[Lyon] « Ce n’est pas aux nécessiteux que les Gars-Pilleurs souhaitent avant tout s’adresser »

À Lyon, les Gars-Pilleurs font leurs courses dans les poubelles

Faire les poubelles pour y trouver à manger, voilà qui n’est pas nouveau pour qui connaît le mouvement des freegans. Mais organiser des distributions gratuites de récupération alimentaire pour dénoncer le gaspillage de nourriture encore bonne à manger, voilà qui renouvelle l’approche. Focus sur un mode d’activisme et de sensibilisation lancé par le mouvement des Gars Pilleurs, à Lyon.

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Récoltes urbaines

L’un fait de la récup’ pendant les fins de marchés depuis un an et demi. L’autre se nourrit aussi depuis de nombreux mois avec les déchets de supermarchés et boulangeries. Tous deux ont pris pour habitude de chercher ensemble des aliments souillés, périmés et invendables. Mais ils récupèrent tellement de nourriture encore bonne à manger dans les poubelles des supermarchés situés dans les alentours de Lyon qu’ils ont décidé de redistribuer le fruit de leur récolte urbaine.

Leurs techniques, pour récupérer les aliments ? Commencer par les fins de marché (« le plus simple »), puis les boulangeries (« entrez par le digicode ou être tôt le matin avant les éboueurs ») et enfin les supermarchés où les poubelles sont accessibles facilement.

« Nous récupérons les denrées et quelques heures après nous les redistribuons, et si la chaîne du froid est coupée, ce n’est que pendant un temps très court, ce qui n’endommage pas l’aliment », explique les deux gars pilleurs qui ne sont jamais tombés malades à manger ainsi. Et c’est d’ailleurs une question de bons sens : au nez, à la vue et avec quelques astuces on sait dans quel état d’avancement est le produit.

Lors des redistributions qu’ils organisent dans le centre de Lyon, ils rencontrent tout type de public : « s’arrêtent les passants qu’on interpelle, mais aussi des étudiants, salariés, retraités, chômeurs, mais aussi élus, sdf, roms, etc. » expliquent les deux jeunes hommes qui constatent que les gens ont entendu parler du gaspillage alimentaire et connaissent les chiffres, mais sans avoir conscience, visuellement, de ce que cela représente.

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« Là ils peuvent même la manger ! »

Des yaourts bio aux poireaux en passant par une orchidée, du lait et des croquettes pour chien, ce qu’ils ont étalé mardi 21 mars dernier lors de la distribution organisée place Ambroise-Courtois (8e) a de quoi faire réfléchir. Au total, pas moins de 230 kilos de nourriture étaient gratuitement distribués. Sur place pour 20minutes Lyon, la journaliste Anne Dory a pu interroger les personnes venues à la distribution :

« Ça nous ouvre les yeux sur la réalité d’un monde qui doit changer », constate Nicolas, 42 ans, qui repart chez lui avec de la bière, des barres de céréales et des pâtes. Pierre, lui, avait été mis au courant de la distribution via les réseaux sociaux. « Ça m’arrive de faire les poubelles des magasins quand c’est la dèche », confie ce chômeur de 24 ans. Il remplit son sac de nourriture à côté d’étudiants et de personnes âgées aux maigres retraites. « C’est honteux de jeter tout ça quand on voit le prix auquel on nous le vend », s’insurge Maria, 63 ans, qui peine à vivre avec ses 1000 euros par mois.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/0516.jpgAvec leur démarche, les deux Lyonnais souhaitent sensibiliser le grand public et changer le regard sur les modes de production : « Dirigeons-nous vers la sobriété. Redéfinissons les pratiques d’achats, dirigeons nous vers les circuits-courts, les  produits sains et biologiques, les matières premières nobles et recyclables. Nous nous sommes dirigés vers la nourriture car son obtention reste assez simple, mais nous aurions pu prendre les voitures de la prime à la casse et les distribuer de la même façon… » expliquent-ils.

Comme mentionné déjà ici, chaque année, les Français mettent 1,2 million de tonnes de nourriture à la poubelle, ce qui représente environ 20 kilos de déchets par personne et par an. Sur ces 20 kilos d’aliments gaspillés, explique l’ADEME, 7 kg sont encore emballés et 13 kg sont des restes de repas ainsi que de fruits et légumes.

La récup’ dans les poubelles en pratique

Mais au fait, à qui appartiennent les déchets ? Est-ce illégal de fouiller dans une poubelle ? D’après les discussions que j’ai pu avoir avec des adeptes de la récupération, alimentaire ou non, l’enjeu est de savoir si le déchet est considéré comme res nullius, n’appartenant à personne, ou res derelictae, sans maître, puisque la volonté de leur propriétaire est clairement exprimée : il a voulu abandonner ces objets. Et donc le premier qui le récupère en fait sa propriété (code pénal)… ?

Maude Frachon, au fait des pratiques du freeganisme, de la récup et du glanage a épluché tant bien que mal les articles de lois sur le sujet. Sans certitudes sur la légalité des pratiques, elle conseille d’avoir sur soi une lettre de décharge pour dédouaner les anciens propriétaires en cas de problème (intoxication alimentaire par exemple), du type :

« Je soussigné-e …… né-e le …… à …… atteste sur l’honneur ne pas porter plainte contre les anciens propriétaires des déchets trouvés à …… et que leur ingestion relève entièrement de ma responsabilité. Je suis conscient-e que cette attestation pourra être produite en justice et que toute fausse déclaration de ma part m’expose à des sanctions judiciaires. Fait pour servir et valoir ce que de droit. Date, lieu, signature ».

