[Révolution égyptienne] Dégager l’armée (3 juillet 2013)

[3 juillet, 7h15] La révolution toujours

Des millions de gens ont discuté pendant trois jours de quel monde ils voulaient. Tout le monde veut se faire une idée, c’est quoi le capitalisme, le libéralisme, le socialisme, l’athéisme… ? Qu’est-ce qui se passe en Turquie, au Brésil… ? Qu’on imagine : des conducteurs de bus s’arrêtent pour prendre des gens qui veulent aller aux manifestations et les y emmènent. On ne paye pas. Parfois ils s’arrêtent tout simplement pour prendre un tract à un manifestant. Et tout le bus descend pour prendre les tracts, des journaux, puis remonte… On voit des femmes en niqab, hijab, cheveux libres et tout le monde discute ensemble, tranquillement, libres et heureux. Des femmes en niqab qui crient « À bas les Frères Musulmans », qui brandissent tout à la fois le Coran et une croix. Des élèves de la prestigieuse université islamiste Al Ahzar, qui crient « À bas les Frères musulmans, les faux musulmans ». Des médecins, avocats, enseignants discutent avec des supporters ultra, des gens des bidonvilles. Des vieux discutent avec des enfants. Nous sommes tous des hommes.

Déjà en 2011, place Tahrir, c’était ça, mais là, c’est à la puissance dix. Ce n’est pas une forte minorité agissante qu’on regarde à la télé, c’est le peuple entier qui agit, qui porte en lui la place Tahrir, dans sa tête et son cœur. On ne la regarde pas, on la vit. Une révolution mentale. Ce sera indéracinable pour longtemps. Les gens ne défendent pas la démocratie, ils l’exercent.

Il y a sûrement des partisans de Moubarak mais on ne voit aucun portrait. On voit parfois des portraits de Nasser. Tous les journaux qui soutiennent le mouvement, ceux des Socialistes Révolutionnaires…, se vendent comme des petits pains. Plus personne n’a d’argent, mais pour ça, oui. L’homme ne vit pas que de pain. C’est une révolution.

Ils ont été quelques-uns à croire à la campagne de signatures anti Morsi Tamarod (Rébellion), ils sont devenus 30’000 à aller partout, dans les cités et les villages, ne restant pas confinés dans leurs milieux. Ils ont eu 22 millions de signatures enlevant toute légitimité à Morsi, faisant que la démocratie de la rue est plus forte que la démocratie des bulletins de vote.

Il n’y a pas une, mais de multiples manifestations convergentes dans chaque ville. Dans les quartiers populaires les gens crient et chantent pour la justice sociale, un salaire minimum convenable et aussi un salaire maximum pour les riches. Il y a des gens qui crient pour l’armée, mais ça arrive souvent qu’on leur demande de se taire en disant « On ne chante pour personne sauf pour le peuple ». Au Caire, une des manifestations des anti Morsi mais aussi anti militaires, passe dans les rues d’un quartier populaire : elle scande des slogans sur le pain et la justice sociale. Aussitôt les gens applaudissent des balcons, descendent dans la rue et viennent grossir leur cortège. On choisit sa manif.

Pendant ce temps, hier soir, Morsi a fait un discours télévisé où il n’a rien cédé et refusé de partir, avec le même baratin : il a été élu, légitimité de la démocratie électorale, supériorité des bulletins de vote sur le chaos de la rue et le coup d’État militaire. Les télés islamistes  sèment la peur et la haine chez ceux qui les suivent. Ils font croire par exemple, en boucle, que se prépare un immense massacre d’islamistes par des voyous payés par la police.

