. »

Marie-Lise décrit son cadet comme un vieux garçon « renfermé » mais « qui n’aurait jamais fait de mal à personne ». Quelqu’un de « démuni », « sans défense », avec son certificat d’études pour seul bagage. Électricien de marine, il avait été mis au chômage par la fermeture du chantier Gib Sea de Marans, au début des années 1990. « Il n’avait pas retrouvé de vrai travail depuis. Il vivait d’emplois aidés, de petits boulots à droite à gauche. »

En 2007, Marcel Dumas est recruté par la Maison des chômeurs de La Rochelle. 26 heures par mois payées 200 euros. Qu’il porte consciencieusement sur sa déclaration de revenus. Son « conseiller référent » de l’ANPE est au courant, comme en témoignent les fiches de liaison de 2008 que Marie-Lise a retrouvées.

Pourtant, à l’automne 2010, le Pôle emploi l’accuse de ne pas avoir déclaré cette activité. Le radie provisoirement, suspend ses droits et lui notifie le trop-perçu. Puis, s’agissant de l’ASS, une allocation d’État, le dossier est transmis à la préfecture. La machine est en marche.

Le 28 décembre 2010, le Pôle emploi convoque Marcel Dumas à un entretien pour le 5 janvier. Puis lui signifie sa radiation le 10 pour cause d’absence au rendez-vous. Il était mort depuis onze jours.

Pas de faute

Une bavure dans la chasse aux petits fraudeurs ? Marie-Lise Deschamps en est convaincue. Elle en veut à ce conseiller référent qui savait et n’a rien dit, qui n’a pas voulu voir la bonne foi de Marcel et sa détresse. « Curieusement, il a été remplacé juste après la mort de mon frère. »

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Dominique Morin, directeur régional de Pôle emploi (à droite)

Si elle s’est décidée à parler, c’est « pour que cela ne se reproduise pas ». C’est aussi pour combattre ce sentiment d’impuissance qui la hante depuis un an. Le procureur de la République de La Rochelle a classé sa plainte sans suite pour « absence d’infraction ». La Direction du travail et de l’emploi a reconnu, tardivement, qu’il n’y avait pas eu fraude, les bénéficiaires de l’ASS pouvant sous conditions cumuler salaire et allocation. Mais personne, sinon lui-même, ne peut être tenu pour responsable de la mort de son frère.

Au Pôle emploi, le directeur régional de Poitou-Charentes, Dominique Morin, rejette tout lien de cause à effet entre la procédure engagée contre le chômeur et son suicide. Il exclut de la même façon tout dysfonctionnement de ses services : « Le fait déclencheur, c’est la non-déclaration des salaires. Marcel Dumas l’avait reconnu. Il nous avait contactés pour demander un échelonnement. Nous ne faisons qu’appliquer par délégation de l’État la réglementation que la loi nous impose. »

Pas de faute, pas de dysfonctionnement, les procédures ont été respectées. Mais si elles aboutissent à ce résultat, c’est qu’il faut peut-être les changer.

Presse (Pierre-Marie Lemaire, SudOuest.fr, 12 mai 2012)

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[Procès mauvaises intentions] « Terrorisme », curcuma et crime par la pensée

« Terrorisme », curcuma et crime par la pensée

Le procès de cinq militants et d’une militante qui se tient à Paris depuis le 14 mai revêt une double importance : c’est le premier procès « antiterroriste » intenté à des personnes qui ne sont pas soupçonnées de liens avec les groupes islamistes (si procès il y a, l’affaire dite de Tarnac sera le prétexte du deuxième) ; c’est aussi le premier procès qui prétend établir l’existence de la fantasmagorique « mouvance anarcho-autonome d’ultra-gauche » (ici dans sa version en quelque sorte régionale la « mouvance anarcho-autonome francilienne) dont j’ai dressé la généalogie dans La Terrorisation démocratique (auquel je renvoie pour le détail des textes « antiterroristes » qui seront évoqués ci-dessous).

