Manif intersquat à Fribourg (Suisse) Samedi 12 novembre

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À la manif intersquat !

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Communiqué des insurgés italiens, à propos de la journée de combats du 15 octobre à Rome

Preuves techniques – À propos des émeutes du 15 octobre à Rome

Samedi 15 octobre devait être la journée mondiale de l’indignation.

Partout dans le monde étaient prévues une centaine de manifestations pour protester contre un système social qui ne semble même plus en mesure de garantir la survie en échange de l’obéissance. Pour cela, à Rome, s’étaient donnés rendez-vous tous les orphelins pleurnichards d’une Démocratie trahie, d’une Constitution piétinée, d’un Droit nié.

Voulant initialement marcher sur les palais du Pouvoir pour les assiéger, ils ont finalement capitulé devant le chantage policier, et accepté de se diriger vers la périphérie pour s’auto-représenter.

Mais cette manifestation née dans la tristesse ne s’est pas déroulée comme ses organisateurs le souhaitaient. Le long du parcours, ce qui symbolise le privilège de la richesse et l’arrogance de l’autorité a attiré la rage de tous ceux fatigués de marcher et de moisir, qui se sont organisés pour passer de la parole aux faits. En mille morceaux les vitres des banques et des agences d’intérim, en flammes l’édifice qui abrite le tribunal militaire du Ministère de la Défense. L’air s’est réchauffé à tel point que, à l’endroit du meeting rituel de fin après la promenade tranquille, sur la place San Giovanni, de violents affrontements contre les forces de l’ordre ont eu lieu, auxquels ont pris part plusieurs milliers de manifestants. Des gens du commun, et pas seulement des têtes brûlées rassemblées, préparées, déterminées à l’affrontement, mais des femmes et des hommes qui se sont battus avec tout ce qu’ils ont trouvé à portée de main, parfois à visage découvert, contre une flicaille furieuse.

Ces désordres étaient attendus de tous, annoncés depuis des semaines, promis par plusieurs, souhaités par beaucoup de monde. Comme c’était évident, ils ont éclaté. Ils font seulement rire les sinistres admirateurs des émeutes des autres, des révoltes ailleurs, agiles à s’incliner devant la Magna Grecia en flammes, ou alors à citer un ex-président de la Chambre à la retraite pour qui l’heure de la révolte a enfin sonné (? !) ; qui déplorent aujourd’hui ce qui est arrivé dans leur misérable petite Italie. Ces pauvres d’esprit et de passion n’arrivent pas à réaliser que face à un monde en décomposition, où l’État et le Marché se livrent compétition pour savoir qui massacrera le plus de vies humaines, il puisse se trouver des personnes qui n’entendent pas se limiter à une platonique expression de désaccord. Privés de la scène politique qu’ils avaient réservée, ils ont réagi comme à leur habitude. Comme dix ans auparavant à Gênes, les forces politiques qui visaient à se faire constituants (interlocuteurs d’un État qu’ils voudraient rénover) se sont distinguées par leurs méthodes tellement policières que même leurs militants les ont désavoués. Et pour le futur ils annoncent déjà le retour des Katangais (qui se souvient des années 70, quand ils sévissaient, à la Statale de Milan, faisant la chasse aux incontrôlables non-alignés), des robustes services d’ordre aptes à interdire quiconque de sortir de parcours préétablis et imposés. Ne voulant pas les utiliser contre les tenants de l’ordre infâme, ils utiliseront leurs bâtons (ou leurs casques ?) contre ceux qui veulent mettre cet ordre sens dessus dessous. Sans aucun doute, c’est choisir son camp.

Deux jours après est lancée la chasse à l’anarchiste, au « black bloc », à l’homme-vêtu-de-noir. Police et carabiniers ont effectué une centaine de perquisitions dans toute l’Italie, dans les milieux anarchistes mais pas seulement, à la recherche de vêtements sombres et de masques à gaz (ce qu’ils appellent « le kit du guérillero »). Le ministre Maroni, avec l’approbation du champion de la sinistre opposition justicialiste — Di Pietro — a annoncé des nouvelles lois spéciales qui réduiront considérablement la possibilité de manifester. Tandis que le net est envahi d’images mises à disposition des enquêteurs de la part d’« honnêtes » citoyens, afin d’identifier les « violents ». C’est de la délation de masse, la délation d’une masse tellement critique qu’elle pense que la transformation sociale radicale tant invoquée viendra par illumination, ou comme le résultat d’une pétition, d’un campement, d’une consultation électorale, d’une décision en assemblée, d’un juste accord politique.

Autant de preuves techniques, d’agitation et de prévention. Mais des preuves dont les résultats produisent et produiront des effets à prendre en considération, sans se prélasser dans une satisfaction béate. Quelles possibilités offrent les manifestations océaniques, où au contrôle de la vidéo-surveillance s’ajoute la présence des citoyens-flics ? Peuvent-elles être accompagnées, précédées, ou suivies par quelque chose d’autre qui prépare, renforce et prolonge l’effervescence ? Ou alors vaut-il mieux les éviter pour se dédier à d’autres pratiques ? Et lesquelles, où, quand ? Comment est-il possible de chercher à faire cohabiter ce qui est inconciliable ; les intentions subversives de ceux voulant mettre fin à ce monde, avec les préoccupations réformistes de ceux qui veulent le guérir ? Quel sens y a-t-il à jouer, dans un rapport instrumental réciproque, avec quelqu’un pouvant devenir un délateur à n’importe quel moment ?

Ce ne sont pas des questions réclamant une réponse définitive — impossible ! — mais seulement des interrogations qui ne peuvent être renvoyées, qui cherchent et qui nécessitent un débat.

Texte traduit de l’italien (Finimondo) – Base de données anarchistes,  20 octobre 2011.

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Égypte : La Révolution arrive…

Alors que la colère des Égyptien-nes grandit face aux méthodes du régime militaire en place, et de la police, qui rappellent les pires moments du régime de Moubarak, une grosse manif sauvage a soudainement envahi les rues bondées du Caire hier soir.

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Plusieurs milliers de personnes (difficile d’estimer le nombre exact, je dirais entre 5 et 10’000, en tout cas la plus grosse manif que j’aie vue depuis Maspero), comptant des familles de martyres (Mina Daniel et les morts de Maspero, Essam Atta…), des proches de détenu-es, la campagne de soutien à Alaa Abdelfattah, les socialistes révolutionnaires, très visibles, et des milliers de personnes vénères contre la contre-révolution en cours, ont pris la rue, depuis la place Talaat Harb, puis Tahrir, en direction de la Direction centrale de la sécurite du Caire, et de la prison où Alaa Abdelfattah est emprisonné.

Une manif très dynamique et complètement spontanée. Les slogans incitent les Égyptien-nes à se revolter et à descendre dans la rue pour renverser le régime militaire (« cellui qui se tait, pourquoi ille se tait ? », « descendez, descendez », « dis, n’aies pas peur, les militaires doivent partir », « ils ont tué ton frère, ils ont tué ton père, et toi qu’est-ce que tu fais ? », plus les traditionnels « le peuple veut la chute du régime », « à bas, à bas, le gouvernement militaire » et « dégage »). La foule remonte les rues populaires du centre-ville, parfois bloquant la circulation qui arrive en contre-sens, hésitant parfois sur la route à prendre, des personnes s’organisent pour sécuriser le parcours, d’autres, parmi lesquel-les de nombreuses femmes, parfois voilées, maintiennent la pression en lançant de nouveaux slogans, d’autres encore s’emploient à taguer les murs de slogans anti-militaires… À un moment, des flics qui suivaient le cortège se retrouvent submergés alors que la manif fait demi-tour. Plusieurs personnes les encerclent, les montrent du doigt, en criant « policiers, voyous, policiers, voyous », et d’autres slogans anti-flics, jusqu’à les repousser en dehors de la manif. Un peu plus loin, on croise carrément des véhicules de la sécurité centrale, sur leur trajet de retour. Ceux-ci se font aussitôt recouvrir de tags et d’autocollants, une bouteille d’eau est lancée sur l’un d’entre eux, mais de nombreux gentils citoyens se mettent aussitôt à faire une chaîne pour protéger les fourgons et les faire passer.

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Arrivée devant la Direction de la sécurite du Caire, les forces anti-émeutes sont déployées en force derrière les grilles du bâtiment, dont les murs se font là aussi aussitôt recouvrir. Ils font pas trop les fiers quand même, et l’on voit des flics en civil aux fenêtres, pendant que des gradés essayent de gérer la situation. De gentils citoyens les aideront d’ailleurs à canaliser la manifestation dans une autre direction, c’est-à-dire devant le lieu de rétention de Alaa Abdelfattah. La aussi, les forces anti-émeutes sont déployées, mais cette fois pas de grilles pour les protéger, mais une fois encore un cordon de gentils citoyens qui, tout en scandant des slogans contre la police et l’armée, s’évertuent à les protéger, alors que l’ambiance n’est même pas particulièrement hostile…

Enfin, la foule reste un bon moment devant la prison, chantant des slogans, prenant en photo les flics, notamment ceux qui nous photographient sur les toits mais n’aiment pas être photographiés en retour, des personnes montent sur un des fourgons pour y déployer une banderole…

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Sur le chemin du retour, les slogans deviennent de plus en plus radicaux « On veut pas seulement virer Tantatoui, mais tout le Conseil militaire », « Tantawi, fais gaffe, la révolution arrive, on est de retour sur Tahrir », un chant d’anniversaire est improvisé, souhaitant au Maréchal qui fêtait ce jour-là ses 76 ans, « une année noire »…

De retour sur la place Tahrir, la foule est beaucoup moins nombreuse mais toujours aussi énervée, et continue à bloquer une partie de la circulation et à chanter des slogans. Tout le monde parle de réoccuper la place, mais après le 18 novembre…

En attendant, d’autres manifestations de ce type devraient avoir lieu, sans compter les milliers d’employé-es encore en grève dans tout le pays…

Comme un air de révolution dans l’air…

Indymedia Paris, 1er novembre 2011.

Égypte : manifestation de soutien pour un blogueur

Plus de 3000 Égyptiens ont marché dans le centre-ville du Caire, lundi, pour dénoncer l’arrestation d’un militant et blogueur bien en vue, dernier signe de mécontentement face à la gestion des affaires du pays par les militaires au pouvoir.

Le militant, Alaa Abdel-Fattah, a été arrêté dimanche pour être interrogé. Selon l’armée, il est soupçonné d’avoir incité des manifestants chrétiens à attaquer l’armée durant la manifestation du 9 octobre au Caire, qui a dégénéré en bain de sang. Il s’agit des pires violences en Égypte depuis la chute du président Hosni Moubarak, en février.

Mais les partisans du militant réfutent cette allégation, estimant que l’armée tente de faire taire un important critique du régime et de détourner le blâme pour les violences qui ont fait 27 morts, en majorité des chrétiens coptes.

Lors de la marche de lundi soir, la foule a scandé des slogans contre le régime militaire et a clamé son soutien à Alaa Abdel-Fattah. Les manifestants se sont dirigés vers la place Tahrir, puis vers le principal poste de police du Caire, où le blogueur est détenu.

Quelque 200 policiers montaient la garde devant le poste, où des milliers de manifestants criaient des slogans contre l’armée et la police. Il n’y a pas eu d’affrontement.

Alaa Abdel-Fattah, qui aura 30 ans en novembre, a été le premier blogueur-militant en Égypte. Il y a plusieurs années, il a lancé un blogue afin d’organiser l’opposition contre le régime Moubarak. Depuis le renversement du président après un soulèvement populaire de 18 jours, il critique ouvertement les autorités militaires qui l’ont remplacé.

« Alaa leur pose un problème parce qu’il est militant depuis très longtemps. Il est entouré de nombreuses personnes qu’il peut influencer. Ils ne veulent pas entendre cette voix en ce moment », a expliqué un manifestant, Andy Ishaq, 24 ans, en référence aux militaires qui dirigent le pays. Comme d’autres participants à la marche, il portait un autocollant jaune proclamant : « Je suis contre les procès militaires pour les civils ».

Les Égyptiens sont de plus en plus mécontents des militaires au pouvoir, qui ont été critiqués pour leur mauvaise gestion de l’économie et des préparatifs électoraux, et pour leur recours de plus en plus fréquent aux méthodes dures de l’ère Moubarak. Des milliers de civils ont été soumis à des procès militaires, notamment des manifestants et des militants.

Le bain de sang du 9 octobre a durement affecté l’image des militaires au pouvoir. Dans des vidéos tournées par des témoins, on pouvait voir des soldats tirer sur les manifestants et foncer dans la foule avec des véhicules blindés.

L’armée a tenté de se disculper en blâmant les chrétiens et des « mains cachées » pour les violences, même si des témoins ont affirmé que les soldats avaient été les premiers à attaquer.

La femme d’Alaa Abdel-Fattah, qui est sur le point d’accoucher de leur premier enfant, faisait partie de la manifestation de lundi. Elle a expliqué que la marche n’était pas seulement pour son mari.

« Nous tentons de maintenir l’attention sur les procès militaires pour les civils, pas seulement sur Alaa », a dit Manal Hassan. Elle a affirmé que son mari et elle prévoyaient appeler leur enfant Khaled, en mémoire de Khaled Saïd, ce jeune homme d’Alexandrie mort en détention et dont le cas a contribué à alimenter les manifestations contre le régime Moubarak.

Leur presse (Sarah El Deeb, The Associated Press), 31 octobre 2011.

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Plaquette d’information sur les droits des patients soign?s sans consentement

Voici la plaquette d’information concernant les droits des patients en ? soins sans consentement?? (loi du 5 juillet 2011), ?tablie par le collectif ? Mais c’est un homme?? auquel appartiennent l’USP, la LDH, Sud, le Syndicat de la magistrature et plusieurs associations d’usagers, entre autres. (?) La plaquette d’information sur l’informatisation des donn?es personnelles suivra.

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Mailing – 31 octobre 2011.

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Manif anti-G20 ? Nice : trois Espagnols interpell?s

Le sommet dans une ville, les altermondialistes dans l’autre. Alors que le sommet r?unissant 25 chefs d’?tat et de gouvernement s’ouvrira jeudi ? Cannes, c’est ? Nice que les anti-G20 tiendront leur ? sommet des peuples ?. Un contre-sommet qui d?bute mardi par une imposante manifestation dans les rues de la ville. Des centaines de personnes y convergeaient en milieu de journ?e.

Sur les dents, les autorit?s redoutent les d?bordements d’activistes violents et multiplient les contr?les. La ville de Nice a obtenu un renfort de 2.500 policiers, tandis que 12 000 hommes des forces de l’ordre sont d?ploy?s dans toute les Alpes-Maritimes ? l’approche du sommet.

Ce mardi matin, trois Espagnols ? porteurs de nombreux boulons, de piolets, de cagoules et de masques ? gaz ? ont ainsi ?t? interpell?s sur la Promenade des Anglais. Plac?s en garde ? vue, les trois hommes ?taient aussi en possession de T-shirts et de badges sur lesquels ?tait ?crit ? black cross ?. Cela ? peut laisser penser qu’ils appartiennent ? une mouvance des black blocs ?, les groupes les plus virulents de militants anarchistes ou autonomes, estime a pr?cis? Pierre-Henry Brandet, porte-parole du minist?re de l’Int?rieur, depuis Cannes.

10’000 personnes attendues ? Nice

Les organisateurs de la mobilisation anti-G20 esp?rent jusqu’? 10’000 manifestants pour ce ? sommet des peuples ?. Outre la manifestation de mardi qui d?marre ? 15 heures, sont pr?vues de nombreuses animations de rue et conf?rences-d?bats, ? Nice pour l’essentiel. ? Nous refusons de laisser aux puissants le droit d’imposer leurs solutions ? des crises qu’ils ont engendr?es. Des voies alternatives existent ?, r?sument les tracts des organisateurs de la manifestation empruntant un parcours excentr? du nord-est de Nice.

Le collectif organisateur regroupe plusieurs dizaines de syndicats et d’associations ? Attac, Greenpeace, Mrap ou encore Ligue des droits de l’Homme ? soutenus par des partis ?cologistes et d’extr?me gauche. Des militants ?trangers devraient faire le d?placement notamment d’Allemagne, d’Espagne ou d’Italie. D?s lundi soir, des manifestants ont commenc? ? se rassembler aux ? Anciens abattoirs ?, un centre culturel municipal ouvert pour la semaine aux protestataires.

Contr?les aux fronti?res r?tablis

Tout membre des ? black blocs ? ? les groupes les plus virulents de militants anarchistes ou autonomes ? rep?r? dans les environs de Nice sera remis ? la justice, avaient pr?venu les autorit?s. Apr?s les violents incidents qui ont fait une centaine de bless?s ? Rome le 15 octobre dernier dans le cadre de la journ?e mondiale des ? indign?s ?, les autorit?s entendent barrer la route ? d’?ventuels casseurs de l’extr?me gauche italienne. La France a d’ailleurs obtenu de Bruxelles l’autorisation de r?tablir les contr?les syst?matiques sur les 164 kilom?tres de fronti?re franco-italienne du d?partement.

Leur presse (Le Parisien.fr), 1er novembre 2011.

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[Suisse] ?a suffit avec vos affiches !

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Gare de la Chaux-de-Fonds

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Lyon 7e : 14 personnes menacent de se faire exploser pour un logement

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Deux familles expuls?es de leur squat, 73 rue Montesquieu ? Lyon 7e, ont menac? de faire exploser dans l’immeuble qu’elles occupaient ill?galement, vendredi 28 octobre, ainsi que l’ensemble des membres de leurs familles, a-t-on appris ce lundi de la direction d?partementale de la s?curit? publique (DDSP).

Apr?s avoir quitt? les lieux pour cause d’incendie jeudi dernier, elles y sont revenues vendredi 28 octobre en d?but d’apr?s-midi, malgr? l’arr?t? de p?ril pris par le pr?fet et parce qu’elles n’avaient pas de solution de relogement. Treize personnes, quatre adultes et neuf enfants dont un b?b?, se sont ensuite retranch?es dans l’appartement qu’elles occupaient pr?c?demment, mena?ant de faire exploser l’immeuble et elles avec, si on ne leur trouvait pas de solution de relogement.

Apr?s n?gociations, elles ont ?t? relog?es ? l’h?tel par le pr?fet pendant trois jours. Elles avaient rendez-vous, ce lundi, ? la mairie du 7e arrondissement pour essayer de trouver une solution p?renne de relogement.

Leur presse (Lyon Capitale.fr), 31 octobre 2011.

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Prémonitions – sur les occupations aux États-Unis

Traduction d’un petit pamphlet écrit par un camarade américain sur les occupations.