Il y a eu des affrontements toute la nuit entre pro et anti Morsi en marge des grandes manifs. Il y aurait eu une vingtaine de morts dans ceux près de l’Université du Caire, d’autres à Giza, sur la place Kit Kat, 6 Octobre, Bein Al Sarayat… À Hurghasa. À l’Université du Caire, des snipers islamistes tirent sur la foule depuis les toits. Ça ressemble à un suicide politique. Quasi aucune présence de la police et de l’armée. Ils sont arrivé à l’Université du Caire vers 5h du matin. Le ministère de l’intérieur a ordonné l’arrestation d’un certain nombre de leaders islamistes parmi les plus  violents. Youry Nasrallah écrit : Nous ne sommes pas une opposition contre un gouvernement, nous sommes un peuple contre des terroristes et leur porte-parole. Les grandes manifs sont en train de faire leurs services d’ordre pour se protéger.  Tamarod a demandé à la Garde Présidentielle d’arrêter Morsi, pas au peuple…

Tahrir laser show toute la nuit. En live.

Alexandrie bat tous les records de taille de manif hier.

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La grève générale a commencé à Alexandrie, blocage des voix ferrées.

Vidéo d’une manif pro Morsi avec les drapeaux noirs d’Al Qaïda.

Il y a eu des affrontements toute la nuit, entre pro et anti Morsi, notamment à proximité de l’Université du Caire.

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Affrontements également à Giza, une femme dépave un trottoir pour alimenter les anti Morsi dans leur combat.

Affrontements à Giza, les anti Morsi crient « dégage » et prennent des armes automatiques pour riposter.

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Un stand à une manif pro Morsi qui vend des bâtons.

Un des manifs anti Morsi et anti pouvoir militaire.

Jacques Chastaing

 

[3 juillet, 8h11]

Au moment où le peuple festoyait à Tahrir, à Itihadeya, et dans toutes les places de l’Égypte, Morsi El Ayat a adressé un discours à la nation au cours duquel il a appelé à la guerre contre ses opposants et n’a répondu à aucune des demandes du peuple qui remplit les espaces publics depuis 5 jours.

Il a surtout prononcé le mot légitimité 54 fois adressant un message clair aux É.-U. qui le soutiennent et tiennent à une légitimité qu’il a déjà piétiné avec sa déclaration constitutionnelle du 21 novembre 2012 et qui avait provoqué un raz de marée de protestations.

Immédiatement après le conseil des ministres dont la moitié des membres avaient démissionné ces derniers jours a contesté ce discours et déclaré se ranger auprès du peuple. Ils ne sont pas les seuls à avoir sauté du navire, presque tous les gouverneurs nommés par lui l’ont fait ainsi que ses portes parole.

Les accrochages entre les supporters de Morsi et ses détracteurs ont fait ce soir 8 morts dans la banlieue sud du Caire et de nombreux blessés. Parmi ces derniers le chef adjoint du commissariat de la police. Ces meurtres dont la plupart par chevrotine, sont commis par les Ikhwans contre des manifestants pacifistes.

Ce président criminel doit être jugé, telle fut la première réaction du responsable du mouvement rebelle [sic – NdJL]. Celui-ci a appelé le peuple à faire le siège du palais présidentiel demain.

Par ailleurs, les diplomates égyptiens lancent un mouvement de désobéissance civile demain.

Aux dernières nouvelles, les supporters de Morsi qui campent devant l’université du Caire viennent de forcer ses portes et d’envahir le campus.

Les prochaines 24 heures seront décisives, pour nous il s’agit d’une question de vie ou de mort pour défendre notre identité, sauver le pays de la dérive dont il est le premier responsable, pour lui et la mafia criminelle qui le soutient il s’agit de défendre son siège obtenu de justesse par la fraude électorale.

La révolution continue.

Galila El Kadi

 

[3 juillet, 12h] La traque de Morsi commence

Fêtes massives à nouveau toute la nuit. Les stars égyptiennes en étaient, Hussein Fahmi, Ahmed Helmi, Mona Zaki, Karim Abdel Aziz, Angham, Khaled Saleh, Khaled Al Sa. Quand Morsi faisait son discours, la foule rassemblée au palais Itthidiya criait « dégage », « dégage ».

