« Se libérer de toutes les inhibitions en se permettant tout »

Annabelle déprogrammé de plusieurs salles françaises pour cause d’incidents

Le film d’horreur Annabelle, sorti la semaine dernière sur nos écrans, a été déprogrammé de plusieurs salles après avoir causé de nombreux incidents.

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Rarement un film projeté sur un écran aura connu autant de réactions exacerbées dans une salle.

Le film d’épouvante Annabelle, réalisé par John R. Leonetti, avec Annabelle Wallis et Ward Horton, et qui voit comment la fameuse poupée de The Conjuring (2013) a débuté son œuvre maléfique, ne semble pas laisser insensible ses jeunes spectateurs.

En effet, le site Metronews nous apprend qu’à Marseille par exemple, la direction du cinéma Les 3 Palmes a pris la décision de ne plus projeter Annabelle « pour des raisons de sécurité », alors que l’équipe du cinéma du Prado, toujours à Marseille, explique que ce genre de films d’horreur « amène une clientèle de jeunes pas faciles », sous-entendu, des jeunes spectateurs rendent la projection insupportable et notamment à cause de bagarres qui éclatent durant le film.

Mais ces spectateurs marseillais ne sont pas les seuls visés par cette déprogrammation, puisque des cinémas de Strasbourg (Bas-Rhin) et de Montpellier (Hérault) ont également retiré le film de l’affiche pour des raisons identiques. Annabelle se verrait-il alors comme un prétexte pour se défouler ?

(…) Le même genre de phénomène avait été observé lors de la sortie de Paranormal Activity 4 (voir notre news : Paranormal Activity 4 : « Dans la salle c’était Bagdad ! ») qui avait été déprogrammé de plusieurs salles françaises (notamment à Paris) (…)

Leur presse (Premiere.fr, 13 octobre 2014)

 

TÉMOIGNAGES Au cinéma ce week-end, l’action était dans la salle plus qu’à l’écran…
Comment le film d’horreur «Annabelle» a retourné plusieurs cinémas de France

« Le public des films d’horreur est intelligent » assurait début octobre, John R. Leonetti, le réalisateur d’Annabelle dans une interview à Allociné. Depuis la sortie du film de série B sur les écrans français, on peine à le croire. Bousculades, crachats, cris, bagarres sont rapportés par de nombreux spectateurs. Des scènes confirmées par les salles de cinémas, au point que certaines déprogramment le long métrage. Mais que se passe-t-il pendant la diffusion d’Annabelle dans une salle de cinéma ? Les internautes de 20 Minutes racontent.

« Le film était inaudible »

Kristina s’attendait à un samedi soir ordinaire au Pathé de Plan de Campagne dans les Bouches-du-Rhône. Mais une séance aussi chaotique, elle n’avait « jamais vu ça. » La file d’attente était interminable, mais passe encore. L’agacement n’a pas tardé. « Une dispute a éclaté entre jeunes et parents, décrit-elle. Les gens poussaient pour rentrer et une fois à l’intérieur, courraient dans tous les sens. » Même scénario horrifique à « Parinor » à Aulnay-Sous-Bois (Seine-Saint-Denis), selon Alison. « Dès la première seconde du film, les spectateurs ont commencé à hurler. Chaque sursaut était l’occasion de lancer du pop corn. C’était tellement bruyant que le film était inaudible. » Étudiant de 19 ans, Aboubacar, pourtant habitué des films d’horreurs, décrit un chahut mêlé de rires et de cris. « Des filles escaladaient les fauteuils pour ne pas avoir à faire le tour », se souvient-il, « très en colère ».

« Un jeune a giflé un vigile »

Les séances ont tourné à une cour de récréation dans laquelle les agents de sécurité tentaient de restaurer l’ordre. « Les téléphones portables s’allumaient sans arrêt, une personne est sortie deux fois pour téléphoner. Un vigile est venu pour faire ranger son mobile à un ado … qui a recommencé cinq minutes après. » Karin, arrivée 30 minutes après le début du film, a découvert des spectateurs assis par terre, par manque de place. Elle a alors réclamé de se faire rembourser. « C’est là que le vigile nous a dit qu’ils allaient mettre le film sur pause, ce qu’ils ont fait cinq minutes plus tard », rapporte-t-elle, interdite. Les plus amusés filmaient la scène avec leur téléphone pendant que d’autres en sont venus aux mains. « Un jeune a giflé le vigile, qui a appelé la police. Nous, nous sommes partis. »

