Chroniques du présent en devenir – Grèce, janvier 2012

Nous quittons le confort superficiel de pacification sociale en France pour nous rendre sciemment au cœur de toutes les tensions révolutionnaires au niveau européen. Une « dernière » fois, nous assistons avec rage impuissante la PAF présente et active en ville pour les arrestations, à la gare pour les rafles et à l’aéroport pour les expulsions.

En moins de 24 heures arrivés à Thessalonique, nous voilà déjà acclimatés à l’atmosphère de misère mêlée à celle de toutes les tensions sociales désormais propres à la Grèce. Nous arrivons dans une période « particulièrement calme », comme nous nous entendons dire un peu partout. Depuis les dernières journées de grève générale « horribles » et « pourtant tragiquement logiques » de octobre 2011 qui a vu les forces de combat staliniennes protéger virulement le Parlement de Athènes par une explicite collaboration avec les chiens de garde et toutes forces répressives d’État, les différentes franges du peuple se retranchent dans une fragile accalmie où couvent toutes les frustrations accumulées face à la violence sociale croissante.

Arpenter les rues de Thessalonique, deuxième ville du pays avec un million d’habitants acculés par 40% de chômage, entre les figures souriantes et confiantes forcées de ces jeunes géorgiens et albanais, population immigrée principale en Grèce et premiers touchés par les violentes offensives du Capital et de la bourgeoisie, qui survivent par la vente ambulante et sauvage dans la rue de produits de toute sorte, des chaussures aux dérisoires paquets de mouchoirs, est une chose qui vaut toutes les analyses théoriques sur la misère sociale, tragiquement évidente. Le camarade qui nous conduit rappelle la persécution répressive et véritable terreur policière à l’encontre des vendeurs ambulants qui est devenu un enjeu de lutte pour les camarades qui interviennent autant que possible lors des rafles-surprises.

Contraste schizophrénique d’une société spectaculaire-marchande en décomposition, entre les soldes où s’agglutinent les citoyens en quête de stabilité consommatrice et les séries interminables de locaux ruineux et abandonnés pour cause de faillite forcée. Un mélange oppressant de prospérité touristique voire colonisatrice des middle class et classes aisées locales ou venant de l’étranger et la réalité boueuse et poussiéreuse de ces vieillards cherchant de quoi manger ou se vêtir contre le froid dans les poubelles, des enfants immigrés « vendeurs de mouchoirs » qui percent violemment et silencieusement la vitrine marchande et capitaliste de brèches ensanglantées de vies brisées.

Cette maladie inhérente et maintenant trop visible propre au régime capitaliste transpire cependant et désormais en une évidence collective à travers toute la population. Les barrières spectaculaires entre les différentes couches sociales sont à la fois renforcées en béton armée et à la fois destructibles d’une simple brise fraîche et cinglante : la réalité sociale et sa consistance de guerre. Pauvreté et abondance marchande cohabitent, chômage et locaux en faillite sont voisins des grosses voitures et boutiques de luxe. Cette cohabitation n’en est pas une. Elle a toujours semblé être « naturelle » dans la logique capitaliste mais elle ne peut plus l’être, ni dans les consciences ni dans la rue. Les poubelles de magasins sont pillées tant par les mouettes, chats et chiens errants que les nouveaux chômeurs à la rue, et les vitrines étincelantes de milles lumières artificielles ne peuvent plus recouvrir les ombres des silhouettes étendues dans la rue ni les portes défoncées des locaux vidés voisins. Telle est la transpiration et la sueur d’une réalité sociale chaotique, définitivement chaotique, qui gifle les consciences entre ces deux perspectives : chaos inhérent et nature propre au régime capitaliste ou « accident » de ce dernier par une « crise exceptionnelle ». Surgit, avec la question de l’avenir transformée en réponse du futur, la question de la mémoire de ce chaos social qui trouve sa réponse dans la mémoire des luttes. Guerre sociale, évidemment. Guerre de classes ? Nous voyons, autour de nous, chacun voit, autour de lui, la mise à mort stricte, sociale, puis physique, des individus puis de franges entières de la classe des exploités et dominés, à vitesse variable, mais sans marche arrière.

Le seul point de jonction, le seul croisement, la seule intersection entre ces deux mondes, celui spectaculaire-marchand et celui irrémédiablement réel, social et physique, est un carrefour de tranchées, un carrefour de confrontation directe : pas un mur qui ne soit recouvert d’affiches ou de graffitis révolutionnaires, pas une grille sans banderole, pas une place sans appel à rassemblement ou manifestation.

Censés être accueillis dans un squat anarchiste et ancienne usine de vêtements, ce dernier a été attaqué de manière exceptionnelle par des groupes de hools. À savoir que depuis récemment, les camarades investissent le milieu populaire du football pour déployer des banderoles à messages politiques et révolutionnaires, contre le gouvernement, l’État, la répression, etc. De fait la célèbre « légion » antifa de l’équipe de St Pauli se trouve confrontée à de nouveaux groupes ultras en phase de politisation, et de par l’intervention des camarades de nouvelles tensions et possibilités surgissent. Toujours est-il que nous voilà redirigés vers le squat de « l’école de l’apprentissage des libertés », école libertaire autogérée.

Grande et vieille bâtisse occupée et squattée depuis un an, et qui a subi une seule attaque frontale de la police avant que celle-ci choisisse l’infiltration via des agents civils, une véritable structure autogestionnaire s’est créée, à proximité du quartier étudiant et de l’hyper-centre, développant un marché populaire et horizontal privilégiant la culture et la vente à prix libre de produits agricoles locaux, un bar avec performances et spectacles de lutte, et à l’étage une école libertaire qui propose toutes sortes de cours libres pour tout âge, avec une majorité de jeunes trentenaires, tels que la photographie, l’apprentissage de langues (français, allemand, espagnol, alphabétisation au grec), la sculpture, la peinture, le théâtre, la danse, etc. Ce dans une perspective de résistance et de substitution aux structures éducatives existantes et dominantes en décomposition. Sans affiliation ou position politique clairement affichée, l’influence anarchiste est évidente et omniprésente avec infokiosques et affiches-tracts de résistance.

D’après les personnes essentiellement investies dans le projet, il semble qu’après un an d’existence et d’intimidations policières, le lieu est maintenant grandement soutenu et appuyé par la population du quartier qui fait vivre le lieu et participe aux différentes activités. Aussi, il ne s’agit pas à proprement parler d’un lieu « alternatif », mouvance particulièrement à la mode en France ou en Allemagne, mais d’un lieu de résistance, fondamentalement populaire et horizontal, qui fonctionne par Assemblées Générales régulières sur diverses questions précises et communiquées à l’avance afin de permettre à chacun d’y réfléchir en vue d’une position collective décidée et fixée lors de l’assemblée. Il n’y a pas de Collectif, pas d’organisation particulière mais un libre investissement individuel et collectif en perpétuel devenir qui jongle avec les obligations sociales. Par exemple, les cours de langue et de « formation politique » (prédominants) comme la plupart des cours de l’école libertaire ont lieu le soir à partir de 18h, après que la plupart des gens aient terminé leur journée de travail-salarié. Chaque jour, des plats sont proposés aux personnes venant boire un verre le soir, bouquiner, discuter ou jouer, pour un euro. La cuisine est préparée en amont par un ou plusieurs camarades mais pour le reste, tout fonctionne en libre-service ainsi que pour la vaisselle, sur l’évidence collective du « Do It Yourself ».

Un autre lieu de résistance influent à Thessalonique, l’usine occupée « Ethernet », animée par des groupes anarchistes actifs locaux, existe depuis huit ans. Structures gigantesques de vieille usine de vêtements d’environ 35’000 m², le lieu peine actuellement à trouver de nouvelles dynamiques impulsives, ayant pourtant développé de nombreuses structures autogestionnaires et populaires : 10’000 m² d’installations de pistes de skating, plusieurs salles de concert, des salles de sport et musculation, d’escalade, de danse, une salle informatique et internet, un bar, plusieurs salles de projection et lieux collectifs pour diverses assemblées décisionnelles, des salles de performances et spectacles traitant essentiellement de l’histoire des luttes. Le lieu sert également de point de départ, de jonction et d’arrivée sécurisée (contre la police) pour diverses manifestations initiées par des groupes radicaux et anarchistes révolutionnaires.

Comme partout en Grèce, la situation à Thessalonique reste difficile en termes de résistance populaire élargie. De nouvelles taxes ont été récemment créées et imposées par le gouvernement d’unité nationale par rapport à l’électricité, en plus de l’augmentation démesurée des prix des denrées alimentaires les plus basiques. Suite à ces nouvelles mesures antisociales, de larges franges de la population refusent de payer, essentiellement par l’incapacité la plus stricte à payer. De nombreux appartements ont leur source d’électricité coupée depuis plusieurs mois, et des solidarités locales à l’échelle des quartiers s’organisent et se mettent en place pour partager les ressources d’énergie en électricité, mais également pour l’eau et le gaz. Quant aux initiatives des travailleurs de ces industries d’énergie refusant de couper l’électricité aux familles et même coupant sciemment les ressources d’énergies des ministères, qui ne paient pas un centime de ces taxes, elles demeurent rares et de fait grandement réprimées.

Ce que nous entendons la plupart du temps est la formule du « chantage de la peur », qui fonctionne avec une implacable logique d’écrasement des individus : la plupart des travailleurs qui parviennent à garder leur poste ne sont tout bonnement pas payés, depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois. Ou bien sont déjà prévenus que dans cinq mois, il n’y aura plus de versement de salaire pour faute de manque de monnaie. Face à cela, et les taxes qui se multiplient, les gens attendent, tiraillés entre la nécessité urgente de créer de nouvelles structures de réappropriation des ressources d’énergies ainsi que celles de production et de distribution des denrées alimentaires, contenues et refoulées par le besoin immédiat de survie individuelle à garder tant que possible son travail, même s’il n’est plus rémunéré, parfois depuis huit ou dix mois déjà. La peur et l’isolement, armes de tout temps de la bourgeoisie et du Capital, parviennent à contenir tout élan populaire irréversible, par la menace d’un chaos économique et social démesuré en cas de non soumission et de refus d’accord syndical.

La multiplication des mesures étatiques antisociales vont de pair avec la militarisation de la gestion sociale, notamment par l’occupation militaire permanente de divers endroits stratégiques par les forces antiémeute MAT (équivalent des CRS en France) comme, par exemple à Thessalonique des points précis du quartier étudiant, la station de TV locale ou encore l’Ambassade turque (davantage sujette à des actions ou attentats nationalistes) qui est surtout située à proximité d’un des quartiers où résident les groupes anarchistes actifs les plus virulents de la ville.

Situation de guerre de moyenne intensité.

Mais toute l’intensité de la violence sociale qui couve et recouvre toute possibilité populaire s’est concentrée dans les regards à la fois menaçants, suppliants et désabusés de ces bandes d’enfants immigrés, géorgiens ou albanais, vadrouillant dans les rues aux heures tardives, fouillant les poubelles comme le nombre incalculable de chiens et chats errants à la recherche de quoi se nourrir. Nous voir parler une langue étrangère, non grecque, et isolés, leur impulse la perception de proies et les voilà nous assaillir, affamés, à quémander une pièce ou un bout de pain, mimant le geste de manger. Nous les voyons commencer à attraper nos sacs, fouiller nos poches de pantalon et de blouson, à la recherche forcenée de la moindre monnaie. Il n’y a rien à leur dire à ces enfants-là, rien à leur expliquer, rien à leur justifier, et nos regards bravent difficilement les leurs, impuissants où le mot solidarité n’a pas de sens sans brioche chaude abondante à leur offrir. L’évidence de notre impuissance, l’évidence de notre insolente présence, l’évidence de l’absurdité de notre bagage militant face à des enfants pauvres mais encore fiers et joueurs dans leur misère. Et qui sait de quoi est capable un homme qui meurt de faim. Ils auraient sorti une lame pour nous dépouiller de nos quelques euros et serions forcés de nous défendre, que nous les comprendrons dans leurs forces vives, exactement dans la même évidence inévitable de l’impossibilité stricte à les comprendre. Violence sociale ordinaire où si nous n’avons pas les armes pour attaquer le premier supermarché où leur offrir toute nourriture abondante ni butin caché de banque pillée, nous n’avons qu’à nous restreindre au strict silence vaincu. Au moment même où la nouvelle se répand dans tout Thessalonique que les chiens errants affamés et mourants commencent à attaquer et tuer les chats pour étancher leur faim, dans la crainte immédiate de possibles attaques sur des enfants, des enfants errent également, égarés entre la faim et l’abandon, la violence et la nuit.

Linia et Ielmos – 24 janvier 2012.

