À propos de la mouvance néonazie dans le Jura

Jura : le parcours de Malik, néonazi membre du Front national aujourd’hui condamné

Ce titre pourrait être une blague mais il reflète malheureusement un cas bien réel. Il s’appelle Malik [Foucquart – NdJL], et pourtant il vient d’être condamné pour incitation à la haine raciale. Et non à cause de la fameuse forme fantasmée d’un mépris antiblanc qui se matérialiserait soudainement, car ce jeune de presque vingt ans, dont le cas politique en devient typique en ruralité, se bat bien pour la suprématie aryenne. Une énième histoire de néonazisme en région Franche-Comté, qui en deviendrait presque lassante tant la poignée d’énergumènes qui s’en réclament s’adonnent inlassablement à ce genre d’actions pour exister.

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Malik (à droite) exhibant un de ses tatouages.

Il va avoir vingt ans dans quelques jours mais est déjà bien connu dans le département du Jura. Habitant dans un petit village à deux pas du charmant secteur de Poligny, Malik n’en est pas à son coup d’essai en ce qui concerne ses positions politiques. Un cas à la Serge Ayoub qui ne peut que poser question, car ce jeune issu de la diversité est bel et bien engagé dans une extrême droite pour le moins radicale. Sa mère fait partie d’une famille originaire de Khenchela éminente dans la région, alors que son père est un Jurassien pur jus. Un conflit familial les séparant et un terreau rural fertile aux mouvances nationalistes passant par là, le jeune subit un complexe identitaire qui le décide à rompre avec la culture de sa mère au point d’en devenir profondément raciste. Seul ou avec ses copains, Malik débute alors un périple politique qui le mène tout droit dans une pente dangereuse. Il pourrait d’abord avoir participé à l’inscription de nombreux graffitis xénophobes et néonazis dans les rues de Poligny et alentours à partir de 2010 et même avant.

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Le président de l’association gérant la mosquée de Champagnole devant les dégradations.http://juralib.noblogs.org/files/2013/03/0210.jpg

La dégradation de plusieurs bâtiments de la ville avait d’ailleurs ému la population, de même que l’attaque d’une mosquée le 18 mai 2011 à Champagnole avec des inscriptions du type « la France aux Français » ou encore « à mort les Arabes » signées de croix gammées. Mais malgré de forts soupçons de la plupart des habitants du secteur, il ne sera pas inquiété [« Reconnus coupables de dégradations et de tags nazis sur la salle de prière de Champagnole et à Foncine-le-Haut et de provocation à la haine raciale, au printemps dernier, un agriculteur de 39 ans et un mécanicien de 18 ans ont été condamnés hier à un an de prison avec sursis. » (Delphine Givord, Le Progrès, 11 janvier 2012) – NdJL]. Il fut cependant condamné pour des faits similaires en tant que mineur, après avoir tagué des symboles et slogans néonazis. Parallèlement les traditionnels collages et autres actions moindres deviennent le train-train quotidien, généralement pour le compte du Front national et des mouvances radicales émergentes telles que le Front comtois. De nombreuses soirées alcoolisées sont aussi à l’ordre du jour, tout à fait normales surtout en milieu rural, mais avec un thème bien sûr axé sur le glauque pour lui et les siens : la haine des étrangers et de l’islam.

Un article du site « Voix du Jura » indique d’ailleurs que la mouvance ultranationaliste notamment de Poligny apprécie particulièrement intégrer les petites fêtes, pour y faire de la propagande et parfois se battre contre les participants dont les origines ou les idées ne sont pas tolérées. Ce fut le cas d’un jeune d’origine malgache dans la nuit du 3 au 4 juillet 2011, au bal du village limitrophe de Grozon, malmené pour sa couleur sous les termes de « sale négro » et dont la petite-amie blanche sera sermonnée plusieurs heures sur les « risques de maladie des noirs » avec la sommation de le quitter. Un ami tentera de le défendre et sera frappé pour avoir « désapprouvé l’idéologie racialiste ». Lui et le tuteur du discriminé porteront plainte, malgré les menaces ultérieures par téléphone. Aucune condamnation pour le moment. Malik ne semble pas exempt de ces actes, exposant régulièrement sur son second profil Facebook (son premier ayant été cloturé début août 2010 pour de multiples injures raciales) des photos de lui en soirée. Il y exhibe parfois ses tatouages, une croix celtique au torse et une croix nazie à l’avant-bras droit comportant un W.P. (pour « white power », suprématisme blanc) et « wer will der kann » (vouloir c’est pouvoir).

