[Révolution tunisienne] Anarchie à Sidi Bouzid

En Tunisie, la ville de Sidi Bouzid entre en dissidence

La ville berceau de la révolution tunisienne a cessé de reconnaître les autorités du pays.

Un comité de salut national tente de prendre les rênes de la ville et réclame la démission du gouvernement dirigé par le parti islamiste Ennahda.

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Il est 8 heures du matin à Sidi Bouzid. Une centaine de personnes se massent devant les grilles du gouvernorat de la ville du centre du pays d’où est partie la révolution tunisienne, il y a deux ans et demi, après l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi, un commerçant ambulant, chômeur. Le 26 juillet dernier, au lendemain de l’assassinat du député de l’opposition Mohamed Brahmi, originaire de la région, la ville a cessé de reconnaître les autorités du pays. Depuis, les habitants empêchent le gouverneur (l’équivalent du préfet) d’accéder au bâtiment. Monia Nsiri, institutrice, est l’une des rares femmes présentes sur place. « Le gouvernement actuel est responsable du climat de violence en Tunisie », explique la cinquantenaire, la voix cassée à force d’avoir manifesté. Autour d’elle, des paysans attendent assis sur les trottoirs.

Le comité de salut national s’impose

De jeunes hommes montent sur les grilles du gouvernorat pour y accrocher une large banderole : « Le comité de salut national révolutionnaire remplace les autorités actuelles. » « On aurait dû écrire les autorités pourries », s’énerve un vieil homme. Ce matin, le gouverneur ne viendra pas. « C’est une victoire pour nous », se réjouit Lazhar Gharbi, représentant de l’UGTT, le principal syndicat du pays. « On a rompu tout lien avec le gouvernement national, Sidi Bouzid est une ville libre », s’enthousiasme-t-il. À l’intérieur du bâtiment, des soldats en uniforme assurent une présence discrète.

Rachid Fetini, figure centrale du comité

Selon un membre de l’UGTT, « aujourd’hui l’armée tient le gouvernorat ». Rachid Fetini, homme d’affaires et membre du comité de salut national, explique : « On est en contact avec les forces de sécurité. On leur dit : dites au gouverneur que s’il ne vient pas, on pourra assurer la sécurité sur place. »

Le comité de salut national regroupe les principales organisations de la société civile : syndicat ouvrier, organisation patronale, ordre des médecins, barreau des avocats, association des droits de l’homme, etc. Rachid Fetini est l’une des figures du comité. « Le comité regroupe des pouvoirs antagonistes, des syndicats ouvriers et patronaux, par exemple, qui poursuivent le même objectif : s’unir pour faire tomber ce gouvernement », assure ce patron d’usine.

Le comité de salut national de Sidi Bouzid se reconnaît dans les revendications portées par une partie de l’opposition : dissoudre l’Assemblée nationale constituante et faire chuter le gouvernement. Mais il a aussi vocation à expérimenter la démocratie locale. Ils dénoncent les inégalités régionales qui ont toujours eu cours dans le pays et qui frappent Sidi Bouzid de plein fouet.

Un chômage qui persiste

Cette ville agricole de 40’000 habitants souffre d’un fort taux de chômage, probablement bien supérieur au taux officiel de 29,6 %. Dans l’une des usines qu’il a dû fermer récemment, Rachid Fetini se désole de la situation. Les postes de travail sont inoccupés et du matériel électronique onéreux dort dans des ateliers. « En deux ans, j’ai supprimé 200 postes, il n’y a pas d’investisseur, explique le chef d’entreprise, qui emploie toujours 300 personnes. Ce gouvernement ne fait rien. Sa vocation, c’est d’islamiser le pays, ce n’est pas de le développer. C’est catastrophique pour notre économie. »

Dans ce contexte, les représentants du parti islamiste Ennahda font profil bas. Plusieurs de leurs locaux ont été incendiés dans le pays et la permanence de Sidi Bouzid a été fermée. Faouzi Abdouli, l’un de ses représentants, est mal à l’aise : « On sait qu’il y a des déçus d’Ennahda ici et on fait remonter l’information à Tunis. On dit au mouvement qu’il faut faire plus, mais on pense qu’il y a aussi une campagne politique orchestrée contre nous. » Sous le couvert de l’anonymat, un militaire haut gradé explique : « Aujourd’hui en province, Ennahda, ce sont des chaises vides. Quant au rôle de l’armée, c’est de soutenir le peuple tunisien si ça devait dégénérer. Aujourd’hui, la force légitime dans ce pays, c’est l’armée. »

Devant le gouvernorat de Sidi Bouzid, il est midi, la foule replie ses drapeaux et se disperse. Seule la banderole du comité de salut national demeure suspendue aux grilles. Une organisation qui en est à ses balbutiements. Mais elle a fait des émules dans plusieurs communes du pays, elles aussi en dissidence.