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[Brésil] 100 % Pinheirinho

Résistance et répression dans le quartier de Pinheirinhos à São José dos Campos

Réponse à la crise du logement, le quartier de Pinheirinhos, dans la ville de São José dos Campos (Brésil), a été bâti il y a maintenant huit ans par des travailleurs n’ayant pas de terre où loger. C’est devenu un véritable quartier avec 8.000 habitant(e)s. Sous pression des propriétaires terriens qui flairent une bonne affaire, l’État de São Paulo a décidé d’expulser tous les habitants dimanche 22 janvier.

La population du quartier s’est préparée à résister à l’assaut policier et à défendre son droit au logement.

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La population de Pinheirinhos se prépare à résister à l’assaut des forces de répression et à défendre ses habitations :

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D’autres actions, regroupant des habitant(e)s du quartier et des personnes solidaires ont aussi été organisées, comme un blocage de l’autoroute :

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Mais en société capitaliste, le droit à la propriété des plus riches prime sur le droit des ouvriers à se loger. C’est donc une véritable armée de policiers qui a été envoyée pour expulser les habitants du quartier.

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Avec une violence extrême (voir les vidéos), la police a envahi, occupé et expulsé le quartier, envoyant des milliers de familles ouvrières à la rue.

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Véritables scènes de guerre, de cette guerre sociale que la bourgeoisie mène, au Brésil comme ailleurs, contre les ouvrières et les ouvriers.

Si, déjà avant l’expulsion du quartier de Pinheirinhos, des manifestations et des prises de position en particulier de nombreuses organisations ouvrières et syndicales avaient déjà eu lieu en solidarité avec les habitants, la répression de dimanche a renforcé cette solidarité. Le jour même, 600 personnes ont manifesté en solidarité et contre la répression avenue Paulista à Sao Paulo :

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Solidarité ouvrière, 23 janvier 2012.

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À quoi servent les permanents syndicaux ?

Bruay La Buissière (Pas-de-Calais) : Le pavillon de la révolte flotte sur le mât des Unions locales CGT

| GROGNE SYNDICALE | Que les cégétistes se révoltent et manifestent n’étonnera personne. Mais cette fois, le vent — la tempête même — de la contestation agite la base qui veut secouer les instances du syndicat.

Sinon les ignorer. Mercredi, en cette journée de rencontre des directions syndicales avec le gouvernement, les unions locales réagissent.

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La base sent se creuser un large fossé entre les dirigeants qui « s'embourgeoisent » et eux.

Denis Duporge, secrétaire général de l’union locale d’Auchel, Roger Veste de Lillers, Jacques Taillieu de Bruay, (Stéphan Doloy de Béthune est excusé), clament leur désaccord total avec les instances du syndicat. Aujourd’hui, le terme apparatchik s’applique aux têtes du mouvement.

La base sent se creuser un large fossé. « À l’Élysée, on ne devait pas y aller. Les dirigeants de tous les syndicats français ont déjà capitulé avant même le début des discussions. Pour cette journée de mobilisation, ils sont où nos dirigeants ? Il est scandaleux de ne pas être aujourd’hui des milliers dans la rue. Les militants de base sont près à bouger, mais nos permanents ne bougent pas. À quoi servent-ils ? Nos dirigeants n’ont sans doute pas des fins de mois difficiles. Ils s’embourgeoisent et s’attribuent des privilèges. Les départementaux ne bougent pas, nous sommes verrouillés par nos dirigeants. Leur position ne les met plus en contact avec les réalités du monde du travail. Il est temps de revenir aux fondamentaux des combats sociaux. Thibaut (secrétaire général national, ndlr) n’écoute pas la base. La direction de la CGT n’a pas aidé les ouvriers de Sea-France. Face au désaveu de la CFDT, nous avions notre carte à jouer. »

On l’a compris, le mal est profond, mais les volontés des bases locales sont vives. Une solution : « Nous allons nous désolidariser de nos chefs et permanents pour initier des actions à partir de 7 ou 8 unités locales de la région. Nous sommes capables de réveiller l’ardeur et la révolte des oubliés de la République et, malheureusement aussi, de notre structure qui a pourtant la vocation de les défendre et de les faire respecter ! »

Comme première action commune, cette « union d’unions locales » ira manifester à Arras pour défendre Christian Delépine, conseiller prud’homal, « qui subit actuellement des pressions morales et des harcèlements dans l’exercice de sa mission au service des travailleurs ». À n’en pas douter, la CGT devra connaître une révolution interne en 2012 pour continuer à exercer son action dans la défense des plus modestes des citoyens, actifs ou retraités.

CGT Bruay-La Buissière – 403, rue Roger-Salengro – Tél. 03 21 62 94 40.

Leur presse (LaVoixduNord.fr), 21 janvier 2012.

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[Inculpé-e-s de Labège] Concert de soutien Samedi 4 février à Lyon

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L’État censure, Copwatch renaît

Communiqué de relance

Copwatch Nord Paris IdF renaît de la censure en ce jour du 19 janvier 2012. Le ministère de l’intérieur français a voulu nous interdire. Il a échoué. Aujourd’hui, c’est à nous de lui rendre la donne.

Copwatch Nord Paris IdF se veut une véritable plate forme de lutte et de contre-renseignements à l’encontre de la répression des forces de sécurité française. Ces forces de sécurité, nous avons appris à les connaître, les observer, les comprendre. Aujourd’hui, cette expérience acquise sur le terrain et parfois directement au sein de leurs unités, le gouvernement français ne l’accepte pas.

Ce même gouvernement ne veut aucunement que de simples individus montrent la véritable image d’une police raciste, xénophobe et sexiste, qui chaque jour commet de graves atteintes aux droits de l’homme et à la dignité humaine. Il a préféré adopter les méthodes chinoises de censure, sans doute les plus dures. Il ne veut pas non plus que les personnes des quartiers les plus pauvres s’adaptent ou se défendent face à cette police…

Ces derniers temps, la police nationale a subi une véritable décapitation en règle avec mises en examens, détentions, GAV et contrôles judiciaires de très hauts responsables nationaux et départementaux pour des faits très graves. Bref toute l’armada répressive que ces mêmes individus ont fait appliquer à des milliers de personnes et cela en toute impunité. Malgré cela, Guéant soutient ses troupes, il les encourage dans le vice. Voilà pourquoi, le combat que nous menons est parfaitement justifié. Nous n’aurons aucun compte à rendre et n’arrêterons jamais.

Ce site est la réussite d’une alliance que l’État ne tolère pas, un cauchemar pour lui, entre militants syndicaux, antifascistes, hackers, communistes, autonomes, anarchistes et simples individus des quartiers victimes de la répression. Lorsque nos camarades travaillent sur le terrain, ils rentrent en contact avec ces derniers. Le résultat est un succès. À Calais, les liens entre les migrants et les activistes ont déjà porté leurs fruits ; à Paris, dans les quartiers de Belleville et Barbès, les biffins commencent à comprendre le mécanisme répressif policier français, enfin à Lille, c’est dans les quartiers de Moulins, Wazemmes et du faubourg de Béthune que des liens se sont tissés. Cette force de frappe est née d’un long travail et nous sommes certains que d’autres villes en feront de même.

Nous tenons à dénoncer la manière dont certains médias ont repris les accusations mensongères du ministère de l’intérieur quant à la diffusion d’adresses et données personnelles. Il n’y en a jamais eu. Si nous diffusons des données montrant qu’un policier est raciste, fasciste ou néo-nazi, c’est qu’il représente un danger pour une partie de la population et ne sont nullement intimes.

Nous pensons que les techniques militaro-sécuritaires employées par la police nationale sont irréversibles et conduisent à accroître les techniques de copwatching. Ce mode d’action, certes dur, sera sans doute le seul à changer les rapports de force. La police déteste être filmée, et c’est pour ça que nous lui imposerons le même dispositif qu’elle impose à sa population : la surveillance.

Nous remercions le travail effectué par les nombreuses personnes extérieures au site et qui ont permis une visibilité à celui-ci lors de la censure. Au passage, certains sites néo-nazis ont vu leur serveur piraté et supprimé de la toile. Il servent de miroirs à notre site. L’UMP en a pris pour son grade et ça n’ira pas en s’arrangeant, croyez-nous…

Dorénavant, lorsque l’État osera censurer ce site, tel un phœnix il renaîtra. Les référés n’en feront rien. Alliance police nationale non plus. Notre volonté est un bloc et notre solidarité une force.

La police ne protège pas la population, elle la réprime, la dompte et la criminalise. Elle n’est qu’une faucheuse destinée à abattre la misère afin de protéger la bourgeoisie. Nous avons plus d’une corde à notre arc et ne laisserons aucune chance à l’État en cas de censure.

Notre évolution est due à une seule femme, Marie-Noëlle Gues, Calaisienne qui en 2003 fut la première et seule à photographier les CRS tabassant les migrants. Nous devons beaucoup à notre amie défunte. Son combat se doit d’être un exemple de courage. Il est aujourd’hui un succès et il s’étend.

Policiers, nous vous identifierons tous un à un.

Que la peur change de camp.

Copwatch Nord Paris Ile de France.

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[Tunisie] Lectures, projection, discussion Mardi 24 janvier au NO ! (Marseille)

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Primitivi.

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SOS de la Maison Commune Autogérée – Ker Béthanie, île de Groix (56)

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Depuis quelques jours, une flopée d’évènements incongrus secoue la Maison Commune Autogérée de Ker Béthanie.

Le mardi 17 janvier au matin, une chargée de mission du conservatoire du littoral et des employés des services municipaux, armés de quelques gendarmes viennent photographier les lieux sous tout les angles en vue de la démolition.

Le 24 décembre dernier, l’huissier était passé constater l’occupation entamée en octobre 2010.

Vendredi 20 janvier à 6h15 du matin, cinq gendarmes déboulent avec les torches, les tasers et les flingues. Ils tombent sur Cochisse qui avait dormi dans la grande salle, proche de la cheminée. Non loin de lui, les militaires trouvent un sac contenant le butin d’un cambriolage de pharmacie effectué environ deux heures plus tôt.

Cochisse est ancien mais jeune toxicomane. Il est arrivé il y a deux semaines après avoir rencontré deux handicapés qui rentraient à la Maison Commune. Il est venu pour sortir de son addiction, se mettre au vert, et ça marche : deux jours après son arrivée jeudi 12, le manque se fait sentir au point de devenir insupportable. On file chez le médecin qui nous explique qu’il faut se faire évacuer sur le continent, à l’hôpital, pour obtenir une ordonnance de subutex, seul substitut efficace. Le médecin, qui est le maire de l’île, lui accorde une ordonnance de seresta, qui permet aux alcooliques de dormir tranquille quand ils décrochent. On passe à la pharmacie chercher le médoc. L’occupant qui se présente au comptoir demande s’il serait possible d’avoir du subutex, au cas où… requête rejetée par le pharmacien. La nuit passe et Cochesse dort bien, ça va mieux. Celui-ci se passe même du seresta dans les jours qui suivent.

Retour sur l’arrestation : Les militaires mettent les menottes à Cochesse qui s’en défait en deux temps trois mouvements pour les narguer. Ils l’embarquent avec un deuxième occupant qui dormait au dessus. Les rebelles passeront la journée au poste avec quelques baffes en prime pour le comique prestidigitateur, accompagnées de pressions verbales pour qu’il dise avoir volé la morphine. Le procureur décide finalement de le relâcher faute de preuves. Il sera néanmoins poursuivi pour recel de médicaments en avril prochain.

Le samedi 21, les faits divers, ces faits divers (destinés, comme toujours, comme dit P. Bourdieu, « à faire diversion » : dans notre cas, pour ne plus parler des raisons de sauver Ker Béthanie, et donc de la faire couler), paraissent dans la presse. Un article conséquent laisse entendre dans un des canards, que les occupants de Ker Béthanie sont coupables du cambriolage, qu’il n’y a aucun doute là-dessus. Dans l’après-midi, le chef de la brigade accompagné de deux gendarmes passe « dire bonjour », et ordonne aux nouveaux arrivants de « ne pas mettre le feu à l’île » à plusieurs reprises. « Vous restez là, mais vous ne faites pas les cons ! »

Le dimanche 22 janvier, à 7 heures l’explosion (probablement d’un pneu) dans le local attenant au Dr House Shop (Magasin Prix Libres) réveil un des occupants qui dort au dessus du magasin. Celui-ci pense alors que les chats du lieu sont responsables du vacarme, puis se rendort. Dix minutes plus tard, c’est la seconde occupante qui détecte une odeur de brûlé.  Ils regardent par la fenêtre et voient les flammes jaillir de la porte du local voisin. Les trois autres, qui dorment dans la maison principale, sont vite alertés. On se dépêche de puiser de l’eau au puits en attendant que les pompiers arrivent. Par chance, le feu n’a pas le temps d’atteindre la première maison.

