[Tours] Porte par porte

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Dans le cadre de la semaine d’actions appelée par le mouvement des papiers et des logements pour tous, une série de lieux ont été préalablement ciblé et diffusé publiquement. Sur l’ensemble quatre ont été occupé, à savoir l’ASE (l’aide social à l’enfance), le CCAS (centre communal d’action social), l’OPAC (office HLM), la DDCS (la direction départemental de la cohésion social).

L’OPAC pour lui demander des comptes sur sa gestion des logements vides. La DDCS et le CCAS dans le cadre de leurs missions de services publics et d’action social. L’ASE afin qu’elle remplisse son rôle d’hébergement des familles à la rue.

Toutes ces occupations ont été décidé dans le but de renforcer le rapport de force entamé avec ces autorités (Conseil Général, Mairie, préfecture). Tous les responsables rencontrés nous ont longuement détaillé les raisons administratives et financières qui les poussent à laisser ainsi de plus en plus de familles et d’individus à la rue.

Dans la nécessité d’être efficace, nos actions ont ciblés les différentes articulations entre les pouvoirs, afin de les isoler les uns des autres et d’accentuer les contradictions et les failles entre ceux-ci.

Nous les avons notamment interpellés sur leur choix politiques et systématiques en faveur des mesures d’urgence et de l’hébergement précaire. Alors que plus d’une centaine d’appartements vides de l’OPAC ont été recensé en quelques semaines sur le seul quartier du sanitas et que ces mêmes autorités reconnaissent qu’il y a au minimum plus de 2000 logements vides à Tours.

Il apparaît dés lors évident qu’il s’agit d’une réelle volonté de paupérisé, d’exclure et de désolidariser certaines catégories de population.

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Comme à son habitude, le pouvoir en place s’est quelque peu emballé. Il a lui même mis en état de siège ces propres locaux. Un important mais toutefois inefficace dispositif policier était présent, accompagné de son lot de menaces téléphoniques et de contrôles d’identité.

Par la même occasion, nous en profitons pour saluer les différentes actions et initiatives dont nous avons pris connaissance par les représentants du pouvoirs eux-mêmes. Entre autres, les parpaings déposés à la permanence de Marisol Touraine, les différents messages laissés aux frontons de certaines administrations et des domiciles de quelques élus.

18 février 2012.


DDCS

Jeudi 16 février, direction départementale de la cohésion sociale (DDCS).

Monsieur Viard ferme sa porte et demande à la police d’expulser ces « imbéciles » qui se sont invité.e.s.

Une fois le ménage fait, Monsieur Viard, du quatrième étage crie qu' »il faut prendre rendez-vous ».

Un rendez-vous est donc pris le lendemain, vendredi 17 février, à 11H30.

Mais vendredi, évidemment, Monsieur Viard est malade et donc absent.

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19 février 2012.

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[Caen] Menace d’expulsion imminente du Mât noir

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Dernières nouvelles du Mât Noir expulsion imminente !
Cette fois, l’arbalète n’a pas loupé sa cible !

« L’arbalète », l’association paravent des bonnes sœurs de Notre Dame de la fidélité a obtenu gain de cause auprès du tribunal de grande instance le 9 février 2012.

L’association a effectivement obtenu, en référé, l’expulsion sous 48 heures du collectif d’occupant-e-s et de l’ensemble des habitant-e-s du squat « le Mât Noir » se trouvant au 26 avenue de Creully. Ne se satisfaisant pas d’avoir à expulser des personnes précaires se trouvant dans l’impossibilité de reprendre dans l’immédiat un logement, le juge a exigé, de chacune de ces personnes, 300 euros au titre de frais divers (administratifs, honoraires…). L’article 700 du code civil ne s’applique habituellement qu’à des personnes solvables. Par cette application, le juge cherche à aggraver la précarité de leur situation.

Nous dénonçons également l’illégalité de cette décision prise par le Tribunal de Grande Instance alors que celui-ci n’est absolument pas habilité à statuer sur ce type de décision. Seul le juge d’instance, en vertu du code de l’organisation judiciaire, en avait la compétence. Ce déni de leurs propres lois prouve encore que le système juridique est un organe de protection des plus puissants.

Ce squat est menacé d’expulsion alors qu’aucun projet de réhabilitation ne s’y rattache. Cette précipitation matérialise leur volonté politique de faire disparaître toutes formes d’initiatives contestataires et d’en briser la dynamique. Elle s’associe à nos yeux à ce projet que poursuit l’État de « nettoyer » le paysage politique de toutes ces logiques qui viennent contrarier ses préceptes intrinsèquement autoritaires et anti-démocratiques alors qu’il y laisse s’y exprimer des partis liberticides, xénophobes, autoritaires, avides de pouvoir.

Le projet que nous associons à chacun des squats que nous ouvrons est d’en faire un espace où l’on puisse librement s’exprimer et s’émanciper de toutes les formes d’oppression que l’État nous fait subir quotidiennement.

Dans la perspective de résister à l’expulsion du « MâtNoir » et d’en maintenir ses activités politiques, nous appelons à un rassemblement le Samedi 25 février à 15 heures Place Bouchard.

Collectif du Mât Noir, 16 février 2012.


À Caen, les squatteurs du « Mât Noir » expulsés sous 48 heures ?

Un huissier de justice serait passé, ce mardi 14 février, à 14h…

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Une salle de réunion, un petit salon où du café est régulièrement servi, des chambres…

Depuis la mi-décembre, une vaste demeure en pierre du XIXe siècle, sur trois étages, située au 26 avenue de Creully, à Caen (près du Jardin des plantes), est occupée par des militants qui dénoncent la spéculation immobilière… Baptisé le « Mât Noir », ce « squat politique autogéré » fait l’objet, depuis plusieurs semaines, d’une ordonnance d’expulsion immédiate.

Selon le site militant, Résistances, la procédure « s’accélère ». L’expulsion est désormais possible « sous 48 heures », estime Résistances.

Un huissier de justice serait ainsi passé ce mardi 14 février, à 14h. Et « une réunion d’urgence » doit se tenir, ce soir, à 18h, au squat.

Néanmoins, selon nos informations, l’intervention policière ne serait pas si « imminente ».

Les squatteurs (Ndlr : dont certains étaient déjà à l’origine du squat Le Pavillon Noir, boulevard Raymond Poincaré, sur la rive droite de Caen, dont ils avaient été expulsés à l’été 2010) « n’acceptent pas que des grands financiers et promoteurs agencent nos cadres de vie à leur guise »…

Au 26 avenue de Creully, ils organisent des portes ouvertes, chaque mercredi, pour expliquer leur démarche.

La justice a été saisie par l’association L’Arbalète, qui représente les intérêts de la congrégation religieuse Notre-Dame-de-la-Fidélité, basée à Douvres-la-Délivrande, et propriétaire des lieux.

Une plainte a été déposée au commissariat de Caen, mais les squatteurs s’estiment dans leur « bon droit », jugeant « insupportable » de voir des logements vides comme celui-ci, et ce, « depuis 2006 ! ».

L’institut Saint-Joseph envisageait, un temps, de construire une école sur le site, mais le projet n’a jamais vu le jour.

Leur presse (Briac Trébert, Côté Caen, 14 février 2012)

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[Azawad] Mise au point sur le carnage d’Aguelhoc (2)

Communiqué n° 06 du 15/02/2012-MNLA
Mise au point sur ce qui s’est passé les 18 et 24 janvier 2012 dans la localité d’Aguelhok (cercle de Tessalit, Région de Kidal)

De nombreux dommages ont été causés les 18 et 24 janvier 2012 à Aguelhok par des bombardements des hélicoptères de l’armée malienne.

Des civils, des militaires loyalistes, et aussi des militaires maliens qui venaient de se constituer prisonniers au MNLA, ont perdu la vie à la suite des tirs aveugles venus de ces hélicoptères.

Ils ont tiré aussi bien sur la caserne que sur tout ce qui bougeait dans la ville, faisant de nombreuses victimes civiles et militaires. Il faut savoir que les pilotes maliens de ces hélicoptères, inexpérimentés, allaient au feu pour la première fois. Ce fut un carnage.

Pendant que les hélicoptères arrosaient tout ce qui bougeait au sol, tout ce qui bougeait à l’intérieur et dans les environs de la caserne, et dans les rues de la ville, d’autres renforts maliens tentaient d’entrer dans la ville, tirant à distance sur Aguelhok à l’arme lourde, causant d’autres victimes.

Pour échapper aux tirs d’hélicoptères et pour éviter de continuer à mettre les civils en danger, les troupes du MNLA se sont retirées bien avant l’arrivée des renforts de l’armée malienne.

Le mouvement s’étonne des assertions mensongères le mettant en cause et s’interroge sur les responsabilités de l’armée malienne dans l’usage non maîtrisé de la force et notamment contre des populations civiles désarmées. Il demande à des experts internationaux d’établir la réalité des faits lors des combats d’Aguelhok, spécifiquement sur le rôle des hélicoptères de combats de l’armée malienne, de leurs pilotes mercenaires et de milices combattantes pour Bamako, dans les causes du décès de ressortissants maliens.

Les accusations d’exécutions sommaires lancées par l’État malien contre le MNLA ne sont là que pour dissimuler les bavures commises par son armée, maquillées pour accuser l’adversaire.

Ces mensonges grossiers ont servi à attiser la haine entre les populations du Nord et celles du Sud et ont eu pour graves conséquences les pogroms à Bamako et dans d’autres villes début février, et l’exode de dizaines de milliers de familles touarègues et arabes de toutes les villes du Mali vers les pays voisins, où l’on recense déjà plus de 50.000 réfugiés.

Il est facile, quand on perd une opération ou une guerre de trouver des montages grossiers pour remonter le moral des troupes et du peuple en mentant à ceux qui n’étaient pas présents sur le terrain.

Quand on a des troupes qui perdent chaque jour du terrain, des troupes qui refusent de se battre, des troupes qui ne reçoivent plus d’approvisionnement et qui souvent se rendent dès les premiers coups de feu, il est plus facile d’accuser le MNLA des méfaits causés par l’armée, plus facile d’accuser le MNLA de collusion avec AQMI, alors qu’on sait que ce dernier est en fait allié à l’État malien pour chasser les Touaregs de leur territoire. Le mouvement souligne qu’en dépit d’assertions infondées, à aucun moment les forces du MNLA n’ont combattu aux côtés de terroristes. Enfin le MNLA note que l’impunité d’AQMI au Nord-Mali est directement imputable au pouvoir malien et à sa politique de compromis avec l’organisation terroriste.

Nous accusons l’État malien d’un montage grossier pour justifier les exactions de son armée.

Nous accusons l’État malien d’attiser la haine entre les communautés.

On comprend que les accusations lancées par le Mali à l’encontre du MNLA ne sont qu’une tentative qui ne trompe personne pour dissimuler les exactions et les défaites de son armée.

Le mouvement, représentatif de l’ensemble des communautés de l’Azawad, a été contraint à l’action armée par le refus répété du Mali de respecter les engagements internationaux signés et d’ouvrir des négociations directes. Depuis la reprise des hostilités, soucieux de protéger les vies humaines, le mouvement a plusieurs fois renouvelé sa disposition à négocier directement avec Bamako sous l’auspice d’un médiateur international.

Hama Ag
Sid’Ahmed, porte-parole, chargé des relations extérieures du MNLA

Communiqué du MNLA, 15 février 2012.

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Une nouvelle médaille pour l’institution carcérale

65’999 détenus dans les prisons françaises, nouveau record

Le nombre de détenus dans les prisons françaises a atteint le 1er février un nouveau record historique, avec 65’699 personnes incarcérées, selon les statistiques mensuelles de l’administration pénitentiaire (AP) publiées vendredi. Le précédent record était de 65’262 détenus au 1er décembre 2011.

+ 6,4% en un an. Le nombre de 65’699 personnes incarcérées au 1er février représente une hausse de 6,4% sur un an (61’771 au 1er février 2011) et de 1,4% sur un mois (64’787 au 1er janvier 2012).

114,8% de taux d’occupation. Il y a au 1er février 57’213 places de prison disponibles, ce qui représente un taux d’occupation de 114,8% (113,2% au 1er janvier).

Le nombre de personnes prévenues (en attente de jugement) s’élève à 16’463, soit le quart des personnes incarcérées. Les mineurs détenus sont 723 au 1er février, en hausse de 1,5% par rapport au mois précédent (712).

Leur presse (Agence Faut Payer, 17 février 2012)

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Bas les pattes d’Indymedia Athènes !

Suite à l’attaque généralisée contre l’ensemble de la société au niveau des droits du travail, des droits sociaux et des droits politiques et suite à la réponse massive de celle-ci dimanche dernier, le 12 février, avec le rassemblement de centaines de milliers de manifestants à travers toute la Grèce, le Pouvoir joue sa dernière carte, celle de l’intensification de la répression pour contenir la rage sociale.

Dimanche matin, des douzaines d’activistes ont été enlevés par l’État Terroriste, certains même dans leurs maisons. Quatre manifestants d’Athènes, défenseurs du droit de vivre et non simplement de survivre, ont été emprisonnés avant leur procès, qui ne commencera qu’après plusieurs mois. D’autres furent poursuivis trois jours après les rassemblements et les manifestations dans d’autres villes grecques. Quelques jours avant cela, les chaînes de télévision et les médias, les politiciens vendus et les collaborateurs des cadres de la Troïka ont mis en question le fonctionnement et l’existence d’Indymedia.

Lors d’une annonce vendredi après-midi, 17 février, le Recteur de l’École Polytechnique d’Athènes a averti le public de coupures de courant dans les bâtiments universitaires au prétexte des travaux de maintenance. Ainsi, ils ont trouvé une façon de bâillonner athens.indymedia.org en coupant l’électricité. Dimanche dernier, 12 février, pendant les grandes manifestations qui avaient lieu à travers le pays, le serveur d’Indymedia Athènes avait déjà subi des cyber-attaques.

Ces nouvelles sentent la répression de l’État à plein nez, particulièrement si nous prenons en compte la chronologie et les pressions de la semaine dernière, avec le durcissement de l’attitude du régime. Ce sont de mauvaises nouvelles en vue des prochaines mobilisations de protestation d’une grande partie de la société, ce dimanche 19 février. En effet Athènes Indymedia est l’un des rares espaces clés où les événements sont communiqués par les participants sans aucune médiation ou manipulation par les médias de masse.

Mais ils continueront à nous trouver face à eux.

P.-S. : Nous n’avons pas oublié, bien sûr, toutes les manipulations répressives précédentes de la part de l’État – des efforts qui ont échoués – en coordination avec les fascistes, à une époque où la coopération n’était pas officialisée (comme c’est le cas aujourd’hui avec le gouvernement de coalition) et le gouvernement était censé garder une certaine distance formelle…

Sur https://chat.koumbit.net vous pouvez vous connecter au canal IRC d’Indymedia Athènes pour obtenir des nouvelles à jour, en choisissant un surnom [Nicknames:] et tapant #athens dans le champ [Channels:]

GoubliGoubla, 19 février 2012.

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« On vous laisse entre vous » : retour sur le procès des meurtriers d’Hakim Ajimi

Le verdict n’est pas encore rendu, mais il est déjà acquis que le procès des policiers responsables de la mort d’Hakim Ajimi – mort étouffé le 9 mai 2008 à Grasse – a tourné au simulacre de justice. D’accusés, les policiers sont rapidement passés au statut de victimes ; tandis que la vraie victime, celle qui y laissa sa vie, était rabaissée au rang de délinquant psychotique. Retour sur le procès.

