Vague de perquisitions à Toulouse : Quatre personnes écrouées

Saccage de Labège : quatre personnes écrouées

Cinq personnes viennent d’être mises en examen dont quatre placées en détention, dans le cadre de l’enquête sur le saccage, en juillet de la protection judiciaire de la jeunesse à Labège.

Les perquisitions, menées mardi, au petit matin, par les gendarmes de la section de recherches de Toulouse notamment dans deux squats, avenue Jean-Rieux et avenue Camille-Flammarion à Toulouse, ont porté leurs fruits.

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Six personnes, trois hommes et trois femmes, âgés de 21 ans à 30 ans, avaient été interpellées et placées en garde à vue dans les locaux de la gendarmerie de Saint-Orens. Elles étaient entendues dans le cadre du saccage, début juillet, du siège interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse à Labège. Ces six personnes viennent d’être présentées au juge d’instruction Didier Suc. Cinq d’entre elles ont été mises en examen pour « participation à un groupement en vue de la préparation de violences aux personnes ou de destruction de biens ; violences en réunion ; et dégradations en réunion ». La sixième personne, qui avait été présentée en tant que témoin assisté, n’a pas été mise en examen.

Mouvances anarchistes

Quatre des mis en examen, deux hommes et deux femmes, ont été placés en détention provisoire. Le cinquième est sous contrôle judiciaire. « Dans ce dossier, l’instruction se poursuit », indiquait hier Michel Valet, procureur de la République.

Les mis en examens seraient issus de mouvances anarchistes.

Lors du saccage, des tracts avaient été lancés par les membres du commando. Ils y exprimaient leur profond désaccord avec les politiques menées en matière de réponses au problème de la délinquance des mineurs, domaine dont est chargée la protection judiciaire de la jeunesse. Des slogans, « Nique la justice », « Porcs » avaient par ailleurs été tagués sur les murs tandis que des excréments étaient déversés dans les bureaux et sur les ordinateurs.

L’instruction devrait permettre de préciser les responsabilités.

Instruction ouverte

Une instruction a été ouverte dans l’affaire du saccage de Labège. Elle permettra d’étayer davantage le dossier et de décider du renvoi ou non des mis en examen devant un tribunal correctionnel. Elle devra mettre en lumière le rôle de chacun.

En attendant, des groupes de soutien aux mis en examen ont été créés. Mercredi midi déjà, devant la gendarmerie de Saint-Orens, une trentaine de personnes étaient venues dire leur solidarité. Dans l’après-midi encore, devant le tribunal correctionnel, des militants exprimaient leur désaccord sur les méthodes employées lors des perquisitions.

Leur presse (Claire Lagadic, La Dépêche), 18 novembre 2011.

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[Nantes] Un cocktail Molotov détruit la Maison de l’emploi des Dervallières

Un incendie criminel a frappé le bâtiment de la Maison de l’emploi, place des Dervallières, hier soir, à 21h25. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’origine du feu serait due au jet d’un cocktail Molotov.

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Jean-Marc Ayrault, le maire de Nantes, s’est rendu sur place ce matin où se trouvait également son adjoint, Ali Rebouh.

Le public de la Maison de l’emploi est renvoyé vers celles de Bellevue et du Sillon de Bretagne. La CAF voisine, touchée par les fumées et dont les vitres sont brisées, est, elle aussi, fermée pour l’heure.

Leur presse (Presse Océan), 18 novembre 2011.

Nantes : La Maison de l’emploi incendiée aux Dervallières

Hier soir vers 21h30 […] un incendie s’est déclaré dans la Maison de l’emploi, place des Dervallières. Une trentaine de pompiers ont été mobilisés jusqu’à 23 heures pour maîtriser le feu, qui a fait d’importants dégâts matériels : un bureau a été complètement détruit et d’autres pièces sont impraticables en raison de la suie et de la fumée. Aucun blessé n’est à déplorer. L’origine du feu pourrait être d’origine criminelle, un témoin affirmant avoir vu une personne jeter un cocktail molotov. La Maison de l’emploi va être fermée pour une durée indéterminée.

Leur presse (Ouest-France), 18 novembre 2011.

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[Madrid] Ouverture du squat Le Koala

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Un nouveau centre social anarchiste s’est ouvert le 1er octobre à Madrid : le Komplexe okkupé autogéré anarchiste labyrinthe (Koala). Le jour de l’inauguration fut marqué par la présentation des groupes impliqués dans le projet, des différents ateliers, cuisine végétarienne, concert acoustique, etc. La révolution étant quelque chose de sérieux mais de pas triste, on peut trouver sur leur blog aussi bien les dates de rendez-vous pour des débats ou des actions militantes, que des conseils ou des recettes de cuisine végétarienne pour ceux que ça intéresse : croquettes de légumes, truffes de chocolat, etc.

Leur démarche s’inscrit dans un ensemble de réappropriations de locaux ou immeubles intervenant dans de nombreuses villes d’Espagne et où les anarchistes sont la plupart du temps investis.

Pour présenter cette expérience le mieux est encore de vous traduire le communiqué public qu’ils ont publié.

Communiqué public

Le Koala a été investi dans le quartier d’Adelfas, district central du Retiro, grâce à un acte de réappropriation de l’espace urbain madrilène, aujourd’hui livré à la spéculation de quelques individus accapareurs dénués de scrupules, qui préfèrent laisser des milliers de mètres carrés vides avant de se décider à leur attribuer un usage.

Dans le cas présent, l’édifice choisi est l’ancienne usine de la multinationale française L’Oréal, qui l’abandonna peu à peu au cours de ces dernières années, après avoir licencié une grande partie de ses salariés en lutte. Cette multinationale est, on le sait, tristement connue pour son exploitation de la population et le pillage des matières premières du tiers-monde, pour son sexisme et sa discrimination sociale visible dans ses publicités, ainsi que pour l’assassinat de milliers d’animaux.

Nous procédons à cet acte d’occupation d’un édifice vide parce que nous pensons que la propriété privée est une méthode utilisée par l’État pour nous imposer des hypothèques, des loyers et des charges. De même nous pensons qu’un immeuble n’appartient pas à celui qui l’achète et le laisse à l’abandon, mais à celui qui l’utilise et l’anime. Nous sommes anarchistes parce que nous sommes persuadés que l’organisation étatique permet à quelques propriétaires d’opprimer les gens en les soumettant à leurs diktats, en leur arrachant — par accumulation de propriété et de pouvoir — leur capacité autonome à choisir leur vie. De même, nous rejetons toute mesure imposée par l’État dans ce domaine, qu’il s’agisse de logements à loyers modérés, loyers pour étudiants, ou autres aides sociales pour avoir un toit, tout cela ne faisant que perpétuer la misère de la population en la trompant, en la démobilisant et en essayant de cacher la racine du problème, à savoir l’État, la propriété privée et l’autorité exercée par quelques individus sur le plus grand nombre.

Nous invitons toute personne intéressée, spécialement dans le quartier, à visiter l’édifice, à participer aux discussions, débats, ateliers, cuisine, fêtes ainsi qu’à profiter de sa salle de sport et de toutes les activités de notre nouveau centre social.

Nous pensons de cette manière réaliser un bon travail, afin de créer, loin des buts mercantiles et autoritaires de l’État, un lieu de loisir alternatif pour le quartier, de favoriser son auto-organisation pour résoudre les problèmes concrets qui existent toujours dans chaque quartier et arrondissement, d’aider sa participation à de vrais débats conséquents qui ne trouvent pas place dans les médias officiels au service de l’ignorance et de la stupidité.

Assemblée du Koala
Traduction Ramón Pino

Pour toute question, interrogation ou suggestion, vous pouvez contacter le Koala en adressant un message, en consultant son blog ou en participant à une de leurs activités publiques au 26, rue Adelfas, Madrid.

Le Monde Libertaire, 20-26 octobre 2011.

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[Grèce] Auto-organisation sociale

Vous dites « unité nationale », nous disons « pillage » : encore un supermarché exproprié à Athènes

Aujourd’hui, jeudi 3 novembre, des camarades ont pillé une chaîne de supermarché de Zografou dans la banlieue d’Athènes et ont distribué les marchandises pillées sur un marché populaire en plein air.

Une traduction du texte distribué lors de leur action :

Arrêtons de nous tromper nous-mêmes. Derrière la rhétorique facilement assimilable sur les arnaqueurs et les golden boys, les méchants Allemands et les marchés — généralement et abstraitement — sans merci, se cache notre exploitation sans fin et le pillage de la production de biens par la clique des patrons. Et c’est clair comme de l’eau de roche que tant qu’ils s’imposeront sur nos vies, ils continueront à nous abaisser et ils nous étoufferont pour maintenir leurs profits. Et les coups consécutifs que l’on se prend, peu importe comment ils se présentent, servent tous à maintenir leurs propres, et unifiés, intérêts de classe. En même temps, ils propagent la peur pour préserver leur autorité : augmentation du flicage, chasse aux immigrés, suppressions de « l’asile » universitaire, agitation du racisme et du patriotisme.

Fini la passivité. Reprenons nos vies en mains.

La perspective de la classe des opprimés n’est ni dans la lutte pour la survie, ni dans une position de soumission et d’appauvrissement. Cette perspective est résumée ici et maintenant, dans les petits et les grands moments de la négation et dans nos luttes. À chaque confrontation quotidienne avec les patrons et dans les grèves générales ; dans les manifs, les assemblées populaires et les structures d’entraide ; dans les occupations de bâtiments publics, les écoles et les universités ; dans la rage contre les flics et la solidarité contre la répression ; dans les actes agressifs contre des cibles capitalistes et d’État ; dans les mouvements de refus de payer, des factures électriques aux péages autoroutiers ; dans les pillages collectifs de biens dans les supermarchés, et leur redistribution publique.

Saisissons notre force collective.
Tissons notre projet d’émancipation sociale et individuelle.
Guerre à la guerre des patrons.

Tous aux grèves générales !

Contra Info, 4 novembre 2011.

Athènes : Une assemblée de quartier met en place un centre de santé auto-organisé

Depuis le mardi 11 octobre, l’Espace social de santé a ouvert au squat PIKPA, situé dans les rues Timodimou et Antoniadou (« Petrina »), dans le quartier d’Ano Petralona, pas loin de la station de métro Petralona.

De plus en plus de personnes sont mises à l’écart d’un système de santé pourtant déjà démantelé. L’assemblée populaire locale a décidé, pour la seconde fois au cours des dernières années, de mettre en place un espace de soin auto-organisé.

Des soins primaires seront offerts, gratuitement, suivant les diagnostics, par des travailleurs de la santé ou des volontaires à l’intérieur du squat.

En octobre, l’espace social de santé sera ouvert le mardi (17h-20h) et le mercredi (17h30-20h). Le mercredi, à 20h, des réunions publiques des groupes de travail sur la santé  des assemblées populaires de Petralona, Koukaki et Thission se tiendront également au squat PIKPA.

Contra Info, 30 octobre 2011.

Thessalonique : un cabinet médical solidaire sera ouvert dans quelques jours

Les violentes mesures d’austérité imposées par le gouvernement grec et la Troika (FMI / BCE / CE) enterrent totalement les restes de l’État providence avec des restrictions budgétaires et des suppressions d’emplois dans le secteur de la santé ; la pauvreté et le chômage explosent, et l’exclusion sociale est toujours plus forte. Pour répondre à ces mesures qui affectent la vie de milliers de personnes, une structure de résistance a été lancée à Thessalonique.

Le 7 novembre 2011, le « Dispensaire social de solidarité » va ouvrir ses portes au rez-de-chaussée du 24 de la rue Asopou (quartier de Vardari). Cet espace a été concédé par la Bourse du travail de Thessalonique à l’initiative de travailleurs de la santé.

Le cabinet médical sera ouvert tous les jours de la semaine, et fournira pour toutes et tous (avec ou sans papiers) des services gratuits à ceux qui n’ont pas de sécurité sociale : médecine généraliste mais aussi neurologique, psychiatrique, soins dentaires et pharmacie. Pour prendre rendez-vous appelez le 0030 2310 520 386 en matinée.

Vous pouvez apporter votre expérience et une aide financière à ce projet, mais aussi le soutenir en donnant de l’équipement ou des médicaments (avant leur date d’expiration).

Il n’y a pas d’autre choix. Tout ce que l’on peut faire, c’est s’entraider.

Contra Info, 30 octobre 2011.

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Jésus apparaît dans l’anus d’un chien

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[Rennes] Procès en appel des inculpés du 5 décembre : c’est toujours œuf !

Le 5 décembre 2009 à Rennes, une manifestation était organisée par plusieurs collectifs de chômeurs. Interdite par le préfet au moment de son départ elle a tout de même eu lieu, chaudement encadrée par la police. À sa suite devait se tenir une assemblée générale dans une salle — réservée en bonne et due forme — à la Maison des associations. Le moment venu, la directrice — en accord avec la police — en a refusé l’accès, livrant alors les manifestants aux mains et aux matraques des forces de l’ordre.