Le soir, un des habitants de la Maison Commune croise par hasard les pharmaciens en sortant de la gendarmerie. Un d’eux lui concède qu’après réflexion, il fallait probablement connaître les lieux pour faire aussi vite et aussi ciblé. Dommage que cela ne figure pas dans sa déposition, car le Cochesse soupçonné, n’y est jamais rentré !

On a porté plainte pour tentative d’homicide volontaire.

Aujourd’hui lundi, dans la presse locale, le maire menace de « faire appel aux autorités pour faire évacuer le site ». Il déclare aussi : « Depuis le cambriolage de la pharmacie, il y a un sentiment d’insécurité terrible. Je suis choqué par cet incendie, parce que la violence n’est pas une solution, mais pas si surpris » !!!

On a besoin d’aide.

Contact au 06 26 08 52 64 ou sur groizidemocratie

Pour suivre les dernières nouvelles du lieu

Et les dernières nouvelles des squats.

Mailing, 23 janvier 2012.

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[Poitiers] Relaxe pour les deux personnes en procès pour une récup’

Deux personnes passaient aujourd’hui à 14H en procès pour de la récup’ dans un Spar de Saint-Benoît (sans plainte du proprio). Pour l’occasion et en solidarité, un rassemblement-tractage d’une trentaine de personnes devant le palais d’injustice. Ainsi qu’un marché gratuit sur un étal, toujours bien en face du TGI, avec des fruits et légumes récupérés au marché des Couronneries la veille.

On aura rarement vu spectacle aussi grotesque au tribunal — et pourtant fichtre, on a l’habitude. Pas moins d’une heure et quart à discuter autour du fait que deux personnes se soient servies dans une poubelle, pour récupérer des produits alimentaires périmés ! Le tout transformé en « vol en réunion avec effraction et ruse » — prière de ne pas rire (ça ne plaît pas trop au juge).

On comprend mieux le pourquoi d’un tel acharnement, à l’écoute du réquisitoire de la proc’ : n’ayant aucune preuve sous la main, puisqu’il n’y a rien dans ce dossier, les trois quarts de ses propos ont tourné autour du fait que ces deux personnes soient  « militantes ». La proc’ a ainsi parlé un bon moment du tract rédigé pour l’occasion par les deux inculpé-e. À aucun moment la preuve d’un vol n’est établi, on fait donc avec ce qu’on peut : la proc parle du casier militant des deux personnes, leur reproche de n’avoir rien dit en gardav’…

On culmine dans le cocasse, à l’écoute de la peine finalement requise : huit mois de prison, dont deux ferme, pour chaque prévenu-e ! Prière de ne pas s’esclaffer ni d’applaudir cette prestation : le juge rouspète ce qu’il nomme une manifestation d’un « fan-club », et menace d’interrompre la séance si ça se reproduit encore.

L’avocate des deux personnes inculpées prend la parole. Elle trouve « extraordinaire » le fait qu’on leur reproche d’exercer leur droit au silence en garde à vue. Qu’on parle de militantisme pour cet acte si cruellement banal, pour ces deux personnes qui survivent avec peu de ressources comme pour tant d’autres. Elle démontre ensuite que le « vol » n’est constitué ni matériellement ni moralement, et encore moins « l’effraction » dont on ne trouve aucune trace. Que même s’il y avait eu entrée dans le local, cela ne pourrait constituer une infraction puisque la jurisprudence considère que la nourriture périmée abandonnée dans une poubelle n’est ni une « propriété » ni une « marchandise », et cite à l’appui une décision de justice de 2002, où quelqu’un avait été relaxé pour les mêmes faits (commis qui plus est à l’intérieur d’un magasin). Qu’il n’y a d’ailleurs même pas d’effraction du local, mais que la nourriture récupérée l’a été dans les poubelles… sorties du local pour l’occasion et déposées sur le parking public, à destination des éboueurs sur le bord de la rocade.  Elle raille ensuite l’accusation de vol « avec ruse », vocable juridique complètement inadéquat puisqu’aucun « subterfuge » n’a été utilisé.

Après un quart d’heure de délibération, le tribunal rend un verdict d’évidence : RELAXE.

Néanmoins, chaque inculpé-e devra tout de même s’acquiter d’une amende de 100 euros pour refus de prélèvement ADN ; alors même que le délit n’a pas été constitué.

Mais de ça aussi, hélas, on a l’habitude.

Juanito, groupe Pavillon Noir (Fédération Anarchiste 86), 23 janvier 2012.

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Die (Vercors) : Solidarité avec les inculpéEs de Labège

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[Vive le van, Vive le van, Vive le vandalisme] Voitures brûlées à Forbach

Nuit de violences urbaines à Forbach : de gros dégâts

Une trentaine d’individus ont semé la terreur, dans la nuit de samedi à dimanche, dans le quartier du Wiesberg, à Forbach. Véhicules incendiés, boîtiers électriques détruits et forces de l’ordre caillassées.

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Le quartier du Wiesberg, à Forbach, a été la cible d’une trentaine d’individus mal intentionnés, dans la nuit de samedi à dimanche, de 21h à 2h30. Bilan de ces cinq heures et demie de violences urbaines : dix-sept véhicules détruits, dont six par incendie. Une voiture sérigraphiée de police attaquée à la barre de fer et une autre, de la brigade anticriminalité, caillassée. Sept armoires électriques endommagées et une autre complètement hors d’usage. Des arrêts de bus détériorés.

Tout de noir vêtus, le visage partiellement dissimulé sous des capuches, les délinquants s’en sont d’abord pris à des personnels municipaux, venus réparer des boîtiers électriques détériorés par des actes de vandalisme jeudi et vendredi. Une malveillance qui a plongé le quartier dans le noir. Les individus ont lancé des pierres sur les agents de la Ville et des policiers, arrivés sur place. Un véritable guet-apens.

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Les forces de l’ordre ont essayé de maîtriser les assaillants. Vu leur nombre, elles ont demandé le renfort des districts de Freyming-Merlebach, Saint-Avold et Metz. La violence est allée crescendo. Les voyous ont joué au chat et à la souris avec la police, se déplaçant d’un endroit à l’autre, multipliant les courses-poursuites.

Rue Nationale, les fauteurs de trouble ont lancé des cocktails Molotov sur des voitures garées sur le parking du concessionnaire Renault, et en ont détérioré d’autres avec divers objets, dont des barres de fer. Ils ont réservé le même sort aux véhicules stationnés devant l’atelier de réparation de la succursale.

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La course-poursuite a duré jusque vers 2h30, hier, moment choisi par les membres de la bande pour se séparer. La police a pu néanmoins interpeller l’un d’eux, un mineur de 17 ans, placé en garde à vue au commissariat de Forbach. Une enquête a été ouverte.

Un agent municipal a été blessé au cours de ces échauffourées.

(…) Hier soir, la direction départementale de la sécurité publique envisageait d’envoyer des renforts de police à Forbach, afin d’éviter tout nouveau débordement.

Leur presse (Éliane Kreid, Le Républicain Lorrain), 23 janvier 2012.

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[Agromafia/Monsanto] « Inspection citoyenne » à Trèbes (Aude)

Des militants anti-OGM investissent un site de Monsanto dans l’Aude

Une centaine de militants anti-OGM ont investi lundi à l’aube un site du géant américain Monsanto, à Trèbes, dans l’Aude, et ont vidé des sacs de maïs OGM Monsanto 810, une semence dont ils réclament l’interdiction.

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« On demande que le ministère de l’Agriculture prenne un arrêté immédiat interdisant le MON 810. Ils ont fait des déclarations en ce sens il y a deux mois, mais on ne voit rien venir », a déclaré à l’AFP Jean Sabench, de la Confédération paysanne, qui revendique « une inspection citoyenne du centre de conditionnement de semences de Monsanto ».

Monsanto, a dénoncé Jean Sabench, conditionne des semences OGM pour les distribuer aux agriculteurs, alors que le ministère de l’Agriculture a, selon lui, donné instruction aux semenciers de ne pas livrer de semences OGM MON 810.

Le représentant de la Confédération paysanne a souligné qu’il était urgent de déclarer l’interdiction car les semis doivent débuter dans un mois.

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Au-dessus du tas de maïs répandu au sol, les militants de la Confédération paysanne et des Faucheurs volontaires ont déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Danger, zone OGM ».

Après leur opération, les militants étaient rassemblés pacifiquement sous le hangar numéro 2 du site Monsanto de Trèbes, sous la surveillance de gendarmes arrivés en renfort.

Ils attendaient d’avoir un contact avec la préfecture pour obtenir des garanties concernant l’interdiction du Monsanto 810.

« L’État peut décréter rapidement un moratoire en se basant sur la loi qui prévoit la préservation des autres types d’agriculture », assure Christine Thelen, membre des Faucheurs volontaires et agricultrice bio sur le plateau du Larzac (Aveyron).

« On a démontré avec cette action que du maïs OGM est prêt à être distribué en France, affirme la militante. C’est une course contre la montre, il faut agir avant qu’il ne soit trop tard. »

L’action surprise a été menée vers 06h30 dans un entrepôt du groupe d’agrochimie. Les protestataires ont réussi à entrer dans le site malgré la présence de quelques gendarmes postés à l’entrée.

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Le moratoire sur les cultures OGM, lancé par la France en février 2008, a été récemment invalidé par la Cour européenne de justice de Luxembourg et le Conseil d’État. La France a par la suite annoncé son intention de décréter un nouveau moratoire.

Fin novembre, le chef de l’État avait affirmé que le gouvernement maintenait son opposition à la culture du maïs OGM Monsanto 810 sur le territoire français et qu’il avait chargé les ministres de l’Écologie et de l’Agriculture de mettre en œuvre l’interdiction pratique de la culture du Monsanto 810.

Le 6 janvier, une centaine d’apiculteurs avaient occupé pendant plusieurs heures un site de Monsanto à Monbéqui (Tarn-et-Garonne) pour exiger du gouvernement l’interdiction rapide du maïs OGM en France.

Le site de Monsanto-Trèbes avait été déjà envahi au printemps 2006 par une trentaine de syndicalistes paysans, dont José Bové. Jugés en 2008 pour cette action, ils ont été relaxés. Monsanto avait alors dit son exaspération et estimé que la France était « une zone de non-droit pour les auteurs d’actes de violence et de vandalisme menés par les opposants aux biotechnologies ».

Leur presse (Agence Faut Payer), 23 janvier 2012.

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Répression à Caen : un procès ridicule contre deux manifestants

Rappel des faits : Le 26 octobre 2010, en plein mouvement social contre la réforme des retraites, un blocage de la zone industrielle de Carpiquet a lieu à l’appel de l’intersyndicale. Le lendemain, sur décision des grévistes présentEs, le blocage est prolongé. Vers 16H la police en tenue anti-émeute intervient. Les grévistes lèvent le camp, évitant la confrontation. Ils/elles repartent en voitures par le périphérique. Le convoi roule lentement pour attendre les derniers véhicules qui doivent le rejoindre, afin de s’assurer que personne ne reste isolé. La vitesse de circulation est donc réduite pendant une poignée de minutes et sur une courte distance.

Au moment où il est clair que tout le monde a rejoint le convoi, les voitures en tête de celui-ci commencent à accélérer pour rentrer tranquillement en ville. À ce moment-là, une voiture de police double la tête de convoi, se met au milieu des deux voies de circulation, et roule très lentement pendant plusieurs minutes jusqu’à une bretelle d’accès au périphérique. Là la voiture de police stoppe, bloquant le convoi. D’autres voitures de police arrivent et des policiers en surgissent et arrêtent les personnes qui se trouvent dans les deux premiers véhicules.

Un des deux conducteurs, qui ne se débat pourtant pas, est violemment plaqué au sol par cinq policiers, après avoir reçu des coups dans les jambes, on lui monte dessus, on le menotte. Sept personnes sont interpellées. Cinq passagerEs sont relâchéEs au bout de quelques heures. Les deux conducteurs passent 24 heures en cellule de garde à vue et ils écopent de 6 semaines de suspension administrative de leur permis de conduire.

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais, de manière inattendue, le procureur de la République, qui a 12 mois pour entamer d’éventuelles poursuites, colle en procès les deux conducteurs… qui reçoivent leur convocation au tribunal 11 mois et demi après les faits.

Deux de nos camarades grévistes passeront donc in extremis au tribunal correctionnel le lundi 30 janvier pour le très très très grave crime d’« entrave à la circulation ». Ils auraient volontairement et super vicieusement ralenti la circulation sur le périphérique pendant quelques interminables minutes… à un endroit où tous les matins et tous les soirs de la semaine, il y a sans arrêt des bouchons… Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon il y aurait sûrement une hécatombe à la préfecture et le procureur de la République serait agonisant…

Évidemment, puisque ce procès est VRAIMENT ridicule, il faut préciser qu’à notre connaissance, alors qu’il y a eu des centaines et des centaines de blocages divers dans le pays pendant la lutte contre la réforme des retraites, Caen est l’un des rares endroits de France où un tel procès va avoir lieu.

