[Beat On The Brat] « Peut-être avez-vous voulu priver les capitalistes d’un nouvel esclave ? »

« Ils veulent tuer tout le monde » : feu sur Nokidland

Childfree ou adeptes des théories dénatalistes, leur lutte contre la surpopulation suscite régulièrement l’incompréhension. Voire la violence.

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L’inscription « Save the planet, make no baby », est peinte en lettres vertes sur la banderole. Qu’ils ont malicieusement déployé en contrebas de l’église parisienne du Sacré-Cœur, autour de laquelle s’agglutinent les touristes. Le pied de nez les enchante. Sous un pâle soleil de mai, ce samedi après-midi, une poignée de militants dénatalistes prêche sa bonne parole aux badauds et aux journalistes. Credo de ces écologistes politiquement incorrects : la lutte contre la surpopulation — calamité d’une planète à bout de souffle — le lavage de cerveaux et la pression sociale qui ont érigé les bambins en religion et fait des non-parents une espèce marginale. Histoire de titiller les adeptes du premier degré, des morceaux de viande crue sont disposés sur un plateau exhibé par une participante, « pour expliquer que l’on sera bientôt amené à recycler la chair humaine« . Des préservatifs sont distribués.

Une quadragénaire, flanquée de trois gamins âgés d’une dizaine d’années, rejoint l’attroupement, l’air agacé. « Nous ne comprenons pas votre combat », osent timidement les mômes, les yeux ronds. Avant d’aller, quelques minutes plus tard, prendre la pose devant la banderole, sous l’œil rieur des militants et des photographes. On débat, on se bataille, on polémique. Bref, on échange. Trois trentenaires déboulent, bière à la main. S’enquièrent de la situation. « Ça faisait longtemps que je n’avais pas entendu une connerie pareille », lâche l’un d’eux. Son copain pointe du menton une militante, en pleine causerie avec un curieux. « Je pense que la dame là-bas n’a peut-être pas trouvé l’âme sœur, d’où sa frustration », raille-t-il, affligé de la « provocation ». Et encore, il apprend que le pire lui a été épargné : les organisateurs avaient prévu une manifestation nudiste, avant de se rétracter.

« Moi, j’ai un bébé qui arrive dans trois semaines », lance le troisième, l’air contrarié. « C’est très bien, j’ai plein de potes qui ont des enfants », lui répond, placide, l’instigateur de l’événement. Théophile de Giraud est un personnage. Le Belge, auto-proclamé écrivain anarchiste, mèches noires dressées vers le ciel, est l’une des figures de proue du mouvement dénataliste. Inlassablement, il déploie son argumentation. « Ce que nous voulons, c’est un débat. Mettre fin au conditionnement, pour que ceux qui enfantent fassent un choix libre ». Il se dira, quelques jours plus tard, « satisfait » du débat généré ce jour-là.

« Réactions outrées »

Son discours fait rire les uns, pique la curiosité des autres, suscite de la sympathie ou de l’indifférence. Parfois la haine. « Les réactions peuvent être très agressives : on nous traite de psychopathes, de malades mentaux », regrette Théophile de Giraud. « Beaucoup de ‘childfree’ sont confrontés à ce type de réactions, c’est notamment pour cela que nous avons créé la fête des non-parents », sorte de sauterie annuelle des sans-enfants revendiqués.

Mus par des convictions philosophiques, écologistes, ou n’ayant pas fondé de famille pour diverses raisons, ils revendiquent leur posture. « La tolérance à l’égard des formes variées de vie privée croît, mais expliquer sereinement qu’on ne veut pas enfanter suscite la réprobation », s’agace l’iconoclaste Corinne Maier dans son ouvrage No Kid : quarante raisons de ne pas avoir d’enfants, paru en 2007 [Aux éditions Michalon]. « Ceux qui ont ce courage sont considérés comme des déviants par leur entourage, tant la famille est considérée comme une valeur universelle. En France, être ‘sans enfants’ est une tare ; jugés en permanence, ceux qui ont osé ne pas en vouloir suscitent la commisération : ‘La pauvre, elle n’a pas dû pouvoir’, ‘il a gâché sa vie' », s’y insurge-t-elle. Si l’auteur se prête volontiers au jeu de la critique, de son propre aveu « inhérentes au genre du pamphlet », cette mère de deux enfants explique avoir essuyé « pas mal de réactions outrées » et d' »interviews condescendantes de gens choqués ».

« Fatwa catho »

« Nous avons affaire à des réactions virulentes, mais surtout d’une extrême mauvaise foi », constate quant à lui Didier Barthès, de l’association « Démographie responsable », qui milite pour un contrôle de la natalité. « Aborder le problème de la fécondité conduit certaines personnes à dire : ‘Ils veulent tuer tout le monde’. Nous sommes parfois taxés de ‘fascistes’, ‘d’eugénistes’, ou incités à nous suicider ». À côté de cela, beaucoup sont prêts à admettre que la surpopulation est un problème », relativise-t-il. Avant de relater que lors d’un rassemblement parisien organisé au mois d’octobre, un homme agacé avait tout de même brisé les pancartes des participants et décoché une droite à l’un d’entre eux.

