[Vive la démocratie directe] Grèce, 2e phase de lutte : stratégie de la tension et mouvement des occupations

Deuxième journée de grève générale.

Comme les camarades le pressentaient, beaucoup moins de monde aujourd’hui dans les rues, pour les mêmes facteurs que hier avec en plus la grande journée de tension et d' »attente » avant le chaos de demain.

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Les flics ont opté pour une stratégie de la tension tout en évitant le contact direct : dès 10h les MAT (CRS) ont encerclé la fac de Droit occupée par le gros des troupes combattantes anarchistes et bouclés plusieurs accès dans l’intention manifeste de bloquer toute tentative de sortie de la part des camarades. Cependant, comme il a été discuté dans les AG d’hier dans la soirée, les combattants préféraient éviter de descendre dans la rue et se protéger de toute répression avant la grande journée de demain.

Malgré cela, 500 à 1000 anarchistes ont formé un cortège et défilé bruyamment et solidairement, avec comme toujours tags révolutionnaires sur les murs, quelques casses de banque ou d’attaques à la peinture, etc. Mais l’objectif essentiel était de marquer et maintenir une présence politique dans la manif de grève générale. Après deux heures passés devant le parlement avec les autres cortèges, nous nous sommes dirigés de nouveau vers la fac de droit, escortés par plusieurs colonnes de MAT en armes. Finalement ils ont préféré évacuer le secteur et se positionner dans les rues plus éloignées avec une grande jonction des camarades à la fac de droit.

Les flics maintiennent la pression et encerclent également Exarchia. Cette nuit, plusieurs groupes de combat ont tenté des sorties offensives contre les positions de flics et les faire reculer. Quelques affrontements. Finalement, chacun reste sur sa position.

À présent, tous se préparent pour demain.

En ce qui concerne le front ouvrier, le mouvement des occupations ne cesse de s’étendre. Toutes les mairies et autres lieux occupés depuis hier (dont les ministères de la santé et des finances) tiennent bon et d’autres lieux sont à leur tour occupés depuis aujourd’hui, à Athènes comme un peu partout en Grèce. Chaque Comité d’Occupation, la plupart du temps par des travailleurs grévistes, dans les divers lieux stratégiques produisent des communiqués et appels à la « révolte », « l’insurrection », « la chute du gouvernement » et « l’autogestion ».

Par exemple, voici le communiqué (mal traduit mais suffisamment clair) du monument Olympion occupé à Thessalonique :

Les grévistes ont occupé l’Olympien et de le convertir à la race cœur.
TOUS ET TOUS LÀ !

VENEZ A LA FIN DE LA

Avant le signe NOTRE PROPRE !

Conflits sans compromis, une insurrection, verrouiller partout, à bannir gouvernement, l’UE et le FMI

Pour obtenir le jeu entre nos mains, dans chaque carré, chaque quartier, d’inonder les rues et tous ensemble, qui fait rage rivière, à livrer bataille pour empêcher le passage.

Pour ne pas dire que demain, « de peur que nous avons perdu » dans les rues et ne partez pas sans laisser

Tout le monde dans la grève et des manifestations dans chaque carré, dans chaque ville et quartier.

Tout / toute dimanche dans le département Assembler INITIATIVE SUR LE SECTEUR PUBLIC ET PRIVE, Tsimiski ARISTOTELOUS et 16 heures

Nous participons au rassemblement dans la place Aristote

Continuer jusqu’à la chute

LUTTE ANENDOTOS À LONG DE LA VICTOIRE

Département INITIATIVE SUR LE SECTEUR PUBLIC ET PRIVÉ

La préfecture de Thessalie est occupée par des travailleurs grévistes qui ont rédigé un appel à la révolte qui se finit sur ces mots : « il n’y a aucun autre moment. Maintenant ou jamais. »

Plusieurs supermarchés expropriés également, comme à Patras aujourd’hui.

Par ailleurs, sur la plan politicard et de l’État, si les socialos « refusaient » de signer l’accord (ils le feront demain) par intérêts électoralistes, un signe bien plus inquiétant mais logique lorsque le parti néonazi LAOS déclare depuis les affrontements d’hier qu’ils refusent catégoriquement de se joindre à l’accord. Cette démarcation politique est significative. Quant au premier ministre Lucas Papademos, il a aussitôt réagi en mettant en garde contre le risque de « chaos incontrôlé » sans accord sur la dette. « Une faillite incontrôlée plongerait le pays dans une aventure désastreuse » et créerait « les conditions d’un chaos économique et d’une explosion sociale », a déclaré le premier ministre du gouvernement grec de coalition à l’issue d’un conseil des ministres, estimant que le pays se trouvait dans « un moment de responsabilité historique » (citation AFP). Avec les camarades, nous traduisons ces mots par la porte ouverte à la gestion fasciste du chaos et au régime fasciste. Voilà le retour de la situation espagnole isolée de 1936.

La lutte continue.

Du chaos de la misère au chaos de la révolte. Que la peur change de camp.

Samedi 11 février 2012, 15h24.


Révolte en Grèce : articles de précisions par d’autres camarades

Sur les lieux occupés, et tous les détails de la révolte

Vidéo

De Greek Crisis

15h52.

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[Vive la démocratie directe] Première phase d’affrontements à Athènes

Rapidement :

La grève générale de 48 heures a débuté ce matin. Environ 25’000 personnes à Athènes dont 12-15’000 staliniens, 3-4000 anarchistes avec qui se sont fédérés les combattants trotskistes anti-staliniens et le reste population de diverses tendances.

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Des affrontements ont éclaté et duré plus de trois heures dans le centre d’Athènes avec deux zones de combat principales. Cocktails contre grenades explosives ont tonné au bas de la place Syntagma (et non devant le Parlement) suite à une offensive répressive alors que l’initiative émanait des combattants anarchistes qui ont tenté d’incendier le ministère des Finances.

Une dizaine de « vraies » arrestations d’après nos premières sources locales et une cinquantaine d' »interpellations » temporaires. Mais plusieurs dizaines de blessés.

Une partie des combattants anarchistes se sont réfugiés à la fac de Droit occupée et reconvertie en centre médical pour les prochains jours, d’autres ont rejoint Exarchia.

Cependant, cette première bataille reste de « petite » échelle, par plusieurs facteurs : les staliniens ont sciemment bloqué tous les transports en commun pour éviter une trop grande masse au centre ; beaucoup de groupes de combattants se « préservent » pour dimanche qui sera assurément la journée de l’explosion avec le vote définitif des nouvelles mesures (les socialistes bloquent temporairement par intérêt politicard et par bluff la procédure).

Pour autant, de nombreuses mairies ont été attaquées ou occupées dans plusieurs quartiers excentrés d’Athènes. Et les dockers occupent « militairement » contre la police la zone du Pirée.

L’hôtel de ville est occupé dans la ville de Rethymnon. Plusieurs mairies occupées dans la ville de Holargos. Le siège régional de l’entreprise Veria est occupé avec un appel par les travailleurs-grévistes à la réappropriation autogestionnaire des lieux de travail. Une préfecture a été occupée pendant deux heures (à Athènes ??) avant l’intervention des flics.

Il est clair que la bataille décisive, dans la rue et dans les lieux de travail, aura lieu dimanche où il y aura avec certitude énormément de monde avec une probable explosion incontrôlable. Par anticipation, les flics annoncent qu’ils bloqueront les cortèges pour empêcher la convergence sur Syntagma et le KKE bloquera les transports en commun tout en mobilisant le maximum de ses troupes. D’ailleurs, KKE et PAME appellent au « soulèvement » pour… accélérer la nécessité de nouvelles élections.

Idem, appeler à la grève générale vendredi et samedi (quand on sait que le samedi est quasiment un jour férié en Grèce, un peu comme un dimanche) plutôt que lundi et mardi est une anticipation du PAME à éviter l’embrasement.

Deuxième round demain 11 heures.

Vendredi 10 février 2012, 15h57.


[Athènes] Vidéos du vendredi 10 février

http://www.youtube.com/watch?v=iPGP4_PsSeI&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=qmgjygTOcN0

http://www.youtube.com/watch?v=rPfNxgxuhRM&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=SzTmoKkiehE&feature=player_embedded#!

http://www.youtube.com/watch?v=aToAHGIAYvM&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=gdRYbMThmN0&feature=player_embedded

Au final 7 arrestations et 2 blessés graves dont un qui a le bassin cassé sur le côté gauche par les coups de matraques.

Et pour info : Occupation des préfectures de Larisa et Corfu ;

Déclaration du chef du syndicat des flics : « Vous ne pouvez nous contraindre à nous battre contre nos frères. Nous refusons de nous élever face à nos parents, nos frères, nos enfants ou tout citoyen manifestant ou exigeant un changement de politique »

Mais aucune illusion à se faire, ils ont ordre de frapper, et ils frapperont.

Vendredi 10 février 2012, 20h17.

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[Indignados] Cinéastes, encore un effort…

À la Berlinale, Tony Gatlif rejoint les « Indignés »

Caméra à l’épaule, Tony Gatlif s’est infiltré dans les foules européennes « indignées » du printemps 2011 qui, d’Athènes à Madrid, ont conspué les banquiers, les riches en général, les repus, les blasés.

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« Même par moins 10°, moins 15°, on ne s’étonne plus de voir des gens dormir dehors », dit-il avant de présenter Indignados, son film de colère, dans la section Panorama de la 62e Berlinale, dédiée cette année aux basculements de l’histoire (Sortie française le 7 mars).

Le Gitan du cinéma mondialisé (Latcho DromGadjo Dilo) pose pour le photographe les poings croisés à hauteur des yeux, le regard défiant. Il est « dégoûté ».

Aussi Indignez-vous l’a touché au cœur.

L’opuscule de Stéphane Hessel, 94 ans, ancien résistant et diplomate qui encourage au soulèvement pacifique contre l’injustice, a été traduit dans 30 pays et brandi comme un nouveau « Petit Livre » inspirant. En dépit d’une ligne politique assez simpliste dénoncée par de rares contradicteurs — marre des injustices, des égoïsmes, et des banquiers.

Tony Gatlif, « humilié » par la stigmatisation des Roms en France à l’été 2010 et mal en point psychologiquement, s’est jeté dessus pour en acquérir les droits, raconte-t-il : « Ce livre m’a guéri ».

« Mais je ne voulais pas filmer de nos points de vue d’Européens. »

Sa caméra suit donc l’errance d’une jeune femme jetée sur la rive nord de la Méditerranée par l’urgence de fuir la misère et l’espoir de conquérir l’Eldorado.

Betty est Africaine — illégale pour de bon au début de son histoire. Le spectateur la suit dans son vagabondage muet, rythmé par la musique et les slogans — histoire sans parole mais pas sans mot.

De Patras, le grand port grec, à Athènes puis Paris et finalement Madrid, plusieurs fois arrêtée et renvoyée vers la Grèce — seul pays à détenir ses empreintes digitales depuis sa première interpellation — Betty découvre la misère des riches, les matelas dans les rues, les soupes populaires.

« On est blasé, elle est horrifiée. C’est pour ça que je voulais qu’on regarde par dessus son épaule, avec son regard à elle », insiste Tony Gatlif.

« Partout, la vieille Europe qui fait tellement rêver est en danger. C’est la première fois dans l’histoire que les banques provoquent la faillite d’un pays ! »

« Elle même est piégée en Europe, sans retour possible alors que sa famille s’est endettée pour payer son passage : elle a rejoint les clandestins sans nom, sans pays et sans identité. » Contrainte de mentir aux siens au téléphone et à elle-même en répétant : « Ça va aller, ça va aller ».

Mais que gagne-t-elle dans ces foules, en colère mais impuissantes face aux crises économiques et financières qui les emportent, qui se filment à l’iPhone dans les cortèges ?

« C’est le nouveau moyen de communication qui rend possible la révolution pacifique », juge le réalisateur. « Car ainsi, l’info va très vite et dépasse les gouvernements et les banquiers. »

Tony Gatlif croit « à l’assemblée des gens, à la force du nombre. Même les Syriens vont y arriver », veut-il croire — en dépit des images exportées en secret qui chaque jour préjugent du contraire [sic].

Être sélectionné à la Berlinale l’a conforté et il entend bien, au côté de Stéphane Hessel, s’en servir comme d’une « tribune ».

« Il est temps que le cinéma cesse de se regarder le nombril et s’engage. Mais c’est comme ailleurs, chacun défend son petit pouvoir. »

Leur presse (François Guillot, Agence Faut Payer, 10 février 2012)

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[Critique de l’urbanisme] Unité d’habitation n° 0001 – population : 1500 CSP+ – durée d’usage : 60 ans max.

France : Grave incendie à la Cité radieuse du Corbusier à Marseille

MARSEILLE (France) – Un incendie était en cours dans la nuit de jeudi à vendredi à Marseille (sud) dans le célèbre immeuble de la Cité radieuse, créé en 1952 par l’architecte Le Corbusier, détruisant ou endommageant de nombreux appartements et conduisant à l’évacuation de tous les habitants.

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Unité d'habitation. Marseille 1952.

Le feu, qui s’était déclenché jeudi après-midi et dont l’origine n’était pas connue dans l’immédiat, a repris de la vigueur en soirée, amenant les marins-pompiers à faire évacuer l’immense bâtiment de béton et ses 334 appartements.

Il s’agit d’un feu virulent, a dit une porte-parole des marins-pompiers, qui ont dépêché sur place plus de 200 hommes et 40 véhicules. Depuis minuit, le feu était circonscrit, mais pas éteint.

Dans l’après-midi, cinq personnes avaient été hospitalisées. Deux marins-pompiers ont été légèrement blessés, l’un à l’épaule, l’autre à la cheville.

Le feu est parti d’un duplex du premier étage, et s’est propagé à l’appartement de l’étage supérieur, du fait du fort potentiel calorifique présent (plancher, murs et mobilier de bois), ont expliqué les marins-pompiers.

En fin d’après-midi, trois appartements avaient été détruits et l’incendie était en cours d’extinction. Mais peu après 21H00 (20H00 GMT), une reprise s’est produite, gagnant les étages et portant à onze le nombre de logements détruits par le feu et à une vingtaine voire une trentaine le nombre de ceux endommagés par les fumées, selon le commandant des opérations, le capitaine de frégate Guy Velu.

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Le rêve du Corbusier pour le centre de Paris (projet de 1925, dit Plan Voisin, du nom de l'industriel de l'automobile).

Inspirée des paquebots chers à l’architecte suisse naturalisé français Charles-Edouard Jeanneret, dit Le Corbusier, la Cité radieuse abrite quelque 1.500 personnes.

Située dans le sud de la ville, elle se présente comme un village vertical (neuf étages, 56 m de haut), avec commerces, hôtel, équipements collectifs (école maternelle, gymnase).

Pensé comme un logement social, l’immeuble sera finalement vendu par l’Etat en copropriété dès 1951, abritant une population plutôt aisée.

Surnommée la cité du fada, symbole de l’architecture moderne des années 50, cette cathédrale de béton brut de 50.000 tonnes montée sur 17 portiques a été classée monument historique en 1995.

Leur presse (Agence Faut Payer, 10 février 2012)

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[Le Luth, Gennevilliers] Justice pour Jamal Ghermaoui

Jamal : ses proches refusent de croire au suicide

« Jamal n’est pas mort, il a été tué, c’est un meurtre. » Le mot est lâché. Sur chaque hall d’immeubles, les affiches appellent au rassemblement.

À l’intérieur du local, près de 100 personnes sont réunies. Pour la plupart habitantes du quartier du Luth de Gennevilliers, et toutes venues pour un seul objectif : connaître la vérité sur la mort de Jamal Ghermaoui.

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Gennevilliers, hier. Ghariba, la sœur de Jamal, Rafik, membre du collectif Vérité et justice pour Jamal, et Salah, père d’un autre jeune mort en prison (de gauche à droite), pensent qu’un tabassage aurait provoqué le décès du jeune homme de 23 ans.

Un rassemblement à l’initiative du collectif Vérité et justice pour Jamal, qui intervient quelques jours après le dépôt d’une plainte contre X pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » par l’avocat de la famille de Jamal, Me Brouzrou. Une plainte visant à obtenir la saisine d’un juge d’instruction.

Le 3 octobre, alors placé au quartier disciplinaire de la maison d’arrêt de Nanterre, Jamal, qui avait fêté son 23e anniversaire quelques jours auparavant, avait été retrouvé pendu avec un kit antisuicide en fin de matinée. En état de mort cérébrale, il était décédé cinq jours plus tard à l’hôpital. Rapidement la thèse du passage à tabac s’était répandue au sein de la population. Une première autopsie avait pourtant confirmé la thèse du suicide, thèse relayée par une contre-autopsie demandée par la famille du détenu.

Une conclusion à laquelle on ne veut pas croire au Luth. Hier, dans un calme absolu, les jeunes du quartier venus soutenir la famille du défunt ont écouté le témoignage de la sœur de Jamal et celui d’un père qui avait fait reconnaître par la justice la culpabilité de l’État dans la mort de son fils en prison après douze années de procédure. « Mon frère n’a pas pu se suicider, a répété Ghariba. Il aimait tellement la vie, il est resté cinq jours dans le coma avant que son corps ne lâche. »

Sarah, sa petite amie, se rendait trois fois par semaine au parloir. Souvent ils parlaient du futur logement qu’ils prendraient ensemble à la sortie de prison. « Le jour où le drame s’est produit, Sarah s’est vue refuser son parloir alors que Jamal était déjà transféré à l’hôpital mais on ne lui a rien dit, s’emporte Ghariba. Ce n’est que vers 18 heures que la famille a été prévenue. »

À l’hôpital, la sœur de Jamal affirme ne pas avoir vu de trace au cou. « Mais il avait des marques sur le corps, il a été frappé. » Une version que nie l’administration pénitenciaire : lorsque Jamal avait appris sa condamnation à quinze jours de quartier disciplinaire, alors qu’il purgeait une peine de quatre ans pour trafic de drogue, il s’était cogné la tête à plusieurs reprises. « Il ne craignait pas l’isolement. Justement, il avait demandé à sa petite amie de lui ramener des livres », assure Ghariba.

« Nous irons jusqu’au bout pour connaître la vérité, même si ça doit prendre des années, nous continuerons. »

Lors des interventions les membres du collectif et la famille ont appelé au calme. « C’est ensemble et intelligemment que nous combattrons. » Selon eux, le premier combat sera d’obtenir le rapport entier de la contre-autopsie. « J’attends que le doyen des juges fasse le nécessaire et que la demande soit prise au sérieux », assure Me Bouzrou.

Leur presse (Justine Chevalier, LeParisien.fr, 9 février 2012)


Pour hier soir la conférence de presse il n’y avait pas foule de la part des journalos car peut-être est-ce le fait que nous n’avions aucune salle car la mairie nous avait refusé des salles dans le Luth et avait comme proposition une salle au cimetière — « no comment »…, par contre notre objectif qui était de dynamiser le comité « vérité et justice pour Jamal » Allah y Rahmo par l’adhésion des jeunes du quartier dans cette lutte par leurs implication…, via la conférence de presse, une impulsion afin de dynamismer par l’information de la suite de la plainte de la famille et des témoignages tel que le père de Jawad Allah y Rhamo…

Contrairement à la presse les jeunes du quartier étaient eux bien présentEs et en nombre… nous avons occupé une salle de spectacle du quartier face au refus municipal… tout s’est bien passé car Mourad nous a bien reçu et n’a pas mal pris notre intrusion bien au contraire… Une lutte à suivre … et des jeunes de Nanterre à encourager pour la lutte anti-carcérale et contre les violences policières… à suivre !

