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Guéant et les primes de cabinet : « On savait qu’à l’Intérieur les primes en liquide subsistaient »

Les factures en liquide par Claude Guéant proviennent-elles, comme il l’affirme, de primes versées lors de son passage à l’Intérieur ? Pour L’Express, deux ex-collaborateurs ministériels détaillent le fonctionnement des primes de cabinet sous Nicolas Sarkozy.

Les 20’000 à 25’000 euros de facture payées en liquide par l’ancien ministre de l’Intérieur Claude Guéant proviennent-elles, comme il l’affirme, de primes en espèces reçues dans le cadre de ses passages en cabinets ministériels ? Depuis les révélations du Canard Enchaîné, qui évoque également un virement de 500’000 euros sur le compte de l’ancien ministre, la défense de Claude Guéant alimente le soupçon sur la provenance des sommes révélées par le journal satirique.

Des enveloppes globales gérées par Matignon

Comment fonctionnent les primes ministérielles ? Certains ministères, comme l’Intérieur, ont-ils continué à bénéficier de versements en espèces? L’Express a interrogé deux anciens collaborateurs de ministres sarkozystes : « Je n’ai jamais reçu ni vu de primes en liquide. Depuis 2002 [sur décision de Lionel Jospin], cette pratique a disparu », témoigne un ancien chef de cabinet, aujourd’hui reconverti dans le conseil. Depuis cette date, les primes dites « de cabinet » sont inscrites sur les fiches de paie des collaborateurs ministériels, et déclarées. « En tant que chef de cabinet, je recevais chaque année une enveloppe globale de Matignon, enveloppe répartie entre les différents membres de cabinet ». Ces fonds dits « spéciaux », qui ont « diminué de 10% chaque année depuis 2010 », s’élevaient pour le ministère dont il avait la charge, à 700’000 euros.

Pour les contractuels, ces primes sont versées de manière trimestrielle ou bi-annuelle. Pour les fonctionnaires, la prime également appelée ISP (indemnité de sujétion particulière) vise à combler l’écart entre le salaire de base du collaborateur et son salaire de cabinet. Pour un directeur de cabinet, ancien préfet, cette prime peut avoisiner les 6000-7000 euros, calcule cette même source, pour un salaire total de 10 à 15’000 euros mensuels.

Des primes pour des missions particulières

Parallèlement à ce fonctionnement aurait subsisté un système de primes en liquide dans certains ministères. C’est ce qu’assure Claude Guéant depuis trois jours. « Le ministère [de l’Intérieur] avait une situation spécifique, un système indemnitaire pour les membres du cabinet et des milliers de fonctionnaires« , s’est-il justifié au micro d’Europe 1 le 30 avril. « Quand vous avez plusieurs milliers de fonctionnaires qui bénéficient de ce système, vous ne le changez pas du jour au lendemain » a renchéri le même jour l’ancien ministre au journal de 20 heures de France 2.

« On savait qu’à l’Intérieur, à la Défense et au Quai d’Orsay subsistait ce type de pratiques, pour des missions à caractère particulier : quand vous avez réussi une négociation par exemple », témoigne un ancien conseiller ministériel. Lui-même assure n’avoir jamais reçu d’argent liquide dans le cadre de ses passages en cabinet. Toujours selon cette source, « en thésaurisant pendant dix ans, et compte-tenu du type de postes occupés par Claude Guéant [qui fut aussi directeur adjoint du cabinet de Charles Pasqua à l’Intéreur], il n’est pas impossible d’arriver aux montants évoqués dans cette affaire ».

Presse à primes (Marie-Caroline Missir, LExpress.fr, 2 mai 2013)

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