« Plus jamais je n’irais voir ce genre de film »

Alizée, à Évry dans l’Essonne, a résisté jusqu’au bout, sans que les menaces de l’équipe du cinéma ne calment les plus agités. « À la fin de la séance, tout le monde s’est bousculé pour sortir, une femme a même couru pour rejoindre son fils qui était pris dans une bagarre, déplore-t-elle. Cela a continué avec des propos racistes et des violences verbales. À la sortie, au niveau du parking, des bandes de jeunes crachaient sur les voitures et attendaient cette fameuse mère qui s’est mise à les insulter. » Comme Mourad, qui écrit son incompréhension à « 12 euros la place », Laura est repartie, « outrée et déçue ». « Plus jamais je n’irais voir ce genre de film au cinéma et surtout pas le jour de la sortie. C’est bien dommage. »

Leur presse (Christine Laemmel, 20minutes.fr, 13 octobre 2014)

 

Annabelle : pourquoi les cinémas le déprogramment

Moins d’une semaine après la sortie de ce film d’horreur, plusieurs salles françaises ont été contraintes d’annuler les projections après des séances perturbées par des bagarres et des dégradations.

Sièges arrachés, hurlements, bagarres à l’intérieur des salles… Face à une excitation démesurée du jeune public pendant plusieurs projections du film Annabelle, il semblerait que le programmer soit devenu un risque pour la sécurité des salles françaises. Pour les dirigeants du cinéma Le Prado, à Marseille, le film amènerait « une clientèle de jeunes pas faciles », selon Metronews.

Un autre complexe de la ville de Marseille, le cinéma Les 3 Palmes, a dû faire une croix sur le film d’épouvante. Son directeur, Didier Tarrizo, considère que l’interdiction aux moins de douze ans est suffisante, mais il indique qu’il y avait lors des dernières séances : « Les bandes d’adolescents sont trop nombreuses pour ce film. Ils étaient tous surexcités : ils jetaient du pop-corn, ils criaient, ils changeaient de place… Trop de jeunes qui ont considéré le cinéma comme une cour de récréation, comme un terrain de jeu. Ce n’est pas possible » selon Non Stop People.

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Leur presse (cinema.JeuxActu.com, 9 octobre 2014)

Le même phénomène de débordement du public s’est produit au cinéma UGC Ciné Cité de Strasbourg mais aussi au Gaumont de Montpellier, lequel a dû faire appel à la police pour évacuer la salle. « Des jeunes de 14 ans et moins sont venus en bande, puis s’insultaient entre eux, se crachaient dessus, d’autres ont uriné sur les sièges. Un véritable zoo. On n’est pas là pour faire la police ni pour donner des baffes à des enfants » déplore un exploitant anonyme au Point.

(…) Le film distribué par la Warner devrait être reprogrammé. Mais certaines salles devront se soumettre à des mesures strictes de sécurité, notamment des contrôles d’identité. La présence d’un vigile en salle sera également nécessaire afin de surveiller le comportement abusif de ces jeunes qui viennent jouer à se faire peur.

Leur presse (Julia Beyer, LeFigaro.fr, 13 octobre 2014)

 

Violences lors des projections d’Annabelle : « Un effet de masse »

Le film d’horreur fait actuellement fureur chez les adolescents, mais est aussi prétexte à des incidents ayant entraîné sa déprogrammation dans plusieurs salles de cinéma. Le docteur Azzedine Menia, psychiatre, décrypte ces réactions excessives.

La poupée du film Annabelle est tout sauf un jeu d’enfant. Maléfique, elle hante le dernier film de John R. Leonetti sorti le 8 octobre. Les projections ont immédiatement attiré de nombreux adolescents, tentés d’aller voir ce film d’horreur après une promotion intense sur les réseaux sociaux. Malgré cet engouement, les séances ont néanmoins été fortement perturbées : sièges arrachés, hurlements, bagarres à l’intérieur des salles, crachats, urine… Des incidents qui ont poussé plusieurs salles, à Marseille, Strasbourg ou Montpellier, à déprogrammer la diffusion d’Annabelle dans leur programme.