L’humoriste égyptien Bassem Youssef a dit du dernier speech de Morsi que c’était un discours à la Néron : au moins 22 morts après son discours où il a implicitement poussé ses partisans à la guerre civile et à tuer les opposants à son régime au nom de la Sharia. L’armée pourra intervenir en argumentant qu’elle vient pour sauver les gens et en gagnant la guerre de la sympathie publique. Déclaration du CSFA (l’armée) cette nuit : nous allons donner notre sang pour libérer l’Égypte de ses terroristes. Mais c’est loin d’être dit que les gens laissent l’armée utiliser cela pour asseoir sa dictature. Les employés des bureaux gouvernementaux sont en grève et les bloquent. La machine de l’État s’enraye. Il y a des appels de dirigeants de Tamarod sur internet pour aller à 16h devant les bâtiments de la Garde présidentielle à Salah Salem pour que ce soit le peuple lui-même qui arrête Morsi. Des tentes commencent à se monter. Une question d’un manifestant : « Est-ce que l’armée allemande a arrêté Hitler avant la seconde guerre mondiale ? » Un graffiti sur le mur du palais présidentiel : « La légitimité de vos urnes électorales est annulée par les cercueils de nos martyrs ». L’armée en a beaucoup sur la conscience…

Les sièges du PJL (Frères Musulmans) ont été brulés à Ismaïliya et à Banha.

Mohamed Al-Beltagy, le secrétaire général du Parti de la Justice et de la Liberté (Frères Musulmans) a déclaré qu’était venu le temps des martyrs.

À la cité du 6 octobre au Caire, cete nuit, après que les islamistes aient tiré sur les manifestants anti Morsi et que ces derniers aient riposté, avec des affrontements violents et des tirs toute la nuit (les gens dans les immeubles autour n’ont pas dormi) les islamistes se sont réfugié dans la mosquée Hosari en en faisant un bunker.

Ministère de la santé, pour cette nuit, 23 morts et 600 blessés.

Le Koweit demande à ses ressortissants de quitter l’Égypte.

Des gens ont remarqué la déclaration de Tariq Ramadan (petit fils du fondateur des Frères Musulmans) : « La situation est explosive. Morsi devrait démissionner et négocier une large alliance nationale de transition, et éviter un bain de sang ».

Un des leaders des Frères Musulmans le Sheikh Mohammed Abdullah vient d’être arrêté par la police. Les avoirs des leaders des Frères Musulmans seraient gelés, eux-mêmes assignés à résidence.

Les véhicules de l’armée commencent à prendre position ici ou là.

13 ministres ont démissionné.

Le dirigeant de la Jamaa al Islamiya, Tarek Zomor, principal soutien de Morsi, appelle lui aussi à des élections présidentielles anticipées. Après ou avant avoir encore massacré quelques personnes ? Le bateau sombre, les rats quittent le navire.

Ci-dessous, les impressions des journalistes du Progrès égyptien, quotidien égyptien en langue française, assez réac. Un peu comme des impressions de journalistes du Figaro

À l’heure de toutes les incertitudes
Mercredi 3 juillet 2013

La nuit tomba sur les manifestants dans les rues, qui, à partir d’une grande liesse, sont sorties par millions pour exprimer leur grande joie après le dernier communiqué de l’Armée, qui accorda 48 heures d’ultimatum à la présidence pour satisfaire les revendications du peuple… À l’heure de toutes les incertitudes, la question reste ouverte, notamment après les points presse diffusés par la présidence et par le Front salafiste et qui laissent entendre que le communiqué de l’Armée « contenait des signes pouvant causer la confusion ». Joies, craintes, incertitudes et confusion… toutes sont mêlées. En revenant des places et des différents lieux où se rassemblaient les manifestants anti-Morsi, on sentait un feu flamber de nos yeux. Non pas ce feu qui brûle, disons plutôt la lumière. Des lueurs indescriptibles nous croisaient partout. Nous avons vu tant de visages, tant de sourires, tant de regards et tant de couleurs !! Les « brouhahas » des appels, résonnent encore dans nos oreilles. Quel nom peut-on donner à ce spectacle fort impressionnant et touchant ? Une liesse ? Une explosion de joie… ? En regardant ce peuple, nous nous rendons compte que quelque chose de profondément radical l’a transformé à jamais. En tentant de sonder les réactions après le communiqué des Forces Armées, ces gens n’avaient pas de réserve face à notre curiosité. C’est bizarre comment le peuple s’éveille si vite de sa torpeur et de sa confusion… Images impressionnantes ! Et témoignages de Tahrir, Ittihadiya, Défense et Alexandrie.

