[Révolution mondiale] Allez passer vos vacances au Togo (2)

Manifestation du Cst
Togo : des mots inédits et crus contre Faure Gnassingbé, samedi

Les premiers responsables du Cst (« Collectif Sauvons le Togo ») ont les nerfs à fleur de peau après les répressions de leurs marches des 21 et 22 août 2012. Du coup, ils ne font plus dans la dentelle en évoquant l’avenir de la position qu’adoptera leur Collectif à l’égard du gouvernement dans les jours à venir.

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Le Cst veut que ses droits soient respectés avant d’enclencher « un énième et dernier dialogue avec l’Unir (au pouvoir au Togo), devant déboucher sur des consensus destinés à être appliqués sur le champ », ont répété tour à tour plusieurs leaders de ce Collectif lors de leur meeting de ce 25 août, à la plage de Lomé.

« Nous n’avons jamais refusé de dialoguer avec les actuels gouvernants du Togo (…) Mais, comment peut-on nous encourager à prendre part à des marchandages politiques quand on nous envoie des invitations (ndlr : pour des discussions le lendemain) à 22h ? Comment peut-on inciter le Cst à des négociations quand on réprime sauvagement nos marches pacifiques ? Rendez-vous compte vous-même ce 25 août : quand il n’y a pas de répression, nos manifestations ne connaissent aucun débordement », a commenté Me Adzare de la Ltdh (Ligue togolaise des droits de l’Homme). En rajoutant : « Nous sommes hyper sérieux quand nous demandons, depuis le milieu de la semaine qui s’achève, à nos compatriotes d’être inciviques pour forcer la main aux autorités, au sujet de nos multiples revendications ».

En prévision des six jours de marches de cette semaine et surtout de la répression, le Secrétaire général de la Ltdh, Me Agbogan, a convié les sympathisants du Cst « à se munir de leur article 150 (qui réglemente la désobéissance civile et civique) de la Constitution : des pierres ou cailloux (…) Car, dira-t-il, le pouvoir togolais s’est décrédibilisé la semaine écoulée. Du coup, nous n’allons plus lui adresser des notes d’information avant de tenir nos manifs » !!

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Lomé, 21 août 2012

Des piques atypiques qui déjantent…

Durant les retrouvailles entre les sympathisants du Cst et leurs leaders ce 25 août, tous les moyens étaient bons pour les seconds pour chauffer la détermination des premiers, « car aux yeux des architectes du Cst, la contestation a atteint un point de non-retour », dira Claude Ameganvi du Pt (Parti des travailleurs).

« (…) Nous avons des raisons valables d’être courroucés par les agissements de notre État car les munitions qui servent à réprimer nos marches coûtent cher aux contribuables. Tenez : les petites grenades de gaz lacrymogène sont évaluées à 5.000 fcfa ; les grosses valent plus de 100.000 fcfa. Il faut débourser 400.000 fcfa pour s’offrir les carabines qui servent à tirer des balles en caoutchouc utilisées pendant nos marches », a décrit lors de son intervention Me Zeus Ajavon, Coordinateur du Cst.

Au sein de ce Collectif, toutes les initiatives internes entreprises sont placées sous la coupole du Tout-Puissant. Raison pour laquelle Isabelle Ameganvi de l’Anc « a convié toute la population togolaise a observé du 27 août au 2 septembre 2012 une abstinence sexuelle, pour que les doléances des croyants togolais autour des maux de leur pays trouvent grâce auprès de Dieu (…) Cet appel est lancé même aux tenants du pouvoir ».

Dans cette série de défis lancés au régime de Faure Gnassingbé, c’est surtout l’intervention d’Abass Kaboua du Mrc qui a soulevé la foule de manifestants. En éwé, kabyè et en français, « il a demandé à ses compatriotes de ne pas payer jusqu’à nouvel ordre, sur toute l’étendue du territoire national, la patente, leurs factures d’eau et d’électricité, bref toutes les charges qui relèvent de la fiscalité ».

Dénonçant au passage « la gabegie et l’impéritie qui imprègnent les faits et gestes des actuels dirigeants du Togo, il a indiqué que l’aboutissement de la contestation populaire est proche car le pouvoir de Faure G. est désormais unijambiste. Il a à ce titre donné l’exemple de Yetrofeï Massina (chef des renseignements au Togo) qui vient de mettre ses enfants à l’abri à l’étranger ».

« La pauvreté a atteint son summum sur notre terre natale (…) À Kara, de plus en plus, des étudiantes se jettent dans la prostitution pour joindre les deux bouts (…) Pendant ce temps, le boeing présidentiel sert à faire de simples emplettes de chocolat à Paris, quand les saignées financières du contribuable n’entretiennent pas de petites amies du président (…) Le premier responsable du pays doit avoir une pierre à la place du cœur pour rester muet devant les lancinants cris du peuple », a encore lâché le bouillant Kaboua.

