[PCC dégage !] Insurrection et sanglante répression sur le Toit du monde

Immolations et émeutes embrasent le Tibet

En quelques jours, la région a été plongée dans le pire cycle de violences depuis 2008.

Au sinistre fil des immolations de moines, la situation a de nouveau pris un vilain tour dans les régions tibétaines de Chine. Désormais, ce sont de véritables émeutes auxquelles doivent faire face les forces de sécurité. Et la répression a fait plusieurs morts — entre deux et dix selon les sources — en quelques jours, plongeant la région dans le pire cycle de violences depuis 2008.

Deux manifestants auraient été tués par balles mercredi à Seda, dans une zone à peuplement tibétain de la province du Sichuan, selon l’association Free Tibet. L’agence officielle Chine nouvelle a confirmé des violences dans la ville, reconnaissant la mort d’un émeutier, et ajoutant que 14 policiers ont été blessés tandis que 13 personnes ont été arrêtées. Selon les autorités, les « émeutiers » ont attaqué le commissariat avec des bouteilles de gaz, des couteaux et des pierres. La région est sous couvre-feu, ses accès interdits. La veille, d’autres troubles avaient eu lieu dans le district voisin de Luhuo, aux abords du monastère de Draggo. Selon des associations tibétaines, deux personnes auraient là encore été tuées et une trentaine d’autres blessées. Pékin a reconnu un mort. Les blessés seraient réfugiés dans le monastère assiégé par les forces de l’ordre. D’autres violences ont éclaté en un troisième lieu, dans le district d’Aba, toujours dans le Sichuan.

Politiques contre-productives

Ces sanglants soubresauts surviennent après une longue série de 16 immolations par le feu de moines ou d’anciens religieux bouddhistes. Cette forme tragique de résistance embarrasse au plus haut point Pékin, sans prise sur le phénomène. L’embrasement des confins du Sichuan est un nouveau défi. Mercredi, le gouvernement tibétain en exil en Inde a appelé la communauté internationale à « intervenir pour empêcher un nouveau bain de sang ». Les autorités chinoises, elles, accusent des « groupes séparatistes étrangers » de vouloir déstabiliser ces régions.

Washington s’est dit « gravement préoccupé » par ces dernières violences. La coordinatrice spéciale pour les affaires tibétaines, Maria Otero, a appelé les dirigeants chinois à revoir les « politiques contre-productives » dans ces régions, qui créent des tensions et menacent l’identité culturelle, religieuse et linguistique des Tibétains. De manière fâcheuse pour Pékin, ces troubles surviennent alors que le vice-président Xi Jinping — qui devrait succéder au président Hu Jintao à la fin de cette année — doit se rendre aux États-Unis début février.

La politique des minorités de Pékin, reposant largement sur une dissolution des particularismes dans le développement, se trouve une fois de plus à rude épreuve. Et la poigne de fer dans laquelle sont tenus les monastères semble alimenter aujourd’hui ce vent de révolte populaire. Pour Nicholas Bequelin, basé à Hongkong pour Human Rights Watch, si la politique de Pékin ne gagne pas les cœurs, elle cimente le contrôle. Selon lui, « tout se passe comme si le pouvoir avait désormais choisi de gouverner ces régions sans chercher plus avant l’adhésion des Tibétains ».

Leur presse (Arnaud Delagrange, LeFigaro.fr, 25 janvier 2012)

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Le Collectif de chômeur-ses et précaires de Lille s’invite au Club de la Presse

Ce matin du 24 janvier 2012, une délégation du collectif de chômeur-ses et précaires de Lille a envahi le Club de la Presse du Nord Pas-de-Calais, alors que M. Daniel Forafo, président de la CAF du Nord, s’apprêtait à présenter ses « vœux » en huis clos, face à une maigre poignée de journalistes.

Nous avons profité de cette occasion pour dénoncer la politique malsaine dont font l’objet les allocataires de la CAF : suspicion généralisée sous couvert de « lutte contre la fraude », imposition de « l’offre raisonnable d’emploi » pour les RSAstes et bientôt les CUI obligatoires de 7 heures par semaine pour à peine 120 euros de plus par mois (soit moins de 5 euros de l’heure). Dans ce climat qui vise à criminaliser les plus pauvres, les populations les plus précaires sont aussi les plus stigmatisées (les femmes célibataires, les jeunes, les sans-papiers, les Roms, subissent le harcèlement administratif et le non versement de prestations familiales).

Nous avons rappelé à M. Forafo que malgré ses propos élogieux tenus le 5 décembre face à la presse, le processus de « départementalisation » n’augure rien de bon pour les salarié-es de la CAF comme pour les allocataires. Déjà, des plaintes d’allocataires se font entendre (fin des tickets loisirs dans le Douaisis avec pétition sur internet, baisse des subventions des centres sociaux dans le Valenciennois, des dizaines voire des centaines de déclarations de ressources trimestrielles mal scannées et déclarées — à l’interne, par les hiérarchies — sans suite). Pour les salarié-es, la centralisation des modules (informatiques etc.) est très contraignante et pèse sur les conditions de travail et le service rendu aux allocataires.

À aucun moment, M. Forafo n’a contesté nos arguments concernant le soit-disant préjudice de la fraude aux allocations, trois fois moins important que le montant des allocations non réclamées / versées. Néanmoins, il a nié la pression exercée sur le « rendement » des salarié-es (chronométrage des entretiens, logiques de primes etc.).

À l’issue de notre échange, M. Forafo s’est engagé à nous recevoir quand nous en ferons la demande. Nous comptons prochainement le mettre face à cette promesse, dans l’optique de débloquer des dossiers.

Le Collectif des chômeur-ses et précaires de Lille s’inscrit dans le mouvement national « Occupons Pôle Emploi » et compte bien prolonger l’action de ce matin. Ce n’est qu’un début ! Nous ferons valoir nos droits et nos revendications ! Nous sommes ouvert-es à toutes les personnes qui veulent combattre la précarité et la criminalisation de la pauvreté !

Prochaine réunion : jeudi 26 janvier à 18h, au 32 rue d’Arras (local syndical mis à disposition par la CNT).

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Tract distribué ce mardi aux journalistes présent-es au Club de la Presse :

Le Collectif de ChômeurSEs et Précaires de Lille (CCPL) présente ses vœux à la CAF du Nord

Nous, chômeurSEs, précaires, allocataires, désignéEs comme « fraudeurs », « cancer de la société », « profiteurs », « fainéants », « assistés », « parasites » sommes ici pour nous faire entendre. Nous proposons de revenir sur les points dont M. Daniel Forafo souhaite faire la présentation aujourd’hui, à l’occasion de ses « vœux » à la presse.

La CAF c’est d’abord la gestion du RSA. Depuis son instauration, l’objectif du RSA est un leurre : un dispositif qui vise à « occuper » les sans-emplois pour à peine 410 euros par mois. À peine de quoi survivre trois semaines dans le meilleur des cas, à moins de cumuler les dettes. Le RSA, c’est aussi une logique perverse qui vise à nous faire accepter n’importe quel travail de peur de la radiation. C’est la fameuse « offre raisonnable d’emploi », limitant à deux fois la possibilité de refuser une offre avant radiation. C’est aussi un dédale administratif, un véritable parcours du combattant à l’intérieur duquel le moindre faux pas est sanctionné d’une radiation : en 2010 ce ne sont rien moins que 5,3 milliards d’aide qui n’ont pas été distribués par la CAF à des allocataires écœurés ou tout simplement ignorants de leurs droits (parmi lesquels 650’000 personnes qui pourraient bénéficier d’un RSA complet). Tout cela n’était pas suffisant, alors voilà qu’on expérimente aujourd’hui le travail obligatoire sur les RSAstes : des CUI de 7h/semaine pour à peine 120 euros de plus, soit moins de 5euros de l’heure… NOUS REFUSONS la logique du travail obligatoire qui vise à offrir une main d’œuvre toujours plus précaire et docile au patronat, pendant que les travailleurSEs vivent avec toujours moins ! NOUS EN AVONS MARRE de ce RSA qui nous tient misérablement en laisse sur un fil tendu !

Parallèlement nous assistons à un véritable flicage des allocataires avec ce que vous appelez la lutte contre la fraude. Depuis quelques temps, certains de vos agents remplissent la dégradante fonction de flic, fouinant dans la vie privée des allocataires (enquêtes sur les revenus via la sécurité sociale, la collaboration des banques ou encore l’utilisation du fichier croisé permettant l’accès direct au fichier des impôts).

Dans cette logique malsaine, les plus vulnérables sont aussi les plus suspects : femmes célibataires, jeunes, étrangerEs etc. Depuis 2007 par exemple, des familles roms n’ont plus le droit aux prestations familiales, la CAF se faisant le relais d’une politique xénophobe (avec à la clé une condamnation de la CAF de Saint-Étienne par la HALDE en mai 2010). Ici aussi, la politique de lutte contre la « fraude » n’est en fait qu’un trompe-l’œil destiné à culpabiliser les pauvres : en comparaison, pour un euro de fraude, c’est trois euros de prestations non réclamées que la CAF ne verse pas. NOUS NE VOULONS PLUS de ces économies faites sur le dos des pauvres ! NOUS REFUSONS cette logique de flicage qui fait du pauvre un criminel en puissance et nous affirmons haut et fort : les véritables « criminels » sont ceux qui organisent le chantage à la subsistance !

Nous avons conscience que les salariés de la CAF connaissent les compressions de personnels, les horaires impossibles (heures supplémentaires obligatoires le samedi), les petits chefs qui minutent le travail (lorsque les conseillers s’entretiennent avec les allocataires) et harcèlent au quotidien les conseillers « retors ». En mars 2010 le président de la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) écrivait ainsi au ministre du travail Xavier Darcos : « L’ensemble de l’institution est au bord de l’implosion ». Nous accusons le gouvernement de faire volontairement régner ce climat délétère. NOUS N’ACCEPTONS PAS la déshumanisation du service public faisant de lui un outil de contrôle social nuisible à touTEs. NOUS NE VOULONS PAS de cette politique du chiffre qui indexe l’augmentation salariale des conseillers sur le nombre de dossiers traités (points de compétence au détriment du rapport humain).

Les allocataires sont les premières victimes de la politique de réduction des coûts. Traités comme de simples numéros de dossier, affrontant un véritable dédale administratif, ils sont parfois privés des allocations qui leurs sont vitales. Cette situation s’empire avec la fusion récente (26 novembre) des huit antennes CAF du département. Partout où il y a « départementalisation », s’opère un même processus de centralisation et d’unification : un seul budget, un seul CA, une seule politique. Finies les actions sociales spécifiques à chaque CAF, et ce, au détriment de la population locale (chèques loisirs abandonnés dans le Douaisis, baisse des subventions des centres sociaux dans le Valenciennois etc.)

SDF, allocataires, sans emploi, sans papiers, travailleurSEs du social, de Pôle Emploi, de la CPAM, de la CAF : nos gouvernants ne cessent de nous imposer un système de flicage, de précarité, de punition et d’exclusion ! Le Collectif Chômeurs Précaires de Lille propose de nous entraider et de nous solidariser sur nos situations diverses (radiations, droits liés à la CAF…) et de débloquer ensemble ces situations. Notre collectif est ouvert à toutes les personnes qui veulent se battre contre la précarité !


Tract diffusé le 17 janvier dans le cadre de la journée « nationale », « Occupons Pôle Emploi » :

Y EN A MARRE !

Nous, chômeurSEs, précaires, allocataires, désignéEs comme « fraudeurs », « cancer de la société », « profiteurs », « fainéants », « assistés », « parasites » EN AVONS ASSEZ d’être les boucs émissaires d’une politique générale de précarisation et de galérer au quotidien.

NOUS NE VOULONS PLUS de revenus insuffisants, de contrats bidons et précaires, d’Offre Raisonnable d’Emploi (ORE), de radiations, de flicage (suivi mensuel obligatoire, convocations, labyrinthes administratifs et contrôles de la CAF), de la déshumanisation du service public d’accompagnement (3949, pression du chiffre sur les conseillerEs pôle emploi), des discriminations sexistes, racistes ou en rapport avec l’âge (dans l’accès à l’emploi, aux aides et minimas sociaux, à l’égalité salariale). NOUS NE VOULONS PLUS culpabiliser de vivre avec des miettes pour lesquelles on devrait en plus être reconnaissantEs, tandis que le chômage explose et que les inégalités sont de plus en plus importantes. L’attitude des gouvernements successifs consiste à utiliser l’augmentation du chômage pour à la fois justifier la précarisation des salariéEs et la remise en cause de droits élémentaires des personnes sans emploi et précaires (revenus décents, logement, accès à la santé, à la nourriture…). Sans oublier  l’imposition récente d’un temps de travail obligatoire pour les RSAistes, pour notre « dignité », dont NOUS VOULONS LE RETRAIT IMMEDIAT (CUI de 7h/semaine pour à peine 120 euros de plus, soit moins de 5euros de l’heure !).

Le sommet pour l’emploi de Sarkozy de ce mercredi 18 janvier poursuit la même logique, avec la complicité des « partenaires sociaux ». Sous couvert de chômage partiel accru, c’est toujours plus de flexibilité que l’on garantit au patronat tandis que l’on va une fois de plus multiplier la signature de contrats précaires (CUI-CAE) pour maquiller les chiffres du chômage réel, d’ici la présidentielle. NOUS NE VOULONS PLUS de ces bidouillages et de ces contrats jetables, dont nous faisons systématiquement les frais. Dans cette situation, les sans-papiers se trouvent comme toujours en première ligne. Quand ce n’est pas le patronat qui les exploite illégalement, ils et elles sont pourchasséEs et expulséEs, sans droit et sans ressources. NOUS DENONCONS l’amalgame entre immigration et chômage, repris par les différents partis au pouvoir. Dans cette logique, pôle emploi et la CAF n’accordent pas de droits égaux aux travailleurSEs sans papiers (racket des cotisations chômage…) et se font les relais des politiques xénophobes (lampes UV de contrôle des papiers d’identité, dénonciations d’absence de titre de séjour à la préfecture…).

Nous sommes conscientEs que les salariéEs de pôle emploi et de la CAF sont soumisES à une politique du chiffre et de contrôle accru, à un manque de ressources (absence d’embauche et de titularisation…), à la répression syndicale etc. NOUS N’ACCEPTONS PAS la dégradation du service public qui devient un outil de contrôle social nuisible aux salariéEs et aux usagerEs au profit de prestataires et d’opérateurs privés dans le cas de pôle emploi (Ingéus ou encore Cible-emploi).

Pour toutes ces raisons, nous avons décidé de rompre l’isolement et de nous organiser collectivement. Plutôt que de subir individuellement, nous voulons créer un espace d’information, de solidarité et de rencontre. Avec ou sans emploi, avec ou sans papier, usagerE ou salarieE de pôle emploi et de la CAF, notre collectif est ouvert à toutes les personnes qui veulent se battre contre la précarité.