Par Névine Ahmed, Dalia Hamam et Chaïmaa Abdel-Illah

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Banderole dans une manif : Réveille-toi Amérique, Obama soutient un régime fasciste en Égypte. On pourrait rajouter la France, etc…

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Dessin illustrant le discours de Morsi hier soir

Vidéo de ce que sont les supporters « pacifistes » de Morsi : impressionnant

 

[3 juillet, 14h] L’armée se positionne

Fin de l’ultimatum militaire dans 2 heures 30.

Le FSN et Tamarod pressent l’armée d’intervenir. El Baradei supplie l’armée de sauver le peuple égyptien du fou Morsi. Après ça, ou avant, il a été reçu (la rumeur dit avec le porte parole de Tamarod) avec le sheikh d’Al Azhar et le pape des coptes par Sissi, l’homme fort de
l’armée. Pour Baradei qui lèche aussi bien le C… des militaires, ça vaut bien une place de premier ministre, non ?

Tamarod appelle les Égyptiens à occuper les rues en réponse au discours de Morsi mais propose aussi le président de la Haute Cour constitutionnelle comme président par intérim, un nouveau gouvernement technocratique, une nouvelle constitution, et de nouvelles élections. Pas trace de pouvoir populaire. Il est vrai que c’était dans leur projet initial mais pas dans celui des hommes et des femmes qui se sont saisis de leur initiative. La révolution continue.

Le gouvernorat d’Al Monofiya déclare la désobéissance civile pour protester contre le discours de Morsi.

Après les affrontements de la nuit à Giza, les « comités populaires » (qui est-ce ?) organisent des barrages routiers à Giza et  fouillent les voitures, cherchant des Frères Musulmans.

Des anti Morsi, près de l’Université du Caire (où il y a eu 16 morts cette nuit du fait des violences des Frères Musulmans), armés de bâtons arrêtent les bus d’islamistes (ceux qui sont venus d’ailleurs aux manifs pro Morsi en bus ?), les font descendre et mettent le feu aux bus. Une camionnette a été arrêtée suspectée de transporter des Frères Musulmans, ils ont été sortis et battus.

Devant le palais Ittihadiya et les rues Al-Ahram et Al-Marghany le nombre de tentes grandit et leurs entrées barrées. Des membres de « Comités populaires » surveillent les entrées vers le lieu principal de manifestation.

Des militaires se massent à Nasr City (là où les Frères Musulmans tenaient leur principal rassemblement pro Morsi). Des hélicoptères dans le ciel. La police près de Tahrir. Il y a une ambiance de panique dans les ures du Caire au fur et à mesure que l’armée avance.

Des chants de pro Morsi assez nombreux en marche vers Rabaa « Nous allons être des martyrs par millions ». Autre manif pro Morsi près de l’Université du Caire.

La Jamaa al-Islamya dément avoir demandé des élections anticipées. (En fait il semble y avoir maintenant deux Jamaa al-Islamiya.) Elle défend toujours la légitimité électorale de Morsi et la légitimité de la démocratie représentative des bulletins de vote.

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Hier soir place Tahrir.