Là où ce procès est moins drôle, c’est qu’il est aussi le signe d’un acharnement policier, politique et judiciaire contre deux militants qui sont bien connus localement pour leur participation aux luttes sociales.

Nous serons évidemment là le jour du procès pour soutenir nos deux camarades et pour réaffirmer une évidence partagée par des centaines de milliers de personnes dans ce pays : Toute lutte sociale qui se veut un minimum efficace ne peut qu’enfreindre la « légalité républicaine » qui protège les intérêts des puissantEs au détriment de ceux des exploitéEs.

Le peu de droits qu’il nous reste aujourd’hui ont été conquis par la lutte, pas grâce à la loi… et pas dans le respect de celle-ci…

Interdites les grèves sauvages, sans préavis, illégales les grèves de solidarité ou celles ayant des revendications politiques, interdites les grèves tournantes, perlées, illégaux les piquets de grève, interdites les occupations d’usines, de lycées, d’universités ou d’édifices publics, illégaux les blocages, interdites les barricades, illégal de se défendre quand la police charge et gaze, interdit d’être masqué pour ne pas être fichéEs, illégal de saboter les bénéfices patronaux ou les machines, interdit de remettre en marche une usine que les patrons veulent fermer, illégal de vendre directement ce qui est en stock pour financer la lutte contre la fermeture d’une usine… bref interdites et illégales toutes les formes de luttes qui peuvent réellement nuire au patronat et à l’État… mais rassurons nous, c’est pour notre bien, c’est au nom de « l’intérêt général » (celui des capitalistes et des gouvernantEs en fait) et nous gardons le droit inoffensif de manifester, de faire des pétitions et de voter tous les 5 ans pour des politicienNEs.

Le jour où la bourgeoisie et les gouvernements autoriseront ce qui affaiblit et remet en cause leur pouvoir, les poules auront des dents…

Heureusement, partout où la situation doit changer parce qu’elle est devenue invivable, les peuples, qui se mettent en mouvement pour une vie digne et libre, se moquent bien de la légalité, des bonnes manières, des mensonges des présentateurs/rices de journaux télévisés, des bénéfices patronaux, du cours de la bourse, des tribunaux, des gouvernements et de leurs polices…

Ainsi va la lutte de classe, ainsi vont les révolutions…

Soirée débat anti-répression le jeudi 26 janvier 20H à l’université (Amphi Tocqueville, campus 1)

RASSEMBLEMENT DE PROTESTATION ET DE SOLIDARITÉ LUNDI 30 JANVIER, À PARTIR DE 14H30, DEVANT LE TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE CAEN, PLACE FONTETTE.

Le collectif anti-répression : SUD PTT 14, SUD CHU 14, SUD Culture Basse-Normandie, SUD Collectivités Territoriales, FSE-Caen et individu-e-s…

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[Narbonne] Nike les CRS

Ils ne sont pas venus seulement pour faire acte de présence. Depuis leur arrivée, les renforts de CRS envoyés à Narbonne procèdent à des opérations de contrôles… et chaque jour apporte son lot de contrevenants.

Mardi, à 17 h 55, un Tarnais de 26 ans a ainsi été percé à jour : il conduisait alors que son permis avait été suspendu. Quant à l’automobiliste de 43 ans contrôlé à 19 h, il n’était même pas titulaire dudit permis. Moins d’une heure plus tard, un mineur de 17 ans se faisait pincer avec 1,5 g de cannabis dans les poches, et un Tarnais (décidément !) de 19 ans se voyait confisquer les deux couteaux avec lesquels il avait l’habitude de se balader.

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Les policiers de Narbonne ont ensuite pris le relais dans la nuit de mardi à mercredi : ils ont surpris un homme de 36 ans roulant avec 0,98 g d’alcool dans le sang. Tout ce beau monde a été laissé libre après audition, les dossiers prenant la direction du parquet. Cette forte mobilisation policière n’est en tout cas pas appréciée de tous : dans la nuit de lundi à mardi, certains l’ont fait savoir sur un mur de St-Jean St-Pierre comme le montre notre photo.

Leur presse (LIndependant.fr), 19 janvier 2012.

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Mutinerie à la prison de Sale, dans le sud-est de l’Australie

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1327312679.jpgAujourd’hui, mercredi 18 janvier 2012, une mutinerie a éclaté dans la prison privée de Fulham, près de Sale (Victoria), en Australie. Plus de 800 hommes y sont incarcérés.

Selon diverses sources journalistiques (médias mainstream uniquement : agence AAP, Herald Sun, 7news, ABCnews, etc.), la prison est en état de confinement ce soir suite à une mutinerie.

Au moins une cinquantaine de prisonniers ont refusé de réintégrer leurs cellules et ont maintenu à distance l’ensemble des gardiens pour commencer une mutinerie. Celle-ci a éclaté juste après 15h30 (heure locale), apparemment pour protester contre de nouvelles conditions de détention.

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Les gardiens de prison, aidé par des flics anti-émeutes, ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Les mutins se seraient équipés de matériel de sport et de jardinage pour menacer les gardiens.

Les mutins ont occupé les toits de la prison ainsi que les cours de promenade. Plusieurs départs de feu ont été signalés dans la prison, qui a semble-t-il pas mal morflé lors des affrontements. Une des salles de contrôle de la prison aurait été défoncée, le matériel électrique arraché.

Il n’y aurait aucun blessé, mais aucun personnel médical n’a été autorisé à entrer dans la prison pour le moment, donc il est encore trop tôt pour tirer un bilan à ce niveau-là.

À suivre…

Indymedia Paris, 18 janvier 2012.


Selon un article du Sydney Morning Herald, la mutinerie aurait pris fin ce matin (jeudi 19 janvier), après douze heures d’occupation des toits de la prison.

Les raisons du déclenchement de la mutinerie sont peu claires (en même temps, la simple existence d’une prison justifierait à elle seule une mutinerie permanente, non ?), le journal précité parle de revendications concernant de nouvelles normes au sein de la prison, notamment l’obligation de brosse à dents flexible (les rigides pouvant servir d’armes… ouais ouais, c’est ça). D’autres revendications porteraient sur la télé (qui va bientôt passer au numérique là-bas) et les tenues vestimentaires autorisées.

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Onze détenus, tous âgés de moins de ving-cinq ans, sont soupçonnés d’être à l’origine de la mutinerie. Ils ont tous été transférés dans d’autres prisons, après s’être rendus tôt ce matin, quand la flicaille a « inondé » les toits de gaz lacrymogènes.

Indymedia Paris, 19 janvier 2012.

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[Tunisie] Thala vit toujours à l’heure de la révolution

Quand Thala s’est soulevée contre Ben Ali

Il y a un an, le président tyran fuyait le pays. La ville rebelle de l’ouest tunisien a été une des premières à se révolter contre le régime honni. Depuis, c’est un bel exemple d’autogestion.

Nichée dans les montagnes près de la frontière algérienne, la ville de Thala vit toujours à l’heure de la révolution, comme si le temps s’était arrêté il y a un an. Ce n’est pas tant le nombre de victimes mais les modalités de la répression qui ont marqué durablement les esprits ici. La police n’entre plus à Thala au risque de provoquer des émeutes : « Les gens de Thala, surtout les familles des martyrs, n’acceptent pas la présence de la police tant que justice n’a pas été rendue », confie Abir Arnouni, étudiante en anglais. Seule l’armée est acceptée par les 65’000 habitants. Neutre pendant la révolution, elle a joué un rôle social important : « Les militaires nous ont beaucoup aidés. Un colonel passait tous les jours pour nous demander de quoi nous avions besoin. Il nous écoutait beaucoup et nous parlait avec sincérité », dit Issam, frère d’un jeune tué par la police lors des premières manifestations.

Après Sidi Bouzid, Thala a été la première ville à s’être soulevée durant la révolution. Entre le 3 et le 12 janvier 2011, la ville fut assiégée par les forces de police venues réprimer les manifestations suite au décès de Mohamed Bouazizi, qui s’était immolé par le feu le 17 décembre 2010. À Menzel-Bouzaiene, un professeur au chômage a été tué lors d’une manifestation. Puis c’est à Thala que les victimes suivantes tombent au soir du 7 janvier. « Nous étions ensemble, solidaires. Toutes les portes des maisons étaient ouvertes, les femmes donnaient des tomates aux hommes contre le gaz lacrymogène. Elles aussi allaient manifester contre la police », raconte Issam.

Le 12 janvier au soir, les policiers quittent la ville, les Thalouas s’organisent pour garantir la sécurité. Dans tous les secteurs de la ville, des rondes ont lieu. « Dans chaque quartier, nous avons voté pour choisir une personne de confiance responsable de la sécurité. Puis nous avons ramassé les ordures et nettoyé la ville après le siège », indique Issam.

Thala multiplie les particularités. Déjà sous l’ancien régime, Ben Ali l’avait surnommé « le point noir de la Tunisie » du fait de sa résistance continuelle contre la dictature. Dans plusieurs villes du pays où les violences policières ont été très dures, de nombreux cadres du RCD (le parti de Ben Ali) ont pris la fuite, laissant ces territoires sans administration. À Thala, dès le début de la répression, le maire et son équipe affiliée au RCD ont quitté la ville par peur des représailles. Les Thalouas adoptent alors une forme d’autogestion. La très grande solidarité des habitants et l’habitude de se débrouiller par eux-mêmes ont permis cette autogestion : « Pendant deux mois, nous avons aussi organisé des collectes de fonds pour aider les familles pauvres à passer l’hiver. Pendant la révolution, nous étions solidaires. Depuis, nous sommes devenus une seule personne », dit Issam.

Un comité local est créé pour gérer les affaires courantes : « Nous avons affiché devant le Palais de justice les nouvelles du jour pour que tout le monde sache quelles décisions ont été prises par le comité local », précise Issam. Parmi les discussions, une proposition fait l’unanimité : quitter la ville en portant des drapeaux algériens et marcher vers la frontière pour demander le rattachement à l’Algérie. « Pendant la révolution, la frontière est restée ouverte. Quand les Algériens vivant de l’autre côté ont su que nous venions, cinq bus de Tebessa [ville frontalière] et Oran sont venus nous apporter de l’aide », ajoute Issam. Une grande fête a alors été organisée. « Un Algérien nous a alors dit : “Vous devez réclamer justice dans votre pays. Nous serons là pour vous soutenir.” »

Le 12 septembre 2011, des élections municipales anticipées sont organisées par les habitants : « Quelques régions ont établi des comités locaux désignés par divers représentants de communes, car les cadres du RCD ont tous été dégagés. Chez nous cela a tardé. Néanmoins, nous sommes la seule ville de toute la Tunisie à avoir élu notre maire », confie Kahli Fathi. Une liste de 33 candidats est élaborée et huit conseillers municipaux sont élus. Mohsen Saidi, médecin-chef de l’hôpital, est élu maire. « Plus d’un millier de personnes ont voté. C’est peu par rapport au nombre d’habitants mais c’est un exploit d’organiser des élections en deux jours ! » explique le nouveau maire de Thala, ajoutant : « Ce qui caractérise notre équipe municipale, c’est qu’il n’y a pas de chef. Et nous sommes tous bénévoles. »

Un an après, les Thalouas n’ont rien oublié. Toute la ville s’active pour organiser les commémorations de la fuite de Ben Ali. Mardi dernier, le responsable présumé de la répression a été limogé et serait en garde à vue. Un cortège de voitures fait le tour de la ville pour annoncer la nouvelle. C’est un an de combat pour la justice qui porte ses fruits aux yeux des Thalouas. « L’arrestation de cet homme est historique, peut-être plus que le départ de Ben Ali. Aujourd’hui, nous pouvons dire que nous sommes en démocratie », confie Ahmed, un blogueur, ému jusqu’aux larmes.

« Le nouveau gouvernement agit enfin. Il a entendu la population de Thala et Kasserine ! » Le 8 janvier, le président Marzouki et son premier ministre Hamadi Jebali ont fait le déplacement dans ces villes très durement touchées par les violences policières. Les familles des victimes ont exigé d’eux l’arrestation et le jugement des cadres policiers qui ont tué et blessé en toute impunité. Dans l’état d’esprit des familles des victimes, c’est un mélange de fierté et de douleur, de soulagement, après un an de combat.

Leur presse (Rafika Bendermel, Le Temps [Genève], 14 janvier 2012)


NOTA BENE : Quelques jours après la parution de cet article, alors qu’avait couru la rumeur que « le responsable présumé de la répression » à Thala, Moncef Laajimi, avait été arrêté à l’aéroport alors qu’il tentait de fuir un mandat d’amener délivré contre lui, celui-ci paraissait en direct à la télé le soir du 21 janvier pour une interview sur le plateau de Hannibal TV, dont on retiendra seulement le commentaire qu’en fit un internaute : « Il y aurait eu un quart d’heure de plus d’émission, Laajimi aurait avoué être un martyr de la révolution ». Qu’en pensera et qu’en dira le peuple de Thala ?

