[Chronique de Youv derrière les barreaux] Partie 42 – « Y a eu un avant et un après émeutes à Mantes-la-Jolie »

Partie 42

Début 90, le Val-Fourré était la plus grande cité HLM d’Europe (ZUP), des forêts, des tours de béton, inondées les rues, ça puait le hip-hop et le 80KX (bécane de cross), les règlements de comptes se réglaient encore en tête-à-tête, sur un terrain vague, les gens faisaient tous partie d’une bande de zoulous LOL Renault 12, Renault 18, et les incontournables Traffic des J5 des darons étaient sur tous les parkings, le respect des plus vieux, était sans faille mais ils nous le rendaient bien, j’ai eu de la chance d’avoir connu cette époque mashallah, je rôdais dans la cité au guidon de mon BMX à jantes à bâtons, avec mon survet sans marque, du marché imitation Tacchini, une paire de baskets Mario Bros que j’avais gagnée dans une tombola de mon école « J’ÉTAIS BON », on suivait tous des cours de hip-hop, de break, de smurf, dans les cages d’escalier, y avait pas de prof, les référents c’était l’émission H-I-P H-O-P de Sidney, y avait une équipe de petits danseurs qui nous mettait tous d’accord, ils venaient d’un quartier (Sully), la bande à Vicié si si, chaque quartier avait son groupe de danseurs, je m’en rappelle, on avait gagné en final, les deux titres de MC Solaar, les filles se sapaient en Kookai, 501, petite veste Bombardier aïe aïe aïe, laisse tomber nous on arrivait loin derrière niveau style, heureusement la roue tournera plus tard, la tondeuse nous a rendu service, et la coupe afro laisse tomber j’ai eu ma dose assortie au col roulé de la daronne MDR, j’ai détruit toutes les photos de cette époque trop compromettantes LOL, mais bon nos souvenirs leur donnent du charme à ces moments de notre passé ;-).

Quelques années plus tôt dans la banlieue lyonnaise, se déroulèrent les premières émeutes urbaines en France, c’était la première révolte des banlieusards c’était le nid de toutes nos contestations là où tout avait commencé, c’était le reflet d’un malaise, des jeunes issus des couches populaires.

1991, à Mantes-la-Jolie, un rodéo de voitures volées, finit en strike dans un barrage de police, une policière succombe à ses blessures, de là s’engage une envie de vengeance du côté des gardiens de la paix, une chasse à l’homme est lancée dans les rues du Val-Fourré, des policiers déterminés à venger leur collègue se comportent en véritables cow-boys, la tension résonne jusqu’à dans les geôles de garde-à-vue, où se trouvait un jeune beur [Aïssa Ihich. (Note des Éditions Antisociales.)], issu du Val-Fourré qui était asthmatique, la police après l’avoir rué de coups, refuse de lui donner sa ventoline, pour calmer sa crise d’asthme, le jeune finira par en mourir, dans la foulée, les cow-boys cherchaient une proie dans la cité, finissent par la trouver, ils abattent un jeune qui tentait de se sauver au volant d’une voiture volée, d’une balle dans la nuque [Youssef Khaif. (Note des Éditions Antisociales.)], plusieurs nuits d’émeute s’enchaînèrent au Val-Fourré, les jeunes étaient déchaînés, la colère avait atteint un degré de violence sans précédent, ces événements m’ont marqué à tout jamais j’avais choisi mon camp, le camp des rebelles qui n’allaient pas se laisser dompter, y a eu un avant et un après émeutes à Mantes-la-Jolie, plus rien n’était pareil, cette révolte avait tout changé, fini les cours de hip-hop de danse on a tous jeté l’éponge, on venait de réaliser que dans le pays dans lequel on vivait on pouvait être abattu sans raison par les keufs, avec une totale impunité, aucun flic n’a été condamné pour les meurtres de cette époque, en revanche, le jeune qui a forcé le barrage et a causé la mort de la policière, a été condamné à dix ans de prison ferme.

PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX… … … … LA POLICE PROTÈGE LES CITOYENS MAIS QUI NOUS PROTÈGE DE LA POLICE ?

POLICE PARTOUT JUSTICE NULLE PART

C’est dans cette ambiance que je suis rentré dans l’adolescence vous comprendrez que c’était pas l’idéal pour grandir sereinement, à la base on était mal partis, j’étais en guerre contre ceux qui soi-disant nous protégeaient, je refusais à me soumettre à toute forme d’autorité « Oumar, le détère était né », les émeutes m’avaient ouvert les yeux sur la considération et la place que nous avait réservées le système, l’ascenseur social était bloqué au sous-sol, peu importe, j’étais décidé à prendre les escaliers, je repense à tous ces ados encore inconscients, tapent le ballon, dans leur hall en rêvant de la Ligue des champions jusqu’au jour où marquer des buts entre les halls leur suffirait plus, comme le hall est le seul endroit où ils étaient pas jugés ni refoulés, ils utiliseront plus tard comme outil de travail pour y écouler quelques kilos de marques classées LOLLL.

Les émeutes 91 ont été le point de départ de ma prise de conscience, 2011, vingt ans plus tard, je reste animé par la même flamme d’espoir qu’un jour la situation se renverse.

J’AI CRU QUE PRENDRE LES ARMES SERAIT UN RACCOURCI POUR LA BELLE VIE, MAIS M’ONT FAIT FAIRE UNE PAUSE DE QUELQUES ANNÉES, PAS GRAVE L’ESSENTIEL C’EST D’ARRIVER AU FINAL AU BUT QUE JE M’ÉTAIS FIXÉ.

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