Nouveau communiqué des camarades insurgés italiens sur le 15 octobre

IL N’Y A PAS DE POMMES POURRIES MAIS BEAUCOUP DE FRUITS D’UNE RAGE DIFFUSE

Le 15 octobre a été une grande journée de lutte.

Des milliers de personnes se sont renversées dans les rues pour exprimer leur rage : elles ont attaqué, sans crainte, les lieux du capital, elles ont pris avec joie la marchandise sans payer, elles ont affronté avec courage les charges de la police. Des hommes et des femmes comme toi. Et peut-être qu’ils veulent la même chose que toi.

Elles veulent un monde où ce n’est pas l’argent qui guide tous les choix.

Ils veulent un présent dans lequel l’espoir d’un boulot de merde ne soit pas la seule perspective.

Elles veulent une ville qui ne soit pas aux mains de la police.

Ils veulent simplement que tout change. Mais que ça change pour de vrai.

Ce qui est arrivé après les émeutes de San Giovanni (le lieu d’arrivée de la manif’ du 15 octobre, NdT), la chasse au violent, l’invitation à la délation, ce n’est rien d’autre que la triste re-proposition de ce que nous vivons tous les jours. Séparer chaque individu de l’autre, l’isoler, le rendre incapable de s’organiser avec les autres pour lutter pour ce qu’il croit.

L’opération sur les soi-disants « Black-blocs » est en réalité une opération sur la population toute entière qui tôt ou tard te touchera aussi. Aujourd’hui ils sont en train de la faire payer à quelques-uns, mais dès qu’il y aura quelque chose pour lequel tu voudras te battre, dès que tu feras quelque chose de réellement incisif ou dès que tu commettras une « erreur », la police viendra te chercher, toi aussi. Et elle te dira que tu es un violent, qu’il faut que tu suives les règles, qu’il ne faut pas que tu lèves la tête.

La police est partout. Et au fond de toi même, cette chose, tu la sais très bien. La police est tout ce qui garanti la survie de l’état actuel des choses. Tu as à faire avec elle même quand tu ne rencontre pas d’uniformes. La police est dans les machines à billets pour le bus. Elle est sur les trains dans lesquels tu ne peux pas voyager, elle est dans les factures que tu ne peux plus payer, elle est dans les écoles où ils te programment à l’obéissance, elle est dans les banques qui te tiennent en otage, elle est dans les hôpitaux où il te faut avoir un ticket, elle est dans le loyer toujours plus cher, dans les taxes universitaires, elle est dans ta tête.

Et, elle aussi, veut quelque chose de toi. Quelque chose de très précis. Elle te veut esclave d’un travail. Et grâce à cela, construis-toi une famille, achète-toi une voiture que tu vas payer pendant cinq ans, achète-toi une maison que tu paieras pendant toute ta vie. Paie les déchets avec lesquels ils se font des millions en empoisonnant la planète, paie ton essence pour rester bloqué des heures dans le trafic. Travaille au noir ou pendant trois mois et ensuite on verra. Enferme-toi à la maison devant internet.

Vis seul. Mange seul. Vis dans la terreur que quelqu’un vienne te voler ces quatre choses que tu es parvenu à t’acheter. Vis dans la peur que quelqu’un te vole ton travail. Balade-toi au centre ville en regardant des vitrines étincelantes où il n’y a rien qui sert vraiment. Continue à demander le Rien. Bois de l’eau à l’arsenic. Respire de la pollution au lieu de l’air. Mange de la merde congelée.

Mais surtout, résigne-toi. Le système est plus grand que toi et tu ne peux rien faire du tout. Le capitalisme, et la catastrophe qu’il porte en lui, est le seul monde possible. Il ne te reste qu’à donner ton vote au dernier gouvernant de garde. Et ne te plains pas, sinon tu pourrais perdre tout cela.

Voilà pourquoi ces personnes ont décidé de ne rien supporter de plus. Elles luttent pour construire un autre présent. Elles ne veulent pas de la dévastation des territoires. Elles ne croient pas au mythe du progrès. Elles ne veulent plus payer des loyers qui coûtent la moitié d’un salaire. Elles ne croient plus aux conneries sur la dette. Elles ne se laissent pas tromper par le discours de la crise. Elles ne croient pas dans un État qui répand mort et exploitation en Iraq, en Syrie, en Libye.

Elles ne veulent plus se serrer la ceinture.

Elles veulent des nouvelles relations. Elles veulent arrêter de devoir acheter leur existence. Elles veulent s’organiser avec les autres. Elles veulent avoir du temps pour faire ce qui les rend heureuses. Elles veulent arrêter d’être forcées. Elles veulent saboter le travail, la culture, la société.

C’est vrai, ça ne sera pas deux vitrines et deux voitures brûlées qui vont révolutionner l’existant. Mais derrière ces gestes, il y a plus. Et qui a les yeux pour voir doit regarder plus loin. Des milliers de personnes ont montré qu’elles n’avaient pas peur.

Des journées comme le 15 divisent mais en même temps unissent.

Quelqu’un est déjà prêt.

Et toi ?

Liberté pour tous et toutes.

Traduit de l’italien (Libera tutto – blog de soutien aux arrêtéEs de la révolte de Rome) par Le Réveil, 14 novembre 2011.

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[Montpellier] Appel pour le 17 décembre

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Samedi 12 novembre, à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle mairie de Montpellier, ce tract a été distribué. Pour information, cette nouvelle mairie à l’architecture « post-moderne » (une façade qui laisse apparaître un énorme cube noir cerné de barreaux) a coûté 130’000’000 d’euros et s’inscrit dans le processus de ré-urbanisation du quartier de Port Marianne. Un bâtiment immense, aux courbes ambitieuses, qui laisse apparaître la démesure qu’on sait être coutumière des partis qui se revendiquent proches du peuple (à quand un tout nouveau Kremlin ?). Juste à côté, un magnifique hôtel quatre étoiles, des bâtiments neufs, un paysage épuré. Et bien sur, des flics. Partout.

Contre la gentrification

La gentrification est un terme désignant le processus visant à favoriser le départ, dans les quartiers, des populations pauvres au profit de populations plus aisées. Cela signifie généralement un réaménagement complet de l’espace urbain ainsi qu’une refonte de sa gestion dans le but de répondre à de nouvelles demandes, pour une nouvelle clientèle.

À Montpellier, cela se traduit comme dans d’autres villes par plusieurs signes. Un des exemples le plus marquant concerne l’arrêté anti-mendicité En France, jusqu’en 1994, la mendicité était un délit. La refonte du code pénal revenant sur cette position, il a fallu aux villes trouver les moyens de combattre la pauvreté. Mais non pas pour la supprimer, plutôt pour la dissimuler. C’est ainsi qu’en 1996 fut acté à Montpellier l’arrêté anti-mendicité qui permet pour une courte période (généralement la saison estivale) d’éloigner des centres commerciaux les populations indésirables de par leur comportement, leur image ou leur inactivité marchande. Malgré les diverses attaques et défaites face aux tribunaux administratifs, la loi sur la sécurité intérieure de 2003 rétablit le caractère délictueux de la mendicité et le « phénomène » de ces arrêtés s’étend à toutes les villes. À Marseille, récemment, il est devenu permanent. L’objectif, à peine dissimulé, est bien sûr de nettoyer l’environnement urbain.

Pourtant, comme le rappelait le Parti socialiste à l’encontre de Georges Frèche à cette époque : « Ce n’est pas en interdisant la pauvreté qu’on la fait disparaître ». Aujourd’hui il n’est plus, mais, hélas, le PS continue de s’agiter et d’accumuler les imbécillités par-delà les aberrations.

On pourrait citer l’opération Grand Cœur, administrée par la SERM, dont le but consiste à réaménager le centre-ville et ses alentours, notamment par le rachat des immeubles et leur reconstruction ou remplacement (par des parcs ou des locaux d’un autre type). Cette politique crée une situation où des logements sont rachetés à bas prix, laissés vides des années et revendus au prix fort à des populations issues de couches salariales plus propices à une consommation courante et quotidienne dans tous les secteurs économiques montpelliérains. Il existe également un volet « Sécurité » dans cette convention, qui se fixe comme objectifs l’interdiction « de la vente d’alcool, des ventes à la sauvette […] et des populations marginales ». Tout est dit.

Cette opération s’accompagne de plusieurs autres mesures s’inscrivant dans des doctrines urbanistiques particulières assurant qu’une gestion policière de l’espace urbain supprimera effectivement les problèmes liés à la délinquance. En favorisant donc le déplacement des véhicules (suppression des murets, ouverture des espaces, agrandissement des rues…), en proscrivant les rassemblements non consommateurs (interdiction d’être immobile à plus de deux sur la voie publique, suppression des bancs ou disposition particulière structurant l’isolation, fermeture des espaces non marchands comme le Peyrou au-delà de certaines heures…) et en augmentant les capacités de contrôle et de surveillance (caméras de surveillance dont l’économie montpelliéraine jouit profondément, patrouilles de police plus fréquentes, brigades anti-bruit ou anti-tag…). Petit à petit, l’espace public en vient à être la pute du capital.

Le samedi 17 décembre 2011, à l’appel de nos amis allemands, sera organisée une journée d’action internationale contre le développement urbain capitaliste et la gentrification.

« (…) L’objectif en est de créer un événement régional et international ayant lieu partout où vous luttez et vivez et où vous vous référez de manière solidaire aux projets occupés comme la Rote Flora à Hambourg (Allemagne). (…)

La Rote Flora, dans son désir d’insociabilité, fait partie de mouvements divers qui se développent partout où les gens se rencontrent de manière critique et s’organisent dans le quotidien contre l’illusion de la fatalité capitaliste. (…)

Pour nous, des liens potentiels peuvent être faits par rapport aux thématiques suivantes : l’appropriation et la défense de projets autodéterminés et la socialisation d’espaces très disputés. La protestation contre la gentrification et la privatisation néolibérale, contre la répression et le refoulement des parties indésirables de la société, contre les contrôles policiers racistes et les déportations. (…) »

En conséquence, nous appelons à un rassemblement massif à cette date sur la place de la Comédie.

POUR UN URBANISME RÉVOLUTIONNAIRE

POUR UN BOMBARDEMENT MASSIF ET ININTERROMPU DES INTELLECTUELS CAPITALISTES

Reçu le 14 novembre 2011.

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[Dijon] Occupation d’un immeuble avec des migrants somaliens

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Un rassemblement de soutien, suite à la réquisition d’un logement jeudi 10 novembre, a eu lieu cette après-midi, dimanche 13, rue du Docteur Bertillon à Dijon. Une cinquantaine de personnes étaient présentes. Il est toujours possible d’apporter matelas, couvertures, de la nourriture et des meubles au 8-10 rue Docteur Bertillon cette semaine.

Contact

Les pouvoirs publics préfèrent laisser des centaines de demandeurs d’asile à la rue en plein hiver dans Dijon, notamment des Somaliens et Erythréens, plutôt que de mettre à leur disposition des bâtiments vides. La Préfecture ou la Mairie sont pourtant en droit de procéder à des réquisitions en de telles circonstances. Mais le gouvernement piétine ses engagements d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile. Dans ce contexte, des militants associatifs et individus ont décidé, au-delà de l’indignation, d’occuper un logement, 8 rue du docteur Bertillon, près des anciens abattoirs, avec un groupe de réfugiés somaliens.

Ce bâtiment est leur domicile depuis jeudi 10 novembre dernier. Il s’agit d’un immeuble laissé à l’abandon depuis des années et voué un jour à la destruction dans le cadre d’un futur projet d’urbanisme de la municipalité dijonnaise. Nous invitons aujourd’hui toutes les personnes et associations solidaires des migrant-e-s à soutenir cette initiative d’hébergement et à se mobiliser.

Quelques mots sur la situation des demandeurs d’asile à Dijon et la solidarité nécessaire :

Il y a actuellement à Dijon des centaines de réfugiés venus des pays de la Corne de l’Afrique, notamment de Somalie ou d’Érythrée. Ces jeunes ou ces familles fuient les persécutions, les guerres et famines qui ont empiré ces derniers mois, et tentent de trouver un futur. Ils ont déposé des demandes d’asile qui prendront des mois à être étudiées.

Malgré les engagements internationaux de la France sur l’accueil et l’hébergement des demandeurs d’asile, malgré les directives européennes, des centaines de ces réfugiés se retrouvent forcés de dormir sur les trottoirs, dans les parkings ou les parcs publics à Dijon. Les associations sont débordées et après des mois d’échanges, la préfecture s’est contentée de proposer l’ouverture de 64 places en foyer, sans les mettre jusqu’à ce jour à disposition. Cette situation est le fruit d’années de politiques de discrimination et de rejet des migrant-e-s, couplant la répression et les expulsions d’une part à la réduction des moyens accordés pour la solidarité et l’action sociale de l’autre.

Mardi 8 novembre, à l’initiative d’une vingtaine d’associations et syndicats dijonnais, un cercle de silence et une manifestation ont abouti à la préfecture pour demander des conditions d’accueil correctes et la réquisition de logements pour parer à l’urgence. Ces demandes n’ayant pas été suivie d’effet, un certain nombre de personnes solidaires et de réfugiés ont décidé de trouver des solutions. Nous continuerons à prendre les initiatives nécessaires pour ne pas laisser les personnes à la rue si les pouvoirs publics ne le font pas !

Solidarité avec les réfugiés !

Brassicanigra, 13 novembre 2011.

Fin octobre 2011, une quinzaine de réfugiés Somaliens viennent nous voir. Ils sont demandeurs d’asile et à la rue, squattent depuis quelques semaines le kiosque de la place Wilson, les parkings, s’entraident pour les démarches administratives et la survie au quotidien, trouvent des repas à la mosquée ou à la « passerelle » et cherchent des abris moins précaires pour l’hiver. Ils seraient plus de 600, à Dijon, à avoir fui les famines et les guerres qui font rage dans la corne de l’Afrique ou à avoir « bénéficié » du refus de Kadhafi de continuer à faire garde-frontière pour les Européens qui le bombardaient. Le lendemain, un travailleur social nous amène un ado du Congo-Brazzaville spolié de ses terres après avoir perdu ses parents. Il s’est fait jeter du foyer de mineurs où sont encore ses deux petites sœurs : les autorités ordonnent de nouveau des tests osseux pour prouver que les concerné-e-s ont plus de 18 ans et pouvoir faire du vide. Depuis les Tanneries et avec les réseaux d’ami-e-s, on essaie, comme d’autres, de trouver des gestes de solidarité sans tomber dans la charité, des matelas, des plans débrouille et des toits qui défient la loi. On se découvre et on teste ce qu’on peut faire ensemble au-delà de tout ce qui diffère dans nos positions et nos vies. De leur côté, des associations de soutien et de suivi juridique s’insurgent du refus de la préfecture et de la Mairie de débloquer plus de places d’hébergement, et ce alors même que les demandes d’asile sont en cours. La France, « terre d’accueil », quand l’accueil est rentable et d’« immigration choisie » par les autorités et les entrepreneurs, laissera cet hiver des milliers de réfugié-e-s aux pavés et aux harcèlements policiers. À nous et aux intéressé-e-s de réquisitionner des immeubles, des moyens et des forces vives pour parer aux politiques xénophobes et au maintien de l’exploitation post-coloniale. Une manifestation inter-orga est prévue pour le 8 novembre. Diverses initiatives de pression et de solidarité s’y engraineront sans nul doute. À suivre sur brassicanigra.org si vous voulez rejoindre le mouvement. (…)

Éditorial du programme d’activités de l’Espace autogéré des Tanneries en novembre 2011.

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Catastrophe nucléaire au Bugey : il n’y aura pas d’évacuation

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1321362998.jpgAucune évacuation officielle des habitants n’a lieu dans les villes de Fukushima et Iwaki, aucune évacuation officielle n’a eu lieu dans la ville de Kiev (à 100 km de Tchernobyl). Les élus et les responsables du nucléaire le savent, il a été impossible pour les entreprises comme pour les États de faire face à l’évacuation et au dédommagement d’une ville fortement peuplée. Si l’accident au Bugey arrive, il faut plutôt s’attendre à une communication de crise qui se rôde au fur et à mesure des accidents qui se succèdent. L’accident nucléaire n’a pas d’autre solution.

Aucune évacuation officielle des habitants n’a lieu dans les villes de Fukushima (300’000 hab) et Iwaki (350’000 hab), situées respectivement à 60 et 80 km de la centrale accidentée au Japon, alors que tous les relevés indiquent une radioactivité dans les habitations, les rues, les bureaux, les écoles, les forêts et les rivières, bien au dessus des normes internationales de radioprotection.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1321361894.jpgAucune évacuation officielle n’a eu lieu dans la ville de Kiev (2’200’000 hab) située à 110 km de la centrale nucléaire de Tchernobyl, alors que la ville et sa région sont toujours fortement contaminées, 25 ans après l’accident.

Il se passerait à Lyon la même chose qu’il s’est produit dans ces villes du Japon ou d’Ukraine, en cas d’accident majeur à la centrale nucléaire du Bugey, à Saint-Vulbas. Parce que Lyon est beaucoup plus proche de la centrale (25 km) et que la ville est très peuplée (1,5 million d’habitants).

