« Elle s’est tue, l’eau qui parlait » (2)

Guerre contre les enfants – Tu n’as pas de Trouble de la Personnalité…

Tes conseillers, profs, parents, docteurs, et autres policiers te disent que tu as une mauvaise personnalité et que tu ne fonctionnes pas correctement. Nous pensons qu’ils ont tort et que ce sont eux et le système mondial qui ne fonctionnent pas correctement.

L’école est une prison abusive et ennuyeuse, créée pour casser ton esprit et te maintenir dans l’ignorance. Si tu t’ennuies à l’école, c’est parce que les profs sont chiants, les thèmes traités sont sans intérêt et l’école est une cage. On ne t’enseigne que ce que le gouvernement veut que tu saches. Il y a des tas de choses intéressantes à connaître, mais l’école ne te les enseignera sûrement jamais. Tu es comme un cheval qu’on brise pour que tu sois un simple rouage dans la machine quand tu seras grand, ainsi tu consommeras, travailleras et mourras. Il faut 15 années d’école pour briser un être humain et le rendre d’accord avec la misère de la vie quotidienne. Par chance, beaucoup de jeunes continue de se rebeller. Ceux-là – ceux qui ont un esprit encore actif – sont pris pour cible par les établissements psychiatriques qui utilisent des armes infondées mais diaboliques, telles que le Trouble Oppositionnel avec Provocation (TOP) et le Trouble du Déficit de l’Attention (TDA).

La plupart des psychiatres sont juste des flics assis sur des sofa. Leur travail consiste à te faire croire qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez toi, pour que tu ne te rendes pas comptes de ce qui ne va pas réellement : tu vis dans une société de merde où tu sens impuissant, et cela te rend sauvage. Tu n’es pas fou – la société de masse, la guerre, la vigilance, le gouvernement, les flics, les banquiers, les armées, l’injustice, la misère… ça, c’est fou !! La psychiatrie est aussi inventée de toute pièce, ex. : il n’y a aucune base scientifique pour tous ces troubles et par conséquent il n’y a aucune preuve de comment ou si les traitements marchent. C’est une arme politique, créée pour détruire ta confiance, ton indépendance, ton pouvoir et ton esprit.

Aucun enfant ne devrait recevoir des traitements psychiatriques. Donner des traitements psychiatriques à des enfants et une attaque et une maltraitance envers les enfants. Les docteurs n’ont aucune idée de la manière dont fonctionnent les médicaments, surtout sur des cerveaux encore en développement. Si tu veux changer la chimie de ton cerveau, soignes ton alimentation (manges beaucoup de fruits et légumes frais et crus), fais de l’exercice et évites toute sorte d’addiction. La plupart des traitements psychiatriques et des « thérapies » comme l’électroconvulsivothérapie (ECT) sont juste des lésions cérébrales sans distinction et peuvent causer des handicaps permanents et la perte des fonctions cognitives sur les enfants et les adultes.

Les personnalités ne peuvent être mauvaises. Il est impossible d’être « troublé ». Les docteurs ne savent même pas ce qu’est une personnalité. La psyché humaine a été et sera toujours discutée, elle est un mystère, et un sujet de débat philosophique, non médical. Tu es qui tu es, et la personne que tu es est un individu à l’esprit libre emprisonné dans une société humaine et dans un monde contrôle par des petits groupes de personnes qui n’aiment pas la liberté et qui ont le pouvoir de t’oppresser.

Il n’y a rien de normal. Tout sur cette planète, et au-delà, est complètement unique. Il n’y a rien ni personne qui te soit égal dans tout l’univers. Quiconque essaie de te faire croire que la « normalité » existe est un imbécile. Quiconque utilise son autorité, force ou l’argument de l’imbécile pour te faire rentrer dans la définition de la « normalité » à travers le diagnostique psychiatrique, les médicaments, la détention, ou la thérapie comportementale induisant l’obligeance, devrait être arrêté.

Résiste aux docteurs, parents, profs et autres flics qui ne défendent pas tes intérêts. Occupe-toi de ta propre santé et de ta propre éducation, les deux sont importantes et tu en es responsable. Défend-toi contre ceux qui veulent te détruire et te contrôler.

Traduit de l’anglais (325) par Contra Info, 21 avril 2012

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[Révolution tunisienne / Om Larayes] À l’heure des résultats du concours de la CPG (5)

Tunisie : La rage d’Om Larayes, ville minière, en pleine misère sociale

Des rues battues par le sable, des bâtiments incendiés, et une rage diffuse, prête à éclater au moindre incident. La tension est toujours palpable dans la région minière du sud-ouest de la Tunisie, riche de ses phosphates mais ravagée par la misère sociale.

De nouveaux recrutements à la Compagnie des Phosphates de Gafsa (CPG), quasiment seul et unique pourvoyeur d’emplois depuis des décennies, ont fait remonter tensions et ressentiments dans une région où le taux de chômage dépasse parfois les 50%.

4.000 emplois pour 28.000 chômeurs. Pour éviter les graves violences qui avaient suivi en novembre la publication d’un premier concours — annulé depuis —, les résultats ont été échelonnés et sont annoncés ville par ville, tout le mois d’avril. Des renforts policiers ont été déployés.

À Om Larayes, l’annonce des 605 embauches de conducteurs et machinistes (4.000 personnes avaient postulé) samedi dernier s’est mal passée : des affrontements entre jeunes et policiers ont duré trois jours.

Le calme est revenu mais la ville reste rageuse, désespérée. « Ils m’ont tué », crie Mohamed Issaoui, père de deux enfants, recalé au concours. « J’ai dépassé 45 ans, je suis invisible, je suis sous terre », poursuit cet homme ayant déjà passé 10 dures années d’émigration en Italie.

Les hommes se rassemblent dans la rue, agitent leurs dossiers, veulent exposer leur cas. « Ma mère est malade d’un cancer à cause des phosphates, j’ai besoin de travailler », répète Moncef, qui se définit comme « un cas social » et  ne sait plus à qui s’adresser.

Om Larayes, 35.000 habitants, est livrée à elle-même. Le maire, qui était déjà en place sous l’ancien régime, n’a aucune légitimité et se contente de signer les actes de naissance et de décès.

Le gouverneur ? « Il s’est envolé après les dernières violences, il a eu peur qu’on lui casse la gueule », sourit un homme. « Il est parti se réfugier à Gafsa », la préfecture du gouvernorat. Les policiers sont indésirables et seuls quelques militaires sont tolérés.

Quant aux responsables de la CPG, ils se sont repliés à Gafsa ou Metlaoui, une autre localité minière, depuis les violences de novembre, lorsque les bâtiments administratifs de la compagnie ont été incendiés. Archives éparpillées à terre, murs défoncés, chaises et armoires désossées, vitres fracassées… la fureur s’est concentrée contre la Compagnie, à la fois mère nourricière et responsable de tous les maux de la région.

Leur presse (LExpressiondz.com, 19 avril 2012)


Om Larayes : ville minière où l’injustice sociale ne peut être résolue par la répression

Le samedi 14 avril 2012, le ministère de l’intérieur décrète le couvre-feu de 19h à 5h du matin à Om Larayes, une délégation de la ville de Gafsa. En colère contre les résultats du concours de la Compagnie de phosphate de Gafsa (CPG), un affrontement s’est déclenché entre des habitants de la région avec les agents des forces de l’ordre. Dans cette ville 605 agents ont été recrutés, cependant ceux qui ont été recalés ont de suite protesté ce qui a généré l’intervention des forces de l’ordre.

http://nawaat.org/portail/wp-content/uploads/2012/04/Bassin-minier-680.jpg

« Mon bassin minier, tu as mon âme et mon sang. Même si on nous marginalise, je te serai toujours fidèle. »

La Compagnie de Phosphate de Gafsa fait partie du Groupe Chimique tunisien (GCT), une entreprise publique constituée également de quatre autres sociétés, à savoir la Société industrielle d’acide phosphorique et d’engrais à Sfax, Industries chimiques maghrébines à Gabès, la Société arabe des engrais phosphatés et azotés à Gabès et Engrais de Gabès et Industrie chimique de Gafsa.

Le PDG du Groupe Chimique de Gafsa, dont le chiffre d’affaires en 2011 a atteint 1530000,00 k de TND, a déclaré récemment sur radio Shems FM que la production a augmenté de 60% lors du premier trimèstre de l’année 2012 comparée à celle de 2011. Néanmoins, les ventes ont baissé de 7%.

Dans la tourmente de ces chiffres colossaux, pour un habitant de la ville minière qui vient de passer le concours de la CPG, le salaire de 380 dinars par mois qu’il s’attend à avoir lui semble déjà beaucoup d’argent… Pour lui, les critères imposés, quels qu’ils soient, lui paraîtront toujours injustes.

Marginalisation et colère

D’abord, ce fut le colon depuis 1886, année de la découverte des couches de phosphate de calcium, ensuite ce fut le régime de Bourguiba qui a perpétré la marginalisation pour finir par celui de Ben Ali… Trois périodes bien distinctes dont le mot d’ordre n’a été que marginalisation et spoliation des richesses minières au détriment des habitants de la Région.

L’antagonisme entre un bassin minier qui fait de la Tunisie le cinquième producteur mondial de phosphate, réalisant par là des bénéfices colossaux au Groupe Chimique tunisien, et la misère dans laquelle vit la population reflète une injustice sociale évidente.

En outre la politique de la répression qui a eu lieu ces derniers jours à Om Larayes a rappelé aux habitants les évènements de 2008 où la police a sauvagement persécuté les contestataires provoquant des morts dont on ignore encore le chiffre, des centaines d’arrestations et des séquelles irrémédiables. La révolution du 14 janvier n’a fait que générer une attente d’un avenir meilleur qui tarde encore à se réaliser. « Rien n’a changé, la misère et l’injustice sont encore notre quotidien » nous a confié un habitant de Gafsa.

Les résultats du dernier concours où 605 ouvriers ont été embauchés n’ont pas servi à calmer une région où un tiers de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Brûler des postes de police, des pneus, jeter des pierres sur les agents des forces de l’ordre n’est qu’un cri de détresse.

Politique gouvernementale et transparence ?

Afin de rendre l’information plus accessible, le ministère de la formation professionnelle et de l’emploi a lancé le 5 mars 2012 un site internet pour rendre les résultats des concours de la CPG. On peut y trouver le nombre d’ouvriers qui seront recrutés ainsi que les critères d’embauche.

Mdhila : 580 agents
Om Larayess : 605
Redayef : 454
Metlaoui : 1000

Les résultats du concours de la CPG relatifs à la délégation du Redeyaf qui seront rendues aujourd’hui provoqueront probablement un nouvel affrontement entre les forces de l’ordre et ceux qui seront recalés. En attendant une politique plus efficace pour résoudre le problème du chômage, les citoyens tunisiens, notamment ceux du bassin minier, continueront à s’opposer à tout un système qui les a marginalisés pendant des décennies. Un projet concret et une gestion transparente de la crise qui sévit à Gafsa, sont une priorité absolue pour instaurer un minimum de communication entre la population et le gouvernement provisoire.

Leur presse (Lilia Weslaty, Nawaat, 21 avril 2012)

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[« Grand prix du sang »] Hamad dégage ! (2)

Bahreïn : affrontements nocturnes à proximité du circuit F1

Des heurts ont opposé les forces de l’ordre et des manifestants chiites dans la nuit de vendredi à samedi, juste avant les qualifications pour le Grand Prix de Formule 1 de Bahreïn.

Des affrontements nocturnes entre manifestants et forces anti-émeutes ont eu lieu dans des villages chiites, non loin du circuit Sakhir où se déroulent samedi les qualifications pour le Grand Prix de Formule 1 de Bahreïn. Des dizaines de personnes ont manifesté à l’entrée de Karzakan, Al-Malikiyah, Dumistan et Sada, situés à quelques kilomètres du circuit, près de Manama, ont-ils rapporté. Certains étaient encagoulés et d’autres portaient un linceul barré de l’expression « Je suis le prochain martyr ».

Des jeunes ont mis le feu à des pneus sur des routes jouxtant leurs villages et lancé des pierres et des cocktails molotov en direction des forces de sécurité, qui les ont dispersés à coups de gaz lacrymogènes et de bombes assourdissantes. La foule a scandé des slogans hostiles au gouvernement, répétant « À bas Hamad », en référence au roi de Bahreïn Hamad ben Issa Al-Khalifa, lors de ces manifestations qui ont lieu à l’appel du mouvement des « Jeunes du 14 février ».

Ce mouvement, un collectif radical, a appelé à « trois jours de colère » coïncidant avec le Grand Prix prévu dimanche, sous le slogan « Non à la Formule de sang ». Vendredi, au premier jour des essais libres, la police a dispersé par la force des milliers de manifestants anti-régime dans la région de Boudaya, à 4 km à l’ouest de Manama, selon l’opposition.

Les manifestations à répétition, à l’appel de l’oppostion chiite qui réclame des réformes constitutionnelles dans ce royaume dirigé par une dynastie sunnite, ont conduit à un renforcement de la sécurité autour du circuit de Sakhir. Malgré ces manifestations, le prince héritier, Salmane Ben Hamad Al-Khalifa, a écarté toute annulation du Grand Prix, comme cela avait été le cas l’an dernier en raison des troubles dans son pays.

Leur presse (LExpress.fr, 21 avril 2012)


Bahreïn. Un mort avant le Grand Prix de F1

Malgré les violentes manifestations et la répression, le prince héritier a décidé de maintenir la course.

L’opposition chiite bahreïnie a annoncé samedi qu’un homme avait trouvé la mort dans la nuit sur le lieu d’une manifestation « sauvagement » réprimée, non loin du circuit de Sakhir, où sont prévues les qualifications pour le Grand Prix de Formule 1 de Bahreïn.

Il s’agit du premier mort dans les manifestations liées au GP, mais la répression de la révolte populaire entamée en février 2011 a déjà coûté la vie à des dizaines de personnes.

Selon des témoins, des dizaines de personnes ont manifesté dans la nuit à l’entrée de plusieurs villages chiites situés à quelques kilomètres du circuit, à l’appel du mouvement des « Jeunes du 14 février », une coalition radicale.

Samedi matin, le Wefaq, principal groupe de l’opposition chiite, a annoncé la découverte du cadavre « du martyr Salah Abbas », âgé d’une trentaine d’années, près du village de Chakoura, où les forces de sécurité ont « sauvagement » réprimé une manifestation hostile à la dynastie sunnite qui dirige le pays.

Violences

Ces derniers jours, l’opposition avait fait état de blessés et de dizaines d’arrestations lors de la répression de précédents rassemblements.

Dans la nuit, les manifestants, certains cagoulés, ont mis le feu à des pneus sur des routes et lancé des pierres et des cocktails molotov en direction des forces de sécurité, qui les ont dispersés avec des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes, selon les témoins.

De jeunes filles en abaya noire, l’habit traditionnel, étaient parmi les manifestants, dont certains portaient un linceul barré de l’expression « Je suis le prochain martyr », et la foule a scandé des slogans hostiles au gouvernement, répétant « À bas Hamad », en référence au roi Hamad ben Issa Al-Khalifa.

Les « Jeunes du 14 février » avaient promis « trois jours de colère » coïncidant avec le Grand Prix prévu dimanche, sous le slogan « Non à la Formule de sang ».