[…] Nous encourageons la tenue d’assemblées générales dans le cadre des occupations des pôles emploi (et CAF), qui démarrent le mardi 17 janvier, dans plusieurs villes en France. Appel soutenu nationalement et/ou relayé localement par Agir ensemble contre le Chômage, CGT Chômeurs rebelles, SUD Emploi, MNCP, CGT Pôle Emploi, Les désobéissants, Anonymous, Les Indignés, des collectifs de chômeurs et précaires (MCPL de Rennes…), la C.R.I.S.E de Nancy, Les  Cafards, CNT, FO interim, APEIS… Nous sommes solidaires des associations et collectifs déjà existants (CIP-IDF, MCPL de Rennes, Assemblée de Marseille contre la précarisation, Collectif des droits nouveaux, Réseau Stop la précarité…) et souhaitons une unité sur des bases communes, entre syndicats, assos, collectifs… dans la perspective d’une riposte collective.  Qu’ils arrêtent leurs salades et balancent l’oseille… ! Leur crise n’est pas la nôtre !  Leur système qu’ils nous imposent n’est pas le nôtre !

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[Notre-Dame-des-Landes] Du 5 au 10 mars : rencontres à la ZAD

Du 5 au 10 mars :
À Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique)
Sur le terrain du projet de l’aéroport

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Substantifique moëlle : occuper l’espace, partager la terre et transformer la ville. Semaine de rencontres inter-luttes, inter-squats autour de l’espace, pour densifier l’archipel des différents lieux autogérés, faire converger les individus et les groupes, articuler les luttes et les espaces de liberté avec au programme des journées : discussions, ateliers et plus si offensivité. Pour le moment les thématiques sont :

• Urbanisation et villes invivables ;

• Luttes rurales et propriété collective ;

• Expulsions, répression, faire face à l’État ;

• Circuler dans un espace segmenté et contrôlé/migration et nomadisme.

Tout atelier, apport de matériel ou idées complètement géniales sont les bienvenues !

L’accueil se fera dans divers lieux habités de la ZAD et à partir du 4 mars aux Planchettes.

ZAD.

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[Australie] La première ministre dégagée par des manifestants aborigènes

Australie : la première ministre prise à partie

Julia Gillard a dû fuir une foule composée de manifestants pro-aborigènes en colère contre une déclaration du chef de l’opposition sur leur combat.

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Grosse frayeur pour la première ministre australienne Julia Gillard. La chef d’État a dû quitter précipitamment une cérémonie dans le cadre de la fête nationale australienne et rejoindre de toute urgence sa voiture. Escortée par une cinquantaine de policiers, Julia Gillard a rejoint son véhicule accrochée à son garde du corps, tandis qu’un autre membre des services de sécurité protégeait la première ministre d’éventuels projectiles avec un bouclier. Dans la cohue, la chef d’État a perdu une de ses chaussures.

Alors que Julia Gillard et le chef de l’opposition Tony Abbott procédaient à une cérémonie de remise de prix à l’ancien Parlement de Canberra, les deux personnalités politiques ont été prises à partie par une foule de 200 manifestants pro-aborigènes. Les deux personnalités politiques se sont alors retranchées dans un restaurant attenant. Visiblement remontés, les manifestants ont hurlé « honte à vous » et « racistes », tout en frappant contre les vitres de l’établissement. Après vingt minutes de tumulte, et l’arrivée d’une dizaine de policiers supplémentaires, Julia Gillard et Tony Abbott ont décidé de quitter le restaurant sous bonne escorte.

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« Provocation » vis-à-vis des aborigènes

La foule s’était réunie près de « l’ambassade aborigène », un ensemble de tentes regroupant des activistes luttant pour les droits de cette minorité. Non-reconnue officiellement par le gouvernement, cette « ambassade » fête actuellement ses 40 ans. Alors que l’ambiance était déjà tendue — les aborigènes et les activistes les soutenant considérent la fête nationale comme le « Jour de l’Invasion » —, les manifestants estiment que Tony Abbott a mis de l’huile sur le feu. Le chef de l’opposition avait expliqué plus tôt dans la journée qu’il comprenait pourquoi cette ambassade avait été construite, mais qu’il estimait qu’il était temps que les activistes « passent à autre chose ».

Les manifestants demandent à Tony Abbott de clarifier sa position, et de dire s’il souhaite oui ou non la fin de l’ambassade. « Ici, nous avons 1000 personnes qui manifestent de manière pacifique. Alors faire une déclaration comme quoi l’ambassade doit disparaître, c’est de la folie », a expliqué le fondateur de ladite ambassade, Michael Anderson, pour justifier la violence des manifestants.

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Leur presse (LeFigaro.fr), 26 janvier 2012.

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[Montpellier] Expulsion du Très très grand cœur

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Salut,

Les flics sont venus nous expulser ce matin vers 6h, avec renforts du GIGN, de la bac et autres bouseux.

16 personnes se retrouvent à la rue en plein hiver. Les activités du squat sont suspendues jusqu’à ce qu’on ait un nouveau lieu.

Une personne a été interpellée lors d’un rassemblement sur la place du quartier, toujours en garde à vue.

Plus d’infos à venir…

Mailing, 26 janvier 2012.

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[Racisme d’État] Air France travaille

Air France expulse… sans résistance

Nicanor Haon, coordinateur du projet Boats 4 People, témoigne de l’expulsion à laquelle il a assisté le mercredi 18 janvier, dans un vol Paris-Tunis, et de son impuissance à l’empêcher.

Mercredi 18 janvier, 7h05. J’embarque sur le vol Air France 2184 pour Tunis, au terminal 2F de l’aéroport Charles-De-Gaulle. Quatre personnes de la police aux frontières, accompagnées d’un agent d’une autre direction de la police nationale, gardent la porte de l’avion. L’un d’eux nous filme avec une camera fixée à son épaule.

Je prends place au fond de l’avion. Sur la dernière rangée, deux policiers en civil à forte carrure serrent un jeune homme d’une vingtaine d’années. Au milieu de l’allée, un homme en uniforme de l’équipage Air France croise les bras, immobile face au jeune qui tente de se débattre et crie : « Je m’en fous je resterai pas ici, j’ai avalé deux lames de rasoir, je m’en fous je vais crever je sortirai pas vivant de cet avion !! » Les policiers se resserrent contre lui quelques secondes puis le jeune se remet à crier : « J’ai avalé deux lames monsieur !! »

Quelques passagers se retournent un instant puis retournent à leur téléphone portable ou leur journal. Nous sommes en milieu de semaine, l’avion est rempli au tiers, dont la majorité des passagers à l’avant. Le choix de ce vol par la police n’est sûrement pas un hasard.

Ce jeune n’a sûrement rien fait d’autre que de se trouver en France sans papiers, et j’essaye d’attirer l’attention des personnes assises autour de moi sur cette situation, et sur le fait qu’il semble avoir tenté de mettre fin à ses jours. À ce moment-là, quelqu’un commence à dire assez fort : « Les expulsions c’est tout à fait normal monsieur, il y a des règles, si les gens sont illégaux et bien on les renvoie, sinon c’est l’anarchie !!! Ici c’est une démocratie je vous signale ! » Je me demande quelle conception de la démocratie peut avoir quelqu’un qui justifie l’enfermement et le déplacement forcé de personnes pour faute administrative ainsi que l’indifférence face à des situations d’une telle violence.

Je me lève et commence à aller parler aux gens un peu plus loin. Plusieurs me répondent qu’il y a maintenant des renvois sur presque tous les vols et que la situation est devenue banale. Je me dirige alors vers l’avant de l’appareil, et annonce à tout le monde que je vais aller parler au commandant de bord, car l’avion est en train de transporter quelqu’un qui est expulsé vers la Tunisie, entravé par des policiers français, et qui ne cesse de crier. Certains me regardent d’un air blasé, l’un se lève presque, mais pour me dire « vous savez, on n’y peut rien de toute façon… » Au fond de l’avion, on entend le jeune qui continue de crier…

Le commandant accepte de me voir et m’attire dans un coin pour me dire qu’il ne fera rien tant que la sécurité des personnes n’est pas menacée. Je lui demande, un peu hors de moi, s’il n’y a « pas assez de bordel ». Il me répond agacé : « oui ». Je retourne donc dans la cabine et ne trouve d’autre chose à faire que de me joindre aux cris du jeune, entrecoupés par les policiers qui tentent de le faire taire. Mon téléphone n’a ni crédit ni batterie, je ne peux appeler personne. Mes nerfs commencent à lâcher mais je continue de crier, au milieu de l’allée, qu’Air France est responsable de cette situation scandaleuse et inhumaine. L’équipage, qui garde le sourire depuis le début, me dit qu’il faut me calmer, qu’il n’y a aucun problème et que si je suis choqué, ils acceptent de me changer de siège pour me mettre à l’avant de l’avion. Je l’ignore, mais le personnel est simplement en train de répondre à l’argumentaire selon lequel la compagnie ne respecte pas, en termes de confort, son contrat avec le client qui a payé pour voyager dans un avion de passagers et non un fourgon cellulaire volant [À ce propos, lire la première partie du guide du Réseau Éducation Sans Frontières, notamment la page 31]. Dépassé par plusieurs échanges au cours desquels on me répond avec le même type d’argument commercial, je finis, hors de moi, par aller prendre mes bagages en disant que je refuse voyager avec une compagnie qui expulse des personnes. On me fait descendre de l’avion, et on m’indique la sortie de la zone internationale. J’ai un fort sentiment d’impuissance.

En sortant de la zone internationale, je me rappelle avec stupeur qu’en quittant l’avion, j’ai oublié mon sac à dos sous mon siège. Je croise par hasard, au même instant, l’hôtesse qui a enregistré mes bagages de soute, à qui j’explique, épuisé, mon oubli. Elle appelle dans la précipitation la porte d’embarquement pour signaler à l’avion de revenir car, dit-elle, c’est une question de sécurité et l’avion est obligé de retourner au terminal pour débarquer le sac. Or, l’avion est sur la piste et allait décoller. C’est la panique, les deux employées sur place courent de la porte au comptoir, passent des coups de téléphone. L’une m’explique avec calme mais fermeté que cette opération est en train de coûter plusieurs milliers d’euros à la compagnie. J’imagine une situation dans laquelle une telle perte financière se produirait à chaque fois qu’un avion sert pour une expulsion. Cela en sus d’une petite heure de retard.

Il est huit heures et quart, l’avion finit par revenir à une autre porte, l’hôtesse m’accompagne jusqu’à l’appareil en me mettant en garde contre la colère du commandant de bord. Je le vois d’ailleurs sortir du cockpit et se diriger vers la porte d’un air furieux, mais devant lui un autre membre de l’équipage me rend mon sac et la porte est aussitôt refermée par le personnel technique. L’hôtesse me dirige une nouvelle fois vers la sortie. Lorsque je lui signale que l’on ne connaît rien du sort des étrangers renvoyés en Tunisie, elle me répond: « Oui, je sais, nous renvoyons aussi des personnes dans des pays où ils risquent la peine de mort », tout en gardant le même visage stoïque.

Phénomène étrange, je dois repasser le contrôle des passeports comme si j’arrivais en France. Au niveau des guichets, une dizaines d’hommes dorment à même le sol, en marge des files d’attente et près de la porte d’un bureau de police. Des personnes sûrement en procédure pour être conduites en zone d’attente [La zone d’attente est un lieu d’enfermement où sont conduites les personnes à qui l’entrée en France est refusée. Pour plus d’informations voir le site de l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers.]. Je reprends doucement mon souffle et commence à me dire que, hormis une heure de retard et quelques milliers d’euros, je n’aurais pas eu grand impact sur le départ de ce vol d’expulsion. Le jeune au fond de l’avion sera remis aux autorités tunisiennes. Comme combien d’autres et dans quelles conditions ? Impossible de le savoir.

À ce jour, le gouvernement tunisien ne donne aucune information concernant les personnes expulsées vers son territoire depuis la France ou d’autres pays. Cela, qu’il s’agisse de Tunisiens ou de personnes d’autres nationalités. De plus, aucune organisation de la société tunisienne n’a accès aux lieux d’enfermement des étrangers ni aux données les concernant.

De mon côté, il semble que j’ai eu de la chance de ne pas être mis en garde à vue. Le délit d’« entrave à la circulation d’un aéronef », pour lequel ont été poursuives de nombreuses personnes qui se sont montrées solidaires de personnes expulsées, prévoit un emprisonnement de cinq ans et une amende de 18’000 euros. Il semble qu’Air France ait gardé dans mon dossier de réservation un résumé des raisons pour lesquelles j’ai demandé à être débarqué de ce vol. Par ailleurs, le fait que la police aux frontières filme l’ensemble des passagers à l’entrée des avions qui transportent des expulsés n’annonce rien de rassurant.

Leur presse (Les invités de Mediapart), 25 janvier 2012.

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[Sichuan] Le savoir-faire chinois

Répression de Tibétains en Chine : communications et déplacements entravés au Sichuan

Le téléphone, l’internet et la circulation routière étaient perturbés jeudi dans une vaste région tibétaine du Sichuan d’où filtraient cependant des détails sur la répression violente des manifestations du début de semaine par la police chinoise.

La préfecture de Ganzi, qui borde le Tibet et où vivent de nombreux Tibétains, a connu lundi et mardi des manifestations dont la répression a fait deux morts, selon Pékin, entre trois et une dizaine, selon les groupes d’exilés — les troubles les plus graves depuis les émeutes antichinoises de 2008.

La sécurité avait déjà été renforcée dans la préfecture de Ganzi, comme celle, voisine, d’Aba, après une quinzaine d’immolations par le feu (ou de tentatives) de moines et nonnes tibétains depuis moins d’un an.

Mais jeudi, la vaste préfecture de Ganzi fonctionnait au ralenti: les liaisons téléphoniques étaient très perturbées, l’internet ne marchait plus et les déplacements étaient restreints par des membres des forces de sécurité déployés massivement.

Des dizaines de véhicules de police — 4×4 et autocars — empruntaient la route enneigée de montagne vers Luhuo et Seda, théâtre des manifestations de lundi et mardi, depuis la capitale provinciale de Chengdu, ont constaté des journalistes de l’AFP.

« Ils étaient descendus à Chengdu fêter le nouvel an (lunaire), et ils doivent rentrer avant la fin des congés en raison des troubles », explique Zhou Ming, un chauffeur qui emprunte souvent l’itinéraire.

Il s’étonne de ne pouvoir joindre aucun de ses amis là-bas. « Les appels n’aboutissent pas » dit-il, supposant que « le gouvernement a coupé les communications ».

L’AFP n’a pas pu non plus joindre les moines du monastère de Drakgo, à côté de Luhuo.

Les appels passés à 19 hôtels, restaurants, librairies, sociétés ou boutiques de Luhuo donnaient tous une tonalité « occupé », laissant penser que les liaisons avaient été coupées.

À Seda, les téléphones de 15 hôtels et restaurants sonnaient également tous « occupé ».

Des associations de défense des Tibétains ont indiqué que ceux-ci ne pouvaient pas se déplacer librement à Seda, certaines ajoutant que la zone était coupée du monde, d’autres faisant état de l’arrivée d’au moins 40 camions militaires.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, au bout d’un tunnel menant à Luding, à 300 km de Luhuo, les policiers avaient monté un barrage filtrant.