Pas d’évacuation pour la majorité des victimes du nucléaire

Le maire de la ville de Fukushima, Takanori Seto, l’exprime très clairement lorsqu’il indique que « l’absence d’évacuation des populations sur les territoires irradiés fait partie intégrante d’une catastrophe nucléaire ».
Les observateurs indépendants de Glasnost sur Fukushima signalent aussi que « quel que soit le pays, la même gestion inadmissible de crise s’est reproduite. Les populations locales ont été sacrifié pour des enjeux économiques trop importants (Tchernobyl en 1986, Fukushima en 2011). Il est malheureusement probable que le prochain accident reproduira le même scénario. »

Même André-Claude Lacoste président de l’Autorité de Sureté Nucléaire en France le reconnaît sans détour, lors de son audition devant l’Office parlementaire : « Autour du site [de Fukushima Daïchi], les autorités japonaises ont pris des décisions de protection de la population qui, dès le début, nous sont apparues comme raisonnables, avec une zone de vingt kilomètres pour évacuer la population, puis une zone de mise à l’abri entre vingt et trente kilomètres. Une quantité considérable de personnes ont été évacuées [NDA : 8000 personnes en tout]. Je ne suis pas certain que nous pourrions assurer les mêmes conditions en France. Les personnes qui sont dans les zones de vingt à trente kilomètres vivent apparemment très mal, dans la mesure où plus aucun fournisseur ne veut accéder à cette zone pour apporter des denrées de première nécessité. D’eux-mêmes, les gens partent. Le gouvernement japonais ne les en empêche pas. Il constate la difficulté de vivre dans cette zone et pense probablement que ces gens qui partent d’eux-mêmes allégeront de possibles évacuations futures. Cette zone de trente kilomètres n’est absolument pas une borne à la contamination. Il existe très probablement de la contamination au-delà de cette zone. »

Pas de plan d’évacuation pour Lyon

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1321362787.jpgAvons-nous entendu parler de nouveaux plans d’évacuation en cas de catastrophe nucléaire, suite à l’échec de l’évacuation de la ville de Pripiat et celle de Kiev, en 1986, de celles de Minamisoma, Fukushima et Iwaki en 2011 ? L’idée est effrayante, mais la réponse est non. Est-il seulement possible d’évacuer Lyon si la rupture d’un barrage hydroélectrique provoque l’accident nucléaire et des inondations ?

Avons-nous entendu EDF parler d’un budget provisionné pour le dédommagement d’un million et demi de personnes en cas de catastrophe nucléaire à Saint-Vulbas ? Non. Faire le calcul permet de comprendre : un dédommagement estimé a minima à 50’000 euros par personne (évacuation, relogement, équipements) nécessite de provisionner 110 Mds d’euros et il resterait encore à payer la majeure partie de la facture liée à la gestion de la centrale accidentée, des territoires contaminés et des déchets radioactifs.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1321362842.jpgImpossible financièrement de provisionner une telle somme (pour comparaison, le budget de la France en 2010 est de 300 Mds d’euros et le chiffre d’affaire d’EDF pour la même année est de 65 Mds).

Même si l’évacuation pouvait avoir lieu, où relogerait-on la quasi totalité des habitants de la ville de Lyon ?

Et hormis sur le site de la centrale accidentée, où les ex-Lyonnais iraient-ils travailler pour financer la vie quotidienne ?

Un scénario clef en main

En cas de catastrophe nucléaire majeure à la centrale du Bugey, pour pallier à l’impossibilité d’évacuer la ville de Lyon, voilà plutôt le scénario probable :

Les experts du nucléaire (ASN, AIEA) et EDF masquent l’importance de la contamination les premiers jours de la catastrophe, lors des relâchements de radioactivité les plus importants. Et ce afin d’éviter la panique de la population.

Puis, avec l’aide de l’État, les experts et EDF délimitent une zone d’évacuation, en forme de cercle, autour de la centrale accidentée du Bugey. Comme par miracle la frontière qu’ils tracent s’arrête aux portes de la ville de Lyon. L’évacuation de la totalité de la ville étant impossible.

Météofrance confirme cette limite de contamination en évitant soigneusement d’informer sur la direction et la vitesse réelle des vents qui soufflent sur la ville.

Les plus introduits sont les seuls à connaître l’état de la catastrophe et les dangers inhérents, les plus riches les seuls à pouvoir quitter Lyon avec leurs proches. La majeure partie de la population du Rhône est contaminée.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1321362917.jpgPour conserver leur pouvoir et se déresponsabiliser de leurs actes, EDF, les experts et l’État rehaussent les doses limites de radioprotection, comme cela est prévu et a déjà été fait.

C’est ce qu’il s’est déjà passé à Tchernobyl en 1986 et se passe à Fukushima en 2011, une grande partie de la population contaminée et irradiée est abandonnée des États, des experts et des entreprises, elle reste quasiment seule face à la radioactivité dans un territoire contaminé (voir les articles précédents sur Fukushima et se documenter ici sur Tchernobyl).

L’accident nucléaire n’a pas de solution

Un accident nucléaire est sans solution. La technologie surpuissante entraîne des dégâts surpuissants.

Les promesses faites au sujet de la sécurité des centrales ne change rien à l’impossibilité matérielle et financière d’évacuer une ville comme Lyon et de dédommager un million et demi d’habitants.

Si un accident majeur devait se produire à la centrale nucléaire du Bugey il est fort à craindre que la majeure partie de la population ainsi que le territoire du Rhône seraient tous deux fortement contaminés pour longtemps.

Comme l’a souligné Naoto Kan, le premier ministre japonais à l’époque de l’accident, après sa démission : « Quand vous pensez à la possibilité d’un accident qui pourrait rendre la moitié du pays inhabitable, vous ne pouvez pas prendre ce risque, même si cela n’arrivait qu’une fois dans un siècle ».

Défendons notre vie et notre ville, arrêtons la centrale nucléaire du Bugey avant que la catastrophe ne le fasse à notre place.

Post-Scriptum

Tiens, vous êtes au courant qu’il y a un accident nucléaire en Europe, depuis une vingtaine de jours ? Mais que personne ne révèle où il a lieu exactement ? Ni l’ASN, ni l’AIEA, ni les experts du nucléaire français… belle illustration de la culture du secret et du mépris des populations.

Rebellyon, 15 novembre 2011.


Des traces d’iode 131 détectées dans l’air en France

Des traces d’iode 131, imputables à des rejets radioactifs, ont été détectées dans l’air en France sans toutefois présenter de risque sanitaire, annonce, mardi 15 novembre, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). L’origine et la date des rejets à l’origine de cette pollution par l’iode 131 — un élément à la durée de vie courte dont la radioactivité diminue de moitié tous les huit jours — « sont inconnues à ce jour » mais n’auraient aucun lien avec l’accident nucléaire de Fukushima, au Japon, selon l’IRSN.

L’Institut avait été informé par ses réseaux scientifiques de la détection par plusieurs pays d’Europe centrale d’« iode 131 à l’état de traces dans l’air » et a donc lancé des analyses pour rechercher la présence éventuelle de cet élément radioactif en France, explique l’Institut dans un communiqué. Les « premiers résultats indiquent la présence de traces d’iode 131 particulaire dans l’air en France à des niveaux de concentration ne dépassant pas quelques microbecquerels par mètre cube et proches de la limite de détection des instruments de mesure », selon l’IRSN.

« Si la présence d’iode 131 dans l’air est tout à fait inhabituelle à cette échelle du territoire national, indiquant l’occurrence de rejets radioactifs anormaux dans l’atmosphère, les niveaux de concentration observés sont sans aucun risque pour la santé des populations », assure l’Institut. Des calculs de « rétro-trajectoire » sont en cours pour tenter de retracer la provenance des masses d’air ayant transporté l’iode 131 détecté.

Le 11 novembre, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait fait état de la présence d’iode 131 dans l’atmosphère en République tchèque et dans d’autres pays européens à des niveaux ne présentant « aucun risque pour la santé ». L’AIEA n’a pas précisé de quels autres Etats il s’agissait, mais plusieurs agences de sûreté nucléaire de pays voisins — Pologne, Autriche, Slovaquie notamment — ont, eux aussi, révélé la présence de cette substance dans l’atmosphère, toujours à des doses très faibles.

Leur presse (LeMonde.fr), 15 novembre 2011.

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[Fontenay-sous-Bois] Évacuation de la Buissonnière

Val-de-Marne : un squat évacué

Un immeuble occupé par des jeunes à « tendance anarchiste » a été évacué sans incident par la police ce matin à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), a-t-on appris de source policière. Vers 07H30, les policiers de la Direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) ont évacué cette ancienne école qui était squattée depuis « deux, trois ans » et qui posait des « problèmes d’ordre public », a précisé cette source.

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« L’immeuble était squatté par des jeunes à tendance anarchiste et on craignait que ça se passe mal. Mais il n’y a pas eu d’incident », a affirmé la source policière. La quinzaine de personnes qui se trouvaient dans l’immeuble au moment de l’évacuation ont été l’objet de brèves « vérifications d’identité » et ont toutes été relâchées, selon cette source. L’opération, menée conformément à une décision de justice, a duré une trentaine de minutes.

Leur presse (Agence Faut Payer), 14 novembre 2011.

Le squat d’anarchistes évacué et muré

Onze personnes issues de la mouvance anarchiste ont été interpellées puis relâchées hier matin. Depuis février, ces jeunes occupaient une ancienne école privée tout près du RER.

On aperçoit à peine du mobilier, des restes de soirées arrosées et des tags au-dessus du mur en parpaing que deux entrepreneurs montent à la hâte. Quelques heures après l’évacuation du squat de l’ancienne école privée protestante Jeanne-d’Albret, place Moreau-David, à Fontenay, le quartier a retrouvé son calme.

Hier à l’aube, une cinquantaine de policiers prennent possession des lieux, tandis que leurs collègues sécurisent le quartier. Le squat où ont vécu une cinquantaine de jeunes depuis le 27 février n’en compte que 11 hier matin. Sans aucune rébellion, ils ont été interpellés et conduits au commissariat pour de simples vérifications d’identité. Cette évacuation fait suite à la décision du tribunal d’instance du 17 octobre afin que le propriétaire privé récupère cette ancienne école située juste en face de la gare du RER à Fontenay-sous-Bois. L’école, elle, était fermée depuis trois ans et le propriétaire était en négociation pour vendre ce terrain à la ville.

Fini les débats et les soirées à thème

Les jeunes squatteurs, tous âgés de 18 à 25 ans environ, ont été autorisés à récupérer leurs affaires personnelles avant que les entrées menant à cette grande bâtisse bourgeoise soient toutes fermées. Fini donc les débats et soirées à thèmes qui avaient lieu environ une fois par mois. Début septembre, évoquant l’éventualité d’une expulsion, l’un des jeunes squatteurs se désolait sur un blog : « On cherche à détruire le (peu!) d’autonomie que nous avons construit face à ce monde marchand en se réappropriant cette maison laissée à l’abandon. » Déjà, le 1er septembre, l’électricité avait été coupée dans la maison, ce qui avait entraîné la colère des squatteurs.

L’évacuation rassure les riverains. « Je n’osais plus passer devant pour aller au bois de Vincennes, surtout le soir, quand on voyait des véhicules passer autour tout doucement, parfois balançant des sacs par-dessus le mur », raconte Rose, en promenant ses deux petits chiens. « On y voyait souvent des banderoles et des tags, du genre “À bas le patronat”, et ils étaient très bruyants, c’était pénible, ajoute Michèle, retraitée. Il y avait toujours des poubelles qui traînaient, ça faisait sale. Je suis contente que le quartier retrouve le calme et qu’ils arrêtent de dégrader cette si belle demeure. »

« Il suffit de sonner au portail vert »
Le blog des squatteurs

« C’est la grande maison en brique rouge tout de suite à droite quand on sort du RER, il suffit de sonner au portail vert… » C’est avec ce simple message, largement présent sur Internet, que les squatteurs donnaient rendez-vous pour des soirées-débats organisées dans l’ancienne école privée, qu’ils ont surnommée la Buissonnière.

Dans un blog qui a été désactivé hier à midi, les squatteurs faisaient la promotion de leurs événements. Les thèmes variaient : « Révoltes antinucléaires et gestion de population » le 5 avril, « Les puces électroniques intelligentes » le 11 mai, « Contre la psychiatrie et la médicalisation du monde » le 16 juin ou encore « Contre la construction d’une ligne de train à grande vitesse entre Lyon et Turin » le 25 septembre. Chaque soirée était organisée autour de projections d’un ou deux films et d’un repas préparé collectivement, mais uniquement végétalien. « Ça buvait également beaucoup d’alcool et beaucoup fumaient du cannabis, souligne une voisine. Mais avec les riverains, ça n’a jamais dégénéré. »

La dernière soirée, celle du 25 septembre, s’était pourtant mal terminée. Excédés par le bruit, certains voisins avaient alerté la police qui avait interpellé trois personnes, jugées le 28 septembre pour « infraction à la législation des étrangers », « outrage et rébellion », « incitation à créer un groupement, même formé de façon temporaire, en vue de la préparation […] de violences volontaires ». L’un des jeunes avait été placé en détention. Lors de cette intervention, les policiers avaient été caillassés. Quelques jours plus tard, des agents de la RATP s’étaient plaints d’avoir été agressés par une poignée de squatteurs.

Leur presse (Laure Parny, Le Parisien), 15 novembre 2011.

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Informations fiables sur la Tunisie

[…] Ce n’est pas dans ce torchon mensonger qu’est devenu depuis longtemps Le Monde que tu trouveras des informations fiables sur la situation en Tunisie (ni non plus, évidemment, dans la litanie de fausses nouvelles, amalgames et rumeurs policières débitée depuis peu par les infiltrés identitaires de « Lieux Communs »). Voici donc, pour publication sur Le Jura Libertaire :

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— un film « documentaire » en deux volets tourné cet été dans la petite ville de Thala […] ;

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et provenant tout de même de « leur presse » :

— l’article d’un journaliste free-lance sur ce qui s’est passé à Thala le jour des élections : la police ayant tenté de profiter de l’occasion pour réinvestir la ville, il n’a pas fallu vingt minutes à la population pour l’en chasser une fois de plus :

Thala : Point à la mi-journée #tnelec

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Les habitants de Thala se sont déplacés très nombreux dès l’ouverture des bureaux de vote.

En arrivant ce matin vers les bureaux de vote, la calme était impressionnant. Des doigts bleus circulent, les gens parlent entre eux et ont visiblement très envie de débattre. Les hommes et les femmes font la queue tranquillement en attendant leur tour.

Un dispositif de sécurité spécial a été aménagé, 1000 soldats et agents de sécurité sont présents (aucun policiers). Beaucoup de sourires, beaucoup de monde. Les enfants jouent au milieu des cours d’école érigées en bureaux de vote pour cette journée historique.

Au bureau numéro 2, école anciennement appelée Thakafa, mais renommée, comme les cinq autres, du nom du martyr qui y étudiait. Celle-ci s’appellera Ahmed Yassine RTIBI. J’y croise des militaires qui sortent d’un bureau, avec un sourire béant sur le visage, l’un porte une petite caméra, l’autre un appareil photo. Ils m’interpellent et… me saluent, me demandent comment je vais et me souhaite bonne chance. Puis repartent gaiement.

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Après la longue attente, une cigarette bien méritée le doigt tinté de bleu bien en l’air.

Les habitants ont l’air de prendre très au sérieux leur possibilité nouvelle de voter.

Hélas, dans le troisième bureau, j’aperçois un rassemblement, on m’explique qu’un certain nombre de citoyens sont dans l’impossibilité de voter. Non inscrits, ils ont envoyé le sms demandé par l’ISIE pour savoir où se rendre, mais les réponses sont désopilantes, on dit aux uns et aux autres d’aller à des bureaux de Gasserine, Gafsa ou même Tunis (voir par ailleurs).

Suite à un mouvement de foule en direction du gouvernorat, un bus de policiers débarque en ville, alors que les habitants n’en avaient presque pas (voire jamais) vus depuis la fin de la révolution. Ils sont entrés dans une école pour disperser un peu la foule (partie du bureau 3, eux sont entrés au bureau 1…), ce qui a immédiatement fait réagir les habitants. Encore sous le choc de leur infâme traitement pendant la révolution, des jeunes ont aussitôt lancé des pierres aux forces de l’ordre, la mère d’un martyr a voulu les chasser. Les militaires présents, sous l’égide de leur colonel (qui avait été le premier à réagir contre les BOPs pendant la répression de janvier dernier, lors d’un enterrement où la police avait tiré sur le peuple) sont rapidement intervenus, et ont fait en sorte que la police quitte la ville. Cette scène, qui na duré qu’une vingtaine de minutes, rappelle à quel point le spectre de la répression est encore présent dans les têtes, et à quel point la tension peut monter d’un coup.

Le cours du vote a repris son rythme halletant avant midi.

Paolo Kahn – Nawaat.org, 23 octobre 2011.

— l’interview très instructive, malgré son titre racoleur, et quoique elle pèche un peu par orgueil, sous-estimant justement le rôle crucial de Thala (puis Kasserine) dans l’explosion de janvier, d’un militant de base de Sidi Bouzid :

Connaissez-vous Slimane Rouissi, l’homme qui a lancé la révolution tunisienne ?

Les médias ont choisi de porter au pinacle les jeunes blogueurs et les « Twittos » de Tunis qui ont participé à la révolution. Pourtant, c’est par une poignée de quadragénaires de Sidi Bouzid que tout à commencé. L’un de ces militants, inconnu du grand public, revient sur ces quelques mois qui ont changé la Tunisie et le monde arabe. Pour de nombreuses raisons, il a le sentiment qu’on lui a volé sa révolution.