Malgré ces manifestations, le prince héritier, Salmane Ben Hamad Al-Khalifa, a écarté vendredi toute annulation de la course, comme cela avait été le cas l’an dernier lorsque le pays avait été secoué entre la mi-février et la mi-mars par une révolte populaire réprimée avec l’aide des monarchies du Golfe. « Une annulation ferait le jeu des extrémistes », a-t-il déclaré.

Les manifestations à répétition ont cependant conduit à un renforcement de la sécurité autour du circuit de Sakhir. Des véhicules blindés étaient stationnés samedi sur l’axe routier reliant Manama au circuit, où des fouilles systématiques, avec des portiques de sécurité, étaient menées aux entrées du public, selon des journalistes.

Les organisations de défense des droits de l’Homme avaient critiqué la tenue de la course en pleine crise politique dans ce petit royaume du Golfe, parent pauvre des riches monarchies pétrolières voisines.

Selon une commission indépendante, la répression de la révolte en février/mars avait fait 35 morts, dont quatre sous la torture. Amnesty International estime pour sa part que 60 personnes ont été tuées depuis le début du mouvement.

Et de nombreux opposants restent sous les verrous, en particulier le militant chiite Abdel Hadi al-Khawaja, condamné à la perpétuité et en grève de la faim depuis le 8 février. (…)

Leur presse (tempsreel.nouvelobs.com, 21 avril 2012)

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[Affaire Merah] Ne dites pas « provocation électoraliste », dites « raté administratif »

Comment le contre-espionnage a égaré la fiche de Merah

Dès 2006, l’auteur des tueries de Toulouse et Montauban était fiché comme susceptible d’attenter à la sûreté de l’État.

Bernard Squarcini, le chef de la Direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI), est formel. Ses services n’auraient entendu parler de Mohamed Merah qu’en novembre 2010, et ce pour la première fois.

Dans l’entretien accordé au journal « le Monde » après les tueries de Toulouse et de Montauban, le patron du contre-espionnage français a expliqué qu' »après un simple contrôle routier à Kandahar, en Afghanistan en novembre 2010 (…) la direction de la sécurité et de la protection de la défense nous a signalé l’incident ». Squarcini précise même qu’il n’y a aucun lien entre Merah et le démantèlement, fin 2006, à Artigat, à une soixantaine de kilomètres de Toulouse, d’une filière de combattants djihadistes en Irak. Pour lui, l’amitié entre Mohamed Merah et Sabri Essid, un Toulousain arrêté les armes à la main à la frontière syro-irakienne, tout comme le concubinage entre sa mère et le père d’Essid, n’en font pas un « activiste chevronné » qui aurait mérité d’être étroitement surveillé. Le chef de la DCRI affirme donc qu’il n’y a « pas de lien, en dehors de mandats que (Merah) a envoyés à l’un des condamnés en prison, ce qui peut être une simple solidarité de cité ».

Or Mohamed Merah a bien été fiché comme susceptible d’attenter à la sûreté de l’État dès 2006. Suite à l’opération conduite à Artigat, les Renseignements généraux (ancêtres de la DCRI) avaient émis une fiche « S », comme sûreté de l’État, à son nom, le désignant comme « membre de la mouvance islamiste radicale, susceptible de voyager et de fournir une assistance logistique à des militants intégristes ». La procédure implique que les policiers contrôlant un individu fiché « S » signalent sa présence aux RG et recueillent un maximum de renseignements sur lui (provenance, destination, moyens de transport, etc.). Bref, qu’ils le surveillent étroitement, « sans attirer l’attention ».

Imbroglio administratif

C’est du reste ce qui s’est passé le 18 novembre 2007, à 1h30 du matin, lors d’un contrôle au col du Perthus, à la frontière espagnole, comme l’a révélé M6. Merah se trouvait dans une BMW immatriculée à Toulouse, en compagnie de deux petits voyous de cité. Bernard Squarcini paraît l’ignorer. Voici pourquoi.

Selon notre enquête, la fiche Merah de 2006 s’est volatilisée deux ans plus tard, soit en 2008, à la faveur d’un incroyable imbroglio administratif sur fond de guerre des polices, à l’occasion de la fusion entre les RG et la DST (Direction de la Surveillance du Territoire), devenus la DCRI. Un projet cher à Nicolas Sarkozy. « Les fiches S ont une validité de deux ans et doivent être renouvelées après ce délai par les services » [sic], explique un agent de renseignement qui s’est penché sur cette bévue. « Dans la nouvelle organisation, le pôle ‘Islamisme radical’ des RG, à l’origine de la fiche, a été presque entièrement démantelé pour faire la part belle aux spécialistes antiterroristes venus de la DST », explique ce même agent. « La mémoire des RG est partie en fumée, et la fiche S de Merah est passée à l’as. »

Il franchit les frontières sans attirer l’attention

À l’époque, le jeune homme, incarcéré à Toulouse pour un délit mineur, ne se fait donc pas remarquer dans les milieux islamistes. À sa libération en septembre 2009, Merah, sorti des radars des services antiterroristes, peut franchir les frontières sans attirer l’attention. Et sillonner le Moyen-Orient, de l’Égypte à l’Afghanistan en passant par la Syrie, la Jordanie et Israël.

Ce n’est qu’en novembre 2011 que la DCRI rédigera une nouvelle fiche S sur Merah, après son retour du Pakistan et un léger débriefing à l’antenne toulousaine du service. Cette fiche, figurant au fichier des personnes recherchées (FPR) et dont « le Nouvel Observateur » a pu prendre connaissance, est étonnamment minimaliste. Elle présente Merah comme « un militant proche du milieu djihadiste international » mais n’est classée que « S 5 » : une procédure qui demande de signaler ses passages aux frontières, mais n’implique ni de fouiller ses bagages, ni de le surveiller sur le territoire français. « Une surveillance très légère », reconnaît un agent de renseignement.

Le raté administratif durant lequel s’est perdue la première fiche Merah — celle de 2006 — a-t-il été évoqué devant la délégation parlementaire pour le renseignement qui a auditionné le chef de la DCRI, le 4 avril dernier, soit cinq jours après que M6 en eut fait état ? Les huit parlementaires concernés ont-ils posé la question ? « Secret-défense », répliquent-ils en chœur. Seul le président de la délégation, le député Guy Tessier, affirme qu’il n’y a eu « aucune faille ou aucune ombre au tableau » (dans le traitement de l’affaire Merah, ndlr). Contre toute évidence.

Lire l’intégralité de l’article « Révélations sur les ratés de l’affaire Merah » dans « le Nouvel Observateur », en kiosque le 19 avril.

Presse terroriste (Cécile Deffontaines & Olivier Toscer, tempsreel.nouvelobs.com, 18 avril 2012)

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Réfutation de la propagande pro-Bachar El-Assad distillée par « LeMonde.fr »

Non, le régime syrien ne sort pas « renforcé » de l’épreuve !

Consacré à la Syrie, le chat de lemonde.fr daté du 13 avril a laissé perplexes nombre de lecteurs, français et syriens. À commencer par son titre. Ils se demandent comment « le régime syrien sort renforcé de l’épreuve », alors que celle-ci est loin d’être achevée (…).

Ce point litigieux n’est pas le seul à avoir mis les lecteurs mal à l’aise.

Comme on nous le rappelle, « pour manifester en Syrie, il faut une autorisation ». Autrement dit, en appelant les Syriens à descendre dans les rues, le Conseil National Syrien viole délibérément le décret promulgué un an plus tôt, le 21 avril 2011, pour réglementer les manifestations, en se substituant aux règles liberticides de l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis 1963. Sans doute. Mais l’opposition a déjà fait l’expérience que, lorsqu’elle se pliait aux contraintes de ce décret-loi, elle n’obtenait pas satisfaction… puisque le premier à avoir déposé une demande pour la manifestation qu’il souhaitait organiser dans sa ville de Qamichli, dans le gouvernorat de Hassakeh, a été purement et simplement arrêté. L’opposition est prête à se conformer à cette injonction à deux conditions, dont elle perçoit l’incongruité sitôt qu’elle les formule : qu’elle ait une chance d’obtenir satisfaction et, tous les Syriens étant — en principe… — égaux devant la Loi, que les moukhabarat, qui convoquent et organisent les expressions de soutien public au chef de l’État, soient eux aussi astreints — pour la forme… — à solliciter l’aval des autorités compétentes.

On nous dit ensuite que « les sanctions économiques prises à l’encontre de la Syrie ne sont pas efficaces ». Cela dépend pour qui. Il est exact que, si elles pénalisent déjà lourdement les simples citoyens, victimes collatérales de mesures destinées à les soulager… de leurs actuels dirigeants, elles ne suffiront pas à contraindre au départ Bachar Al Assad et son entourage. Mais qu’en pense le gouverneur de la Banque Centrale, dont on apprend qu’il a commencé à vendre les réserves d’or de son institution ? Qu’en pensent les hommes d’affaires dont les noms figurent sur la liste des sanctionnés ? Nombre de ceux qui ont été « autorisés » au cours des derniers temps à quitter leur pays ont profité de leurs déplacements pour s’enquérir discrètement, auprès de divers gouvernements européens, des conditions auxquelles ils devraient satisfaire pour obtenir leur retrait des « listes de la honte ».

On nous affirme ensuite que « l’armée est restée unie et fidèle au régime ». Globalement parlant, c’est exact. Mais le prix à payer pour cette union apparente et cette fidélité relative est lourd (cf. Stéphane Valter, Rivalités et complémentarités au sein des forces armées : le facteur confessionnel en Syrie). Il impose à l’État-major de laisser à l’écart de la répression un certain nombre d’unités dans lesquelles il n’a pas une confiance absolue. À la différence de la 4e division, des Forces spéciales et de la Garde Républicaine qui sont majoritairement composées d’alaouites, elles comportent en effet dans leur rang un pourcentage de recrues sunnites correspondant à celui de cette communauté — 70 % environ — dans l’ensemble de la population. Compte-tenu de cet élément de fragilité, ces unités ne sont donc engagées qu’avec circonspection. Mais cette prudence n’est parvenue à prévenir ni les mutineries, ni les désertions, qui pourraient s’accélérer dès que l’Armée Syrienne Libre sera en mesure d’obtenir les matériels et les armes dont elle manque actuellement et de payer la solde des déserteurs qui la rejoignent.

On nous explique ensuite que les hauts responsables militaires et politiques n’ont pas fait défection, parce qu’ils sont « nationalistes… quand cela intéresse » et qu’ils « ne veulent pas voir la Syrie tomber sous l’influence de puissances étrangères » arabes ou autres. Certes, comme la grande majorité des Syriens, les militaires sont nationalistes. Mais, malgré le maintien de l’état de guerre, ils n’ont pas bougé le petit doigt contre Israël depuis les accords de désengagement de 1974. Plus soucieux de rester en place que de se lancer dans de nouvelles aventures, Hafez Al Assad avait évidemment d’autres chats à fouetter. Il a préféré « oublier les Israéliens », sauf dans ses discours, pour pouvoir tranquillement « mater les Syriens ». Ses militaires « nationalistes » n’ont pas vraiment insisté non plus, comme si les harangues de Hafez jadis, et celles de Bachar aujourd’hui, sur les thèmes bien connus de la « résistance et (de) l’obstruction », suffisaient à les combler et les dispensaient de toute action. Bien que « nationalistes », des militaires syriens ont participé au Koweït, en 1991, à l’opération Tempête du Désert contre un autre pays arabe, l’Irak de Saddam Huseïn. Alors que l’Union Soviétique traversait des jours incertains, il convenait de gagner la faveur des Américains, de ne pas rester en marge des processus de paix qui devaient démarrer à Madrid… et de glaner de nouveaux subsides des pays du Golfe, dans le cadre des « Pays de la Déclaration de Damas ». Qu’ils ne veuillent pas tomber aujourd’hui sous leur « influence », est tout à leur honneur. Mais celui-ci ne semble pas plus affecté aujourd’hui par le recours aux milliards de l’Iran, qu’il ne l’a été jadis, entre 1973 et 1987, par l’impôt révolutionnaire en faveur du dernier « pays de la ligne de front ». Réclamé avec plus ou moins de courtoisie de ces mêmes pays du Golfe, cet impôt a autant servi à financer la construction de villas et palais dans certains villages de la montagne alaouite qu’à acquérir les équipements dont l’armée syrienne avait alors besoin.

On justifie ensuite la fidélité au clan des Al Assad des responsables militaires alaouites par « la crainte que l’opposition sunnite, au cas où elle l’emporterait, cherche à se débarrasser d’eux ». Malheureusement, une telle issue n’est plus aujourd’hui improbable. Mais elle ne faisait pas partie du scénario initial. Les militaires sont à ce niveau les seuls responsables de leur choix. On ne doit pas oublier que, pour les convaincre de se ranger du côté du peuple et de ne pas s’abaisser à être de simples « protecteurs du régime », les manifestants ont défilé, le vendredi 27 mai 2011, en exprimant leur respect pour ceux qu’on désigne en Syrie sous l’expression de « houmât al diyâr » (protecteurs des maisons). Et on notera, en tout état de cause, que si le Conseil National Syrien s’est engagé à traduire en justice ceux qui ont du sang sur les mains, ce sera devant une juridiction libre, juste et indépendante.

On nous indique ensuite que « la peur n’est pas la raison majeure pour laquelle les cadres du régime ne font pas défection ». Il est certain que les privilèges et le nationalisme, comme l’appartenance à la communauté alaouite, ne sont pas des facteurs négligeables. Mais, outre que tous les cadres du régime ne sont pas alaouites, la peur reste en Syrie l’un des meilleurs ciments du régime. N’est-ce pas « un exemple » que le régime a voulu donner aux candidats à la désertion, civils et militaires, en supprimant plus d’une dizaine de membres de la famille du colonel Huseïn Harmouch, qui n’avaient rien à voir dans son abandon de l’armée et sa fuite en Turquie ? N’est-ce pas pour donner à réfléchir à ceux qui auraient été tentés de coopérer avec la Commission d’enquête sur le meurtre de Rafiq Al Hariri, qu’il avait auparavant « suicidé » ou conduit au suicide le général Ghazi Kanaan, en 2005, et l’un de ses frères, l’année suivante ? N’est-ce par peur des représailles du régime contre les leurs que l’ancien vice-président de la République Abdel-Halim Khaddam, en 2005, et le général Moustapha Ahmed Al Cheykh, fin 2011, n’ont annoncé leur défection qu’une fois réfugiés à l’extérieur, en compagnie de la totalité de leurs proches ? Pour en revenir aux militaires, on signalera que, faute de pouvoir déserter physiquement, un certain nombre d’entre eux collaborent, depuis leurs unités, avec les contestataires qu’ils informent, quand ils le peuvent, des intentions et des mouvements des forces d’intervention.

On nous déclare ensuite que, pour la population, « l’opposition beaucoup trop divisée ne représente pas une alternative crédible ». C’est possible. Mais, d’une part, il conviendrait de s’entendre sur ce qu’on met — ou ceux qu’on met — sous les terme de population et d’opposition, et, d’autre part, il faudra bien un jour admettre que, pour ceux qui manifestent dans les rues pour chasser le pouvoir en place, la question est moins de savoir s’il existe aujourd’hui une alternative à Bachar Al Assad que de se débarrasser au plus tôt d’un régime jadis redouté et désormais honni. D’autant que, si aucune alternative crédible n’existe pour le moment en Syrie, où les détenteurs du pouvoir se sont employés durant des décennies à éradiquer tout concurrent potentiel, et où les services de sécurité s’évertuent depuis le début de la révolution à supprimer les meneurs les plus charismatiques, le pays ne manque ni de gens compétents, ni d’hommes d’expérience. Comme le dirigeant kurde Mechaal Tammo, malheureusement supprimé par des nervis de l’ex-PKK, exécuteur des basses œuvres du régime dans la Jazireh syrienne comme le Parti Populaire Syrien l’est au Liban, pour sanctionner son adhésion au CNS et mettre en garde les inconscients.