« Vous ne pouvez pas aller plus loin en raison de la neige et devez faire demi-tour pour votre propre sécurité », a assuré un des agents au chauffeur des journalistes de l’AFP.

Les forces de l’ordre étaient omniprésentes jeudi jusqu’à Chengdu, à 600 km tout de même de Luhuo, où, dans le quartier tibétain, des véhicules de police étaient visibles tous les 50 mètres.

Les journalistes de l’AFP ont très rapidement été entourés par une dizaine de policiers en uniforme et en civil. « Il est interdit de prendre des photos et d’interroger les gens », a déclaré un officier après avoir scrupuleusement noté les identités des deux reporters.

Malgré ces difficultés, l’organisation International Campaign for Tibet (ICT), dont le siège est aux États-Unis, a pu obtenir auprès de Tibétains des détails sur la manifestation mardi à Seda contredisant la version officielle.

À Seda, selon l’agence Chine nouvelle, un émeutier a été tué par la police après l’attaque d’une foule violente équipée de couteaux, bonbonnes de gaz et fusils.

Mais d’après les témoignages recueillis par ICT, des centaines de Tibétains se sont réunis dans le calme sur la place du centre-ville, puis la police a fait usage de gaz lacrymogènes avant de se mettre à tirer dans la foule.

« Des Tibétains couraient partout pour se cacher. Certains ne pouvaient pas s’enfuir parce qu’ils avaient été grièvement blessés », a dit un témoin.

D’autres ont affirmé que « la place était couverte de sang » après les coups de feu.

La veille une manifestation de Tibétains avait aussi été violemment réprimée non loin, à Luhuo, où Pékin a admis la mort d’un Tibétain, chiffre porté à au moins deux par les associations protibétaines.

Leur presse (Agence Faut Payer), 26 janvier 2012.

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[Inculpé-e-s de Labège] Une libération c’est bien ! Maintenant on attend les autres

Après deux mois de détention une des quatre personnes écrouées dans l’affaire de Labège a été libérée vendredi. Cette libération, inattendue, prouve encore la vacuité des charges qui pèsent sur les personnes mise en cause dans cette affaire.

« Affaire » qui consiste en une action de protestation ayant visé la direction départementale de la protection judiciaire de la jeunesse à Labège, cette institution qui sert de justification éducative à l’enfermement des mineurs dès l’âge de 13 ans. Depuis l’ouverture de sept de ces établissements en 2007, suicides, mutineries, automutilations n’ont cessé de rappeler qu’il s’agit avant tout d’une prison avec son cortège de vexations. En mai 2011 l’établissement pénitentiaire pour mineur de Lavaur avait été agité par une émeute promptement matée par une équipe régionale d’intervention et de sécurité.

Le 15 novembre 2011, armes au poing et cagoulés, une centaine de pandores avaient fait irruption dans sept domiciles à Toulouse et ce de manière simultanée. C’était l’aboutissement de quatre mois d’enquête où tous les moyens techniques avaient été mis en œuvre pour identifier les coupables. Très vite il devient évident que le dossier est plus que vide, l’essentiel tenant à une présomption de culpabilité. Les mis en cause sont contre l’enfermement des mineurs, voire même ils et elles chercheraient à faire en sorte que ce monde change de bases.

La machine répressive est bien rodée, elle fonctionne au quotidien sur diverses cibles qui toutes ont en commun d’appartenir au prolétariat. La surpopulation carcérale, que la construction régulière de nouvelles places ne résout (et ne résoudra) jamais, et les récents meurtres policiers sont là pour le démontrer. Cette incarcération est un épisode de plus dans cette logique. La dégradation programmée des conditions sociales d’exploitation de notre force de travail ne va pas arranger nos affaires. La solidarité qui s’est déployée depuis deux mois tant financière que politique, a permis dans un premier temps que la détention soit plus vivable et nous rend plus fortEs. Elle n’est sans doute pas pour rien dans cette première libération et elle doit perdurer jusqu’à la libération des trois autres et l’arrêt total des poursuites. Des procès sont à venir, en mai pour refus d’ADN et à une date indéterminé sur le fond. Ce sont six personnes qui se trouvent mises en cause dans le cadre d’une instruction, qui n’étant toujours pas close, pourrait impliquer d’autres personnes. La machine répressive n’est pas une fatalité, nous pouvons l’enrayer aussi souvent qu’elle nous attaque.

Leurs matraques ne nous ont toujours pas fait taire…
Ni marcher d’un seul pas et ce n’est pas prêt d’arriver, con.

Liberté pour les inculpé-e-s de Labège (Contact), 26 janvier 2012.

CAJ c/o Canal Sud 40 rue Alfred Duméril 31400 Toulouse
chèque à l’ordre de Maria

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[Rennes] Du 1er au 11 février : Retour de la Maison de la Grève

Lors du dernier mouvement contre la réforme des retraites, à l’automne 2010, nous avons réquisitionné les anciens locaux de la CFDT pour y installer la Maison de la Grève. Ça allait de soi : se doter d’un lieu pour s’organiser de manière déterminée par-delà les corporatismes et identités sociales (étudiants, travailleurs, chômeurs, travaillant dans le public ou le privé…). Un lieu pour partager nos analyses de la situation et coordonner nos actions, faire une caisse de grève pour s’entraider financièrement, organiser des cantines de grévistes alimentées en partie par des paysans nous soutenant, se retrouver dans des fêtes. Et imaginer comment faire durer la grève.

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Au bout d’un mois et demi, la mairie de Rennes nous a expulsés, comme d’autres socialistes et toutes sortes de dirigeants organisent l’austérité ailleurs en Europe, et répriment ceux qui ne veulent pas plier. Après cette expérience, retrouver un lieu, cette fois pérenne, était une évidence. Pour construire, au fil des temps, une force locale déterminée à vivre autre chose que le capitalisme. Nous avons fini par nous installer dans les locaux d’une association au 37 rue Legraverend.

La Maison de la Grève est un lieu politique mais pas celui de professionnels de la politique. Ici, vous ne trouverez pas la clef pour sortir de l’impasse. La Maison de la Grève n’est qu’une ébauche, un commencement ici et maintenant d’autres possibilités. Avec son lot de difficultés et de joies.

Il est impossible de dire ce que la Maison de la Grève recouvre exactement et ceci pour une bonne raison : elle est plus que la somme des activités qui s’y passent, des événements qu’elle provoque ou auxquels elle prend part. Elle a la prétention de réussir à être en même temps plusieurs réalités, positions politiques, initiatives parfois même contradictoires sans se perdre dans l’éparpillement des luttes et le cloisonnement dans les manières de s’organiser.

Nous ne voulons plus laisser notre quotidien au hasard de ce monde. Nous voulons nous en ressaisir collectivement, partager et étendre des pratiques offensives.  S’organiser contre le réaménagement de nos espaces, soutenir les grèves, imaginer des actions en dehors des mouvements sociaux, tout en se liant avec des initiatives d’ailleurs. Être un lieu d’où partir et où revenir, un lieu pour se projeter collectivement. Un lieu pour une mise en échec pratique et politique du pouvoir.

À la Maison de la Grève, vous trouverez une cantine, une université populaire, un atelier informatique, un magasin gratuit, une imprimerie (photocopieurs, sérigraphie), pour apprendre, manger, échanger, avancer. Vous pourrez aussi vous y rendre sans raison, pour prendre un café, trainer avec un ami, trouver un livre.  Parce que la constitution d’une force tient autant dans sa capacité matérielle, à ses savoirs-faires, qu’à sa façon d’être et de marcher ensemble.

Ces dix jours ne sont qu’un debut !  Vous êtes les bienvenus !

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[Italie] Rafle des No-TAV

No-Tav : 32 arrestations ce matin

Opération répressive de la police italienne en raison, officiellement, de la bataille du 3 juillet à la Maddalena. Les opposants au train haut vitesse ont vu débarquer la police en force ce matin à l’aube dans des différentes villes d’Italie, d’après la presse bourgeoise une arrestation aurait aussi eu lieu en France.

Pas mal d’arrestations parmi les membres des comités populaires de la vallée et de Askatasuna. La police a aussi fait des descentes dans trois centri sociali de la botte.

Mise à jour dès que l’on a davantage d’informations…

Le Réveil, 26 janvier 2012.


TGV Lyon-Turin. Une quarantaine d’arrestations après les heurts du 3 juillet

Une quarantaine de personnes ont été arrêtées ce matin, dont 26 ont été incarcérées, à la suite d’une enquête de la justice italienne sur les violents heurts qui se sont produits le 3 juillet dernier sur le chantier du tunnel du TGV Lyon-Turin dans le Val de Suse, au nord de l’Italie. Une ligne qui ramènerait le trajet Paris-Milan à 4 heures. Une ligne que dénoncent avec force les habitants du Val de Suse. Début des travaux de percement du tunnel en 2013.

Plus de 200 policiers ont participé à cette opération qui s’est déroulée dans une quinzaine de provinces italiennes, du nord au sud du pays, visant des milieux d’extrême-gauche opposés à la construction de cette ligne à grande vitesse entre l’Italie et la France.

Vingt-six personnes ont été arrêtées et seize autres assignées à résidence pour résistance à un officier public, violences, lésions et dommages, selon le Corriere della Sera.

Ce jour-là, le 3 juillet, des échauffourées, très dures, s’étaient déroulées pendant deux heures. Cocktails Molotov, pierres, bouteilles remplies d’ammoniaque avaient été lancées sur les forces de l’ordre qui répliquaient avec des grenades lacrymogènes, parfois tirées à hauteur d’homme. Le bilan avait été à la hauteur des heurts : Au moins 188 policiers et carabiniers et une quinzaine de manifestants avaient été blessés. Avant que les manifestants les plus déterminés ne se dispersent…

Leur presse (LeTelegramme.com), 26 janvier 2012.


No TAV: Blitz all’alba contro l’ala antagonista
Ventisei arresti, tra loro l’ex Br Ferrari

La polizia ha avviato l’operazione nei confronti dei duri del movimento. Le manette sono scattate a Torino, in Valsusa, a Milano e in altre zona d’Italia. In carcere uno dei leader di Askatasuna, perquisiti altri tre centri sociali. Manifestazione a Villarfioccardo sotto casa del consigliere comunale finito in cella.

La polizia ha avviato all’alba un’imponente operazione contro l’ala antagonista del movimento No Tav preparata a lungo. Sono 26 gli arresti (uno dei quali ai domiciliari), tra loro anche l’ex brigatista Paolo Maurizio Ferrari, e undici le persone appartenenti al mondo antagonista e anarchico denunciate in relazione agli incidenti avvenuti lo scorso 3 luglio a  Chiomonte, in Val Susa, contro la linea ferroviaria Tav Torino-Lione. Negli scontri rimasero feriti duecento agenti delle forze dell’ordine che presidiavano il cantiere.

Le manette, nell’aria da giorni, sono scattate non solo a Torino e in Val Susa ma anche Asti, Milano, Trento, Palermo, Roma, Padova, Genova, Pistoia, Cremona, Macerata, Biella, Bergamo, Parma e Modena. Un arresto è stato fatto in Francia. Sono stati notificate anche 15 misure di obbligo di dimora e una misura di divieto di dimora nella provincia di Torino. Sono stati anchye perquisiti tre centri sociali: El Paso a Torino in via Passo Buole, il Metzcal a Collegno e il Barocchio di Grugliasco.

Già ieri sera un gruppo di anarchici aveva manifestato davanti al carcere torinese delle Vallette contro il blitz annunciato. Le accuse vanno da violenza e resistenza a pubblico ufficiale a lesioni e danneggiamenti in concorso e aggravati. Tra i primi arrestati ad essere accompagnati in questura c’è, Giorgio Rossetto uno dei leader del centro sociale torinese Askatasuna, e Guido Fissore, consigliere comunale di Villarfioccardo.

Le ordinanze sono state emesse dal Gip di Torino, Federica Bompieri, su richiesta del procuratore aggiunto Andrea Beconi, nell’ambito di un’inchiesta condotta dalla questura del capoluogo piemontese. Il maggior numero di provvedimenti riguarda persone residenti in Piemonte.

Attivisti del movimento No Tav hanno deciso di radunarsi a Villar Focchiardo (Torino), dove abita Guido Fissore, consigliere comunale che è stato condotto in Questura, a Torino, nell’ambito dell’operazione in corso in tutta Italia. Lo annunciano gli stessi attivisti attraverso siti e social network.

Gli avvocati del ‘legal-team’ del movimento No Tav — riferiscono gli stessi attivisti — sono già al lavoro per assistere alcuni degli arrestati

Leur presse (Meo Ponte, La Repubblica), 26 janvier 2012.

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[« Antiterrorisme »] La DCRI livre toujours à l’Algérie des islamistes à torturer

Mourad Dhina ne doit pas être extradé vers l’Algérie

Mourad Dhina, membre fondateur du mouvement politique Rachad (créé en 2007) et directeur exécutif de l’organisation de défense des droits de l’homme dans les pays arabes Al-Karama, a été arrêté par la police française à l’aéroport d’Orly le 16 janvier 2012, alors qu’il devait prendre un vol à destination de Genève, où il réside depuis 1994. Il est plus que probable que cette arrestation fait suite à une demande des autorités algériennes, alarmées par les regains d’activité du mouvement Rachad en France. Le 11 janvier 2012, à l’occasion du vingtième anniversaire du putsch militaire en Algérie, un rassemblement a été organisé à son initiative devant l’ambassade algérienne.

Mourad Dhina a été présenté le 17 janvier devant le procureur général de la Cour d’appel de Paris, qui a décidé sa mise en détention aux fins d’extradition. Il a été interpellé pour répondre à un mandat d’arrêt international délivré contre lui en septembre 2003 par le tribunal de Sidi M’hamed à Alger. Il serait accusé d’appartenir à un « groupe terroriste » ayant activé à l’étranger durant les années 1997-1999, en l’occurrence en Suisse. Les autorités de ce pays, qui avaient pourtant été régulièrement saisies par le gouvernement algérien, n’ont jamais poursuivi Mourad Dhina, pour la simple raison que les faits dont il est accusé sont dénués de tout fondement.

Docteur en physique nucléaire, diplômé du MIT, il travaillait au CERN à Genève depuis 1987 tout en enseignant à l’École polytechnique de Zürich. Il résidait alors en France. En réaction au coup d’État militaire du 11 janvier 1992 et la dissolution du Front islamique du salut (FIS) en mars de la même année, M. Dhina a rejoint ce parti et militait en son sein, notamment pour protester contre son interdiction. En août 1994, lors de la rafle de militants du FIS orchestrée en France par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua, sur injonction du DRS algérien, près d’une centaine d’entre eux ont été arrêtés et ont subi un traitement des plus humiliants (dix-neuf d’entre eux ont notamment été déportés illégalement vers le Burkina Faso). M. Dhina, qui n’a pu être arrêté à cette occasion, s’est alors installé en Suisse, où il a continué ses activités professionnelles et politiques.