Il est une dimension de cette affaire qu’il est délicat d’évoquer pour quelqu’un qui éprouve, comme c’est mon cas, de la sympathie pour les positions politiques revendiquées par les inculpé(e)s [Je sais, on est censé dire « mis en examen »] : anticapitalisme, soutien aux sans-papiers en situation prétendue irrégulière, opposition au système carcéral. Le dossier comporte des milliers de pages pour se réduire finalement à un pétard mouillé (au sens propre), une brochure, et d’improbables « correspondances » de traces ADN, auxquels il convient d’ajouter (au sens propre) quelques épices… Il faut toute la sottise bureaucratique de la correspondante du Monde pour reproduire textuellement, et donner ainsi à prendre au sérieux, la version policière [Le Monde, 18 mai 2012. Question qui ne peut que venir à l’esprit du lecteur le plus distrait du quotidien de référence : comment se fait-il que l’affaire de Tarnac ait donné lieu à d’immenses papiers, tout imprégnés d’une évidente sympathie pour les inculpés, auxquels on a par ailleurs accordé de longues et répétées tribunes libres, quand l’affaire des six donne lieu, après trois jours d’audience, à un compte-rendu ne se démarquant pas d’un micron de la version policière ?].

La malheureuse Élise Vincent recopie en tirant la langue : « des-pro-duits-chi-mi-ques-pou-vant-entrer-dans-la-com-po-si-tion-d’ex-plo-sifs ». Quand on sait que le sucre en poudre fait (réellement) partie des produits pouvant etc. on est tenté de rigoler. On rirait encore plus volontiers en découvrant dans les mixtures incriminées un intrus : le curcuma [Excellent antiseptique naturel, commun dans la cuisine d’Afrique du Nord, remis à l’honneur dans les magasins de produits biologiques, dont je fais moi-même un abondant usage alimentaire… Me voilà (une fois encore) suspect.]. Bombes à clous supputent les cognes, fumigènes répondent les « curcumistes ». Pas de quoi rire pourtant quand on sait que ces jeunes gens sont inculpé(e)s d’association de malfaiteur en liaison avec une entreprise terroriste, et qu’ils ont déjà fait à eux tous un nombre respectable de mois de prison.

On peut comprendre que les supposés terroristes ne soient pas — dans l’esprit de policiers contraints par leur hiérarchie à « faire du chiffre » —, tenus à une « obligation de résultats ». Mais tout de même ! Un engin incendiaire (retrouvé paraît-il sous une dépanneuse de la police) qui n’a rien incendié, une brochure téléchargée sur Internet (on ne sait par qui), et (non Élise, je n’oublie pas) des « produits », dont le fameux curcuma…

J’espère que nos « curcumistes » ne m’en tiendront pas rigueur, mais il importe de rappeler qu’une demi-heure de n’importe quelle manifestation d’extrême-gauche des années 70 du vingtième siècle connut l’explosion (bien réelle) de dizaines d’engins incendiaires, des cocktails quoi (Élise dirait : « des bombes à main »).

Si l’on considère les faits qui leur sont imputés à crime, établis ou non, effectivement à eux attribuables ou non, force est de constater un niveau de violence réelle égal à zéro, un taux d’échec de 100 %, et de supposés plans tirés sur la comète (c’est une image, Élise). Concrètement et mathématiquement : trois fois rien.

À part au journal Le Monde, j’ai du mal à imaginer qu’une personne, disons douée d’une intelligence moyenne (navré, Élise !), puisse considérer qu’il y a là de quoi mettre en danger la société, l’État ou la sécurité publique autrement que de manière purement symbolique. Et c’est ici que nous rejoignons les nouvelles législations « antiterroristes » peaufinées après un 11 septembre de sinistre mémoire.

D’abord parce que la particularité de la législation « antiterroriste à la française », dont ses desservants ne sont pas peu fiers, son caractère « préventif », permet aux flics et aux magistrats « antiterroristes » de se féliciter paradoxalement d’un dossier vide, ce qui est une nouveauté appréciable. En effet, plus les charges sont minces, plus vide est le dossier, et plus grand est le danger imaginaire auquel nous sommes supposés avoir échappé grâce aux services « antiterroristes »…

On ne trouve rien, ou si peu, à reprocher aux « malfaiteurs » que voilà ? C’est bien la preuve que nous sommes intervenus à temps ! Vous dites que nous avons coffré des gamins plus proches des Pieds nickelés que de Ravachol ? Mais c’est la preuve suffisante de notre efficacité ! Comment ignorer, en effet, que petit Ribouldingue deviendra grand Ben Laden !