On nous affirme ensuite que « l’opposition extérieure, c’est-à-dire le Conseil National Syrien, est peu crédible en Syrie parce qu’il s’agit d’exilés… ayant perdu tout contact avec la réalité du terrain et la population ». Il ne suffit pas de répéter ce qu’affirme la Coordination Nationale pour le Changement Démocratique, créée en Syrie avec l’aval du régime… qui escomptait en faire l’opposition de sa majesté, pour que cela devienne une réalité. Le CNS englobe parmi ses composantes la Déclaration de Damas, dont personne n’a jamais entendu dire qu’elle avait été créée à l’extérieur, ainsi que la plupart des unions de coordinations de l’intérieur. Faut-il rappeler par ailleurs que les contestataires, qui représentent au moins « une partie » de la population, ont manifesté dans les rues de nombreuses villes syriennes, le 7 octobre 2011, sous le slogan « le Conseil National Syrien nous représente » ? Depuis lors, en dépit des reproches formulés par eux-mêmes à l’égard du CNS, et malgré les incompréhensions provoquées par les errements, le manque de coordination et les hésitations de son bureau exécutif, ces mêmes contestataires ne sont pas encore revenus sur cette reconnaissance.

On nous raconte ensuite que « le fait de s’afficher avec Hillary Clinton, Alain Juppé et les monarques saoudien et qatari… discrédite [les dirigeants du CNS] aux yeux de la population syrienne qui est très nationaliste et qui les considère comme des traitres ». On admettra sans peine que telle est bien l’opinion des partisans du régime, dont le nationalisme panaché d’intérêt et à géométrie variable s’accommode et se suffit des rodomontades du chef de l’État. Mais, avant de faire de la surenchère et de parler au nom de la population dans son ensemble, il conviendrait de s’assurer des sentiments des autres. Tout nationalistes qu’ils soient eux aussi, ils n’ont pas compris comment leurs dirigeants, d’une patience sans limite vis-à-vis des provocations israéliennes, pouvaient ordonner de tirer sur eux à balles réelles, alors qu’ils contestaient pacifiquement la légitimité du régime. Bien que restant profondément nationalistes, ils en ont aujourd’hui « ras le bol » d’être les victimes de la politique de la terre brûlée mise en œuvre par un pouvoir dont l’unique motivation est de rester en place « à tout prix », même — c’est le secrétaire régional (syrien) adjoint du Parti Baath, Mohammed Saïd Bakhitan, qui l’a dit — au détriment de la vie du tiers de la population. Quand le bateau coule et que les vies sont en danger, les naufragés demandent-ils à qui appartient la main qui se tend pour les sauver ?

On nous inquiète ensuite en prétendant que les « Comités de coordination locaux qui appellent à une intervention extérieure… sont souvent influencés par les islamistes ». Cette affirmation n’a aucun fondement. Il existe des islamistes qui, par nationalisme précisément, refusent toute intervention de l’étranger. Et il existe aussi des tas de révolutionnaires syriens résolument laïcs, quand ce n’est pas athées déclarés, qui appellent eux aussi aujourd’hui à une intervention. S’agissant des « Comités locaux non islamistes… favorables à des manifestations pacifiques, voire un dialogue avec le régime », deux remarques s’imposent. On rappellera d’abord que, dès le premier instant, la contestation s’est voulue partout silmiyeh, silmiyeh (pacifique, pacifique), et que, avant même que des vibrions installés à l’extérieur aient entrepris de s’ériger en donneurs de leçons, devançant les plans du régime, elle avait prohibé et la violence, et le confessionnalisme, et le recours à l’étranger. Si elle en appelle à présent à une intervention extérieure, qui ne signifie pas la présence de soldats étrangers sur le territoire syrien, c’est précisément pour que la société toute entière ne tombe pas dans la violence, et qu’elle échappe au piège du confessionnalisme vers lequel le régime cherche à l’entraîner. On s’étonnera d’autre part de l’existence, jusqu’à ce jour, de Comités de coordination « favorables au dialogue avec le régime », alors que la totalité des comités ont exprimé, dès le vendredi 8 juillet, baptisé par consensus « Vendredi du non au dialogue », leur refus de discussions avec le régime qui porteraient sur autre chose que l’organisation de la transmission du pouvoir.

On nous indique ensuite que, bien que frappée par des sanctions, « la Syrie a l’habitude de vivre sur des ressources propres [et qu’elle] est autosuffisante d’un point de vue alimentaire ». Disons qu’elle l’a été et qu’elle peine à le redevenir. Depuis 2008, au lieu d’exporter du blé, nourriture de base des Syriens sous forme de pain ou de bourghoul, elle en importe. Ce phénomène imputable à une sècheresse persistante a été aggravé au départ par l’impéritie du gouvernement. Alors que l’Entreprise Publique de Commercialisation des grains a pour mission d’acheter aux agriculteurs leur récolte annuelle à un prix incitatif, souvent deux fois supérieur au cours du marché des pays environnants, à la fois pour encourager les paysans à produire cette céréale et à les dissuader de vendre eux-mêmes illégalement leur récolte à l’extérieur, le ministre de l’Économie a imaginé, en 2007, profiter d’un cours mondial en forte hausse pour écouler la plus grande partie du stock stratégique en réalisant des bénéfices. Les réserves, qui couvraient 5 années de consommation, sont passées à moins d’un an. Manque de chance, l’année suivante a marqué le début d’une sècheresse exceptionnelle qui a duré plusieurs années… Ses conséquences continuent de se faire sentir et, faute d’avoir pu reconstituer ses stocks, le pays reste tributaire des aléas climatiques.

On nous indique aussi qu’elle est « autosuffisante du point de vue énergétique ». On aimerait en être persuadé. Si c’est du pétrole qu’il s’agit, elle le doit davantage aux livraisons de l’Iran qu’à sa propre production. Il s’agit donc d’une autosuffisance des plus artificielles. Elle est d’ailleurs rendue aléatoire par les sanctions prises dans ce domaine. Depuis des années, les Syriens font l’amère expérience des limites de leur autosuffisance dans le secteur de l’électricité, eux qui sont condamnés à vivre sans courant ni lumière plusieurs heures par jour et par nuit, y compris sous la canicule de l’été et durant les frimas de l’hiver, l’un et l’autre fort rudes dans ce pays au climat continental. On ne s’attardera pas sur la question de l’eau, dont l’interruption est elle aussi habituelle, parfois plusieurs jours par semaine dans certains villages éloignés de la Ghouta et d’ailleurs.

On nous rassure en affirmant ensuite qu’on « n’a pas en face de nous un génocide ». Si « 10’000 morts, c’est beaucoup », cela « ne suffira pas à déclencher une opération militaire », puisque, en dépit des 20’000 morts de Hama, en 1982, « le régime ne s’est pas écroulé » et « Hafez Al Assad a réussi à transmettre le pouvoir à son fils Bachar ». C’est oublier que les conditions sont aujourd’hui fort différentes. Les moyens modernes de communication et l’ingéniosité jointe au courage des protestataires permettent au monde entier de suivre, heure par heure ou presque, le bilan de la répression. Par ailleurs, s’agissant du nombre des victimes, ce n’est pas ainsi que beaucoup de Syriens comptent. Ils ajoutent aux 20’000 morts de la reconquête de Hama, les 17 à 18’000 « disparus » emmenés un jour par les moukhabarat et jamais réapparus, dont les familles restent à ce jour sans la moindre nouvelle. Or, il y a maintenant en Syrie des dizaines de milliers de disparus… près de 65’000 selon le Strategic Research and Communication Centre. Il n’est effectivement pas sûr que cela « suffise » pour justifier une intervention. Au moins, cela donne une idée plus exacte de la folie meurtrière des forces de sécurité et de ceux qui les commandent.

On nous rappelle aussi que « le régime syrien négocie toujours en position de force » et qu’il « a d’abord repris la main militairement pour, ensuite, négocier à ses propres conditions ». Autrement dit, il ne s’agit pas pour lui de négocier mais d’imposer ses volontés à ceux qu’il aura forcés à rentrer chez eux et à se taire, ce qui est différent. Il n’est donc pas étonnant qu’une « large partie de l’opposition refuse » de siéger avec lui. Elle s’est résolue à le faire en raison du nombre des morts, et faute d’avoir entendu le régime dire à temps qu’il était prêt à accorder aux Syriens les demandes dont, du bout des lèvres, Bachar Al Assad avait pourtant reconnu la « légitimité ». Pour autant, il est doublement erroné d’affirmer que « l’opposition extérieure, le Conseil National Syrien, refuse toute négociation parce qu’elle n’a pas d’autre stratégie que la confrontation ». Il serait plus juste, d’abord, de rappeler que ce ne sont pas les contestataires qui ont recherché la confrontation, mais le régime. Ils ne sont pas sortis avec des armes pour casser et détruire, mais avec des slogans et des chants pour réclamer la liberté. Et ils ont immédiatement trouvé en face d’eux des militaires et des moukhabarat ayant l’ordre de tirer pour tuer, bientôt rejoints par des chabbiha dénués de tout sens humain. Il conviendrait de se rappeler, ensuite, que ce n’est pas l’opposition extérieure, et encore moins le CNS… qui n’existait pas encore, qui a défilé dans les rues des villes de Syrie, le 1er juillet 2011 en criant à Bachar Al Assad « Dégage ! », puis qui a manifesté, le 8 juillet, dans les mêmes rues, sous le slogan « Non au dialogue ». Comment reprocher aux manifestants de refuser la négociation, quand, on le reconnaît, « le régime n’est pas prêt à faire des concessions » ?

On nous apprend ensuite que « nous sommes dans une guerre médiatique contre le régime syrien ». Celui-ci serait donc la cible et la victime ? N’est-ce pas ignorer, volontairement ou pas, qu’un accord avait été conclu, dès janvier 2011, entre la Syrie et le Qatar, aux termes duquel les deux pays s’engageaient, en cas de troubles chez l’autre, à observer la plus grande discrétion dans leur couverture médiatique ? C’est ce qui explique pourquoi, durant plusieurs semaines, « Al Jazira » s’est abstenue, au grand dam des contestataires, de couvrir ce qui se passait en Syrie. N’est-ce pas ignorer les campagnes de discrédit organisés au même moment par les services de renseignements syriens contre tous ceux qui appelaient, par Internet, à descendre dans les rues pour réclamer justice et dignité ? Ils ne pouvaient évidemment qu’être « des agents des Israéliens et des Américains ». N’est-ce pas ignorer la mise en place et le financement, en Syrie et à l’étranger, de réseaux qui, prétendant contribuer à la « ré-information », jouent sur l’ignorance de l’histoire et les peurs habituelles de certains milieux, et ne reculent devant aucun moyen pour relayer la propagande officielle syrienne ? Si guerre il y a, encore une fois c’est le régime de Bachar Al Assad qui en est à l’origine. Il connaît le moyen d’y mettre fin, mais cela ne l’intéresse pas : laisser entrer en Syrie, sans limitation et sans intermédiaires en bure ou en treillis, les journalistes qui aspirent à faire honnêtement leur métier.

On nous déclare enfin que « si le plan Annan échoue, on retourne dans la spirale de la violence jusqu’à ce que le régime reprenne complètement le territoire ». Encore faudrait-il, pour y « retourner », que la spirale de la violence, déclenchée par le régime et jusqu’à ce jour entretenue par lui, se soit un jour arrêtée… ce qui, en dépit de l’accord donné à la mise en œuvre de ce plan, est loin d’être réalisé. Sans qu’on s’en étonne, puisqu’il est dans les habitudes du régime syrien, qui l’avait précédemment démontré avec les contrôleurs de la Ligue Arabe, de promettre sans tenir. Quant à reprendre complètement le territoire, certes, le régime syrien en a les moyens militaires. Mais il n’a certainement plus les moyens politiques de ramener la paix et la stabilité, et de gagner ou de regagner le cœur de sa population.

Leur presse (blog du Monde.fr « Un œil sur la Syrie », 20 avril 2012)

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[Brisbane] Quelques actions anarchistes en période électorale

À la veille des élections présidentielles françaises, il fallait quand même que je vous signale qu’en Australie, ont eu lieu il y a quelques semaines des élections « régionales », dans l’État du Queensland (et bizarrement, seulement dans cet État).

Un article signalant quelques actions anti-électoralistes a été publié sur Disaccords et sur Indymedia-Australie, avec quelques photos pour illustrer le tout, en voici une traduction à l’arrache :

À l’approche des élections du 24 mars pour l’État du Queensland, un groupe d’anarchistes de Brisbane a lancé une campagne anti-élection.

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La semaine précédant l’élection, des anarchistes ont commencé à coller à travers la ville quelques milliers d’affiches contre les politiciens et contre le vote.

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De nombreuses affiches des partis politiques collées à Brisbane ont été détournées ou barbouillées avec des messages anarchistes et anti-politiciens.

Des graffiti anarchistes et anti-élections ont été inscrits sur des murs, des affiches publicitaires, des boîtiers électriques et des cabines téléphoniques.

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Une banderole avec écrit “Ne votons pour personne !” a été placée au-dessus d’un pont de chemin de fer à Bowen Hills, où elle est restée pendant trois jours. Ensuite, à l’aube du jour de l’élection, nous l’avons déplacée et mise sur un échaffaudage à Highgate Hill, pour bien préparer la victoire des abstentionnistes…

Quand les bureaux de vote ont ouvert à 8 heures du matin, un certain nombre d’anarchistes ont défoncé l’ensemble des affiches électorales devant trois différents bureaux de vote de la ville, en profitant aussi pour voler leur propagande, badges et autres brochures « Comment faire pour voter » (How to Vote), tout cela appartenant à différents partis politiques.

D’autres anarchistes ont distribué des flyers et zines contre le vote, affirmant l’action directe et l’auto-organisation comme des pratiques allant à l’encontre de la pathologie sans intérêt du casting électoral qui refait surface régulièrement années après années avec son lot de mensonges.

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À 18 heures, quand les bureaux de vote ont fermé, quelques anarchistes ont installé un drapeau anarchiste à Highgate Hill, et ont fait quelques discours publics annonçant notre reconnaissance de Personne (Nobody) comme étant notre leader légitime.

Après, lorsque la « victoire » électorale du LNP (Liberal National Party of Queensland) était connue et annoncée, on s’est baladé en ville et on a sprayé quelques slogans anti-LNP sur les murs.

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Nous ne reconnaissons l’autorité d’aucun politicien ou parti politique. Nous ne nous soumettrons pas à leurs lois basées sur l’occupation coloniale d’un pays volé (Stolen Land). Nous continuerons de résister et de lutter contre l’État du Queensland, désormais dirigé par Campbell Newman du LNP, un parti qui défend fièrement les intérêts des patrons et du capital, contre les travailleurs, l’environnement, les populations indigènes et marginales, qui avaient déjà été délaissées par le très détestable Labor Party [Ndt : Parti travailliste, au pouvoir dans le Queensland juste avant ces élections]. Avec les mensonges sans fin et les promesses vides de ces derniers, même de nombreux de leurs supporters ont préféré ne pas voter pour eux cette année.