Prémonitions

« Les occupations qui viennent n’auront en vue aucune fin, et aucun moyens de les résoudre. Quand cela arrivera, nous serons enfin prêts à les abandonner. »

Quand nous écrivions cela en décembre 2008 à New York, après avoir occupé un bâtiment de l’université à Union Square, on nous prenait pour de jeunes idéalistes, des anarchistes nihilistes, voir même des voyous fascistes. Quelles sont vos revendications ? nous demandaient-ils. Mais qu’est-ce que vous proposez ? se demandaient-ils. Tout occuper ? hurlaient-ils.

Hélas. Nos prémonitions se sont réalisées.

Ce n’était qu’une question de temps. Quand, fin 2008, la crise a commencé, ses effets étaient diffus, ressentis aux quatre coins du pays simultanément, mais pas encore collectivement. Les étudiants, qui ont à la fois le temps pour penser et pour agir en dehors des impératifs du travail, ont naturellement été les premiers à répondre. Avec une insurrection qui fermentait en Grèce, et une crise de légitimation de l’économie américaine proche, les occupations sans revendications se sont étendues de New York à la Californie, impliquant des milliers de personnes. Les revendications n’ont pas de pertinence quand personne ne peut vous entendre, et la seule revendication était donc d’occuper. Immature, peut-être, mais pas stupide. Avec des saisies de logement et un taux de chômage qui montaient en flèche, occuper son espace et ses moyens de vie est la plus évidente des actions. Dans la plus impolitique des démocraties occidentales, on doit d’abord créer un espace pour que la politique puisse émerger.

Mais les étudiants seuls ne sont rien. Particulièrement les gauchistes.

Toujours un pied dans le travail et un pied en dehors, l’étudiant peut seulement exprimer la frustration de ce qui est à venir, pas de ce qui est déjà arrivé. D’où l’avantage théorique du mouvement présent des occupations, qui prend comme point de départ un présent en miettes, et pas un futur pillé. À partir de cela, il n’est plus besoin de « convaincre » les autres de ce qui « peut » arriver ; c’est le présent qui se morcelle sous les pieds de tous. Et seuls ceux qui vivent dans des gratte-ciels peuvent éviter les fractures initiales.

Occupy Wall Street et ses multiplications subséquentes suivent la trajectoire des luttes sociales américaines, qui ont commencé avec les émeutes du travail à la suite de la Guerre Civile, et ont continué, ponctuées d’équilibres, jusqu’aux éclats des manifestations anti-mondialisation du second millénaire. Quelle est cette trajectoire ? Pour faire simple, au début de la refonte de la république des États-Unis, les travailleurs revendiquaient moins d’heures de travail et un meilleur salaire, avec une représentation indépendante et des droits de conventions collectives. Ces revendications spécifiques, qui parfois fusionnaient et parfois entraient en conflit avec les revendications pour le vote des femmes et le mouvement des droits civiques, étaient soutenues par des vagues massives de violence : grèves, sittings, batailles de rues, émeutes, pillages, incendies. Et tandis qu’ils demandaient oralement des garanties spécifiques sur leurs conditions de vie, par le fait, ils ne demandaient rien des usines et des trains détruits. Le citoyen américain normal, le 99%, a été baptisé dans le sang et béni de gains matériels, de la Reconstruction jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. L’engagement des citoyens dans la politique s’est retiré dans une arrière-cour remplie de nouvelles marchandises. Avec une paix relative gagnée par la classe ouvrière blanche, la sphère de l’engagement politique s’est ouverte à l’autre part des 99%, la population noire. La lutte qui s’est développée lentement à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale pour les droits civiques, explosa dans les années 60, avec non seulement des revendications pour des traitements égaux et du respect, mais aussi des revendications pour un partage des gains matériels que la classe ouvrière blanche avait temporairement sécurisé. Ces revendication sociales et politiques ont trouvé un écho jusqu’à Washington et la marche de Selma [Les trois Marches de Selma à Montgomery (Alabama) furent organisées en mars 1965. Le 7 mars 1965, pour la première de ces marches, 600 manifestants pour les droits civiques furent attaqués par la police locale avec des matraques et du gaz lacrymogène. Lors de la dernièrre marche, une militante blanche, Viola Liuzzo, y est assassinée par le KKK. L’une des quatre personnes à bord de la voiture ayant tiré sur Liuzzo se révéla par la suite être un informateur du FBI, travaillant pour le programme COINTELPRO de surveillance des mouvements progressistes aux États-Unis. (NdT, source Wiki)] n’était que le premier plan de la violence sourde qui grondait en arrière-plan, qui, une fois qu’elle se ferait entendre, exploserait les vitrines remplies de marchandises de Newark, Detroit, Los Angeles, Oakland, Chicago, et de presque tous les autres quartiers déshérités des États-Unis. L’auto-destruction de leurs propres quartiers était le signe qu’ils n’avaient « rien à perdre », position politique qui ne peut que vaincre.

Tandis que le mouvement pour les droits civiques et l’égalité arrivait à son sommet, les mouvements de jeunesse et contre la guerre du Vietnam des années 60 et 70 se renforçaient. Prenant au mot le message des émeutes noires — qu’il n’y a pas de victoire sans lutte —, les jeunes radicaux mélangèrent les tactiques des débuts du mouvement ouvrier avec les stratégies du mouvement des droits civiques, se mélangeant dans une idéologie qui affirmait leurs droits à posséder les fruits de la société américaine. Tout était à prendre, et tout devait nous appartenir. La spécificité des mouvements politiques de cette période était dans la nature de ses revendications générales : la liberté, l’égalité, la paix, tout.

Mais la lutte pour une revendication totale s’effondra au milieu des années 70, quand la crise de l’économie américaine, amena à un nouvel assaut de classe de la part de ceux qui ont le pays en main. Cet assaut est toujours en cours. Plus rien ne pouvait être donné à ceux qui revendiquaient ; les boîtes ne devaient plus rien à leurs employés, le gouvernement à ses citoyens. Cette nouvelle relation entre gouvernants et gouvernés, possédants et travailleurs, s’appelait austérité. À partir de ce point, les gains du siècle précédent reculèrent doucement. Les salaires réels stagnent tandis que les prix augmentent, l’inégalité de revenus explose tandis que le chômage grimpe, une richesse inimaginable est produite tandis qu’un nombre inimaginablement petit de personnes la possède — le rêve américain acheté avec de mauvais crédits, payés avec de forts taux d’intérêts, seulement adouci avec un ticket de cinéma. Que peut-on demander quand il n’y a plus rien à donner ?

« Ne pas » avoir de revendications n’est pas un manque, mais une assertion contradictoire de son propre pouvoir et de sa propre force. Trop faible pour pouvoir même essayer d’obtenir quelque chose de ceux qui dominent la vie professionnelle, et simultanément assez fort pour pouvoir accomplir l’appropriation directe de sa propre âme, de son propre temps, de sa propre activité, en dehors de la représentation. Une telle lutte « ne revendique pas de droit particulier, parce qu’on ne lui a pas fait de tort particulier, mais un tort en soi ». Ce « tort en soi » est la structure impersonnelle de l’exploitation au cœur de notre système économique — la vente forcée de son temps et de son activité à un autre en échange d’un salaire — qui ne sera jamais dépassée par aucun changement particulier, mais seulement par un changement total.

Cependant, les luttes sans revendications ne sont pas « radicales » parce qu’elles n’ont pas de revendications, tout comme la lutte pour un meilleur salaire n’est pas « réformiste » parce qu’elle en a. Les responsabilités qu’appellent la situation elle-même sont plus importantes que les revendications lancées contre le pouvoir. La spécificité du moment actuel est la reconnaissance par les gens eux-mêmes de leur propre condition dans celle des autres, en public, ensemble, à voix haute, indéfiniment. Dit autrement, les gens se reconnaissent eux-mêmes matériellement tandis qu’ils se reconnaissent mutuellement l’un l’autre. Les formes de ces rencontres, bien que spectaculaires, ne sont rien comparées à leur contenu. Les questions de travail, d’argent, de communauté, de famille, de sexe, de couleur, de classe, d’éducation, de santé, de média, de représentation, de punition et de foi ne sont plus des questions individuelles. Penser à chacune de ces questions, c’est penser à toutes, et penser à toutes nécessite une occupation illimitée. Les occupations illimitées sont infinies et libres, non pas parce qu’elles sont partout et qu’elles durent indéfiniment, mais parce qu’elles sont déterminées par elles-mêmes et par rien d’autre en dehors. Le dépassement des occupations est la réalisation pratique d’une telle liberté, tâche qui ne peut être accomplie qu’historiquement.

Prenez en compte qu’il y a une rationalité qui y est à l’œuvre, une raison de conclusion sociale qui est rendue encore plus claire par l’absence présente de concepts adéquats pour la comprendre. La prémisse majeure des 99% synthétise parfaitement le vide universel de l’Américain moderne, exprimant complètement son être entier sans référence à une qualité déterminée. La vérité des occupations n’est pas seulement dans leur substance, mais aussi dans leurs sujets. La prémisse mineure de l’occupation localise le sujet du syllogisme dans un endroit et dans un temps particuliers. Liés ensemble à travers des relations matérielles d’interdépendance, on est contraint par la logique de conclure que même la révolution n’est pas impossible.

La nouvelle époque est révolutionnaire, et elle sait qu’elle l’est. À tous les niveaux de la société mondiale, on ne peut et on ne veut plus travailler comme avant. En haut, on ne peut plus gérer paisiblement le cours de choses, parce que l’on découvre que les premiers fruits de la crise économique ne sont pas simplement mûrs : ils ont commencé à pourrir. À la base, on ne veut plus subir ce qui advient, et c’est l’exigence de la vie qui est à présent devenue un programme révolutionnaire. La résolution de faire soi-même son histoire, voilà le secret de toutes ces « sauvages » et « incompréhensibles » négations qui bafouent l’ordre ancien.

Occupy Wall Street est la première réponse américaine majeure à la crise économique de 2008. Mais la crise de 2008 est le premier résultat majeur de la réponse ratée à la crise des années 70. En réalité, la guerre de classe à retardement des trois dernières décennies, dans laquelle les Américains ont, avec leur bonne foi, laissé les affaires et le gouvernement régler le problème, est revenue se venger. Le temps d’attendre est révolu. L’âge de l’austérité a ses limites. Tout occuper sans revendications n’est que le premier pas que fait dans ses chaussures gigantesques le nouveau prolétariat américain.

Q. Libet – Octobre 2011.

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Révolte contre la « vie chère » à Mayotte

Mayotte : nouvelles violences contre la vie chère

Recrudescende de violence à Mayotte. Le 101e département français est en proie depuis un mois à un mouvement social contre la vie chère avec barrages paralysant l’île et affrontements sporadiques. L’île peine vraiment à sortir de cette situation  très confuse qui préoccupe le gouvernement, les négociations sur une baisse de produits de première nécessité tardant à aboutir.

Les affrontements se poursuivent à coups de barres de fer et de cocktails Molotov. Selon un témoignage recueilli par France Info, un hôtel a été caillassé par un groupe de jeunes; les touristes qui y résidaient ont dû s’enfuir par bateau alors que les gendarmes qui se trouvaient sur place tentaient de maîtriser les manifestants.

Nombreux sont ceux qui quittent l’île comme des profs, des médecins. L’économie mahoraise tourne au ralenti, même si les commerces recommencent à ouvrir avec prudence, sous la menace des tentatives de pillage. Le secteur du bâtiment est à l’arrêt, faute de déplacement possible vers les chantiers. Ces heurts violents semblent dépasser largement le mouvement social contre la vie chère.

Lors du conseil des ministres thématique sur l’outre-mer, le chef de l’État a souhaité une « issue dans le dialogue » pour le dernier venu des DOM, territoire pauvre et à l’économie fragile situé dans l’archipel des Comores. Elle a chargé Denis Robin, ancien préfet de Mayotte, et son ancien directeur de cabinet, d’une mission pour tenter de résoudre la crise sociale contre la vie chère qui perturbe le département depuis un mois. M. Robin arrivera le 2 novembre pour entamer « toutes les consultations » qu’il jugera « utiles », une mission décidée avec l’accord du Premier ministre François Fillon.

Le mouvements se radicalise avec une centaine de jeunes

« La situation est différente d’il y a une dizaine de jours où nous avions des manifestations de la population mais aujourd’hui les Mahorais aspirent à retrouver une vie normale et visiblement, le mouvement se radicalise, peut-être avec une centaine de jeunes. Nous sommes plutôt dans un schéma de violences urbaines », a estimé Mme Penchard. De fait, les habitants de Grande-Terre voulant rejoindre Mamoudzou, chef lieu et centre névralgique de la vie économique, ont été nombreux à devoir rebrousser chemin face à des barrages érigés et tenus surtout par des adolescents. Après les attaques contre les véhicules des forces de l’ordre et des pompiers, des témoins ont fait état du caillassage des voitures des particuliers et des dérapages verbaux à l’encontre des blancs, appelés « m’zungu » dans l’île.

Conséquence paradoxale, peu de manifestants étaient présents mercredi place de la République, lieu de rassemblement habituel. Les responsables de la CGT Mayotte et de la Cisma-CFDT, Salim Naouda et Boinali Saïd, ont assuré que les syndicats « n’étaient pour rien » dans l’érection de ces barrages qui commencent à exaspérer la population. Le médiateur Stanislas Martin, spécialiste des prix et de la concurrence venu de Bercy, a continué mercredi ses consultations avec l’ensemble des parties, il doit revenir à Paris à la fin de la semaine et remettre son rapport « dans une dizaine de jours ».

Une baisse des prix sur les produits de première nécessité

Les revendications des Mahorais, et tout particulièrement des « bouénis », ces mères de familles piliers de la société mahoraises, portent sur une baisse des prix de produits de première nécessité comme les sacs de riz et les emblématiques ailes de poulets ou « mabawas », plat favori des Mahorais, ou encore la bouteille de gaz qui permet de les cuisiner. La crise risque de toucher durement ce territoire qui connaît déjà un taux de chômage de près de 18% et de plus de 30% chez les jeunes de moins de 25 ans.

Selon la Direction des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi de Mayotte (Dieccte), citée par le site d’information Malongo, « 57 entreprises ont mis 2.260 salariés en chômage partiel ». Les élus de tous bords planchent sur des initiatives en faveur des entreprises. « Après avoir réglé les urgences, nous allons procéder d’ici le mois d’octobre à un paiement de 15 millions d’euros de factures pour honorer des dettes datant de 2008, 2009 et 2010. Cela permettra d’améliorer de manière significative les trésoreries de toutes ces entreprises », a annoncé à la presse Daniel Zaïdani, le président DVG du Conseil général.

Leur presse (Le Parisien.fr), 28 octobre 2011.

 

Manifestations à Mayotte : « On peut dire que les Mahorais ont été arnaqués »

Les organisateurs du mouvement appellent au calme et condamnent les violences mais veulent que les manifestations se poursuivent…

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« L’intersyndicale condamne avec force les agressions, les pillages, et toute destruction de biens publics ou privés. » Au 32e jour du mouvement contre la vie chère, alors que le médiateur a quitté Mayotte, syndicats et associations ont joué l’apaisement ce vendredi. Sans pour autant baisser la garde, au moins jusqu’à le remise du rapport de Stanislas Martin et l’arrivée dans l’île de celui que tout le monde appelle déjà « le négociateur ».

« Nous appelons à la poursuite de la grève dans le calme et invitons la population à venir massivement le mercredi 2 novembre place de la République pour montrer notre mobilisation au négociateur », ont appelé les organisateurs du mouvement au cours d’une conférence de presse. Boinali Saïd, de la CFDT, explique qu’il s’agit d’« accueillir pour Denis Robin », l’envoyé du gouvernement et ancien préfet de Mayotte, auquel tous reconnaissent « une capacité à négocier ».

Près de 2.350 salariés au chômage technique

Déjà, l’île a connu quelques signes de déblocages, avec la levée de certains barrages et la reprise d’une liaison maritime très empruntée. Dans les rues de Mamoudzou, la journée a été calme. Pour autant « les manifestations ont continué au Nord, au centre et dans le Sud », note Saïd Boinali. Dans le Sud, justement, la protestation a pris la forme d’une marche pacifiste réclamant en chansons le départ des « patrons voyous ». Effet collatéral, près de 2.350 salariés seraient au chômage technique dans l’île.

Jusqu’ici, « on peut dire que les Mahorais ont été arnaqués », ironise le cégétiste Salim Nahouda, en référence à l’accord signé par FO et une association sur une dizaine de prix, qui n’est pas respecté à la lettre par la distribution. Un clin d’œil à la formule du médiateur qui, avant de s’envoler sur Paris, a pris soin d’assurer qu’« il n’y a pas d’arnaque » sur le prix de la viande de bœuf.

« Des jeunes pleins d’espoir et disposés à continuer »

Sur le terrain, toutefois, « il y a un enlisement du mouvement, les gens sont fatigués », avance Ansoir Abdou, du collectif des citoyens perdus. « Nous avons fait une tournée sur le terrain, j’ai rencontré des jeunes pleins d’espoir et disposés à continuer », lui répond Saïd Boinali. Car au-delà d’une baisse immédiate des prix, dont le médiateur a laissé entendre qu’elle pourrait être minime, les organisateurs ont la sensation de mettre en place les conditions des négociations futures.

« Au cœur de notre combat, il y a l’émergence de la société civile », se félicite le syndicaliste, qui estime qu’en assurant la transition entre la médiation religieuse, qui avait cours auparavant, et la médiation administrative, «nous construisons l’avenir». Avant de conclure, dans un élan lyrique : « Le conflit social crée des droits et fait progresser l’histoire ». Ce n’est qu’un début, ils continuent le combat.

Leur presse (Julien Ménielle, 20 Minutes.fr), 28 octobre 2011.

 

Mayotte : la confusion après un mois de conflit

Après un mois de mouvement social contre la vie chère, la situation est bloquée à Mayotte. L’activité économique tourne au ralenti et la confusion est totale sur le territoire de l’île.

Plusieurs barrages dressés sur les routes principales de Grande Terre, l’île principale de Mayotte, interdisaient hier encore l’accès à Mamoudzou, le chef-lieu du département français créé le 31 mars dernier. Un mois après le déclenchement du mouvement de protestation contre la vie chère, aucune issue ne se dessinait. Mercredi soir, les syndicats ont une nouvelle fois rencontré Stanislas Martin, le médiateur dépêché en début de semaine par Marie-Luce Penchard, ministre de l’Outre-mer, pour étudier la formation des prix. « Nous avons émis des réserves quant à l’objectivité du rapport qu’il doit rendre la semaine prochaine, explique Boinali Saïd, secrétaire général de la CFDT locale. En attendant, notre mouvement continue. »

Les manifestations des semaines précédentes, au cours desquelles un homme a perdu la vie lors d’une confrontation avec les forces de l’ordre, ont laissé la place à une situation confuse. Des affrontements sporadiques ont éclaté ces derniers jours entre les gendarmes et des groupes de jeunes barrant les routes dans plusieurs localités. Les écoles restent ouvertes, mais nombre d’élèves et d’enseignants ne peuvent y accéder.