Rencontre avec Slimane Rouissi, par Julien Pain et Sarra Grira.

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Slimane Rouissi dans les locaux de Reporters Sans Frontières à Tunis

Nous avions rencontré Slimane Rouissi six mois avant la révolution tunisienne. Il nous avait alertés sur la mobilisation de paysans, dans la région de Sidi Bouzid, qui protestaient contre un programme d’expropriations.

Une affaire qui à l’époque n’avait pas été relayée par les médias internationaux car son impact paraissait uniquement local. Il s’avère pourtant que c’est de cette région, et de ce mouvement de protestation, qu’est ensuite née la révolution tunisienne. Car le 17 décembre, lorsque le jeune Mohamed Bouazizi s’immole devant la préfecture de Sidi Bouzid, c’est un petit groupe de syndicalistes, les mêmes qui avaient soutenu les paysans quelques mois auparavant, qui monteront au créneau. Cette poignée d’hommes va alors sciemment utiliser l’affaire Bouazizi pour soulever le peuple dans leur ville. Ils sont toutefois loin d’imaginer que leur mouvement aboutira un mois plus tard à la chute de Ben Ali. Et que près d’un an après, l’onde de choc s’en ferait encore sentir jusqu’au portes de Damas.

Slimane Rouissi est un de ces quelques syndicalistes par qui tout à commencé. La cinquantaine bedonnante et joviale, il ne correspond pas au portrait type du révolutionnaire tunisien dressé par les médias. Avec le recul, on peut pourtant affirmer qu’il a eu une influence déterminante sur cette révolution qui a changé la face du monde.

Notre première question a porté sur l’immolation de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid. Les médias ont toujours parlé de cet acte terrible comme de l’étincelle qui a enflammé la région, puis tout le pays. La version de l’incident qui circulait au début de la révolution voulait que Mohamed Bouazizi ait été giflé par une policière et que ce soit ce geste qui a poussé le jeune vendeur ambulant, écœuré par des brimades à répétition, à s’immoler. Pourtant, en avril dernier, la policière censée avoir giflé Bouazizi, Fadia Hamdi, a été innocentée et libérée après quatre mois de prison. J’ai donc demandé à Slimane s’il avait des remords concernant le sort de cette policière, qui n’était pas le monstre qu’on avait dépeint à l’époque.

« Certains ont affirmé que Bouazizi était un ivrogne et un voyou. C’est faux. »

« Nous n’avons jamais eu l’intention de rendre Fadia Hamdi responsable de la mort de Mohamed Bouazizi. Après tout, elle aussi est en quelque sorte victime de ce système, elle n’avait pas d’autre choix que d’obéir aux ordres. Il ne faut pas oublier que l’ancien régime harcelait même ses propres fonctionnaires. D’après les informations que j’ai pu recueillir auprès de témoins de la scène, il y a certes eu une altercation entre Mohamed Bouazizi et Fadia Hamdi, mais elle ne l’a jamais frappé. Je pense toutefois que cet épisode n’est qu’un détail et que le plus important demeure le sentiment d’oppression qui a poussé Bouazizi à commettre cet acte.

J’ai rencontré Mohamed Bouazizi le 15 juillet 2010, lors de la mobilisation des agriculteurs de Regueb [dans les environs de Sidi Bouzid].

Son oncle faisait partie des paysans qui ont été privés de leurs terres. Cette histoire est en relation directe avec l’immolation de Bouazizi car ce dernier travaillait depuis 2006 avec son oncle à Regueb et que toute sa famille a été obligée de se déplacer à Sidi Bouzid après cette spoliation. Je connais bien Mohamed, qui était un jeune homme courageux qui n’avait pas froid aux yeux. Certains ont prétendu par la suite que c’était un ivrogne et un voyou. Cela n’est pas vrai et ces rumeurs ne sont que le fait de contre-révolutionnaires ou de soutiens de Fadia Hamdi qui cherchaient à l’innocenter par tous les moyens. Certains se sont  également demandé si Mohamed Bouazizi avait toute sa tête pour commettre un tel acte désespéré. Personnellement, je pense que cette immolation n’était pas tout à fait intentionnelle : Mohamed s’était versé du dissolvant en menaçant de s’immoler si on ne le laissait pas voir le Gouverneur [Préfet]. Il proférait toujours ces menaces en allumant le briquet. Ce n’est qu’une interprétation, mais je pense que Mohamed Bouazizi menaçait de s’immoler, mais n’avait pas réellement l’intention de le faire. »

Nous avons ensuite demandé à Slimane si lui et les syndicalistes de Sidi Bouzid avaient intentionnellement monté en épingle l’affaire Bouazizi. Et comment ils étaient parvenus à faire de cet incident, somme toute mineur, le déclencheur de la révolution.

« Mohamed Bouazizi n’était pas le premier à se suicider dans la région. Mais son acte a pu être utilisé car il avait une dimension symbolique »

« Les conditions d’un soulèvement étaient réunies à Sidi Bouzid depuis plus de deux ans. Durant les dernières semaines qui ont précédé le 17 décembre [date de l’immolation de Bouazizi], il y avait des mobilisations quasi hebdomadaires où j’étais présent avec mes camarades militants. Il y a eu par exemple un sit-in d’ouvriers à Meknassi [petite ville de la région de Sidi Bouzid] en juillet 2010. Des travailleurs qui avaient été licenciés sans être payés par un des membres de la famille Trabelsi [la belle-famillle de l’ancien Président Ben Ali]. Mais la mobilisation déterminante demeure sans aucun doute celle des agriculteurs de Regueb. Je considère pour ma part le 15 juillet  comme la véritable date du début de la révolution tunisienne. En tout cas, il faut bien comprendre qu’une révolution n’arrive jamais par hasard.

Mohamed Bouazizi n’était pas le premier à se suicider dans la région, il y a eu d’autres cas avant lui. Mais son acte a pu être utilisé par les militants pour enclencher une révolution car il avait une dimension symbolique : il s’était immolé devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid et sa situation était intimement liée à la cause des agriculteurs de Regueb. Dès lors, il a personnifié le cumul des injustices dont beaucoup souffraient comme lui.

Cela fait des années que nous nous mobilisons et nous avons beaucoup appris des événements précédents. Nous avons par exemple retenu des leçons données par les blogueurs iraniens en 2007 et nous avons compris que la toile pouvait être un bon moyen de mobiliser les citoyens. Nous avons aussi tiré des leçons des événements du bassin minier en 2008 [des ouvriers chômeurs s’étaient mobilisés pour dénoncer la corruption et les conditions dans lesquelles ils vivaient. Une mobilisation violement réprimée]. Nous avions expérimenté les limites du régionalisme qui avait fait avorter notre mouvement. De même, les confrontations entre les habitants de Ben Guerden et Dhehiba et les forces de police en août 2010 nous ont appris à mieux faire face à la police. Nous avons compris qu’il fallait être sur le terrain, mais également sur Facebook et Twitter, sans oublier de nouer des relations avec les médias. Ayant conscience de tout cela, nous nous sommes réunis le 24 décembre 2010 à Chebba [petite ville au nord de Sidi Bouzid] au siège du PDP (le Parti Démocrate Progressiste) avec différents militants politiques et syndicalistes. C’était au lendemain de la mort de Mohamed Ammari à Menzel Bouzayane [région de Sidi Bouzid], le premier tué de la révolution. C’est ce jour là que nous avons décrété que cette mort ne passerait pas et que nous irions jusqu’au bout. »

Nous avons ensuite interrogé Slimane sur ces militants qui ont su utiliser l’affaire Bouazizi pour lancer la révolution. Qui sont-ils ? Combien étaient-ils ?

« Les leaders du mouvement se comptaient sur les doigts d’une main. J’en faisais partie. »

« Quand je parle des militants politiques et syndicalistes qui ont lancé le mouvement, je fais référence à un groupe qui ne dépasse pas 50 personnes, mais qui avait une grande capacité de mobilisation. Nous avions acquis une crédibilité auprès des habitants et nous étions écoutés quand on appelait à des actions militantes. Au sein de ce groupe d’une cinquantaine personne, il y avait bien sûr des leaders, qui se comptent sur les doigts d’une seule main. J’en faisais partie. Il y a beaucoup de choses à dire sur la véritable manière avec laquelle nous avons mené cette révolution, comme par exemple sur la façon dont nous sommes parvenus à élargir notre champ d’action et ne pas le cantonner à Sidi Bouzid. Nous avons par exemple encadré les jeunes et leur avons conseillé de se mobiliser de nuit. Mais nous ne pouvons pas encore tout révéler. Les forces contre-révolutionnaires sont encore là et il faut rester prudent. Le ministère de l’Intérieur n’a toujours pas été réformé et les snipers du RCD sont toujours en liberté. Nos noms sont peut-être méconnus du grand public, mais la police politique elle nous connaît très bien.»

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Slimane Rouissi et Julien Pain

Nous avons donc demandé à Slimane comment il vivait la médiatisation des « héros » de Tunis, les blogueurs et les activistes de la capitale qui ont été portés aux nues par les médias ?

« Je ne nie pas la participation de ceux que l’on voit à la télé, mais leur apport à la révolution n’a pas été déterminant »

« Certains sont conscients de l’impact que nous avons eu : au lendemain de la fuite de Ben Ali, je recevais personnellement des messages et des coups de fil d’Égyptiens qui me demandaient conseil pour leur mobilisation contre Moubarak. Mais il y a un jeu politique. À l’intérieur comme à l’extérieur du pays, des gens fabriquent des symboles révolutionnaires et les médiatisent. Le fait même de retenir la date du 14 janvier [le départ de Ben Ali] pour cette révolution, au lieu de celle du 17 décembre [l’immolation de Bouazizi] qui en est le point de départ, n’est que de la désinformation. Je ne nie pas la participation de ceux qu’on voit à la télé, mais leur apport à la révolution n’a pas été déterminant. On marginalise les figures qui ont réellement été à l’origine de cette révolution. Nous autres militants de Sidi Bouzid, nous sommes donc aussi marginalisés que notre région. Les médias n’ont pas cherché à nous contacter après le 14 janvier. Pour ma part, je n’ai pas d’ambition politique ou médiatique. Tout ce qui m’importe c’est la réalisation de nos objectifs révolutionnaires.»

Slimane est loin de considérer que la révolution tunisienne a abouti. Et les résultats des élections dans sa région semblent lui donner raison. À l’heure où j’écris cet article, les résultats définitifs n’ont pas été annoncés, mais d’après les estimations, ce sont d’anciens membres du RCD, le parti de Ben Ali, qui sont arrivés largement en tête.

« Les résultats des élections à Sidi Bouzid m’ont choqué et déçu »

« Je n’ai pas voté dimanche car je constate que les forces contre-révolutionnaires sont toujours présentes. Mais je n’ai pas encouragé les gens à boycotter le scrutin. Selon les derniers résultats à Sidi Bouzid, Ennahdha aurait recueilli 25% des voix et La Pétition populaire 50%. Cette dernière liste est conduite par Hechmi Hamdi, patron de la chaîne privée « Al Mostakella », qui est un ancien du RCD, comme d’ailleurs bon nombre de ses partisans. Les 25% restant reviennent à une liste indépendante conduite par un certain Iléhi, lui aussi ancien membre du RCD.

Ces résultats m’ont choqué et déçu. J’ai fait le tour des villages de la région de Sidi Bouzid : Manzel Bouzayen, Regueb, Wled Haffouz ou Ben Aoun. Là-bas j’ai rencontré des personnes qui avaient voté pour la Pétition parce que son leader promettait 200 dinars [100 euros] de prime aux chômeurs, ou simplement parce qu’il était de Sidi Bouzid et qu’ils ne voulaient pas d’un président qui vienne de la région côtière du Sahel [région dont sont originaires les deux anciens présidents tunisiens]. Et puis la machine du RCD [parti dissout] s’est mise en branle et ses partisans ont encouragé les gens à voter pour cette liste. Enfin, je ne pense pas que les électeurs sachent tous que La Pétition  était une liste d’anciens membres du RCD. Ils ont juste été attirés par ses promesses. »

Alors que Slimane et ses confrères syndicalistes ont réussi à déclencher une révolution il y quelques mois, ils semblent aujourd’hui incapables d’enrayer le retour en force des acolytes de Ben Ali. Comment en si peu de temps ont-ils perdu leur capacité de mobilisation ?

« Je suis le seul à ne pas avoir rejoint de parti. Les leaders ont déserté le terrain. »

« Du temps de Ben Ali, la situation était plus simple : il y avait le peuple contre le RCD et il suffisait d’appeler à manifester pour que les gens viennent. Mais depuis, les leaders de la contestation ont rejoint des partis. Et désormais ils doivent demander la permission de leur organisation pour lancer un mot d’ordre. Il est aujourd’hui impossible de rassembler tout le monde sous une même bannière.

Les leaders de Sidi Bouzid ont déserté le terrain, la rue est désormais orpheline. Je suis le seul à ne pas avoir rejoint de parti. Et je me sens en danger car il y a eu une campagne contre moi. J’ai même été menacé par les milices de l’ancien régime, qui existent toujours. Aujourd’hui, ils me traitent d’agitateur et me demandent de repartir vers ma région, car je suis originaire du sud ouest. Cependant, je reste fermement décidé à ne pas céder à la contre-révolution. Il ne faut surtout pas se laisser abattre. Nous ferons pression sur l’Assemblée constituante pour garantir la réalisation des objectifs de la révolution.

J’ai encore de l’influence aujourd’hui sur les jeunes de Sidi Bouzid et je compte sur eux pour rester vigilants. Les médias ont exporté notre révolution en en faisant un modèle du printemps arabe. Il faut que ses objectifs soient atteints pour qu’on puisse vraiment parler de révolution. »

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Julien Pain – France 24, 25 octobre 2011.

[…]

Courriel reçu le 30 octobre 2011.

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Expérience autogestionnaire à l’échelle d’un village en Roumanie

Choisir la solidarité

En Roumanie, les habitants du village de Limba n’attendent plus rien du gouvernement. Ils ont pris en main leur localité et s’en occupent tous ensemble.

En 2007, dans le village de Limba, en Roumanie, le clocher de l’église, vieux de 70 ans, était sur le point de s’écrouler. Les villageois ont établi une liste de matériel nécessaire : bois, tôle, clous. Ils ont également organisé une collecte pour payer les artisans embauchés. Et puis ils les ont aidés en préparant leurs repas. Par la suite, les villageois se sont rendu compte qu’ils avaient besoin d’un chemin plus court vers les terres de cultures. La route s’arrêtait devant un ravin sans pont, ce qui les obligeait à faire un détour de trois kilomètres pour atteindre leurs champs. Les gens se sont rassemblés un dimanche. Ils avaient déjà récupéré du matériel de l’ancienne CAP [coopérative agricole de production, unité de production paysanne de l’époque communiste]. Et en une journée ils ont construit le pont. En 2011, les villageois se sont mobilisés pour venir en aide à une femme du village qui était entre la vie et la mort. Elle avait des problèmes cardiaques, et pas d’argent pour payer l’opération nécessaire à sa survie. À l’appel du prêtre, les villageois ont réussi à lever 2500 euros en une semaine. En avril, la malade a finalement été opérée et, aujourd’hui, elle va bien. Cette même année, les gens se sont cotisés et ont envoyé 11 enfants de familles pauvres en colonie de vacances pour une semaine.

Ce sont là quelques exemples de la manière dont cette petite communauté de Transylvanie [centre de la Roumanie] entend résoudre seule ses problèmes. C’est l’histoire de Limba. Une localité de 157 familles, située à quelques kilomètres de la ville d’Alba Iulia, pour qui le travail en commun de ses habitants est la seule richesse. Les villageois ont créé une association dont le nom s’inspire de celui du hameau, “Limbenii”. Ils ont établi dès le départ quelques principes : une assemblée générale, des projets pour l’année à venir, l’élection d’un président de l’association et d’une équipe de quatre conseillers. L’une des règles fondamentales stipule que personne ne doit faire de politique. Par ailleurs, les chefs doivent habiter le village. L’équipe de Dorin Bucur, le président actuel, s’est fixé comme objectifs pour 2011 la réalisation de travaux de maintenance du réseau de canalisations, le nettoyage du cimetière et la construction d’un Abribus.

Les villageois ont également défini un projet de développement pour leur localité. Une priorité puisque la grande majorité des habitants du village est encore jeune. Les salariés des entreprises établies dans le bourg le plus proche, Alba Iulia, y sont plus nombreux que les paysans. Mais l’on voit d’après l’aspect du village — et ses maisons bien entretenues — que ce sont des bosseurs. Un document intitulé La Vision du développement du village de Limba prévoit d’ailleurs de s’appuyer sur le tourisme pour construire l’avenir. Dans ce village traditionnel, chaque ménage a deux corps de maison. Vers la rue, “la maison de devant”, pour les invités. Donnant sur le jardin potager, “la maison de derrière”, plus simple et plus discrète, où habitent les hôtes. “La maison de devant” pourrait acquérir le statut de pension, une solution qui est à l’étude en ce moment.