Quatre ans après la mort d’Hakim Ajimi, étranglé par la police le 9 mai 2008 à Grasse, le procès des responsables de sa mort s’ouvrait enfin. Quatre ans qui n’auront pas suffi à « apaiser les esprits ». Mais qui permettront au président de minorer le poids de témoignages accablants pour la police, au nom de la mémoire tour à tour « vague  » ou « défaillante  » de ceux qui accusent les policiers. Un délai suffisant, aussi, pour que le tribunal mette les témoignages au second plan et se concentre sur le procès du bon usage des techniques d’immobilisation de la police. Quatre ans de luttes, de procédures coûteuses, au cours desquels la famille et les proches d’Abdelhakim Ajimi n’auront pas pu faire leur deuil. Quatre ans pour aboutir à une nouvelle hoggra, cette fois à travers les réquisitions d’un procureur qui le 19 janvier, au terme de quatre jours de procès, requiert des peines de prison avec sursis n’excédant pas 18 mois pour les 7 policiers impliqués.

***

Le déroulé des faits : de l’altercation à la banque à la mort d’Hakim

Le 9 mai 2008, à Grasse, Abdelhakim Ajimi, 22 ans, se présente au guichet de sa banque. Son compte sans provision ne lui permet pas de retrait d’argent. Face au refus, Hakim se dispute avec une employée de l’agence, puis avec son directeur. Tous deux font appel aux forces de l’ordre en fournissant l’identité de leur client contestataire. Walter Lebeaupin et Jean-Michel Moinier reçoivent l’appel à 14h40. Ces deux agents de la brigade anti-criminalité connaissent Hakim pour l’avoir déjà contrôlé. Ils roulent au pas sur le boulevard Victor Hugo, une artère du centre-ville de Grasse, lorsqu’ils aperçoivent le jeune homme qui rentre tranquillement chez lui. Il est à deux cent mètres du domicile familial. Moinier et Lebeaupin décident de l’interpeller. Ils arrivent à sa hauteur, l’encadrent, et lui ordonnent de les suivre. Hakim refuse d’obtempérer à l’injonction des agents. Immédiatement, les fonctionnaires de police ont recours à la force. Ils le saisissent chacun par un bras pour le déséquilibrer et le mettre au sol. Dans la précipitation, ils chutent tous les trois et Moinier se luxe une épaule. Toujours agrippé par les deux policiers, Hakim réussit à se relever et tente de se défaire de l’emprise des deux agents.

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À ce moment, Lebeaupin intensifie la violence de l’interpellation : il pratique une clé au cou sur Hakim et le plaque au sol. Moinier s’assoit à califourchon sur le haut de ses jambes. Ils l’immobilisent et le menottent les mains devant. Ils commencent à lui menotter les pieds quand trois policiers municipaux viennent leur prêter main forte. L’un d’eux, Jim Manach, déclare qu’à son arrivée, Hakim est «  face contre terre, les mains menottées ». Il se pose sur les jambes pour finir de lui menotter les chevilles. À pied, en moto et en voiture, quatre autres policiers arrivent, ce qui porte le nombre d’agents à neuf. Pendant ce temps, Lebeaupin maintient la clé d’étranglement sur Hakim. Moinier déclare s’être relevé après l’arrivée de Manach pour asséner un ou deux coups de poing au visage d’Hakim avant de reprendre sa position. Devant toute cette agitation, un attroupement s’est formé ; des habitants du quartier, des passants, des employés de la sous-préfecture décriront la scène.

L.G., l’un des témoins, lance aux policiers qu’il est inadmissible de frapper un homme au sol et maîtrisé. De plus, il les avertit que le visage violet d’Hakim indique qu’il est en situation de détresse respiratoire. Moinier demande aux municipaux d’interpeller L.G. pour ivresse publique manifeste, tandis que Lebeaupin maintient l’étranglement. Au commissariat, le témoin ne subira aucun test d’alcoolémie et ne sera pas placé en cellule de dégrisement. Il est simplement entendu par l’OPJ puis relâché. Tout au long du procès, le juge Robail discréditera plusieurs témoins à charge en leur rappelant que le temps abîme les mémoires… surtout celles qui accusent les flics.

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À 15h03, trois sapeurs-pompiers arrivent sur les lieux. Ils affirment avoir été immédiatement informés du fait que leur intervention avait été sollicitée pour un policier blessé et que, de ce fait, en bons professionnels, ils ne se sont pas souciés de l’état d’Hakim. Moinier est pris en charge par les secouristes pendant que Lebeaupin et Manach soulèvent le corps de Hakim, le portent, puis le jettent « comme un sac à patates » dans le monospace des municipaux. À cet instant, de nombreux témoins parmi lesquels des policiers, indiquent que Hakim était inconscient : «  il ne bougeait plus », « était mou comme une guimauve », « la tête pendante  », « les pieds qui traînaient par terre »… Les témoins des deux parties vont quasiment tous dans ce sens.

De même lorsqu’il s’agit de déterminer la position de Hakim pendant le transport vers le commissariat. Les policiers dans le véhicule, Mireille Authier-Rey et Pierre Locatelli, déclarent que Hakim a été « mis à l’horizontal et jeté sur la banquette arrière. Il a immédiatement roulé sur le plancher du véhicule et s’est retrouvé allongé entre la banquette arrière et les sièges avant… », pour finalement être conduit la tête en bas entre les sièges et les pieds en l’air. La commission nationale de la déontologie et de la sécurité, pourtant composée de magistrats et de flics, dans un rapport adopté le 12 avril 2010, considère que les quatre agents qui l’ont transporté « ont fait preuve d’inhumanité ». Ce n’est qu’à leur arrivée au commissariat qu’ils ont constaté qu’Hakim était bleu. Après une tentative de réanimation qui échoue, son décès est constaté une heure plus tard.

Par ailleurs, aucune suite n’a été donnée à la demande de l’IGPN d’accéder aux images d’une caméra de surveillance de type dôme (champ de vision 360º) située à quelques mètres, au niveau de la sous-préfecture.

***

« C’est la capitale mondiale du parfum mais ça pue à Grasse »

Après la mort de Wissam El Yamni à Clermont-Ferrand (lynché par la police le soir du réveillon sous les yeux de ses amis), le non-lieu requis dans l’affaire Ali Ziri ou encore la mort d’Abdelilah El Jabri à Aulnay-sous-bois, le procès des policiers responsables de la mort d’Abdelhakim Ajimi, étranglé par la police le 9 mai 2008, pouvait donner l’impression qu’au fond les choses se rééquilibraient : les policiers seraient eux aussi des « justiciables ». Pourtant, il n’aura fallu qu’une journée d’audience pour que cette illusion vole en éclats. La famille, les proches et les soutiens étaient venus pour exiger des explications, la reconnaissance par la justice d’un crime policier, mais ils n’ont eu droit qu’au procès d’Hakim Ajimi. À entendre le président du tribunal, ses assesseurs, les accusés, on aurait pu croire que le procès était destiné à déterminer dans quelle mesure et de quelle manière Hakim Ajimi avait justifié l’intervention de la police et ainsi provoqué sa propre mort par « asphyxie lente ».

« Impunité policière, justice complice », voilà le slogan qui était dans toutes les bouches, et qui trouve une nouvelle illustration avec ce procès où, au fond, la justice a joué son rôle, montrant encore une fois la solidarité entre les différentes composantes de l’appareil d’État. Dès le premier jour, le président du tribunal glisse à Walter Lebeaupin [Lebeaupin intègre la police comme simple agent de sécurité en 1998, avant d’être affecté au commissariat de Garges en 2002 puis à la BAC de Garges. Il arrive en 2005 à Grasse. Les agents de la BAC impliqués ont tous deux exercé en région parisienne, ce qui explique les demandes répétées du président, les priant de faire des comparaisons entre la « délinquance » en région parisienne et dans le Sud. Étant donné l’organisation de la ville, la segmentation raciale de ses quartiers et les impératifs en termes de maintien de l’ordre dans une commune qui se doit de rester attractive, le travail de harcèlement et de production de la délinquance de la BAC a sans doute des spécificités à Grasse par rapport à des villes comme Melun ou Garges.], l’un des agents de la BAC accusé d’homicide involontaire et de non-assistance à personne en danger : « on ne fait pas le même métier mais pas loin » , ajoutant « nous sommes tous des professionnels de la délinquance ». Car c’est bien de cela qu’il s’agissait : déterrer un cadavre, fouiller dans le passé d’Hakim Ajimi afin de savoir ce qui dans sa « personnalité  » et ses « antécédents  » aurait rendu l’intervention policière plus légitime, et sa conclusion mortelle plus compréhensible.

Bien entendu, ce procès n’aura pas été celui de la BAC grassoise, d’une police vouée au maintien de l’ordre dans une commune riche et ségréguée de la Côte d’Azur. Une ville pas assez policée au goût de certains, dotée, jusqu’à récemment, comme le déplorera un ancien commissaire de police grassois, d’un « commissariat non-dimensionné aux institutions que la police doit protéger, la sous-préfecture et la maison d’arrêt [La maison d’arrêt de Grasse, établissement à « gestion déléguée », a ouvert en 1992 et est régulièrement présentée comme une prison « modèle ». Elle est située sur les hauteurs de Grasse, non loin du centre-ville. Elle a remplacé l’ancienne prison qui jouxtait le palais de justice. L’ancien commissaire sera lui exaucé dans ses vœux sécuritaires, avec l’inauguration fin octobre 2008, quelques mois après la mort d’Hakim, d’un nouveau commissariat, « digne de la mission qu’on leur demande d’accomplir », d’après le maire de Grasse. Le directeur départemental de la sécurité publique ajoutera : « Ce commissariat, c’est d’abord une marque de respect vis-à-vis de la population, des victimes et des policiers de la circonscription ».] ». Une ville dont l’identité a été façonnée par la forte population de « rapatriés d’Algérie ». Il n’y a pas si longtemps, en juin 1973, le maire déclarait, justifiant la ratonnade qui avait suivi une manifestation de travailleurs immigrés : «  Les Arabes se comportent dans la vieille ville comme en terrain conquis […] ces gens-là sont différents de nous […], c’est très pénible d’être envahis par eux ». C’est en parcourant les enclaves tunisiennes, disposées à certains points de la géographie sinueuse de la ville, que l’on peut recueillir encore aujourd’hui un tout autre son de cloche. À l’image de B., un ami d’Hakim qui résumera en quelques phrases une question qui n’aura jamais fait surface lors du procès de ses meurtriers : « Ici, je suis un arabe, je travaille pour ce pays, je me casse la tête et à la fin je vois que des semblables, des gars comme moi, se retrouvent morts pour rien du tout : ils ont aboli quoi, la peine de mort ? Non, ils l’ont pas abolie. » Des lignes de partage raciales inscrites dans la géographie, dans la manière dont se façonnent les amitiés et les solidarités ; dans cette ville certains, ceux sur qui pèsent une suspicion et une surveillance accrues, peuvent affirmer : « C’est pas un quartier ici, c’est chacun sa merde, c’est un cimetière ».

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Un procès verrouillé

Dès le premier jour, le cadre est fixé par un président décidé à fermement conduire les débats dans une direction bien définie : « La question est de savoir si ces gestes enseignés à l’école de police ont été appliqués dans la juste mesure de la nécessité de l’interpellation », déclarera-t-il dès l’ouverture du procès. Des gestes « dont l’utilité n’a jamais été contestée » : la seule question est de savoir « s’ils ont été appliqués plus que nécessaire », « voilà les termes du débat ». Par ces quelques mots, le débat est d’emblée circonscrit au terrain de l’expertise, des expertises, et nul ne viendra contester cette délimitation au cours du procès. Il ne s’agira dès lors que de déterminer la régularité des techniques employées et la « proportionnalité » de leur application. « Proportionnalité », le maître mot d’un procès qui semblait mettre dans une balance comptable la mort d’Hakim Ajimi ; d’une part le moment où elle est survenue et ses causes, d’autre part l’intensité, la bonne ou mauvaise mesure de l’intervention policière que personne ne songera à mettre en cause au sein du tribunal. À la lecture de la déclaration d’Henri Martini du syndicat SGP Police, la concordance entre la conception policière et celle du tribunal est d’ailleurs frappante : « Les policiers de la BAC sont intervenus légalement et ont employé les techniques d’immobilisation telles qu’elles sont enseignées dans les Écoles Nationales de Police. Les policiers de la BAC sont des professionnels qui sont en première ligne contre la délinquance et la criminalité. »

En subordonnant les débats à l’exécution d’une justice comptable, le président fera mine de quantifier du haut de sa neutralité les torts et les bons points de chaque partie pour mieux faire oublier qu’il évacue toute une série de questions primordiales. Tout au long du procès, le président a pesé dans sa balance les « éléments à décharge » (les témoins déclarant qu’Hakim était agité, la régularité de techniques enseignées à l’école de police) et les « éléments à charge » (les témoins affirmant qu’Hakim n’était pas agité, qu’il était inanimé quand les policiers l’ont jeté dans la voiture, le rapport de la CNDS [Le rapport de la CNDS est consultable ici. Ce rapport a largement été cité au cours du procès, et ce même par le tribunal. Signe de la hiérarchie des discours caractéristique de ce type de procès et plus largement du fonctionnement de l’appareil judiciaire, la CNDS sera souvent évoquée car le rapport est, selon les mots du président, « un avis autorisé », émis par des « gens responsables », puisqu’elle compte notamment d’anciens policiers en son sein.]). Pour lui, la vérité était donc au milieu du gué, une vérité qui apparaîtrait une fois tranchée la question de l’excès éventuel d’une intervention policière de toute façon légitime et nécessaire [Le président effleurera à deux reprises la question de la légitimité de l’intervention policière et de « l’incident » à son origine. Le premier jour, il déclare : « Si Monsieur Ajimi n’avait pas résisté, s’il avait comparu pour ces violences, il n’aurait pas nécessairement été condamné ». Il se contredira dès le lendemain, affirmant : « Monsieur Ajimi aurait nécessairement été condamné pour ces violences. »]. Cette petite mise en scène de justice comptable lui permettait en réalité de ne jamais poser les questions du rôle de la police, de la fonction de ses interventions, du racisme structurel inscrit dans sa mission de maintien de l’ordre et du soutien indéfectible de la justice dont bénéficie la police. Une complicité que résume bien M., un proche d’Hakim : « C’est une mafia, il y en a un qui tue, et l’autre qui le protège ».

En revanche, l’« agitation » d’Hakim Ajimi n’aura jamais qu’une interprétation : « rébellion », « violences », « comportement récalcitrant ». À aucun moment ne sera envisagée la possibilité qu’il ait pu s’agir de gestes de survie. Signe d’un procès où l’aura de puissance d’un corps d’État est en jeu, les avocats de la défense se référeront souvent à Hakim comme à l’« agresseur ». Ce renversement des rôles où la police, pourtant accusée, trouve matière à se faire l’accusatrice, est parfaitement illustré par les déclarations de l’avocat de Jim Manach, l’un des policiers municipaux inculpés. Évoquant la foule qui assistait à la mise à mort d’Hakim Ajimi, l’avocat de Manach insistera sur cette foule qui pouvait devenir hostile : « des gens torses nus en pleine ville, qui utilisaient leur téléphone portable. Pour quoi faire ? Je ne sais pas. » Xavier Tabet, policier municipal entendu comme témoin, déclarera qu’il régulait la circulation mais veillait également de loin à ce qu’il n’y ait pas «  d’autres agresseurs  » dans la foule.

La psychiatrie au secours de la police

Au cours de ce procès, la psychiatrie aura été la meilleure alliée du tribunal et de la défense. De manière paradoxale. En effet, si la psychiatrie a pris une place croissante au cours du procès, aboutissant à dresser un portrait d’Hakim en « déséquilibré », aucun expert psychiatre ne sera entendu et les rapports psychiatriques seront évoqués de manière répétée mais superficielle. Il était sans doute plus facile de faire apparaître le spectre de la folie furieuse que d’étayer de façon convaincante cette hypothèse fragile. Hypothèse d’autant plus absurde quand on sait le caractère relativement banal d’hospitalisations aussi courtes que celles connues par Hakim, et pour des motifs « médicaux » aussi peu définis.

