[Corée du Sud, île de Jeju] Communiqué des habitant-e-s en lutte du village de Gangjeong

Nous avons reçu aujourd’hui ce mail des habitants du village de Gangjeong. Comme d’autres villages de l’île de Jeju, la communauté est en lutte contre le gouvernement sud-coréen, allié aux Etats-Unis, qui veut réaliser l’implantation d’une gigantesque base navale détruisant l’écosystème de cette île réputée pour sa beauté. Malgré la répression brutale, cette campagne contre la militarisation a pris de l’ampleur grâce à la détermination des habitant-e-s et à la solidarité internationale. Nous avions déjà évoqué la situation de Jeju dans un article précédent. Voici une traduction artisanale de l’anglais. Pour infos plus complètes sur Jeju-do.

Pavillon Noir, 5 mars 2012.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331127333.jpg

Chers amis,

À partir d’aujourd’hui, Gangjeong se trouve dans une situation d’urgence. Près de 700 policiers sont arrivés du continent au village de Gangjeong pour surveiller le dynamitage de Gureombi, le littoral de roche volcanique, et le dragage du fond marin. Non seulement la vie marine, y compris les crabes en voie de disparition et les récifs de corail, vont être balayés, mais l’explosion a aussi déjà eu un impact sur les sources d’eau douce dont la majorité de l’île dépend.

Bien que notre nombre soit modeste au village, nous ferons de notre mieux pour lutter et pour éviter l’explosion de Gureombi. Il n’est pas encore certain que la police de Seogwipo permette à la Marine de faire sauter Gureombi le lundi, jour où le gouverneur de l’île de Jeju est censé rendre sa décision.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331127533.jpg

S’il vous plaît envoyez un e-mail au gouverneur MAINTENANT pour lui demander de stopper l’explosion de Gureombi.

Merci de prendre une minute de votre temps. Nous avons urgemment besoin de solidarité internationale MAINTENANT.

Pour la paix et la justice,

Village de Gangjeong

Mr. Woo Keun-Min
Governor
The government of Jeju-do
312-1, Yeon-dong, Jeju-si, Jeju-do
REPUBLIC OF KOREA
Fax: +82 64 710 3009
E-mail

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme, Luttes pour la terre | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Corée du Sud, île de Jeju] Communiqué des habitant-e-s en lutte du village de Gangjeong

Procès antiterroriste pour 6 camarades du 14 au 22 mai 2012 à Paris

Petit rappel des faits

Ivan, Bruno et Damien sont arrêtés en janvier 2008 alors qu’ils se rendent à une manif devant le centre de rétention de Vincennes avec des fumigènes artisanaux et des crève-pneus, qui deviennent pour la justice et les médias une « bombe à clous ». Ivan et Bruno sont alors placés en détention préventive et Damien sous contrôle judiciaire.

Quelques jours plus tard, Inès (*Isa) et Franck (*Farid) sont arrêtés lors d’un contrôle des douanes à Vierzon en possession de manuels expliquant des techniques de sabotage, du plan d’une prison pour mineurs et de chlorate. L’antiterrorisme se saisit de l’affaire. Les flics prétendent que l’ADN d’Isa correspondrait à une des 5 traces ADN présentes dans un sac contenant des bouteilles d’essence, retrouvé sous une dépanneuse de flics pendant l’entre-deux-tours des présidentielles de 2007.

Rapidement, ces deux enquêtes sont jointes en un seul dossier, instruit par les mêmes juges antiterroristes. La police ratisse alors dans l’entourage des personnes arrêtées et des personnes fichées « anarcho-autonomes » pour tenter de trouver qui se cacherait derrière les ADN manquants. Javier (*Juan), le frère d’Inès (*Isa), puis Damien (qui avait été arrêté avec Ivan et Bruno) sont mis en prison pendant plusieurs mois car leurs profils ADN correspondraient aussi aux traces retrouvées sous la dépanneuse. Par ailleurs, en juin 2010, Javier (*Juan) a, en plus, été mis en examen pour une série de sabotages par incendie sur des armoires électriques de signalisation SNCF qui ont paralysé une partie du trafic ferroviaire en 2006 pendant le mouvement « CPE ». Son ADN aurait été retrouvé sur le lieu d’une tentative de sabotage.

Inès (*Isa), Javier (*Juan), Damien, Ivan, Franck (*Farid) et Bruno ont chacun fait entre 5 et 13 mois de détention préventive dans le cadre de cette procédure. Et ils restent sous contrôle judiciaire jusqu’au procès en correctionnelle.

Appel à solidarité

Du 14 au 22 mai aura donc lieu le premier procès sous juridiction antiterroriste de militants désignés comme appartenant à la « mouvance anarcho-autonome ». Les six inculpés, comme des centaines de milliers d’autres personnes, ont pris part aux différentes luttes sociales de ces dernières années : mouvement « CPE », révoltes lors des élections présidentielles de 2007, luttes contre l’enfermement des sans-papiers et pour la liberté de circulation… De manifs sauvages en sabotages, la conflictualité qui s’exprimait dans ces luttes débordait souvent du cadre légal ou des habituelles médiations politiques et syndicales. Et quand ça remue, l’État cherche à punir un petit nombre pour faire peur à tous : par la police et la justice, il tente toujours de séparer les « bons manifestants » des « vilains casseurs », d’isoler les actes du contexte dans lequel ils s’inscrivent, et de finalement diviser pour mieux régner. Et ce qui est attaqué là, c’est aussi un ensemble de mauvaises intentions et la tentative de les mettre en pratique de manière autonome.

Séparer. Il suffit d’assister à une comparution immédiate pour voir que les pauvres et les marginaux sont toujours présumés coupables et très souvent condamnés : la culpabilité et l’innocence sont les deux grands concepts utilisés jour après jour, du bureau du procureur à la salle d’audience, pour maintenir l’ordre social. Ces notions ne peuvent pas être les nôtres. Et chercher à s’en sortir face à la Justice ne signifie pas renier ses idées et ses pratiques.

Isoler. La Justice nous contraint à rentrer dans une temporalité qui lui est propre : celle de l’instruction, de la prison, du contrôle judiciaire et du procès. Ce temps judiciaire permet non seulement d’isoler concrètement les inculpés en les enfermant, mais aussi de les maintenir sous pression — par un contrôle judiciaire avec interdicion de se voir les uns les autres, par exemple. Enfin, l’instruction est chargée d’établir des profils qui participent à différencier les peines voire à faire de certaines d’entre elles des peines exemplaires.

Diviser. Des squatteurs des cages d’escaliers aux manifestants, se regrouper ou s’organiser collectivement représente une menace potentielle pour le pouvoir. Les accusations d’« association de malfaiteurs », « bande », « en réunion » sont de plus en plus utilisés comme des « circonstances aggravantes » : cela permet d’alourdir les peines et d’inciter les gens à rester atomisés. C’est dans cette même logique qu’opère la juridiction antiterroriste utilisée par l’État, au gré des intérêts politiques du moment, pour rejeter du « corps social » ce qui dérange, et neutraliser des pratiques et pensées qui sortent du cadre institutionnel.

Pour autant, les mécanismes de la Justice ne sont pas les seuls outils du pouvoir à devoir être critiqués et combattus. De multiples dispositifs et institutions participent tous les jours à maintenir l’ordre social et l’exploitation : du crédit aux antidépresseurs, du salariat aux contrôles CAF, de l’école à l’armée… Mais il n’y a pas qu’en Grèce que des milliers de personnes refusent l’horizon qu’imposent le capitalisme et l’État. Et ce qui se jouera au Tribunal n’est pas un rapport interpersonnel entre les inculpés et les juges, mais un moment de la lutte entre la classe des possédants et les exploités, un moment de la lutte entre l’autorité et les récalcitrants. Exprimer sa solidarité c’est s’inscrire dans cette lutte.

Solidarité avec les inculpés !

Indymedia Nantes, 5 mars 2012.

Publié dans Répression de la "mouvance anarcho-autonome" en France (2007-...) | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Procès antiterroriste pour 6 camarades du 14 au 22 mai 2012 à Paris

[Terminator] Sur la dissémination incontrôlée d’insectes transgéniques

Regulation of Transgenic Insects Highly Inadequate and Unsafe

USDA set a dangerous precedent for a permissive regulatory regime over environmental releases of transgenic insects that is now adopted across the world.

USDA’s Environmental Impact Statement “scientifically deficient”

Belatedly, the scientific community has woken up to the parlous state of regulation over the environmental release of genetically modified or transgenic insects. Scientists at the Max Planck Institute for Evolutionary Biology in Plön, Germany assessed the regulatory process in detail and find it distinctly unsatisfactory in a commentary published January 2012 [1]. It is more than ten years since ISIS objected to the environmental release of transgenic pink bollworm moths ([2] Terminator insects give wings to genome invaders, ISIS report) proposed by the US Department of Agriculture (USDA).

Over the past 9 years, 14 US government-funded field trials have taken place of the GM pink bollworm moth, an agricultural pest of the cotton plant; but there has been no scientific publication of experimental data in all that time, and in only two instances have permit applications been published [1]. When the German scientists requested information from the USDA on the unpublished applications, they were refused; and had to submit a Freedom of Information Act request. Even then, no experimental data were forthcoming, most likely because the data did not exist; as an administrative procedure allows US regulators to rely on earlier similar environmental assessments; and that procedure is applied all too often.

Not surprisingly, the world’s first environmental impact statement (EIS) on transgenic insects issued by US Department of Agriculture in 2008,was judged [1] “scientifically deficient” in considering environmental risks, relying largely on unpublished data and basing endorsement for releases on just two laboratory studies on the Mediterranean fruit fly Ceratits capitata, which is just one of the four species covered by the document. The other species were the pink bollworm moth P. gossyfiella, the Mexican fruit fly Anastrepha ludens, and the oriental fruit fly Badrocera dorsalis. In fact, the same EIS also claimed “some applicability” for transgenic mosquitoes Aedes or Anopheles.

The EIS made selective use of unpublished or non-peer reviewed ‘evidence’ to support contentious conclusions, a practice explicitly forbidden by US federal regulations in drafting EIS.

Another problem with the EIS is that it dealt only with first generation transgenic insect technology that involves either the expression of fluorescent markers for monitoring population size, or the use of repressible dominant lethals (RDLs) to kill all offspring of individuals released into the environment, or all the female insects in release programmes requiring only male insects, with the intention to reduce wild populations [3, 4] (Terminator
insects – a primer
, Terminator Insects – The Killing of Females, ISIS reports). Newer techniques for replacing rather than reducing natural populations were not considered. Furthermore, the document appears to treat all genetic modifications as equivalent, which is definitely not the case, as some modifications are more effective, or less risky than others.

Nevertheless, this highly inadequate EIS from the USDA APHIS (Animal and Plant Health Inspection Service) set the tone for the permissive regulation of transgenic insect releases all over the world.

Worldwide releases of transgenic insects follow USDA model

Within the past several years, there have been several environmental releases of transgenic insects that follow the USDA model.

Oxitec, a UK company based in Oxford, is in the frontline of developing transgenic mosquitoes for controlling infectious diseases such as dengue.  Their intention to carry out an international series of field releases of transgenic mosquitoes first came to light in Malaysia in 2008 ([5] Terminator Mosquitoes to Control Dengue? SiS 39). Although that particular release was halted, the company has since resorted to illegal, secret field releases across the world, aided and abetted by regulatory authorities.

According to a briefing from Friends of the Earth in the United States [6], the first field release of transgenic mosquitoes from Oxitec took place between 2009 and 2010 in the Cayman Islands, a British Overseas Territory, and consisted of 3 million mosquitoes. Malaysia was the second to host Oxitec’s experiments at the end of 2010 with 6000 more transgenic mosquitoes released. Then, between February and June 2011, more than 33’000 were released in Brazil. The first releases on Cayman Islands took place in secret with no public consultation, and no informed consent. There are no biosafety laws on Cayman Islands, despite the fact that the UK is a Party to the Cartagena Protocol on Biosafety. Similarly, the release in Malaysia in 2010 was only made public in a press release dated 25 January 2011, more than a month after the trial began on 21 December 2010.

While the Cayman Islands regulatory authorities failed to publish any regulatory documents prior to the release of transgenic mosquitoes, the Malaysian regulatory authorities failed to cite published experiments in their regulatory documents [1].

A document [7] entitled: “Risk Analysis – OX513A Aedes aegypti Mosquito for Potential Release on the Cayman Islands (Grand Cayman)” was uploaded to the UK parliament website on 13 January 2011, more than a year after the release commenced, and only as the result of questions asked at the House of Lords. It made reference to unpublished reports and other dubious sources to support key assertions [1], such as “The characteristics of the OX413A Aedes aegypti have been thoroughly evaluated by several institutions worldwide, e.g. in France, Malaysia and Thailand”, and “OX513A uses genetic methods instead of radiation to achieve sterility, therefore the genetically sterile insects have been reported to be fitter and competitive…”

Oxitec has planned to release more transgenic mosquitoes in the Florida Keys early in 2012, though this has been delayed [6], perhaps partly as the result of public outcry.

Other countries reported to be evaluating the release of transgenic insects include France, Guatemala, India, Mexico, Panama, Philippines, Singapore, Thailand, and Vietnam [1].

Hazards for health and environment ignored

The most troubling aspect of Oxitec’s document, according to the German scientists, is [1] “the absence of any discussion of potential environmental or health hazards that are specific to the released OX513A stock.”

The particular RDL construct in OX513A is engineered to express the synthetic protein tTA at very high levels, and female mosquitoes biting humans could inject it into their bloodstream with potential harmful consequences. Females expressing high levels of tTA can arise if a resistance to the RDL construct evolves in the wild, or if female transgenic mosquitoes were not completely excluded by the sorting mechanism. More significantly, OX513A males are known to be only partially sterile, and when they mate with wild females, they will produce 2.8 to 4.2 % the normal number of eggs, half of which will be biting daughters.

Another major hazard is the potential for horizontal gene transfer through the remobilization of the transposon-derived vectors used in creating the first generation transgenic insects, which we have highlighted in ISIS’ original submission to the USDA [2], and reiterated several times since, most recently in [8] Can GM Mosquitoes Eradicate Dengue Fever (SiS 50). We provided evidence that the disabled piggyBac vector carrying the transgene, even when stripped down to the bare minimum of the border repeats, was nevertheless able to replicate and spread, because the transposase enzyme enabling the piggyBac inserts to move can be provided by transposons present in all genomes, including that of the mosquito. The main reason initially for using transposons as vectors in insect control was precisely because they can spread the transgenes rapidly by ‘non-Mendelian’ mean within a population, i.e., by replicating copies and jumping into genomes, thereby ‘driving’ the trait through the insect population. However, the scientist neglected the fact that the transposons could also jump into the genomes of the mammalian hosts including human beings. Although each transposon has its own specific transposase enzyme that recognizes its terminal repeats, the same enzyme can also interact with the terminal repeats of other transposons, and evidence suggests extensive cross-talk among related but distinct transposon families within a single eukaryotic genome.

The use of the piggyBac transposon has been plagued by problems of instability in transformed Aedes aegypti [9]; and large unstable tandem inserts of the piggyBac transposon were prevalent [10]. In spite of instability and resulting genotoxicity, the piggyBac transposon has been used extensively also in human gene therapy [11]. A number of human cell lines have been transformed, even primary human T cells, using piggyBac [12]. These findings leave us in no doubt that the transposon-borne transgenes in the transgenic mosquito can transfer horizontally to human cells.  The piggyBac transposon was found to induce genome wide insertionmutations disrupting gene functions. Female A. aegypti mosquitoes mate as a rule before taking a first blood meal [13].  Thus living human blood will be exposed to the piggyBac carried by the mated female.  What would it take to activate the mosquito-borne transposon to infect human blood? Joe Cummins pointed out [8]: “No more than an encounter with Baculovirus [acting as a stimulus] that could enter through open cuts or sores, or with inhaled dust.  The piggyBac transposon GM construct could wreak havoc in the human genome, causing numerous insertion mutations and other untold, unpredictable damage.”

There are yet other reasons why transgenic mosquitoes are not a solution to controlling disease vectors (see [14] Transgenic Mosquitoes Not a Solution, SiS 54).

Dr. Mae-Wan Ho – Rapport de l’Institute of Science in Society, 22 février 2012

Publié dans Luttes pour la terre | Commentaires fermés sur [Terminator] Sur la dissémination incontrôlée d’insectes transgéniques

[Poitiers] Soutien à Alain : l’indignation n’est pas un crime

Le 10 octobre 2009, des incidents se sont produits à Poitiers lors d’une manifestation anticarcérale. Ces incidents ont conduit à l’arrestation et à la condamnation immédiate de plusieurs personnes (dont 3 placées en mandat de dépôt). Le 17 octobre a eu lieu une manifestation de soutien aux condamnés rassemblant près de 1000 personnes. Ce jour-là, Alain Évillard n’a pu s’empêcher d’exprimer sa colère devant le monument de la Résistance du parc de Blossac. Il a crié : « Le procureur est un salaud, un Papon ! » Propos visant M. Pierre Sennès, procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Poitiers.

Alain est poursuivi pour délit d’injures publiques envers un fonctionnaire public et doit passer en procès devant la 17e Chambre du Tribunal de grande instance de Paris le 5 avril à 13h30 (ce procès qui devait avoir lieu le 25 octobre a été reporté à la demande de son avocate, surchargée de travail durant cette période).

Comparer le procureur à Papon devant le monument de la Résistance n’est pas si aberrant que cela. En effet, ce procureur a obéi sans états d’âme aux ordres du ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, qui était venu à Poitiers le 12 octobre, juste avant le procès, demander « que la justice sanctionne durement ». Sans doute pour satisfaire les fanatiques de l’ordre à tout prix, M. Sennès, en fonctionnaire zélé comme l’indique le communiqué commun du Syndicat de la magistrature et du Syndicat des avocats de France, a immédiatement déféré en comparution immédiate des personnes interpellées le 10 octobre sans ménagement et arbitrairement, quelques heures après les dégradations commises. Or ces inculpés n’y ont pas participé et n’ont d’ailleurs jamais été accusés de l’avoir fait. Le procureur a requis 18 mois dont 10 ferme pour chacun des prévenus, en ouvrant de plus une information judiciaire de « chef de participation à un attroupement armé ». Non seulement il a demandé des peines extravagantes mais, le 16 octobre, le Parquet a fait appel des condamnations déjà très disproportionnées qui lui paraissaient sans doute trop clémentes.

C’est ce qui a provoqué l’indignation d’Alain, qui ne peut tolérer l’injustice ni l’arbitraire. Le 17 octobre, il a eu le tort de dire tout haut ce que tous les manifestants pensaient mais n’osaient exprimer, intimidés qu’ils étaient par l’impressionnant dispositif policier.

Ce n’est pas seulement l’individu procureur qui est un « salaud », mais tous ceux qui, comme lui, servent un système condamnable. Les années qui se sont écoulées depuis nous ont permis de prendre du recul et de pouvoir juger les actions de la Police, du Parquet et de la Justice : arrestations ciblant des jeunes militants politiques et/ou alternatifs ; procès expéditifs et à charge, sans preuves ; peines et amendes disproportionnées ; incapacité d’avouer qu’on s’est trompé et que les condamnés sont innocents ; volonté de se « couvrir » mutuellement…

Aujourd’hui, la seule réponse du Pouvoir à l’indignation légitime face à l’injustice, c’est la répression, encore la répression, toujours plus de répression.