Fin 1994, un journal suisse publie son nom sur une liste de deux cents personnes soupçonnées d’implication dans un trafic d’armes au profit des groupes armés en Algérie. La justice suisse n’a jamais pu établir l’origine de cette liste, mais un inspecteur de la police de Genève qui l’avait transmise aux services algériens a été jugé et condamné pour espionnage par le Tribunal fédéral. Mourad Dhina, qui s’était porté partie civile au procès, a néanmoins du quitter le CERN. En 1995, Smaïl Lamari, le numéro deux du DRS, s’est déplacé personnellement vers la Suisse pour demander son extradition.

Continuant de militer publiquement, Mourad Dhina devient responsable du bureau exécutif du FIS à l’étranger en 2002 et coorganise son congrès à l’extérieur la même année. C’est à la suite de cette rencontre que le chef du gouvernement algérien de l’époque s’est rendu en Suisse pour demander son extradition. En octobre 2004, il se retire du FIS pour co-créer trois ans plus tard Rachad, un mouvement qui regroupe des militants de tendances diverses.

Il est évident que le harcèlement dont fait l’objet M. Dhina est en relation avec ses activités politiques. Il a toujours dénoncé fermement le rôle joué par le DRS et ses relais dans la « sale guerre » contre le peuple algérien depuis 1992, avec ses massacres et exécutions sommaires ayant fait 150’000 morts, et les disparitions forcées de 20’000 personnes ; il a refusé les mesures de « concorde civile » (en 1999) et de « réconciliation nationale » (en 2005) promues par le pouvoir pour blanchir les responsables des crimes commis pendant les années 1990. C’est cet engagement pour la vérité et la justice, qui ne tolère aucune compromission, qui lui vaut d’être considéré comme l’un des opposants à écarter.

Il est paradoxal que le gouvernement français se fasse l’exécutant zélé de cette volonté du régime algérien, à l’heure où son ministre des Affaires étrangères, M. Alain Juppé, après les « printemps arabes », ne cesse d’affirmer la nécessité pour la France d’établir de nouveaux rapports avec les islamistes respectueux des principes démocratiques, comme c’est le cas de M. Dhina (« Je souhaite, déclarait ainsi M. Juppé en avril 2011, que [le] dialogue s’ouvre sans complexe aux courants islamiques, dès lors que […] les règles du jeu démocratique [et] le refus de toute violence sont respectés de part et d’autre »). Mais dans le cas de l’Algérie, c’est hélas la continuité des anciennes pratiques qui semble prévaloir : ce n’est pas le Quai d’Orsay qui dicte la politique française vis-à-vis de ce régime, mais bien les services de police, en l’occurrence la DCRI, dont on sait les liens historiques avec la police politique algérienne, le DRS.

Algeria-Watch proteste vivement contre cette arrestation arbitraire qui obéit à une injonction du DRS et rappelle qu’au moment où le général Khaled Nezzar, l’un des responsables du putsch en janvier 1992 et de la « sale guerre », est poursuivi en Suisse, en France, un militant politique qui n’a jamais recouru à la violence est menacé d’être extradé vers un pays régulièrement condamné pour ses graves violations des droits de l’homme.

Communiqué de Algeria-Watch, 22 janvier 2012.

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[« Antiterrorisme »] Déjà vingt-sept mois ferme pour délit d’opinion

Adlène Hicheur, terroriste islamiste ou prisonnier politique ?

Chercheur franco-algérien, Adlène Hicheur vient de fêter ses 35 ans à la prison de Fresnes, où il est détenu depuis octobre 2009. Son procès pour « association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » est prévu fin mars, après une instruction dénoncée pour sa partialité. Au cœur du débat, la législation antiterroriste.

Une scolarité sans faute en France

« Mon client a passé 27 mois derrière les barreaux », s’emporte son avocat, Me Patrick Baudouin. « On l’accuse de faits graves sans rien trouver qui justifie son maintien en détention ! » Comment Adlène Hicheur, jeune physicien et brillant chercheur au Cern (Centre européen pour la recherche nucléaire) à Genève a-t-il été emporté dans cette bourrasque judiciaire qui lui vaut de passer en correctionnelle ? Une question à laquelle son entourage dit ne trouver aucune réponse.

À 1 an à peine, il débarque d’Algérie avec ses parents et ses cinq frères et sœurs. Un parcours scolaire sans faute, puis Adlène obtient sa thèse au laboratoire de physique des particules d’Annecy-le-Vieux.

Après trois ans en Angleterre, il enseigne à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, tout en poursuivant ses recherches au Cern. Décrit comme solitaire et religieux, c’est d’abord, selon son frère Halim, « un intellectuel non sectaire qui se cultive énormément ».

Le 9 octobre 2009, Adlène est en partance pour Sétif, sa ville natale, pour y acheter un terrain, quand il est cueilli au domicile de ses parents à Vienne, dans l’Isère, par la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur).

Depuis un an, les enquêteurs l’ont repéré sur des forums islamistes derrière le pseudo d’Abou Doujana. D’après les auteurs de L’Espion du Président (Robert Laffont, 2012), un livre sur le patron de la DCRI, Bernard Squarcini, le fait que le père de Hicheur soit fiché dans la base Cristina a aussi joué dans les soupçons pesant sur le physicien.

Autre élément contre lui : Hamadi Aziri, entendu un an plus tôt dans une affaire de filières djihadistes franco-belges — il écopera de trois ans de prison — le charge. Selon le réquisitoire du parquet, Aziri met en cause la propagande pro-djihadiste postée par Adlène sur le site Ribaat.net et assure qu’il aurait « recruté » un certain Phenixshadow.

« Cher frère, on ne va pas tourner autour du pot »

Accusations difficiles à vérifier, que l’intéressé nie en bloc. Phenixshadow est épié par la DCRI depuis qu’un communiqué d’Aqmi (Al Qaeda au Maghreb islamique) a été posté sur le site de la présidence française en janvier 2008.

Sous ce pseudo se cacherait Mustapha Debchi, activiste islamiste qui sera arrêté par l’Algérie en février 2011 et qui, en 2009, multiplie les échanges avec Adlène Hicheur, contraint au repos forcé par une hernie discale.

Selon les messages reproduits dans l’acte d’accusation, Phenixshadow déclare entre autres à Hicheur « vouloir exécuter des opérations en France […] ; je te proposerais qu’on soit tous les deux en tête de la liste ».

Il le presse quelques mois plus tard : « Cher frère, on ne va pas tourner autour du pot : (es-tu) disposé à travailler dans une unité active en France ? » Adlène, lui, botte en touche, déclinant sa « vision concernant (sa) participation dans le djihad […] : faire ce qui peut durer même s’il s’agit de petits actes. »

Il mentionne pourtant « une opération de martyr », puis « des assassinats ciblés ». Et suggère un objectif précis : le 27e bataillon de chasseurs alpins d’Annecy, à Cran-Gevrier, qui « entraîne des forces et les envoie en Afghanistan ».

« Nous avons peut-être évité le pire »

Il n’ira pas plus loin que ces mots. Corsés, certes, mais seulement « basés sur du virtuel », s’insurge maître Baudouin. Halim Hicheur insiste sur le lieu et le moment de l’arrestation de son frère, alors que Brice Hortefeux, en visite à Lyon, « tentait de se racheter une virginité médiatique après ses propos sur les Auvergnats ».

De fait, campé à l’endroit même où a commencé, quelques heures plus tôt, la garde à vue, le ministre de l’Intérieur déclare : « Notre vigilance ne se relâche jamais. Le risque est permanent. Nous avons peut-être évité le pire. »

Au mépris de la présomption d’innocence, les informations sont distillées dans la presse. « La cible était choisie, il fallait intervenir », justifie au Monde Frédéric Péchenard, directeur général de la police nationale. En juin 2010, en pleine instruction, son subordonné de la DCRI, Bernard Squarcini, bavarde avec le Figaro de « l’affaire Adlène Hicheur, […] enrôlé par Aqmi, qui proposait comme cible le site du 27e bataillon des chasseurs alpins en Haute-Savoie ».

Aucun délit n’a pourtant été commis, insiste Me Baudouin : « Il n’y a jamais eu le moindre début de projet précis. Adlène a systématiquement refusé d’acheter du matériel informatique ou de transmettre ses coordonnées personnelles à son interlocuteur. »

Des enquêteurs aux méthodes musclées

En outre, peut-on encore parler « d’association de malfaiteurs » quand il n’y a plus qu’un seul accusé ? Trop d’irrégularités entachent le témoignage de Mustapha Debchi, recueilli par l’Algérie, et dont l’accusation aurait dû faire sa pierre angulaire.

L’avocat s’agace : « Rien ne prouve l’identité de la personne interrogée. Les questions sont absentes du document et l’audition est datée du 9 février alors que Debchi aurait été mis en examen quatre jours plus tard ! L’instruction a été menée systématiquement à charge. »

Il dénonce encore les aveux obtenus au terme de quatre jours de garde à vue et dix-neuf auditions menées par des enquêteurs aux méthodes musclées. Hicheur relate ainsi son transfert de Lyon à Paris sur l’autoroute toutes vitres ouvertes à l’arrière, malgré ses protestations.

Les magistrats, eux, rejettent les déclarations de l’accusé qui contredisent celles de la garde à vue. Ils s’accrochent au soupçon de financement des réseaux terroristes collé au prévenu depuis la découverte, lors de l’interpellation, de 13’200 euros en liquide dans sa valise.

Une somme destinée à l’achat du terrain et au règlement des travaux, plaide son frère, qui s’étonne de la mystérieuse disparition des devis, des plans et documents saisis qui pouvaient le disculper. La commission rogatoire menée en Algérie a tout de même confirmé la réalité des projets.

Errements de la législation antiterroriste française

L’affaire Hicheur, en tout cas, rouvre le débat sur les errements de la législation antiterroriste française, « porte ouverte à l’arbitraire », selon la FIDH, et dénoncée par Human Rights Watch.

« Ce procédé qui permet de surveiller la menace très en amont a enregistré des succès indéniables », avance Alain Chouet, ancien chef de la DGSE. « Mais il contient aussi des menaces pour les libertés publiques. Bien réelle, la menace terroriste islamiste a parfois été instrumentalisée, détournant de ses objectifs la lutte nécessaire contre cette forme de violence. »

Selon le rapport d’Europol, la France est aujourd’hui le pays de l’UE interpellant le plus grand nombre d’islamistes radicaux, quand l’essentiel des attentats commis ou déjoués en France sont le fait de mouvances séparatistes régionales.

L’affaire Hicheur rappelle celle de Djamel Beghal, enfermé depuis dix ans, dont neuf à l’isolement, pour des faits qu’il conteste, dans une affaire instruite par le juge Bruguière — mis en cause par ailleurs pour ses méthodes douteuses. Et sur la base d’erreurs de traduction et d’aveux qui auraient été obtenus sous la torture.

La législation antiterroriste s’est aussi illustrée dans le coup de Tarnac, qui a vu Julien Coupat et Yldune Levy mis en cause en 2008 sous le même chef d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste pour des faits qu’ils nient.

Eux aussi accusent la police antiterroriste d’avoir rédigé un procès-verbal mensonger pour les mettre en cause et d’avoir suborné des témoins.

Hicheur, lui, s’étiole en prison. Sa dernière demande de mise en liberté, refusée comme toutes les autres, date du 12 janvier. S’il sort un jour, même lavé des soupçons « chacun fuira ses responsabilités », craint Jean-Pierre Lees, président de son comité de soutien (qui comprend notamment le prix Nobel de physique Jack Steinberger). Un simple dommage collatéral.

Leur presse (Malika Maclouf, Rue89, 25 janvier 2012)

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[Révolution égyptienne] Le peuple veut la condamnation à mort de Tantawi

La révolution égyptienne continue

Les cortèges venant de tous les quartiers du Caire ont rempli la place Tahrir qui déborde de ses manifestants sur les rues et les placettes attenantes.

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Les quatre présidentiables, Hamdin Sabahi, Amr Moussa, Ayman Nour et Aboulfotouh en plus de M. Baradei étaient à la tête des cortèges et ont confirmé leur soutien aux revendications des manifestants déclarant qu’il ne s’agit pas d’une fête mais d’un renouveau de la révolution en vue de réaliser ses objectifs.

Au rang des revendications : la reconnaissance du droit à l’indemnisation des familles des martyrs et des blessés, la traduction en justice des responsables des massacres perpétrés contre les révolutionnaires, le départ du SCFA et la transmission du pouvoir au parlement pendant la période de transition, la purge de toutes les institutions et en particulier le ministère de l’intérieur, le rétablissement de la sécurité et la réalisation de la justice sociale.

Parmi les slogans brandis : « le peuple veut la condamnation à mort de Tantawi », on ne parle plus de jugement.

Dans les autres grandes villes aussi on manifeste : Alexandrie, Tanta, Ismailya, Luxor, Port Said.

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Le pont Kasr el Nil le 25 janvier

Les Frères musulmans qui voulaient que cet événement prenne une allure festive ont du faire profil bas, et selon El Badil, leur tribune s’est écroulée.

Forts de cette grande affluence qui dépasse selon certains témoins celle du 11 février 2010, jour de l’élimination de Moubarak par le SCFA, les manifestants ont pris la décision d’occuper la place jusqu’au retour des militaires à leurs casernes.

Cette nouvelle manifestation d’envergure, envoie un message clair au SCFA, les nouveaux maîtres de l’Égypte (les islamistes), le parlement dans son ensemble, le peuple égyptien reste vigilant et rien ne sera plus comme avant.

La révolution continue.

Galila El Kadi – 25 janvier 2012, 17h19.

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[Nos médias] Pas de sushi, l’État geiger n° 2, novembre 2011

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Carnaval des enfants sauvages Samedi 31 mars 2012 à Saint-Affrique

Du Carnaval de Saint-Affrique
À nos enfants sauvages,

Vous rappelez-vous Carnaval ? 15 ans au moins qu’il ne s’est pas arrêté sérieusement en notre ville. Son souvenir s’est tant estompé que parfois, on en vient à le confondre avec ces défilés de char publicitaires que certaines municipalités ont le mauvais goût de nommer du même nom. On nous a tant « civilisés ». On nous a habitués à venir observer derrière une ganivelle des spectacles, que d’autres, payés ou non pour cela, ont produit pour nous. Nous savons bien encore faire nos fêtes par nous-mêmes, mais chez soi, avec ses amis, « en privé ». Où sont-ils les turbulents cortèges des saturnales où tous les habitants envahissaient des jours durant les rues de leurs villes ? Loin, bien loin sans doute.

Et pourtant, nous pouvons aujourd’hui solennellement vous l’annoncer :
En cette année 2012 d’austérité et de sérieux électoral, Carnaval revient à Saint-Affrique.

