[Tahrir vaincra] Six martyrs ce lundi matin

Lundi 19 décembre

(…) Un médecin de l’hôpital de campagne, installé place Tahrir, a estimé à six les victimes des violences de lundi. Ahmed Saad a précisé qu’ils ont tous été tués par balles. (…)

Leur presse (Associated Press), 19 décembre 2011.

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De nouveaux affrontements ont éclaté dans la nuit de dimanche 18 à lundi 19 décembre aux abords de la place Tahrir du Caire entre les forces de l’ordre égyptiennes et des centaines de manifestants hostiles à l’armée au pouvoir. En trois jours, dix personnes ont été tuées et près de 500, blessées. L’armée a déféré devant le procureur 164 personnes, dont neuf femmes et des mineurs, arrêtées pour implication présumée dans les heurts entamés vendredi matin autour du siège du gouvernement, et pour incendie de bâtiments, en vue de leur éventuelle inculpation, a-t-on appris de source militaire. (…)

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ÉVACUATION DE LA PLACE TAHRIR

Durant la nuit, des policiers et des militaires armés de matraques sont parvenus à expulser les manifestants de la place Tahrir, épicentre du soulèvement ayant abouti au renversement d’Hosni Moubarak en février, a constaté un journaliste de Reuters. Les manifestants ont pris la fuite dans des rues adjacentes, en s’éloignant des secteurs sensibles tels que les abords du parlement, du siège du gouvernement et du ministère de l’intérieur. Ils étaient auparavant revenus sur la place après en avoir été expulsés une première fois.

« À bas Tantaoui », ont scandé les manifestants dimanche soir en désignant le maréchal Mohamed Hussein Tantaoui, ministre de la défense d’Hosni Moubarak pendant vingt ans et désormais chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA) supervisant la transition. De jeunes gens ont lancé des pierres et des cocktails Molotov contre les forces de l’ordre, au sein desquelles la police semble avoir remplacé l’armée en première ligne.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1324294596.jpgCes violences surviennent entre les deux tours de la deuxième phase des élections législatives. Le parti Liberté et Justice (FJP), émanation politique des Frères musulmans, a obtenu environ 40 % des voix lors du premier tour de cette deuxième phase la semaine dernière, selon le FJP. Dix mois après le renversement d’Hosni Moubarak, une partie de la population soupçonne l’armée de profiter de son rôle à la tête du processus de transition pour tenter de conserver le pouvoir. Un groupe de manifestants campe sur la place Tahrir depuis un rassemblement le 18 novembre contre une proposition visant à soustraire l’armée à tout contrôle civil dans le cadre de la future Constitution. Des incidents éclatent régulièrement depuis. Fin novembre, quarante-deux personnes ont trouvé la mort.

Dernier incident violent entre forces de l’ordre et manifestants : cette vidéo qui crée la polémique. Des militaires y traînent une femme sur la chaussée par son abaya (voile qui couvre tout le corps), dévoilant son soutien-gorge, avant de lui donner un coup de pied dans le ventre. (…)

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Leur presse (LeMonde.fr), 19 décembre 2011.


Dimanche 18 décembre

Le Caire, correspondance — Deux jours d’émeutes sanglantes entre manifestants et militaires au Caire ont transformé les alentours du siège du gouvernement en champ de bataille dévasté. La portion de la rue Qasr Al Ayni, qui mène de la place Tahrir au Parlement ne désemplit pas, malgré les assauts répétés de l’armée.

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Protégés de casques en plastique, de tabourets ou de plaques de métal, les jeunes révolutionnaires y ont affronté une pluie de briques et de pierres, lancées du haut des immeubles voisins par des militaires et des hommes en civil. Stationnées dans les rues adjacentes, des troupes de la police militaire armées de bâtons, de tasers et de pistolets, ont chargé régulièrement les manifestants, les forçant à refluer vers la place Tahrir, faisant 10 morts et plus de 500 blessés, selon le ministère de la santé.