Tout d’abord mis au second plan, le portrait d’Hakim en « dément  » et les extrapolations sur sa « maladie mentale » prendront progressivement de l’ampleur, aboutissant à présenter Hakim Ajimi comme un « déséquilibré » dont la résistance à l’arrestation ne saurait être que l’« agitation » incontrôlable d’un « malade ». Deux séjours d’une dizaine de jours à l’hôpital psychiatrique en 2007 et 2008 et un assesseur rabattant de façon récurrente les débats sur la « maladie de Monsieur Ajimi » suffiront pour offrir un motif valable à la violence policière.

Bien entendu, la mobilisation du discours psychiatrique (qui n’est cependant pas allée jusqu’à l’audition d’un expert psychiatre qui aurait sali « scientifiquement » la mémoire d’Hakim) a évacué la question de la psychiatrisation de la société, de la multiplication des hospitalisations courtes, qui concernent un nombre croissant de personnes, et, plus fondamentalement, du rôle de la psychiatrie comme science du maintien de l’ordre – médicalisant les réactions à l’humiliation, à la domination et à la violence légale. Non, dans ce tribunal, seules les figures du fou dangereux, de l’irruption violente, de la crise, ont émaillé le procès.

Ainsi, toutes les catégories les plus vagues et les plus creuses de la psychiatrie seront mobilisées : « impulsivité pathologique », « agressivité », «  comportement désadapté », « apport toxicomanique conséquent » (en parlant de cannabis, et en reprenant les poncifs sur les liens entre consommation de cannabis et « psychoses »). Le tribunal ira jusqu’à présenter l’« agitation » d’Hakim (« ce Monsieur était un malade en crise », selon le président [Le président ajoutera, à propos d’un travail de plongeur dans un restaurant qu’Hakim avait occupé, qu’il s’agit d’un travail « basique mais qui correspond bien aux jeunes garçons avec son profil ».]), sa « violence », comme l’éclosion sur le tard d’une maladie mentale. Une violence « pathologique » et donc incontrôlable, justifiant ainsi une intervention « musclée ». On comprend dès lors que le tribunal se soit accroché à ce fil, susceptible d’amoindrir la responsabilité policière. L’assesseur demandera ainsi à Jean-Michel Moinier [Moinier débute sa carrière par 4 ans de police secours, puis intègre la BAC Seine et Marne de 1996 à 1999. Il part ensuite trois ans en Slovaquie. De retour à Melun, il intègre la police de proximité, avant de devenir chef de la BAC de jour Melun, de 2003 à 2005. Il arrive à la BAC de Grasse en 2005.], l’un des deux membres de la BAC inculpés : « est-ce qu’on vous a appris à faire la différence entre l’interpellation d’une personne saine d’esprit et celle d’un dément ? » Le président ira dans le même sens en ajoutant que les troubles psychiatriques sont nombreux dans la population délinquante.

Ce rôle puissamment normatif du discours psychiatrique apparaîtra également clairement dans les propos du Dr Duhamel qui, évoquant les rapports psychiatriques pondus sur Hakim (ceux-ci mentionnant pêle-mêle « agressivité verbale », «  délires sous-jacents  », « conduites addictives »), conclura : « on a toujours un comportement pas vraiment social ». Les seuls à vraiment contester ces discours d’« experts » seront le père d’Hakim, Boubaker Ajimi, et Walid Klai, un proche d’Hakim et de la famille Ajimi. Tous deux refuseront de reconnaître « l’impulsivité pathologique » ou les propos délirants attribués à Hakim. Le visage fermé devant le mépris et le paternalisme qui se dégageaient de l’attitude du président, loin de la bienveillance à l’égard des « victimes  » que l’on trouve généralement dans les tribunaux, M. Ajimi maintiendra qu’Hakim n’était pas violent ; ce à quoi le président répondra : «  si, c’est vous qui l’avez dit, il est violent par paroles ». Une nouvelle fois on aurait pu croire qu’il s’agissait du procès d’Hakim Ajimi, de sa famille, de son père auquel le président, visiblement insatisfait des réponses qu’il apportait à ses questions, lancera : « il est important pour un père qui a perdu un fils de s’interroger sur son comportement ».

« Dangereux pour lui-même et pour autrui »

Une fois posés les deux premiers éléments de la conception du tribunal, la question de la proportionnalité d’une intervention légitime et la violence d’un fou furieux, ne restait plus qu’à développer la rhétorique de l’exception ou, en d’autres termes, de la « bavure » : un déplorable « accident » qui ne doit pas se répéter mais qui peut cependant être expliqué.

Ce sera tout le sens du témoignage de moralité de Véronique Morandi, commissaire principal de Grasse jusqu’en 2009 [Un canard de la presse régionale, Cannes soleil, la présente ainsi en mai 2009, à l’occasion d’un entretien : « Commissaire centrale à Grasse pendant près de six ans, après avoir été adjointe au commissaire central à Antibes durant seize années, Véronique Morandi a eu de multiples occasions d’être confrontée aux “spécificités“ liées à chaque secteur, comme par exemple la maîtrise de mutineries à la maison d’arrêt de Grasse. » Dans le commissariat de Cannes qu’elle dirige alors, en février 2011, une note interne demande aux fonctionnaires d’interpeller prioritairement les « ressortissants tunisiens » aux abords de la gare.], présentant le meurtre d’Hakim comme un événement exceptionnel, « un échec pour nous policiers, car ce n’est pas ainsi que la police fonctionne ». Morandi, dont « la nature profonde est de dire la vérité », à en croire les mots du président, ajoutera, faisant à nouveau d’Hakim le responsable de sa propre mort : « Leur intervention a été soft au départ […], [c’est] la réaction de la victime qui a tout déclenché ». On entendra le même discours dans la bouche de Moinier qui affirmera n’avoir « jamais (connu) d’interpellation aussi violente » ; même en région parisienne : « je n’ai jamais vu de violence aussi immédiate et aussi prolongée ». On trouve là la justification policière habituelle, consistant à présenter la violence exercée comme une simple réponse, proportionnée, à la violence subie par les fonctionnaires. L’activité de harcèlement de la police, et notamment de la BAC, dans les quartiers populaires, la violence qu’elle produit en affirmant lutter contre elle, est toujours légitimée de la sorte [Ce procédé revêt un caractère systématique dans le cas des « outrage et rébellion » : les violences exercées par la police sont ainsi légitimées et leur origine située chez l’interpellé.].

C’est cette manière de présenter la dynamique de la violence qui sera au centre de la défense des inculpés. « Nous avions une réaction de maîtrise par rapport aux violences qu’il exerçait », dira ainsi Moinier, qui reprendra habilement la catégorisation psychiatrique de Hakim, le qualifiant ainsi de « fou furieux », tout en affirmant ne se laisser guider par aucun « préjugé ». Lorsque le président lui demande s’il avait connaissance des « troubles psychiatriques » de Hakim, Moinier répond sans ciller : « Si ce Monsieur a réintégré la société, je n’ai aucun a priori sur lui ». Il en va de même à ses yeux républicains, aveugles à toute différence, pour quelqu’un ayant un casier judiciaire : « Si on commence à faire des a priori avec les gens qu’on contrôle dans la rue (…)… Nous on ne travaille pas comme ça. Je ne suis pas là pour mettre des étiquettes sur les gens. »

La défense de Walter Lebeaupin sera identique : l’immobilisation a été provoquée par la violence d’Hakim Ajimi, calquée sur elle, sur sa rébellion. D’une certaine manière, c’est elle qui l’a tué et c’est elle qui aurait pu le sauver en cessant ; en un mot, Hakim Ajimi était seul maître de cette fameuse « proportionnalité ». S’il n’avait pas été « rouge de colère, de haine », selon les mots de Lebeaupin, les policiers n’auraient pas eu à l’étrangler jusqu’à ce qu’il en devienne « bleu », selon la dizaine de témoins ayant assisté à la scène.

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Tout dans ce procès marchait sur la tête, jusqu’aux discussions sur les techniques d’intervention de la police. Ainsi, lorsqu’un instructeur au centre de formation de la police viendra présenter le « référentiel des gestes techniques en intervention », et plus particulièrement les « mesures de contrainte » dont fait partie la clé d’étranglement, il n’hésitera pas à déclarer que ces dernières sont souvent pratiquées dans le but de préserver l’intégrité physique de l’interpellé, afin de « l’emmener dans un lieu plus sécuritaire, un commissariat par exemple ». Si l’on ne dénombrait pas tant de morts et de blessés dans les commissariats français, le propos pourrait prêter à sourire. Il en ira de même pour le thème récurrent du menottage qui, dans la bouche du tribunal et des policiers, se justifie autant par le danger pour lui-même que pour autrui : « il restait dangereux pour autrui quand il balançait ses jambes, dangereux pour autrui, c’est-à-dire pour nous », déclarera ainsi l’un des policiers. Le discours expert de l’instructeur se conclura par cette phrase qui malgré son ironie révulsante ne lui fera pas perdre tout crédit : « L’intégrité physique est toujours la limite de l’intervention ».

Cette opération d’inversion des évidences, de recherche de circonstances atténuantes pour les policiers malgré des dizaines de témoignages accablants, gagnera au fil des jours un tel poids que les débats se concentreront à de nombreuses reprises sur la question du matériel utilisé pour l’intervention. Le tribunal, et même l’un des avocats des parties civiles dans sa plaidoirie, reprochera aux policiers, comme s’il s’agissait là du plus grand reproche qu’on puisse leur faire dans cette affaire, de ne pas avoir utilisé leur tonfa alors qu’ils étaient au courant des « troubles psychiatriques » d’Hakim.

L’absurdité du procès apparaîtra une nouvelle fois lorsque comparaîtront les pompiers. Ces derniers, appelés sur les lieux de l’intervention pour venir au secours de l’agent de la BAC qui s’est luxé l’épaule en menottant Hakim, arrivent alors que ce dernier est au sol, en train d’être étranglé. Tous trois diront d’une seule voix ne pas avoir noté le moindre signe de détresse de la part d’Hakim Hajimi : ils sont appelés pour l’épaule d’un policier et, voyant un individu entre les mains de la police, concluent aussitôt qu’il est en sécurité. L’un d’entre eux ajoutera à propos du flic blessé : « pour moi ce policier est une victime ». Les avocats des accusés s’acharneront à présenter les pompiers comme des experts des « personnes en détresse » et ainsi prouver que si eux, compétents, n’ont pas jugé nécessaire d’emmener Hakim, n’ont pas vu qu’il était sur le point de mourir, alors les policiers qui eux ne sont pas des experts, ne pouvaient pas le voir non plus. Le seul propos un tant soit peu offensif de Franck de Vita, avocat des parties civiles, concernera ces pompiers : selon lui, ils ont dit ne pas avoir vu l’état de détresse de l’« homme sans visage », parce que « sinon il y aurait trois prévenus de plus ; ils ne vont pas se jeter dans la bouche de la justice ».

« On vous laisse entre vous »

Le jeudi 19, quelques minutes après le début de l’audience, Boubaker Ajimi, le père d’Hakim, se lève et quitte la salle d’audience, suivi par la famille et par l’ensemble des soutiens. Le tribunal est déserté, l’audience suspendue, et dehors commencent à résonner des slogans et des cris. La phrase qui est dans toutes les bouches, « on vous laisse entre vous », donne bien le sens de cette désertion : porter un crime policier devant la justice et la déserter quand la complicité organique entre justice et police se fait par trop insultante ; saisir la justice pour en révéler l’imposture, la compromission structurelle. La colère qui s’exprime lors de la marche improvisée qui suit le départ du tribunal a tout à voir avec un dossier accablant pour les policiers – au point que le procureur a du reconnaître la responsabilité évidente des accusés –, évacué d’un revers de main par les réquisitions ridiculement faibles du procureur. Après ce procès, il ne sera plus possible pour les avocats des parties civiles d’affirmer « la famille Ajimi a une confiance éperdue dans la justice ». Non, pas plus que les proches des centaines de personnes mortes entre les mains de police, enterrées par la justice française et salies par des procureurs aux ordres. Le dernier mot sera pour B., qui en une formule rappelle le sens de cette nouvelle mascarade judiciaire, qui restera comme un crachat institutionnel à la face de la famille et des proches d’Hakim Ajimi : « On a beau tout remuer, tout faire, la justice en France ça n’existe pas ».

***

Chronologie de la procédure

 × Suite à la mort d’Hakim, une instruction est ouverte. Après leur interrogatoire par le juge d’instruction le 11 décembre 2008, Moinier et Lebeaupin sont placés sous le statut de témoin assisté.

 × 12 juin 2009 : le parquet demande la mise examen pour homicide involontaire de Monier et Lebeaupin, et non-assistance à personne en péril pour Lebeaupin.

 × Les juges d’instruction refusent, le procureur fait appel de cette décision.

 × Le 22 octobre 2009, la chambre d’instruction de la cour d’appel d’Aix infirme l’ordonnance de refus et ordonne un supplément d’information aux fins de mise en examen.

 × La mise en examen est obtenue le 30 novembre 2009.

 × Le 5 mai 2010 les magistrats instructeurs rendent une ordonnance de non-lieu.

 × Dans un arrêt du 23 sept 2010, la chambre d’instruction de la cour d’appel d’Aix ordonne le renvoi des deux devant le tribunal correctionnel de Grasse.

 × Du 16 au 19 janvier 2012, le procès se tient devant le tribunal correctionnel de Grasse, présidé par le juge Robail. Le procureur ne requiert que des peines de prison avec sursis. Le verdict sera rendu prochainement.

Article 11, 16 février 2012.

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[Wade dégage !] Le vent de la révolte souffle sur le Sénégal

Brusque accès de fièvre à Dakar

Dans un manuel de maintien de l’ordre ou de guérilla urbaine, on appellerait ça un « face-à-face tendu ». Ce vendredi vers 19H30 — 20H30 à Paris —, des centaines de jeunes défiaient encore entre chien et loup les forces de sécurité au cœur du centre-ville de Dakar. Théâtre de ces affrontements, les abords de la mosquée El Hadj Malick Sy, fief de la confrérie tidjane, sur l’avenue Lamine-Gueye. Les hautes flammes et l’épaisse fumée d’un brasier improvisé — pneus, tables et poubelles — balisent la ligne de front, non loin du marché Sandaga, alors qu’à l’arrière, une ambulance évacue les blessés toutes sirènes hurlantes.

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En guise d’étincelle, une incursion pour le moins maladroite de la police anti-émeutes. « Les flics ont balancé deux ou trois grenades lacrymogènes à l’intérieur du sanctuaire, au milieu des fidèles en prière, raconte un reporter de la station Zik-FM, témoin de la scène. Aussitôt, les jeunes ont vu rouge. Ils ont riposté par un déluge de briques et de cailloux. Certains ont même bondi sur un pick-up de la police. » Deux heures plus tard, tandis que le bras-de-fer se poursuivait, la mosquée résonnait des « khadaras » des croyants. « Une louange que les musulmans tidjanes entonnent toutes les cinq prières, précise le confrère. Mais cette fois, ils imploraient Dieu de faire partir Abdoulaye Wade. » Présent sur les lieux, le photoreporter Moctar Kane a entendu alors retentir des « Allahou Akbar ! » — Dieu est le plus grand ! — rageurs.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1329525525.jpgDans l’après-midi, déjà, on avait senti la fièvre monter. Le Mouvement du 23 juin, ou M23, ayant annoncé son intention de manifester place de l’Indépendance, bravant ainsi l’interdiction des autorités, le Groupement mobile d’intervention de la police avait une fois encore bouclé l’esplanade, verrouillant toutes les artères qui y conduisent. Candidat à la présidentielle du 26 février, Cheikh Bamba Dièye tentera vainement d’y accéder, ce qui lui vaudra d’ailleurs une brève interpellation. Deux autres prétendants à la magistrature suprême, l’ex-Premier ministre Idrissa Seck et l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise Ibrahima Fall, seront quant à eux refoulés. Tout comme le chanteur Youssou Ndour, évincé de la course sur décision du Conseil constitutionnel. Lors de cet accrochage, un journaliste de l’AFP verra un policier dégainer son arme de service et ouvrir le feu, laissant dans son sillage une douille de 9 mm. Dès lors, des petits groupes de rebelles entreprennent de harceler les unités anti-émeutes dans les rues adjacentes. S’ensuivra le chassé-croisé classique, tandis que des barricades improvisées s’embrasent ça et là. Jets de pierres d’un côté ; dispersion à coups de « lacrymos », de balles en caoutchouc et de canon à eau de l’autre. Phénomène inquiétant : l’apparition de caïds en civil armés de fusils à pompe et parfois cagoulés de noir, lancés à l’évidence aux trousses des insoumis à bord de 4×4 banalisés.