Nos actions étaient motivées par le désir d’aider à construire une société libre et non-hiérarchique, basée sur la coopération et l’entraide, et nous voulons préciser ici que ces options-là n’ont jamais été disponibles sur aucun bulletin de vote.

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Nous restons en solidarité complète avec les Murri [Ndt : Populations aborigènes du Queensland], leur combat pour la terre et la souveraineté, et leur défense de la nouvelle ambassade aborigène située à Musgrave Park. L’ambassade a été inaugurée à midi le jour de l’élection, en présence de nombreux anarchistes. Dans le combat contre cet État colonial, ses lois sur la propriété et sa police, toute tentative policière d’expulsion de l’ambassade aborigène nous trouvera sur son chemin.

Contre les politiciens et le pouvoir !
Notre candidat est l’auto-organisation, nous sommes ingouvernables !
Feu au Parlement !

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[Athènes] Descente de police sur Centre Social Occupé VOX à Exarchia

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Dès les premiers jours de 2012, des personnes engagées dans le milieu anarchiste/anti-autoritaire ont occupé le bâtiment VOX (propriété de l’Institut d’Assurance Sociale appartenant à l’État-IKA) sur la place Exarchia, s’efforçant d’en faire un centre social. ‘ΒΟΞ’ était le nom de l’ancien cinéma en plein air situé dans ce même bâtiment, à l’angle des rues Arachovis et Themistocleous. Le bâtiment en lui-même permet l’hébergement d’initiatives diverses. L’objectif du groupe est d’élargir les luttes sociopolitiques à travers les revendications collectives, dans cette époque où la crise économique et systémique menace et attaque la majorité de la société, mais aussi de construire des relations de solidarité et de communication avec les gens et les autres initiatives du quartier.

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Le 20 avril, juste un jour avant l’ouverture au public du nouveau projet, des forces de police massives ont été déployées sur tout le quartier, et en particulier autour de la place Exarchia, et à partir de 6h du matin (GMT +2), flics et procureurs ont évincés le bâtiment VOX (il semble qu’aucun occupant n’était à l’intérieur).

Il a été rapporté également que la police aurait expulsé un autre édifice à Exarchia (au numéro 60 de la rue Valtetsiou), aussi propriété de l’IKA.

À 13.00 (GMT +2) la place Exarchia et de nombreuses rues avoisinantes sont encore sous occupation policière.

Plus d’informations suivront.

BAS LES PATTES DES SQUATS
LA SOLIDARITÉ EST NOTRE ARME

Contra Info, 20 avril 2012

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[PCC dégage !] Les villageois de Renhe contre les voleurs de terres

Émeute dans un village chinois

Des villageois en colère contre les activités d’une société minière dans le sud-ouest de la Chine ont attaqué les forces de l’ordre à coups de machettes et de bâtons, faisant un mort et 15 blessés parmi les policiers, ont annoncé aujourd’hui les autorités locales.

Les faits se sont produits mercredi dans le bourg de Renhe, dans la province du Yunnan. Les violences ont éclaté quand les autorités ont envoyé les forces de l’ordre pour disperser une manifestation de paysans mécontents qui s’étaient rassemblés devant un bâtiment gouvernemental.

« Tout à coup les villageois ont attaqué les policiers à coups de machettes et de bâtons, faisant 16 blessés, dont l’un est décédé plus tard tandis qu’il était soigné », a indiqué dans un communiqué le gouvernement de Lijiang dont dépend Renhe.

« Lors des événements les policiers ont fait preuve d’une grande retenue et pas un seul des villageois n’a été blessé », a précisé le texte.

À l’origine de la grogne se trouvent les activités d’une mine de charbon, dont se sont plaints les habitants d’un village voisin, a expliqué un porte-parole des autorités de Lijiang.

Les protestataires, qui affirmaient que leurs terres étaient mises en péril par la mine, ont décidé de camper devant le bâtiment gouvernemental de Renhe pour exiger compensation.

L’avancée des zones industrielles et la pollution qui en résulte, ainsi que les expropriations de terres, sont souvent source de colère et de révolte en Chine, où les paysans se plaignent d’être mal ou pas indemnisés quand ils en sont victimes.

Leur presse (Agence Faut Payer, 20 avril 2012)

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« Elle s’est tue, l’eau qui parlait »

Un enfant sur cinq entendrait des voix

Selon les résultats d’une étude psychiatrique menée à Dublin, en Irlande, sur 2500 enfants de 11 à 13 ans, un sur cinq entendrait des voix. Des hallucinations auditives allant du murmure au cri, qui disparaissent le plus souvent avec l’âge.

Les enfants ont-ils un sixième sens ? Il ne s’agit pas ici de voir les morts, mais d’entendre des voix. Selon les résultats d’une étude psychiatrique menée à Dublin, en Irlande, sur 2500 enfants de 11 à 13 ans, un sur cinq serait sujet à des hallucinations auditives.

Des sons pouvant aller d’une simple phrase à une conversation de plusieurs minutes entre deux personnes ou plus, précise le docteur Ian Kelleher au Belfast Telegraph. Le scientifique dont l’étude a été publiée dans le British Journal of Psychiatry précise que, selon les cas, « cela peut se présenter sous forme de cris ou de simples murmures ».

Indicateur de troubles mentaux

Nombre de bambins ont un ami imaginaire avec qui ils discutent. Alors, s’interroge lefigaro.fr, faut-il s’inquiéter si son enfant affirme entendre des voix ? Pas forcément, selon Ian Kelleher. D’autant que, le plus souvent, elles disparaissent en grandissant.

Dans l’étude, seuls 7% des 13-16 ans affirmaient ainsi être sujets à des hallucinations auditives, contre environ trois fois plus (21 à 23%) chez les 11-13 ans.

Mais elles pourraient bien être le signe de troubles mentaux, si elles persistent en grandissant. Ainsi, 80% des adolescents qui continuent à entendre des voix présentent également un désordre psychiatrique. Selon le professeur Mary Cannon, les voix pourraient donc être un indicateur, chez l’adolescent, d’une santé mentale fragile. Et qu’ils nécessitent, en prévention, une évaluation psychiatrique plus approfondie que les autres.

Leur presse (Lucie Soullier, LExpress.fr, 20 avril 2012)

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[PCC dégage !] Deux nouvelles immolations au Sichuan

Chine : Deux Tibétains s’immolent par le feu

Deux nouvelles immolations par le feu de Tibétains ont eu lieu dans le sud-ouest de la Chine, où la contestation contre la répression culturelle et religieuse menée par Pékin ne faiblit pas malgré la forte présence policière, a rapporté une ONG.

Ces deux Tibétains âgés d’une vingtaine d’années ont accompli leur geste désespéré hier dans la préfecture d’Aba, dans l’ouest de la province du Sichuan à forte population tibétaine, a indiqué dans un communiqué reçu par l’organisation International Campaign for Tibet. Ils sont morts et des habitants ont réussi à empêcher les forces de sécurité d’emporter les corps, a précisé l’ONG. Un moine bouddhiste se trouvant sur place, joint par téléphone, a confirmé le décès des deux jeunes, qui seraient des laïques selon Free Tibet, une autre association de défense des Tibétains.

Un total de 34 Tibétains, en majorité des moines bouddhistes, se sont immolés par le feu ou ont tenté de le faire depuis début mars 2011 dans les zones tibétaines chinoises. Un grand nombre de ces immolations a eu lieu dans la préfecture d’Aba. De nombreux Tibétains se plaignent de la répression de leur religion et de leur culture et de ce qu’ils considèrent comme une domination grandissante des Han, ethnie fortement majoritaire en Chine.

Leur presse (Agence Faut Payer, 20 avril 2012)


(…) L’organisation Free Tibet affirme que Sonam et Choephak Kyap, tous deux âgés dans la vingtaine, se sont immolés ensemble devant le monastère Jonang Dzamthang, dans la région de Dzamthang. (…)

Leur presse (AP, 19 avril 2012)

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Petit guide face à la justice : en cas d’interpellation, en manif

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Caisse de soutien angevine (contact)

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[Nique le racisme d’État] Bas les pattes sur Kevin Kimpéfé !

Poitiers. Les passagers de l’avion torpillent l’expulsion de Kevin

Kevin, élève du lycée de Kyoto, à Poitiers, devait être expulsé par avion vers Kinshasa, hier matin. Les passagers se sont mobilisés. Le vol est parti sans lui.

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Après les dernières manifs à Poitiers, la mobilisation a eu lieu à Roissy.

Il devait rejoindre la République démocratique du Congo hier. Contre son gré. Les passagers du vol Air France à destination de Kinshasa ont torpillé l’opération. Pendant deux heures de forte tension, le face-à-face s’est poursuivi avec les forces de l’ordre pour empêcher l’expulsion de Kevin Kimpéfé, un lycéen poitevin de 19 ans.

Devant la mobilisation des passagers, Kevin a été débarqué de l’avion, ainsi qu’un passager, arrêté pour rébellion.

« Il n’est pas le seul à s’être mobilisé pour empêcher l’expulsion », explique Malika du collectif Réseau éducation sans frontière de Seine-et-Marne.

« Nous étions six à l’aéroport pour sensibiliser les passagers du vol à la situation de Kevin. Ce sont des gens qui rentraient dans leur pays, mais aussi des Européens. Nous leur avons dit qu’il n’avait plus de famille proche là-bas. Ils veulent le renvoyer chez un oncle. »

Une fois dans l’avion, plusieurs passagers se sont alors levés, indique la militante de RESF. « Ils ont refusé de s’asseoir, empêchant le décollage de l’avion. »

« Kevin était au fond de l’avion, il n’a pas cessé de crier, de protester », assure de son côté la Cimade. Les forces de l’ordre qui entouraient l’avion sont montées à bord.

« La police a fait pression sur les passagers »

« La police a fait pression sur les passagers qui se mobilisaient pour leur faire peur. Elle leur a dit qu’ils pouvaient faire l’objet de poursuites », raconte la militante de RESF.

Finalement, Kevin a été débarqué de l’avion par les forces de l’ordre. Un passager a été interpellé pour rébellion. L’avion est reparti avec deux heures de retard.

Un succès… provisoire pour les soutiens du lycée poitevin. Depuis le 26 mars dernier, il se trouve en rétention administrative au centre du Mesnil-Amelot, près de l’aéroport de Roissy.

La préfecture de la Vienne a mis à exécution une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre du jeune homme. Elle était motivée, expliquait la préfecture, par le casier judiciaire du jeune homme.

Un argument balayé par les soutiens du jeune homme, assurant que c’était du passé, qu’il s’investissait désormais dans ses études suivies avec assiduité en Terminale bac pro hôtellerie. Il devait passer son bac en juin prochain.

Toutes les procédures lancées pour contrer l’expulsion ont échoué. « Normalement, le vol n’ayant pas été annulé, il n’y avait pas de raison qu’il parte en garde à vue. Actuellement, il y a beaucoup moins de procédures de ce type au tribunal de Bobigny. En plus, c’était son premier vol, il est revenu en rétention », indique la Cimade du Mesnil-Amelot.

Un nouveau rendez-vous était calé aujourd’hui avec le juge de la liberté et de la détention. Il doit à nouveau statuer sur la prolongation de la rétention administrative. Elle peut durer jusqu’à quarante-cinq jours.

« C’est de l’acharnement contre un jeune qui doit passer son bac », déplorent ses soutiens.

Leur presse (lanouvellerepublique.fr, 20 avril 2012)

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[À voir en ligne] Hollande évidemment

Angoulême. Pierre Carles présente ce soir son documentaire « DSK, Hollande, etc. »

Son film dans lequel il passe au crible les liens entre médias et politiques. Un pavé dans la mare à trois jours du premier tour.

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Pierre Carles animera les deux débats qui suivront la projection des deux films. Il sera accompagné par Benoît Delépine.

C’est une avant-première. Mais le film ne risque pas d’être vu à la télé. C’est le prix à payer quand on est un franc-tireur qui rame à contre-courant du système et a fait de la dénonciation des connivences entre médias et politiques son cheval de bataille.

Même s’il n’est pas complètement seul dans ce combat-là, comme le montre la diffusion récente sur les écrans du film Les Nouveaux Chiens de garde qui taille en pièces les costumes des éditorialistes omniprésents à la télé et la radio. Dans la même veine, Pierre Carles présente ce soir, avec Benoît Delépine, deux films, dont le plus récent, DSK, Hollande, etc. Un documentaire qui sent déjà le souffre puisque plusieurs journalistes interrogés lui ont écrit pour interdire la diffusion de leur image.

Que voulez-vous démontrer à travers ce film ?

Pierre Carles. Notre enquête parle du processus de présélection opéré par les grands médias dans la campagne présidentielle. C’est une enquête, coréalisée avec Julien Brygo et Aurore Van Osptal, basée sur des archives et des analyses de reportages qui montrent que les journaux, en général, roulent pour les mêmes candidats.

Les médias sont pluriels, comment pourraient-ils être à ce point unanimes ?

La presse est foncièrement de droite. Et elle s’appuie sur des sondages qui mesurent surtout la popularité. Si on met DSK en une, il devient populaire, grimpe dans les sondages, donc on le remet à la une. Il y a une logique d’entraînement. Certains sociologues, interrogés dans le film, prônent la suppression de certains médias, comme TF1. Quel intérêt de conserver trois chaînes qui diffusent le même journal ?

À force de taper sur le système, vous devez être tricard dans le milieu ?

C’est normal qu’on ne soit pas les bienvenus. Mais on trouve des solutions alternatives de production, par des contributions d’internautes. D’ailleurs, le film sera mis en ligne en même temps que l’avant-première à Angoulême.

Ce soir, vous serez aussi accompagné de Benoît Delépine. Pourquoi ?

Benoît Delépine avait manifesté son soutien suite à la polémique avec Canal+ qui avait déprogrammé la diffusion de Pas vu à la télé [NDLR : un précédent documentaire de Pierre Carles]. On s’est revu sur le film Choron dernière. Et puis je suis curieux de savoir ce qu’il pense des émissions de sa chaîne. Le Grand Journal affiche un mépris total des petits candidats. Jean-Michel Apathie est un des pires chroniqueurs. Quant au Petit Journal, il a affiché une telle complaisance lorsqu’il a reçu Sarkozy qu’on voit quel camp il a choisi.

Le film « Juppé forcément » est aussi diffusé ce soir. C’est une variation sur le même thème ?

Ça raconte la manière dont Juppé a fait sa propagande quand il a voulu prendre la mairie de Bordeaux en 1995. Sud Ouest et France 3 lui ont déroulé le tapis rouge. À croire ces deux médias, il n’y avait qu’un seul candidat, celui choisi par la CCI et la grande bourgeoisie. Ça se passe souvent comme ça, mais c’est rarement aussi grossier. Il y avait un côté pays de l’Est sous le règne communiste.

Le film est projeté avant le premier tour. Vous espérez influencer le vote ?

Je suis très content qu’on puisse le diffuser avant le premier tour. C’est rare de raconter un crime pendant qu’il est en train de se commettre. Mais on n’appelle pas à voter pour tel ou tel candidat. On veut juste dire aux gens que s’ils votent Hollande ou Sarkozy, ils votent pour les candidats du système.

« Aux urnes citoyens », ce soir, à la salle Nemo, à la Cité, à Angoulême. À 18h30 : projection de « Juppé forcément ». À 19h : débat. À 20h : cocktail. À 21h : projection de « DSK, Hollande, etc. » À 22h : débat.

