Georges Cipriani : une liberté très surveillée

Déterminé économiquement et politiquement par un passé vieux de plus de 25 ans, il est aujourd’hui nécessaire que le système politico-judiciaire cesse de s’acharner contre Georges Cipriani. Après 24 ans d’incarcération, l’ancien militant d’Action directe est aujourd’hui sous libération conditionnelle. Cependant, ses conditions d’existence ne se résument qu’à vendre sa force de travail pour survivre et continuer à indemniser les parties civiles.

Une libération conditionnelle n’est pas une libération, elle est un mode de vie où les conditions relatives à la libération ne permettent qu’une liberté en peau de chagrin. En effet, soumis aux décisions du juge anti-terroriste, sa liberté de mouvement n’est, par exemple, qu’une vaste mascarade. Enchaîné aux murs de Strasbourg, Georges doit, pour sortir du département au-delà de deux semaines, « prévenir » le juge. Cependant, sa présence est indésirable dans bon nombre de départements, où il est interdit de séjour. En effet, il lui est interdit de se rendre aussi bien au sein des grosses agglomérations françaises (Marseille, Lyon, Bordeaux, Ile de France…) que dans l’intégralité des départements jouxtant les pays frontaliers et la méditerranée. Inutile de préciser également qu’il ne peut, sous aucun prétexte, quitter le territoire.

D’autre part, réussir à déménager, comme il l’avait prévu initialement, relèverait de l’exploit. En effet, avant de quitter le département, il est nécessaire à Georges de demander une autorisation à changer de résidence. De plus, il doit expliquer au juge anti-terroriste les motifs qui le poussent à partir et donc, par là, lui apporter la preuve d’un pied à terre (la signature d’un bail locatif) au sein du département dans lequel il souhaite emménager, serait-ce même à Strasbourg. Ainsi, il lui serait nécessaire de payer dans le même temps, une caution voire un ou deux mois de loyer ainsi que les loyers correspondant à la durée de son préavis ! Le parcours du combattant économique ne s’arrête malheureusement pas là ! Autre obstacle, ne pas être frappé par une interdiction de séjour dans le département en question. S’il souhaitait tout de même habiter dans un de ceux-là, il lui faudrait alors demander une levée au juge de l’application des peines. Une possibilité conditionnée au préalable par le fait de bénéficier d’un suivi médical dispensé par un médecin psychiatre du secteur. Ce dernier fixant à cette fin le préalable d’un premier entretien avec lui. Bref, autant d’obstacles nécessitant autant de temps et de moyens financiers ! Une fois, ces conditions remplies, le juge décide librement d’accepter ou non sa demande ! La classe !

Du point de vue de l’exploitation de sa force de travail, Georges s’est vu, à 60 ans, reprendre le chemin du travail salarié. Embauché en contrat d’insertion au sein de la Banque alimentaire de Strasbourg, la dynamique managériale de cette entreprise humanitaire est loin de l’image que l’on se fait d’elle. En effet, elle est devenu une structure où la division du travail et surtout la division des salarié.es sont faites afin d’optimiser les forces productives et surtout empêcher toute mobilisation à l’encontre de la hiérarchie.

Réduit à devoir travailler pour survivre, Georges n’a plus la force physique lui permettant de répondre aux missions et aux cadences imposées par la banque alimentaire. De plus, son contrat unique d’insertion (24 heures/semaine) ne lui permet pas d’investir une partie de son salaire dans des activités personnelles lui permettant de s’évader de la situation aliénante dans laquelle il se trouve. Réduit à une situation d’esclavage moderne, l’exploitation qu’il vit et subit lui permet uniquement de payer son loyer, manger de la malbouffe, et indemniser les parties civiles.

Chaque mois et cela jusqu’à la fin de sa vie, Georges devra verser 15% de ses revenus au Fonds de garantie contre les actes de terrorisme agissant au nom des familles s’étant portées parties civiles contre Action directe. L’acharnement ne cessera jamais ! 25 ans après les faits, dans un contexte socio-politique n’ayant plus rien à voir avec celui des années 80, Georges, après un quart de siècle derrière les barreaux, doit continuer à payer. Sa dette, individualisée, est financière mais elle est également symbolique. Le prix à payer pour avoir décidé de combattre collectivement l’État et son économie politique est d’être sous contrôle jusqu’à la fin de sa vie. L’État, totalitaire et totalisant, le soumet, l’oblige, veut le briser… Aujourd’hui, ses barreaux ne sont plus à la centrale d’Ensisheim, ils doivent se dresser dans son esprit, et sont entre les mains d’un juge anti-terroriste qui, symboliquement et concrètement, a le droit de mouvements et de vie sur sa personne.

En mai 2015, Georges sera « à la retraite ». N’ouvrant droit qu’au minimum vieillesse, sa situation financière et donc sa situation personnelle va nettement se dégrader. Il pourra, en effet, de moins en moins survivre en continuant à indemniser les parties civiles.

Ainsi, contre les mesures répressives qu’il subit et qui viennent mettre à mal ses conditions d’existence, le syndicat des travailleur/euses précaires du Bas-Rhin, appelle au soutien de leur camarade !

Pour aider Georges, merci de vous solidariser par vos dons sous forme chèques à envoyer à :

CNT STP 67.
c/o Lucha y fiesta. BP 30017.
67027 STRASBOURG Cedex1

UR des syndicats CNT Alsace, 2 mai 2012

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