Faire des enfants tue : Éloge de la dénatalité. Un titre provocateur, pour un autre ouvrage qui avait, lui aussi, valu quelques désagréments à son auteur. Le naturaliste très engagé Michel Tarrier, affirme avoir été l’objet d’une « fatwa catho, avec intimidation et menaces, sur divers sites d’extrême droite ». Le pamphlet, paru en 2008, et réédité l’année dernière [Aux éditions du Temps, puis aux éditions LME], alerte sur les méfaits de l’explosion démographique en arguant notamment que « quand un démographe n’est pas seulement comptable, mais qu’il est enrichi par un tant soit peu d’écosophie, et qu’il n’est pas chauve, ses cheveux doivent déjà se dresser sur sa tête à la lecture des chiffres 9 ou 10 milliards, et a fortiori 17 milliards pour 2100 ».

« Si vous n’avez pas d’enfants, vous n’êtes pas une femme »

D’autres se sont attirés les foudres d’une partie de l’opinion en confessant leur regret de la parentalité. En avril 2011, invitée au micro de Philippe Vandel sur France Info, l’actrice Anémone jette un pavé dans la mare. « Moi je ne voulais pas d’enfants. Il y avait, il y a toujours, une pression sociale très forte. En gros, on vous fait passer le message que si vous n’avez pas d’enfants, vous n’êtes pas une femme. (…) Et je ne voulais pas d’enfants, mais en même temps mon inconscient le voulait pour ces raisons-là, de pression sociale. »

C’est surtout sur la toile, « bien cachés derrière leur écran », que les pourfendeurs des childfree s’en donnent à cœur joie, note Théophile de Giraud, qui affirme qu’un militant d’extrême droite avait menacé de signaler à Facebook le groupe « Baisse de la natalité dans le monde », qui regroupe 708 membres. Même son de cloche du côté de Démographie responsable, dont le président, Denis Garnier, raconte par ailleurs que l’association, à l’origine par crainte de menaces, utilise une boite postale pour sa correspondance : « Avoir une adresse accessible serait un peu risqué, nous préférons conserver une certaine distance ». Paranoïa ? À voir.

« Peut-être avez-vous voulu priver les capitalistes d’un nouvel esclave ? »

« Pourquoi ne pas prévoir et organiser un suicide collectif de vos membres juste histoire d’être crédible », raille un anonyme sur le site créé à l’occasion de l’événement organisé au Sacré-Cœur. « Égoïstes de merde, vous auriez dû être avortés bande de loosers », se déchaîne un autre internaute sur celui consacré à la fête des non-parents. À la décharge de ces commentateurs — très — remontés, la présentation du rendez-vous annuel ne fait pas dans la dentelle. Vous n’avez pas enfanté ? « Peut-être avez-vous voulu priver les capitalistes d’un nouvel esclave : nous vous en félicitons », peut-on y lire. Ou encore : « Vous avez la certitude de ne pas mettre au monde un délinquant sexuel ou un néo-nazi ». Un argument d’une logique implacable, dirons certains…

À l’opposé, parents ou non, des citoyens emballés par la cause dispensent encouragements et compliments aux childfree et autres dénatalistes. Rodé à ce que les esprits s’échauffent au contact des principes qu’ils prônent, Denis Garnier se console de réactions de plus en plus positives : « Après la parution de certains articles, nous réalisons parfois qu’une majorité de personnes sont intéressées », glisse-t-il. L’avenir dira si la ténacité de ces partisans du plongeon démographique parviendra à tempérer l’hostilité de ses détracteurs. Et de leurs enfants.

Leur presse (Audrey Salor, tempsreel.nouvelobs.com, 27 mai 2012)

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Une réponse à [Beat On The Brat] « Peut-être avez-vous voulu priver les capitalistes d’un nouvel esclave ? »

  1. sdfdsfds dit :

    c´est tout de même étonnant de voire que ce genre de pensées fleurissent ci et là avec une espece de subversivité de facade, uniquement pour ses contradictions à l´ordre morale de la vie…Néanmoins, bon…la surpopulation n´est t-elle pas l´arme du pouvoir et l´argument du nouvel idéal écolo-mique qui s´annonce comme le nouveau totalitarisme hygeniste et sécuritaire? l´enfant unique de la chine et les infanticides genrés sont ils des réformismes à la mode? les valeurs anti-vies contre celle des pro-vie ne sont elles pas que de simples extrém-ités vouées à instaurer un équilibre idéologique via des oppositions bien fades, souvent dogmatiques et autoritaires? Le club de rome a bien fait son travail…contemplons nous dans ce futur émeraude ou eugénisme et faux débats méneront les peuples à de nouvelles vertus impersonnelles…et puis, a quoi bon? quand la mort est tendance et l´existence invivable…

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