[Tenir la police en respect, par tous les moyens nécessaires] Une liste de fournisseurs des forces de l’ordre

Tenir la police en respect, par tous les moyens nécessaires
… une liste de fournisseurs des forces de l’ordre

Depuis la mort de Rémi Fraisse, tué par la police aux abords des grilles du chantier du barrage de Sivens, une vague traverse le pays. Elle n’a rien d’inédit. C’est un air connu, qui a déjà fait trembler les murs de nombreuses métropoles à travers le monde, de Villiers-le-Bel à Ferguson. Ce mouvement, de manifs en blocages, d’assemblées en occupations de place, entend résister à l’existence que la police nous impose. Il met à mal la capacité de l’État à répondre à tout ce qui lui échappe par la terreur – d’être arbitrairement tué, mutilé, enfermé.

Confirmant, comme l’a déclaré Cazeneuve que ce décès n’était « pas une bavure », mais bien le fonctionnement normal des forces de l’ordre, la police a continué à blesser au flashball, à la grenade, à la matraque. Ces dernières semaines, une répression intense a frappé ceux qui s’organisent pour la tenir en respect et établir un rapport de force en sa défaveur dans les quartiers, dans les luttes.

De nombreux rassemblements ont été interdits, les arrestations préventives ont été massives, systématiques : on ne compte plus les procès pour port d’opinel. En parallèle, une opération de storytelling, agitant l’imaginaire du casseur-extrémiste-black-blocs, visait à susciter la peur envers nous, et la division entre nous.

Malgré ce discours régurgité quotidiennement à travers les médias, malgré le déploiement considérable des forces de l’ordre, nous étions chaque fois plus nombreux et divers à tenir la rue, qu’on cherchait à nous interdire. Dans ce mouvement naissant, de nouvelles formes ont émergé : on a vu naître des Zad sur les places de certains centres-ville, on a vu des manifestant faire reculer la police en avançant les mains en l’air, on a vu plusieurs gendarmeries cadenassées… En permettant à davantage de personnes de s’organiser et d’agir en commun, elles ont fait reculer un eu plus le besoin de police.

Ce besoin de police, incarné aussi bien par l’extrême-droite que par Manuel Valls, a été battu en brèche en certain lieux. Des territoires où les habitants gagnent de haute lutte une existence politique, reprennent leur destin en main, rendant ainsi la police inutile, se sont multipliés. Ils défont l’éternelle menace selon laquelle sans pouvoir, viendrait le chaos. Ils sont une des lignes de force pour prolonger ce qui a été vécu dans la rue le mois dernier.

La seconde perspective consistera à perturber ou paralyser la logistique qui fait fonctionner la machine policière.

Le 3 décembre dernier à Pont-de-Buis, à l’appel du Comité 29 contre la répression a eu lieu un blocage de l’usine Nobelsport (fabricant de flashball). Ambiance joyeuse de piquet de grève, grilles arrachées, barbecue et assemblée. À Paris le lendemain, les locaux de l’entreprise Alsetex (fabricant de grenades offensives et lacrymogènes) étaient redécorés du portrait de tout ceux que l’entreprise avait contribué à blesser ou tuer.

Ces actions témoignent d’une conscience nouvelle dans le mouvement : que le pouvoir ne s’incarne pas seulement dans le corps des agents de l’ordre, mais qu’il se déploie à travers un dense maillage d’infrastructures : usines de munitions, centres de recrutement, fournisseurs, etc. Ce sont ces infrastructures que nous entendons mettre en lumière, par cette liste.

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Nous faisons un double pari en la publiant. Tout d’abord, qu’elle inspirera des gestes originaux, permettant à tous et à toutes d’agir avec ses moyens et ses amitiés, hors des cadres délimités. Mais aussi qu’en ce propageant, ces actions tendent à pousser la police sur la défensive, plutôt qu’à quadriller les territoires, écraser les luttes.

Nous faisons ce pari stratégique car nous nous trouvons à un tournant. Soit, les manifs de ces dernières semaines s’éteignent peu à peu, soit quelque chose d’autre advient. Se laisser écraser dans le silence, la peur, et la résignation, signifie laisser pour longtemps toute marge de manœuvre à l’État, et ouvre le champ à tous ceux qui le souhaitent plus écrasant et réactionnaire encore.

Jack Attalist & le Zad Think Tank – paru le 12 décembre 2014 sur ZAD

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