« L’essentiel est de ne pas pénétrer sans autorisation sur une propriété privée, ne pas souiller de détritus l’endroit en question », souligne la jeune femme en évoquant l’interdiction de fouille des poubelles qui a pu tenter certaines communes comme Nogent-sur-Marne par exemple, alors que le glanage est une pratique de toujours.

C’est le chiffonnage (le fait de faire de la récup’ et de la vendre ensuite) qui est interdit en revanche.

Et pour le reste alors ?

Sachez qu’il n’y a pas que la nourriture qui se gâche ! Et c’est pour sensibiliser et mobiliser les entreprises au don de leurs produits invendus que l’Agence du don en nature organise depuis lundi et jusqu’au 29 mars 2013 la première « Semaine du Don en Nature ».

L’association collecte auprès des entreprises (l’Oréal, Etam, Célio, Seb, P&G) des produits neufs invendus (fins de séries, fin de promotions, changements de packaging) afin de les redistribuer à des associations caritatives qui aident les plus démunis (Les Épiceries Sociales et Solidaires, SOS Village d’Enfants, l’Armée du Salut, les Centres d’Hébergement du Groupe SOS, les Apprentis d’Auteuil et quelques structures régionales).

« Près de 400 millions de produits qui sont détruits chaque année en France », rappelle l’Agence qui a déjà redistribué pour 22 millions d’euros de produits neufs. « Depuis 2009, notre initiative permet de redistribuer des produits qui étaient voués à la destruction, elle évite le coût énergétique de destruction de milliers de tonnes de marchandises tout en ayant un impact social auprès des personnes en situation d’exclusion ».

Parmi les produits les plus invendus en quantité, et donc les plus collecté par l’Agence : les produits d’hygiène et entretien, les jouets et la puériculture, les fournitures scolaires.

Et les produits dont ils ont le plus besoin ? Les produits d’hygiène et entretien, mais aussi le petit électro-ménager, la puériculture, la vaisselle et le linge de maison.

Des initiatives à suivre donc, non ?

Pour aller plus loin :

• Le blog des Gars Pilleurs et leur page Facebook pour se tenir au courant des distributions hebdomadaires organisées par le collectif. Le 6 avril 2013 ils devraient organiser un événement avec les Disco Soupes.

 Alimentation : la chasse au gaspi est lancée et Grande (sur)-bouffe, les clefs pour comprendre et agir

 Un rappel sur les dates limites de consommation

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Presse-poubelle (Anne-Sophie Novel, blog du Monde.fr Même pas mal, Partage d’alternatives pour mode de vie en temps de crise, 27 mars 2013)

 

Se nourrir des denrées gaspillées

Initiative. Deux Lyonnais distribuent de la nourriture jetée par les grandes surfaces.

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Faire ses courses gratuitement, c’est possible. Il suffit de se servir dans les poubelles. Pour dénoncer le gaspillage alimentaire, deux Lyonnais ont lancé le mouvement des « gars-pilleurs ». Depuis moins d’un mois, chaque semaine, ils distribuent gratuitement aux passants le résultat de leur récolte dans les poubelles de supermarchés des alentours de Lyon.

Des emballages abîmés

« Là, il y a 230 kg, c’est notre plus grosse prise, ça représente au moins 600 euros », explique l’un des deux initiateurs du mouvement, rencontré jeudi dernier lors d’une distribution organisée place Ambroise-Courtois (8e). Yaourts bio, lait, viandes, fruits et légumes… Sur une table à tréteaux, ils étalent leur butin sous le regard interrogateur des passants. La plupart des produits ne sont pas périmés, ou alors d’un jour ou deux, beaucoup ont simplement l’emballage souillé. D’après la FAO, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, un tiers des aliments produit chaque année dans le monde est perdu ou gaspillé. Soit 1,3 milliard de tonnes par an.

« Ça nous ouvre les yeux sur la réalité d’un monde qui doit changer », constate Nicolas, 42 ans, qui repart chez lui avec de la bière, des barres de céréales et des pâtes. Pierre, lui, avait été mis au courant de la distribution via les réseaux sociaux. « Ça m’arrive de faire les poubelles des magasins quand c’est la dèche », confie ce chômeur de 24 ans. Il remplit son sac de nourriture à côté d’étudiants et de personnes âgées aux maigres retraites. « C’est honteux de jeter tout ça quand on voit le prix auquel on nous le vend », s’insurge Maria, 63 ans, qui peine à vivre avec ses 1000 € par mois.

Et pourtant, ce n’est pas aux nécessiteux que les gars-pilleurs souhaitent avant tout s’adresser. « On distribue dans des quartiers bobos ou étudiants, explique l’un d’eux. On veut sensibiliser les gens, les pousser à privilégier une nourriture biologique et issue des circuits courts. »

Presse-poubelle (Anne Dory, 20minutes.fr, 25 mars 2013)

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