Des entreprises paralysées

L’économie mahoraise tourne au ralenti, même si les commerces recommencent à ouvrir avec prudence, sous la menace des tentatives de pillage. Le secteur du bâtiment est à l’arrêt, faute de déplacement possible vers les chantiers. Les demandes de chômage partiel se multiplient : elles concernent déjà 2.300 salariés, pour environ 17.000 actifs recensés dans le secteur privé mahorais. « De nombreuses entreprises n’ont réalisé aucun chiffre d’affaires en octobre, souligne Jean-Paul Aygalent, directeur du Travail. Les plus petites d’entre elles ont des problèmes de trésorerie qui deviennent difficiles à surmonter. » Dans le secteur du tourisme, les annulations pleuvent.

Le blocage actuel des négociations sur les prix de quelques produits de première nécessité — en dépit d’un accord signé avec FO — ne peut expliquer à lui seul l’ampleur de la contestation. « Nous n’avons pas la capacité d’empêcher les barrages », admet Boinali Saïd. Préoccupé, le gouvernement semble en tout cas, pour le moment, impuissant à enrayer ces violences inédites dans l’archipel. Hier, avec l’accord de Matignon, la ministre de l’Outre-mer a chargé Denis Robin, qui connaît bien Mayotte pour en avoir préparé la départementalisation et y avoir été préfet, d’une mission pour trouver un moyen de résoudre la crise.

Leur presse (Bernard Grollier, Les Échos.fr), 28 octobre 2011.

 

Entre blocage et négociation, le département de Mayotte fatigue

Après quatre semaines de mouvement social et d’affrontements, Mayotte, devenu le 101e département français le 31 mars 2011, n’a toujours pas retrouvé le calme. Des barrages érigés à l’aide de troncs d’arbres bloquaient encore, vendredi 28 octobre, une partie des axes principaux de l’île. La liaison entre Petite-Terre et Grande-Terre était, elle aussi, interrompue depuis l’entrée dans le mouvement de grève, jeudi, du personnel du Service de transport maritime. Quant aux magasins, ils restent fermés, à l’exception de rares supermarchés qui ouvrent timidement mais leurs rayons sont vides, faute d’approvisionnement. Les médicaments commencent également à manquer.

La population de cette petite île de l’océan Indien, au nombre de 186 000, réclame une baisse du coût de la vie et des produits de première nécessité, dont le riz, la farine, l’huile, le lait, les tomates, la viande et les « mabawas » — les ailes de poulet, en mahorais. Ces différentes marchandises apparaissent sur une liste de dix produits dont les syndicats et associations de consommateurs souhaitent voir le prix baisser.

L’intersyndicale, le Medef et les élus de l’île se sont rencontrés le 17 octobre. Parmi eux, seule FO a paraphé l’accord signé avec le Medef portant sur la baisse d’environ 10 % du prix de neuf produits. Les autres ont claqué la porte, à commencer par Salim Nahouda, secrétaire départemental de la CGT Mayotte, et restent mobilisés.

« On attend de voir ce qui sera fait pour la viande » tempère néanmoins, au cœur des revendications, Rifay Saïd Hamidouni, président de l’Association des consommateurs mahorais et membre du syndicat FO. « On attend aussi de voir si la grande distribution va revoir la grille des prix du panel de 400 produits qu’on lui exposera prochainement », ajoute-t-il. Mais la cherté de la vie ne s’arrête pas à ces quelques denrées de base. « Ici,  je paie mon tube de dentifrice environ trois euros, alors qu’il me coûtait moins de un euro en métropole », témoigne ainsi un Mahorais de 23 ans.

Ce mouvement rappelle celui qui a touché la Guadeloupe pendant quarante-quatre jours, en 2009. Pour Élie Domota, le porte-parole du mouvement contre la « pwofitasyon » (LKP), il y a effectivement des similitudes. Interrogé par le Journal du dimanche, il explique : « Les causes du mal sont les mêmes : une société à deux vitesses avec beaucoup d’arrogance et de mépris (…). Il s’agit de maintenir en place le même système avec au sommet de la pyramide ceux de la grande distribution qui s’en mettent plein les poches et en bas les Mahorais qui souffrent. Ils ont raison de se soulever contre ce système. »

À terme, il s’agit aussi d’augmenter le pouvoir d’achat. « La baisse des prix est un symbole, mais au-delà, nous demandons l’alignement du SMIC local à 1300 euros, des prestations sociales, l’extension de tous les droits sociaux, l’augmentation des retraites, etc. », a affirmé Salim Nahouda, de la CGT, à Médiapart.

Selon Les Échos, les demandes de chômage partiel se multiplient : « elles concernent déjà 2300 salariés, pour environ 17’000 actifs recensés dans le secteur privé ». Interrogé par le quotidien économique, Jean-Paul Aygalent, directeur du travail, affirme que « de nombreuses entreprises n’ont réalisé aucun chiffre d’affaires en octobre ». Et dans le secteur du tourisme, les annulations pleuvent.

Le 27 septembre, lorsque l’intersyndicale décide de lancer le mouvement de grève générale qui doit permettre de faire pression sur les responsables politiques et économiques locaux, personne n’imaginait un mouvement si vaste. Rifay Saïd Hamidouni souhaitait « éviter la paralysie de l’île et l’arrêt de l’activité commerciale ». Raté. Mais le blocage actuel sur la cherté de la vie n’explique pas à lui seul l’ampleur de la contestation.

« Je peux vous assurer que ceux qui ont décidé de poursuivre le mouvement après le 17 octobre sont aujourd’hui complètement dépassés », confie M. Hamidouni. Dans sa ligne de mire : la CGTMa ou la CFDT.

Par « dépassé », le président de l’Association des consommateurs mahorais pense notamment à Ali El Anziz, retrouvé sans vie, mercredi, devant un magasin de Mamoudzou, après des affrontements avec la police — la mort serait due à un massage cardiaque mal prodigué, selon le rapport d’autopsie — ou à l’adolescent de 14 ans hospitalisé après des affrontements entre jeunes et gendarmes, mardi. La préfecture de Mayotte avait déclaré le lendemain que le garçon avait été atteint par « un projectile » non identifié, non par un tir de « gomme-cogne ».

Ces deux événements ont, à coup sûr, enflammé un peu plus des esprits déjà bien échauffés par une présence policière massive dès les premiers rassemblements publics. Au début du mois, un garçon de 9 ans avait été blessé à l’œil par un tir de Flash-Ball. Le gendarme à l’origine du tir a été mis en examen depuis.

Le gouvernement français cherche désormais une sortie de crise, sans succès pour le moment. La ministre de l’outre-mer, Marie-Luce Penchard, qui s’était rendue sur l’île en urgence le 14 octobre, a chargé jeudi Denis Robin, ancien préfet de Mayotte, d’une mission pour tenter de résoudre la crise. M. Robin, qui connaît bien Mayotte pour y avoir préparé entre 2008 et 2009 la départementalisation du territoire, a pour objectif de mener  « toutes les consultations » qu’il jugera « utiles ».

Un nouveau mandat qui intervient après celui du médiateur, Stanislas Martin, concernant la question plus technique des prix, mais qui a débouché sur une impasse lors de la réunion de  l’observatoire des prix, lundi. « Nous attendions un négociateur, on nous envoie un médiateur ayant pour mission d’écouter les différentes parties et de produire pour la semaine prochaine un rapport, notamment à l’intention des membres de l’observatoire des prix », a regretté Salim Naouda, qui rapporte le sentiment d’une intersyndicale unanime. Quatre jours plus tard, M. Martin s’est voulu rassurant. Il a assuré que le prix de la viande n’était pas le fait d’« arnaques » et a préconisé plus de concurrence au service du consommateur.

Si le gouvernement cherche à résorber la crise au plus vite c’est aussi parce que le climat se radicalise. « La situation est différente d’il y a une dizaine de jours, où nous avions des manifestations de la population, mais aujourd’hui les Mahorais aspirent à retrouver une vie normale et visiblement, le mouvement se radicalise, peut-être avec une centaine de jeunes », estime Mme Penchard. Rifay Saïd Hamidouni s’inquiète lui aussi des débordements impliquant « des jeunes sans emploi, sans encadrement et sans aucune perspective d’avenir ». Des jeunes pouvant aussi appartenir à la communauté comorienne arrivée clandestinement sur le territoire par l’île d’Anjouan. Néanmoins, M. Hamidouni persiste et signe : « les Mahorais resteront mobilisés jusqu’au bout ».

Leur presse (Mathias Destal, Le Monde.fr), 28 octobre 2011.

 

Mayotte : Nouveaux blocages sur fond de tension

De nouvelles actions ont partiellement bloqué l’île, faisant monter la tension qui règne dans la population…

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Des barrages artisanaux dans les rues de Mamoudzou, préfecture de Mayotte, le 26 octobre 2011

Au 29e jour du mouvement contre la vie chère, la situation s’est à nouveau tendue ce mercredi à Mayotte. Alors que l’intersyndicale et les associations songent à donner une résonance nationale à leur action en se déplaçant en métropole et à la Réunion, les blocages ont repris sur fond de tensions croissantes au sein de la population, sans qu’aucun blessé n’ait cependant été signalé, selon le préfet.

Des barrages ont été montés ou réactivés sur les grands axes routiers de l’île, empêchant les véhicules de passer. Une ambulance transportant une femme enceinte a été caillassée, et le directeur de l’hôpital a pris la décision d’immobiliser ses véhicules, à moins d’avoir la certitude qu’ils puissent circuler ou de bénéficier d’une escorte policière.

Dans le même temps, les personnels de la barge reliant Petite Terre (sur laquelle se trouve notamment l’aéroport) ont cessé le travail, n’effectuant le trajet que pour les véhicules de secours. Les personnes devant traverser pour se rendre sur leur lieu de travail se sont trouvées bloqués, de même que les taxis assurant la jonction entre les embarcadères et les différents autres sites.

Le médiateur, de son côté, a poursuivi ses entretiens avec les différents acteurs du conflit. Avant même qu’il ne rencontre syndicats et associatifs, en fin de journée, ces derniers ont fait part de leurs intentions pour les prochains jours. « L’intersyndicale et le collectif des associations des consommateurs se déplacent à Paris pour organiser une conférence de presse », ont-ils indiqué dans un communiqué.

Celle-ci devait se tenir vendredi dans la capitale métropolitaine, suivie d’une autre, samedi, sur l’île de la Réunion. L’objectif : « Sensibiliser l’opinion régionale et nationale sur la gravité de la situation et les enjeux de ce mouvement social ». Mais les responsables ont décidé de « reporter leur déplacement », un peu plus tard dans la soirée. Car à Mayotte, c’est leur base que les organisateurs du mouvement tâchent de contrôler, alors que les tensions sont vives.

Un incident significatif a eu lieu ce mercredi après-midi, à proximité d’un barrage de fortune érigé à Mamoudzou par des manifestants. Ces derniers affirment qu’une « métropolitaine » a tenté de forcer le passage en déplaçant les objets placés au sol. Et quand un jeune a tenté de l’en empêcher, « elle m’a craché à la figure, cette pute », raconte ce dernier, furieux, avant qu’une femme ne l’entraine plus loin par le bras.

« La police a voulu embarquer le jeune sans savoir ce qu’il s’était passé, on les a empêchés », raconte un homme. Un peu plus loin, un véhicule des forces de l’ordre stationne toujours, sous les huées des manifestants. « Ça va devenir une affaire de couleur, un conflit raciste », prévient Fatima, fonctionnaire en grève à quelques pas de là. Derrière elle, parmi les scooters qui passent, un métropolitain reçoit une bordée de sifflets.

« Les mzungu (blancs, ndlr) sont les bienvenus s’ils veulent le bien de Mayotte, poursuit Fatima. Mais ceux, Mahorais ou métropolitains, qui ne sont pas d’accord avec le mouvement, qu’ils restent chez eux et ne viennent nous pas provoquer. » Le préfet, s’il affirme être conscient du risque que le conflit dégénère, note que les organisateurs du mouvement ne font évidemment aucun appel en ce sens et qu’aucun incident de violence directe n’a été rapporté.

Leur presse (Julien Ménielle, 20 Minutes.fr), 27 octobre 2011.

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Action contre la LGV du Pays basque à Toulouse

Une petite vidéo sympathique pour illustrer la « consultation » des élus d’hier matin :

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Vendredi 28 octobre 2011.

 

La présidente de Navarre entartée par des anti-LGV à Toulouse

Un groupe de huit membres du mouvement de désobéissance TGV Mugitu ont lancé des tartes à la crème sur la présidente de Navarre, Yolanda Barcina.

La présidente de la communauté forale de Navarre et ancienne maire de Pampelune, Yolanda Barcina, a été « entartée » à trois reprises par des opposants à la LGV du Pays Basque sud, ce jeudi à Toulouse, lors de l’assemblée plénière de la Communauté de travail des Pyrénées (CTP).

Un groupe de huit membres du mouvement de désobéissance TGV Mugitu ont interrompu la session plénière et ont lancé des tartes à la crème sur l’élue pour lui « remercier » les grands efforts qu’elle est en train de faire pour imposer une infrastructure « anti-écologique, anti-sociale et gaspilleuse », en faisant référence au corridor navarrais de la LGV.

C’était aussi une façonc de « saluer » l’arrivée de Yolanda Barcina à la présidence de la CTP.

La séance a dû être interrompue afin de s’assurer de la sécurité. Le président de la région Midi-Pyrénées, Martin Malvy a dénoncé cette « agression physique » et a dit qu’il porterait plainte. En Navarre, le parlement a également condamné l’action.

EITB.com, 27 octobre 2011.

 

Entartage au sommet chez le président Martin Malvy

L’ami du rail et des occitans, Martin Malvy va devoir choisir. À l’heure, ce jeudi 27 octobre, où étaient réunies en sommet, en son Hôtel de région, les sept régions françaises et espagnoles frontalières, plus Andorre, pour demander plus de traversées ferroviaires trans-pyrénennes, quelques occitans anti-productivistes du mouvement Libertat-Lengadoc, avec quelques amis basques, sont venus entarter la présidente de la communauté de Navarre qui lui succède désormais à la tête de la Communauté de Travail des Pyrénées (CTP).

« Une agression physique (…) des actes et des comportements inadmissibles », tonne le président Malvy. « La violence est irresponsable où qu’elle se produise et qu’elles que soient les conditions dans lesquelles elle intervient. La démocratie est à ce prix. L’intolérance en est la négation », ajoute-t-il.

La tarte en question a été déposée sur la tête de la dame lors de la séance de clôture de ce sommet ouverte à tous par quelques encravatés descendus des bancs du public. Ces militants entarteurs ont alors déployé des pancartes disant leur opposition au projet de construction d’une ligne TGV passant par le Pays basque et la construction d’une ligne de chemin de fer passant par le centre du massif.

Même s’il est opposé, ainsi que ses partenaires élus écologistes, à cette traversée centrale des Pyrénées, l’affaire laisse le seul élu occitaniste de sa majorité régionale, Guillaume Latrubesse, parfaitement froid : « je ne vais pas réagir chaque fois qu’un fou furieux engage une action débile en agitant un drapeau occitan », nous dit-il.

Sur le coup, la Navarraise Yolanda Barcina Angulo a quitté la tribune, avant d’y revenir pour clôturer le sommet. Martin Malvy l’assure de sa solidarité et promet, très fâché, de déposer une plainte contre ses agresseurs à la pâtisserie.

Leur presse (LibéToulouse.fr), 27 octobre 2011.

 

Un dessert qui a du mal à être digéré

La présidente de la Communauté forale de Navarre, Yolanda Barcina, vient de faire, malgré elle, la une de l’actualité. Alors qu’elle participait à une conférence sur le sujet des nouvelles lignes à grande vitesse (LGV) à Toulouse, elle a été victime d’une action de Mugitu !, qui lutte contre ce projet de LGV. Des militants de ce collectif se sont introduits dans la salle de conférence pour lui faire goûter trois tartes à la crème. Le coup médiatique de Mugitu ! connaît aujourd’hui des répercussions politiques, puisque la victime entartrée reproche à la coalition Bildu « de ne pas condamner l’agression » dont elle a été victime. L’action de l’« entartage à la crème » doit avoir la même réponse, selon elle, qu’une bombe ou un assassinat. Ceux-ci n’étant plus d’actualité avec la déclaration d’ETA du 20 octobre dernier, l’ancienne maire d’Iruñea se rabat sur des actions symboliques qui ont pour seule mission de dénoncer l’action de promoteurs de projets refusés par les populations locales. Il ne doit certes pas être agréable de déguster trois tartes à la crème à son insu, mais que représente cette « agression » à côté de celle que s’apprêtent à exercer les promoteurs des nouvelles LGV aux populations locales ? Ces militants qui ont décidé de se défendre ne dénoncent-ils pas, par le biais de ce genre d’actions médiatiques, le manque de démocratie qu’ils ressentent avec ce projet ? Ces tartes à la crème n’auraient-elles pas pu être évitées si ces projets de grande envergure n’étaient pas imposés aux populations et proposés aux référendums ? La présidente de la Communauté forale de Navarre est assez mal placée pour dénoncer « ceux qui ne condamnent pas cette agression » : a-t-elle condamné la violence opérée contre les villageois d’Itoiz qui ont vu leurs terres et habitations noyées sous un immense lac ? A-t-elle condamné les atrocités du franquisme ? A-t-elle condamné l’assassinat aveugle d’un militant d’extrême gauche, opéré dans sa ville d’Iruñea par la police nationale en juillet 1978 ? D’autres événements que ces trois tartes à la crème mériteraient plus une intervention de Yolanda Barcina.

Éditorial par Antton Etxeberri – Le Journal du Pays basque, 29 octobre 2011.

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[Tunisie] Émeutes à Sidi Bouzid en réaction aux élections

En Tunisie, les troubles se poursuivent à Sidi Bouzid après une nuit de violences

La tension restait vive vendredi 28 octobre au soir à Sidi Bouzid, ville symbole de la révolution tunisienne, malgré l’instauration d’un couvre-feu destiné à empêcher de nouvelles violences dans cette ville du centre-ouest du pays. Des groupes ont menacé de détruire « ce qui reste » cette nuit, a indiqué l’AFP.

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Le local d'Ennahda, attaqué à Sidi Bouzid

« Un couvre-feu sera instauré à partir de ce soir 19 heures (18 heures GMT) jusqu’à 5 heures demain matin (4 heures GMT), et ce tous les jours jusqu’à nouvel ordre », avait déclaré plus tôt dans la journée le porte-parole du ministère de l’intérieur. Les troubles, qui ont éclaté jeudi soir après l’annonce du résultat des élections du 23 octobre, ont donné lieu à une nuit de violences.

Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste Ennahda, a lancé vendredi un appel au calme, alors que le local d’Ennahda et des bâtiments publics de cette ville du centre du pays ont été mis à sac et des dossiers administratifs brûlés. « Nous appelons au calme et à la préservation des biens publics », a déclaré M. Ghannouchi, dont le parti est sorti vainqueur du scrutin. Il a affirmé voir dans ces troubles « la main du RCD dissous », l’ancien parti du président Zine El Abidine Ben Ali.