Les policiers ont alors dispersé violemment les personnes réunies pour l’assemblée, en en blessant trois grièvement. Quatre manifestants furent alors arrêtés et sont poursuivis depuis ce jour pour des faits de rébellion et de violences sur agent.

Le 18 janvier 2010 en première instance, trois des accusés plaidaient la légitime défense, tout aussi impuissante qu’elle était. Le quatrième, accusé d’avoir jeté un œuf sur un flic, plaidait non-coupable. La cour reconnut la culpabilité des inculpés sans pour autant suivre le réquisitoire du procureur, bien obligée d’admettre que les violences policières étaient à l’origine de la réaction des manifestants.

Non content de cette décision, les flics, appuyés par le parquet, ont fait appel. Après deux ans d’une procédure embarrassante pour la justice, l’affaire ressort des cartons. Bien qu’il n’y ait plus le contexte militant de l’époque, nous appelons à ce que ce procès ne puisse pas se tenir dans l’ombre d’une salle d’audience mais qu’il prenne toute sa place dans l’espace public.

RASSEMBLEMENT LE VENDREDI 18 NOVEMBRE 2011 17h
RDV sur les lieux des faits, devant la Maison des associations
(métro Charles de Gaulle)

PROCÈS EN APPEL LE MERCREDI 23 NOVEMBRE 2011 15h
Rassemblement place du Parlement pour le match retour

Mouvement des chômeurs et précaires en lutte de Rennes.

Vidéo du 5 décembre 2009:
http://www.youtube.com/watch?v=BNlWIXQYrm
http://www.dailymotion.com/video/xm8jq5_violences-policieres-du-5-decembre-2009-a-rennes_news

Autres vidéos de l’époque:
http://www.dailymotion.com/video/xc3iqp_les-4-chomeurs-rennais-condamnes-fr_news
http://www.dailymotion.com/video/xbsfgb_chomeurs-inculpes-a-rennes-conf-de_news
http://www.dailymotion.com/video/xbxp1o_rennes-le-proces-des-4-chomeurs-man_news
http://www.dailymotion.com/video/xbx9f4_f3-bretagne-mcpl-et-resf-extrait-du_news

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[Genève] Imposons la gratuité dans les transports publics !

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Affiche apparue dans quelques arrêts des Transports Publics Genevois

Le Réveil, 1er novembre 2011.

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[Chine] Un conflit foncier provoque des émeutes dans le sud du pays

Émeutes dans le sud de la Chine autour de la vente de terres

Des milliers de personnes armées de bâtons, de pierres et de cocktails Molotov ont participé aux heurts, qui auraient fait trois morts.

De violents affrontements ont opposé, samedi, les forces de l’ordre à des villageois en colère contre la vente de terres dans le sud de la Chine, a indiqué la police. Des milliers de personnes armées de bâtons, de pierres et de cocktails Molotov ont participé aux heurts, qui auraient fait trois morts, selon le quotidien de Hong Kong, Oriental Daily News. La police de la préfecture de Zhongshan, dans la province du Guangdong (sud), a indiqué sur un compte Weibo, le Twitter chinois, que les habitants du village de Yilong avaient envahi un parc industriel où ils « ont cassé, pillé et brûlé ».

La police a démenti qu’il y ait eu des victimes. Elle n’a pas précisé combien de personnes avaient été impliquées, mais a indiqué que, depuis le mois d’août, des villageois bloquaient le parc industriel au prétexte d’un contentieux foncier entre deux quartiers. Deux ateliers ont été incendiés, rapporte Oriental Daily News, selon lequel les habitants reprochent aux dirigeants locaux d’empocher le produit de la vente de terrains communaux. Quelque 3000 policiers ont été déployés, affirme encore le journal.

L’AFP a vainement cherché à joindre la police locale, la police et les autorités de la ville de Zhongshan. À la fin du mois d’octobre, des milliers de personnes à Huzhou, dans la province du Zhejiang (est), avaient protesté contre le doublement d’une taxe professionnelle portée à 600 yuans (67,4 euros) par employé dans la confection de vêtements pour enfants. La police a arrêté 72 personnes depuis.

Leur presse (Agence Faut Payer), 13 novembre 2011.


Chine : Un conflit foncier provoque des émeutes dans le sud du pays

Des villageois du sud de la Chine, armés de barres et de pierres, s’en sont pris à une zone industrielle pour protester contre la vente de certaines de leurs terres sans qu’ils touchent de compensation financière, ont rapporté dimanche la police et des médias chinois.

L’émeute s’est produite samedi à Zhongshan, dans la province du Guangdong, où les rizières ont reculé face à l’implantation d’usines. Les violences ont été réprimées par la police, qui a interpellé les meneurs présumés, ont indiqué les autorités.

En Chine, la majeure partie des terres agricoles relèvent, en théorie, de la propriété collective des villageois, mais dans la réalité, ce sont les autorités gouvenementales qui contrôlent le sort de ces terres, ce qui donne lieu fréquemment à des conflits fonciers.

En septembre, des milliers d’habitants de Lufeng, dans la province de Guangdong, ont provoqué des émeutes et mis à sac des bâtiments officiels, en protestant contre des réquisitions de terres par les autorités.

Leur presse (Reuters), 13 novembre 2011.

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Motion antipatriarcale de la Coordination des Groupes Anarchistes adoptée le 11 novembre 2011

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1305316080.jpgLa CGA parce qu’elle entend lutter contre toutes les dominations se définit aussi contre le système de domination masculine et dans la lutte anti-patriarcale.

La construction genrée de la société

Le genre est, pour nous, une construction sociale hiérarchique, qui repose sur un partage construit sur le postulat de deux sexes biologiques strictement différenciés. Cette construction binaire est présentée comme naturelle (ce qui la protège des contestations et remises en cause). Le rejet de l’hermaphrodisme, à travers une intervention chirurgicale imposée à la naissance pour définir un sexe, témoigne de la prégnance de cette idéologie. Cette supposée binarité biologique fonctionne comme marqueur de la domination. C’est la hiérarchie, autrement dit les rapports de pouvoir, qui induit la division sexuée de la société, et non l’inverse. Les catégories « masculin/féminin » et « hommes/femmes » n’existent donc qu’en fonction l’une de l’autre et dans le cadre de la domination de genre. Ce qui est désigné comme féminin ou masculin est socialement construit par des techniques de dressage perpétuées par l’éducation (de la famille, de l’école, l’industrie du jouet…), les médias, un certain discours scientifique, les institutions et les religions.

Cette séparation est maintenue, avec la participation plus ou moins consciente et volontaire de tous et toutes, par des rappels à l’ordre permanents qui renforcent ce système inégalitaire.

Il n’y a pas plus d’essence ni de spécificité féminine naturelle ou biologique qu’il n’y en a de masculine. Les femmes ne sont pas du côté de la douceur sous prétexte d’une potentielle maternité et les hommes du côté de la violence sous prétexte d’un taux particulier de testostérone.

L’oppression des femmes n’est pas due à la dévalorisation de leurs « aptitudes naturelles ». En revendiquant l’existence d’une identité féminine et sa revalorisation, les théories différentialistes tendent à naturaliser les différences entre hommes et femmes. Les rôles attribués aux femmes et aux hommes n’ont rien de « naturels » : ils ne découlent pas de leurs différences morphologiques, mais sont le fruit d’une construction sociale qui n’est pas neutre dans l’organisation globale et inégalitaire de la société. Nous nous opposons donc à toute vision essentialiste des sexes.

Un système social organisé : la domination masculine ou patriarcat

Le système de genre véhicule la norme hétérosexuelle, l’impose et dénigre les autres sexualités. Cette idéologie induit notamment l’homophobie, la lesbophobie, la biphobie et la transphobie. L’instauration de la norme hétérosexuelle comme norme dominante entraîne l’oppression des personnes refusant cette norme ou n’y correspondant pas et cloisonne nos désirs à tou-te-s.

Malgré des avancées, ce système perpétue l’oppression des femmes notamment à travers :

— Le travail domestique gratuit et l’éducation des enfants, comprenant la prise en charge affective des personnes ;

— L’appropriation des corps des femmes aux fins de la reproduction ou non, notamment par des politiques visant à ériger la famille comme modèle unique et indépassable et les entraves au droit de disposer librement de son corps ;

— Le continuum des violences exercées contre les femmes, différentes dans leur degré mais non dans leur nature, allant de la prostitution aux violences physiques et psychologiques, en passant par les publicités sexistes et la réquisition de l’espace public au profit des hommes notamment la nuit ;

— La monopolisation masculine des armes, des outils, des compétences, de l’espace et de la parole ;

— Le travail, à travers les différences de salaires, une précarité accrue, des temps partiels imposés pour allier travail et tâches domestiques gratuites, et un taux de chômage plus élevé ;

— L’éducation différenciée selon les destinataires : « garçon » ou « fille ». Le contenu est différent et le formatage commence la plupart du temps dès la conception.

Le patriarcat positionne les hommes comme dominants dans l’ensemble des sphères de la vie. Les hommes jouissent de cette domination en profitant des privilèges liés à leur place dans ce système, et la très grande majorité participe à son maintien par des comportements d’oppression à des degrés divers. En revanche, ce système malmène les hommes qui refusent de se comporter dans la « normalité sociétaire ».

La lutte contre le système de domination masculine en interne de la CGA

On ne naît pas anarchiste et on ne le devient pas en considérant uniquement que le capitalisme et le système de domination masculine sont des « ennemis » à abattre. Être anarchiste est un combat quotidien qui ne s’arrête pas au moment où l’on a identifié les rapports de dominations. C’est la même chose dans la lutte contre le patriarcat et la déconstruction du genre : personne n’est à l’abri des rapports de pouvoirs, de l’éducation qu’il/elle a reçue, et chacun-e a donc un travail permanent à mener sur lui/elle-même pour changer les rapports de dominations. Il est aussi difficile pour une femme que pour un homme (bien qu’elle n’ait pas les mêmes privilèges) de se débarrasser des réflexes genrés que l’on a construits pour elles/lui.

Nous considérons que « le privé est politique ». La sphère privée et la sphère politique ne peuvent pas être abordées de manière différenciée quand les agissements et les comportements repérés dans le privé sont antinomiques avec les engagements politiques qui sont ceux des anarchistes/libertaires. L’engagement politique ne s’arrête pas à la porte de la maison ou de la chambre à coucher. C’est à chacun-e d’y chercher la cohérence avec son analyse politique.

L’organisation collective et la discussion permettent à tou-te-s d’acquérir des outils d’analyse pour penser les rapports de domination des hommes sur les femmes, et d’éviter de reproduire les logiques qui la perpétuent, de la violence domestique à l’occupation de l’espace public. Une réflexion collective sur la norme hétérosexuelle permet aussi de se poser individuellement la question de l’influence du genre sur ses propres pratiques de vie.

Nous intégrons cette réflexion à nos pratiques collectives. L’analyse politique de la place des femmes au sein de l’organisation, de la parole dont elles peuvent se saisir et de leur nombre permet de remettre en question nos pratiques afin de ne pas reconduire des logiques de domination plus ou moins violentes, de l’invisibilisation à l’intimidation. L’abandon d’un vocabulaire et d’une vision viriliste de la lutte sociale fait aussi partie de notre travail. Aussi, la CGA s’engage dans un travail de déconstruction au niveau collectif qui vise également à alimenter la réflexion et un positionnement individuels dans ce système de domination.

Nous nous engageons collectivement à :

— Mener une réflexion permanente et autonome au sein des groupes sur le système de domination masculine, la norme hétérosexuelle et l’anarchaféminisme ;

— Déconstruire le genre au niveau collectif pour également alimenter la réflexion et un positionnement individuel dans ce système de domination ;

— Être vigilant-e-s à ne pas décharger ce travail sur des volontaires, finissant par créer des spécialistes et un décalage dangereux entre militant-e-s du groupe. Cette spécialisation entraînera de plus la non-possibilité pour les militant-e-s concerné-e-s de s’impliquer dans d’autres luttes ;

— Intégrer une grille de lecture féministe par une approche de genre à tous les thèmes abordés par la CGA, dans la mesure où ils ont tous un lien avec le patriarcat (élections, sans papiers, antifascisme, précarité, société de consommation, prostitution, monde du travail, syndicalisme, militantisme, éducation, école, guerre, laïcité, religion, famille, médias…) ;

— Travailler à l’abandon d’un vocabulaire et d’une vision viriliste de la lutte sociale.

La pertinence de la lutte féministe dans nos idées et nos combats anarchistes

Le système patriarcal en établissant les catégories hommes-femmes, les a associées à des lieux, fonctions et moments non-mixtes imposés. Les luttes contre le patriarcat ont pris et prennent toujours la forme d’un mouvement autonome des femmes, dans lequel la non-mixité choisie peut être un outil de lutte comme dans toute lutte d’émancipation.

L’égalité à laquelle nous aspirons concerne tou-te-s les individu-e-s et n’est donc pas envisageable sans égalité réelle et effective entre femmes et hommes au delà des divisions et des différences de genre qui nous sont imposées. Idem pour notre aspiration à la liberté, laquelle est entravée par des rapports de domination et de soumission à abolir.