Quelles sont les raisons qui expliquent ces débordements ? Pour le docteur Azzedine Menia, psychiatre et clinicien à Clichy, il est possible de comparer ce phénomène aux casseurs des manifestations ou à la violence dans les stades : « Certaines personnes se retrouvent à casser ou à perpétuer la violence alors qu’elles ne l’avaient pas prémédité, seulement parce qu’un individu a d’abord semé la pagaille ». Par « mimétisme et effet de masse », poursuit-il, les adolescents spectateurs d’Annabelle auraient ainsi pu avoir envie de se « défouler » en reproduisant les actes exagérés et violents de quelques perturbateurs.

« Libérés de toutes les inhibitions »

Ces démonstrations collectives inciteraient ainsi à « agir comme on pense que l’on devrait agir, en adaptant son comportement à celui des autres », et à « se libérer de toutes les inhibitions en se permettant tout », précise le psychiatre. De plus, Annabelle est un film d’horreur. Un genre qui « fait ressortir nos peurs et nos angoisses », résume le médecin. Il suffit alors « qu’une ou deux personnes soient fragiles psychologiquement face aux images pour que cela fasse tache d’huile », évoque le spécialiste qui mentionne également un « effet de contagion ».

Les salles, remplies quasi exclusivement d’adolescents, ont également probablement procuré un sentiment « d’entre soi » favorable à de tels comportements. « Les adolescents s’y sont sans doute rendus avec l’idée qu’ils pourraient déjà agir comme ils le voulaient », estime Azzedine Menia. Pour lui, le relais des événements violents sur les réseaux sociaux ont aussi dû favoriser l’attrait pour le film et les débordements suivants : « On va voir ce qui se passe et on participe ».

Leur presse (Mathilde Doiezie, LeFigaro.fr, 14 octobre 2014)

 

Annabelle : « Un film d’horreur qui ne remplit pas son contrat »

DÉCRYPTAGE – Depuis plusieurs jours, le long-métrage d’épouvante est déprogrammé dans plusieurs salles de cinéma françaises après avoir suscité d’importants débordements de violence. Selon l’historien et critique de cinéma Laurent Aknin, ce phénomène serait surtout dû à la médiocrité de la production.

« Légère impression de s’être fait avoir ». Voici le sentiment qu’a éprouvé Laurent Aknin, historien et critique de cinéma auteur des Classiques du cinéma bis (Nouveau Monde, 2009), à la fin de la projection d’Annabelle de John R. Leonetti. Un sentiment qu’ont sans doute dû ressentir à leur tour les nombreux adolescents qui se sont précipités dans les salles dès sa sortie, le 8 octobre. Une raison qui pourrait expliquer en partie, d’après ce grand amateur de cinéma d’horreur, les dégradations et violences qui ont eu lieu lors de plusieurs séances, poussant certaines salles à déprogrammer le film.

De prime abord, Laurent Aknin ne mâche pas ses mots : « Il faut quand même rappeler que le film est mauvais. » Et de continuer à lâcher ses flèches : « Annabelle est un film atrocement réactionnaire, avec une morale catholique faisandée. Il ne fait pas peur. Il n’y a pas d’effet gore. Il procure un sommeil de plomb mis à part une seule scène. » La critique du Figaro est d’ailleurs tout aussi cinglante. Ainsi, le film estampillé « d’horreur » ne correspondrait pas du tout à ce que ses spectateurs escomptaient suite à une promotion agressive sur les réseaux sociaux, qui le ventait comme « le terrifiant prequel de Conjuring », film d’horreur quant à lui réussi sorti en 2013. Sans oublier une campagne de pub le qualifiant de « limite traumatisant »…

« C’est un film d’épouvante qui ne remplit pas son contrat, résume Laurent Aknin. Rien d’étonnant alors à ce qu’il y ait un phénomène de mécontentement généralisé et des attentes déçues. » Pour lui, les réactions violentes des adolescents lors des projections du film correspondraient donc à cette impression d’escroquerie.

Rien à voir avec le genre du film mais avec le film lui-même : « Si on met un produit fort en face des yeux des adolescents, ils restent calmes, déduit-il. Mais livrés à eux-mêmes dans des salles où les adultes sont absents, c’est devenu un espace de récréation. » Le critique cinéma ne se souvient ainsi que d’un film seul film d’horreur, de la série Saw, qui avait créé des réactions démesurées liées à l’interdiction du film aux moins de 18 ans.