Un dernier détail : si vous cherchez une taverne dans le village de Limba, sachez que vous n’en trouverez pas. Il n’en existe tout simplement pas, “parce qu’il n’y en a pas besoin”. Les habitants préfèrent se rendre visite les uns les autres au gré des occasions ou juste pour dire bonjour. Et tout le monde se rassemble pour les grandes fêtes de l’année : le nouvel an, Pâques, la Fête des mères. Ou les “fils du village”, l’une des fêtes les plus importantes de Limba, qui a célébré sa quarante-troisième édition les 3 et 4 septembre 2011. À ces occasions, chacun sait quelle nourriture apporter et en quelle quantité. Idem pour la boisson. Et pour rémunérer les musiciens, tout le monde se cotise.

Leur presse (traduit du roumain : Dan Gheorghe, Romania LiberaCourrier international), 4 novembre 2011.

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Quand les sans-papiers se rebiffent

Enquête – Durant le mois d’octobre, des sans-papiers ont été jugés en appel à Paris pour avoir incendié en 2008 le centre de rétention de Vincennes (verdict le 13 janvier). Cette révolte est devenue un symbole des luttes qui ont pris de nombreuses formes. En France et ailleurs.

En 2008, année où le Centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes a brûlé, deux autres centres de rétention ont pris feu et ont dû fermer : à Nantes et à Bordeaux. Au printemps 2011, c’est le centre du Canet, près de Marseille, qui a dû fermer suite à une épidémie de légionellose et un incendie volontaire.

Le 7 octobre dernier, à Rennes, sept retenus ont monté des barricades dans leur centre et jeté pierres et objets divers sur les policiers. Le communiqué du Réseau Éducation sans frontières d’Ille-et-Vilaine (RESF 35) explique les circonstances de cette révolte : « Ce soir vers 20 h, un retenu tunisien de retour du JLD [juge des libertés et de la détention, NDLR] s’est confronté à un policier qui lui avait balancé ses affaires à la figure. Ce geste a déclenché une rébellion des autres retenus. »

AUTO-MUTILATION

À chaque fois, mauvais traitements et conditions de rétention sont en cause : c’est le décès d’un retenu tunisien, Salem Essouli, non soigné pour ses problèmes cardiaques, qui a mis le feu aux poudres en 2008 à Vincennes, le plus grand centre de France qui était déjà en proie depuis plusieurs mois à des tensions grandissantes.

Le moyen le plus couramment employé par les retenus pour faire entendre leur détresse reste malheureusement l’auto-mutilation : avaler des lames de rasoir, du shampooing ou d’autres produits dangereux permet de retarder une expulsion. Dans les mois et les jours précédant l’incendie de Vincennes, des militants ont recueilli par téléphone les témoignages des enfermés.

Le 21 juin 2008, jour de la mort de Salem Essouli, l’un deux a ainsi relaté l’état d’esprit majoritaire : « Les autorités ont beau parler, la réalité de l’intérieur du centre est qu’on n’est pas traités comme des humains. On est des sans-papiers. On est mis dans une situation d’infériorité. Ce n’est pas facile à vivre. Des gens craquent. Ils pensent à se suicider. »

Si le désespoir prend souvent la forme d’actes auto-mutilateurs, les conditions d’existence en rétention, les rivalités entre retenus ou groupes de retenus et le fort turn-over font qu’il n’est pas forcément facile de s’organiser collectivement.

Néanmoins, les luttes collectives ne sont pas absentes des CRA, notamment lorsque les détenus font face à des problèmes qui touchent toute la collectivité, ou quand la multiplication des atteintes à leurs droits et à leur dignité ou des violences policières, fait sauter la soupape dans un climat déjà très tendu.

Matraquages, usage du Taser, livres religieux (co­rans) piétinés, mises à l’isolement, surcharge des chambres, soins bâclés, nourriture périmée sont autant d’occasions de se rebeller. D’autant que la rétention est de manière générale vécue comme une grande injustice par des gens ayant le sentiment d’être enfermés sans avoir commis aucun crime.

GRÈVES DE LA FAIM ET MANIFESTATIONS

Les moments et les espaces de vie commune sont alors un lieu idéal pour exprimer ce mécontentement, notamment par des grèves de la faim : « Ce midi, dans le réfectoire, les retenus ont refusé de manger parce que la nourriture est dégueulasse, raconte un retenu à Vincennes début juin 2008. Les flics sont venus avec des casques et ont tapé plusieurs hommes. Deux personnes sont en ce moment en isolement et menottés. On a écrit un texte que l’on va donner au chef de la brigade et puis on va le photocopier pour le donner à la Cimade et aux flics. »

Dans de telles conditions, le soutien extérieur est essentiel pour la pérennité de ces révoltes. À Vincennes, entre 2006 et 2008, il y avait quasiment un parloir sauvage par semaine — c’est-à-dire que les soutiens allaient parler à travers les grilles ou par téléphone aux retenus.

Un militant témoigne : « Avec les flics, c’était assez tendu. On était même parfois raccompagnés au RER pour cause de manif non autorisée. »

Ainsi, le 5 avril 2008, 15’000 personnes manifestent à Paris « contre une immigration jetable ». Deux cent atteignent le CRA où un Africain, Baba Traoré, a trouvé la mort la veille, mais la manifestation du samedi suivant est bloquée par les CRS. Cependant, le 4 mai suivant, un concert avec la rappeuse Keny Arkana est organisé devant le CRA et des retenus parviennent à joindre des militants, leurs paroles étant alors diffusées par la sono.

Briser l’isolement des retenus n’est pas toujours facile pour les militants, qui doivent nouer des relations de confiance avec des retenus méfiants, qui parfois pensent avoir affaire à des policiers. Mais quand le contact se noue, c’est tout aussi difficile côté retenus :

« Je vous ai vus samedi sur le parking, témoigne l’un d’eux le 14 avril 2008. En montant l’escalier et en s’appuyant sur une barre, on peut apercevoir le parking qu’ils ont essayé de nous cacher avec la bâche verte. Les flics nous ont empêchés de nous rassembler. Ils viennent à quatre ou cinq, ils se mettent parmi nous. Ils essaient de capter l’attention des retenus en leur parlant d’autre chose. Les gens se font avoir facilement et ça marche. Après votre visite […], le commandant […] nous a fait la morale pendant plus d’une heure. »

L’incendie du CRA a mis un coup de frein à ces mobilisations. Le CRA a été fermé le temps de sa reconstruction. Des sans-papiers ont été mis en cause et passent actuellement en jugement, sur la seule base d’images prises par des caméras de vidéosurveillance. De même, certains de leurs soutiens, qui avaient fait des tags ou allumé des fumigènes, ont eu affaire à la justice.

Pour autant, s’ils se font plus discrets, les actes de résistance individuels comme les luttes et révoltes collectives continuent dans les centres partout en France, avec ou sans soutiens extérieurs. Les associations comme RESF ou SOS Soutien Ô Papiers restent très actives sur le terrain, alors qu’en 2009 plus de 35 500 person­nes sont passées par un des vingt-cinq centres alors en activité pour 29’000 expulsés.

RÉVOLTES EN ITALIE ET EN AUSTRALIE

À l’étran­ger aussi les révoltes se multiplient. Aux portes de l’Europe, Malte et Lampedusa sont des plaques tournantes pour migrants fraîchement débarqués, souvent en grande situation de détresse. Le centre de Lampedusa en Italie, un des plus grands d’Europe, accueillait depuis le printemps des centaines de Tunisiens en attente d’une reconduite à la frontière et arrivés suite au relâchement des contrôles de doua­nes relatifs à la révolution dans leur pays.

Le 14 septembre dernier, un incendie éclate et 800 retenus parviennent à sortir de l’enceinte et à manifester dans l’unique ville que compte cette petite île aux cris de « Liber­té ! Liberté ! », avant d’être, pour la plupart, repris puis expulsés très vite. Les nuages de fumée ont entraîné la fermeture de l’aéroport de l’île, et quatre retenus ont été mis en examen en tant que « meneurs » de la révol­te.

Si le maire a violemment pris à partie les jeunes Tunisiens, condamnant leur « arrogan­ce » et parlant d’une « guer­re » qu’il faudrait leur mener, si certains habitants ont activement participé à la chasse au clandestin, d’autres ont en revanche exprimé leur solidarité avec les immigrés massés sur le port en allant discuter avec eux.

À l’autre bout du monde, l’Australie a une politique très stricte en matière d’immigration. Des bateaux chargés de mi­grants pour la plupart Afghans ou Sri-Lankais arrivent chaque jour sur ses côtes. En mars dernier, 200 retenus ont détruit le circuit de surveillance interne d’un centre et allumé un feu. Ils protestaient contre la lenteur des procédures administratives qui entraînait l’expiration de leur visa et leur retour de fait chez eux.

Le 20 avril, une centaine de retenus a brûlé à son tour neuf bâtiments du centre de rétention de Sydney lors d’une nuit d’émeutes. L’année précédente, deux tentatives de suicide avaient eu lieu dans ce centre.

Leur presse (Ornella Guyet, Témoignage chrétien), 5 novembre 2011.

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[Rennes] Transports gratuits aujourd’hui à Rennes ! Une fausse annonce

Dans la série des événements bizarres qui émaillent l’actualité rennaise de ces derniers jours, un nouvel épisode s’est produit ce matin. Des personnes non identifiées ont envoyé, dans les différentes rédactions, des communiqués à l’en-tête du Star (service de transport de l’agglomération rennaise) annonçant la gratuité, ce jeudi, des transports.

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Faux communiqué de presse

« Aujourd’hui, jeudi 10 novembre 2011, le réseau STAR, en partenariat avec Rennes Métropole, a décidé d’expérimenter les transports gratuits sur sa ligne de métro. Soucieux d’un réseau toujours plus adapté à tous les publics, le réseau STAR est convaincu de l’utilité sociale de permettre à tous et à toutes d’utiliser des transports en commun gratuits, rapides et diversifiés… » peut-on lire sur le communiqué avec une conclusion étonnante. « Si cette mesure venait à être plébiscitée par les usagers et usagères du réseau, la gratuité serait alors instaurée de manière définitive et les contrôleurs transformés en agents de citoyenneté… » Des autocollants vantant cette action auraient été aussi placardés dans le métro.

Une plainte déposée

Une plaisanterie qui n’est pas du goût de Kéolis qui a décidé de porter plainte pour dégradation de matériel.

Leur presse (Ouest-France), 10 novembre 2011.

Un petit malin fait croire que le métro est gratuit : Keolis porte plainte

Un communiqué envoyé à la presse, des autocollants disséminés dans le réseau… Ce jeudi, un mystérieux corbeau essaie de faire croire que le métro rennais est gratuit. Keolis a porté plainte.

Ce jeudi matin, la rédaction du Mensuel de Rennes a reçu un communiqué annonçant que le métro serait gratuit ce jeudi. Signé des chargés de communication de Rennes Métropole et du réseau Star, le document arbore les logos des deux organismes.

« Soucieux d’un réseau toujours plus adapté à tous les publics, le Star est convaincu de l’utilité sociale de permettre à tous et à toutes d’utiliser des transports en commun gratuits, rapides et diversifiés, indique celui-ci. En favorisant la gratuité des transports en commun, le réseau Star entend, de plus, réduire la circulation automobile par trois et, ainsi, lutter contre le réchauffement climatique. La santé des Rennais et Rennaises en sera d’autant plus préservée. »

Plainte déposée pour dégradations

Le ou les auteur(s) de ce mystérieux communiqué assure que cette mesure est « financièrement réaliste ». Pour sa mise en œuvre, il suffirait d’augmenter la contribution des entreprises qui « plébiscitent le métro ». « Si cette expérience venait à être plébiscitée par les usagers et usagères, la gratuité serait alors instaurée de manière définitive et les contrôleurs transformés en agents de citoyenneté », conclut le communiqué.

Outre ce communiqué, des autocollants ont été disséminés un peu partout sur les distributeurs automatiques de billets, vantant les mérites de cette journée gratuite.

Contactés, les services du Star et de Rennes Métropole démentent cette information. Armelle Billard, chargée de communication de Keolis, annonce qu’une plainte a été déposée pour dégradations. Les autocollants ont été rapidement enlevés par ses services.

De son côté, Rennes Métropole étudie les suites à donner à cette usurpation de logo et d’identité. C’est la première fois qu’une telle opération de « faux » est menée à cette échelle sur le réseau, indique aussi Keolis.

Leur presse (Le Mensuel de Rennes), 10 novembre 2011.

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[Besançon] Rassemblement antimilitariste le 11 novembre à 11h

Vendredi 11 novembre 2011 : Rassemblement antimilitariste
RDV à 11h, au 11 rue Battant (devant la Maison du Peuple) à Besançon

Ci-dessous le tract :

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Si nous appelons à ce rassemblement un 11 novembre, c’est tout d’abord pour se souvenir du nombre de victimes sacrifiées sur l’autel du capitalisme au nom du nationalisme au cours de la boucherie de 14-18, mais également de toutes les guerres, actuelles et passées. C’est également pour rendre hommage à tous les insoumis, déserteurs et pacifistes d’aujourd’hui et d’hier. Enfin c’est pour dénoncer l’armée en tant qu’institution, ainsi que l’avancée du militarisme dans les structures économiques, dans l’éducation et dans le contrôle de la société dans son ensemble.

L’ARMÉE, C’EST L’INSÉCURITÉ

Cette institution demeure un danger permanent qui pèse sur chacun de nous, en tant qu’individus, mais aussi sur toute la collectivité et en particulier sur le mouvement social, parce qu’elle est et a toujours été le dernier rempart, l’ultime recours armé de l’État et du patronat. Dernièrement (le 19 octobre), lors de l’audition du général Bertrand Ract-Madoux, chef de l’état-major de l’armée de terre à la commission de la défense à l’assemblée nationale, a été posée la question de l’emploi de la force armée sur le sol national, notamment concernant le plan Vigipirate. Ceci montre bien que la possibilité de répression par l’armée d’un soulèvement populaire est envisagée par nos députés. Le plan Vigipirate participe au contrôle des populations sous prétexte de lutte contre le terrorisme. On croise quotidiennement des bidasses armés jusqu’aux dents dans le métro parisien, les transports urbains, les gares ou certains quartiers… L’histoire sociale n’est qu’une suite d’exemples sanglants de la nocivité intrinsèque de l’armée : de la Commune de Paris à celle de Kronstadt, des conseils ouvriers d’Allemagne ou d’Italie aux révolutionnaires espagnols, du Chili à la place Tian An Men, la liste est interminable de toutes les forfaitures et abominations de la gent militaire, sous les ordres de la « gauche » ou de la « droite ». Une instruction datée du 3 mai 2010, rédigée avec le concours des ministères de l’Intérieur et de la Défense par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), évoque d’ailleurs la possibilité de mobiliser 10’000 hommes en cas de « crise majeure ». Ces hommes pourraient être également utilisés dans les quartiers dit « sensibles », où la rénovation urbaine en cours vise à faciliter les interventions policières, mais aussi éventuellement militaires.

PROPAGANDE MILITARISTE GÉNÉRALISÉE

Des affiches et des spots particulièrement cyniques, avec pour slogan « Devenez vous-même », sont apparus en 2010 dans les rues et sur les écrans, financés par nos deniers. L’armée française a lancé une grande campagne publicitaire afin de recruter des jeunes, qui parfois se laissent tenter. C’est que les temps s’y prêtent : la crise aidant, rarement la pression pesant sur les épaules de la jeunesse ne s’est aussi bien fait sentir. Sans certitude aucune concernant la place éventuelle que voudront (peut-être) leur allouer les générations précédentes, elle est une proie de choix pour les sergents recruteurs, lesquels ne s’y sont pas trompés : sur les 15’000 postes prévus, 12’000 seront réservés à des jeunes sans qualification, promis à l’ambitieux statut de… militaire du rang. Rappelons à cette jeunesse tant convoitée par les vautours en kaki que l’armée est l’école du crime, car elle est par essence l’école de la soumission totale de l’individu aux ordres de la hiérarchie. La contrepartie essentielle de la paye versée au soldat, c’est l’abdication totale du libre-arbitre, notamment si on lui ordonne de tirer, de tuer. L’armée est une institution hiérarchisée au sein de laquelle chaque individu est « modelé » à force de pression psychologique et d’astreinte physique. Le but est de produire un modèle unique de militaire obéissant aux objectifs, quelles qu’en soient les conséquences humaines et politiques. Dans une société sécuritaire encadrée par le management au service du pouvoir capitaliste et étatique, l’enjeu du militarisme n’est pas seulement de fournir un bras armé, mais aussi un modèle social. Les programmes d’éducation civique lui donnent toute sa place, et dernièrement, l’UMP a repris une propostion de Ségolène Royal datant de la campagne présidentielle de 2007 concernant l’encadrement militaire des jeunes délinquants, et le refus du sénat, aujourd’hui de gauche, ne peut faire oublier la trop grande acceptation de celle-ci des enjeux sécuritaires liés à l’armée. Or, pas plus qu’il n’y a de capitalisme émancipateur, il n’y a de militarisme émancipateur. Obéir aux chefs, sergents ou patrons, c’est renier notre légitimité à agir par et pour nous-mêmes.