Selon les révolutionnaires, les affrontements ont été déclenchés par l’arrestation et la torture dans la nuit du jeudi 15 au vendredi 16 décembre, d’un jeune supporteur de football participant au sit-in tenu par les manifestants depuis trois semaines devant le cabinet du premier ministre Kamal Al-Ganzouri, pour protester contre le gouvernement nommé par le Conseil militaire.

Les soldats auraient autorisé le jeune homme à venir chercher son ballon égaré à l’intérieur du cabinet. Il en est ressorti en sang, le corps et le visage tuméfiés. La police militaire, qui soutient quant à elle que l’un de ses soldats a été attaqué par les révolutionnaires, a évacué le sit-in par la force à l’aube du vendredi.

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ACHARNEMENT

Parmi les manifestants se trouvent beaucoup d’activistes connus, des fils d’hommes politiques célèbres, des députés déjà élus ou des candidats aux élections en cours, soutenus par des supporteurs de football « ultras ». Aux premières lignes, garçons et filles défient l’armée à mains nues, paumes levées vers le ciel, ou avec un arsenal de fortune, répliquant à la violence des militaires avec des cocktails Molotov, des feux d’artifice, ou en renvoyant les pierres.

Beaucoup ont un œil bandé, conséquence des combats de la rue Mohammed Mahmoud qui ont fait plus de 40 morts et un millier de blessés entre le 19 et le 24 novembre, et au cours desquels l’armée a visé délibérément les yeux des protestataires. Leur arsenal est de peu de poids face à la brutalité des soldats. Les activistes arrêtés, hommes et femmes, sont battus sans ménagement, souvent jusqu’à l’évanouissement et traînés par les cheveux au milieu des gravats.

Les militaires s’acharnent à plusieurs sur les corps inertes. Les sources médicales font état de tirs à balles réelles, soulignant que les hôpitaux de fortune établis aux alentours, sur la place, dans les églises et les mosquées, ont aussi été pris pour cible.

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« FILS DE CHIENS ! ASSASSINS ! DESCENDEZ ! »

Cette brutalité indigne les activistes : « Mais qu’est-ce qu’ils veulent ?, s’étrangle Alia Ayman, jeune étudiante de 22 ans, cela fait deux jours qu’ils nous balancent des pierres et qu’ils nous provoquent ! Notre sit-in est pacifique. Nous avons le droit de manifester ! Je ne comprends pas ce qu’ils cherchent. »

Entre les manifestants massés au début de la rue Qasr Al Ayni, une femme d’une soixantaine d’années se fraie un chemin jusqu’au mur érigé par l’armée samedi après-midi afin de bloquer l’entrée de la rue. Arrivée aux premières lignes, elle lève un bras vengeur vers les silhouettes qui s’agitent sur les toits : « Fils de chiens ! Assassins ! Descendez ! » En guise de réponse, un militaire en treillis défait sa braguette et urine du haut du toit en riant. « Bravo ! bravo ! Très joli ! » répond la femme.

Autour d’elle, les doigts d’honneur se lèvent vers le ciel dans un tonnerre de sifflets et de clameurs. « À bas le régime militaire ! La révolution continue ». Une pluie de briques et de pierres leur répond, les forçant à s’éparpiller. Seuls quelques riverains s’aventurent dans l’artère enfumée à l’horizon de laquelle on aperçoit un ballet de projectiles qui scintillent à travers le rideau humide d’un canon à eau. (…)

Malgré la propagande du gouvernement et de l’armée qui les présentent comme des « voyous », les révolutionnaires continuent à défier les militaires. Ils ont reçu le soutien de plusieurs hommes politiques, dont certains ont démissionné du Conseil consultatif désigné par l’armée pour l’aider à gérer la transition. Le candidat à la présidentielle Ayman Nour a demandé la démission immédiate du CSFA. Les Frères Musulmans ont condamné la violence contre les manifestants et réclamé une enquête, tout en soulignant l’importance de continuer le processus électoral.