Liste de discussion du réseau Résistons Ensemble, 9 février 2012.


NANTERRE. La famille de Jamal, mort en prison, dépose une plainte

La mère et les frères et sœur de Jamal espèrent ainsi comprendre ce qui a causé la mort de Jamal, 23 ans, détenu à l’époque pour trafic de stupéfiants.

La famille de Jamal Ghermaoui, mort le 8 octobre à la maison d’arrêt de Nanterre, a annoncé mercredi 8 février lors d’une conférence de presse organisée dans le quartier du Luth à Gennevilliers, le dépôt d’une plainte avec constitution de partie civile.

Représentés par l’avocat parisien Yassine Bouzrou, la mère et les frères et sœur de Jamal espèrent ainsi comprendre ce qui a causé la mort de Jamal, 23 ans, détenu à l’époque pour trafic de stupéfiants.

Placé en quartier disciplinaire le 30 septembre, après avoir, selon l’Administration pénitentiaire (AP), « agressé un personnel de surveillance », le détenu se serait tapé « à plusieurs reprises la tête contre les murs avant d’être maîtrisé » à l’énoncé de sa sanction devant la commission de discipline. Jamal G. avait été hospitalisé le 2 octobre alors qu’il avait été découvert en arrêt cardio-respiratoire dans sa cellule.

Quelques jours après son décès, le procureur de la République de Nanterre, Philippe Courroye, affirmait qu’il s’agissait d’un suicide. Selon lui, l’autopsie concluait à une mort « par anoxie cérébrale au décours d’une pendaison cervicale » sans « lésion pouvant correspondre à des violences, et/ou des actes de défense ou de lutte ». La famille, qui réfute absolument cette version des faits, avait demandé une contre-expertise.

Réalisé le 27 octobre, le rapport de cette dernière autopsie est entre les mains du parquet de Nanterre, « qui refuse de me le communiquer dans sa totalité », déplore l’avocat parisien Yassine Bouzrou. Le document « apporte pourtant des éléments nouveaux et vient contredire la première autopsie », explique Maître Bouzrou.

Le médecin-légiste indique en effet que le corps de Jamal Ghermaoui présente des « lésions traumatiques ». Surtout, il constate que des organes manquent au corps, et que « le sillon cervical antérieur n’a pas été retrouvé ». Troublante disparition, « puisque ce dernier élément est fondamental dans la détermination d’un décès par pendaison » poursuit l’avocat.

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La famille Ghermaoui avait photographié le jeune homme alors qu’il était sur son lit d’hôpital, dans le coma. Des lésions apparaissent clairement sur le corps de Jamal. Pour Me Yassine Bouzrou, « la consultation de ces clichés ainsi que les lésions décrites dans le rapport du dernier médecin-légiste permettent d’affirmer que Jamal a été victime de violences et que la première autopsie est incomplète et non conforme à la réalité ».

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Lors de la conférence de presse organisée par la famille dans le quartier du Luth à Gennevilliers, une centaine de personnes étaient présentes, amis et militants associatifs. D’autres parents de personnes décédées en détention dans des conditions suspectes sont venus soutenir la famille Ghermaoui.

Le père de Jawad Zaouiya, et la sœur de Lamine Dieng ont pris la parole. Le premier a expliqué son long parcours judiciaire, douze années de procédure pour obtenir la condamnation de l’État, suite à la mort de son fils Jawad dans l’incendie de sa cellule, le 23 juillet 1996, soit onze jours après le début de sa détention à Bois d’Arcy.

Ramata Dieng a quant à elle évoqué la mort de son frère menotté dans un fourgon de police en juin 2007. « Nous nous sommes rendus compte que nous ne sommes pas seuls, le cas de Jamal n’est pas isolé, il faut se battre pour que cela cesse, dit Ariba Ghermaoui.

Mon frère avait des projets, et l’envie de vivre, il n’aurait pas dû mourir. »

Leur presse (Elsa Vigoureux, tempsreeel.nouvelobs.com, 9 février 2012)

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[Vive la démocratie directe] Un hôpital grec sous contrôle ouvrier

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328885667.jpgLes travailleurs hospitaliers de Kilkis, ville du nord de la Grèce, ont occupé leur hôpital et proclamé que celui-ci est désormais sous contrôle ouvrier. Les déclarations de leur Assemblée générale sont d’une grande portée politique. Dans une veine profondément autogestionnaire, elles contestent le caractère démocratique du pouvoir en place, préconisent l’auto-gouvernement et défendent l’utilité sociale du travail. Nous avons ici choisi de réaliser une traduction de l’article du site web libcom.org

L’hôpital de Kilkis en Grèce est maintenant sous contrôle ouvrier. Les travailleurs hospitaliers ont déclaré que les problèmes du Système national de santé (ESY) duraient depuis trop longtemps et ne pouvaient être résolus.

Les travailleurs ont réagi à l’orientation fasciste du régime en occupant l’hôpital et le plaçant sous leur contrôle total et direct. Toutes les décisions seront dorénavant prises par une Assemblée générale des travailleurs.

L’hôpital a considéré que « le gouvernement ne s’est pas acquitté de ses responsabilités financières. Si ses revendications n’étaient pas satisfaites, les travailleurs se retourneront vers la communauté locale et au-delà pour avoir le soutien le plus large possible afin de sauver l’hôpital, défendre la santé publique et gratuite, renverser le gouvernement et toute politique néolibérale. »

À partir du 6 février, les travailleurs hospitaliers n’assureront que les urgences tant que leurs salaires et les sommes qui leur sont dues ne seront pas payées. Ils demandent aussi un retour aux salaires antérieurs à la mise en place des mesures d’austérité.

La prochaine Assemblée générale aura lieu le 13 février et une conférence de presse sera donnée le 15. La déclaration suivante a été adoptée par les travailleurs :

1. Nous constatons que les problèmes actuels et récurrents du ESY (Système national de santé) et des organisations apparentées ne peuvent être résolus avec des revendications spécifiques et isolées ou réduites à nos intérêts particuliers dans la mesure où ces problèmes sont le résultat d’une politique anti-populaire de notre gouvernement et du néolibéralisme mondial.

2. De même, nous constatons qu’en insistant sur la promotion de ce type de revendications, nous faisons le jeu d’un pouvoir brutal. Ce pouvoir qui, pour faire face à son ennemi — le peuple — fragilisé et divisé, cherche à empêcher la formation d’un front unitaire des travailleurs et du peuple à l’échelle nationale et internationale avec des intérêts communs et des revendications contre l’appauvrissement social que les politiques de ce pouvoir génèrent.

3. Pour cette raison, nous plaçons nos revendications spécifiques dans un cadre général d’exigences politiques et économiques qui sont posées par une grande proportion du peuple grec qui subit l’offensive la plus brutale du capitalisme ; pour qu’elles soient victorieuses, nos revendications doivent s’inscrire dans la coopération avec les classes moyennes et populaires de notre société.

4. La seule façon d’y parvenir est de questionner dans l’action, non seulement sa légitimité politique, mais aussi la légalité de ce pouvoir anti-populaire autocratique et arbitraire qui avance vers le totalitarisme à une vitesse accélérée.

5. Les travailleurs de l’hôpital de Kilkis répondent à ce totalitarisme par la démocratie. Nous occupons l’hôpital public et le plaçons sous notre contrôle direct et total. L’hôpital de Lilkis sera désormais auto-gouverné et le seul moyen légitime de prise de décisions sera l’Assemblée générale des travailleurs.

6. Le gouvernement n’est pas affranchi de ses obligations économiques en dotation de personnel et d’approvisionnement de l’hôpital, mais s’il continue d’ignorer ces obligations, nous serons obligés d’informer la population de la situation et de s’adresser aux collectivités locales, mais surtout à la société civile pour nous soutenir pour :
(a) la survie de notre hôpital ;
(b) le soutien au droit à la santé publique et gratuite ;
(c) le renversement, à travers une lutte populaire, du grouvernement actuel et de toute politique néolibérale, d’où qu’elle vienne ;
(d) une profonde et substantielle démocratisation, qui permettra à la société et non à des tiers de prendre les décisions relative à son avenir.

7. Le syndicat de l’hôpital de Kilkis commencera, à partir du 6 février, un arrêt de travail en n’assurant que les urgences jusqu’au paiement complet des heures travaillées et le retour de nos salaires aux niveaux où ils étaient avant l’intervention de la Troïka (UE-BCE-FMI). Pendant ce temps, comprenant parfaitement notre mission sociale et nos obligations morales, nous protégerons la santé des citoyens qui viennent à l’hôpital en fournissant des soins gratuits à ceux qui en ont besoin, appelant le gouvernement à prendre ses responsabilités en espérant qu’il renoncera, même à la dernière minute, à sa brutalité sociale.

8. Nous décidons qu’une nouvelle Assemblée générale se tiendra lundi 13 février dans l’amphithéâtre du nouveau bâtiment de l’hôpital à 11 heures afin de décider les moyens à mettre en œuvre pour réaliser efficacement l’occupation des services administratifs et l’auto-gouvernance de l’hôpital qui démarrera à compter de ce jour. L’Assemblée générale se tiendra quotidiennement et sera l’instance essentielle de la prise de décision concernant les employés et le fonctionnement de l’hôpital.

Nous appelons à la solidarité du peuple et des travailleurs de tous secteurs, à la coopération de tous les syndicats et organisations progressistes, au soutien des médias qui choisissent de dire la vérité. Nous sommes déterminés à poursuivre notre mouvement jusqu’à ce que les traîtres qui vendent notre pays et sa population s’en aillent. Ce sera eux ou nous !

Les décisions ci-dessus seront rendues publiques par une conférence de presse à laquelle tous les médias locaux comme nationaux seront invités le mercredi 15 février à 12 heures 30. Nos assemblées quotidiennes débuteront le 13 février. Nous informerons les citoyens de tout évènement important dans notre hôpital par des communiqués et des conférences de presse. En outre, nous utiliserons tous les moyens possibles pour populariser ces évènements afin que cette mobilisation réussisse.

Nous appelons
a) Nos concitoyens à se solidariser avec notre action,
b) Tout citoyen injustement traité de notre pays à la contestation et à l’opposition active contre ses oppresseurs,
c) Nos collègues des autres hôpitaux à prendre des décisions similaires,
d) Les salariés d’autres secteurs, public comme privé, et les adhérents des organisations syndicales et progressistes à agir de même, afin que notre mobilisation prenne la forme d’une résistance ouvrière et populaire, d’un soulèvement jusqu’à notre victoire finale contre l’élite politique et économique qui opprime le monde notre pays et le monde entier.

Traduit de l’anglais (Libcom) par Benoît Borrits – Association pour l’autogestion, 9 février 2012.

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[PCC dégage !] Nouvelles immolations et manifestations au Sichuan et au Qinghai

Deux Tibétains tués par les forces de sécurité chinoises

Les forces de sécurité chinoises ont tué par balle deux frères tibétains qui étaient recherchés après qu’ils eurent protesté contre la tutelle de Pékin, a rapporté l’organisation Radio Free Asia (RFA), au lendemain d’une nouvelle tentative d’immolation d’un bonze. Ces événements se sont produits dans les régions tibétaines du sud-ouest de la Chine.

Selon RFA, une station américaine qui diffuse des informations notamment en tibétain, Yeshe Rigsal, un moine, et son frère ont été abattus jeudi dans la province du Sichuan. Les deux frères avaient, le 23 janvier dans le district de Luhuo, pris part à des manifestations violemment réprimées, la police ayant tué au moins l’un des protestataires. Leur fuite a duré plus de deux semaines avant qu’ils soient localisés dans des montagnes peuplées de nomades. « Les forces de sécurité chinoises ont encerclé le site et tué (Yeshe Rigsal) et son frère », a relaté un moine du monastère de Drepung (Inde), qui citait des sources locales.

LUTTER CONTRE « LA CLIQUE DU DALAÏ LAMA »

RFA a également annoncé qu’un autre moine avait tenté de s’immoler par le feu dans la région chinoise du Qinghai peuplée de nombreux Tibétains, des faits aussi confirmés par l’ONG Free Tibet. La police et les autorités locales du district concerné étaient injoignables vendredi. Au moins 18 Tibétains, en majorité des moines bouddhistes, se sont immolés par le feu ou ont tenté de le faire en moins d’un an dans les zones tibétaines chinoises. Les autorités chinoises ont empêché ces dernières semaines la presse étrangère de se rendre sur place.

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Une capture d'écran de vidéo, réalisée par un étudiant, montre un moine tibétain en train de s'immoler le 21 novembre 2011 dans la province du Sichuan.

Chen Quanguo, le plus haut responsable au Tibet, a appelé cette semaine à renforcer la lutte contre « la clique du dalaï lama », selon la terminologie utilisée par le pouvoir chinois pour parler du chef spirituel des bouddhistes tibétains. La Chine affirme avoir « libéré pacifiquement » le Tibet et amélioré le sort de sa population en fournissant des fonds pour le développement économique de cette région pauvre et isolée. Mais de nombreux Tibétains ne supportent plus ce qu’ils considèrent comme une domination grandissante des Hans, ethnie fortement majoritaire en Chine, et la répression de leur religion et de leur culture.

Leur presse (LeMonde.fr, 10 février 2012)


Nouvelles immolations et manifestations au Tibet

Pékin, correspondant – Plusieurs manifestations ont eu lieu mercredi 8 février dans les régions tibétaines du Sichuan, mais aussi du Qinghai.

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Marche solidaire du mercredi 8 février à Tridu

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Un homme, possiblement un moine ou un ancien moine, se serait immolé par le feu à Aba (Ngaba en tibétain), préfecture de Ganzi (Sichuan), le même jour, portant à 21 le nombre de personnes qui ont recouru à cette forme de protestation depuis le début de l’année 2011, selon les médias et ONG liés à la communauté tibétaine en exil. Trois personnes auraient tenté de s’immoler par le feu la semaine dernière dans le comté de Serthar, siège de plusieurs manifestations réprimées ces dernières semaines.

Près d’un millier de manifestants demandant le retour du dalai lama se seraient ainsi rassemblées hier à Nangcheng, un comté de la préfecture de Yushu connu pour les dizaines de monastères qu’il abrite, ainsi que dans une autre région de cette préfecture. Comme Ganzi dans le Sichuan, Yushu fait partie de l’ancien Kham tibétain, une terre de guerriers extrêmement attachés à la culture tibétaine. Radio Free Asia a publié sur son site des photos des manifestations.

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Manifestation du 8 février à Nangcheng

Leur presse (Brice Pedroletti, LeMonde.fr, 9 février 2012)

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[Toulouse] Le 16 allées des Demoiselles menacé d’expulsion !

Communiqué des habitants du 16 allées des Demoiselles
LE 16 ALLÉES DES DEMOISELLES MENACÉ D’EXPULSION !

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1306834526.jpgLe bâtiment vide depuis au moins 4 ans réquisitionné pour accueillir des familles à la rue (plus de 20 personnes) sera expulsable à partir du 21 février.

La juge du Tribunal de Grande Instance de Toulouse a fixé cette date comme ultimatum à notre évacuation des lieux.

À compter de ce jour, le propriétaire pourra alors avoir recours aux forces de l’ordre pour nous remettre a la rue.

Alors que le « plan Grand Froid » vient d’être décrété, à Toulouse (aux vues des intempéries) et que Mairie comme Préfecture se gaussent de leur action sociale, ils n’hésitent pas, hiver comme été à remettre à leur place précaires, étrangers, sans-abris… DEHORS !

Des squatteureuses, en association avec des travailleureuses sociaux et bon nombre de Toulousaines et de Toulousains révoltés par ces situations et fatigues des hypocrisies étatiques, ont décidé de passer outre la loi, et d’ouvrir eux/elles-mêmes des espaces pour apporter des solutions immédiates aux situations les plus délicates.

Partie du Centre social Autogéré « le CREA » (Collectif pour la Requisition, l’Entraide et l’Autogestion), la campagne Zéro Enfants À la Rue mène bon train.

Quatre bâtiments sont ainsi aujourd’hui squattés.

Ces actions solidaires ont pour l’instant permis à 21 familles de trouver un toit, de sortir de leur isolement, de s’organiser collectivement, d’être plus fortes !

Nous ne demandons aucune subvention de l’État. Nous voulons souligner l’incompétence des institutions à répondre aux besoins des peuples, incompétence que nous jugeons systémique.

Nos intérêts ne sont pas les leurs !

Si le droit et l’accès au logement semblent nos principales revendications, au sein des espaces que nous « libérons », nos réflexions avancent. Les questions de l’habitat sous ses diverses formes, sur la propriété et ses usages mais aussi bien d’autres : l’écologie, l’histoire et les politiques des migrations, l’enfermement quel qu’il soit… sont présentes au quotidien.

Si nous refusons la décision du tribunal c’est parce qu’elle aussi cherche à nous renvoyer dans une situation de faiblesse. La police fracturant notre porte aux aurores pour que personne ne voit, n’entende, ne réagisse. Mais ce que nous avons construit, cette force qui nous unit, nous voulons qu’elle arrive jusqu’à vous. Tendez l’oreille, vous entendrez nos cris !

CETTE EXPULSION N’AURA PAS LIEU DANS LE SILENCE. LES TRAVAUX ATTENDRONT !!

Pour nous soutenir : une lettre destinée au préfet est disponible sur internet. Signez-la et faites lui parvenir au plus vite.

N’hésitez-pas à passer nous voir ou à nous faire parvenir votre contact pour être prévenus en cas d’expulsion.

Permanences de la campagne « Zéro Enfants à la Rue » tous les jeudis a partir de 16h au CREA : 70 allées des Demoiselles suivies des jeudis de la solidarité : rencontres et discussions chaleureuses de 19 à 22h.

NOUS AVONS BESOIN DE TOUTES LES COMPÉTENCES !!

Les habitantEs du 16, 9 février 2012.

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[Grèce] L’heure de la révolte

Très rapidement, car beaucoup de choses et peu de temps :

Dernier plan de rigueur assassin adopté aujourd’hui par le gouvernement grec mais sera définitivement « voté » ce dimanche.

Ce soir [jeudi 9 février] déjà quatre points de rassemblements et de manifs qui ont convergé sur Syntagma, avec une quinzaine de milliers de personnes, dont 6000 anarchistes. Quelques banques cassées et bennes brûlées mais affrontement direct évité de justesse face aux nombreux flics devant le Parlement malgré un long face à face très très tendu.

Fac de droit occupée comme centre médical pour les prochains jours, par les combattants anarchistes.
Ministère du travail occupé.
Ministère de la santé occupé.

Trois syndicats appellent à l’occupation des lieux de travail.
GRÈVE GÉNÉRALE de 48 heures décrétée à partir de demain. Manif demain 11h et samedi 11h à Syntagma.

Appel à prendre la place Syntagma et assiéger le parlement à partir de dimanche 17h « jusqu’à la chute du gouvernement ».

Cependant, moins de monde que possible sera dans les rues car le syndicat stalinien va paralyser tous les moyens de transport au lieu de les laisser gratuits, empêchant beaucoup de gens de pouvoir se rendre aux rassemblements. Stratégie d’anticipation et de contrôle de l’explosion.

Pour les prochains jours, Athènes en particulier et la Grèce en général sera un champ de bataille.

Mailing – 9 janvier 2012.


Nouveau plan d’austérité – Grève générale de 48 heures

Les présidents des partis qui forment le gouvernement de coalition (socialiste, droite et extrême droite) se sont mis d’accord pour l’application des exigences de la Troïka (FMI, Union Européenne, Banque Centrale Européenne). Un nouveau plan d’austérité est prêt à être voté au parlement grec le dimanche 12 février.