La nuit est tombée sur la capitale. Bien difficile de prédire la tournure que prendra l’épreuve de force dans les heures à venir. Baroud d’honneur du M23, ultime sursaut de la mouvance anti-Wade, ou prologue à un nouvel accès de violence ? Déjà, ce soir, deux candidats — Moustapha Niasse et Cheikh Bamba Dièye — ont préconisé « l’interruption du processus électoral » ; en clair, le report du scrutin. « Impossible de mener campagne normalement », arguent-ils en chœur.

Dans un manuel d’éducation civique, on rangerait cet épisode dans le chapitre « Gâchis ».

Leur presse (Vincent Hugeux, blog L’Afrique en face, 17 février 2012)


Sénégal : le centre-ville de Dakar s’embrase

Nouvelle journée de manifestation vendredi à Dakar, et nouveaux affrontements violents entre les forces de l’ordre et les opposants au président sénégalais Abdoulaye Wade. Une dizaine de manifestants et un policier ont été blessés, alors que les témoins rapportent des scènes de guérilla urbaine.

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Depuis la fin janvier, le Mouvement du 23 juin (M23), qui rassemble opposition politique et groupes de la société civile, tente de mobiliser la rue pour contrecarrer la candidature de M. Wade à l’élection présidentielle du 26 février. Les opposants au président sortant jugent cette candidature anticonstitutionnelle. Pour la quatrième journée consécutive, le M23 avait donc appelé à manifester « massivement » dans le centre-ville de capitale du Sénégal, où les rassemblements sont interdits depuis le mois de juillet.

Les forces de l’ordre avaient pris les devants en bloquant les accès à la place de l’Indépendance, ou devaient converger les protestataires. Très vite, des groupes de jeunes se sont massés dans les rues et avenues adjacentes, se barricadant derrière des pneus et des poubelles en feu pour attaquer la police à coups de pierre. Les forces de sécurité ont répliqué à l’aide de balles en caoutchouc, de gaz lacrymogènes et de canons d’eau.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1329525800.jpgUn peu plus loin, une foule entourant le chanteur Youssou Ndour, exclu de la présidentielle, a été prise à partie par des policiers. Le véhicule du chanteur s’étant arrêté près d’un camion de policiers, Youssou Ndour a fait mine de descendre. « Dégagez-moi ça, dégagez-moi ça! », a alors crié un policier avant que ses collègues ne tentent de disperser ses partisans à coups de grenades lacrymogènes. Ceux-ci ont riposté en leur jetant des pierres.

Une mosquée visée

Pendant ces incidents, un journaliste de l’AFP a vu un autre policier sortir son arme de service et ouvrir le feu. Il a ensuite récupéré une douille de 9 mm au sol ainsi qu’une balle non percutée.

La tension semblait retomber quand une nouvelle grenade lacrymogène a été lancée, cette fois-ci dans une mosquée du quartier du Plateau, à proximité du centre-ville. Elle a provoqué la colère de centaines de fidèles, de jeunes et de badauds qui se trouvaient à proximité. De 200 à 300 personnes excédées criaient « Allah akhbar » (Dieu est grand), reprochant aux policiers de « dépasser les bornes ».

Parallèlement, des hommes en civil armés de fusils à pompe circulaient à bord de 4×4 banalisés pour pourchasser les manifestants. Certains avaient le visage couvert d’une cagoule noire, ont constaté les correspondants de l’AFP et Reuters.

Outre un policier blessé à la tête, les violences de la journée de vendredi ont fait une dizaine de blessés, dont deux journalistes occidentaux. En début de soirée, des ambulances circulaient sirènes hurlantes dans le quartier de la mosquée.

Depuis fin janvier, le vent de la révolte souffle sur le Sénégal. En trois semaines, quatre personnes sont mortes et des dizaines d’autres ont été blessés lors des les échauffourées entre les opposants au président Wade et les forces de sécurité sénégalaises.

Leur presse (Radio-Canada.ca, 17 février 2012)

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[Spectacle du terrorisme] Al-Qaïda = FBI

Le FBI déjoue un attentat suicide contre le Capitole à Washington

Le suspect d’origine marocaine a été arrêté à deux pas du siège du parlement américain. Il portait une veste contenant des explosifs.

Un homme a été arrêté ce vendredi près du Congrès américain à Washington, dans le cadre d’une « enquête terroriste », a-t-on appris auprès du FBI, la police fédérale américaine.

« Cette arrestation est le résultat d’une opération sous couverture pendant laquelle le suspect était surveillé de près par les forces de l’ordre », a indiqué une porte-parole du FBI. « Les explosifs qu’il est soupçonné avoir voulu utiliser (…) avaient été rendus inutilisables par les forces de l’ordre et ne posaient plus de menace pour la population », a-t-elle déclaré.

Selon le Washington Post, citant un responsable américain sous couvert d’anonymat, l’homme d’une trentaine d’années d’origine marocaine croyait avoir affaire à un membre d’Al-Qaïda quand il a confié à un agent du FBI agissant sous une fausse identité qu’il voulait perpétrer un attentat contre le Capitole, le siège du parlement américain.

Il a été arrêté près du ministère du Travail, non loin du Capitole, avec l’intention de mener un attentat suicide, selon la même source. L’agent du FBI qui le surveillait lui a donné des explosifs désamorcés ainsi qu’un pistolet, et l’a filé vendredi dans la capitale américaine jusqu’à son arrestation vers 12h00 (17h00 GMT), a précisé la même source. La police chargée de la sécurité au Congrès a souligné dans un communiqué qu’elle avait été impliquée depuis le début dans cette opération « longue et approfondie » et « qu’à aucun moment le public ni le personnel du Congrès n’avaient été en danger ».

Leur presse (LExpress.fr, 17 février 2012)

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[Syndicat du crime] Qui paie les jaunes ? Combien ? Pour quoi faire ? (2)

Le rapport qui critique la gestion du patronat et des syndicats

Officiellement « détruit » depuis qu’il a été rejeté à l’automne 2011 par les députés, le rapport Perruchot – du nom de son auteur Nicolas Perruchot (Nouveau Centre, Loir-et-Cher) – sur le financement des syndicats et du patronat a été publié en intégralité sur le site Internet Lepoint.fr, jeudi 16 février (voir le PDF).

Sans faire de révélations fracassantes, ce document dresse le tableau de toutes les ressources, publiques ou issues des entreprises privées, destinées aux syndicats et au patronat. Son rejet, à l’issue de la commission d’enquête créée sur le sujet, avait jeté un voile de soupçons sur les pratiques de gestion de l’ensemble des organisations paritaires. Des soupçons qui, selon le rapport, semblent en partie fondés.

Le patronat bénéficierait ainsi chaque année d’environ un milliard d’euros, issus en grande partie du paritarisme, selon le rapport. Pour le Medef, les cotisations des sociétés adhérentes représentent 62,7 % des ressources – pour l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), c’est 13,7% –, mais l’organisation bénéficie de revenus financiers dégagés par sa « caisse de guerre » de 500 millions d’euros.

DÉRIVES

Le reste provient des défraiements et rémunérations que les organisations d’employeurs perçoivent pour leur gestion d’organismes paritaires (Unedic ou Assurance-maladie). Le patronat, comme les syndicats, perçoit près de 80 millions d’euros chaque année à ce titre.

« Ces sommes ont constitué en 2010 près de 42 % des ressources cumulées du Medef, de la CGPME et de l’UPA [Union professionnelle artisanale], soit une part presqu’égale à celle des cotisations (47 %) », note le rapport, qui s’interroge sur les modalités de leur répartition entre organisations, le Medef se taillant la part du lion sans que sa représentativité ne soit mesurée par des élections.

Si ces financements ne sont pas illégaux, le rapport pointe ce qu’il estime être des dérives. La fédération agricole FNSEA est ainsi mise en cause pour ses difficultés à séparer actions militantes et gestion des chambres d’agriculture, qui « apportent un concours matériel substantiel » aux fédérations départementales. Le rapport évoque la mise à disposition de personnels des chambres d’agriculture ou le financement de publications. « Les frais de paritarisme sont de l’ordre de cinq euros par ressortissant du régime agricole, contre quelques dizaines de centimes dans le régime général », relève-t-il. La CGPME est, elle, accusée d’avoir financé un salon et une campagne de promotion via des fonds issus de la formation.

DES MISES À L’INDEX

Du côté syndical, la part des ressources externes est encore plus importante. Le rapport la chiffre entre 3 et 4 milliards d’euros par an avec les heures de décharges syndicales des fonctionnaires et des délégués du personnel dans le privé. Quand il calcule la part des ressources qui seraient issues des cotisations ou des recettes propres, le rapporteur arrive au chiffre frappant de 3 % à 4 % seulement. Selon des extrapolations un peu hasardeuses, il estime que 28’000 ETP (équivalents temps plein), pour un total de 1,34 milliard d’euros, sont destinés aux activités syndicales dans la fonction publique. Pour le privé, le total des heures de décharge est évalué à 1,6 milliard par an.

L’essentiel de ces heures, dans le public comme dans le privé, est destiné à la gestion, en interne, des institutions représentatives du personnel, et non à la vie syndicale. Mais le rapport souligne que les personnels détachés à temps plein dans les syndicats viennent surtout de la fonction publique, les règles juridiques étant plus complexes pour le privé.

Les recettes publicitaires des publications syndicales sont aussi mises à l’index. Si la CFDT en tire 150’000 euros, leur montant s’élève entre 1 et 1,7 million d’euros pour la CGT et 800’000 euros pour Force ouvrière, selon le rapport. Cela pose « la question de l’indépendance de l’organisation syndicale àl’égard des entreprises », estime le document.

Enfin, le rapport ajoute que 500 millions d’euros sont distribués chaque année par les sociétés pour financer la gestion des comités d’entreprises. Quelques dérives dans leur gestion – notamment dans certaines entreprises publiques dont la SNCF –, sont montrées du doigt.

Leur presse (Jean-Baptiste Chastand, LeMonde.fr, 17 février 2012)

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Concernant les récentes tentatives d’infiltration policière au sein du milieu militant lyonnais

Ce pourrait être une rencontre banale. Une discussion dans un hall d’hôtel de Lyon. Sauf que les deux protagonistes font partie de mondes qui sont sensés s’opposer. D’un côté, un activiste, militant anti-fasciste de premier plan. De l’autre un agent de la DCRI. C’est lui qui a convenu du rendez-vous. Il n’y a pas de cadre légal, c’est juste une discussion. Ça parle de l’actualité lyonnaise fafs/antifas, des questions sont posées sur les derniers squats publics ouverts, entres autres…

Petit retour en arrière. Courant 2011, un mili­tant est convo­qué au com­mis­sa­riat. L’appel n’expli­que pas les moti­va­tions. L’inté­ressé s’y rend et tombe sur un agent de la DCRI. Pour com­men­cer le deal parait simple, un échange de « bons pro­cé­dés » : lui accepte d’être en liai­son avec la DCRI et les flics, de leur côté, lui four­ni­ront quel­ques ren­sei­gne­ments utiles à l’occa­sion (« atten­tion tel jour ne sort pas de chez toi, il y a des fas­cis­tes en plan­que dans le coin »). Un télé­phone por­ta­ble est remis au jeune homme. Il accepte. En tout cas il ne dit pas non. Les jours sui­vants, il garde tout pour lui, seule une toute petite poi­gnée de gens est au cou­rant. Il va retour­ner à plu­sieurs repri­ses au com­mis­sa­riat et être par la suite invité dans des halls d’accueil de grands hôtels lyon­nais. Au fil des ren­contres, il y a ce sen­ti­ment d’être com­plè­te­ment dépassé, piégé, d’avoir mis le petit doigt dans un engre­nage infer­nal qu’il ne maî­trise plus. Il y aura bien quel­ques confes­sions à ses potes, des ten­ta­ti­ves de jus­ti­fi­ca­tion (« c’était pour infil­trer la police », « je n’ai jamais rien lâché »). Les poli­ciers lui pro­po­sent même de l’envoyer à Notre-Dame-Des-Landes aux frais du Ministère de l’Intérieur : « après tout toi ça te ferait plai­sir d’y aller et nous ça nous arrange ». Après le refus, il y a la fuite. Sans doute pour ne plus faire le jeu de la police, cer­tai­ne­ment aussi parce que la proxi­mité avec les condés reste heu­reu­se­ment dif­fi­cile à assu­mer au sein des milieux mili­tants ou « radi­caux ».

Plutôt que de cher­cher à mettre en accu­sa­tion tel ou tel, il semble indis­pen­sa­ble d’opérer quel­ques mises au point quant aux récen­tes ten­ta­ti­ves de recru­te­ments d’indi­ca­teurs. Rappeler quel­ques évidences pour que pré­ci­sé­ment ce genre d’his­toi­res ne se repro­dui­sent plus, et sur­tout ne tour­nent pas aussi mal.

Comment on en arrive là ?

Par une série d’erreurs, de conne­ries, dont une bonne part sem­blent liées d’abord à des fai­bles­ses col­lec­ti­ves et poli­ti­ques. Il règne par­fois d’étranges idées dans les milieux mili­tants. Il y a par exem­ple celle qui consiste à croire que les poli­ciers pour­raient être en cer­tai­nes situa­tions des alliés, comme si on reven­di­quait en creux la mise en place d’une bonne police, ou que l’on atten­dait de la part des pou­voirs publics qu’ils jouent leur rôle d’arbi­tre légi­time, notam­ment face aux agres­sions fas­cis­tes (voir les nom­breux comp­tes-rendus de manifs où les flics sont accu­sés d’être du côté des fafs et pas du « nôtre », etc.). C’est sur le fond de cette erreur poli­ti­que fon­da­men­tale que des mili­tants, sans doute bien inten­tion­nés, ont régu­liè­re­ment joué le rôle d’inter­lo­cu­teurs [Un exemple parmi d’autre : en prenant l’initiative d’aller voir la préfecture en possession de captures d’écrans de discussions de fafs sur FaceBook.] pour la police. Et les flics ont beau jeu alors de dis­til­ler quel­ques infor­ma­tions du côté des fafs ou en direc­tion des anti­fas, pour contrô­ler leur affron­te­ment et au pas­sage racler quel­ques ren­sei­gne­ments utiles concer­nant plus lar­ge­ment les mou­ve­ments contes­ta­tai­res ou « radi­caux ». Seconde fai­blesse, qui est moins d’ordre « théo­ri­que » celle-là : on ne se tient pas assez. Il a manqué, dans cette der­nière his­toire, la soli­da­rité ou la force col­lec­tive néces­saire pour qu’une per­sonne se sente en mesure de résis­ter à la pres­sion poli­cière, et avant ça qu’elle soit capa­ble de faire face aux dif­fi­cultés qui l’ont ame­nées là. Il semble en l’occur­rence que le pre­mier argu­ment des flics lors de leur appro­che ini­tiale ait porté sur une pos­si­bi­lité de pro­tec­tion (« on sait que des nazis te cher­chent, qu’ils t’ont menacé de mort mais on peut te pro­té­ger si en échange tu nous rends ser­vice ») Quand les issues col­lec­ti­ves font défaut, évidemment on joue la carte perso, qui peut se tra­duire alors par toute une série de défaillan­ces et d’erreurs indi­vi­duel­les. On peut s’effon­drer, balan­cer tout et n’importe quoi, en pro­fi­ter pour régler des comp­tes avec tel ou tel… et sans aller jusque là, il y a le risque de vou­loir jouer au plus malin. En pen­sant qu’une col­la­bo­ra­tion avec les ser­vi­ces de police pour­rait tour­ner à son avan­tage, qu’on pour­rait leur mentir, ne pas leur donner d’infos, et même en obte­nir à leur insu, « voir ce qu’ils savent ». Sauf que face aux flics et à leur orga­ni­sa­tion, le rap­port de force dans la dis­cus­sion n’est jamais en notre faveur. C’est eux qui mènent la dis­cus­sion et qui se ren­sei­gnent [À noter que pendant ces conversations, à côté de la stratégie assez classique qui consiste à faire parler la personne en face de soi, les flics ont aussi tendance à « tester » l’autre en parlant et en observant ses réactions ou son absence de réactions. Exemple : quand un mec de la SDAT (Sous-Direction Anti-Terroriste) dit tout net, « tu sais ce qui nous intéresse, c’est pas les gens qui jettent des cailloux, c’est vraiment ceux qui veulent poser des bombes », et qu’en face la personne interrogée écoute avec intérêt, elle avalise de fait qu’elle évolue bien dans un univers où il est « normal » de caillasser la police. Et c’est sur ces gens-là, entres autres, que la police enquête. Retord mais efficace.], et sans en avoir l’impres­sion on risque tou­jours de confir­mer leurs hypo­thè­ses, de com­plé­ter leurs car­to­gra­phie des « milieux à risque » ou d’ali­men­ter leurs fan­tas­mes autour des diver­ses figu­res de « l’ennemi inté­rieur » (gré­vis­tes incontrô­la­bles, cas­seurs infil­trés, grou­pes vio­lents et autres grou­pus­cu­les anar­cho-machin chose). Jamais, il n’y aura de conver­sa­tion inno­cente avec la police. Tout ce qui est dit est, d’une manière ou d’une autre, sus­cep­ti­ble d’être réu­ti­lisé, contre soi ou contre d’autres. Sans comp­ter que plus on parle, plus les flics pen­sent qu’on en sait, plus ils en rede­man­dent, moins on peut s’arrê­ter subi­te­ment. La machine est lancée.