Leur presse (CharenteLibre.fr, 19 avril 2012)


Vingt ans après « Juppé forcément »… Hollande évidemment !
Reprise des hostilités

C’est toujours la même histoire, toujours le même acharnement à faire avaler aux électeurs les fromages de têtes sélectionnés par les médias. En 1995, Alain Juppé convoitait la mairie de Bordeaux, moyennant quoi les chefferies locales, Sud Ouest et France 3 en tête, émerveillées qu’un si illustre personnage ait jeté son dévolu sur leur ville, ovationnèrent sa candidature avant même qu’il la déclare. Le tapis rouge déroulé sous les pieds du prince fit l’objet d’un film de Pierre Carles, Juppé forcément, qui continue de faire les délices des internautes.

Dix-huit ans plus tard, on prend les mêmes et on recommence. Les mêmes, c’est-à-dire leurs décalques du moment : Strauss-Kahn d’abord et Hollande ensuite dans le rôle de Juppé, les éditorialistes parisiens à la place des bobardiers bordelais. Les mêmes vapeurs d’encens fournies en expertise, la même bouffonnerie courtisane grimée en compétence journalistique. Et toujours Pierre Carles, flanqué cette fois de Julien Brygo et d’Aurore Van Opstal, pour leur mettre le nez dedans. Souvenez-vous, c’était hier, la France découvrait avec stupéfaction que le patron du FMI était son socialiste préféré. « Sauveur de l’économie mondiale » selon Libération, et donc sauveur de la gauche hexagonale. Pas encore postulant à l’Élysée, mais déjà attendu comme le messie.

Un candidat nommé désir

Les permanents des plateaux télévisés dissertaient sur « DSK, un candidat nommé désir ». « Ce n’est pas un sondage, c’est un plébiscite », frissonnait le « Grand journal » de Canal +, en référence à une étude d’opinion qui promettait au chef banquier un score de président nord-coréen. La messe était dite, célébrée par la journaille sur la foi de sondages mesurant les effets de son matraquage. Et ce n’est pas Maurice Szafran, le directeur de Marianne, qui dira le contraire devant la caméra apparemment éteinte – mais toujours bien allumée – de nos trois enquêteurs : « Les éditorialistes sont plutôt de droite, et ils ont estimé que Strauss-Kahn, c’était une gauche qui leur convenait. »

Mais voilà que, patatras ! éclate l’affaire du Sofitel. La candidature rêvée de DSK se ramasse dans les poils de moquette de sa chambre d’hôtel. Il faut d’urgence refaire le casting, donner un nouveau visage à la gauche convenable. Tiens, Hollande. Pourquoi pas lui ? Il croupit à 5% dans les sondages, mais c’est un type que les éditorialistes « connaissent bien », dira Szafran, et dont ils apprécient les blagues de fin de dîner.

Comme Sarkozy, Hollande a soutenu les traités européens de Maastricht et de Lisbonne, approuvé les privatisations, validé la réduction draconienne des déficits publics, récusé le protectionnisme, sanctifié la croissance, applaudi la réintégration par la France du commandement intégré de l’OTAN. C’est donc l’adversaire parfait de Sarkozy. Libération, Le Monde, Le Nouvel Observateur, Marianne, Canal +… Le Parti de la presse et de l’argent (PPA) se met en ordre de bataille, à coups de « unes » promotionnelles et d’éditoriaux de patronage. À l’instar des petits dramaturges de Sud Ouest, qui avaient érigé un énarque déplumé en star du rock’n’roll, les directeurs de l’information nationale vont bombarder un autre énarque déplumé – mais « de gauche » celui-là, c’est Libération qui le certifie à la « une » – en favori indiscutable du barnum présidentiel.

Mordre et fuir

C’est sur ces entrefaites que débarque la joyeuse équipe de DSK, Hollande, etc. Grillé comme intervieweur, Carles a laissé à Brygo et Van Opstal le soin d’entreprendre les têtes de gondole du PPA. C’est l’occasion de passer le relais à une nouvelle génération de flibustiers, pour qu’ils se rodent à mordre et fuir. Bonne nouvelle, la relève est là. Elle n’est pas de trop pour monter à l’abordage des montgolfières Laurent Joffrin, Jean-Michel Aphatie ou Nicolas Demorand. Séquence déjà culte, celle où le directeur joufflu et tête à claques de Libération, ulcéré par le toupet de Brygo avouant ne pas être un lecteur fidèle de son journal, braille en boucle, comme un âne devenu chèvre : « Lisez Libé, lisez Libé, lisez Libé !… »

Mais le pire affront que l’on puisse faire à un homme de médias, c’est de l’identifier au système médiatique. Le trucage du jeu électoral, c’est pas moi, c’est les autres : cette constante ligne de défense, burlesque de la part des grands chefs de l’information – « Voyez TF1 ! », brame Demorand –, prend un tour plus poignant chez leurs petits soldats. David Revault d’Allonnes, suiveur du parti socialiste au Monde, admet volontiers que la presse a fait campagne pour Hollande, mais se vexe comme un pou dès qu’on lui rappelle ses propres tendresses passées pour DSK. Matthieu Écoiffier, journaliste politique à Libération, reconnaît sans problèmes que les médias ont soutenu Strauss-Kahn, mais trouve un peu raide qu’on puisse faire le même procès à Libération. Confronté aux pièces à conviction que son coriace visiteur lui colle dans les mains, le malheureux s’empêtrera dans ses dénégations et finira même par nous arracher quelques larmes. Oui, toujours la même histoire, et le même plaisir à la décortiquer. Dans Juppé forcément, les aînés bordelais d’Écoiffier secouaient déjà la tête comme des gamins butés en se défaussant sur leurs collègues. « Je considère qu’on en a fait moins sur Juppé que France 3 », expliquait un rédacteur en chef de Sud Ouest. « On l’a couvert comme toute la presse, mais Sud Ouest, beaucoup plus, beaucoup plus ! », assurait un responsable de France 3.

Presque vingt ans ont passé. On ne sait pas encore si Hollande sera président de la République, mais Juppé, lui, est toujours maire de Bordeaux.

Olivier Cyranpierrecarles.org


Diffusion pirate du dernier film de Pierre Carles sur le port de Dunkerque

COMMUNIQUÉ DU RÉSEAU DES TRAVAILLEURS BATAILLANT CONTRE LES FALSIFICATIONS (RTBF) – SOIRÉE ÉLECTORALE OFF SUR LE PORT DE DUNKERQUE

Dimanche 22 avril, à partir de 20 heures, dans le hangar 4×4, au bout du Môle 1 du Port de Dunkerque (darse du Jokelson, en entrée de ville avant le Pôle Marine), le Réseau des travailleurs bataillant contre les falsifications (RTBF) propose une soirée électorale off et diffusera le documentaire autoproduit, autodistribué, autogéré (et autodestructible) DSK, Hollande, etc. (85′), une enquête sur « les médias en campagne électorale », réalisé par Julien Brygo, Pierre Carles et Aurore Van Opstal. Il sera précédé de la projection de Juppé, forcément (31′, 1995), un documentaire de Pierre Carles sur le processus de sélection médiatique des candidats à l’élection municipale de Bordeaux en 1995. La projection sera suivie d’un débat avec le coréalisateur, Julien Brygo.

Ouverture des portes : 19h30
Projection de « Juppé, forcément » (1995, 31′) : 20h30
Projection de « DSK, Hollande, etc. » (2012, 85′) : 21h30
Entrée à prix libre.
Informations sur le film, sa fabrication, les aimables courriers d’avocat qu’il a suscité, les moyens de le soutenir financièrement ou de le projeter : www.pierrecarles.org

Indymedia Lille, 20 avril 2012


Poutou/Pujadas sur France 2 : l’ouvrier contre le journaliste de la classe dominante ?

Le passage de Philippe Poutou, le candidat du NPA, dans l’émission des Paroles et des Actes sur France 2 a encore mis en évidence la condescendance des animateurs et journalistes à son égard. Le journalisme politique à la télévision est-il d’abord et avant tout le journalisme de la classe dominante ?

Ontologiquement, ma télévision est de droite. La prestation de Philippe Poutou lors de son passage sur France 2, chaîne publique, dans l’émission Des Paroles et des Actes, est venue confirmer ce principe aussi vieux que la télévision elle-même.

Le candidat du NPA, huron autoproclamé de l’élection présidentielle, est l’encre sympathique de la machine télévisuelle française. Chacune de ses apparitions sur le petit écran est l’occasion de voir les éléments de cette machine politique, animateurs, présentateurs et journalistes, se dévoiler tels qu’en eux-mêmes, archétypes de la sociologie de Bourdieu qui s’ignorent, porte-voix de toutes les dominations de classe, hérauts du cercle de la raison, représentants du prêt à penser au service des forces de l’argent.

Nathalie Saint-Cricq, David Pujadas, François Lenglet et Fabien Namias, sans le percevoir (ce que c’est de la force de l’habitus) sont les dernières victimes du redoutable David Poutou.

Formulant le jugement qui précède, l’auteur de ces lignes entend déjà la réaction du lecteur croyant dur comme fer aux vertus du « journalisme objectif » théorisé par Jean-Michel Aphatie : « Mais d’où sort ce réquisitoire que l’on croirait rédigé par Pierre Carles, Acrimed ou Serge Halimi ? Quels éléments accréditent une telle accusation ? Ça y est, vous faites dans la critique facile des médias à la mode de l’ultra gauche ? » À cela, on répondra : rien de plus facile à établir, il suffit de lister les questions posées à Philippe Poutou durant les seize minutes et trente-quatre secondes que dura sa prestation.

On reprend le déroulé de l’interview de Philippe Poutou :

David Pujadas : « Est-ce qu’une grande forme de l’aliénation aujourd’hui, ce n’est pas la dictature des marques ? Avoir le dernier écran plat, le téléphone portable ? » Pujadas, qui a visiblement davantage lu Naomi Klein que Marx, attaque sous l’angle de l’époque et du vivre avec son temps. Réponse de Poutou : ce ne sont pas les problèmes numéros un du moment. Pujadas découvre que ce qui compte en économie capitaliste, c’est l’infrastructure, pas la superstructure. Débat clos.

François Lenglet : « Vous voulez réquisitionner les banques, les industries de l’énergie, de l’agro-alimentaire, le mot de propriété privée a-t-il un sens pour le NPA ? » Lenglet tape fort d’entrée en peignant implicitement Poutou en rouge collectiviste, puis il enchaîne : « On a le droit de posséder son logement, sa voiture ? » Procédé qui consiste à démontrer au téléspectateur que Poutou peut s’attaquer aussi bien à Maurice Lévy qu’à Madame Dugenou. Mais Poutou riposte encore efficacement en répondant, par exemple, que la loi prévoyant la réquisition des logements vides existe, mais qu’elle n’est pas appliquée. Débat clos.

Lenglet poursuit : « Vous dites qu’iI faut prendre l’argent là où il est : revenir sur les allègements de charges sociales, et vous dites que ça rapporterait 179 milliards alors qu’en fait c’est 39 ». Là encore, Poutou, attaqué sur sa compétence supposée, réfute le chiffre et surtout explose Lenglet en s’en prenant au vocabulaire employé par le journaliste, vocabulaire révélateur d’une idéologie libérale : « Les charges ça n’existe pas, ce sont des cotisations sociales, pour les retraites et le reste ». Débat clos.

David Pujadas : « Votre programme prévoit l’interdiction des licenciements, ça veut dire qu’une entreprise qui n’a plus de clients, elle est obligée de garder ses salariés ? » Pujadas sort l’argument imparable, avec un syllogisme capitaliste et libéral implacable, plaidant la cause des PME. Mais Poutou ne tombe pas dans le piège et riposte en évoquant la catégorie des entreprises qui licencient en faisant des profits, les multinationales comme Arcelor. Débat clos.

Fabien Namias : « Il faut démanteler les institutions européennes dites vous. Rien que ça ! Au delà du concrètement, comment on fait pour démanteler la BCE et la Commission, comment la France seule peut le faire ? » Argument classique du libéralisme bien tempéré à échelle européenne qui consiste à considérer que l’on ne peut pas changer ce qui existe et qu’en dehors de la soumission obligatoire, rien n’est possible. Poutou s’en sort en expliquant qu’il plaide pour une Europe sociale et des peuples solidaires. Débat clos.

Nathalie Saint-Cricq : « Ce n’est pas bizarre de dire au gens de voter pour un candidat à la présidentielle qui veut supprimer la fonction présidentielle, ce n’est pas paradoxal ? »  Poutou répond en montrant sa légitimité de candidat : « On a les parrainages, on est légitime, c’est pas interdit de critiquer les institutions ». Il montre que sa logique politique n’est pas la conquête de ce pouvoir-là.

Pujadas : « Mais vous, vous n’avez pas envie de devenir président de la République ? » Procédé destiné à démontrer, dans la ligne Saint-Cricq, que Poutou est grosso modo un rigolo. Mais ce dernier, encore habile et désarmant de sincérité : « Je suis candidat pour porter un programme, des idées ».

Nathalie Saint-Cricq, reprenant encore une fois le même thème : « Vous dites que vous dormez bien, mais que parfois vous avez des réveils difficiles, est-ce que c’est super entraînant pour les électeurs de voir quelqu’un qui prend ça pour un calvaire ? » Poutou, toujours sincère, donc toujours désarmant, se revendique de Cincinnatus : « Ce n’est pas mon rêve, les élections finies, je retourne à l’usine ».

Fabien Namias : « Justement, cette attitude un peu distante, est-ce que ce n’est pas de nature à dérouter ceux qui voudraient voter pour vous ? »  Rebelote sur la thématique « ce n’est pas normal de ne pas vouloir devenir un people de la politique, même Besancenot en est devenu un ». Ultime réponse de Poutou, avec coup de patte à Nicolas Sarkozy : « J’ai pas rendez vous avec le peuple, j’ai pas entendu des voix ». Débat clos. Enfin !

Nathalie Saint-Cricq : « Vous parlez d’une école commune, de 3 à 18 ans, sans notes, sans classement, sans orientation, sans sélection, ça veut dire que celui qui ne fiche rien, il est traité comme celui qui travaille ? »  Là encore, cette plaidoirie en creux pour une école de la reproduction sociale et de la soumission économique est battue en brèche par Poutou, qui plaide pour une école de l’apprentissage de la liberté : « Il n’y a pas que devenir un salarié ou un ouvrier dans la vie ». Débat clos.

David Pujadas : « Sur l’immigration, vous êtes pour la liberté de circulation et d’installation, autrement dit plus de frontières, l’immigration, sa régulation ce n’est pas un problème pour vous ? » Poutou, c’est le candidat des hordes étrangères déferlant sur la France. Réponse de Poutou : « On n’est pas des obsédés du contraire comme la candidate d’avant », démontrant que commencer à se poser la question, c’est mettre le doigt dans l’engrenage qui mène au FN. Débat clos.

Fabien Namias : « Avec Mélenchon, sur le SMIC à 1.700 euros et la nationalisation des banques, vous dites la même chose, pourquoi n’êtes vous pas ensemble dès maintenant ? » Façon subtile de suggérer que la candidature Poutou est inutile et que Mélenchon est aussi dangereux que le huron Poutou, double impact. Réponse : « On ne veut pas être à la remorque du PS et de Hollande ». Débat clos.

Entendons-nous bien. On ne discute pas du choix des questions posées par les uns et par les autres, car il s’agit bien des thèmes qu’il convient d’aborder face à Philippe Poutou, son projet et son programme.