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Le tatouage au bras et l’inscription Frakass (Malik est au milieu).

Une autre fois il se marque sur le front et d’autres parties du corps le nom de ses groupes de musique préférés, telle que la formation R.A.C. (rock anticommuniste) « Frakass » en stylisant la fin du nom de manière à rappeler le sigle des Schutzstaffel (S.S.). En continuant d’arpenter son profil, plusieurs autres publications inquiétantes apparaissent. Des liens comme celui sur un site anti-musulman, puis des photographies où il prend la pose avec une barre en fer sur le point de frapper un chariot, d’autres de graffitis d’une croix celtique et d’un W.P. sur une vieille voiture et par la suite incendiée avec des copains, ou encore une où il apparait avec un tee-shirt comportement le logo des S.S. On y trouve aussi une amitié avec Quentin B. et de nombreuses conversations avec cet individu, sur lequel je reviendrais dans quelques lignes.

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Malik sur une de ses motos.

Passionné des scooters et des motos, il s’investit beaucoup dans la confection et la réparation de véhicules, étant même apprenti à Besançon et dans plusieurs entreprises dès 2009 [Il travaille actuellement en fromagerie à Poligny – NdJL]. Malheureusement, malgré cette volonté sincère de s’intégrer enfin dans un cadre sain, cela ne suffira pas. On le retrouve à soutenir les auteurs d’une agression raciste à Poligny survenue le 14 juillet 2010 place des Déportés. Smahine, un militaire de 36 ans et d’origine maghrébine, est soudainement pris à partie par deux hommes munis d’un poing américain et d’une matraque télescopique qui le frappe au visage. Il aura la mâchoire fracturée et perdra connaissance. Cette affaire eut un large retentissement et les auteurs seront identifiés par des témoins, dont un certain Quentin B. [Quentin Boisson – NdJL] connu pour être le leader des néonazis polinois, et qui fut sur la liste des régionales de 2010 du Front national.

Pas étonnant alors de retrouver Malik au tribunal de Dole soutenir son ami, qui sera condamné à deux ans de prison dont dix mois avec sursis. Mais comme de nombreux ultranationalistes, il décide un temps de rompre au moins en apparence avec cet environnement violent et s’engage enfin au Front national. Cette adhésion fera d’ailleurs l’objet d’un article sur la Gazette de Besançon le 15 février 2011 où Malik explique et assume son choix « lepeniste. » Les élections passées ses vieux démons refont surface. C’est le journal Le Progrès [Puis L’Est républicain du 5 mars 2013 – NdJL] qui nous apprend sa participation à un fait divers minable le 14 juillet 2012 au bal des pompiers de Voiteur. Ils étaient une quinzaine en fin de soirée vers 2h30, à demander au D.J. de passer la Marseillaise, ce qu’il fera. Au moment des premières paroles, les gaillards entonnent des chants néonazis et autres « Sieg Heil » le bras tendu devant une centaine d’autres personnes médusées devant la scène. Les pompiers séparent alors les provocateurs du reste de la foule. L’affaire fait grand bruit et la machine judiciaire se met en place, mais au final seulement deux personnes seront identifiées : Malik, et un jeune mineur.

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Exemple de ses amis Seb et Manon, avec Bruno Gollnisch – et Yvan Benedetti en fond – (en haut), Jean-Marie Le Pen (au milieu à gauche), une soirée avec une pancarte de Marine Le Pen (au milieu à droite) et un culte au Front national (en bas).