• Alain n’a fait qu’exercer son droit, voire son devoir de résistance à l’oppression et à l’arbitraire.

• Le Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux exige la relaxe d’Alain.

• Crions nous aussi notre colère et notre solidarité. Résistons ensemble !

RASSEMBLEMENT DE SOUTIEN À ALAIN
MARDI 3 AVRIL À 18 HEURES PLACE DU PALAIS
VENEZ NOMBREUX !!!

Comité poitevin contre la répression des mouvements sociaux, 6 mars 2012.

Publié dans Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Poitiers] Soutien à Alain : l’indignation n’est pas un crime

Perdre l’usage d’un œil suite à un tir de flashball

Ce qui nous relie, par Pierre, Joan et Joachim

Les 6 et 7 mars 2012, le policier qui a tiré au flashball sur Pierre, le privant de l’usage d’un œil, passe en procès au TGI de Nantes. Joachim comparaîtra comme témoin à la demande de Pierre. Joan sera également présent.

Ce qui nous relie, c’est d’avoir perdu l’usage d’un œil suite à un tir de flashball. Pierre lors de l’occupation du rectorat de Nantes pendant le mouvement contre la loi LRU qui met en place la destruction de l’enseignement public. Joan, l’année suivante à Toulouse, au cours du même mouvement, lors d’une autoréduction pour dénoncer la précarité étudiante. Joachim lors d’une manifestation contre l’expulsion d’un squat à Montreuil.

Ce qui nous relie, c’est notre volonté d’être solidaires face à la violence de la police.

Ce qui nous relie, c’est d’affirmer qu’il ne s’agissait pas de bavures. La police nous a ostensiblement visés à la tête.

En ce qui concerne Pierre, le policier se situait à une dizaine de mètres. Il était armé d’un flashball LBD 40, d’une grande précision. Pierre était statique. Le policier ne pouvait manquer sa cible. En ce qui concerne Joan, le policier a tiré sur lui alors que l’action était terminée et que les étudiants-grévistes s’éloignaient pour rejoindre la manifestation interprofessionnelle. En ce qui concerne Joachim, les policiers ont tiré une dizaine de fois. Quatre manifestants ont été touchés au-dessus de l’épaule, à la nuque, au front, à la clavicule et à l’œil. Chaque tir aurait pu mutiler. Dans les trois cas, il y avait une volonté très claire, au plus haut niveau, de faire mal, d’en mutiler un pour terroriser tous les autres.

Ce qui nous relie, c’est de vouloir dire qu’il ne s’agit pas de cas isolés. Cela est arrivé à beaucoup d’autres. On ne compte plus les personnes mutilées ou tuées par la police.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331072667.jpg

Ce qui nous relie, c’est l’arme avec laquelle nous avons été frappés : un flashball. Comment qualifier cette arme, maintenant très répandue dans la police, qu’elle use comme on use d’une matraque ? Une arme qui terrorise. Une arme avec laquelle la police a de nouveau le droit de tirer sur la population. Une arme avec laquelle elle tire à toute occasion : 2787 tirs de flashball pour l’année 2011. Un arme qui dit : « Rentrez chez vous et n’en sortez plus ».

Ce qui nous relie, c’est de vouloir rattacher la violence dont nous avons été la cible, à la violence quotidienne de la police : le harcèlement de certains quartiers, la traque des sans-papiers, les expulsions des gens de leurs logements, les délires anti-terroristes à l’encontre de nos amis, la criminalisation de tous ceux qui sortent du rang.

Ce qui nous relie, c’est d’avoir voulu, coûte que coûte, ne pas céder à la peur, retourner dans la rue, lutter.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331072958.jpg

Nous serons ensemble le 6 et 7 mars 2012 au TGI de Nantes.


Communiqué de Pierre et de ses proches – Perdre l’usage d’un œil suite à un tir de flashball

Il y a quatre ans, Pierre a perdu l’usage d’un œil suite à un tir de flashball lors de l’occupation du rectorat de Nantes au cours du mouvement contre la loi LRU. Le policier qui lui a tiré dessus passe en procès le mardi 6 et mercredi 7 mars. C’est le premier procès mettant en cause un policier ayant mutilé une personne au flashball lors d’un mouvement social. Depuis, nombreuses sont les personnes qui ont été blessées par cette nouvelle arme introduit par Claude Guéant en 2005. Parmi eux, on compte beaucoup de jeunes des quartiers populaires, des enfants et des manifestants.

Quatre parmi eux seront au procès pour témoigner leur solidarité à Pierre et dire leur refus des violences de la police et de l’impunité dont elle bénéficie.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331072222.jpg

Seront présents au procès le 6 et 7 mars au TGI de Nantes :

• Pierre, lycéen mutilé à l’œil lors de l’occupation du rectorat de Nantes dans le cadre du mouvement contre la loi LRU (comme plaignant),

• Joachim, mutilé à l’œil alors qu’il manifestait contre l’expulsion d’un squat à Montreuil, (comme témoin de la défense),

• Joan, étudiant mutilé à l’œil, lors d’une autoréduction à Toulouse dans le cadre du mouvement contre la loi LRU 2,

• Geoffrey, lycéen mutilé à l’œil, encore à Montreuil, alors qu’il occupait son lycée dans le cadre du mouvement contre la réforme des retraites.

Par leur présence commune à ce procès, ils veulent dire que ce qui est arrivé à Pierre, n’est pas un acte isolé, n’est pas une bavure. Pour chaque cas, on retrouve la même intention de faire mal, d’en mutiler un pour terroriser tous les autres. De la part du gouvernement cela se traduit par : « Il est temps de réprimer le mouvement ». De la part du préfet par : « Vous avez carte blanche ». De la part du policier, par un tir de flashball ajusté en plein visage. Si la justice relaxe le policer, c’est une carte blanche à tous les policiers pour continuer à mutiler impunément. Pierre et Geoffrey dans leurs lycées, Joan dans son université, Joachim dans son quartier luttaient pour un avenir fait de solidarités plutôt que de concurrence de tous contre tous. Il n’en faut pas plus aujourd’hui, pour être mutilé par la police. Qu’en sera-t-il demain ?

Rassemblement mercredi 7 mars à 14h devant le TGI de Nantes.

Pierre et ses proches.


Tir de flashball : Pierre et Joachim, gravement blessés, détaillent la violence policière

Tous deux ont été la cible d’un tir de flashball, cette arme aux effets potentiellement dévastateurs dont l’usage s’est répandu en France à partir de 1995 sous l’impulsion de Claude Guéant, alors directeur général de la police nationale. Grièvement blessés, ils gardent l’un et l’autre les marques de la violence subie. Ce ne sont pas des cas isolés, plus d’une vingtaine de personnes ont subi le même sort ces dernières années.

En novembre 2007, Pierre manifeste à Nantes contre la loi sur les universités quand il est touché au visage. Il a 16 ans et devient quasiment aveugle du côté droit. En juillet 2009, Joachim réside à Montreuil et se mobilise contre l’expulsion d’un squat dans sa ville. Visé lui aussi, à 37 ans, il perd un œil.

Les 6 et 7 mars 2012, le policier qui a tiré sur le jeune Nantais est appelé à la barre. À l’occasion de ce premier procès lié à l’usage du flashball lors d’une manifestation, Mediapart a rencontré Pierre et Joachim pour évoquer leur expérience de cette arme, symbole de la politique répressive de Nicolas Sarkozy, et les efforts pour surmonter la peur.

Qu’attendez-vous, Pierre, du procès du policier qui a tiré sur vous le 27 novembre 2007 ?

Pierre. Après plus de quatre ans de bataille judiciaire, le procès a été fixé les 6 et 7 mars 2012. Je ne me suis jamais fait d’illusion sur l’institution judiciaire, mais j’ai déposé plainte, avec ma famille, pour faire parler de l’affaire, pour qu’elle ne soit pas aussitôt enterrée, oubliée, et surtout pour calmer au moins temporairement la police, envoyer un message, dire “On ne peut pas mutiler impunément un lycéen, on ne peut pas tirer sur une manifestation”. Je n’ai jamais pensé que le tireur irait aux assises, même si un citoyen lambda tirant avec une arme d’épaule sur quelqu’un aurait pris immédiatement de la prison ferme, surtout en ces temps de durcissement législatif et sécuritaire.

Malheureusement, en quatre ans et demi, les cas se sont accumulés. Un exemple m’a particulièrement scandalisé : Geoffrey, à Montreuil, en 2010, qui s’est fait tirer dessus, il avait le même âge que moi et a été blessé dans les mêmes circonstances. Le cas de Joachim aussi, évidemment, est similaire, tout comme celui de Joan à Toulouse. À chaque fois que quelqu’un se fait tirer dessus au flashball, qu’il perd l’usage d’un œil, à chaque fois, c’est comme si on me blessait à nouveau, parce qu’on se rend compte qu’il y a un sentiment d’impunité dans cette police insolente qui continue à viser délibérément les visages.

Entendez-vous vous servir de ce procès comme tribune pour demander l’encadrement de l’usage du flashball ou son interdiction ?

Pierre. J’attends que le tireur soit déclaré coupable. Une relaxe du tireur serait perçue comme un chèque en blanc. Cela signifierait que l’État, la justice autorise les polices de France à tirer sur des manifestants et à blesser délibérément, à mutiler à vie des gens. Si le policier est déclaré coupable, le minimum serait que son port d’armes lui soit retiré, qu’il soit mis hors d’état de nuire, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, il est en exercice, je l’ai revu armé dans des manifestations à Nantes. Plus généralement, j’espère que cela incitera la population à réfléchir sur les pratiques de la police, et la police à être contrainte de calmer ses ardeurs répressives et mortifères.

Je ne me place pas forcément dans l’optique de faire interdire le flashball, même si, à titre personnel, j’y suis favorable. Je souhaite que s’engage une réflexion plus large sur les violences policières, sur tout le contrôle sécuritaire, les tasers, les drones, toutes ces armes de plus en plus offensives de contrôle de la population.

Je souhaite que les victimes de violences policières en général entrent en contact et ripostent collectivement, car la police, elle, reste unie et solidaire. Les syndicats policiers savent défendre leurs droits, disons leurs droits à mutiler, ou à tuer, contrairement à nous qui sommes isolés, atomisés par la répression.

Joachim. Il faut faire le lien entre ce qui nous est arrivé et l’ensemble des violences policières, les personnes humiliées, tabassées, mutilées, tuées. Mais au quotidien, la police, c’est aussi les expulsions de logements, la traque des sans-papiers, le harcèlement des habitants de certains quartiers. La police est là pour maintenir un ordre profondément injuste et destructeur. Face à cette situation, évidemment, les gens se révoltent, manifestent, occupent. Dans ces situations la police n’hésite pas à tirer sur les gens. C’est de tout cela qu’il faut parler.

Comment vous préparez-vous en vue du procès ?

Pierre. J’ai demandé à Joachim de venir témoigner au procès car je veux, en plus de la parole juridique, une parole personnelle de quelqu’un qui partage la même expérience que moi. Je souhaite aussi faire passer un message politique. Si cela est arrivé à Joachim et à moi, ainsi qu’à d’autres, c’est qu’il ne s’agit pas d’un acte isolé.

Comment ça s’est passé le 27 novembre 2007 ?

Pierre. Le 27 novembre 2007, à Nantes, le mouvement lycéen et étudiant dure depuis plusieurs semaines. C’est un mouvement assez vivace, avec l’université et les lycées du centre-ville bloqués, c’est un mouvement contre la loi LRU de privatisation des universités pour défendre notre droit à l’éducation. Au même moment, il y a des émeutes à Villiers-le-Bel. Ce jour-là, on part en manifestation, une grosse manifestation de quelques milliers de lycéens et d’étudiants. On se dirige vers le rectorat, lieu traditionnel de manifestations à Nantes. On entre dans le parc du rectorat.

Plusieurs unités de police se déploient rapidement : la Bac, la brigade anti-criminalité en civil, les gendarmes mobiles et les compagnies départementales d’intervention, les CDI, qui sont l’équivalent des CRS, à l’échelle départementale. Je repère tout de suite un policier cagoulé, qui a un flashball de couleur jaune, c’est un lanceur de balles, un nouveau type d’armes avec visée qu’on n’avait pas encore vu en manifestation jusque-là. D’habitude, on voyait le flashball le plus répandu, le plus traditionnel, le flashball super pro, sans viseur et moins précis.

Rapidement, la police a ordre de nous charger. Ça se passe très violemment. On ne comprend pas, la manifestation est pacifique, il y a des gens qui jonglent, qui jouent de la musique, qui chantent. Lors du procès, on montrera des photos illustrant cette atmosphère. D’un seul coup, les forces de l’ordre nous chargent par devant et sur les côtés, elles frappent aussitôt, la brigade anti-criminalité tire des gens de la manif et les frappe. Cela crée un contexte de peur. Dans un mouvement de panique, la manifestation se met à refluer et est évacuée du parc du rectorat en quelques minutes. Plusieurs personnes sont interpellées par la Bac et molestées.

Une fois qu’on est à l’extérieur de l’enceinte du rectorat, la police ferme la grille de l’entrée du parc, les manifestants sont sur la voie publique, il n’y a plus aucun enjeu de maintien de l’ordre. C’est à ce moment là que le policier tire. Il est dans le parc du rectorat, de l’autre côté de la grille, moi je suis à moins de 10 mètres sur la voie publique. Je sens un énorme choc sur ma tempe. J’ai le réflexe de me tourner, je vois le policier avec son arme orientée en direction de mon visage. Je comprends tout de suite ce qui s’est passé. Par la suite, j’apprendrai qu’il y a eu d’autres tirs de flashball sur d’autres manifestants, qui n’ont pas atteint le visage heureusement, par des agents de la Bac. Je me retourne, je vois ce policier qui m’a tiré dessus, j’ai le réflexe de mettre ma main sur mon visage, je vois que ça pisse le sang, je demande de l’aide, on me transporte un peu plus loin en attendant les secours. Voilà comment ça s’est passé.

Pourquoi évoquer Villiers-le-Bel ?

Pierre. À la fin du mois de novembre 2007, deux jeunes sont morts, ils ont été renversés par la police à Villiers-le-Bel. Des émeutes ont suivi. Environ 24 heures avant que je me fasse tirer dessus, la télé passait en boucle des images de policiers blessés dans ce quartier, dont un policier qui s’était fait tirer dans l’œil. Il avait l’œil bandé, Nicolas Sarkozy était à son chevet et disait que c’était inadmissible de s’attaquer aux forces de l’ordre de cette façon. Je ne peux pas dire qu’il y a un lien de cause à effet, mais il est frappant que peu après un policier ajustait son tir de flashball dans mon œil.

Et le 8 juillet 2009 à Montreuil ?

Joachim. Un lieu avait été ouvert dans une ancienne clinique dans le centre de Montreuil, qui était squatté depuis des mois et dans lequel étaient organisées de nombreuses activités ouvertes sur le quartier. De ce lieu il y avait eu une expulsion la veille. Pour répondre à cette situation, on voulait être présents dans la rue. On avait préparé un grand repas et on avait invité les habitants concernés à venir nous rejoindre. Au bout de deux ou trois heures, on a décidé de partir en manifestation. Calmement, on est partis en file indienne sur le trottoir et pn s’est réunis devant la clinique. Au même moment, les policiers sont arrivés, assez calmement. Ils se sont garés à côté de la clinique, ils sont sortis, ils se sont armés, beaucoup avaient des flashballs.

On s’est dit qu’on n’allait pas chercher les ennuis. Un mot d’ordre a été lancé par un manifestant, ‘On y va’, avec l’idée qu’on partait. On est tous partis, un peu en ordre dispersé, sur la place qui fait face à la clinique et sur laquelle il y a un marché, deux fois par semaine. On marchait et, à un moment, on a entendu un cri. La police venait d’interpeller quelqu’un. Je me suis retourné pour voir ce qui se passait. La police était face à nous et s’est adonnée, pour reprendre leurs mots, à une véritable partie de ball-trap.

Ils nous ont tiré dessus à de nombreuses reprises, cinq personnes ont été touchées, la plupart au-dessus de l’épaule : à la nuque, sur le front, sur la clavicule et moi en plein dans l’œil. Tout le monde ayant été touché au-dessus de l’épaule, ce qui est normalement interdit, on peut parler de préméditation.

Pouvez-vous mettre des mots sur cette violence que vous avez subie ?

Pierre. C’est très étrange. J’ai senti un énorme choc dans mon visage. Mais, au début, comme une douleur au-delà de la douleur, je n’ai pas eu vraiment mal. C’est venu ensuite. J’ai vu que je saignais abondamment, je ne voyais plus rien, on m’a mis à l’écart et j’ai été pris en charge par les pompiers.

Alors que j’étais complètement sonné, aveuglé, je me souviens que des policiers sont venus prendre mon identité pour préparer sans doute leur ligne de défense. Au lieu de me porter secours, ils ont fait dégager les gens qui m’entouraient, les copains, et je les entendais braquer les autres manifestants, demandant leur nom, leur adresse.

La douleur est venue plus tard à l’hôpital, je vomissais du sang. Le flashball est une arme cinétique, on ne sent pas tout de suite l’effet mais ça cause des dommages irréversibles à l’intérieur du corps. Pendant plusieurs jours, j’ai eu la moitié de la tête bleue, gonflée, et j’ai gardé l’œil rouge vif pendant plusieurs mois. J’ai eu peut-être de la chance dans mon malheur car la balle a tapé dans l’os. J’ai eu des micro-fractures, la balle a ricoché sur l’os. Dans un sens, c’est mon crâne qui a absorbé le choc, sinon j’aurai perdu mon œil en plus de la vue. Les conséquences, c’est que je ne vois plus d’un œil, ça a causé des lésions irréversibles sur la rétine. J’ai perdu l’usage d’un œil.

Encore aujourd’hui j’ai des douleurs à la tête, des céphalées. J’ai subi deux opérations dans les semaines qui ont suivi et un traitement qui a duré plusieurs mois. Si j’ai gardé mon œil, bien que quasiment aveugle, c’est que j’ai subi ces deux opérations qui m’ont accaparé pendant six mois, qui m’ont fait mal et qui m’ont mis groggy.

Joachim. Quand ça arrive, on est K.-O. Le choc est tel que tout le corps est sous le coup, au-delà de la douleur. On ne s’évanouit pas, mais la commotion provoque une montée d’adrénaline, tous les voyants passent au rouge. J’ai tout de suite senti que quelque chose était arrivé, quelque chose de très grave. Comme le flashball m’a crevé l’œil, cela a impliqué qu’on l’enlève, qu’on mette une bille à la place et une prothèse. Ce sont des opérations lourdes, difficiles.

J’ai le visage peut-être pas défiguré, mais je garde une forte trace physique. Cette dimension est présente dans le regard des autres et pour moi.