Comment pro­cè­dent les flics ?

Avec ce qui leur tombe sous la main (au gré d’un contrôle [Voir Tentative de recruter une taupe dans le bocage contre un téléphone et des cacahuètes, NDDL, oct.-nov. (Indymedia Nantes)] ou d’une arres­ta­tion [Voir Quand la brigade criminelle de Paris cherche à acheter un camarade… (Non Fides)], au moment d’un procès…) mais tou­jours aussi avec une cer­taine idée du « bon client » c’est-à-dire sur la base d’un ciblage d’indi­vi­dus vul­né­ra­bles et/ou se met­tant sou­vent en avant. Même si les ren­contres peu­vent sem­bler infor­mel­les, et bien qu’elles s’ins­cri­vent bien sou­vent hors de tout cadre légal [Voir 22 v’là la SDAT (Rebellyon.info)] (on se croise dans la rue, on invite la cible à venir dis­cu­ter tran­quille­ment au resto), la police va viser des per­son­nes sur les­quel­les elle a déjà un moyen de pres­sion. On entre alors dans le domaine des petits arran­ge­ments : sus­pen­dre une condam­na­tion pour des his­toi­res de stup’ ou des délits rou­tiers, éviter qu’une peine tombe, faci­li­ter aussi des pro­cé­du­res admi­nis­tra­ti­ves, ne pas « gâcher une car­rière dans la fonc­tion publi­que » pour des his­toi­res de casier [Voir Affaire de Tarnac : la surveillance policière prise en flag (Les Inrocks)]. Les vieilles cas­se­ro­les qu’on traine peu­vent faci­le­ment se retour­ner contre nous sur le mode du chan­tage, ou alors les flics pro­po­sent car­ré­ment de rému­né­rer le tra­vail de ren­sei­gne­ment. Pour faire passer la pilule, les agents de ren­sei­gne­ment peu­vent faci­le­ment enro­ber leurs appels à col­la­bo­ra­tion d’un dis­cours de gauche, démo­cra­ti­que en diable : à les écouter, ils sou­tien­nent les mou­ve­ments sociaux / anti-nucléai­res / de jeu­nesse [rayer la men­tion inu­tile] mais ce qui les inté­resse c’est les incontrô­lés, les « extré­mis­tes vio­lents » qui jus­te­ment pour­ris­sent les gen­tilles ini­tia­ti­ves citoyen­nes. Cette recette à déjà été uti­li­sées ces der­niè­res années pour sonder ce qui pou­vait se passer dans les luttes de sans-papiers, au cours des mou­ve­ments lycéens ou au sein de la mou­vance écologique radi­cale/antis­pé­ciste. Heureusement, chaque fois les flics se sont faits envoyer bouler, malgré leurs pro­po­si­tions de « renvoi d’ascen­seurs » (on ferme les yeux sur vos acti­vi­tés mili­tan­tes, on arrange quel­ques dos­siers de régu­la­ri­sa­tion à la préf, on vous file du blé…). De manière géné­rale, ce que cher­che la DCRI, c’est de créer des rela­tions sur du long terme. Avoir des sour­ces sur qui ils peu­vent comp­ter et « acti­vés » quand ils ont besoin d’infos. « Gérer une source, ça s’apprend […]. Un contact tu dois savoir le gérer pen­dant six mois ou un an avant qu’il t’apporte un ren­sei­gne­ment exploi­ta­ble » [L’espion du président, 2012, p. 80] comme le sou­li­gne un ex-RG. C’est pour ça que peu de ques­tions direc­tes sont posées les pre­miè­res fois, ils s’atta­chent plutôt à créer des liens une com­pli­cité, des liens « affec­tifs »… Évidemment que se faire arrê­ter pour une action poli­ti­que et se taper une per­quiz où les flics tom­bent sur des plans de beus ou des choses volées, c’est leur donner un putain de moyen de pres­sion.

Et main­te­nant qu’est-ce qu’on fait ?

Déjà refu­ser quand un agent débar­que et vous pro­pose une simple dis­cus­sion. Couper court direc­te­ment à la conver­sa­tion, on a rien à dire. Si les flics envoient une convo­ca­tion on peut tout à fait refu­ser de s’y rendre. Ce n’est pas un délit. S’ils veu­lent à tout prix enten­dre quelqu’un ils vien­dront le cher­cher mais le plus sou­vent l’audi­tion est moyen pour eux d’obte­nir quel­ques infos, et dans ce cas-là ils peu­vent faci­le­ment lâcher l’affaire. De toute manière, autant ne pas s’y rendre de son plein gré, et ce refus est d’autant plus facile si il pro­vient d’une déci­sion col­lec­tive et assu­mée [Comme cela a été le cas par exemple dans l’affaire de la « Mouvance Anarcho-Autonome Francilienne » où la décision à été prise, suite à plusieurs réunions, de ne pas se rendre à ce genre de convocations. Résultats les flics sont allés cherchés les gens convoqués qu’ils voulaient vraiment chopés et les autres ont pu passé à trav’.]. Contre-argu­ment : « mais comme ça on a plus d’his­toi­res, c’est fini ; si j’y vais pas, ils vont penser que je sais des choses, ça va m’être repro­ché ensuite. Moi d’façons je ne sais rien ». Ouais, sauf que 1) dans la plu­part des cas, c’est quand les flics sen­tent que ça ne prend pas, quand ils se pren­nent quel­ques refus à la suite, qu’ils lâchent l’affaire (sur­tout quand ils sen­tent que ça émane d’une posi­tion col­lec­tive) 2) même une conver­sa­tion ano­dine avec la police peut mettre dans la merde d’autres gens. Parce qu’on parle, que dans le flot de la conver­sa­tion on cite même sans le vou­loir, des noms, des lieux, des habi­tu­des, des his­toi­res déjà enten­dues. Autant d’éléments dont les flics vont se servir pour ali­men­ter leurs enquê­tes et pro­cé­der à de nou­veaux inter­ro­ga­toi­res. C’est d’ailleurs sans doute le pire, deve­nir indic malgré soi en dis­cu­tant non­cha­lam­ment avec les flics. Ou en ayant l’habi­tude de raconter quel­ques hauts faits n’importe où, au télé­phone [Dans un récent entretien au site Mediapart, Yves Bertrad, l’ex-patron des RG confirme que « Les écoutes, la DCRI en a fait comme vous pouvez manger des croissants ».], de se lancer des allu­sions foi­reu­ses par texto. Bref, si au bout du compte, on se retrouve face à des flics qui posent des ques­tions, la meilleure chose à faire reste encore de ne rien décla­rer. C’est faci­le­ment tena­ble en se retran­chant der­rière le fait que c’est un droit. On peut aussi insis­ter pour voir un avocat et ne rien décla­rer tant qu’il n’est pas là. Ce refus marche d’autant plus que dans bien des cas, l’entre­tien n’a rien d’offi­ciel.

Et si on a été convo­qué, qu’on s’y est rendu et qu’on a parlé, ou juste bavardé, hein, raconté deux trois his­toi­res… C’est sans doute pro­blé­ma­ti­que mais tout n’est pas perdu pour autant. Ce qu’il faut abso­lu­ment faire, avant que la situa­tion empire et ne devienne irré­cu­pé­ra­ble, c’est en parler aux gens concer­nés, à ses amis, et rendre publics un maxi­mum d’éléments. Partager tout ça. À la fois, pour voir très pré­ci­sé­ment ce que les flics cher­chent et savent déjà, tout en met­tant ensuite au cou­rant plus lar­ge­ment les gens qui doi­vent l’être. Et aussi dans le soucis de trou­ver une issue col­lec­tive à ce mer­dier. Il faut à tout prix éviter de se retrou­ver seul face à ce qu’on vient de faire : on en finit pas de res­sas­ser ce qu’on a dit/pas dit, ce qu’on a laissé enten­dre. Garder ça pour soi ne sert à rien, tel­le­ment c’est lourd, angois­sant. Ne pas se res­sai­sir à plu­sieurs de ce type d’inci­dents est une erreur (un jour ou l’autre ça va se savoir et les dégâts ris­quent d’être encore plus impor­tants entre les gens et pour la per­sonne qui s’est trou­vée piégée). Rien que des his­toi­res tris­tes en pers­pec­tive.

À Lyon, dif­fé­rents col­lec­tifs, comme la Caisse de Solidarité, sont là pour pou­voir se res­sai­sir col­lec­ti­ve­ment de ces his­toi­res.

Mieux vaut pré­ve­nir…

Il est indis­pen­sa­ble de déve­lop­per une intel­li­gence com­mune autour des pra­ti­ques poli­ciè­res d’infil­tra­tion, de ren­sei­gne­ment et de répres­sion. Sans doute que faire du bruit, les rendre publi­ques permet déjà d’en limi­ter l’impact (et pas seu­le­ment parce qu’on grille les sour­ces). Mais il faut aussi s’atta­quer au ter­rain qui permet aux flics de manœu­vrer rela­ti­ve­ment faci­le­ment. Quelles prises nos formes col­lec­ti­ves d’orga­ni­sa­tion et de vie offrent-elles déjà aux flics ? Comment au fond la police fonc­tionne déjà en notre sein, créant une dis­po­si­tion à la col­la­bo­ra­tion ? Il y a sans doute tout le petit jeu des embrouilles qui n’arri­vent pas à s’assu­mer fran­che­ment en désac­cords, des rumeurs col­por­tées sur tel ou telle, toute cette machine à pro­duire des iden­ti­tés et des étiquettes bien pra­ti­ques quand il s’agit ensuite de les ranger en orga­ni­gramme… Mais plus essen­tiel­le­ment le pro­blème semble concer­ner la den­sité poli­ti­que des « mou­van­ces » poten­tiel­le­ment ciblées par la police. Autrement dit, ce qui peut per­met­tre de l’empê­cher d’opérer pré­ven­ti­ve­ment, c’est tout sim­ple­ment ce qui d’ordi­naire doit rendre nos exis­ten­ces et nos ini­tia­ti­ves poli­ti­ques un tant soit peu viva­bles : un peu moins de défiance et de res­sen­ti­ment, un peu d’intel­li­gence dans les conflits, un tant soit peu d’inté­grité ou de sin­cé­rité et sur­tout une soli­da­rité maté­rielle et affec­tive, qui soit à la hau­teur.

Rebellyon, 16 février 2012.

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[Du côté des riches] L’enquête qui mobilise toutes les forces de police à Asnières

Asnières : la tombe profanée du caniche contenait un collier de diamants

La sépulture de l’animal enterré en 2003 avec un collier estimé à 9000 € avait été vandalisée début février pour dérober le précieux bijou.

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ASNIÈRES-SUR-SEINE (HAUTS-DE-SEINE), HIER. Sur la tombe de Tipsy, qui ne passait pas inaperçue, une gerbe de roses rouges avec les mots « We love you » a été déposée après la profanation.

Tipsy avait bien été enterré avec un trésor. Dix jours après l’invraisemblable profanation de sa tombe au cimetière des chiens d’Asnières, la rumeur s’est confirmée. En octobre 2003, la riche maîtresse de ce petit caniche noir avait fait inhumer son compagnon avec un joli collier pavé de diamants, estimé à 9000 €. Les policiers du commissariat d’Asnières, saisis d’une double plainte de la propriétaire du chien et de la mairie, en ont acquis la certitude. Ils ne sont donc plus seulement à la recherche de vandales de sépulture, ils traquent désormais des voleurs de bijoux.

Dans la nuit du 4 au 5 février, des inconnus ont déplacé la pierre tombale, exhumé le cercueil et déposé les restes de Tipsy à proximité afin de rafler les diamants de la légende.

La propriétaire est effondrée

Au sein du cimetière des chiens, véritable institution d’Asnières depuis 1899, la sépulture de Tipsy ne passe pas inaperçue : une dalle de marbre de près de 2 m de long, surmontée d’un cœur rouge vif, arbore une fidèle reproduction du caniche entouré d’angelots, d’étoiles et de coccinelles. Hier, alors que le cimetière rouvrait après une fermeture prolongée pour les besoins de l’enquête, la tombe était à nouveau intacte. Une gerbe de roses rouges fraîchement coupées avec les mots « We love you » inscrits sur le ruban y a été très récemment déposée. Tipsy appartenait à une riche Américaine, femme d’industriel, établie à proximité des Champs-Elysées. Cette dame âgée a appris la profanation de la sépulture de son chien alors qu’elle se trouvait en vacances en Suisse. « Elle était effondrée. Cela l’a traumatisée », commente un proche du dossier.

La tombe du caniche alimentait les fantasmes depuis longtemps. Notamment parmi les habitués du cimetière, qui évoquent depuis quelques années « les diamants » enfouis avec Tipsy. « Il y a toujours eu des rumeurs. De nombreux propriétaires font un vrai transfert, ont un lien affectif terriblement fort avec leur animal », analyse Pierre Babé, adjoint au maire à la culture d’Asnières. Du côté des enquêteurs, on souhaite manifestement que cette affaire peu ordinaire progresse dans la plus grande discrétion. « J’espère qu’on trouvera rapidement les auteurs de ces actes », commente le maire, Sébastien Pietrasanta. « Mais attention, Tipsy est une exception, s’empresse-t-il de préciser. Tous les chats et les chiens du cimetière d’Asnières ne sont pas enterrés avec un trésor ! »

Leur presse (Olivier Bureau, LeParisien.fr, 16 février 2012)

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[Du côté des pauvres] Ecaterina n’emmerdera plus les services sociaux de Saint-Denis

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Saint-Denis : la femme immolée par le feu est décédée

La mère de famille de 38 ans qui s’est immolée par le feu mercredi après-midi dans le hall de la mairie de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) est décédée ce jeudi matin au service des grands brûlés de l’hôpital de Lille où elle avait été transportée en urgence.