Laurent Aknin critique néanmoins les multiplexes de cinéma qui se sont faits déborder par ces jeunes : « C’est un cinéma de plus en plus aseptisé qui y règne, soit du cinéma français et américain de grande consommation, tandis que le cinéma transgressif est laissé de côté sur les écrans. Le public est donc en manque de ce genre de films davantage distribués avant. » Et quand l’un des uniques films d’horreur programmés dans ces salles est mauvais, cela peut créer des « clashs », résume le critique de cinéma qui ne se remet pas de l’engouement autour de ce film « qui ne fait même pas peur ».

Leur presse (Mathilde Doiezie, LeFigaro.fr, 15 octobre 2014)

 

« Annabelle » retiré de plusieurs salles nationales

Annabelle n’est plus à l’affiche dans certains cinémas de Marseille, Montpellier et Strasbourg. Les exploitants ont préféré se passer des recettes confortables que génère la poupée maléfique qui donne son titre au film américain de John R. Leonetti plutôt que d’abriter dans leurs murs les bagarres et les déprédations que génère sa vision. Des photos, prises au Gaumont multiplexe de Montpellier et à l’UGC de Strasbourg tournent sur twitter :

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Contactée par téléphone, la Warner, qui distribue le film, n’a pas souhaité s’exprimer sur cette question. Les directeurs des cinémas indépendants sont plus loquaces : « Nous avons dû faire appel à la police à de nombreuses reprises et rembourser plus de 30 billets, ce n’était plus possible, explique Frédéric Perrin, directeur du Prado à Marseille. Nous étions confrontés à une situation de petite délinquance. C’est un film qui attire des jeunes entre 12 et 15 ans qui sont hystériques et ingérables ; ils s’interpellent dans la salle, bousculent les clients dans les couloirs et se battent dehors. Ils sont plus là pour foutre la merde que pour regarder un film. » (…)

Leur presse (Aïnhoa Jean-Calmettes, LeMonde.fr, 14 octobre 2014)

 

Annabelle : le rituel adolescent qui embarrasse les cinémas multiplexes

De nombreuses séances du film d’épouvante “Annabelle” ont été troublées par des groupes d’adolescents. Un phénomène qui permet de pointer la gestion irréfléchie de multiplexes seulement avides de nouveaux publics.

Annabelle a-t-il ensorcelé certains spectateurs ? Ce film d’horreur sur une poupée hantée par le diable attire les foules comme les ennuis. Scénario premier degré concentrant tous les clichés du genre, mise en scène aux abonnés absents mais production ultra rentable : cette série B, interdite en France aux moins de 12 ans, cartonne chez les ados séduits par une promo virale agressive.

Avec 78’000 spectateurs dès le premier jour, Annabelle a devancé de plus de 20’000 entrées ses concurrents, Mommy de Xavier Dolan et Gone Girl de David Fincher malgré un nombre de salles deux fois inférieur. À sa troisième semaine d’exploitation, il totalise 600’000 entrées. Bien qu’il fasse salle comble, plusieurs cinémas ont décidé de déprogrammer Annabelle comme les UGC de Toulouse, Lyon, Strasbourg ou bien encore le Prado et les 3 Palmes à Marseille. En cause : cris, discussions à voix haute mais aussi bagarres ou fauteuils arrachés. Annabelle n’est pas le premier à déclencher des rixes médiatisées de manière sensationnaliste : récemment, Paranormal Activity 4 ou Sinister avaient provoqué des débordements marginaux. Cette vague de films d’horreur mainstream et ludiques a refait du genre un rituel adolescent, comme les Freddy dans années 80 ou les Scream à la fin des années 90. Entre épreuve initiatique et défouloir, le film d’horreur est le terrain de jeu d’adolescents qui jouent à se faire peur.

“Ils sont là pour se fendre la gueule”

UGC Les Halles, mercredi 16h45. Ce cinéma est à la fois le plus important multiplexe de France, un carrefour parisien et un lieu de sociabilisation ado. La petite salle de cent places est pleine à craquer, remplie pour trois quarts de jeunes gens. Seau de popcorn et soda à la main, trois copines gloussent d’excitation. “J’ai trop peur”, lâche l’une d’elle collée serrée à sa pote. Quatre garçons arrivent en retard. Ils s’assoient par terre, au pied du premier rang et se chamaillent en faisant les cakes.