Cette égalité effective entre hommes et femmes ne peut s’envisager comme un exercice de rattrapage du pouvoir qu’ont les hommes ou d’un quelconque partage du pouvoir entre hommes et femmes, ni d’une manière de définir des critères de parité dans l’exercice du pouvoir. Il s’agit bien de viser la destruction de tout pouvoir et donc du pouvoir masculin au profit de rapports sociaux égalitaires. La seule destruction du capitalisme n’y suffira pas.

Le capitalisme et le patriarcat sont deux systèmes de domination « qui se nourrissent l’un l’autre » et qu’il convient d’abolir. Nous ne donnons pas la priorité à un domaine de lutte plutôt qu’un autre et préférons nous battre sur tous les fronts. La lutte contre le système de domination masculine a ainsi toute sa place dans nos activités, ni plus ni moins que notre implication dans les mouvements sociaux, le syndicalisme l’antifascisme, l’antimilitarisme, l’anti-électoralisme, la lutte contre les religions…

La CGA parce qu’elle est anarchiste et lutte contre tout système de domination se reconnaît dans la lutte anarcha-féministe. Elle s’inscrit dans les luttes féministes et les soutient. Pour ces luttes comme pour les autres, la CGA estime que les moyens ne doivent pas être en contradiction avec les finalités. Par exemple, la CGA ne se reconnaît pas dans la lutte pour la parité hommes-femmes dans les institutions quelles qu’elles soient.

La lutte contre le patriarcat de la CGA dans ses relations externes, c’est :

Proposer une alternative dans le mouvement féministe en introduisant nos référents antiétatiques, anticapitalistes, antiracistes et anti-patriarcaux ;

Prendre en considération notre investissement dans les structures féministes extérieures aux groupes comme dans d’autres structures du mouvement social ;

Faire prendre en compte dans les mouvements sociaux la question du genre et la nécessité de lutte contre la domination masculine.

La CGA revendique :

— L’abolition du système de genre : le sexe biologique ne détermine pas la place des individu-e-s, et les catégories hommes – femmes cessent d’être la norme de référence pour l’organisation de la société ;

— La liberté du désir et de la sexualité ;

— La maitrise de nos corps et le respect de nos choix de vie.

Pour cela, la CGA soutient et s’inscrit dans les luttes féministes

— Suppression des politiques natalistes ;

— Lutte contre les violences faites aux femmes, dans la sphère publique ou/et privée ;

— Lutte contre les publicités sexistes ;

— Lutte contre les inégalités salariales genrées ;

— Lutte contre l’homophobie, la lesbophobie, biphobie et la transphobie ;

— Accès à une éducation sexuelle non basée sur la norme hétérosexuelle ;

— Accès à une éducation non sexiste ;

— Accès à la contraception masculine et féminine et à l’avortement libres et gratuits ;

— Respect de nos choix de vie.

Motion adoptée le 11 novembre 2011
par la Coordination des Groupes Anarchistes.

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Nouvelles de Tunisie

Mater : Des protestations et une route bloquée pour avoir de l’eau potable

Les habitants des délégations de Boumkhila, El Arima et Mseffine protestent depuis le début de cette semaine contre leur privation de l’eau potable et ont fini par bloquer la route reliant Mater à Joumine.

Cette protestation vient suite à la terrible nouvelle qui a secoué la région : une femme et son fils ont été heurtés par un bus alors qu’ils traversaient la route pour aller chercher de l’eau. Les habitants de la région souffrent depuis de longues années de cette situation misérable. D’après les témoignages, on leur a promis de l’eau potable par les temps de Ben Ali mais jusqu’à ce jour ils en sont privés.

Ces habitants sont obligés de parcourir des kilomètres pour ramener de l’eau puisque la seule source d’eau à laquelle ils ont accès est polluée. D’ailleurs plusieurs de ces habitants souffrent d’insuffisance rénale.

Il est à noter que quoique le barrage de Joumine déborde d’eau, les habitants n’en bénéficient pas ! Ces gens sont assoiffés et pendant l’hiver et pendant l’été alors que les eaux du barrage sont un « privilège » dont seuls les habitants des gouvernorats de Sousse et de Nabeul sont  bénéficiaires.  Et mis à part le manque d’eau et le taux de chômage qui touche le plafond, ces régions n’ont ni électricité ni routes.

Leur presse (Tuniscope, 17 novembre 2011)


Compagnie des phosphates de Gafsa : Les activités des unités de production interrompues

Toutes les activités d’extraction, de  transformation et de transport du phosphate ont été interrompues, hier, à Métlaoui et Oum Larayès, dans le gouvernorat de Gafsa, en raison des mouvements de protestation et des sit-in observés par des jeunes revendiquant la proclamation rapide des résultats du concours lancé par la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG),  en mars dernier, pour le recrutement de 2.588 personnes.

Une source de la CPG a souligné, dans une déclaration à l’agence TAP, « le souci de la compagnie de voir s’achever, avant la fin  de l’année, les opérations de tri des 14 mille demandes de  candidature, menées par le ministère de la Formation professionnelle et de l’Emploi ». Le programme de recrutement de la compagnie prévoit, également, l’intégration de 1.400 demandeurs d’emploi dans les sociétés chargées de l’environnement et du boisement.

Selon la même source, l’interruption de l’activité de la CPG engendre, quotidiennement, une baisse de 1,5 million de dinars du chiffre d’affaires de la compagnie.

Leur presse (La Presse de Tunisie, 15 novembre 2011)


Tunisie : Des échauffourées suite à un mouvement de protestation social à Jendouba

Plusieurs habitants du gouvernorat de Jendouba se sont rassemblés, lundi 14 novembre 2011, devant les sièges des délégations de Jendouba et de Jendouba nord pour revendiquer leur droit à l’emploi, la prolongation de leurs contrats de travail et le versement de leurs salaires.

Plusieurs de ces contestataires ont barré la route nationale 17, reliant la délégation de Jendouba nord à celle de Fernana, devant l’hôpital régional de Jendouba et empêché le passage des voitures. Ils ont, également, brûlé des pneus et lancé des pierres sur les agents de sécurité, ce qui a contraint les forces de l’ordre à intervenir pour les disperser, en utilisant du gaz lacrymogène, après l’échec de toute tentative de dialogue. Les forces de l’ordre ont procédé, aussi, à l’arrestation de plusieurs protestataires.

Des manifestants ont affirmé qu’ils poursuivront leur mouvement de protestation, jusqu’à satisfaction de leurs revendications. Ils ont, en outre, dénoncé les longues tergiversations pour répondre à leurs revendications.

Le gouverneur de Jendouba Bechir Khedhiri a indiqué à l’agence TAP que les autorités compétences sont en train d’examiner certains cas afin de leur fournir un emploi dans des chantiers temporaires. Il a, d’autre part, affirmé que des commissions sont à pied d’œuvre pour identifier les besoins en matière d’emploi et préparer les annonces des appels dans les différentes activités liées aux petits métiers ainsi qu’aux secteurs de l’agriculture et de l’artisanat. Le gouvernorat de Jendouba a lancé, récemment, un appel d’offres pour l’achat de cinq mille têtes de bétail. Il est, également, en train de préparer un autre appel d’offres pour l’acquisition d’équipements de couture et d’artisanat.

Leur presse (Business News, 15 novembre 2011)

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Mathieu Rigouste : « Le théorème de la hoggra – Histoires et légendes de la guerre sociale »

Le théorème de la hoggra – Histoires et légendes de la guerre sociale synthétise dix années de travail, de luttes et de réflexions. C’est à la fois un traité de mécanique sécuritaire, une enquête en forme de manuel et un roman épique, un mélange d’Histoire et d’histoires. À travers la vie de douze personnages allégoriques, tissés de faits réels, l’auteur retrace l’histoire de la colonisation, de l’immigration et des quartiers populaires, les transformations de l’État et des médias, de la police et de l’armée, l’évolution des sociétés de contrôle et de ce qui leur résiste. À mi chemin entre l’essai et le conte, une partition pour déchiffrer le vacarme de la guerre sociale.

« L’orchestre des damnés s’était installé en fin d’après-midi. Il attendait son heure, patient sous ses capuches. La République l’avait précédé à l’entrée du quartier. Derrière les blocs de béton qui ferment la zone depuis dix-huit mois.
Elle s’accordait à d’autres diapasons, déterrés par malice dans d’anciens champs de coton. Elle ajustait sa robe de soirée. Ses cars blancs, ses milices bleues et ses matraques rouges.

Ce fut d’abord l’éclat et puis les cliquetis du verre. Les ampoules se répandirent en milliers de fragments tranchants sur les trottoirs complices.
Imitant ces ombres fracturées qui errent dans les dédales du ghetto français, les réverbères succombaient l’un après l’autre, brisés sous l’impact des boulons et des pierres.

C’est ainsi par chez nous que débutent les cérémonies d’adieu. Alors il faut bien se raconter quelques histoires avant de crever. »

Mathieu Rigouste est chercheur indépendant. Gosse de banlieue, engagé dans les luttes, il enquête sur le système sécuritaire pour fournir des armes de libération. L’auteur de L’ennemi intérieur (La Découverte, 2009) et Les marchands de peur (Libertalia, 2011) livre son dernier prototype, plus léger et maniable. Sous les masques du conte, une histoire de l’impérialisme et de la résistance, dix années d’enquête et de combats contre le capitalisme sécuritaire, trente années d’histoires recueillies dans les périphéries de l’Empire. Un petit livre noir, à canon scié.

Référence du livre :
« Le théorème de la hoggra – Histoires et légendes de la guerre sociale » par Mathieu Rigouste
240 pages – 11 × 16 cm
ISBN 978-2-9538046-1-4
Collection Béton arméE
Éditions BBoyKonsian

Contact :
01 39 18 17 04 // 06 13 90 84 15
akye@bboykonsian.com

Le livre est disponible ici : http://www.bboykonsian.com/shop/Le-theoreme-de-la-hoggra_p620.html

Le Post, 7 novembre 2011.


Mathieu Rigouste : « Les révoltes populaires sabotent les fictions de la “Justice” »

Gouverner les pauvres pose un sérieux problème de discipline. Pour se faire obéir, les institutions de l’État doivent dresser et domestiquer, c’est-à-dire mélanger de la force et de la séduction, articuler la contrainte et la recherche de l’adhésion. Pour légitimer les inégalités, pour susciter le consentement et la coopération des ségrégués, il faut donc fabriquer des fictions. L’une de ces fables nous raconte que le procès d’une révolte populaire aurait quelque chose à voir avec l’idée de justice.

L’État-nation français organise sa mythologie en revendiquant les idéaux des soulèvements qu’il a écrasés. Système impérialiste dont la richesse et l’autorité sont ancrées dans des siècles de traites négrières et de colonisation, de guerre et d’exploitation, la « patrie des droits de l’homme » grave au fronton de ses institutions, une devise — « Liberté, Égalité, Fraternité » — qu’elle a pillée sur les cadavres des révolutionnaires de 1789, 1848 ou 1871. Cette fiction lui permet de pourchasser tout ce qui ressemble à la mise en pratiques de ces mêmes idéaux d’émancipation collective. Le massacre de la Commune de Paris il y a 140 ans, celui des Algériens un 17 octobre 1961 et la liste interminable des brutalités et crimes de la police et de la prison sont évidemment soumis aux silences de l’histoire officielle. Car ces mémoires ont l’inconvénient de démasquer le pouvoir des riches, l’ordre blanc et leur mythe national. Aux souvenirs de la violence d’État qui balafrent les cultures populaires, l’État doit opposer des fables dont il sort victorieux, digne et fier.

Depuis le renversement de la féodalité, les classes dirigeantes se font peindre puis photographier en « représentants du peuple ». Il leur faut créer tout un monde imaginaire où, puisque l’égalité et la liberté sont censées être garanties par la Constitution, les pauvres seraient donc responsables de leur misère, les étrangers responsables de la xénophobie et les révoltés responsables de la répression.

La « Justice » est l’une de ces fictions fondatrices. Pour « faire appliquer le droit », c’est-à-dire continuer à se reproduire, l’institution judiciaire se présente comme « indépendante » des champs économiques et politiques. Le fonctionnement d’un tribunal nécessite de faire vivre la croyance selon laquelle il applique des « lois au service du peuple » et non les règles administratives de gestion d’un cheptel humain conçues pour préserver l’ordre du profit. La magistrature travaille à l’intérieur d’une grande machine à punir et enfermer les indisciplinés parmi les galériens. Elle ne peut assumer officiellement le fait qu’elle partage avec les classes dirigeantes et possédantes, un système d’intérêts et de privilèges, ainsi qu’un même monde sensible.

C’est précisément ce monde sensible qu’elle projette dans ses mythes, un monde où règnent les droits de l’homme blanc et riche, seul dans sa liberté, son égalité et sa fraternité.

