[Vérité et Justice pour Wissam El-Yamni] Les assassins travaillent

Mort après une interpellation à Clermont-Ferrand : le corps de Wissam El-Yamni rendu à la famille six mois après

Le corps de Wissam El-Yamni sera inhumé au Maroc dimanche 17 juin. Ce chauffeur routier de 30 ans était mort neuf jours après être tombé dans le coma à la suite d’un malaise cardiaque lors de son interpellation la nuit de la Saint-Sylvestre, à Clermont-Ferrand. Son corps a été restitué à sa famille près de six mois après le drame.

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Quelque 500 à 600 personnes avaient défilé le 7 janvier 2012 à Clermont-Ferrand en soutien à un homme de 30 ans arrêté de façon « musclée » la nuit du réveillon, décédé après plusieurs jours de coma.

« Ce corps en attente, c’est insupportable », dénoncait au Monde,  il y a quelques jours, Me Jean-François Canis, l’un des deux avocats de la famille de Wissam El-Yamni. « Cela fait cinq mois, cinq mois de trop », renchérissait son frère Farid, avouant avec beaucoup de retenue sa souffrance et celle de ses parents, venus du Maroc dans les années 1970 pour un emploi chez Michelin.

L’inhumation ne pouvait intervenir qu’une fois la contre-autopsie demandée par Me Canis et son confrère Me Jean-Louis Borie effectuée. Les résultats ne seront cependant connus qu’en septembre. La décision de demander une nouvelle autopsie n’a pas été facile. « Mes parents voulaient enterrer mon frère », explique Farid El-Yamni. Il les a pourtant convaincus qu’une nouvelle expertise était nécessaire tant l’explication du décès, telle qu’elle se dessine à travers le pré-rapport d’autopsie et l’enquête de l’inspection générale de la police nationale, lui paraît peu probable.

Le drame remonte à la nuit de la Saint-Sylvestre, après un jet de pierre contre une voiture de police. À la suite de son interpellation, Wissam El-Yamni, âgé de 30 ans, était tombé dans le coma avant de décéder neuf jours plus tard. Une information judiciaire a été ouverte « pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Elle vise directement les deux policiers de la brigade canine qui ont arrêté le jeune homme. Ils n’ont pas été mis en examen et sont toujours en activité.

« DES ZONES D’OMBRE IMPORTANTES »

Une hypothèse s’est rapidement imposée. Selon le pré-rapport d’autopsie, une consommation d’alcool, de cannabis et de cocaïne serait la cause probable d’une « altération comportementale franche ». Ce qui expliquerait que le jeune homme se soit débattu dans la voiture le conduisant au commissariat, amenant l’un des deux policiers à lui maintenir la tête entre les genoux pendant le transport. Cette technique de contention interdite, le « pliage » dans le jargon policier, et des excroissances osseuses anormales sous les tempes de la victime auraient, selon le médecin-légiste, entraîné la compression des carotides et la perte de connaissance. « Tout cela, c’était une manière de dire : c’est bien fait pour lui », constate Farid El-Yamni.

« Cette thèse du pliage, je n’y crois pas », explique Me Canis pour justifier la demande d’une nouvelle autopsie. Le premier examen n’avait en effet pas mentionné les fractures de la face. Cela avait permis au procureur d’affirmer, le 24 janvier, que l’autopsie « n’apporte aucun argument en faveur d’un décès directement traumatique ». Par ailleurs, « la superficialité des lésions cervicales n’est pas en faveur des stigmates de strangulation », avait-il ajouté. Une affirmation qui étonne Me Canis, qui met en avant des traces très visibles au niveau de la gorge. Me Borie estime de son côté que les doses de stupéfiants sont très faibles, d’où la demande d’une nouvelle analyse toxicologique.

« En réalité, il subsiste d’importantes zones d’ombre sur ce qui s’est passé au moment de l’interpellation et lors du transport en voiture jusqu’au commissariat », affirme Me Canis. Farid El-Yamni avance pour sa part l’hypothèse « d’un passage à tabac ». « Je redoute qu’avec le temps qui passe, l’autopsie que nous avons demandée se conclue par : on ne peut pas savoir de quoi Wissam est mort. Ce serait dégoûtant. »

Leur presse (Manuel Armand, LeMonde.fr, 15 juin 2012)


La contre-autopsie de Wissam devra parler

La contre-autopsie du jeune homme mort à Clermont-Ferrand la nuit de la St Sylvestre a enfin eu lieu.

Plus de 5 mois depuis l’interpellation controversée et le décès de Wissam El Yamni dans le quartier de la Gauthière, à Clermont-Ferrand, la contre-autopsie demandée par la famille a eu lieu le 12 juin à Poitiers.

Plus de cinq mois ont passé depuis l’interpellation controversée et le décès de Wissam El Yamni. Une affaire qui avait provoqué plusieurs nuits de tensions à Clermont-Ferrand. Suite à cela, deux policiers avaient été « mis en congés », ils ont repris leur service, alors que le Procureur de la République de Clermont recevait ce mardi 12 juin la famille de Wissam El Yamni, pour faire le point sur ce dossier.

L’entretien avec le Procureur aura duré un peu plus d’une heure. À la sortie du Palais de Justice, la famille n’a souhaité ni être filmée, ni s’exprimer. Ce sont ses avocats qui parlent en son nom. La contre-autopsie qu’ils demandaient a été pratiquée aujourd’hui, à l’institut de médecine légale de Poitiers.

Le corps de Wissam El Yamni devrait être restitué dès mercredi à ses proches qui ne pouvaient jusqu’à présent que se rendre à la morgue pour lui rendre hommage.

Ce dossier a été particulièrmeent lent à progresser, font valoir la famille et les deux avocats, Me Borie et Me Canis.

Par ailleurs, le fait que les deux policiers « mis en congé » aient repris leur service n’est pas sans soulever une certaine émotion. Une information mal accueillie par la famille du jeune homme décédé. Et qui n’est pas sans soulever des interrogations du côté de la défense.

Leur presse (Daniel Pajonk, France 3 Auvergne, 12 juin 2012)

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