Il faut aussi parler de la peur qui rentre en toi après une telle mutilation. Une semaine après, je suis allé à la manif qui répondait à cet acte de violence. Mais c’est un combat de chaque jour pour maîtriser la peur qui est entrée en toi, pour arriver à faire face à des policiers armés de flashball sans se dire ‘Je rentre immédiatement’, pour prendre la parole et raconter. Après, il faudrait aussi parler de tous ceux qui, à travers nous, ont été touchés par la peur. En mutilant certains, on terrorise tous les autres.

Ce que vous dites, c’est que la police a atteint son objectif de semer la peur.

Pierre. Le flashball est un instrument de peur, comme l’a dit Joachim, un instrument de terrorisation. À Nantes, ça a marché. Quand j’étais encore à l’hôpital, une manifestation contre les violences policières a été organisée, cela m’a touché, 5000 personnes ont défilé avec une grande banderole. Mais est-ce que cela n’a pas été un baroud d’honneur, parce qu’ensuite le mouvement lycéen et étudiant s’est éteint. Je me suis fait tirer dessus, il y a eu une manifestation ritualisée, puis plus rien. Très concrètement, les parents ont interdit à leurs enfants de sortir, ‘Tu ne sors pas, tu vois ce que font les flics, ils tirent, si tu sors, tu vas te faire
shooter’.

Joachim. Pour ma part, je ne veux pas négliger l’importance de la réaction qui a suivi le soir du 8 juillet. D’abord celle des copains qui ont organisé la manifestation juste après et puis celle de tous ceux qui ont manifesté leur solidarité. Pour lutter contre la peur, les réponses collectives sont très importantes. Sinon, je pense que j’aurais beaucoup plus souffert au moins dans ma tête. Si personne ne se bouge, la seule chose que les gens lisent, c’est le communiqué de la préfecture qui explique d’une manière ou d’une autre que vous l’avez bien mérité. Ensuite, l’IGS, l’Inspection générale des services, mène une enquête qui sème le doute dans la tête de tout le monde. Enfin, si la justice n’enterre pas le dossier, les policiers seront relaxés. Donc, la solidarité est ici vitale.

Est-ce que ce type de violences ne créent pas de la révolte, de la défiance, en même temps qu’elle suscite de la peur ?

Joachim. Le flashball sert à réprimer toute tentative de retrouver prise sur les choses en sortant des cadres. Si l’on regarde dans quelles situations les personnes ont pris un tir de flashball, elles sont très différentes, très banales aussi, mais toutes semblent dire : ‘Ici, c’est chez nous’. Quel est le point commun entre occuper un lycée, ouvrir un squat, faire vivre son quartier en faisant un repas ou en jouant à la balle ? Dans beaucoup des cas, il y a cette dimension d’habiter, d’occuper le territoire, de se réapproprier un espace.

Le flashball est une arme qui dit aux gens ‘Rentrez chez vous’. Quand on ne peut pas payer, l’espace pour dormir, manger, se rencontrer, s’entraider, fabriquer des choses, se réduit à pas grand-chose. Alors, les gens forcément trouvent d’autres moyens. Mais très vite, on les criminalise, et s’ils résistent, on leur tire dessus.

Pierre. Les policiers aussi ont peur, une peur que le pouvoir construit dans leurs esprits pour qu’ils attaquent. Ils n’ont jamais été aussi violents, mais en même temps ils sont tétanisés, comme s’ils étaient dépassés et qu’ils ne savaient plus faire face à une foule. Ils ont peur, c’est pour cela qu’ils sortent leur flashball en permanence. Avec les fantasmes mensongers médiatico-politiques sur les anarcho-autonomes ou sur les banlieues, les responsables politiques les ont mis en garde, ‘Il y a un ennemi intérieur, il faut attaquer, sinon il vous attaquera’.

Cette paranoïa d’État aboutit à un usage encore plus violent, gratuit, décomplexé du flashball, et plus généralement de la violence physique et verbale contre tous ceux qui sortent du rang. Quand les lycéens prennent la rue, les policiers ont peur parce qu’ils savent qu’il n’y a pas de parcours déposé en préfecture et que le cortège se balade n’importe où.

La police craint tout ce qui est incontrôlable. Mais ce qui est incontrôlable peut aussi s’arrêter à tout moment. C’est ce qui est arrivé avec le mouvement à Nantes, avec cette logique d’atomisation. La police tire sur une personne, touche un corps, pour semer la peur dans tout le corps social, pour terroriser tout le monde. Il y a des interstices, sans doute, mais là, je vois malheureusement surtout de la peur. Dans la manifestation anti-répression, beaucoup de filles et de garçons étaient révoltés, mais cela a joué un rôle d’exutoire plutôt qu’autre chose, avec les pouvoirs locaux qui lançaient des appels au calme.

Joachim. La peur ou la révolte ? Ça fonctionne dans les deux sens. Lors de la manifestation qui a répondu aux tirs de flashball à Montreuil, les gens se sont casqués et portaient des lunettes, comme s’il y avait eu une prise de conscience que désormais il fallait se protéger, collectivement, de la police. Cela nous a obligés à prendre acte de la violence dont peut user la police contre nous. La rue, il faut savoir l’occuper. Ce sont des problématiques auxquelles il faut trouver des réponses qui ne soient pas celles du service d’ordre de la CGT.

En tirant sur vous, la police a exprimé brutalement la violence d’État, elle a mis à nu ce qu’en général elle s’efforce de cacher. Est-ce que ça témoigne d’un changement de doctrine dans les pratiques policières ?

Pierre. Je ne suis pas spécialiste de l’histoire du maintien de l’ordre, mais il semble qu’on est passé d’une police défensive, munie de gaz lacrymogène, à une police offensive, avec flashball et taser. La police est passée à l’attaque, elle tire sur les gens, elle marque les corps, elle cible les mineurs. Ce passage à l’offensive est lié à l’ère sécuritaire qui a commencé sous Jospin et qui s’est amplifiée sous Sarkozy.

Joachim. Comme le dit Pierre, la police est passée à l’offensive et les armes à létalité réduite ont un rôle très important dans cette nouvelle doctrine. Car du fait de leur létalité réduite, elles échappent en grande partie au cadre strict de la légitime défense qui encadre les armes létales. Elles sont utilisées de manière offensive. On le voit bien, les policiers se servent du flashball, comme on se sert d’une matraque.

Ces pratiques policières sont symptomatiques d’un état de la société, d’une politique à un moment où le consensus, le compromis historique liant la classe ouvrière au capital s’effondre. Le donnant-donnant cantonnant la contestation à l’intérieur d’un certain cadre en échange de l’État-providence ne fonctionne plus. Tout saute. Le pouvoir ne reconnaît plus la symbolique des manifestations, celles-ci sont délégitimées et tendanciellement criminalisées. Comme l’État n’a plus de marge de manœuvre sociale, il est de plus en plus réduit à sa fonction policière.

Ce qui vous est arrivé relève-t-il de la « bavure » policière ou le considérez-vous comme le résultat d’une politique répressive ?

Pierre. Je me méfie beaucoup du terme de bavure. Une bavure, c’est quoi ? Une tache d’encre ? Une bêtise ? Un acte isolé ? Quand des gens sont visés de manière délibérée au visage depuis quatre ans, que les cas se multiplient, on peut parler d’actions coordonnées, de violences policières, voire de crimes ou de meurtres policiers. Les mots sont importants, on est dans une guerre sémantique, et pour moi, le terme de bavure vise à relativiser ce qui s’est passé alors que, dans le même temps, les autorités parlent de prise d’otage pour désigner les grèves et les manifestations. Pour moi, ces tirs sont le résultat d’une politique concertée, qui va de pair avec une militarisation de l’État. On observe, depuis plusieurs années, une surenchère dans la technologie sécuritaire.

Joachim. Il n’y a aucun hasard dans ce qui s’est passé. Toutes ces situations induisent une forme de préméditation et d’intention visant à réprimer et à faire mal. En même temps, le flashball est une arme à bavure. L’institution policière pourrait se dire qu’il faut resserrer les règlements, modifier les armes, elle pourrait tout à fait s’approcher d’un risque zéro de bavures. Mais, non, elle continue, comme s’il y avait une intentionnalité basse, indirecte, mais bien présente et assumée. Une police que l’on sait pouvoir commettre facilement des bavures fait peur.

Qu’est-ce que ça a changé sur votre parcours militant ?

Joachim. On lutte pour que cela ne change rien. Si, en plus, on devait s’arrêter de faire ce qu’on faisait avant, c’est-à-dire militer, participer à des manifestations, si on devait renoncer à tout ça, alors ils auraient gagné. Tout le combat est de continuer comme avant. Mais ce n’est pas simple. Il faut du temps pour arriver à encaisser le coup. L’enjeu est aussi de continuer à faire de la politique sans être dans une confrontation directe avec la police.

Pierre. Certaines personnes m’ont dit : ‘Avec ce qui t’es arrivé, tu ne vas pas retourner en manif…’ Mais il n’a jamais été question de rester chez moi. Si je ne sors plus, si je ne dérange plus, ils auront gagné, donc j’essaie de continuer à résister à leur ordre, à mon échelle.

Est-ce que ça a modifié votre rapport à l’État ?

Joachim. L’enjeu pour moi est de me libérer de ce face-à-face avec la police, de continuer à faire ce que je faisais, comme participer à un collectif de chômeurs et précaires ou lutter autour de la restructuration du quartier où j’habite. Même si la police a vite fait de vous tomber dessus. Aujourd’hui quand on occupe un pôle emploi, la direction demande à tous les agents de faire valoir leur droit de réserve, ce qu’elle n’a pas le droit de faire, cela doit rester une initiative personnelle. Les agents partent et la police arrive. Alors que vous étiez venus discuter avec les agents, rencontrer les chômeurs, la police vous expulse. La réponse à la violence de la police, la société entière doit la porter. C’est un mouvement plus général qui doit dire : ‘Arrêtez-là, c’est fini, vous prenez trop de place, vous les policiers, vous êtes nuisibles, vous semez la peur, vous traquez les sans-papiers, vous expulser les gens, vous êtes une force destructrice, arrêtez-vous, dégagez !’

Est-ce que vous vous reconnaissez dans le terme de « victimes » ?

Pierre. Je n’aime pas cette terminologie victimaire. La justice nous renvoie à ce statut de victime ou de plaignant tout en nous accusant d’avoir jeté des projectiles. Les policiers nous chosifient. Quand ils nous visent, ils parlent de ‘neutraliser la cible’, comme si on était en guerre. Peut-être que je dirais cela : je suis une cible des violences policières.

Quels moyens avez-vous déployé pour vous approprier ce qui vous est arrivé ?

Pierre. Avoir un policier identifié à la barre est le résultat d’un rapport de force. Ça ne s’est pas fait tout seul. Il n’a pas suffi que la justice suive son cours. Quelques jours après ma mutilation, des policiers de l’IGPN, l’Inspection générale de la police nationale, sont venus dans ma chambre d’hôpital pour faire leur enquête. Ils essayaient de me piéger, de voir si j’avais lancé des choses, alors que j’étais encore sonné. Ils essayaient de trouver des failles dans ma version, comme si j’étais l’agresseur, et ils me demandaient ‘Qu’est-ce qu’il a fait le collègue ?’

On a tout de suite compris que si on ne faisait pas le travail nous-mêmes, ça ne marcherait pas. Des proches se sont constitués, non pas en comité de soutien d’une victime qui s’appellerait Pierre, mais en groupe de travail, qui a rassemblé des données et qui a mené une sorte de contre-enquête citoyenne.

Notre objectif était de permettre ‘l’établissement de la vérité’ sur les faits, comme disent les juges. On savait que l’enquête de l’IGPN ne permettrait pas d’éclairer la vérité. On a lancé un appel à vidéo, cela nous a été très utile, car, comme par hasard, les deux caméras de la police qui étaient censées filmer la manifestation sont tombées en panne au moment des tirs. Les vidéos que l’on a récupérées ont été synchronisées et nous ont permis d’obtenir un timing précis, minute par minute, seconde par seconde. C’est grâce à ce travail que l’IGPN a été obligée de lâcher le tireur. Ensuite, le juge d’instruction a été contraint d’instruire l’affaire. On a dû organiser des conférences de presse et relancer la justice pour avoir une date de procès.

Il ne faut rien attendre de la justice, il faut faire le travail d’investigation soi-même dans la mesure du possible. Dernièrement, une petite fille qui s’appelle Daranka s’est fait tirer dessus dans la banlieue parisienne. À Mayotte, un petit garçon a perdu son œil pendant le mouvement social de l’automne dernier. Ils n’auront pas forcément le même éclairage médiatique qui permettra de faire éclore ces affaires. Qui parle d’eux ?

Comment la police et les médias ont communiqué sur vos affaires ?

Pierre. Dans mon cas, les médecins ne savaient pas encore ce que j’avais que déjà le préfet déclarait à la presse que j’étais touché à l’arcade et que je n’avais rien à l’œil. J’ai observé que le même scénario se répétait à chaque violence. Les autorités et les médias dominants minimisent à chaque fois les blessures des gens agressés par la police et ‘inventent’ en parallèle des policiers blessés. Sont toujours mis en balance les policiers blessés et les manifestants blessés pour faire croire que la police n’a fait que se défendre, pour légitimer la violence de la police.

C’est une guerre médiatique, une guerre dans l’opinion, les policiers l’ont compris. Les communiqués de la préfecture évoquent des ‘échauffourées’ entre lycéens et policiers. Mais, moi, je n’ai pas vu d’échauffourées, j’ai vu des policiers qui attaquaient une manifestation pacifique. On a aussi dit que j’avais été blessé par un caillou lancé par un autre manifestant.

Joachim. Tout se focalise d’abord sur l’identité de la personne qui s’est fait toucher. La police m’a aussitôt désigné comme un jeune squatteur, un anarchiste, etc., comme si, pour la police et pour l’opinion publique, il y avait une catégorie de gens sur laquelle on peut tirer légitimement.

En termes de stratégie judiciaire, vaut-il mieux viser la condamnation d’une seule personne ou souligner la responsabilité de la hiérarchie ?

Pierre. La stratégie des policiers vise à brouiller les pistes, à dire qu’il n’y a pas de tireur et à renvoyer la responsabilité sur la hiérarchie. À l’arrivée, il n’y a pas de coupable. Qui m’a tiré dessus ? Qui a tiré sur Joachim ? Ce sont des individus. Ils doivent être reconnus coupables. Sinon, ça se termine en non-lieu ou par une relaxe et l’opinion publique pense qu’il ne s’est rien passé. Et ça contribue aussi à décomplexer la violence des policiers qui se sentent toujours plus impunis, exonérés.

Joachim. Condamner un policier, c’est condamner la police. C’est toujours cela de gagné contre l’impunité policière. Les policiers ont le sentiment d’être en guerre, et ce sentiment est encouragé par les pouvoirs publics. Leur mission : rétablir l’ordre dans les zones de non-droit. À travers cette expression issue de la presse à scandale, ils se croient autorisés à agir de manière extra-judiciaire ou offensive, c’est la même chose. Ils se croient autorisés à tirer aux flashballs sur les habitants d’un quartier sans raison comme à Villiers-le-Bel, le jour où Alexandre et Bruno ont perdu un œil. Si la police veut devenir une armée, exigeons au minimum qu’elle rentre dans ses casernes.

Leur presse (Carine Fouteau, Mediapart.fr, 5 mars 2012)


Nantes : le procès du flashball débute aujourd’hui

Le 27 novembre 2007, un lycéen de 17 ans perdait un œil suite à un tir de flashball lors d’une manifestation.

Le procès du policier soupçonné d’avoir blessé un lycéen avec un flashball s’ouvre ce mardi. Le 27 novembre 2007, à  l’issue d’une manifestation contre la loi Pécresse, Pierre, un lycéen de 17 ans perdait un œil suite à un tir de flashball.

Les parents du lycéen avaient, à l’époque, déposé une plainte contre X.

À la suite de l’incident, le policier avait été mis en examen pour « violence volontaire avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique ».

En mai 2010, le parquet de Nantes avait requis un non-lieu pour le policier à l’origine du tir de flashball.

Dans son réquisitoire définitif déposé le 25 mai 2010, le parquet avait estimé que le policier avait agi de façon non-disproportionnée et dans un état de « légitime défense ».

Le Collectif contre les violences policières, le Codelib (Comité de défense des libertés fondamentales contre les dérives sécuritaires) et l’intersyndicale CGT, FCPE, FSU, LDH, Solidaires, SEN et UNEF ont choisi de se rassembler en marge de ce procès. Ces organisations « attendent de ce procès qu’il permette d’expliquer comment un fonctionnaire de police, agissant au nom de la République, a pu en arriver à se servir d’une arme en « expérimentation » ayant la réputation de mutiler et causer de graves lésions, en particulier lors de tirs au visage. »

Le rassemblement est prévu mercredi à 14 heures devant le Palais de Justice de Nantes.

Le gomme-cogne, une arme critiquée après plusieurs blessures graves

La comparution ce mardi devant le tribunal correctionnel de Nantes du policier soupçonné d’avoir grièvement blessé avec un gomme-cogne un lycéen qui participait à une manifestation en 2007 s’inscrit dans une polémique qui dure depuis dix ans.

Cette catégorie d’armes, comprenant notamment le Flash-Ball et le LBD40, est régulièrement critiquée depuis qu’elle a été étendue à la police de proximité en 2002 et a provoqué plusieurs blessures à la tête depuis 2005.

Le gomme-cogne ou lanceur de balles de défense est une arme dite sublétale de quatrième catégorie, comme le pistolet à impulsions électriques Taser utilisé par les policiers et les gendarmes.

Ces équipements tirent des balles en caoutchouc ou en mousse en principe non perforantes, de calibre variable selon les équipements (44 millimètres pour le Flash-Ball, arme à portée réduite et 40 millimètres pour le LBD40, précis jusqu’à 40 mètres).

En mai 2009, la Direction centrale de la sécurité publique avait rappelé la proscription de viser « au niveau du visage ou de la tête » et la nécessité d’une utilisation « proportionnée ».

Au cours de l’année 2010, les gomme-cogne et les pistolets à impulsion électrique avaient été utilisés à 2.787 reprises par les policiers et gendarmes qui en étaient dotés, selon le ministère de l’Intérieur.

– 2005 –
 – 7 juillet : Aux Mureaux (Yvelines) un garçon de 14 ans est sérieusement blessé à l’œil par le tir d’un policier qui le poursuit. Le policier indique s’être senti menacé quand l’adolescent s’est arrêté pour ramasser un objet au sol.

– 2006 –
 – Dans la nuit du 28 au 29 octobre, dans une cité HLM de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), un adolescent de 16 ans est blessé à l’œil lors d’incidents avec la police venue au secours de pompiers caillassés lors d’une intervention.

– 2007 –
 – 27 novembre : Un lycéen de 16 ans perd l’usage d’un œil après avoir été touché à l’issue d’une manifestation contre la loi Pécresse à Nantes (Loire-Atlantique).