L’ARMÉE, COÛTEUSE ET POLLUANTE…

La chose militaire pollue, et pas que les esprits. Il suffit de songer aux essais nucléaires et à toutes les saletés qui ont été fabriquées et le sont encore : armes chimiques, bactériologiques, etc. Et on ne finit pas d’en payer les conséquences. Il suffit de demander à tout-e-s les irradié-e-s ou à tou-te-s les mutilé-e-s par des mines antipersonnelles par exemple. Sans parler du gaspillage monstrueux de carburant (avions de chasse…). Le Sipri (Institut national de recherche pour la paix, de Stockholm), dans son rapport annuel publié le 2 juin 2010, nous informe qu’en 2009 le monde a consacré 1531  milliards de dollars au secteur militaire, soit 49 % de plus qu’en 2000. Ce n’est pas la « crise » pour tout le monde, et si les États-Unis représentent à eux seuls la moitié de ce budget mondial, la France est en bonne place dans cette course à la « rigueur » avec… 63,9 milliards de dollars consacrés à l’armement. Lors de la discussion sur le budget prévisionnel de 2012, on apprend que le budget de la défense va être augmenté de 1,6 %, alors même que celui de l’éducation nationale reste stable et que celui du travail et de l’emploi perd plus de 12 %. Cela permet de voir où vont les priorités de ce gouvernement. Le capitalisme porte la guerre comme les nuées portent l’orage…

LE CAPITALISME, C’EST LA GUERRE PERMANENTE DE TOUS CONTRE TOUS

Car derrière toutes les guerres et leurs prétextes piteux et grotesques, se cachent toujours les intérêts économiques, les prétentions impérialistes et les appétits militaristes. Et notamment le contrôle à tout prix des matières premières par les multinationales. La récente intervention militaire de l’OTAN en Lybie est là pour nous le rappeler : si les médias et les différents États désinforment le peuple en affirmant que les pays impérialistes viennent en soutien aux « révolutionnaires » face à Khadafi (sans rire !!), c’est pour tirer profit des ressources économiques en permettant le massacre des populations. On le voit dans la présence de multiples bases de l’armée française en Afrique, dans ses interventions régulières sur ce continent (Tchad, Rwanda, Côte d’Ivoire…) et dans le soutien logistique et matériel à ces États pour la répression de leurs propres populations locales révoltées. La Lybie est le parfait exemple du peu de cas dont font preuve nos dirigeants pour la démocratie et les peuples soumis, en effet après avoir vendu à Kadhafi de quoi espionner et réprimer son peuple, les voilà tous en guerre contre ce tyran naguère reçu en grande pompe à l’Élysée. Et que l’on ne s’y trompe pas, la démocratie n’a rien à voir dans ce choix, l’appât du gain étant le seul motif pour le président des droits de l’Homme, qui, depuis le changement de régime, peut se targuer d’avoir mis en bonne place Total pour l’exploitation du pétrole lybien. L’accord franco-anglais signé le 2 novembre 2010 laisse présager du pire : la création d’une force militaire conjointe de plusieurs milliers d’hommes, mobilisables pour des opérations extérieures bilatérales ou sous drapeaux de l’OTAN, de l’ONU ou de l’Union européenne, ainsi que la création d’un laboratoire d’essais nucléaires commun. Si les grandes puissances capitalistes souhaitaient réellement endiguer le « terrorisme », il leur suffirait peut-être de consacrer leur budget, aujourd’hui dévolu aux interventions militaires, aux « infrastructures », aux hôpitaux et aux écoles. Leur choix montre donc bien qu’ils n’ont pas intérêt à voir l’épouvantail du « terrorisme » disparaître. « Al-Qaida », réseau à ses origines développé par la CIA, s’il a échappé à celle-ci, demeure en tout cas un prétexte idéal à l’impérialisme occidental. C’est que la guerre, ça rapporte, aussi bien aux multinationales de l’énergie et des matières premières qu’à celles de l’armement, qui en France contrôlent stratégiquement une grande partie des médias (jusqu’aux manuels scolaires), sans parler de leurs liens affichés avec le Pouvoir. Au nom des « intérêts de la France », ou de la « démocratie contre le terrorisme », c’est un avenir de mort et de misère qui s’offre à tous les peuples opprimés. Les anarchistes ne cesseront jamais de dénoncer et de lutter contre les marchands de canons, les armées, les nationalistes, les États et les systèmes économiques générateurs d’oppression et de logique guerrière.

PAS DE GUERRE ENTRE LES PEUPLES, PAS DE PAIX ENTRE LES CLASSES

Depuis maintenant un an que les « fusillés pour l’exemple » sont réhabilités, la municipalité ayant décidé d’apposer une plaque à l’entrée de la Maison du Peuple, 11 rue Battant, pour honorer la mémoire de Lucien Bersot, associée à celle d’Élie Cottet Dumoulin, ouvrier ferblantier de Battant, condamné à 10 ans de bagne pour avoir protesté contre la sanction frappant son camarade. En février 1915, après une parodie de procès de 2 jours, était fusillé un soldat franc-comtois. Son crime : avoir refusé de porter un pantalon en loque et maculé de sang pris sur un mort. Son nom : Lucien Bersot. En ce début 1915, cette guerre, qui fera des millions de morts, devenait impopulaire et le troufion renâclait à se faire trouer la paillasse. Il fallait resserrer les boulons, faire des exemples. Lucien Bersot en fut un. Depuis longtemps nous demandions que la rue Bersot soit débaptisée et rebaptisée en rue Lucien Bersot, fusillé pour l’exemple. En effet, Lucien Bersot n’est pas mort pour la France, mais mort PAR la France. C’est la France qui l’a condamné et fusillé. Par cette action symbolique nous tenons à rappeler les horreurs de la guerre et la brutalité des tribunaux militaires et/ou d’exception. Combattons dès aujourd’hui le militarisme afin que nous n’ayons plus, dans le futur, à commémorer ce genre d’horreur. Crions notre dégoût de la guerre, de l’armée, de toutes les armées. Les événements actuels nous poussent d’ailleurs à continuer notre combat pour un monde solidaire.

CNTFASCALP – Libertaires.

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[Nantes-Notre Dame des Landes] Tentative de recruter une taupe dans le bocage contre un téléphone et des cacahuètes

Deux personnes à vélo se font contrôler dans la banlieue nantaise (à une quinzaine de km en direction de la ZAD) par une voiture « gendarmerie » et une banalisée, fin octobre. C’est le jour de la « visite » des bureaux de Vinci par une cinquantaine de personnes et les flics affirment dès le début qu’il-es sont des squatteur-euse-s qui reviennent de l’action. Les camarades donnent leurs noms mais ne répondent pas aux autres questions, ni quand les flics leur demandent d’indiquer leurs domiciles sur une carte IGN de la zone occupée. Après la prise d’identité, la personne qui comprend le français est entièrement « prise en charge » par un des flics de la bagnole banalisée (c’est-à-dire dans la voiture et au poste), et les deux sont emmené-es séparément à la gendarmerie de Sautron.

Dans le bureau le flic « spécial » (RG classique du coin qui bosse sur la ZAD ? Membre d’une équipe qui viendrait d’ailleurs et bosserait sur des faits précis ?) continue à poser des questions qui semblent anodines, histoire de créer un climat de pseudo confiance, d’amorcer une conversation plus que d’obtenir des informations précises. Florilège : « depuis combien de temps t’es ici ? T’habites où ? Est-ce que tes parents savent que tu es là ? ». Une gendarme entre et interrompt son monologue pour s’adresser à la camarade en lui disant « qu’on sait que tu es sur la ZAD depuis mai ». Et le flic pas comme les autres essaye de la faire réagir, de lui mettre la pression en la menaçant. « T’étais à cette manif’ », « tu pourrais être poursuivie pour les délits du groupe », « si jeune, ça pourrait détruire ta vie », ou encore « si tu coopères pas je te laisse avec les gendarmes » (tu sortiras moins vite). Il sous-entend qu’il pourrait l’aider à sortir de la galère (matérielle et juridique) si elle se montrait coopérante. Juste au moment de la sortie du commissariat (à la fin des quatre heures de contrôle d’identité) et avant de remonter en voiture pour la raccompagner aux vélos, le super keuf donne un numéro de téléphone et un créneau horaire où appeler le lendemain en re-disant que si elle donne des informations, ils lui donneront un téléphone et de l’argent (« comme ça tu pourras me joindre si tu as besoin de nous »). Dans la bagnole, il s’assure qu’elle a assez d’argent pour le rappeler et tente un dernier coup de pression « si tu le fais pas, je te pourrirai la vie et ça sera plus possible pour toi de vivre sur la ZAD » (sans suites ni du côté de la camarade qui n’a pas rappellé ni des keufs…).

Un des éléments qui est utilisé par les flics pour avoir ce qu’ils veulent dans ce contrôle d’identité, c’est le fait qu’ils affirment qu’ils savent qu’elle est là depuis plusieurs mois, alors qu’elle n’avait pas été contrôlée avant (laisser entendre qu’ils la connaissent, qu’ils ont des informations sur elle…). C’est bon de se préparer à ce genre de coup de pression parce que les flics prennent régulièrement des photos sur la ZAD (voitures banalisées/hélicoptère…*) et qu’un trombinoscope de personnes liées à cette lutte existe depuis plusieurs années (photos et noms, renseignés au moins par les RG de la région et par les contrôles d’identités successifs). Ce trombinoscope a été vu dans les gendarmeries alentour et pendant certaines grosses opérations sur la ZAD (forages…). À la gendarmerie de Sautron, d’autres camarades, ont été confronté-es à une gendarme « physionomiste » qui semblait être formée pour retenir les gueules, les noms et les CV des personnes relatives à cette lutte. Le fait de relier à des photos du trombinoscope des personnes contrôlées ensemble, ou repérées à un endroit leur permettant, a posteriori, de retrouver toutes les fois où l’on a déjà eu affaire à une personne que l’on ait ou non pu mettre la main sur son identité.

Localement ça n’est pas la seule histoire qui traîne et dans les autres cas, les keufs ont semblé également s’intéresser à des personnes plutôt jeunes ou en embrouilles juridiques. Qu’on soit ou non réellement en embrouilles juridiques, les flics disent souvent qu’on est dans la merde pour foutre la pression, et forcer à lâcher des éléments qui vont vraiment jouer contre nous ou d’autres. Dans tous les cas, il n’y a pas de conversations anodines avec eux. Une des façons les plus sûres de ne pas les aider dans leur boulot, de ne pas leur donner d’éléments sur soi ou d’autres, c’est de ne pas répondre à leurs questions, que ce soit dans le cadre d’une garde à vue ou d’une convocation en tant que « témoin ». Se rendre à une convocation au commissariat, qu’elle soit transmise de manière orale (téléphone/tiers) ou écrite n’est pas obligatoire. Au pire les flics viennent nous chercher, au mieux ils lâchent l’affaire. Dans certains contextes, cette décision prise collectivement a déjà facilité la vie à des personnes qui se sentaient en danger ou qui avaient peur de ce qu’il-es pourraient lâcher, à celles et ceux qui ne voulaient pas filer leur ADN ni tailler le bout de gras avec les condés. Si on ne se sent pas de refuser leur « invitation » à se rendre au commissariat, ce qui peut arriver, ou qu’on préfère savoir ce qu’ils nous veulent, c’est important de se préparer avec d’autres, d’anticiper leurs coups de pressions (et notamment un placement en garde à vue) pour ne pas y céder.

Ici et ailleurs, les flics sont tentés de recruter des indics pour y voir plus clair. C’est valable dans plusieurs « milieux », qu’il s’agisse d’activisme politique ou de trafics divers et variés… Cette nouvelle tentative ressemble à celle décrite à Lyon (« 22 v’là la SDAT ») qui ressemble à celle décrites à Paris (« Quand la brigade criminelle cherche à acheter un camarade », « La police tombe sur un os »), qui ressemble à celle décrite à Bruxelles (« Ils cherchent des mouchards, ils n’auront que des mollards »)… Ce problème va au delà des indics recrutés à l’intérieur… Comme documenté récemment des infiltré-es d’État et d’entreprises** (dont la mission va parfois plus loin qu’un territoire national, ou qu’une lutte « locale ») ont été découvert-es à travers l’Europe et c’est probable que certain-es soient encore présent-es dans ces groupes d’individu-es ou luttes.

L’intérêt de placer des personnes à « l’intérieur » se situant à long terme, dans le fait de mieux comprendre des tendances/groupes à l’intérieur d’une masse d’individu-es pour pouvoir être à l’occasion capable de faire très rapidement des hypothèses sur la ou les auteur-e-s d’une attaque qui les énerverait particulièrement mais aussi d’élaborer au fur et à mesure, et dans une échelle assez large, une vision plus fine d’un qui-fait-quoi.

Sans céder à la paranoïa, et malgré le fait qu’on puisse à des périodes se sentir moins directement visées par la répression dans nos pratiques quotidiennes, c’est indispensable pour préserver nos espaces de luttes et nos amitiés de prendre des habitudes qui rendent leur boulot de renseignement moins efficace. Parce qu’on n’est jamais tout à fait sûres qu’iles ne sont pas présent-es, physiquement ou à l’aide de gadgets (micros, caméras, gps…) et qu’on ne leur donne pas, malgré nous, d’informations qui leur rendraient service. Compliquer leur boulot, en rendant publiques leurs tentatives échouées (ou non) de recruter des indics, en ne partageant pas d’information au delà de ce qui est nécessaire, en prenant l’habitude de ne pas discuter n’importe où (lieux surveillés potentiellement, téléphones) ni n’importe comment de ce qui peut attirer leur attention (écrits ou actions…) que cela nous concerne ou pire, en impliquant d’autres personnes, et en étant attentives à ce qui peut se dire autour de nous… Tout en sachant que cela ne dépend pas que de nous, et que ces précautions ne suffiront jamais tout à fait.

Renversons l’existant !

Indymedia Nantes, 10 novembre 2011.

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Londres : déploiement de blindés contre les étudiants

Des blindés pour la manifestation d’étudiants à Londres

Les étudiants veulent marquer le coup, un an après les manifestations de 2010. L’année dernière, 50’000 personnes étaient descendues dans la rue pour protester contre l’augmentation des frais universitaires. Pour éviter les violences survenues lors de ces rassemblements, la police britannique a prévu de nouvelles mesures de sécurité.

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Les étudiants disent vouloir une marche d’envergure un an, jour pour jour, après le premier défilé contre le triplement des frais universitaires. Les groupes anarchistes, eux, promettent de déclencher une nouvelle vague de violences, quant à la police elle prévient qu’elle va déployer quelque 4000 policiers contre les 225 qui supervisaient le premier défilé et qui avaient été complètement débordés par la rage des manifestants.

Mais la décision la plus controversée de la Metropolitan Police est de prévoir en renfort des véhicules blindés et des officiers qui seront autorisés à tirer des balles en caoutchouc. Ces nouvelles tactiques ont été prévues après les graves émeutes qui ont secoué plusieurs grandes villes britanniques cet été. Celles-ci avaient provoqué l’indignation de certaines personnalités car elles n’étaient pas sans rappeler les heures sombres du conflit nord-irlandais. Le président de l’association des préfets de police, Hugh Orde, a critiqué une décision qu’il estime totalement disproportionnée.

En attendant la confrontation, le monde enseignant et surtout les professeurs d’établissements secondaires tentent de convaincre leurs élèves sollicités par les manifestants pour venir grossir les rangs de ne pas participer à une journée qui pourrait très vite déraper.

Leur presse (Muriel Delcroix, RFI.fr), 9 novembre 2011.

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[Italie] Les journaflics travaillent (suite)

Black Blocs, une violence manipulée ?

La mairie de Rome a interdit les manifestations pendant un mois en mettant en avant les violences de dimanche dernier provoquées par les Black Block. Nous les avons rencontrés. Ils expliquent le sens de leurs « actions directes » et leurs stratégies. La police italienne qui les surveille de très près ne fait pourtant rien pour prévenir les affrontements.

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Ils ont la rage au ventre et veulent tout casser pour exprimer leur refus d’un système qui ne les représente pas.  Et certainement pas, un pouvoir laminé par les scandales sexuels de Silvio Berlusconi et les affaires de corruptions dans lesquelles sont impliqués plusieurs parlementaires de droite comme de gauche. « Ils », ce sont les Black Blocs qui se sont invités au cortège des Indignés samedi dernier pour casser les vitrines de banques et de magasins et incendier des voitures. Bilan : 135 blessés, dont 105 policiers et des dégâts évalués à plus de 5 millions d’euros.

Qui sont les Black Blocs ?

« J’ai trente ans, je suis fille-mère, je n’ai pas de maison, pas d’argent et les institutions ne font rien pour moi et pour ma fille » dit  A.

« La violence s’impose dans une société qui fusille notre avenir »

Le visage caché par une écharpe, les cheveux couverts par un capuchon noir, elle explique que samedi dernier, elle était aux cotés de ceux qui ont essayé de « casser du flic ». Et tant pis si les policiers sont, eux aussi, de pauvres gens avec un salaire de misère.

« Ils représentent le pouvoir, défendent ces institutions que nous répudions. Ils nous ont empêché de marcher sur le parlement pour crier notre colère et notre désespoir. »

L. a lui aussi une trentaine d’années, un diplôme d’économie en poche et un emploi précaire. Il est fils de bonne famille et samedi dernier, il a, comme A., jeté des pavés sur les carabiniers pour les faire reculer. Il va encore plus loin que A. et critique la façon dont les Indignés ont protesté samedi dernier.

« Cela n’a aucun sens de défiler calmement, les politiciens s’en foutent. Nos actions ne sont pas violentes par nature, nous nous défendons contre la violence des politiciens et de la société actuelle. Une société qui est train de fusiller notre avenir. La seule forme de protestation possible est la nôtre, tout casser pour faire prendre conscience que notre colère est profonde et brutale » explique L.

