[Notre-Dame-des-Landes] « Les tracteurs sont enchaînés, les paysans sont déchaînés »

Les insurgés de Notre-Dame-des-Landes

REPORTAGE – Punks, anarchistes, hippies sont plus nombreux que les écologistes radicaux à s’opposer au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes voulu par le premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Voyage au cœur de cette nouvelle cour des Miracles anticapitaliste.

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Raphaël Stainville est né le 17 mai 1977 à Versailles en France. Il est journaliste au Figaro Magazine, ancien journaliste du Figaro Hors Série. Écrivain, il est l’auteur de J’irai prier sur ta tombe (François Xavier de Guibert, 2002), où il raconte son voyage de Paris à Jerusalem à pied. Il écrit après plusieurs années d’enquête le livre Pages de sang (Presses de la Renaissance, 2007) ; ce livre raconte le génocide arménien à travers les écrits d’un Français. Il a participé au livre Mission Le Pen : Le Garde du corps parle de Thierry Légier, garde du corps de Jean-Marie Le Pen. [Wikipedia]

Il a mis des lunettes de plongée. Enfilé encore un masque à gaz. Caché le reste de son visage sous une capuche. Emmitouflé dans une écharpe sa barbe de barde. Rabattu les manches de son sweat sur ses poignées pour cacher ses bracelets qui pourraient permettre de l’identifier avant de consentir à monter sur sa barricade pour répondre à quelques questions et prendre la pose. Plusieurs précautions valent mieux qu’une.

Depuis deux jours, il tient Girafe, l’une des nombreuses constructions érigées dans les bois pour tenter de contenir un éventuel assaut des gendarmes mobiles qui cherchent à déloger les opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Douve, pieux, pont-levis, rien ne manque à l’édifice. Une pancarte donne le ton pour ceux qui voudraient s’aventurer au-delà de cette palissade : « C’est pas les paysans et les squatteurs qu’il faut virer. C’est le capitalisme qu’il faut éliminer. »

Ni nom ni maître. Impossible d’en savoir plus sur ce jeune homme. Seulement qu’il a quitté son squat dans le Morbihan deux jours plus tôt « pour venir en aide aux camarades assiégés ». Et qu’il a fait, il y a quelques années, un petit tour par la case prison. Un frère et une sœur, débarqués de Rennes pour le week-end, montent le guet avec lui et se relaient avec d’autres pour tenir cette position avancée 24 heures sur 24. Entre deux morceaux de musique punk, ils écoutent sur radio Zodiac, la radio pirate de Notre-Dame-des-Landes qui émet sur le 107.7, les derniers bulletins des insurgés. C’est leur Radio Londres à eux. Ils ont l’impression de résister, se donnent des frissons. Au talkie, Juliette 6 annonce un atelier bombe, à proximité de Zèbre, une autre barricade. « On a besoin d’essence et de peinture acrylique. Faites passer ! » Plus loin, c’est un groupe de six étudiants de Seine-et-Marne qui creusent une tranchée à coups de pioches et de pelles et tirent du barbelé en travers du chemin.

La ZAD est un bourbier, au propre, comme au figuré

Derrière la barricade, les journalistes ne sont pas les bienvenus. Au mieux, ils sont des valets du capitalisme qui tardent à s’affranchir de leurs chaînes. Au pire, des indics pour les « condés » (flics). Après l’arrestation le 26 novembre de plusieurs opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes par cinq gendarmes en civil infiltrés derrière la barricade du Sabo, la paranoïa a gagné tous les occupants de la zone d’aménagement différée de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, la fameuse ZAD.

Dans les sous-bois, on dévisage plutôt deux fois qu’une les nouveaux arrivants. Un jean trop bien taillé, une peau sans bouton d’acné, une raie sur le côté. On n’est jamais très loin du délit de belle gueule et de la raclée. Les journalistes ne sont plus tolérés qu’une demi-heure par jour. Photos proscrites. Nous sommes parvenus à nous installer trois jours au milieu de la ZAD, circulant au milieu des pétards et des cadavres de bouteilles d’alcool sur ce site de 2000 hectares de forêt et de bocage. Un vrai bourbier. Au propre comme au figuré. Dix ans que ça dure. Dix ans que ce vieux projet d’aéroport a été ressorti des cartons par Jean-Marc Ayrault.

