[Chronique de Youv derrière les barreaux] Partie 54 – « Chaque jour de plus de la chronique est une victoire »

Partie 54

C’est chez nous que l’on trouve les plus gros cistra, les plus grosses discriminations, quand un renoi sort avec une rebeue, quand un rebeu avec une renoi c’est le parcours du combattant pour qu’il se fasse accepter par sa belle-famille pourtant les deux darons priaient dans la même mosquée, alors pourquoi ce fossé ? Pourquoi les différences apparaissent soudainement, quand faut donner la main de sa fille, les a priori avaient poussé la porte du foyer familial peu de couples résistent quand la famille rentre en jeu, l’amour parfois est vaincu par la force de la culture familiale établie depuis des décennies, se mettre à dos toute sa famille pour l’être aimé est un sacré dilemme. J’exagère volontairement en disant que c’est chez nous qu’il se cache les plus gros cistra, je veux qu’on balaye devant notre porte avant de jeter la pierre à autrui, je reconnais que pendant longtemps je faisais partie des gens malpensants qui pensaient que le repli communautaire était une sécurité, c’est l’ignorance qui me faisait parler de la sorte, comme si le bonheur était propre à une culture, à une couleur qui aurait misé sur Delphine et moi ? Qui aurait misé même un euro sur cette bourgeoise, issue d’une famille de chercheurs, qui aurait cru qu’une telle meuf serait tombée mordue d’un renoi made in banlieue, braqueur, personne. Peu de meufs auraient attendu des années de privations, de tristesse, et de larmes. J’ai vu trop de potes délaissés par une femme à bout de forces assommée par ces longues années, à faire le tour des parloirs, comment leur en vouloir ? Elle n’était condamnée à rien elle, son seul tort c’était d’aimer un youv.

J’ai un bon ami à moi qui a subi cette triste expérience, mon pote vivait avec sa meuf à l’extérieur, il l’a traitée mieux qu’une princesse, c’était trop fusionnel entre eux, malheureusement leur amour fut séparé par la prison, les premiers mois la meuf signait toujours présente dès que son gars a été condamné elle a disparu du jour au lendemain sans donner de nouvelles, mon pote est rentré dans une forme de dépression tellement il était accro de cette meuf mais le temps a guéri ses blessures a séché ses larmes, il se relevait de ce dur épisode. Cinq ans plus tard alors qu’il ne lui restait que six mois, il reçoit une lettre de son ex perdue de vue pendant cinq ans, elle lui demandait pardon d’être partie comme une voleuse sans prévenir, le pire c’est qu’elle a accompagné ce courrier d’une photo d’enfant qu’elle a eu avec un autre et lui a décrit son calvaire qu’elle subissait à l’extérieur, elle venait de se séparer de son gars, qui arrêtait pas de lui lever la main dessus, mon pote m’appelle et me raconte son histoire au bord des larmes pourtant c’était un sacré bonhomme mais je ressentais dans chacune de ses phrases son émotion, ce qui l’a blessé c’est pas qu’elle parte mais c’est qu’elle ose revenir quand l’épreuve était finie avec l’enfant d’un autre, c’était hallucinant. Il l’a revue une fois au parloir car il voulait comprendre le pourquoi du comment puis il l’a zappée de sa vie pour de bon.

J’ai reçu un courrier de ce poteau il y a moins de trois mois, il venait de se marier avec une autre et [est] devenu l’heureux père d’un petit garçon, je voulais vous raconter l’histoire de mon pote, car c’est une histoire qui m’a touché profondément et pour vous dire que la roue tourne toujours, y a souvent le soleil après la pluie fallait juste être patient et attendre la bonne saison.

Je vous écris ce texte, il est 18 heures pile sur un fond de Despo Rutti en mode hardcore pourtant ce texte est posé, il me fallait aller chercher dans le hardcore la douceur de mon récit, en rentrant en cellule j’ai croisé un chef, je suis passé devant lui sans le regarder il m’a regardé trop bizarre, je suis parano je m’attends à tout moment qu’ils me sautent, chaque jour de plus de la chronique est une victoire même si ce soir ils me prennent tout j’aurai aucun regret que du bonheur car j’ai été jusqu’au bout de ma logique et le mitard c’est bon je connaissais LOL vivement 19 heures qu’ils ferment la porte et que je sorte le téléphone de ma cachette, que je me mette frais improvisation totale, il y a trente minutes ma page était blanche, je l’ai noircie de long en large, ma feuille transpire la réalité d’un mec du ghetto, il y a trois jours j’ai été convoqué par la direction il y avait une salope qui avait écrit une lettre anonyme disant que j’avais une clé 3G Internet, j’ai pété les plombs j’ai tout nié en bloc mais je devais rester sur mes gardes car la balance avait encore frappé, j’étais rôdé face à ces langues de pute, ils avaient fait une erreur, c’était de me prévenir, UN HOMME AVERTI EN VAUT DEUX. En prison les balances c’était le diable la cause de tous nos soucis, il y avait pas de mot pour qualifier ces gens mais bon ça faisait partie de la taule et fallait faire avec.

UNE BALANCE RESTE UNE BALANCE QUEL QUE SOIT LE TEMPS QUI S’EST ÉCOULÉ, HECHEK UN CADAVRE REMONTE TOUJOURS À LA SURFACE.

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