[Mort aux El-Assad et à tous leurs complices !] « Trois quadcopters avec de petites antennes radio : tu les fait voler sur les toits de trois immeubles du quartier. Et hop, tu as un mini-réseau. Facile à monter, à démonter, difficile à détecter ! »

Un squat déterre le hack de guerre

Dans le local de la Gare XP, à Paris, des informaticiens aident les rebelles syriens à lutter sur Internet.

Ça sent le bédo et la bière. Dans cette petite pièce enfumée et surchauffée par les ordinateurs, une dizaine de hackers se retrouvent chaque mercredi au Loop (Laboratoire ouvert ou pas). Depuis un mois, ils sont installés à la « Gare XP », un squat du XIVe arrondissement parisien, au bord du périphérique. Depuis quatorze mois, l’OP Syria-Opération Syrie a été lancée. Le but : aider les opposants au régime d’Al-Assad dans leur révolution sur Internet.

Parmi la dizaine de personnes présentes ce soir-là, certains préfèrent se faire discrets : « C’est cool d’aider les gens, mais il y a des intérêts économiques importants en Syrie. Je veux pas me faire buter dans un parking », explique un membre du groupe hacktiviste Telecomix. D’autres assument leur engagement, à l’image de B3N (ils s’appellent tous par leur pseudonyme) qui s’est engagé « par conviction politique ». Pour Okhin, 30 ans, physique rectiligne et dynamique comme une pile électrique, c’est avant tout le « challenge informatique » qui l’a motivé. Il pousse même le vice en ajoutant que, si les opposants syriens avaient bloqué le réseau contre Bachar al-Assad, il l’aurait rétabli. Des déclarations qui suscitent le débat à la Gare XP.

Pour communiquer entre la France et la Syrie, les opposants doivent se connecter sur IRC, une messagerie instantanée fréquentée par les hackers. En tapant ensuite le nom d’un forum, ils sont mis en relation avec les hackers français (et d’autres). Les informations peuvent être échangées : comment être anonyme, trouver des mots de passe ou encore ne pas centraliser toutes les données au même endroit. Les hackers leur conseillent aussi de se méfier de Facebook. Des manipulations simples, mais qui permettent de sauver des vies. Ou, du moins, de les préserver plus longtemps. « Quand on n’a pas de nouvelles d’un opposant pendant trois ou quatre jours, on s’inquiète. Il arrive qu’on parle avec un Syrien et qu’il nous dise qu’il entend la police arriver, qu’il ne sait pas quoi faire. On sait qu’après ça… il est mort. Quelque part, c’est un peu de notre faute aussi… » confie Okhin, qui, comme d’autres, confie avoir arrêté de regarder les vidéos que leur envoient les opposants : « À chaque fois, c’est un massacre. »

En 2008, un hacker français a créé DarkComet, un logiciel évitant les systèmes de détection antivirus. Les autorités syriennes s’en sont emparées et ont réussi à mener des arrestations. Pour les membres de Télecomix, difficile, par exemple, d’être sûr de parler à un opposant syrien et non un pro-Al-Assad. Pour Nicolas Diaz, 38 ans, webmaster à la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), les actions sur le terrain et celles sur Internet sont complémentaires. Mais, prévient cet habitué des missions entre hackers et la FIDH, si « on a gagné en terme de vitesse de l’info, on a perdu en pertinence ».

Presse estivale (Élodie Goulesque, Liberation.fr, 15 août 2012)


Aux côtés des cyber-opposants syriens, des « hacktivistes » parisiens s’engagent

Comme Tom, membre parisien du groupe Loop installé dans un squat du 14e arrondissement, ils sont des dizaines dans le monde à épauler les activistes anti-Bachar dans leur cyber-guerre contre les autorités syriennes.

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Pour les membres du « Laboratoire ouvert ou pas » (Loop), la coupure totale d’Internet par le régime d’Hosni Moubarak, lors de la révolution égyptienne, a été une révélation, et le signal de départ d’une mobilisation internationale.

« Ils ont osé, on pensait tous qu’aucun pays n’oserait couper l’Internet ! », raconte à l’AFP ce jeune homme brun au regard brillant, installé dans la petite salle mise à la disposition du groupe dans le squat baptisé « Gare XP », proche du périphérique.

« Des geeks du monde entier se sont ligués pour aider l’opposition égyptienne à revenir en ligne. Cela a marché. Et aujourd’hui ce sont les Syriens qui ont besoin de nous », dit-il.

Le Loop, c’est une dizaine « d’hacktivistes » (hackeurs-activistes) motivés et actifs, une trentaine d’intermittents qui passent de temps à autre donner un coup de main et 250 personnes sur la liste de diffusion.

Ils agissent aux côtés de l’opposition syrienne sur internet en collaboration avec le groupe international d’hacktivistes Telecomix, fondé en 2009.

Le 15 septembre 2011, ils sont parvenus pendant quelques minutes à détourner tout le trafic Internet sortant de Syrie sur une page d’accueil dans laquelle ils prévenaient les internautes des risques d’être surveillés, donnaient des conseils pour mieux se dissimuler et proposaient leurs services et leurs compétences pour rendre le plus anonymes possibles les communications.

Crypter, éviter la traçabilité

« Nous avons créé, installé et configuré des salons de discussions en direct (IRC) 100% anonymes et sûr, sur lesquels les opposants syriens peuvent nous contacter et même se contacter entre eux en étant sûrs qu’ils ne pourront pas être identifiés par le régime, même s’il dispose de technologies de pointe achetées en France ou aux États-Unis », poursuit Tom.

Depuis, ils ont gagné la confiance de dizaines d’activistes et d’opposants syriens, qui risquent leurs vies pour faire sortir films et informations du pays via le réseau.

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« Leurs demandes : comment anonymiser les échanges de courriels, comment crypter des SMS sous Androïd, comment ne pas de faire repérer en ligne, éviter la traçabilité ? Des gars de Telecomix, de Loop et d’ailleurs se retrouvent pour leur proposer des solutions, étudier leurs problèmes », explique-t-il.

« Pas question d’être des utopistes qui font ça pour s’amuser et mettent la vie des gens en danger. Nous portons une sacré responsabilité : s’ils utilisent les technologies que nous leur apportons, il faut qu’elles soient sûres à 100% ! On ne peut pas se gourer. Tu ne peux pas te dire : +Hoops ! Je viens de faire tuer cinquante personnes…+ »

« Parfois, des relations se nouent avec des gars à l’intérieur de la Syrie. On apprend à se connaître, malgré les pseudos. Et puis un jour, plus de nouvelles du gars. Plus jamais de nouvelles… Là, ton ordinateur, tu ne le regardes pas de la même manière… »

Récemment des questions sont arrivées sur les possibilités d’utiliser des « quadcopters », petits drones hélicoptères dotés de quatre hélices, faciles à fabriquer et à faire voler par télécommande.

« Les plans sont partout, en logiciels libres », sourit Tom. « Ce serait pas mal de les aider à fabriquer ça. Trois quadcopters avec de petites antennes radio : tu les fait voler sur les toits de trois immeubles du quartier. Et hop, tu as un mini-réseau. Facile à monter, à démonter, difficile à détecter ! »

Figure publique de Loop, habitué à représenter le groupe dans les médias, le jeune homme explique et détaille les aspects « ouverts » de « l’Opération Syrie ». « Mais, vous comprenez bien, il y a pas mal de choses qui doivent rester secrètes… »

Presse estivale (Agence Faut Payer via France24.com, 17 août 2012)

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