Nouveau suicide de détenu à la taule de Vivonne (Poitiers)

[Vivonne – 86] Prisons : silence on meurt

Un nouveau suicide de détenu a eu lieu dans la nuit du lundi au mardi à la prison de Vivonne, nous apprend la Nouvelle République aujourd’hui. Le 3e depuis l’ouverture de cette taule. « Il n’avait rien à faire en prison. Il devait sortir dans un mois », dit l’avocat de la famille. La compagne du détenu porte plainte contre X pour homicide involontaire.

La France, dernier pays d’Europe occidentale à avoir aboli la peine de mort, perpétue de fait cette tradition avec un système carcéral dont les conditions d’enfermement sont jugées honteuses et indignes par de nombreux rapports, et ont donné lieu à des condamnations régulières de la France pour l’état lamentable de ses prisons. De fait, les conditions d’enfermement bafouent les droits les plus élémentaires des individus. Entre 2,4 et 4 m² par détenu, murs nus, bouffe immangeable, fournitures (cantine) hors de prix, toilette exposée au regard des codétenus, quartiers disciplinaires avec une durée récemment réduite à 30 jours … toujours deux fois plus que dans les pays voisins. Un grand nombre de prisonniers souffrents de troubles psychiques : près de 20% des détenus seraient même psychotiques. Conditions de soins désastreuses, avec des détenus encore trop souvent attachés à leurs lits. Arbitraire total de l’administration pénitentiaire. Et  des murs, toujours des murs, pour briser les liens humains, briser les familles avec des gosses qui privés de parents, se retrouvent eux aussi enfermés — dehors. Briser l’espoir, briser l’esprit. Les partenariats public-privé (comme dans la taule de Vivonne, fournie par Bouygues), sensés créer des prisons neuves et propres, avec plein de sas électroniques et de dispositifs de surveillance électronique, n’ont rien arrangé, si ce n’est le portefeuille des capitalos engrangeant les contrats. Bien au contraire : l’isolement et l’enfermement y sont encore plus fortement ressentis.

Dans ces conditions, comment s’étonner que l’on meurt beaucoup plus en taule aujourd’hui qu’avant l’abolition de la peine de mort ? Le taux de suicide en prison a été multiplié par cinq ces cinquante dernières années. La France étant là aussi championne de l’Europe des quinze avec 20 suicides pour 10.000 détenus. On se suicide 6 à 7 fois plus en taule qu’à l’extérieur. Tous les trois jours, un suicide a lieu dans les prisons françaises … et c’est toujours la même musique, celle en sourdine du le silence de l’administration pénitentiaire, celle du dédouanement des syndicats de surveillants pénitentiaires : « On n’a rien vu venir. Ce n’était pas quelqu’un qui avait donné des signes avant-coureurs de difficultés », déclare le secrétaire local de l’UFAP-UNSA.

L’intervention des peines planchers a encore augmenté la situation dramatique de surpopulation carcérale. La France est championne là aussi, venant de battre un nouveau record historique en juillet dernier avec 67.373 détenus, et une surpopulation de près de 118%.

La promiscuité accroît le désespoir des détenus. Dans ces conditions, le taux de suicide a encore augmenté ces dernières années. Il concerne d’ailleurs deux fois plus des prévenus encore non jugés, c’est-à-dire présumés innocents, que des condamnés.

On entend souvent dire qu’il faut tout de même des prisons pour punir et ainsi donner une « bonne leçon ». Or, les taux de récidive les plus élevés concernent les personnes ayant fait toute leur peine en taule, a contrario les plus faibles taux de récidive concernent les bénéficiaires de libérations conditionnelles, de peines alternatives et d’aménagements de peine. Rien ne pousse plus à la récidive que la pseudo-solution carcérale.

D’autre part, quel genre de crimes punit-on par la taule ? Plus de 80% des personnes se retrouvant en taule sont en fait punies pour des affaires comportant une atteinte à la propriété privée. Ce qui signifie qu’une très grande partie des incarcérations répondent à un système social capitaliste, inégalitaire, fondé sur la dépossession. Comment d’ailleurs ne pas faire le parallèle entre la privation structurelle de liberté à l’intérieur des murs, et celle qui a lieu d’une autre façon hors-les murs, au bagne du travail aliéné où humiliations, contraintes et épuisement psychologique sévissent ? La taule est le pilier de cette société injuste, définie par l’exclusion, la répression et le contrôle social. Une société de classes où jamais les grands requins ne sont jugés, seulement les petits poissons pris dans les mailles du filet de la misère.