Les compagnons de A. et de L. sont issus de différentes classes sociales. Des  jeunes précaires qui fréquentent  les centres sociaux, des étudiants, des cinquantenaires fatigués de courber la tête sous le joug de la crise économique et financière. La bataille de Rome de samedi dernier, tous l’ont préparé pendant un an.

Un an pendant lequel, certains se sont entraînés dans les sous-bois de la Val de Susa au dessus de Turin, là où devrait passer le train à très grande vitesse. Pour bloquer la construction du réseau, les détracteurs de la grande vitesse organisent des manifestations ponctuelles auxquelles s’invitent aussi régulièrement les Blacks Blocs.

Plan de bataille et guérilla urbaine

« Cela nous  sert d’entrainement pour  la guérilla urbaine » confie un jeune black bloc romain. Un autre groupe fait la navette entre Rome et Athènes. En Grèce, leurs « camarades » leur ont appris que cette guérilla urbaine nécessite une organisation précise. La leçon a été retenue. Samedi dernier, les Black Blocs romains ont préparé leur plan de bataille dans les moindres détails. La veille de la manifestation, ils ont entreposé des frondes et autres cocktails Molotov dans un fourgon garé à côté de la place Saint Jean de Latran.« Cela nous  sert d’entraînement pour  la guérilla urbaine » confie un jeune black bloc romain. Un autre groupe fait la navette entre Rome et Athènes. En Grèce, leurs « camarades »

Puis, ils ont disséminés des sacs en plastique contenant ces armes artisanales le long du parcours. Enfin, ils ont ramassé des pavés, des bâtons, des massues et des pics pour démolir la chaussée dans un chantier. Pour mieux encercler la police, ils se sont partagés en deux grands bataillons et répartis en brigades. Une tactique militaire pour une opération militaire.

« Samedi, ce n’était que le début. Ils ne nous auront pas, nous continuerons à nous battre et nous serons toujours mieux organisés et plus nombreux » promet C.

Plusieurs fois par semaine, il rencontre ses compagnons, dont une jeune Française d’une trentaine d’années, dans un bar situé dans la périphérie de Rome. Cette jeune femme dont le nom circule dans le milieu, ferait partie des irréductibles. Du moins si l’on en croit les confidences d’un jeune black bloc romain. L’endroit est contrôlé par la police qui photographie toutes les personnes qui entrent et qui sortent. Mais bizarrement, les forces de l’ordre ne font rien de plus. Après les désordres de samedi dernier, l’endroit n’a pas été perquisitionné et les consommateurs de noir vêtus n’ont pas été cueillis à la tombée de la nuit alors qu’ils préparent de nouvelles actions.

« Cela sert le pouvoir »

La situation est d’ailleurs identique dans un « centre social » (espace culturel autogéré, NDLR)  situé dans la périphérie romaine. Là encore, des agents déguisés en passants pour mieux se fondre dans le paysage, contrôlent les entrées et les sorties, prennent des photographies et des notes sur leurs calepins. Rien d’autre.

« Cela leur permet de manipuler la situation. En fait, ils les laissent faire comme cela les revendications des pacifistes passent à la trappe » analyse Paolo Fusco, étudiant en sociologie. Il explique que depuis samedi, la presse ne parle que des Black Blocs et des déclarations des autorités notamment du ministère de l’Intérieur.

« Du coup, personne n’a parlé des milliers et des milliers de personnes qui ont défilé dans les rues de Rome pour réclamer le changement de la politique économique et sociale. Cela sert le pouvoir » note Marcello Fusco.

Difficile de lui donner tort. Depuis trois jours, la presse italienne fait état des arrestations dans les milieux anarchistes, des lois spéciales, comme le « flagrant délit différé » que le ministère de l’Intérieur va introduire, du décret municipal adopté il y a deux jours pour interdire les manifestations dans le centre de Rome pendant un mois. Soit le temps pour les habitants de panser leurs plaies et pour la mairie, de faire le ménage dans Rome. Au milieu de tout ce bruit, on n’entend plus parler des Indignés.

En attendant les black blocs seront dimanche prochain dans le Piémont où une nouvelle manifestation sur le chantier de la ligne TGV Lyon-Turin est prévue.

Leur presse (Ariel Dumont, fr.MyEurop.info), 19 octobre 2011.

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Résistons Ensemble n° 102 – novembre 2011

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[Lycée Balzac à Paris] Solidarité lycéenne avec la grève de leurs profs. Répression policière. Une blessée grave. ACAB

Le blocus de la cité scolaire Balzac dégénère

Un lycéen a été arrêté hier par la police pour rébellion. Deux élèves ont été blessées. La grève des enseignants se poursuit dans cet établissement du XVIIe aux classes surchargées.

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Colère et émotion hier à la cité scolaire Honoré-de-Balzac (XVIIe) à la suite des incidents qui se sont produits lors du blocage de cet établissement le matin par les élèves. Un lycéen de 17 ans a été placé en garde à vue et deux élèves ont été blessées au cours d’une bousculade.

La grève déclenchée pour la troisième fois hier par les enseignants pour protester contre les classes surchargées et le manque de moyens dans ce gros lycée et collège, situé le long du boulevard Bessières a été reconduite aujourd’hui.

Hier matin, une centaine de lycéens avait bloqué avec une chaîne l’entrée de cet établissement comptant 2000 élèves en soutien aux enseignants en grève. Un barrage filtrant avait été installé sur une entrée secondaire pour laisser passer les collégiens. Tout a dégénéré lorsqu’un policier a sectionné la chaîne pour libérer l’accès pompiers. « Les policiers ont tenté de nous repousser et ont attrapé un élève à la gorge avant de le plaquer au sol et de le rouer de coups, raconte Émile, en terminale. Puis ils l’ont menotté et emmené. Nous avons tenté de bloquer le véhicule de police en nous mettant en travers du boulevard Bessières. » Dans la bousculade, une jeune fille a eu le tibia fracturé et une autre a été légèrement blessée.

La police présente une autre version : « Le commissaire accompagné d’un gardien de la paix ont tenté de parler avec le meneur pour mettre fin au blocage, mais il les a bousculés. Le policier a été blessé à la main. » Le garçon de 17 ans a été arrêté pour rébellion, outrage et violences sur personne dépositaire de l’autorité publique, et placé en garde à vue. Il a été relâché en fin d’après-midi. Il comparaîtra devant le parquet des mineurs en décembre.

Alerté, l’inspecteur d’académie s’est rendu sur place dans la matinée pour tenter de ramener le calme. « Nous réclamons cinq postes de surveillants, deux postes administratifs supplémentaires et attendons qu’un poste d’infirmière soit pourvu », indique une représentante syndicale du Snes. Ils dénoncent aussi « de graves dysfonctionnements dans les emplois du temps, avec des trous et des cours qui se chevauchent » ainsi qu’un « manque de dialogue avec leur direction ». Ils ont décidé de poursuivre leur action aujourd’hui. « Les élèves sont très choqués et très remontés, poursuit la déléguée du Snes. Nous ne voyons pas comment nous pourrions gérer les classes dans ce contexte. Il va falloir que la situation évolue. »

Hier soir, à l’issue d’une réunion avec les professeurs, les parents ont décidé d’appeler à une école morte aujourd’hui et à un rassemblement jeudi devant le rectorat.

Leur presse (Christine Henry, LeParisien.fr), 9 novembre 2011.


Intervention policière musclée devant un lycée parisien

Des élèves, dont certains auraient été blessés, et des professeurs ont bloqué l’entrée du lycée Honoré de Balzac à Paris pour réclamer de meilleures conditions de travail.

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Manifestation musclée devant le lycée Honoré de Balzac à Paris (XVIIe). Les forces de l’ordre sont intervenues ce mardi pour forcer l’entrée de l’établissement scolaire, bloquée depuis le début de matinée par les professeurs et les élèves.

Ces événements font suite à une grève entamée le 3 novembre dernier par le personnel de la cité scolaire, pour protester contre les mauvaises conditions de travail. Pour soutenir le mouvement, des élèves ont décidé, ce mardi matin, de bloquer l’entrée de l’établissement. « Les élèves formaient une chaîne humaine devant l’entrée. Le blocus était alors pacifique », témoigne une élève de terminale.

Jusqu’à l’intervention des forces de l’ordre vers 9h30 pour débloquer l’établissement. Des heurts ont alors opposé une dizaine de policiers aux manifestants. Une élève aurait le tibia cassé par une lampe torche d’un policier. Un de ses camarades, âgé de 17 ans, aurait été légèrement blessé à l’arcade sourcilière. Ce dernier a été conduit au service médico-judiciaire de l’hôpital de l’Hôtel-Dieu pour faire constater ces blessures, mais aucune trace de violence n’a été enregistrée. Il a été placé en garde à vue pour « rébellion, outrage et violence sur une personne dépositaire de l’autorité publique ». Il a été libéré à 16h10.

D’après la police, l’élève arrêté s’est montré particulièrement agressif envers les forces de l’ordre. Les lycéens de leur côté contestent la version des policiers et assurent avoir été victimes d’une violence inappropriée : coups de matraque, usage de gaz lacrymogène… Plusieurs élèves envisagent de porter plainte cet après-midi.

Leur presse (Tony David, L’Express.fr), 8 novembre 2011.


Bousculade entre lycéens et policiers

Une bousculade s’est produite ce matin devant la cité scolaire Balzac, à Paris (XVIIe), quand des lycéens ont entrepris d’empêcher la police de débloquer les accès de l’établissement, cadre d’un conflit social, a indiqué le rectorat. Un élève mineur « a été embarqué après s’être frotté avec un policier », a indiqué Philippe Fatras, inspecteur d’académie pour le second degré, qui a ajouté avoir recueilli « plusieurs versions » de la génèse de l’incident.

Ce matin, en soutien au personnel enseignant et administratif en grève contre des suppressions de postes et des classes surchargées, des élèves ont bloqué avec des chaînes les accès à l’établissement, « y compris l’accès pompiers », a précisé Philippe Fatras.

En conséquence, le proviseur a demandé l’intervention de la police qui a entrepris de couper les chaînes qui empêchaient l’ouverture des portes, a poursuivi l’inspecteur d’académie. S’en est suivie une bousculade.  Philippe Fatras a rencontré les professeurs grévistes à qui il a annoncé la création d’un poste équivalent temps plein de surveillant, « un effort conséquent en cette période », a-t-il estimé. Les professeurs en ont pris bonne note.

Leur presse (Agence Faut Payer), 8 novembre 2011.

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[Faure et Reclus à l’Élysée] Quelle liberté d’expression aujourd’hui ?

Entretien téléphonique avec Jean-François Gallotte (alias David Grossexe), comédien et auteur du document Carbone 14, le film, qui sort en DVD aux Mutins de Pangée à l’occasion des trente ans des radios libres.

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Plutôt que de revenir sur l’exemple de Carbone 14 dans le bref moment de libération de la bande FM entre 1981 et 1983, Jean-François dresse par l’exemple un bilan de l’évolution des conditions d’exercice de la liberté d’expression dans les médias, la culture et la société aujourd’hui.

Émission diffusée le 3 novembre 2011 sur Radio Périgueux 103, à écouter/télécharger/diffuser sur l’audioblog de Faure et Reclus à l’Élysée.

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[Tours] Manifestation antifasciste – 4 novembre

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Marseille : un squat d’artistes menacé d’expulsion par l’Église

Marseille : le théâtre Nau n’a pas dit son dernier mot

Des artistes occupent l’ancien théâtre et rameutent un nombreux public. Mais la menace d’une expulsion plane…

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Le nom du lieu culturel qui casse la baraque en ce moment à Marseille ? Attention, la réponse est déroutante : on nomme le théâtre Nau (6e), la plus ancienne scène de la ville, 167 années d’art vivant dans le rétroviseur. Pourtant, si vous avez suivi, vous savez que ce bâtiment appartenant au diocèse a tiré le rideau en mai dernier, conséquence directe d’une menace d’arrêté de péril formulée par la municipalité.

Seulement voilà, la petite histoire retiendra que ce fameux théâtre Nau, rebaptisé le « NO ! occupé » par les pirates qui l’habitent jour et nuit depuis trois semaines, a battu ses records d’entrées et d’abonnés après sa fermeture. Le nombre d’adhérents au nouveau « NO ! », encartés en un temps record ? 990 ! « Ça prouve que ce lieu historique doit continue à vivre. Pour nous, bien sûr, parce qu’on y demeure. Mais aussi, pour le public et pour le quartier », lance Michaël Sanchez, attablé au premier étage du complexe.

C’est qu’avec une quinzaine de proches, tous artistes, ce solide gaillard de 29 ans est à l’origine de la résurrection du Nau. Plus précisément, de l’occupation de cette bâtisse de rêve : un superbe jardin, deux étages et une enfilade de pièces parfaites pour exposer ou répéter. Un domaine désormais transformé en squats socioculturel, comme il en existe des dizaines à Londres, Berlin ou Barcelone. « Mais aussi dans toutes les capitales européennes de la culture, à l’image de Lille », glisse Michaël. Qui poursuit : « Quand nous avons entendu parler de cet espace fermé, au potentiel énorme, nous avons décidé de l’investir pour en faire un lieu alternatif vivant ».

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Et en effet, l’association nouvellement crée n’a pas chômé : partie visible de l’iceberg, l’organisation de deux journées portes ouvertes avec une programmation relevée mêlant concerts, théâtres, vidéos… qui ont attirés un bon millier de personnes. Mais aussi, des débats tranchants sur le devenir du Marseille populaire. Et surtout, au quotidien, l’accueil de plusieurs dizaines de compagnies amateurs, semi-professionnelles ou professionnelles en manque de lieu pour s’exprimer. Dont des artistes américains et taïwanais.

« Ce n’est pas étonnant, tranche Michaël, dans cette ville, il est quasi impossible d’obtenir une salle de répétition quand on n’est pas pistonné, appuyé par l’Europe ou qu’on n’a pas dix ans d’existence… » À ses côtés, Thomas Dietsch, autre squatteur embarqué dans l’aventure du « No ! », embraye : « Il faut savoir que la nouvelle cité des arts de la rue a refusé 50% des compagnies candidates. Et nous, nos créneaux sont déjà archi-complets. C’est dire à quel point les besoins sont énormes. »

Au-delà de cet aspect pratique, l’association tente de défendre une autre idée de la culture : « Chez nous, c’est prix libre. Chacun donne ce qu’il veut ou peut, assène Michaël. Tu peux assister à un spectacle même si t’es en fin de mois et que tes poches sont vides. C’est cela une culture populaire accessible à tous. » Ce qui n’empêche pas l’exigence : « Plus Belle la vie, c’est pas notre truc, explique Thomas, plus généralement, à partir du moment où l’on n’est pas dans une logique de rentabilité, on ne se sent pas obligé de programmer ce qui plaît. On fonctionne au coup de cœur. »

Las, ce rôle assez singulier occupé par les « No ! » menace d’être supprimé. À la demande du diocèse, le sort du squat était en effet examiné aujourd’hui par la justice. Une expulsion est à craindre. « Notre dossier est solide, je crois que nous avons prouvé notre utilité et tous les endroits concernés par l’arrêté de mise en péril sont fermés au public », tente Michaël. Et de conclure, ironique : « Se faire mettre à la rue par l’Église, ça ne serait pas très charitable ».

Leur presse (Laurent D’Ancona, LaProvence.com), 27 octobre 2011.

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[Poitiers] Expulsion immédiate d’une maison occupée entre autres avec le but de nuire à Vinci

La police travaille à Poitiers

Pas de week-end pour la police à Poitiers.

Poitiers, le samedi 5 novembre 2011.

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Ce midi, les forces de l’Ordre, ont forcé à coup de bélier la porte d’une maison occupée et ont embarqué les quarante-sept occupant.e.s. La police a été prévenue par des riverain.e.s. La maison, propriété de la Mairie de Poitiers située au 144 Avenue de Nantes, était inoccupée avant ce matin. Les occupant.e.s l’ont ornée d’une banderole « Vinci, hors de nos vies ». Pour rappel, elle sera détruite dans quelques mois, pour faciliter la construction d’un viaduc reliant l’Ouest de la ville à l’hypercentre. La municipalité a fait appel au groupe Vinci pour réaliser l’ouvrage d’art. En tant que propriétaire de la demeure, elle a porté plainte. Elle va également la faire murer.

Les quarante-sept occupant.e.s sont en garde à vue, la police souhaitant tou.te.s les interroger. Des agent.e.s et des avocat.e.s ont du faire une croix sur leur week-end.

Plus d’info à venir.

Indymedia Nantes, 5 novembre 2011.


Complément d’info :

Tout le monde est sorti, certains avec l’obligation de pointer au comico (sous contrôle judiciaire), cinq personnes passeront en procès le 8 décembre sur un motif un peu flou genre attroupement ayant commis des dégradations, etc. Plus d’infos bientôt, un communiqué devrait être écrit prochainement (cf. Indymedia-Nantes).


Compte rendu du 06-11-11 (suite squat 5 novembre 2011 à Poitiers)

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1320719987.jpgConcernant le squat contre Vinci évacué hier qui a conduit à 47 gardes à vue (41 selon la police), après une AG qui a regroupé près de 80 personnes, nous avons fait un beau rassemblement à partir de 16h où il y avait cinquante à soixante personnes en continu pour demander la libération immédiate des 5 personnes encore en garde à vue. La dizaine de policiers étaient un peu pénibles, filmant avec insistance. La température est montée de quelques degré quand le commissaire Papineau est venu faire son tour et à commencé son show et… ses provocations débiles. Il a arraché une banderole et a tenté d’en arracher une autre mais sans réussir. Cet homme ne semble pas être en pleine possession de ses facultés et être un danger pour la sécurité publique… Les policiers nous ont suivi avec insistance quand nous nous sommes dispersés vers 18h30 lorsque toutes les personnes sont sorties de garde à vue.