 

[3 juillet, 15h30] Une heure avant la fin de l’ultimatum militaire

La place Tahrir est aux trois quart pleine, la foule continue à grandir, les gens chantent « ne soyez pas inquiets, il va partir ». Ils sont un peu moins à Ittihadiya, palais Qubba et devant le siège de la Garde Présidentielle mais la foule grandit peu à peu. Des manifs parties de différents endroits s’approchent. Les gens semblent plus tendus qu’hier et seulement raisonnablement optimistes.

Mahmoud Badr, principal membre de l’exécutif de Tamarod appelle les Égyptiens à prendre les rues et bloquer le siège de la Garde Présidentielle, ce qui, selon lui, est forme d’ordre donné à l’armée pour aller dans les rues et protéger les manifestants. Il demande à la garde présidentielle d’arrêter Morsi ? Selon lui il s’agit d’un coup d’État populaire et non un coup d’État militaire. Bref, si je comprends bien, un peu comme De Gaulle en 1958 ?

Déclaration du parti « Nous sommes le peuple d’Égypte » (?) : « La démocratie n’est pas simplement des élections ».

Il faut retenir qu’il y a eu environ 30 à 40% des adultes d’Égypte dans la rue pendant 3 jours (et peut-être plus ?) [LOL – NdJL] ce qui est un événement historique mondial et d’autre part aussi que la première fois de l’humanité (si je ne me trompe pas) une révolution populaire chasse un pouvoir islamiste. Je ne sais pas quelles vont en être les conséquences pour la période. Mais elles seront sûrement très importantes.

L’armée dément avoir reçu El Baradei seul, elle l’a reçu, pour le FSN, avec un représentant des Frères Musulmans, de Tamarod, des salafistes de Al Nour, du Grand Sheikh d’Al-Azhar  et le Pape Tawadros. Les Frères Musulmans auraient refusé. Tamarod avait refusé, puis dit oui, puis refusé puis y est allé.

L’armée a fait évacuer le personnel de la télé d’État à Maspéro, laissant seulement les techniciens nécessaires.

Un représentant de Morsi déclare que si ce dernier meurt ce sera pour défendre la démocratie.

Le Front pour la  défense des protestataires d’Égypte a compté 48 morts dans les affrontements du 2 juillet à Beyn Saryat, Faisel, Helwan, Kitkat au Caire.

Une manifestation d’anti Morsi est partie en direction du bâtiment de la Garde Présidentielle où on pense qu’il est caché. Mais déjà pas mal de manifestants là-bas où les gens scandent « le peuple et l’armée, une seule main ».

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Manif de pro Morsi vers l’université du Caire vers 14h. Ils sont très peu nombreux.

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Milicien des Frères qui se prépare.

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Sur la banderole : les raisons de la révolte Tahrir 2013, pas d’eau, pas d’électricité, pas de gaz.

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Banderole à Ittahidiya, contre le coup d’État militaire.

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Sur les murs du palais Qubbal : « À bas le règne des militaires et des Frères qui sont des ennemis de la nation ».

 

[3 juillet, 18h45] Manifestations immenses, armée et Frères Musulmans

Vidéo à 16h place Tahrir, des centaines de milliers rassemblés, à nouveau forte ambiance festive, le bruit est assourdissant.  Les gens chantent « le peuple a déjà renversé le régime ».

Les gens prennent les rues d’Alexandrie, Sharqiya, Menoufiya, Port Said, Damiette, Kafr el Sheikh, Mahalla, Tanta, Suez, Luxor, Mansoura, etc… Réapparition de comités populaires comme lors de la chute de Moubarak.

Vers 16h30, les gens commencent  à s’assembler devant les palais présidentiels et devant l’immeuble de la garde présidentielle où serait Morsi, ambiance plus tendue qu’à Tahrir, comme si les manifestants attendaient le signal de la déclaration promise par l’armée pour s’insurger.

La police, les assassins, sur ordre du ministre de l’intérieur, le chef des assassins, donne de l’eau et des jus de fruits aux manifestants. Et aussi des portraits de Sissi ! Des gens les embrassent.