L’imaginaire policier contre les crimes d’opinion

J’ai assisté à une partie de l’audience du 16 mai (et non du 17 comme indiqué d’abord par erreur), au Palais de justice de Paris. Exercice toujours pénible (pour mes jambes d’abord) mais très instructif. En effet, la présidente du tribunal se trouve en position de manier (certainement pour la première fois, en ce qui la concerne) un arsenal législatif relativement nouveau dont l’« association de malfaiteurs terroriste » (pour le dire de manière condensée) est le pivot. Quant au fondement du système « antiterroriste » moderne et « préventif », il apparaît clairement au fil de l’audience pour ce qu’il est : un délit d’opinion politique.

Dans l’affaire en cause, l’absence caricaturale (comme aussi dans l’affaire dite de Tarnac) d’éléments matériels permettant de donner de la consistance à la qualification « terroriste », fait ressortir le renversement opéré par la législation « antiterroriste ». Nous n’en sommes plus à écarter les justifications politiques d’actes délictueux au regard du droit pénal (vous dites que vous êtes un militant politique, mais je constate que vous avez fait sauter une mairie). Police et justice travaillent aujourd’hui, au service de l’État, à stigmatiser des prises de position politiques et sociales, de « mauvaises intentions » a-t-on pu dire justement, en utilisant des éléments disparates auxquels seuls les textes « antiterroristes » eux-mêmes donnent une apparente cohérence.

Au cours de l’audience à laquelle j’ai pu assister, j’ai entendu la présidente égrener une demi-heure durant, une interminable liste de communiqués de soutien produits par une nuée de collectifs informels à travers la France, lesquels recensent des actions de solidarité qui vont d’un tag sur un mur au déversement d’ordures dans je ne sais plus quel lieu. Pourquoi s’impose-t-elle (et à nous !) cet ennuyeux exercice ? Parce que d’abord, « c’est le dossier ». Le décompte des affiches collées à Troufignou-sur-Arzette est une pièce à charge, c’est comme ça. Parce qu’ensuite, son interminable lecture achevée, la présidente rappelle à la barre chacun(e)s des inculpé(e)s auxquels elle tient ce discours ahurissant : « Ce qui compte vraiment, c’est de savoir ce que vous pensez de tout ce que je viens de lire ! »

Nos « curcumistes » ont beau faire valoir qu’ils ne sont nullement comptables des collages d’affiches effectués dans des villes qu’ils ne sauraient pas toujours situer sur une carte, et alors même qu’ils se trouvaient en prison, la question revient, lancinante : « Oui, mais je vous demande ce que vous en pensez ! »

Autrement dit : à défaut de savoir ce que vous avez fait, j’aimerais savoir ce que vous pensez de ce que d’autres disent qu’ils ont fait en pensant à vous…

Puisque la validité des preuves par l’ADN est, à juste raison, contestée par la défense, il reste, pour établir le lien d’« association » entre les inculpés, les bonnes vieilles « idées ». L’association d’idées n’est-elle pas le plus ancien et le plus répandu des crimes par la pensée ? Au point où nous en sommes, et après avoir comiquement relevé la liste des autocollants apposés sur la porte de tel réfrigérateur (je n’invente rien !), pourquoi ne pas établir la communauté d’idées malveillantes par l’opinion que l’on a des opinions des autres. Foin de police scientifique ! Nous voilà quelque part entre le micro-trottoir, le billard et le bonneteau…

Détaillons : Vous vous appelez Gontran. Vous avez été arrêté, mis en examen et placé en détention pour « association de malfaiteurs etc. » parce qu’on a trouvé le « A » de votre ADN sur une bouteille de bière de la même cuvée que celle qui n’a pas incendié un véhicule de police, dont un modèle réduit se trouvait précisément au domicile de Mademoiselle Ginette, ici présente. Coïncidences que tout cela ! nous avons bien compris votre système de défense. Venons-en à l’essentiel : Je constate qu’à Grenoble, à Reims et à Ponto-Combo [Dont je ne devrais pas ignorer que le nom s’écrit Pontault-Combault… mais l’exotisme y perd beaucoup.] les services de police ont relevé des inscriptions à la peinture sur les murs. À Grenoble par exemple : « Libérer Gontran et Ginette ».