Ecaterina vivait seule avec ses six enfants depuis la mort de son compagnon. Elle était hébergée par le 115 dans un hôtel de Saint-Denis et craignait de se retrouver à la rue à la fin de la trève hivernale. Sa situation difficile était bien connue des services sociaux de Saint-Denis comme d’Aubervilliers où elle avait vécu auparavant.

Mercredi vers 15 heures, quand elle a pénétré dans le hall de l’hôtel de ville, le ton est vite montée avec un agent d’accueil. Soudain, Ecaterina s’est aspergée du contenu d’une bouteille remplie d’un produit inflammable qu’elle avait apportée. Elle y a mis le feu et s’est transformée en torche vivante.

Les employés de l’accueil et un habitant qui était là au moment du drame ont saisi les extincteurs et ont aspergé la malheureuse. Celle-ci a été prise en charge rapidement mais son état était déjà jugée critique quand elle a été évacuée par les secours.

Le conseil municipal de Saint-Denis prévu ce jeudi soir pourrait se tenir à huis clos. Le maire (PC) Didier Paillard souhaite que « les débats se déroulent dans un climat le plus serein possible » dans une mairie où le personnel est « en état de choc ». C’est le troisième drame de ce type à Saint-Denis. En 2007 et en 2011, deux hommes qui réclamaient un logement avaient eux-aussi tenté de s’immoler par le feu. Ils avaient pu être secourus à temps.

Leur presse (Eric Bureau avec e.s., LeParisien.fr, 16 février 2012)

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[Toulouse] La préfecture veut expulser le CREA (2)

Toulouse. Les propriétaires veulent récupérer deux immeubles : menaces sur 21 familles dans le squat autogéré

L’étau semble se resserrer pour les militants du CREA (Collectif de réquisition d’entraide et d’autogestion). Une menace d’expulsion pèse sur deux des quatre bâtiments du quartier du Busca qu’ils squattent ou ont réquisitionnés, c’est selon. Parmi les résidants impromptus, une quinzaine de militants, le noyau dur de l’organisation, ainsi que 21 familles qui étaient jusqu’alors dans la rue. « Ce sont des familles qui nous sont adressées par des travailleurs sociaux, des demandeurs d’asiles ou des familles qui sont entrées légalement en France mais n’ont pas de visa de travail », raconte May, l’une des militantes et occupantes d’un immeuble.

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L'immeuble du 70 allées des Demoiselles est un peu comme la maison mère du CREA.

Mardi prochain, le 21 février, les occupants devront avoir quitté l’immeuble situé au 16 allées des Demoiselles. Une décision du tribunal d’instance de Toulouse devant lequel ils avaient été assignés en décembre. « À partir du 21, le propriétaire de l’immeuble, une SCI, peut faire appel à la préfecture pour faire exécuter la décision. Nous appelons à un rassemblement devant la préfecture ce jour-là en espérant que ses services, même si ils n’y sont pas obligés pour les squats, respectent la trêve hivernale. D’autant que quatre familles avec enfants en bas âge sont concernées », rappelle May.

Dans le deuxième immeuble où les jours du CREA sont comptés, c’est la préfecture qui a déposé, début janvier, un déféré devant le tribunal administratif. « Nous avions déjà tenté une procédure en mai dernier, de référé cette fois, mais le tribunal nous avait déboutés sur une question de forme », explique Françoise Souliman, secrétaire général de la préfecture de Haute-Garonne. Contrairement aux trois autres immeubles qui sont des propriétés privées, le bâtiment du 70 allées des Demoiselles, qui abritait autrefois l’AFPA, appartient à l’État. Il est occupé par le centre social autogéré du CREA ainsi que le GPS, Groupement pour la défense du travail social, qui s’occupe de SDF en situation de grande détresse. « Nous avons signé un bail pour deux ans avec le GPS qui a accepté dialoguer », raconte Françoise Souliman. « Pour le CREA, c’est autre chose. Nous avons tendu la main, nous n’avons jamais pu négocier. Nous ne sommes pas fermés. Pourquoi pas récupérer ce bâtiment dans un but social, mais pas en autogestion comme c’est le cas aujourd’hui. »

Assemblée du CREA ouverte à tous ce soir à 18 heures au 70 allées des Demoiselles. Rassemblement le 21 février à 14 heures place Saint-Étienne.

Leur presse (Pauline Croquet, LaDepeche.fr, 17 février 2012)

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[Chroniques grecques] N° 9 : L’ombre du régime fasciste

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« Qvec 400€, tu ne vis pas, tu te soulèves... »

Depuis la nuit insurrectionnelle du 12 février à Athènes, la parole et l’action se libèrent à toutes les échelles : on ne compte plus les textes et témoignages, à Athènes surtout mais également des autres villes, de prises de positions par des syndicalistes « classiques » et autres « citoyens » en faveur et hommage aux combattants anarchistes révolutionnaires qui prennent une influence considérable dans la complicité populaire. Des textes parfois très courts, d’un seul paragraphe, comme celui-ci :

Une personne merveilleuse … elle  te tient la main, elle t’aide, elle te parle pour ne pas que tu aies peur, elle chante, elle crie ; pendant que les gaz lacrymo tombent autour de toi, elle te soulève quand tu tombes, elle te guide quand tu es aveuglé ; elle recule et elle se regroupe, et encore une fois elle crie, elle chante jusqu’à tard le soir où l’attaque s’est faite de tous les moyens… une personne merveilleuse.

Ou bien des textes et témoignages de prises de position plus conséquents tels que ceux-ci :

http://www.wikistrike.com/article-temoignage-la-verite-sur-la-nuit-de-violence-du-12-fevrier-en-grece-99337552.html

ou encore http://fr.contrainfo.espiv.net/2012/02/16/grece-pour-etendre-la-revolte/, et bien d’autres encore.

Mais cela va dans les deux sens de la guerre sociale, et autant d’articles prennent violemment position contre les « casseurs envoyés et téléguidés par le gouvernement et la police », délires staliniens qui se partagent également dans l’inconscient populaire, mais, il nous semble, à bien moindre échelle et d’une bien moindre portée. Toutefois, la guerre contre les ennemis staliniens va s’intensifier.

Les combattants de Grèce sont également très attentifs aux mouvements et actions de solidarité par-delà l’Europe avec la révolte grecque, à Madrid, Lisbonne, Bruxelles, Francfort, Lyon, Paris, Copenhague, etc.

L’heure est à l’internationalisme actif dans la guerre de classes, et au renforcement de cette « Internationale Invisible des combattants sans chefs » par-delà et contre les frontières (cela va de nouveau faire cogiter un peu le délire d’Etat sur une prétendue organisation internationale figée). Plusieurs appels et communiqués importants circulent déjà dans cette perspective ouverte dont voici un des plus influents : http://www.humanite.fr/monde/lappel-de-mikis-theodorakis-les-banques-rameneront-le-fascisme-en-europe-483044.

Sur la situation en Grèce même, quasiment toutes les occupations dont les plus cruciales tiennent toujours, et de nouvelles éclosent chaque jour, tandis que les actions directes incendiaires contre les banques reprennent dans plusieurs villes (Contra Info fait de bons rapports réguliers et détaillés sur la question).

Cependant, l’Etat contre-attaque.

Des condamnations éclair ont déjà été prononcées contre des dizaines de camarades. Mercredi 15 février au soir, d’après un article sur Indy Athens, une dizaines d’escadrons de MAT appuyés par une colonne de voltigeurs Delta ont attaqué directement au cœur d’Exarchia provoquant quelques affrontements avant qu’ils évacuent la position. Stratégie de la terreur.

Si d’innombrables « petites » manifs de quartiers et locales sont quotidiennes avec des actions directes désormais systématiques, il n’y a plus d’appel de grande envergure. Nous traversons une période difficile, pleine de pièges et de fausses annonces. Ainsi, les syndicats ont appelé à manifester à Syntagma pour dimanche matin, mais tous les combattants savent bien qu’ils vont se retrouver à 200, que cela va durer une demie-heure avec surtout la fonction de contrôler et arrêter tout « élément casseur ou anarchiste suspect ».

Par ailleurs, de sévères mesures et décrets à effet immédiat limitant le droit de manifester au centre-ville d’Athènes commencent à émerger. D’où à nouveau, de nouvelles perspectives révolutionnaires, certainement moins spectaculaires que le soir du 12 février, mais qui s’intensifient, à l’échelle locale des quartiers. Ce que l’Etat ne peut que très difficilement contenir, de même pour les staliniens. La lutte continue donc, c’est une évidence, et ne s’est aucunement interrompue depuis le 12 février, mais plus profonde, plus directe, plus généralisée dans les quartiers.

Simultanément, la Troïka annonce que ce plan de rigueur « enfin adopté », cela ne suffira finalement pas et commence à admettre officiellement l’exclusion économique et politique de la Grèce de la zone euro, abandonnée aux forces spéciales de contre-insurrection et à un régime qui se durcit. Ainsi, le PASOK (PS), le ministre de l’économie et des finances grec, et quelques membres du LAOS (parti néonazi) commencent à soutenir la nécessité de maintenir le pouvoir en place jusqu’à 2013 et d’annuler les promesses d’élections pour avril (également sous la pression des ministres des finances européens). Confusion qui va de pair avec l’évidence du chaos de mars en Grèce, avec la mise en faillite, la mise sous tutelle colonialiste par l’Allemagne et l’exclusion de l’UE.

Par ailleurs, quelques annonces sciemment confuses mais toutefois inquiétantes commencent à éclore quant à une éventuelle participation active des forces maritimes, aériennes et terrestres de l’armée grecque dans la très prochaine guerre contre l’Iran par les USA et Israël. Les ombres de la guerre impérialiste et du fascisme comme garantes de l’unité nationale bourgeoise se précisent.

Voici le détaillé du dernier décret sur un article d’Indy Athens :

changer la loi pour organiser des manifestations dans le plan de centre-ville, selon les rapports, le gouvernement à la suite de ce qui a été dit lors de la réunion largement lieu ce soir à la Maison-Blanche Maximos dans le Premier ministre sur les actes de vandalisme récent.

– Toute personne qui veut protester aujourd’hui dans le centre-ville devrait demander la permission écrite de la police et les autorités municipales, cinq jours avant de procéder à la démonstration.

– N’importe qui peut remplir la commande et la sauvegarde de la manifestation organisée à travailler avec la police et celui de chercher, avec une compensation, d’autres mesures de sauvegarde. Sinon, pour tout dommage aux biens publics et privés assume l’entière responsabilité d’indemnisation. Si l’organisateur a demandé des mesures supplémentaires de sauvegarde et pertes a eu lieu, la responsabilité pour les dommages subis par la police.

– Tous les protestations autres que ceux détenus par les grèves dans tout le pays GSEE et l’ADEDY, le chemin de la Journée de l’Université et doit nécessairement occuper une voie. Sinon, les chemins d’accès dans le centre commercial d’Athènes n’est pas autorisé.

Situation difficile.

***

Communiqué et prise de position de l’Union Syndicale Solidaires

Pour conclure, quelques nouvelles vidéos saisissantes de la nuit insurrectionnelle du 12 février à Athènes :

> Les porcs ramassent. ACAB

> Combattants et masse populaire qui chargent les lignes ennemies

> Combattants à l’avant, qui attaquent la flicaille, la masse populaire en soutien qui charge

> Zone de front, les combattants des premières lignes

> Combattants, peuple et barricades enflammées

Jeudi 16 février 2012.

Publié dans L'insurrection grecque de décembre 2008 et ses suites | Commentaires fermés sur [Chroniques grecques] N° 9 : L’ombre du régime fasciste

[Grèce] Détention préventive pour les manifestants du 12 février

Le 16 février 2012, quelques jours seulement après les manifestations sans précédent contre le second mémorandum et les émeutes importantes à Athènes et dans d’autres villes grecques, les “enquêteurs” sous les ordres de leurs supérieurs politiques – qui sont manifestement en panique – ont diffusé des photographies et des détails sur des manifestants (quatre natifs et un immigré) qui faisaient partie des arrêtés du 12 février à Athènes. Par ailleurs les flics ont demandé une fois encore à d’autres citoyens de devenir des balances bien disposées.

L’État a aussi fait circuler des photos des rues (clichés de la manifestation à Athènes), demandant à des rats potentiels de fournir des témoignages anonymes sur des “suspects coupables”. Les photos ont été publiées au départ sur le site officiel de la police grecque, puis reprises sur différents blogs affiliés à la police, tout comme dans la plupart des entreprises de merde de média de la déception – le site de la police grecque était en panne plus tôt, à cause paraît-il d’une autre action en ligne des Anonymous.

Les têtes des protestataires sont exposées publiquement avant le procès. En d’autres mots, et selon la loi terroriste étendue, ils sont jugés coupables dès le début. Peu après la diffusion de ces photos, de nouveaux chefs d’inculpation ont été ajoutés pour quatre d’entre eux, ainsi la mise en examen est unifiée, et le juge “impartial” et le procureur ont ordonné leur détention préventive.

Ceci ne nous surprend pas. C’est une autre mesure exemplaire de ce système, une tentative de tous nous terroriser, une manifestation flagrante de force des autorités politiques-policières-judiciaires-médiatiques, dans le contexte de la Junte Grecque Moderne. Nos camarades sont détenus sans se préoccuper de “preuves flagrantes” car ils ont prouvé leur dignité et pris la rue contre les mesures esclavagistes. Notre rage est au-delà du contrôle de l’État. Nos camarades ne seront pas laissés seuls. Un gouvernement manquant complètement de légitimité sociale ou même “constitutionnelle”, menace de tous nous écraser. Mais le consensus social s’est effondré. Nous sommes en guerre.

Liberté immédiate pour tous les arrêtés et acquittement de tous ceux poursuivis après les protestations nationales ! Aucune tolérance pour les assassins en uniforme et les mercenaires de l’État !

Attaque incendiaire pour toutes les cibles relatives à la Grèce (ambassades, consulats, etc.) et pour tous les mausolées du Capital. Soutenez-nous maintenant ! Agissez maintenant !

LA SOLIDARITÉ EST NOTRE ARME !

Contra Info, 17 février 2012.

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[Faites entrer l’accusé] Nom : Poutine, Vladimir Vladimirovitch – Adresse : Kremlin, Moscou – Chefs d’inculpation : détournement de biens de l’État, fraudes financières, abus de pouvoir, organisation d’attentats terroristes dans le but d’intimider la population et de contrôler les institutions

Cette vidéo, présentée comme un sujet télé et qui a déjà été vue plus de 3 millions de fois sur YouTube, rapporte l’arrestation du Premier ministre russe, Vladimir Poutine, accusé de corruption et d’avoir organisé des attentats terroristes contre son propre peuple. C’est évidement un faux, mais très bien fait.

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C’est notre Observateur russe Ostap Karmodi qui nous a alertés sur cette vidéo virale. Selon lui, la voix du faux sujet télé est une excellente imitation du style des journalistes de  télévision russes. Elle annonce que Vladimir Poutine sera jugé pour détournement de biens de l’État, fraudes financières, abus de pouvoir et surtout organisation d’attentats terroristes dans le but d’intimider la population et de contrôler les institutions. Cette dernière accusation est une référence à une théorie largement diffusée sur Internetselon laquelle les autorités russes auraient elles-mêmes orchestré des attentats dans plusieurs villes du pays, en 1999, pour en faire porter la responsabilité à des groupes islamistes et justifier une intervention armée en Tchétchénie.  À la fin de la vidéo, on entend le Premier ministre répondre au juge et décliner son identité : « Putin, Vladimir Vladimirovich, citoyen de la fédération de Russie ».

Les internautes russes s’interrogent sur les personnes à l’origine de ce faux très bien réalisé, mais pour l’instant le mystère reste entier.