L’institution judiciaire n’est pas monolithique, c’est un champ de luttes où des fractions d’intérêts s’opposent, s’affrontent et coopèrent. Ses agents sont sélectionnés, triés, filtrés parmi ceux qui respectent quelques règles pratiques : savoir notamment distinguer ceux qui devront bénéficier d’une indulgence, les chiens de garde qu’il faudra amadouer, les dépossédés qui devront être châtiés au moindre écart, et les corps d’exception contre lesquels toute forme de violence pourra se justifier. Ce savoir est construit et entretenu durant toute la carrière d’un magistrat, depuis la socialisation infantile généralement bourgeoise, en passant par les universités de droit et les grandes écoles où se construisent une conscience élitiste, jusque dans les arrières cours des tribunaux et les « milieux autorisés » où les grands hommes de loi côtoient régulièrement les hommes d’argent et de pouvoir.

Il existe ainsi toute une série de dispositifs internes qui permettent à l’institution judiciaire de réduire les risques qu’un juge interprète le droit dans l’intérêt des couches sociales les plus opprimées. Mais comme dans tout système, il existe des marges de manœuvre qui laissent parfois émerger dans l’interstice des humiliations quelques jugements en faveur des bannis. Lorsque certains magistrats mal-domptés se glissent entre les mailles du filet et réussissent à parvenir jusqu’à des positions influentes pour les perturber (un juge capable d’inculper un chef de l’État, de mettre en cause la propriété privée ou de disculper des insurgés). Ils sont des exceptions que la structure, elle aussi pyramidale, de l’institution judiciaire marginalisera, corrigera et instrumentalisera par la suite comme des faire-valoir de la fiction démocratique. L’institution judiciaire est organisée pour soumettre et bannir, elle réagit à des rapports de force.

En simulant l’impartialité, elle tente aussi de faire admettre à ses victimes qu’ils sont « fautifs » et responsables des peines qu’ils subissent. Ici comme en psychanalyse, la répression s’appuie sur la culpabilisation. Une autre de ces fictions d’État consiste effectivement à faire croire que la police intervient dans les quartiers populaires pour s’attaquer à « la délinquance et au crime » dont les pauvres seraient les premières victimes. Donc pour les protéger, les libérer, d’eux-mêmes et malgré eux : un pilier de l’imaginaire colonial. Ces discours permettent de justifier le contrôle policier et la soumission des classes populaires par un système de violence et d’humiliation quotidien. Ils soutiennent l’enfermement d’une partie conséquente du prolétariat non salarié et masquent les misères et les violences produites par l’alliance de l’État et du capital.

Depuis que le contrôle et la répression sont devenus des marchés dans le dernier tiers du XXe siècle, il est désormais très profitable de multiplier les unités policières. Le capitalisme sécuritaire a appris à tirer profit de la répression et trouve désormais intérêt à provoquer des désordres gérables pour mieux développer et vendre des techniques, des méthodes et des matériels de sécurisation : l’antibande, l’antiémeute et l’antiterrorisme sont des marchés politiques et économiques.

L’institution judiciaire assure le chaînon reliant la police et la prison au sein d’une stratégie de la tension appliquée aux quartiers populaires. Enfermer ceux que le pouvoir n’arrive plus à tromper, humilier ceux qu’il n’arrive plus à séduire et alimenter le dernier secteur du marché de la sécurité en fournissant à l’industrie pénitentiaire une main d’œuvre quasi-esclave extraite parmi les franges les moins bien domestiquées des classes populaires.

Ceux qui se sont révoltés savaient déjà qu’il n’y a d’égalité et de liberté pour tous ni à l’entrée ni à la sortie des tribunaux. Mais lorsque leurs soutiens et leurs familles réclament la « vérité et la justice », lorsqu’ils font appel, c’est une histoire de dignité, une tentative pour rétablir les faits, pour réduire les peines, pour parler aux autres opprimés et pour résister à l’impunité de la violence policière. Les institutions d’une société pyramidale ne sont pas faites pour bouleverser les rapports de domination mais pour les reproduire. L’appareil judiciaire ne peut pas empêcher la police de tuer. Il est chargé de soumettre ceux qui contredisent la légitimité du monopole étatique de la violence.

Il doit faire taire ceux qui brisent les fictions.

Mathieu Rigouste

Mathieu Rigouste est chercheur en sciences sociales. Il a notamment publié L’ennemi intérieur : la généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine aux éditions La Découverte en 2009, et Les marchands de peur, La bande à Bauer et l’idéologie sécuritaire aux éditions Libertalia en 2011.

Nota bene : Un petit livre retraçant les révoltes de Villiers-le-Bel, le déroulement de la répression et l’arbitraire des procès vient d’être publié aux éditions Syllepse : Vengeance d’État. Villiers-le-Bel, des révoltes aux procès, 2011. L’ensemble des bénéfices est reversé aux inculpés.

Villiers-le-Bel, le procès en appel, 17 octobre 2011.

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Vague de perquisitions à Toulouse (suite)

Vague d’arrestations sur la ville rose

La matinée d’hier mardi 15 novembre a commencé à l’aube pour certainEs d’entre nous. Une aube bleue gendarme qui est venue cueillir au saut du lit quelques enragéEs engagéEs. Dans six maisons, squattées ou non, perquisitions et plus de dix arrestations. Une famille de sans-papiers qui n’avait rien demandé est raflée en passant, y’a pas de petit profit. Pour elle, fort heureusement tout s’est bien terminé. Pour six autres personnes, la journée et la nuit se sont poursuivies au violon.

Ce matin (mercredi 16 novembre) ilelles y sont encore.

Flics hors de nos vies !

Rassemblement à 14h devant le TGI de Toulouse, mercredi 16 novembre
Allées Jules Guesde. Métro Palais de Justice.

C’est déjà tout de suite, 16 novembre 2011.

Les gardés à vue devraient comparaître cet aprèm devant le juge.

Forum anarchiste, 16 novembre 2011 – 14h49.


Saccage à Labège : descente de la gendarmerie dans des squats

La gendarmerie a déployé, hier matin, de gros moyens pour intervenir dans deux squats toulousains. Ces opérations seraient liées à l’enquête sur le saccage, en juillet, des locaux de la Protection judiciaire de la jeunesse à Labège.

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À la surprise des riverains et passants, les militaires ont investi en nombre un squat de l'avenue Jean-Rieux, hier matin, aux alentours de 8 heures.

Deux opérations coup-de-poing ont été menées, hier, à l’heure du laitier, dans des squats de Toulouse par les forces de gendarmerie. Peu après 6 heures, avenue Camille-Flammarion, derrière la gare, dans le quartier de Jolimont, des dizaines de gendarmes ont investi un immeuble. Un peu plus tard, vers 8 heures, c’est cette fois un squat de l’avenue Jean-Rieux, dans le quartier Côte Pavée, qui était la cible des forces de l’ordre.

Six interpellations

Selon nos informations, ces deux opérations conjointes, menées sur réquisition du parquet, s’inscrivent dans le cadre de l’enquête sur le saccage, le 5 juillet, à Labège, des locaux de la direction interrégionale Sud de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).

Ce jour-là, en fin de matinée, un commando d’une dizaine de personnes cagoulées avait fait irruption dans les lieux. Ils avaient déversé des bouteilles remplies d’excréments sur les ordinateurs et les bureaux. Des slogans, « Nique la justice », « Porcs », avaient été tagués sur les murs et une employée aspergée de gaz lacrymogène. En repartant, les membres de ce commando avaient lancé des tracts dans lesquels ils exprimaient leur profond désaccord avec les politiques menées en matière de réponses au problème de la délinquance des mineurs. À l’époque, le saccage avait suscité un véritable choc au sein des personnels de la PJJ. Hier, le Procureur de la République a refusé de commenter les opérations menées par la gendarmerie et leur objectif.

Ces deux descentes de gendarmerie ont abouti aux interpellations de six personnes. L’enquête sur le saccage a été confiée à la section de recherche de la gendarmerie de Toulouse.

Un Commando au PS

Le vandalisme de la Fédération 31 du Parti socialiste, rue Lejeune à Toulouse, le 11 octobre dernier a lui aussi marqué les esprits. C’est au projet du futur aéroport nantais de banlieue que le commando s’en est pris. Rien ne permet pour l’heure de relier ces deux affaires.

Leur presse (Claire Lagadic, La Dépêche), 16 novembre 2011.

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[Montpellier] Expulsion illégale aujourd’hui à Figuerolles

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À quelques rues du Très très grand cœur deux personnes vivaient depuis une dizaine de jours dans un immeuble soi-disant en cours de réhabilitation, le permis de construire date de mars 2010 et depuis un an et demi rien n’a été fait. Aujourd’hui [16 novembre 2011] la SERM est venue pour murer les lieux et a mis dehors sans préavis la personne qui se trouvait dedans. Le deuxième habitant n’a pas encore pu être contacté, il retrouvera sa maison murée en rentrant. Une trentaine de personnes ont tenté d’empêcher les ouvriers et les trois vigiles dépêchés sur place de faire leur sale travail mais l’arrivée rapide de policiers a refroidi toute tentative de résistance plus concrète.

Visitez https://squat.net pour l’actualité des squats dans le monde.
https://montpellier.squat.net pour la version locale du même.
Agendas https://radar.squat.net et https://montpellier.demosphere.eu

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« A sarà düra ! » Retour sur le mouvement NO TAV

« A sarà düra ! »

Expression qui pourrait vouloir dire « ça sera dur », ou encore « ça va barder ». C’est devenu un des cris de ralliement de la contestation contre le désormais presque célèbre chantier de la ligne de Train à Grande Vitesse Lyon-Turin (ou « Trane Alta Velocita »), le mouvement « NO TAV ».

Nous vivons une époque « comique », où lorsqu’un mouvement qui dure depuis des années avec le soutien et la participation active de la majorité des habitant-e-s, monte en intensité, et atteint des manifestations à plus 70’000 personnes comme cet été, ponctuées à chaque fois par des affrontements avec la police et des sabotages du chantier de construction tout concourt à faire comme si rien ne s’était passé. D’un côté, les médias dominants et les partis politiques parlementaires, de la droite à l’extrême-gauche, condamnent unanimement une protestation qui « n’aurait pas lieu d’être », irait « à l’encontre du progrès », et serait tout bonnement « absurde ».

D’un autre côté, une partie des mouvements révolutionnaires s’emploie à ignorer gentiment un mouvement vu comme « réactionnaire » ou qui ne porterait que des revendications partielles.

On ne conjure jamais autant un mouvement que lorsqu’il est autonome, et se renforce à mesure qu’on le traite entre indifférence, mépris et lassitude.

Pourtant, au delà de certaines postures régionalistes ou identitaires, et de simples griefs réactionnaires contre « Le Progrès » (ce sacro-saint dispositif de répression préventive qu’il est devenu quasi-impossible de remettre en cause sans être assimilé au fascisme ou au romantisme) il y a clairement, dans cette lutte, des aspects qui permettent de dire sans se tromper qu’elle constitue une véritable ligne de front contre le capitalisme et l’État.

« À contre-Progrès » ?

« Les véritables alternatives sont à vrai dire catastrophiques : elles impliquent non-seulement des changements dans les institutions sociales, les objectifs et les politiques établis mais aussi leur disparition pure et simple. Cette nouvelle direction du progrès menace en vérité l’ensemble de la société. Même si elle tend vers le point de non-retour, qui est, historiquement, celui du changement qualitatif, la société industrielle mobilise toute ses ressources contre cette éventualité. »

Herbert Marcuse, Le problème du changement social dans la société technologique.

Ce qui se joue dans cette lutte idéologique concernant le TGV ou TAV, ce n’est pas seulement la construction d’un train, mais la question de la rationalité technologique du capitalisme et son application directe dans la vie quotidienne. La construction de cette ligne de train, qui rencontre une contestation de plus en plus massive et de plus en plus offensive, aura mobilisé jusqu’ici tout ce que la société capitaliste possède d’infrastructures idéologiques, politiques, et donc policières et même militaires pour exorciser cette opposition féroce qu’elle se refuse à ne serait-ce que comprendre. Si ce sont la police et les chasseurs alpins qui protègent aujourd’hui systématiquement le chantier de construction du TAV, c’est parce que tous les moyens de propagande, et de répression préventive (incluant les techniques les plus modernes de manipulation publicitaire, de propagande et de marketing) ont été mobilisées… en vain.

La force de cette rationalité de la technique, qui modèle en fin de compte nos façons de penser et même de voir le monde consiste à nous laisser croire que le cours du progrès technique, et que les innovations en matière de technologie sont neutres, ou vont forcément de pair avec le progrès social. Ce mythe est aussi bien entretenu par les économistes et politiciens libéraux les plus chevronnés, un bon nombre de réactionnaires (justement), que par la militance gauchiste et sa vieille rhétorique marxiste. La société moderne donne à voir franchement à quel point l’idée selon laquelle « le progrès est nécessairement le sens de l’histoire » constitue un fantasme positiviste particulièrement éculé.

D’abord parce que la critique de l’utopie technologique du capitalisme a été refoulée. Sa force est aussi d’avoir réussi à réconcilier des valeurs et des forces traditionnellement vues comme antagonistes (comme le Travail et le Capital), mais aussi des tendances oppositionnelles autrefois marquées : comment serait-il possible sinon que dans quasiment tout le spectre politique traditionnel, de la droite populiste à l’extrême-gauche parlementaire, on ne trouve rien à dire, sinon des louanges ou des platitudes, concernant ce projet de construction de TGV/TAV et la contestation qu’il rencontre depuis des années.