Presque aussitôt, le vigile entre et leur demande de prendre un siège. Les trois garçons rechignent pour le style mais obtempèrent. Dans la salle, on s’agrippe, on rigole, on parle fort. On entend quelques “chut” rigolards. “Avant, le théâtre et le cinéma étaient un spectacle populaire, les gens gueulaient, parlaient aux acteurs, c’est encore un peu comme ça avec les ados et le ciné d’horreur”, explique Rurik Sallé, ancien rédacteur en chef du magazine Metaluna, revue spécialisée de cinéma.

“Ils sont là pour vivre une expérience comme à la Foire du Trône, pour hurler, se fendre la gueule. Le cinéma d’horreur n’est pas intellectuel, c’est un cinéma du corps, des tripes, jugé avec condescendance en France. Les ados ne s’embarrassent pas de ce genre de préjugés, ils sont dans l’expérience physique.”

“L’âge où la peur est une expérience transgressive”

Le film commence. Le visage de la poupée Annabelle apparaît d’un coup, en gros plan, menaçante et laide. Sursaut et éclat de rire général. “T’es trop moche, Annabelle”, crie un garçon. On est à l’âge où la peur est une expérience transgressive. Le psychanalyste Brice Courty, spécialiste de l’adolescence, explique :

“Le film d’horreur a généralement une fonction positive pour les ados, équivalente à celle des contes pour enfants : apprivoiser les peurs de l’adolescence pour passer à l’âge adulte. Après le film d’horreur, le porno prendra éventuellement le relais. Dans cette affaire, il y a quelque chose d’une fascination malsaine des adultes pour la présumée pulsionnalité de l’adolescent.”

Presque tout, dans Annabelle et sa poupée diabolique, tourne autour du thème de l’enfance. Brice Courty confirme :

“C’est un rituel de passage : le film d’horreur est une sorte d’épreuve à passer – le marketing du film a poussé dans ce sens – liée à la peur de grandir, au fait d’affronter les limites et d’y survivre. Les garçons vont parfois surjouer la virilité et les filles une certaine version de la féminité. Le cas extrême de la destruction d’un fauteuil, c’est aussi montrer qu’on n’est pas impuissant, c’est surjouer sa masculinité en s’appuyant sur le groupe.”

Diffuser le film en VO pour éloigner “les plus excités”

Dans la petite salle de l’UGC Les Halles, quand s’affichent les premiers sous-titres, une ado visiblement flouée sur la marchandise peste tout haut : “Quoi ? C’est en anglais ?” “Au début, on passait Annabelle en VF mais à la suite des débordements, le directeur l’a projeté en VO pour éloigner les plus jeunes et les plus excités”, explique une employée à la sortie du film. Patrick [le prénom a été changé], le vigile, enchaîne : “Ici c’est tranquille, mais à l’UGC La Défense samedi soir, c’était plus chaud. Ça draine tout le public de banlieue. Je suis resté dans la salle pendant tout le film. Même si à la fin ils se calment – c’est des gosses –, on a quand même dû rembourser quelques spectateurs.”

“Les multiplexes ont voulu draguer à nouveau ce public mais sans s’interroger sur la manière de le gérer”, explique un exploitant. Ces multiplexes, type UGC-Gaumont-Pathé, financent en partie leur implantation grâce à des subventions publiques versées en échange de promesses d’activité et d’emploi dans des territoires sinistrés. Pour aider à séduire la cible “jeune public”, gros consommateurs de popcorn et futurs clients, un tarif unique de 4 euros a été mis en place pour les moins de 14 ans depuis le 1er janvier.

Ainsi, avec Annabelle, des groupes d’ados sans leurs parents viennent se payer à peu de frais leur première frayeur de cinéma. “Problème : les seuls visages adultes du multiplexe sont les bornes automatiques et le vigile, continue l’exploitant. Ces ados se moquent de foutre le bordel car ils n’ont pas l’impression d’être chez quelqu’un. À l’inverse, dans un cinéma art et essai, il y a de l’humain : l’exploitant va choisir le film, accompagner les jeunes, travailler avec les enseignants, les éducateurs, créer un dialogue autour du film.” 18h30, fin de la séance. Des garçons se chambrent : “Tu t’es chié dessus Hicham, retourne voir Tortues Ninja.”

Leur presse (Anne Laffeter, LesInrocks.com, 22 octobre 2014)

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