Uniformité de pensée

Non, ce qui est en cause ici, c’est la méthode, l’approche, la suggestion présente dans chacune des questions posées. Chaque interpellation dénonce un mode de pensée, d’appréhension de la vie politique, des sphères économiques et sociales qui trahit chez TOUS les journalistes présents le mode même mode de pensée et l’appartenance à la classe dominante, politiquement, économiquement, socialement et culturellement.

En vrac : l’Europe, telle qu’elle est, est intouchable ; les cotisations sociales deviennent des charges qui plombent les entreprises ; les banques ne peuvent pas être contraintes au service de la collectivité parce que prime d’abord la propriété privée et tant pis pour l’idée de service public ; l’école doit être d’abord et avant tout une machine à sélectionner et à reproduire ; la politique, c’est l’affaire des professionnels ; le licenciement est un procédé naturel de la vie économique et tant pis pour les êtres humains…

Tout sort du même tonneau libéral et conservateur. Il n’est pas une question, pas une, qui, dans sa formulation, ne fasse pas écho à une vision de la société authentiquement, uniquement et profondément de droite en ce qu’elle révèle la soumission totale et résignée à l’ordre des choses tel qu’il est.

Soyons encore plus précis : ce n’est pas un problème en soi que des journalistes incarnent une certaine forme de pensée politique, économique, sociale et culturelle. Non, le problème, le vrai, le seul, c’est l’uniformité et le monopole de la représentation de cette seule pensée droitière dans une émission politique grand public de première importance à la veille d’un scrutin présidentiel déterminant. Et la situation est à ce point prégnante, parce qu’à ce point ancrée dans les gènes de la télévision, que plus personne ne s’offusque de cet évident manquement au pluralisme.

Comme ils étaient terribles, d’ailleurs, les applaudissements qui saluèrent la dernière tirade de Poutou. Terribles parce que trahissant le soulagement. L’ouvrier rouge est sympathique, et tout bien considéré, pas si dangereux puisque l’entretien a démontré malgré tout que les objectifs qu’il se fixe sont hors de sa portée.

Même le public de l’émission était de droite.

En seize minutes et trente-quatre secondes, Philippe Poutou a résumé à lui seul soixante ans d’histoire de l’audiovisuel en France. Ontologiquement, ma télé est encore et toujours de droite, et seulement de droite. Débat clos ?

Leur presse (Bruno Roger-Petit, leplus.nouvelobs.com, 12 avril 2012)

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[Automedia] Détournement de l’émission de France Culture par des occupant-e-s de la ZAD

En novembre, un journaliste de France Culture est venu sur la ZAD avec ses micros, ses questions et ses motivations. Des quatre de rushes enregistrées le comité central de la propagande de la radio publique en a fait une émission de 45 minutes. Celle-ci s’est focalisée sur le mode de vie des occupant-e-s, sur l’alternative, sur les trajectoires de vie, etc. Plus rien sur Vinci, plus rien sur notre rejet des médias…

Ces rushes on les a récupérés, et avec la même matière nous avons monté un nouveau monstre, un nouveau savoir sur la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, sur le mouvement d’occupation de la ZAD, sur notre opposition à l’aéroport et son monde.

Il faut écouter ce son en considérant qu’il a été sciemment monté dans l’intention de nuire à la société spectaculaire.

Bonne écoute !

1re partie : Notre rejet des médias mainstream, notre intérêt pour l’automedia ;

2e partie : De l’autonomie, ce n’est pas seulement manger les poubelles du Super U ;

3e partie : Une Zone en lutte contre un projet d’aéroport.

ZAD, 19 avril 2012

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[Comment peindre des pochoirs dans la rue sans se faire repérer] La méthode syrienne

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Bachar al-Assad peint en Hitler au centre-ville de Tunis.

Observers France 24, 17 avril 2012

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[In memoriam] Police et démocratie directe à Genève au XVIIIe siècle

La police genevoise au XVIIIe siècle travaillait en petite équipe

Marco Cicchini signe un énorme ouvrage. Le lecteur découvre qu’un lieutenant, six auditeurs et des huissiers, aidés par la garnison, arrivaient alors à quadriller la ville.

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« La police de la République, L’ordre public à Genève au XVIIIe siècle », de Marco Cicchini, aux Presses universitaires de Rennes, 410 pages.

« Il s’agissait au départ d’un exercice académique. » Comprenez par là une thèse. Marco Cicchini a adapté son texte pour une publication, éditée à Rennes. « Je ne voulais pas jargonner à l’intention des spécialistes. » N’imaginez pas pour autant que La police de la République, L’ordre public à Genève au XVIIIe siècle soit un ouvrage court et facile. « J’avais accumulé énormément de matériaux en cinq ans de dépouillements d’archives. Il fallait aussi restituer un système dans toute sa complexité. » L’idée était surtout d’éviter de calquer une autre époque sur la nôtre. « Je suis parti des textes sans préalable. » Voilà qui n’empêche pas de demander comment fonctionne la police dans notre ville il y a deux siècles et demi.

Quelles sont les origines de la police, qui entre dans son ère moderne au XVIIIe siècle ?

On parle de police dès l’Antiquité. Il s’agit d’un ensemble de normes permettant de vivre ensemble. S’il existe des règles, il faut les appliquer. Il existe pour cela un personnel étatisé qui ne lui est pas expressément dévolu. À Genève, on trouve des auditeurs dès les années 1530. Le lieutenant se voit ainsi assisté par quatre, puis six personnes.

Que font-ils ensemble ?

Ils administrent la justice civile et jugent en première instance. Ils instruisent les affaires criminelles. Et puis, ils élaborent des règlements qu’il faudra appliquer.

Il y a donc confusion entre les pouvoirs, comme l’a longtemps laissé penser à Genève les mots Département de Justice et Police…

Absolument ! Mais c’est alors partout le cas. Cette équipe agit dans les deux domaines, en intervenant en robe, accompagnée d’huissiers. Au XVIIIe siècle, les auditeurs ne restent que six. Un par quartier. Ces gens n’ont pas d’armes, à part une épée plutôt décorative. Comment se font-ils respecter ? Ils n’ont pour eux que la dignité de leur costume à collerette. Ce qui m’a intéressé, c’est de voir comment ils peuvent progressivement faire appel à la force.

De quelle manière, au fait ?

Grâce à la garnison soldée, qui remplace peu à peu les milices bourgeoises. La troupe prend de l’importance après l’affaire Pierre Fatio, en 1707. Cette première passe d’armes entre l’oligarchie et la classe moyenne des citoyens avait donné la première de vives inquiétudes. À juste titre, d’ailleurs ! Le siècle entier se verra marqué par des tensions politiques. La garnison, composée essentiellement d’étrangers parlant souvent mal le français, est en uniforme depuis 1705. Outre ses exercices militaires, elle sert d’encadrement à la population. Les soldats se voient formés à devenir des subordonnés à la botte des autorités.

Mais revenons aux auditeurs

Ils sont élus. Chaque année deux d’entre eux sur six se voient désignés. Chacun sert donc trois ans. Aucune réélection n’est possible. Pour devenir auditeur, il faut appartenir au Conseil des Deux Cent, qui gère la cité. Ces citoyens suivent ainsi une sorte d’école de gouvernement. Ils se montrent au public, qui les juge. C’est tellement vrai que les auditeurs changent de prérogative, autrement dit de spécialité, et de quartier chaque année. Il existe un tournus.

Quel âge ont-ils ?

La moyenne se situe autour de 35 ans. Ce sont donc des gens ayant déjà eu une activité. Ils se sont formés aux affaires. Ils ont une famille à charge. Mais, après 1730, quand la société s’aristocratise, Genève va connaître une pénurie de vocations. La tâche se voit considérée comme pénible. Il faut tout le temps courir. On vous dérange chez vous, jour et nuit, puisque les commissariats n’existent pas. En plus, dans un monde méprisant le travail manuel, ils ont les mains sales. Ils contrôlent la qualité des marchandises et des vivres. Ils mesurent les poids pour savoir si les commerçants volent ou non leurs clients. Il ne s’agit pas là d’une occupation de gentilhomme. Il faudra utiliser la contrainte. Les récalcitrants à l’honneur de devenir auditeur se verront mis à l’amende. Il leur sera interdit de quitter la ville pendant un an.

Les auditeurs sont-ils payés ?

Oui. Assez bien du reste, même s’il s’agit en principe d’un défraiement. La somme varie entre 1000 et 2000 florins par an. Autant qu’un procureur général. La grande revalorisation se révèle cependant celle de leurs huissiers. Au XVIIe siècle, il s’agit de gueux misérables. Cent ans plus tard, ce sont d’honnêtes salariés fonctionnarisés.

Comment les auditeurs se forment-ils ?

Sur le tas ! On devient auditeur parce qu’on appartient à l’oligarchie. Aucune notion de droit n’est requise au départ. Les anciens vous forment. Bien ou mal. Vous apprenez ainsi, par exemple, à dresser un procès-verbal. Vers 1780, une certaine formalisation se note. Il existe des carnets de notes, servant d’aide-mémoire. Mais il faut appartenir au sérail ! Léonard Bourdillon, l’auditeur que nous connaissons le mieux, n’en est pas issu. Autant dire qu’il ne trouvera personne pour l’aider !

Vous parlez de la ville. Comment les choses se passent-elles à la campagne ?

Cologny ou Sécheron, situés au-delà des fortifications, sont considérés comme appartenant à la ville. Dans les Mandements, comme Satigny ou Jussy, les auditeurs sont remplacés par les châtelains.

Propriétaires de châteaux ?

Vous n’y êtes pas du tout ! Le mot vient de châtelainie. Les châtelains sont également élus. Une fois tous les trois ans. Eux peuvent se représenter. Une fois. Le mandat maximal est donc de six ans. Les pouvoirs se révèlent en revanche identiques.

Quelle est la fonction du lieutenant, dont vous parliez au début ?

Il préside le tribunal. Il garantit la procédure. Il arrange les choses. De nombreuses affaires se terminent par des négociations entre les parties. Il s’agit toujours à Genève d’aller vite et de ne pas réduire personne à la mendicité. Un pauvre se retrouve à la charge de la communauté. Le lieutenant fixe aussi les prix, sauf celui du blé. Il va ainsi en amont, alors que nos Monsieur Prix se situent en aval. Le lieutenant est membre de droit du Petit Conseil, mais il n’y siège pas l’année où il est en fonction. Une amorce de séparation des pouvoirs. Contrairement aux huissiers, il peut se faire réélire. Une fois tous les quatre ans.

Les fonctions de cette police aux contours flous changent-elles durant le siècle ?

Oui. Je dirais qu’après 1750 une priorité se voir donnée à la sécurité des biens et des personnes. Cette sécurité ne semble pas une nécessité. Il s’agit plutôt d’un besoin ressenti par une population de ville moyenne. Genève, qui constitue alors la plus grande agglomération de Suisse, va voir sa population doubler en cent ans. Cela signifie que les gens cessent de se connaître entre eux. L’enrichissement de certains les fait craindre pour leurs possessions. Il existe une peur du vol nocturne. Les gens sont aussi devenus plus mobiles. C’est la naissance du passeport, avec description. Le besoin de liberté que ressent le siècle va de pair avec un besoin de contrôle.

Sont-ce là les seules différences ?

Non. Genève s’est adaptée à des temps nouveaux. Dès 1782, il existe ainsi une numérotation des maisons, qui nous semblerait incompréhensible. Il faut que chacun puisse se repérer. La nuit a aussi changé de sens. Vers 1710 subsiste une sorte de couvre-feu. Un individu surpris dehors a quelque chose à se reprocher. Dans les années 1780, la nuit est devenue plus aimable. Il y a la sociabilité tolérée des tavernes et des cabarets. Mais il existe aussi celle, nettement plus valorisée, des cercles et du théâtre. Les gens doivent pouvoir se promener. Il leur faut aussi sortir de ville pour réintégrer leurs belles villas. Si Rousseau avait été surpris par une porte fermée en 1728, c’est parce que la cité restait close. Vers 1785, les portes ont des horaires. Les carrosses entrent et sortent après le spectacle.

Puisque nous en sommes à la fin de l’ancienne République, quand les auditeurs et les huissiers ont-ils disparu ?

Tard ! Ils ont passé le cap de la révolution de 1792. On n’aurait guère su comment les remplacer. Leur arrêt de mort survient avec la constitution d’avril 1794. Le tribunal du lieutenant se voit alors aboli. Nous avons un juge de paix, sur le modèle français. La garnison, en revanche, continue à porter main-forte. La chose restera longtemps le cas. L’armée servira d’auxiliaire jusque dans les années 1840, parallèlement à la gendarmerie.

Leur presse (Étienne Dumont, TDG.ch, 18 avril 2012)

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Sur la grève lycéenne au Sénégal

Des bus de Notre-Dame saccagés par des lycéens en grève

Des lycéens protestant contre la crise scolaire qui paralyse les cours depuis plusieurs mois dans les collèges et lycées du pays, ont saccagé jeudi cinq bus de transport d’élèves appartenant à l’institution Notre-Dame, dans le centre ville, et cassé les vitres de fenêtres de certaines classes de l’école pour faire arrêter les enseignements.

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Seul un bus a été épargné par les grévistes qui se présentent comme des élèves de Lamine Guèye, un lycée situé également dans le centre ville.

Un peu plus tôt, ils ont réussi à déloger les élèves du CEM Kléber, qui se trouve près de l’institution Notre-Dame.

Selon le préfet du second cycle de cette école, Madeleine Sarr, c’est la 3e fois depuis le début de l’année scolaire que des élèves des lycées environnant s’attaquent à l’établissement pour essayer de déloger les élèves.

‘’S’étant rendus compte que l’établissement est sécurisé et qu’ils ne peuvent pas y accéder, ils ont saccagé les bus et lancé des pierres au 1er étage de l’école, cassant ainsi les carreaux de nos bureaux et classes’’, a-t-elle raconté, avec une pointe d’amertume.

Avant l’irruption des lycéens, a-t-elle expliqué, des policiers étaient sur les lieux. Mais ils ont ensuite dû se rendre à l’institution Sainte Jeanne Arc pour une intervention.

Selon elle, c’est en ce moment que l’attaque s’est produite, a précisé Mme Sarr, se félicitant de ce qu’il n’y a pas eu de blessés chez les élèves de Notre-Dame.

Pour le préfet du second cycle de l’institution Notre Dame, il faut que les grévistes sachent raison garder, dans la mesure où ce n’est pas en endommageant les biens d’autrui que leur problème sera réglé.

‘’On ne comprend pas pourquoi ils s’attaquent à nos élèves, ou saccagent nos biens, parce que de toute façon ce n’est pas à nous de régler leur problème qui, somme toute, ne nous laisse pas insensibles’’, a renchéri Madeleine Sarr.

‘’Qu’ils ne nous voient pas comme des gens à part ou des privilégiés. Nous sommes des enseignants, citoyens sénégalais et parents d’élèves de surcroit, mais ne sommes pas habilité à résoudre la crise scolaire, aussi dur que ça soit’’, a ajouté Mme Sarr.

Les cours vont se poursuivre normalement et l’Institution Notre-Dame se réserve le droit de porter plainte contre X, a-t-elle prévenu.

Leur presse (APS, 19 avril 2012)


Irritées par les grévistes, les écoles privées catholiques sous surveillance policière

Les élèves qui plaident désormais pour une année blanche ne cessent de s’organiser pour déloger leurs camarades du privé. Face à cette situation qui tend inéluctablement vers une année blanche, les responsables de certaines écoles privées catholiques ont fait recours aux forces de l’ordre pour contrecarrer les grévistes.

