[La liberté ou la mort] « Une clinique privée, à l’initiative d’associations de citoyens et de médecins non corrompus, afin d’examiner, conseiller et soigner les gens »

Nucléaire. 300’000 enfants en zone contaminée à Fukushima

2 millions de personnes vivent dans des régions très contaminées par l’explosion de Fukushima. Une situation que dénonce le Japonais Kazuhiko Kobayashi, en tournée en Europe. Il a fait étape à Strasbourg.

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Kazuhiko Kobayashi était en conférence à Strasbourg.

Ébranlé par la catastrophe de Fukushima, Kazuhiko Kobayashi, 66 ans, qui avait travaillé de 1968 à 1997 dans des entreprises privées en Allemagne, a décidé de revenir en Europe pour témoigner du vécu des habitants touchés par les irradiations et contaminations.

Où sont les personnes qui vivaient dans la zone aujourd’hui interdite de 20 km autour de la centrale ?

Les plus riches ont quitté la région. Les autres, la majorité, vivent toujours dans la région de Fukushima, au-delà des 20 km. Le gouvernement dit que c’est sans danger. C’est faux. Les taux de radioactivité sont très élevés, jusqu’à 300 km de la centrale. La limite internationalement reconnue de 1 millisievert par an a été rehaussée à 20 millisieverts par an. Un médecin corrompu, nommé vice-président de la faculté de médecine, a affirmé que 100 millisieverts par an ne présentent aucun risque. Ceci pour que le gouvernement ne soit pas obligé de dédommager les habitants qui ont tout perdu et qui tombent malades.

Voit-on apparaître des pathologies liées à la radioactivité ?

Une étude menée sur 4000 enfants a montré, en octobre dernier, que 40 % d’entre eux ont déjà des problèmes de thyroïde. Le gouvernement refuse de reconnaître que cela est causé par la radioactivité. La plupart des médecins ignorent tout des pathologies induites par la radioactivité, ils ne savent pas ce qui s’est passé après Tchernobyl. Si je fais cette tournée en Europe, à mes frais, c’est pour aider les gens qui souffrent, pour récolter des fonds destinés à créer une clinique privée, à l’initiative d’associations de citoyens et de médecins non corrompus, afin d’examiner, conseiller et soigner les gens. 300’000 enfants vivent en zone contaminée.

Qu’en est-il de l’alimentation ?

La région de Fukushima est une zone agricole où vivent beaucoup de petits paysans qui ne peuvent plus vendre leurs produits. Ils demandent à être indemnisés. Le gouvernement ne veut pas payer et dit que ces aliments ne sont pas dangereux. Les gens des villes n’achètent plus de légumes de Fukushima mais des produits qui viennent d’autres régions. Alors les produits de Fukushima sont achetés à bas prix et envoyés vers le sud du pays en camions puis reconditionnés et réétiquetés avec la mention « Japon du sud ». Cette fraude se pratique dans tout le pays, le gouvernement le sait et ferme les yeux.

Comment réagit la population ?

Les Japonais sont des gens obéissants. Pour qu’ils manifestent dans les rues, il faut qu’ils soient vraiment en colère. Depuis Fukushima, les manifestations se succèdent. Il y a eu jusqu’à 200’000 personnes dans les rues de Tokyo en juin et juillet derniers. Mais peu de médias en parlent au Japon.

Que savez-vous du réacteur endommagé l’an dernier ?

Le 4e réacteur de Fukushima peut s’écrouler ou exploser au moindre séisme. Le gouvernement et l’exploitant Tepco essaient de le faire réparer. C’est très dangereux car très radioactif. Les robots utilisés ne marchent pas toujours. Des travailleurs précaires sont amenés à travailler en zone radioactive par séquences de 15 minutes. Après quelques semaines, ils sont licenciés et repartent sans suivi médical. Quand ils mourront, on ne connaîtra pas les causes de leur mort.

Le Japon a-t-il définitivement renoncé au nucléaire ?

En raison de la forte sismicité, le Japon est absolument inadapté à l’implantation de centrales nucléaires. Mais les grandes puissances économiques ont intérêt à exploiter le nucléaire au Japon. Le gouvernement ne veut pas reconnaître sa responsabilité dans la catastrophe de Fukushima et contourne la question en disant que, face à la Chine qui monte en puissance, le Japon doit disposer de l’arme nucléaire, et donc de centrales. C’est la propagande qui se développe aujourd’hui. Il y a de nombreuses techniques dangereuses. Mais le nucléaire est la plus dangereuse : en cas d’accident, les dégâts se perpétuent sur de nombreuses générations. Et les populations ne peuvent pas fuir les zones contaminées.

Presse contaminée (propos recueillis par Élisabeth Schulthess, LePays.fr, 7 décembre 2012)

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