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« VOTEZ POUR PERSONNE »

Les manifestants font face à l’hostilité (…) des médias. Selon un sondage réalisé au début du mois de décembre par l’Institut d’études stratégiques Al-Ahram dans neuf circonscriptions égyptiennes, 88 % des sondés estiment que le conseil militaire assure « les conditions adéquates à une transition démocratique ».

« Mais qui sont ces casseurs ? », s’exclamait par exemple Hona Al-Asema, célèbre speakerine de la chaîne privée CBC à une heure de grande écoute, en s’indignant contre l’incendie qui a ravagé la bibliothèque de l’Institut d’Égypte, dont les révolutionnaires ont pourtant tenté de sauver les ouvrages.

Alors que les élections législatives se déroulent dans un climat relativement calme, ces affrontements sont révélateurs de la déception des jeunes révolutionnaires vis-à-vis du processus électoral en cours. Si les émeutes n’ont pour l’instant pas donné lieu à des revendications politiques, se présentant plutôt comme une manifestation de colère spontanée contre l’armée, beaucoup d’activistes estiment que le Conseil militaire doit abandonner immédiatement toute prérogative politique et que les élections ne déboucheront pas sur l’élection d’un parlement aux couleurs de la révolution.

Rue Mohammed Mahmoud, théâtre de la précédente bataille entre les jeunes et la police, des graffitis rageurs ont recouvert les murs : « Votez pour Personne : Personne tiendra ses promesses électorales, Personne écoutera vos problèmes, Personne dit la vérité, Tout le monde s’en fiche… »

Leur presse (Claire Talon, LeMonde.fr), 18 décembre 2011.

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Au Caire, 55 minutes chez les moukhabarat

Notre envoyé spécial au Caire a été arrêté près de la place Tahrir et soumis à un interrogatoire par les sbires du régime. Récit d’une heure interminable.

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C’est long, une heure. Surtout quand on ne contrôle rien.

Je comptais approcher les manifestations par le sud de l’avenue Qasr al-Eini, principal théâtre des affrontements hier. Au Caire, tout change en quelques mètres et quelques instants. Il faut se déplacer prudemment. Les autorités sont parfois des alliées, parfois des ennemies ; les civils, parfois des ennemis, parfois des alliés.

14h45. Je bute sur un solide barrage. Des chevaux de frise, des barbelés, des dizaines de militaires bloquent l’avenue. Impossible de passer. Je tourne à droite, marche cinquante mètres quand un moukhabarat me rattrape. Un moukhabarat, littéralement « informateur », est un membre des services de renseignements. Par dizaines de milliers, ils forment une police politique implacable. Il leur suffit de montrer une carte pour faire taire n’importe quel Égyptien.

Dernière tentative

La première fois que j’ai vu la situation se renverser, c’était en février, au Caire. Des moukhabarat, après m’avoir — encore — arrêté, m’avaient escorté hors du centre-ville. Un comité populaire nous avait stoppés. Des gens simples qui protégeaient leurs quartiers contre les criminels que Moubarak avait fait sortir des prisons. Ces gens simples ont donné des ordres à leurs maîtres. Comme une formule magique qui ne marche plus, les moukhabarat agitaient leurs cartes, criaient fort, mais ne contrôlaient plus rien. Ils ont dû fuir face à la colère de la population. Leur pouvoir immense s’évanouissait, soudain. Ils avaient peur. Peut-être se souviennent-ils de ce moment, à présent. Et peut-être se raidissent-ils dans une dernière tentative pour sauver leur pouvoir.

L’agent en civil me serre le bras, inutilement : je ne compte pas m’échapper. Le problème des moukhabarat, c’est qu’ils sont aussi implacables que compétents. En admettant que j’arrive à m’enfuir, je n’irai pas très loin. Sans un mot, il me ramène au barrage. Nous le franchissons.