Les concepts mêmes de « modernité », de « progrès », ou « d’avenir » ont été si vidés de leur substance théorique et de leur charge critique qu’il est devenu possible pour des tendances politiques vues comme irréconciliables de s’accorder sur l’essentiel à partir de la définition de ces catégories devenues parfaitement inopérantes.

Entre gauchisme et tentation réactionnaire : les écueils d’une lutte moderne contre le capital et l’État

Outre une expression parfois mal assumée de remugles passéistes et de nostalgie pour la vallée de Suse, quelques frasques teintés de relents réactionnaires pour ses verts pâturages, ses petits villages et ses résident-e-s au mode de vie si typiquement champêtre et « proche de la nature », un autre aspect de cette lutte a été le besoin manifesté par la frange la plus avancée du gauchisme d’y faire la police.

En terme de rappel à l’ordre, il faudra compter sur cette perle postée sur Indymedia Italia le 15 août 2011, qui s’en prend aux « punks à chiens existentialistes » à qui on reproche soit d’être là pour se battre contre le TAV comme tout le monde, soit sans doute d’être existentialistes — au choix — notamment donc dans le texte du CSO Askatasuna « Riflessioni sul dodicesimo campeggio No Tav » – « Réflexions sur le douxième campement No Tav », où leurs auteur-e-s expliquent donc tranquillement que « nous devons comprendre que la lutte de la vallée n’est pas faite que de l’inclination existentielle des punks à chiens à brandir leur doigt contre la police […] mais […] par des gens qui paient des impôts et emmènent les enfants à l’école, étudient ou prient [et] travaillent ». Que faudrait-il donc conclure d’un tel lieu commun, sinon que les gauchistes à la sauce Askatasuna préfèrent les gens qui prient et emmènent leurs enfants à l’école aux punks à chiens ou aux anarchistes (qui en plus de ne pas prier, sont rarement solvables, et évidemment ne travaillent jamais et n’emmènent pas leurs enfants à l’école — puisqu’ils n’ont pas d’enfants) ?

Dans la défense rassurante de « l’ordre et de la discipline » dans le mouvement, le parti pris par des organisations telles qu’Askatasuna a clairement été l’hégémonie morale et décisionnelle (même dans une optique confrontionnelle, à déterminer quelle action était censée ou appropriée et lesquelles ne l’étaient pas), et l’enjeu devient alors le pouvoir. Là aussi, la gauche extra-parlementaire en fin de décomposition se cherche un alibi en jouant aux arbitres : là où les staliniens grecs empêchent la foule révoltée de prendre le parlement lors de la dernière grève générale d’octobre 2011 (peut-être par peur qu’il ne soit incendié), les néo-staliniens « autonomes » italiens ont joué aux « militants sérieux » dans un mouvement qu’ils tentent de contrôler pour y faire la pêche aux nouvelles recrues et se refaire une jeunesse mais qui les déborde tant par sa forme que par son contenu, et qu’ils sont donc incapables de comprendre aussi bien théoriquement que pratiquement pour les raisons expliquées plus haut. Plus simplement, ce qui se joue là n’est pas qu’une querelle d’ordre syndical ou même seulement de classe ou la question de savoir au juste qui sont « les vrais gens qui mènent la lutte anti-TAV », mais bien plus de remise en cause du fonctionnement même du processus d’industrialisation et de ce qu’il implique : c’est-à-dire d’une véritable offensive qui transforme le capitalisme en machine de guerre et renforce tout les pouvoirs de l’État.

La société (comme ensemble prétendument pacifié et homogène) devient ainsi plus visiblement ce qu’elle était déjà essentiellement : un faux semblant de l’État, lui toujours prêt à sortir les armes et à montrer les crocs lorsqu’un axe des flux de marchandises est sous le coup d’une menace. Ce peut être une grève générale à l’échelle d’une nation, et ce peut être le mouvement No-Tav sur une frontière. Dans les deux cas, c’est un mouvement qui paralyse un pan de l’économie et jette un pavé dans les rouages.

Mais bien plus qu’un simple mouvement « anti-capitaliste », le mouvement No-Tav rencontre sans doute un tel engouement spontané et international parce qu’il touche à tout ce que la vie quotidienne dans la société capitaliste a de plus insupportable : destructions de la nature comme habitat humain et comme ensemble vivant, restructurations permanentes et dégradations exponentielles des conditions d’existence, exodes quelconques, et répressions féroces de toutes contestations ou révoltes autonomes.

… psychose sociale de la vitesse et destruction de la nature

« Les maîtres de la société sont obligés maintenant de parler de la pollution, et pour la combattre (car ils vivent, après tout, sur la même planète que nous ; voilà le seul sens auquel on peut admettre que le développement du capitalisme a réalisé effectivement une certaine fusion des classes) et pour la dissimuler : car la simple vérité des nuisances et des risques présents suffit pour constituer un immense facteur de révolte, une exigence matérialiste des exploités, tout aussi vitale que l’a été la lutte des prolétaires du XIXe siècle pour la possibilité de manger. »

Guy Debord, La planète malade.

Entre les jeunes actionnaires toujours plus assoiffés de chiffres qui défilent à 200 à l’heure mais qui revendiquent leur voiture « hybride » (« mi-pétrole, mi-nucléaire ») et leur mode de vie « bio », les jet-setters et les animateurs télé défoncés à la cockaïne qui font des stages de désintoxication à la campagne pour y rechercher le « terroir » et le « local », une jeunesse dorée fascinée par un modèle de réussite fait de flambe et de consommation ostentatoire mais toujours plus attirée par les artificiels « espaces verts » urbains, dans les images d’environnements domestiqués et autres erzats de « nature », le nouvel « exode urbain » de cette petite bourgeoisie qui vient gentrifier les banlieues et les campagnes en quête « d’humanité et de nature », le capitalisme génère chez ses enfants les plus gâtés un ennui et une sensation de vide qui ne peut être compensée que par une quête absurde d’intensité et de vitesse (dont le pendant « vert » est le bobo bio et ses quêtes mystiques) dans laquelle l’illusion d’être « proche de la nature » constitue le plus rassurant des palliatifs dans des villes où tout en a été parfaitement chassé, dégradé et détruit. Les marchandises doivent aller et venir toujours plus vite au milieux des plantes en plastiques et des micro-forêts enfermées dans des cages en béton, le capital circuler toujours plus vite à mesure que se déverse tout les flots de déchets toxiques dans les airs, sur la terre, dans les océans, les rivières et les mers, etc. Cette fuite en avant de la société reflète en fait le dépérissement de l’économie et son expression culturelle la plus grotesque : le mépris de la nature « teinté de vert » (où le « réformisme écolo » façon capitalisme vert ne représente en fait qu’une autre facette guimauve de la bourgeoisie éprise de ses propres états d’âme pour les conséquences de son mode de vie, et qui croit encore pouvoir se survivre), la haine des faibles sous couvert de « plaisir » ou de « réussite », le machisme le plus caricatural, le culte de l’apparence, la fascination morbide et le fétichisme de la violence (comme simple défouloir) ou son rejet abstrait et dogmatique, et évidemment les tentations réactionnaires, etc. Ces attitudes et ces visions du monde correspondent parfaitement à la morale dominante faite de darwinisme social et d’individualisme libéral dans laquelle seul-e-s ceux et celles qui « s’adaptent » survivent. Et c’est là que l’évidence crève les yeux : tout le monde ne peut pas manger « bio » ni s’acheter une maison ou une ferme à la campagne avec panneaux solaires. Et ce paradigme s’exprime aujourd’hui sous ses aspects les plus brutaux précisément parce que le capitalisme est pourrissant.

Et il implique nécessairement la destruction de la nature : l’écocide. À la bagnole et son idéologie la pollution de l’air et les milliers de morts sur les routes chaque année, aux milliers de produits cosmétiques et aux abats-faim de l’alimentation polluée l’empoisonnement des corps, une santé toujours plus fragile, et l’exploitation animale nécessairement industrielle et son évidente barbarie, et donc par conséquent l’empoisonnement des terres, de l’air et des mers à cause du lisier de cochon, du méthane des vaches (qui représente plus de gaz à effets de serre en europe que tout le trafic automobile réuni) mais aussi les nuisances liées au transport, et pas seulement la pollution stricto sensu mais le bruit incessant des machines et du travail aliéné, les paysages dévisagés, etc. Et au TGV ou TAV, son corolaire si évident et pourtant rarement abordé :

L’énergie nucléaire

« Procuste en tenue moderne, le savant en recherches nucléaires préparera le lit sur lequel l’humanité devra coucher ; et si l’humanité n’y est pas adaptée, ma foi, ce sera tant pis pour l’humanité. »

Aldous Huxley, Le Meilleur des Mondes.

Car en effet, dans un monde tel que celui là, la multiplication des lignes de train à grande vitesse ne peut que justifier encore et toujours la course à l’énergie nucléaire et la construction de nouvelles centrales, de nouveaux réacteurs (comme l’EPR de Flamanville, dont même les socio-démocrates avouent désormais ouvertement vouloir poursuivre la construction), etc. Et c’est bien l’atome et son exploitation qui scelle aujourd’hui le sale tableau d’une société écocidaire où la vitesse et les TGV (et ce qu’ils transportent : principalement des cadres supérieurs, des bourgeois et des marchandises) tournent à l’uranium : toujours plus de déchets intraitables qui sont autant de dettes sur tout projet de société future. Parce que là où l’air et le sol sont irradiés, on ne construit pas une société libérée de l’État, des classes et de toutes les autres dominations.

La lutte contre le TAV, comme la lutte contre le nucléaire ne sont qu’une seule et même lutte contre l’écocide capitaliste et étatique.

Et il faudra bien en finir, d’une manière ou d’une autre.
Et plus ça durera, plus ce sera dur.

Le Cri du Dodo, 28 octobre 2011.

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur « A sarà düra ! » Retour sur le mouvement NO TAV

Contre les divisions racistes et nationalistes

Le jeudi 10 novembre, la mosquée de Montbéliard a été victime d’un incendie criminel, incendie revendiqué par un groupuscule ouvertement raciste. Tout comme lorsque des synagogues brûlaient dans les années 1930, derrière cet incendie c’est, bien au-delà d’une question religieuse, toute une partie de la population qui est ainsi visée et menacée en raison de ses origines. Peu après, dans la nuit du 10 au 11 novembre, bien des habitant(e)s de Planoise à Besançon ont eu la surprise de voir des tags FN dans plusieurs cages d’escaliers du quartier.

Ces provocations racistes et nationalistes dans notre région ne sont pas malheureusement pas des faits isolés. Ces dernières années, on a vu depuis les plus hauts sommets de l’Etat, dans la bouche de ministres comme Besson ou Hortefeux les pires déclarations xénophobes à l’encontre des immigrés, les politiques de chasse aux sans-papiers, des prises de position racistes à l’encontre des Roms et toute une propagande puante de nationalisme et de chauvinisme autour de « l’identité nationale ». Ailleurs en Europe, on voit à l’œuvre les mêmes politiques de chasse aux immigrés et de remises en cause du droit d’asile, en Hongrie des politiques de discriminations et de violences systématiques contre les Roms sont mise en place dans plusieurs villages, en Grèce c’est un parti ouvertement raciste et antisémite qui entre au gouvernement

Les divisions racistes et nationalistes sont non seulement une honte pour l’humanité, mais n’ont toujours servi que les puissants et les plus riches pour nous diviser et nous affaiblir face à la misère et à l’exploitation.

Que nous disions « mein Schatz » ou « Habibi » à ceux qui nous sont chers, que nous chantions des berceuses en chinois ou en peul à nos enfants, que nos ancêtres soient enterrés dans les montagnes d’Anatolie ou les plaines de Pologne, nous subissons les mêmes conditions de travail, les mêmes licenciements, les mêmes bas salaires et les mêmes politiques anti-sociales. Le chauvinisme, le nationalisme et le racisme ont toujours été des poisons mortels pour la classe ouvrière, divisant ses rangs alors qu’il est de plus en plus indispensable d’être unis pour faire face aux attaques du patronat et du gouvernement, et cherchant à nous faire croire que nous aurions quelque chose en commun avec ceux qui nous exploitent. Alors que nous subissons de façon de plus en plus violente les effets de la crise du capitalisme, le chômage, les politiques d’austérité, les bas salaires, les hausses des prix, etc. nous devons, travailleurs et chômeurs, être plus que jamais unis pour faire face aux patrons.

Ne nous laissons pas diviser par les racistes, les nationalistes et autres réactionnaires !

Quelques soient nos origines, c’est tous ensemble qu’il faut lutter pour refuser de payer leur crise et leurs dettes, pour faire face aux sales coups du patronat et pour construire un monde digne du 21ème siècle où chaque être humain pourra vivre décemment.

! ‫يا عمال العالم اتحدوا‬
Travailleurs de tous les pays, unissons-nous !

