Die Welt als Labyrinth (juin 1960)

Lettre de Guy Debord et Maurice Wyckaert à Constant

Paris, le 23 décembre 1959

Cher ami,

Étant donné les décisions communes de la conférence de Munich ; la manifestation au Stedelijk Museum et à travers la ville d’Amsterdam fixée pour la fin de mai 1960 ; et le temps déjà passé depuis lors, ainsi que la proximité de cette date, nous te demandons, ainsi qu’à chacun des membres du « Bureau de recherches pour un urbanisme unitaire » :

1° – Si le « Bureau de recherches pour un U.U. » est toujours d’accord pour faire cette manifestation ?

2° – Éventuellement, sur combien d’entre vous, et lesquels, pouvons-nous compter ?

3° – Si vous avez prévu un projet d’ensemble, ou si vous êtes prêts à le formuler dans l’immédiat ? (le premier travail étant de dresser un plan mesuré des salles dont nous disposerons au Stedelijk Museum).

4° – Dans quelle mesure, et sur quelle base, voulez-vous réunir les idées et propositions des diverses sections de l’I.S. afin d’arrêter dans ses détails le projet ? (c’est-à-dire quelles sont les données de base déjà établies, quelle marge de décision reste-t-il à prendre).

Nous insistons sur l’urgence d’une discussion entre vous, et d’une réponse sur tous ces points.

Cordialement,

G.-E. Debord, M. Wyckaert

 

(…) D’après les lettres que j’ai reçues, les Hollandais sont résolus à faire la manifestation, mais leur projet me paraît encore très vague et insuffisant (le labyrinthe doit être conçu d’après une idée d’ensemble qu’ils ne soupçonnent même pas, et non comme sommaire disposition d’un local que nous serions appelés à meubler. Les Hollandais devraient d’abord nous fournir le plan des salles, et avoir la modestie d’ouvrir une discussion parmi nous sur cette idée d’ensemble). (…)

Lettre de Guy Debord à Asger Jorn, 8 janvier 1960.

 

On a reçu d’Amsterdam une réponse positive de Constant et d’Oudejans (Alberts étant hors course puisqu’en Amérique). D’Armando, personne ne parle.

Donc l’accord en principe est tenu, comme nous l’espérions. Mais il y aura sans doute beaucoup de travail à faire, je ne sais à partir de quand. En effet, le plan des Hollandais est si vague que c’est plutôt une absence de plan. Je pense que nous devons d’abord fixer entre nous l’idée directrice de la construction, dès que nous aurons le plan des locaux disponibles (et aussi, il est vrai, une nouvelle discussion pratique et financière avec Sandberg).

Asger est en ce moment à Amsterdam, et je pense qu’il en rapportera les premières directives précises. Mais j’ai voulu d’abord te transmettre la confirmation de principe. (…)

Lettre de Guy Debord à Maurice Wyckaert, 8 janvier 1960.

 

J’arrive à Paris. Je n’ai pas encore vu Asger, mais d’après ce qu’il a dit il y a deux jours à Michèle cela devrait marcher en Hollande (où un projet est déjà établi par les Hollandais et Asger lui-même). Seulement nous allons être obligés de le soumettre à Sandberg sans autre délai, si nous voulons obtenir un crédit pour le mois de mai. Je te communiquerai les détails après avoir vu Asger (sans doute demain). (…)

Lettre de Guy Debord à Maurice Wyckaert, 18 janvier 1960.

 

(…) Je crois que le moment est bien venu de faire — et de réussir — le coup d’Amsterdam. Nous avons maintenant les moyens de l’exploiter.

Lettre de Guy Debord à Constant, 26 janvier 1960.

 

Lettre de Guy Debord à Asger Jorn

Mardi [2 février 1960]

Cher Asger,

J’ai trouvé hier la trace de ton passage. Merci.

Moi-même, je reviens de Bruxelles où j’ai rencontré Constant et Wyckaert. Nous avons vu ainsi, et développé ensemble, le projet des Hollandais qui était déjà, à ce stade, très satisfaisant : j’ai un plan établi par les architectes pour l’aménagement de deux salles en labyrinthe. On a beaucoup travaillé. Et maintenant la parole est à Sandberg.

Veux-tu passer chez moi demain soir, mercredi à 21 heures ?