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[El Assad dégage !] Victoires des révolutionnaires à Zabadani et Douma

Zabadani, « première ville libre de Syrie » ?

Assiégée et bombardée pendant six jours jusqu’au retrait de l’armée syrienne mercredi, Zabadani respire à nouveau. Cette ville située près de la capitale est même devenue le symbole de l’efficacité de la résistance armée contre le régime.

Après Benghazi la Libyenne, Zabadani la Syrienne ? Mercredi, plusieurs dizaines de chars et de véhicules blindés des forces du président Bachar al-Assad qui affrontaient des éléments de l’Armée syrienne libre (ASL), se sont retirés de cette localité située entre Damas et la frontière syro-libanaise. Assiégé et bombardé jour et nuit pendant six jours, le nouveau foyer de la révolte populaire contre le régime respire à nouveau. Ses habitants et les membres de l’Armée libre ont paradé dans la ville pour fêter l’évènement. (…)

Certains commentateurs et des activistes syriens n’ont pas hésité à qualifier Zabadani de « première ville libre de Syrie ».

Ce lieu de villégiature de 40’000 habitants, prisé pour son climat et habité en grande majorité par une population relativement aisée, principalement sunnite avec une minorité chrétienne, n’était pourtant pas prédestiné à devenir un bastion de la contestation ; contrairement à Deraa, cité désoeuvrée du sud du pays et berceau du soulèvement populaire. Un symbole d’autant plus fort que la bourgeoisie syrienne est souvent accusée d’appuyer le président Bachar al-Assad. Mais cette ville n’est pas seulement réputée pour sa douceur de vivre, elle est surtout stratégique d’un point de vue géographique, « puisqu’elle n’est qu’à quelques dizaines de kilomètres au nord-est de la capitale mais aussi parce qu’elle est nichée dans une région montagneuse qui surplombe un certain nombre de résidences de l’élite du régime, dont la garde présidentielle », explique à FRANCE 24 Khattar Abou Diab, politologue spécialiste du monde arabe et professeur à l’université Paris-XI.

Certains s’empressent aujourd’hui de la comparer à la ville de Benghazi, fief originel des rebelles libyens qui s’étaient soulevés l’an dernier contre le colonel Kadhafi. (…)

Leur presse (Marc Daou, France24.com, 20 janvier 2012)


Témoignage exclusif de Zabadani : « Comment nous avons fait reculer l’armée de Bachar al-Assad »

Après plus d’une semaine de combats, les chars de l’armée régulière syrienne se sont retirés jeudi de la petite ville de Zabadani située à la frontière syro-libanaise. Sur place notre Observateur explique que des soldats déserteurs sous équipés sont parvenus à repousser les tanks de l’armée régulière, mais qu’ils ne pourront pas tenir longtemps leurs positions.

Zabadani est une ville de villégiature située à près de 1200 mètres d’altitude et à 45 km à l’ouest de Damas, la capitale. Depuis plus d’une semaine, la ville était le terrain d’affrontements meurtriers entre l’armée régulière et les déserteurs qui s’y étaient réfugiés, certains depuis plusieurs mois.

Contre toute attente, jeudi soir, des militants ont annoncé que les chars de l’armée syrienne, ainsi que les véhicules blindés des soldats battaient en retraite et regagnaient les casernes situées à une petite dizaine de kilomètres de la ville. Seuls quelques points de contrôle seraient maintenus par l’armée régulière autour de Zabadani. Il s’agit du premier recul de l’armée syrienne depuis le début de la contestation en mars 2011. Les activistes en parlent aujourd’hui comme de la « première ville libre de Syrie ». (…)

Mohammad Ali est un des fondateurs du comité révolutionnaire syrien de Zabadani. Nous l’avons contacté alors qu’il manifestait dans le centre ville pour fêter le départ des troupes.

« Ces dix derniers jours la ville a été le terrain de combats extrêmement violents. Plusieurs quartiers ont été bombardés. Certains ont dit que le retrait des troupes s’était fait au terme d’un accord entre les deux armées mais ce n’est pas le cas. C’est la force et la résistance de nos combattants et des soldats déserteurs qui a fait reculer les chars de l’armée régulière. »

« Les soldats déserteurs sont arrivés par petits groupes, essentiellement sur les deux derniers mois. Ils ont choisi Zabadani parce qu’ils savent qu’ici quasiment tous les habitants ont une arme et que par conséquent la ville était plus à même de se défendre en cas d’attaque. Les armes sont nombreuses parce que nous sommes à quelques kilomètres de la frontière libanaise et beaucoup ont été acheminées pendant la guerre israélo-libanaise de 2006. Et comme c’est une frontière, c’est aussi un point de passage de trafic en tout genre. Mais nous ne disposons au final que d’AK47 et de pistolets. »

« L’autre raison qui a permis à nos soldats de faire reculer l’armée régulière, c’est que nous sommes dans une zone montagneuse, avec de nombreuses forêts. Deraa, à l’inverse, est une ville beaucoup plus facile d’accès pour les forces militaires. Alors qu’ici, les soldats déserteurs peuvent se cacher aux abords de la ville puis préparer leur contre attaque. Nous, nous savons où ils sont et nous les ravitaillons régulièrement en nourriture et en vêtements. »

« Nous n’avons pas de mitrailleuses, ni de tanks mais les déserteurs sont tous prêts à mourir pour défendre leur cause. Alors qu’en face, de nombreux éléments de l’armée régulière continuent de se battre parce qu’ils savent que s’ils font défection, l’armée se vengera sur leur famille, mais ils n’ont pas la même détermination que ceux qui se battent pour la liberté. »

« Pour autant, nous ne ferons pas le poids très longtemps, peut-être une semaine encore, mais pas beaucoup plus. Les soldats de Bachar al-Assad ne sont pas loin d’ici. S’ils attaquent à nouveau nous serons vite à cours de munitions et ils finiront par prendre le contrôle de la ville. »

« Si une zone d’exclusion aérienne était votée par la communauté internationale, cela permettrait à une partie des soldats de l’armée régulière de faire défection et de nous rejoindre. Aujourd’hui, beaucoup ont envie de le faire mais s’ils nous rejoignent à Zabadani, ils savent que l’armée régulière se mettra à bombarder la ville. Une aide internationale est donc aujourd’hui notre seul espoir. »

Leur presse (Mohammad Ali, avec la collaboration de Ségolène Malterre, Observers France 24, 20 janvier 2012).

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Vidéo de la BBC sur Zabadani

 

Les rebelles repoussent l’armée syrienne hors de Douma

L’armée syrienne libre (ASL), composée de soldats déserteurs, a repoussé samedi les forces de sécurité hors de Douma, faubourg de la périphérie nord de Damas, rapportent des opposants qui font état de combats acharnés en soirée.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH, basé à Londres), les insurgés se sont retirés de Douma après avoir pris le contrôle de certaines parties de la ville, épicentre du mouvement de contestation du régime du président Bachar al Assad depuis dix mois.

« Il semble qu’ils aient choisi de ne pas rester sur place, notamment parce que cela aurait offert une excuse au régime pour bombarder la zone », a déclaré à Reuters Rami Abdelrahman, le président de l’OSDH.

Les affrontements ont éclaté samedi après-midi lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une cérémonie funéraire, tuant quatre personnes. Les heurts qui s’en sont suivis ont fait des dizaines de blessés, selon les insurgés.

« Personne ne peut entrer ou sortir de Douma à l’heure actuelle », a raconté samedi sur Skype à Reuters un militant anti-Assad. « C’est la première fois que les insurgés ne se contentent pas de simples attaques éclairs. »

« Ce soir, ils ont commencé à ériger des barrages dans les rues et je peux entendre des coups de feu et des explosions à quelques minutes d’intervalle », a ajouté cet habitant de Douma, située à 14 km au nord-ouest de la capitale.

Selon des habitants de Douma et de la ville voisine de Harasta, les forces de sécurité se trouveraient actuellement à l’extérieur de la ville.

Leur presse (Reuters, 22 janvier 2012)


La contestation encouragée en Syrie par la « victoire » de Zabadani

Selon les Comités Locaux de Coordination, 455 manifestations se sont déroulées vendredi 20 janvier sur l’ensemble du territoire syrien. Suite à l’amnistie générale décrétée le 15 janvier par le chef de l’État, la journée avait été placée sous le slogan des « Prisonniers de la Liberté ».

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Manifestation du "Vendredi des Prisonniers de la Liberté" à Mar'a (Alep)

Par le nombre de leurs participants, ces rassemblements ont confirmé que, plus de 10 mois après le début de leur mouvement, les Syriens étaient toujours aussi nombreux, en dépit des risques encourus, à descendre dans les rues pour réclamer le départ du président Bachar Al Assad et de son régime. (…)

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Manifestation du "Vendredi des Prisonniers de la Liberté" à Binnich (Idlib)…

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… à Da'el (Daraa)

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… à Qamichli

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… à Idlib

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"Al Zabadani : l'amorce de la victoire et les prémices de la fin"

La réapparition de certains détenus ne faisait pas oublier que, en Syrie, selon un panneau aperçu à Qamichli, si « les prisonniers sont dans des prisons ceintes de quatre murs, le peuple vit dans une prison cernée par quatre frontières ». Il s’agissait donc de rappeler au monde que des dizaines de milliers de Syriens et Syriennes continuaient de croupir dans les geôles du régime, exposés à tout moment à la torture, aux mauvais traitements et à la mort.

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Des enfants de Zabadani réclamant la libération de parents encore détenus

Dans de nombreuses villes et villages, les pancartes des manifestants ont mis la communauté internationale en garde contre la poursuite, par le pouvoir syrien et ses services de sécurité, de leur politique répressive et de leurs atrocités. La population avait besoin d’aide et de protection. Elle voulait que soit mise en place une zone protégée.

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Panneau de gauche : "Le peuple syrien veut une protection internationale, comprenez-le" - Panneau de droite : "L'internationalisation est notre demande, la zone de non-survol notre objectif, le renversement du régime notre but"

En attendant, les contestataires n’avaient pas d’autre recours que l’Armée Syrienne Libre. C’est elle qui les protégeait en leur permettant de poursuivre là où elle était présente leurs manifestations pacifiques. Ils contestaient donc à tout le monde, y compris aux opposants syriens en Syrie et à l’étranger… dont certains ont été nommés, le droit de s’exprimer en leur nom pour la dénoncer. Eux iraient jusqu’au bout de leur projet : la chute du régime.

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Banderole à Da'el (Daraa), le "Vendredi des Prisonniers de la Liberté"

Ils suppliaient enfin la communauté internationale de ne pas prêter l’oreille aux discours alarmistes que tenaient les responsables de certaines communautés religieuses. Contrairement à ce que ceux-ci affirmaient, leur mouvement n’était pas sectaire mais politique.

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"Les Syriens ne savent pas ce que sectaire signifie"

Leur presse (blog du monde.fr Un Œil sur la Syrie, 21 janvier 2012)

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[Tunisie] Fuck da school

Un groupe d’élèves ont attaqué leur lycée, Mohamed Boudhina à Hammamet, vendredi 20 janvier 2012, en signe de mécontentement que l’administration leur a refusé l’octroi d’un billet d’entrée et leur a demandé d’être accompagnés de leurs parents pour justifier leurs absences répétitives.

Selon Kamel Messaoud, directeur de l’établissement qui s’est intervenu sur les ondes de Shems FM, ces élèves étaient munis de cocktail molotov, de pierres et de pétards.

Cette manifestation, annoncée depuis deux jours sur facebook, a causé l’arrêt des cours dans l’établissement.

Leur presse (M.H.D., Investir en Tunisie, 20 janvier 2012)


Disrespectful Behavior Among Tunisian Students

Educators claim that they are having difficulties dealing with disobeying students. Since the end of the Tunisian Revolution, teachers began complaining about the disrespectful behavior of students. High school students especially, have created new conditions in educational institutions that make work and  normal course nearly impossible.

Fethi Abroug, middle school principal, told Tunisia Live that he noticed a change in the behavior of his pupils. “They have become so disrespectful, they are not afraid of the administration any more. They do not care of they get suspended, they always steal the annual attendance sheet, they answer their teachers rudely, and they are no longer afraid of authority in general.” Abroug added, “I do not know if this behavior has to do with the revolution, but this is not acceptable. We are trying to be more understandable, but they need to respect their teachers and the administration.”

According to Mohamed Mtaallah, a middle school teacher in Kelibia, “There is definitely change in Students behavior, in a bad way, they no longer care about the administration and the rules. They are not afraid of them anymore.” Continuing, “Teachers are being attacked by parents even though their children were wrong, especially if the teacher are known for being followers of the RCD (Ben Ali’s Regime).”

