[Chronique de Youv derrière les barreaux] Partie 44 – « On a déclenché pas mal de tensions dans la cour de promenade puisque notre insouciance nous faisait pas garder notre langue dans notre poche »

Partie 44

2000, j’étais à Bois-d’Arcy, fini le quartier jeunes on m’avait transféré au grand quartier, j’ai atterri dans une cellule avec un mec de mon quartier, où j’étais à peine jeune majeur me voilà dans la cour des grands, nous étions une trentaine de Mantes-la-Jolie, j’étais vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec un bon pote (Limay), on était les plus jeunes de la promenade, toujours très agités, on avait gardé les habitudes du quartier jeunes on jouait trop les malins on testait tout le monde nous étions sous la protection des plus vieux, mais on voyait que c’était chacun pour sa peau, tout le monde à sa place moi j’avais l’habitude de marcher en équipe au quartier jeunes ici c’était deux par deux ou au grand maximum trois par trois, un jour pour un mot de travers par la fenêtre, je règle ça en tête-à-tête en promenade, je lui avais mis un perfect comme dans Street Fighter LOLL, j’avais fait mes preuves, j’avais pris de l’assurance et du galon, moi et mon poteau [de] Limay on a déclenché pas mal de tensions dans la cour de promenade puisque notre insouciance nous faisait pas garder notre langue dans notre poche.

Un jour je descends en promenade comme d’habitude et je vois mon pote tout pâle je lui demande : « Wesh poteau alors qu’est-ce que t’as » il me prend à part et me dit : « Un grand m’a mis le couteau sous la gorge et m’a dit continue à faire le con la prochaine je te pique », moi en entendant ça j’ai pété les plombs, je voulais surtout pas en rester là, donc de ce pas je suis allé voir les grands de chez nous, pour leur expliquer la situation, la plupart se sont chié dessus y en a même un qui m’a sorti : « Vous les petits vous foutez trop la merde en plus je sors bientôt je veux pas d’histoire », je l’ai insulté de tous les noms dans ma tête, je pouvais pas lui en vouloir si c’était une trompette, j’ai récupéré par la fenêtre des rallonges et des boîtes de thon qu’on a mis dans des chaussettes la plupart des grands de Mantes voulaient pas rentrer en guerre avec le mec parce que soi-disant c’était une grosse tête, je comprenais pas cette attitude qu’ils avaient à sélectionner la gravité du manque de respect selon la tête du client, si ça avait été une baltringue, ils auraient bougé normal, moi j’adhérais pas à cette politique de trompette, un manque de respect était le même que ce soit un chaud ou un pauvre type, on a été mon pote et moi à la table de cette soi-disant grosse tête qui jouait aux cartes, on s’est regardés moi et mon pote on a pris notre respiration, nous avons été au front, on s’est déchaînés c’était chaud bouillant, une fois de plus, j’ai fini ma nuit au mitard c’était devenu une habitude mais j’ai appris qu’on n’était [jamais] mieux servi que par soi-même.

Depuis ce jour-là je regardais plus les grands de la même manière, à l’époque tellement j’étais agité, le directeur de la prison m’avait transféré pour la maison d’arrêt d’Osny (95) j’étais trop dégoûté, mais bon une prison reste une prison, j’ai été transféré avec un mec de Mantes du coup on a fait la demande pour rester ensemble dans la même cellule pour fêter notre arrivée la première nuit on a foutu la musique à fond tous nos voisins étaient dégoûtés, dès notre arrivée c’est parti en couille par la fenêtre, mais on était à fond dans l’engrenage on continue la musique à fond, jusqu’à l’aube tout le monde voulait notre peau dans la promenade, le lendemain matin 8h30, je m’habille fourchette à la ceinture, je me préparais à descendre en promenade comme par hasard mon codétenu ne se réveillait pas il avait une trouille énorme qui l’a cloué au lit, moi je ne pouvais pas ne pas descendre j’aurais préféré me faire marcher dessus que faire la trompette et rester en cellule, je suis descendu tout seul comme un grand, la promenade était peuplée de mecs d’Argenteuil, Sarcelles et Cergy (95), la plupart des mecs je les avais croisés aux CJD de Bois-d’Arcy (quartier jeunes), du coup j’ai été accueilli mashallah, j’étais accepté direct, j’étais devenu un vrai mec de la secte « quartier de Sarcelles », TOUTES LES CITÉS SE RESSEMBLENT COMME DEUX GOUTTES D’EAU LES MÊMES DISCRIMINATIONS LES MÊMES AMBIANCES LES MÊMES LARMES QUAND UN FRÈRE MEURT.

J’avais l’impression d’avoir vécu dix vies, tellement c’était mouvementé dans ma vie de lascar, mais j’étais toujours seul même en public quand je parlais de mes projets d’association de malfaiteurs je passais pour un fou mon surnom d’ailleurs était « le ouf » pendant des années, mais pour moi c’était ceux qui se laissaient dompter qui acceptaient de subir sans rien dire, c’était eux les vrais « oufs », j’arrive pas à réaliser que ça fait huit ans que je suis enfermé, j’avoue je m’y attendais c’est ce qui m’a rendu insensible à leur fonction LA LOI DU PLUS FORT EST TOUJOURS LA MEILLEURE, ils avaient le droit de nous opprimer mais à la moindre révolte, ils t’enfonçaient la tête à coups d’années de taule, j’avais un profond désaccord contre ce système, il nous éliminait un par un mais les règles du jeu on les connaissait avant de jouer donc on pouvait pas se plaindre SI TU VEUX GAGNER UN JOUR FAUT ACCEPTER DE PERDRE.

Dans toutes les prisons où j’ai été, j’ai toujours réussi à faire ma place parmi les plus dingues je m’adaptais selon les régions, j’étais international LOL j’ai vu des faux oufs finir à genoux dans la cour démasqués par une équipe de jeunes à la recherche de respectabilité, en prison peu importe ton gabarit que tu sois gros maigre ou petit c’est ce que t’avais entre les jambes qui comptait, si tu étais un bon tu avais le tapis rouge dans toute la France, si tu avais un passé trouble tu finissais sous la semelle d’une agression en réunion je m’en rappelle en 2004 à Bois-d’Arcy, il y avait ce fameux « Marc Machin » dans ma promenade quand j’ai entendu son histoire de dingue à coups de tartes il se mangeait, mais persistait et descendait toujours en promenade où il clamait son innocence alors qu’il avait reconnu devant la juge, j’ai vu plus tard en regardant la télé qu’il était innocent du crime qu’on l’accusait, mais bon ça ne l’a pas empêché de violer une fois dehors, donc la raclée qu’on lui avait mise était justifiée, on lui avait juste fait une avance sur solde, LOLLL.

TÔT OU TARD TU PAYES TES ACTES PERSONNE NE COURT PLUS VITE QUE LA FATALITÉ.

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