Il revient pour le printemps nous porter son lot d’espièglerie, d’abondance, de délires, il revient avec son vin, ses masques, ses musiques et ses danses. Il revient comme instant du « tout est possible », où la farine se change en vin, où les petits montent sur le dos des gros, où l’on rit, raille, et déraille ensemble.
Il revient et il en appelle à cette part irréductible de nature, d’animalité et de folie en nous, il lui dit réveille-toi, noircis ton visage, porte peaux de bêtes et coiffes de fougères, deviens loup, ours ou dahut, marche sur une, quatre, cinq ou huit pattes. C’est le jour des fous, de l’impossible et de tous les possibles.
Il dit venez seuls ou en groupes avec vos voisins et vos enfants. Sortez des forêts de l’imaginaire, descendez en ville. Venez déambuler et emporter en musique le caramantran [Le caramantran, grande figure de papier mâché représentant tout ce que l’on a détesté dans l’année, sera par souci de transparence et de démocratie, désigné par les assesseurs assermentés du carnaval des enfants sauvages lors d’une élection publique et gratuite dans les rues de Saint-Affrique le 10 mars 2012] de l’année. Venez participer à son jugement en place publique. Venez danser  autour de son départ, venez rire, venez chanter le 31 mars à Saint-Affrique.

P.-S. : Si votre enfant sauvage vous démange avant le 31 mars, vous pouvez vous joindre aux groupes de préparation (Confection du caramantran / Musique, chants et fabrication d’instruments carnavalesques / Masques  et déguisements / Quête, élection du caramantran et diverses annonces de son retour).
Pour cela contactez-nous par mailOu consultez le  blogUn  profil facebook : carnaval des enfants sauvages a également été créé.

Publié dans General | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Carnaval des enfants sauvages Samedi 31 mars 2012 à Saint-Affrique

[Chine] La police travaille au Sichuan

Chine : les troubles s’étendent dans des zones tibétaines

Les troubles s’étendaient dans des zones tibétaines du sud-ouest de la Chine où les forces de sécurité ont de nouveau tué par balles au moins un manifestant dans le Sichuan, province quasi sous black-out mercredi et d’où les informations filtraient difficilement.

Ces violences, les plus graves depuis 2008 dans le plateau tibétain, ont poussé mardi les États-Unis à se dire « très inquiets » et le gouvernement tibétain exilé en Inde à presser mercredi la communauté internationale à « intervenir pour empêcher un nouveau bain de sang ».

La province du Sichuan, proche de la Région autonome du Tibet et qui compte une forte population tibétaine, est secouée depuis lundi par des manifestations dont la répression a fait de deux à une dizaine de morts, selon les sources.

Ces troubles semblaient avoir entraîné mercredi des restrictions des mouvements comme des communications.

Le Sichuan a également été le théâtre de la majorité des 16 immolations ou tentatives d’immolation par le feu de moines et nonnes bouddhistes depuis mars 2011, protestations tragiques contre la répression de leurs libertés religieuses et de leur culture.

En début de semaine, des tracts affirmaient que d’autres Tibétains du Sichuan se déclaraient prêts à s’immoler par le feu.

Lundi, les forces de sécurité ont tiré sur des manifestants « non armés », faisant de deux à six morts, non loin du monastère de Drakgo, à Luhuo, dans la préfecture tibétaine de Ganzi, selon des ONG et des exilés tibétains.

Pékin a confirmé le lendemain un seul mort, tombé sous les balles de sa police, en évoquant une riposte à une attaque à coups de pierre d’un « gang » comprenant des moines.

Mardi les troubles se sont poursuivis : entre deux et cinq Tibétains ont été tués par balles par la police chinoise dans la même préfecture, ont annoncé l’organisation Free Tibet et la radio américaine Radio Free Asia (RFA).

L’agence Chine nouvelle a confirmé mercredi que la police avait tué la veille un « émeutier » lorsque des manifestants tibétains ont tenté de prendre d’assaut un commissariat, « l’obligeant à ouvrir le feu ».

Citant un officier de police, l’agence officielle a raconté que les manifestants avaient attaqué le commissariat de Changguan, dans la ville de Seda, « avec des bonbonnes de gaz, des couteaux et des pierres ».

« Ils ont aussi ouvert le feu sur nous, blessant 14 policiers », a poursuivi cette source.

Stephanie Brigden, directrice de Free Tibet, a réfuté ces allégations de violence, expliquant que « jamais il n’a été fait état de manifestations de Tibétains lors desquelles des couteaux auraient été utilisés ».

« De tous les mouvements de libération dans le monde, le mouvement tibétain est probablement le plus connu pour son pacifisme », a-t-elle dit à l’AFP.

Il était extrêmement difficile mercredi de joindre des moines ou des habitants de la préfecture de Ganzi, qui semblait être sous black-out.

Les autorités locales, la police et les habitants de Seda étaient injoignables.

Lundi et mardi, l’AFP avait pu joindre des moines du monastère de Drakgo, à Luhuo, investi par des milliers de membres de la police armée, mais mercredi personne n’était joignable dans cette localité.

Les téléphones de la police et la municipalité y sonnaient en permanence occupé, de même que ceux de tous les hôtels et restaurants du district voisin de Daofu, laissant penser que les liaisons téléphoniques avaient été coupées.

Free Tibet, basée à Londres, a fait état pour sa part d’une autre manifestation de Tibétains du Sichuan, lundi, dans le district d’Aba — haut lieu de la résistance des moines bouddhistes — dispersée par des gaz lacrymogènes.

Dans ce district, un hôtelier a indiqué à l’AFP voir « de nombreux membres des forces de la sécurité et des véhicules de transport de troupes dans les rues ».

« Aucune personne étrangère à Aba ne peut y entrer. Ceux qui veulent venir sont filtrés et doivent montrer leurs papiers d’identité. »

Pékin assure garantir aux Tibétains la liberté de leur culte et de leurs pratiques culturelles ainsi qu’une augmentation de leur niveau de vie grâce à des investissements importants dans ces zones sous-développées.

Mais les associations de Tibétains font état d’une répression accrue depuis les émeutes meurtrières antichinoises de 2008, notamment dans les monastères, qui à son tour alimente une révolte grandissante contre le joug de Pékin.

Leur presse (Agence Faut Payer), 25 janvier 2012.

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[Vérité et Justice] Où en est l’enquête pour Jamal ?

Dans la nuit du 9 au 10, Jamal qui venait de fêter ses 23 ans, détenu à la maison d’arrêt de Nanterre, meurt à l’hôpital. Il était en mort cérébrale depuis une semaine. L’administration pénitentiaire est catégorique : selon elle, Jamal s’est suicidé au Mitard avec un kit anti-suicide. Cette version ne satisfait ni la famille, ni les proches de Jamal « Allah y Rahmo ».

• Il attendait son jugement en appel qui devait avoir lieu le 11 octobre.

• Jamal n’avait aucun comportement suicidaire.

• L’autopsie et la contre-autopsie révèlent que son cou ne portait aucune marque de strangulation.

• Son corps est marqué par plusieurs séries d’hématomes (aux chevilles, aux poignets, aux côtes, ainsi que sur le front).

Les parloirs de la famille ont été suspendus sans explications, ce que la famille ignorait c’est que Jamal était dans le coma, menotté sur son lit d’hôpital. Il y est resté trois jours dans ces conditions.

Immédiatement, la famille et les proches qui veulent connaître la vérité sur la mort de Jamal « Allah y Rhamo », ont saisi la justice et organisé un rassemblement, devant la prison de Nanterre, et une marche du Luth à la Mairie de Gennevilliers. Les jeunes du quartier de Jamal ont montré leur détermination et exprimé leur solidarité avec la famille de façon exemplaire, sans céder à « la tentation de l’émeute », malgré les insultes et provocations de la police dans le quartier.

Pour mettre fin à la banalisation de la mort des nôtres en prison, nous devons nous organiser. La mobilisation permettra d’obtenir des réponses de la justice plus rapidement. Apparemment il est nécessaire de rappeler à certains agents pénitenciers que leur vie ne vaut pas mieux que celles des détenus !

Jamal était un jeune homme avec des projets et des espoirs, il assumait sa peine. Et pourtant des hommes se sont permis de l’abattre lâchement.

La mort de Jamal « Allah y Rhamo » nous rappel cruellement que nous devons partager nos expériences. Ainsi nous — les Habitants des quartiers populaires — devons crier d’une même voix notre colère et notre refus d’être considérés comme des sous-Hommes.

Aujourd’hui nous devons soutenir la famille en réclamant à la Justice de nous fournir toutes les pièces de la contre-autopsie, demain nous devrons être là pour chacune des étapes de la procédure pour ne pas bafouer la famille ni la mémoire de Jamal, « qu’il repose en paix ».

Le collectif Vérité et Justice pour Jamal vous invite à une réunion-conférence de presse en présence de l’avocat. Le 8 mercredi février à 17h30 au Métro 13 Asnières Gennevilliers-Les Courtilles.

Pour nous contacter, faire parvenir vos témoignages, votre soutien par mail – Tél. 07 77 77 49 67 – Par courrier à : FPP-Émission « Cités d’or » pour Djamal, 1 rue de la Solidarité, 75019 Paris.

Liste de discussion du réseau Résistons Ensemble, 25 janvier 2012.

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[Mutuelle de fraudeurs] Repas de soutien aux Piratp Vendredi 27 janvier à Paris

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[Flics Porcs Assassins / Égypte] Impunité policière à Suez

En Égypte, Suez attend toujours que la justice passe

REPORTAGE – La ville portuaire, qui cumule les fragilités économiques et sociales, s’agace de voir que les auteurs de violences ne sont pas condamnés.

Le temps a passé, mais l’odeur du sang, entêtante, continue de flotter sur les quartiers populaires de Suez. Un an après la mort de Mustafa Ragab, qui fut le premier « martyr » à tomber sous les balles de l’ancien régime, les familles de victimes menacent à mots à peine couverts de prendre les armes si justice ne leur est pas rapidement rendue.

Entre le 25 et 28 janvier 2011, 21 personnes ont trouvé la mort lors des violences qui ont ébranlé cette cité industrielle, perçue comme le berceau du soulèvement. « Si les responsables de ces tueries ne paient pas de leur vie, alors ce sera l’étincelle qui déclenchera une deuxième révolution, plus violente encore que la première parce qu’animée par la rage des familles », promet Kawsar Zaki, la mère de Mustafa Ragab.

Début décembre, la colère est montée d’un cran lorsque le procureur de Suez a annoncé son intention de libérer Ibrahim Farag sous caution, avant de renoncer sous la pression des familles de « martyrs ». À leurs yeux, ce riche homme d’affaires versé dans l’immobilier et le commerce de voitures, ancien cadre du Parti national démocratique de Hosni Moubarak, symbolise toute la brutalité de l’ancien régime.

Tué d’une balle dans le cœur

Le 28 janvier, Farag est accusé d’avoir utilisé des armes fournies par la police pour tirer, depuis son domicile, sur les contestataires qui défilaient à proximité, tuant plusieurs d’entre eux. Selon l’accusation, il aurait aussi payé des baltaguias, ces hommes de mains dédiés aux basses œuvres, leur ordonnant d’attaquer les manifestants. « Il prétend avoir voulu défendre ses biens, mais la vérité est qu’il a pris les révolutionnaires au piège pour briser leur mouvement », s’indigne Tamer Sayed Radwane, frère d’un homme tombé ce jour-là et porte-parole du collectif des familles de « martyrs ».

Recluse dans son modeste appartement d’al-Ganayen, une banlieue de Suez, Kawsar Zaki assure qu’elle ne trouvera pas la paix « tant que Moubarak et sa clique n’auront pas été pendus pour leurs crimes ». Sur chaque mur, des photos de Mustafa Ragab rappellent le prix payé par ce garçon de 21 ans, alors employé comme agent de sécurité dans une société de construction. « Il n’avait aucune activité politique, mais voulait dénoncer la pauvreté, le chômage et la corruption », murmure Kawsar Zaki, drapée dans son abaya noire. Parti de chez lui en début de soirée, Mustafa a été tué d’une balle dans le cœur peu après son arrivée sur la place Arbeyn, épicentre des affrontements. « J’ai appris sa mort par la télévision, raconte sa mère. Au début, les médecins ont essayé de nous faire croire qu’il avait suffoqué à cause des gaz lacrymogènes. Puis un cheikh salafiste est intervenu pour obtenir le rapport d’autopsie et nous avons découvert l’horrible vérité. »

Volontiers frondeuse, la ville portuaire de Suez cumule les fragilités économiques et sociales, en dépit d’une riche activité industrielle et de la manne des droits de passage exigés pour la traversée du Canal. Ces derniers mois, les conflits sociaux se sont multipliés pour dénoncer la politique de recrutement de grandes sociétés qui, à entendre les syndicats, préfèrent importer de Haute Égypte une main-d’œuvre docile et bon marché plutôt que d’embaucher sur place. « Peu avant sa mort, mon fils avait postulé pour un emploi dans l’industrie, mais on lui avait préféré un candidat d’un autre gouvernorat », raconte Kawsar Zaki. « Le régime a compris trop tard que le peuple de Suez n’est pas du genre à se laisser piétiner », s’insurge Amal, sœur du « martyr » Farag Abdel Fattah.

« Impunité » de la police

Le 28 janvier 2011, ce père de trois enfants âgé de 44 ans, fonctionnaire sur le port de Suez le matin et chauffeur de taxi l’après-midi, a été tué d’une balle dans le cou alors qu’il venait de sortir de la mosquée. « Nous connaissons le nom du policier qui a tiré et nous avons réuni des témoins à charge, mais la justice ne fait rien », s’étrangle Amal. Comme les autres parents de « martyr », cette jeune femme, qui porte le niqab mais se dit politiquement « libérale », déplore les lenteurs de l’instruction et l’« impunité » dont bénéficierait la police.

Les uns après les autres, les fonctionnaires arrêtés pour leur rôle dans la répression ont été relâchés puis mutés au Caire, sans qu’aucune condamnation n’ait pour l’heure été prononcée. Un processus qui révolte les familles, même s’il est jugé « logique » par l’avocat de cinq policiers, Me Ahmad al-Adawi, selon qui « aucun élément matériel ne permet d’incriminer les suspects ».

« En juillet, nous avons coupé l’autoroute de Suez pour protester contre ces remises en libertés. Mais il faut se rendre à l’évidence, déplore Amal : les militaires ne veulent pas voir ces policiers condamnés par les tribunaux. » Visiblement attentif à la colère des familles de « martyrs », le Conseil suprême des forces armées a promis dimanche de leur remettre à titre posthume la « Médaille du 25 janvier ».

Un geste aussitôt rejeté par Tamer Sayed Radwane. « Ce n’est pas un morceau de métal qui va nous rendre justice, de même que nous n’accepterons jamais l’argent que nous propose la famille d’Ibrahim Farag pour apaiser notre colère », assure le porte-parole. Avec les autres familles, il manifestera cet après-midi dans les rues de Suez, drapé dans un linceul blanc et escortant un cercueil vide.

Leur presse (Cyrille Louis, LeFigaro.fr), 25 janvier 2012.