Tract de l’Initiative Communiste-Ouvrière de Besançon, 12 novembre 2011.

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Anthropologie d’une bande armée de criminels

« La force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers », de Didier Fassin : mais que fait la police ?

Il y a plusieurs polices. Peut-être y en a-t-il même autant que de policiers. Les uns attirent parfois le regard, comme les flics « ripoux » et les serviteurs trop zélés du pouvoir exécutif qui défraient la chronique ces jours-ci. D’autres restent le plus souvent dans l’ombre.

Les policiers de terrain, auxquels incombe le maintien de l’ordre, sont de ceux-là. Leur travail, fait de patrouilles et d’interpellations, paraît souvent trop banal pour mériter que l’on s’y arrête. Le jeu du chat policier et de la souris délinquante n’est-il pas, après tout, l’un des plus vieux au monde ? Il est malheureusement aussi un des plus protégés du regard des chercheurs. « Circulez, y’a rien à voir ! » : depuis plusieurs années, la police a fait de ce mot d’ordre sa politique à l’égard des sciences sociales. Elle oppose dorénavant un refus systématique aux demandes d’enquêtes sur son travail.

L’anthropologue Didier Fassin a pourtant réussi à surmonter les réticences des policiers et à se faire accepter dans un commissariat de la banlieue parisienne. Entre 2005 et 2007, il a pu suivre le quotidien des équipages de la brigade anticriminalité (BAC). Créée en 1971 pour faire du « flagrant délit », cette police en civil est devenue, depuis les années 1990, l’instrument principal de la « police des quartiers » et le bras armé de la politique sécuritaire qui associe immigration, banlieue et délinquance.

S’inscrivant dans une longue lignée de travaux anglo-saxons visant à prendre au sérieux l’autonomie politique et morale dont jouit le policier du coin de la rue, et à la suite de Dominique Monjardet, qui fut en France le pionnier de cette approche de la police « par le bas », Didier Fassin décrit patiemment le travail des policiers de la BAC.

Loin des clichés, celui-ci est essentiellement marqué par l’inaction et la frustration. « Les policiers, note-t-il, attendent de rares appels qui s’avèrent presque toujours vains, soit parce qu’il s’agit d’erreurs ou de plaisanteries, soit parce que les équipages arrivent trop tard ou font échouer leur affaire par leur maladresse, soit enfin parce qu’il n’y a pas matière à interpellation. »

L’anthropologue s’attache dès lors à décrire le fonctionnement du groupe des « baqueux », cet « État dans l’État policier » fonctionnant par cooptation et doté d’une large autonomie par rapport à la hiérarchie policière. Les brigadiers qui le composent, souvent des « immigrés de l’intérieur » — enfants de paysans ou de commerçants des petites agglomérations —, sont formés dans la crainte de la « jungle » dans laquelle ils sont appelés à travailler, des « zones urbaines sensibles » pour l’essentiel. Ils n’y habitent pas et les insignes brodés sur leurs blousons la représentent comme des alignements de barres d’immeubles saisis dans le viseur d’une arme…

Ces policiers, plus inspirés par l’idéologie du Front national et les faits d’armes de Vick Mackey, le flic corrompu de la série « The Shield », que par le service d’une communauté et le respect de la loi, se sont fabriqué, en guise d’idéal, une morale de substitution : « Faire régner l’ordre en rappelant qu’ils peuvent user de leur pouvoir à leur gré, telle est la mission que se donnent, par défaut, les membres de la BAC, dès lors qu’ils se rendent bien compte qu’ils n’arrêtent pas, comme ils l’avaient imaginé en choisissant leur unité, “des voleurs et des voyous”. »

Puisqu’il faut bien donner un sens à ces inutiles courses-poursuites contre les jeunes des quartiers, aux interpellations sans gloire d’étrangers et de « shiteux » pour satisfaire le besoin de chiffres de la hiérarchie, les policiers de la BAC se sont bricolé une morale faite avant tout de discriminations raciales, de vengeances organisées et du recours systématique à la violence psychologique contre ceux qu’ils interpellent. Une morale qu’un brigadier résume ainsi face à Didier Fassin : « Y nous aiment pas, les bâtards. Nous on les aime pas non plus. »

Au final, c’est un théâtre absurde et tragique qui émerge des notes prises par le chercheur dans ces véhicules banalisés lancés à la poursuite d’on ne sait finalement trop qui ou quoi. La police est par excellence le lieu de ce que les sciences sociales appellent les « prophéties auto-réalisatrices ». Il suffit en effet d’augmenter le nombre de policiers dans les quartiers pour y multiplier les interpellations, donc les faits de délinquance enregistrés. La police est, en somme, elle-même sa propre justification.

Mais l’anthropologue comme le citoyen peuvent-ils se satisfaire d’un tel vide de sens ? Un jour, un policier confie à Didier Fassin qu’il ne comprend pas pourquoi les jeunes des quartiers se mettent toujours à courir quand ils le voient arriver. Le chercheur, lui, a appris de ces mêmes jeunes la façon dont un corps peut mémoriser les humiliations passées et instinctivement s’en protéger. Aussi a-t-il la charité de ne pas rétorquer ceci : le fait que le policier, à son tour, se mette à courir, voilà un mystère encore bien plus épais à percer…

LA FORCE DE L’ORDRE. UNE ANTHROPOLOGIE DE LA POLICE DES QUARTIERS de Didier Fassin. Seuil, 393 p., 21 €.

Leur presse (Gilles Bastin, Le Monde des livres), 27 octobre 2011.


La charge contre la police d’un anthropologue immergé dans une brigade anticriminalité

L’anthropologue Didier Fassin a passé quinze mois en immersion dans une brigade anticriminalité (Bac), spécialiste du « saute-dessus » dans les banlieues sensibles : il en a fait un livre à charge contre la police mais lui parle d’un « travail d’obervation avec le souci de faire bouger les choses ».

« Discours racistes », « pratiques discriminatoires », « scènes d’humiliation », « contrôles d’identité abusifs » et au faciès, « culture du chiffre » : dans La Force de l’ordre (Éd. Seuil, parution cette semaine), se voulant une « anthropologie de la police des quartiers », il n’y va pas par quatre chemins pour décrire le quotidien d’une « Bac » qui œuvre apparemment en grande banlieue parisienne mais que l’auteur ne situe jamais.

On y croise des policiers roulant à près de 200 km/h quasiment pour le plaisir, des « blacks » contrôlés pour rien ou des peccadilles — le fils de l’auteur en ayant fait l’expérience, ce qu’il raconte — mais rarement comme auteurs d’infractions. Y sont décrits des comportements de « cow-boys », tutoiement de rigueur et insultes racistes, avec les jeunes des cités HLM.

Fassin, professeur de sciences sociales à Princeton (États-Unis) et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), se défend d’avoir livré une « charge » contre la police.

« C’est un travail d’observation », plaide-t-il. « Après avoir enquêté auprès des jeunes, j’ai voulu comprendre ce qui se passe du côté des institutions » et « ai eu la chance d’obtenir une autorisation pour suivre 15 mois une Bac » entre 2005, au moment des émeutes auxquelles il n’a pas assisté, et 2007.

« La loi vient après l’ordre »

Son récit confirme la césure police/population, singulièrement avec la jeunesse. Il montre, exemples à l’appui, « l’inefficacité » des Bac, selon lui, et de leur travail souvent effectué dans « l’illégalité » notamment pour ce qui est des contrôles.

Les dialogues, sous anonymat, sont saisissants : « C’est vrai que ces contrôles sont abusifs », raconte à l’auteur un commissaire « et je comprends qu’aux jeunes, ça leur pèse ». « Mais c’est une espèce de jeu. Moi, je suis le flic, je vais te contrôler. Toi tu es le présumé coupable, tu te fais contrôler. »

« Il faut bien admettre que ça ne sert à rien », admet encore le policier, selon des propos rapportés par Fassin, « sauf à perpétuer le climat malsain entre les policiers et les jeunes ».

Ces pratiques, selon lui, sont à mettre au crédit des lois et discours sécuritaires depuis les années 1990, ceux de Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy notamment. Mais aussi, « depuis un demi-siècle, des concentrations de populations et d’immigrés ».

« La loi vient après l’ordre », résume le chercheur. « On a demandé aux policiers d’être interventionnistes » et les Bac ont été créées « rien que pour cela ». Pour du « saute-dessus » comme disent les « baqueux » — ainsi qu’ils se nomment entre eux — dans le livre.

Quand on lui dit que le livre risque de choquer les policiers et ceux dont il a partagé le quotidien, Didier Fassin rétorque « espérer ouvrir le débat » pour que « tous s’y reconnaissent », policiers et citoyens. Pour « faire bouger les choses, au nom de la démocratie ».

La partie n’est pas gagnée à en croire ce qu’il dit des jeunes policiers des Bac : « La plupart ont (une) image de la banlieue comme dangereuse, des habitants comme leurs ennemis et de la situation dans laquelle ils se trouvent comme un état de guerre ».

« Et ce avant même d’être affectés dans ces circonscriptions où ils n’ont pas voulu aller et qu’ils cherchent à quitter au plus vite », écrit l’auteur.

Leur presse (Rémy Bellon, Agence Faut Payer), 24 octobre 2011.


Des policiers dans la « jungle urbaine »

Dans une étude sans précédent, Didier Fassin, professeur de sciences sociales, raconte les tensions entre forces de l’ordre et populations. Interview par Elsa Vigoureux.

Vous affirmez qu’il existe une police qui s’exerce de manière spécifique dans les quartiers ?

Depuis plusieurs décennies, une police des quartiers est née, dont le fer de lance est la BAC, brigade anti-criminalité. Son mode d’action dans ces territoires et à l’égard de leurs populations serait impensable ailleurs. La plupart des polices du monde ont évolué vers une répression ciblée sur les populations les plus vulnérables, les immigrés et les minorités, en développant des méthodes d’intervention spécifiques, de type paramilitaire, en marge de la légalité, créant ainsi de petits états d’exception. La France a ceci de particulier que la Police nationale n’est pas au service de la population, mais de l’État, en principe garant de neutralité. Or l’évolution récente tend plutôt à en faire le bras armé du gouvernement.

Vous dites que « la police des quartiers ne ressemble pas à ses habitants ». C’est-à-dire ?

Ces policiers sont des jeunes qui sortent de l’école. Issus de zones rurales et de petites villes, ils n’ont pas d’expérience personnelle des zones urbaines sensibles (ZUS), qu’on leur présente comme une « jungle » hostile. S’ils sont aussi d’origine modeste, ils ont en général passé leur jeunesse dans des milieux très différents. Les rares membres de la BAC qui ne considèrent pas les jeunes des cités comme des ennemis et ne les traitent pas de « bâtards » ont eux-mêmes vécu dans des cités.

Comment conçoivent-ils leur mission ?

Ils disent avoir choisi ce métier pour « attraper des voleurs et des voyous ». La réalité est tout autre : la criminalité a baissé ; les auteurs des délits les plus fréquents, comme les atteintes aux biens, sont difficiles à confondre, à moins de les prendre la main dans le sac. La profession est sous pression, les policiers doivent « faire du chiffre ». Et ils se rabattent sur des « délits faciles à faire » : arrêter ceux qu’ils appellent les « shiteux », et les sans-papiers. Ils sont loin de l’idée qu’ils se faisaient de leur métier.

Vous dites que les policiers, déçus par les magistrats, règlent des comptes dans la rue.

Bien que les faits prouvent le contraire, les policiers croient que les juges sont laxistes. Et ils ont tendance à faire justice eux-mêmes. En pratiquant sur des jeunes des contrôles d’identité illégaux, dans des conditions humiliantes. Ou en réalisant des interpellations arbitraires au sein d’un groupe. Le but, comme ils disent, est de leur « pourrir la vie ». Les publics les plus habituels des forces de l’ordre sont donc exposés à une double peine, judiciaire et policière.

Les études sur la police sont rares. Pourquoi ?

C’est devenu un interdit. Il existe une censure qui rend impossible l’obtention d’autorisations pour étudier l’activité policière. Je suis reconnaissant au commissaire de la circonscription où j’ai réalisé mon enquête, entre 2005 et 2007, de m’avoir laissé toute liberté alors que la pression du ministère était forte.

Pourquoi évoquez-vous l’expérience de votre fils et de ses amis, enfants français d’origine africaine, maltraités par des policiers de la BAC ?

Il faut y voir une implication personnelle, pas un témoignage. Ces faits correspondent à ce qui est vécu par une partie de la population, et totalement ignoré par le reste. C’est cette invisibilité que je tente de dépasser : cela se produit près de chez vous, et vous ne le savez pas. Pourtant, il s’agit de nous, parce que ce sont nos enfants, leurs amis et les parents de ces amis. Méconnaître cette réalité, c’est taire les injustices.

Pensez-vous qu’une guerre sourde est à l’œuvre entre la police et cette population ?

