[La police travaille] Quelle « démocratie » ?

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Ces mouvements « anti » qui grippent la démocratie

La Fondation pour l’innovation politique analyse les nouvelles méthodes des contestataires. Cartographie de ces multiples groupes qui défient la légalité.

L’événement est passé quasiment inaperçu, mais il est symbolique. La semaine dernière, le dernier procès en date à l’encontre de Faucheurs volontaires, s’est soldé par la relaxe de José Bové et de sept autres personnes qui avaient détruit un champ de maïs OGM en août 2008 dans la Vienne. Clémence pour ceux qui n’ont de cesse d’avoir recours à des coups d’éclat à la limite, voire en dehors, de la légalité, pour imposer leurs points de vue. La Fondation pour l’innovation politique vient de publier deux notes sur ces mouvements militants [Contester les technosciences : leurs raisons, par Sylvain Boulouque et Contester les techno­sciences : leurs réseaux, par Eddy Fougier sur www.fondapol.org]. On y découvre les visages multiples de ces nouveaux militants: anti-OGM, antinucléaire, antinanotechnologies, anti-affichage, anti-antenne relais… Les modes d’action sont tout aussi divers : lobbying, demandes d’informations, tentatives de boycott, manifestations, destructions… sans parler des occupations de site et des actions judiciaires. Une véritable nébuleuse, avec des méthodes qui souvent grippent la démocratie, avec des actes de sabotage ou de blocage de débats publics. Comme les Ravageurs et autres Taupes en colères ou le groupe Oblomoff contre les nanotechnologies.

Mises en scène orchestrées

L’impact, démultiplié par des mises en scène savamment orchestrées, dépasse de très loin le nombre des militants. Pour arriver à leurs fins, ces multiples officines, parfois locales, sont souvent rattachées de manière informelle à des organisations altermondialistes ayant pignon sur rue comme ­Attac ou Greenpeace. « Ce type de contestation remonte aux origines de la société industrielle, analyse l’universitaire Sylvain Boulouque, auteur d’une des notes. En revanche, la configuration et le rapport à la modernité des acteurs ont changé. » Leur mode opératoire : l’action en réseau, avec des appuis dans la société civile. « Cette mouvance, souvent difficile à décrypter, allant de citoyens sans appartenance politique aux franges extrêmes de la gauche radicale, serait l’une des conséquences indirectes de la chute du communisme », poursuit Sylvain Boulouque, en notant que ce type de militantisme cherche à innover. « Il se veut davantage festif et inventif, plus immatériel et spectaculaire que les formes qui l’ont précédé », poursuit-il.

Cette contestation prend aussi parfois les habits de la respectabilité : scienti­fiques, hommes politiques, comme Noël Mammère [sic] ou José Bové, ou participation à des négociations, comme les anti-antennes relais — qui ont fini par claquer la porte — au « Grenelle des ondes ».

Aujourd’hui, ces mouvements ratissent large, surfant sur une culture du risque et du principe de précaution qui a envahi la société postindustrielle. « Depuis quelques années, les catastrophes sanitaires ou industrielles prennent des reliefs particuliers et servent de point d’appui à des mouvements de contestation », lance le politologue Eddy Fougier, coauteur de ce rapport. Grâce à Internet, les campagnes de mobilisation se diffusent à la vitesse de l’éclair. Et le héros moderne est le « lanceur d’alerte », parfois simple particulier touché par une cause, comme Étienne Cendrier, à l’origine de Robin des toits. Le Net permet d’alimenter des sites multiples en rumeurs et autres théories scientifiques, avec pour but de diaboliser les technologies, en prenant soin, comme le note Eddy Fougier, « d’utiliser fréquemment des termes anxiogènes ». Avec un certain impact auprès du grand public et une progression des mouvements de défiance. « Depuis quelques années, nous n’assistons pas tant à une démocratisation de la sphère scientifique qu’à une extension de cette sphère de la défiance à l’égard des différentes formes d’autorité et des élites en général », conclut Sylvain Boulouque.