Commune policière

Je rentre maintenant dans une industrie policière immense et puissante contre laquelle, seul, on ne peut rien. C’est pour cela que le soulèvement de février a été si gigantesque : il n’avait pas le choix. Il lui fallait être, littéralement, énorme. C’était la masse du régime contre la masse populaire.

L’endroit dans lequel je me trouve maintenant, entre deux barrages de l’avenue Qasr al-Eini, est pour un temps une survivance de l’ancien régime, une sorte de commune policière où règnent des centaines de militaires, de flics et de moukhabarat. C’est comme si on m’avait jeté dans un fleuve dont le courant accélère sans cesse. La seule chose que je puisse faire, c’est surnager. Ça vaut bien une cigarette. Je l’allume face au doux soleil de décembre pendant que mon moukhabarat parle avec un supérieur, un grand costaud avec un imper très Stasi.

« Je suis journaliste, c’est mon métier »

Il m’accuse : « Je t’ai vu à la manifestation hier. Tu étais devant le parlement. Tu prenais des photos. » « Bien sûr que je prenais des photos ! Je suis journaliste. C’est mon métier. » « Tes papiers ! » Je leur fourre sous le nez mon passeport et mon accréditation égyptienne. Répondre aux questions, montrer mes papiers et attendre seront mes principales activités pendant les trois prochains quarts d’heure. C’est ça, la vie, dans une commune policière.

Je remonte l’avenue Qasr al-Eini de militaire en policier, en moukhabarat, en militaire encore, en moukhabarat enfin. Sur le chemin, j’ai une vue imprenable sur le chaos laissé par les affrontements de vendredi. L’avenue semble avoir subi un tremblement de terre. Des pierres jonchent le sol, des morceaux de verre, restes d’incendies, brûlures d’asphalte. Des petits balayeurs s’affairent.

Occuper le terrain

J’aboutis devant le Majlis al-Choura, la chambre haute, l’équivalent du Sénat. C’est la mairie de cette commune policière. Les moukhabarat me font poireauter devant la grille. Ils me posent de vagues questions, j’y réponds vaguement. Nous sommes à deux cents mètres de Tahrir. La clameur des manifestants résonne. Ils sont si près ! En chœur, ils crient : « Le peuple veut la chute du maréchal. » En face, un camion approche. Dans la benne, d’énormes blocs de béton. Ils vont barricader Qasr al-Eini. Le régime est dirigé par le CSFA, Conseil supérieur des forces armées. Aux émeutes, ces militaires donnent une réponse de militaires : ils prennent les rues les unes après les autres, tiennent position, établissent des défenses et recommencent le lendemain. Ils occupent le terrain. C’est net, pas sans bavures.

J’attends, encore. Les militaires vont et viennent sans cesse tandis que les moukhabarat fument des clopes en se grattant les couilles. Ils sont entre eux.

Jolis tableaux, traces de sang

On me demande de franchir la grille. Le courant dans lequel je suis pris s’accélère ; je surnage toujours. Mon sac et moi sommes fouillés minutieusement. Les informateurs sont surpris de ne pas trouver d’appareil photo. Une pierre jetée hier du haut du parlement a eu raison de lui. Je pense « beau boulot, les gars », mais je préfère me taire.

J’entre dans le sénat après une énième série de questions. Le courant se fait plus fort. Je surnage toujours. C’est un beau bâtiment dont je ne verrai que les couloirs. La décoration est sobre, mais élégante. Des pilastres finement dorés montent jusqu’au plafond, dix mètres plus haut. Aux murs de pierre, de jolis tableaux. Sur le sol de marbre, des traces de sang. Des gouttes, des traînées de sang, sur ce sol de marbre.

Les habitants de cette commune policière ont transformé le sénat en kommandantur. On suit les traînées de sang dans le couloir. À un embranchement, elles se divisent. On prend la traînée de droite.