– 2009 –
 – 8 juillet : Le réalisateur Joachim Gatti, 34 ans, perd un œil après avoir été touché par un tir policier alors qu’il manifestait contre une expulsion de squatteurs à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Le 19 août 2009, l’Inspection générale des services déclare que les policiers n’ont pas respecté les règles de tir.
 – 19 mars : Joan Celsis, un étudiant de 25 ans, est gravement blessé à l’oeil en marge d’une manifestation d’étudiants à Toulouse quand la police tente de déloger un groupe de manifestants d’un magasin Monoprix.
 – 1er mai : À la cité des Fauvettes, à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), Samir Aït-Amara, 18 ans, joue à une « chasse à l’homme » avec des jeunes de la cité lorsque, selon sa sœur, un policier sort d’une voiture et lui tire dessus à moins de trois mètres sans sommation. Il perd l’audition de l’oreille gauche.
 – 9 mai : À Villiers-le-Bel (Val-d’Oise), deux hommes de 21 et 31 ans sont grièvement blessés à un oeil lors de violences entre des groupes de jeunes et la police, qui font cinq blessés légers côté policier. Appelée pour tapage nocturne, la police parle d’un « guet-apens », tandis que l’un des deux blessés affirme « qu’il mangeait un sandwich dans la rue quand des forces de l’ordre sont arrivées ».

– 2010 –
 – 14 octobre : Un élève de 16 ans du lycée Condorcet de Montreuil (Seine-Saint-Denis) est gravement blessé à un œil lors d’affrontements avec des policiers devant un autre établissement de la commune.
 – 12 décembre : Le résident d’un foyer de Marseille est victime d’un arrêt cardiaque par le tir au thorax par des policiers intervenant dans une rixe avec autre locataire. L’homme de 43 ans meurt le lendemain.

Cette succession d’incidents suscite de vives critiques sur le gomme-cogne, un député communiste demandant son retrait, tandis que les Verts déposent une proposition de loi pour les proscrire.

– 2011 –
 – 7 février : un adolescent de 17 ans est éborgné par un tir à Audincourt (Doubs). Une information judiciaire à l’encontre d’un policier est ouverte en janvier 2012.
 – 4 octobre : à Mayotte, un enfant de 9 ans perd un œil à la suite du tir d’un gendarme, qui est mis en examen.

Leur presse (Fabienne Beranger et AFP, 6 mars 2012)

Publié dans Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec | Commentaires fermés sur Perdre l’usage d’un œil suite à un tir de flashball

[Racisme d’État] L’avion spécial d’Air Expulsion a frôlé la catastrophe

Incidents en série sur l’avion des sans-papiers

C’est une grosse frayeur qui a conduit à la mise en place d’une cellule d’aide psychologique. Selon nos informations, l’avion privé utilisé par le ministère de l’Intérieur pour expulser certains sans-papiers — familles avec enfants ou individus trop dangereux pour être embarqués sur les lignes régulières — a effectué le 16 février dernier un atterrissage plus que mouvementé.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331068822.jpg

L’avion défaillant, un Beechcraft 1900, a été remplacé par un appareil flambant neuf à titre de précaution.

Alors qu’il venait de décoller du Bourget à destination de Pozane (Pologne), l’avion, un Beechcraft 1900 piloté par des policiers, qui transportait une dizaine de passagers, a été victime d’un problème de synchronisation de ses hélices, conduisant à un retour au sol.

Un appareil fourni par une compagnie privée

À l’arrivée, la procédure d’urgence ayant été déclenchée, les sapeurs-pompiers étaient sur le pied de guerre. Après une première procédure soldée par une remise des gaz, l’appareil a finalement effectué un atterrissage musclé, « rebondissant » sur le tarmac avant de s’immobiliser en bout de piste, trois pneus éclatés en raison du freinage.

Un incident qui a conduit le syndicat Unsa-Police-FSPN à demander des « garanties de sécurité » à sa hiérarchie, suivi par ses collègues d’Alliance.

Car ce problème technique est loin d’être isolé. Il intervient après deux autres sur le même appareil : les défaillances du système de pilote automatique, le 28 janvier, puis d’un altimètre, le 5 février. Face à cette accumulation, la police de l’air et des frontières (PAF) a procédé à un « changement d’appareil à titre de précaution », explique l’état-major de la PAF, qui indique également que des analyses sont en cours sur l’avion incriminé, notamment l’extraction des données de vol par une société spécialisée, « en toute transparence avec la Direction générale de l’aviation civile ».

Après une semaine d’arrêt de ces vols privés, un nouvel appareil, flambant neuf, a finalement été fourni par la compagnie Chalair, dont le cœur de métier est l’exploitation de lignes régulières entre villes de province de taille moyenne. C’est elle qui, depuis neuf mois, et pour un montant de 2 M€ à l’année, met à disposition « clés en main » au ministère cet avion à hélices.

Si l’atterrissage du 16 janvier a bien été « viril », comme on le reconnaît chez Chalair, la compagnie, vieille de vingt-neuf ans, réfute avoir fourni un appareil en mauvais état, ou mal entretenu. « Des pannes comme celles d’un altimètre, par exemple, il y en a régulièrement pour tous ces appareils, qui restent de très bons avions », rassure son PDG. Le même assure que la dizaine de Beechcraft qu’elle possède est entretenue dans les règles de l’art. « Faire des économies sur la sécurité serait stupide. Nous sommes en pleine expansion, et nous savons ce que coûterait un accident. »

Leur presse (Nicolas Jacquard, LeParisien.fr, 6 mars 2012)

Publié dans Les révoltes des migrants | Un commentaire

[Mort aux El-Assad et à tous leurs complices !] Après Homs, Rastane : « Le monde entier nous a lâchés mais nous ne lâcherons pas la révolution »

Syrie : assaut majeur de l’armée dans la province de Deraa

BEYROUTH – Les forces syriennes ont lancé un assaut majeur sur la ville de Hirak dans la province de Deraa, berceau de la contestation dans le sud du pays, assiégeant au même moment une localité dans la province de Hama (centre), a rapporté mardi une ONG syrienne.

Une fillette a été abattue par un tireur embusqué à Hirak, a affirmé l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), ajoutant que cinq soldats avaient également péri au cours de violents combats avec les membres de l’Armée syrienne libre (ASL) qui regroupe notamment des déserteurs.

D’importantes forces militaires comprenant des chars et des véhicules de transport de troupes blindés ont pris d’assaut Hirak. Des explosions et des tirs nourris notamment de mitrailleuses lourdes sont entendus, a ajouté l’OSDH, citant des habitants.

Les Comités locaux de coordination, qui animent la contestation sur le terrain, ont dénoncé un pilonnage à l’artillerie lourde visant les maisons et les mosquées, de même qu’une campagne de perquisition au cours de laquelle les troupes ont brûlé des maisons, volé des biens et mené des arrestations arbitraires.

Par ailleurs, des chars et des véhicules de transport de troupes assiègent la localité de Tibet al-Imam dans la province de Hama, a indiqué l’organisation.

Dans la province d’Idleb (nord-ouest), un homme de 23 ans a également été abattu par un tireur embusqué, selon l’OSDH.

Après la prise le 1er mars de Baba Amr, quartier rebelle de la ville de Homs (centre), les forces du régime mettent la pression sur d’autres bastions de l’Armée syrienne libre (ASL), notamment à Rastane (20 km de Homs) déclarée ville libre depuis le 5 février et bombardée régulièrement depuis.

Le régime va tenter d’accentuer la pression sur Rastane, il y a des préparatifs pour tenter un assaut car il est clair que la ville n’est pas sous son contrôle, avait affirmé lundi Rami Abdel Rahmane, chef de l’OSDH.

Ce qui se passe à Rastane est identique à ce qui s’est passé à Baba Amr: blocus, tirs d’artillerie et au lance-roquettes, a affirmé de son côté Hadi Abdallah, militant à Homs de la Commission générale de la révolution syrienne.

Les combattants de l’ASL sont encore à Rastane, ils ne cèderont pas facilement car personne ne veut d’un deuxième Baba Amr, a-t-il ajouté.

Rastane, bombardée par intermittence depuis le 5 février, est située sur l’autoroute reliant la capitale Damas au nord du pays. Une autre ville de la province de Homs, Qousseir, contrôlée en majorité par les rebelles, est également visée par des bombardements, selon Anas Abou Ali, un responsable de l’ASL.

Nous résisterons (…) c’est une question de vie ou de mort, nous allons résister de toutes nos forces. Le monde entier nous a lâchés mais nous ne lâcherons pas la révolution, a-t-il affirmé à l’AFP lundi.

Leur presse (Agence Faut Payer, 6 mars 2012)

Publié dans General | Marqué avec , , , , , , , | Commentaires fermés sur [Mort aux El-Assad et à tous leurs complices !] Après Homs, Rastane : « Le monde entier nous a lâchés mais nous ne lâcherons pas la révolution »

[PCC dégage !] Trois immolations en trois jours dans l’épicentre de la révolte au Tibet

Une nouvelle immolation par le feu a eu lieu dans une zone tibétaine du sud-ouest de la Chine, la troisième en trois jours, ont annoncé des groupes de défense des Tibétains tandis que la sécurité a encore été renforcée à l’approche d’anniversaires sensibles.

Un jeune homme de 18 ans nommé Dorjee est mort après avoir crié des slogans antigouvernementaux et s’être transformé en torche humaine devant des bâtiments publics de la préfecture d’Aba, dans la province du Sichuan, ont annoncé tard lundi les associations Free Tibet et International Campaign for Tibet.

Le jeune Tibétain est décédé sur place et son corps a été emporté par des membres de la sécurité, a précisé Free Tibet, dont le siège est à Londres.

Contactée par l’AFP, la police d’Aba — qui compte une large population d’ethnie tibétaine et est l’épicentre de la contestation actuelle — a refusé de s’exprimer sur cette nouvelle immolation.

La veille de ce geste désespéré, dimanche, une femme de 32 ans, mère de quatre enfants, s’était également donné la mort en s’immolant par le feu dans le Sichuan également.

Une autre Tibétaine, âgée de 16 à 19 ans selon les sources, s’est suicidée samedi de la même manière dans un marché aux légumes de la province du Gansu, voisine du Sichuan, avait annoncé Free Tibet.

Au moins 26 Tibétains, en majorité des moines bouddhistes du Sichuan, se sont immolés par le feu ou ont tenté de le faire en un an dans les zones tibétaines chinoises.

De nombreux Tibétains disent ne plus endurer la répression de leur religion et de leur culture et une domination grandissante des Han, ethnie fortement majoritaire en Chine.

Ces suicides interviennent alors que se profilent dans les prochains jours des anniversaires sensibles.

Le dalaï lama, le chef spirituel des Tibétains, avait en mars 1959 pris le chemin de l’exil, traversant à pied l’Himalaya pour arriver en Inde.

Et en mars 2008 des manifestations de moines bouddhistes à Lhassa, la capitale du Tibet, à l’occasion du 49e anniversaire du soulèvement et de l’exil du dalaï lama, avaient dégénéré en émeutes et gagné tout le plateau tibétain.

La sécurité a été encore renforcée dans ces régions, notamment dans et autour des monastères et les liaisons téléphoniques et internet ont été par endroit coupées.

Leur presse (tempsreel.nouvelobs.com, 6 mars 2012)

Publié dans Les luttes de classe en Chine | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur [PCC dégage !] Trois immolations en trois jours dans l’épicentre de la révolte au Tibet

[Vive l’Azawad libre !] « La justice militaire n’est pas la justice, la musique militaire n’est pas la musique et le sport militaire n’est pas un sport… Comment le développement peut-il être fait par des militaires ? »

Semaine n° 06 – 06/02/2012

« On ne peut pas encourager la guerre et la paix à la fois »

Depuis plusieurs années, avant même les événements de la Lybie, le Mali a mis la pression sur la population en l’étouffant par l’inertie vis-à-vis d’AQMI. Cela fut une contrainte pour les organisations non gouvernementales, seules structures qui se préoccupent de la population de l’Azawad. Leurs activités furent réduites afin de tuer en elle toute possibilité indépendantiste de mesurer l’état de désagrégation économique des populations. Il est important de rappeler que ces populations vivent essentiellement du tourisme et des dons au niveau international depuis 50 ans.

Pour la paix, la réaction de l’opinion publique au sud du Mali n’est pas du tout encourageante dans la mesure où elle « n’est pas prête à faire des concessions pour la paix ». Ceci est un signe que l’État lui même ne l’est pas et ne l’a jamais été et pour preuve il n’a jamais respecté les accords déjà existants.

1. Événements
Trilogie GSPC-Mali-AQMI

L’État malien incapable de fournir des arguments valables sur l’insécurité et les motifs réels des soulèvements dans l’Azawad et en même temps honorer ses engagements internationaux et sous-régionaux, il mène une campagne médiatique et diplomatique pour faire croire à l’opinion internationale qu’il est attaqué par AQMI. Pour ce faire, le gouvernement malien adopte les stratégies suivantes :

La première consista à donner l’impression de s’attacher à la survie des communautés à la fois autochtones de l’Azawad et minorités. Le Mali ratifie des traités internationaux prônant leur défense (comme la convention relative aux droits des peuples autochtones et celle relative aux droits des minorités). Le minimum dans l’application et la mise en œuvre de ces conventions reste la communication et en informant l’opinion nationale, surtout la population cible. Ce qui n’a pas été réalisé malgré les recommandations des dispositions desdits traités.

La seconde fut de permettre à l’ancien GSPC (Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat) algérien devenu depuis quelques années Al-Qaïda au Maghreb (AQMI) de faire de l’Azawad sa base arrière. Entre 2002 et 2009, le chef suprême de ce mouvement a été aperçu en compagnie d’officiers maliens jusque dans la région de Tombouctou. Le Mali savait [depuis] fort longtemps que ce mouvement est courtisé par Al-Qaïda dans le but de lui permettre de se faire une zone de forte présence et de recrutement entre le Maghreb et l’Afrique au sud du Sahara.

L’intérêt du gouvernement malien dans le maintien de cette situation de chaos dans l’Azawad est multiple et variable :

• Trouver un revenu secondaire à certains hauts placés militaires à travers le trafic de stupéfiants facilité par ceux-ci sous couverture des mouvements islamistes installés ;

• Faciliter et permettre un rapprochement progressif entre les populations autochtones vulnérables de l’Azawad et les extrémistes afin de conduire à l’instauration d’un amalgame au fur [et à mesure] des années ;

• Être dans les prochaines années parmi les États maillons et incontournables dans les programmes internationaux de lutte contre Al-Qaïda dans cette partie du monde ;

• Bénéficier d’une aide militaire et d’une couverture diplomatique et politique lui permettant de lancer des opérations militaires contre les Azawadis particulièrement touareg et arabes qu’il a lui même conduits et initiés à intégrer aux extrémistes.

S’agissant du non-respect et du désengagement total des accords d’Alger qui stipulaient dans leurs clauses une démilitarisation de l’Azawad, il suffit à tout celui qui veut s’en rendre compte de voir le nombre des casernes érigées par le gouvernement malien dans la zone. Et pour édifier le lecteur, nous soumettons à son honorable attention la liste ci-dessous énumérée :

Région de Kidal
Kidal ville : 02 camps militaires, 01 de la garde nationale, 01 escadron de la gendarmerie et 01 brigade de la gendarmerie, 01 commissariat de police ;
Tessalit : 01 camp militaire, 01 poste de police, 01 brigade de gendarmerie ;
Aguelhok : 01 camp militaire, 01 camp de garde ;
Anefis : 01 bataillon militaire, 01 brigade de gendarmerie ;
Tinzawaten : Un contingent mixte (militaires, garde nationale, gendarmerie, police…) l’un des plus importants avant leur déroute en 2012 ;
Unité méhariste à In-Ebag, Abeibara, Tin Essako

Région de Gao
Gao-ville : 02 camps militaire, 01 escadron de la gendarmerie, 01 commissariat de police, 01 camp de la Garde nationale du Mali ;
Ménaka : 01 camp militaire, 01 camp de la garde nationale, 01 commissariat de police nouveau, 01 brigade de gendarmerie, et une unité méhariste ;
Anderanboukane : 01 camp militaire ;
Ansongo : 01 brigade de la gendarmerie, 01 camp de la garde nationale ;
Bourem : 01 brigade de gendarmerie, 01 camp de garde ;
Gossi : 01 camp de garde, 01 brigade de gendarmerie, une unité méhariste ;
Tessit : 01 brigade de la gendarmerie.

Région de Tin-Bouctou
Tin-Bouctou-ville : 01 camp militaire, 01 camp de la garde nationale, 01 commissariat de police, 01 brigade de gendarmerie ;
Goundam : 01 camp militaire, 01 camp de la garde nationale, 01 camp de la gendarmerie ;
Niafounké : 01 camp militaire, 01 brigade de gendarmerie, 01 camp de garde ;
Léré : 01 brigade de gendarmerie, 01 camp de garde ;
Ber : 01 camp de garde, 01 unité méhariste.

L’Azawad a de tout temps été mis en état d’urgence où les civils croupissent sous la botte des militaires. Son développement fut le cadet des soucis du gouvernement central et en ne choisissant comme administrateurs de développement dans les zones (préfets et gouverneurs) que des officiers véreux, ne travaillant que pour leurs poches et l’abandon de poste et l’absentéisme sont leurs devises d’honneur.

Nous osons donc dire que le problème de l’Azawad ne sera pas réglé dans un contexte géopolitique mouvant et que ce qui s’est passé en Libye peut à tout moment se passer dans un autre pays de la sous-région et qu’il est inimaginable qu’un peuple entier soit obligé de fuir sa terre natale parce qu’en face il y a un gouvernement qui ne respecte aucun accord conclu et n’a aucune vision d’avenir et de prospérité pour ce peuple.

La justice militaire n’est pas la justice, la musique militaire n’est pas la musique et le sport militaire n’est pas un sport… Comment le développement peut-il être fait par des militaires, dans quelle partie au monde cela s’est vu ?

2. Faits

Faits sur le terrain prouvant la responsabilité et le respect des normes internationales par le MNLA et les abus commis par les autorités maliennes :

• Mobilisation des organisations humanitaires et Médecins du Monde reprend du service dans l’Azawad

• Remise de 03 prisonniers maliens au Comité International de la Croix-Rouge

• Gossi : dérapage de l’armée malienne : « … Les éléments d’Ibrahim Bossou entreront dans le campement abritant 500 personnes environ et selon plusieurs témoignages, dépouilleront les populations, feront coucher les gens sur le ventre, déshabilleront les femmes… Ces informations nous ont été confirmées par le maire de Gossi, Mossa Ag Elmouner, très déçu de ces comportements… »

• Débat sur BBC Arabica sur l’Azawad-Mali avec le journaliste Maki Ihlan et la participation du président du bureau politique-MNLA

• Combats à Tessalit
Après des combats ayant duré plus de (12) douze heures de minuit à l’après midi du dimanche 04/02/2012, entre l’armée révolutionnaire du Mouvement National de Libération de l’Azawad et le renfort de l’armée d’occupation dirigée par (03) trois officiers, des plus redoutés au Mali, les combattants de la Libération de l’Azawad ont anéanti totalement et sans appel ce renfort de l’armée d’occupation et d’invasion. Le bilan du matériel saisi est le suivant  02 chars ; 02 camions-BM-porteurs de missiles ; 06 véhicules équipés de 12,7 mm et plusieurs autres équipements.