Les antinucléaires précurseurs
Leur naissance. Le 12 avril 1971 se déroule la première manifestation contre le nucléaire civil en France : 1500 personnes participent à la marche sur Fessenheim.
Leurs revendications. Les antinucléaires dénoncent le risque d’accident nucléaire, des dénonciations qui ont trouvé un regain depuis la catastrophe de Fukushima. Par ailleurs, ils jugent qu’il n’existe pas de solution acceptable pour les déchets radioactifs et que le coût réel du démantèlement des installations nucléaires est sous-estimé.
Les mouvements. Le réseau Sortir du nucléaire regroupe, par le biais d’une charte commune, 903 associations locales et près de 53’000 particuliers.
Leurs modes d’action. Marches régulières, pétitions. Le réseau Sortir du nucléaire propose un « kit militant » comprenant un masque à fabriquer soi-même et de nombreux visuels.

Le fauchage, moyen de pression contre les OGM
Leur naissance. Le 7 juin 1997, quelque 300 manifestants se retrouvent à Saint-Georges-d’Espéranche pour détruire un champ de maïs transgénique installé par Monsanto. Mais l’événement le plus médiatique est la destruction du restaurant McDonald’s de Millau en 1999 par José Bové.
Leur nom. Le principal mouvement est les Faucheurs volontaires, mais leur cause est relayée par Attac ou Greenpeace.
Leurs formes d’action. Mode d’intervention principal : la destruction de champs. « L’objectif est de montrer à la fois la justesse de la cause qu’ils défendent et la brutalité des forces de l’ordre », explique Sylvain Boulouque. D’où une certaine dimension « sacrificielle », les faucheurs étant prêts à aller jusqu’en prison.
Leurs revendications. Leur premier objectif était l’arrêt de la culture des OGM, mais ces militants s’intéressent aujourd’hui à la « malbouffe » sous toutes ses formes.

Les antennes-relais  pour cible
Leur naissance. Au tournant des années 2000, la première campagne contre les antennes-relais est initiée par Agir pour l’environnement.
Les mouvements. De nombreuses petites associations se sont multipliées aux côtés des plus importantes. Elles sont soit nationales comme Robin des toits ou le Capp (Comité pour l’application du principe de précaution) ou Pour une réglementation locale des antennes relais de téléphonie mobile (Priartem), qui regroupe un millier d’adhérents, et souvent liées aux associations nationales, comme Harpe Chevreuse ou l’Association des Nogentais.
Leurs formes d’action. Elles se limitent à des formes légales strictes, sans utiliser l’action directe. Stratégies locales de lobbying ou dépôts de plaintes auprès de tribunaux. Les associations nationales ont été associées au Grenelle des ondes, mais certaines ont claqué la porte.
Leurs demandes. Réduire la nuisance potentielle et accéder à des normes à très basses fréquences. Éloigner les équipements des écoles. Une partie d’entre elles cherchent à limiter la diffusion du Wi-Fi dans les espaces publics.

Ils ont peur des nanotechnologies  
Leur naissance. Les premières apparitions publiques débutent en 2005 par la publication de tracts. Le premier coup d’éclat est l’occupation, lors des manifestations contre le CPE, en 2006, de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales).
Les mouvements. Le principal est le mouvement grenoblois Pièces et main-d’œuvre, qui publie des tribunes sur ce qu’il appelle les « nécrotechnologies ». Né en 2004, le groupe Oblomoff est également actif.
Leurs formes d’action. Contrairement aux anti-antennes-relais, ils refusent de participer au Grenelle de l’environnement. Ils empêchent la tenue de réunions publiques. Ils communiquent via des sites Internet ou revues scientifiques.
Leurs revendications. Ils s’opposent à la diffusion des technologies de l’infiniment petit, tant dans les domaines sanitaires ou alimentaires que sur Internet ou la téléphonie mobile, vus comme un « projet totalitaire ». Ils dénoncent la perspective d’une société placée sous surveillance électronique permanente. « La technologie est la prolongation de la guerre », peut-on lire sur les sites.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Aude Seres, LeFigaro.fr, 8 juillet 2011)

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