[Révolution tunisienne] « À bas la gouvernance des militaires ! »

Affaire des martyrs et blessés de la révolution : Protestations à Kasserine, Sfax et El-Hamma

Des mouvements de protestations ont eu aujourd’hui lieu à Kasserine, Sfax et El-Hamma pour dénoncer le verdit de l’affaire des martyrs et blessés de la révolution.

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Manifestation lundi 14 avril devant le tribunal cantonal d’El-Hamma.

Des représentants de la société civile, accompagnés des familles des martyrs et blessés de la révolution, ont organisé, aujourd’hui, une manifestation devant le tribunal de première instance de Kasserine (centre-ouest), ainsi que devant le tribunal cantonnal d’El-Hamma (sud-est), pour dénoncer le verdict prononcé, samedi 12 avril, par la cour d’appel militaire de Tunis, dans l’affaire des martyrs et blessés de la révolution, et qui a permis la libération des hauts cadres sécuritaires du régime de Ben Ali, accusés de meurtre et de complicité de meurtre.

Certains partis politiques ont également participé à la marche de protestation.

Des manifestants ont bloqué le croisement de la route principale, au niveau de la cité Ezzouhour, à Kasserine.

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Le père d’un martyr de la révolution manifeste devant le tribunal cantonnal d’El-Hamma.

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Colère des familles des martyrs et blessés de la révolution (samedi 12 avril 2014 au tribunal de Sfax).

Au même moment, à Sfax (sud-est), les familles des martyrs et des blessés de la révolution ont boycotté, la séance consacrée à l’affaire des deux martyrs de Douz (sud-ouest), Hatem Ben Tahar et Riadh Ben Oun, et des blessés de la région. Ils ont quitté la séance avec leurs avocats en signe de protestation contre le verdict prononcé dans les précédentes affaires.

Leur presse (Kapitalis, 14 avril 2014)

 

Heurts à Kasserine suite au verdict dans l’affaire des martyrs de la révolution

La ville de Kasserine s’est réveillée lundi aux bruits des protestations des locaux contre la clémente sentence en appel dont ont bénéficié ce weekend les responsables de l’ex régime.

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L’entrée du quartier Ezzouhour a été fermée à la circulation via des barricades et des pneus brûlés tandis que des échauffourées opposaient de jeunes manifestants aux forces de l’ordre.

Leur presse (lecourrierdelatlas.com, 14 avril 2014)

 

La fronde anti justice militaire s’organise

Face au scandale militaro-judiciaire de l’acquittement des symboles de l’ex régime, l’heure est à la contre-offensive des forces vives pro révolution. Une grande partie de la société tunisienne se mobilise, y compris à l’Assemblée constituante, pour répondre efficacement à ce qui est qualifié par de nombreux élus et analystes de haute trahison ou encore de coup d’État qui ne dit pas son nom.

« À bas la gouvernance des militaires ! », scandent des manifestants partis des facultés du centre-ville de Tunis lundi. Un slogan que l’on ne pensait pas entendre un jour dans un pays où l’armée est loin d’avoir la même puissance que son homologue égyptienne. Mais le message n’en est que plus fort, adressé à une petite armée qui a manifestement péché par excès de confiance.

Sur la défensive dans son communiqué du 14 avril, le parquet militaire précise que la juridiction qui a statué dans l’affaire des martyrs et blessés de la révolution pour les trois régions Tunis, Sfax et Kasserine a une composition mixte, répartie entre magistrats et militaires.

Le juge qui présidait la chambre pénale en charge de l’affaire est le procureur général Ali Fatnassi. Promu par Moncef Marzouki comme numéro 1 à la direction de la justice militaire, ce haut magistrat avait selon nos informations tenu à maintenir l’accusation d’homicide volontaire, contre l’avis des juges qui ont présidé l’audience finale.