Leur presse (France24, 16 février 2012)

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[Grèce] Rien n’est fini. Tout commence maintenant

Tout le monde savait que ça ne pouvait pas durer plus longtemps. La « bombe à retardement » grecque, telle que la nommaient les boursiers de partout, exploserait tôt ou tard. Depuis plusieurs années le pays vit au bord du précipice, haletant et prenant son temps. En décembre 2008, l’assassinat d’Alexis n’a été que l’étincelle qui a fait éclater une révolte qui était déjà dans l’air, face à des conditions de vie qui devenaient insupportables. Les larmes promises il y a un an par le ministre de l’économie ont bien été versées, mais par une lente distillation, bien que douloureuse. En fait, pendant toute cette période, avec des hauts et des bas, les protestations ont continué à augmenter. Plus les mois passaient, plus le noeud coulant du Fonds Monétaire International et de l’Union Européenne se resserrait et plus il devenait évident que rien ne pouvait empêcher la population grecque de prendre la rue et protester. Que cette situation de siège, d’apnée, ne pouvait durer éternellement, tout le monde le savait. Tôt ou tard, un choix s’imposerait. Drastique et radical.

Hier, dimanche 12 février 2012, ce choix a été fait. Le parlement devait prendre dans la journée le décret approuvant les mesures d’austérité imposées par la soi-disant « Troïka » en échange d’un prêt de plusieurs milliards. Les termes de l’accord ne sont pas clairs, mais on sait qu’il prévoit des libéralisations, des coupes dans les dépenses sociales, des licenciements de masse dans le secteur public, une réduction vertigineuse des salaires et des retraites, déjà bien malmenés. En deux mots : fini la vaseline.

Mais hier, 12 février 2012, le gouvernement n’a pas été le seul a faire son choix. Dans l’après-midi, à peine terminé le déluge de pluie, les rues d’Athènes et d’autres villes grecques se sont remplies de femmes et d’hommes qui ne pouvaient rester enfermés à la maison à attendre que la télévision leur annonce la fin de tout espoir. Une foule immense, incalculable. Fatigués ? Bien sûr. Indignés ? Tout autant. Mais, plus que tout, furieux. Malgré de nombreuses arrestations préventives déclenchées dans la matinée, malgré la police ayant encerclé la faculté de Droit occupée afin d’empêcher — en vain — les occupants de participer à la manifestation, la place Syntagma, devant le Parlement grec, s’est rapidement remplie de personnes venues des quatre coins de la ville. Et quand au milieu de cette foule bigarrée sont apparus les manifestants encapuchonnés, armés de bâtons et de molotov, cette foule débordante a applaudi. Car, de l’aveu même des journalistes, l’hostilité face à tout représentant de l’Etat était palpable chez chaque personne présente. Et cette fois, alors que les affrontements commençaient, et que l’air s’emplissait de l’odeur âcre des gaz lacrymogènes, le service d’ordre d’un syndicat de gauche — qui il y a quelques mois s’était rangé servilement à la protection du Parlement — ne parvenait même plus à rejoindre la place.

Ainsi, alors qu’à l’intérieur du palais la classe politique se préparait à s’agenouiller aux pieds de l’économie, dehors les êtres humains se battaient pour la vie. Pour le faire, ils n’ont pas eu besoin d’attendre le résultat du vote final. Le feu grec, énigme insoluble et donc inextinguible, a brûlé tout ce qui se trouvait sur son chemin. Des dizaines et des dizaines d’immeubles — parmi lesquels des banques, des commerces, des grands magasins, des bibliothèques, des cinémas… — ont été livrés aux flammes. Parmi ceux-ci, la banque Marfin, celle-là même dans laquelle avaient péri trois employés durant la manifestation du 5 mai 2010. Rasée au sol. Le centre-ville est complètement noyé dans la fumée des incendies et des gaz lacrymogènes. Les rues sont noires de monde, des barricades sont érigées, des affrontements violents contre les forces de l’ordre se déroulent un peu partout.

Mais il ne s’agit pas là de l’habituelle chronique grecque que nous sommes habitués d’entendre (et d’admirer) depuis des années. Car quelque chose a changé hier. La décision définitive a été prise et… il est impossible de revenir en arrière. Les violentes charges de la police n’ont pas empêché les manifestants de revenir plusieurs fois sur la place Syntagma. Les cocktails molotov ont été accompagnés de nouveaux engins incendiaires, encore plus puissants. Les redoutées brigades de flics à moto ne font plus autant peur, après qu’une corde tendue au milieu de la rue ait livré en pâture aux manifestants une de leurs unités. La mairie d’Athènes a été occupée (et aussitôt expulsée). Quelques commissariats, comme à Acropolis et à Exarchia, ont été pris d’assaut (plusieurs flics sont restés blessés et leurs voitures sont parties en fumée). Le domicile privé de Costas Simitis (premier ministre de 1996 à 2004) a été attaqué. Et à Omonia, un quartier de la capitale, une armurerie a été pillée. Ce n’est plus une révolte…

Ce n’est donc pas un hasard si la faculté de Droit, occupée par des anarchistes et anti-autoritaires et considérée comme une place-forte de la révolte, a été hier encerclée et prise plusieurs fois d’assaut par les forces de l’ordre. Inutilement. Bien qu’il y ait eu des blessés parmi les occupants, l’occupation résiste et annonce : « Rien n’est fini. Tout commence maintenant. » En outre, si ceux qui avaient été désignés comme les provocateurs des désordres sont restés hier encerclés depuis le début de l’après-midi, qui alors s’est battu depuis 17h jusque tard dans la nuit, dans toutes les rues d’Athènes ?

Et vous pensez que la capitale est la seule à brûler ? A Thessalonique il y eu des affrontements avec les flics, tandis que les cloches d’une église sonnaient comme pour donner l’alarme générale. Des manifestations également à Patras, où des expropriations de supermarchés avaient eu lieu les jours auparavant, suivies de redistribution gratuite des produits. A Volos, les manifestants ont d’abord pris d’assaut le bureau des impôts, détruisant les documents qui se trouvaient à l’intérieur, puis ils ont incendié la mairie. A Corfou cette fois, les locaux de plusieurs politiciens du PASOK (socialistes), parmi lesquels celui de l’ex-ministre de la Justice Dendias, ont été attaqués et complètement détruits. Les occupations de mairies et de préfectures sont signalées dans de nombreuses localités.

Et tandis qu’Athènes était mise à sac, le ministre des Finances Venizelos a déclaré, essayant de faire passer la pilule du vote parlementaire : « Le choix n’est pas entre faire des sacrifices et ne pas en faire, mais entre les sacrifices et quelque chose d’inimaginable ». Voilà qui est vrai. Hier, 12 février 2012, le gouvernement grec a choisi les sacrifices pour ses sujets. Exactement comme le feront demain les gouvernements italien, espagnol, portugais, belge… A celui qui ne les accepte pas, il est inutile d’invoquer un Etat plus juste, un marché plus équitable, ou le respect des droits humains. A Athènes, berceau de la civilisation, la démocratie a enfin jeté bas son masque d’hypocrisie. A celui qui ne veut pas vivre à genou il ne reste qu’à s’essayer à quelque chose d’inimaginable.

L’insurrection.

Texte traduit et adapté de l’italien (Finimondo) par la Base de données anarchistes, 16 février 2012.

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[La police travaille] Le Taser, responsable de 500 morts aux Etats-Unis depuis 2001

Amnesty International a demandé, mercredi 15 février, des « restrictions plus rigoureuses » sur l’utilisation du Taser par la police aux Etats-Unis. L’organisation de défense des droits de l’homme a « appelé à nouveau à des restrictions plus rigoureuses sur l’utilisation de cette arme par la police », après la mort, lundi, en Alabama d’un homme qui a cessé de respirer peu après avoir été touché deux fois et a été déclaré mort deux heures plus tard.

L’homme, Johnnie Kamahi Warren, qui n’était pas armé et apparemment en état d’ébriété, a été touché deux fois par un Taser utilisé par un policier à Dothan.

Selon les chiffres collectés par Amnesty, au moins cinq cents personnes sont mortes aux Etats-Unis depuis 2001 après avoir été touchées par des Taser lors de leur arrestation ou leur incarcération, dont quatre-vint-douze en Californie. « Sur les centaines de décès qui ont suivi l’utilisation du Taser par la police aux Etats-Unis, des dizaines se sont révélés être liés à une utilisation sans nécessité du taser », a indiqué Susan Lee, directrice des Amériques d’Amnesty International. « C’est inacceptable, des directives plus strictes pour leur utilisation sont impératives », dit-elle.

Des directives strictes au niveau national devraient remplacer les milliers de règles différentes suivies en ce moment par les Etats ou les collectivités locales, estime Amnesty.

Leur presse (LeMonde.fr, 16 février 2012)

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[Et ailleurs] Et la presse de faire diversion

Ces Mohamed Bouazizi que Alger ne veut pas voir

Depuis deux ans, on ne compte plus le nombre d’Algériens qui se transforment en torches humaines pour crier leur désarroi. Un phénomène passé sous silence par les autorités du pays.

(…)

Leur presse (Courrier International, 3 février 2012)


« L’immolation est, pour les Tibétains, le seul moyen de s’exprimer »

L’intégralité du débat avec Katia Buffetrille, ethnologue et tibétologue, coauteure de l’ouvrage « Le Tibet est-il Chinois ? »

(…)

Leur presse (LeMonde.fr, 9 février 2012)

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[Et à Saint-Priest] Un SDF tente de s’immoler devant la mairie

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Un SDF tente de s’immoler devant la mairie de Saint-Priest

L’homme avait demandé un logement à la mairie de Saint-Priest, dans le Rhône, fin décembre. Il a été secouru alors qu’il tentait d’allumer son briquet.

Un sans-abri a tenté de s’immoler par le feu sur le parvis de la mairie de sa commune, à Saint-Priest dans la banlieue lyonnaise, jeudi en fin d’après-midi, a-t-on appris vendredi auprès des pompiers.

L’homme, âgé de 33 ans, s’est aspergé de produit inflammable puis en a ingurgité, vers 18h30, sur la place située devant le bâtiment, a précisé cette source confirmant une information du Progrès.

Actuellement en instance de divorce, l’homme, qui vivait en France depuis deux ans, était marié à une femme de Saint-Priest. « Il avait formulé une demande de logement à la mairie le 22 décembre 2011 et était suivi par les services sociaux de la ville. Ces derniers jours, il refusait toute proposition de nuit en foyer ou à l’hôtel et dormait dans sa voiture », a précisé le service communication de la ville. (lexpress.fr)

Il est anormal de la part d’une mairie de faire autant attendre un demandeur de logement. Heureusement que l’immolation de cet homme a était stoppée, cependant cela arrangera-il son sort ?

Leur presse (Edito Web Magazine, 3 février 2012)

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[Et à Carcassonne] Une mère tente de s’immoler parce que l’Etat lui vole ses enfants

Immolation d’une Suissesse dans l’Aude : On en sait plus

Une mère de famille à qui on avait retiré la garde de sa fille a tenté de s’immoler par le feu, ce vendredi près de Carcassonne.

C’est un drame qui a eu lieu ce vendredi près de Carcassonne. « Cela s’est déroulé très vite. Franchement, je n’aurais jamais pensé qu’elle allait faire cela en public. Devant nous » raconte une femme présente au moment de la scène. « Elle », c’est une mère de famille de 47 ans qui était en cavale avec son mari. Elle a alors tenté de s’immoler en pleine rue. Pourquoi ? On leur avait retiré la garde de leur fillette. Elle ne l’a pas supporté. Elle s’est mis le feu après s’être apparemment aspergé le bas du corps avec de l’essence. Elle a été secourue et ses jours ne sont pas en danger, a indiqué à la presse le procureur de Carcassonne, Antoine Leroy.

La veille, sa fille de neuf ans et demi lui avait à nouveau été retirée et placée dans une famille d’accueil par les services du conseil général. La mère s’était enfuie de Suisse le 24 décembre avec sa fille. Elle avait profité d’une visite de son enfant pour Noël. La fillette, comme sa demi-sœur plus âgée, avait été retirée au couple en octobre 2011 parce que son père était soupçonné d’abus sexuels. Celui-ci a rejoint sa compagne et sa fille dans leur cavale. Après différentes étapes, ils ont fini par trouver refuge dans l’Aude, près de Carcassonne. La fillette y a même été scolarisée. Mais les parents, dont ni l’identité ni le milieu social n’ont été révélés, ont été repérés. Les autorités françaises avaient été contactées par leurs homologues suisses peu après la disparition du couple et de leur enfant, après qu’ils eurent été localisés au-delà de la frontière grâce à leur téléphone portable.

Un « geste dramatique, de détresse »

La mère a « compris que sa cavale prenait fin » et en se présentant vendredi devant les services sociaux où elle avait rendez-vous, elle a commis un « geste dramatique, de détresse » et tenté de s’immoler, non sans avoir auparavant prévenu par téléphone un journal régional et la police de ce qu’elle s’apprêtait à faire, a rapporté le procureur de Carcassonne. Le directeur du centre médico-social a pu éteindre le feu avec un extincteur et une couverture. Brûlée, la femme a été hospitalisée. Quant à l’enfant, elle a été placée dans une famille d’accueil et sera rapatriée « dans les jours qui viennent », a dit le procureur, comme le prévoit une convention entre la Suisse et la France. Le père, lui, n’a pas été interpellé, aucune poursuite pénale ne le visant ; c’est sa compagne qui est considérée comme l’instigatrice de l’enlèvement de l’enfant.

Leur presse (France Soir, 10 février 2012)

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[Saint-Denis] Une SDF s’immole par le feu

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Une femme en demande de logement a tenté de s’immoler par le feu mercredi après-midi dans le hall de la mairie de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Le pronostic vital de cette femme âgée d’une quarantaine d’années est réservé. Elle a été brûlée à 80% et transférée dans un centre pour grands brûlés à Lesquin (Nord).

Selon une source proche de l’enquête, elle s’est aspergée d’essence vers 15 heures puis a allumé un briquet. Le personnel d’accueil et de sécurité de la mairie ainsi qu’un habitant sont rapidement intervenus. « Cette dame avait des problèmes de logement, elle était hébergée par le 115 et avait demandé un logement stable », a indiqué la mairie en précisant qu’elle « s’était  adressée sur un ton violent aux agents d’accueil » avant de commettre cet acte.

Ce n’est pas la première que la mairie de Saint-Denis est le théâtre d’un tel drame. Déjà en mars 2011, un SDF de 45 ans s’était aspergé d’essence et avait mis le feu, à l’accueil de la mairie, également pour réclamer un logement. (…)

Leur presse (Agence Faut Payer, 15 février 2012)


Pour rappel (liste non exhaustive) :

Une victime de l’arbitraire s’immole devant le Palais d’Injustice de Paris (février 2011)

Un esclave de France Telecom s’immole à Mérignac (avril 2011)

Une prof s’immole dans un lycée de Béziers (octobre 2011)

Une femme tente de s’immoler devant l’Elysée (octobre 2011)

Et :

Un SDF tente de s’immoler devant la mairie (Saint-Priest, 2 février 2012)

Un travailleur handicapé de Carrefour tente de s’immoler après une réunion du « Comité d’hygiène et sécurité » (Chambourcy, 10 février 2012)

Une mère tente de s’immoler parce que l’Etat lui vole ses enfants (Carcassonne, 10 février 2012)

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[Grèce] Texte d’information de la part de trois membres de Lutte Révolutionnaire pour les compagnon-ne-s de l’Europe qui ont répondu à l’appel international de solidarité

Compagnon-ne-s,

Notre procès, celui de Lutte Révolutionnaire qui fut entamé le 5 octobre, est un acte politique afin de défendre notre organisation et son action, un acte politique afin de défendre la lutte armée en tant que partie intégrante de la lutte pour le renversement du capitalisme et de l’État, de la lutte pour la Révolution Sociale.

En ce sens, notre stratégie durant le procès est d’attaquer avec des arguments politiques le régime économique, social et politique existant, de ne pas accepter le rôle de l’accusé, mais en revanche d’être nous dans le rôle des accusateurs contre tout ce que ce tribunal représente et sert.