Une partie des mesures que la Troïka veut imposer pour l’aboutissement du PSI (le dit “haircut”/”la coupe” de la dette) :

• -22% pour le SMIC, à savoir 480 euro par mois net (586€ brut de 751€ brut actuellement) ;

• Pour les jeunes de 18-25 ans, la réduction s’élève à -32% donnant environ 430€ brut (510€ brut de 592€ brut actuellement) ;

• Les réductions vont s’appliquer, de manière rétroactive à partir de janvier 2012, dans tous les salaires, retraites et allocations chômage (allocation de chômage : 359€ euro de 461€ actuellement, touchable uniquement lors d’un an) ;

• La retraite minimum chute à 392€ de 503€ euro aujourd’hui ;

• Abolition des conventions collectives (par branche/métier), remplacement par des conventions individuelles au niveau de l’entreprise ;

• Suppression de 150.000 postes de fonctionnaires lors de 2012-2015 ;

• Levage de permanence dans le secteur public “large” comme l’énergie ;

• Les pertes de salaires — s’étendant aux primes de pénibilité, à ceux pour les enfants, aux retraites, et aux allocations chômage — peuvent arriver jusqu’à -40% par rapport aux revenus actuels ayant déjà subi de réductions entre 20% et 30%.

La liste est longue…

Ce nouveau plan d’austérité à évidement provoqué des réactions…

Le ministre adjoint de Travail, Yannis Koutsoukos, a présenté sa démission en annonçant qu’il ne peut pas se charger de mettre en œuvre les mesures décidées par les dirigeants politiques. Un peu hypocrite vu qu’il a rejoint ce gouvernement il y a trois mois…

D’autres députés de la coalition gouvernementale ont aussi annoncé qu’ils ne vont pas voter le plan proposé (ce nombre n’est pas encore clair).

Une grève générale a été réalisée le mardi 7 février en vue des discussions des chefs des partis et des mesures proposées. La participation n’a pas été très grande, en partie à cause du mauvais temps.

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Néanmoins, il y a eu des petits affrontements avec la police quand une partie des manifestants a essayé de se rapprocher du parlement. D’autres manifestants ont brûlé le drapeau allemand et le drapeau nazi.

Une nouvelle grève générale de 48 heures est proclamée pour le vendredi 10 et le samedi 11 février. Des manifestations sont aussi appelées pour le jeudi soir et le dimanche (jour du vote).

Aujourd’hui (jeudi 9 février 2012) le ministère de Travail ainsi que le ministère de la Santé ont été occupés par leurs travailleurs, en s’opposant aux nouvelles mesures.

L’école Polytechnique de Crète a été aussi occupée suite à la décision des ses étudiants, qui appellent à la participation aux manifestations de la grève générale.

Enfin, la faculté de Droit qui se trouve au centre d’Athènes a été occupée par des militants dans le but de créer un endroit d’organisation d’actions en vue des mobilisations/manifestations/grèves des prochains jours. (Petit rappel : pendant les événements de Décembre 2008 les trois universités du centre d’Athènes ont été occupées par des militants et ont servi d’endroit d’organisation).

Vu qu’on a fait le tour des nouvelles de la journée, un supermarché Carrefour a été exproprié dans le quartier d’Imitos (Athènes). Les produits ont ensuite été distribués à un marché en proximité.

Vous pouvez suivre les événements des jours suivants en Grèce sur le site Occupied London (en anglais), qui  d’habitude passe plein d’infos en temps réelle.

Des infos en plusieurs langues seront aussi diffusées sur Twitter : #rbnews, #Syntagma.

Le site suivant fourni d’habitude des vidéos en live streaming : stopcartel.info.

Nouvelles hors les murs va également faire l’effort de passer des infos en français.

Nouvelles hors les murs, 9 février 2012.

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[Vive l’Azawad libre !] La révolution bouffera les affameurs

Bilan des hostilités à Tinzawaten

Plus de 34 soldats maliens sont rentrés en Algérie,
5 blessés dans l’armée d’occupation malienne,
10 prisonniers dont un officier malien, nous rappelons que les prisonniers de guerre sont traités conformément à la convention de Genève de 1949.
1 blessé dans l’armée de libération,
Le MNLA a récupéré plusieurs véhicules (dont des blindés) et des munitions.

Suite aux combats intervenus entre l’armée d’occupation malienne et les révolutionnaires du MNLA, nous informons l’opinion internationale que les frontières de l’Azawad de Tinzawaten à Hallile sont sous le contrôle total du MNLA.

Le MNLA

Communiqué du MNLA, 8 février 2012.


[Et la presse aux ordres commence même à changer de ton :]

Situation sécuritaire au Nord-Mali : Ménaka toujours occupé par le MNLA : Tinzawatten aux mains des rebelles

La situation sécuritaire au Nord-Mali est loin d’être favorable, pour l’instant, à l’armée malienne. L’honnêteté intellectuelle nous impose de dire ce qui est, même si cela ne nous plait pas. En effet, la ville de Ménaka, située dans la région de Gao et considérée comme le point de départ de la rébellion armée déclenchée par le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) le 17 janvier dernier, est toujours occupée, selon de nombreux témoignages des populations, par  des éléments de cette organisation.

L’intervention de l’armée a été de courte durée, sous le commandement du Colonel Didier Dacko. Les troupes de cet officier vaillant, qui a libéré momentanément Ménaka, étaient régulièrement harcelées par les bandits armés. Résultat : les forces armées et de sécurité se sont repliées sur Gao, abandonnant la ville et les populations à leur triste sort. Des sources absolument crédibles laissent même entendre que cette situation est consécutive à un déficit de renforts et de ravitaillement en vivres.

Conséquence : le MNLA s’est confortablement installé à Ménaka. Il occupe en ce moment les postes de la Gendarmerie, de la Police et le Camp militaire. Le Tribunal, le bureau du Préfet et celui du Maire sont également occupé par les insurgés. L’adduction d’eau potable et l’AMADER sont gérées directement par des éléments de cette force obscure.

En clair, Ménaka est sous administration MNLA. Ses combattants ne font pas de mal aux civils, selon ce que l’on nous a rapporté. Mais ceux-ci ne leur font pas confiance et fuient  tous les jours plus nombreux la ville. Nombre d’entre eux se sont déjà réfugiés au Niger et d’autres ont rapidement rallié Gao.

Ne ne parlons pas de la seule ville de Ménaka, mais aussi de toutes les agglomérations de la contrée, dont Andéreboukane, Talataye, Tessit et même Intillit, située à 95 km de Gao.  Dans cette dernière cité, il semble que les populations aient entièrement vidé les lieux, pour se retrouver dans des campements voisins, mieux sécurisés.

En outre, on signale aussi des affrontements à Tinzawatten, à la frontière avec l’Algérie et des harcèlements incessants des troupes d’Elhadj Gamou à Kidal, ainsi qu’à Tessalit. Dans l’après-midi de mercredi, nous apprenions d’ailleurs que la ville était elle aussi tombée aux mains des rebelles, après trois jours de combat qui ont amené les soldats maliens à épuiser leur stock de munitions. Ainsi, même si le Colonel Gamou arrive toujours à tirer le premier coup de feu tendant à les repousser, les rebelles se replient et reviennent ensuite à la charge.

Quant à Gao, la ville est bien sécurisée avec le camp militaire qui s’y trouve, dirigé par le Colonel Didier Dacko, dont nous parlions plus haut, appuyé par le Colonel Ould Meydou. Des patrouilles s’effectuent tous les jours. Mais la psychose règne quand même et les populations sont très inquiètes. Certaines d’entre elles, surtout les « peaux rouges ou blanches », ont trouvé refuge à Bamako ou dans des pays voisins, notamment le Burkina Faso, le Niger et la Mauritanie.

À Tombouctou, la situation est plus calme que dans les deux autres régions du Nord. La sécurité est manifestement assurée, car les éléments du camp militaire Cheick Sidi El Bakaye, soutenus par une milice arabe, sont très vigilants et très actifs. Pour autant, la psychose gagne les populations civiles des autres communes du Cercle de Tombouctou. Ce qui a nécessité une rencontre des différents élus de ces communes, sous l’égide du Maire de la Cité des 333 saints, Hallé Cissé, lequel a invité « les merveilleuses populations de Tombouctou à la solidarité vis-à-vis des déplacés ».

Au même moment, la classe politique tergiverse, multipliant les réunions inutiles pour sortir un « plan d’action ». Incapable de formuler des propositions concrètes, réalistes et exécutoires immédiatement, en raison de l’urgence, elle élabore un document douteux qu’elle entend soumettre au Président ATT, pour avis, avant sa publication officielle. Que non ! Indépendants du Président, les partis doivent s’engager et proposer des actions, avec ou sans l’assentiment du chef de l’État. C’est ainsi qu’on pourra engager un véritable débat démocratique, dénué de toute hypocrisie ou calcul politicien. S’il faut avoir l’accord d’ATT pour agir ou se manifester, cela n’en vaut pas la peine !

Le PDES a agi à sa façon, avec sa modeste contribution de 10 millions de FCFA aux forces armées et de sécurité. D’autres partis veulent proposer des actions dilatoires (un forum, un meeting et que sais-je encore) dont ils attendent que le financement soit assuré par l’État, lequel est manifestement en train de « se chercher ». C’est vraiment dommage !

De son côté, le Quai d’Orsay, par la voix d’Alain Juppé, souhaite un « cessez-le-feu immédiat au Mali, où la rébellion touareg a remporté récemment d’importants succès militaires face aux troupes maliennes… Nous considérons que, quels qu’en soient les motifs, ce recours à la force n’est pas acceptable dans une démocratie comme le Mali. Un cessez-le-feu immédiat est pour nous impératif. » Le ministre français a également ajouté, devant le Sénat, « parallèlement, il importe de traiter la question touareg au fond, ce qui suppose un dialogue entre Bamako et toutes les parties concernées », avant  de  préciser : « je l’ai dit moi-même au Président Touré. Je salue son sens de l’unité nationale, tel qu’il l’a manifesté dans un discours récent, et je suis confiant dans la capacité du peuple malien à préserver son modèle démocratique. » [sic]

Le temps presse et l’horizon n’est pas vraiment clair, avec le flot des réfugiés, plusieurs dizaines de milliers de personnes, qui ont trouvé refuge dans des campements au Mali, mais aussi dans des pays voisins. Ils seraient au moins 10’000 au Niger, 9000 en Mauritanie et 3000 au Burkina Faso, selon le Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

Sur le terrain militaire et diplomatique, aucun résultat significatif n’est enregistré à ce jour. Et personne ne pourrait parier sur ce qui adviendra demain. Tout est donc toujours possible et rien n’est à exclure (le meilleur comme le pire). Que Dieu aide le Mali !

Leur presse (Chahana Takiou, 22 Septembre, 9 février 2012)


[Quant au « modèle démocratique » évoqué ici par le lugubre Juppé, on peut s’en faire une idée au vu de ses brillants résultats :]

Sahel : Bruxelles augmente son aide et exhorte le monde à faire de même

BRUXELLES – La Commission européenne a décidé mercredi de porter à 123,5 millions d’euros son aide destinée aux quelque 12 millions de personnes menacées par la famine au Sahel et a invité la communauté internationale à suivre son exemple.

Tous les signes avant-coureurs se mettent à clignoter en rouge. Les taux de malnutrition sont en hausse constante, le prix des aliments augmente, le déplacement d’un grand nombre de personnes et de leur bétail a commencé. L’UE a pris des mesures immédiates et j’exhorte les autres à faire de même, a dit la commissaire chargée de l’aide d’urgence, Kristalina Georgieva.

Combinée à l’aide débloquée auparavant, l’assistance européenne aux pays du Sahel se chiffre cette année à environ 275 millions d’euros. Mais, a souligné Mme Georgieva, pour couvrir les besoins des six prochains mois, pas moins de 700 millions d’euros sont nécessaires.

Cinq pays du Sahel (Burkina Faso, Tchad, Mali, Mauritanie et Niger) ont déclaré une situation d’urgence et ont appelé à l’aide internationale.

Dans le Sahel, la soi-disant saison de la faim démarre normalement à partir de mai/juin mais, cette année, en raison de mauvaises récoltes en 2011 et de la sécheresse qui sévit dans la région, la crise alimentaire risque de commencer dans les prochaines semaines, a mis en garde la Commission.

Sans aide, des gens pourraient bientôt mourir de faim, a-t-elle insisté dans un communiqué.

La Commission s’est fixée comme priorité d’aider les enfants et les femmes enceintes et allaitantes qui sont les plus exposés au risque de mortalité due à la malnutrition.

De son côté, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a besoin de toute urgence de 67 millions de dollars américains (près de 51 millions d’euros) pour répondre aux besoins immédiats des enfants et des femmes touchés par la crise nutritionnelle du Sahel dans la première moitié de 2012, a indiqué mercredi le bureau régional de cette organisation à Dakar dans un communiqué transmis à l’AFP.

Le montant recherché doit permettre de venir en aide à plus d’un million d’enfants menacés par la malnutrition sévère aiguë, et cette intervention d’urgence de l’Unicef concerne le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et le Niger et les régions septentrionales du Cameroun, du Nigeria et du Sénégal, selon la même source.

L’organisation onusienne estime ses besoins pour toute l’année 2012 à 120 millions de dollars (plus de 91 millions d’euros).

Depuis décembre, plusieurs pays et organisations, dont l’ONU, ont alerté sur des menaces de famine en 2012 au Sahel, en raison de faibles pluies, de mauvaises récoltes et de la cherté des vivres. D’après les ONG, les populations les plus menacées sont au Niger, au Tchad, en Mauritanie, au Burkina Faso et au Mali, mais le Sénégal et la Gambie sont également exposés.

Leur presse (Agence Faut Payer, 8 février 2012)

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Les luttes de classes en Indonésie

Indonésie : fronde ouvrière dans le « nouvel atelier du monde »

Les ouvriers indonésiens multiplient les actions spectaculaires pour améliorer un salaire souvent limité à une centaine d’euros par mois, inquiétant des employeurs qui rêvent de faire de leur pays le nouvel « atelier du monde », avec une main-d’œuvre encore meilleur marché qu’en Chine.

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Dix heures de bouchon : même pour la mégapole Djakarta, habituée à une circulation infernale, l’immense embouteillage a fait monter la moutarde au nez de plus d’un automobiliste. C’était l’effet recherché par les quelque 20.000 ouvriers travaillant à Bekasi, dans la banlieue de la capitale indonésienne, qui ont déposé leurs outils pour bloquer une autoroute à péage.

« On n’avait pas le choix », s’excuse Sarjo Suragil, 37 ans, qui fabrique des emballages pour McDonald’s et KFC. « On ne peut pas s’en sortir avec des salaires comme ceux-là. »

L’action spectaculaire, dans un pays où les mouvements sociaux sont rares, a été décidée après qu’un tribunal a annulé une augmentation du salaire minimum local de 13%, pour le faire passer à 1,49 million de roupies indonésiennes par mois (127 euros).

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Le jugement avait suivi une plainte de l’Association des employeurs indonésiens, l’organisation patronale du pays, qui avait argué qu’une telle hausse allait faire fuir les investisseurs étrangers.

Les grandes multinationales profitent de la situation

Les Honda, Nike ou autres Samsung se sont rués ces dernières années à Bekasi, coeur industriel de la capitale, pour profiter des salaires encore plus avantageux qu’en Chine ou en Inde.

Le salaire minimum, qui varie en fonction des provinces, évolue entre 75 et 150 euros par mois en Indonésie, contre une moyenne de 230 euros en Chine et 205 en Inde, selon une étude de la Japan External Trade Organisation.

Le coup de force des ouvriers de Bekasi a payé : le gouverneur local a réinstauré la hausse du salaire minimum.

Bekasi est la huitième province indonésienne à obtenir une augmentation. Voyant l’efficacité des actions spectaculaires, les ouvriers de plusieurs districts promettent de suivre l’exemple.

Tout récemment, des employés mécontents ont ainsi averti qu’ils allaient bloquer l’autoroute à péage menant à l’aéroport de Jakarta. La seule menace a suffi à régler le différend, qui portait également sur le salaire minimum.

La révolte gronde un peu partout

Les ouvriers se sont de plus sentis pousser des ailes après le succès d’une grève dure dans la mine d’or et de cuivre Grasberg, en Papouasie, l’une des plus grandes au monde. Après un arrêt de travail de quatre mois, les employés ont obtenu une hausse de salaire de 37% de la part de l’exploitant de la mine, la multinationale américaine Freeport.

« Après Freeport, les ouvriers de Jakarta et de sa région ont commencé à se dire que, peut-être, ils pourraient eux aussi obtenir une bonne augmentation », explique Chris Manning, expert à l’Australian National University.

« On va faire fermer la Bourse de Jakarta si c’est ce qu’on doit faire », avertit Timbul Siregar, président de l’Association des travailleurs indonésiens, disant puiser son inspiration du mouvement « Occupy Wall Street ».

Ce mouvement de contestation pacifique anticapitaliste, qui a occupé de septembre à février plusieurs parcs à Washington et New York, dénonce les abus du capitalisme financier.

« Nous allons continuer à perturber l’activité économique jusqu’à ce que le fossé entre les riches et les pauvres se réduise », prévient-il.

Tandis que le pays connaît une croissance annuelle supérieure à 6% depuis 2005, le nombre d’Indonésiens vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté de près de trois millions en trois ans, pour atteindre 43,1 millions en 2010, soit près de 20% de la population, selon la Banque asiatique de développement (BAD). L’archipel est ainsi le seul pays d’Asie du Sud-Est à ne pas réduire la pauvreté.

« Si les salaires montent trop rapidement, les investisseurs étrangers pourraient commencer à regarder ailleurs », assure Franky Sibarani, secrétaire général de l’Association des employeurs indonésiens.

Pas sûr, répond Kazutoshi Chatani, économiste à l’Organisation internationale du travail (OIT). « Des salaires en hausse vont améliorer le pouvoir d’achat des ménages, ce qui est sans aucun doute important pour l’économie indonésienne. Après tout, la consommation intérieure a représenté 56,6% du Produit intérieur brut en 2010 ».

Leur presse (Agence Faut Payer), 8 février 2012.

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[Mort aux El-Assad !] Deux mois « anonymes » en Syrie

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[Chroniques grecques] N° 5 : Vers « l’explosion »

Situation explosive. On ne le répétera jamais assez. De l’État comme d’une large frange de la population grecque qui se cherche des repères collectifs, nous allons vers une « situation de guerre », d’« explosion », de « clash final ». Les événements s’accélèrent très rapidement, dans une nouvelle temporalité double : celle de la misère grandissante et du génocide social par le Capital assassin ; celle de la guerre sociale qui monte en intensité de part et d’autre de chaque camp. Explosion il y aura, c’est une certitude. Explosion sociale, populaire et émeutière. Il y aura. C’est une certitude. La seule question qui subsiste réellement, tant pour l’État que pour le mouvement révolutionnaire est : quand ? C’est-à-dire dans quelles circonstances, à quel point de rupture précis, selon quel équilibre des forces politiques du moment. Lorsque la police tuera à nouveau (« malgré elle », puisqu’elle a de sévères ordres tactiques à éviter toute mort d’homme comme condition garante d’un semblant de paix sociale) ? Lorsque les députés néonazis seront plus de dix au Parlement suite aux prochaines élections (qui n’ont pas encore de date définie par ailleurs) ? Lorsque la police militaire occupera les rues des quartiers d’Athènes comme la casbah d’Alger en 1959 ? Lorsque la Grèce sera exclue de la zone euro ? Lorsque les gens mourront de faim dans les rues par dizaines voire centaines ? Lorsqu’une grève générale de longue haleine prendra nécessairement ? Dans trois jours, deux semaines, deux mois, un an ?

