[Taule de Lille-Sequedin] Vive la belle ! (2)

Redoine Faïd : les mystères d’une incroyable cavale

Perfectionniste et expert de la dissimulation, ce braqueur soupçonné d’assassinat a profité de complicités.

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Redoine Faïd est redevenu, pour la seconde fois en deux ans, l’homme le plus recherché de France après son évasion spectaculaire, samedi, de la prison de Sequedin (Nord).

Avec une déconcertante facilité, Redoine Faïd, pointure du grand banditisme, s’est esquivé samedi de la prison de Sequedin (Nord) dès que sa surveillance s’est relâchée. Incarcéré à l’origine à Fleury-Mérogis, ce prisonnier classé « DPS », c’est-à-dire « détenu particulièrement surveillé », était en effet géré en permanence par une équipe de quatre surveillants qui suivait ses moindres faits et gestes. « Depuis son transfert dans le Nord il y a environ six mois, son escorte personnelle avait été supprimée, confie un surveillant de la maison d’arrêt. Comme tous les caïds d’envergure, il avait su se faire discret en étant poli et respectueux avec le personnel. Avec un surveillant pour 120 détenus dans certaines coursives, personne n’a plus le temps de voir avec qui nos pensionnaires discutent et ce qu’ils mijotent, Redoine comme les autres… »

Grâce à de solides complicités, peut-être au sein même de la prison où se mêlent gardiens, livreurs, associatifs ou encore des employés du privé en charge de la cantine ou du linge, le braqueur de haut vol a pu se procurer derrière les barreaux un pistolet automatique de calibre 9 mm et assez d’explosifs pour faire sauter avec méthode les parois de la prison.

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« Acte de guerre »

Menée comme un véritable « acte de guerre » selon les syndicats de gardiens, l’opération a été orchestrée en trente minutes avec la précision d’un horloger suisse. Vers 8h30, Redoine Faïd, bonnet vissé sur le crâne et porteur d’un sac à dos, sort de sa cellule et se dirige vers la zone des parloirs. Là, il dégaine soudain son arme de poing et tire une balle en l’air. Puis, il tient en respect quatre surveillants, médusés. Sans hésiter, le voyou entraîne ses otages sur un circuit manifestement balisé avec une stupéfiante minutie. L’alerte est donnée mais cinq portes blindées sont détruites les unes après les autres. « On a bien essayé de ralentir la progression, grimace un gardien, mais il était trop risqué de tenter quoi que ce soit quand des collègues sont retenus par un type qui travaille à l’explosif. »

Après avoir revêtu une tenue de gardien pour sortir de l’enceinte, Redoine Faïd abandonne trois de ses otages et s’engouffre avec le dernier à l’arrière d’une Peugeot 406 noire, stationnée non loin sur la RN41 et dans lequel l’attend un complice. Cette voiture « relais » est incendiée sur l’A25 à hauteur de Ronchin, où, après avoir relâché le dernier gardien, il grimpe à bord d’un second véhicule, semble-t-il de couleur blanche qui reste introuvable. En dépit de l’emploi d’un hélicoptère et de la mobilisation d’une centaine de policiers et de gendarmes lancés à ses trousses. Faïd redevient, pour la seconde fois en deux ans, l’homme le plus recherché de France. Soupçonné d’être à l’origine d’un projet d’attaque à main armée ayant coûté la vie à la policière municipale Aurélie Fouquet, 26 ans, en mai 2010 à Villiers-sur-Marne, il avait été arrêté en juin 2011 près de Lille.

Soucieux de « ne négliger aucune piste », les hommes de la PJ de Lille ont placé en garde à vue dimanche le frère de Redoine Faïd, mesure qui a toutefois été levée dans la soirée. Visiteur régulier, l’homme était présent samedi matin au parloir sans avoir eu un contact avec son frère. Visé par un mandat d’arrêt européen et une demande d’arrestation émise par Interpol, le braqueur, surnommé le « Doc » et considéré comme « intelligent et dangereux », est passé maître dans l’art de la dissimulation. Une de ses précédentes cavales avait amené ce rejeton des cités de Creil jusqu’en Israël, où il s’était fondu dans le décor, allant jusqu’à porter la kippa.

Étoile montante du banditisme, puis « repenti » médiatique, Redoine Faïd, sorti de prison en 2009, avait écrit un livre de témoignage, intitulé Braqueur, des cités au grand banditisme. Il y racontait qu’il avait braqué une banque comme dans Reservoir Dogs et des fourgons blindés en mettant des masques de hockey, à l’image de Robert De Niro dans Heat.

Christiane Taubira critiquée par les surveillants

L’évasion de Redoine Faïd à coups d’explosif et la prise en otages  de quatre surveillants ont suscité  la colère des syndicats de la pénitentiaire. Déjà très remontés, certains réclament la démission de la garde des Sceaux, Christiane Taubira. Apportant un « soutien indéfectible aux collègues choqués », FO-pénitentiaire « dénonce avec vigueur la politique de la direction de l’Administration pénitentiaire et  du ministère de la Justice, qui occulte délibérément le volet sécuritaire de notre profession, abandonnant ainsi les personnels à la vindicte d’une population pénale toujours plus radicale dans la violence ». Christiane Taubira, interrogée sur l’absence  de fouilles systématiques au parloir, réfute toute « faille » administrative. Loin d’être un établissement dépotoir, la maison d’arrêt de Sequedin a été livrée en 2005. Mais 800 détenus viennent s’y entasser, pour 630 places disponibles. « Face à la surpopulation, nous demandons des scanners corporels qui nous sont refusés pour des raisons de coût, déplore Emmanuel Gauthrin, secrétaire général de FO. Mme Taubira,  qui devrait savoir que la sécurité a un prix, est pro-détenus : lors de sa conférence de consensus, elle a même proposé de créer des groupes de parole de prisonniers sans imaginer que ces pseudo-syndicats seront emmenés par les caïds qui tiennent déjà les bâtiments. »