Leur presse (Sana Ajmi, Tunisia Live, 22 novembre 2011)

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[Libye] « Le peuple veut corriger le cours de la révolution »

Des manifestants en colère ont pris d’assaut samedi le siège du Conseil national de transition libyen à Benghazi (est), une attaque qui pourrait affaiblir de nouveaux dirigeants peinant à asseoir leur autorité après un conflit de plusieurs mois.

Cet incident, le plus grave à viser le CNT depuis qu’il a pris les rênes du pays suite à la chute de Mouammar Kadhafi, intervient après des semaines d’un sit-in réclamant aux nouvelles autorités plus de transparence et l’exclusion des personnes ayant collaboré avec l’ancien régime.

Signe de la colère qui monte contre le CNT, son vice-président, Abdelhafidh Ghoga, a été agressé jeudi par des étudiants à l’université de Benghazi.

Samedi, jusqu’à 1.500 personnes, dont d’anciens combattants rebelles blessés pendant la révolution, se sont rassemblées devant le siège du CNT. Plusieurs grenades artisanales ont été lancées sur le bâtiment avant que les protestataires ne l’envahissent et le saccagent.

« Ils ont mis le feu à la façade, brisé des fenêtres et cassé l’une des voitures blindées qui se trouvait là. Des manifestants nous ont aménagé un passage et nous avons pu sortir, personne n’a été blessé. Je suis sorti d’un côté et Moustapha Abdeljalil (le chef du CNT) de l’autre », a dit à l’AFP par téléphone Fathi Baja, le responsable des affaires politiques du Conseil, qui se trouvait sur place.

À l’intérieur des locaux, les manifestants criaient : « Le peuple veut corriger le cours de la révolution », « On ne veut plus de Ghoga ».

Les protestataires, armés de pierres et de barres de fer, avaient investi les lieux puis saccagé les locaux, ont rapporté des témoins à l’AFP.

Auparavant, le chef du CNT était sorti pour tenter de les calmer mais des manifestants l’ont conspué et lui ont jeté des bouteilles en plastique, selon les mêmes sources.

Dans l’après-midi, des manifestants avaient jeté plusieurs « jelatinas », des grenades artisanales à base de TNT, sur le siège du CNT sans faire de victimes, toujours selon des témoins.

Les protestataires réclament plus de transparence de la part du CNT, l’exclusion des « opportunistes » des postes à responsabilité et dénoncent « la marginalisation des blessés ».

Ces incidents interviennent à la veille de l’annonce, prévue dimanche, de la loi électorale élaborée par le CNT en prévision de l’élection en juin d’une assemblée constituante. La composition de la commission électorale doit également être annoncée. (…)

Leur presse (Agence Faut Payer, 22 janvier 2012)

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[Police politique] « La lutte contre les subversions, mission fondatrice »

Un livre sur la DCRI déclenche une avalanche de plaintes

Accusé dans un livre d’être au service de l’Élysée, le patron des renseignements intérieurs, Bernard Squarcini, attaque les auteurs en diffamation, ainsi que le site Mediapart … qui va aussi saisir la justice.

Les critiques contre le patron du renseignement intérieur français Bernard Squarcini, accusé dans un livre d’avoir dirigé une police parallèle pour enquêter sur la presse et l’opposition, ont suscité jeudi démentis officiels et plainte de l’intéressé.

La charge de trois journalistes du Point et du Canard enchaîné dans le livre publié cette semaine et intitulé L’Espion du président vise indirectement Nicolas Sarkozy, censé avoir laissé s’installer ces pratiques au sein de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Confié à un proche du chef de l’État, Bernard Squarcini, ce service de police judiciaire et de renseignement comptant 3400 fonctionnaires a été créé en 2008 par fusion des Renseignements généraux (RG) et du contre-espionnage, la Direction de la surveillance du territoire (DST).

À trois mois de la présidentielle, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant voit dans ce livre la dernière manifestation de ce qui serait une campagne systématique visant les hommes de confiance de Nicolas Sarkozy. « Je démens tout à fait que la DCRI soit un instrument politique au service du pouvoir. C’est absolument faux. La DCRI n’écoute pas de personnalités politiques, évidemment non », a-t-il déclaré sur France Inter. « Vous ne m’empêcherez pas d’observer qu’en ce moment, il y a une sorte de mise en cause systématique de ceux qui sont censés avoir la confiance du président de la République », a-t-il dit.

Bernard Squarcini, le patron des services de renseignements français, s’est indigné de ces accusations. « Je ne suis l’espion de personne », explique-t-il dans un communiqué. « Ce service est composé de fonctionnaires avec des opinions politiques et syndicales différentes. Ils sont tous dotés d’un grand sens du service public qui les conduit à servir l’État, quel soit l’engagement politique du gouvernement », écrit-il. Il a décidé de porter plainte en diffamation contre les auteurs du livre. Le procès, quasi-automatique, se tiendra après la présidentielle, du fait des délais normaux.

Mediapart porte plainte, Squarcini attaque le site pour diffamation

Le site d’information Mediapart, qui, selon le livre, a fait l’objet d’un espionnage en 2010 suite à ses articles sur des affaires mettant en cause l’exécutif, annonce pour sa part sa décision de déposer plainte. « Mediapart va saisir la justice de ces faits nouveaux afin que toute la vérité soit faite sur cet espionnage et que ses auteurs en répondent, ceux qui l’ont ordonné comme ceux qui ont exécuté cet ordre illégal », lit-on sur le site. Dans sa plainte en diffamation, Bernard Squarcini vise également Mediapart et son directeur Edwy Plenel.

Le livre, qui s’appuie essentiellement sur des sources anonymes présentées comme des enquêteurs de la DCRI, affirme que des pratiques illégales telles que les « sonorisations » de logements, les intrusions informatiques et les écoutes téléphoniques en dehors de tout cadre légal, sont devenues systématiques. Des fouilles illégales de logements seraient aussi menées.

Joël Bouchité, ancien patron des Renseignements généraux et ex-conseiller sécurité de Nicolas Sarkozy de 2010 à 2011, devenu préfet de l’Orne, porte lui aussi des accusations dans le livre. « Squarcini a recréé à son côté une petite cellule presse. Des mecs chargés de se rancarder sur ce qui se passe dans les journaux, les affaires qui vont sortir, la personnalité des journalistes. Pour cela, comme pour d’autres choses, ils usent de moyens parfaitement illégaux. » Des propos qu’il a contesté dans Le Monde : « Je prends connaissance des dépêches me mettant en cause concernant le fonctionnement de la DCRI et notamment “l’utilisation de moyens parfaitement illégaux pour le suivi des journalistes”. Je démens les propos qui me sont prêtés tant sur l’organisation que sur le fonctionnement de la DCRI. Cette présentation est mensongère. La création de la DCRI répond à la nécessité de modernisation des services de renseignement et à l’exigence d’efficacité de la lutte contre le terrorisme et les subversions, sa mission fondatrice. »

Bernard Squarcini a été mis en examen en octobre 2011 pour « atteinte au secret des correspondances » dans une affaire où il a admis avoir requis des opérateurs les factures détaillées de téléphones de journalistes du Monde après un article sur l’affaire Liliane Bettencourt. Le ministre de l’Intérieur l’a maintenu en poste en invoquant la présomption d’innocence malgré ces faits, qui sont admis mais que Bernard Squarcini considère comme légaux. Le procureur Philippe Courroye a été mis en examen dans cette affaire cette semaine.

Leur presse (AFP, AP, Reuters sur le site LeFigaro.fr, 19 janvier 2012)


(…) Quant aux méthodes illégales, elles ont cette particularité, selon l’enquête des trois journalistes, d’avoir été généralisées au sein de la DCRI et non plus limitées à des équipes spéciales, à la manière de ce que fut la « cellule de l’Élysée » sous la présidence de François Mitterrand. « Sous Squarcini, peut-on lire pages 108 et 109, il n’y a pas de “brigade du chef”. Pas de groupe d’enquêtes réservées avec des hommes de main qui ne rendent compte qu’au patron dont ils exécutent, sans broncher, les commandes “un peu particulières”. Les juges peuvent toujours chercher à Levallois (où siège la DCRI) un “cabinet noir”. Ils ne le trouveront pas. (…) Le système mis en place par le Squale paraît bien plus redoutable qu’autrefois. C’est la structure entière qui semble vicié. »

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Le centre d'écoutes de Boullay-les-Troux

On apprend ainsi qu’une structure dénommée R1 se charge des « sonorisations », tandis qu’une structure R2 est chargée de « casser » les ordinateurs, « en clair, déverrouille les systèmes de sécurité qui empêchent d’accéder au contenu d’un PC ou d’un Mac ». Les auteurs citent un officier : « En quelques minutes, ils sont capables de siphonner l’intégralité d’un disque dur. » Ils poursuivent : « Régulièrement, un véhicule banalisé quitte la petite commune de Boullay-les-Troux dans l’Essonne, pour se rendre au 84, boulevard de Villiers à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine. Le chauffeur s’engouffre prestement dans le parking souterrain. Sa cargaison recèlerait comptes rendus d’écoutes, identifications téléphoniques et autres e-mails interceptés à l’insu de la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité, la CNCIS. »

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Car les auteurs précisent bien — et ce n’est pas la moindre de leurs révélations — que c’est à Boullay-les-Troux que s’opèrent les « écoutes off » de la DCRI, sous l’égide de la sous-division R, alors que « les écoutes légales » le sont sous la houlette de deux divisions, la J (écoutes judiciaires) et la P (écoutes administratives). Le livre parle également des cambrioleurs de la DCRI, affectés à la sous-division L, et des « serruriers du net ». « Des informaticiens capables de voyages dans le temps en retrouvant tout ce qui a été tapé sur un clavier jusqu’à un million de caractères en arrière ou d’aller aspirer, à travers la Toile, le contenu du disque dur d’un ordinateur sans laisser de trace. Pratique, lorsqu’on veut par exemple mettre la main sur les épreuves d’un livre embarrassant pour le Château. » (…)

Leur presse (Edwy Plenel, Mediapart, 19 janvier 2012)

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[Nos médias] Justice pour Hakim Ajimi à Lyon

Le 9 mai 2008, Hakim Ajimi est mort après une alter­ca­tion avec son ban­quier. Parmi les poli­ciers accou­rus sur place, un lui a fait une clé d’étranglement pen­dant que l’autre pra­ti­quait une « com­pres­sion tho­ra­ci­que », selon leur sale jargon. Ils ont serré jusqu’à ce qu’Abdelhakim en meure. Ça s’est passé à Grasse, dans les Alpes-Maritimes, comme ça se passe mal­heu­reu­se­ment trop sou­vent par­tout en France.

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En soutien à la famille d’Hakim Ajimi et toutes les victimes des violences policières quotidiennes, quelques messages sont apparus sur les murs de Lyon.

Pour ne pas lais­ser cette mort dans l’oubli et obte­nir la jus­tice suite à ce meur­tre, un comité s’est monté à Grasse et lutte depuis quatre ans pour obte­nir la condam­na­tion des deux poli­ciers qui l’ont tué et de cinq de ceux qui, autour d’eux, n’ont rien fait pour l’empê­cher et pour sauver Hakim Ajimi.

Le comité Vérité et Justice pour Hakim Ajimi a, au bout de quatre ans de pro­cé­dure, enfin obtenu que sept flics soient jugés. Le procès s’est déroulé cette semaine, du 16 au 19 jan­vier. Une mobi­li­sa­tion natio­nale était appe­lée aujourd’hui ven­dredi 20 jan­vier, et ce sont plu­sieurs cen­tai­nes de per­son­nes dont des mem­bres des dif­fé­rents comi­tés Vérité et Justice d’un peu par­tout en France qui ont crié leur rage dans les rues de Grasse après que le pro­cu­reur n’ait réclamé que des peines déri­soi­res pour les poli­ciers alors que les faits sont avérés et qu’il reconnaît qu’ils n’ont pas agi cor­rec­te­ment.

Radio Canut a eu au télé­phone une mili­tante qui expli­que notam­ment com­ment les flics ont tué Hakim Ajimi. Puis deux per­son­nes de l’équipe des Canut-Infos ont passé la semaine à Grasse avec la famille d’Hakim Ajimi et les mili­tants et les mili­tan­tes des comi­tés Vérité et Justice. Au tri­bu­nal et dans les rues de Grasse, le repor­tage nous permet d’écouter les expli­ca­tions d’un mili­tant et les paro­les du père d’Abdelhakim.

Rebellyon, 21 janvier 2012.

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En taule pour des tags et du lisier ?