En vérité, le pays est déjà en faillite. En vérité, les Gauleiter sont déjà en Grèce à gérer les affaires intérieures. En vérité, la droite populiste a déjà gagné les élections, et le parti néonazi sait avoir autour de dix députés. En vérité, tant la population que l’État savent déjà que la grande majorité des camarades sont déjà armés. En vérité, la middle class a déjà disparu. En vérité, le génocide social des sous-lumpen est déjà en cours. En vérité, la tolérance de la flicaille du commerce de came comme outil de domination et d’extermination sociale des affamés est déjà effective. En vérité, une explosion sociale prochaine est déjà un fait intégré et inévitable. Mais demeure la seule incertitude : quand et vers quelle direction ? En précisant en outre que la Grèce n’a pas eu de phase de pacification sociale depuis l’après-guerre comme l’ont connu la France et l’Allemagne.

Une autre question essentielle et cruciale et qui est la seule qui se pose pour l’État et le peuple grec : l’explosion sociale en Grèce surviendra-t-elle avant ou pendant les grands mouvements sociaux qui vont troubler l’Espagne, l’Italie et la France prochainement ? Quelle sera l’articulation entre les troubles sociaux plus ou moins sérieux en Europe et l’explosion fracassante qui va se produire en Grèce ?

La nécessité fait loi : pour l’État grec, l’évidence aucunement remise en cause de devoir se plier aux impératifs de la Troïka et l’évidence simultanée de devoir anticiper les réactions populaires. Pour le peuple grec, l’évidence de devoir survivre à tout prix et nourrir ses enfants, par tous les moyens, dans une nouvelle guerre des « pauvres contre les très pauvres », et l’évidence simultanée d’être condamné à une mort certaine et de créer des points d’impact collectifs, autrement dit une solidarité sociale.

Nouvelle temporalité, double.

Dans la temporalité de la misère grandissante et du génocide social, les condamnés s’entre-déchirent lors des rationnements municipaux d’une demi-heure pour une gamelle de purée et un gobelet de soda, s’organisent par clans pour le marché noir, et voient la vente de came, nouveau business de mort qui surfe sur le dos de la misère, faire des ravages parmi les plus faibles et isolés. Nécessité pour l’État d’une gestion laxiste de cela. Nous nous promenons, et voyons les flics procéder à des opérations de rafles de migrants très localisées et chronométrées. La dernière que nous avons vue s’est passée à la place Victoria où une quinzaine de migrants se sont vus pris par 5 flics, fouillés, palpés, alignés, presque mains sur la tête, avant qu’un car de police arrive et les embarque tous. Allez savoir où. Encore, des bus mi-remplis de migrants capturés par dizaines un peu partout. Prétexte officiel : le marché noir et la vente de came ; mais surtout la vente ambulante sauvage dans les rues, l’entraide et la solidarité entre migrants. Dans le même temps, nous voyons le soir enfants et individus fouiller dans des montagnes de déchets renversés sur les trottoirs, des nouveaux tox se shooter en pleine rue, d’autres déjà démembrés par la came et encore tremblants du manque.

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Les migrants parqués sur un muret, le car arrive.

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Un peu flou. Alignement des migrants embarqués dans le car. Place Victoria.

Dans la temporalité de la guerre sociale et de la résistance populaire et ouvrière, la nécessité de créer une solidarité de fond dans une lutte radicale de fait, et de longue haleine, envers et contre l’urgence sociale criante.

Le samedi 4 février, pour la première fois depuis les événements des 19 et 20 octobre, les groupes anarchistes se sont coordonnés pour appeler à une manifestation contre la crise, l’État et le capitalisme. Nous nous attendions tous, pour ce genre d’appel exclusivement anarchiste, à 1000-1500 personnes. Finalement, nous serons plus de 5000 à manifester « illégalement » et de manière ordonnée en plein centre-ville et jusque devant le Parlement. Démonstration de force de la part d’un appel anarchiste révolutionnaire réussie, un succès. Les camarades n’avaient que deux banderoles, ouvrant et fermant le cortège protégé sur les côtés par des formations de combat avec drapeaux-bâtons, casques et masques à gaz, parés à la moindre tentative de répression policière. Les slogans principalement scandés sont « contre l’État et le capitalisme, la solidarité est l’arme des peuples », « pour une lutte autonome, sans les syndicats », et de nombreux cris de guerre anti-flics. Face aux lignes ennemies anti-émeute protégeant le Parlement, les camarades ont formé plusieurs lignes d’autodéfense et de combat le temps que le cortège anarchiste révolutionnaire soit hors de portée.

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Formation de combat et lignes d’autodéfense face aux lignes ennemies.

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Et en face :

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De nombreux « très jeunes », de 15-18 ans, étaient parés au fight mais la discipline collective a permis d’être plus malin et stratège que l’ennemi, ne lui donnant pas l’occasion de nous réprimer, face au manque réel de rapport de force direct.

Suite à la manifestation qui s’est stoppée devant le Rectorat, provoquant un blocage complet de l’avenue, cinq motos de voltigeurs Delta ont malgré tout tenté un coup de pression en encerclant un groupe de six camarades isolés quelques rues plus loin, ont fouillé leurs sacs et trouvé masques à gaz et gants, prétexte facile pour les arrêter. Mais en moins de dix minutes, un groupe serré de cinquante camarades encagoulés ont attaqué pour récupérer les copains en difficulté, provoquant la fuite désordonnée des voltigeurs qui ont même laissé les sacs sur place.

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Le soir même du 4 février, un groupe de soixante camarades encagoulés ont attaqué à coups de lance-pierre la résidence privée du Président de la Grèce, en solidarité avec les prisonniers politiques et pour leur libération. Ils ont été pourchassés par une colonne de voltigeurs à travers les ruelles serrées d’Exarchia mais ils ont réussi à se disperser de manière très coordonnée, et aucune arrestation n’a été déplorée. Mais durant les 24 heures suivantes, toutes les bordures d’Exarchia ont été sévèrement quadrillées par des flics anti-émeute équipés et bus blindés de combat. Voici le lien du communiqué de revendication de l’action (en français).

Finalement, c’est le lundi 6 février que tout le monde apprend la décision expresse de la part des centrales syndicales d’appeler à 48 heures de grève générale à compter du mardi 7 février, face à la pression de la Troïka et l’adoption prochaine des nouvelles mesures d’austérité par la coalition gouvernementale. Les mots d’ordre sont solennels et très officiels : « temps de la dernière heure », « l’heure est venue, soulevons-nous », « appel au soulèvement populaire et à la prise des places publiques », « la lutte de la dernière chance », etc.

Le mardi 7 février, ce sont officiellement 20’000 personnes qui ont défilé à Athènes et Thessalonique, et à l’instar du samedi précédent, le cortège anarchiste ne comptait que 1000 personnes dans ses rangs, les groupes les plus radicaux et de combat étant absents. Sous une pluie diluvienne et l’orage qui a éclaté violemment la veille comme un signal général, grévistes dans la rue et flics se sont fait face toute l’après-midi à la place Syntagma. À noter une chose intéressante : inversement à la France où les différents groupes se rassemblent d’emblée au point de départ de la manif lors d’une journée de grève générale, en Grèce, chaque groupe et tendance occupe pendant une heure une place spécifique avec déclarations dans les enceintes et positionnement politique, avant de chacun rejoindre en cortège sur des rues différentes la place Syntagma d’où repart collectivement une manif générale. De fait, dans les quatre coins de la ville des occupations et cortèges appellent à rejoindre la grève avant la démonstration spectaculaire « commune ». Le cortège anarchiste n’a pas cherché l’affrontement, seul un bref face à face est à mentionner avec de nouveau les voltigeurs au moment où le cortège se réfugiait dans Exarchia. Il y eut quelques accrochages légers au niveau du Parlement, essentiellement par des mouvements de foule spontanés et les indignés, avec en retrait bien visible les lignes staliniennes qui jouent le spectacle-bluff du « combat ouvrier ». Ces imbéciles d’indignés, comme partout en Europe, mélangent tout et ont brûlé un drapeau allemand avec un drapeau nazi, véhiculant bêtement une haine des peuples et un racisme anti-allemand au lieu de s’attaquer aux appareils d’État et au Capital.

Si la grève générale a été peu suivie numériquement dans la rue, elle a été également relativement « peu » suivie dans les milieux ouvriers et productifs : mardi, écoles, ministères, hôpitaux, médias publics et banques étaient touchés par la grève. Les transports urbains, le métro et les bus ont observé des arrêts de travail. Les bateaux sont restés à l’ancre tandis que les trains ne fonctionnaient pas. En revanche, aucune annulation n’était annoncée dans le transport aérien (info AFP).

La chose est que le sinistre KKE (parti communiste grec), force politique et populaire certaine, avec sa branche syndicale du PAME, a une capacité de mobilisation très figée et rigide, voire militarisée, sachant qu’elle peut « faire » descendre dans la rue entre 10 et 60’000 personnes. Selon ses choix tactiques d’appels, elle sait ainsi d’avance quelle capacité de contrôle elle peut avoir sur une manifestation générale dans la rue, et les probabilités d’émeutes « non contrôlées ». De sorte, la guerre politique et de terrain entre les groupes anarchistes et staliniens est  impitoyable et actée. La donne incertaine qui reste est la masse effective de personnes qui descendent dans la rue « d’eux-mêmes », pouvant provoquer un « chaos incontrôlé ». Ce fut le cas les 19 et 20 octobre 2011, forçant le KKE et le PAME dans ses branches militarisées à réprimer la foule dans une fonction strictement policière et ouvertement collaborationniste.

Cette grève générale, la première du genre depuis octobre dernier, sonne cependant comme un nouveau départ de lutte, et la résistance populaire et ouvrière s’organise tant bien que mal de manière autonome. Aussi, le mouvement Ne Pas Payer, en perte de dynamique depuis l’été 2011, annonce soudainement le lancement d’une « lutte de 100 jours en solidarité avec les grévistes de l’acier et pour toute la classe ouvrière », ont déjà bloqué plusieurs péages aujourd’hui, et déclare dans un communiqué (source Indymedia Athens) :

Mouvement Ne Paie Pas

Le Mouvement dit Ne Pas Payer la crise, prône la solidarité et la grande coalition ouvrière pour lutter avec les grévistes de l’acier. C’est la lutte pour tout ce qui est donné par les travailleurs de l’acier ici et 100 jours pour toute la classe ouvrière. Le Mouvement Ne Paie Pas a pour la première fois retrouvé sur le bord de l’acier toutes leurs forces ! Nous allons tout faire, pour soutenir et faire vaincre la lutte de l’acier et pour l’étendre partout, afin de créer un front pallaiko panergatiko, renverser la dictature des banquiers et récupérer ce qui nous appartient. Nous organisons nos forces collectives pour la victoire finale !

LA SOLIDARITÉ EST L’ARME DES PEUPLES

À noter que cette grève dure des travailleurs de l’acier, effective et générale depuis bientôt trois mois maintenant, fut au départ plutôt sauvage et radicale mais s’est fait rapidement rattrapée par les staliniens du PAME qui est parvenue à avoir une mainmise sur cette lutte et à la contenir autant que possible. Une des conséquences directes est l’impossibilité pour les camarades libertaires et révolutionnaires de joindre et appuyer la grève.

Par ailleurs, à Athènes, à midi, plusieurs dizaines de travailleurs grévistes du GENOP-PPC investissent et occupent le Ministère du Développement et ont déclaré vouloir y « demeurer de manière illimitée ». Le ministre du développement Georges Papaconstantinou est séquestré au sixième étage. Dès 13h, des renforts ouvriers rejoignent l’occupation et parviennent à être une grosse centaine. 13h30, de nombreux flics anti-émeute encerclent le bâtiment et bouclent le quartier alors qu’une grosse centaine de grévistes supplémentaires sont venus appuyer leurs camarades à l’extérieur. 14h, des renforts de police anti-émeute arrivent sur les lieux, pendant ce temps les occupants, pour beaucoup syndicalistes, se sont barricadés au 6e étage, toujours avec le ministre tenu en otage. 16h30, les flics attaquent à l’intérieur du bâtiment mais les grévistes refusent de quitter les lieux et résistent, rumeurs de blessés. Les flics se positionnent dans les escaliers du bâtiment, le ministre toujours retenu. Les grévistes syndicalistes ont construit des barricades devant l’escalier, dans les couloirs et devant la porte d’ascenseur. À 18h, le personnel du ministère quitte les lieux, il semble que le ministère soit toujours occupé, le ministre serait toujours retenu. Nous employons maintenant le conditionnel car ceci est extrêmement censuré par les médias grecs et, bien sûr, les médias bourgeois internationaux et Indymedia Athens peinent à trouver des derniers éléments sûrs (seul article bourgeois qui en parle).Vu le contexte, malgré leur petit nombre, c’est juste explosif. Et de nombreux groupes déclarent leur solidarité avec les combattants de la classe ouvrière et leurs principales armes : grève et occupation, blocage et réappropriation. À noter encore deux choses : le puissant PAME se désolidarise de cette action ouvrière, et ce ministre est celui qui a privatisé l’électricité avec des hausses de tarifs ahurissants. Affaire à suivre.

Du côté des camarades anarchistes, une affiche est en cours d’impression massive avant d’être placardée partout dans les rues, appelant à « Tous et toutes dans la rue, tous les jours, prenons-la pour nous tous », avec une allusion évidente aux révolutions arabes :

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Enfin, pour conclure cette chronique, nous faisons tourner ce texte explosif qui tourne sur un important blog « Greek Crisis » en plusieurs langues et qui tourne également sur l’Internet grec, régulièrement mis à jour avec des informations précises et fiables. Bien que non militant et politiquement mal défini, toute la pertinence réside justement dans cet aiguisement de la conscience de classe révolutionnaire dans les couches les plus « citoyennes » du peuple grec. Ce texte, le dernier en date, s’appelle « Déluge et Feu ».

Nous reprendrons ici les deux paragraphes les plus significatifs sur la situation :

« Donc entre-temps, chez nous tout peut se jouer … à la grecque. Dans un rapport récent de la Police, alors présumé connu de la presse, ses officiers se déclarent très inquiets car ils se disent incapables de contenir la foule, durant les émeutes à venir, soulevant même désormais, le manque de volontarisme de leurs subordonnés dans leur besogne. Les hauts gradés de la Police se disent persuadés, que le temps des révoltes est proche. Ils notent avec désarroi qu’il n’y a plus « en face » un mouvement organisé, syndicaliste, ou alors politiquement connu et balisé (celui de la gauche communiste par exemple), ni même celui des indignés, comme durant l’été dernier. Donc il peut y avoir autre chose. Les policiers font également partie de la société. Ils ont des amis, des parents, alors ils savent sentir. Donc ils se disent très préoccupés des éventuelles réactions brusques de ces citoyens, ayant perdu, tout revenu, tout repère et tout espoir, finalement en moins de deux ans. Ces gens qui en 2010 encore, promenèrent leurs enfants au jardin botanique, s’occupaient de leurs courses et leurs loisirs, sans être, les habitués des manifestations, ni des grèves. Mardi soir à la télévision, lors du journal du soir (chaîne Ant1), le représentant syndicaliste des policiers, s’est dit également préoccupé par autre chose : «Si on touche encore une fois à nos salaires, [pour] nous enlever par exemple encore cent euros, alors pour nous c’est la guerre». Décidément la guerre est d’actualité partout. »

Et le deuxième :

‎ »Mais il y a d’autres sujets de notre actualité qui ne se prêtent pas à l’ironie. Lundi dans la journée, Panagiotis Lafazanis, député SYRIZA (formation de gauche), un parlementaire très apprécié pour son sérieux, a déclaré au micro d’une radio locale, qu’au Nord du pays «des réservistes viennent d’être mobilisés pour former des unités de la Garde Nationale [appellation des formations par ce type de recrutement]. Ce qui étonne [souligne Panagiotis Lafazanis], est que ces hommes, reçoivent selon nos informations, à la fois des instructions sur la gestion des intempéries, ce qui est normal nous savons que cette région comme d’autres en Grèce, en subissent trop en ce moment, mais ils reçoivent aussi des instructions sur la gestion des foules et des manifestations qui peuvent dégénérer. Je souligne que des fusils viennent d’être distribués à ces réservistes, alors va-t-on utiliser ces citoyens contre d’autres citoyens ? De quoi ont-ils alors peur, nos gouvernants ?» »

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La situation sociale et de résistance change très rapidement, ce qu’on appelle ici le « clash final » ou tout simplement « l’explosion » peut survenir « frontalement » dans la rue ou non, davantage dans les grèves ouvrières de longue haleine et moins « spectaculaires », peut survenir dans les trois jours, dans les deux semaines ou dans les deux mois. Mais plus de retour en arrière, voilà la seule certitude. Et des deux côtés de la guerre sociale.

Pour une solidarité internationale dans la guerre de classe.
Que la peur change de camp.

Mercredi 8 février 2012.

Publié dans L'insurrection grecque de décembre 2008 et ses suites | Un commentaire

Les trolls sont loin d’être tous des bénévoles

La stratégie des jeunes pro-Poutine pour envahir la Toile

Un groupe de pirates russes affirme avoir la preuve que les « jeunesses poutiniennes » payent cher pour diffuser leur propagande sur la Toile.

Avant l’élection présidentielle russe du 4 mars, pro et anti-Poutine se livrent à une guerre d’influence médiatique. La bataille se joue sur deux principaux fronts : la télévision et Internet. Si la première est encore largement contrôlée par le pouvoir, le web est le média privilégié par les contestataires. Afin de remettre la main sur la Toile, les Nachi, « jeunesses poutiniennes » créées en 2005, se sont fait une spécialité d’inonder les forums et blogs ennemis de commentaires favorables au pouvoir en place. Et pour parvenir à leurs fins, ils n’hésitent pas à payer cher des internautes. C’est ce que révèlent, selon le Guardian, des centaines d’emails d’activistes que des hackers russes, se réclamant du mouvement Anonymous, affirment avoir piraté. Ces messages électroniques, échangés entre novembre 2010 et décembre 2011, détaillent la stratégie des Nachi.

Jusqu’à 15.000 euros pour des centaines de commentaires

Certains internautes auraient ainsi reçu jusqu’à 15.000 euros pour laisser des centaines de commentaires en ligne sous les articles de presse défavorables au premier ministre. D’autres auraient été payés pour manipuler les compteurs de sites comme Youtube, en allant massivement cliquer sur l’icône « Je n’aime pas » sous les vidéos visant le pouvoir. D’autres messages confirment que les Nachi sont à l’origine de manipulations, comme une vidéo comparant l’opposant Alexeï Navalny à Hitler, ou de campagnes de propagande, comme l’armée féminine de Poutine qui appelait les jeunes femmes russes à déchirer leur t-shirt pour le leader.

Très récemment, lors des importantes manifestations contestant le résultat des élections législatives en décembre dernier, les emails piratés dévoilent la réflexion menée par les Nachi sur les moyens de discréditer la contestation montante. « Si nous ne le faisons pas à temps, ces leaders d’opinion vont continuer à manifester dans les rues », écrit le 11 décembre Nikita Borovikov, chef des jeunesses poutiniennes, qui craint que les choses ne tournent « à l’ukrainienne », en référence à la « révolution orange » de 2004.