À 16h30, les rues se sont vidées, tout le monde est devant sa télé et attend ce que va dire l’armée… Pour une fois les Égyptiens sont ponctuels et 85 millions d’Égyptiens plus ou moins en état mental de désobéissance civile retiennent leur souffle. Humour égyptien : « l’armée est en retard pour son coup ». Ou « le peuple et l’armée sont une seule main, mais l’armée est le doigt du milieu ».

Le gouverneur de Giza démissionne. 30 sénateurs démissionnent.

À 17h15, la rumeur à Tahrir que Morsi a été arrêté par l’armée, les gens hurlent leur joie, les dirigeants des Frères Musulmans et alliés interdits de quitter le pays.

Première arrestation d’un journaliste par l’armée devant Maspéro parce qu’il prenait des photos.

À 18h les blindés et soldats s’ébranlent en très grand nombre en direction des lieux de rassemblement des pro Morsi mais pas en direction des lieux de rassemblements des anti Morsi.

18h05, affrontements près de l’Université du Caire entre pro Morsi et anti Morsi au moment de l’arrivée des blindés de l’armée.

18h10, l’armée se déploie dans les rues de Giza.

Les jihadistes appellent à la lutte armée contre les les militaires si Morsi est renversé.

18h20, les blindés encerclent Rabaa al Adawiya où sont concentrés l’essentiel des pro Morsi.

18h25, l’armée tire en l’air pour disperser les Frères Musulmans.

18h30, affrontements à Damiette et Kafr el Sheikh entre anti et pro Morsi.

Le soulèvement populaire massif en Égypte secoue tous les régimes de la région, qui sont tous des dictatures islamistes ou militaires, et refait du peuple et de la révolution l’élément structurant global principal dans la région – et plus loin. Il bouscule l’équilibre politique et religieux de tout le Moyen Orient et ses relations à l’Occident au moins depuis que les grandes puissances occidentales se sont partagées la région en 1916.

C’est pourquoi les médias occidentaux comme ses intellectuels se montrent si réticents à s’enthousiasmer pour cette révolution et mentent tant qu’ils peuvent. C’est pathétique !

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17h30, Tahrir archi pleine pour la quatrième journée consécutive.

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À 17h, foule devant Ittahidiya.

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À 18h, Ittahidiya est archi plein pour le quatrième jour consécutif.

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Ce qu’on voit sur le net égyptien.

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Comité populaire contrôlant les rues.

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La milice anti harcèlement sexuel se prépare à entrer en action.

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L’armée se prépare.

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Accrochage d’un blindé par des islamistes.

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Des islamistes montent sur un blindé.

Manif enterrement pour les Frères.

 

[3 juillet, 20h15] Coup d’État dans la révolution

C’est assurément un coup d’État militaire, mais un coup d’État dans la révolution.

Le but de ce coup d’État, en renversant Morsi, n’est pas d’affronter la révolution, la briser mais plutôt la contenir, la freiner, l’empêcher d’aller jusqu’au bout de ce qu’elle porte.

L’armée avait déjà fait la même chose  en février 2011 lorsqu’elle avait lâché Moubarak au moment où il y avait eu des appels à la grève générale et que tout montrait qu’ils commençaient à être suivis. En lâchant l’accessoire, Moubarak, l’armée préservait l’essentiel, la propriété des possédants. Elle recommence aujourd’hui la même chose.

La contestation permanente ne cesse pas en Égypte depuis plus de deux ans, qui s’amplifie depuis décembre 2012 et qui est quasi non stop depuis cette date, avec une extension considérable des conflits sociaux puisque des records historiques mondiaux de grèves et de protestations sociales marquent l’Égypte depuis le début de l’année. Or ces mouvements sociaux ont trouvé une cristallisation politique extraordinaire au travers la campagne Tamarod qui arrivait non seulement à obtenir 22 millions de signatures contre Morsi mais mobiliser des millions et des millions d’Égyptiens dans les rues pour exiger la chute de Morsi. Il n’était pas difficile de comprendre que si la rue faisait tomber Morsi, c’était la porte ouverte à un déferlement de revendications sociales et économiques qui allaient s’attaquer aux riches, aux possédants, à la propriété et donc aussi à l’armée puisque c’est le plus grand des propriétaires en Égypte, aussi bien dans le domaine industriel qu’agricole ou commercial. Il lui fallait éviter cela.