Que dites-vous de ça ?… Vous auriez mis un « z » ! Vous n’avez pas l’air de mesurer la gravité de votre situation, mon jeune ami ! Mais enfin, bon sang de bonsoir, pourquoi nier l’évidence : vous avez un prénom ; on trouve à Grenoble, des gens qui le connaissent ; ils l’écrivent à la peinture sur les murs à côté de celui de mademoiselle, et vous voudriez nous faire croire qu’il n’y a pas d’association entre vous !?!

Aussi implacablement logique que paraisse le « raisonnement » de l’accusation ci-dessus déroulé, il y manque un élément. À l’époque du regrettable Raymond Marcellin (ministre de l’Intérieur 1968-1974), on aurait parlé du mystérieux et fantasmatique « chef d’orchestre clandestin ». L’électronique et l’information en réseaux ont tout bouleversé, les Islamistes utilisent aujourd’hui Internet. Comment s’y retrouver ?…

Grâce au médium ! Non ! pas celui qui fait tourner les tables ! Le médium des médias ; l’organe de presse, quoi ! Durant l’audience que je suis, la présidente revient, à vingt ou trente reprises, sur le site Internet Indymedia. Elle en parle comme de l’Humanité, organe central du parti communiste français. Il est probable que cette quadragénaire a chez elle, et au bureau, des connections Internet, qu’il lui arrive de consulter ses mails, les horaires SNCF et le site de son quotidien préféré. Pour autant, et elle est loin d’être la seule, elle n’a pas la moindre idée du fonctionnement d’Internet et singulièrement des sites de libre publication comme les Indymedia(s). Pour elle, c’est l’équivalent du plenum du comité central du parti ; s’il avalise un texte, c’est que le parti est derrière l’auteur ; c’est donc que l’auteur est membre du parti. C’est aussi bête que ça. C’est aussi éloigné de la réalité que ça.

Rappelons qu’Indymedia est un site de libre publication où n’importe qui peut publier (presque) n’importe quoi. Des plaintes déposées à la suite de la publication de messages affirmant « qu’il est révolutionnaire de tuer des flics [J’ai été amené à témoigner, sur ce point précis, en faveur d’Indymedia, et de la liberté d’expression, au procès qui s’est tenu en avril 2006 à Paris] », ou d’autres, antisémites, ont amené à instituer une modération a priori [Je plains bien sincèrement les gens qui doivent lire l’intégralité des textes postés]. Elle ne vise, en principe, qu’à prévenir la réitération de messages tombant sous le coup des lois et ne revêt pas un caractère de choix politique. Indymedia est évidemment un site contestataire de contre-information, mais il ne prétend nullement exprimer une ligne politique cohérente, qu’elle émane des modérateurs ou d’un quelconque groupe extérieur. Encore moins juger telle action menée à tel endroit, que ses auteurs ou des gens qui n’ont rien à voir avec eux jugent utile de porter à la connaissance du public. La comparaison qui me vient à l’esprit serait un tableau d’affichage dans une université, sur lequel étudiantes et étudiants peuvent punaiser un tract syndical, une proposition de cours particuliers de chinois ou la vente à moitié prix d’une place de concert. Les papiers se côtoient et se recouvrent sans que les auteurs se connaissent. Par ailleurs, on peut souhaiter acheter la place de concert à l’auteur sinisant du tract syndical, sans connaître soi-même les éléments de recoupement qu’une enquête éventuelle mettrait à jour.

Ajoutons que flics et ministres (Ah ! Madame Alliot-Marie !) ont cru trouver un truc génial, la martingale qui tue, avec la « mouvance ». Dans la tête des mêmes, la « mouvance » est aux libertaires, ce que la « nébuleuse » est à Al-Qaïda. Ça ne veut rien dire, mais c’est rassurant. Ça vous a un côté « la situation est sous contrôle ». La « mouvance » est dans le collimateur, la « nébuleuse » dans l’œil du télescope, affirmatif, chef !