Les parents d’élèves de l’école privée qui soutiennent avoir beaucoup investi pour les études de leurs enfants, délogés souvent en plein cours, ne souhaitent pas l’année blanche prônée depuis quelques jours par certains élèves. Pour mettre fin à cette perturbation et sauver l’année scolaire, les responsables de certaines écoles privées catholiques de Dakar, à l’instar du Collège Saint Pierre de Dakar, ont mis en place un dispositif policier pour parer à d’éventuels dérèglements.

Pas question de laisser les grévistes bouleverser leur année scolaire, soutient l’administration du Collège Saint Pierre au micro de la RFM. Pour rappel, à Saint Louis, les élèves des collèges et lycées avaient, en début de semaine, décrété une année blanche qu’ils justifient par la longue grève des enseignants.

Leur presse (PressAfrik, 19 avril 2012)


Dakar-Plateau : Des élèves dans la rue pour dénoncer la crise scolaire

Des élèves du centre-ville de Dakar ont vidé les classes et envahi la rue, jeudi, pour protester contre les grèves des enseignants et inviter le nouveau gouvernement du Sénégal à sauver l’année scolaire [sic].

Les élèves du Lycée Lamine Guèye ont annoncé la couleur, avant de déloger les élèves du collège Abbé Arsène Fridoil (ex-Kléber) pour manifester leur découragement face à la situation scolaire du pays. Les jeunes manifestants ont été ralentis dans leur élan par la police qui, à coups de lacrymogènes, a dispersé les protestataires qui étaient très excités. Ces élèves, décidés à mener jusqu’au bout leur action, ont pris la direction du marché de Sandaga pour, disent-t-ils, aller sortir les élèves des autres écoles de la capitale.

Le déroulement des cours est perturbé, depuis quatre mois, dans les établissements d’enseignement moyen secondaire, par une grève des enseignants qui menace la validité de l’année.

Le nouveau ministre de l’Éducation, Ibrahima Sall, avait invité, lundi dernier, les syndicats d’enseignants du moyen et du secondaire, à respecter une trêve pour sauver l’année scolaire. M. Sall avait appelé les syndicats « à trouver des solutions appropriées aux problèmes qui risquent de compromettre l’année scolaire et aussi l’essence même de l’éducation et les valeurs qu’elle enseigne à la jeunesse. »

Leur presse (APS, 19 avril 2012)

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[Le travail tue] À l’entrée de Cattenom, les grévistes ont installé banderoles et barbecue

Le ras-le-bol de « la viande à rem »

Les salariés de SPIE, sous-traitant du nucléaire, sont en grève sur plusieurs sites, notamment dans les centrales de Cattenom et Fessenheim.

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Un piquet de grève devant la centrale nucléaire de Cattenom pour un arrêt de travail annoncé comme « illimité » : les salariés de l’entreprise SPIE ont cessé le travail depuis avant-hier. Même chose à Fessenheim en Alsace, Cruas en Ardèche ou sur le site de Centraco dans le Gard, là où l’explosion d’un four avait fait un mort et quatre blessés graves en septembre dernier.

À l’appel de la CGT, les ouvriers de ce sous-traitant du nucléaire, ont débrayé pour réclamer de meilleures conditions salariales. « Ce n’est pas un mouvement spontané, précise José Andrade, délégué CGT SPIE France, nous avons déposé un cahier revendicatif à la direction qui tarde à nous répondre. »

À l’entrée de Cattenom, les grévistes ont installé banderoles et barbecue. Très déterminés, ils disent être 90 à avoir cessé le travail sur 110 salariés présents sur le site. Des informations contredites par la direction de la centrale qui s’est rapprochée de celle de SPIE : « Ils sont 175 agents dont 65 grévistes », affirme Didier Fortuny, directeur délégué à Cattenom. Lequel assure que le mouvement est sans incidence pour l’instant. « La tranche 1 est en fin d’arrêt programmé. Le rechargement du réacteur aura lieu en fin de semaine pour un couplage au réseau début mai. »

Les SPIE ont en charge la logistique dans la centrale, ce qui recouvre de très nombreuses activités de maintenance : décontamination, tri, évacuation des déchets. « C’est eux qui prennent 80 % des doses, complète José Andrade, avec des conditions de vie indignes. » Payés 1500 € bruts par mois. Selon le délégué, la durée de vie d’un salarié dans une entreprise sous-traitante est de « trois ans. Le cheptel nucléaire, la viande à rem [Rem : unité de mesure de la radioactivité], est renouvelé par tiers. Avec ce fonctionnement, avec quelles compétences on va assurer les centrales de demain ? » Hier après-midi, David Guillon directeur de SPIE s’est rendu à Cattenom pour rencontrer une délégation et aujourd’hui, la CGT du nucléaire organise une manifestation nationale à Paris pour revendiquer un statut unique pour tous les salariés du nucléaire.

Leur presse (republicain-lorrain.fr, 18 avril 2012)


Nucléaire : grève d’un sous-traitant

Des salariés de l’entreprise SPIE DEN, sous-traitant dans le nucléaire, sont en grève depuis plusieurs jours, leur mouvement affectant notamment les centrales de Cattenom (Moselle) et de Fessenheim (Haut-Rhin), ont annoncé aujourd’hui des responsables CGT.

Ils réclament une amélioration de leurs conditions de travail, « des augmentations de salaires et que l’ancienneté soit reconnue pour les prestataires qui travaillent pour EDF », a expliqué à l’AFP Moustapha El Basri, délégué CGT à Fessenheim.

Selon le syndicat, le mouvement qui touche quelque 90 salariés à Cattenom et une vingtaine à Fessenheim depuis lundi, commence à s’étendre à la centrale de Bugey, dans l’Ain. Les salariés de Cruas, en Ardèche, « réfléchissent » également à l’éventualité de joindre à la grève, tandis que ceux de Centraco (Gard) « sont solidaires mais ne peuvent pas se mettre en grève parce qu’il n’y a pas d’activité sur le site ».

La CGT indique que les quelque 400 salariés de SPIE DEN sont spécialisés dans la radioprotection, s’occupant notamment de la décontamination des locaux.

Selon M. El Basri, à Cattenom, site le plus touché, la grève survient « en plein arrêt de la centrale », ce qui « fait que tout le travail est repoussé ».

Selon José Andrade, délégué syndical central CGT, les salariés qui vont de centrale en centrale et sont payés au Smic, ne bénéficient « même pas de l’application de la convention collective ».

« Ils ne veulent plus être à trois dans une chambre de 9m² », lors de leurs déplacements et veulent « avoir de quoi remplir leurs véhicules de carburant pour faire 45.000 km par an », a expliqué le syndicaliste.

Selon M. Andrade, la direction de SPIE DEN s’est rendue sur le site de Cattenom jeudi, et s’est montrée ouverte aux discussions mais elle a indiqué qu’elle ne « pouvait pas négocier sous la pression », aussi les salariés ont décidé de poursuivre le conflit.

La direction de SPIE DEN, filiale qui appartient au groupe SPIE, n’était pas joignable dans l’immédiat.

Leur presse (LeFigaro.fr, 19 avril 2012)

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[Ça pue le cancer à Fleury] Et nique la pénitentiaire !

Cuisiner en cellule peut nuire à la santé

La justice a reconnu récemment que cuisiner en cellule peut nuire à la santé et a condamné l’État à indemniser un ancien détenu souffrant de problèmes respiratoires après avoir utilisé pour cuisiner en détention des réchauds à pastilles combustibles.

Cet homme âgé de 42 ans, incarcéré à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis (Essonne) entre décembre 2007 et février 2010, souffre depuis août 2008 de douleurs thoraciques, de toux et de gêne respiratoire chronique.

Un expert avait conclu « tout en prenant en considération le profil de fumeur du requérant, à l’imputabilité des symptômes respiratoires en détention et des séquelles respiratoires de celui-ci aux pastilles chauffantes ». Ces pastilles peuvent être achetées dans la plupart des établissements pénitentiaires par les détenus pour préparer une boisson chaude ou cuire des aliments.

Classées dans la catégorie des produits dangereux

Dans son jugement du 12 avril, dont l’AFP a obtenu copie, le tribunal administratif de Versailles a condamné l’État à verser la somme de 24.000 euros à cet ancien détenu pour les préjudices subis.

Les juges ont notamment considéré que ces pastilles sont classées dans la catégorie des produits dangereux » et sont « réservées à un usage extérieur ».

« En proposant à Monsieur (Nasser) Mostefa comme unique moyen de cuisson des produits frais et autres plats (…) des pastilles chauffantes, dont il est avéré que l’utilisation dans des conditions inappropriées, en particulier dans un lieu exigu et insuffisamment aéré tel qu’une cellule, a des effets nocifs sur la santé humaine et accroît les risques de cancer, sans accompagner la mise à disposition desdites pastilles des mesures appropriées de nature à préserver la santé de l’intéressé, l’État a commis une faute de nature à engager sa responsabilité », a retenu le tribunal.

Selon l’Observatoire international des prisons, ces pastilles sont toujours utilisées actuellement « dans des prisons anciennes, où les circuits électriques ne sont pas rénovés pour permettre l’installation de plaques électriques ».

L’administration pénitentiaire recommande aux détenus d’aérer la cellule pendant et après la combustion.

Leur presse (Agence Faut Payer, 19 avril 2012)

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[« Grand prix du sang »] Hamad dégage !

F1 : manifestations au Bahreïn

Des affrontements ont opposé dans la nuit de hier à aujourd’hui manifestants et policiers dans des villages chiites de Bahreïn à la veille des essais du Grand prix de Formule 1, ont rapporté des témoins. Les heurts, parfois violents, se sont produits à la suite d’appels sur les réseaux sociaux à « trois jours de colère » coïncidant avec les trois jours de la course, lancés par un mouvement d’opposants baptisé les « Jeunes du 14 février ». Selon des témoins, des centaines de manifestants se sont rassemblés à l’entrée de villages chiites autour de Manama, criant des slogans hostiles au pouvoir. « Le peuple veut le chute du régime », ou encore « À bas Hamad », ont-ils crié en référence au roi Hamad ben Issa Al-Khalifa.

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Dans une rue du village de Barbar, à l'ouest de Manama, le 5 avril 2012. l'inscription à droite du dessin signifie : « Boycottez la F1 à Bahrein, vous roulerez sur le sang des martyrs ».

Les forces de l’ordre ont utilisé des bombes lacrymogènes et des bombes détonantes pour les disperser. Les manifestants ont répliqué par des jets de cocktails Molotov, selon ces mêmes témoins. « Le village de Sanabès (près de Manama) a connu les affrontements les plus violents », a indiqué l’un des témoins, Mohamed Jassem, assurant que la police a tiré avec des cartouches de chevrotine, blessant de nombreuses personnes. Sur les réseaux sociaux, les « Jeunes du 14 février », qui n’ont pas de lien organique avec le Wefaq, principal mouvement de l’opposition chiite qui a également appelé à une mobilisation à l’occasion de la course, ont posté des slogans hostiles au « Grand prix du sang ».

Les mesures de sécurité ont été particulièrement renforcées autour de cet évènement sportif dont la tenue en pleins troubles politiques a été critiquée par des organisations des droits de l’Homme. Hier, des centaines de Bahreïnis avaient déjà manifesté malgré l’arrestation de dizaines d’animateurs des protestations à titre préventif, avant le GP de Bahreïn prévu le 22 avril dont l’opposition chiite compte profiter pour faire entendre sa voix. Les autorités ont confirmé aujourd’hui avoir arrêté de nombreux meneurs des manifestations, sans préciser leur nombre. Dans un communiqué, le ministère de l’Intérieur a affirmé que les arrestations ont visé « des personnes responsables de violences et d’atteintes aux biens privés et publics ».

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« La bataille commence ».

Bahreïn est la seule monarchie du Golfe où les chiites sont majoritaires. La répression du mouvement de contestation de février à mars 2011 avait fait 35 morts, dont cinq sous la torture, selon une commission d’enquête indépendante. Amnesty International parle de 60 morts depuis le début de la contestation, les manifestations anti-gouvernementales ayant repris en juin après la levée de l’état d’urgence, malgré la répression.

Leur presse (Agence Faut Payer, 19 avril 2012)


(…) Le Wefaq n’a jamais appelé clairement, comme les « Jeunes du 14 février », à annuler la course qui a été supprimée l’an dernier en raison de violentes manifestations. Pourtant, il n’a pas reçu l’autorisation d’organiser jeudi une manifestation dans le centre de Manama, selon le ministère de l’Intérieur.

« Le Grand Prix est perçu comme lié aux figures du régime et comme un évènement qui ne profite pas aux gens ordinaires », analyse l’opposant Nabil Rajab.

Il dit craindre une escalade de la violence avec la participation aux manifestations de groupes de jeunes qui ne sont pas encadrés politiquement et qui, pour défiler, ne demandent aucune autorisation aux autorités.

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Les mesures de sécurité ont été renforcées autour de cet évènement sportif dont la tenue en pleine crise politique a été aussi critiquée par des organisations des droits de l’Homme internationales.

Les organisateurs ont accroché des milliers d’affiches proclamant : « Bahreïn, une seule nation (le GP) une seule célébration ».

Les opposants ont, eux, peint sur des murs : « Non à la Formule 1 du sang », ou « Nous demandons la liberté, non la Formule 1 » et « Nous sommes des humains sans droits ».

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Manifestation contre le Grand Prix de F1 à Isa, près de Manama, la capitale de Bahreïn, le 18 avril 2012.

Mercredi, des centaines de Bahreïnis avaient déjà manifesté malgré l’arrestation de dizaines d’animateurs des protestations à titre préventif.

Les autorités ont confirmé l’arrestation de ces meneurs de manifestations, accusés d’être « responsables de violences et d’atteintes aux biens privés et publics ».

En rentrant du circuit mercredi soir, des mécaniciens de l’écurie indienne Force India ont été pris dans un affrontement. Un cocktail Molotov a explosé devant leur voiture mais aucun des occupants n’a été blessé. (…)

Leur presse (Agence Faut Payer, 19 avril 2012)


Bahreïn : les manifestantes veulent annuler le Grand Prix de F1

Voilées et toutes de noir vêtues, elles ont manifesté mercredi à l’entrée même du souk de Manama, la capitale du Bahreïn. Selon le journal L’Équipe, une première centaine de protestataires, pour la plus part des femmes, s’est massée devant une rangée impressionnante de policiers casqués, armés, boucliers en main, en criant « À bas le gouvernement », « Nous voulons la liberté ».

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« Non à la Formule 1 du sang » scandent les femmes

Ces femmes courage demandent l’annulation du Grand Prix de Formule 1, accusé de contribuer à promouvoir le régime. Toutefois, à la veille des essais ce week-end, elles ont profité de la présence des journalistes du paddock, dans ce petit état du Golfe Persique, voisin de l’Arabie Saoudite, pour se faire entendre. Parmi leurs revendications ? La libération d’Abdulhahi al-Khawaja, un opposant au gouvernement actuellement en prison.

Mais sur cette place symbolique de la capitale, la tension est montée et la police a chargé les manifestants. Pour disperser la foule, une grenade assourdissante a explosé, rapidement nettoyée pour échapper à l’objectif des photographes.