Évidemment elle aurait pu s’en prendre directement au mouvement social et faire front avec les Frères Musulmans et accessoirement le FSN contre la révolution en marche.

Le problème pour elle c’est qu’elle ne le pouvait pas.

Elle avait déjà tenté un coup d’État contre la révolution en juin 2012, fait quelques pas dans ce sens mais avait finalement reculé, devant la mobilisation populaire, qu’elle avait d’autant plus craint à l’époque, qu’après et malgré deux ans de répression féroce (plus de 11’000 condamnations de militants par des tribunaux militaires, des tortures, une répression féroce) le mouvement social était plus vivant que jamais, n’avait pas peur alors et surtout que ses propres soldats paraissaient moins sûrs que jamais. Il y avait eu des révoltes à la base de l’armée et de la police, on avait vu des officiers manifester avec les révolutionnaires. La direction de l’armée avait alors craint que son appareil militaire ne se dissolve dans cette épreuve. C’est pour ça qu’ils avaient finalement confié le pouvoir aux Frères Musulmans qui paraissaient les seuls à avoir un appareil (2 millions d’adhérents) et une idéologie influente, la religion, pour endiguer cette révolution qui ne cessait pas.

Or là, en juin 2013, elle se trouvait dans une situation encore pire.

Les Frères Musulmans ont perdu toute leur influence, le poison religieux ne marche plus ou moins, et le mouvement révolutionnaire était bien plus fort qu’en janvier 2011, infiniment plus nombreux dans les manifestations, sur un fond de luttes sociales bien plus importantes qu’en janvier 2011 et beaucoup plus expérimenté avec de nombreux militants qu’il n’avait pas en 2011. S’opposer au mouvement aurait voulu dire perdre probablement l’armée qui se serait disloquée, seul rempart entre la révolution et la propriété. Car le FSN ne pèse d’aucun poids réel même s’il a fait preuve de bonne volonté contre la révolution plusieurs fois.

L’armée a donc préféré ne pas affronter la révolution, mais tenté d’en détourner le cours, momentanément.

Bien sûr, on peut se demander pourquoi le mouvement révolutionnaire a accepté cette collaboration momentanée de l’armée à leur cause alors qu’ils sont très nombreux à savoir qu’on ne peut pas faire confiance à l’armée pour l’avoir connue, à travers ses prisons, ses tortures et ses mille violences ? Tout simplement parce que si le mouvement est très fort, leur conscience l’est un peu moins, même si elle grandit. Non pas qu’ils ne sachent pas quel peut être le danger d’un coup d’État militaire à ce moment, mais parce qu’ils ne savent tout simplement pas bien encore ce qu’ils veulent et quoi faire, quels objectifs avoir. Il est significatif que ce soient des démocrates, révolutionnaires certes, mais démocrates surtout, qui ne jurent donc que par les bulletins de vote et la démocratie représentative, qui se soient trouvés à la tête de ce mouvement avec le seul objectif d’organiser de nouvelles élections présidentielles mais qui ne veulent en aucun cas se faire les représentants des revendications sociales des plus pauvres, même pas de leur antilibéralisme et encore moins de leur anticapitalisme. La faiblesse du mouvement était donc ses chefs ou plus exactement, sa conscience, ce qu’il a en tête qui fait qu’il ait accepté d’avoir de tels chefs.

