[Justice pour Ayoub Boutahra] « Il faut arrêter de parler de bavure. Une bavure, c’est un cas isolé. Or ces cas se multiplient »

Audincourt. Blessés par Flash-Ball : Pierre, Joachim, Ayoub et les autres

Joachim Gatti et Pierre Douillard ont perdu un œil après avoir reçu un tir de Flash-Ball. Comme Ayoub Bouthara à Audincourt. Les similitudes vont plus loin…

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Joachim et Pierre (de dos), qui ont vécu le même drame que le jeune Ayoub à Audincourt, sont venus témoigner.

« Jour J + 2 ans et… RAS. La justice n’avance pas ». Odile Banet, membre du comité « Justice pour Ayoub », constate et déplore les faits. Le 7 février 2011, le jeune lycéen était atteint d’un tir de Flash-Ball qui touchait son globe oculaire alors qu’il se trouvait en marge d’une rixe à Audincourt. Deux ans après, la victime, qui a du mal à se reconstruire, attend toujours que le policier qui se trouvait derrière l’arme réponde de son geste devant le tribunal.

C’est une arme utilisée pour casser du manifestant, pour terroriser

Joachim Gatti et Pierre Douillard ont connu pareil sort. Le premier lors d’une manifestation à Montreuil, le 8 juillet 2009, le second à Nantes, le 27 novembre 2007. Eux aussi ont perdu un œil dans l’histoire et eux aussi attendent que la justice apporte des réponses et sanctionne les responsables de leurs infirmités permanentes.

Hier, ces deux victimes étaient présentes à Montbéliard pour témoigner de leur vécu. « Mon affaire a été très médiatisée au départ. Dans un premier temps, trois policiers ont été mis en examen, mais depuis un an et demi l’instruction n’avance plus », déplore Joachim, s’interrogeant sur des délais étrangement longs.

Pour Pierre, le parcours a été différent. « Nous avons dû constituer un groupe de travail qui a mené une enquête indépendante en collectant des vidéos, des photos, etc. Grâce à cette enquête, on est parvenu à identifier le policier qui m’avait tiré dessus et il a finalement été mis en examen. Mais au procès, il a été relaxé au prétexte qu’il avait obéi à un ordre ».

Le jeune Nantais fait part de son sentiment « d’impunité policière dans ce pays ». « Et il faut arrêter de parler de bavure. Une bavure, c’est un cas isolé. Or ces cas se multiplient… »

Joachim abonde, citant ce chiffre : « En 2011, 2787 tirs de Flash-Ball ont été recensés. La législation dit que les tirs doivent être effectués au niveau du buste. Ni au-dessus, ni dans le triangle génital. Nos exemples et d’autres démontrent que ce n’est pas le cas ».

Des accidents récurrents qui conduisent le comité à vouloir « mettre sur la table le débat sur l’utilisation du Flash-Ball », poursuit Odile Banet. Utopique ? « Il faut être clair, c’est une arme utilisée pour casser du manifestant. Pour terroriser ! », s’emporte Gérard Deneux, des Amis de l’émancipation sociale.

Les membres du comité entendent poursuivre la médiatisation pour que l’affaire ne tombe ni dans l’oubli ni dans les oubliettes de la justice. Joachim Gatti, Pierre Douillard ne sont guère optimistes, mais ils continuent à se battre. Et militent pour que les victimes s’organisent afin que leurs voix groupées aient plus de chance de porter que des actions isolées. Une union face à un immobilisme qui semble être un dénominateur commun à ces mutilants tirs de Flash-Ball.

Leur presse (Sam Bonjean, LePays.fr, 10 mars 2013)

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