[Printemps érable] Des nouvelles de la F1 et de l’ambiance de merde

Finito, il n’y aura plus de négos. Le « punir et laisser pourrir » résume bien le programme de Charest pour l’été. Ce que beaucoup ont pu sentir depuis peu, c’est la baisse d’intensité du mouvement, à la faveur de l’été qui commence et vu que les cours sont suspendus jusqu’en août de toute façon. Pour un paquet de monde, c’est le temps de prendre un break avant la vraie guerre. Il y a toujours quelques casseroles qui résonnent, mais on ne voit plus les grandes manifs de quartier d’il y a dix jours encore. Les manifs nocturnes se poursuivent toutefois sans relâche, hier pour une 50e journée d’affilée. On en est à 4 mois de grève aujourd’hui.

LE GRAND PRIX – F1 : Il y a bien eu, du 7 au 10 juin, un peu plus d’actions, une petite remontée de la tension, très attendue. Samedi et dimanche, quelques « méfaits » ont été commis sur le trajet des manifs, selon les journaleux, ce qu’ils n’avaient pas vu depuis un moment (tout le monde a une notion du temps un peu fuckée ces jours-ci). Oui, les hôtels, les commerçants et les autres ont eu une moins bonne année qu’à l’habitude, le maire aussi.  Ça les a fait un peu chier, certes, mais sans plus. Le fait marquant, cette fin de semaine-là, reste d’abord l’amplitude du dispositif de sécurité déployé pour faire chier les autres, tous ces crottés de manifestants, de « carrés rouges » et de « casseurs infiltrés »  venu pour casser le party. En plus des nombreuses arrestations ciblées autour des manifs, on a « assisté » a une multiplications des descentes chez des militants, perquisitions et tout le bordel. Bousculades en pleine rue Crescent : au milieu du display de gros chars sports et de pitounes augmentées, les bleus du SPVM ne savaient plus toujours sur qui taper. Faut dire que plusieurs avaient compris que c’était plus facile de circuler sans se faire spotter une fois grimée en greluche ou déguisé en douchebag de Laval. Et puis de toute façon, comme on l’a vu, même les amateurs de chars peuvent avoir envie de pitcher des trucs sur les cochons. Même problème pour les flics dans le métro, qui comptaient bien filtrer tous ceux qui y passaient. Partout sur la ligne jaune, et ailleurs sur le réseau, de véritables checkpoints spéciaux ont été mis en place pour arrêter des suspects, ou les refouler, et saisir au besoin leur sac à dos, leurs bouquins, leurs canif suisse, alouette.

Un responsable de l’opération s’est défendu de faire du « profilage » , assurant qu’ils n’arrêtaient « pas seulement des gens avec un carré rouge ».  Équitable.

On est en plein exercice contre-insurrectionel. Entre les gens qui en ont plein le cul du bordel, et ceux qui s’épuisent à le faire, entre ceux qui collaborent de plus en plus fièrement avec la police et ceux qui commencent à vraiment flipper de cet « état spécial », l’ambiance n’est pas au plus top. Ça donne un peu un feeling « années de plomb », mais sans bombes ni fusils, sans enlèvements ni assassinats (tout juste quelques enveloppes de menaces et de bicarbonate).

L’amertume carcérale, coupée à l’eau d’érable.

L’État mobilise toute ses ressources judiciaires pour briser le mouvement. Les injonctions n’ont pas marché, mais la durée des événements donne l’occasion aux flics de bien prendre le temps de cibler tout un tas de gens. La situation est bloquée, mais rien ne les arrête, eux. La population est avertie. Et si elle est encore une fois choquée devant ces nouveaux signes de raidissement, elle en reste encore là, à dénoncer, à s’indigner, et à se dissocier de tout ceux qui rendent les coups.

Charest est fou, la crise est dans une impasse, vivement les élections. C’est un peu le nouveau mot que les gens se passent, mais dans plusieurs bouches, on le prononce avec un accent de découragement écœuré. Savoir que le PQ peut rentrer et briser le mouvement avec un moratoire de 6 mois et quelques pinottes, ça donne pas trop envie de s’emballer.

Alors voilà, on attend la retour en classe, les élections, et pendant ce temps-là les « camarades » continuent à se faire buster, les uns après les autres. Les appuis aux arrêtés sont bien timides. Jusqu’ici.

Le système judiciaire semble avoir pris la résolution de garder systématiquement détenu les arrêtés, alors qu’il y a peu encore on nous libérait après quelques heures sous promesse de comparaître. Dans plusieurs cas, les cautions sont lourdes. C’est évidemment le contexte qui change la valeur des décisions juridiques, révélant leur arbitraire ridicule. Aujourd’hui, chaque arrêté du mouvement devient dangereux. Un juge de nous apprendre que cette sévérité est nécessaire, car avec toute la couverture médiatique, le public pourrait perdre confiance en la justice. Cela dit bien son intention de criminaliser tous ceux qui n’y croient déjà plus.

La bêtise n’a pas de terrain plus propice que le cerveau d’un flic, d’un journaliste ou d’un politicien en temps de crise.

Cette semaine, à partir d’une perquisition chez l’unique élu de gauche à Québec (c’est sa fille qui était ciblée), la découverte d’un poster illustrant le premier ministre crevé devant Khadir produit un scandale assez comique. Un petit groupe de bums qui chantent des ballades malpolies pourra maintenant répandre au monde entier ses couplets inspirés et ses « messages subliminaux ».

Wow. Rocco était-il fan de « mise en demeure »?

Tandis que de nombreux espaces, projets et collectifs nés au début de la grève suspendent leur activités, les assemblées de quartier quant à elles ne font que commencer à prendre forme, dans au moins 5 quartiers de Montréal. Ce qui reste pour l’instant une série d’initiatives modeste a encore la possibilité de donner un nouveau ton à ce qui se passe, et une nouvelle épaisseur. On y crée des comités, on parle de ramener la lutte localement, de possibles occupations, de centres sociaux, mais surtout de petits trucs plus modestes. Une populeuse assemblée anticapitaliste a aussi pris le relais des assemblées de lutte, la semaine avant le Grand Prix, et l’intervention dans les quartiers y a été aussi très discutée. Pour ceux qui n’ont pas quitté la « scène » du conflit, la disposition générale reste encore à la mobilisation, et dépasse rarement les perspectives activistes. Un peu en retrait du mouvement général, s’organisent toutefois des activités, rencontres et espaces dédiés au soutien psycho-affectif pour ceux qui commencent à péter un câble. Il faut aussi surveiller la création imminente de comités de soutien pour les arrêtés et inculpés du mouvement, qui pourrait donner une suite plus marrante aux concerts de casseroles que le mutisme qui s’installe.

Sans-titre-diffusion, 14 juin 2012

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