« La plus grande concentration d’altermondialistes d’Europe »

Mais depuis maintenant quelques semaines, alors que les travaux de construction devaient débuter au début de l’année 2013, l’opposition s’est radicalisée et organisée en petits bastions autonomes et autogérés. La ZAD a été rebaptisée « zone à défendre » ou « zone d’anarchie démentielle ». C’est selon. Ils sont plusieurs centaines à camper sur place, disséminés aux quatre vents. Des anars. Des anciens des Black Blocs qui ont fait le coup de poing à Gênes, Turin et sur tous les fronts de la lutte altermondialiste. Des hippies aussi qui naviguent de communauté en communauté. Pour peu qu’il y ait un peu d’herbe à fumer. Des écolos radicaux.

De source policière, Notre-Dame-des-Landes serait devenue en quelques semaines, « la plus grande concentration d’altermondialistes d’Europe ». À No Name, on parle anglais et espagnol pour se faire comprendre. Idem encore à La Gare. Tout ce beau monde dort dans des « sleepings » (dortoirs, NDLR) improvisés dans la forêt. Des baraques en bois, des plates-formes dans les arbres accessibles uniquement avec des baudriers et du matériel d’escalade. Ils s’entassent parfois à une trentaine dans des cabanes de 20 mètres carrés au milieu des chiens qui ronflent et des grolles boueuses.

« Les tracteurs sont enchaînés, les paysans sont déchaînés »

Au Far-Ouest, un message griffonné sur une planche annonce fièrement que 1263 ADN différents ont déjà été recensés dans cette baraque en bois. Il y a les piliers qui ont leur surnom de bataille, Gismo, une petite vingtaine d’années à peine, et Doyo, venu s’installer ici pour vivre ses rêves de décroissance après trois ans dans l’armée. Loïc, un jeune agriculteur parti s’installer sur la ZAD pour s’offrir les terres qu’il ne pouvait pas se payer ailleurs. Et tous les camarades de lutte. Leur nombre ne cesse de grossir. Comme Laurent, arrivé après trente heures de stop depuis Munich. Ou Benjamin, qui promène son spleen et ses deux chiens de bled en bled autour du monde avec ses faux airs de John Krakauer, le héros de Into the Wild. Malgré le froid, la boue, l’humidité, l’hiver qui guette et mord déjà les pieds. Sans eau potable ni électricité. Benjamin kiffe ce mode de vie. Logé, nourri. Pas tout à fait blanchi.

Les cabanes en bois de la forêt du Rosier ont été détruites et le matériel de construction saisi par les gendarmes mobiles il y a trois semaines. D’autres cabanes en kit ont été assemblées trois jours plus tard au lieu-dit de La Châtaigneraie. Protégées cette fois-ci par une soixantaine de tracteurs enchaînés les uns aux autres. Un coup de la Confédération paysanne.

Jean-Louis fait partie des agriculteurs mutins. Il possède une exploitation bovine à la lisière du futur aéroport. Pour lui, pas question de discuter. La commission de conciliation voulue par le gouvernement pour tenter de trouver une issue à cette situation explosive n’est qu’un leurre pour casser l’unité de ce mouvement d’opposition. Pour lui, si « les tracteurs sont enchaînés, les paysans sont déchaînés ». Prêts à en découdre avec les autorités s’il le faut.

Des centaines de « mules »

En attendant, il fait partie de ceux qui approvisionnent les assiégés. Tous les jours, c’est un chapelet de voitures qui franchissent les différentes chicanes d’une route défoncée à la pioche pour approvisionner les « zadistes ». Les gendarmes sont impuissants à contrôler tout ce qui circule sur la ZAD. Leurs points de contrôle sont systématiquement contournés par les champs, les bois. Malgré l’interdiction de la préfecture, les jerricans d’essence continuent d’arriver sur la ZAD. Des centaines de « mules » viennent de tout l’arrière-pays nantais pour apporter aux insurgés eau potable, fruits, légumes. C’est un embouteillage de vieilles bagnoles polluantes qui s’agglutinent aux abords de La Vache Rit, un hangar prêté par un agriculteur pour stocker nourriture et vêtements.

