[Révolution égyptienne] « Mais tout cela n’arrêtera pas la marche de la révolution ; la faim et la pauvreté seront son combustible, et la fronde des provinces son nouveau fer de lance »

Brèves d’Égypte

Les peuples de Port-Saïd et de Mansoura ont fait aujourd’hui leurs derniers adieux solennels et furieux à la fois à leurs martyrs, cinq dans la première ville et deux dans la seconde.

Les cris de haine et de dénonciation scandés contre les Ikhwans furent le leitmotif des manifestants dans les deux villes.

À Port-Saïd, selon différentes sources, la police devrait se retirer sous peu pour laisser place à l’armée qui s’est rangée auprès de la population révoltée, lui ayant assuré son soutien et sa protection. L’escalade de la violence entre l’armée dont un grade moyen fut blessé par balles par la police, et cette dernière, est très inquiétant ; beaucoup pensent qu’il s’agit d’un complot entre les Frères et le ministère de l’Intérieur de fomenter des affrontements entre l’armée et les forces de sécurité de l’État, qui mèneraient à un chaos redoutable. Rappelons que les forces de la police, comptent plus d’un million et demi d’effectifs contre 450.000 pour l’armée. Elle est héritée du régime Moubarak qui a renforcé cet organisme répressif pour se protéger. Les Ikhwans reproduisent les mêmes pratiques, la même politique. Seulement cette police acquise aux méthodes les plus infâmes et les plus répressives, n’a pu tenir le coup face au déferlement populaire du vendredi de la colère, 28 janvier 2011. Certes l’histoire ne se répète pas, mais les Port-Saïdi et les Mansouri sont en train d’écrire une nouvelle page de résistance dans l’histoire de cette révolution, et ils ne céderont pas.

Les révélations récentes de l’ancien responsable de la prison de Wadi El Natroun, de laquelle s’est évadé Morsi El Ayat avec 35 des membres de la confrérie et quelques éléments du Hamas le 28 janvier 2011, confirment les rumeurs sur une éventuelle aide des éléments des Frères de Gaza qui ont facilité cette évasion. Je rappelle que Morsi El Ayat, ainsi que d’autres Ikhwans, croupissaient dans les prisons de Moubarak lors de l’éclatement de la révolution, l’enceinte de l’établissement carcéral de Wadi Natroun, fut détruite par un buldozer, des cagoulés armés ont libéré tous les détenus, et ce jour-là, Morsi a pu joindre la chaîne Al Jazira pour annoncer sa libération avec ses camarades, par satellite, or tous les réseaux d’internet et de téléphone étaient coupées en Égypte à ce moment. Les demandes déposées auprès du procureur général pour ouvrir une enquête sur ces faits, sont restées lettre morte. Mais le témoignage du directeur de la prison ont réouverts la plaie, certains juristes exigent le retour de Morsi en prison affirmant qu’il a perdu toute légitimité. Mais qui pourrait  contraindre cet ancien repris de justice devenu président du plus grand pays du monde arabe et qui plus est, bénéficie du soutien des États-Unis et de l’Europe ? Personne en réalité, le peuple sûrement.

La deuxième révélation qui défraie la chronique depuis deux jours, est celle de la falsification des listes électorales. Selon une équipe conjointe de chercheurs statisticiens de l’Université de Monouféya (centre du Delta) et de l’organisme des statistiques, qui travaillent depuis près de deux ans sur la question, les listes comporteraient 9 millions de fausses voix (devant être soustraites des 52 millions de votants). Ces chercheurs ont constaté la répétition des noms de certains électeurs allant de trois à sept fois, avec le même numéro de cartes d’identité ou avec des numéros différents. Ils ont prouvé qu’il ne s’agit pas d’homonymes, mais d’une manipulation délibéré pour fausser les résultats au profit de l’ex-PND. À la suite de la chute du régime Moubarak, les forces démocratiques ont déposé des dizaines de plaintes auprès du procureur général pour exiger la révision des listes électorales, tout a été jeté dans les poubelles.

Avec un président Al Capone, qui a perdu sa légitimité, à tous les niveaux, et un système électoral basé sur un vice de fond d’entrée de jeu, de quelle démocratie nous parle-t-on ? et surtout  quelle stabilité recherchée par les États-Unis ? Le secrétaire d’État américain est venu s’assurer que la sécurité d’Israël et seulement celle-ci, était bel et bien garantie par El Ayat et ses Frères. Et au moment où il buvait à la santé de cette sécurité, des dizaines de blessés et des morts tombaient sous les bombes lacrymogènes et les cartouches que son pays venait juste de livrer à l’Égypte, il n’en a pas soufflé un mot. Les droits de l’homme ne sont pas valables pour nos peuples, nous sommes des sous hommes, mal nourris, illettrés  et pauvres. Et au moment où le rationnement des galettes de pain entrait en vigueur dans les villes du Sud, trois galettes rationnées par personne (le pain étant l’unique nourriture des plus pauvres) ; l’ambassadrice des États-Unis, et oh quel cynisme, vantait les mérites des fraises égyptiennes destinées à l’exportation ; ya salam… !

Mais tout cela n’arrêtera pas la marche de la révolution ; la faim et la pauvreté seront son combustible, et la fronde des provinces son nouveau fer de lance. Les premiers résultats des élections des unions estudiantines dans les universités témoignent du refus, d’une jeunesse qui a soutenu en masse il y a juste 7 mois la candidature d’El Ayat, de la supercherie, du mensonge, de l’instrumentalisation de la religion, de la répression et du massacre des éléments les plus prometteurs de ce peuple. Les villes du Canal, et en particulier Ismailéya, qui a donné naissance à ce mouvement d’un autre âge sera prochainement son tombeau. Ce régime ne tient que par la répression policière, elle s’est avérée très fragile face à un mouvement massif des masses. Il est en train de se préparer.

Aujourd’hui, le FSN, a réitéré sa position de boycott total des élections, nous ne participerons pas à cette farce, et surtout pas sur les cadavres de nos martyrs.

La révolution continue

Galila El Kadi – Mailing, 6 mars 2013

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