Par ailleurs dans des villages chiites de Bahreïn, des affrontements ont aussi opposé dans la nuit de mercredi à jeudi manifestants et policiers. Ces heurts violents contre la répression du régime font suite aux appels à « trois jours de colère » (qui coïncident avec les trois jours de course), lancés sur les réseaux sociaux par le mouvement des « Jeunes du 14 février ».

Des femmes mobilisées contre la répression

Déjà mobilisées lors des manifestations contre le régime de l’automne dernier, les femmes jouent un rôle essentiel dans la mobilisation. Comme lors des contestations populaires du Printemps Arabe, elles paradent en tête des cortèges du Bahreïn, malgré les menaces de la police et les interdictions qui les frappent dans ce royaume musulman.

Le prince héritier de Bahreïn, Salmane ben Hamad Al-Khalifa, avait appelé lundi les opposants à ne pas instrumentaliser le Grand prix, annulé la saison dernière en raison des manifestations. (…)

Leur presse (LeParisien.fr, 19 avril 2012)

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Sur la grève étudiante au Québec

Manifestation étudiante : la police intervient au centre-ville

Une manifestation étudiante qui s’annonçait comme une «méga manif/action de perturbation économique» au centre-ville de Montréal a été rapidement réprimée à grand renfort de gaz irritant, ce jeudi matin par les policiers du groupe d’intervention.

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L’action baptisée « Shutdown centre-ville » laissait présager les pires perturbations.

En tout, c’est entre 150 et 200 manifestants qui se sont rassemblés au square Philips.

Vers 7h50, le groupe s’est mis en marche. Un plus petit groupe s’est dirigé rapidement vers le 1010 rue Sherbrooke Ouest où ils ont bloqué les accès de la tour CIBC, dans laquelle se trouvent notamment les bureaux du Conseil du patronat du Québec, de l’Institut économique de Montréal et de la Jeune chambre de commerce de Montréal. Ils bloquaient aussi l’entrée de l’hôtel Omni voisin.

Pendant ce temps, un groupe plus volumineux a déambulé dans les rues du centre-ville, dont plusieurs porteurs de masques, foulards ou lunettes de protection. Des drapeaux noirs flottaient aussi au-dessus de la foule. Vers 8h30, ils ont rejoint l’autre groupe sur la rue Sherbrooke.

L’occupation du 1010 Sherbrooke n’a pas été tolérée longtemps par les policiers qui ont rapidement décrété la manifestation illégale et demandé aux protestataires de se disperser.

Pour le SPVM, la manifestation était illégale notamment en raison de méfaits qui ont été commis par des manifestants. Des ballons contenant de la peinture rouge ont notamment été lancés sur des voitures de police.

Les manifestants ont en majorité choisi de rester sur place malgré l’avertissement.

Et les coups de matraques et jets de gaz irritant CS du groupe d’intervention n’ont pas tardé à fuser.

Le groupe a rapidement été repoussé vers la rue Metcalfe. Certains étudiants, et même des professeurs qui les appuient, ont été aveuglés par le gaz.

« On vous avait avertis. Mais il paraît qu’il faut que vous ayez mal pour la cause », leur a lancé un policier posté en deuxième ligne, derrière les manifestants.

Par petites courses rythmées par les coups de matraque sur leurs boucliers, les policiers ont réussi à disperser les manifestants vers le sud sur Metcalfe. Chemin faisant, des protestataires ont enguirlandé et insulté des travailleurs attendant de pouvoir entrer dans la tour du 1010 Sherbrooke, et des conducteurs de voitures de luxe.

Deux d’entre eux ont été arrêtés, dont un en cours de manifestation pour méfait.

Leur presse (David Santerre, La Presse, 19 avril 2012)


La tension monte au Québec, théâtre d’une grève étudiante historique

Professeurs intimidés, agents de sécurité en classe, appel controversé à « s’affranchir de la tyrannie des agitateurs de gauche », vandalisme dans le bureau d’une ministre : la plus importante grève étudiante de l’histoire du Québec s’envenime malgré des appels au calme.

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Une grève contre l’augmentation des frais de scolarité. Depuis la mi-février, ce mouvement de grève étudiant cherche à faire revenir le gouvernement québécois de Jean Charest sur sa décision d’augmenter les droits annuels de scolarité de 1.625 dollars en cinq ans. Cette semaine, la ministre de l’Éducation Line Beauchamp a montré un signe d’ouverture en proposant de discuter avec deux des trois organisations étudiantes, mais uniquement de la gestion des universités. La ministre exige que le syndicat étudiant qui représente 47% des étudiants en grève, pour l’instant exclu de ces négociations « dénonce haut et fort tout acte de violence ».

Actes de vandalisme. Car violence il y a. Considéré comme responsable, le mouvement estudiantin québécois a pourtant vu des actes de vandalisme ternir son image, notamment le saccage du bureau de la ministre de l’Éducation, perpétré par une quinzaine d’individus en marge d’une manifestation la semaine dernière. « Nous refusons de faire porter la responsabilité de cette violence aux étudiants », a déclaré Marie Malavoy (Parti Québécois), une porte-parole de l’opposition : « Dans toutes les démocraties, des individus plus ou moins organisés s’infiltrent dans les manifestations et les décrédibilisent ».

Ambiance pesante à l’université de Montréal. Au cœur de la grève suivie depuis la mi-février par les étudiants québécois pour protester contre une hausse des frais de scolarité, l’université de Montréal a obtenu en justice une injonction obligeant les élèves à revenir en classe. Les cours ont repris mardi matin, mais l’ambiance est pesante sur le campus, où des agents de sécurité d’une société privée, matraque à la taille, patrouillent, pénétrant à l’occasion dans une classe pour vérifier l’identité des étudiants présents. À l’Institut d’urbanisme, une des branches de cette université, deux cours sont prévus. Dans le premier, pas d’étudiant, dans le second, un seul présent. Les professeurs estiment que les « conditions pédagogiques » ne sont pas réunies et refusent d’enseigner. Un appariteur de l’université, secondé par un agent de sécurité, tance les enseignants, leur ordonne de donner cours.

Le « langage est autoritaire », regrette Franck Scherrer, directeur de l’Institut d’urbanisme, présent lors de cet incident. Cet ancien professeur à l’Université Lumière Lyon 2, qui avait « assisté ou participé » à des grèves de professeurs et d’étudiants en France au début des années 2000, s’étonne voir au Québec des policiers « enjoindre fermement les professeurs d’enseigner », chose qu’il n’avait « jamais vue » de l’autre côté de l’Atlantique. Les étudiants québécois sont normalement, selon lui, « extraordinairement responsables » comparés à leurs camarades français.

Un professeur arrêté, un autre expulsé. À l’université du Québec en Outaouais (UQO), un professeur de sociologie a même été interpellé dans l’enceinte universitaire et accusé d’entrave au travail des policiers. Un autre enseignant a été expulsé par la police. Autre signe de l’ambiance délétère que commence à faire peser dans la province la grève estudiantine, le quotidien Le Soleil a publié jeudi dernier sur son site internet une tribune appelant à « s’affranchir de la tyrannie des agitateurs de gauche » en suivant l’exemple des mouvements fascistes des années 1920 et 1930. Face à la polémique, Le Soleil a présenté ses excuses, alléguant une « erreur ».

Leur presse (LeParisien.fr, 18 avril 2012)

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Grève de la faim au CRA de Coquelles

Un groupe d’exilés a commencé lundi une grève de la faim au centre de rétention de Coquelles, près de Calais.

Ils sont 18 à avoir signé un appel :

« We didn’t do anything wrong. We didn’t commit any crime or terrorist act. We have been here like 15-20 days in deporting centre. We dont want to stay in this country and claim asylum in this country. We just want to leave this country and this deportation centre. We have fingerprints in other European countries. Why have we been here for so long?? We are not guilty. They treat us like animals.
Our recommendations are that we wish to be free from this deportation centre and this country. We just want to go to which ever country we have fingerprints in, as soon as possible.
On 16th April 2012 like 16 people in green zone started a protest and stopped eating. We will not stop this protest. We will only stop once our demands have been processed.

We just want a better life, and freedom.
Help us, who ever reads this letter, please.
Thank you. »

Traduction :

« Nous n’avons rien fait de mal. Nous n’avons comis aucun crime ou acte terroriste. Nous sommes ici depuis 15-20 jours au centre d’expulsion. Nous ne voulons pas rester dans ce pays et demander l’asile dans ce pays. Nous voulons juste quitter ce pays et ce centre d’expulsion. Nous avons nos empreintes digitales dans d’autres pays européens. Pourquoi sommes-nous ici si longtemps ? Nous ne sommes pas coupables. Ils nous traitent comme des animaux.
Nous demandes sont que nous voulons être libérés de ce centre d’expulsion et de ce pays. Nous voulons juste aller dans n’importe quel pays où nous avons des empreintes digitales, aussi tôt que possible.
Le 16 avril 2012 quelques 16 personnes de la zone verte ont commencé une action de protestation et ont arrêté de manger. Nous n’arrêterons pas cette protestation. Nous arrêterons seulement quand notre demande sera mise en oeuvre.

Nous voulons seulement une vie meilleure, et la liberté.
Aidez-nous, qui que vous soyez qui lisez cette lettre, s’il vous plait.
Merci. »

Des deux personnes qui sont à l’origine de ce mouvement, l’une a été aussitôt expulsée en Allemagne, l’autre transférée au centre de rétention de Lille Lesquin.

Pour les soutenir, les coordonnées de la préfecture :

Tél. : 0033 (0)3 21 21 20 00
Fax: 0033 (0)3 21 55 30 30
Email : http://www.pas-de-calais.gouv.fr/Contactez-nous
Le préfet s’appelle Denis ROBIN.

Liste Migreurop, 19 avril 2012

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[Tanneries de Dijon, 27 avril] Concert de soutien à l’Anarchist Black Cross

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[Vive l’Azawad libre !] Nina Wallet Intalou : « Ils veulent nous effacer, avec la complicité de l’Algérie »

Nina Wallet Intalou, la pasionaria indépendantiste des Touareg maliens

Le salon de Nina Wallet Intalou, dans le quartier Las Palmas Extension de Nouakchott, accueille toutes sortes de visiteurs : un jeune colonel du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) en convalescence, des partisans, des journalistes, une chercheuse française et des diplomates, avides d’informations. À votre tour, ce lundi 16 avril, passé la cour de la maison où flotte, à l’abri des regards, le drapeau de l’Azawad (un triangle jaune et trois bandes vert, rouge et noir), elle vous entraîne à part en tapotant sur un sofa : « Nous voulons notre indépendance, ou une fédération avec un référendum dans cinq ou dix ans, pas l’autonomie. Ce serait revenir en arrière, et nous sommes fatigués. » (…)

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« AQMI COMBAT NOTRE CULTURE »

Membre du bureau exécutif du MNLA, dont la plupart des membres se sont exilés dans la capitale mauritanienne, Nina Wallet Intalou, 49 ans, est l’une des principales figures du mouvement. La seule femme, aussi. Incontournable. Drapée dans une malafa noire brillante, la robe voile traditionnelle au Sahara, une cigarette à la main, son sourire masque l’inquiétude d’un échec : « AQMI est en train d’occuper notre territoire, même les hommes ne peuvent plus fumer. » « Ils combattent notre culture et donc notre identité, poursuit-elle, et le Mali n’a jamais rien fait contre eux. Ils veulent nous effacer, avec la complicité de l’Algérie. »

Fille d’un infirmier-major de la gendarmerie réputé, issue de la puissante tribu des Idnane, cette militante élevée entre Kidal, sa ville d’origine, Gao et Mopti, part dès 1984 en Côte d’Ivoire avec pour mission de sensibiliser à la cause touareg les frères africains. Elle y épouse un riche homme d’affaires, dont elle aura trois enfants, reprend ses études et, une licence en droit public en poche, fonde, à 26 ans, sa société de construction, avec 250 salariés, qui lui assure le monopole de nettoyage des cabines téléphoniques d’Abidjan.

Divorcée, elle revient au nord du Mali. Mais, bien qu’élue maire de Kidal en 1997, Nina Wallet Intalou n’a jamais pu exercer ses fonctions. « Les islamistes, qui commençaient à s’installer dans la région, ne voulaient pas d’une femme. À l’époque, ils venaient surtout du Pakistan et créaient les prémices des katiba [unités combattantes] ; les Algériens ne sont arrivés qu’en 2003, explique-t-elle. J’ai attendu huit mois. Tous les cadis et marabouts traditionnels avaient tranché en ma faveur. Mais finalement, c’est un homme qui a été nommé à ma place. » En guise de consolation, Alpha Oumar Kondaré [L’ancien président du Mali n’est pas Alpha Oumar Kondaré, mais Alpha Oumar Konaré (sans « d » : c’est un nom typique de griot = d’amuseur public et panégyriste des puissants : le prototype de tous les métiers du spectacle) – NdJL], alors président du Mali, lui offre un poste de conseiller territorial.

« UNE GRANDE HAINE CONTRE KADHAFI »

On prête à la gracieuse et ambitieuse Nina, divorcée une deuxième fois et distinguée par un prix d’excellence américain, des amants célèbres, de Félix Houphouët-Boigny, son beau-frère, à Mouammar Kadhafi, alors qu’elle prend plusieurs fois la route de Tripoli à partir de 1998, pour rencontrer les Touareg maliens au service de l’ancien Guide libyen. « Ah ça, je n’ai jamais été sa maîtresse !, s’offusque-t-elle. J’avais une grande haine contre cet homme quand je voyais comment il utilisait les Touareg pour combattre au Tchad ou ailleurs. Kadhafi les trompait en leur disant qu’ils faisaient partie de l’armée libyenne, mais en réalité, ils étaient maltraités. »

Proche du chef militaire du MNLA, Mohamed ag Najim, elle voue une haine toute aussi tenace au Touareg malien Iyad ag Ghali, devenu chef du groupe islamiste radical Ansar Eddine, allié à AQMI. « En 1990, [lors de la première révolte touareg], il était notre leader, raconte-t-elle. Ensuite, il a voulu être le secrétaire général du MNLA, mais nous avons refusé car il avait déjà des liens avec AQMI, je ne sais pas si c’est par conviction ou par opportunisme, sans doute les deux. »

« QUE LES OCCIDENTAUX S’IMPLIQUENT »

Le mouvement indépendantiste, qui voit d’un très mauvais œil les tentatives de négociations amorcées depuis peu par Bamako avec le chef de file d’Ansar Eddine, assure qu’il cessera toute discussion si le gouvernement, désormais dirigé par cheikh Modibo Diarra, « négocie avec des terroristes ». « On ne pourra jamais pardonner à Ag Ghali, il nous a fait trop de mal », assène Nina Wallet Intalou.

Exaspérée, elle tance : « Il faudra que les Occidentaux s’impliquent et nous donnent les moyens, ils donnent bien des millions pour libérer des otages. Depuis des mois, on nous promet une aide, mais rien, rien ! Nous avons pourtant du pétrole, de l’uranium mais on nous laisse entre les griffes de ces gens ! » « Hier, poursuit l’égérie du MNLA, de Tombouctou, on me disait que les djihadistes ont ouvert un camp militaire. Ils proposent à des jeunes de leur donner un véhicule, une arme. Quelqu’un qui était à dos d’âne se retrouve avec un 4×4, c’est comme ça qu’ils embobinent les gens. »

Dans quelques jours, tous les dirigeants du MNLA devraient se réunir au Mali. Nina Wallet Intalou en sera.

Leur presse (Isabelle Mandraud, LeMonde.fr, 18 avril 2012)

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[Nantes, 5 mai] Manif contre les violences policières

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