Face à ce constat, le gouvernement socialiste a annoncé qu’il construirait plus de places de prison, aussi bien pour les adultes que pour les mineurs (construction d’EPM). Toutes les statistiques démontrent que plus il y a de places en taule, plus on remplit les taules : construire de nouvelles prisons n’a jamais résolu le problème de surpopulation. C’est juste envoyer à la destruction psychologique et physique, et au suicide, toujours plus de pauvres. Et à la récidive (63% des détenus ayant purgé toute leur peine en taule récidivent dans les cinq années), pour que jamais les pauvres ne sortent de leur désespoir et de l’image que la société leur renvoie.

Qu’on le veuille ou non, il s’agit ni plus ni moins que de perpétuer la peine de mort, de fait.

À bas toutes les taules et à bas tous les geôliers.

Pavillon Noir, 4 octobre 2012


Un détenu se pend à Vivonne : sa famille porte plainte

Vivonne. Un Châtelleraudais de 56 ans, en prison pour des délits routiers, a été retrouvé mort, pendu, mardi matin. Sa famille porte plainte contre X.

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Un détenu s’était déjà tué en août dernier.

C’est le deuxième suicide en deux mois [À la mi-août, un Irakien jugé à Paris pour le meurtre de sa femme et incarcéré à Vivonne, s’était suicidé]. La nouvelle a jeté la consternation parmi les personnels du centre pénitentiaire de Vivonne, mardi, selon un gardien de prison.

« On n’a rien vu venir. Ce n’était pas quelqu’un qui avait donné des signes avant-coureurs de difficultés », note Bernard Dupuis, secrétaire local de l’UFAP UNSA.

Un agriculteur miné par l’alcool et déjà incarcéré

La compagne de la victime non plus ne comprend pas, car Christian lui aurait confié son mal-être. Elle a décidé de porter plainte contre X pour homicide involontaire. Une qualification qui peut paraître surprenante.

L’avocat de la famille, Me Takhedmit, précise qu’il s’agit de vérifier si une faute imputable à la direction ou aux gardiens peut être retenue. « Il a échappé à leur vigilance. On veut connaître les causes et les circonstances de son décès. »

Une enquête a été ouverte par le parquet de Poitiers et une autopsie est programmée.

Père de deux enfants, Christian, un habitant du Châtelleraudais âgé de 56 ans, se trouvait à la maison d’arrêt en exécution de peine depuis mai dernier suite à une conduite en état alcoolique. Un problème récurrent chez cet agriculteur, plusieurs fois épinglé pour sa consommation d’alcool et les délits commis dans la foulée.

Il ne pouvait plus bénéficier d’un aménagement de peine. Il a donc été incarcéré une nouvelle fois.

« Il n’avait rien à faire en prison. Il devait sortir dans un mois », relève l’avocat de la famille. « Vendredi dernier, il devait passer en justice pour quatre faits, des choses qu’il contestait en partie. Finalement, les dossiers ont été renvoyés à une autre date. Il s’est dit que c’était mauvais signe pour lui. Il angoissait. Et puis, la veille de son décès, son codétenu est parti. Il s’est retrouvé tout seul. »

Le troisième

L’Administration pénitentiaire, fidèle à sa ligne de conduite, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet. C’est le troisième suicide recensé à Vivonne depuis son ouverture en octobre 2010.

« Nous sommes régulièrement formés sur la question du suicide, et nous sommes encore plus vigilants quand la famille ou des gardiens nous signalent des problèmes. Nous faisons alors des rondes supplémentaires, surtout la nuit », explique le représentant de l’UNSA de Vivonne. « Mais, face à quelqu’un de décidé, on ne peut rien. »

Surpopulation

Le syndicaliste relève aussi que le nombre de gardiens en poste n’est pas suffisant au regard du nombre de détenus qui, lui, va croissant. La coordinatrice régionale de l’Observatoire international des prisons, Barbara Liaras, annonce une occupation de 115 % dans la partie maison d’arrêt, là où les détenus purgent leur peine.

« Le problème du suicide, c’est que, normalement, c’est une question de santé publique. Là, en prison, c’est l’Administration pénitentiaire seule qui s’en occupe. »

Presse carcérale (lanouvellerepublique.fr, 4 octobre 2012)

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