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[Vive l’Azawad libre !] Le désert de l’indifférence est le pire ennemi de la révolution touareg

Communiqué n° 03 – 01/2012 : MNLA

L’État Major du MNLA, informe qu’à ce jour, les opérations militaires pour contenir l’invasion de l’Azawad par l’armée malienne, et stopper les sévices, les tortures, les confiscations des biens, perpétrés sur les populations, se sont soldées par le bilan suivant :

Ménaka
• 3 officiers et plusieurs soldats en renfort de l’armée malienne ont déserté pour rejoindre le MNLA avec 30 véhicules militaires,
• Suite à ces défections, l’armée malienne a égorgé trois de ses soldats originaires de l’Azawad,
• Lors des affrontements, deux morts dans l’armée malienne ainsi que 13 blessés,
• Deux  avions de l’armée malienne détruits,
L’État Major du MNLA, déplore 4 blessés dans ses rangs et contrôle la ville de Ménaka, contrairement à ce qu’avance le régime malien.

Aguelhok
Le  vendredi 21, le MNLA a intercepté un convoi de l’armée malienne en renfort à la garnison d’Aguelhok ; seuls deux véhicules ont fui (vers Kidal) le reste du convoi a été détruit. Nous précisons que ce renfort malien transportait un arsenal important, et qu’il fut dépêché à la suite de la prise de la caserne d’Aguelhok par les combattants du MNLA.
• 50 morts côté armée malienne,
• 25 prisonniers de l’armée malienne,
• 26 véhicules récupérés,
• 40 véhicules détruits,
• 1 citerne,
• 1 BRDM,
Le MNLA déplore deux blessés dans ses rangs.

Tessalit
Les combattants du MNLA encerclent actuellement le camp militaire de Tessalit et attendent que les formateurs militaires étrangers évacuent les lieux.
Le MNLA déplore deux blessés, ainsi que la perte d’un véhicule suite à un accident.

Le MNLA annonce également que :
Des officiers désertent l’armée malienne pour rejoindre le MNLA  dont :
• Commandant Issouf Ag Assamata, chef de la garnison de Ber (région de Tin-bouctou), a fait défection avec ses éléments pour rejoindre le MNLA,
• Colonel Intala ag Assayed, officier en poste à Sévaré (région de Mopti).

À l’attention de la communauté internationale et des militaires maliens :
Le MNLA informe l’ensemble de la communauté internationale, que ses troupes sont déterminées à continuer les opérations jusqu’à la reconnaissance par le Mali du droit à l’auto-détermination du peuple de l’Azawad. Chaque militaire malien qui rend les armes pourra retourner chez lui sain et sauf. Aussi, nous portons à la connaissance de tous que les prisonniers de guerre détenus par le MNLA sont protégés et traités conformément à la convention de Genève 1949.

Le 21-01-2012
Chargé de communication
Bakay Ag Hamed Ahmed


Communiqué n° 04 – 01/2012 : Sur les exactions commises par l’armée malienne sur les populations de l’Azawad

Nous, Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), alertons l’opinion internationale et les organisations internationales de protection des droits de l’homme sur les dérives et les exactions répétées de l’armée malienne sur les civils depuis le 17 janvier dernier.

En effet, comme par le passé, l’armée régulière se livre actuellement à des actes de barbarie sur les populations azawadiennes, notamment touarègues et arabes. C’est ainsi qu’elle n’a pas hésité à exécuter des soldats Touareg qui étaient pourtant sous ses ordres dans les environs de Menaka. Elle continue de maltraiter les civils de Kidal et de réquisitionner leurs biens du seul fait de leur appartenance à la communauté touarègue ou arabe. Les animaux, constituant la principale source de revenu des nomades, font également l’objet de massacre par les soldats maliens.

Nous en appelons donc à toutes les organisations internationales pour intervenir rapidement afin d’éviter que l’État malien ne se donne à un génocide.

Notre Mouvement réclame l’autodétermination de ses régions et pour ce faire, il a d’abord tenté vainement la voie du dialogue. En réponse, l’État malien a renforcé la présence de son armée sur notre territoire. Pour autant, nous n’avons jamais porté atteinte à la population civile, notamment  non arabo-touarègue, contrairement aux agissements du Gouvernement malien sur les nôtres.

Ce dernier se livre également à un jeu très dangereux en essayant de diviser le peuple azawadien et en créant des milices armées, éléments non professionnels et non contrôlables susceptibles de provoquer une guerre civile.

Notre peuple n’aspire qu’à la gestion paisible de son territoire et à aucun moment à la violence. Il a toujours œuvré pour que soit reconnu et accepté par le Gouvernement malien son droit à l’autodétermination, juridiquement et pacifiquement.

Ouverts au dialogue sur les conditions de notre autodétermination, nous demandons à la communauté internationale de s’impliquer dans la résolution de ce conflit et d’exiger de l’État malien la mise en place d’un processus d’autodétermination de l’Azawad dans les plus brefs délais.

Cette autodétermination nous permettra par ailleurs de sécuriser la zone sahélo-saharienne et de mettre un terme définitif aux atteintes portées sur les personnes et sur les biens des ressortissants étrangers. En effet, en l’état actuel, l’État malien n’a ni la volonté ni la capacité d’œuvrer pour ladite sécurisation. Bien au contraire, il a tout fait pour que soient réunies toutes les conditions d’insécurité dans cette zone.

Notre combat de libération est légitime, il doit être soutenu par tout État de droit épris de liberté et de justice.

Moussa Ag Acharatoumane

Communiqués du MNLA, 22 janvier 2012.


« C’est une révolution » : Entretien avec Moussa Ag Acharatoumane sur VOA French

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Entretien avec Moussa Ag Acharatoumane diffusé vendredi 20 janvier sur Voice of America French (2 min 48)

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[Burkina Faso] Défense et illustration du vandalisme

Manifestations au Burkina Faso : Arrêtons les actes de vandalisme !

Le 12 janvier 2012, le maire de Boussouma, Issaka Isidore Ouédraogo, a passé de mauvais moments, après que de jeunes manifestants aient attaqué et incendié son domicile, suite à une affaire de disparition de vivres dans des écoles. Pis, ils ont agressé et blessé huit éléments des forces de l’ordre qui voulaient tout simplement ramener la quiétude dans la cité, comme leur confèrent leurs missions. Agissant à la solde des « ennemis » du maire, dit-on, les agresseurs ont succombé à la violence, l’arme des petits esprits. Ils se sont laissés aller au vandalisme, sans pour autant mesurer les conséquences de leur acte. Remontés à bloc, les manifestants se sont défoulés certes, mais c’est à se demander quel profit ils ont pu réellement tirer de leur action ?

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Si ce n’est une « fausse » satisfaction morale. Ils ont mis à feu et à tort, la demeure du maire à qui l’Etat n’a rien à reprocher, si l’on s’en tient au rapport d’inspection de la gestion de sa commune. Cette situation n’est pas la première du genre au Burkina Faso, même si parfois, l’on est d’avis que des victimes ne sont pas toujours blanches comme neige. Les actes de vandalisme sont monnaie courante dans notre pays, pour peu que les esprits se chauffent ! L’histoire récente de notre chère patrie témoigne de cette triste réalité. Pour ne citer que ces cas de figure, les étudiants, les élèves et même les militaires ont usé de vandalisme, quand il s’est agi de demander des comptes à l’Etat, respectivement dans l’affaire Justin Zongo et par rapport aux revendications pécuniaires au sein de l’armée. Des édifices publics et privés ont été saccagés, des biens emportés et des personnes blessées.

Conséquences ? : l’État qui est déjà confronté à mille priorités avec peu de moyens financiers, s’est retrouvé à récolter les pots cassés, condamné qu’il est à réparer les préjudices subis çà et là. Pourtant, il aurait fallu juste un peu de patience de la part des mécontents, pour voir la résolution de ces écueils, comme l’État en a donné la preuve. Peut-on continuer à agir de la sorte dans un pays aux ressources très limitées comme le Burkina Faso ? La réponse, c’est évidemment non. Nous sommes dans un État de droit, avec une justice bien organisée, même si elle n’est pas toujours bien vue par certains citoyens.

Ce qui est tout à fait normal, aucun corps de métier n’est parfait à l’image de l’Homme. Quoiqu’il en soit, le Burkina Faso n’est pas une jungle et c’est en cela que nous devons savoir poser nos revendications quelles que soient leurs pertinences et vitalité. Défendre une cause dans la violence, enlève à cette cause sa sérénité, son bien-fondé. Il faut savoir poser son problème pour se faire écouter, disent les sages. À quoi ça sert de casser, piller, saccager et d’incendier au nom d’une revendication, fut-elle juste ?

La nécessité d’une telle démarche parait irraisonnable et loin d’honorer une lutte. Bien au contraire, réclamer dans la violence, c’est révéler son côté inhumain et son sens peu élevé de la morale, du bien public et de celui d’autrui. Revendiquer ce qui nous revient de droit, ne veut pas dire aliéner la liberté des autres, leur compromettre l’existence. Vandaliser le bien public ou privé, au nom d’une cause, n’apporte pas de solution à nos préoccupations. Cela en rajoute, en ce sens qu’on crée un autre souci. L’on va se retrouver à résoudre deux problèmes au lieu d’un, ce qui va demander plus de temps et de moyens humains, logistiques et financiers. Et personne ne sort satisfait d’une telle situation.

Manifestons notre colère ou mécontentement, de façon pacifique, car tout le monde y gagne. Il ne sert à rien de détruire le peu de richesses que le Burkina Faso ou ses fils ont acquis, au prix de mille sacrifices et de hautes luttes. Bannissons à jamais les revendications dans la violence, afin de redorer l’image du Burkinabè, cet homme intègre connu de tous !

Leur presse (Kader Patrick Karantao, LeFaso.net), 23 janvier 2012.


Centre-Nord : Jeudi noir à Boussouma

Des jeunes mécontents de Boussouma, commune rurale de la province du Sanmatenga, qui exigent depuis plusieurs mois le départ du maire, Isidore Issiaka Ouédraogo, ont violemment manifesté le jeudi 12 janvier 2012 pour empêcher la tenue de la session budgétaire du conseil municipal de la localité. Des blessés et de nombreux dégâts matériels ont été enregistrés lors de cette chaude journée, dont l’incendie de la résidence de l’édile. La volonté affichée par le conseil municipal de tenir la session budgétaire le jeudi 12 janvier 2012 semble être la cause de la montée du mercure à Boussouma, commune rurale située à une quinzaine de kilomètres de Kaya, chef-lieu de la province du Sanmatenga et de la région du Centre-Nord.

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En effet, depuis décembre 2011, des jeunes, qui accusent le maire Isidore Issiaka Ouédraogo de mauvaise gestion des affaires locales, avaient empêché à plusieurs reprises la tenue de la session budgétaire et exigé le départ pur et simple du bourgmestre, mais alors à travers des manifestations pacifiques.

Pour faire la lumière sur les différents points de revendications des croquants, une mission de contrôle avait été commanditée par le ministère de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité en son temps. Selon des témoignages, les manifestants avaient promis, il y a quelques jours, de s’opposer à la tenue de la session budgétaire pour exiger du maire la publication du rapport de ladite mission.

Toujours selon les mêmes sources, les agents des forces de sécurité avaient investi la veille, c’est-à-dire le mercredi 11 janvier, la ville pour garantir la sécurité des conseillers municipaux au cours des travaux. Au moment où ces derniers, sous haute surveillance, s’apprêtaient à entrer dans la salle de réunion, un groupe de jeunes manifestants s’y opposa ; les forces de sécurité s’interposèrent et ripostèrent aux jets de pierres par des lancers de gaz lacrymogènes.

Après les courses-poursuites, les agents décidèrent de se retirer pour éviter le pire lorsque les frondeurs se mirent à vider les élèves du lycée départemental de leurs salles de classe pour grossir les rangs des manifestants. Prenant alors le contrôle des lieux, les croquants se rendirent au domicile du maire.

Après avoir défoncé les portails et fait tomber les murs, ils incendient et saccagent deux voitures, quatre motocyclettes, trois bicyclettes… Outre les dégâts matériels causés par les flammes, plusieurs personnes ont été blessées au cours de cette violente manifestation, dont six agents de sécurité, deux conseillères municipales et un manifestant.

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À noter que le passage sur la route nationale n° 3 Ouagadougou – Dori a été bloqué ce jour pendant plusieurs heures par les mécontents à l’aide de barrières de pierres et de pneus enflammés. Si le retrait des forces de sécurité a permis d’éviter des pertes en vie humaine, en témoigne le nombre de blessés dans leurs rangs (6). Certains proches du maire estiment avoir été laissés à eux pendant le manif.

Quelles solutions les autorités administratives, politiques, religieuses et coutumières trouveront-elles pour une résolution des crises récurrentes dans les mairies au Sanmatenga ? Signalons enfin que les cours ont été suspendus au lycée départemental de Boussouma depuis le vendredi 13 janvier dernier.

Leur presse (L’Observateur Paalga), 17 janvier 2012.

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[Méditerranée] Ces naufrages dont on ne parle pas

Immigration. Shipwrecks that no one mentions

« Maritime catastrophes in the Mediterranean, » headlines Tageszeitung which takes a critical look at the media coverage devoted to the sinking of the Costa Concordia.

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The Berlin daily notes that many of the shipwrecks in the Mediterranean “are not front-page news,” and illustrates its article with the photograph of a boat that sank off the coast of a Tunisian island with 700 Libyan refugees on board in June 2011.

Having enumerated a list of “the worst maritime catastrophes in the Mediterranean since 2006,” the Berlin alternative daily remarks:

Hundreds of thousands of people end up as anonymous corpses on the high seas or washed up on rocky beaches. Tens of thousands of refugees fall into the hands of the mafia in a crisis stricken Europe that has no room or humanity for them. […] The dead are among us, whether from a luxury cruise ship or a trawler.

Leur presse (Presseurop), 18 janvier 2012.


Schiffskatastrophen im Mittelmeer

Die schlimmsten Schiffsunglücke im Mittelmeer seit 2006:

1: 28. April 2011: Flüchtlingsboot aus Libyen erleidet Schiffbruch auf dem Weg nach Lampedusa, 320 Passagiere verschollen.

2: 3. April 2011: Flüchtlingsboot aus Libyen erleidet Schiffbruch kurz nach der Abfahrt. 68 Leichen am Strand von Tripolis angespült, 250 Passagiere verschollen.

3: 2. Juni 2011: Havariertes Boot mit über 700 Flüchtlingen vor Kerkennah (Tunesien) kentert während der Rettung. 2 Leichen geborgen, 270 Passagiere vermisst.

4: 7. April 2011: Flüchtlingsboot bricht während Rettung vor Lampedusa auseinander und sinkt. 213 Passagiere verschollen.

5: 29. März 2009: Flüchtlingsboot sinkt drei Stunden nach Abfahrt aus Tripolis. 20 Leichen geborgen, 210 Passagiere verschollen.

6: 27. Oktober 2008: Boot mit 200 Flüchtlingen aus Ägypten Richtung Italien verschwindet. Ein Passagier gab noch per Handy SOS, das Boot wurde nie gefunden.