Les opposants russes soupçonnent depuis longtemps l’utilisation de tels procédés mais ces emails en sont la première preuve. Contacté par le Guardian, la porte-parole des Nachi, Kristina Potopchik n’a pas voulu confirmer leur authenticité. Mais en refusant « de commenter des actions illégales », elle reconnaît implicitement le piratage subi. Quant à Nikita Borovikov, qui reconnaît également que sa messagerie électronique est « périodiquement piratée », elle s’est contentée de déplorer un procédé « immoral ».

Leur presse (Thomas Vampouille, LeFigaro.fr, 8 février 2012)

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[Mdhilla] Hideux dans leur apothéose / Les rois de la mine et du rail / Ont-ils jamais fait autre chose / Que dévaliser le travail ?

Mdhilla : Au quartier “Sariaa”, “On vit sur de l’or. Mais nous n’en récoltons que la maladie et la pauvreté.”

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Mdhilla, 15’000 habitants, posée quelque part au sud-ouest de la Tunisie, cette cité industrielle du bassin minier héberge deux pôles d’activités : une unité de la Compagnie des Phosphates de Gafsa (ici sur la photo) et une unité régionale du Groupe Chimique Tunisien. Malgré cela, Mdhilla reste une des villes les plus pauvres du pays.

Rencontre improvisée avec des habitants du quartier de « Sariaa » (Rapide). Un quartier qui héberge principalement des familles semi-nomades qui ne restaient jamais longtemps sur place. Aujourd’hui, les habitants ne partent plus vraiment, la pauvreté et la rudesse de leurs conditions de vie les obligent à rester sur place. Tout le quartier est bâti sur le lit d’un oued remblayé au fur et à mesure des nouvelles constructions.

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Mahjouba, 65 ans, femme au foyer.  Du passé de combattant de son mari décédé, elle n’a obtenu de l’Etat tunisien qu’une médaille et une maigre pension : 200 dinars par mois. “Alors que d’autres ont demandé des compensations de leurs années de résistance, mon mari n’a rien voulu demander. Il disait toujours que son engagement était au service du pays et non pour obtenir des privilèges” dit-elle fièrement. Presque aveugle, par faute de moyens pour financer une opération des yeux, sa seule préoccupation reste ses 6 fils, tous au chômage. “On ne demande pas la lune, dit-elle, que l’on trouve du travail pour au moins un d’entre eux.”

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Mohamed, 50 ans, conducteur de tractopelle. Au chômage depuis 2 mois suite à un accident de la route. Il a été renversé par un camion de l’armée, dont les occupants se sont contentés d’appeler le SAMU. Le cauchemar commence ici. Opéré une première fois à l’hôpital de Gafsa, il est resté plus d’un mois avec une barre métallique non fixée dans la jambe, un manque de soin qui a entrainé des douleurs atroces au niveau de sa cheville et a failli lui couter sa jambe. C’est la famille et les voisins qui ont dû se cotiser pour  trouver les 500 dinars nécessaires à une deuxième opération, dans le privé cette fois-ci, pour fixer la barre à son tibia.

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Dans l’incapacité d’exercer son métier, Mohamed se débrouille pour faire vivre sa petite famille. Leur seule source de revenus est le salaire de son fils, fraîchement embauché, pour moins de 200 dinars par mois, au chantier « d’Al Hadhira ». Sa fille est au chômage et fait des petits travaux de couture pour aider sa famille.

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La famille de Mohamed vit dans une modeste maison dans des conditions sanitaires déplorables. “Ici, on a toujours vécu dans la misère la plus totale et pourtant je n’arrive toujours pas à m’habituer à préparer à manger dans cette cuisine qui tombe en ruine“, me confie, au bord des larmes, l’épouse de Mohamed.

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Jazia, a été abandonnée par son mari qui ne supportait plus le fils qu’elle a adopté et qu’elle chérie plus que tout. « Mon ex-mari m’a demandé de choisir entre lui et mon garçon, j’ai choisi mon garçon. » Le regard perçant de Jazia défie les difficultés de la vie et impose le respect. Nullement intimidée par ma caméra, elle a choisi de “poser” sur son lit.

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Jazia vivote avec son fils adoptif, grâce à une ridicule pension alimentaire de 100 dinars par mois. Les explosions dans les mines de phosphates endommagent les maisons et en fissurent les parois. Résultat : l’humidité est partout et les murs sont recouverts de tâches. La maison de Jazia n’est pas épargnée par ce phénomène.

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Romdhana est une femme battante. Elle prend les épreuves de la vie avec un détachement déroutant. Le petit sourire mélancolique qui ne quitte jamais ses lèvres et son visage bienveillant contraste tellement avec les conditions de vie de sa famille. Les bras grands ouverts elle m’accueille en répétant comme une prière “regarde, regarde, regarde comment on vit” comme pour dire “Nul besoin de long discours pour s’indigner”.

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Jarw a 70 ans, dont 35 passés dans les mines de phosphate. Il touche une retraite de misère : à peine plus de 200 dinars. Il est presque sourd. « À cause du bruit des explosifs » affirme son épouse Romdhana. Jarw soufre également de problèmes rénaux très répandus dans la région à cause de la qualité médiocre de l’eau. Il passe ses journées assis sur cette chaise à regarder son épouse s’affairer pour tenir cette maison qui ne compte qu’une seule arrivée d’eau. Romdhana s’occupe de sa fille, Massouda et son petit fils Walid qu’elle héberge depuis le décès de son gendre. Mohamed, le neveu de Romdhana, vit également dans la maison depuis son divorce. Tout ce petit monde vit de la retraite de Jarw.

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La vie professionnelle de Mohamed ? De longues périodes de chômage entrecoupées par des petits boulots. À 60 ans, il se retrouve à vivre chez sa tante Romdhana, après s’être séparé de sa femme qu’il n’avait plus les moyens de faire vivre. La voix tremblante et les yeux hagards, Mohamed m’interpelle : « Est-ce si dur de résoudre nos problèmes et nous permettre une vie décente ? On vit sur de l’or. Mais nous n’en récoltons que la maladie et la pauvreté. Pour nous c’est trop tard, mais que vont faire nos enfants ? »

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Les traces de l’humidité sont visibles dans toutes les maisons du quartier. Des fresques abstraites se dessinent sur tous les murs, matérialisant le danger latent qui guette les habitants des lieux. Les cas d’asthmes, de bronchites chroniques et d’arthroses sont très fréquents et touchent particulièrement les enfants.

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Quand Massouda pense à son avenir et à celui de son fils Walid, elle ne voit rien. Coincée chez sa tante, cette mère de famille s’inquiète pour son enfant dont la santé est déjà fragile. Il souffre d’asthme, comme beaucoup ici. Pour ses difficultés financières, Massouda sait qu’elle ne peut compter que sur elle-même. Son mari est décédé et en tant que mère veuve, il lui sera très difficile de se remarier.

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Hana, la cinquantaine, veuve, élève seule ses 5 enfants. Son mari a été emporté par une maladie professionnelle après 18 ans passés au sein de la Compagnie de Phosphate. « Mon mari est une victime de la Compagnie. Il y est rentré en bonne santé et il en est sorti avec un handicap qui l’a cloué au lit pendant 8 ans. Il est décédé alors que l’aîné de mes enfants avait à peine 10 ans. » Aucun des enfants de Hana n’a terminé ses études, faute de moyen. Aujourd’hui, âgés de 18 à 30 ans, aucun d’entre eux ne travaille.

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Toute la famille de Hana vit avec une pension de 235 dinars. Leur maison n’est pas raccordée à l’eau potable. « Ça fait 12 ans que je prends l’eau de chez les voisins. Heureusement qu’ils sont là. » Des promesses, Hana en a entendu beaucoup de la part du feu RCD local. Tout ce qu’elle a obtenu c’est une aide pour ajouter deux chambres à sa modeste demeure. Elle n’en a vu que le premier versement. Depuis, les deux pièces inachevées servent de débarras et de terrain de jeu pour les enfants du quartier. Hana souffre de problèmes cardiaques et suit un lourd traitement. « J’espère que le nouveau Président réussira à améliorer nos vies » me dit-elle sans trop y croire.

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Au cœur de tous les échanges, les enfants sont la plus grande préoccupation des familles mais en même temps leur seule raison d’espérer. Dans une Tunisie qui se veut nouvelle, quelle chance aura ce petit garçon de 4 ans au visage angélique de briser la spirale de la pauvreté et vivre une vie meilleure que celle de ses parents ?

Malek Khadhraoui, Naawat, 6 février 2012.

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Une Cantine pour cantiner Vendredi 10 février à Marseille

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[ATT dégage !] La guerre sociale, antidote à la haine raciale

Manifestation des femmes des militaires de Sikasso : – La station ORTM Sikasso saccagée et brûlée – Des dégâts importants aux Impôts, à la Mairie et au Tribunal

Après Kati, Kayes, Ségou et Bamako, la Commune urbaine de Sikasso a vécu une folle journée de vendredi. En effet, profitant de la marche des femmes des épouses des militaires au front, des badauds de l’autogare de Sikasso se sont adonnés à des actes de vandalisme sur plusieurs services de l’État, notamment la station ORTM, le Tribunal, la direction régionale des impôts, la mairie. Ces actes ont été commis au moment où le gouverneur de la région, Ibrahima Féfé Koné, recevait l’ensemble des préfets de la région, la classe politique, la société civile et les représentants des radios libres. D’après plusieurs témoignages concordants, après avoir renoncé à leur marche suite à l’intervention du gouverneur, certaines femmes ont été incitées à protester par leurs époux, désignés par le commandement militaire pour aller en renfort auprès de leurs camarades d’armes aux prises avec des bandits armés appuyés par des éléments d’AQMI [id est le MNLA, en novlangue officielle].

Depuis le mercredi 1er février, l’exécutif régional avait initié des actions d’anticipation. C’est ainsi que de commun accord avec le gouverneur de la région, le Commandant de zone a rencontré les femmes des militaires au front et ceux désignés pour y aller en renfort afin que celles-ci sursoient à la marche qu’elles ont programmée. Dans cette même dynamique, le jeudi, le gouverneur a rencontré les leaders religieux, la société civile et les représentants des radios libres sur la question. D’après le gouverneur Ibrahim Féfé Koné que nous avons rencontré en sa résidence, le samedi 4 février, tout était rentré dans l’ordre après que lui et le commandant de zone eurent échangé avec les femmes. « Le vendredi matin alors que je m’entretenais avec les préfets de la région, les partis politiques, la société civile et les responsables des radios sur les dispositions prises par l’État à propos de la situation sécuritaire au nord, j’ai été informé que les femmes des camps sont en train de marcher vers le centre ville. Sachant que leur arrivée pourrait être source d’actes de dérapage, j’ai écourté ma réunion et je suis allé les croiser au niveau de la légion de gendarmerie. J’ai marché avec elles pour retourner au camp. J’ai pu les convaincre en leur demandant de me remettre la copie de leurs doléances ainsi résumées : que les renforts ne partent plus au nord sans armement adéquat. Après avoir convaincu les femmes, je suis retourné au gouvernorat pour continuer la réunion que j’avais commencée » a déclaré le gouverneur.

Quelques minutes après, le chef de l’exécutif régional a été informé que les femmes des gardes sont également sorties et qu’elles se dirigent vers le gouvernorat. Elles étaient accompagnées par leurs enfants et ont été reçues par le gouverneur à qui elles ont remis leurs doléances identiques à celles des femmes du premier groupe. Peu de temps après avoir calmé les épouses et les enfants des gardes, le gouverneur est, une troisième fois, alerté par l’arrivée, cette fois-ci, d’un groupe de badauds venus de vers l’autogare. D’après plusieurs sources crédibles, ces badauds avaient aussi leur doléance : « ATT, dégage ! ». Contre la volonté des forces de l’ordre, le gouverneur est sorti pour les rencontrer et a fini par les convaincre de se retirer. Malheureusement, sur le chemin du retour, puisqu’ils étaient animés par un mauvais dessein, ils se sont attaqués à la mairie (vitres brisées), au Tribunal (locaux caillassés, portail endommagé et pneus brûlés), à la direction régionale des impôts (vitres brisées, tables, ordinateurs et d’autres matériels brûlés, un bureau entièrement consumé et un véhicule 4×4 Mitsubishi brûlé). Les dégâts les plus importants ont été enregistrés à la station ORTM. Quand le gouverneur a été informé que les badauds se dirigent vers l’ORTM, il a demandé de renforcer en gendarmes le dispositif de sécurité qui y était installé. L’enceinte est si vaste que les forces de l’ordre n’ont pratiquement rien pu.

Le samedi 4 février, nous avons rencontré le directeur régional, Damaké, abattu au milieu d’un amas d’objets de valeur calcinés par les assaillants. Selon lui, tous les bureaux ont été éventrés et saccagés (ordinateurs, cameras et d’autres matériels de production brûlés).

« La passion du service public a amené le personnel à se débrouiller à diffuser les journaux de 19h45 et de 20h. On va encore essayer la même chose aujourd’hui samedi, si ça ne marche pas, on laisse tomber le temps de remettre de l’ordre. Heureusement les émetteurs n’ont pas été touchés sinon on ne pourrait pas émettre avant trois à quatre semaines. Nous nous affairons pour que toute rentre dans l’ordre le plus rapidement possible » a souligné le directeur régional de la station ORTM Sikasso.

La tristesse et la désolation sont à leur comble car, non seulement les badauds ont cassé tout ce qui peut l’être, ils ont brûlé même les arbres de la cour et incendié la cour de l’ORTM, notamment la partie où sont installés les antennes paraboliques. « Grâce à l’intervention rapide des sapeurs pompiers, l’incendie a vite été maitrisé » a reconnu Damaké. Conséquence : la capitale du Kénédougou est privée des images de la télévision nationale.

Dans l’ensemble, il faut reconnaître que le gouverneur avait réussi à calmer les femmes des militaires et des gardes, mais plusieurs sources, administratives et militaires, soutiennent que certaines femmes ont été poussées par leurs époux désignés par le commandement pour aller en renfort au nord. Cette information a été confirmée par une manifestante dont nous taisons le nom pour raison de sécurité.

Dans tous les cas, ce qui s’est passé à Sikasso est triste. En s’attaquant à ces édifices ci-dessus cités, les vandales ont porté un coup sévère au développement local car ce qu’ils ont détruit et brûlé a été mis à la disposition des populations grâce au sacrifice de l’ensemble du peuple malien. Comme si cela ne suffisait pas, les badauds avaient promis d’aller s’attaquer à la douane et à l’hôtel du Cinquantenaire le samedi. Ce qui a nécessité la mise en place d’un impressionnant dispositif de sécurité confirmée par le Directeur régional de la douane, Ag Boya. C’est pourquoi, pour les en dissuader, le gouverneur Koné a fait un communiqué radiodiffusé pour dire que « tous ceux qui seront pris dans les actes de vandalisme sur les biens publics et privés répondront de leurs actes ». Il faut ajouter enfin que lors de la folle journée du vendredi 3 février, les badauds ont brûlé des pneus au niveau de tous les carrefours rendant, du coup, la circulation impossible.

Leur presse (Diakaridia  Yossi, L’Indépendant, 6 février 2012)


Au front du Nord : Quand des soldats de la « Grande Muette » deviennent bavards

Les tristes évènements (marches de protestation, violences, saccages, pillages…) que Bamako a subis le jeudi dernier sont en grande partie dus à la non application du commandement de l’Armée. Aussi, beaucoup de soldats seraient morts parce qu’ils étaient en communication téléphonique avec leurs familles [sic !].

L’Armée nationale de tout pays tire sa force de ce silence professionnel qui fait d’elle la « Grande muette ». En effet, toutes les opérations militaires et leurs stratégies doivent se dérouler dans un secret total, surtout sur le champ de bataille. Et toute chose qui se passe sur le champ de bataille doit être couvert d’un grand silence. Malheureusement, c’est ce qui avait fait défaut au commandement de l’Armée dans le cadre de la crise du Nord. En effet, sur le champ de bataille, le commandement de notre Armée a donné des directives aux soldats par… téléphone portable. Ce qui a permis à ces soldats de communiquer avec leurs familles respectives. Pire, ces éléments de l’armée communiqueraient avec leurs parents même étant sous le feu de l’ennemi ! Certains d’entre eux auraient divulgué n’importe quoi sur la crise du Nord. Quoi qu’il en soit, la valeur d’une Armée forte et professionnelle résulte de sa qualité de « Grande muette ».

« Je communiquais avec mon fils au téléphone. Tout d’un coup j’ai entendu des coups de balle. Après, mon fils n’a plus prononcé un mot… Vous comprenez la suite : il a été atteint de balles », nous confie une mère qui a perdu son fils sur le champ de bataille. Tout comme cette pauvre femme, plusieurs mères ont ainsi appris la mort de leur enfant, c’est-à-dire de la même manière : par téléphone. Nombreux sont également des soldats qui appelaient leurs familles (toujours par téléphone) pour se plaindre qu’ils n’ont ni nourriture, ni d’équipement de guerre sur le champ de bataille. C’est d’ailleurs cette intoxication [sic !] qui a provoqué, le jeudi dernier dans la capitale, cette révolte des épouses et mères des militaires au front et qui avait failli se transformer en une autre guerre plus fatale que celle du Nord. Heureusement que les Maliens tiennent au sens patriotique et à cette dignité traditionnelle qui fait le Mali.

Mais l’on se posera toujours cette question : le fait, pour un soldat, de posséder un téléphone et de communiquer avec ses parents pendant qu’il est en pleine guerre est-il un comportement légal selon les lois de l’Armée ? Dans tous les cas, il est urgent que le commandement militaire trouve une solution adéquate à cette pratique, même si, pour ce faire, il y a lieu  de retirer les téléphones des soldats tant qu’ils sont au front et cela pour éviter de semer d’autres éventuels troubles au sein des populations civiles ou chez les parents
des militaires.

Leur presse (Oumar Diakité, Le Combat, 7 février 2012)

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[Vive l’Azawad libre !] La dictature militaire malienne cherche à « noyer le poisson » en terrorisant les populations civiles

Violation des Droits de l’Homme et répression contre les Azawadiens

Le 31 janvier ainsi que le 1er, le 5 et le 6 février 2012, le Gouvernement malien a réédité les forfaitures des années 63, 91, 92, 93, 94, 95 et 96 en organisant indifféremment des pogroms sur les populations  de l’Azawad.

Auparavant, la Sécurité d’État, police politique du régime malien, avait recensé les domiciles et commerces appartenant aux Azawadiens.

Dans ce cadre, deux femmes appartenant à l’association des Femmes de l’Azawad, Aminetou  Wallet Bibi et Assi Walet ont été arrêtées dans la journée d’hier et ont passé la nuit en prison. Elles sont toujours détenues.

Suite à une marche organisée à Kidal aujourd’hui pour obtenir  leur libération, les manifestants ont été malmenés avec des bombes lacrymogènes et des tirs réels qui ont fait deux blessés, deux jeunes de 17 et 18 ans. Beaucoup de manifestants ont été arrêtés, 20 (femmes, enfants etc.), tous conduits au Camp 2 de Kidal.

Parmi les manifestants arrêtés , il y a Bab-Ahmed Ag Bozan, Mossa Ag Hamed-Ahmed etc.

Aminetou Walet Bibi et Assi sont responsables de l’association des Femmes de l’Azawad qui œuvre pour la lutte des droits des femmes de l’Azawad.