Il y a du côté des forces de l’ordre et des responsables politiques un imaginaire de la guerre : un vocabulaire pour désigner les ennemis de l’intérieur, des expéditions punitives pour sanctionner l’acte d’un individu, la mobilisation de technologies militaires lors de confrontations, des références à la guerre d’Algérie comme matrice des tensions actuelles. Une oppression que ressentent fortement les habitants des quartiers en tant que victimes. Lorsqu’un jeune meurt, renversé par un véhicule de police ou abattu dans un commissariat, un sentiment de révolte peut les submerger. C’est ainsi que des émeutes surviennent. Imaginaire de la guerre des uns et sentiment de révolte des autres me paraissent donc profondément distincts.

Interview de Didier Fassin, professeur de sciences sociales, auteur de « La Force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers » (Éd. Seuil), par Elsa Vigoureux.

Leur presse (Le Nouvel Observateur), 20 octobre 2011.

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[Barcelone] Bouts de luttes, des terrains gagnés à la répression

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Le 15 octobre, une manifestation, qui avait rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes, s’était notamment conclue par l’occupation d’un bâtiment abandonné dans le quartier populaire de Nou Barris. La dizaine de familles qui squattent le bâtiment, avec le mouvement des indigné-e-s et des associations du quartier, poursuivent leur installation. Les logements ont tous été réaménagés et le local qui donne sur la rue, est lui aussi réapproprié pour en faire un centre social avec des activités publiques avec le quartier : atelier de réparations de vélos, garderie, salle de réunions, etc. Cette semaine, le juge s’est déclaré incompétent pour prononcer l’expulsion du bâtiment sous prétexte que « le cas n’a pas de précédent historique, et donc de jurisprudence ». Alors que ce même juge est connu pour avoir toujours condamné les squatteur-euse-s à être expulsé-e-s, il est clair qu’il cherche à justifier ainsi son changement d’interprétation de la loi. Pour beaucoup, la raison est tout autre. S’il a été obligé d’adapter son jugement vis-à-vis de l’occupation, c’est d’abord dû au rapport de force politique construit autour de cette lutte.

Le 22 octobre, dans le quartier de Gracia, une manifestation contre les expulsions organisée par des squatteur-euse-s et soutenue par le 15M local se terminait elle aussi en occupation. Cette fois-ci, c’est une banque, elle aussi abandonnée depuis des années, qui est expropriée pour en faire un centre social et un local pour des assemblées du 15M du quartier.

Devant les demandes incessantes de personnes avec des problèmes de logement, les besoins en locaux autogérés et le soutien très massif généré par ces occupations, il est fort probable que ces actions se reproduisent dans les semaines à venir. Et si on rajoute à cela la crise financière, les 5 millions de chômeur-euse-s, 175’000 foyers expulsés en 3 ans, c’est pas des élections qui vont changer tout ça…

Personne ne nous représente !

Et puis comme le pouvoir ne reste pas les bras croisés face à tout cela, quelques nouvelles des campagnes (anti-)répressives :

— Pour les personnes accusées d’avoir participé au blocage du parlement avec le mouvement du 15M , le procureur de l’Audience Nationale demande 5 ans de prison. Dans les semaines qui viennent les députés qui ont dénoncé les indigné-e-s seront cités à comparaître.

— Nouveau rebondissement dans l’affaire du 4F qui a vu plusieurs personnes proches des squats passer des années en prison (Rodrigo Lanza y est toujours) et l’une d’entre elles se suicider cette année (Patricia Herras). En gros, les policiers qui accusaient les détenu-e-s du 4F viennent d’être condamnés pour tortures et faux témoignage dans une autre affaire et ceci remet en question leurs paroles déjà assez douteuses.

Enfin avec les élections, il est fort probable que les campements reprennent. De fait il semble que plusieurs personnes ont déjà passé la nuit sur la Place Catalunya et ça devrait ne faire que grossir dans les jours à venir.

Sans-titre-diffusion, 12 novembre 2011.

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Stop Castor – Cotentin du 22 au 24 novembre

Pour bloquer le train CASTOR (déchets nucléaires) du 22 au 24 novembre à Valognes (50) Cotentin. C’est une opportunité intéressante puisqu’elle n’émane pas du Réseau sortir du nucléaire, mais d’individuEs autonomes voulant copier la situation allemande.

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Kit de présentation des actions, de la répression et du lieu

Le blog pour les infos.


« Nous aussi, nous irons à Valognes », communiqué du comité anti-CASTOR de Tarnac

Fukushima, c’était il y a huit mois. Il n’y a pas de « retour à la normale » après une catastrophe nucléaire. Il y a un nouvel état du monde, une nouvelle géographie du ravage dont l’information régnante voudrait que l’on s’accommode, par la force des choses. Le spectacle des explosions de Fukushima offert en live streaming à la planète entière, les dépêches sans queue ni tête livrées d’heure en heure à l’avidité des peuples obéissent à la même logique qui commande aujourd’hui le plus complet silence sur les conséquences de la catastrophe. Qui sait que le Japon a mis à l’arrêt à ce jour 44 de ses réacteurs, que seuls dix fonctionnent encore et qu’à Tokyo on préfère désormais les coupures d’électricité aux merveilles de l’atome ? Qui se soucie que 90 % des enfants naissant actuellement dans la zone contaminée autour de Tchernobyl soient frappés de tares génétiques ? La vie est assez dure comme ça pour s’épargner d’avoir, de surcroît, conscience de son horreur. Les pays les plus nucléarisés sont ceux où l’on se rebelle le moins contre le nucléaire. Les prisonniers finissent généralement par aimer leur geôlier, pour peu qu’on les résigne assez à leur sort.

Dans l’ambiance de fin du monde, d’apocalypse symbolique, d’effondrement généralisé où nous baignons présentement, le nucléaire fonctionne comme un verrou sur la situation politique. C’est un ciel bas et lourd qui pèse comme un couvercle sur toute idée de bouleversement. Ce qui est en jeu là, ce n’est évidemment pas la révolution, tout juste sa possibilité. D’autant plus cette société épuise le peu de crédit qu’il lui reste, d’autant plus le réseau de centrales qui enserre le territoire nous fait l’effet d’un corset, d’une camisole. Comment un régime qui ne s’aventure plus à faire de promesse pour l’année suivante ose-t-il produire des déchets radioactifs pour encore cent mille ans ? Comment ignorer que la dépendance énergétique où l’on nous tient, et la sorte de chantage qui l’accompagne, réduisent à l’insignifiant toutes nos prétentions à la liberté ? Il y a quelque chose de morbide dans l’investissement libidinal dont l’État français a couvert ses centrales et ses bombes à neutrons. À mesure que gouvernements  étrangers et capitalistes éclairés font savoir l’un après l’autre leur intention de renoncer au nucléaire, la France préfère se dire que si elle est de plus en plus seule dans son impasse, c’est simplement qu’elle est la meilleure. Alors que l’EPR est en bonne voie pour égaler Superphénix dans la catégorie des folies furieuses, EDF dévoile à présent son intention de relancer la surgénération. C’est un spectacle atterrant qu’un tel déni du réel, une telle imperméabilité à l’expérience, une telle façon d’exposer au monde entier ses verrues comme un titre de gloire.

Trois ans se sont écoulés depuis ce 11 novembre où la Sous-Direction Antiterroriste a trouvé bon d’investir le village de Tarnac et quelques autres domiciles en France, afin d’y arrêter une dizaine de personnes. Renseignements pris, nous avons fini par acquérir une idée assez précise de l’étonnante convergence d’intérêts qui a amené à ces arrestations. On arrive, selon le fil que l’on tire dans cette bobine, à d’obscures barbouzes grenouillant dans la « sécurité », à des services secrets agissant « informellement » à l’échelle européenne, à des conseillers du prince en veine de reconnaissance, à de vieux fachos ayant accédé aux ministères dans le sillage de Sarkozy et jugeant que l’heure était enfin venue de prendre leur revanche sur les gauchistes. On y trouve aussi les intérêts bureaucratiques bien compris d’ex-RG mis à mal par la fusion avec la DST au sein de la DCRI et les éternelles ambitions ministérielles de Michèle Alliot-Marie. Pour faire bonne mesure, on n’oubliera pas le rôle joué par l’infiltré britannique Mark Kennedy-Stone et l’effet des habituelles rivalités dont les milieux radicaux sont, au même titre que n’importe quel autre milieu, le siège détestable. Mais si l’on s’en tient aux faits, et non à leur cause, ce qui a fini par nous sauter aux yeux, c’est ceci : l’affaire de Tarnac fut d’abord une tentative forcenée, et à ce jour réussie, pour contenir aux frontières l’extension du mouvement anti-nucléaire allemand. Toute l’opération aura consisté à travestir une action de blocage de trains revendiquée par un groupe anti-nucléaire allemand et exécutée par une méthode assez usuelle et assez sûre — les fameux « crochets » — pour avoir été employée jusqu’à une centaine de fois en une seule année de l’autre côté du Rhin sans jamais blesser quiconque, en un « acte terroriste » immotivé visant à faire dérailler des trains. Il aura suffi pour cela, d’un côté, d’occulter la revendication allemande transmise dès le 9 novembre 2008 par Interpol, et de l’autre de faire le plus de bruit possible autour de l’arrestation d’un groupe que l’on avait depuis longtemps dans le viseur. Comme l’assassinat de Vital Michalon lors de la manifestation de Malville en 1977, comme les tendons tranchés volontairement, l’année dernière, aux militants du Groupe d’Action Non-Violent Antinucléaire (GANVA) qui s’étaient enchaînés sur la route du train de transport de déchets ultra-radioactifs CASTOR (CAsk for Storage and Transport Of Radioactive material), l’affaire de Tarnac témoigne de la nervosité pathologique qui atteint l’État français dès que l’on touche à la question nucléaire. Il est vrai qu’il a sur ce point des décennies de mensonge et des milliers de morts à faire oublier.

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Cette année que se prépare, pour la première fois peut-être, une action de masse pour bloquer à son point de départ, le 24 novembre prochain à Valognes (Manche), le train CASTOR, nous ne pouvons décemment manquer le rendez-vous. Nous devons bien cela à l’État français, et à ses nucléocrates. Et il serait malséant, après Fukushima, qu’il y ait 50’000 Allemands pour le bloquer à son arrivée  à Gorleben, et personne pour l’entraver en France. Alors que huit nouveaux trains de déchets provenant de Hollande doivent bientôt traverser les gares de RER franciliennes pour rallier La Hague, nous devons donner raison au collectif Valognes Stop Castor : « La question des déchets constitue le maillon faible de l’industrie nucléaire, et l’illustration la plus frappante du scandale qu’elle est dans son ensemble ». C’est donc là qu’il faut l’attaquer. C’est là qu’il faut, à quelques milliers, lui porter un coup décisif. Polluer, c’est toujours s’approprier. En polluant pour les cent mille ans qui viennent, l’État nucléaire s’approprie tout futur pensable et toute vie possible. Nous sommes le futur. Nous sommes la vie. Nous arrêterons les centrales. Tous à Valognes !

Comité anti-CASTOR de Tarnac, 14 novembre 2011.

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[Poitiers] Échange autour d’expériences et d’envies d’autogestion

Pas de grand exposé théorique sur ce thème ! mais un échange d’infos et pratiques concrètes, aussi bien sur ce qui existe en termes d’alternatives en actes (journaux locaux, jardins, sel, amap, scop, ressourceries, squats…) que les pratiques d’autogestion dans les luttes (assemblées populaires, comités de luttes, caisses de grève, autogestion syndicaliste…).

Se rencontrer, réfléchir et tisser des liens concrets autour d’un verre, sur ce qui se fait concrètement à Poitiers et ailleurs… Venez donc avec vos bonnes idées, présenter vos expériences, vos projets, vos envies !

Mercredi 16 novembre, de 19h à 20h30
Entrée gratuite, Biblio Café, 71 bis rue de la Cathédrale à Poitiers.

Groupe Pavillon Noir – FA 86, 15 novembre 2011.

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Communiqué du Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux suite à l’expulsion du squat 144 avenue de Nantes à Poitiers

Ce qui s’est passé le week-end des 5 et 6 novembre 2011 en dit long une fois de plus  sur la volonté des autorités locales (police et mairie socialiste) d’annihiler toute tentative de lutte sortant des cadres préétablis.

L’action, portée par une cinquantaine de personnes, avait pour but d’occuper une grande maison bourgeoise vide au 144 avenue de Nantes, pour un week-end, d’organiser des débats sur la vague de rénovation urbaine (gentrification) qui s’opère à Poitiers et au delà. C’était une action concrète dans la mesure où des personnes ont voulu investir une maison qui va être détruite pour construire le Viaduc des Rocs. C’est un ouvrage qui s’inscrit dans le projet  urbain « Cœur d’ Agglo »,  réalisé par un géant mondial du BTP, le groupe Vinci.

Face à cette envie de vouloir ouvrir un lieu vide, destiné à être démoli, appartenant à la mairie, les flics ont fait leur « sale » boulot . Grâce à des voisin.e.s apeuré.e.s par l’ouverture d’une maison vide, la police a débarqué assez rapidement (à moins que cette dernière n’ait déjà été mise au courant). Les occupant.e.s se sont barricadé.e.s pensant qu’il.le.s auraient la paix un petit moment, mais c’était sans compter sur la détermination policière : elle a procédé à la destruction de la barricade de fortune, et a démoli les carottes de forage du chantier. Dans la foulée, les policiers et gendarmes, avec à leur tête M. Papineau, ont procédés à l’expulsion massive des occupant.e.s.