7: 7. Juni 2008: Boot sinkt auf dem Weg von Libyen nach Italien, mindestens 40 Leichen gefunden, über 100 verschollen.

8: 23. September 2008: Boot mit 83 Ägyptern Richtung Griechenland verschwindet nach drei Tagen spurlos.

9: 20. August 2009: Fünf Eritreer, südlich von Lampedusa aus einem Fischkutter gerettet, berichten von 75 über Bord geworfenen Toten während zwanzigtägiger Irrfahrt.

10: 4. August 2008: 75 Somalis vor Libyen verschollen.

11: 29. März 2011: Boot aus Sfax (Tunesien) nach Lampedusa mit 74 Passagieren verschollen.

12: 27. August 2008: Deutscher Frontex-Hubschrauber ortet Schlauchboot südlich von Malta. Gerettete berichten von 70 Toten.

13: 20. März 2009: Boot aus Sfax (Tunesien) kentert. 17 Leichen geborgen, 50 verschollen.

14: 9. Mai 2011: Eritreisches Flüchtlingsboot kreuzt zwei Wochen vor Italien, Nato-Schiffe helfen nicht, 61 der 72 Passagiere sterben.

15: 22. Mai 2007: Boot mit 57 Menschen vor Malta verschollen.

16: 11. Juni 2008: Schiff von Ägypten nach Griechenland sinkt. 51 verschollen. Einer hatte SOS abgegeben.

17: 10. Mai 2008: Boot sinkt vor Teboulba (Tunesien). Drei Leichen geborgen, 47 vermisst.

18: 19. August 2006: Italienische Marine versenkt Flüchtlingsboot vor Lampedusa bei der Rettung. 10 Tote, 40 vermisst.

19: 9. Oktober 2008: Boot aus Keitra (Tunesien) kentert. Eine Leiche an Strand angeschwemmt, 48 verschollen.

20: 6. Mai 2011: Boot mit 600 Flüchtlingen kentert vor Tripolis, 48 Tote.

(Quelle: « Fortress Europe »)

28: 13. Januar 2012: Kreuzfahrtschiff « Costa Concordia » havariert vor Italien. Bisher 11 Tote, 29 vermisst.


Für unzählige Flüchtlinge ist das Mittelmeer Endstation
Massengrab auf See

Ein Schiffsunglück mit Toten ist eine menschliche Katastrophe, egal wo und wann; und egal auch, woher die Opfer kommen. Die Havarie des Kreuzfahrtschiffes « Costa Concordia » vor Italien mit bislang elf Toten und noch mehreren Dutzend Vermissten unter mehreren tausend Passagieren bringt nun einer breiten Öffentlichkeit nahe, wie lebensgefährlich ein Unglück im Mittelmeer sein kann, sogar nur wenige Meter von einer rettenden Küste entfernt.

Was die Kreuzfahrttouristen jetzt erlebt haben, ist ansatzweise Alltag von unzähligen Reisenden im Mittelmeer. Zehntausende von Menschen stechen jedes Jahr an der Mittelmeerküste in See, in überfüllte Fischerboote gedrängt, in seeuntauglichen Schlauchbooten unterwegs, ohne adäquate Ausbildung und Technik, ohne ausreichende Navigation und Verpflegung.

Sie unternehmen unter unvorstellbar prekären Bedingungen eine Fahrt, für die man in Deutschland Urlaub nimmt, und zahlen dafür teils mindestens genauso viel Geld. Es sind Bürgerkriegs- und Hungerflüchtlinge, Migranten und Abenteurer aus den Ländern südlich des Mittelmeers. Sie kommen aus halb Afrika, aus Teilen der arabischen Welt. Sie verschulden sich hoch in der Hoffnung, in Europa ein Auskommen zu finden, das ihren Familien in der Heimat aus dem Elend hilft. Sie wissen nicht, ob sie jemals an ihr Ziel kommen und was ihnen bei der Ankunft als Illegale blüht.

Hunderte, wenn nicht Tausende von ihnen enden als namenlose Leichen auf hoher See oder auf verlassenen felsigen Stränden. Tausende, wenn nicht Zehntausende von ihnen enden in der Unterwelt eines krisengeschüttelten Europas, das für sie weder Platz noch Menschlichkeit übrighat.

Die Passagiere der « Costa Concordia » beklagen zu Recht Pannen und Schlamperei, und unter Wasser im Schiffsrumpf spielen sich jetzt bei der Suche nach den letzten Vermissten menschliche Dramen ab. Auch die vieltausendfachen Klagen und die Trauer der Hinterbliebenen der Opfer der Seefestung Europa verdienen es, Gehör zu finden. Die Toten sind unter uns: ob die vom Luxuskreuzer oder die vom Fischkutter.

Leur presse (Dominic Johnson, TAZ), 17 janvier 2012.

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[Chili] Lettre de Luciano Tortuga, aux cœurs indomptables

Avant-propos du groupe des ami(e)s et amoureux(euses) de Tortuga :

Publier cette lettre, à ce moment-ci, pourrait vouloir dire une punition infernale pour notre club, mais l’urgence de rapporter, de sa douce sauvagerie, ce qu’il ressent et le motive est une raison suffisante pour comprendre ses désirs.
Laissons-nous approprier ses mots pour nous-mêmes. Laissons-nous recréer, comme tant de fois, la complicité avec les persécuté(e)s et les incarcéré(e)s à l’intérieur comme à l’extérieur de ces maudites prisons !!!
Laissons-nous nous comprendre en se regardant et nous y reconnaissant simplement : Nous sommes anarchistes, insurgés, informels, nihilistes, ennemis de toute autorité. De toute maudite autorité.
Parce que nous n’avons pas le temps de se reposer quand ils nous empêchent de nous sentir libres.

1er janvier 2012, Santiago, $hile.


Sept mois depuis que l’attaque a échoué
Lettre à tous les cœurs indomptables

Ça m’est difficile de commencer d’écrire avec tout ce que j’ai à communiquer, et encore plus à retenir secret ; le silence est devenu un grand allié pour moi, et pas en vain, alors que mes ennemis s’attendent de moi que je communique, m’explique à travers mes idées, pour justifier mon action illégale, pour qu’ils puisse y appliquer la loi anti-terroriste et m’enterrer, même dans les conditions où je me trouve, ils veulent un trophée de guerre, un jeune estropié, emprisonné pour ne pas s’être piégé lui-même dans le confort d’une révolution se faisant selon les termes de la rectitude politique. L’ambition du Pouvoir dans mon procès est pour la señora du foyer de dire à son petit rebelle que c’est de cette façon que les idéalistes rencontrent leur fin, ceux qui osent rêver, ou seulement penser. Que ce qui commence par la typique rébellion de la jeunesse peut finir avec de terribles conséquences si ça devient incontrôlé — de justifier ainsi par mon exemple le système carcéral, la répression « pour le bien de nos enfants et pour l’avenir ».

Je sais que c’est ce que le Pouvoir veut, ou au moins espère obtenir, que d’une façon ou d’une autre je sois exposé au public, or j’ai préféré le silence. Je pense que dans de tels moments c’est préférable que d’autres parlent pour moi — mes camarades, connus ou non — comme dans ces interminables attaques pour la libération animale, l’un(e) prend parole pour ceux et celles qui ne le peuvent, je crois que maintenant la même chose devrait être reproduite, car je crois sincèrement que d’autres camarades, même de différents endroits du monde, l’ont fait et ça a eu des résultats splendides, pas juste pour tout ce qui concerne mon moral, mais aussi pour la solidarité, que je pourrais représenter comme la première pièce d’une longue rangée de dominos, dans laquelle quelqu’un(e) pousse le premier, un(e) deuxième pousse le troisième et ainsi de suite, où mon moral aussi en vient à être une pièce de ce domino, où il y a du dommage à faire au système en brisant avec sa logique autoritaire, l’estime que notre action génère, autant au niveau individuel que collectif, et représentant aussi un autre front dans le conflit avec la réalité. Et quelqu’un-e pourrait passer des jours à compter tous les différents effets qu’une action de solidarité peut avoir.

Néanmoins, pour autant que mes ennemis voudraient que je communique, je sais que plusieurs camarades l’ont aussi espéré, et sachez que je suis au courant et suis désolé que vous ayez passé plusieurs mois dans l’incertitude de ne recevoir de nouvelles de moi, je regrette profondément de n’avoir pu communiquer dans ces circonstances, surtout alors que j’étais celui qui a toujours poussé l’idée que la solidarité ça doit être réciproque, et croyez-moi que plus que tout autre j’ai regretté de n’avoir pu agir plus tôt ; j’ai senti me trahir moi-même en restant silencieux. « Est-ce que ça le rend inconfortable que nous agissions en solidarité pour lui ? » ai-je spéculé de que vous avez interprété de mon silence. Mais j’ai une belle petite fille qui a besoin de son papa, et je ne peux la trahir elle aussi. Elle m’a incité à garder le silence, mes idéaux au dialogue, et vous — camarades de toujours — à un point entre les deux.

Je n’aime pas écrire sans penser à quoi je veux convier ni sans être sûr d’être pleinement compris. Pour écrire quelque chose sur ma situation mérite une profonde réflexion : ça en vaut-il la peine ? Car dans mon cas, différemment de la majorité des procès politiques qui sont le plus souvent des coups montés, dans mon cas c’est prouvé ; car j’ai réellement apporté une bombe au matin du 1er juin avec comme cible la succursale bancaire située au coin de l’avenue Vicuña Mackenna et Victoria, au centre-ville de Santiago.

Pour ma part, j’ai voulu dire à tout le monde pourquoi l’attaque a échoué. Et comment je pourrais prendre parole sans ne parler de quelque chose de si important ? Ou même, pourquoi cette banque ? De politiser une attaque anti-capitaliste n’est pas seulement de promouvoir la violence, mais aussi de me mettre une laisse au cou, et pour ça, JAMAIS ! Car aussi longtemps que je suis en vie j’entends continuer de lutter, et ça n’a pas d’importance que j’aie perdu quelques doigts, une main, mon ouïe ou ma vision, je vais continuer d’aller de l’avant à tout prix, et c’est ce que mes ennemis doivent savoir autant que mes camarades !

Alors vous me demandez de briser hors de l’isolation, de cet ermitage qui m’entoure ; or je postule que je devrais plutôt avoir honte de communiquer, de le faire simplement, à quoi vous répondrez avec un coup sur ma conscience : « Et tes camarades ? » Pensez-vous que communiquer avec vous m’est banal et trivial ? C’est vrai que je n’ai pas à tout cracher ce qui est arrivé durant cette nuit, je crois que dans le futur il y aura un temps pour ça…

Or vous voulez savoir ce qui advient de moi ? Bien, je vais continuer de me battre pour vivre, et de vivre pour me battre, jusqu’à ce que je sois libre et sauvage encore, je ne me prendrai pas au piège en croyant que je suis moins sauvage parce que je respire artificiellement ou non, parce que je crois que c’est dans une situation comme celle-ci que l’instinct humain le plus bestial fleurit : l’instinct de survie. Je ne vais pas faire allusion à aucun-e en particulier, car je sais que plusieurs camarades désirent que je meurs pour mon bien, mais ici je veux livrer une leçon pour tous et toutes ; que quelqu’un(e) ne peut désirer que la mort d’un camarade le libère de son corps — à moins bien-sûr que ce soit ce qu’il désire — mais si c’était le cas, cette personne chercherait à mettre fin à la vie de ce camarade, sans générer une poursuite judiciaire (pour homicide) de la part d’une tierce partie. Car qu’est-ce qui arriverait si ces « fais-moi une faveur » me tueraient ? Qui sont-ils pour s’appeler mes camarades, à juger pour moi de si ça en vaut, ou non, toute la souffrance de continuer de vivre? Le seul capable de prendre une telle décision est l’individu lui-même, car lui/elle seul(e) sais ce qu’il/elle désire. Et je désire particulièrement de continuer de vivre… pour pouvoir continuer de lutter.

D’un autre côté, je veux que vous sachiez que j’apprécie chacune des actions de solidarité que vous avez faite pour moi, ces bannières accrochées dans différents endroits à travers le monde, ou ces messages qui portent le même « solidarios » se rendant d’une façon ou d’une autre jusqu’à mes oreilles, chaque pamphlet, chaque bulletin de contre-info, chaque espace de vos vies que vous avez dédié à moi je les garde comme des trésors. Sachez que j’ai été au courant sur tout, que dans ce monde il n’y a pas de mots pour mes sentiments de gratitude, car chaque bombe, chaque incendie organisé en mon nom reste gravé dans ma tête. Je ne peux oublier la valeur de mes camarades Mexicains, les insubordonnés qui se sont fait mes camarades en Grèce ; je veux embrasser les sauvages de Bolivie et des États-Unis, saluer affectueusement les rebel(le)s d’Espagne et l’Italie, les libertarixs d’Argentine, pour ne pas oublier les iconoclastes d’Indonésie. Force, camarades ! Aux anonymes de la ALF et ELF de Russie et ailleurs dans le monde. Aux camarades emprisonnés-es à travers le monde, j’envoie toute mon attention de ces lettres humbles, à la camarade Tamara, prisonnière au Mexique, à Gabriel Pompo Da Silva, prisonnier en Espagne, à Marco Camenish, prisonnier en Suisse, et aux toujours dignifiés camarades des Cellulles de Feu, comment j’envie votre courage. Et bien sûr, à mes camarades du territoire dominé par l’État du $hili, à vous que j’ai connu en personne, sachez que je vous porte dans mon cœur partout où je vais. Je n’ai jamais été séparé de vous parce que je vous porte dans mon sourire ; je sais que dans une seule lettre je ne pourrais remercier tous et chacun(e)s pour leurs actions, j’espère que c’est entendu que je ne veux exclure personne, les formes par lesquelles vous avez montré de la solidarité envers moi sont aussi multiples et diverses que cette lutte, des actions illégales à des appels téléphoniques, messages sur Internet, et chansons libertaires ; et finalement je veux que vous sachiez, chacun-e de vous rebelles solidaires que ce fou de la liberté ne va JAMAIS, jamais vous oublier, vous avez été connus pour être aussi grands que des grattes-ciels et pour frapper là où ça fait mal, et par-dessus tout, vous avez fait briller les étoiles par votre courage, et c’est quelque chose qu’il vaut la peine d’imiter.

J’aimerais que vous sachiez ce que la solidarité a créé pour moi en ces jours où plus rien ne faisait du sens, quand d’apprendre à refaire ma vie ne faisait pas le moindre sens, car vous saviez que j’étais mal en point. Ce qui m’est arrivé, je le souhaiterais à bien peu de gens, car ce fut horrible — et dans la plus profonde noirceur sont apparus de petits gestes qui m’ont poussé à ne pas lâcher. Comment pourrais-je trahir ceux qui risquent leurs vies pour m’envoyer des encouragements ? Et j’ai appris à conquérir la vie à nouveau ; vous ne saurez jamais à quel point vous avez été importants. Maintenant je me trouve à être plus fort que jamais ; la prison, loin de m’intimider, m’a endurci ces derniers temps. La vie est paradoxale, parce que j’ai toujours dit que le fait d’avoir des camarades en prison ne devrait jamais être une raison pour avoir peur, qu’au contraire ce devrait être une cause pour le bout de tissu dans une bouteille d’essence, pour la mèche dans une charge explosive ou incendiaire, pour le sourire dans le cœur d’insurgé(e)s après chaque jour d’attaque ; ça, j’y ai cru auparavant et y crois toujours, et maintenant je me trouve à être le prisonnier, or si mes ennemis ne réussissent pas à m’intimider quand je me trouve entre leurs griffes, ce sera aussi difficile pour eux de le faire avec mes camarades.