3. Hommes

Déclarations de certains responsables gouvernementaux prouvant leur animosité envers le peuple de l’Azawad :

• Soumeylou Boubèye Maïga, Ministre des Affaires Étrangères et de la Coopération Internationale du Mali : « Le MNLA n’est pas une rébellion, mais c’est un mouvement ayant des moyens illégitimes. Nous les combattrons et ce sont les rapports de force qui détermineront une éventuelle discussion. Pour le moment notre priorité, c’est d’établir la sécurité sur tout le territoire. »

• Mahamadou Diagouraga, Directeur Général de la Police Nationale-Mali : « Signer un accord avec un mouvement, ne lui donne pas forcement une importance. On signe des accords à longueur de journée avec les syndicats ! Un accord, c’est juste signer quelque chose pour dire qu’on est convenu de ça. N’accordez pas d’importance au MNLA. »

• Collectif des ressortissants du Nord (Coren) : « … appeler à la mobilisation et l’effort de guerre, entamer le processus de dialogue, engager une vaste opération diplomatique pour rendre lisible l’action de l’État, engager des procédures judiciaires pour situer les responsabilités… »

Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), candidat à la présidence du Mali : « Il n’y aura pas de vraie solution à la crise au Nord sans tenue de l’élection présidentielle le 29 avril. »

Avis de personnalités indépendantes :

• Les Sénateurs Francesco Ferrante et Roberto Della Seta, membres de la Commission extraordinaire des droits humains interpellant le Ministre des Affaires Étrangères italien : « Le gouvernement italien doit s’activer au plus tôt au niveau international par rapport au gouvernement du Mali pour que s’arrête chaque forme de nettoyage ethnique, de torture, d’abus et de négation des droits humains dans ce pays africain… » Rome, 2 mars 2012

Déclarations de certaines personnalités de l’Azawad :

• Bakay Ag Hamed Ahmed, Chargé de Communication, Informations et relais avec les Médias : « L’État Major du Mouvement National de Libération de l’Azawad tient ses positions et contrôle le camp d’Amachach. Ce camp ne compte que quelques militaires sans provision et coupés du reste du monde, depuis plusieurs semaines. »

• Mahmoud Ag Ghali, Président du Bureau Politique-MNLA : « Nous serons là, jusqu’à la libération de l’Azawad. J’en appelle à toutes les organisations Internationales d’aider le peuple de l’Azawad, cela reste la seule solution pour ce peuple ayant enduré plus de 50 ans avec le Mali. »

On ne peut pas encourager la guerre et la paix à la fois

Boubeye Maiga est un ressortissant de l’Azawad, le MNLA le considère comme tel, n’eut été le rôle qu’il joue auprès du pouvoir central, sa connaissance du contexte devrait l’amener à la même conclusion sans avoir besoin que le MNLA soit né. Ce sont ses parents qui souffrent des conséquences de tout ce qui se passe et comme certains ressortissants de l’Azawad marginaux. Ils sont plus intéressés par leur positionnement politique personnel et les enveloppes distribuées par Koulouba que par le sort de l’Azawad et de ses populations.

Soit on tait les armes pour le dialogue soit on fait la guerre mais les deux à la fois ne peuvent être possibles et le MNLA ne se fera pas endormir. Le Mali a longtemps critiqué la France d’en faire trop par rapport à AQMI voire d’instrumentaliser la question d’AQMI et on se rend compte que le même Mali instrumentalise plus que ne l’a fait la France et les pays occidentaux de la question. Cela dans l’objectif d’avoir carte blanche lui permettant de confondre sa population aux terroristes et de l’assassiner en toute impunité en utilisant des raccourcis foireux qui ne trompent que les gens peu avertis. Le Sud Soudan a été acclamé et félicité par le Mali, les Nations Unies et l’Union Africaine.

Pourquoi cela posera t-il un problème aujourd’hui pour l’Azawad ? Faut-il passer encore 50 années comme l’a fait le Sud Soudan pour conclure à l’évidence ?

Pour le MNLA
Khoumeidy AG Acharatmane

Communiqué du MNLA, 6 mars 2012

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Vive l’Azawad libre !] « La justice militaire n’est pas la justice, la musique militaire n’est pas la musique et le sport militaire n’est pas un sport… Comment le développement peut-il être fait par des militaires ? »

[« Antiterrorisme »] La DCRI livre toujours à l’Algérie des islamistes à torturer (2)

Mourad Dhina, opposant algérien victime de la « Françalgérie » ?

Arrêté à Orly le 16 janvier 2012, l’opposant algérien Mourad Dhina — résidant en Suisse depuis 1993 — dort depuis à la prison de la Santé. Quel est son « crime » ? Faire l’objet d’un mandat d’arrêt international émis en 2003 par les autorités algériennes et l’accusant d’« avoir commis des actions terroristes à Zurich en Suisse durant les années 1997-1999 ». Malgré l’absence de la moindre preuve de ces allégations, la justice française a rejeté la demande de mise en liberté conditionnelle de Dhina, le gardant son écrou extraditionnel au moins jusqu’à l’audience du 21 mars 2012, lors de laquelle devrait être examinée la demande d’extradition à son encontre émanant du gouvernement algérien.

(…)

Il faut dire que, après la dissolution du FIS en mars 1992, Mourad Dhina avait décidé d’adhérer à ce parti et de s’engager dans ses activités à l’étranger. En particulier pour dénoncer les très graves violations des droits de l’homme perpétrées en Algérie par les généraux putschistes, visant principalement les partisans et sympathisants supposés du mouvement islamiste, même s’ils n’étaient le plus souvent engagés dans aucune action violente. Dhina sera notamment l’un des responsables de la publication des trois volumes du Livre blanc sur la répression en Algérie, implacable recueil de témoignages sur les exactions des forces de sécurité algériennes, interdit en France en septembre 1995, toujours à l’initiative de Charles Pasqua. À l’époque, il n’était pas question de laisser entendre en France d’autres voix algériennes que celles des porte-parole du régime militaire, qui relayaient son discours de désinformation présentant la « sale guerre » qu’il conduisait en Algérie comme la défense de la « République laïque » contre la « barbarie islamique ».

(…)

Il faut le dire avec force : vingt ans après le putsch qui a soumis la société algérienne à l’un des pires terrorismes d’État du XXe siècle, il est plus que jamais insupportable que la République française [sic] continue à avaliser ses crimes, en incarcérant (dans la perspective de l’extrader en Algérie !) l’un de ses opposants démocrates les plus notoires. Et, cinquante ans après l’indépendance si chèrement acquise de l’Algérie, il est plus que jamais insupportable que Paris continue ainsi à soutenir les héritiers de ceux qui, dès 1962, ont confisqué la lutte historique conduite par les nationalistes algériens, dont la plupart se revendiquaient d’un islam démocratique.

François Gèze, 5 mars 2012 (reproduit par Algeria-Watch)

Publié dans Les luttes de classes en Algérie | Marqué avec | Commentaires fermés sur [« Antiterrorisme »] La DCRI livre toujours à l’Algérie des islamistes à torturer (2)

[Révolution tunisienne] Coupage de route et jets de pierres à Jebeniana

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331064937.jpgSelon les sources de TunisieNumérique, environ 60 ouvriers de chantiers dans la région de Jebeniana à Sfax, qui n’ont pas encore touché leurs salaires, ont manifesté ce mardi 6 mars 2012, devant le siège de la délégation. Les ouvriers ont incendié des pneus et ont barré l’avenue Habib Bourguiba, principale artère de la ville.

Des jets des pierres entre les manifestants et les forces de l’ordre ont eu lieu, indiquent les mêmes sources. La situation demeure préoccupante. (…)

Publié par des ennemis de la révolution (TunisieNumerique.com, 6 mars 2012)

Publié dans L'insurrection tunisienne et ses suites | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Révolution tunisienne] Coupage de route et jets de pierres à Jebeniana

[Venez en enfants sauvages !] Carnaval de Saint-Affrique Samedi 31 mars

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331039385.jpg

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Venez en enfants sauvages !] Carnaval de Saint-Affrique Samedi 31 mars

[Notre-Dame-des-Landes] Occupations de nouvelles terres, maisons

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1306834526.jpg

« La Bataille des Ardillières »
Ils ferment, on ouvre !

Sur la ZaD hier (lundi 5 mars), les flics ont tenté de condamner une maison libérée par ses habitants depuis le matin (pose de grilles anti-effraction). Nous ne les avons pas laissé faire : virer les flics de la maison, barricades, personnes sur le toit, harcèlement jusqu’à leur départ, pour enfin barricader à nouveau. Les flics sont partis, on occupe la maison !

Depuis le début de cette semaine de rencontre (5 au 11 mars), nous occupons une nouvelle maison, de nouvelles terres,  pour demain nous approprier la zone toute entière. Venez soutenir ces ouvertures fragilisées par le flagrant délit qui laisse aux flics une marge de huit jours pour intervenir.

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [Notre-Dame-des-Landes] Occupations de nouvelles terres, maisons

On aime le poulet grillé à Rouen

Jets de cocktails molotov sur des voitures de police à Rouen

Des jeunes ont incendié dimanche soir un véhicule de police et endommagé un autre, qui étaient tous deux stationnés devant un bureau de police de Rouen, avec des cocktails molotov et des boules de pétanque, a-t-on appris lundi de source policière.

Un policier qui était en faction devant ce bureau de police du quartier de grands ensembles des Hauts de Rouen a tiré à plusieurs reprises en direction de ce groupe pour se défendre, selon cette source, après avoir été atteint, mais pas blessé, par un cocktail molotov.

Un jeune homme blessé, qui pourrait faire partie du groupe des agresseurs, a été placé en garde à vue au Centre hospitalier universitaire régional (CHUR) de Rouen, peu après les faits. Mais le parquet de Rouen se refusait, dans l’immédiat, à faire un lien avec cette affaire.

Selon les premiers éléments de l’enquête confiée au Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Rouen, le groupe était composé d’une quinzaine de jeunes cagoulés. L’agression qui s’est produite peu après 20H00 semblait « préparée » et visait les véhicules de police dont l’un a été incendié et l’autre endommagé.

Les enquêteurs ont retrouvé sur place une quinzaine de boules de pétanque et les traces laissées par plusieurs cocktails molotov. Ils ignoraient lundi en milieu de journée quelle était l’origine de cette agression.

Leur presse (Agence Faut Payer, 5 mars 2012)

Publié dans Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec | Commentaires fermés sur On aime le poulet grillé à Rouen

[Vive l’Azawad libre !] La grande bataille de Tessalit

La grande bataille de Tessalit
Communiqué n° 9 – 4/03/2012 MNLA – Bataille de Tessalit

Après des combats ayant duré plus de (12) douze heures de minuit à l’après-midi de ce jour, entre l’armée révolutionnaire du Mouvement National de Libération de l’Azawad et le renfort de l’armée d’occupation dirigée par (3) trois officiers, des plus redoutés au Mali.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331025711.jpg

Ce renfort de l’armée d’occupation avait à sa disposition un arsenal militaire lourd appuyé par son aviation militaire sous contrôle de mercenaires ukrainiens. Cette armée d’occupation fut mise en déroute et ses officiers militaires qui sont l’espoir malien (les colonels Major Gamou et Ould Meydou et Djidji Shako) ont fini par être vaincus et rebrousser chemin à la sauve-qui-peut, abandonnant leurs équipements, comme par tradition. Ils se sont scindés en deux groupes, un a pris la direction de la frontière algérienne et l’autre celle de Gao aux environs de 15h GMT.

Les combattants de la Libération de l’Azawad ont anéanti totalement et sans appel ce renfort de l’armée d’occupation et d’invasion.

Le bilan du matériel saisi est le suivant :

• 2 chars ;

• 2 camions-BM-porteuses de missiles ;

• 6 véhicules équipés de 12,7 mm et plusieurs autres équipements.

L’État Major du Mouvement National de Libération de l’Azawad tiens ses positions et contrôle le camp d’Amachach. Ce camp ne compte que quelques militaires sans provisions et coupés du reste du monde, depuis plusieurs semaines.

Le Mouvement National de Libération de l’Azawad rappelle, que tôt ce matin aux environs  6 heures TU, un petit hélicoptère est arrivé à Amachach récupérer des morts et blessés maliens pendant les affrontements.

Bakay Ag Hamed Ahmed
Chargé de communication, Informations et relais avec les médias

Communiqué du MNLA, 4 mars 2012

 

Nouvelles du Sahel : grande offensive de l’Armée sur Tessalit : plus de 400 pick-up et des centaines d’hommes engagés

Depuis quelques jours, voire une semaine, l’Armée malienne a engagé une offensive contre les positions des bandits armés dans la région de Kidal et plus précisément dans la zone de Tessalit. Des bandits armés en débandade s’enfuient vers l’Algérie en civils.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331025729.jpgSelon nos informations, le « QG » de l’armée basée à Gao vient de changer de stratégie. À savoir, aller traquer les bandits armés dans leur zone, voir détruire leur « QG ». Comme disait le Colonel Bérédougou en son temps : « Au lieu d’abattre les avions qui larguent les bombes, il faut détruire le porte-avion ». Et c’est ce que l’État major des Armées a compris. Trois Colonels sont au front de Tessalit via la zone aride de Tamassina qui est située entre Tinzawatane et Abeïbara, à en croire nos informations. Il s’agit du Colonel Didier Dackouo, ce haut gradé de l’Armée Nationale qui a juré de servir la patrie et ses hommes à bord de plus de 100 pick-up avancent sur Tessalit mais à pas feutrés parce que les bandits armés ont eu le temps de miner la zone. Les Colonels Ould Meyddou et El Hadji Gamou commandent leur troupe aguerris dans une zone comme le Tamassina. Nos sources précisent qu’il y a eu beaucoup de morts de part et d‘autre et des blessés. L’avantage revient à l’Armée qui est parvenue à ravitailler nos troupes qui défendent gaillardement le camp de Tessalit en attendant de déminer toute la zone. Les mêmes sources indiquent que l’âpreté des combats et les pilonnages avions des hélicoptères nouveaux offerts par les Américains, ont fait beaucoup de victimes parmi les assaillants qui commencent à fuir vers l’Algérie en civils. En tout cas, ces Colonels cités plus haut, tous de l’Armée de Terre connaissent la zone et entendent débouter [sic] les bandits armés de la zone jusqu’aux frontières Algériennes, Mauritaniennes et Nigériennes puisqu’appuyés par l’Armée de l’Air. Au moment où nous bouclons cette édition, les combats font rage dans les rangs des agresseurs qui commencent à battre en retraite.

Communiqué officieux de l’armée malienne (Bokari Dicko, Mali Demain, 5 mars 2012)


[Et pour se faire une idée de l’efficacité de l’armée malienne :]
Gossi : L’armée dérape…

Le jeudi 1er mars 2012, le Général Kalifa Keïta, chargé des opérations dans la crise du Nord, a dépêché une colonne de l’armée, dirigée par le Capitaine Ibrahim Bossou, dans le Gourma du cercle de Gao, plus précisément à Tinakouf (commune de Tessit) pour y déloger des rebelles qui occupaient la localité depuis plusieurs jours.

Ce groupe, composé de neuf véhicules, était mixte (éléments de l’armée et de Gandaïso). Au lieu de se diriger vers leur cible, ces combattants ont préféré aller à Gossi. À un kilomètre de la route nationale menant à Gao, entre Hombori et Gossi, se trouve le campement de Mohamed Youssouf, le Président du Conseil de cercle de Gourma Rharous. Une salve de roquettes y a été lancée. Les habitants du campement ont paniqué et ce fut le sauve-qui-peut.

Les éléments d’Ibrahim Bossou entreront dans le campement de 500 personnes environs, selon plusieurs témoignages, dépouilleront les populations, feront coucher les gens sur leur ventre, déshabilleront les femmes… Ces informations nous ont été confirmées par le maire de Gossi, Mossa Ag Elmouner, très déçu de ces comportements.

« Nous sommes en train de sensibiliser tous les jours les habitants de Gossi et environs pour les empêcher de partir au Burkina Faso comme réfugiés. Et aujourd’hui, à travers cette maladresse ou ce sabotage, que sais-je ? on veut anéantir nos efforts. Parce qu’une fois paniquées, les populations tentent toujours de chercher la sécurité ailleurs. Je suis vraiment révolté et estomaqué par cette situation qui touche le campement de Mohamed Youssouf, celui-là même qui nous appuie et qui nous aide à rassurer les uns et les autres. C’est vraiment dommage ! » a déploré l’édile de Gossi.

Nous avons pu également joindre Mohamed Youssouf, qui reconfirmera nos informations en ajoutant : « Deux femmes Kel Essouk ont avorté, suite aux nombreux tirs de roquettes et à la panique générale. Une était à quatre mois de grossesse et l’autre à six mois. Mon campement est le plus stable et le plus loyal de la Commune de Gossi. Récemment également, j’ai été intimidé par des militaires. Je ne comprends pas, alors que tous les jours je me bats pour la sécurité et le retour de la paix. J’ai fourni beaucoup d’efforts et les plus hautes autorités peuvent en témoigner. Mon Dieu, qu’est ce qu’on me veut ? »

Pour ceux qui ne le savent pas, c’est bien Mohamed Youssouf qui a contribué au cantonnement des revenants de Libye à Takalout. Et c’est bien lui qui a aussi dirigé leur chef,  le Colonel Waki Agossat vers Koulouba. Et c’est bien le groupe de ce dernier qui se bat auprès des forces loyalistes. Cet ex-légionnaire de l’armée libyenne a en charge la sécurité de Kidal, en l’absence de Gamou.

Notre commentaire

Il faut donc situer au plus vite les responsabilités afin d’éviter l’amalgame. Gossi n’est pas Tessit. On pourrait aussi penser à une dénonciation calomnieuse selon laquelle il y aurait des armes de ce campement. Ce qui est sûr, selon les notables, c’est qu’il n’y a aucune arme.

Il faut situer les responsabilités pour voir s’il n’y a pas un règlement de comptes derrière cette opération. Il doit, en effet, régner la confiance entre l’État, j’allais dire l’armée, et ceux qui s’investissent pour la recherche de la paix, quelle que soit la couleur de leur peau. Sinon, bonjour les amalgames, la confusion, les règlements de comptes et … les assassinats en tous genres.

Déjà, en janvier dernier, un Conseiller spécial d’ATT et le ministre de l’Agriculture, Aghatam Ag Alassane, avaient vu leurs domiciles perquisitionnés à Gao et, par la suite, l’ex-ministre de l’Artisanat et du Tourisme du Président Konaré, Zakiatou Walette Halatine avait été victime d’attaques injustifiées. Résultat : des personnalités et cadres arabes et tamasheks ont quitté Bamako pour les pays voisins. Certaines sont revenus, d’autres attendent toujours de voir comment la situation évolue.

Encore une fois, évitons l’amalgame. L’armée républicaine doit donner le bon exemple, faire toujours preuve de professionnalisme. Peau blanche ou rouge est loin d’être synonyme de rebelle !

Leur presse (Chahana Takiou, 22 Septembre, 5 mars 2012)

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Vive l’Azawad libre !] La grande bataille de Tessalit

[La Cellule Invisible a encore frappé] Prochaines arrestations d’innocents en perspective

SNCF : retard vers les stations de ski à cause d’actes de sabotage

Des actes de malveillance ont perturbé samedi, jour de chassé-croisé entre vacanciers, la circulation des trains dans la région de Chambéry, notamment en direction des stations de ski de Tarentaise. « La circulation des trains est perturbée dans les deux sens sur les axes suivants: Chambéry – Modane, Chambéry – Bourg Saint-Maurice, Chambéry – Grenoble. Des retards de 20 à 50 minutes sont enregistrés en fin de matinée », a indiqué une responsable de la SNCF.