TROUBLES APRÈS LES RÉSULTATS

Les violences ont repris vendredi dans les rues de Sidi Bouzid après quelques heures de calme. Plusieurs milliers de manifestants stationnaient de nouveau à la mi-journée devant la mairie.

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Les forces de sécurité ont tiré en l’air pour tenter de disperser une foule de manifestants qui tentaient d’attaquer les bureaux du gouvernement régional. « L’armée tente de disperser les manifestants en tirant en l’air et en utilisant du gaz lacrymogène », a indiqué un des témoins, Attia Athmouni. Selon un autre témoin, Mahdi Horchani, l’armée est intervenue lorsque la foule a tenté de s’en prendre au bureau du gouverneur. Par ailleurs, des policiers retranchés dans le commissariat ont fait usage de gaz lacrymogènes pour dissuader les manifestants de s’en prendre au bâtiment, après qu’une voiture de la police a été brûlée, a indiqué le ministère de l’intérieur qui ne signale toutefois aucun blessé.

Environ un millier de personnes s’étaient rassemblées dans la nuit de jeudi à vendredi dans la rue principale de la ville pour protester contre l’invalidation de six listes de Hechmi Haamdi, richissime homme d’affaires, dont les bulletins n’ont pas été comptabilisés en raison d’irrégularités. Des membres de la tribu de M. Haamdi ont été vus à la tête des manifestants, ainsi que des figures de l’ancien parti-État de Ben Ali, soupçonné d’être derrière le succès inattendu de La Pétition populaire de Hechmi Haamdi, selon l’AFP. Certains ont exigé des excuses de Hamadi Jebali, qui avait déclaré que Ennahda ne négocierait pas avec Haamdi, d’autres criant « Jebali tu es lâche, les hommes libres de Bouzid ne se laisseront pas humilier ».

Outre la mise à sac du local du parti islamiste Ennahda, des jeunes cagoulés ont incendié le tribunal local, des postes et un district de la gendarmerie, et ont saccagé un centre de formation professionnelle. Les troubles ont duré jusqu’à 4 heures du matin (3 heures, heure de Paris) et une quinzaine de personnes ont été interpellées. Des manifestations similaires ont eu lieu dans des bourgades autour de Sidi Bouzid, d’où est originaire l’homme d’affaires.

La Pétition populaire, liste totalement absente sur le terrain pendant la campagne électorale, a obtenu 19 sièges dans l’Assemblée constituante sur 217. Hechmi Haamdi a fait campagne de Londres par le biais de sa télévision satellitaire Al-Mustakilla. Jeudi soir, il a annoncé son retrait de l’Assemblée constituante pour protester contre les invalidations de ses listes.

Leur presse (Le Monde.fr), 28 octobre 2011.

 

Heurts à Sidi Bouzid après l’annonce de la victoire d’Ennahda

Le calme est revenu vendredi matin à Sidi Bouzid, après une nuit de troubles au cours de laquelle plusieurs bâtiments publics ont été vandalisés et pillés. Les écoles sont fermées et seuls quelques cafés sont ouverts, selon le correspondant de l’AFP. Des dizaines de personnes étaient rassemblées devant les bâtiments vandalisés, selon la même source. Les violences ont éclaté jeudi soir dans cette ville du centre de la Tunisie où a commencé la révolution, après l’annonce par la commission électorale des résultats des élections du 23 octobre.

Des groupes de jeunes ont mis à sac le local du parti islamiste Ennahda, vainqueur du scrutin, et jeté des pierres sur les forces de l’ordre, après l’annonce de l’invalidation de six listes d’Hechmi Haamdi, richissime homme d’affaires qui avait notamment remporté le scrutin dans la circonscription de Sidi Bouzid. Environ 2000 jeunes ont jeté des pierres et brisé les portes et fenêtres du local d’Ennahda, et incendié des pneus sur la rue principale en criant « par notre âme et par notre sang, nous soutenons Sidi Bouzid ». Selon l’Agence de presse tunisienne (TAP), « des actes de destruction et de pillage ont également ciblé le siège de la municipalité ».

Une manifestation similaire était en cours à Regueb, à une cinquantaine de kilomètres de Sidi Bouzid, et des témoins ont raconté qu’un coup de feu avait été tiré sur le siège local d’Ennahda. La « Pétition populaire » d’Hechmi Haamdi, liste totalement absente sur le terrain pendant la campagne électorale, a obtenu 19 sièges dans l’Assemblée constituante. Elle a toutefois été invalidée dans six circonscriptions, notamment à Sidi Bouzid où elle était arrivée en tête à la surprise générale.

Hechmi Haamdi, originaire de Sidi Bouzid, a fait campagne de Londres par le biais de sa télévision satellitaire Al-Mustakilla. Sur cette chaîne, il a annoncé jeudi « craindre » que son électorat ne manifeste sa colère après le refus d’Ennahda d’associer cette liste aux tractations en cours pour la formation d’un gouvernement.

Les manifestations avaient commencé dans la journée à Sidi Bouzid pour protester contre des propos du numéro 2 d’Ennahda, Hamadi Jebali, qui a refusé toute négociation avec les listes « Pétition populaire ». Elles ont dégénéré après l’annonce, dans la soirée, de l’invalidation de six listes de Haamdi par la commission électorale.

Leur presse (Le Monde.fr), 28 octobre 2011.

 

Tension et couvre-feu à Sidi Bouzid

La situation était tendue vendredi à Sidi Bouzid, au lendemain des troubles ayant suivi l’invalidation de plusieurs listes d’« Al Aridha Chaâbia » (la Pétition populaire), parti du patron de la chaîne « Al Mustakilla » émettant depuis Londres, originaire de cette ville du centre-ouest tunisien.

Selon l’agence de presse officielle TAP, toutes les administrations publiques étaient fermées à la suite de l’appel à la grève générale lancé la veille.

L’agence a fait état de la poursuite des actes de vandalisme et d’anarchie à Sidi Bouzid, épicentre du soulèvement populaire qui a fait chuter en janvier dernier le régime totalitaire de l’ex-président Zine el Abidine ben Ali et donné le départ du Printemps arabe.

Plus tard dans la journée, Rached Ghannouchi, chef du mouvement islamiste Ennahda arrivé largement en tête des élections de dimanche, a tenté d’apaiser les esprits. « Nous appelons au calme les habitants de Sidi Bouzid, le berceau de la révolution, qui doit être au premier rang pour la préservation des biens publics », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse.

Il a promis que la région de Sidi Bouzid aurait la priorité dans les projets de développement à venir.

Selon la radio privée Mosaïque FM, des rassemblements avaient lieu dans le centre-ville. Les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes, tandis que deux hélicoptères sillonnaient le ciel, a relaté la radio.

Un habitant de la ville Mourad Barhoumi a estimé à quelque 3.000 personnes le nombre des manifestants. Un poste de la Garde nationale, un centre de formation et d’autres équipements publics ont été incendiés, a-t-il rapporté à l’Associated Press.

Face à la dégradation de la situation, les autorités ont décrété un couvre-feu nocturne qui devait entrer en vigueur vendredi, de 19h00 à 05h00 locales (20h00 à 06h00 GMT).

Cette mesure tend à assurer la protection des personnes et des biens publics et privés, a précisé à l’AP le porte-parole du ministère de l’Intérieur Hichem Meddeb notant qu’une voiture avait été incendiée devant la sous-préfecture et trois magasins saccagés.

Leur presse (AP), 28 octobre 2011.

 

Après Sidi Bouzid, la situation dégénère dans d’autres villes

Après Sidi Bouzid, la situation a dégénéré dans plusieurs autres villes du gouvernorat vendredi 28 octobre 2011 dans la matinée et ce suite à l’invalidation des listes d’El Aridha par l’Instance supérieure indépendante des élections.

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Le siège du gouvernorat est actuellement la cible de jets de pierre et de tentatives de pénétration par la force. La police et l’armée sont sur les lieux et tentent de disperser les manifestants par des gaz lacrymogènes. Les accès à la ville de Sidi Bouzid sont fermés par des pneus en feu et des amas de pierre. L’ensemble des magasins, des écoles et des bâtiments administratifs sont fermés en signe de grève générale.

On note le saccage de la mairie et du Tribunal de première instance de Sidi Bouzid ainsi que l’incendie du siège d’Ennahdha. On a également pénétré une école de formation professionnelle et incendié deux voitures lui appartenant. Les panneaux publicitaires et de signalisation ont été endommagés.

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On signale aussi des manifestations à Meknassi, Menzel Bouzayène, Regueb, Bir Lahfey et Mazouna où l’on demande l’arrêt de cette politique de l’exclusion. On a par ailleurs saccagé et incendiés des locaux et des dépôts d’Ennahdha à Meknassi, Menzel Bouzayène, Regueb et Bir Lahfey. À Meknassi, on a enregistré l’incendie d’un wagon de train.

Leur presse (Business News.com.tn), 28 octobre 2011.

 

À Sidi Bouzid, la révolution gronde toujours

Fiers d’être les instigateurs de la révolution tunisienne, les Bouzidiens se montrent de plus en plus déçus et impatients La faute à une situation sociale précaire et à un quotidien inchangé Suspicieux face aux élections de dimanche, ils n’hésitent pas à menacer de reprendre la rébellion en cas de déception.

« La révolution a débuté le 17 décembre, pas le 14 janvier » (date de la fuite de Ben Ali) : le slogan est porté par tous les murs de Sidi Bouzid, ou peu s’en faut. Manière de rappeler que c’est ici, dans ce chef-lieu de 40’000 habitants, à plus de 250 km de la capitale, qu’est né le Printemps arabe. « On a parfois l’impression qu’à Tunis on veut oublier que, pendant dix jours, nous avons mené le combat seuls », témoigne Lamine Bouazizi, professeur à l’Institut national du patrimoine.

Alors, pour qu’on n’oublie rien, rien n’a été effacé. Rebaptisée Mohamed Bouazizi [Jeune vendeur ambulant tunisien qui s’est immolé le 17 décembre 2010. Sa mort est à l’origine des émeutes qui concourent au déclenchement de la révolution tunisienne.], l’artère principale de cette oasis urbaine perdue au milieu des vergers d’amandiers et d’oliviers porte les stigmates des combats. Sur toutes les administrations, écoles ou commissariats, subsistent les appels au soulèvement.

À l’ombre des ficus, toutes les terrasses bruissent de discussions politiques. « Depuis dix mois, la politique est omniprésente, on débat de tout et de n’importe quoi », opine Sayf Nsiri, 34 ans, blogueur durant la révolution.

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Mais, pour Lamine Bouazizi, le temps de l’euphorie est révolu. « Cette liberté d’expression, c’est le seul gain de la révolution. Car les problèmes de l’ère Ben Ali, eux, persistent. » Enclavée au centre du pays, la ville n’a pas de zone industrielle. Seuls les innombrables garages des faubourgs, et le marché, dont les étals envahissent le moindre recoin du centre-ville, témoignent d’une faible activité économique.

Avec plus de 8000 diplômés sans emploi, triste record national, Sidi Bouzid n’a cessé de voir le chômage s’amplifier. La révolution est devenue permanente. Sit-in, manifestations et piquets de grève se succèdent dans les hôpitaux, les écoles et les administrations. Cette semaine encore, le tribunal a fermé ses portes quelques heures. « Les revendications sont toujours les mêmes : titularisation du personnel vacataire, hausse des salaires et améliorations des conditions de travail », détaille maître Khaled Aouaïania, avocat à la Cour de cassation.

Quant aux élections de dimanche (huit sièges à l’Assemblée constituante sont en jeu), elles n’inspirent pas plus d’optimisme. Seulement la moitié des électeurs potentiels se sont inscrits et un seul mot revient dans leur bouche : « Méfiance ». « Beaucoup ont l’impression que les anciens benalistes sont revenus, témoigne Lamine. Quant aux autres, surtout dans les campagnes, ils iront voter Ennahda [le parti islamiste], persuadés que l’islam est attaqué », se désole-t-il.

Les bonnes ondes d’Al Karama

« Votez pour qui vous voulez, mais votez ! » Née le 27 septembre dernier, la radio Al Karama (la Dignité) affiche clairement son engagement. « On veut que le citoyen puisse prendre la politique en main », témoigne Rabah Hajlaoui, son directeur. Dans le studio, qui sent toujours la peinture fraî­che, une vingtaine de journalistes, d’animateurs et de techniciens se succèdent pour offrir un temps d’antenne rigoureusement identique aux 65 listes en lice. Mais la radio, qui émet à 40 kilomètres à la ronde, a d’autres visées que le scrutin de dimanche. Ainsi, ses locaux sont le refuge du centre stratégique de développement de Sidi Bouzid, sorte de think tank de l’après-révolution. Il y a un mois et demi, ce dernier a envoyé au gouvernement ses propositions en matière d’économie locale, fruit du travail de près de 300 collaborateurs.

Leur presse (Metro France.com), 21 octobre 2011.

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[Athènes] Résolution de l’Assemblée Populaire de la place Syntagma

Après Varkiza [Référence au traité de Varzika, signé en 1945, par lequel le Parti Communiste a trahi la lutte armée et les milliers de combattants de la guerre civile, en échange de la légalité au sein du nouveau régime], Polytechnique [Référence à la déclaration initiale du Parti Communiste contre le soulèvement de Polytechnique en 1973, désignant les participants de ce soulèvement comme étant des “provocateurs de la police”], l’école de chimie (1979) [Référence aux incidents de 1979 à l’école de chimie d’Athènes, durant lesquels des membres du Parti Communiste ont cassé l’occupation de l’école, en coopération directe avec la police], décembre [2008] [Référence, bien sur, à la condamnation récente de la révolte de décembre 2008], et de nombreux autres événements, les faits ont une fois de plus mis au jour l’attitude du Parti, qui trahit systématiquement les luttes populaires. Et si jusqu’à présent ils ont étranglé, avec leur bureaucratie, toute grève généralisée et déterminée de ces dernières années, s’ils ont stigmatisé toute révolte comme étant une “provocation”, désormais l’histoire montre qu’il ne s’agissait nullement de “simples erreurs politiques”, mais d’un effort conscient et coordonné de défense de la dictature parlementaire et des relations sociales et financières instituées par le capitalisme. C’est cet effort qui s’est également exprimé hier (20 octobre), et ce malgré les appels qu’ils ont lancé au peuple à manifester pour renverser le gouvernement. Ils ont assuré la bonne garde du parlement et, au lieu de l’encercler, ont agi encore plus sauvagement que la police, brisant des crânes et livrant des manifestants aux forces de répression. Le pire étant que par leurs actes ils ont offert à l’État une légitimité, quand celui-ci assassinait l’un de leurs camarades, dont le meurtre a été attribué à une violence para-étatique.

Depuis hier, de façon définitive et irréversible, le mal-nommé “Parti Communiste” n’est rien de plus qu’un obstacle à la crémation du cadavre parlementaire. Tout homme libre combattant pour sa dignité en ces heures cruciales doit en représailles s’attaquer politiquement à lui. Cette proposition ne doit pas être comprise comme une scission au sein du mouvement. Nous avons peut-être des problèmes communs, des cibles communes avec les électeurs de base du “Parti Communiste”, mais les politiques et les actions de la direction à laquelle ils sont attachés suivent à la lettre les ordres du gouvernement et des envoyés du FMI, de l’UE et de la BCE. Nous n’avons jamais marché à leurs côtés, ils ne seront jamais des nôtres. Nous devons nous rappeler que le “Parti Communiste” agira comme une cinquième colonne du régime dictatorial, espérant une fois de plus grappiller les miettes tombées de la table parlementaire, ainsi qu’ils l’ont prouvé en 1990 [Référence au partage du pouvoir entre le Parti Communiste et les deux principaux partis parlementaires, la ND et le PASOK, en 1990].

Les attitudes de chacun des groupes politiques, qu’ils soient parlementaires ou non, apportant un soutien aux actions du “Parti Communiste”, pas leur silence ou par des déclarations claires, sont également condamnables. Car, aussi longtemps que ces partis agiront par le biais d’un parlement de laquais de la Troïka, et continueront à recevoir leurs gras salaires, ils seront entièrement co-responsables de ce qui est arrivé et de ce qui va arriver. Leurs votes contre les memorandums et les lois qui en découlent montre bien leur rôle dans la dictature : ils fournissent l’alibi de la polyphonie et de la démocratie à un parlement fantoche [NDT : ici, formulation anglaise peu claire, remplacée par une assertion que j’espère proche du sens original], afin de pousser une population paupérisée à continuer de compter les voix à chaque échéance d’un vote joué d’avance et destiné à abolir leur futur, tout en les nourrissant de l’illusion que quelqu’un parle en leur nom et en leurs intérêts. Ainsi, cette population abandonne l’opposition aux professionnels de la politique, et ne ressent pas le besoin de réagir immédiatement et en personne. Tout vote, y compris à l’endroit des partis extra-parlementaires de “l’extrême-gauche”, dans les scrutins nationaux et locaux, n’est rien de plus qu’un peu d’huile pour les rouages de la machine et une légitimation de la “justesse” de la dictature parlementaire en place.

Depuis le 25 mai, lorsque nous nous sommes pour la première fois rassemblés sur la place [Syntagma], nous avons montré que la démocratie directe donnait à chacun la possibilité de participer, de se consulter les uns les autres, de construire des idées ensemble, de façon autonome, loin des labels idéologiques et parlementaires. Nous resterons là, contre leur parlementarisme de la banqueroute et leur bureaucratie.

NOUS PRENONS EN MAIN NOS VIES
DÉMOCRATIE DIRECTE, MAINTENANT

Assemblée Populaire de la Place Syntagma, le 21/10/2011

ΜΑΤ-ΚΚΕ ΚΟΙΝΟΣ ΑΓΩΝΑΣ ! MAT-KKE, MÊME COMBAT ! MAT-KKE, SAME FIGHT !

Traduction (notez bien qu’il s’agit d’une traduction à partir d’un texte anglais lui-même traduit du grec, et qui est donc tributaire des approximations de cette première traduction, sans compter les miennes…) par La guerre dans l’âme, 23 octobre 2011.

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Le corium de Fukushima : description et données

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Communiqué par le Collectif radicalement antinucléaire, 25 octobre 2011.

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Séisme en Turquie : émeute dans une prison après une forte réplique

Une émeute a éclaté mardi soir dans une prison de Van, dans l’est de la Turquie, à la suite d’une forte réplique qui a provoqué la panique parmi les détenus, selon l’agence de presse privée Dogan.

Deux jours après le séisme de magnitude 7,2 qui a frappé la région, l’agence a rapporté que certains détenus avaient demandé à pouvoir sortir. Devant le refus de l’administration, des prisonniers ont mis le feu à leur literie et la révolte s’est étendue à l’intérieur de l’établissement pénitentiaire d’une capacité de 1.000 places.