Je veux confronter la prison de la même façon que je confronte la société, avec dignité et bonheur, jamais de façon soumise, pour, comme dit déjà, de rendre la prison combative. Je vous dit que je suis dans la section médicale de la prison Santiago 1, où il y règne un régime similaire à celui du module le plus sécurisé d’une prison à sécurité maximum, mais sans cour extérieure, sans radio, sans télé, avec une visite par semaine de pas plus de deux personnes et le risque d’attraper les maladies d’autres prisonniers ; la pièce est partagée et plus grande qu’une cellule — par ici ils appellent ça la prison des fous — parce que de passer trop de temps ici est assez pour te rendre fou, quoique que je suis de la croyance que ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort, comme ils disent par ici : « nous, les fous, sont ceux qui font les rêves les plus beaux ».

Je vous dit que je fais beaucoup d’exercices pour récupérer les muscles que j’ai perdu, je chante beaucoup, en particulier les chansons que personne n’aime, j’écris des lettres à ma petite fille à chaque semaine, parfois quand je partage ma cellule avec un autre je joue aux échecs ou on parle, généralement la prison s’occupe de moi et m’aide beaucoup en ce sens. Je suis régulièrement mon traitement de réhabilitation et essaie de m’encourager quand il n’y a que des bribes d’information à parvenir du dehors ; aussi je me suis proposé plusieurs projets à moi-même, dont certains sur lesquels je travaille déjà, et les autres pour quand j’aurai fini ma sentence.

Je pense qu’un rebelle devient un guerrier quand il est capable de se relever encore plus fort que lorsqu’il est tombé, quelqu’un qui peut regarder la réalité même s’il a tout à perdre. Un guerrier n’a pas nécessairement à savoir comment faire une bombe ou en avoir une, ou de maîtriser des techniques de camouflage, ce sont des choses que l’on apprend par addition. Les guerriers sont dangereux par leurs idées et principes à cause qu’ils envisagent toutes les voies vers les conséquences finales, restant toujours fermes et prompts, parce qu’ils ne vont pas trahir eux-mêmes ou leurs camarades, parce qu’ils sont toujours conscients, parce qu’ils ne se laissent pas embarquer par des rumeurs ou des tromperies, parce que quand ils ont des problèmes ils les confrontent, s’ils ressentent de la souffrance ils pleurent, et s’ils sont joyeux ils rient ; parce qu’ils savent comment vivre une vie pleinement ; or ce ne sera donc jamais pacifique — car ils sont de vrais guerriers ; maintenant dans cette guerre il y a plusieurs occasions joyeuses, mais il y a aussi des moments d’amertume, parce qu’il s’agit d’une guerre, pas d’une phase juvénile, et de confronter le système de domination en utilisant ces conclusions peut amener peut amener des conséquences désastreuses que nous devrions connaître dès le départ, parce qu’une erreur, un bref manque d’attention peut tout chambarder. Je l’ai toujours dit et compris, alors j’ai agi en accord avec les termes que j’ai utilisé.

Concernant mes blessures, elles ont toutes guéri, malheureusement les marques vont toujours rester, mais je les porterai avec la même fierté que mes tatouages, parce qu’ils sont la meilleure évidence que je suis convaincu de mes idéaux — comment ne pourrais-je l’être ? J’ai porté cette bombe avec des rêves et des espoirs, et ceux-ci demeurent intacts.

De l’autre côté, je regrette ne pas être capable de continuer de participer aux projets dans lesquels j’étais, en comprenant que pour moi, personne n’y avait plus de valeur que d’autres, tous et chacuns-es y mettant une contribution à la guerre sociale, et souhaite que ces projets n’aillent pas à la dérive parce que je ne suis plus là. Au contraire, ça devrait être une raison d’aller de l’avant. Je sais que je ne suis pas absous de critiques, car si j’ai fait ma part à ces rêves, j’aurais dû par contre agir non avec 100%, mais 150% d’attention.

Je suis certain que mon exemple va conclure un chapitre de plus et que les nouveaux comme pas-si-nouveaux combattants vont savoir comment récupérer ce qu’il y a de positif dans tout ça, car la lutte continue et il y a trop de cœurs qui ne trouvent pas leur place dans ce monde autoritaire et veulent ouvrir un sentier. Parce que nous l’avons fait dans le passé nous savons comment le fait encore dans le présent. Personnellement je vois un bon équilibre dans les luttes anti-autoritaires dans le monde, l’une ou l’autre diminue mais généralement le pronostic regarde bien.

Mais pour autant que la lutte avance, la répression avancera elle aussi, et mon cas sera utilisé pour rouvrir le coup monté de « l’Affaire des bombes », or je fais la suggestion d’être alertes, jamais à l’inaction mais plutôt la précaution, car mon auto-critique peut être appliquée par tous, l’idée est de la partager. Pas que je dise cela avec certitude ; c’est de la spéculation. Peut-être ne vont-ils pas tenter de piéger plus de gens, par peur de s’exposer au ridicule une fois de plus, ou peut-être vont-ils foutre dans les toilettes tout ce sur quoi mes accusations reposent, or l’appel est pour être éveillés, avec tous ces cinq sens, dans les rues.

Pour finir je veux dédier quelques dernières lignes à la personne avec qui j’ai voyagé aux premières heures de ce 1er juin. Hermanx (petit(e) frère/sœur), je sais que mon accident doit t’avoir marqué. Peut-être as-tu passé des nuits sans dormir, dans l’incertitude de la vie quotidienne, « Vont-ils apprendre que c’était moi ? Vont-ils me remarquer ? Vais-je me réveiller demain ou mourir dans mon sommeil ? Vais-je être trahi-e ? » Je me souviens d’une fois où je t’ai dis que malgré ma haine profonde envers cette ordure qui a poignardé sa compañera, je croyais comprendre que si on se trouverait dans une situation similaire, de voir si nous sommes aussi forts qu’on le dit, car j’ai toujours cru que la trahison est un ennemi intérieur. Et maintenant je peux te dire que ce petit homme n’a pas de couilles ! Je me rappelle aussi qu’avant de partir dans les rues cette nuit-là, je t’ai dit que j’y allais sans ma Kabbalah, une chose purement insignifiante, quelque chose que je croyais me porter chance. Tu m’as dit que c’était cinglé de croire en des choses comme ça, et par chance j’ai amené mon autre amulette. Je suis encore en vie et maintenant on peut rire de toutes ces absurdités. Hermanx, je veux que tu saches que même si je n’aurais jamais imaginé ces choses horribles qui ont joué avec ton cœur et ton esprit, je continue d’être la même petite tortue qui pue des pieds et qui dort par terre, et je ne vais jamais avoir à te reprocher quoi que ce soit, parce que cette nuit-là, c’était mon tour, tout comme par les fois passées où ça a été ton tour, et si quelque chose arrive, la deuxième personne s’enfuit, tel qu’on s’est entendu et tel que ça devait se passer. Parce que malgré que tu pourrais t’être plusieurs senti-e comme un-e traître, tu ne l’es pas. Dans cette guerre où on s’est engagé, il n’y a pas de mots pour nous comprendre. C’est possible que je ne te vois plus jamais, et si c’est le cas, bonne chance dans tout ce qui arrivera.

Je l’ai dit une fois et le dis encore avec fierté : Jamais vaincu, jamais repentant !

D’ici j’envoie ma chaude accolade aux gens qui marchent dans la clandestinité.

Avec Mauri présent dans ma mémoire !

Prisonniers de guerre, dans la rue !

Contre toute autorité !

En marche vers le néant créatif !

Traduction, par Anabraxas, du récent message de Luciano Tortuga, écrit d’entre les murs de la prison Santiago 1, déjà traduit en anglais des mains de ses camarades $hiliens.

(Amour et respect pour le guerrier « Tortue » !)

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Grève illimitée à l’hopital de Saint-Maurice (94)

Communiqué de la Coordination des Groupes Anarchistes – Région Parisienne

Fait à Vitry, le 23/01/2012

Les personnels des hôpitaux de Saint-Maurice ont entamé depuis le 17 janvier un mouvement de grève illimitée face à une direction qui met du zèle à concrétiser les rêves de Sarkozy et des idéologues du libéralisme. En effet, anticipant sur le paiement au mérite (à quand le paiement à la tâche ?) et profitant du pouvoir discrétionnaire que lui offre la loi, le directeur a décidé de hiérarchiser les salarié-e-s à travers la prime de fin d’année : toute absence, dès le premier jour, sera sanctionnée par un jour de carence supprimée, 1/140e de son salaire au premier tour de la prime et 150 euros de retrait sur le deuxième tour. Comme l’ont répété lundi les salarié-e-s à leur directeur, 150 euros, c’est un 10e d’un salaire mensuel pour un-e fonctionnaire de catégorie C.

Cette attaque contre les salarié-e-s, sous prétexte d’appliquer la loi, est dans la droite ligne de la destruction du service public hospitalier orchestrée par l’État : détruire un système de santé qui se veut égalitaire (par les franchises médicales, le déremboursement des médicaments, les suppressions de postes, la mise en concurrence des salarié-e-s de l’hôpital, la soumission à l’arbitraire du chef comme le révèle cette lutte, les fermetures de CIVG, de sites entiers, ou encore les fusions d’hôpitaux comme l’ont déjà connu les salarié-e-s en colère avec l’hopital Esquirol…) pour mieux donner au privé (cliniques, médecins en libéral, assurances et mutuelles etc.) des parts de marché juteuses. Au détriment de qui ? De la majorité de la population, dont déjà plus d’une personne sur quatre se restreint dans son accès aux soins, à cause des rémunérations de misère !

Et ils/elles devraient désormais venir travailler quand ils/elles sont malades, sous peine de perdre de l’argent ? Et au risque de contaminer les patient-e-s ?

Nous répondons à cela que les travailleuses et les travailleurs de la santé ont raison de se révolter et de choisir la voie de l’affrontement face à une direction malhonnête, méprisante, qui refuse de les écouter et qui n’hésite pas à menacer les salarié-e-s et leurs soutiens (comme lors de l’action du lundi 23). Nous apportons tout notre soutien à la grève illimitée des salarié-e-s des hôpitaux de Saint-Maurice pour une prime équitable, c’est-à-dire qui diminue les inégalités salariales en redistribuant d’abord aux plus bas salaires, comme cela se fait dans d’autres établissements.

Par ailleurs, la Coordination des Groupes Anarchistes se bat pour un service public de la santé gratuit, accessible à tou-te-s et géré directement par les travailleuses et travailleurs de la santé, en lien avec les usagers et les usagères, non par des directions autocrates au service de l’État et des capitalistes.

Les militant-e-s de la CGA – Région Parisienne

Pour nous contacter : region-parisienne
Pour contacter les militant-e-s du département : val-de-marne

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[Égypte] Les militaires sont des menteurs

Égypte : opération coup de poing contre les militaires

Un collectif d’Égyptiens dénonce les exactions commises par les militaires en diffusant artisanalement des films dans les rues du Caire.

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Des militants de Askar Kazeboon ont tendu un drap pour diffuser des images place Tahrir, lundi.

Des militants d’un nouveau genre sévissent dans les rues du Caire et dans l’Égypte entière. Leur nom : Askar Kazeboon (« Les militaires sont des menteurs », en arabe). Leur but : dénoncer les exactions commises par les militaires. « Avec des moyens techniques modestes, nous essayons de toucher les gens ordinaires, en leur apportant à domicile des images prouvant la barbarie et la brutalité des militaires contre les manifestants », explique Mohamed Madbouli, membre du mouvement Askar Kazeboon.

En groupe organisé, avec pour arme un vidéoprojecteur, un drap blanc en guise d’écran, un ordinateur portable et deux grandes enceintes, ce collectif projette en pleine rue des vidéos montrant des militaires qui déshabillent des jeunes filles, qui tirent sur la foule, qui matraquent des manifestants en sang. Le groupe souhaite sensibiliser les habitants analphabètes des quartiers défavorisés. « Cette opération cible nos parents, nos voisins, nos frères et soeurs, cette partie de la population qui n’a pas le réflexe naturel de se rendre sur les réseaux sociaux pour s’informer. Mon père ne va pas sur YouTube, mais regarde la télévision d’État, un média orienté qui lui offre un visage très lissé de l’armée », déplore le responsable du mouvement, Amr Al-Sunni.

Violence et émotion

Cette initiative pédagogique ne laisse pas les habitants indifférents, qui l’accueillent entre violence et émotion. « C’est dramatique que l’armée supposée nous protéger nous attaque comme ça… », s’insurge un jeune homme qui a arrêté sa mobylette, l’espace de quelques instants. Un membre du groupe s’approche d’un petit garçon assis sur le sol, visiblement happé par les images. Lorsqu’il lui demande ce qu’il comprend des scènes qu’il voit, le petit répond : « Je comprends que les martyrs de l’Égypte ont été jetés à la poubelle ; je comprends que les mères de ces martyrs sont très tristes… Il y a plein de cadavres… J’apprends beaucoup de choses. »

À l’écart du groupe, des hommes continuent de jouer aux dés et de fumer le narguilé. Il jettent des regards furtifs sur la projection qui leur est imposée. « Moi, ça ne me plait pas, ce que je vois sur l’écran. Je veux que l’Égypte se stabilise. Ce que fait ce mouvement est mal. Ils étalent notre linge sale devant les étrangers, alors que nous sommes des gens bien », s’agace un vieux monsieur. « Tout ça, c’est futile, tout ça enrage les gens, tous ces jeunes qui organisent cela ne peuvent pas être égyptiens, puisqu’ils bousillent notre image », intervient une femme. Elle interpelle violemment le cameraman venu filmer l’évènement : « Et vous, d’où venez-vous ? Vous n’êtes certainement pas égyptien, pour filmer ces bêtises. »

Place Tahrir

Les locataires des immeubles alentour, interpellés par le bruit des haut-parleurs, sortent sur leur balcon et reçoivent les images en plein visage. La rue se fait soudain silencieuse. Qu’ils soient pour ou contre cette opération, les passants contemplent les images très attentivement…

Le 25 janvier, jour anniversaire de la révolution égyptienne, les militaires fêteront cette date qu’ils ont décrétée journée nationale, et des médailles seront décernées aux militaires « qui ont participé à la révolution ». Pendant ce temps, les membres de Kazeboon comptent bien venir tendre leur drap sur la place Tahrir pour projeter un nouveau film…

Leur presse (Fatiha Temmouri, LePoint.fr), 24 janvier 2012.

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