« Des câbles électriques ont été brûlés dans la fin de nuit de vendredi à samedi sur trois communes (La Ravoire, Saint-Pierre-d’Albigny et Chamousset) ce qui indique qu’il s’agit d’actes délibérés », a affirmé le colonel de gendarmerie Jean-Claude Gin. « Il s’agit d’un acte de sabotage et non de vol de cuivre. »

Une centaine d’agents mobilisés

« Une centaine d’agents ont été mobilisés pour réparer les câbles et changer certaines pièces », a ajouté la SNCF, qui prévoyait samedi la circulation de cent trains dont une soixantaine de TGV dans cette zone.

« La circulation devrait commencer à se rétablir en début d’après-midi, même si quelques retards résiduels devraient perdurer jusqu’à 17 heures environ. »

Il y a un an, en pleines vacances de février, environ 30’000 voyageurs avaient été stoppés plusieurs heures après un acte de vandalisme commis par un cheminot retraité sur la ligne Chambéry/Bourg-Saint-Maurice.

Leur presse (LeParisien.fr, 3 mars 2012)


Sabotages sur les lignes SNCF : la piste d’opposants au TGV Lyon-Turin étudiée

La piste d’opposants au projet de TGV Lyon-Turin est explorée pour retrouver les auteurs des actes de sabotage survenus samedi sur les lignes SNCF près de Chambéry qui ont perturbé la circulation des trains vers les stations de ski, a-t-on appris dimanche 4 mars auprès du parquet.

« Une inscription ‘No TAV’ [« treno alta velocità » : train à grande vitesse], semble-t-il récente, a été relevée à proximité de l’un des endroits sinistrés, mais rien ne nous permet de faire le lien avec l’incendie des câbles électriques », a précisé dimanche le procureur de la République de Chambéry, Jean-Pierre Valensi. Le tag relevé sur une armoire électrique, à Bourgneuf, pourrait faire référence à un mouvement populaire né dans la vallée de Suse en Italie et opposé au projet de construction de la nouvelle ligne à grande vitesse Lyon-Turin. « Il s’agit d’un acte de sabotage et non de vol de cuivre », avait affirmé samedi le colonel de gendarmerie Jean-Claude Gin.

CENT TRAINS RALENTIS

Samedi, jour de chassé-croisé entre vacanciers, cent trains dont 60 TGV avaient été ralentis après l’incendie de câbles électriques, entre 5 heures et 6 heures du matin sur trois communes proches de Chambéry. Les retards des TGV, qui n’avaient pas dépassé une heure selon la SNCF, s’étaient résorbés en fin d’après-midi après des travaux de réparation.

Jeudi, à Lyon, des opposants au TGV Lyon-Turin avaient endommagé des caténaires entre les gares de Jean-Macé et de Perrache, dans le centre-ville, bloquant la circulation des trains durant une heure et demie. Dans le nord de l’Italie, à Chianoccho, treize membres des forces de l’ordre ont par ailleurs été blessés jeudi au cours d’affrontements avec des opposants au TGV Lyon-Turin qui avaient bloqué une fraction d’autoroute pendant plusieurs jours. Il y a un an, en pleines vacances de février, environ 30’000 voyageurs avaient été stoppés plusieurs heures après un acte de vandalisme commis par un cheminot retraité sur la ligne Chambéry – Bourg-Saint-Maurice.

Leur presse (LeMonde.fr avec AFP, 5 mars 2012)

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme, Luttes des transports | Marqué avec , | Commentaires fermés sur [La Cellule Invisible a encore frappé] Prochaines arrestations d’innocents en perspective

[Paris] Manifestation dimanche 11 mars pour l’arrêt immédiat du nucléaire

Fukushima, jusqu’ici

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1331021487.png

Nous étions jeunes quand la catastrophe de Tchernobyl a eu lieu. Nous avons grandi avec tous les cancers, toutes les malformations qu’ont encore à subir les populations de là-bas. Nous avons grandi avec cette idée que des pans entiers de territoires seraient sacrifiés, presque à jamais, pour les besoins de l’industrie atomique.

Nous aurions pu oublier cette catastrophe, oublier qu’un des 58 réacteurs français pouvait à son tour exploser, à Lyon, Toulouse, Paris ou Bordeaux.

Ce qui arrive aux Japonais, nous arrive également. C’est notre bouffe qui est empoisonnée, ce sont nos frères et nos sœurs qui tentent d’atténuer les conséquences de la catastrophe en cours. Près de 400’000 personnes sont déjà intervenues sur les réacteurs de Fukushima-Daïchi — ce sont nos amis, nos proches, qui sont voués à mourir à petit feu. Les frontières, les milliers de kilomètres ne sont pas des obstacles à notre empathie. Il n’y a pas d’exotisme de la situation japonaise : car c’est une société nucléarisée, comme la nôtre.

Le fonctionnement ordinaire de l’industrie nucléaire exige déjà, ici, des sacrifices humains. Nous ne pouvons nous empêcher de penser aux travailleurs précaires du nucléaire, aux cheminots qui convoient les trains de matière radioactive, à leur exposition constante aux rayonnements ionisants. En France nous parlons au bas mot de 30’000 personnes. La catastrophe ne fait qu’élargir le nombre de personnes affectées.

Avec Fukushima, une brèche ne s’est pas seulement ouverte dans les réacteurs. Elle s’est ouverte aussi au fond de nous, résonnant avec l’horreur, nous poussant à agir, tenter de lutter. Nous ne parlons pas en experts, en spécialistes de la chose, ce que nous ressentons est des plus commun : peur et colère. L’urgence devient vitale.

Souvent, l’impression qu’aucun changement n’est possible nous tétanise. L’industrie nucléaire a pourtant une infrastructure publique et privée. Elle porte le nom d’Areva, Vinci, Bouygues, GDF-Suez, EDF, du CEA, de l’école des Mines. Des noms familiers, des noms que l’on retrouve facilement ailleurs. Oui, le nucléaire est une affaire d’experts qui font sereinement des plans du haut de leurs tours. La tranquillité du débat français — qui porte essentiellement sur la manière dont l’économie française pourra supporter le passage à d’autres techniques de production d’électricité — a quelque chose de surréaliste. Les apprentis-sorciers de l’économie discutent gentiment avec les savants fous du nucléaire. Avec eux, tout est hors contrôle.

Nous, pas plus que nos parents, n’avons choisi ce délire. La lutte contre le nucléaire, son histoire, s’inscrit, en revanche, dans cette volonté de faire valoir notre capacité commune à discuter explicitement de nos besoins et à inventer nos manières d’habiter, de partager, de travailler, de vivre.

Aujourd’hui, l’avenir que projette toutes les élites est celui d’un capitalisme vert, austère, sécuritaire, aux frontières fermées. Une pression jamais égalée sur les individus est la seule réponse qu’autorise l’économie délirante. Nous refusons de peser nos poubelles, de contrôler nos voisins, de devenir les managers stressés de notre capital humain et écologique. Nous voulons que s’organise la rupture avec un système qui se nourrit de la concurrence de tous, de surconsommation et de toujours plus de destruction. C’est ce système qui est parasite : pas la solidarité, l’entraide et la construction consciente.

Malheureusement, face à la crise économique et écologique, nous réagissons massivement comme des bêtes qui voudraient traverser un autoroute : fascinés par les phares, nous attendons d’être écrasés. En ce moment, comme d’autres, nous nous demandons comment détourner le regard et bâtir une passerelle.

Ce qui se passe en Grèce ces jours-ci, le cynisme avec lequel, au Japon, la continuité de l’économie a été privilégiée sur l’évacuation des populations devrait tous nous inciter à essayer de reprendre prise sur la situation qui nous est faite. Il est grand temps de rompre avec une économie qui ne survit que par l’endettement. Endettement vis-à-vis du futur ; endettement vis-à-vis de la nature. Car nous payons sans cesse la note.

Nous n’avons pas de solution miracle. En revanche nous savons que la première nécessité est celle de la solidarité. D’une solidarité qui permette de mieux articuler — au lieu de les opposer — les sabotages, les actions de masse et la réflexion sur d’autres modes de production. Se redonner du courage, à travers des actions et un soutien inconditionnel de tous, pourrait nous permettre de sortir de l’impasse présente. Ce qu’il est passé à Valognes nous l’indique, ce qu’il se passe au Japon l’exige de nous.

Pour le 11 mars, nous appelons, à Paris, à une manifestation qui partira de la gare de Nord à 14h pour dénoncer les convois de trains de matières radioactives traversant fréquemment la région parisienne. Nous appelons ceux qui le veulent à s’habiller de tenues blanches et de masques blancs, à se parer de tenues qui évoquent celles des nettoyeurs anonymes employés dans les centrales nucléaires, de Fukushima à Paris.

Assemblée francilienne contre le nucléaire.

Publié dans Luttes antinucléaires | Marqué avec , , , | Un commentaire

Du nucléaire au TAV

Du nucléaire au TAV
Un seul et même monde à combattre

Nous avions voulu, la semaine dernière, témoigner notre soutien aux quatre inculpés et à leur action d’avoir retardé le passage d’un train transportant des déchets nucléaires dans le Val de Suse en Italie, il y a un an, quelques semaines avant la catastrophe de Fukushima. Parmi ces quatre inculpés et signataires du texte ci-joint, « Marre d’être victimes, fiers d’être coupables » que nous avions traduit et publié, Luca Abbà se trouve aujourd’hui maintenu dans un coma artificiel, sous dialyse, avec un rein totalement détruit, plusieurs fractures, des contusions internes et de graves brûlures. Il a fait une chute d’une quinzaine de mètres, d’un pylône soutenant une ligne à haute tension sur lequel il était monté afin d’empêcher l’expropriation d’un terrain autour d’un chalet collectif (la Baïta) appartenant au mouvement d’opposition NO TAV (liaison grande vitesse entre Lyon et Turin). Pour échapper à un flic qui tenait à le déloger, Luca a subi une électrisation qui lui a fait lâcher prise.

Nous saluons celles et ceux qui ont déjà manifesté leur solidarité notamment par exemple en s’occupant des terres et des vignes que Luca cultive depuis qu’il s’est installé dans la région pour développer l’opposition au TAV. Nous rappelons ici qu’il s’était beaucoup impliqué dans l’organisation de la manifestation de 2006 à Chambéry qui avait réuni 5000 personnes dont la plupart étaient venues du Val de Suse (80 cars de manifestants du Val de Suse).

Malgré une opposition conséquente contre le TAV et contre la répression qui s’est abattue sur le mouvement (75’000 manifestants samedi dernier dans le Val de Suse), les travaux d’extension du chantier ont commencé lundi matin, une fois que les forces de l’ordre, à la demande du ministre italien de l’Intérieur, ont délogé manu militari la vingtaine d’opposants qui se trouvaient sur les lieux (à la Baïta).

« La lutte contre le monstre nucléaire tout comme celle contre le train à grande vitesse, ou bien celles contre l’autoritarisme et les inégalités sociales, sont des batailles que nous menons la tête haute en nous opposant fermement à la tentative de criminaliser toute mobilisation » peut-on lire dans leur texte distribué avant leur procès du 15 février reporté ultérieurement.

Nous nous associons au mouvement naissant en France de solidarité avec Luca et avec les inculpés du mouvement contre les travaux du Lyon-Turin. Depuis lundi, des manifestations et des blocages paralysent certaines régions et villes en Italie en signe de solidarité.

Cette solidarité nous voulons l’exprimer, non en nous indignant de cette répression, ni en nous lamentant de ce que les États ou les mafias sont prêts à faire pour continuer à gérer les affaires des puissants et par conséquent les nôtres, mais en nous poussant à penser et à agir de manière à porter des coups dans cette organisation sociale.

La sortie immédiate du nucléaire nécessite l’arrêt immédiat du projet de liaison ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin. On ne peut pas sortir du nucléaire si on ne s’oppose pas aux projets dévoreurs d’énergie et à la société marchande qui les développe.

Accroche-toi Luca, le combat n’est pas fini !

Collectif anti-nucléaire 26 domicilié au Laboratoire, 8 place Saint Jean, 26000 Valence, le 29 février 2012.

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme, Luttes antinucléaires | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Du nucléaire au TAV

[In memoriam] Mort aux boursicoteurs !

5 mars 1886 : l’anarchiste Gallo tente d’abattre des « traders » à la Bourse de Paris

(…) Ce jour-là, vers 14 h 30, Charles Gallo pénètre donc dans la Bourse avec la ferme intention de commettre un attentat. C’est un jeune homme de 27 ans, très maigre, au visage émacié encadré par un collier de barbe noir. Il porte un costume… noir, un chapeau melon… noir sur des cheveux coupés en brosse, un foulard de soie autour du cou. Une heure plus tôt, il a quitté le garni qu’il loue depuis une quinzaine de jours dans un hôtel de la rue Mouffetard avec, dans la poche, une fiole remplie de 200 grammes d’acide prussique. Comme bombe, c’est un peu léger, mais faute d’argent et de savoir-faire, il a été incapable d’en fabriquer une. (…) Gallo emporte également un révolver prêté par un ami. C’est déjà ça.

Une fois dans l’antre du diable boursicoteur, le jeune homme se rend au premier étage de la galerie sud surplombant la corbeille. Durant de longues minutes, il observe la cohue des spéculateurs qui s’amusent de fortunes arrachées à la sueur des ouvriers. En prison, il écrira : « C’est parce que la propriété individuelle existe que l’humanité se trouve partagée en deux classes ennemies : les uns qui, n’ayant que la peine de naître, reçoivent en partage l’instruction, [le savoir], la richesse, le luxe, le bien-être, le loisir, la puissance matérielle jointe à la domination intellectuelle ; tandis que les autres sont irrévocablement voués par le malheur de leur naissance à l’ignorance (…). »

Pschitt

Pour en revenir au 5 mars, il est tellement fasciné par ce répugnant spectacle qu’il n’entend même pas son voisin — un étudiant en médecine — lui adresser la parole. À 15 heures, une cloche marque la fin de la séance. C’est le moment d’agir car les agents de change se retirent, abandonnant la corbeille à « l’agioteur et au tripoteur qui spéculent la misère du peuple ». Son voisin le voit tirer de la poche inférieure de son veston un flacon de verre blanc qu’il jette à toute volée dans la corbeille. Le bruit du verre explosant sur le sol et la forte odeur d’amande amère provoquent une certaine stupéfaction, mais personne ne se roule mortellement sur le sol. (…) Sans attendre, l’anarchiste braque son arme sur les boursiers pour tirer deux premières balles qui n’atteignent personne. (…) Du reste, l’étudiant en médecine le voit tirer trois autres balles, de nouveau n’importe où. La première dans la galerie en face de lui, la deuxième dans une arcade, et enfin la troisième dans le plafond. Lors du procès, Gallo déclarera avoir renoncé à tirer sa dernière balle sur l’employé qui le ceinture, car « il [lui] a paru assez mal vêtu ». « J’ai voulu mieux utiliser mon dernier coup. À ce moment, j’ai reçu une secousse, le coup s’est perdu. » (…) Finalement, une des balles aurait, après un ricochet, effleuré la jambe d’un employé de banque. (…)

Un surveillant de la Bourse se précipite sur Gallo pour lui arracher son arme. Traîné jusqu’au commissaire de la Bourse, un certain Lechartier, l’anarchiste déclare avoir voulu effrayer le bourgeois et que « ça a raté ». Il croit bon de préciser qu’il a failli s’asphyxier en préparant le contenu de son flacon et qu’il recommencera. Sa fouille permet de trouver plusieurs exemplaires de journaux révolutionnaires du Midi, six cartouches de révolver et une pièce de cinq francs en argent dans un porte-monnaie usé. Au préfet de police, au procureur de la République et au juge d’instruction qui débarquent pour l’interroger, il répète se nommer Petrovitch et exercer la profession d’anarchiste. Mais il suffit de quelques heures aux policiers pour découvrir sa véritable identité.

« Vive la dynamite »

Charles Gallo est né dans le Morbihan d’une fille-mère qui l’a immédiatement abandonné. Il a passé les dix années suivantes dans une famille de pauvres paysans, après on ne sait pas. En tout cas, il fait des études, car il échoue à l’examen d’entrée de l’École des arts et métiers de Chalons. Cet échec fait naître en lui un vif ressentiment contre la société tout entière. [sic !] La graine de l’anarchisme est plantée dans son cœur. Il s’ingénie à fabriquer de la fausse monnaie, mais tellement maladroitement qu’il se retrouve au trou pour cinq ans, à Melun. À sa sortie de prison, il trouve néanmoins [sic !] un boulot de typographe chez un éditeur de Nancy. Il fréquente les milieux anarchistes et se met en tête de réussir un gros coup. Il hésite entre l’Assemblée nationale et la Bourse. Ce sera cette dernière.

Le 26 juin 1886, moins de quatre mois après son attentat manqué, il comparaît déjà devant la cour d’assises. Au lieu de la jouer cool, il braille ses convictions [sic] : « Vive la révolution sociale ! Vive l’anarchie ! Mort à la magistrature bourgeoise. Vive la dynamite ! » Il refuse de se laisser juger par un tribunal de bourgeois. Il faut renvoyer le procès. Trois semaines plus tard, il prend 20 ans. C’est cher payé pour un attentat qui n’a fait aucune victime. Neuf mois plus tard, Gallo débarque au bagne de Nouvelle-Calédonie où son caractère ombrageux lui vaut quelques déboires. Ainsi plante-t-il sa pioche dans le ventre d’un maton qui le cherchait. Cette fois, il ne rate pas sa cible. Seulement, en échange, il reçoit deux balles dans la tête. Mais un anarchiste a la peau dure [sic], il récupère suffisamment pour s’entendre condamner à mort. Peine commuée en travaux forcés à perpétuité. Cette condamnation ne le musèle pas, il continue à invectiver gardiens et médecins, à brandir haut sa foi anarchiste, au point que les autorités le font incarcérer à l’asile du pénitencier. Il serait mort vers 1903.

Publié par des ennemis de l’Anarchie (Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos, LePoint.fr, 5 mars 2012)

Publié dans General | Commentaires fermés sur [In memoriam] Mort aux boursicoteurs !

[Vive l’Azawad libre !] Et vive la belle !

Dernière minute : La localité de Ténenkou attaquée

Tôt ce matin, la population a reçu la visite des rebelles aux environs de 6 heures à bord de  cinq (5) Bj. Au cours de cette attaque deux véhicules ont été enlevés dont une ambulance.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330877639.jpg

Les réseaux téléphoniques sabotés. Au cours de cette expédition, les rebelles ont libéré tous les détenus de la prison de Ténenkou dont la plupart sont des bandits de grand chemin.

Selon des sources en provenance de cette localité, « aucune perte en vie humaine n’aurait été signalée » mais la tension reste vive.

Leur presse (M. Diarra, Maliweb, 2 mars 2012)

Publié dans General | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur [Vive l’Azawad libre !] Et vive la belle !