Quid la guerre de mots à distance entre A. Kaboua et le ministre Bawara de l’Administration territoriale, depuis les répressions essuyées par le Cst les 21 et 22 août dernier ? « Gilbert Bawara a envoyé une dame envers Gabriel Agbéyomé Kodjo et moi pour s’excuser et lui épargner la révélation d’un certain nombre de dossiers embarrassants pour lui (…) Je ne sais pas si M. Kodjo lui a envoyé une réponse sur le sujet, mais pour ma part, pas encore. M. Bawara vous dira qu’il m’a offert de l’argent ; je l’ai pris car l’argent sur lequel il roule est un bien commun à nous tous Togolais (…) Qu’il prenne garde car nous savons qu’il a mis, à Paris, des prostituées à la disposition du président Faure Gnassingbé », a menacé le leader du Mrc devant une foule qui en redemandait…

Leur presse (Jacques Ganyra, AfriSCOOP, 27 août 2012)


Togo : Le Gouvernement laisse enfin se dérouler la démonstration du Cst

Il a fallu deux essais réprimés dans la sang, des interventions tous azimuts ainsi qu’une entame bancale de consultations pour le dialogue, pour que le droit de manifestation soit accordé au Collectif « Sauvons le Togo ». Un rendez-vous que des dizaines de milliers de citoyens, n’ont pas souhaité se laisser compter.

Ils étaient tous là, pas devant de la marrée qui a déferlé dans les rues de la capitale togolaise ce samedi, mais au beau milieu de cette dernière. « Un symbole qui démontre que c’est le peuple qui a pris le devant de sa lutte pour la libération. Plus personne devant, plus de déification de qui que ce soit. Nous sommes tous sur une même ligne et on se surveille pour que plus jamais, personne ne vienne à prendre un autre chemin, celui de la trahison », expliquait ce matin au sein de la foule, Francis Pedro Amuzun.

Il n’en a pas fallu plus, pour que des manifestants trouvent dans cette image, Gilchrist Olympio et tout un volet de l’histoire de la lutte du peuple togolais pour l’alternance et le changement. L’ambiance tout le long de la marche était à la fois grave et festive. Trois jours de répressions violentes venaient d’occasionner un lourd bilan fait d’arrestations et de blessés. Normal donc que la parole soit donnée en tout premier, à l’une des victimes de la répression des manifestations.

Cette dernière arrêtée à Agoé le vendredi dernier par des militaires, décrit dans les menus détails, les sévices corporels auxquels il a été soumis au camp des Forces d’Intervention Rapide (FIR) où en personne le Col Félix Katangha aurait participé à sa bastonnade, avant de l’envoyer à la gendarmerie nationale. Là aussi, les éléments du nouveau D.G Akovi Akakpovi s’en sont donnés à cœur joie. Même après qu’un juge ait ordonné sa relaxe, il sera ramené de la justice à la gendarmerie, où il a été bien malmené avant de le mettre en liberté. Son corps témoigne par les blessures, de la torture dont il a été l’objet.

Tour à tour, les responsables du Collectif sont passés pour expliquer aux populations, les enjeux de leurs engagements et ceux de leur plate forme.

Le Coordinateur général Me Zeus Ajavon, a saisi l’occasion pour lancer un appel aux forces de sécurité, très discrets ce samedi, pour qu’elles refusent d’exécuter les ordres de répression des manifestations pacifiques. Et à propos de manifestations, deux sont annoncées : une par les femmes qui menacent de marcher nues dans les rues pour aller chercher leurs enfants arbitrairement détenus à la prison civile de Lomé et une autre envisagée par le Cst, sans préalablement se soumettre aux formalités administratives d’usage.

Si la date de mardi, le 28 août est avancée pour la marche du Cst, aucune date n’est par contre avancée pour celle que les femmes envisagent d’organiser. À noter que les responsables de la Coalition Arc-en-ciel n’étaient pas présents à la marche de ce samedi qui a duré près de quatre heures d’horloge. Selon certaines indiscrétions, ils reprocheraient au Cst d’avoir lancé un mouvement de désobéissance civile qui porte des germes de dérives redoutables.

Un responsable du Cst se fondant sur l’article 150 de la Constitution togolaise, avait appelé dans le cadre de ce mouvement, les populations à désobéir à l’autorité gouvernementale et à ne plus payer les factures d’électricité et d’eau entre autres.

Ce samedi, quand bien même le mot d’ordre de désobéissance civile a été réaffirmé, on a noté une forme de recadrage dans les propos au point de chute de la marche. Mais sur la question du dialogue, une unanimité semble se faire sur la mise en œuvre des préalables avant toute participation du Cst au dialogue.

Un appel pourrait être lancé aux chancelleries occidentales pour servir de médiateurs en vue de garantir un processus de discussion garantissant un respect mutuel ainsi qu’un respect de toutes les parties des accords qui seront issus d’éventuels pourparlers. Mais bien évidemment, la rue gronde de plus en plus. Et toute obstination à empêcher une évolution de la société togolaise, pourrait bien provoquer une révolution.

Leur presse (Koaci.com, 25 août 2012)

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