Publié par des larbins de la maison Poulaga (Christophe Cornevin, LeFigaro.fr, 14-15 avril 2013)

 

Redoine Faïd : Un braqueur érigé en mythe dans son quartier d’origine

FAITS DIVERS – Le malfrat en cavale est présenté comme un héros par des jeunes de la cité de Creil (Oise) où il a grandi…

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La cité Guynemer à Creil (Oise) où le braqueur en cavale Redoine Faïd a grandi, le dimanche 15 avril 2013.

« Un loup en fuite », un « guerrier », « un héros », « un mythe »… Les qualificatifs élogieux ne manquaient pas dimanche dans le quartier d’origine de Redoine Faïd pour décrire le braqueur de 40 ans en cavale depuis samedi matin. Rue Guynemer, à Creil (Oise), où il avait emménagé avec sa famille en 1975 dans un appartement HLM de 120 m², le malfrat qui se disait repenti est érigé en véritable figure du quartier. « De toute manière, on n’a qu’une seule personne connue ici. C’est lui », explique un garçon. « Nous les jeunes, on ne le connait pas vraiment car il n’est pas de notre génération », indique-t-il. « Mais c’est un peu un mythe. Il a mis en avant le quartier Guynemer ! », lâche-t-il avant d’être rejoint par des amis.

Une jeune maman qui se présente comme « une ex-belle-sœur de Redoine Faïd » poursuit l’éloge. « C’est un gars bien, très intelligent. Il n’a jamais eu de problème à Creil. Sans doute a-t-il vraiment essayé de se repentir. Mais la prison n’est pas faite pour se réintégrer », estime-t-elle. A-t-elle une idée où il pourrait se trouver ? « Il doit déjà être bien loin. En tout cas, je l’espère pour lui », souffle-t-elle.

« Personne n’ira le dénoncer »

C’est à Creil, ville de près de 35.000 habitants avec un taux de chômage en 2009 de 21,2% selon l’Insee, que le spécialiste des attaques de fourgons blindés, surnommé « Doc », a ses premiers faits d’armes. D’un profil de petit caïd des cités, il endosse assez rapidement le costume taillé pour le grand banditisme. En décembre 1995, lui et quatre autres individus séquestrent le directeur d’une BNP de Creil, sa compagne et leurs enfants. Déguisés en père Noël ou portant des masques de personnalités politiques, ils parviennent à extorquer, à l’issue de cette prise d’otage, près de 30.000 euros.

Cette image de « Robin des Bois » continue de le suivre encore aujourd’hui, d’autant qu’il aurait, selon les enquêtes des policiers, abondamment recruté dans son quartier d’origine. « S’il a besoin de dormir une nuit ou deux par ici, vous êtes certain que personne n’ira le dénoncer. Ce sera même un honneur, pour ses amis, de le recevoir », lâche cette ancienne membre de la famille Faïd qui ne souhaite pas révéler son nom.

« Vivre avec l’angoisse de se faire arrêter »

Sur le plateau Rouher, un autre quartier de Creil, où Redoine Faïd a habité un quatre pièces jusqu’à l’âge de quatre ans, quelques trentenaires assis sur un banc public profitent du soleil dominical. « C’est fort. Vraiment fort », reconnaît avec un brin d’admiration l’un d’entre eux qui a appris son évasion dans la matinée. « Là, ce qu’il a fait, c’est encore plus que Heat », s’exclame-t-il faisant référence au film réalisé par Michael Mann, dont le braqueur a souvent dit être un grand fan. Alors même qu’il est soupçonné de meurtre d’une policière, ses admirateurs n’en démordent pas. « Les policiers ont voulu lui mettre dessus du sang qu’il n’a pas fait couler », affirme-t-on.

Si la plupart des jeunes habitants rencontrés ce dimanche à Creil semblent admiratifs du parcours émaillé d’ennuis judiciaires de Redoine Faïd, certains prennent la mesure de la difficulté d’une cavale. « Il a fait des années de taule. Il va devoir vivre avec l’angoisse de se faire arrêter. Ça ne va pas être facile », estime un garçon croisé dans le quartier de la gare. « À sa place, je crois que j’aurais préféré encaisser les années de prison. Puis reconstruire après ma vie. »

C’est pourtant ce que Redoine Faïd avait annoncé vouloir faire en se lançant à 37 ans dans l’écriture d’un livre paru en 2010, où il exprimait des regrets. On y apprenait, entre autres, que Jacques Mesrine était une figure qui l’avait marquée. « Pour des gens comme nous, [il] était le représentant du petit peuple face aux puissants », écrivait-il alors. Dans le quartier Guynemer, à Creil, il a d’ores et déjà gagné cette image auprès de certains jeunes du quartier.

Publié par des larbins de la maison Poulaga (William Molinié à Creil, 20Minutes.fr, 14 avril 2013)

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