[Krasnaïa Mafia] La ration du commissaire du peuple

RUSSIE. La fortune cachée de Poutine Comptes offshore, prête-noms, contrats bidon…

Des témoins révèlent comment le numéro un russe, qui s’apprête à entamer un troisième mandat au Kremlin, serait devenu immensément riche.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330876267.jpg

Vladimir Poutine, en août 2011

De notre envoyé spécial,

Il vit comme un homme traqué. Il dort à l’hôtel ou dans des meublés. Depuis qu’il a fui la Russie, il ne reste jamais plus d’une semaine dans le même pays. Le voilà en Estonie, à Tallinn. Sergueï Kolesnikov arrive de Washington et repartira bientôt, en Suisse. « Je ne suis nulle part en sécurité, dit cet homme d’affaires de 63 ans. On m’a prévenu : Poutine me considère comme un traître à la patrie. » La raison ? « J’ai révélé comment, grâce à ma société, il a secrètement accumulé une fortune considérable. »

Costume gris et lunettes sobres, Sergueï Kolesnikov n’a rien d’un affabulateur. Avant de quitter son pays en catimini, fin août 2010, ce docteur en biologie a copié des dizaines de pièces comptables appartenant à sa compagnie. Il les a confiées à deux prestigieux quotidiens anglo-saxons, le Washington Post et le Financial Times, qui les ont fait étudier par des cabinets d’avocats. Le grand journal russe d’opposition Novaïa Gazeta les a aussi analysées. Tous sont parvenus à la même conclusion : même s’il ne possède pas la preuve absolue de ce qu’il avance, c’est-à-dire un document signé de la main de Vladimir Poutine, et malgré les démentis du Kremlin, Sergueï Kolesnikov dit probablement la vérité. Les risques qu’il prend pour sa propre vie et celle de ses proches forcent l’admiration. « Il est l’une de ces rares âmes courageuses qu’un journaliste croise de temps en temps », écrit l’éditorialiste du Washington Post David Ignatius, le premier à qui Sergueï Kolesnikov a fait part de ses révélations. Crédibles, celles-ci corroborent, au moins en partie, les rumeurs qui courent depuis longtemps sur la fortune cachée de l’homme fort de la Russie.

500 millions de dollars accumulés

L’histoire que raconte le biologiste est complexe. Il y est question de contrats surfacturés, d’hommes de paille et de compagnies offshore. En résumé, il affirme qu’il connaît Vladimir Poutine depuis le début des années 1990. Ce dernier dirige alors le département international de la mairie de Saint-Pétersbourg. À ce titre, il crée une société mixte d’importation de matériel médical, Petromed. Il charge un ex du KGB et Sergueï Kolesnikov, ancien patron d’un labo militaire, de gérer cette compagnie, que les deux hommes rachètent en 1996. Dès qu’il s’installe au Kremlin, quatre ans plus tard, Vladimir Poutine se souvient de ses amis pétersbourgeois. Il leur propose d’octroyer des contrats mirobolants à Petromed à une condition : que 35% des recettes soient détournées vers les comptes d’une société luxembourgeoise, Lirus, dont le nouveau président russe détient, selon Sergueï Kolesnikov, 90% des parts — « toutes au porteur, donc non nominatives ».

D’après l’homme d’affaires, au moins 500 millions de dollars auraient été ainsi accumulés, de 2000 à 2007, sur les comptes de Lirus. Le magot aurait permis à Poutine d’acheter, via des prête-noms, plus de 20% de la grande banque Rossia (dirigée par l’un de ses proches) et de se faire construire un palais de 12.000 mètres carrés sur les bords de la mer Noire. Situé dans une forêt protégée, le domaine de 76 hectares comprend un casino, un théâtre, deux piscines et 20 bâtiments annexes destinés notamment aux 200 domestiques.

Un palais de 12.000 mètres carrés

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330876303.jpg

Vue du palais de Poutine (RuLeaks)

Quand l’affaire sort dans le Washington Post, à Noël 2010, le Kremlin nie en bloc. Des preuves apparaissent : des photos de la luxueuse demeure sont publiées par le site RuLeaks ; différents témoins disent que Poutine a visité, plusieurs fois, le palais en construction ; on découvre que le domaine est protégé par le FSO (l’équivalent russe des Secret Services) et que les travaux sont effectués par une société d’État. Mais la présidence russe continue de démentir tout lien avec cette résidence.

En février 2011, Novaïa Gazeta divulgue le contrat liant l’administration présidentielle à la société Lirus (celle dont Poutine posséderait 90% des parts). Le Kremlin tente de s’expliquer. Puis décide de brouiller les pistes. Un mois plus tard, le palais est revendu au tiers de sa valeur à un businessman associé à un proche de Poutine. Une précipitation aussi suspecte apparaît comme un aveu.

Dans sa majorité, l’élite russe croit Sergueï Kolesnikov et ne le cache pas. Un conseiller de Dmitri Medvedev, Igor Yurgens, confie au Nouvel Observateur : « Qui d’autre que Poutine pourrait se faire construire un tel domaine en Russie, dans un lieu interdit, protégé par le FSO ? » Mais le grand public ne sait rien. Bien que le businessman en fuite ait écrit une lettre ouverte au président Medvedev, l’affaire est étouffée. Pas une fois, depuis un an, les télévisions russes — toutes contrôlées par le clan du pouvoir — n’en ont parlé.

Le mythe Poutine

À l’évidence, le patrimoine du « leader national » est le tabou des tabous. Officiellement, Vladimir Poutine, qui brigue un troisième mandat présidentiel ce 4 mars, n’est pas millionnaire. D’après ses déclarations publiques, ses avoirs sont modestes. En décembre, devant la commission électorale, il a déclaré posséder 179.612 dollars (135.000 euros environ), un appartement de 75 mètres carrés à Saint-Pétersbourg, un autre, plus petit, à Moscou, et deux voitures Volga de collection qu’il a héritées de son père. En douze ans de pouvoir, il ne se serait donc pas enrichi.

Cela serait tout à fait contraire à l’image qu’il veut donner de lui : celle d’un Robespierre russe, dur mais intègre. Certes, le « leader national » a reconnu récemment que la corruption gangrène l’État. Il ne peut plus nier l’évidence, qui écœure ses compatriotes : sous son règne, tous ses amis ou presque sont devenus milliardaires. Mais lui-même, tel un incorruptible, n’en aurait pas profité. De toute façon, selon la geste poutinienne, l’ancien espion aime le sport et la nature — pas l’argent.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330876335.jpg

Vue du palais de Poutine (RuLeaks)

Des indices

Plusieurs incidents ont écorné ce mythe. En juillet 2009, lors d’une visite en Sibérie, Vladimir Poutine offre à un jeune berger sa montre — une Blancpain coûtant plus de 10.000 euros. En septembre, il gratifie un ouvrier de Toula d’une autre Blancpain du même prix. Le mois suivant, en Chine, il en porte une troisième. Autre péché mignon de Poutine : les costumes de chez Brioni. Très voyants, ces goûts de luxe, pour un incorruptible.

Des cadeaux, dit le Kremlin. Une fortune cachée, répond la rumeur. En 2009, un certain Robert Eringer dit savoir où elle se trouve. Il a dirigé les services de renseignement de Monaco. En conflit avec Albert II, qui l’a remercié, il produit une déclaration sous serment devant un tribunal californien. Au passage, il y est question de Poutine. « En novembre 2005, est-il écrit, un informateur rémunéré a donné des renseignements sur des activités de blanchiment à Monaco et le long de la Côte d’Azur, concernant Vladimir Poutine. [Ce dernier] était apparemment derrière un certain nombre d’investissements dans l’immobilier, payés par de l’argent siphonné du secteur énergétique russe.  » L’ancien chef espion nous précise aujourd’hui que sa source « travaillait pour la DST et la DGSE » et que, si cette taupe n’a pas fourni de preuve définitive, tout portait à croire qu’elle disait la vérité. Mais, toujours tenu au secret, il ne veut pas donner plus de détails.

Jugé trop obsédé par son différend avec la Principauté, Eringer n’a pas été pris au sérieux. Pas plus que le politologue russe Stanislav Belkovski qui, fin 2007, affirmait que le « leader national  » était l’homme le plus riche d’Europe. À l’époque, ses accusations font la une de la presse internationale. Mais, faute de documents, elles retombent. Pourtant, le montage décrit par le politologue ressemble à celui que Sergueï Kolesnikov mettra en lumière trois ans plus tard.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330876639.jpg

Vue du palais de Poutine (RuLeaks)

Le deal avec le clan Eltsine

Qu’avait dit Belkovski ? Que Poutine possède 40 milliards de dollars en actions de compagnies présidées par ses amis de Saint-Pétersbourg. Il détiendrait 4,5% du géant gazier Gazprom (dirigé par son ancien adjoint à la mairie) et au moins 50% de la plus importante société privée d’exportation du pétrole russe, Gunvor. Celle-ci est gérée par Guennadi Timchenko, avec lequel Poutine a créé un club de judo, toujours à Saint-Pétersbourg. Après que Belkovski eut parlé d’elle, on a découvert que Gunvor a une structure de propriétés des plus mystérieuses : basée à Genève, la société appartient à une holding néerlandaise, elle-même filiale d’une compagnie chypriote, dont l’adresse postale renvoie aux îles Vierges. Plus troublant encore, Gunvor est, de l’aveu même de ses dirigeants, détenu au final par trois associés, dont l’un veut rester anonyme. Ce dernier est-il Poutine, comme le soutient le politologue ?

Le Kremlin a démenti avec véhémence les affirmations d’Eringer et de Belkovski, qui les maintiennent. Le politologue dit détenir ses informations de différentes sources appartenant au premier cercle du pouvoir, « où ces données sont très connues ». Selon lui, les proches du « leader national  » racontent que tout s’est joué fin 1999, quand le clan Eltsine a fait de l’obscur colonel du KGB son candidat pour succéder au vieil alcoolique. « Le deal était le suivant, assure Belkovski. Poutine ne s’attaquerait pas aux biens des oligarques proches d’Eltsine, en échange il pourrait mettre la main sur les secteurs et les entreprises « libres ». C’est pourquoi Poutine et ses amis de Saint-Pétersbourg auraient jeté leur dévolu sur le gaz et la distribution du pétrole, qui, du fait de leur faible prix à l’époque, avaient été délaissés par la « famille » Eltsine. Le nouveau président russe se serait attribué, via des hommes de paille et des comptes offshore, la part du lion de ce nouvel empire.

Ancien ministre d’Eltsine, Boris Nemtsov accuse lui aussi. Devenu l’un des leaders de l’opposition, il a rédigé plusieurs pamphlets extrêmement documentés sur la fortune des proches de Poutine — amis de jeunesse, du KGB ou partenaires de judo. Il a établi, par exemple, que la cession à vil prix de filiales de Gazprom à des hommes tels les frères Rotenberg ou Youri Kovaltchuk, eux aussi des amis de Saint-Pétersbourg, représente un transfert d’actifs de 60 milliards de dollars. Au total, depuis l’arrivée de leur chef au pouvoir, ce serait près de 200 milliards d’actifs que les nouveaux princes de la Russie auraient détournés. Au profit de qui ? « Il y a des raisons de croire, dit Boris Nemtsov, que tous ces Timchenko, Kovaltchuk et Rotenberg ne sont que les propriétaires nominaux de leurs vastes holdings, dont le bénéficiaire réel et ultime est Poutine lui-même. »

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330876901.jpg

Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine

Rester le patron

Si tout cela est vrai, Sergueï Kolesnikov n’a révélé qu’une petite partie des avoirs cachés de l’homme fort de Russie. Mais, qu’elle se chiffre en millions ou en milliards, Poutine deviendra-t-il un jour l’heureux propriétaire officiel de cette fortune ? « Comme dans la mafia, ce « patrimoine », s’il existe, est fondé sur des accords verbaux, informels, explique Roman Shleynov, du quotidien économique russe Vedomosti. Tant que Poutine est le patron du clan, personne ne s’avisera de remettre en question la parole donnée. » Mais qu’en sera-t-il le jour où il ne sera plus tsar ?

Apparemment, la question l’inquiète. En témoigne un câble américain révélé par WikiLeaks. Il date de décembre 2007, au moment où toutes les chancelleries se demandent qui, d’Ivanov ou de Medvedev, Poutine va choisir pour lui succéder au Kremlin. Un diplomate rapporte au département d’État l’avis de l’une de ses sources. « Comme Poutine possède des biens secrets à l’étranger à travers des hommes de paille, dit l’informateur, il redoute qu’en nommant un successeur fort, tel Ivanov, ce choix puisse se retourner contre lui : il pourrait devenir l’objet d’enquêtes policières et d’avis de recherche d’Interpol. » Et, de fait, Poutine a choisi le falot Medvedev.

Aujourd’hui, le problème ne se pose plus. Le « leader national » a décidé de rempiler. Il devrait remporter la prochaine élection présidentielle, dès le premier tour, le 4 mars. Comme il aura le droit de se représenter une fois de plus et que le mandat a été rallongé de deux ans, il devrait rester au Kremlin jusqu’en 2024. Douze ans de cavale en perspective pour Sergueï Kolesnikov.

Leur presse (Vincent Jauvert, Le Nouvel Observateur, 1er mars 2012)

Publié dans Les luttes de classes en Russie | Commentaires fermés sur [Krasnaïa Mafia] La ration du commissaire du peuple

[Vu dans le métro parisien] Sarko dégage

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330875762.jpg

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330875793.jpg

Publié dans L'insurrection tunisienne et ses suites | Marqué avec | 3 commentaires

[Révolution chinoise] Retour à Wukan

WUKAN (CHINE) ENVOYÉ SPÉCIAL – C’est une topographie bénie des dieux et les gens de Wukan en sont fiers : le mont de la Tête-du-Tigre verrouille l’estuaire qui protège le gros village et son port de pêche des périls de la mer de Chine. On est ici en pays teochew, cette communauté de l’est du Guangdong connue pour ses traditions séculaires, ses pirates et sa diaspora. Aujourd’hui, Hutoushan (« la tête du tigre ») fait, elle aussi, partie des terres collectives dont les quelque 15’000 habitants de Wukan ont été dépossédés, le plus souvent à leur insu, ces vingt dernières années, par une clique de dirigeants corrompus.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330849537.jpg

En attendant le jour où elles reviendront aux gens de Wukan, Zhuang Liehong se plaît à imaginer, là-haut, une statue de la liberté, le bras levé, comme à New York. Ce serait une attraction touristique idéale pour le « village de la démocratie », comme Wukan est désormais désigné sur des sites Internet chinois. « Sauf qu’on ne pourrait pas prononcer le mot démocratie, se reprend-il. Mais les gens savent bien de quoi il s’agit ! »

À 28 ans, Zhuang Liehong est l’un de ceux qui ont mené la fronde des habitants de Wukan contre un abus du pouvoir local, qu’ils accusent de détourner des biens collectifs à des fins privatives. Il a toujours une plaisanterie en réserve, et chaque fois qu’il reçoit un appel sur son portable, c’est une version tonitruante et rock de L’Internationale qui retentit. Malgré la tragédie de décembre 2011 — lorsque Xue Jinbo, l’un des quatre représentants du village arrêtés au côté de Zhuang Liehong, est mort en détention —, Wukan bruisse d’une effervescence joyeuse en ce mois de février où les habitants se préparent à aller aux urnes pour désigner un nouveau comité du village. Le processus se déroule en plusieurs étapes : l’élection d’une commission électorale début février, puis d’une centaine de délégués villageois, et enfin, samedi 3 mars, de l’équipe dirigeante, le tout au suffrage direct.

L’échelon du village est le seul en Chine où les élections libres sont autorisées depuis les années 1990. Mais l’exercice est vite devenu, en l’absence de garde-fou, une parodie de démocratie : ainsi à Wukan où l’ancien chef du village et secrétaire du Parti est resté au pouvoir pendant quarante et un ans, « protégé » par les échelons administratifs supérieurs. Chassé lors des manifestations de l’automne, il est actuellement détenu par la commission disciplinaire du Parti.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330849551.jpg

À Wukan, fin février, les 109 délégués réunis dans la salle des fêtes, un théâtre surélevé qui fait face à un temple orné de deux dragons, examinaient sur un plan distribué à chacun la délimitation des terres collectives du village. Et quelques-uns des contrats secrets passés par l’administration précédente. Les villageois n’ont jamais rien touché à l’occasion de ces ventes — sauf lors de la construction de la principale route (50 euros par habitant). Parfois, des terres cultivées étaient préemptées : « On nous disait que cela deviendrait une zone de développement industriel et qu’on aurait des actions. Mais rien ne venait ! », explique Zhang Bingchai, un père de famille de 45 ans. Ces terrains gelés auraient permis aux cadres du village et aux sociétés avec lesquelles ils faisaient affaire d’obtenir des prêts bancaires, dénoncent les villageois. L’enjeu du scrutin du 3 mars, pour eux, c’est donc de recouvrir leurs  droits sur ces terres. Ils veulent notamment que soient appliquées au plus vite les clauses des contrats prévoyant que les terrains restés inoccupés plus de deux ans retournent au village.

Si le village d’insurgés a échappé à la normalisation à la mode chinoise — répression, diabolisation, déni —, c’est grâce à l’intervention, le 21 décembre, de l’émissaire du chef du Parti de la province du Guangdong. Dans une sorte de « Je vous ai compris », celui-ci a publiquement reconnu, fait extrêmement rare en Chine, que les demandes des villageois étaient « raisonnables ». Et dans les jours qui ont suivi, les « meneurs », promis à de lourdes peines, étaient libérés.

Cette approche, qui a eu un grand retentissement dans le pays, s’inscrit dans une dynamique politique nouvelle : Wang Yang, le chef du Parti du Guangdong, une figure montante appelée à rejoindre les plus hautes instances du Parti à Pékin fin 2012, cherche à promouvoir des réformes de gouvernance. Et début février, le premier ministre, Wen Jiabao, s’est rendu dans un autre village du Guangdong, pour en appeler à « respecter les droits des villageois sur leurs terres », notamment au moyen de « procédures électorales justes et transparentes » — un message de soutien évident à l’expérience de Wukan. « Wukan a montré la voie d’une résolution pacifique et rationnelle des conflits. Pour l’instant, le résultat est gagnant-gagnant : les violences ont cessé, et les villageois sont revenus dans un cadre juridique existant », se félicite Xiao Bin, un professeur d’administration publique de l’université Zhongshan, à Canton, qui ausculte les réformes de la province.

Pour les villageois, le chemin est semé d’embûches. Les échelons administratifs qui séparent le village de la province — comme le bourg de Donghai et la ville de Lufeng — et qui sont soupçonnés d’avoir profité du pillage des terres, cherchent àreprendre la main : au moins l’un des 109 délégués s’est vu proposer un « salaire » secret de la part du gouvernement local pour servir d’informateur. Les autorités de Lufeng veulent en outre empêcher Xue Jianwan, 22 ans, la fille de Xue Jinbo, meneur mort dans des conditions à ce jour suspectes, de se présenter aux élections au motif qu’elle est institutrice. Aucun dispositif de recours n’a été mis en place pour garantir le bon déroulement du scrutin, le « groupe de travail » envoyé à Wukan par la province se bornant à « observer ».