Un autre homme, de couleur noire, a été grièvement blessé hier soir. Il a perdu ses deux jambes.

La presse locale, toujours aux ordres des autorités, à la manière de la « Radio des Mille Collines », avait abondamment excité les esprits pour susciter une vague de haine raciale à l’endroit des « peaux-rouges » sous la houlette des agents spéciaux.

Nous lançons un appel très urgent aux organisations des droits de l’homme, Amnesty International, Human Rights Watch, la FIDH, le CICR, l’Association Européenne pour la Défense des Droits de l’Homme, le HCR, Agir Ensemble pour les Droits de l’Homme, Trial Watch pour venir en aide le plus rapidement possible aux populations.

Nous lançons également un appel pressant au monde entier pour que le Mali soit mis au ban de la communauté internationale pour crimes contre l’humanité.

Pour le MNLA,
Moussa Ag Acharatoumane et Ishaq Ag Al Housseyni

Communiqué du MNLA, 6 février 2012.


Intervention de Mossa Ag Attaher au rassemblement du 4 février 2012 à Paris
Rassemblement organisé par Tamazgha devant l’assemblée nationale

Nous mettons en ligne l’intervention de Mossa Ag Attaher, Chargé de communication du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), au rassemblement du 4 février 2012 à Paris organisé par Tamazgha devant l’assemblée nationale, en guise de solidarité avec le mouvement de libération de l’Azawad.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1328637089.jpgChers frères, chères sœurs, chers amis,

Merci d’être venus apporter votre soutien à l’Azawad qui se bat avec courage et détermination pour accéder enfin à sa liberté et à sa dignité.

Le combat que mène actuellement le MNLA dans l’Azawad est un combat noble et légitime. Il est noble parce qu’il aspire à mettre en place une société emprunte de liberté, de justice et d’égalité entre les différentes composantes de l’Azawad. Il est légitime parce qu’il est l’émanation de l’ensemble des peuples qui vivent sur ce territoire façonné par des siècles de cultures et de civilisations autochtones ayant vécus auparavant en parfaite harmonie.

Aujourd’hui, l’Azawad, dans toutes ses composantes, lutte pour se libérer de la politique criminelle de l’État malien qui nie nos existences, ruine notre territoire et affame nos peuples. Il est vrai que nous traversons actuellement une période très difficile mais c’est aussi une période cruciale pour notre avenir, parce qu’il n’y a pas de droit plus légitime que celui de vivre dignement et librement sur sa propre terre et qu’il n’y a pas pire que d’être l’étranger de son propre pays.

Les peuples et les communautés humaines aspirent naturellement, et depuis toujours, à la justice, à la liberté et à la dignité. Ce sont des aspirations universelles, partagées par l’ensemble des peuples de la terre. Les principes fondamentaux que sont la liberté, la justice et la dignité doivent s’appliquer à tous les peuples, en tout lieu et en tout temps, sans distinction de race, de religion de langue ou de culture. Ce sont des valeurs sacrées applicables à tous les êtres humains. Il n’y a pas de raison que les peuples de l’Azawad en soient privées.

Le mouvement de l’Azawad est d’abord et avant tout un ensemble de valeurs humaines universelles que nous portons en nous depuis des millénaires. Nous estimons que la violation des droits humains est une grave violation que nous ne pouvons pas accepter.

Notre mouvement œuvre dans le sens de la confirmation du droit des êtres humains à disposer librement d’eux-mêmes, à vivre dans la dignité et à jouir de tous leurs droits naturels.

Le droit à l’autodétermination est le droit le plus important qui soit issu des luttes des peuples au cours de l’histoire de l’humanité. C’est au nom de la charte universelle des droits de l’homme, du principe de la criminalisation du colonialisme et de l’occupation illégale des territoires d’autrui ; au nom de tous les pactes similaires tels que le droit des peuples à choisir le système de gouvernance qui leur convient, le droit des peuples à disposer de leurs terres et de leurs richesses, c’est au nom de tous ces droits consacrés par le droit international, que le mouvement de l’Azawad, dans ses diverses composantes, résiste à ceux qui tentent de le jeter hors de la roue de l’histoire par tous les moyens possibles.

C’est pour cela qu’aujourd’hui, nous appelons les organismes internationaux, les démocrates du monde entier ainsi que les États de la région à assumer leurs responsabilités pour qu’il soit mis fin au massacre perpétré par le régime malien contre les peuples de l’Azawad et pour soutenir les revendications légitimes des Azawadiens.

Depuis l’indépendance du Mali, la tyrannie et l’arrogance absolue constituent le seul quotidien des peuples de l’Azawad. La création des États postcoloniaux tel que le Mali ne représente pour nous qu’une succession de grands malheurs vécus dans une indifférence générale indigne de la race humaine.

Bien que le mouvement de libération de l’Azawad soit l’un des plus anciens mouvements de lutte des peuples pour l’acquisition de leurs droits légitimes, il continue de souffrir de l’abandon et de l’indifférence de la communauté internationale au point où les peuples de l’Azawad se demandent s’ils sont concernés par les droits de l’homme au même titre que les autres peuples ? Pourquoi le monde entier ignore les génocides auxquels ils sont exposés depuis tant d’années ? L’Azawad subit depuis la création de l’État du Mali une succession de génocides, de révoltes, de pseudos accords jamais respectés, de pseudos apaisements, de déplacements de populations, d’assimilations forcées et d’humiliations sans que personne ne réagisse. Pourtant nous sommes aussi constitués d’hommes et de femmes, tout comme les autres peuples qui ont subi des situations similaires telles que l’Érythrée, le Kosovo, le Timor oriental et le Sud Soudan au Darfour.

La détresse du peuple de l’Azawad depuis l’avènement de l’État-nation

Les Peuples de l’Azawad furent, avant d’entrer dans le colonialisme français en Afrique, une communauté vivant sous un système de fédérations fondés sur l’étendue de leurs terres. Ils contrôlaient l’ensemble du territoire selon une conduite démocratique rare en Afrique et caractérisée par la séparation entre ces autorités, conformément aux principes reconnus aujourd’hui dans tous les systèmes modernes.

Il y avait trois sultanats sur la terre d’Azawad, maintenant connu sous le nom du nord du Mali. Ces sultanats étaient coordonnés dans la gestion de tout le pays dans un système politique et social commun dans le respect de la diversité des peuples le composant. Le secteur scientifique y était également développé notamment dans la ville de Tinbouctou. Celle-ci était connue par sa prospérité de son industrie traditionnelle ainsi son autosuffisance économique.

Les peuples de l’Azawad avaient vécus de façon générale, en paix avec leurs voisins. Ils étaient liés entre eux par leurs relations de bon voisinage, le commerce et les échanges culturels. Une fois la colonisation française arrivée, les Azawadiens avaient continuellement menés, de 1894 à 1954, des batailles de résistance contre l’occupation française pour défendre leurs terres et leur héritage social, culturel, et politique, construit sur des milliers d’années.

Puis le retrait français de l’Afrique commença et les peuples de l’Azawad ont pris conscience de l’importance et de la gravité de toute décision dans ces moments historiques. Alors, les peuples de l’Azawad ont présenté une lettre signée par près de quatre cents figures emblématiques représentant l’ensemble des composantes de l’Azawad. La lettre adressée au gouvernement français demandait la restitution de l’indépendance du territoire de l’Azawad sans le réaffecter à un autre territoire. Les peuples de l’Azawad avaient obtenu la promesse de leur indépendance. Mais, la promesse ne fut pas tenue en raison de certaines interventions régionales et internationales et l’Azawad a fini par être lié à un corps étranger qui ne lui garantissait en rien un quelconque développement économique, social, culturel ou technologique, ni même le minimum de respect dû à la dignité humaine.

La réalité du Mali commença alors à se manifester, c’était un État venu pour prendre et non pour donner ou partager tout au moins. Les premiers projets dans l’Azawad étaient d’imposer le communisme et la pensée socialiste avec le gouvernement du dictateur Modibo Keita. Cette politique était fondée sur la dépossession des Azawadiens de leurs terres et de leurs animaux pour devenir des biens de l’État. Cette politique était également fondée sur la politique des mariages forcés visant à éliminer la diversité ethnique au sein des peuples de l’Azawad. Clairement, ce qui était exigé de l’Azawad était sa disparition en tant qu’entité ayant ses propres particularités. Ce n’était pas l’unité des peuples et la création d’un État démocratique dans lequel tous participent et bénéficient de la diversité culturelle et ethnique.

Le premier des soulèvements Azawadiens contre la dictature et le racisme était en 1963. Mais le Mali avait utilisé des méthodes odieuses pour éradiquer le combat des Azawadiens pour la liberté en passant par l’assassinat des personnes âgées, les gardiens de la mémoire, la mise à feu des camps, l’extermination des animaux et l’empoisonnement des puits. Ces pratiques reflétaient bien la politique réelle de l’État du Mali dont l’objectif réel n’était pas d’éliminer les éléments de le révolte seulement, mais il s’agissait bien d’un nettoyage ethnique visant à éradiquer l’ensemble de la communauté, accompagnée en cela de la famine et de la politique de la terre brûlée. La résistance fut alors avortée avec une brutalité inouïe, grâce à l’aide de Ben Bella en Algérie et du roi Hassan II du Maroc, qui ont remis les dirigeants politiques de la révolution azawadienne au gouvernement malien, provoquant auprès des peuples de l’Azawad un choc énorme. C’est ainsi que se termina le soulèvement de 1964.

La situation continua ainsi avec son lot d’assassinats et de déplacements, de famine, et d’humiliation. Les tentatives d’éliminer les cultures autochtones et d’éradiquer le sentiment national azawadien s’est poursuivi jusqu’à ce que les peuples de l’Azawad en arrivent à décider d’entamer sa deuxième Révolution en 1990. Cette seconde révolution s’est caractérisée par des massacres encore pires que ceux de Modibo Keita. Les événements de la seconde révolution vont aboutir au 1er Accord en Algérie qui prévoyait un statut particulier pour les zones de l’Azawad. Mais le Mali a vite trouvé un moyen facile de ne pas respecter les dispositions du traité en organisant un coup d’État contre le système de Moussa Traoré. Le rôle d’Amadou Toumani Touré, en tant qu’homme politique du Mali, a commencé par la formation, en 1993-1994, d’une milice dirigée contre l’Azawad et qui visait à remettre en question leur droit d’exister en Afrique en général et à accélérer le mouvement de la migration des populations. Ces milices avaient déjà commis des massacres contre des civils, tuant plus de 700 civils chez les femmes et les enfants et les personnes âgées. Tout cela s’est passé sous les yeux de la communauté régionale et internationale.

La situation dramatique des peuples de l’Azawad persista jusqu’au soulèvement de 2006 qui s’est terminée avec le 3e Accord entre le peuple d’Azawad et le gouvernement malien, toujours sous les auspices de l’Algérie, et comme ses prédécesseurs, il était sensé garantir les conditions de respecter la vie privée des autres aires culturelles et politiques de l’Azawad, d’accélérer les projets de développement, de réduire le nombre de troupes militaires dans des zones peuplées et d’arriver à la formation d’unités militaires constituées essentiellement d’habitants de l’Azawad afin de prendre en charge la sécurité de la région. Mais, encore une fois, c’était exactement le contraire qui s’est réalisé depuis la signature de l’Accord. Le Mali se précipita à commettre d’autres crimes avec le meurtre d’un membre du précèdent soulèvement Barka Cheikh et de son compagnon, Mohamed Ag Mossa. Les peuples de l’Azawad n’ont vu aucun suspect traduit en justice. Bien au contraire, le Président a signé la décision de l’exercice parlementaire de 1996 en graciant tous les responsables des événements liés à l’Azawad. Les peuples de l’Azawad ont été alors considérés comme étant tous des criminels méritant ce qui leur était arrivé. Mais tout cela était une question de stratégie de la domination des minorités ethniques orientée et délibérée, exploitant la définition de l’État comme étant le seul à avoir le droit légitime de monopoliser l’usage de la force.

Les résultats de l’annexion de l’Azawad au Mali

1. L’entretien du désespoir dans la communauté de l’Azawad en tentant de court-circuiter tout espoir d’avoir un rôle dans la gestion de sa vie politique, sociale, culturelle et économique ; opérant à travers le blocage de toutes les tentatives révolutionnaires dans le but de réaliser quelque chose de leurs aspirations, en éliminant le sentiment de la nécessité de préserver les spécificités culturelles et sociales de l’Azawad. Quant à la protection du reste de l’humanisme de l’Azawad, elle a été contrecarrée en se servant des méthodes de la malice et de la ruse, comme le fait de créer le chaos dans la société en montant une partie de sa population contre l’autre pour couper la route à toute action collective utile. Tout cela était bien entendu accompagné du refus systématique du gouvernement malien d’appliquer les Accords signés.

2. Les pressions régionales sur les peuples de l’Azawad au cours de chaque soulèvement contre son amère réalité et les contraindre à des accords qui ne contiennent guère que des aspirations minimales de sa Nation. De surcroît, le gouvernement malien n’hésite pas, devant les médiateurs et la communauté internationale, à trahir les termes de ces accords. Des promesses sont lancées aux peuples de l’Azawad ; mais, au Mali, les expériences des accords de 1991, 1992, 1996, 2006 et 2008 ont démontré que le gouvernement n’a jamais eu aucune intention d’appliquer quoi que soit.

3. La transformation de la région de l’Azawad de façon volontaire, en une région livrée à toutes les activités interdites dans le monde en l’occurrence, la soi-disant cellule d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Cette raison providentielle a permis à l’État malien de poursuivre ses activités telles que les enlèvements, les massacres et la politique de marginalisation. Le gouvernement malien prétexte ainsi la présence du terrorisme pour justifier ses crimes contre l’humanité commis contre les peuples de l’Azawad. L’existence de cette organisation terroriste donne une couverture suffisante à l’État malien pour continuer son blocus sur les zones densément peuplées de nos populations en vue de poursuivre les politiques de mise à mort lente mais certaine et dirigée au plus haut niveau du gouvernement malien.

Pour toutes ses raisons, notre mouvement a décidé de combattre cet État criminel et pervers dans ses modes d’actions. Et effectivement, jugez-en par vous-mêmes, suite aux combats qui ont opposés nos armées, ils ont attaqué nos familles, brûlé nos maisons, saccagé nos biens et terrorisé nos femmes et nos enfants. Pour se venger de la déroute de l’armée malienne dans notre territoire, le Mali n’a rien trouvé de mieux à faire que de se venger sur les familles Tamasheq vivant à Kati et Bamako. Des centaines de familles de Tamasheq quittent précipitamment leurs maisons et se dirigent actuellement vers les frontières du Sénégal, de la Mauritanie, du Burkina Faso, et du Niger pour échapper aux exactions commises contre eux. Nous rappelons à l’opinion internationale que, contrairement à l’armée malienne, nos troupes ne s’attaquent qu’aux institutions militaires et jamais à des civils.

L’armée malienne doit savoir qu’elle ne pourra jamais nous déposséder de notre détermination à mener jusqu’au bout notre combat pour la liberté. À travers leurs actes irresponsables, ils ne font qu’aiguiser davantage notre croyance aux idéaux qui nous animent. L’exil de nos sœurs, de nos aînés, de nos mères à travers les pays doit prendre fin ! Nous avons un territoire et il nous appartient depuis la nuit des temps.

Toutefois, nous tenons à rappeler à l’opinion régionale et internationale que cette situation de guerre nous a été imposée par le Mali qui n’a respecté aucun de ses engagements et qui persiste à refuser tout dialogue sur le principe du respect du droit à l’autodétermination du peuple de l’Azawad. Nous restons ouverts à tout dialogue mais uniquement dans le cadre du respect du principe du droit à l’autodétermination. Le MNLA met en garde, toute partie qui se dressera contre la volonté du peuple de l’Azawad pour son droit à l’autodétermination. À cet effet, nous rejetons les tractations actuelles et nous nous désolidarisons des accords actuellement en cours à Alger.

Notre combat est juste et légitime, l’Azawad retrouvera sa liberté. Rien ni personne ne nous détournera de notre objectif. Le MNLA est plus que jamais déterminé à continuer les opérations militaires jusqu’à la reconnaissance officielle par le Mali du droit à l’autodétermination du peuple de l’Azawad.

Nous demandons simplement aux divers organismes internationaux, au Comité International de la Croix Rouge, à la Fédération internationale des croix rouges et croissants rouges, au Haut-Commissariat des Nations Unies aux Réfugiés, à toutes les organisations humanitaires gouvernementales ou non gouvernementales, de répondre à l’appel des populations de l’Azawad qui souffrent de cette situation de guerre imposée par le Mali dans le but de nous faire renoncer à nous-mêmes pour nous faire fondre dans un système qui méprise et martyrise notre existence.

Tanemmirt-nwen

Je vous remercie pour votre solidarité et votre soutien.

Mossa Ag Attaher
Chargé de communication du MNLA

Publié sur tamazgha.fr, 4 février 2012.

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[Égypte] Répression, discrimination et mobilisation

Le SCFA qui gouverne l’Égypte depuis plus d’un an intensifie de jour en jour la répression contre les manifestants pacifistes qu’on tue froidement. Le bilan des affrontements de ces derniers jours s’est élevé à 16 morts et des centaines de blessés, par balles, par bombes lacrymogènes, par coup de couteaux.

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Les porcs travaillent devant le ministère de l'Intérieur, lundi 6 février

Une activiste, membre du groupe Mossirin (déterminés), qui filme les événements de la révolution depuis son déclenchement pour en constituer une archive ; dont certains épisodes ont été projetés dans le cadre de cinéma El Tahrir à Paris, a été blessé par balles avant hier lors d’un tournage des affrontements entre les manifestants et les forces de l’ordre.

Salma Said, fille de deux militants de gauche, Mona Mina médecin, et Said Abou Taleb ingénieur, a été interviewée hier à partir de son lit d’hôpital par Rim Maged, animatrice de l’émission Baladna bel masri de la chaîne OnTV. Au cours de cet entretien, la jeune activiste a raconté qu’elle était en train de filmer lorsque des hommes cagoulés montés sur une voiture blindée de l’armée qui circulait sur la place Bab El Louk, où se déroulaient les affrontements, ont ouvert le feu sur elle, atteinte au dessous de son œil, elle est tombée, ils ont continué à la viser par leurs balles, et ont poursuivi leurs tirs même quand elle était portée par les manifestants qui l’ont secourue. Slama a 117 cartouches dans son corps, elle accuse le ministre de l’intérieur ainsi que le maréchal Tantawi et a déjà engagé une procédure judiciaire.

Ce que raconte Salma, atteste à l’évidence de la préméditation de ces massacres qui sont des crimes contre l’humanité et qui ne diffèrent en rien de ce que commet Assad contre son peuple, toutes proportions gardées, mais le principe est le même ; on tue des manifestants pacifistes à sang froid. Mais la différence entre l’Égypte et la Syrie est que Moubarak n’est plus là, et il y a un parlement élu. Seulement ce parlement s’est immédiatement rangé du côté des assassins au cours de la séance d’hier quand son président, applaudi par la majorité a nié l’usage de balles réelles contre les manifestants que lui a confirmé le ministre de l’intérieur. Or, les rapports des médecins du ministère de la santé, ainsi que le témoignage d’un député de la minorité, membre de la commission d’enquête sur les récents événements démentent indéniablement ces allégations. Un député de cette majorité a même appelé à ouvrir le feu sur les manifestants s’ils s’approchaient trop du ministère de l’intérieur. Une revendication similaire a été émise par un ex-député du parlement démantelé de l’ancien régime. Une majorité a remplacé une autre, mais ce sont les mêmes gens, la même mentalité, les mêmes pratiques, les mêmes ordures.