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Photo prise en août 2012 dans la banlieue de Tunis, où on lit sur le panneau : « Armée collabo » (Jaych Aamil). (À en juger par celles qui se trouvaient aux alentours, l’inscription est probablement l’œuvre d’« ultras », c’est-à-dire de « hooligans », qui affrontaient régulièrement les flics dans les stades de foot du temps de Ben Ali, et dont le savoir-faire en matière de subversion de l’ordre a été primordial en janvier 2011. On voit qu’ici aussi, ils ont eu raison avant tout le monde.) – NdJL

S’il existe encore une possibilité de recours en appel devant une cour d’appel tierce, l’Assemblée constituante, dont le bureau s’est réuni en urgence, veut d’ores et déjà aller plus loin.

De la nécessité de retirer le dossier aux militaires

Comme un écho embarrassé à la levée de boucliers générale dans le pays, les élus ont multiplié lundi les tirades de vive condamnation, allant jusqu’à mettre en doute l’indépendance de la justice militaire, dans un hémicycle parsemé où l’absentéisme n’a décidément aucun scrupule.

Lors d’une séance plénière où l’ordre du jour a été modifié pour se focaliser sur la suite à donner au verdict, les réactions ne s’arrêtent pas cependant aux déclarations.

Les élus qui se sont mutuellement rappelé le rôle de garants du sang des martyrs ont décidé à l’unanimité du passage au vote en priorité de la création de juridictions spéciales, en marge du vote imminent sur la commission « Vérité et dignité », volet essentiel de la justice transitionnelle.

Si la finalité affichée est de confier le dossier à ces nouvelles instances souveraines et compétentes, certaines voix proches de Nidaa Tounes plaidaint déjà l’inconstitutionnalité de tels tribunaux d’exception, quelques heures après que le parti ait affirmé via Lazhar Akremi « accepter avec satisfecit les décisions de la justice militaire ».

Casse-tête institutionnel et négationnisme historique

L’avocat de Kamel Letaïef, Nizar Ayed, a souligné que l’article 110 de la nouvelle Constitution interdit la création de Tribunaux spéciaux.

Une difficulté technique dont devrait s’accommoder l’ANC, probablement en intégrant des équipes de magistrats mandatés dans des tribunaux préexistants. Car il en va en l’occurrence de la pérennité de la révolution et du bien-fondé de l’élection de l’Assemblée constituante elle-même.

En disculpant les exécutants de leurs méfaits, la justice militaire a franchi une ligne rouge : elle exerce de fait un révisionnisme de l’histoire récente, qui consiste à considérer que les exactions sanguinaires de l’ex appareil répressif étaient au pire de simples bavures ou maladresses, des « homicides involontaires ayant malencontreusement causé la mort de civils »…

Conjuguée à l’indécence de certains syndicats des forces de l’ordre qui se félicitent du verdict, l’actuelle situation pose un problème sécuritaire et met en péril toute la transition démocratique. Le risque d’insurrection est bien réel.

Les grandes institutions de la société civile comme la LTDH et l’UGTT ont eu beau réagir, le quasi consensus national pourrait précipiter un mouvement populaire d’ampleur seul à même d’être décisif et éviter de saisir les instances  pénales internationales.

En attendant, le sans-gêne Rafik Hadj Kacem peut développer dans les médias sa théorie du complot. Pour ce reconverti en conspirationnisme, son ministère « a été infiltré en 2010 par des éléments étrangers ». Tout s’explique !

Leur presse (Seif Soudani, lecourrierdelatlas.com, 15 avril 2014)

 

Les familles des martyrs envahissent l’ANC

Les familles des martyrs et blessés de la Révolution ont envahi, mardi, le siège de l’Assemblée nationale constituante pour rencontrer le président de l’ANC ou la vice-présidente, Maherzia Laabidi, rapporte le site d’Achourouk.

Elles ont décidé, en outre, de faire sit-in à l’intérieur du palais du Bardo jusqu’à ce que justice soit faite et qu’il soit procédé à la révision du verdict de la cour d’appel militaire.

Leur presse (African Manager, 15 avril 2014)

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