Ils veulent me faire peur

Tahrir est loin, soudain. Les seules clameurs que j’entends sont des hurlements. On s’approche. J’entends des coups, maintenant. Au bout d’un nouveau couloir, deux ou trois types se font tabasser. Derrière moi, un candidat au passage à tabac vient d’arriver. Il est déjà bien amoché. Il tremble. Il a peur. On le pousse au bout du couloir. Il se joint aux autres hurlements. Cette fois-ci, je suis dans les rapides. Je surnage à peine. Ça vient de commencer.

À quoi on pense, dans ces moments-là ? Au présent. Pas à ce qui peut arriver, pourrait arriver. Ils veulent me faire peur. Oui, je pense que j’ai peur, mais je ne veux pas le montrer. Alors, je ne ressens rien, sauf mon cœur qui bat, très fort. Même si, dans cinq minutes, je me fais tabasser, j’ai encore largement le temps d’être fier. C’est long, cinq minutes. Surtout quand on ne contrôle rien. Je m’adosse au mur, négligemment, pendant que le couloir hurle des cris et des coups. En face de moi, un moukhabarat me surveille. Du coin de l’œil, il regarde si je flanche.

Je ne pense à rien

À quoi pense-t-il, à ce moment-là ? A-t-il conscience d’être un bourreau ? Non, sûrement : moi-même, je m’habitue déjà aux cris et aux coups. Ils semblent s’éloigner — alors que la bastonnade continue, toujours aussi fort. On s’y fait. Deux agents passent devant moi en traînant un type tabassé. Je le regarde et ne pense à rien. Ce moukhabarat doit avoir une quarantaine d’années, dont une vingtaine en tant que bourreau. Il allume une clope, le plus naturellement du monde. Je bois une rasade d’eau, le plus naturellement du monde.

Voici venir le chef. Un vieux beau d’une soixantaine d’années, rasé de près, élégant dans son costume parfaitement taillé. C’est le maire de la commune policière. Il fume et me pose des questions en anglais. Les habituelles — ce que je fais, ce que j’ai fait hier —, puis les autres. C’est quoi ces cartes de visite de membres du parti al-Nour ? Du parti des Frères ? Du Wasat ? « Je suis journaliste, je couvre les élections égyptiennes. Je parle à tout le monde. » Il hausse la voix et son air poli et ennuyé semble dire : « Ces cris ! N’est-ce pas irritant ? » Il me couvre de questions : Où j’habite ? Qui je connais ? D’où je viens ? Je réponds. Il est aussi courtois que ses agents sont brutaux.

« Bienvenue en Égypte »

Le couloir continue à hurler. Il sourit et avertit : « Vous savez, je vous conseille vraiment d’éviter les points chauds. Les gens peuvent être dangereux… » Le couloir hurle encore. Je souris et réponds : « Je comprends, mais que voulez-vous, c’est mon métier. » Je fais une bataille de sourires avec le chef des moukhabarat dans un interrogatoire au sénat transformé en kommandantur et, à côté de moi, des types se font tabasser. Je surnage avec ça, ce brin de fierté. C’est ce que j’ai pour l’instant. Si je me fais tabasser, je trouverai autre chose. Le chef me rend les papiers : « Merci, bienvenue en Égypte ! »

Il fait demi-tour. Une chose dénote dans son costume élégant : un mouchoir s’accroche au talon de sa chaussure gauche, comme le sparadrap du capitaine Haddock. C’est le sang : ça colle.

Je sors du sénat. Il fait toujours aussi beau. Le moukhabarat m’envoie vers une sortie. Je franchis les barbelés escorté d’un soldat. Il est 15h50. Je suis dehors. Je suis sorti de la commune policière, je suis sorti des rapides.

J’allume une cigarette. Je rejoins les manifestants, place Tahrir.

Leur presse (Samuel Forey, LePoint.fr), 18 décembre 2011.

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