Les forces de sécurité ont encerclé la prison pour empêcher toute nouvelle évasion, des détenus ayant réussi à s’enfuir après l’effondrement d’un mur provoqué par le tremblement de terre de dimanche.

De leur côté, les sapeurs-pompiers s’employaient à éteindre le feu à l’intérieur de la prison, selon l’agence Dogan.

Le bilan du séisme de dimanche s’est encore alourdi pour passer à au moins 459 morts et plus de 1.350 blessés, a rapporté la télévision publique TRT. Quelque 2.000 bâtiments se sont effondrés, selon les autorités.

Leur presse (AP), 26 octobre 2011.

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Crise à Mayotte : nouveaux heurts entre jeunes et gendarmes

Jeunes et gendarmes s’affrontent à Mayotte, sur fond de crise sociale

Des heurts violents ont opposé durant toute la matinée de mardi des protestataires aux gendarmes mobiles à Dzoumogné, au nord de Mayotte. Dès 7 heures du matin, des dizaines de jeunes de cette localité ont bloqué la circulation par des barrages érigés avec des troncs d’arbre, participant à leur manière à la grève générale contre la vie chère qui touche l’île depuis près d’un mois. Ils ont ensuite attaqué à coup de galet, de barre de fer et de cocktail Molotov les forces de l’ordre venues lever ces barrages. Ces dernières ont riposté à plusieurs reprises avec des gaz lacrymogènes pour se dégager.

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La ville a vécu pendant près de six heures un véritable état de siège. À leur départ de Dzoumogné vers midi pour Mamoudzou, la capitale, en passant par la localité portuaire de Longoni, les colonnes de véhicules des gendarmes mobiles ont dû effectuer plusieurs arrêts en attendant qu’un bulldozer dégage les troncs d’arbre qui barraient les axes routiers.

La mort d’un manifestant mercredi 19 octobre avait provoqué de violents affrontements avec les forces de l’ordre et des pillages à Mamoudzou, la préfecture de l’île.

La rencontre prévue entre le médiateur nommé par le gouvernement au sein de l’Observatoire des prix, Stanislas Martin, et les leaders syndicaux s’est bien ouverte mardi matin. Rien n’avait filtré à 14 heures de cette entrevue, les syndicalistes devant rendre compte d’abord à leur base au cours d’une assemblée générale en fin d’après-midi. Le médiateur doit poursuivre tout le long de la journée des discussions avec des chefs d’entreprises de la grande distribution et du bâtiment, ainsi qu’avec le président du conseil général, Daniel Zaidani.

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L'intersyndicale de Mayotte lit sa lettre ouverte à Stanislas Martin, médiateur du ministère, au milieu des manifestants, le 24 octobre 2011 à Mamoudzou (Mayotte)

La veille, le premier rendez-vous entre l’intersyndicale, les associations de consommateurs et Stanislas Martin pour trouver une solution à la crise sociale qui frappe l’île depuis un mois n’avait abouti à rien. Les partenaires sociaux, mécontents de l’ordre du jour et la marge de manœuvre du représentant du gouvernement français, avaient annoncé la poursuite de la grève générale.

« Nous attendions un négociateur, on nous envoie un médiateur ayant pour mission d’écouter les différentes parties et de produire pour la semaine prochaine un rapport, notamment à l’intention des membres de l’Observatoire des prix (…) Nous voulons l’ouverture de véritables négociations », avait déclaré Salim Naouda, secrétaire départemental de la CGT Mayotte.

Leur presse (Le Monde.fr), 25 octobre 2011.

 

Crise à Mayotte : nouveaux heurts entre jeunes et gendarmes

La commune de Dzoumogné, au nord de l’île de Mayotte, a vécu mardi martin un véritable état de siège pendant près de six heures. De violents heurts ont opposé de jeunes protestataires aux gendarmes mobiles. Un adolescent a été blessé. Les négociations entre les leaders syndicaux du 101e département français et le médiateur nommé samedi par la ministre de l’Outremer ont repris et doivent se poursuivre mercredi.

Vers 7 heures du matin, des dizaines de jeunes de Dzoumogné ont bloqué la circulation par des barrages érigés avec des troncs d’arbres, participant à leur manière à la grève générale contre la vie chère entamée le 27 septembre. Ils ont ensuite attaqué à coup de galets, de barres de fer et de cocktails molotov les gendarmes mobiles venus lever ces barrages. Ces derniers, au nombre d’environ 150, ont riposté à plusieurs reprises avec des gaz lacrymogènes pour se dégager.

Au cours de ces affrontements, un adolescent de 14 ans a été atteint par un gomme-cogne à la mâchoire et a dû être transféré par hélicoptère au centre hospitalier de Mamoudzou, la capitale de l’île. Ses jours ne sont pas en danger, selon une source hospitalière. Le 19 octobre, un manifestant de 39 ans était décédé à Mamoudzou après une échauffourée entre protestataires et policiers.

Les négociations ont repris

La rencontre entre le médiateur, Stanislas Martin, et les leaders syndicaux s’est bien ouverte mardi matin, après le départ de l’intersyndicale la veille lors de la première réunion avec l’émissaire tout juste arrivé de métropole. Les discussions se sont déroulées dans une volonté commune de trouver une solution pour sortir Mayotte de la crise sociale. Les syndicats ont réitéré leur exigence immédiate d’obtenir une baisse du prix de la viande avant de s’engager davantage dans d’éventuelles négociations.

Le médiateur a promis de leur fournir le plus rapidement possible un rapport d’étape après ses rencontres avec des importateurs de viande. « Nous allons demander aux entreprises concernées de nous apporter des données à ce sujet pour les examiner et en discuter mais il faudra du temps pour obtenir des résultats établis sur ces sujets qui ne sont pas faciles », a déclaré le médiateur aux syndicalistes. Les deux parties doivent se retrouver mercredi.

Leur presse (Le Parisien.fr), 25 octobre 2011.

 

Manifestations à Mayotte : « Le vrai problème, ce n’est pas le nombre des manifestants mais ce qu’ils comptent faire »

Le nombre de manifestants diminue, mais de nouveaux heurts ont éclaté dans le nord de l’île…

Entre les deux, Mayotte balance. Alors que le nombre de manifestants décroît depuis jeudi, l’île semble ce mardi en équilibre instable entre résignation et explosion. Place de la République à Mamoudzou, lieu traditionnel de rencontre des manifestants, on parle beaucoup pour décider de la suite à donner au mouvement.

Les barrages sont en place mais les rangs sont clairsemés. « Le vrai problème n’est pas le nombre des manifestants, mais ce qu’ils comptent faire », coupe Saïd Boinali, secrétaire général de la Cfdt, qui précise que les syndicats n’ont pas appelé à se réunir ce mardi.

Car les manifestants ont envie d’en découdre. Après la déception de la première réunion avec le médiateur la veille, ils veulent marcher sur le quartier de Kawéni pour forcer les commerces à fermer. « Le commissaire m’a prévenu que c’était une zone rouge, et qu’à la moindre casse, il me foutait en taule », explique Saïd Boinali. Et si l’homme refuse de « prendre des risques inutiles », il assure qu’il ne parle pas de son cas personnel mais de sa responsabilité en terme de bonne tenue des manifestations, alors que de nouveaux heurts ont éclaté dans le nord de l’île entre jeunes et forces de l’ordre au cours desquels un adolescent a été légèrement blessé par un tir de flashball, selon la chaîne Mayotte Première.

Car les responsables syndicaux le reconnaissent, « il y a un problème d’organisation du mouvement ». Fière d’être « la seule mzungu (blanche, ndlr) à participer à la grève », Gwen trouve au contraire que « le fonctionnement démocratique est intéressant ».

Les responsables syndicaux rendent compte aux manifestants sur la place publique, avant que ces derniers ne décident de la suite à donner aux événements. Et c’est bien là que réside le problème des syndicats, qui tentent de temporiser jusqu’à mercredi.

Les prix du gaz et de la viande en urgence

Mercredi, l’intersyndicale doit à nouveau rencontrer le médiateur après ses discussions avec la grande distribution. Et Saïd Boinali a bon espoir que Stanislas Martin ait changé de méthode et accepte de négocier les prix. « Quand Paris aura pris conscience qu’il faut traiter l’urgence, ça peut se régler en une semaine », estime-t-il. Et l’urgence, en l’occurrence, c’est le prix du gaz et de la viande.

Une avancée dans ces domaines laisserait un répit. Mais à terme, Saïd Boinali sait ce qu’il veut : « Au global, les prix ont augmenté de 52% à Mayotte depuis 2007. Nous voulons une baisse de 22%, pour limiter la hausse à 30% par rapport à 2007. » Lucide, le syndicaliste a toutefois bien conscience que Mayotte est bien loin de la métropole, où « malgré les millions de gens dans les rues contre les retraites, l’État n’a pas cédé ».

Leur presse (Julien Ménielle, 20 Minutes.fr), 25 octobre 2011.

 

Manifestations contre la vie chère : Un médiateur ne suffit pas à calmer Mayotte

Après presque un mois de conflit social sur l’île et département français, l’arrivée de Stanislas Martin, nommé par la ministre, n’a pas convaincu les manifestants…

« On a commencé à avancer. » En sortant de la réunion de l’Observatoire des prix, ce lundi à Mamoudzou, préfecture de Mayotte, Stanislas Martin veut y croire. Nommé deux jours plus tôt par la ministre de l’Outre-Mer Marie-Luce Penchard, le médiateur a pour mission de mettre fin à près d’un mois de conflit qui secoue violemment le département. Pourtant, quelques minutes plus tôt, l’intersyndicale et plusieurs associations ont quitté la table.

« Une qualité qu’on donne aux chiens en métropole »

La grogne, à l’instar de celle qui a agité la Guadeloupe et la Martinique début 2009, porte sur la « vie chère ». Le prix des produits dits de première nécessité, comme le gaz ou les denrées alimentaires. Un accord, signé lundi dernier par le seul syndicat FO, et promettant une promotion temporaire sur quelques produits comme les ailes de poulet, le riz ou l’huile, n’a fait que renforcer la détermination des non-signataires.

« On nous prend pour des cons », s’étrangle Ibrahim, casquette Cfdt sur la tête. En descendant du podium installé place de la République, où il vient d’annoncer à la foule que « le médiateur est venu recueillir des informations mais pas faire de propositions », il détaille les prix des produits visés par l’accord, ticket de caisse en main. Le compte n’y est pas. « Ils ont même augmenté le prix des pièces moins chères, crie une femme, une qualité qu’on donne aux chiens en métropole. »

Percussions improvisées

Pourtant « l’accord est respecté », assure le préfet Thomas Degos au sortir de la réunion de l’Observatoire des prix à laquelle il n’a pris part qu’au tout début, étant persona non grata pour avoir choisi la manière forte face aux manifestants. Et plus encore depuis la mort d’un d’entre eux, mercredi, même si pour l’heure l’autopsie n’a pas démontré la responsabilité policière, pointant les secours et d’éventuelles mauvaises manœuvres de réanimation. Le préfet appelle chacun à « prendre ses responsabilités », avant de s’engouffrer dans sa voiture.

Quelques dizaines de minutes plus tard, les manifestants qui ont vidés la place de la République sont devant la direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi, attendant la sortie du médiateur. Les chants des femmes, qui réclament son départ comme celui du préfet et du commissaire de police, sont rythmés du son de percussions improvisées sur un vieux frigo ou une poubelle. L’ambiance est pacifiste, les policiers semblent peu inquiets.

« Je n’ai toujours pas trouvé de gaz »

Quand Stanislas Martin sort du bâtiment, qui a tiré le rideau de fer, il est cependant pris à parti par quelques femmes. « On n’a pas besoin de vos cravates, on veut des solutions », crie un homme dans la foule. Juché sur les percussions de fortune des manifestants, le médiateur écoute la lettre ouverte de l’intersyndicale et des associations. L’homme n’est pas venu négocier les prix, il n’est pas le bienvenu. Mais les signataires acceptent de le rencontrer rapidement pour lui exposer leurs demandes.

Les manifestants ont donc reconduit leur mouvement. En attendant, depuis samedi, le préfet a fait rouvrir certains commerces. D’autres ont rouvert spontanément ce lundi, « avant de refermer en voyant passer les manifestants », raconte un commerçant installé sur l’île depuis 15 ans. « Et je n’ai toujours pas trouvé de gaz », se lamente Alexandre, enseignant à Mayotte. Mais pas de nouvelles violences, ni de magasin brûlé depuis la mort d’Ali El Anziz. Certains, pourtant, craignent que son enterrement, prévu dans la semaine, ne ravive les flammes de la colère.

Leur presse (Julien Ménielle, 20 Minutes.fr), 24 octobre 2011.

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Grèce : diverses actions-réponses au parti communiste grec suite à la grève

Combats de rue à Athènes

Des gens ont été grièvement blessés et malheureusement, une personne est décédée pendant la manifestation. Il est cependant clair maintenant que le décès a été causé par le gaz lacrymogène de la police. Le gars était membre de l’organisation stalinienne PAME, mais il n’a pas été blessé pendant les combats (la déclaration officielle du médecin note qu’il n’avait pas de blessures).

Qu’est-ce qui s’est passé et pourquoi ? Une petite contextualisation historique est importante. Le KKE (le parti « communiste » stalinien) avait un rôle clair dans l’histoire grecque, surtout après sa légalisation en 1974 (après la chute de la dictature). Son rôle, c’était de s’introduire aux places de travail, dans les universités et dans les espaces sociaux afin de revendiquer l’État de droit bourgeois. Son rôle de jaune dans les grèves par le biais de son aile syndicale, ses attaques contre les radicaux à l’intérieur et à l’extérieur des universités sont bien documentés (peut-être pas en anglais). Dans un certain sens, le rôle des staliniens était partout le même et en regardant la situation en Italie dans les années 1970, on trouvera beaucoup de similitudes avec la Grèce.

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Peu importe, depuis 1989, le KKE (contrôlant le syndicat PAME) n’entre plus en contact avec les masses de manifestants, que ce soit la gauche parlementaire, la gauche extra-parlementaire ou radicale issue des milieux anti-autoritaires, ou des vrais communistes comme nous (!). Durant les années précédentes, les affrontements avec les services d’ordre du KKE étaient une scène ordinaire lors de manifestations. Peu importe si c’était des manifestations étudiantes, des manifs anti-guerre ou les festivités annuelles commémorant la rébellion du 17 novembre. Les combats contre le KKE étaient typiques. Et en général, à cause de la meilleure organisation de leurs services d’ordre (appelé KNAT en Grèce, un jeu de mots avec les abréviations pour la jeunesse du parti KNE et celle des unités anti-émeutes de la police MAT), nous avons perdu la rue. Un moment, le KKE a décidé d’organiser ses propres manifs, en dehors et à l’écart des grandes. Même lors des grèves générales, le PAME et le KKE ne participent pas à la manifestation principale.

Pour des raisons qui seront encore à analyser de manière plus détaillée, le KKE a joué un autre rôle durant la grève générale de deux jours du 19 et 20 octobre. Moins le 19, mais très clairement le 20 octobre, le KKE et leurs services d’ordre ont pris la décision politique de remplacer la police. Lorsque la masse de manifestants est arrivée à la place Syntagma le 20, ils se sont retrouvés face à une haie de membres du PAME équipés de casques et de battes de baseball (pas tout à fait, mais des bâtons en bois semblables) sur toute la longueur du parlement. Il est significatif de dire que la police n’était visible nulle part. Elle a pris position derrière le KKE et pendant toute la journée, elle n’a rien fait (sauf quand elle avait l’impression que le KKE avait besoin d’aide). Ainsi, il était clair pour les manifestants que le KKE serait l’obstacle principal ce jour-là pour manifester et exprimer leur rage.

Il a fallu peu de temps pour que cela se réalise. Des affrontements verbaux entre des manifestants et des membres du PAME dans leurs lignes de défense ont éclaté immédiatement, mais de manière plutôt sporadique. (Il est important de souligner que les membres du PAME, qui, officiellement, « bloquaient le parlement » ou « protégeaient la manif de provocateurs », étaient tournés non pas vers le parlement, mais vers la foule. Exactement comme le font les flics. Lorsque les querelles se sont amplifiées et quelques gobelets de café et bouteilles d’eau ont été lancés en direction des rangs du PAME, leur réaction a montré pourquoi ils étaient postés de cette manière. Ils ont attaqué la foule devant eux avec des bâtons et des matraques en caoutchouc. La première a être frappée sérieusement était une jeune fille qui a effectivement regardé dans l’autre direction lorsqu’elle était attaquée.) Elle a été frappée sur la tête avec une matraque. L’image de la tête en sang de la jeune fille a enragé la foule et des combats ont éclaté. Au début, les manifestants n’étaient pas armés et le combat était injuste. Les membres du PAME avaient tous des casques et des bâtons, la foule s’y opposait à l’aide de bouteilles en plastiques et de jurons. Certains se défendaient à coups de poing. La rage était cependant tellement grande que le combat n’était pas facile pour le PAME. Assez rapidement, la majorité des manifestants ont commencé à participer aux combats et une bataille ouverte entre le PAME et le reste de la manif a éclaté. Ce qui a « aidé » les manifestants à participer (hormis les radicaux déjà à l’attaque), c’était le fait que les membres du PAME, dans leur tentative d’évacuer la place, ont attaqué toute la manif depuis deux petites rues. Après, des combats violents ont eu lieu pendant deux heures et demie, durant lesquels les manifestants ont réussi à vaincre et à chasser les voyous staliniens malgré leur manque d’organisation et d’équipement. Bien sûr, les staliniens étaient bien organisés et ils ont pu tenir le sommet de la place (à l’extérieur du parlement), mais leurs attaques contre la foule ont été refoulées. Lorsque tout portait à croire que le PAME n’allait plus pouvoir tenir pour longtemps, une attaque commune de la police anti-émeutes et du KNAT a eu lieu sur la place et dans une rue voisine. La foule ne pouvait plus tenir face à cela. La foule s’est dispersée dans les rues autour, s’est rassemblée pourtant rapidement et s’est dirigée à nouveau vers la place, où elle restait aussi longtemps qu’elle pouvait. Une deuxième attaque de la police anti-émeutes a fait fuir les gens et une attaque coordonnée d’une majorité des staliniens et de la police (je suis sûr qu’il y aura bientôt des photos de leur attaque en commun) a causé le départ de la majeure partie des gens. À la fin, c’était à la police de virer les derniers manifestants.