Ce dernier fut jugé en tant que tel, alors que le majeur passe pour incitation à la haine raciale ce mardi [La présidente l’interroge sur ses motivations : « La France devient n’importe quoi. Il faut faire quelque chose. » Elle lui demande d’expliquer son comportement : « Il n’y a rien à expliquer. » Pourquoi les chants et salut nazis sont interdits ? « J’en sais rien. » Qu’est-ce que le nazisme ? « Une grosse guerre, six millions de morts pour exterminer une race. Ça n’a plus le même sens, c’est plus le même mouvement, on n’est pas extrémistes à ce point-là. » Après qui il en a : « Ceux qui détruisent la France, les phénomènes de cité. » Comment en est-il arrivé là ? « Des gens qui m’ont entraîné. Des bagarres, des choses qui ne regardent que moi. » C’est encore vos idées aujourd’hui ? « Non, penser ce qu’on veut et rien dire. » Si il connaissait ses acolytes : « Oui et non. » – NdJL]. Seul au tribunal [Il n’avait pas d’avocat, ni aucun soutien – NdJL], il vient d’être condamné à quatre mois de prison ferme et un travail citoyen [Un « stage de citoyenneté » – NdJL]. C’est au moins le troisième délit qu’il commet et pour lequel il est reconnu : dégradation simple étant mineur pour des graffitis, un autre statué le 9 février 2012 pour conduite en état d’ivresse où il s’était retourné avec son scooter en tapant de la roue, occasionnant des blessures et une peine de 5500 euros d’amende et la suspension de son permis durant six mois [Lors de l’audience, la présidente du tribunal a évoqué cinq condamnations (amende, travail d’intérêt général, prison avec sursis, obligation de soin…) inscrites à son casier judiciaire de septembre 2011 (juge des enfants) à septembre 2012 : port d’arme (deux fois), conduite sans permis/défaut d’assurance, rébellion/outrage à personne dépositaire de l’autorité publique. – NdJL], et celui-ci. Pas sûr que cette peine fasse plaisir au Front national, mouvement qui tente de se forger une bonne image auprès des Français et dont au moins deux militants locaux sont mouillés dans des travers peu glorieux. Malik a-t-il été exclu préalablement ou le sera-t-il sous peu ? Pas d’informations de ce côté [Au Front national, on en parle en ces termes : « Un chanteur néonazi au tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier / Lors du bal des pompiers du 14 juillet dernier à Voiteur une dizaine de jeunes gens ont envahis la piste de danse et ont entonné des chants néonazis en tendant le bras… Deux d’entre-eux seront inquiétés pour cet acte extrêmement dangereux pour notre société. L’un, majeur sera jugé par le tribunal correctionnel de Lons pour provocation à la haine raciale le 12 mars tandis que l’autre, mineur, aura un traitement adapté à son âge d’après le procureur de la République. / C’est bien sûr un acte complètement idiot et irréfléchis commis ce soir de fête nationale alors qu’une centaine de personnes étaient présentes à Voiteur. La personne majeure démontre là une irresponsabilité politique, morale et sociale qui frôle le zéro, mais… / Dans le même temps, on ne peut pas ne pas penser que d’autres jeunes gens — qui manifestement sont proches eux aussi du zéro —, n’hésitent pas vraiment à cracher sur notre pays, son peuple — par l’intermédiaire d’enregistrements musicaux de rap en accès totalement libre — sans se voir inquiétés d’aucune façon. » (Guillaume Schirer, sur Le blogue de Yann Redekker, blogue de soutien au FN et au Rassemblement Bleu Marine, le 4 mars 2013) – NdJL]. Mais le profil Facebook indique toujours une adhésion. Et nombreux sont ses petits copains potentiellement présents au bal qui prennent la pose avec Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, ou qui ont comme papier-peint Marine Le Pen.