Presse contre-révolutionnaire (Nadia Bletry, La-Croix.com, 5 août 2013 – 16h19)

 

Gaz lacrymogène et balles en caoutchouc à Sidi Bouzid pour défendre le gouverneur

Des affrontements ont eu lieu, ce lundi matin 5 août 2013, devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid, entre des protestataires et les forces de l’ordre qui ont utilisé des bombes de gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc, selon la TAP.

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En effet, les protestataires qui observaient, depuis l’assassinat de Mohamed Brahmi, un mouvement de désobéissance civile pacifique afin « de revendiquer le départ du gouverneur et de tous les délégués, ainsi que la dissolution de l’Assemblée nationale constituante et du gouvernement » n’ont pas apprécié que le gouverneur ait pu rejoindre son bureau, ce matin, et la tension est vite montée. Ainsi, ils se sont introduits dans les locaux par une porte secondaire, mais les forces de sécurité sont intervenues en tirant des bombes de gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc, pour évacuer les lieux. Ce qui a conduit à l’affrontement entre les deux parties.

« Un climat de désordre a régné et des manifestants ont été blessés », a indiqué la TAP, précisant qu’« un des protestataires a dû être hospitalisé ».

Selon la même source, « des Bouzidiens continuent de se rassembler devant le siège du gouvernorat, scandant des slogans appelant « à la démission du gouverneur, à venger le sang des martyrs et à dissoudre l’Assemblée constituante et la chute du gouvernement » ».

Presse contre-révolutionnaire (Business News, 5 août 2013 – 16h53)

 

Sidi Bouzid : Les fonctionnaires n’ont pas pu reprendre leur travail à cause de la détérioration des locaux

Les fonctionnaires et les agents du gouvernorat de Sidi Bouzid n’ont pas pu reprendre leur travail, en raison de la détérioration des locaux, à la suite de l’incendie et du pillage des bureaux et de la perte de documents et de dossiers, après l’assassinat du martyr Mohamed Brahmi, le 25 juillet 2013.

Des agents et des fonctionnaires ont déclaré au correspondant de l’agence TAP dans la région qu’ils ont « tenté de reprendre leur travail, mais l’état des lieux est tellement sinitré qu’ils n’ont pas rejoindre leur bureau ». Ils ont demandé aux autorités concernées, surtout le ministère de l’Intérieur d’accélérer l’inspection technique pour l’évaluation des dégâts, le nettoyage et les réparations.

Le syndicat de base du gouvernorat de Sidi Bouzid a souligné, dans un communiqué, qu’il a été impossible de reprendre le travail au chef-lieu du gouvernorat et dans les délégations de Sidi Bouzid ouest et est, « surtout avec l’état de tension qui sévit avec les manifestations et les sit-ins qui se déroulent devant le siège du gouvernorat ».

Dans ce sens, le syndicat a appelé à réunir toutes les conditions pour la reprise du travail au siège du gouvernorat et dans les deux délégation, tout en affirmant qu’il est disposé à reprendre les activités dès que la situation sera stabilisée dans la région.

Quelques fonctionnaires ont repris leur travail, vendredi, afin de parer au plus urgent. Le secrétaire général du gouvernorat, Moncef Bouazizi, a annoncé que les services administratifs régionaux de l’équipement vont entamer, dès samedi, les réparations.

Presse contre-révolutionnaire (DirectInfo avec TAP, 2 août 2013)

 

Sidi Bouzid : Les manifestants refoulent le gouverneur

Des manifestants se sont rassemblés depuis ce matin 30 juillet 2013 devant le siège du gouvernorat de Sidi Bouzid et empêché le gouverneur de rejoindre son bureau en signe de refus de toute représentativité de la Troïka au pouvoir dans cette région.

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Le gouverneur a été contraint de quitter les lieux sous les huées des manifestants.

Presse contre-révolutionnaire (Tunisie Numérique, 30 juillet 2013)

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2 Responses to [Révolution tunisienne] Anarchie à Sidi Bouzid

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  2. Julia says:

    Solidarité!!!

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