En général, la police était peu impliquée dans ces événements (sauf à la fin comme je viens de le décrire). C’était clair pour tout le monde que les staliniens avaient choisi ce moment historique particulier (exactement quand les mesures d’austérité étaient votées dans le parlement) pour montrer leur vrai visage et leur vrai rôle dans le mouvement. Celui d’agir comme la police interne, afin d’empêcher les manifestants de s’approcher du parlement, afin d’attaquer la foule pour la disperser. Par ces actes, ils ont déclaré la guerre à tout le mouvement, les effets de celle-ci sont encore inconnus. Ce qui est sûr, c’est que les combats avec le KKE et leurs voyous continueront dans les universités (où ils ont une influence considérable) et dans les rues. Il faut voir si la décision politique d’agir en tant que troupe policière contre les manifestants sera maintenue par le KKE. Le fait est que leur rôle a été rendu public hier, même dans la presse bourgeoise. (Une interview avec un membre du PAME sur une grande chaîne faite par un journaliste de droite et pro-gouvernemental connu est significative. Il lui a dit « vous avez défendu le parlement grec » et le gars du PAME a dit « non, nous avons défendu la manif » et le journaliste répète « non, vous avez défendu le parlement ».) Je sais pas comment le KKE arrive à maintenir sa propagande schizophrène et à convaincre ses membres que ce qu’ils ont fait hier constituait une défense de la manif, surtout lorsqu’il est devenu clair que leur rôle était de remplacer complètement la police anti-émeutes. Mais une fois de plus, il est difficile de comprendre la mentalité psychologique d’un stalinien…

Personne ne sait ce qui se passera par la suite, mais déjà la nuit dernière, des bureaux du KKE ont été attaqués et parfois incendiés dans toutes les régions de Grèce. Et j’ai l’impression que cela va continuer. Le jeunes membres du milieu radical disposent maintenant d’une expérience de première main de ce que les plus âgés avait déjà vécu dans le passé, mais ce qu’ils ont oublié depuis 1998. Maintenant, tout le monde, au-delà du milieu radical, est — et c’est quasiment un euphémisme — extrêmement en colère. Et ils le resteront.

Indymedia Allemagne, 22 octobre 2011
Traduit de l’allemand par Le Réveil.

 

Athènes, la destruction du vieux monde attendra

Le drapeau rouge de la collaboration de classe est ressortie et il frappe de nouveau. Non pas le rouge du « Jolly Roger » des premiers pavillons pirates ou celui de la Commune de Paris, mais son usurpation par les traditions révolutionnaires avant-gardistes, autoritaires et étatiques. Non seulement il tape, mais il collabore avec la flicaille, dénonce et lui livre celles et ceux qui s’opposent à ses desseins.

Il hurle avec les loups de la presse bourgeoise les rumeurs sur la mort de ce syndicaliste du PAME. Pas de chance, c’est de nouveau la flicaille qui assassine. Une insulte de plus, une manipulation de plus, une négation de plus. Les mort-e-s ont tous la même peau.

Pendant ce temps, au par­le­ment, on peut écouter la douce rhé­to­ri­que du minis­tre des finan­ces qui répond, pres­que désolé, à celles et ceux qui ont pris le chemin de la rue : « Nous savons que nous fai­sons du mal en votant ces mesu­res, mais c’est un devoir de patrio­tisme natio­nal. »

Le peuple grec sera saigné de nou­veau par l’unité natio­nal, la « néces­sité his­to­ri­que » comme on dit et la ratio­na­lité économique. Il n’y a plus de lutte des clas­ses, plus d’idéo­lo­gie, seu­le­ment l’urgence devant l’his­toire. Verdict : le nou­veau plan d’aus­té­rité est voté.

« Le sang des inno­cents retom­bera sur la tête des com­mu­nis­tes, fous furieux enivrés par le pou­voir. »

Pourquoi alors, le KKE (parti com­mu­niste grec) qui détient envi­ron 8% des sièges et qui en fait la troi­sième force poli­ti­que au par­le­ment (il est vrai loin der­rière le parti socia­liste au pou­voir le PASOK et l’oppo­si­tion de droite Néa Dimokratía), et le syn­di­cat qu’il contrôle, le PAME, ont pro­tégé le Parlement et se sont oppo­sés aux anti-auto­ri­tai­res et autres mani­fes­tant-e-s ?

Il serait pres­que étonnant de les voir en milice de la bour­geoi­sie ; his­to­ri­que­ment, ce sont bien les grou­pes fas­cis­tes en Italie qui venaient à son secours et qui cas­saient du prolo gré­viste ou occu­pant-e d’usine. Rappelons-nous le Front Populaire en 1936 et que l’ennemi de classe peut se trou­ver parmi le mou­ve­ment révo­lu­tion­naire.

Fascisme rouge ? lls nous rejouent Barcelone ou Kronstadt ? Allons, l’amal­game est ten­tant, mais est-ce vrai­ment une sur­prise venant de la racaille sta­li­nienne ? Le temps est passé et il serait dom­ma­gea­ble de tomber dans un folk­lore facile et de nier les réa­li­tés contem­po­rai­nes.
Laissons l’indi­gna­tion aux ama­teurs de médias et gar­dons-nous de faire à front aux pro­chai­nes offen­si­ves idéo­lo­gi­ques.

Fauteurs de trou­bles. Saloperie de jeunes. Anarcho-fas­cis­tes

L’infor­ma­tion-spec­ta­cle nous vend déjà la mort syn­di­ca­liste comme le fruit de la vio­lence d’un groupe de « fau­teurs de trou­bles ». Qu’importe qu’il soit mort asphyxié par les nuages répres­si­fs des mili­ces sala­ria­les de l’État. Qu’importe son cada­vre, autant cra­cher dessus. Qu’importe, c’est la faute à ceux en noir, s’ils n’avaient pas com­mencé…

Une large frac­tion de la presse bour­geoi­sie qua­li­fie ces mani­fes­tant-e-s de « cas­seurs », « délin­quants » ou sim­ple­ment de « jeunes » qui veu­lent seu­le­ment aller à l’affron­te­ment phy­si­que avec la police et se rendre cou­pa­ble de pillage, crime de lèse-pro­priété pour la bour­geoi­sie. Notons tout de même que dans le même temps, on use du voca­ble « anar­chiste » pour qua­li­fier les grou­pes qui furent oppo­sés au ser­vice d’ordre du KKE/PAME, sans toutefois leur rendre un propos poli­ti­que. C’est ainsi que dans le JT de ce jeudi soir sur France 3, appuyé de diver­ses images d’affron­te­ments, on nous vend l’agonie et la chute de l’ordre démo­cra­ti­que dans ce magni­fi­que tableau : « Batailles ran­gées dans les rues d’Athènes : anar­chis­tes contre com­mu­nis­tes. Ils s’affron­tent vio­lem­ment autour du par­le­ment ; gaz lacry­mo­gè­nes, cock­tails molo­tov, jusqu’au corps à corps. »

Dans un com­mu­ni­qué qui rap­pelle les gran­des heures de la pro­pa­gande sta­li­nienne à propos des « hit­léro-trots­kis­tes » ou de la cin­quième colonne, le KKE nous offre le qua­li­fi­ca­tif « anar­cho-fas­cis­tes » pour carac­té­ri­ser les anti-auto­ri­tai­res qui auraient comme « objec­tif de dis­per­ser l’énorme mani­fes­ta­tion des tra­vailleurs et du peuple au square de Syngtama ».

Et de conclure sur un hom­mage à Dimitris Kotzaridis, le syn­di­ca­liste du PAME assas­siné par les flics tout en se gar­dant d’énoncer les rai­sons de sa mort et de sug­gé­rer au lec­teur que le cou­pa­ble est habillé en noir, jeune et qu’il lance des cock­tails molo­tov. Après servir de bâton de répres­sion de la contes­ta­tion devant le Parlement, il aide gran­de­ment la presse de la classe domi­nante dans son procès contre le mou­ve­ment anti-auto­ri­taire grec.

Classes labo­rieu­ses, clas­ses dan­ge­reu­ses

Une fois de plus, le mou­ve­ment anar­chiste est dépo­li­tisé, arra­ché aux struc­tu­res socia­les et économiques qui lui don­nent sa légi­ti­mité pour finir qua­li­fié de mou­ve­ment vio­lent. De nou­veau, on va légi­ti­mer la vio­lence d’un sys­tème et de ses frac­tions domi­nan­tes sur celle de la juste révolte de celles et ceux d’en bas.

Une fois de plus, celui ou celle qui passe hors de la loi est dis­qua­li­fié-e dans son action. Le même pro­ces­sus d’exclu­sion de la contes­ta­tion, à Athènes comme à Rome en pas­sant par toutes les places rem­plies d’indi­gné-e-s quand celui-ci n’est pas en plus racia­lisé comme cela arrive à chaque mou­ve­ment social dès qu’il y a des voi­tu­res ren­ver­sées et quel­ques maga­sins pillés.

Ce n’est pas la pre­mière fois et ce ne sera pas la der­nière que nous sommes dis­cré­dité-e-s, lancé-e-s en pâture de la sorte par la bour­geoi­sie. Il devient urgent de s’orga­ni­ser et de par­ti­ci­per aux struc­tu­res col­la­bo­ra­ti­ves comme Rebellyon afin de créer cette riposte média­ti­que et de lancer l’offen­sive sur les sujets qui tien­nent à cœur chacun-e d’entre nous pour déve­lop­per cet espace d’expres­sion col­lec­tif.

Qu’on arrête d’accep­ter les fran­ges les plus auto­ri­tai­res du mou­ve­ment révo­lu­tion­naire à nos côtés. Non pas qu’il faut leur décla­rer la guerre car il se pas­sera demain la même chose à Lyon mais les nier dans leur exis­tence et dans leur expres­sion poli­ti­que, si celle-ci existe.

Et défi­ni­ti­ve­ment, qu’on en finisse avec ce sys­tème glo­bal de domi­na­tion, d’exploi­ta­tion et d’oppres­sion par la rup­ture avec ces pra­ti­ques auto­ri­tai­res, avant-gar­dis­tes et étatiques.

Et Mikhaïl de se retour­ner de nou­veau dans sa tombe…

Rebellyon, 25 octobre 2011.

 

Grèce : diverses actions-réponses au parti communiste grec suite à la grève

Les communistes virés de l’université, Thessalonique, 21/10/11

Les communistes du KKE ont été attaqués à l’université de Thessalonique dans deux-trois facultés. Des affiches ont été déchirées, leurs tables fracassées et les personnes ont été chassées en dehors des universités. Des épisodes sans précédent ont eu lieu aujourd’hui aussi à l’Université d’Ioannina, quand un groupe d’étudiants appartenant au mouvement anti-autoritaire a attaqué des membres du MAS et du PAME.

Halandri, Athènes, 20/10/11 : Attaque des bureaux du KKE (parti communiste grec) et des bureaux du PASOK

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Des compagnons du mouvement anarchiste, autonome, anti-autoritaire ont attaqué jeudi soir (20/10), les bureaux du parti communiste de Grèce ainsi que les bureaux du PASOK à Halandri (banlieue nord d’Athènes) avec de la peinture et ont tagué des slogans.

Cette attaque est une petite réponse à ce que nous avons vécu pendant la grève de jeudi.

Incendie volontaire des bureaux du KKE (parti communiste grec) à Thessalonique 21/10/11

Un incendie volontaire a eu lieu aux bureaux du KKE dans les quartiers Charilaou, Toumba et Triandria à 4h du matin.

Adhérents du KKE, on n’est pas en 1998, rien ne reste sans réponse !

Gifles et coups de pieds aux flics du KKE

(… pour ceux qui ne le savent pas, en 1998, dans une manif de l’Université Polytechnique à Athènes, une manif à laquelle le mouvement avait décidé collectivement de ne pas suivre la procédure de marche, mais certains jeunes avaient quand même participé en formant un bloc et chantant des chants anarchistes. Ils furent vite encerclés par les KNAT (jeu de mot avec MAT, la police anti émeute, et KNE, la jeunesse communiste). N’étant pas armés ni préparés ils n’ont pas résisté à l’attaque organisée. Les KNAT et les MAT dans une excellente coopération ont encerclé et frappé les gens ensemble, puis arrêté 100 personnes en même temps.)

Act for Freedom Now, 21 octobre 2011
Traduction et photos : Contra Info.

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Payer un loyer, ça ne va pas de soi

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À quoi correspond le loyer qu’on paye quand on est locataire ? On peut répondre facilement par un calcul rapide. Une maison ou d’un immeuble a un coût de fabrication, qui correspond au prix des matériaux, aux salaires des ouvriers et au profits de leur patron. Cette dernière part est déjà de trop, puisque engraisser un patron ne sert à rien.

Dans un premier temps, le loyer rembourse effectivement ce coût de fabrication. Par exemple, un promoteur immobilier fait construire un immeuble de 20 appartements de 40m², qui lui coûte 1,2 million d’euros. Il les loue ensuite à 500 euros par mois, soit 10’000 euros par mois au total, ou 120’000 euros par an. En 10 ans, il a gagné 1,2 millions d’euros. Va-t-il cesser d’exiger des loyers pour ces appartements ? Pas du tout ! Tout ce qui est versé par les locataires une fois le bâtiment fini de payer, c’est pour sa poche. Bien sûr, en tant que propriétaire, il doit assurer l’entretien, même s’il se fait souvent prier pour faire les travaux, et payer la taxe foncière, qui vont diminuer ses profits. Mais ça ne change pas grand chose à l’affaire : les locataires continuent de payer pour un immeuble déjà amorti.

Quand vous habitez un bâtiment ancien, il a même pu avoir été payé plusieurs fois. Reprenons l’immeuble dont on vient de parler : s’il a été construit en 1970, il a déjà été payé 4 fois ! Et que dire si c’est une maison ancienne en centre-ville, qui peut avoir été bâtie du temps de Napoléon III ou de Louis XIV ! Dans bien des cas, le propriétaire n’a pas déboursé un centime, il a simplement hérité, sans lever le petit doigt, d’une maison qui existait bien avant sa naissance.

On a donc répondu à la question : le loyer correspond, pour l’essentiel, au droit de propriété, c’est-à-dire en réalité au droit accordé au propriétaire d’extorquer de l’argent pour quelque chose qui ne lui coûte rien. La partie qui correspond au travail des ouvriers et aux matériaux — eux-mêmes produits par des ouvriers, ou les travaux d’entretien, correspondent au moins à quelque chose de tangible, à un travail effectué. Mais le reste, c’est du vol pur et simple, avec l’aval de la Loi et de l’État. Et ce n’est pas un petit larcin : les banques considèrent comme « normal » de payer un tiers de son salaire pour le loyer. Ce qui veut dire que pour bien des gens, cette proportion est plus élevée.

Autrement dit, dans la société capitaliste, en France, il est considéré comme « normal » de payer un tiers de son salaire, une heure de travail sur trois, pour le droit fondamental d’avoir un logement ! Un tiers de son salaire extorqués par le proprio ! Voilà pourquoi le loyer n’est pas une chose légitime, voilà pourquoi combattre pour le droit au logement, c’est critiquer l’existence même du loyer. Revendiquer, avec les communistes, le gel des loyers, c’est faire un premier pas dans cette direction, alors que les travailleurs et les travailleuses, les chômeurs et les chômeuses, n’en peuvent plus face à la vie chère.

Nicolas Dessaux

Communisme-Ouvrier n° 13, octobre 2011.

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[Grèce] Les Robins des bois de l’électricité

 

À Veria, dans le nord de la Grèce, un collectif de militants rétablit le courant à ceux qui n’ont plus les moyens de payer l’électricité. “On redonne un peu de dignité aux gens”, disent-ils.

“Dans ce pays, à côté de l’obligation de payer pour les frasques des ma­gouilleurs, nous avons aussi des droits”, revendique Nikos Alanogoulou, un militant de la ville de Veria. “À commencer par celui de conserver notre dignité.” Nikos et ses camarades se sont regroupés dans un collectif qu’ils ont baptisé tout simplement “Les citoyens de Veria”. Leur spécialité ? Rétablir le courant dans des foyers dont les occupants n’ont plus les moyens de payer leurs factures d’électricité [près de 1 million de Grecs ne paient plus]. À Veria, ils sont nombreux à vivre au-dessous du seuil de pauvreté. Et c’est très souvent chez eux que le collectif intervient. Aujourd’hui, ils sont en train de reconnecter les câbles au domicile d’une mère célibataire. Elle est au chômage et doit également s’occuper de son vieux père. Bénéficiant de complicités au sein de la compagnie nationale d’électricité (DEI), le groupe d’activistes rétablit le courant en laissant un autocollant signant leur passage : “Les citoyens de Veria – solidarité populaire – Nous rétablissons le courant”. Leur volonté est avant tout de créer un élan de solidarité citoyenne. “Nous ne ­voulons pas vivre dans une jungle humaine, comme nos dirigeants le souhaiteraient”, explique l’un d’entre eux. Le groupe de Veria lance ainsi un appel à la population du pays : “Nous aimerions que d’autres personnes agissent de la même manière. Et pas seulement en ce qui concerne l’électricité…”

Les menaces de sanctions ne semblent pas les effrayer. “Ce ne serait pas la première fois pour moi, explique Nikos. J’ai déjà été poursuivi des dizaines de fois pour mon engagement citoyen. Si je suis condamné pour avoir remis le courant à des pauvres, ce sera un honneur pour moi et les membres de mon groupe.”

Des militants écologistes de Veria participent aussi à l’opération “reconnexion”. Ils ont à leur palmarès des dizaines d’actions concernant la protection de l’environnement. Ils ont même été jusqu’à déposer des poissons morts de la rivière Aliakmona sur le bureau du préfet de l’Imathie [dont le chef-lieu est Veria]. Ils protestaient alors contre la pollution du cours d’eau. Mais pour les verts de Veria, aujourd’hui, cette action est différente. “Nous ne remettons par le courant chez des potes, mais chez des compatriotes qui en ont vraiment besoin. Et nous le faisons avec l’aide d’une partie du personnel de la DEI”, disent-ils. Pour ces activistes, le courant est un bien social. “C’est criminel de couper la lumière à ses compatriotes. D’abord, nos dirigeants nous poussent au chômage, puis à la pauvreté, et maintenant on nous oblige à vivre dans le noir. Ne peuvent-ils pas comprendre que si nous ne payons pas c’est parce qu’on n’a plus un sou ?” s’emporte une militante. Avant d’ajouter : “Est-ce que ceux qui, à l’Assemblée nationale, votent chaque jour une nouvelle mesure d’austérité ont la moindre idée de ce qui peut conduire quelqu’un à ne plus payer son électricité ?”

Elle raconte une scène qui s’est déroulée au domicile d’un chômeur auquel la DEI avait coupé le courant. Elle n’arrive pas à oublier son air incrédule lorsque les “citoyens de Veria” ont sonné à sa porte pour lui dire que c’était fini, que l’électricité était rétablie. “Cet homme vit dans un pays qui non seulement ne l’aide pas, mais qui en plus le jette à la mer en lui disant : vas-y, nage, maintenant. Et s’il s’accroche à sa barque, ils prennent les rames et lui brisent les mains. Alors nous disons : ça suffit !”