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Dimanche 5 février

Par ailleurs, les salafistes ont dressé avec les agents de la sécurité de l’État et des membres de la confrérie, un tribunal qui prononça un jugement contre 8 familles chrétiennes les condamnant à émigrer de leur quartier et à mettre leurs biens en vente. Ceci s’est passé à Amryah, une ville nouvelle dans les environs d’Alexandrie, qui connut récemment des troubles confessionnels. Ils furent déclenchés par un fait divers, une relation illégale entre un homme et une femme de confessions différentes, dont la révélation a poussé les musulmans de la ville à saccager les maisons et les commerces du chrétien accusé de cet adultère et ceux de sa famille et proches. Les expulsions arbitraires des chrétiens de leurs villages, quartiers ou villes, par les salafistes qui ont lieu sous l’œil bienveillant des autorités et de la police, est devenue une pratique courante au cours de ces 30 dernières années, et restent complètement impunis.

L’appel à la grève générale le samedi 11 février lancé par 114 partis organisations syndicales, estudiantines et des coalitions des jeunes révolutionnaires a été qualifié par la majorité parlementaire comme une inititaive déstabilisatrice de l’État et de sa sécurité.

La révolution continue.

Galila El Kadi – 7 février 2012.

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[PCC dégage !] Images des victimes de la répression le 23 janvier dernier à Dranggo (Sichuan)

Tibet : des images de la répression

Le 23 janvier, les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur des manifestants tibétains. Le Nouvel Observateur publie un texte et des photos, envoyés par des Tibétains du Tibet.

Le 23 janvier, le 1er jour du Nouvel an chinois, à Dranggo, dans le Kham, à l’est du Tibet (aujourd’hui dans le district de Luhuo de la Préfecture autonome tibétaine de Ganzi au Sichuan) plusieurs centaines de Tibétains, plus probablement un millier, se sont réunis pour protester contre l’arrestation de Tibétains qui avaient collé des affiches. Ils ont crié des slogans, lancé les « chevaux de vent » [drapeaux de prières tibétains, NDLR]. Les soldats et la police ont ouvert le feu afin d’arrêter cette protestation. Il y aurait eu 6 Tibétains tués et plus de 30 blessés.

La première photo est celle de Yonten. Âgé de 49 ans, il est mort des suites de ses blessures.

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Les autres photos sont celles de Tibétains qui ont été blessés [ci-dessous], leurs noms n’ont pas été donnés. Trois Tibétains de Luhuo ont fait sortir ces photos. Ils ont été arrêtés dans la nuit du 24 janvier par les organes de la sécurité publique (police, PSB) de la ville de Chengdu. Depuis, on ignore ce qu’ils sont devenus. Une petite partie des photos seulement a pu être envoyée à l’extérieur : elles constituent un ensemble de 11 photos. Le Nouvel Observateur en publie six d’entre elles.

Ces photos et ce texte ont été envoyés au Nouvel Observateur par des Tibétains du Tibet. Ces images et ce témoignage écrit nous sont parvenus alors qu’un Tibétain est mort et deux autres ont été blessés après s’être immolés par le feu vendredi dernier dans la province chinoise du Sichuan (sud-ouest), selon un groupe de Tibétains en exil et une radio basée aux États-Unis. Au moins 16 Tibétains s’étaient immolés par le feu l’an passé pour protester contre la répression chinoise au Tibet.

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Leur presse (tempsreel.nouvelobs.com, 6 février 2012)

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Le Caire : Le massacre continue !

Un manifestant a été tué lundi 6 février au cours de la cinquième journée consécutive d’affrontements entre policiers et manifestants au Caire, en Égypte, où des militants ont appelé à la désobéissance civile.

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La mort du manifestant à l’aube, rapportée par le ministère de la santé, porte à 13 le nombre de morts depuis le début jeudi des violences (…)

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Leur presse (LeMonde.fr, 6 février 2012)


Le Caire : Le massacre continue !

Nouvelle offensive de la police aujourd’hui au Caire. Profitant d’une accalmie dans les affrontements, et du moindre nombre de manifestant-es, en journée, celle-ci en a profité pour nettoyer les rues menant au Ministère de l’Intérieur, à coup de bulldozers et camions-bennes s’il vous plait !, et ériger de nouveaux murs dans toutes les rues adjacentes. Le Ministère est désormais entouré par un mur, gardé par des chars, des camions blindés et des escadrons de force anti-émeutes. Ce redéploiement a également entraîné un changement de configuration, puisqu’en début de soirée, ce n’était plus la rue Mansour, désormais murée au milieu, mais la rue Mohammed Mahmoud, sa perpendiculaire débouchant directement sur la place Tahrir, où se concentraient les affrontements.

Enfin, pas longtemps, puisque la police n’a pas hesité à charger, en lançant à plusieurs reprises dans la soirée ses véhicules blindés, avec des personnes sur les toits tirant à balles réelles, sur la foule. Mouvements de panique donc, devant ces véhicules qui font des allers-retours place Falaky, une plus fréquentées du centre-ville, en tirant dans toutes les directions et en fonçant à toute allure !!

Dans la même journée, pour accréditer la théorie du « complot extérieur visant à déstabiliser le pays » ressortie à chaque mouvement de protestation, le Conseil Suprême des Forces Armées a annoncé que 44 personnes allaient passer en procès, à la suite de la vague de perquisitions dans des ONG fin décembre, pour « installation et financements illégaux d’ONG sur le territoire égyptien »…

D’un autre côté, pour essayer de donner un peu des gages aux manifestant-es, le tant décrié Ministre de l’Intérieur Mohammad Ibrahim a annoncé que l’hôpital de la prison de Torah se préparait à (éventuellement) accueillir Moubarak, jusqu’à présent détenu dans un hôpital militaire. Ce transfert pourrait se faire dans les deux mois, « s’il est ordonné par le tribunal ou le procureur général ».

Mais bon, c’est certainement pas ça qui va faire passer la pression, d’autant que la répression aujourd’hui a frappé particulièrement fort : des médecins des hôpitaux de campagne raflé-es et détenu-es plusieurs heures, dont l’un au moins est mort dans la soirée, de nombreuses personnes blessées, traumatisées, sûrement plusieurs morts. La télévison officielle annonçait d’ores et déjà à 23h que 56 personnes avaient été présentées devant le procureur, ce qui en implique certainement beaucoup plus tabassées, disparues, ou emprisonnées sans passer par cette case…

Ce soir, des flics en civil semblaient également quadriller tout le secteur de Abdeen, quartier proche des lieux des affrontements, en arrêtant toute personne qui ressemblait à un-e manifestant-e…

Il est difficile de prévoir comment les choses vont évoluer. Ni l’armée ni les Frères musulmans ne semblent vouloir reculer, et si le nombre de manifestant-es s’affaiblit, cela ne veut pas dire que les gen-tes sont pour autant satisfait-es. L’appel à la grève générale du 11 février commence à circuler largement, l’occupation de la place Tahrir continue, de même que les manifestations dans d’autres villes, mais on a l’impression que la stratégie utilisée il y a un an contre Moubarak pourrait bien ne pas prendre cette fois-ci.

Souhaitons que les Égyptien-nes arrivent malgré tout à se débarasser du régime qui continue, un an après le déclenchement de la Révolution, à les opprimer !

Indymedia Paris, 5 février 2012.


Place Tahrir, la galerie de la révolution

C’est l’histoire d’un obélisque bancal. Mercredi 25 janvier, avant le drame de Port-Saïd, les médias du monde entier braqués sur la place Tahrir, qui célébrait avec frénésie l’anniversaire de la révolution égyptienne, ont assisté à l’arrivée d’un monument inattendu. Un « rayon de soleil figé » en bois de 40 mètres de haut, sur lequel étaient peints, dans des cartouches à l’antique, les noms du millier de martyrs tombés sous les coups de la police et de l’armée depuis un an. Un cadeau-surprise réalisé et offert par Les Jeunes de Maspéro, un groupe d’activistes formé à l’origine pour défendre les droits des chrétiens d’Égypte et devenu, depuis quelques mois, l’un des chefs de file de l’opposition aux militaires.

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Léger et rapide, porté à bout de bras par les manifestants, l’obélisque s’est frayé un chemin facile sous les applaudissements de la foule enthousiaste. Les caméras zoomaient, les journalistes se rengorgeaient : la place Tahrir aurait son monument aux morts. La référence pharaonique faisait l’unanimité, même auprès des islamistes. Sobre, consensuel, suggestif, l’obélisque reste une valeur sûre dans les moments polémiques.

C’est alors que l’échelle est arrivée. Mais elle était trop courte, ou l’obélisque trop haut. Malgré les efforts désespérés des révolutionnaires, il a fallu remporter le monument, qui tanguait dangereusement. Avec pudeur, les caméras de télévision ont détourné leurs objectifs sans insister, la nuit est tombée sur la place, les révolutionnaires ont parlé d’autre chose et l’obélisque a disparu.

« Bon débarras ! C’est d’un kitsch ! », se réjouissaient déjà les commentateurs acerbes de l’art révolutionnaire, agacés par la naïveté des cartouches à l’antique. Mais déjà une chandelle lumineuse de dimensions plus modestes sur laquelle les noms des martyrs étaient écrits en caractères hiéroglyphiques brillait de tous ses feux au milieu de la place.

N’en déplaise aux esthètes agacés par les assauts désordonnés de créativité révolutionnaire, la place Tahrir est devenue l’épicentre d’une Égypte en pleine révolution culturelle, où artistes et activistes rivalisent de créativité afin de renouveler en profondeur les pratiques politiques.

Les manifestations, dont la préparation implique de nombreux artistes, sont en passe de devenir un véritable art de rue. Elles obéissent à des codes et à des traditions établies, au rang desquels de célèbres « crieurs », portés sur les épaules de leurs camarades, testent leurs dernières rimes devant un public impitoyable qui fait et défait les réputations. Après être allé contempler une installation lumineuse qui projette le mot « Révolution » sur les fenêtres du ministère des affaires étrangères, on pourra ainsi reprendre en cœur « Tantawi ! Pourquoi ? Pourquoi ?/ Tu parles arabe ou quoi ? ! », ou encore, avec le Front égyptien de la créativité, qui est de toutes les manifestations : « Créativité, liberté, justice sociale ! »

Les artistes contribuent à transformer les alentours de la place Tahrir en musée révolutionnaire à ciel ouvert, où de nombreuses mises en scène s’apparentent à de véritables installations artistico-politiques. Prenez par exemple le mur érigé par l’armée dans la rue Mohammed-Mahmoud, où des affrontements entre forces de l’ordre et révolutionnaires ont fait plus de quarante morts au mois de novembre 2011. Entre les énormes blocs de béton recouverts de graffitis plus drôles et spirituels les uns que les autres, la jeunesse du Caire vient désormais se faire prendre en photo devant une petite souricière dans laquelle on peut se glisser, et sur laquelle des esprits malins ont apposé une flèche indiquant le passage. Au-dessus, on peut lire « La Brèche », du nom d’une célèbre faille réalisée par l’armée israélienne dans les rangs de l’armée égyptienne au cours de la guerre du Kippour.

Quelle forme donner au discours révolutionnaire dans un environnement médiatique saturé de propagande audiovisuelle et où près de la moitié de la population est analphabète ? Comment canaliser et organiser de manière démocratique l’énergie révolutionnaire qui déborde de la Toile et des réseaux sociaux, mais qui est quasiment absente des bancs du nouveau Parlement ?

Les nouvelles technologies jouent un rôle incontournable dans l’invention de nouveaux modes de communication et d’action politique. Les créateurs de la campagne « Kaziboun » (« Menteurs »), montée par des activistes pour dénoncer les crimes commis par l’armée, ont imaginé une série de projections en plein air de vidéos prouvant les crimes des militaires. Sur de modestes coins de murs lépreux, dans les quartiers chics ou défavorisés, ils arrivent par surprise avec un projecteur, installent à la va-vite une toile de fortune et attirent les foules les plus bigarrées avec lesquelles s’engagent des dialogues brûlants, au cours desquels les certitudes vacillent. Puis ils remballent vite leur matériel avant que la police n’arrive.

Autour de la place Tahrir se tiennent régulièrement des « tweets clubs ». Des activistes s’y réunissent, parfois en pleine rue, autour d’une toile. Assis par terre, leur téléphone ou leur ordinateur portable sur les genoux, ils envoient de courts messages, projetés sur un écran géant, à quelques intervenants assis sur des sièges. Se noue alors un dialogue complexe dont le but est de permettre à chacun de s’exprimer et à tous de répondre dans un temps limité. Pour applaudir, on agite haut la main en silence.

Leur presse (Claire Talon, LeMonde.fr, 4 février 2012)

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Témoignages du 4 février depuis la prison pour étrangers de Vincennes

Vincennes – Centre 2

« Moi je suis dans le centre de rétention, depuis le 14 janvier je suis là, j’suis inexpulsable et ils veulent rien faire le consul m’a pas donné de laisser-passer, j’suis en France depuis 74. J’me suis fait arrêter suite à un contrôle en moto, j’avais le permis et j’ai ma carte jusqu’à 2013, c’est le préfet qui veut m’expulser.

C’est la merde, c’est dégueulasse, tout est dégueulasse, les toilettes, il fait froid, y’a des outrages, y’a des détenus qui s’font taper. Ici ils tapent les gens et après ils nous disent de porter plainte à la Cimade, et ça sert à rien, après les RG ils viennent ici mais ils font rien. Nous quand on tape un policier tout de suite on est mis en garde à vue et ils nous font la misère. Tout le monde porte plainte. Les RG ils viennent, ils prennent la plainte et ils repartent. Ils s’en battent les couilles. Y’a des mecs qui se coupent à mort, c’est un truc de fou, j’ai jamais vu ça, tu vois l’Aïd ? C’est comme ça ici. C’est un truc de fou, j’ai jamais vu ça de ma vie. Ils te font de la filouterie, ça veut dire que quand ils veulent ramener quelqu’un au bled, ils font genre ils vous rassemblent parce que y’a quelqu’un qui se sauve, qui s’est évadé, et après ils viennent attraper le mec, il l’attrapent ils le tapent ils le scotchent. Et après c’est pour ça que y’a des mecs y veulent se couper pour pas partir au bled, tu comprends ? C’est comme ça.

La bouffe c’est dégueulasse, tout est dégueulasse. Toujours la même chose, et pas hallal. Ils nous ramènent que des trucs où y’a de la gélatine, où y’a de la viande pas hallal. Les douches c’est dégueulasse, les toilettes c’est dégueulasse, les chambres laisse tomber. Ils te ferment la télé à 1h, on dirait que t’es en prison. On est privés de liberté et on est privés du visuel. Est-ce que c’est normal ? Non. Moi je vais pas voir le médecin, moi j’ai pas besoin de cachets, moi j’ai besoin de liberté, j’ai besoin de voir ma fille dehors. Moi ils veulent me priver de liberté, j’suis là, ils veulent me laisser 45 jours parce qu’y peuvent pas m’expulser, le consul y veut pas donner de laisser-passer.

On est 48 dans le CRA 2 là, on a des contacts avec les autres CRA, on a voulu faire la grève de la faim, mais c’est pas des mecs qui tiennent le coup, ça sert à rien une grève de la faim, ça aboutit à rien. Y’en a qui sont à trois dans des chambres à deux personnes, y dorment par terre, c’est pas normal. Les flics ils parlent mal, ils insultent les gens, ils les insultent de « sales arabes »… »

Vincennes – Centre 1

« Ça se passe bien, le mauvais truc c’est chez le juge, ils renvoient les gens dans un pays comme ça. Ce sont des gens qui sont arrivés depuis même pas une semaine, huit jours au CRA et on les renvoie direct, les Roumains, les Algériens… Moi je suis Roumain. Avant j’étais incarcéré à la maison d’arrêt de la Santé, j’ai fait 18 mois là-bas, de là-bas ils m’ont ramené ici, et c’est mon huitième jour, demain ils me renvoient en Roumanie. Dans ma chambre on est quatre, tout le monde a un lit, ça se passe bien entre détenus. Par rapport à l’hygiène ou aux policiers aussi. J’ai vu le médecin, il m’a donné des médicaments, je suis pas malade, mais il m’a donné des trucs pour être tranquille. Je m’excuse mais j’suis appelé à la visite là. »

Vincennes – Centre 3

1re personne

« Y’a des gens qui se coupent, qui coupent leurs veines, y’en a qui se suicident carrément ici. Ils mélangent des criminels avec des gens. Je vous jure. Moi c’est la première fois que je viens ici, voilà j’ai vu des trucs que j’ai jamais vu de ma vie. Ca fait 27 jours que je suis ici. Y’a mes frères, y’a toute ma famille qui sont Français, ils ont la nationalité, moi j’suis né en Tunisie. J’suis venu à l’âge de 16 ans ici, j’suis venu mineur, j’ai même les preuves, après 6 ans il veulent m’expulser. J’ai pris un avocat, mais voilà… Mon casier judiciaire il est vierge, j’ai jamais eu de problèmes avec la police, j’suis jamais allé dans un commissariat, et d’un coup j’me retrouve dans un centre avec des gens bizarres et tout.

Ils m’ont arrêté dans un lieu… J’sais pas… J’suis parti voir un pote, j’savais pas qu’il habite dans un squat et d’un coup y’a la police qui vient chez lui et ils m’ont trouvé là, dans un squat. En fait j’suis là parce que je suis un clandestin, j’ai pas de papiers.

Ils donnent à manger mais des fois ils nous donnent pas à manger. Et dans la bouffe ils mettent des médicaments, je sais pas trop quoi. On mange mal. Moi quand j’mange, j’dors, toujours j’suis fatigué. Quand on mange ici on dort tout le temps… »

2e personne

« On est traité ici comme des animaux d’élevage. On est réveillé le matin, on mange, mais pas tout le monde parce que y’a des musulmans ici qui mangent pas le cochon. Donc une grande partie du repas est jetée, parce que c’est de la viande et que certains ne la mangent pas. On tourne en rond ici parce que c’est comme une prison. On est enfermé toute la journée, et les seules sorties sont pour aller voir le juge. On est transporté comme des malfaiteurs, tu vois, menottes aux poings dans le panier à salade, on est enfermé dans des cages là qui sont à l’intérieur du camion. On est vraiment traités comme des malfaiteurs, ce qui n’est pas le cas.

Actuellement y’a un grand nombre de suicides, tous les jours y’a une tentative de suicide, y’a 5 minutes y’en a un qu’a essayé de se pendre sur une grille. Lorsqu’il y a une tentative de suicide comme ça, la police, les agents de la police ils viennent en masse, ils sont arrivés à le décrocher. Il va s’en tirer. Y’en a qui avalent des lames. Ils demandent des rasoirs pour se raser, ils cassent les lames, ils les avalent. Moi je suis arrivé y’a une semaine, j’ai déjà vu deux personnes se mutiler, se couper les veines. Du point de vue des conditions s’est exactement comme… Je sais pas si vous avez vu le film Le couloir de la mort… Les gens ne dorment pas, y’en a qu’on vient chercher de force la nuit pour les expulser. Vous entendez ? Y’en a qui tapent sur les portes là. Ils passent la nuit éveillés parce qu’ils sont angoissés, du fait qu’on puisse les expulser. Dans la journée on est là, on tourne en rond. Y’a rien à faire. Ils ont installé des jeux à manettes Nintendo, ils arrêtent ça à 22h. Et ils arrêtent à minuit la télé, donc pour les gens qui sont éveillés ils n’ont rien à faire. Donc y’a des bagarres, y’a des tentatives de suicide. Y’en a tous les jours, au moins une tentative par jour, sinon plus. Les flics honnêtement ils me font pitié parce qu’ils peuvent rien faire, on n’est considéré comme des gens … On n’est pas en prison quoi. Ce qu’ils peuvent faire c’est obliger quelqu’un à aller à l’aéroport, ou descendre quelqu’un qui essaye de se pendre, ou évacuer quelqu’un qu’a avalé des lames, qui s’est mutilé. C’est tout ce qu’ils font, hein.

