[Chronique de Youv derrière les barreaux] « Haut comme trois pommes je me faufilais entre les paires de Stan Smith et Reebok Royal pour me trouver une place de choix et écouter le récit des Tony Montana du ghetto »

http://juralib.noblogs.org/files/2012/09/0513.jpg[16 octobre 2012]
Et si on parlait d’amour

Seul, même au milieu d’une foule, je mets ma fierté de mec de cité de côté pour vous parler d’amour. Même le plus dur, le plus fort, le plus fou d’entre nous devant ce sentiment plie comme du papier. L’amour des miens m’a permis de surmonter l’insurmontable. Rien ne vaut, le bonheur de se sentir aimé. J’ai le cœur léger, apaisé, même enfermé, pieds, poings liés. Ils ne peuvent pas contrôler les battements de mon cœur.

L’amour n’a pas de nationalité, il traverse les frontières, se pose en plein cœur de celui qui veut aimer. Il est souvent au départ de très belles histoires. Dans ma rue, les gens le cachent, il est tabou juste d’en parler. Je viens briser cette vérité au détriment de mon image de voyou. Aucune musique au monde ne pourra remplacer un brin d’amour. Il met tout le monde d’accord.

Je vous emmène en balade dans mon cœur encore en ruines, plusieurs bombes y ont explosé. Je reconstruis au rythme des voix de ceux qui croient en moi. Vous y trouverez des armes de guerre, mais ça je m’en servirai juste en cas de légitime défense. « DÉFENSE D’Y ENTRER » si je t’y ai pas invité. Mais si tu y rentres, n’en sors jamais car je ferai en sorte d’y construire mes plus belles victoires.

J’écris à voix basse sur la pointe des pieds pour ne pas que l’on m’entende car on m’a si souvent dit que parler d’amour était une faiblesse. Pourtant c’est ce qui a fait ma force et m’a maintenu en vie dix années. À chaque parloir, mes proches arrosaient mon cœur, ils avaient peur qu’il noircisse et prenne la couleur des murs. Dire son amour au grand jour, que ce soit à un ami ou à un frère, je pense que c’est la plus belle preuve qu’on puisse lui apporter. Je ne compte plus les frères partis sans que l’on ait eu le temps de leur dire à quel point on les aime.

Laisse ta fierté au fond de ta poche car le jour où l’un de tes proches partira, il te restera que tes yeux pour pleurer. Se réveiller un matin et s’apercevoir qu’il manque quelqu’un dans ta vie, parti sans bruit, sans que t’aies eu le temps de le serrer dans tes bras. Le courage est souvent falsifié par la fierté, assumer, ça c’est faire preuve de courage. J’ai guéri de toutes mes attitudes, copiées, imitées sur des films de voyous à deux balles. Je calquais mes faits et gestes et me souciais plus du « qu’en-dira-t-on » que de la sincérité de mes actes. On était tous des acteurs, dans ma rue, sauf que la chute fait souvent très mal et n’est pas remboursée par Luc BESSON. Me voilà maintenant trentenaire, et je vous sers ce texte pour crier mon amour à tous ceux qui font partie de ma vie.

MERCI à tous, MERCI à tous ceux qui me supportent, tous ceux qui m’escortent. CEUX QUI M’AIMENT UNE FOIS, JE VOUS AIME MILLE FOIS !!!

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[17 octobre 2012]
Ma feuille blanche

Ma feuille blanche, a failli rester blanche toute ma vie, dernier de la classe du CP à la 5e, j’ai vite tourné le dos au scolaire pour chercher ma gloire ailleurs. Au passage j’ai même piétiné la feuille à rouler pour garder mon souffle intact, mais dans la course aux sous je me suis quand même essoufflé j’ai eu le souffle coupé pendant ma vie de gangster. On refusait de pleurer même quand un frère on enterre zarma on a grandi dans des quartiers chauds tellement chauds qu’on s’est brûlé les ailes, on s’est mis la corde au cou un flingue à la ceinture au cas où on se louperait, j’ai pris du galon tellement de galon que j’ai gagné le droit de compter mes médailles en cellule encensé adulé par des zoulettes qui t’oublient une fois en cellule mais chacun joue son rôle dans le théâtre de la rue.

J’ai tout fait pour être connu reconnu sur le bitume j’ai tellement réussi à le faire que la BRB m’a reconnu aidée par un mec qui les a appelés en inconnu en masqué pourtant j’étais cagoulé masqué dans cette banque, je pensais tenir les rênes mais j’ai créé ma propre peine, j’écris de la main gauche je noircis ma feuille qui est de moins en moins blanche que j’ai appris à apprivoiser à dompter j’aurais pas aimé être à sa place elle endosse trente ans d’erreurs, dur de reconnaître ses erreurs j’ai remplacé ma vie de voyou contre la vie que j’aurais dû mener dès le départ, aveuglé par des grands frères eux-mêmes égarés noyés sur le ciment ils n’avaient de diplôme que leur casier judiciaire pas étonnant que ce soit la seule chose dont ils nous parlaient dont ils se vantaient, lors de leurs récits les halls d’immeubles faisaient salle comble haut comme trois pommes je me faufilais entre les paires de Stan Smith et Reebok Royal pour me trouver une place de choix et écouter le récit des Tony Montana du ghetto se ghettoïsant encore plus qu’ils ne l’étaient je buvais leurs paroles je m’imaginais à leur place plus tard je peux pas leur en vouloir de ne pas nous avoir mis en garde et de ne pas nous avoir fait la morale car personne ne leur avait fait.

Voilà mon tour est arrivé je ne suis plus dans un hall mais un étage plus bas dans une cellule de prison je ne fais toujours pas la morale je mets juste en garde ceux qui voudraient emprunter le même chemin que moi tu peux y aller mais sache que c’est pas sûr que tu reviendras.

[La Chronique de Youv derrière les barreaux est disponible en téléchargement gratuit sur le site des Éditions Antisociales. Elle est à suivre sur le compte Facebook dédié.]

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