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Pour autant malgré la sentence, la réjouissance n’envahit pas le cœur des antifascistes. Nombre d’exactions, graffitis néonazis et tabassages en tête, restent encore mystérieusement impunis. La rumeur court que plusieurs personnes proches du milieu de la gendarmerie [À commencer par des fils de gendarmes – NdJL] pourraient être impliquées d’où un cruel manque de volonté d’interpeller les individus notoires qui y seraient mêlés [Il est à noter que si les néonazis avaient renoncé à leur manifestation projetée à l’Oppidum de Champagnole en réponse à celle du 25 septembre 2010 à Poligny, c’est que les gendarmes avaient alors appelé les parents un par un ; et que d’autre part on n’a pas permis à SOS Racisme de se porter partie civile dans l’affaire Quentin Boisson – NdJL]. Cette histoire nous enseigne cependant deux choses : la haine n’a pas de visage et peut frapper n’importe qui, y compris un jeune d’ascendance maghrébine tombant dans ces délires aryens [« Ils ont pris l’Arabe de service, Malik Bouffon ! » – NdJL]. Et, ensuite, que la vigilance est encore une fois de mise à la vue de cette énième affaire de néonazis en Franche-Comté. Ces sinistres individus sont marginaux et tentent d’obtenir une existence médiatique et populaire par ces faits graves, mais ceci ne doit pas être un prétexte pour les passer sous silence et sont bien au contraire une raison supplémentaire de prendre conscience et de s’insurger face à ces cloportes qui souhaitent gangréner par leurs idées nauséabondes nos rues et nos villages.

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« Le radar de la déviation de Champagnole situé sur la RN5 a été victime de dégradations empêchant le fonctionnement de l’appareil. Ce radar aurait été bombé de peinture noire durant le week-end [des 22 & 23 septembre 2012 – NdJL]. Ce n’est que lundi que la brigade de gendarmerie de Champagnole a constaté le délit. Le radar a été couvert de croix gammées noires (…) La brigade de Champagnole n’a pu détecter d’empreintes, ni retrouver les bombes de peinture à proximité. » (LeProgres.fr, 27 septembre 2012)

Toufik de Planoise, 12 mars 2013

 

La scène s’était déroulée au bal des pompiers de Voiteur (Jura)
Chants nazis : quatre mois ferme

Lons-le-Saunier. Le récit de la scène, rappelé hier au tribunal de Lons-le-Saunier, est à peine croyable. Le 14 juillet dernier, les pompiers de Voiteur organisaient leur traditionnel bal populaire. Vers 2 h du matin, le disc-jockey a lancé un dernier disque : La Marseillaise. Devant une centaine de personnes, une quinzaine de jeunes se sont alors regroupés au centre de la piste et ont couvert l’hymne national de chants nazis, effectuant, le bras levé, le « Sieg Heil », le salut allemand qui accompagnait souvent celui d’Hitler. Les pompiers ont rapidement maîtrisé la situation, leur demandant de partir. Une enquête a immédiatement été ouverte par la gendarmerie et des recoupements faits avec des mouvements extrémistes locaux.

Deux individus seulement ont pu être interpellés : un mineur (condamné il y a peu à un stage de citoyenneté) et un majeur de 19 ans, de Poligny. Reconnaissant partiellement les faits, ce dernier s’est abstenu de donner les noms des autres membres du groupe, qu’il dit ne connaître « que de vue ». Ce jeune employé de fromagerie a comparu hier pour répondre de « provocation publique à la haine raciale ». La présidente comme le procureur de la République ont condamné son comportement. « C’est consternant », a commenté Virginie Deneux. « Le nazisme est une forme particulièrement poussée du racisme, qui a fait trop de dégâts dans l’Histoire et les mémoires. » Elle a requis une sanction importante « compte tenu de la gravité des faits et de son parcours ». Le jeune homme a en effet déjà cinq condamnations à son casier judiciaire. Pas sûr pourtant qu’il ait compris la portée de ses actes. S’il sait que « le nazisme, c’est une grosse guerre pour exterminer une race qui a fait 6 millions de morts » et revendique un extrémisme « plus soft », il dit vouloir combattre « ceux qui détruisent la France, essentiellement les phénomènes des cités ». Qu’il a reconnu ne pas croiser tous les jours à Poligny…

Condamné à quatre mois de prison ferme, il est reparti libre avec obligation de se soumettre à un stage de citoyenneté.

Leur presse (Delphine Givord, EstRepublicain.fr, 13 mars 2013)

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