La répression des mouvements « subversifs » comme moment d’une totalité

Ce texte n’a aucune prétention particulière, si ce n’est proposer un retour sur l’affaire du 15 novembre et une rapide analyse d’un moment de la totalité, d’un moment de la lutte de classe au sein du mode de production capitaliste, dans le contexte historique à la lisière d’une crise de la valeur jamais apparue auparavant. Le titre peut paraître trompeur mais il n’est en aucun cas question, dans ce texte d’indignation face à une quelconque démesure judiciaire mais plutôt d’une réflexion par démonstration autour de l’utilissation de la symbolique et de diverses formes idéologiques dont la bourgeoisie se munit afin d’assurer la reproduction des rapports sociaux capitalistes. La Justice en est un exemple.

Le 5 juillet 2011, un groupe d’individus s’invitait dans les locaux de la PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse) dans le but, selon le tract, d’orner les murs, très certainement ternes et austères de ce bâtiment administratif, de quelques lettres de noblesse, colorées qui plus est, et d’y ajouter un peu de lisier, pour donner du corps à l’ouvrage.

Cette performance artistique, la PJJ, en tant qu’entité symbolique représentant la Justice des mineurs, l’avait héritée des diverses prises de positions des éducateurs intervenants à l’Établissement Penitentiaire de Lavaur, qui avaient reclamé plus de moyens pour leur sécurité et la revalorisation de leur statut, à la suite d’une mutinerie ayant fait la Une des journaux, remettant encore une fois l’incarcération, et la justice des mineurs, sur le devant de la scène des opinions légères.

Faut-il s’étonner que la branche judiciaire jeunesse — que « tout le monde » s’entend à qualifier d’indulgente, de « sociale » et de juste, contestée et mise à nue par des détenus très certainement lucides quant à la place de chacun dans le système carcéral — adopte une position de repli et revendique sa légitimité (et la nécessité de la renforcer dans le cadre du conflit) au sein de l’incarcération des mineurs, au risque de perdre quelques couches de guenilles idéologiques construites autour des concepts d’État de raison et de Justice humaine ?

La symbolique est amovible. Elle est un mécanisme stratégique destiné à cristalliser des ambiances, des méthodes d’appréhension en corrélation avec l’air du temps. Celle-ci est une force de coercition, tout du moins le manteau qu’arbore cette force, dans le cadre de le reproduction des rapports sociaux capitalistes. Faire tomber le manteau et montrer  les dents c’est simplement une autre façon de faire… Les divers organes étatiques, agents de cette reproduction, en ont l’habitude.

À la suite de l’action du 5 juillet, le procureur de la République de Toulouse promit vengeance face à cette attaque, qualifiée « d’extrêmement grave, bien qu’ayant fait très peu de dégâts ». La symbolique répond à la symbolique et devient elle-même la force motrice de l’engrenage judiciaire. L’enjeu idéoligique supplante les faits, ou plutôt devient le fait.

Le 15 novembre 2011, de  bon matin, à l’heure où les équipes de jour relaient les équipes nocturnes, une centaine de gendarmes, dont les unités de choc de PSI (Peloton Surveillance Intervention), investit trois maisons, cagoulés, armés, casqués, berger-allemandés, sous les directives de la Section Recherches Midi-Pyrénées de la gendarmerie nationale.

S’en suit l’arrestation d’une dizaine de personnes, dans un coup de fliet qui a déjà un petit goût de bancal dans la bouche des gros costauds, qui, j’en suis sûr, s’attendaient à un peu plus d’action en pénétrant dans le repère de « l’ultra-gauche » toulousaine. Une perquisition destinée à la mise en lumière d’éléments à charge, comme des bouquins, des affiches ou encore des produits d’entretien…

Une quantité considérable de documents est donc saisie, accompagnée d’ordinateurs, de téléphones, disques durs, envoyés à la Tech’, ces fameux Experts, à l’accent toulousain. Ça casse un peu le mythe…

La garde à vue porte essentiellement sur les liens que les personnes étiquettées « ultra-gauche », entretiennent entre elles, le fond de nos pensées, nos « méthodes d’action » et j’aurai droit à la scène « Nous ne sommes plus en interrogatoire, je veux qu’on puisse débattre librement », jouée tout de même six fois par six OPJ différents. Un certain décalage entre l’exposition des faits et la prise ADN de force m’interpelle alors.

Déférés au parquet, cinq d’entre nous sont mis en examen dont quatre placés en détention provisoire.

La question ne se pose pas dans les termes judiciaires du coupable et de l’innocent. Nous sommes retenus ici sur la base de nos positionnements politiques et des dossiers RG, bien garnis — que l’on ferme certainement à l’aide de sangles de bâche pour 33 tonnes dans les locaux spécifiquement affectés à cette tâche — que ces positionnements ont générés. Il n’y a rien de prétentieux dans cette affirmation, seulement le strict détail des diverses constructions judiciaires autour de ces mouvements insaisissables que sont « l’anarcho-autonome », « l’ultra-gauche » ou tout autre délire tape-à-l’œil si cher à la DCRI.

Dans l’argumentation en faveur de notre maintien en détention, notre appartenance supposée à « la mouvance ultra-gauche […], mouvance politique déniant les autorités judiciaires ou de police » semble se satisfaire à elle-même, épaulée par l’existence toujours virtuelle de complices de « l’opération commando ». Il faut prendre cette appellation aussi sérieusement que lorsqu’une grève est surnommée de « prise d’otage »…

Cette appartenance représentant « un fort risque de réitération » selon les autorités judiciaires, devons-nous comprendre une détention provisoire à perpétuité ou jusqu’à un éventuel repentir? Nous ne sommes pas la parodie minimale de la fin des années de plomb, l’étape de sa farce historique bien évidemment ; mais l’épisode justifiant sans complexe notre incarcération par notre appartenance à cette mouvance, aussi mystérieuse que terrifiante, obligeait un léger clin d’oeil. Et le tout reste une farce dont nous rions bien jaune.

Mais l’affaire du 15 novembre est à inscrire dans un contexte général.

La répression des mouvements « subversifs », construite de manière exogène par les forces de police, trouve sa légitimité sur le terrain de la symbolique des Grandes Idées, mais son intensité dépend du même cadre qu’avec n’importe quel autre type de répression sociale : le cadre des tensions sociales au sein du mode de production capitaliste. Il suffit de jeter un œil aux peines d’emprisonnement particulièrement lourdes qui tombent à la pelle autour des cambriolages, des trafics, et des braquages pour réaliser ce que veut dire actuellement le terme de guerre sociale. Comme certains disent ici, « ça charcle sévère au TGI  de Toulouse ». Mais il faut comprendre pourquoi « ça charcle ».

La justice est un organe de la reproduction sociale, et la prison comme moment de sanction-gestion d’une partie de la population qui était déjà, au préalable, excédentaire, en est une particularité, sa dimension la plus hostile.

La crise que nous vivons actuellement est une crise particulièrement grave du mode de production capitaliste et comme toute crise, une crise spécifique au mode d’accumulation. Elle met en jeu l’ensemble du rapport social capitaliste sur la base du rapport salarial qu’entretiennent le Prolétariat et le Capital. Rapport salarial qui émane de la restructuration (financiarisation/mondialisation) des années 70/80 et qui est entré en crise, logiquement.

Avec la crise du régime fordiste d’accumulation et la restructuration qui suivit, c’est toutes les séparations, les garanties sociales, les protections diverses et variées, que l’État-Providence (comme agent de la reproduction de la force de travail) conférait à la classe ouvrière, qui ont été désignées comme entrave à la valorisation du Capital (à sa reproduction donc) et traitées comme telle. C’est la fin de l’accumulation capitaliste sur des aires nationales où la reproduction du prolétariat était liée à la productivité. Le prolétariat était confirmé comme pôle nécessaire du capital et la lutte de classe se structurait autour de cette confirmation dans ce qu’on appelait « le mouvement ouvrier », où l’enjeu révolutionnaire était l’affirmation du prolétariat en tant que libération du travail, de la force productive.

Avec la restructuration, c’est toute cette confirmation qui est balayée, la fin de l’identité ouvrière, la fin de cette stabilité sur laquelle les mouvements sociaux s’appuyaient pour revendiquer, l’existence sociale du prolétariat et sa nécessité étant incontestables. Dans ce capitalisme restructuré, la reproduction de la force de travail par le biais du nouveau rapport salarial a connu une double déconnexion, d’abord au niveau de la valorisation du Capital, ensuite au niveau de la consommation ouvrière (où la centralité du salaire n’est plus de mise).

Avec ce qu’on appelle la mondialisation, il n’y a plus de rapport entre la reproduction de la force de travail (segmentée en zones à modalités différentes) et la valorisation du Capital (qui elle est unifiée mondialement).

Nous pouvons repérer trois zones à modalités de reproduction différentes. Une première, que nous pouvons appeler hyper-centre capitaliste, se caractérise par des salaires conséquents où les vestiges du fordisme se représentent par la privatisation des garanties sociales, mais où la pression du « nouveau compromis » (la concurrence mondiale de la force de travail) affecte de plus en plus de fractions de la force de travail de cette zone.

Ce « nouveau compromis », c’est une donnée structurelle qui veut que « le prix de référence des marchandises, y compris la force de travail, [soit] le minimum mondial ».

Une zone secondaire, où nous retrouvons les activités de logistique, de diffusion commerciale et de sous-traitance. Les salaires sont bas et tendent encore à baisser par la pression interne de la force de travail disponible inemployée. Il n’y a pas ou peu de garanties sociales, le rapport salarial trouve sa définition dans la précarité structurelle.

La troisième zone, véritable poubelle sociale, joue le role de réceptacle pour un prolétariat excédentaire, qui n’est pas nécessaire à la valorisation du Capital et où les moyens de survie se bricolent entre aide sociale, économie informelle, débrouille.

Une population familièrement avisée de que ce qu’est la répression et la prison.

Ce zonage se dessine à plusieurs échelles, « du monde au quartier ».

Il y a donc bien rupture du lien qui reliait, territorialement, auparavant, la valorisation du Capital (sa reproduction) et la reproduction de la force de travail, du prolétariat. La seconde déconnexion se situe entre la valeur de la reproduction de la force de travail et la consommation effective du prolétariat.

Quand le salaire n’est plus cette instance régulatrice de la reproduction de la force de travail, en gros que la vie est de plus en plus chère, il faut trouver une solution. Cette solution a été le crédit, mis en avant par la financiarisation de l’économie. Avec la baisse des salaires, le prolétariat s’est vu contraint d’assurer sa reproduction immédiatement par le biais de crédits, donc à l’endettement. Il y a déconnexion entre salaire et consommation ouvrière. La crise de 2008, des subprimes, dans laquelle nous sommes aujourd’hui, a été déclenchée suite à un nombre considérable d’impayés chez les ménages pauvres. Cette crise financière est une crise de la reproduction du capital et l’expression de la limite de ce mode d’accumulation. Ce qui faisait la dynamique de la valorisation, « la baisse des salaires », devient, poussée à terme, le blocage de la reproduction du Capital (parce que blocage de la reproduction d’un de ses pôles, le prolétariat). La Capital cherche toujours à accroître sa plus-value, son profit, et c’est en réduisant les coûts de la force de travail qu’il y parvient. Plus de surtravail (travail « gratuit ») et moins de travail nécessaire (rémunération de la force de travail). Voilà l’illustration du Capital comme contradiction en procès et l’exploitation comme enjeu-cible de la lutte des classes. Seulement, avec les modifications structurelles précisées plus haut, ce nouveau cycle de la lutte des classes a formalisé une limite bien particulière : l’appartenance de classe comme limite même de la lutte des classes, la prolétariat n’est rien sans le Capital.

Avec la précarité comme définition du rapport salarial, l’instabilité structurelle du prolétariat ne permet plus aux prolétaires en lutte de revendiquer, à partir de leur situation sociale, la légitimité de leur existence. C’est la non-confirmation du prolétariat qui structure actuellement la lutte des classes. Le prolétariat est désormais posé comme nécessaire mais toujours de trop. Revendiquer de meilleurs conditions de vie, dans la configuration actuelle de la concurrence mondiale, s’apparente à un coup d’épée dans l’eau. Et face à cette limite, de nombreuses fractions de prolétaires en lutte ont produit une déduction pratique : l’appartenance de classe comme contrainte extérieure donc sa remise en question. Et c’est sous cette forme que s’amorce le contenu et la probabilité révolutionnaire de l’époque : l’abolition du Capital dans son intégralité, dans la lutte des prolétaires qui ne veulent simplement plus l’être.

