[Rennes] Chaque mort dont la police est responsable peut ébranler l’ordre social

SHÉRIF, FAIS-MOI PEUR
Communiqué de la Maison de la Grève à propos des pressions policières du 18 mars

Aujourd’hui avait lieu à Rennes une manifestation à l’occasion du procès des policiers de Clichy-sous-Bois impliqués dans la mort de Zyed et Bouna en 2005. Comme lors des manifestations qui ont suivi la mort de Rémi Fraisse, la préfecture a cru bon de mobiliser des centaines de flics et un hélicoptère, de limiter l’accès à une bonne partie du centre-ville et de détourner les lignes de bus. Tout ceci, comme à l’automne, ne relève pas tant d’une prétendue menace de saccage de la ville par des anarchistes que de la fébrilité des autorités, qui savent depuis octobre et novembre 2005 que chaque mort dont la police est responsable peut ébranler l’ordre social.

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La Maison de la Grève, espace d’élaboration politique sur Rennes et sa région, a apporté son soutien à la semaine de mobilisation pour le procès, en relayant l’appel, en participant aux cantines devant le tribunal et en ouvrant ses locaux pour une discussion. C’est certainement à ce titre que nous avons eu droit ce mercredi aux amabilités de la police en uniforme et en civil. Dans la matinée, un agent du renseignement (dont l’affectation précise nous est inconnue mais dont l’appartenance à la police nationale ne fait pas de doute) a été surpris, enfermé dans un appartement censément vide de l’immeuble d’en face, en train de photographier les personnes entrant et sortant du lieu. Évidemment, il n’a pas daigné ouvrir la porte quand certains d’entre nous sont montés y frapper…

Puis dans l’après-midi ce sont des dizaines de policiers en tenue de maintien de l’ordre qui ont bloqué l’accès à la rue, ne laissant passer que ceux qui pouvaient donner leur adresse. Sans compter les incessantes rondes de la BAC dans la rue, pendant et après la manif. Cette présence policière est peut-être également due à la soirée hip-hop qui se tenait dans un bar de la rue dans le cadre du programme de la semaine de mobilisation, mais toujours est-il que les flics ont ostensiblement manifesté leur présence devant nos locaux.

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Ce communiqué ne vise pas à jouer l’indignation : ces petits coups de pression font partie intégrante du travail de la police, et personne ne devrait en être surpris. Cependant, nous voulons affirmer que cette stratégie policière échoue deux fois : elle échoue parce que nous ne cesserons pas de critiquer ce qu’est la police ; la police et sa brutalité, la police et son rôle dans le maintien d’un ordre inique, la police et sa prétention à confisquer la résolution des conflits. Et elle échoue parce que ce qui est en jeu dépasse largement la Maison de la Grève : si les autorités croient tenir leur coupable et circonscrire ce qui leur résiste dans un lieu, un groupe ou une pseudo « organisation d’ultra-gauche », eh bien nous ne tomberons pas dans le piège de nous conformer à leurs attentes. Nous ne nous recroquevillerons pas sous la menace de la répression, nous continuerons à défendre ouvertement ce à quoi on tient, à être ouvert à ceux qui partagent nos vues comme à ceux qui veulent les discuter.

Une pensée pour Bouna, Zyed et leurs proches.

Mercredi 18 mars, jour anniversaire de la Commune de Paris, La Maison de la Grève

 

Les tags hostiles à la police se multiplient

Alors que le procès autour de la mort de Zyed et Bouna vient de débuter à Rennes, des tags très hostiles à la police fleurissent sur les murs. Jusque devant le tribunal correctionnel.

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Sans doute réalisé dans la nuit de dimanche à lundi, le tag est visible depuis la cité judiciaire, où se tient le procès autour de la mort de Zyed et Bouna. La police est de plus en plus ciblée par les tags, certains appelant au meurtre de policiers.

La polémique

« On est dégoûté de voir des slogans aussi hostiles à la police, voire même appelant à la mort de policiers, sur les murs de la ville et que personne ne les efface, explique ce fonctionnaire de police rennais. Et je peux vous assurer que je suis loin d’être le seul à ressentir ça. »

Hier après-midi, devant une cohorte de journalistes, s’est ouvert le procès autour de la mort de Zyed et Bouna, le 27 octobre 2005, à Clichy (Lire en pages générales). Des journalistes à qui n’a pas échappé un spectaculaire tag, peint sans doute durant la nuit, sur le haut d’un immeuble faisant face au tribunal. En lettres rouges, les noms de Zyed et Bouna suivis d’une affirmation : « La police tue. »

Pas une première

D’autres tags faisant référence à ce procès ont aussi fleuri à d’autres endroits de la ville. La semaine dernière, à Villejean, des dizaines d’insultes envers les policiers ont également été découvertes. « Ce n’est évidemment pas une coïncidence, confirme un officier de police. Après le 7 janvier, il y a eu un élan de sympathie envers la police. À Rennes, ce n’est plus vraiment le cas. C’est très inquiétant de voir tous ces messages très hostiles. »

Un phénomène qui n’est pas nouveau à Rennes. Lors de la manifestation hommage à Remi Fraisse, le 31 octobre dernier, un tag monumental avait été peint en haut d’un immeuble de la place des Lices.

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Question : comment les auteurs de ces tags arrivent à accéder aux toits et surtout à peindre des lettres géantes sur des façades très hautes ? « C’est un pro qui fait ça. Il est bien équipé et il est doué. Surtout, il tient, par-dessus tout, à rester très anonyme », confie une source proche des mouvements anarchistes et d’ultra-gauche, sans doute à l’origine de ces tags.

Ce sont encore ces groupes qui appellent, demain mercredi, à une grande manifestation contre les violences policières, au départ de la Cité judiciaire, à 15h30, et à Villejean, à 18h30. Deux manifestations pour lesquelles, hier soir, la préfecture n’avait toujours reçu de demande d’autorisation.

Qui doit les effacer ?

Une autre question se pose : pourquoi certains de ces tags persistent plusieurs mois après avoir été créés ? « Les services de la Ville interviennent normalement dans les vingt-quatre heures lorsqu’il s’agit de tags injurieux, haineux ou racistes, explique Cyril Morel, monsieur propreté à la ville de Rennes. Mais nous ne pouvons intervenir que sur des tags accessibles par la voie publique et à moins de 2 m de hauteur pour des questions de sécurité. »

Quid alors des tags géants sous les toits, comme par exemple celui qui se trouve près de la cité judiciaire ? « Nous ne pouvons pas intervenir. C’est aux copropriétés de s’en occuper. » Des travaux forcément très onéreux : mobiliser une entreprise qui doit travailler en grande hauteur, repeindre des pans de murs entiers avec la bonne teinte…

Avec, au final, des slogans injurieux qui restent des mois.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Samuel Nohra, Ouest-France.fr, 17 mars 2015)

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