On fait des choses pour empêcher les expulsions, mais c’est plutôt par groupes quoi. Par exemple, y’a un grand nombre de Maghrébins, surtout des Tunisiens, qui sont venus après les événements en Tunisie. Ils sont là, ils sont solidaires quoi, parce que chaque jour y’en a plein plein plein qui ont leurs noms sur les vols. La rétention ça dure 45 jours. Y’en a un c’était son 43e jour de rétention, c’est là qu’ils sont venus le chercher pour l’amener à l’aéroport. Il s’est coupé les veines, donc ils ont dû l’évacuer à l’hôpital et le temps qu’il revienne les 45 jours étaient passés. Donc y’a ça, eux ils sont très solidaires quand quelqu’un veut se suicider ils essayent de le raisonner. Mais on sait pas ce qui se passe dans la tête de quelqu’un qui veut se suicider. Les gens se révoltent contre le matériel, ils cassent tout ce qu’ils peuvent casser, les machines… Mais c’est tout sinon. La plupart des flics qui travaillent ici, si vous voyiez leurs gueules… Vous verriez que c’est des gens qui n’ont vraiment pas envie d’être ici. Les agents de police qu’on met ici c’est pour les punir. Y’en a qu’en ont rien à foutre, y’en qui font leur travail, ils te disent de pas fumer dans la chambre. Ce qui est très important c’est que la majorité est d’origine étrangère, des Noirs ou des Arabes. Ils souffrent plus, parce qu’on leur ressemble. Ils osent même pas nous regarder dans les yeux.

On voit le médecin à l’arrivée pour voir si on n’a pas de problèmes avec des substances illicites, ou d’alcoolisme. Le soir les infirmières passent distribuer des somnifères, l’infirmerie c’est essentiellement ça. Moi j’ai vu une infirmière mais pas de médecin. Ceux qui tentent de se suicider sérieusement on les conduit, je crois, à l’Hôtel Dieu voir un psychiatre. C’est l’infirmière qui évalue la gravité. Ici y’a trois centres complètement distincts. Ici y’a 59 chambres de deux personnes, donc avec 3 blocs, vous imaginez un peu le nombre de personnes qu’il y a. C’est plein à peu près à 80%. On se parle entre les blocs 2 et 3 à travers le grillage. On est séparé par une cour de sécurité d’à peu près 50 mètres, mais en parlant fort on peut s’entendre. Mais du 2 et du 3 on ne voit pas du tout le 1. Quand on va récupérer des affaires on passe par le centre 2, du coup on croise d’autres gens. Mais les conditions sont les mêmes partout. Les douches et les toilettes sont lavées deux fois par jour, c’est relativement propre. Elles sont ouvertes la journée et la nuit. Le vrai problème c’est la nourriture, par rapport aux religions. La majorité des gens ici sont de confession musulmane, ils ne mangent pas la viande. En une semaine, y’a eu qu’une fois du poisson, le reste du temps c’est de la viande. Dans les pots de dessert y’a une sorte de gélatine. Ils disent que ça vient du porc, du coup ils n’en mangent pas non plus. Ils se sont plaints mais ça change rien. Tout ça concourt à créer des conditions d’incarcération qui ne sont pas dites. On est enfermés, à leur merci, vous êtes en prison mais on vous dit que vous n’êtes pas en prison. Moi j’ai été arrêté sur un simple contrôle, j’avais une obligation de quitter le territoire. J’ai pas pu renouveler ma carte de séjour, car l’ambassade n’a pas fourni un papier à temps. Du coup je me suis retrouvé avec une OQTF. C’est au moment où je faisais les démarches que j’ai été contrôlé. J’ai pas d’argent, je suis passé devant le juge avec un avocat commis d’office. Tu le vois 5 minutes avant, ça c’est une parodie de justice, les dés sont jetés quoi, le tribunal administratif aussi, je suis même pas passé 3 minutes devant le juge.

Je suis entré légalement en France, j’ai vécu et travaillé ici pendant 26 ans. Y’a eu des retards dans le renouvellement de mon passeport par mon ambassade, ils me mettent là et ils veulent m’embarquer, moi je n’irai pas, s’il le faut j’irai jusqu’au bout, s’il le faut je me tue. J’ai tout en France, qu’est-ce que j’irai faire là-bas après 26 ans. C’est difficile de s’organiser, on a rien en commun à part d’être enfermés. Y’en a qui sont là parce qu’ils sont venus y’a pas longtemps, ils viennent de pays où ça va pas, d’autres qui sont là suite à des délits, les cas sont vraiment différents. Y’en a qui sont arrivés en France mineurs, aujourd’hui qui sont majeurs mais ont toujours pas de papiers, donc on veut les renvoyer, ce qui fait que pour que les gens se mettent ensemble il faut qu’ils aient les mêmes problèmes. Par exemple les Tunisiens, ils sont venus en bateau, ils ont traversé l’Italie, eux ils sont vraiment ensemble, ils sont solidaires, ils vivent les mêmes problèmes. Mais par exemple, y’a des Sri Lankais qui sont déboutés du droit d’asile, y’en a qui sont sortis de prison, y’en a qu’on arrête mais qu’ont aucun papier. On les met là le temps d’enquêter sur leur pays d’origine. En général ils baladent les flics, s’ils sont originaires d’un pays A ils disent qu’ils sont d’un pays B, on les amène à l’ambassade pour qu’elle établisse un sauf-conduit, l’ambassadeur dit aux flics qu’il n’est pas de ce pays là et en général on les ramène au centre, ils sortent après les 45 jours. Ces derniers temps, y’a beaucoup beaucoup d’expulsions de Tunisiens, y’a eu comme un deal avec l’ambassade de Tunisie. Elle délivre des sauf-conduits, du coup on les oblige à partir. Ici quand vous devez partir, on affiche d’abord l’heure du vol le soir, avec le nom, le prénom. Généralement les gars n’opposent pas de résistance quand on vient les chercher, après une deuxième équipe de police les prend en charge et les amène à l’aéroport. Arrivés à l’aéroport, la première fois vous pouvez refuser le vol en demandant à voir le commandant de bord. Vous lui dites que vous ne souhaitez pas prendre le vol. Mais quand ça se répète, au bout de la deuxième ou troisième fois ils vous attachent avec du scotch. Y’en a qui réussissent à refuser plusieurs fois, ils sont jugés au pénal et vont en prison, entre 3 et 6 mois en général pour refus d’embarquement. Ils font un détour en prison puis ils reviennent ici au centre pour être expulsés… Selon les programmations des vols, y’en a qui passent 45 jours et puis après qui sont libérés, soit parce que ils sont pas arrivés à déterminer de quelle nationalité est la personne et donc elle a pas de sauf-conduit, soit parce que la personne se mutile, donc on l’amène à l’hôpital et ensuite on la ramène ici et on lui trouve un autre vol, et ça se répète comme ça jusqu’à ce que les 45 jours soient terminés… »

Pour appeler au CRA

Vincennes 1
01 45 18 59 70 – 01 45 18 12 40 – 01 45 18 02 50

Vincennes 2
01 48 93 69 47 – 01 48 93 69 62 – 01 48 93 90 42

Vincennes 3
01 48 93 99 80 – 01 43 76 50 87 – 01 48 93 91 12

Indymedia Paris, 6 février 2012.

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[Grèce] La tempête de la révolte explose

Tous s’y attendaient, tous s’y préparaient, tous l’espéraient.

Alors que la Troïka accroît la pression sur le gouvernement d’unité nationale grec qui peine à se mettre d’accord pour appliquer les nouvelles mesures d’austérité, par crainte d’une explosion sociale incontrôlable, le peuple reprend l’initiative.

Dès ce soir [lundi 6 février], et surtout sur Thessalonique et Athènes, tous les groupes de gauche modérée et radicale, les syndicats, partis d’oppositions, groupes libertaires, autonomes et révolutionnaires appellent unanimement de manière hétérogène au soulèvement populaire : depuis ce soir 18h divers groupes et syndicats appellent sur Athènes et Thessalonique à prendre et occuper une douzaine de places publiques, au siège de la chambre des commerces, à des rassemblements et manifestations.

À partir de demain, 48 heures de grève générale sont déjà décrétées. Et le mot tourne, sur toutes les plate-formes possibles : réseaux sociaux, mails, sites contestataires, indymedias, téléphones, affiches, etc. Depuis aujourd’hui, déjà, l’hôpital Kilkis est occupé et réapproprié par son personnel avec une déclaration en dix points qui clament la réappropriation autogestionnaire de l’hôpital et sa « mise totale sous le contrôle ouvrier ». Une grande manifestation de grève générale appelle à se rassembler directement sur la place Syntagma dès 11h demain matin pour assiéger le Parlement. Les mots d’ordre sont solennels : « temps de la dernière heure », « l’heure est venue, soulevons-nous », « appel au soulèvement populaire et à la prise des places publiques », « la lutte de la dernière chance », etc.

Chaque groupe, syndicat et tendance appelle à prendre des places spécifiques. Ainsi, les rassemblements sur Omonia sont appelés par le sinistre KKE tandis qu’un syndicat gauchiste de jeunes appelle à se rassembler devant l’école Polytechnique.

Simultanément, comme un signal, d’énormes tempêtes éclatent sur toute la Grèce, avec pluies diluviennes, orages et tonnerres particulièrement violents.

Demain, Athènes sera une zone de front.

Que la peur change de camp.
Pour une solidarité internationale.

Mailing, 6 février 2012.

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[Chine] Après la Commune de Wukan, des villages autonomes du Henan se fédèrent

Henan Villagers Hold Wukan Style Land Grabs Protest

« Return our land, return our voting rights, establish an autonomous village federation! »

Shouts from more than 100 people in Maoxue Village in China’s Henan Province, as they marched to local government offices on January 27th. They were protesting land grabs by local officials and calling for voting rights.

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[Maoxue Villager]:
« That land is ours. We had a contract earlier but it expired. Once the contract ended it should have been returned to us, but we didn’t get the land back. When we reacted, no one helped us, everyone from the county to the village is the same, and they don’t deal with it. »

This man is referring to 12 acres of land that should have been returned to villagers. They say local officials manipulated the village for too long. One man, Gao Qilin, served as the local Party Secretary for 20 years, and has now handed over the position to his son.

[Maoxue Villager]:
« We have started to feel that we will never again keep our mouths shut, so we have started to speak. You know, the life of peasants is very bitter. You cannot find anyone who will listen to you anywhere. We want an election, or at least, we want the right to speak. We already have that right don’t we? »

In a move reminiscent of the Wukan protests at the end of last year, the villagers in Gushi County have set up several village councils.

[Zhou Decai, Village Representative]:
« If they don’t give back what should belong to the villagers, more than ten village councils of Gushi County will react together. Its scope will definitely be bigger than Wukan. »

Wukan was the only village to have temporarily freed itself of Chinese Communist Party control since 1949. After villagers kicked out all Communist officials and police they kept authorities out for two weeks, until their demands were met.

Leur presse (NTD Television, 31 janvier 2012)


Wukan protest village goes to polls

Villagers in the Chinese protest village of Wukan have voted in elections in what could be a model for future reform in China.

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For the thousands who gathered on a warm sunny day in Wukan it was the first time they had ever seen a ballot paper.

Until now, this southern Chinese fishing village has chosen its leaders behind closed doors, allowing a small elite to rule for decades, and, the villagers complained, hugely enrich themselves.

Then, last month, the village rose up, threw out the local Communist party and withstood a police siege.

Now Wukan is being held up as a model for how China can reform the often corrupt village governance that has been a major cause of unrest in recent years.

The local Communist party may even be using Wukan as a pilot case: the village’s leaders said it had footed « most of » a 300,000 yuan (£30,000) bill to hold three sets of elections.

The first poll took place on Wednesday, in the village school, and, despite a small scuffle at the beginning over access for Hong Kong journalists, unfolded smoothly.

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Orderly queues formed as villagers negotiated a complicated three-step voting procedure, designed to lend an air of gravitas to the proceedings.

The vote was to elect an eleven-man committee to organise the main election in March, but for most of the participants it was the symbolism of the event, rather than its purpose, that counted.

« We had to make a big thing, a big show, out of it to underline its importance and to guarantee that it was all fair and transparent, » said Yang Semao, one of the chief organisers.

« Wukan has been in the dark for so many years; its elections always manipulated. It is the first time we have done this so we want to do a good job, » he added. In the past few days, several academics and students have also arrived in Wukan, partly to observe the proceedings, and partly to offer advice to the villagers.

Large numbers of officials from the local government, including a contingent of police and a team of plain-clothes security officers, were on site and Mr Yang diplomatically praised them for helping to organise the event. While the village was excited about its day of democracy, it remains firmly loyal to the leadership of the Party.

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« This is very meaningful, » said Chen Liangshan, 61, who used to work in one of the village’s temples. « I have already got the list of people I will vote for in my mind. I am glad to get the chance to choose people who will actually do something. This is the first time we have ever seen a ballot and we are excited about it. »

Mr Chen filled in his ballot, a sheet of A4 paper, at a table covered by a bright red tablecloth and deposited it in one of seven shiny aluminium ballot boxes. According to an official press release, he was one of 7688 eligible voters, with 1043 voting by proxy.

Another voter, 32-year-old Wang Huibing, said he hoped the new village administration would pay him the disability benefit that he has never yet been able to claim and would improve the village’s medical facilities. « We do not ask for much, and I am not sure what the outcome of this election will be, but I suppose it will be more fair and open. »

Meanwhile, Zhang Shuimei, 55, one of the 35 candidates in Wednesday’s vote, said he would work hard, if elected, to keep Wukan on a path to transparency and fairness.

« I have never seen a ballot until now, only government officials have had a say and they could appoint anyone they wanted without listening to anyone, » he said.

But, he warned, there was still much uncertainty in the village. « We do not know what benefits the elections will bring because the previous regime is still making great efforts to win over villagers to its side and that could be trouble. »

The village leaders said the results of the poll would be announced on Thursday, but that no celebration has yet been planned.

Leur presse (Malcolm Moore, telegraph.co.uk, 1er février 2012)

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[Mort aux El-Assad !] Diplomatie dégage ! (2)

Une quarantaine de Syriens ont occupé l’ambassade syrienne de Bruxelles

Une quarantaine de Syriens ont occupé l’ambassade syrienne à Bruxelles dans la nuit de dimanche à lundi. Aux cris de « Pour la Syrie, liberté » et « Assad, dégage », ils sont entrés dans l’ambassade où ils ont fracassé les portraits du président Bashar al-Assad. Cette action s’est déroulée deux jours après le double veto russe et chinois à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la répression en Syrie.

Vers 23h30, les manifestants sont entrés par effraction dans l’ambassade de Syrie située avenue Franklin Roosevelt. Ils y sont restés environ deux heures jusqu’à l’intervention de la police locale. « Nous avons été requis par un employé de l’ambassade qui craignait pour sa vie, qui avait peur de recevoir des coups et qui nous a lancé un appel de détresse », a indiqué le porte-parole de la zone de police Bruxelles Capitale-Ixelles. Les policiers ont procédé à une quinzaine d’arrestations administratives qui se sont, d’après la zone de police, déroulées sans incidents ni violence. Toutefois, selon Bernadette Van Zuylen, membre du Comité Syrien en Belgique pour soutenir la révolution syrienne, « une vingtaine de Syriens ont fui, mais ont été poursuivis par la police. Une voiture de police a renversé un des Syriens, lui cassant une jambe. » Les manifestants voulaient entre autres dénoncer les bombardements intensifs sur la ville d’Homs qui ont eu lieu la semaine dernière.

Leur presse (Belga, 6 février 2012)


Algérie – Manifestation devant l’ambassade de Syrie bloquée par la police

Un imposant dispositif de sécurité a empêché lundi une manifestation de protestation à Alger devant l’ambassade de Syrie où la répression continue de faire des dizaines de morts, a constaté un photographe de l’AFP.

Un important cordon de sécurité a tenu à une centaine de mètres du bâtiment diplomatique une soixantaine de manifestants munis du drapeau de l’opposition aux couleurs noire, blanche et verte. Quelques échauffourées ont opposé les forces de l’ordre et des manifestants qui tentaient de forcer le passage.

Durant environ 1H30, les manifestants ont scandé des slogans hostiles au régime de Bachar el Assad dont ils ont réclamé le départ : « Tu vas finir comme Kadhafi », criaient-ils, les larmes aux yeux en dénonçant ce qu’ils ont qualifié d' »atrocités », notamment les quelque 230 morts de Homs vendredi selon les chiffres communiqués par l’opposition syrienne.

Les protestataires ont aussi pressé les autorités algériennes « de chasser l’ambassadeur syrien d’Algérie ».

Samedi, la présidence tunisienne avait annoncé que Tunis s’apprêtait à expulser l’ambassadeur de Syrie à la suite des violences à Homs, épicentre de la contestation contre le régime syrien.

Le Conseil national syrien (CNS) a appelé lundi à l’encerclement des ambassades de Syrie à travers le monde pour dénoncer un « génocide » mené par le régime de Damas.

(…)

Les exilés syriens en Algérie, dont certains ont pris la nationalité algérienne, sont très actifs et soutiennent l’opposition syrienne.

Samedi ils ont commémoré le massacre, il y a 30 ans, par les forces de l’ordre de milliers de Syriens à Hama (ville du nord syrien), en présence d’un haut membre du Conseil national syrien, le juge et défenseur des droits de l’Homme Haytham el Maleh, emprisonné plusieurs fois dans son pays.

Leur presse (Agence Faut Payer, 6 février 2012)


Libye : L’ambassade de Chine attaquée par des manifestants

Une cinquantaine de manifestants ont jeté des pierres, des œufs et des tomates sur l’ambassade de Chine à Tripoli lundi pour dénoncer le veto de Pékin et Moscou à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie.

Comme ils l’avaient fait la veille devant l’ambassade de Russie, les manifestants, parmi lesquels figuraient des expatriés syriens, ont dit vouloir chercher à hisser le drapeau de l’opposition syrienne et celui du Conseil national de transition (CNT) libyen sur la mission.

Des hommes armés dispersent la foule

Des hommes armés, disant appartenir à un comité suprême de sécurité des autorités libyennes, ont défendu le bâtiment et tiré en l’air pour disperser la foule et l’empêcher de se frayer un passage à l’intérieur de l’enceinte, dont plusieurs fenêtres ont été brisées et les murs recouverts de graffiti.

La Russie et la Chine ont opposé samedi leur veto à un projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la Syrie qui aurait soutenu le plan de la Ligue arabe appelant à la mise à l’écart du président Bachar al-Assad et à la formation d’un gouvernement d’union nationale avant la tenue d’élections. Les Nations unies estiment à plus de 5.000 le nombre de personnes tuées dans la répression des manifestations antigouvernementales qui ont débuté dans le pays en mars 2011.

Leur presse (20Minutes.fr, 6 février 2012)

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