Vous me direz qu’il s’agit d’un bel effort de vocabulaire pour tenter de s’abstraire du modèle hiérarchique, pyramidal, bolchevique, avec chef, cheftaine, sous-chefs, tenant lieu, etc. C’est horizontal, souterrain, en rhizomes quasi : beau comme du Deleuze-Guattari ! Merde ! on est pas plus con qu’un autre à la DCRI !

Et puis ça permet de mouiller n’importe qui dans n’importe quoi, tout comme la nouvelle définition européenne du « terrorisme » permet de qualifier ainsi n’importe quelle action politique ou syndicale, y compris la plus anodine, du moment que l’État, l’Économie ou une institution internationale s’estiment visés — ce qu’ils sont précisément par définition par la plupart des actions politiques et syndicales.

« Terroristes », les paysans opposés à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. « Terroristes », les ouvriers menaçant de faire sauter l’usine que l’on veut fermer. « Terroristes », les saboteurs de machines biométriques. « Terroristes », les étudiants québécois, auxquels on concocte d’ailleurs une nouvelle législation antigrève. « Terroristes », les séparatistes ouighours. « Terroristes », les manifestants grecs contre l’austérité. « Terroristes », les grévistes italiens de l’impôt. « Terroristes », les émigrés de la misère. « Terroristes », les anarcho-syndicalistes espagnols. « Terroristes », les féministes punks anti-Poutine…

Alors, « terroristes », nos six « curcumistes » ? Aux yeux de la loi nouvelle, que personne n’est censé ignorer, pourquoi pas… Ce sera au gré des magistrats, et au service d’une cause antisociale. La législation « antiterroriste » sert en effet d’épouvantail contre les révoltes qui grondent face à la prolétarisation de pays entiers, en Europe même. Voilà qui dépasse l’action de ces jeunes libertaires, et aussi faut-il le préciser ? la personne des magistrats appelés à les juger, en application d’une législation à la maigre jurisprudence.

Il serait certes illusoire d’attendre de la justice qu’elle respecte un combat révolutionnaire qui s’attaque nécessairement aux fausses valeurs qu’elle incarne, mais pourquoi ne pas former des vœux pour que des peines trop lourdes ne viennent pas aggraver un verdict de fait déjà subi sous la forme de la détention préventive.

Qui sait ? Les magistrats, auxquels il est loisible d’actionner le marteau-pilon de l’arsenal « antiterroriste », pourraient être retenus… par le sens du ridicule.

Inutile de me demander si le « curcumisme » est un humanisme, ou bien si je connais l’auteur véritable de La Curcumisation qui vient. Tout comme la « mouvance anarcho-autonome francilienne », le « curcumisme » est une invention, dont je revendique l’entière et individuelle responsabilité littéraire.

Claude Guillon, 18 mai 2012

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[Besançon] Resto Trottoir Dimanche 27 mai

Tandis que nous votions, les Grecs ont massivement rejeté les programmes d’austérité, les espagnols se sont réunis à la puerta del Sol et en ont été expulsés…

Tandis que nous votions, les riches ont continué à remplir leurs comptes en Suisse pendant que ceux des autres continuaient à se vider…

Tandis que nous votions les financiers ont avancé leurs pions pour tout verrouiller et le nouveau gouvernement leur a promis qu’il ne viendrait pas les embêter…

Tandis que nous votions, les centres de rétention ont continué à faire fonctionner la machine à expulser.

Et maintenant que c’est terminé … par où va-ton commencer ?

En se retrouvant, une nouvelle fois autour d’un repas végétalien ce Dimanche 27 mai à partir de 12 heures 30 place Marulaz à Besançon. Et comme le festin est préparé en commun la veille à partir d’aliments de récupération, n’hésitez-pas à nous contacter si vous avez envie d’y participer…

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1337428297.jpg

Pour nous écrire : mail

Pour voir ce qu’on fait et pourquoi : blog

Le mouvement Food Not Bombs international (issu des Diggers et autres) : en anglaisen français

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