Amicalement,

Guy

 

Lettre de Guy Debord à Constant

Mardi matin [9 février 1960]

Cher Constant,

Voici d’abord les dessins.

J’attends le plan. Ou plutôt te serait-il possible de m’en envoyer deux ? — pour que j’en communique un à Jorn.

En tout cas, il faut maintenant faire un second dessin, et un nouveau tirage, avec les modifications adoptées à Bruxelles.

Amitiés,

Guy

 

Les dates 30 mai – 20 juin peuvent convenir très bien. J’espère que Sandberg saura prendre une décision rapide le 1er mars, pour l’argent (Asger pense aussi que la somme est assez petite, bien que Sandberg risque d’être un peu pressé par le temps s’il doit demander une aide extérieure à une Fondation).

Pour les portes, je ne suis pas d’accord sur le changement dont vous parlez. Pour les raisons suivantes, qu’il ne faut absolument pas négliger :

1°) Nous ne voulons pas donner partout et complètement l’ambiance d’une ville. Ceci est absolument au-dessus de nos moyens, et ferait justement apparaître le dérisoire de nos moyens — ce serait du décoratif sommaire. Nous devons mélanger intimement des zones d’ambiance évoquant la ville, et des zones d’ambiance évoquant l’intérieur d’une maison (ce qui est notre terrain réel au Stedelijk Museum : une sorte d’appartement que nous allons aménager, et justement en faisant apparaître là-dedans des éléments urbains de l’extérieur).

Je considère ce mélange intérieur-extérieur comme le point le plus avancé de notre construction expérimentale. (En outre, c’est la seule optique matériellement possible, pour créer là un véritable milieu mixte jamais vu, et non une représentation pauvre de l’urbanisme. Nous ferons du véritable urbanisme la prochaine fois.)

2°) Les portes, telles que nous les avons fixées à Bruxelles, sont totalement nécessaires pour créer la possibilité de s’égarer, de revenir sur ses pas, de choisir des chemins différents. Ce qui est un caractère indispensable de tout labyrinthe, comme de notre conception de la dérive…

3°) Ceci dit, je suis tout à fait d’accord pour envisager divers tourniquets, palissades-objets, etc. — et bien d’autres choses encore — pour compliquer davantage certains espaces du labyrinthe. Mais ceci sans revenir sur la structure des portes — et même sur la caractérisation de ces portes adoptées à Bruxelles (porte unilatérale, porte dérobée).

J’insiste donc en tout cas pour le maintien exact des ouvertures prévues à Bruxelles. Asger approuve également ceci.

Très bien pour la maquette partielle de la ville couverte ! Naturellement, c’est un élément très important pour notre salle des documents.

Dernier point : Asger pense, si la manifestation commence au 30 mai, pouvoir arranger à cette date la parution du numéro 4 de la revue (en dehors du budget des 15’000 florins de Sandberg ; et en lui laissant diffuser ses 1000 ou 1500 exemplaires que nous lui fournirions donc gratuitement). Tu peux faire état de ceci près de Sandberg. (…)

Lettre de Guy Debord à Constant, 12 février 1960.

 

(…) Nous avons organisé, à Amsterdam, la construction et l’aménagement intérieur d’un labyrinthe ; et nous ferons en même temps des interventions dans les rues de la ville. Il y aura aussi une campagne de tracts et de conférences. Penses-tu participer à cette manifestation ? Est-ce que Zimmer, par exemple, envisage lui-même de venir ? (…)

Lettre de Guy Debord à Heinz Höfl, 13 février 1960.

 

Je reviens d’une réunion, à Bruxelles, avec les Hollandais et Wyckaert pour étudier le plan de notre labyrinthe d’Amsterdam, qui est maintenant adopté. Les Hollandais ont fait un bon travail. Asger aussi est content.

La peinture industrielle doit être quelque chose comme l’apothéose : elle couvrira entièrement un tunnel, d’abord très vaste, puis de plus en plus étroit, qui sera obligatoirement franchi — avec difficulté — par tout le monde, en fin de parcours.

Ce sera le coup de grâce.

La manifestation, en principe, doit se dérouler du 30 mai au 20 juin. Mais elle exige deux mois de travaux avant l’ouverture. Veux-tu me préciser combien de mètres de peinture industrielle sont disponibles pour cette construction (en indiquant la largeur des rouleaux) ? (…)

Lettre de Guy Debord à Pinot Gallizio, 14 février 1960.