Des retraités préparent la popote pour cent bouches affamées. Une soupe de potiron, de courges et de pommes de terre. Ici, on mange la plupart du temps végétarien. Il faut aller sur les barricades pour trouver un morceau de viande ou une boîte de cassoulet. Ailleurs, c’est un autre qui dépose au petit matin un groupe électrogène flambant neuf et une yourte à monter. « Les camarades de luttes se sont cotisés », glisse Hubert. Au Far-Ouest, les zadistes l’ont surnommé le Père Noël. Il arrive régulièrement avec du matériel.

« L’État capitulera au premier mort »

Notre-Dame-des-Landes est devenue le point de convergence de toutes les luttes. Les insurgés de l’aéroport de Nantes accueillent les opposants à la nouvelle gare de Stuttgart, aux lignes à grande vitesse Lyon-Turin, Bordeaux-Bilbao ou Londres-Birmingham, aux nouveaux projets d’autoroutes ou de complexes touristiques en Espagne, en Italie et ailleurs. On tient des AG à La Châtaigneraie. Les pieds dans la boue, Régis, qui arrive de Grenoble, lit à voix haute un petit ouvrage : « Le train est inutile. Il transforme l’homme qui est un voyageur en paquet vivant. » Ils ne sont pas seulement contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, mais contre tous les projets d’aéroports. En France et ailleurs. Certains abandonnent deux ou trois jours la ZAD pour aller manifester à Lyon, avant de revenir dans le bocage nantais. Difficile d’imaginer que ces opposants puissent capituler à la première grenade assourdissante. Ils ont pour beaucoup déjà fait leurs armes sur d’autres champs de bataille.

« Nos parents sont parvenus à venir à bout du projet de centrale nucléaire à Plogoff. C’est à nous de faire notre œuvre », expliquent Bubuche et Flibuste, deux punks qui débarquent chaque week-end depuis leur squat de Lannion. « On reconstruit plus vite que les gendarmes ne détruisent », jubile Doyo, qui pense déjà à l’après et à l’autogestion des terres. Samedi 1er décembre, les zadistes célébraient à coups de calva et de joints l’inauguration d’une cabane sur un lac. « Si dans un an elle est toujours debout, c’est qu’on aura gagné le combat », assure Hervé Morvan. Pour tous ces irréductibles, « l’État capitulera au premier mort ». Il y a longtemps qu’ils ne croient plus à la politique. Encore moins à la démocratie. Pour eux, Jean-Luc Mélenchon, le leader du Front de gauche, « est en carton ». Certainement pas un interlocuteur. Aussi se préparent-ils à la résistance et au combat.

Volaille embarquée (Raphaël Stainville, LeFigaro.fr, 7 décembre 2012)

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3 réponses à [Notre-Dame-des-Landes] « Les tracteurs sont enchaînés, les paysans sont déchaînés »

  1. bougez ces photos de merde dit :

    VIREZ CES PHOTOS

    yo
    Il a beaucoup de conflits autour de la gestion des medias de masse a la zad. Ca tente de se gérer collectivement meme si ils affluent et s’agglutinent comme des consommateurs à noel et qu’ils ne respectent pas du tout les descisions actées (comme celle d’une demi heure par jour à la chataine où ils peuvent venir). Ce fils d’infiltré de raphael stainville le dit dans son article, il s’est planqué pendant 3jours dans le bocage pour écrire sa merde et faire ses photos volées. Ca fout la rage mais y’a pas à s’en idigner, sinon de le choper si il essaie de revenir – ou ailleurs d’ailleurs-.
    Mais que ces photos de merde où y’a des visages en gros plan se retrouvent sur le jura c’est juste en augmenter la diffusion et foutre mal les gens qui sont dessus.
    alors si vous voulez laisser le texte parsque vous vous dite que ça a un sens soit, mais enlevez les photos svp.
    Et à l’avenir (meme même si elles ont été publiées et que les keufs les ont ) ne mettez pas des photos qui exposent des personnees demasquées à la zad.

    PS : j’ai retenue la part de méchanceté qui aurait pu apparaitre dans ce commentaire en voyant les photos là mais ça semble être du gros nimp.

  2. tralalapouetpouet dit :

    OULLA !
    comment on trouve le contact de ce Raphaël Stainville ?

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