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Les comparutions auront lieu au tribunal le 8 décembre. Pour avoir « participé sciemment à un attroupement, même formé de façon temporaire en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériel, de violences volontaires contre les personnes ou de destructions ou de dégradations de biens avec cette circonstance que les faits ont été commis en réunion ». Et certains pour avoir aussi « fourni des renseignements d’identité imaginaires  qui ont provoqué ou qui auraient pu provoquer des mentions erronées au casier judiciaire en l’espèce en fournissant l’identité de XX né-e le XX à XX ».

Il semblerait que la violence contre les personnes n’aie pas été retenue vu que la police a estimé qu’il y avait eu « résistance passive ». Pour ce qui est de la « destruction ou dégradations de biens » la porte et les carottages du chantiers de la passerelle ont été explosés par la police. La porte ayant été défoncée consciencieusement planche par planche. Rappelons que la mairie porte plainte pour « dégradation » d’une maison qui va être bientôt détruite. Cherchez l’erreur !

Concernant la « violence contre les personnes » c’est plutôt du côté de la police qu’il faut la chercher avec l’utilisation d’un « pistolet électrique » sur l’un des occupants.

Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux, 6 novembre 2011.


Expulsés pour avoir manifesté contre Vinci

Plusieurs personnes ont été expulsées, il y a moins d’une heure, à la suite de l’intervention d’un important dispositif policier au 144, avenue de Nantes à Poitiers. Ce matin, les manifestants avaient investi l’habitation vouée à la destruction dans le cadre des travaux de la future passerelle et déployé une banderole sur laquelle figurait le slogan « Vinci hors de nos vies ». Selon des témoins, les manifestants auraient indiqué que « leur action prendrait fin dimanche soir ».

Leur presse (LaNouvelleRépublique.fr), 5 novembre 2011 – 13h01.


Poitiers : 40 personnes placées en garde à vue

Vingt-quatre fonctionnaires de police et gendarmes ont expulsé, aujourd’hui, quarante personnes d’une maison bourgeoise, sise 144 avenue de Nantes à Poitiers. Tous les occupants ont été embarqués au commissariat central et placés en garde à vue. La police est intervenue dans le cadre de la procédure de flagrant délit, suite aux appels de riverains qui ont vu des jeunes escalader l’enceinte de la bâtisse. La mairie, propriétaire de la résidence qui sera détruite dans la perspective du projet du viaduc des Rocs, a porté plainte. Alain Claeys a déclaré suite à cet incident que la maison « sera murée ».

Leur presse (LaNouvelleRépublique.fr), 5 novembre 2011 – 15h03.


Expulsion à Poitiers : 40 personnes en garde à vue

Les policiers aidés de leurs collègues gendarmes ont expulsé, hier, quarante personnes qui avaient décidé de squatter une maison à Poitiers.

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Ils ont eu à peine le temps de se barricader quand la police est arrivée pour les déloger. Quarante personnes ont été expulsées, manu militari, hier vers 10h30, de la maison bourgeoise, sise 144 avenue de Nantes à Poitiers. Elles ont été placées en garde à vue. La demeure, propriété de la ville, est condamnée à la démolition dans le cadre du futur viaduc des Rocs.

« Il y avait des individus cagoulés, masqués… »

Ce sont les riverains qui ont alerté la police voyant des jeunes gens escalader l’enceinte de la demeure bourgeoise ; d’autres habitants ont également appelé la mairie qui a porté plainte. « Nous sommes arrivés en retard, nous aurions dû être avec eux », racontent les quelques jeunes, restés sur la passerelle, qui répondent par des cris de soutien à leurs camarades menottés et embarqués dans les fourgons via le commissariat central. Il est environ 9h30, selon ces mêmes témoignages, quand le groupe escalade l’enceinte de la résidence.

« Je suis arrivé vers 10h15 », assure le directeur départemental de la police, (DDSP) Jean-François Papineau. Sur la façade, une longue banderole annonce les revendications des squatters : « Vinci hors de nos vies » ; « Vinci dégage ». Les occupants viennent de s’enfermer à l’intérieur de la maison. Après leur avoir demandé de quitter les lieux, le patron départemental de la police a appelé des renforts, des collègues de Châtellerault et cinq gendarmes. Pour passer à l’action. « Nous sommes rentrés avec une forte opposition, en fracturant la barricade raconte le commissaire divisionnaire, il y avait des individus cagoulés, masqués, dotés d’écharpes, de capuches et de tenues sombres. »

Il faut deux heures pour interpeller un par un les hommes et les femmes. Une palpation de chaque occupant — qui avait prévu de passer au moins une nuit — a été faite par les fonctionnaires avant de les emmener dans les Transit de la police. L’un d’eux n’a pas eu le temps de dérouler son tapis de sol, resté attaché à son sac à dos ; les forces de l’ordre l’ont conduit directement dans la voiture avec son équipement. « Nous avons trouvé des pieds de biche, chignole, perceuse et couteaux », indique Jean-François Papineau. L’intervention s’est déroulée dans le cadre du « flagrant délit ». Les squatters ont été placés en garde à vue pour dégradation en réunion, participation à un groupement temporaire en vue de commettre des atteintes aux biens et port d’arme de 6 e catégorie.

Hier soir, la police cherchait encore à identifier des personnes. Une majorité du groupe devait être remis en liberté en début de soirée. Et la porte d’entrée de la maison a été murée.

Leur presse (Didier Monteil, LaNouvelleRépublique.fr), 6 novembre 2011.


Tentative de squat : manif devant le Palais de justice de Poitiers

Une cinquantaine de personnes se sont rassemblées devant le Palais de justice en fin d’après-midi, ayant appris que cinq des gardés à vue dans l’affaire de la tentative de squat à Poitiers, étaient déférées au Parquet.

Leur presse (LaNouvelleRépublique.fr), 6 novembre 2011.


Expulsions : cinq squatters convoqués devant le tribunal

Les quarante et une personnes en garde à vue, samedi, après avoir squatté une maison ont été libérées. Cinq sont convoquées devant la justice.

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Alertés par des riverains qui ont vu des jeunes escalader l’enceinte de la maison bourgeoise, sise 144, avenue de Nantes à Poitiers, les policiers aidés de leurs collègues châtelleraudais et de gendarmes ont délogé quarante et une personnes. Menottés, les squatters ont été placés en garde à vue. La Ville, propriétaire de la maison, a porté plainte.

Les faits se sont déroulés samedi vers 11 heures. Le groupe vient tout juste de s’enfermer lorsque les forces de l’ordre arrivent en renfort (18 fonctionnaires et 5 militaires) avec du matériel pour enlever les planches qui obstruent la porte d’entrée. « Nous sommes entrés avec une forte opposition en fracturant les barricades », raconte Jean-François Papineau, directeur départemental de la sécurité publique. Un fonctionnaire a utilisé un « taser » pour neutraliser un occupant — qui a été ensuite vu par sécurité par un médecin. Il n’y a aucun blessé dans l’interpellation.

« La police et la mairie nous dégagent, Vinci aménage »

La palpation individuelle permet aux policiers de récupérer couteaux, chignole, perceuse. La garde à vue est levée dès samedi soir pour quinze personnes qui sont identifiées. Et dimanche, en fin de matinée, pour vingt et une autres.

Cinq squatters, deux femmes dont une habite à Montpellier et trois hommes originaires de Poitiers, sont déférés, hier après-midi au parquet. Durant leur présentation devant le magistrat, le comité antirépression et le « collectif autonome » (NDLR : c’est comme cela qu’il se nomme) se sont rassemblés (une cinquantaine de personnes) devant le palais de justice en criant : « Solidarité avec les inculpés et liberté pour tous les prisonniers ».

Deux banderoles accompagnent cette manifestation sur lesquelles sont inscrits : « La police et la mairie nous dégagent, Vinci aménage » ; « Flics hors de nos villes ». Le dernier calicot fait réagir vivement le directeur départemental de la sécurité publique qui va le chercher au sein du groupe dans une bousculade.

Durant près de deux heures, le face-à-face ne dérape pas entre la petite dizaine de policiers et les manifestants. Des manifestants dont certains, selon la police, sont connus pour avoir participé aux événements de Poitiers, le 10 octobre 2009.

Le procureur a demandé dans ses réquisitions une convocation des cinq personnes, le 8 décembre prochain, devant le tribunal correctionnel pour dégradation en réunion, participation à un groupement en vue de commettre des atteintes aux biens, et leur placement sous contrôle judiciaire. Le juge des libertés et de la détention a suivi le parquet.

L’objectif : « Pour discuter sur l’urbanisation »

Les squatters, du 144, avenue de Nantes à Poitiers, refusent de communiquer avec la presse pour des raisons politiques disent-ils. Ils refusent l’exposition médiatique à titre individuel mais certains brisent cette règle. L’un d’eux a cependant souhaité, sous le couvert de l’anonymat, expliquer les raisons de cette action dans la maison bourgeoise poitevine. « La tentative de prendre la maison pour le week-end avait pour objectif de discuter sur l’urbanisation de l’opération Cœur d’agglomération et la restructuration des centres-villes qui sont métastasés », nous a-t-il confiés. « Il y a, selon ce jeune homme, un lien entre l’aménagement du territoire et les restructurations dans les grands centres. Nous nous opposons à Vinci et à son monde qu’il construit. »

À chaud : « Une personne a reçu une décharge de taser »

Un des squatters, qui a été menotté et placé en garde à vue puis remis en liberté, raconte sa version des faits. « Les policiers n’ont pas voulu discuter. Nous leur avons dit alors que nous allions sortir en groupe et nous disperser. Ils n’ont rien voulu savoir. Ils ont fait sauter les barricades. Dans l’opération une personne a reçu une décharge de “taser” alors qu’elle n’était pas menaçante ni dangereuse. Elle est tombée. » Selon lui toujours : « En garde à vue, ils ont obligé les gens à donner leurs empreintes, en prenant leurs mains. Et à quitter le commissariat, même si on ne voulait pas par solidarité. Ce qui était mon cas. »

Leur presse (LaNouvelleRépublique.fr), 7 novembre 2011.

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Témoignage d’une expulsion et de répression contre les passagers d’un vol Aigle Azur Paris-Bamako

Pour avoir protesté contre une expulsion « musclée» : Une Française débarquée d’un vol Aigle Azur

Le 28 octobre dernier, une passagère française a été débarquée, ainsi que d’autres témoins, d’un vol Aigle Azur à destination de Bamako, pour avoir protesté contre le traitement dégradant infligé à un homme manifestement en train d’être expulsé violemment contre son gré. Elle croyait à tort qu’au pays des droits de l’homme la liberté d’expression (et celle d’indignation) était un acquis. En conséquence, c’est au porte-monnaie qu’on la frappera ensuite, la forçant à acheter un nouveau billet auprès d’une autre compagnie pour pouvoir prendre part aux Rencontres photographiques qui se tiennent actuellement à Bamako. Lisez plutôt son récit hallucinant.

Vendredi 28 octobre 2011. Vol Aigle Azur ZI 0521. 15h20 : le Commandant de bord nous souhaite la bienvenue. Les ceintures s’attachent, le moteur tourne et l’avion commence à rouler tranquillement. Sur cent vingt passagers, trois ou quatre Blancs seulement, dont moi. Soudain, un remous à l’arrière, au dernier rang. Des cris et, surtout, des gestes violents.

Les gens se retournent. Deux rangs derrière moi, une passagère s’écrie : « Il est attaché ! Non, pas de ça ! Ce n’est pas un chien ! C’est scandaleux ! »

Très vite, plusieurs personnes se mettent à crier. Je distingue alors mieux la présence au dernier rang d’un homme aux mains effectivement attachées, qui gesticule dans tous les sens et se fait violemment maîtriser par deux hommes portant un brassard où est inscrit « Police ». La scène est cruelle et intolérable. Très vite, la tension monte. Les trois quarts des passagers sont debout. Des cris surgissent de toutes parts. Cinq ou six passagers commencent à frapper sur les coffres à bagages, certains avec leurs chaussures. Le couloir central est encombré. Les hôtesses tentent de se frayer un chemin et hurlent aux passagers de s’asseoir. J’en interpelle une : « on peut avoir des explications ? » Elle me dit de garder mon calme et nous explique, montrant le sans-papiers reconduit, que « c’est une personne malade, qui fait des crises. On n’a pas d’autre solution que de l’attacher. » Je redouble de colère, comme l’ensemble de mes voisins, aussi stupéfaits que moi de cette réponse.

De toute évidence, on court vers l’émeute si l’avion ne fait pas demi-tour. Le Commandant de bord fait irruption et nous hurle l’ordre de nous rasseoir. Face au refus général, il repart. Les hôtesses nous disent de nous calmer : « l’avion va revenir à la case départ et le passager va être débarqué ». La tension ne baisse que légèrement et, alors que l’avion roule à nouveau, la moitié des passagers au moins restent debout. Le mot scandale fuse.

L’avion s’arrête finalement et les policiers en descendent, encadrant la personne expulsée. Des conversations plus apaisées s’engagent.

Les passagers assis côtés hublots racontent ce qui se passe en bas. L’homme a bien débarqué et est monté dans un fourgon. Puis plus rien. Aucune explication. Une hôtesse s’avance enfin et nous explique que ce qui s’est passé est grave : « On s’est fait frapper. Des portes de rangements de bagages sont abimées. On ne sait pas si l’avion repartira. » Au bout d’une demi-heure, peut-être, trois policiers remontent et interpellent les passagers qui ont assisté au plus près à la scène. De ma position, je ne vois pas grand-chose. Je ne m’aperçois donc pas qu’ils font descendre deux passagers, avec leurs bagages à main. Puis les mêmes policiers s’avancent vers nous et demandent son passeport à la femme qui, la première, s’est aperçue que l’homme avait les mains ligotées et a crié. Elle le leur donne, en demandant ce qu’elle a fait. Le policier près d’elle ne répond pas et lui dit de prendre son bagage à main.

Je l’interpelle et lui demande ce que cette personne a fait. Il m’intime l’ordre de me taire et de ne pas poser de questions. Je lui réponds que la femme n’a fait qu’exprimer son désaccord face à un acte illégal et qu’à ma connaissance la liberté d’expression existe encore dans notre pays. J’ajoute que, quelques secondes après qu’elle ait dénoncé la violence de la scène, 50 personnes tenaient les mêmes propos qu’elle, restaient debout et refusaient de s’asseoir, comme elle. Le policier me fustige du regard et me conseille une nouvelle fois de me taire. Je lui dis que nous avons le droit de savoir pourquoi ils débarquent cette personne, qui n’a rien fait de plus que les autres et que, si elle descend de l’avion, ce sont 50 personnes, dont moi-même, qui doivent descendre. Les policiers m’ignorent, encadrent la femme et descendent avec elle.

Il est alors annoncé au micro qu’« il semblerait que des personnes souhaitent débarquer de leur plein gré » et celles-ci sont sommées de faire vite. Après quelques secondes, je me lève, espérant que mon geste en encouragera d’autres et que les personnes injustement débarquées seront ramenées dans l’avion. J’explique à mes voisins que tout le monde devrait se lever. Voyant que je reste seule debout et que les autres passagers m’incitent à me rassoir, je me dis qu’en descendant de mon plein gré, je serais immédiatement séparée des personnes débarquées sans raison, dont le sort m’inquiète. Je me rassois. L’avion ne redémarre pas.

Quelques minutes plus tard, les trois policiers remontent dans l’avion et se dirigent vers moi.

Le scénario se reproduit. Je leur montre mon passeport et ils me disent de récupérer mon bagage à main. Je tiens les mêmes propos que quelques minutes auparavant. Un policier m’explique alors que c’est le personnel de bord qui ne désire pas que je reste dans l’avion et demande à ce que je sois débarquée. Lui ne fait qu’accomplir sa mission. Je me plie à ses ordres. Les voitures de police nous conduisent au commissariat de l’aéroport, selon un découpage racial. Dans la première, plusieurs policiers et les trois passagers noirs débarqués. Dans la seconde, une hôtesse de l’air qui veut déposer plainte pour coups et moi. Elle blague avec les policiers, expliquant que c’est bientôt la pleine lune. Je me tais.

Arrivée au commissariat, je suis assise dans le couloir à côté des trois autres personnes débarquées. Des policiers nous entourent. Je demande à téléphoner, ce qui m’est refusé. Nous sommes tous appelés dans des bureaux différents. Je m’assois et un policier, relativement jeune, m’explique les accusations portées à mon encontre. La première, je crois, est d’avoir troublé l’ordre public. La deuxième, d’avoir entravé le bon déroulement du vol. La troisième, enfin, d’avoir incité les autres passagers à la rébellion. Je fais un long récit des scènes hallucinantes auxquelles j’ai assisté, relis ma déposition bourrée de fautes et la signe. Un second policier arrive. J’ai alors droit au quart d’heure moralisateur et à un discours visant à me prouver l’inutilité de mon acte. « Ce que vous ne savez pas, Madame, c’est que les sans-papiers qu’on reconduit chez eux sont des délinquants. » Ou encore « Vous avez une solution pour accueillir tous les sans-papiers, vous ? Si vous avez un grand jardin, alors parquez-les dedans. » Je décide de ne pas répondre à la provocation et tente de garder mon calme. Les policiers finissent par me dire que c’est terminé et me demandent de quitter les lieux. Je sors, me disant que j’aurai plus tard des nouvelles du sort des autres car j’ai récupéré le numéro de téléphone de la femme débarquée juste avant moi. Je suis exaspérée et pense avec horreur au sort que pourraient nous réserver les futures élections…

Ramata Diaouré – 22 Septembre, 3 novembre 2011.