Le 5 octobre, lorsque nous nous sommes comparus pour la première fois devant le tribunal et alors que nous étions encore des prisonniers, la compagnonne Pola Roupa a fait une déclaration politique aux journalistes hors de la salle du tribunal spécial des prisons de Korydallos de notre part. Elle a déclaré que lors de ce procès ce n’est pas Lutte Révolutionnaire qui sera jugé mais nos persécuteurs ainsi que le régime criminel qui nous a emprisonnés.

Le 24 octobre, après la lecture des chefs d’accusation lors de la deuxième audience du procès, et suite à la demande des juges, nous avons pris position sur les accusations portées contre nous, et nos prises de position furent politiques. Nous avons dit que ce procès est un procès politique et que ce tribunal est un tribunal spécial constitué d’après les lois spéciales « antiterroristes » au nom desquelles les ennemis politiques du régime, du Capital et de l’État sont jugés. Nous avons également dit que ce tribunal est criminel et sert un régime criminel qui exploite et opprime le peuple. Nous avons dit que sur le banc des accusés devraient être assis et se justifier ceux qui font partie du pouvoir politique, les membres du gouvernement, le Premier ministre, les ministres et les députés, les membres du gouvernement précédent, les membres de l’élite économique, les hommes d’affaires, les capitalistes, les cadres des organismes financiers internationaux comme les directeurs du FMI, de la BCE et de la Commission Européenne qui ont imposé au peuple la dictature de l’élite économique supranationale, ainsi que tous ceux qui protègent ce régime criminel, les policiers et les forces répressives de l’État.

Pendant les audiences qui ont suivi, c’est-à-dire le 1 et le 9 novembre, des objections ont été soulevées contre l’imprécision des chefs d’accusation, la diminution du retentissement du procès puisque la loi limite la couverture médiatique du procès, le transfert du procès des prisons de Korydallos à un tribunal normal à la cour d’appel d’Athènes, l’incompétence de ce tribunal spécial pour juger des actes et des actions qui ont des motivations ainsi qu’un sens politiques, car selon la constitution de la Grèce les « délits » politiques doivent être jugés par des cours composées des juges et des jurés.

Malgré le fait que ces objections furent rejetées comme on pouvait s’y attendre, ce fut une occasion pour nous de faire des déclarations politiques, de révéler le caractère politique de notre action et de notre organisation ainsi que les motivations politiques de nos actes. Ce fut l’occasion de démontrer l’hypocrisie de l’État et du régime puisque – et en dépit de l’imprécision des chefs d’accusation – nous sommes accusés sans éléments réels et nous attendons d’être condamnés pour tous les actes de l’organisation selon la doctrine de la « responsabilité collective » et la conclusion arbitraire qu’il y a une structure hiérarchique au sein de l’organisation. Derrière les efforts pour faire diminuer le retentissement du procès et le fait que nous sommes jugés comme des « criminels » du droit commun se cachent les motivations politiques de l’État qui vise à présenter les combattants révolutionnaires et notamment les membres des organisations révolutionnaires armées comme des criminels, à dépolitiser leur action et les juger dans les prisons dans un environnement sécuritaire étouffant qui sape le caractère public du procès.

Ensuite, durant les audiences suivantes, le 14 et le 21 novembre, on a demandé l’exclusion du principal témoin à charge, du policier en tête du département de « terrorisme intérieur » du service antiterroriste, car d’après la loi ne peut pas déposer un témoignage quelqu’un qui a mené une instruction préalable, comme ce fut le cas avec ledit témoin. Cette demande fut aussi une occasion de révéler l’hypocrisie des méthodes répressives de l’État, puisque tous les chefs d’accusation sont principalement fondés sur un seul témoin policier comme lui – qui fut l’organisateur de toute l’opération policière qui fut montée contre nous – et sur les estimations et les évaluations qu’il dépose.

Que ce procès soit principalement construit sur un policier qui se constitue témoin alors qu’il était absent de la plupart des événements dont il témoigne, constitue une nouveauté pour les affaires grecques, puisque, personne de ceux qui ont personnellement participé dans l’enquête policière dirigée contre nous ne fut appelé à donner des éléments en ce qui concerne les actions de l’organisation, tandis que pas un seul des 87 témoins appelés par le procureur à témoigner (policiers, responsables de sécurité, victimes de l’organisation tels quels des policiers et des citoyens témoins oculaires) n’apporte des éléments contre nous. Notre condamnation éventuelle sera basée sur le dogme de la « responsabilité collective », sur le fait que nous avons assumé la responsabilité politique de notre participation dans l’organisation – pour laquelle ils nous ont chargé l’accusation supplémentaire de la « direction » de l’organisation, afin qu’ils puissent nous condamner pour l’ensemble des actions de l’organisation, non pas sur la base des éléments qui pourraient prouver notre participation physique à celles-ci, mais sur la base de la loi des « co-auteurs éthiques », ce qui veut dire que nous avons « commandé » les actions de l’organisation. Ces méthodes répressives sont le résultat des dispositifs antiterroristes spéciaux qui furent votés en Grèce les dix dernières années, ainsi que de la nouvelle politique répressive qui fut amenée suite à la « guerre contre le terrorisme ». Ainsi, alors que c’était prévu que cette opposition serait refusée, ce qui c’est fait, elle a constitué une opportunité pour qu’on fasse des interventions de contexte politique et des prises de position contre les méthodes répressives de l’Etat.

Outre les positions politiques que nous déposons et les interventions que nous réalisons, notre posture face aux accusations consiste non pas à revendiquer un traitement favorable du point de vue des peines de la part de la cour – malgré l’absence totale d’éléments qui pourraient prouver juridiquement les condamnations imminentes –, mais à révéler le rôle de cette cour qui sert d’instrument politique du système et qui s’est chargé, tel un délégué, de la réalisation d’un processus truqué qui implique des condamnations à plusieurs années de réclusion décidées à l’avance pour des raisons exclusivement politiques.

Une nouveauté de plus qui aura lieu lors de ce procès, sera celle des condamnations basées sur l’ADN comme élément fondamental de culpabilité, alors que personne parmi les accusés n’a accepté de donner d’échantillon, ce qui veut dire qu’ils ne possèdent que des échantillons des enquêtes dans des maisons qui sont indirectement attribuées aux accusés. Une chose pareille n’a jamais eu lieu en Grèce.

La stratégie de notre présence dans le procès vise, dans sa totalité, à la critique de la nature criminelle du capitalisme, de l’économie du marché et de l’État ainsi qu’au retournement des nos persécuteurs en accusés, la mise en valeur de la justesse de la lutte armée, de la nécessité du renversement du régime et de la Révolution Sociale. Et c’est ce que nous continueront à faire pendant toute la durée du procès, en intervenant lors des dépositions des témoins, tels les policiers, l’ancien ministre de l’Ordre Public qui fut cible de l’organisation, et d’autres encore, qui ont été appelés par le procureur contre nous.

C’est dans cette direction que nous considérons que les dépositions de témoins à décharge politiques contribueront. Il s’agit des dépositions des camarades que nous avons appelés par l’appel de solidarité internationale que nous avons adressé pour notre procès, soit des anciens membres d’organisations révolutionnaires armées, soit des camarades qui sont actifs dans d’autres formes de lutte, mais toujours dans la même direction, celle du renversement du régime et de la Révolution Sociale.

Les membres de Lutte Révolutionnaire : Pola Roupa, Costas Gournas, Nikos Maziotis

Traduit du grec (Indymedia Athènes) par Contra Info, 16 février 2012.

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[Sénégal] L’impasse du légalisme et du pacifisme

Jailli d’une contre-allée de l’avenue Georges-Pompidou, le jeune assaillant a balancé son parpaing sur le flanc du camion blindé du Groupement mobile d’intervention (GMI) de la police. Peine perdue : le projectile se fracasse sur le blindage de l’engin, tandis que pleuvent sur le bitume de cette artère commerçante de Dakar les grenades lacrymogènes. Ce mercredi, vers 13 heures — 14 heures à Paris –, les abords de la place de l’Indépendance ont été le théâtre de brefs accrochages entre les forces de l’ordre et une poignée d’opposants ; lesquels persistent à exiger le retrait de la candidature du sortant Abdoulaye Wade à la présidentielle du 26 février. Avec à la clé les scènes de genre classiques ; à commencer par la retraite hâtive des vendeurs de rue, qui s’empressent de remballer leur camelote et de replier leurs étals de fortune, ou le reflux apeuré et pagailleux des badauds et des employés du cru derrière les rideaux de fer et dans les entrées d’immeuble.

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Le scénario de cette épreuve de force était écrit d’avance. Hier soir, le ministre de l’Intérieur Ousmane Ngom, l’un des faucons du clan Wade, a signifié par lettre aux stratèges du Mouvement du 23-Juin — le fameux M23 — l’interdiction de la « grande parade constitutionnelle » programmée en fin de matinée.  Invoquant pour ce faire un arrêté datant de l’été dernier et qui proscrit tout rassemblement dans ce secteur du centre-ville de la capitale. « Personne ne peut nous empêcher de manifester », avait alors répliqué Alioune Tine, coordonnateur du Mouvement et figure de proue de la société civile sénégalaise. Personne ? A l’évidence, le pouvoir en place le peut.

Deux cortèges devaient converger vers l’Indépendance. L’un au départ de la place d’Oran, siège de la Grande Poste du quartier Médina ; l’autre non loin de là, depuis le Rond-Point de la Radio-Télévision sénégalaise. Au premier lieu de rendez-vous, rien, sinon un robuste déploiement de policiers anti-émeute du GMI, harnachés tels des samouraïs subsahariens. Au second, un noyau de militants, marqués de près par les hommes de l’Escadron de surveillance et d’intervention de la Gendarmerie nationale. « On ne veut pas la guerre, martèle Oussyenatou, militante du M23 vêtue d’un survêtement vert vif de l’Association sportive des Douanes. On ne veut pas verser le sang ni marcher sur les cadavres. On veut juste que le Gorgui — le Vieux en wolof — quitte le pouvoir. Plus personne ici ne veut de lui. Un grand-père, ça reste à la maison ; ça ne gère pas le pays. Là, on attend les leaders et on démarre. » En fait de leaders, un seul a bravé l’oukase des autorités : Ibrahima Fall, l’un des 13 challengers d’« Ablaye » Wade. Dès que la troupe s’ébranle, les bérets bleus bouclent la place où trône, sur une fontaine à sec, un cheval de métal cabré. « Les grenadiers devant ! », hurle un officier. Une salve de « lacrymos » suffit à disperser les marcheurs. Par petits groupes, les rescapés rallieront la place Sandaga, théâtre d’une nouvelle escarmouche.

Plus tard, le front se déplacera vers l’objectif initial, l’esplanade de l’Indépendance, où s’est aventuré le chanteur Youssou Ndour, candidat recalé par un Conseil constitutionnel aux ordres. Et où un autre prétendant à la charge suprême, Cheikh Bamba Dièye, bientôt rejoint par Fall, harangue quelques centaines de Dakarois. Très vite, la fièvre monte de plusieurs degrés. La police, qui verrouille l’accès au Palais présidentiel tout proche, tente de déloger les insoumis assis à même le sol. Elle finira par y parvenir au moyen d’un déluge de « grenades à larmes », d’une volée de balles en caoutchouc et de la mise en batterie d’un canon à eau. Offensive à laquelle les plus coriaces ripostent à coups de pierres.

Sans doute y aura-t-il encore dans l’après-midi d’autres échauffourées. Mais ce nouvel épisode du bras-de-fer engagé au lendemain de la validation de la candidature -au demeurant illégale- du Gorgui semble dessiner les contours d’une impasse tactique : si louable soit-elle, l’approche légaliste et pacifiste des animateurs du soulèvement civique ne bouscule guère l’assise du système Wade ; et elle déroute une frange radicale de cette mouvance, irritée par la « tiédeur » des meneurs.

Leur presse (Vincent Hugeux, blog « L’Afrique en face », 15 février 2012)


(…) La gachette facile

Alioune Badara Mbengue, torturé le 12 juillet 2002 par six gardiens pénitentiaires de Rebeuss.

Talla Sylla agressé en septembre 2003.

Bineta Gueye, Margo Samb, Ousmane Ndiaye, Serigne Boubou Ndoye et El Hadj Malick Sama violentés et torturés le 26 septembre 2006 par les éléments de la LGI à Ouakam.

Dominique Lopy tué dans les locaux du commissariat de Kolda le 13 avril 2007. Le 13 décembre de la même année, Alioune Badara Diop tué dans les locaux du commissariat de Ndorong à Kaolack.

Boubacar Kambel Dieng, journaliste à la Rfm et Kara Thioune, journaliste à la West african radio democracy (Wadr) agressés physiquement le 21 avril 2008 par une douzaine d’éléments de la brigade d’intervention polyvalente. Aïda Camara tuée dans les locaux du commissariat central de Dakar le 27 novembre 2008.

Mamadou Bakhoum tué le 23 janvier 2009 dans les locaux de la gendarmerie de Karang. Aboubacry Dia tué dans les locaux du commissariat de Matam le 18 novembre 2009.

Abdoulaye Wade Yinghou tué le 14 juillet 2010 par les policiers du commissariat de Yeumbeul.

Les jeunes du mouvement « Y’EN A MARRE » arrêtés et torturés le 23 juin 2011 lors d’une manifestation pacifique. Après Malick Ba abattu froidement par les forces de sécurité dans la communauté rurale de Sangalkam, ce sont ces mêmes forces de sécurité qui, le vendredi, 27 janvier 2012, ont pris à parti un autre Malick Ba, encore un journaliste, qui s’en est tiré avec un corps meurtri de coups et un visage tuméfié. Il n’a pas fini de panser ses blessures que Mbana Ndiaye et le collégien Mamadou Sy tombent sous les balles de la gendarmerie à Podor (région de Matam), juste quelques heures avant que Mamadou Diop, un jeune étudiant, tombe sous les balles de la police à Dakar. (…)

Leur presse (Malick Ndaw, SudOnLine.sn, 2 février 2012)

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[Genève] Sabotez le monde pour la gratuité !

Vandalisme à Genève – Des « terroristes de distributeurs » sévissent

Pas moins de 160 machines à billets ont été mises hors service à cause d’actes de malveillance. Les Transports publics genevois vont porter plainte.

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Les motivations du « commando » ont le mérite d'être claires.

Les usagers des Transports publics genevois (TPG) ont une nouvelle fois fait la grimace hier. Mais, cette fois, le nouvel horaire des TPG n’y est absolument pour rien. La raison de leur courroux ? L’impossibilité d’acheter un billet valide auprès des distributeurs. En effet, 160 des 650 machines du réseau ont été mises hors service dans la nuit de dimanche à lundi par des actes de vandalisme.

« Vu l’organisation, il s’agit d’une véritable opération commando. Nous avons été victimes de terroristes de distributeurs », fulmine Philippe Anhorn, porte-parole de la régie publique. Les distributeurs ont été rendus inutilisables avec de la colle. Des plaques de bois taillées au format carte de crédit ont même été enfoncées dans certains d’entre eux.

« Sabotez le monde pour la gratuité ! »

Mardi, certaines machines n’étaient toujours pas exploitables et portaient les stigmates de l’attaque. « Cassé = Gratuit », peut-on lire sur l’une d’entre elles à Plainpalais. Deux arrêts plus loin, aux Augustins, le texte est plus éloquent. Le distributeur porte l’inscription « Sabotez le monde pour la gratuité ! »

Ces actes de rébellion ne sont pas signés. Mais les TPG ne désespèrent pas de mettre la main sur les voyous. « Nous allons déposer plainte, lance Philippe Anhorn. Il faudra 70 heures de travail et environ 5000 francs de fournitures pour assurer un retour à la normale. » La perte sur le chiffre d’affaires est également évaluée à 40’000 francs par jour. En revanche, les usagers qui n’auront pas pu valider leur ticket à cause de cet incident pourront compter sur la souplesse des contrôleurs, promet le transporteur.

Leur presse /20 Minutes Online, 14 février 2012/

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