Dans cette situation, on verra donc l’armée tenter de reprendre des positions, grignoter à nouveau les libertés, réprimer, comme elle l’avait fait après la chute de Moubarak, mais elle aura beaucoup plus de mal pour le faire qu’il y a deux ans, parce que le mouvement est infiniment plus fort et plus expérimenté, et averti de ce qu’est l’armée. Et que cette dernière n’aura plus à ses côtés son ami/rival qu’est la confrérie des Frères Musulmans pour tromper les gens. Enfin la situation sociale est lamentable, l’économie à deux doigts de s’effondrer et c’est pour cela que la majeure partie des gens étaient dans la rue. Or l’armée n’a pas de réponse et est en plus un grand propriétaire ultra riche, bref la cible de beaucoup des luttes sociales. Et ce n’est pas le FSN s’il est admis au gouvernement qui pourra tromper longtemps les pauvres, n’ayant jamais eu une grande autorité auprès de la population et surtout des plus pauvres.

L’avenir est à la révolution. Et pas qu’en Égypte comme on le voit avec la Turquie, le Brésil… Or c’est peut-être de la convergence de ces mouvements, de leurs encouragements réciproques, qu’ils pourront s’enrichir de ce qu’il y a de meilleur dans chacun d’eux, pour finalement avoir une conscience claire de ce qu’ils veulent, des objectifs qui font de la prochaine révolution une révolution clairement sociale et pas seulement démocratique.

Il y a un nombre considérable de gens place Tahrir et Ittahidiya, mais aussi devant le palais Qubba et devant le siège de la garde présidentielle. Et ça arrive toujours de plus en plus. Y aura-t-il plus de monde que les jours précédents ? C’est bien possible.

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Tank à Gizah.

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L’armée bloque les accès aux places où sont concentrés les Frères Musulmans.

 

[3 juillet, 21h] Morsi est tombé

Déclaration de l’armée par la bouche du général Sissi en présence du Sheikh d’Al Ahzar, du pape des coptes, de El Baradei du FSN et quelques autres : Morsi est tombé remplacé par un gouvernement technocratique mis en place par la haute Cour Constitutionnelle, sous l’autorité de l’armée, jusqu’à ce qu’un gouvernement de coalition nationale soit constitué, la constitution islamiste est suspendue, tenue d’élections présidentielles anticipées, mesures pour intégrer les mouvements de jeunesse à l’autorité, commission pour réviser la constitution. Ensuite parlent le sheikh d’Al Ahzar et le pape des coptes qui confirment et parlent d’unité du peuple, etc.

Immense, immense, immense explosion de joie, partout, les gens chantent, crient, parlent, s’embrassent, dans la rue, les cafés, le métro, les bus, hurlements de joie, concerts de klaxons, applaudissements, youyous, feux d’artifice, tout le monde descend dans la rue. Immense fierté. Les gens crient « Tenez la tête haute, nous sommes égyptiens », « Le peuple a fait tomber le régime ». Des gens commencent à dire « Libérez les prisonniers », la révolution continue…

L’armée a informé Morsi à 17h qu’il n’était plus président.

Le guide suprême des Frères Musulmans a été stoppé à la frontière lybienne alors qu’il essayait de passer.

Misr 25, la TV des Frères Musulmans n’émet plus. On entend des coups de feu vers Rabaa où sont les Frères Musulmans.

Les Frères Musulmans dans les rues sont consternés et affolés, mais la plus grande terreur doit être en Tunisie, Lybie, Arabie Saoudite, Qatar, etc., etc.

La révolution ne fait que commencer.

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À l’annonce de la chute de Morsi.

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Damiette ce soir.

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Mansoura ce soir.

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Des femmes manifestent à Qena, région très conservatrice.

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Mahalla ce soir (présenté comme tel, on dirait la même qu’hier).

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Regardez les gens sur les pylônes, c’est de la folie.

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La déclaration de l’armae avec Baradei, le pape et le sheikh.

Jacques Chastaing

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1 Response to [Révolution égyptienne] Dégager l’armée (3 juillet 2013)

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