La conscience collective et la solidarité sont peut-être les seuls moyens d’aider les gens confrontés à une politique d’austérité destinée à les anéantir. À chaque fois que des groupes de citoyens décidés à re­prendre leur destin en main apparaissent sur le devant de la scène, de nouveaux espoirs naissent. Ces Grecs veulent briser le carcan de la peur et de l’isolement. La version néolibérale de la société nous réserve bien des humiliations, mais il suffit de se réveiller pour ne pas les subir.

Leur presse (Dina Karatziou, Eleftherotypia / Courrier international), 20 octobre 2011.

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Vincennes, le 22 octobre 2011

Témoignage téléphonique du 22 octobre 2011 depuis le centre de rétention de Vincennes, bâtiment 2

« À l’intérieur, chaque jour, ils mangent le métal. Il y a un Égyptien qui a mangé du métal trois fois. Quant à moi, un policier m’a frappé aux jambes. Il y a trois jours, j’ai déjà appelé le Samu, j’ai appelé les pompiers. Ils sont venus là, mais la police ne les a pas laissé rentrer. Chaque jour, je souffre. Je ne marche pas à pieds, je marche à genoux. Ils m’ont frappé parce qu’il y a eu une bagarre entre des blacks. Moi je suis passé au moment de manger, le temps du réfectoire. Je suis passé au moment où la police est venue. Ils étaient en train de se bagarrer. Il m’a donné un coup de genou sur le dos, je te jure. La vie de ma mère, le matin je peux pas me lever seul. Il faut que quelqu’un m’aide pour que je me lève. Je suis parti voir le docteur, là-bas des fois il y a un docteur. C’est eux qui disent que c’est un docteur, mais je pense pas que c’est un docteur. Il me donne un antidouleur, des cachets antidouleur. Lorsque je le prends, je suis bon, je suis bien. Le matin, lorsque ça finit, je peux même pas bouger de ma place. Je te jure, même pas bouger de ma place.

Ça, c’est mon cas. Il y a plein, franchement plein de catastrophes. Des catastrophes. C’est Guantanamo. Presque. Presque, pas à 100 %. L’ASSFAM, elle est là-bas, elle voit tous ceux qu’elle veut. Par liste. Elle a la liste. Tu parles pas, c’est-à-dire tu es gentil lorsque tu dis quelque chose, tu peux rentrer. Tu es un mec qui parle, c’est-à-dire qui dit non, tu rentres jamais à l’ASSFAM. Je sais pas, franchement je pense qu’ils sont avec la police.

Moi j’ai été arrêté à Pigalle. J’habite en Suisse, je suis résident en Suisse. J’étais à Pigalle avec mes potes, nous étions dans un bar. Je suis sorti, j’ai fait pipi près d’une belle voiture. Hop, une C4 s’arrête près de nous, ils m’embarquent, ils m’ont pris. Ils m’ont dit “Tu as pissé sur la voiture, c’est pas bien, tu es Algérien t’as pas le droit d’être ici en France”. J’ai mes papiers là, ils m’ont dit qu’ils me ramènent en Suisse. Ils m’ont dit “On cherche le ticket le moins cher pour vous renvoyer en Suisse”. Ça fait maintenant 23 jours, ils ont pas trouvé le moins cher. Paris-Genève, chaque jour, 5 vols. Ils ont pas trouvé de vol. Par exemple, tu viens d’Irak, ils te trouvent en Tunisie, automatiquement ils te renvoient en Irak. Si t’as fait l’asile en Suisse, s’ils te trouvent en France, automatiquement ils vont te renvoyer en Suisse. Et la Suisse, c’est eux qui s’occupent de toi, eux qui vont te renvoyer chez toi.

Je tiens à dire d’autres choses. Que des catastrophes, dedans. Catastrophes. Surtout pour les gens qu’ont pas de connaissances ici. Moi j’ai ma femme en Suisse, elle m’envoie l’argent, j’ai quelqu’un ici qui me ramène l’argent. Mais y en a, des gens, qui vivent la merde. Manger, tout ça, c’est pas halal. L’après-midi on prend un yaourt et un morceau de pain. À midi, rien. Parce que c’est pas halal. Ils savent ça, et ils le font exprès.

Tu sais, moi, hier… J’ai pleuré. La vie de ma mère, hier matin, devant la porte, je pleure. Tellement j’ai eu de souffrance. Tout le monde dit qu’il faut attendre le docteur. De 8h du matin, j’ai attendu jusqu’à 11h30. 11H30, je te jure, j’ai vécu la mort. Il m’a augmenté les antidouleurs. Au lieu de deux, il m’en donne quatre. Il m’a dit “Je peux rien faire pour toi, il faut sortir, il faut vous soigner dehors”. Il m’a dit “Il vous reste pas beaucoup de temps ici, tu peux te soigner en Suisse ou quand tu sors, ici”.

Moi je suis toujours près de la cabine. S’il y en a une qui sonne, je réponds. »

(« Au fond près du radiateur », tous les mardi de 19h à 20h30, sur Fréquence Paris Plurielle, 106.3 FM, sur Paris et la proche banlieue.)

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TGV Lyon-Turin : des milliers de manifestants dans le Val de Suse en Italie

 

Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dimanche dans le Val de Suse (Italie) pour protester contre la construction de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin, sous une stricte et forte surveillance policière par crainte de débordements.

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À la tête du cortège, se trouvaient des femmes qui ont réussi à tailler des grillages protégeant le chantier du tunnel, près de la localité de Giaglione. Elles ont pénétré dans cette zone interdite, une par une, sous le regard des policiers qui les ont laissé faire.

Après que des militants anarchistes et du mouvement violent des Black Blocs avaient menacé de se joindre aux manifestants, 1.700 policiers et carabiniers étaient mobilisés dimanche.

« La manifestation est déterminée mais pacifique », a assuré un des organisateurs en annonçant la présence de 20.000 manifestants. Selon la police locale, ils ne seraient pas plus de 700.

« Les premières files vont couper les grillages puis immédiatement faire demi-tour devant les policiers et partir. Nous ne voulons pas voir de casques, de masques à gaz ni d’instruments contondants », a-t-il ajouté.

Tôt dimanche, la police a stoppé sept jeunes équipés de casques et masques à gaz, qui ont été placés en détention. Cinq autres ont été éloignés de la manifestation avant son démarrage, pour être interrogés.

Scandant des slogans « No Tav » (pas de TGV) et brandissant des banderoles, les manifestants, une fois les premiers grillages passés, ont essayé de s’approcher davantage du chantier sans y parvenir et se sont disséminés dans un bois avoisinant pour trouver une autre voie d’accès.

En début d’après-midi et contrairement aux deux précédentes manifestations anti-TGV, aucun incident n’avait été signalé.

Les précédents cortèges avaient été infiltrés, selon les autorités, par des éléments anarchistes et des Black Blocs, qui le week-end dernier ont provoqué les pires violences des dernières années à Rome lors d’une manifestation à l’appel du mouvement des Indignés. Bilan: 135 blessés dont une centaine de policiers et des dégâts matériels supérieurs à 2 millions d’euros.

Sur son site internet, la Fédération anarchiste de Turin a annoncé sa venue dimanche, disant « n’avoir pas peur de la violence de la police, ni de la persécution des médias ».

Samedi, la police a arrêté un jeune homme de 23 ans qui comptait aller à Turin. Il est soupçonné de tentative de meurtre pour avoir été l’un des manifestants qui ont agressé des carabiniers et incendié leur camionnette à Rome samedi dernier.

La France et l’Italie ont signé en 2001 un accord pour la construction de la ligne Lyon-Turin pour 15 milliards d’euros. Jugée stratégique pour le réseau européen et subventionnée par l’UE, elle raccourcira le trajet entre Paris et Milan à 4 heures contre 7 actuellement.

Leur presse (Agence Faut Payer), 23 octobre 2011.

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme | Marqué avec , | Commentaires fermés sur TGV Lyon-Turin : des milliers de manifestants dans le Val de Suse en Italie

De nouvelles mesures pour nous pourrir la vie

L’obligation de travailler pour des miettes

Le rapport Daubresse [Mission présidentielle sur l’amélioration du RSA et le renforcement de son volet insertion, remis au président en août 2011] organise la mise au travail forcé des RSAstes à raison de 7 heures par semaine, sous peine de radiation. Ce nouveau contrat nous oblige à accepter n’importe quel boulot payé des miettes, pour 130EUR en plus du RSA par mois, équivalant à bosser pour 4,6EUR de l’heure. Cela nous met en concurrence avec les salariés : quel intérêt pour un patron d’embaucher aux conditions d’exploitation habituelles alors qu’on lui sert sur un plateau une main-d’œuvre quasi gratuite et cofinancée à 88 % par l’État ?

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1319204388.pngLutte contre la fraude

Le second volet de ce rapport consiste au renforcement de la « lutte contre la fraude ». Très en vogue en ce moment, elle désigne à la vindicte les soi-disant profiteurs, responsables de la dette publique [La fraude aux prestations sociales, en France, est estimée entre 2 à 3 milliards d’euros. La fraude patronale est estimé à 18 milliards d’euros. Le « fond européen de stabilisation économique », en gros l’aide financière accordé aux banques en est à environ 440 milliards d’euros…]. Tous les allocataires devront avoir une carte électronique qui regroupera les données sur leurs aides sociales. De plus, le Répertoire national commun de la protection sociale (RNCPS) recoupe les informations de différents services (CAF, CPAM, MSA, Trésor public, opérateurs téléphoniques, banques, EDF, commerçants, etc.) au prétexte de détecter plus facilement les incohérences et omissions dans les déclarations, et de cibler les fraudeurs potentiels. Toucher des « trop perçus » en connaissance de cause ou sans s’en rendre compte ne permet de toute façon pas de remplir le frigo à la fin du mois. La lutte contre la fraude permet surtout de renforcer le flicage, d’augmenter le nombre de radiations, et accessoirement de réaliser quelques économies toujours sur le dos des mêmes…

Les équipes pluridisciplinaires

Dans le même esprit, le conseil général du Gard, département pilote, teste une nouvelle mesure : des bénéficiaires du RSA vont participer à des « équipes pluri-disciplinaires ». Dans une ambiance décontractée, chacun pourra « prendre des responsabilités, comme les professionnels ». En fait, il s’agit de « réduire, suspendre et réorienter » les allocations des autres. Ceux qui accepteront de mettre les autres dans la merde le feront « anonymement et en toute confidentialité ». Ils devront radier leurs voisins, leur entourage, et pourquoi pas « étudier » leur propre dossier ! L’intégration des allocataires aux mesures répressives vise à rendre les radiations acceptables. Dans une ville ou nous sommes plus de 30 % à être sans emploi, le Conseil général compte bien attiser, en nous montant les uns contre les autres, la guerre de tous contre tous.

Le monde entier est en pleine restructuration économique et sociale, qui nous oblige à toujours plus de sacrifices, de serrage de ceinture ; qui exige de tout un chacun de se mobiliser pour contribuer au « sauvetage de l’économie ». Pour réaliser toujours plus de bénéfices, il faut réduire le coût de la main-d’œuvre. Cela passe notamment par la remise en cause généralisée, dans les pays où ils existent, des minimas sociaux, allocations, retraites, sécurité sociale, etc., que l’on appelle le « salaire indirect ». Elle permet de réaliser des économies sur le dos des travailleurs et de tous les pauvres. Et indirectement elle développe un travail toujours moins bien rémunéré, tirant vers le bas l’ensemble des conditions de travail.

Ne nous laissons pas faire. Refusons les restrictions, les radiations, empêchons la mise en place des équipes pluridisciplinaires. Agir collectivement permet d’être plus fort face aux administrations, aux propriétaires, aux huissiers, aux patrons…

Sur Alès, il existe aussi un collectif qui s’organise dans ce sens, n’hésitez pas à venir nous rencontrer et en discuter !

Le collectif Exploités-Énervés se réunira le jeudi 10 novembre, à partir de 18h30, au « Café des Fleurs, bar-brocante », en face de la gare d’Alès, vous y êtes les bienvenus.

Ensuite, permanence tous les 2es vendredi du mois.

Infos Anti-autoritaires en Cévennes à l’Assaut des Montagnes !, 20 octobre 2011.

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Dernières nouvelles d’Égypte

Égypte, état des lieux

5 octobre 2011

La révolution égyptienne passe par une phase cruciale et dramatique à l’heure actuelle.

Le Suprême conseil des forces armées reproduit de plus en plus la politique poursuivie sous le règne de Moubarak : le maintien voire la prorogation de l’état d’urgence ; l’intimidation des opposants ; l’exacerbation des troubles confessionnels ; la manipulation des médias et la prise de décision arbitraire qui ne tient pas compte des revendications populaires ni de celles de l’ensemble des partis politiques. À ceci s’ajoutent de nouvelles exactions telles que : la traduction des civils devant les tribunaux militaires et leur jugement immédiat (14.000 selon les organisations de droit de l’homme depuis le 18 février) ; l’incrimination des protestations, manifestations et  des grèves qui portent atteinte à la bonne marche de la production.

Suite à la manifestation du vendredi 23 septembre baptisée le vendredi de la récupération de la révolution, qui a réuni des milliers de manifestants dans 10 gouvernorats de l’Égypte en l’absence des Frères musulmans, le SCFA a organisé une réunion avec 13 partis pour essayer de contenir la situation mais sans répondre sérieusement aux revendications de la révolution.

Le choix des partis convoqués, révèle la mauvaise foi du SCFA, une majorité de petits partis sans aucune base réelle, des partis fondés par des ex-PND au moment où une des revendications premières est d’interdire à ces anciens députés tout exercice politique pendant cinq à dix ans, en plus du parti de la justice et de la liberté des Frères musulmans, le parti El Nour (salafiste), les partis Wafd, El Gabha et les Égyptiens libres (libéraux), le nassérien, le social-démocrate et El Adl (centre gauche).

Ces partis ont signé une charte proposée par le SCFA qui ne concédait en rien sur l’essentiel, mais promettait de lever l’état d’urgence, et allongeait la période transitoire, de six mois initialement et qui va durer jusqu’à fin 2012, voire 2013, la date des élections présidentielles n’étant pas encore précisée.

L’absence de coordination entre les partis, et leur empressement pour exister au futur parlement au détriment de la révolution, a provoqué  de violentes critiques des militants de base, ce qui s’est traduit par des schismes et des défections dans plusieurs régions. Certains partis ont retiré leur signature, comme El Adl, El Gabha et le nassérien. Ce qui est surprennent c’est que tous ces partis qui ont signé indépendamment ont formé, il y a juste un mois une coalition, qui s’est rapidement transformée en forum de débat virtuel mais sans consistance réelle.

Dans deux communiqués, l’association nationale pour le changement de Baradei et le mouvement Kéfaya ont dénoncé les tergiversations du SFCA ainsi que l’attitude des  partis qui se contentent de miettes pour des raisons purement électorales et rejeté la charte en bloc et appelle à une manifestation vendredi prochain. Ils ont été suivis par la coalitions des jeunes de la révolution de janvier, le parti de Eetelaf El Chaabi, seul parti de gauche reconnu.

Simultanément cinq des six présidentiables se sont réunis pour réagir contre cette charte qu’ils ont unanimement rejeté. M. Baradei n’a pas assisté à cette  réunion, arc-bouté sur une position que ne partage personne, hélas, celle de la constitution d’abord.

Tout ceci se passe sur fond de contestations sociales, la grève des transports publics (suspendue le 4 octobre après une satisfaction partielle des revendications) et la grève dans les universités pour réclamer la démission des présidents et des doyens nommés par l’ancien régime.

Sur fond aussi du retour des troubles confessionnels : démolition d’une église par les salafistes dans un village (Marinab) au sud de l’Égypte sous prétexte de l’absence de permis, agression  contre une autre église à Sohag, toujours au sud. Des manifestations ont été organisées au Caire et Assouan réclamant la constitution d’un comité d’enquête, la traduction des saboteurs devant la justice et la démission du gouverneur d’Assouan qui laissa faire et couvre les auteurs du crime.

Concernant les élections législatives, elles sont prévues pour le 28 novembre, avec maintenant, deux tiers pour les listes proportionnelles et un tiers pour les indépendants.

 

Dernières nouvelles du Caire

10 octobre 2011 – 22h

Des manifestations ont éclaté aujourd’hui dans plusieurs gouvernorats d’Égypte notamment à Menya, Assouan et Alexandrie contre la destruction de l’église de Marinab, un village près d’Edfou et réclamant la démission du gouverneur d’Assouan qui répondit des mensonges et prit position en faveur des vandales salafistes. À Assouan, des chrétiens et des musulmans  ont organisé depuis plusieurs jours un sit in devant le gouvernorat pour protester contre le laxisme des autorités vis-à-vis des coupables et le maintien du gouverneur dans ses fonctions. Au Caire, une manifestation est partie de la banlieue de Choubrah à 15 heures vers la télévision, pour les mêmes raisons ; elle réunissait femmes et enfants, voilées et cheveux dans l’air, chrétiens et musulmans, elle a été férocement réprimée par l’armée, tirs à balles réelles, poursuite des manifestants par les tanks de l’armée, violents accrochages entre des éléments armés qui ont tiré sur l’armée, bilan : deux militaires tués et 30 blessés et de nombreux morts et blessés parmi les manifestants.

Les médias locaux imputent la responsabilité aux chrétiens qui ont tiré sur l’armée, et est en train de monter les musulmans contre les chrétiens, les salafistes jusque là totalement impunis sont en train de mettre l’huile sur le feu en prétendant que les chrétiens ont brûlé le Coran, la situation est d’une extrême gravité, et le SCFA, qui depuis les événements de l’église de Sol dans la banlieue de Hélouan  a toujours poursuivi une politique de deux poids, deux mesures en se rangeant du côté des agresseurs joue un rôle de diviseur de la nation.

L’Égypte est en danger de guerre civile, c’est le plus grave accident confessionnel qu’elle ait connu de son histoire moderne, vous êtes invités à réagir en dénonçant la persécution des chrétiens égyptiens, la manipulation des médias, et le complot de division des Égyptiens qui ressemble fort à celui qui fut fomenté par les Anglais en 1919, mais contre lequel tous les Égyptiens se sont soulevés, mais à l’époque les forces obscurantistes n’étaient pas alliées avec l’armée.

Minuit

23 morts dans les événements d’aujourd’hui, dont beaucoup ont le visage et le corps écrasés par les tanks de l’armée, plus de 200 blessés, et les nervis de l’État, ont attaqué l’hôpital El Kebti à la rue Ramsès à la chasse au chrétien (informations recueillies auprès d’un médecin proche de la famille qui a répondu à un appel de secours).

Le couvre-feu vient d’être instauré à l’est du Caire, des accrochages entre chrétiens et musulmans ont été rapportés à Zawya el hamra et Hadayek el Qobba. Selon des informations non confirmées, des salafistes se dirigent à la place Tahrir, brandissant des slogans; Islamya, Islamya.

La confrontation avec le SCFA est devenue inévitable.