Faire valoir leurs droits les plus élémentaires a longtemps paru illusoire aux gens de Wukan : « On savait tous qu’il y avait des problèmes avec les terres. Quand je demandais à ma mère, elle me disait : « Ils sont violents et trop nombreux. » Finalement, ce sont les jeunes qui ont pris les choses en main », explique Chen Suzhuan, une jeune femme de 30 ans qui a fait partie du comité provisoire du village insurgé et a depuis été élue déléguée. La colère a commencé à frémir en avril 2009, quand un tract distribué la nuit dans les boîtes aux lettres, et signé par un mystérieux « Patriote n°1 », a dénoncé pour la première fois les ventes illégales de terres. Un numéro de QQ, le service de messagerie en ligne, y était inscrit. Très vite, l’espace en ligne animé par Patriote n°1, et baptisé « Les jeunes au sang chaud », est devenu un lieu de débat animé pour les jeunes adultes du village, souvent employés dans les grandes  villes de la région — Canton, Foshan, ou Shenzhen — dans les services ou le petit commerce.

En juin 2009, plusieurs d’entre eux, à l’initiative de Zhuang Liehong, tentent de porter en haut lieu leurs doléances. « On voyait bien qu’ailleurs, les terres, ça rapporte », explique Hong Ruichao, un beau gaillard de 26 ans, l’un des quatre meneurs emprisonnés en décembre. Aucune de leurs démarches auprès du bourg, de la préfecture et de la province n’aboutit. « On était des boules de billard que tout le monde se renvoie », poursuit Hong Ruichao. Leurs familles reçoivent des visites intimidantes en pleine nuit. Parfois, on cherche à les acheter : « Ils m’ont dit, tu vas te marier. Alors on t’offre une maison. Et puis de l’argent. J’ai tout refusé », raconte Zhuang Liehong.

Tout s’accélère en septembre 2011, avec le chantier d’un complexe touristique sur l’une des dernières terres vierges du village. Les villageois organisent des marches de protestation. Mais la police intervient, sous les objectifs des téléphones portables, qui montrent les policiers s’en prendre violemment aux habitants. Vieux, jeunes, femmes et enfants canardent alors la police qui se retire, puis mettent à sac le commissariat. Wukan est aux mains de ses habitants, mais sera assiégé jusqu’au 21 décembre. Lin Zuluan, 67 ans, un cadre du bourg à la retraite très respecté dans le village, rejoint la direction du mouvement après l’arrestation de plusieurs organisateurs. « J’ai appelé un ami qui avait une clinique et me suis porté garant pour tous les frais des blessés. À ce moment, on n’avait aucune réponse de la part des autorités, l’incident était présenté comme instigué par « des forces hostiles » et moi, un manipulateur à leur service », raconte-t-il.

Quand le gouvernement provincial choisit la conciliation en décembre, Lin Zuluan est l’interlocuteur idoine : il sera nommé en janvier chef du Parti de Wukan, en remplacement de l’ancien chef démis. Il est aujourd’hui le favori aux élections pour le poste-clé de chef de village.

La manière dont les gens de Wukan ont su exploiter Internet et les médias a été décisive dans leur combat. Wu Jijin, un fils de pêcheur de 16 ans qui a quitté l’école, fait partie de ceux dont les messages et les photos tweetés ont touché le plus d’utilisateurs sur Weibo, le site de microblogging chinois. Et alors que la presse chinoise n’a jamais été autorisée à couvrir librement ces événements, les gens de Wukan ont courtisé les médias étrangers et d’Hongkong, ouvrant même un centre de presse. « C’est la première fois que je vois une telle conscience et une telle ouverture d’esprit », explique, à Canton, la documentariste Ai Xiaoming, chroniqueuse de la prise de parole citoyenne en Chine par les nouveaux médias.

À Wukan, personne n’a oublié le rôle de deux « anges gardiens » de la révolte. Xue Jinbo, dont la mort, à 42 ans, a galvanisé la résistance de la population. Et le Patriote n°1, qui s’est tu en décembre, quand Internet a été nettoyé des références à Wukan. Est-il caché ? Arrêté ? Personne ne sait. « Son esprit est parmi nous », assure Zhuang Liehong.

Publié par des ennemis de la révolution (Brice Pedroletti, Le Monde, 3 mars 2012)


Des villageois chinois élisent leur propre administration

Les habitants de Wukan, un petit village de pêcheurs du sud de la Chine, ont élu samedi un réformiste à la tête d’une nouvelle autorité administrative, aboutissement de leur révolte contre les saisies foncières et les abus de pouvoir des responsables locaux.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330849608.jpg

Le scrutin, une exception dans le paysage politique chinois, avait été organisé dans l’école du village, ornée de banderoles rouges, où quelque 6.800 habitants ont déposé leurs bulletins dans sept urnes en métal, afin de désigner autant de représentants de leur comité villageois.

Lin Zuluan, un doyen du village à l’origine du mouvement de protestation contre les anciennes autorités, s’est imposé largement par 6.205 voix comme chef du comité.

Un autre leader de la contestation, Yang Semao, a été élu chef adjoint. Les cinq autres représentants seront élus lors d’un second tour dimanche.

Niché sur la côte de la province méridionale de Guangdong, Wukan est devenu en quelques mois le symbole d’un militantisme rural diffus mais bien réel en Chine.

Les responsables de la province, dirigée par l’ambitieux dirigeant communiste Wang Yang, y avaient autorisé ce vote en décembre pour prévenir de nouveaux troubles après des émeutes contre des autorités locales accusées de corruption.

Les résidents avaient affronté la police antiémeute, saccagé les bâtiments publics, expulsé une administration corrompue et formé une autorité autogérée.

Les habitants du village espèrent désormais récupérer des terres vendues illégalement et protéger leurs droits à l’avenir.

L’apaisement des tensions liées aux saisies foncières, qui alimente des troubles sociaux chaque année en Chine, est devenu une priorité pour le pouvoir central.

Le Premier ministre Wen Jiabao s’est engagé à soutenir le processus électoral à Wukan afin de mieux répondre aux garanties demandées par les populations rurales contre les confiscations illégales de terres.

Mais l’expérience menée par les villageois s’est aussi transformée en laboratoire pour les militants des droits civiques, les partisans de la démocratie participative, les pétitionnaires des autres villages, les universitaires et les journalistes chinois, qui se sont déplacés massivement pour suivre le scrutin.

« Wukan est un exemple pour nous tous », résume Hua Youjuan, un chef de village de l’est de la Chine, où les habitants se sont eux aussi mobilisés contre la corruption. « Ce que Wukan a réussi grâce à la solidarité doit nous inspirer. »

Le gouvernement américain a également dépêché un observateur à Wukan, le consul de Guangzhou Paul Baldwin, qui a lui-même été étroitement surveillé par la police locale et les employés du gouvernement.

Le comité villageois élu ce week-end aura le pouvoir sur les finances locales et la vente des terres appartenant à l’ensemble de la communauté.

Publié par des ennemis de la révolution (Reuters, 3 mars 2012)


Xinfeng, un nouveau «  Wukan » au nord-est de la Chine

Les protestations villageoises se multiplient en Chine. Sur le modèle de Wukan qui avait défrayé la chronique l’année dernière, des paysans manifestent contre leurs autorités locales et demandent l’organisation d’élections transparentes. C’est encore le cas aujourd’hui à Xinfeng, dans la province du Jilin au nord-est du pays. Depuis juin 2010, les habitants n’ont pas pu voter pour leurs représentants, les candidats étant victimes de mystérieux « accidents » avant chaque scrutin. Pour les habitants, pas de doute, on leur vol leurs élections.

De notre correspondant

C’est l’histoire d’un scrutin maudit et peut être l’un des meilleurs symboles des dysfonctionnements du « Haixuan », le système de désignation au suffrage direct tous les trois ans, des représentants locaux dans les campagnes chinoises. Xinfeng est en effet le premier village où a été initié, dès 1986, ce mode d’élections. Seize ans plus tard, les habitants se sont mis à demander d’avantage de transparence autour du scrutin. Résultat : depuis juin 2010, les bureaux de vote sont fermés. La population ne décolère pas.

Il est devenu impossible, en effet, d’élire les délégués sans qu’un incident ne survienne. La première fois, trois votes ont été considérés comme invalides par la commission électorale. Les élections ont été annulées et les choses se sont encore aggravées. Les candidats semblent désormais directement visés par de mystérieux incendies qui se déclarent en pleine nuit proche des habitations, par des champs empoisonnés aux pesticides, par des serres à légumes lacérées au couteau. Ces incidents n’arrivent pas par hasard. Ils sont destinés à entraver le vote, affirment aujourd’hui les villageois cités par le Xinjingbao. La population est retournée en ce début de semaine porter une pétition au bureau régional. Pour la trentième fois, mais toujours sans résultat.

Pressions sur les habitants

Un cas loin d’être unique. Les quatre mois de manifestations l’an passé et surtout l’organisation d’un scrutin électoral depuis le début du mois, a donné des idées à d’autres. Nous avons compté au moins trois autres « Wukan » depuis le début de l’année, rien que dans le sud-est du pays : Haimen, Wanggang et Panhe… ce dernier village de la province du Zhejiang ressemblant d’ailleurs à s’y méprendre à son cousin du Guangdong.

Comme à Wukan, en effet, les habitants accusent les autorités locales d’être corrompues. Comme à Wukan, les habitants ont manifesté pour revendiquer la restitution de leurs terres. La seule différence étant que pour l’instant la population semble avoir perdue la bataille. Le journaliste Tom Lasseter décrivait ainsi ce week-end une atmosphère pesante dans les rues du village, avec une forte présence policière et des habitants terrifiés à l’idée de témoigner : « Les fonctionnaires ont emmené tous les jeunes qui communiquaient sur internet (ndlr : ce qui avait permis justement aux manifestants de Wukan de se faire connaître dans le monde entier), lui a malgré tout confié un agriculteur de Panhe, qui comme beaucoup, a demandé à ne pas être cité par crainte d’être arrêté ».

« Virée » de l’école primaire

Wukan qui doit élire samedi 3 mars prochain les représentants du comité de district ainsi que le chef du village, reste donc une exception. Et même dans ce cas, il pourrait y avoir des surprises. « Ils font pression pour que je ne participe pas aux élections, nous a confié ce mardi Xue Jianwan ». La fille de l’un des meneurs de la lutte décédé en garde à vue le 11 décembre dernier, enseigne les mathématiques et le chinois à l’école primaire du village. Elle a reçu ce matin un coup de fil du directeur de l’école lui affirmant qu’en tant que fonctionnaire et en vertu des règlements elle ne pouvait pas être candidate. « Dans ce cas je préfère démissionner », leur aurait répondu la jeune femme qui ira demain mercredi faire sa déclaration de candidature devant les habitants. 7 membres du comité de district doivent être élus samedi prochain. « C’est très important, dit elle, le comité permet de surveiller ce que fait le chef de village ».

Publié par des ennemis de la révolution (Stéphane Lagarde, RFI.fr, 28 février 2012)

Publié dans Les luttes de classe en Chine | Marqué avec , , , , , , , | Commentaires fermés sur [Révolution chinoise] Retour à Wukan

« Il y en a marre de récupérer des victimes de la police »

Mehdi et Badroudine sont de passage à la gare du Nord, tout juste après un contrôle policier musclé qui a visiblement choqué les voyageurs.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330851453.jpg

Les passagers s’entrechoquent comme des masses. C’est l’heure pointue. Les longs couloirs sont noirs. C’est l’heure des grands flux. Il est 18h16. Le trafic est fluide. Et sur le plateau souterrain de la gare, une troupe de policiers veille. Face à eux, des passagers. C’est l’incompréhension. « Dites nous la vérité, juste la vérité » supplie une dame.

Elle s’approche. Ses mains se crispent. Son visage face à celui d’un képi, noyé dans son mutisme. Volontairement silencieux. Tout compte fait, l’agent ouvre la bouche. « C’est un homme, il est mort, il avait deux enfants. » La jeune femme rougit de haine. « C’est très drôle. Vive la police. » Et le policier d’esquisser un sourire.

Sauf que l’affaire est tout sauf drôle. C’était à 17h. Un contrôle d’identité. Des policiers qui demandent des papiers à un passager. « Je travaille dans un stand de la gare, juste là, pointe un garçon. J’étais juste à côté de lui quand c’est arrivé. »

L’homme « a voulu sortir une ventoline, sept policiers l’ont pris par le cou, ils lui ont mis une balayette et un coup de poing », raconte un témoin. Les témoignages concordent. « Ils pensaient qu’il allait sortir un flingue ou quoi ? » s’agace une passante. Le jeune homme continue son récit : « Après, ils lui ont sauté dessus. Ils l’ont battu. Il y avait du sang. »

Pendant que l’affaire se dilue, que l’incompréhension grandit, un deuxième policier provoque : « Oh, y’a rien eu, juste un viol ». Il rigole. Il répète lourdement : « Oui, un viol ». Il regarde son collègue. Ils rigolent, complices du même humour. Certains passagers insistent pour connaitre « la vérité ». Une femme, chargée, qui passait par là a « tout vu ». Elle raconte : « Ils l’ont battu et l’ont enfermé derrière cette porte. Depuis 17h, il n’est pas sorti. »

Un homme lui demande de témoigner officiellement. Elle refuse. « Mais c’est important de prouver des choses aussi graves » dit-il. Le premier témoin, lui, promet qu’il portera plainte « contre la police pour cet abus ». Une gradée, plus sérieuse que les policiers tristement moqueurs, donne sa version : « L’homme n’est pas blessé et il est actuellement devant un agent de nos services ».

Les policiers se replient. Ils disparaissent dans un nuage de rage. « C’est ça, la politique de Sarkozy » pointe une dame, les voyant s’éloigner. « C’est malheureusement ça, la France » réplique une autre. Avant d’ajouter : « J’en suis certaine, c’est un énième acte raciste contre un Noir ». Le jeune témoin, les doigts tremblants, la voix rouillée : « C’est chez nous ici, nous sommes Français, nous ne méritons pas ce traitement ».

La porte de fer reste close. Muette. Devant, un ambulancier lâche un cri : « Honnêtement, mes collègues et moi, nous en avons marre de récupérer des victimes de la police ». Un énième contrôle qui vire au vinaigre. Mais, en levant les yeux au plafond, une flamme d’espoir pour l’ambulancier  : « Il y a quatre caméras de surveillance, elles ont tout filmé ». Tout ça aurait pu passer inaperçu.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah – BondyBlog, 3 mars 2012.

Publié dans Violences policières et idéologie sécuritaire | Marqué avec | Commentaires fermés sur « Il y en a marre de récupérer des victimes de la police »

[Occupation] (Brève) ouverture de la maison Cornillon à Saint-Denis

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1306834526.jpg

Ce matin, les habitantEs de St-Denis qui occupaient d’anciens bureaux à La Plaine St Denis ont été évacuéEs et emmenéEs au commissariat de Bobigny, a priori pour un contrôle d’identité, suite à la plainte de Catherine Leger déposée au nom de la SEM Plaine commune développement (propriétaire du lieu). Ils sont 21. Un appel à rassemblement devant le commissariat de Bobigny (rue de Carency) est lancé.

Le rassemblement et l’AG prévus ce soir à 17h sur le lieu sont de fait annulés.

On lâche rien ! La lutte pour des logements pour touTEs continue !

* *

Fin de l’action : les 21 personnes emmenées au commissariat de Bobigny suite à l’occupation d’anciens bureaux à La Plaine St Denis sont sorties après un contrôle d’identité.

D’autres actions sont à venir… Entre autres, manifestation contre les expulsions et la restructuration urbaine le samedi 17 mars, 13h, métro Alexandre Dumas.

Contact – 4 mars 2012.


Expulsions, destruction des quartiers, chasse aux pauvres… Il n’y a pas de fatalité, agissons COLLECTIVEMENT !

Saint-Denis a été le théâtre cet hiver d’expulsions laissant une cinquantaine de personnes à la rue sans qu’aucune solution viable de relogement leur soit proposée. La seule réponse de l’État et de la municipalité est un hébergement d’urgence de quelques jours par le 115 aux quatre coins de l’Île-de-France, dans des hôtels miteux où faire chauffer du lait pour nourrir son bébé est interdit.

Mercredi 15 février, une femme hébergée dans ce type d’hôtels, en attente d’un logement stable, s’est immolée dans le hall de la mairie. Elle est décédée le lendemain.

« Son acte désespéré crie l’urgence de mesures en faveur du droit à l’hébergement et au logement, au moyen de la réquisition immédiate des logements vides, publics et privés » s’est empressée de réagir la mairie dans un communiqué.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1330850818.jpg

Nous avons donc décidé de prendre la mairie au mot, en occupant un immeuble laissé vacant par Plaine Commune Développement, société d’économie mixte présidée par Patrick BRAOUZEC, député communiste et président de la communauté d’agglomération « Plaine Commune ». On nous dit que les communes manquent de moyens et que l’État est le seul responsable de la situation du logement, mais ces mêmes communautés d’agglo ont les compétences en matière de logement et les moyens existent : les grands chantiers de rénovation et le projet du Grand Paris impliquent des millions d’euros d’investissements au profit des grandes entreprises : aides publiques pour l’implantation de sièges sociaux de grands groupes (Arcelor, SFR, la SNCF et bien d’autres, qui n’hésiteront pas à nous laisser crever de faims quand la situation économique des États-Unis ou de la Grèce arrivera en France), Programme national de requalification des quartiers anciens dégradés (PNRQAD) à Saint-Denis, comme à Montreuil ou Bagnolet… Derrière ces plans se dissimule, à peine, une volonté politique de transformer radicalement les anciennes banlieues rouges de la petite couronne, en virant les pauvres, pour en faire des quartiers aseptisés pour familles plus aisées. Qui nous fera croire que la construction d’un centre nautique olympique, financé par Plaine Commune à hauteur de 15 millions d’euros, profitera aux plus pauvres ?! Pour ces dernier.e.s, expulsions, augmentation des loyers, réduction du logement social. Ils nous dégagent et réaménagent…

Le 15 mars prochain, la trêve hivernale prendra fin et plus de 1500 personnes sont menacées d’expulsions rien que sur la ville de Saint-Denis. N’oublions pas non plus qu’après cette date, les gens continuent de souffrir d’une misère que l’on tente simplement de repousser. Face à  cette situation et aux drames qui se jouent tous les jours, nous, précaires, chômeur.euse.s, mal logé.e.s, squateur.euse.s, habitant.e.s, refusons la fatalité et décidons d’agir « au moyen de la réquisition immédiate des logements vides, publics et privés », mettant ainsi les municipalités devant leurs responsabilités !

Nous voulons faire de ce lieu un lieu d’habitation pour celles et ceux qui en ont besoin, mais aussi un lieu de vie, de lutte et d’entraide, indépendant de toute appartenance partisane et syndicale.

Nous appelons les habitant.e.s du quartier et d’ailleurs, qui se reconnaissent dans ce projet à nous soutenir et nous rejoindre dans cette lutte.

Samedi 3 mars à 15 heures
Ouverture du 2, chemin du Cornillon
suivie d’une Assemblée générale à 18heures
(AG sans les media)

3 mars 2012.

Publié dans Aménagement du territoire - Urbanisme, Luttes du logement | Marqué avec , , | Un commentaire