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Ces derniers ont souhaité, vu le désavantage du rapport de force, sortir sans problème face aux forces de l’ordre, solidaires, en groupe et en rester là : être expulsé.e.s sans souci. Ce ne fut pas le cas, car telle est la règle de la guerre sociale en cours. Ce que le Directeur Départemental de la Sécurité Publique (DDSP) nomme devant les caméras de France 3 comme petite bousculade était en réalité un véritable coup de pression : deux personnes ont subi des décharges électriques de Taser de la part d’un gendarme. Ce qui a eu pour but de mettre au pas le reste du groupe ! S’ensuit un véritable délire policier : mettre  47 personnes en garde à vue !

La plupart des gardé.e.s à vue, inconnu.e.s des flics, leur ont tenu tête et ont tu leur identité, de sorte qu’il.le.s les ont relâché.e.s sans même savoir qui il.le.s étaient. D’ailleurs, autant dire qu’à 47 personnes, il y a eu des moments où les gardés à vue se sont sentis forts, loin de l’impuissance ressentie d’habitude : chants, mise en déroute d’identification personnelle et autre combine qui peuvent autant que faire se peut mettre un petit grain de sable dans la machine répressive. Mais il en a été autrement pour cinq personnes, connu.e.s de la justice et de la police pour leur participation aux luttes locales émancipatrices contre la mainmise totalitaire du capital. Il.le.s ont été gardé.e.s à vue plus longtemps, ont été présenté.e.s devant le procureur (qui leur a signifié leur mise en examen) puis devant le juge des libertés et détentions (qui les a placé.e.s sous contrôle judiciaire, il.le.s doivent pointer une fois par semaine jusqu’à leur procès).

Pendant ce temps, une cinquantaine de personnes attendaient devant le palais de justice qu’on libère leurs compagnons. La présence policière se faisait oppressante : les gens ont été filmé.e.s de loin et un commissaire a effectué un tour rapproché du groupe, caméra au poing.

Face à cela, seules deux banderoles permettaient de se protéger des objectifs indiscrets. Jusqu’à l’arrivée sur place du DDSP, qui a été manifestement fort ennuyé par la présence d’une banderole qui clamait « Flics hors de nos vies, hors de nos villes » et d’une autre disant « La police et la mairie nous dégagent. Vinci aménage ». Il a prestement dérobé la première et a tenté (aidé de ses sous-fifres) d’arracher la deuxième des mains des gens, qui l’ont victorieusement défendue.

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Au final, les cinq prévenu.e.s sont sorti.e.s du palais de justice, muni.e.s d’une invitation à venir le jeudi 8 décembre prochain, se défendre de l’accusation de « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences contre les personnes ou de destructions ou dégradations de biens », ainsi que pour l’un des mis en examen « usurpation d’identité ». Il s’agit là encore de l’application de la loi Estrosi-Ciotti dite « antibande », le tout nouveau nouveau joujou législatif qui permet, depuis 2010, de rendre n’importe qui responsable de presque n’importe quoi, puisqu’il juge des intentions (dont on ne discute pas). Joujou précédemment utilisé contre sept personnes pour une manifestation nocturne de soutien aux migrant.e.s le 5 février dernier.

Nous prenons bonne note de cette volonté délibérée de casser des gens qui s’organisent. En réaction, nous ne pouvons qu’unir nos forces pour tenter de mettre en échec ces dispositifs répressifs ainsi que l’organisation humaine faite d’autorités et de hiérarchies, qui les rend nécessaires. Et bien sûr nous désirons que la solidarité avec les gens qui font face à la répression, ici ou ailleurs, se manifeste sous toutes les formes possibles.

Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux, 15 novembre 2011.


Squat : les « X » brouillent les pistes

Les interpellations de masse sont toujours difficiles à gérer. Samedi, une quarantaine de personnes ont été arrêtées par les policiers pour avoir investi une maison de l’avenue de Nantes (lire nos éditions précédentes). Une tentative de squat tuée dans l’œuf. Afin de reconnaître les différents interpellés avant leur identification formelle, les policiers les désignent sous le terme de X1, X2, X3 etc., en décrivant notamment leur habillement sur le PV. Afin de brouiller les pistes, les « X » qui refusaient de décliner leur identité face aux enquêteurs, se sont échangé leurs vêtements au cours de la garde à vue pour perturber les procédures d’identification. Elles se sont malgré tout poursuivies.

Leur presse (La Nouvelle République), 9 novembre 2011.

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme, Répression de la "mouvance anarcho-autonome" en France (2007-...) | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Communiqué du Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux suite à l’expulsion du squat 144 avenue de Nantes à Poitiers

Y a le feu au papier !

Vous en voulez, de la presse sur les charbons ardents ? « Suite aux réformes de Presstalis, Alternative Libertaire n’a pour le moment plus les moyens de sortir en kiosque tous les mois », lit-on dans leur numéro de novembre. Désormais, ce canard ne sera en vente qu’un mois sur deux, tout en conservant son rythme mensuel pour les abonnés. Un mois sur deux ! Pour raisons financières ! Tout simplement incroyable. Ho, Charb, Libé, Claude Guéant et les autres, c’est la liberté d’informer qu’on immole ! C’est la presse qui est mise au bûcher, un pieu enflammé en plein porte-monnaie ! Hé !

Hé !

Ben ?

Ben, y a personne.

CQFD aussi est diffusé par la société Presstalis, et subit de plein fouet ces mêmes réformes anastasiennes. L’an passé, les ventes en kiosque finançaient l’impression de chaque numéro. Ce n’est plus le cas. Du tout. Refusant cette censure économique, nous sommes déterminés à phosphorer pour ne point finir en cendres ! Lectrices, lecteurs, nous lançons La Guerre des kiosques ! Et nous allons avoir besoin de vous ! Pour coordonner l’offensive, nous avons mandaté un nouveau venu dans l’équipe, le camarade Momo Brücke (Willkommen !). Vous aurez bientôt de ses nouvelles…

CQFD n° 94, novembre 2011.

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[Syrie] Vive le sound system révolutionnaire de Hama !

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[Besançon] Rassemblement pro-choix Samedi 19 novembre, 14 h

Contre la venue des catholiques intégristes de SOS tout petits, RASSEMBLEMENT à BESANCON pour la liberté des femmes à disposer de leur corps Samedi 19 novembre 2011, à 14h devant la cathédrale St-Jean (au pied de la citadelle).

Venez nombreuses et nombreux !

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Ci dessous le tract :

ON VOUS L’A DÉJÀ DIT ! ON VEUT CHOISIR !

227’000 IVG ont été pratiquées en France cette année, ce chiffre peut surprendre mais il s’agit d’un chiffre stable pour ces dernières années. La majorité des femmes prennent en charge leur contraception et choisissent en connaissance de leurs droits, d’interrompre ou non une grossesse non prévue. Les statistiques de l’INED montrent que plus de 40 % des femmes auront recours à l’IVG à un moment donné de leur vie, et que 72 % des femmes ayant recours à l’IVG étaient sous contraception (tous moyens confondus). L’IVG n’est donc pas un événement exceptionnel mais une composante de la vie sexuelle et doit être prise en compte comme telle. Pourtant, la liberté d’avorter est aujourd’hui attaquée de toutes parts…

LE DROIT À L’AVORTEMENT ET L’ACCÈS À LA CONTRACEPTION : DES LIBERTÉS CONQUISES DE HAUTES LUTTES MAIS QUI RESTENT FRAGILES FACE AU DÉMANTÈLEMENT GLOBAL DU SERVICE PUBLIC

Parallèlement à la diminution drastique des subventions des plannings familiaux, nous assistons ces dix dernières années à la fermeture de nombreux centres pratiquant l’IVG. Près de la moitié des 857 services de gynéco-obstétrique ne font pratiquement pas d’avortement alors que la loi de 1979 a décidé la création d’un centre IVG dans chaque hôpital public. Ceci est encore aggravé par le sabordage de l’hôpital public organisé par l’État sous couvert d’économie (loi Bachelot, du 25 juin 2009) : pénurie d’un personnel médical et paramédical formé (dans dix ans, il n’y aura plus assez de médecins pour faire des IVG en France), disparition des structures de proximité, inégalité d’accès aux moyens de contraception, fermeture de centres d’orthogénie ou la mise en place de restrictions par certains établissements : certains établissements refusent de pratiquer une IVG au-delà de 10 semaines d’âge gestationnel, d’autres refusent de pratiquer des IVG chirurgicales, d’autres encore n’ont pas les moyens d’accueillir les femmes en demande d’IVG. Ces divers éléments montrent que le droit à l’IVG est de plus en plus menacé. Si le droit à l’IVG est largement acquis en France, c’est la légitimité de se trouver en situation de devoir y recourir qui est en danger. Nous sommes en train de revenir doucement sur la liberté des femmes à disposer de leur corps par des limitations des moyens matériels. C’est dans ce contexte, et même si les délais pour avorter ont été allongés de 10 à 12 semaines, que tous les ans sont d’ores et déjà contraintes plus de 5000 femmes à aller avorter à l’étranger.

Plus que jamais il est nécessaire de lutter pour :

• Une meilleure information et un meilleur accès à la contraception et à l’IVG ;

• La défense d’un système de santé public, gratuit et accessible à tou-te-s ;

• Le droit pour chacun-e de disposer librement de son corps et de s’épanouir dans la sexualité qu’il ou elle choisit.

DES LIBERTÉS EN BUTTE À UNE MORALE D’UN AUTRE SIÈCLE

Hélas dans notre société hétérosexiste encore dominée par une morale religieuse et patriarcale désuète, être mère est trop souvent présenté comme un passage obligé pour toute femme « qui se respecte ». L’avortement est donc, dans ce cadre, bien souvent considéré comme un acte « irresponsable » voire « coupable ». L’IVG est toujours pensée comme un mal honteux et traumatisant alors qu’elle est un moyen de maîtrise de son corps et de sa sexualité. Mais les témoignages sont là : mauvais accueils (y compris des personnels soignants et de certains médecins), culpabilisation, humiliations, encouragement à renoncer au désir d’avorter. Autant de pratiques plus ou moins insidieuses qui se dressent contre l’émancipation des femmes. Les libertés sexuelles sont des libertés fondamentales en termes de santé publique, mais surtout en termes d’autonomie et d’indépendance dans le respect des différences. L’accès libre à la contraception et la liberté d’avorter ne s’opposent pas, ils sont tous deux fondamentaux, inaliénables et complémentaires dans la maitrise de la fécondité. Chaque femme doit pouvoir, si elle le souhaite, accéder à l’avortement sans pression ni culpabilisation, dans le respect de sa décision.

Parmi ces moralisateurs, on trouve l’association SOS TOUT-PETITS

Sous un semblant de respectabilité familiale « bon enfant », se dissimule l’intégrisme religieux le plus intolérant et le plus hostile à toute idée de pouvoir vivre une sexualité propre à chacun-e. Leurs mots d’ordre : abrogation de la loi Veil, lutte contre l’euthanasie, mobilisation contre le PACS, lutte contre les « perversions sexuelles » (ils considèrent les homosexuel-les comme « des malades » qu’il faut soigner) et bien entendu défense de la « morale » publique (Amen !). Cette association mène couramment des manifestations à proximité d’établissements hospitaliers pratiquant des avortements ou en occupant leurs accès. Xavier Dor, médecin catholique, président de SOS tout petits, et ancien initiateur de commandos anti-IVG, a par ailleurs été condamné à plusieurs reprises pour délit d’entrave à l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse), sans jamais purger ses peines. Le but des anti-IVG est systématiquement de culpabiliser les femmes, de leur refuser la libre disposition de leur corps et de décider de leur vie à leur place.

À BESANÇON COMME PARTOUT AILLEURS
NE LAISSONS PAS L’OBSCURANTISME RELIGIEUX
RÉPANDRE SA MORALE NAUSÉABONDE

CNTFASCALP – Libertaires

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Concert de soutien au Lycée autogéré de Paris Vendredi 25 novembre 2011

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Vague de perquisitions à Toulouse

Ce matin [15 novembre] au total six à sept perquisitions ont été réalisées par la gendarmerie (alentours de Toulouse ? de loin ?). Au moins quatre appartements et trois lieux occupés ont été perquisitionnés, quatre à six heures du matin et un autre à 8 heures (les autres ?).

Une quinzaine de personnes ont été arrêtées :

— 6 (au moins) ont été placés en garde à vue ;

— Une famille de sans-papiers arméniens (mère, père et bébé de un mois et demi) et les autres, ont été relâchées après auditions.

Les keufs ont embarqué tous les ordinateurs (de toutes les maisons), des portables, affiches, papiers perso etc. Sur au moins deux maisons les flics ont filmé absolument tout ce qu’ils pouvaient (vêtements, murs, affiches etc.).

Mardi 15 novembre 2011.

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