L’essentiel de ces moments de lutte a révélé que la contradiction qui opposait le prolétariat au Capital se nouait au niveau de leur reproduction respective (bien que l’un n’aille pas sans l’autre). Que ce soit la révolte des banlieues en 2005, les diverses luttes suicidaires (ne réclamant que des indemnités) autour des sites de production destinés à être démantelés durant tout la décennie, les émeutes en Grèce, à Londres, ou encore les conflits en Guadeloupe ou à Mayotte, ces luttes ont produit l’appartenance de classe comme contrainte extériorisée dans l’objectivité du Capital. On ne peut rien faire en tant que prolétaire mais tout part de là. Il est impossible de faire un détail exhaustif des diverses productions d’écarts (la remise en cause de l’appartenance de classe) dans les luttes actuelles tellement ces phénomènes sont présents de manière constante à l’intérieur de celles-ci.

Et les temps ne vont pas en s’arrangeant. Avec la crise, nos conditions de vie vont nécessairement en s’aggravant, par le biais de l’accroissement de la dévalorisation de la force de travail et de la surnumérisation de fractions du prolétariat. Pour beaucoup d’entre nous déjà, la reproduction du rapport salarial capitaliste est vue comme simple coercition et par-delà rend caduc parce qu’hostile. Cette citation donne le ton de l’antagonisme social actuel : « Partout la disciplinarisation de la force de travail face à un prolétaire redevenu, en tant que prolétaire, un pauvre, est le contenu de l’ordre du jour capitaliste » (Le moment actuel, SIC, n°1, 2011). Cette disciplinarisation, c’est la police, la justice et la prison.

Les formes idéologiques qu’adopte le Capital pour réprimander les mauvais joueurs (toujours perdants dans le jeu de l’exploitation) dépendent des conditions économiques de la reproduction du capital. Elles ne sont pas là par hasard ou fantaisie. Leur rigueur est rigueur économique et la police est la matérialisation la plus concrète de l’austérité.

Dans la situation présente, la violence sociale est amenée à se renforcer, les émeutes à se multiplier, les résistances face à la dégradation des conditions de vie à se généraliser mais la seule question qui reste en suspens est bien celle de la naissance ou non, d’un mouvement révolutionnaire portant en lui, de par les conditions de son apparition, l’abolition du mode de production capitaliste. Pour la suite, il n’y a qu’expectative…

C’est une probalité d’époque, nécessaire face aux limites actuelles de la lutte des classes. La guerre sociale s’intensifiant, les temps s’annoncent sportifs. Et ça, les capitalistes et leurs  défenseurs le savent bien. Il n’y a pas d’alternative, pas de programme commun, uniquement un simple « réflexe ».

Prolétaires de tous pays, Niquez tout !

Solidarité avec les engêolés de la guerre sociale. Bises aux camarades.

Pour répondre

[XXX] écrou 1948
Maison d’arrêt Toulouse-Seysses
25 voie Danièle Casanova
BP85 – ZA Segla
31603 Muret Cedex.

20 janvier 2012.

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[Poitiers] Le spectacle de l’insécurité

Pour de nombreuses personnes (étrangers, jeunes, militants, personnes faisant de la récup, ou tout simplement se retrouvant ensemble, etc.), un véritable sentiment d’insécurité « se ressent » avec les patrouilles de flics : contrôles d’identité se multipliant (y compris sur des personnes déjà connues), chasse aux étranger-e-s sans-papiers, pressions grandissantes sur le militantisme…

On pourrait naïvement attendre du soutien de la part de journalistes pour la libre expression, alors même que la diffusion d’un journal militant (L’Épine noire) a été réprimée il y a peu par des flics venus avec six bagnoles (garde à vue, exemplaires confisqués), que celle du Monde Libertaire a été contrôlée par des flics arrivés dans une fourgonnette, que les tractages des libertaires ou d’antirep 86 sont eux aussi quasi-systématiquement surveillés, filmés voire contrôlés par la police, que le campement pacifique des indignés a été évacué à plusieurs reprises avec confiscation de nourriture, de tentes… Il y aurait bien des occasions pour la presse de relater des atteintes graves à la liberté d’expression.

Mais c’est compter sans cette presse aux ordres d’une « république nouvelle », soutenant systématiquement cette ambiance répressive qui s’est installée à Poitiers et ailleurs, n’hésitant pas à relayer carrément des mensonges (comme affirmer à deux reprises qu’un militant « anarchiste » a été condamné à « un mois avec sursis », alors qu’il ne s’agissait que du réquisitoire du procureur et que le militant a été relaxé pour ces faits). Voire à soutenir activement la préfecture (par exemple sur le fichage biométrique des étrangers, traduit en « meilleur accueil »).

Aujourd’hui encore, on appréciera à juste mesure le « ressenti » de ce gratte-papier, tout empreint d’impartialité journalistique face à tous ces faits préoccupants pour les libertés publiques :

La délinquance ne fait plus de chiffres

[…] L’expérience des patrouilleurs de la police nationale a été concluante à Poitiers. Le dispositif a d’ailleurs été étendu à l’ensemble du territoire national. « L’idée est d’augmenter la visibilité des policiers dans la rue, à pied ou à VTT, et dans les bus », explique le commissaire divisionnaire Jean-François Papineau. « Là où la population a besoin de les voir. » L’insécurité ne se mesure pas qu’en chiffres. Elle se ressent aussi. (Leur presse, Baptiste Bize, Nouvelle République, 21 janvier 2012)

Pavillon Noir, 21 janvier 2012.

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[Justice pour Hakim Ajimi] Tract de la mobilisation du 20 janvier à Grasse

Comité Vérité et Justice pour Abdelhakim AJIMI

Au terme de la semaine du procès des meurtriers d’Abdelhakim AJIMI, nous avons pu assister et dénoncer chaque jour les connivences entre l’institution judiciaire et la police.

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Manifestation dans les rues de Grasse vendredi 20 janvier

La dernière journée d’audiences s’est déroulée sans nous. Puisque la justice nous tourne le dos, nous aussi nous lui tournons le dos : nous avons refusé de cautionner un jour de plus cette mascarade judiciaire et avons quitté la salle.

Les policiers ont d’ailleurs attendu le dernier jour pour présenter timidement des excuses, dans une salle quittée par la famille AJIMI et leurs soutiens.

La famille d’Abdelhakim AJIMI, les membres du Comité Vérité et Justice pour Hakim, leurs soutiens et la population grassoise dans son ensemble sont restés dignes depuis la journée dramatique du 9 mai 2008.

Tout au long de cette semaine d’audiences, les témoignages édifiants et les expertises accablantes ont très clairement établi les faits et attesté de l’acharnement des policiers sur Abdelhakim AJIMI. Nous sommes en droit d’exiger que les policiers soient condamnés à des peines de prison ferme et immédiatement démis de leurs fonctions. Pourtant, les peines requises sont minimes : du sursis simple n’excédant pas 2 ans, ainsi que de ridicules peines de principe.

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Au tribunal, les bacqueux Lebeaupin et Moinier avec leurs avocats

Depuis quatre ans et durant toute la semaine d’audiences, des personnes et des comités sont venus de partout en France pour soutenir la famille AJIMI.

Parmi ces comités, nous pensons notamment à ceux créés à la suite des morts de : Ali ZIRI, Lamine DIENG, Wissam EL YAMNI, Abou Bakari TAMDIA, Mamadou MAREGA, Abdel EL JABRI, Djamal GHERMAOUI. Nous pensons aussi aux soutiens d’Abderrahmane et Adama KAMARA à Villiers-le-Bel, qui purgent de longues peines après deux parodies de procès, suite aux révoltes qui ont suivi la mort de Lakhamy SAMOURA et Moushin SEHHOULI.

Nous invitons tous les membres des différents comités du type « Vérité et Justice » crées à la suite de crimes policiers, ainsi que toutes les personnes qui se sentent concernées par ces violences à converger pour continuer la mobilisation.

La date du jugement du procès des meurtriers d’Abdelhakim AJIMI a été fixée au 24 février 2012. C’est une date importante. Nous devons unir nos forces pour préparer au mieux une journée d’action.

Face au déferlement de violences policières, organisons une riposte globale.

Rendez-vous vendredi 20 janvier 2012 à 14h Place aux Herbes à Grasse.

Contact
Contact pour la journée du 24

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[Nos médias] La Brique a besoin de sous !

Pour 3000 dollars de plus

La Brique publie aujourd’hui un appel à souscription, forcée de constater que les dernières soirées de soutien ne lui ont pas permis de rentrer dans ses frais. Concrètement, notre vilain petit canard a besoin de 3000 euros pour poursuivre ses activités.

La Brique, c’est de la bonne. Tous les deux mois, pour deux euros, vous avez 65 grammes de critique sociale bien servie, emballée dans seize pages noir et blanc, garanties sans OGM ni Bisphénol A. Livrée à domicile, directement du producteur au consommateur. Alors ce serait dommage de s’en priver. Aujourd’hui, le canard a (vraiment – vraiment) besoin de thunes pour continuer à dealer ses enquêtes cultivées localement par une dizaine d’artisans-journalistes. Concrètement, 3000 euros ça représente l’impression de deux numéros.

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La Brique, enfin un journal payant

Dans notre fonctionnement, seules les ventes du journal nous financent, garantissant ainsi notre indépendance éditoriale. Mais on a beau vendre presque 1000 exemplaires du canard à chaque numéro, entre les 30% que nous prennent PRESTALIS et les frais d’impression, les factures téléphoniques et l’abonnement internet, le compte n’y est pas : les ventes ne sont jamais suffisantes pour payer nos impressions. Et c’est notre imprimeur qu’on doit remercier de ne pas nous presser de le rembourser (spéciale dédicace Mév.).

En réalité, et depuis toujours, ce sont les soirées de soutien et les ventes à la criée sur les marchés qui nous permettent de survivre (d’ailleurs, à l’occasion, si vous voulez organiser une petite vente sauvage, vous avez notre mail). Mises à part des kilos de pâtes et quelques (hecto) litres de bière pour nos (trop) longues nuits de bouclage, tout l’argent est réinvesti dans l’impression du numéro suivant. Mais notre déficit est structurel. Aucune soirée de soutien ne nous a jamais vraiment permis de nous remettre à flot. C’est pour ça qu’aujourd’hui on s’adresse à tous ceux et celles qui pourraient et voudraient allonger un peu de thunes pour nous aider à continuer.

Enfin une presse libre

Depuis le printemps 2007 La Brique est tout simplement le seul journal indépendant, « sans pub et sans pitié », face au monopole-régional-de-production-quotidienne-de-papier-à-caractère-décérébrant qu’est La Voix du Nord. Ce travail, nous le faisons bénévolement, à jongler entre RSA, études, esclavage salarial, et le reste de ce que comprend une vie : les amours, les ami-es, parfois la famille. Tout ça sans standardiste ni rédac’ chef. Toutes les heures sont supplémentaires, et ne rapportent aucun point retraite. Et puis, un peu d’humilité n’a jamais tué personne : La Brique est le seul journal qui puisse dire que La Voix du Nord et Nord Éclair ne sont que des torchons publicitaires, et le démontrer. La seule qui enquête sur des pollutions au plomb en plein quartier populaire à Lille Sud. La seule qui écrive sur des bavures policières ; le racisme ordinaire ; les expulsions des pauvres de leur quartier ; l’écologie citoyenne à la mords-moi-le-nœud ; la lesbophobie institutionnelle ; l’absurdité des politiques migratoires ; l’histoire ouvrière et la culture populaire face à la machine de guerre Lille 3000 ; d’autres manières de concevoir l’habitat, l’éducation… C’est aussi la seule qui se revendique comme subjective et partisane : le sens qu’elle met à son travail participe ouvertement à une lutte politique. Si vous n’avez pas entendu les violons sur cette dernière envolée et que vous n’avez pas la larme à l’œil, c’est qu’on ne peut plus rien faire pour vous. La Brique c’est pas cher, et on accepte les chèques, les virements bancaires, la petite monnaie et toute votre ferraille.

Chèques à l’ordre des « Amis de La Brique » / 14 rue des Tours, 59000 Lille

Ou par virement bancaire / Les amis de la Brique IBAN : 76 4255 9000 6141 02200 0056 820 / BIC : 42559 00061 4102000056 820

Contact : 03.20.63.20.28

Le collectif de rédaction

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[Justice pour Hakim Ajimi] La colère est légitime

Faure et Reclus à l’Élysée : Mascarade au tribunal

À Grasse, le procès des policiers qui ont tué Hakim Ajimi le 9 mai 2008 s’est révélé être une mascarade : jeudi matin, la famille et le comité Vérité et Justice pour Abdelhakim Ajimi ont quitté l’audience.

Faure et Reclus à l’Élysée a réalisé un entretien téléphonique avec Dorsaf Briki, du comité Hakim Ajimi, qui dresse le bilan de ce « procès » et parle des perspectives de mobilisation avec les autres comités au niveau national.

Diffusé le 19 janvier 2012 en direct sur Radio Périgueux 103 (disponible à l’écoute et au téléchargement sur l’audioblog de Faure et Reclus à l’Élysée). L’essentiel de cet entretien est également disponible sur le site Sons en luttes.

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