 

14 octobre 2011 – 2h

Je suis parti ce soir au sit in avec des cierges et vêtements de deuil à la manif de la place Talaat Harb [Place centrale du Caire moderne, à quelques pas de Tahrir] ; j’ai cru un moment, car arrivée un peu tôt, qu’on revenait à la case départ, un petit rassemblement de quelques dizaines devant la librairie Madbouli, mais petit à petit la place s’est remplie, et c’était superbe, demain nous allons faire une marche de la mosquée de l’Azhar [Principale mosquée dans la vieille ville / université islamique] à la Cathédrale [Place Abbassiah, au nord-est, strict opposé d’el Azhar]. J’ai cru, un moment que la peur de laquelle on s’était séparée s’est de nouveau réinstallée, il n’en est rien, la lutte continue, grâce à cette formidable jeunesse.

Dans sa triste et ignoble conférence de presse, le SCFA [Conseil suprême des forces armées], a davantage attisé les troubles confessionnels, en déclarant qu’il y avait 6000 coptes armés de bonbonnes de gaz et d’armes venus attaquer 300 pauvres militaires désarmés. C’est inimaginables, et une majorité croit cette version, mais lorsque la répression s’abattra sur tout le monde et ça viendra, ils vont se réveiller ; je vis encore des moments historiques ; j’ai de la chance.

Mailings.

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Sur le rôle des « hooligans » égyptiens dans la révolte

Égypte : génération ultras

Entre deux gorgées de bière, Mohammed Gamal passe une main dans sa crinière gominée sous les regards amusés des clientes du bistrot. « Je me présenterais bien aux législatives en indépendant… Mon seul problème, c’est les femmes : elles m’adorent et ça se sait. En Égypte, ça craint », lance-t-il, dans un éclat de rire tonitruant. Avec un art consommé de la dérision, il agite ses bras musclés en signe d’impuissance, fidèle à sa réputation de blagueur. Mais pour ses admirateurs, il a bel et bien les moyens de ses ambitions, y compris pour les législatives, dont le premier tour aura lieu le 28 novembre.

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Des supporteurs du club d'Al Ahly protestent devant le ministère de l'intérieur après des heurts avec la police lors d'un match, le 9 septembre 2011

 

Pourtant, Mohammed Gamal n’est ni une star, ni un homme politique, ni un idéologue, ni même un révolutionnaire. C’est un héros d’un genre particulier : il se présente comme un « ultra », ce courant de supporteurs de football qui s’est développé en Europe et en Amérique latine depuis les années 1970 avant d’aborder les rivages nord-africains au début des années 2000. Entretenant une dévotion exacerbée pour leur club favori, les ultras se distinguent par leur critique du « football télévisé et marchandisé » et par leur hostilité vis-à-vis de la police, leurs démonstrations d’enthousiasme s’accommodant mal des restrictions imposées par les forces de l’ordre. Mais en Égypte, leur culture critique et rebelle a pris un sens particulier dans le contexte social et politique de la fin de règne d’Hosni Moubarak.

Les premiers groupes ultras y sont apparus en 2005. Mohammed Gamal a été le fondateur, en 2007, de l’un des plus célèbres d’entre eux : les White Knights, supporteurs du Zamalek SC. Face à des structures sportives patriarcales et autoritaires, acoquinées avec les « patrons » du Parti national démocratique (PND) d’Hosni Moubarak, les ultras égyptiens revendiquent leur indépendance en critiquant le management des clubs et des fan-clubs. Ils deviennent vite la bête noire des médias sportifs, qui les décrivent comme des voyous communistes, des athées, des drogués et, à l’occasion, comme des « déviants sexuels ».

Ce mouvement, qui se développe d’abord sur Internet, prend rapidement une ampleur inédite qui inquiète les services du raïs. Dans un régime où les organisations sont interdites, les ultras se révèlent en effet capables de rassembler, autour d’un noyau dur de « parrains », des milliers de membres d’une vingtaine d’années qui se réunissent régulièrement, disposent de forums Internet et d’un budget autonome (financé par les fans) qui leur permet de monter de coûteuses chorégraphies à base de supports visuels. Pour se protéger, ils refusent le contact avec les médias, utilisent des noms d’emprunt (Mohammed Gamal est connu sous le sobriquet de Jimmy Hood), développent une culture du secret et des structures légères et relativement démocratiques, fondées sur des cercles de décision. Ils sont alors, après les Frères musulmans, les groupes les mieux organisés pour échapper à la tutelle du PND.

Surtout, les ultras n’hésitent pas à se rebeller violemment contre les humiliations et la brutalité de la police. Dès 2007, ils entrent en confrontation ouverte avec le ministère de l’intérieur. Les affrontements se multiplient dans les stades, mais surtout dans les rues à l’occasion de véritables batailles rangées. « Les ultras ont été le premier groupe en Égypte à réagir à la violence et à l’oppression du ministère de l’intérieur par la violence », commente Ashraf El-Sherif, politologue et maître de conférences à l’Université américaine du Caire.

La police commence à arrêter les leaders chez eux avant les matches et les fait comparaître devant des tribunaux militaires, poussant certains membres vers le hooliganisme. « J’ai été arrêté seize fois depuis 2005, parfois jusqu’à treize jours, affirme Mohammed Gamal, hilare, alors qu’il dit avoir eu le tympan éclaté et la mâchoire brisée. Mais la première fois, c’était même pas dans un stade, j’étais en vacances avec des amis à Dahab sur la mer Rouge, en 2001. J’avais à peine 20 ans. Ils m’ont arrêté avec vingt-cinq types qui n’avaient rien fait. Les flics, c’est ma passion, je les hais à en mourir. »

Au cours de ces affrontements, les ultras développent des techniques de combat de rue dont l’efficacité éclatera au grand jour sur la place Tahrir lors de la révolution. Les Égyptiens découvriront alors qu’ils sont les seuls à savoir mener des batailles rangées contre les forces de l’ordre. Au soir du 25 janvier, premier jour de la contestation, ils sont sur la place sans qu’aucune consigne officielle ait été donnée aux groupes par les « parrains ».

On les retrouve ensuite en première ligne sur tous les fronts : habitués aux gaz lacrymogènes, aux balles en caoutchouc et à franchir les murs du stade, ils savent renvoyer une grenade, sauter sur un camion de police, escalader les lampadaires et jouent un rôle logistique décisif dans les victoires remportées par les révolutionnaires. Créatifs, ils donnent aussi à la révolution ses slogans et ses rythmes emblématiques, typiques du répertoire des supporteurs. « À Tahrir, on s’est souvent cru au stade, surtout quand Moubarak a annoncé sa démission », se souvient avec émotion Ashraf El-Sherif.

Cet héroïsme leur a valu une reconnaissance certaine parmi les activistes et l’admiration d’une grande partie de la jeunesse égyptienne. Mélange de fraternité romantique et d’individualisme forcené, leur style de vie provocant et déjanté impressionne une génération aux prises avec des carcans sociaux et religieux pesants. Leurs mots d’ordre et leurs emblèmes sont devenus les symboles d’une jeunesse qui a soif de rébellion. L’acronyme ACAB pour « All Cops Are Bastards » (« Tous les flics sont des bâtards ») parsème aujourd’hui les rues du Caire aux côtés de tags désormais célèbres — comme celui de l’homme masqué qui fait un doigt d’honneur ou qui casse une télévision. Leur art de l’insulte fait les délices des activistes, et leurs chansons sont désormais une part incontournable d’une culture underground en plein essor fondée sur l’expression de soi, l’individualisme et le plaisir.

Mais les ultras provoquent aussi l’intérêt des partis politiques. À cause de leur nombre d’abord. Les Ahlawy, les White Knights et les Blue Dragons (les trois groupes actuels les plus importants) réunissent aujourd’hui près de 20’000 membres actifs et sont susceptibles de mobiliser plus de 50’000 personnes. « Les ultras White Knights peuvent à eux seuls faire descendre 25’000 personnes prêtes à combattre dans la rue en quelques minutes », assure Mohammed Gamal.

Pourtant, les ultras résistent aux appels du pied des partis et refusent de se positionner sur l’échiquier politique, cultivant un anarchisme farouche qui les fait se gausser des révolutionnaires eux-mêmes : « Sur la place Tahrir, tous les activistes nous ont poussés à mettre les Frères musulmans dehors, mais nous, on ne rentre pas dans ce jeu-là, déclare un jeune initié croisé place Tahrir. Les politiques nous appellent en permanence pour les manifestations. Mais on n’est pas les marionnettes des gens contre le système. De toute façon, on a fait cette révolution contre la police, c’est tout, pas pour les gens. Personne ne nous défendait avant, tout le monde nous prenait pour des racailles. Nos fans de la troisième heure, qu’ils aillent se faire voir. »

De fait, les ultras refusent jusqu’à présent d’imposer à leurs groupes des mots d’ordre politiques, soucieux de préserver leur grande diversité sociale qui les fait rassembler riches et pauvres, laïcs et islamistes, gauchistes, salafistes, libéraux et Frères musulmans, toutes différences dissoutes dans l’amour d’une même équipe. Cette retenue en déçoit certains : « L’angoisse provoquée par les ultras reflète un conflit de fond au sein de la société égyptienne entre deux rythmes de vie, l’un mou au point de ne pas se rendre compte de sa sclérose et l’autre enthousiaste, tumultueux et anarchique au point de ne pas aller jusqu’au bout de ses capacités révolutionnaires », regrette Ashraf El-Sherif.

Pourtant, les ultras sont devenus depuis la révolution les critiques les plus virulents du ministère de l’intérieur et du Conseil militaire. Ils entretiennent à tout prix la révolte contre la police, refusant de faire la paix et participant en masse aux manifestations contre le Conseil supérieur des forces armées. Tous les matches sont désormais des occasions privilégiées de ridiculiser les policiers en leur rappelant leur défaite du 28 janvier — dépassée, la police avait été remplacée dans les rues par l’armée — par des chants déjà cultes : « Corbeau stupide/T’étais nul en classe/T’as eu 10 sur 20 en payant un pot-de-vin/Mais t’as quand même pu t’offrir les meilleures facs/Pourquoi tu niches dans ma vie ?/Juste pour me la pourrir/On n’oublie pas Tahrir, fils de pute. »

Pour Amr Abderrahmane, membre de l’Alliance populaire socialiste, ce positionnement à part est l’aspect le plus « inspirant » des ultras : « Cette génération née sous Moubarak et avec Internet a été capable de créer une nouvelle identité anti-classe moyenne et de provoquer la moralité ambiante. Ils sont une face de la révolution que tout le monde voudrait oublier : celle de la rage, de la colère. Pas la face proprette à fleurs du jeune poli : la face anti-sociale, anti-famille, anti-institution, anti-morale. Ils utilisent le stade pour promouvoir cette nouvelle identité. »

Athlétiques, théâtraux, rapides, à demi dénudés, les ultras continuent à crier leur haine de la police et des militaires dans les manifestations en enchaînant leurs chorégraphies fétiches sous l’œil réprobateur des salafistes et des mères de famille. « Il n’y a pas de virginité de la place Tahrir, commente Mohammed Gamal, laconique. Je me mets à poil si je veux. »

Leur presse (Claire Talon, Le Monde), 18 octobre 2011.

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Grèce : les staliniens collaborent, les flics assassinent

 

En Grèce, la deuxième journée a viré en bataille ouverte entre les staliniens et les anti-autoritaires. Après que le service d’ordre stalinien a attaqué des anarchistes voulant accéder au parlement et qu’il a même rendu certains à la police, ceux-ci ont riposté par des pavés et des cocktails molotov lancés en direction des rangs du syndicat stalinien PAME. Le syndicaliste Dimitris Kotsaridis âgé de 53 ans est mort dans les affrontements, mais non pas à cause d’un pavé, comme cela a été et est toujours dit par de nombreux médias bourgeois, mais à causé d’une crise cardiaque probablement due à l’emploi massif de gaz lacrymogène de la part de la police.

Déjà hier, la grève a mobilisé des centaines de milliers de personnes dans toute la Grèce. Rien qu’à Athènes, entre 200’000 et 500’000 personnes étaient dans la rue. À la place Syntagma devant le parlement et dans les rues autour, les flics ont dû subir des attaques massives : pavés, cocktails molotovs, coups à l’aide de mobilier urbain divers (vidéos : 1 / 2). Vers la fin de l’après-midi, les flics ont finalement réussi à évacuer la place Syntagma, 25 d’entre eux ont été hospitalisés à Athènes. Il y a également eu de nombreux blessés dans les rangs des manifestants, ainsi que 28 personnes en détention provisoire et 5 arrêtées.

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Étant donné que hier, les flics ont failli perdre le contrôle à la place Syntagma, ils ont aujourd’hui été soutenu par leurs chiens de garde staliniens, le service d’ordre du PAME. Celui-ci a activement empêché les insurgés d’accéder à la place Syntagma en les frappant et en les rendant à la police. Cette collaboration ouverte a enragé les anti-autoritaires et ils ont violemment attaqué la foule de syndicalistes sur la place Syntagma. Après leur départ, se livrent des batailles avec la police qui perdurent encore.

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Les médias du pouvoir racontent l’histoire bien évidemment un peu autrement. Soit ils n’ont pas rectifié le mensonge que le mort aurait succombé à ses blessures de tête dues à un pavé, soit ils ne rapportent pas l’information qu’il est devenu victime d’une guerre civile chimique. En outre, ils parlent des « autonomes complètement fous » ayant attaqué des « manifestants pacifiques » sans aucune raison. C’est probablement ce qui sera écrit dans tous les journaux demain. Les députés à l’intérieur du parlement assiégés sont en même temps actuellement en train de voter de nouvelles mesures d’austérité.

Affaire à suivre…

en français

… en anglais 1 / 2

Le Réveil, 20 octobre 2011.

 

Grèce : La vie reprend son cours à Athènes toujours perturbée par des grèves

Après deux jours de grève générale en Grèce et de manifestations émaillées de violents incidents qui se sont soldés par la mort d’un syndicaliste communiste, la vie reprenait son cours vendredi dans la capitale qui restait perturbée par des mouvements catégoriels de grève.

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Après le vote jeudi soir au parlement d’une loi très contestée qui impose une nouvelle cure d’austérité aux Grecs, le centre de la capitale, dévasté par deux jours d’impressionnantes manifestations au cours desquelles de jeunes fauteurs de trouble ont systématiquement saccagé trottoirs, piliers en marbre, façades de banques et cabines de téléphone, a été nettoyé pendant la nuit et la circulation a repris quasi normalement.

Les taxis jaunes, qui ont pris part au mouvement et refusent la libéralisation de leur secteur imposée par les créanciers du pays comme les lois d’austérité, étaient de retour place Syntagma, en face du parlement, où les stigmates des destructions étaient toutefois encore visibles.

Des commerçants nettoyaient le pas de leur boutique, redressaient des bacs de plantes renversés et tentaient d’effacer les slogans appelant à la révolution, écrits à la bombe.

La présence dans l’air des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre continuait de se faire sentir, mais sans commune mesure avec la veille au soir où il était impossible de traverser la place sans être fortement incommodé.

Un agent réglait la circulation sur la place Syntagma, où la plupart des feux tricolores ont été détruits tandis qu’un employé municipal, stylo en main, recensait les dégâts ayant affecté les feux et la voirie.

Les marches en marbre de l’hôtel Grande-Bretagne, au coin de la place, qui ont été pilonnées et détérioriées par des manifestants comme quasiment à chaque manifestation — le marbre servant de projectile — n’étaient pas encore réparées.

Au Pirée, les marins poursuivaient leur grève, paralysant les liaisons avec les îles, tandis que les éboueurs achevaient leur troisième semaine de grève dans la capitale.

Dans le centre de la ville et certains quartiers de la périphérie toutefois les tas d’ordures amoncellées, dont certains avaient été incendiés par les chauffeurs de taxi en colère, avaient été enlevés des trottoirs, certains éboueurs semblant avoir repris le travail.

Leur presse (Agence Faut Payer), 21 octobre 2011.

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À Athènes, les « Je ne paie pas » gagnent du terrain

 

En Grèce, public et privé ont fait, mercredi, le plein pour la cinquième grève nationale de l’année. Le gouvernement a présenté son plan d’austérité dans un Parlement encerclé. De violents heurts ont éclaté à Athènes.

« Jamais je n’ai fait de folies. Je compte chaque euro. Je n’en peux plus… » En quelques mois, Eleni, une employée municipale de 56 ans, a vu ses revenus fondre de 1100 à 600 €.

Des situations comme celle-ci se multiplient dans la société grecque. Alors, plutôt que de s’épuiser à manifester devant le parlement à Athènes, ils sont de plus en plus nombreux à ne plus vouloir payer les taxes que la crise empile. Tout simplement !

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Ce mouvement de « résistance » s’appelle « Je ne paie pas ». Il est né, voici quelques années, pour forcer les péages que des sociétés privées faisaient fleurir sur les autoroutes en construction (certaines ne sont toujours pas terminées).

« Un racket », gronde Kostas Fotakis. Cet ouvrier athénien d’une quarantaine d’années est un des fers de lance du mouvement. Intarissable sur les scandales financiers qui plombent la Grèce, singulièrement depuis les Jeux olympiques de 2004.

Ces dernières semaines, « Je ne paie pas » a redoublé de vigueur après la décision du gouvernement de taxer chaque mètre carré immobilier à hauteur de 4 €. Perspectives a priori juteuses dans un pays où l’on compte 70 % de propriétaires. Aussitôt, les syndicalistes de la compagnie Électricité de Grèce (DEI), qui doit collecter cette taxe via les factures d’électricité, ont refusé de prêter main-forte au gouvernement.

Des patrouilles de chômeurs

D’autres n’ont pas manqué de pester contre les propriétaires dont les terrains portent une chapelle. Considérées comme lieux cultuels, ces propriétés — assez nombreuses — sont exonérées d’impôts. Comme du reste tous les biens de la puissante église orthodoxe.

« La situation devient délicate, soupire Kostas Fotakis. Alors, on essaie de s’organiser par quartier. » Ici et là, des citoyens énervés se mobilisent « pour empêcher les mises sous scellés, la saisie de biens que les banques pratiquent contre les “mauvais” payeurs ».

Ils se coalisent avec le syndicat de la compagnie d’électricité pour éviter les coupures. Dans certains quartiers d’Athènes, l’idée de créer des « patrouilles de chômeurs et de retraités » fait son chemin. Elles seraient rapidement mobilisables pour contrer les huissiers.

Les activistes de « Je ne paie pas » hantent également les abords des centres des impôts. Ils renseignent sur la non-imposition, la façon de se déclarer en faillite privée, d’échapper aux saisies sur salaire.

« Le pouvoir nous hait ? C’est réciproque, s’échauffe Kostas. On est désormais dans la survie, on essaie de régler nos problèmes au jour le jour. Au-delà des œillères idéologiques. » Plutôt de gauche à l’origine, cette nébuleuse de citoyens annonce la couleur : « Faire tomber tout gouvernement qui appauvrit son peuple. »

Leur presse (Marc Pennec, Ouest-France), 20 octobre 2011.

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