Publié dans Les révoltes des migrants | Commentaires fermés sur Témoignage d’une expulsion et de répression contre les passagers d’un vol Aigle Azur Paris-Bamako

Répression à Nice

Mardi dernier, le 1er novembre à 7h du matin, les camarades Xabier U., Adrián A. et Miguel A. (de Pamplona-Iruña, Madrid et Logroño) ont été détenus avant les mobilisations qui devaient avoir lieu le même jour à Nice en relation au G20 à Cannes.

Leur voiture a été fouillée et leurs affaires séquestrées. Parmi leurs affaires : gants de travail, lunettes de protection, un piolet, deux crampons, deux bâtons pliables de randonnée et un couteau multifonction.

Mercredi, ils sont passé en comparution immédiate et ils ont été condamnés à 4 mois de prison chaqu’un et à une interdiction de la région des Alpes-Maritimes pour les 3 prochaines années pour “possession et transport d’armes de sixième catégorie et tentative d’organisation d’actes violents contre les personnes”. Est considérée comme arme de sixième catégorie tout objet susceptible d’être utilisé comme arme à un moment donné.

Ils se trouvent en ce moment dans la prison de Nice (12, rue de la Gendamerie) où ils resteront pendant tout le mois prochain.

Le procès a été partial, et on leur a demandé s’ils appartenaient à des mouvements sociaux, et s’ils participaient à des manifestations. On leur a demandé de justifier la façon dont ils avaient financé leur voyage et les motifs pour le faire. Le procès a été une farce, et l’idéologie libertaire des accusés a été déterminante pour leur condamnation.

Depuis Iruña on condamne cet acte abusif, et on désire exprimer notre solidarité à ces trois personnes qui vont souffrir cette peine à cause de leurs convictions politiques.

Infozone, 7 novembre 2011.

El pasado martes, 1 de noviembre, a las 7 de la mañana, detuvieron a los compañeros Xabier Urmeneta, Adrián Arcones y Miguel Albéniz (de Pamplona-Iruñea, Madrid y Logroño) antes de las movilizaciones que iban a tener lugar ese mismo día en Niza, en relación al G20 que se está celebrando en Cannes.

Registraron su coche y les quitaron las pertenencias. Entre éstas fueron determinantes para la condena: guantes de trabajo, gafas de protección, un piolet, dos crampones, dos bastones de senderismo extensibles y una navaja multiusos. El miércoles tuvieron un juicio rápido y han sido condenados a cuatro meses de cárcel cada uno, además de prohibirles la entrada en la región de los Alpes-Marítimos durante los próximos tres años, por “tenencia y transporte de armas de sexta categoría con tentativa de organizar actos violentos contra las personas”. Se consideran armas de sexta categoría: todo objeto que pueda ser utilizado como arma en algún momento.

Actualmente se encuentran ya cumpliendo condena en la cárcel de Niza (12 rue de la gendarmerie), donde permanecerán durante un mes. El juicio tuvo un tinte totalmente parcial, en el que se les preguntó si participaban en movimientos y organizaciones sociales, si asistían a manifestaciones, e incluso se les exigió que explicaran el modo en que habían financiado el viaje y los motivos que les impulsaban a realizarlo. El proceso ha resultado ser una farsa ejemplificante en el que en todo momento fue determinante la ideología libertaria de los condenados.

Desde Iruña queremos denunciar este hecho totalmente ilícito y mostrar nuestro apoyo a estas tres personas, que van a cumplir condena únicamente por sus convicciones ideológicas.

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Un journal de moins, un peu de liberté en plus

Or donc Charlie Hebdo brûle et c’est super grave. Plus grave que le funeste destin de la Baraka, le squat de la rue des Pyrénées, aux cendres pas encore froides et qui indiffère tant… C’est plus grave car s’attaquer à la presse, c’est le tabou des tabous, la tragédie des tragédies, quasiment crime contre l’humanité. C’est super grave, voire plus. Et ça ne se discute pas. Ah bon ?

« Un journal qui meurt, c’est un peu de liberté en plus. »
C’était en Une du dernier numéro de feu Le Plan B.
Derrière la provocation, cela posait une vraie question : les journaux sont-ils nos amis ?
La question est d’actualité. Regardez les médias depuis trois jours : l’incendie criminel dont Charlie Hebdo a été victime (oui, c’est mal : comme ça, c’est dit) fait l’ouverture des 20 h des chaines nationales et du 8 h d’Inter, permet de noircir de pleines pages dans les quotidiens. Et c’est l’union nationale au niveau politique pour condamner « l’acte ignoble ». Tout le monde vent debout pour défendre la liberté de la presse !

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« Une » non corpo…

Je ne vais pas revenir sur la ligne politique et « l’impertinence » du journal « satirique » Charlie Hebdo. Et pourtant, ça me taraude de rappeler la haine des syndicats, les attaques contre AC ! et le « corporatisme des chômeurs », contre «  le néo-pétainisme  » des terroristes-épiciers de Tarnac et leurs toilettes sèches « symboles d’un obscurantisme radical » ou contre les partisans du « Non » au TCE comparés aux collabos de la Seconde Guerre mondiale. De rappeler les accusations d’antisémitisme et le sobriquet de « rouge-bruns » décerné à tout-va, l’éloge du bilan social de Jospin Premier ministre et de l’intervention au Kosovo, l’ode à la « liberté de ton » d’un dessinateur d’extrême-droite hollandais, le traitement très différencié des religions etc. Forcément, j’ai du mal à me retenir…
Mais ce n’est pas le sujet. Clairement, Charlie Hebdo n’est pas dans notre camp. À en croire une légende urbaine, depuis que Val a trouvé, sur France Inter, chaussure (à clous) à son pied, Charlie ne serait plus avec Charb ce qu’il a été. L’équipe de l’hebdo, après le départ volontaire de son timonier, aurait soudain vu la lumière et ce qui a été ne serait plus. Bof… Là n’est pas la question.

Charlie Hebdo n’est pas du tout le seul journal que quelqu’un essaie de faire taire.
La censure existe en France. En nombre, de petits journaux radicaux tombent tout les ans. Victimes de condamnations financières de l’État, du retrait de l’agrément postal (véritable liquidation économique à la discrétion de la Poste), du changement de règlement des messageries NMPP, des condamnations pour injures (l’info peut être juste mais, si elle est injurieuse, elle entraîne des condamnations), du préjudice économique (là, toute critique d’entreprise est impossible), de la guerre économique etc.

Mais là n’est pas la question non plus.

La question, c’est l’obligation de défense de la liberté inconditionnelle de la presse qui serait garante de notre démocratie. Obligation qui ne souffre aucune remise en cause.
Voila la grande question.

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Crève !

Voilà qui pousse Olivier Besancenot, facteur de gauche, à pétitionner pour la survie de France Soir, quotidien qui vomit au gré de ses colonnes sa haine des fonctionnaires, des syndicats, des grèves.

Cela a pourtant été démontré à plusieurs reprises depuis décembre 1995 ou depuis la campagne du TCE : les médias mentent, c’est à dire qu’ils participent activement à la propagande libérale (la « pédagogie médiatique » [Visitez souvent le site d’Acrimed. C’est un ordre.]). Oui, pas tous, mais vu le nombre de journaux, et d’exemplaires de ces journaux, émissions radios, télé … les médias mentent dans une telle proportion qu’il devient superflu de préciser « en majorité ». Pour une poignée de titres et d’émissions respectables (Le Monde Diplo, Fakir, La-bas si j’y suis, FPP, La décroissance, Z, Article 11, CQFD etc.), c’est en flot continu que la pensée libérale se déverse par les multiples organes du même animal médiatique.

Je ne dis pas qu’il faut censurer, interdire.
Les actionnaires et les annonceurs le font très bien quand les journalistes, pour des questions de survie professionnelle, ne les ont devancés.
La censure ne se fait pas à base de cocktails molotov, mais avec du pognon.
Et ce n’est pas notre problématique. Nous n’en avons ni l’envie, ni les moyens (de cette censure ; faut suivre un peu, tout de même…).

Revenons-en à l’obligation de défendre les médias (en se frappant très fort la poitrine).
Nous disions donc que le « quatrième pouvoir » n’est pas un contre-pouvoir, mais un outil largement aux mains des ennemis de la justice sociale.
Y a-t-il un devoir de défendre des gens se trouvant dans l’autre camp [Pour les médias dans notre camp, il y a une bonne raison. Abonnez-vous.] ? Et surtout, en quoi cela s’imposerait-il comme plus grave, comme un devoir sacré, impératif pour tout démocrate ?

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« Il n’y a qu’un dieu, c’est la Liberté-de-la-presse et les zotages Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière en sont les prophètes. »

Pourquoi ne parler des otages français à l’étranger que lorsqu’il y a des journalistes parmi eux (vous avez remarqué, à la fin du 20 h, il n’y a plus la pensée pour les zotages) ?
Pourquoi considérer qu’en temps de guerre, il serait plus grave de tuer un journaliste étranger que des civils locaux ?
Pourquoi l’incendie d’une rédaction serait plus dramatique que l’incendie du garage Renault d’Aulnay ou d’une maternelle à Épinay ?
Pourquoi s’attaquer à un journaliste est plus condamnable que de s’attaquer à un délégué syndical, pratique de plus en plus courante dans l’indifférence générale ?
Pourquoi l’incendie de Charlie serait-il plus important que l’incendie du squat de la rue des Pyrénées où résidaient 40 familles de Rroms ? Et ceci malgré un mort lors de cet incendie ? Et le fait qu’il fasse suite à plusieurs incendies criminels anti-rroms.
Pourquoi celui de Charlie est-il plus abominable ? [Une petite liste pour remettre les choses en contexte : À Paris un squatt de Rroms a été victime d’un incendie criminel en octobre ; À la Porte de la Villette, un campement de Rroms a été victime d’un incendie criminel en juillet ; À Orly un campement de Rroms a été victime d’un incendie criminel en avril ; À Ivry-sur-Seine un campement de Rroms a été victime d’un incendie criminel en février ; À Orly un campement de Rroms a été victime d’un incendie criminel en janvier (un autre) ; À Bobigny un campement de Rroms a été victime d’un incendie criminel en février ; Ça ne fait pas sens, ça, mon salaud ?]

Non. Ces questions ne se posent.
On les balaie du revers de la main en les taxant de nulles et non-avenues. De populistes et anti-démocratiques.

S’attaquer aux médias est PLUS grave car … les médias nous le disent. Tout comme les sondologues expliquent que les sondages prouvent que les sondages sont garants de la démocratie. Tout comme les enseignants enseignent que l’enseignement est vital.

M’est avis qu’une seule de ces proposition est juste.

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Oui, foutre le feu à un local est criminel et dangereux. Ne serait-ce que pour les voisins. Mais brûler un local de journal n’est pas plus grave que de brûler un local syndical.
Il n’y a pas de devoir de se précipiter pour condamner le plus vite possible l’équipe de Charlie Hebdo ou les musulmans en général (suivant là où l’on voit des coupables [Qui a parlé d’arnaque aux assurances ?]).
Il n’y a pas là d’atteinte au sacré qui justifie mobilisation de tous les croyants.
Si ?

Mathieu Colloghan – Article 11, 4 novembre 2011.

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Tract de l’AG féministe de Paris pour la manif’ du 5 novembre

NON c’est NON ! CONTRE LA LOI DU SILENCE, CRIONS NOTRE RAGE !

Dans tous les milieux, toutes les classes, toutes les cultures… Dans la rue, dans le métro, au travail, à la maison, dans les fêtes… Dans la famille, dans le couple, dans nos groupes d’amis, nos espaces militants… Partout…

Violeurs, ils nous mettent la main au fesses et nous prennent pour du bétail ! Violeurs, ils nous harcèlent, violeurs, ils nous agressent, violeurs, ils nous enferment, violeurs, ils nous violent ! Hommes violents, violeurs, agresseurs, sexual killer, prédateurs ! NOUS NE NOUS TAIRONS PAS !

Les violences masculines contre les femmes, les viols et la peur du viol : c’est leur guerre quotidienne, leur rappel à l’ordre, leur moyen de nous contrôler, de nous asservir, de nous soumettre à leur régime de terreur, le patriarcat ! ce système qui nous confisque la parole, qui invisibilise et nie les violences que nous subissons, qui contrôle nos corps et nos sexualités, qui nous dicte comment être conformément genrées et féminines, qui nous enferme dans des rôles dont nous n’avons jamais décidé, qui nous oblige à rentrer dans le moule du couple hétérosexuel parfait… Nous refusons cette violence dont on meurt ou qui nous détruit à petit feu. NOUS NE NOUS TAIRONS PAS !

Nous ne voulons plus douter, culpabiliser, relativiser, avoir honte, nous cacher… NOUS NE NOUS TERRERONS PAS !

Nous ne voulons plus être traitées de menteuses par les agresseurs, leurs complices et leur propagande de haine sexiste qui nous condamnent toutes à nous taire. Nous allons riposter et on verra bien « qui c’est qui l’a bien cherché » ! Marre de l’impunité ! NOUS NE NOUS TAIRONS PAS !

VIOL = CRIME, MÉDIAS ET POLITIQUES COMPLICES

La télé, les médias font leurs choux gras de faits divers spectaculaires, exotiques ; à les entendre, les violences n’existeraient qu’en banlieue, les violeurs seraient des barbares ou des psychopathes. Pour DSK, le traitement a été différent : pour le protéger, ils ont nié les viols et justifié les violences. Ils ont repris en cœur tous les clichés sexistes. Plus ils sont haut placés socialement, plus ils bénéficient de l’impunité permise par la justice de classe. Dans tous les milieux, toutes les classes, toutes les cultures… Les violeurs sont parfois des hommes puissants, reconnus, parfaitement intégrés, c’est aussi le gentil voisin, l’oncle prévenant, le patron sérieux, le flic, le maton, le gendre idéal, DSK, Assange, Tron, Polanski, Cheb Mami ! Explosons leurs clichés et tout le reste, dénonçons les violences des hommes, l’apathie, l’hypocrisie et la complaisance de toute cette société  ! Nous sommes solidaires ! VOUS ALLEZ NOUS ENTENDRE !

L’Assemblée Générale de Féministes et de Lesbiennes contre l’impunité des violences masculines (contact)

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Paris : coup double

Les 25 et 26 novembre 2007, nous sommes nombreux à n’avoir pas pleuré les plus de 80 keufs blessés lors des émeutes de Villiers-le-Bel suite à des tirs. Il y a quelques jours, la préfecture de police de Paris, par la voix de ses larbins zélés du torchon local, se demandait « qui peut bien en vouloir à la police ? », après le ravage de la devanture d’un comico, rue du Rendez-Vous (12e). Plus d’une centaine de coups ont fissuré les 19 vitres blindées de la flicaille, petit geste de solidarité avec les accusés de Villiers, condamnés à de lourdes peines en appel il y a peu.

Ce que cachent par contre les journaflics, c’est que le même soir au même moment (lundi 24 octobre), un second comico subissait une rafale de coups rue Ramponneau (20e). Cela dans le même quartier où, quelques heures avant, un squat de Rroms avait cramé, causant la mort de l’un d’entre eux. Après l’incendie du squat de Pantin le 28 septembre, où six migrants tunisiens et égyptiens avaient déjà été assassinés par la misère de ce système, les grandes vitres bleu-blanc-rouge de ce poulailler de quartier ont là encore été fissurées par notre rage.

Mais qui peut bien en vouloir à la police ? Peut-être toutes celles et ceux qui sont fatigués de compter les morts et les peines de prison…

Des vénères

Indymedia Nantes, 31 octobre 2011.

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Patras (Grèce) : expropriation d’un supermarché

Jeudi 20 octobre dans la matinée, un groupe d’environ 50 anarchistes a exproprié un supermarché à Patras. Le groupe a prélévé une grande quantité d’aliments et l’a immédiatement distribuée aux gens sur un marché ambulant à côté du supermarché.

Voilà le tract distribué pendant l’action :

Nous ne sommes pas des Robins des Bois ou des individus qui ont [déjà] résolu leurs problèmes et sont en train de faire la révolution, comme nous décrivent les médias. Nous n’avons pas mené cette action parce que nous sommes des sauveteurs. Nous ne voulons être les sauveteurs de personne. Nous sommes simplement des personnes qui comprennent que la vie ne prend sens qu’avec la lutte. Nous sommes des personnes qui vivent à côté de toi, et nous avons décidé aujourd’hui de démontrer un mode de sortie de la misère et de retrouver notre temps et notre vie. Nous considérons ces gestes comme des actions qui se positionnent dans l’ici et le maintenant, le cœur et l’esprit orientés vers un monde d’égalité, de solidarité et d’entr’aide, un monde de liberté individuelle et collective.

Traduit de l’italien (Informa-Azione, 27 octobre 2011) – Brèves du désordre.

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