 

J’attendais, pour t’écrire, d’avoir des nouvelles d’Amsterdam. J’en ai enfin reçu, et maintenant j’ai plusieurs choses différentes à te communiquer.

1°) Sandberg est aux U.S.A. jusqu’au 1er mars. Donc il ne pourra discuter notre budget qu’à cette date. La semaine dernière, son adjoint, le Dr Jaffé, a demandé qu’on lui apporte le plan, et a annoncé que notre manifestation était maintenant fixée du 30 mai au 20 juin.

Asger pense aussi que 15’000 florins n’est pas une grosse somme à demander pour cela. Il craint seulement que Sandberg ne soit extrêmement pris de court, s’il doit demander un concours à une Fondation extérieure (en effet, il n’aurait que le mois de mars pour décider de tout). Asger regrette d’autant plus que le travail que nous avons fini par obtenir en janvier n’ait pas été fait pareillement en octobre.

2°) Constant m’a écrit qu’une réunion des Hollandais avait abouti à l’idée de supprimer les portes, trop nombreuses, qui « nuiraient à l’ambiance urbaine » ! Il demandait si j’étais d’accord pour cette suppression.

J’ai répondu immédiatement que je tenais à ce que soient gardées toutes les portes telles que nous les avons fixées ensemble à Bruxelles : d’abord parce qu’il serait stupide de chercher à reproduire, d’une manière bêtement réaliste, un modèle réduit (si réduit) d’une véritable ville. L’intérêt de la construction envisagée est justement d’abord dans la création d’un milieu mixte, jamais vu ; un mélange des caractères intérieur-extérieur (en même temps évoquant des zones urbaines, et des zones d’aménagement d’un appartement — par exemple le principe de la porte dérobée, etc.). Ensuite que ces portes étaient nécessaires au fonctionnement même du labyrinthe (pour donner la possibilité effective de choisir plusieurs chemins, et de s’égarer).

Asger estime aussi que ces portes sont indispensables. Je propose que tu écrives tout de suite à Constant pour lui donner ton avis là-dessus. C’est d’ailleurs un assez fâcheux exemple de désinvolture des Hollandais, puisque nous avions convenu que la nécessité d’adopter un plan définitif avant le 1er février rendrait fatalement définitives les décisions que nous prenions ensemble ce jour-là. En outre, nous avons approuvé toute la structure du labyrinthe, sauf l’absence de portes. Et ceci est notre seule correction du travail des Hollandais. C’est une curieuse conception du travail collectif aussi bien que de la discipline, de proposer dès qu’ils se retrouvent en Hollande, d’effacer froidement la seule modification que l’I.S. a demandée pour approuver leur projet.

3°) Si la manifestation marche pour le 30 mai, Asger souhaite la parution à ce moment du numéro 4 de la revue, dont Sandberg diffuserait alors une grande partie. Asger se fait fort d’en arranger le financement en dehors du budget de Sandberg (ce qui constituerait donc une part d’aide financière supplémentaire que nous apporterions à la manifestation de Sandberg). (…)

Lettre de Guy Debord à Maurice Wyckaert, 14 février 2011.

 

Lettre de l’Internationale situationniste à Sandberg

Amsterdam, le 7 mars 1960

Cher monsieur,

Nous tenons à vous remercier de l’intérêt que vous nous avez manifesté, et de votre offre d’ouvrir le Stedelijk Museum à une expérience de l’I.S.

Malheureusement, il nous est impossible d’envisager aucune sorte de restriction à la manifestation prévue. Nous savons les obstacles que vous rencontrez en ce moment. Mais notre rôle, comme vous le comprendrez certainement, est de sauvegarder la totalité de notre démarche ; non de nous substituer aux spécialistes dans la recherche d’aménageents économico-sociaux.

En conséquence, nous vous avisons que vous pouvez prévoir une autre affectation pour les salles 36 et 37 à partir du 30 mai. Les situationnistes ne seront pas en mesure d’en faire usage à cette date, ni plus tard.

Veuillez agréer, cher monsieur, nos meilleurs souvenirs.

Constant, Debord, Jorn

 

(…) Maurice n’a pas été trop découragé par les tristes nouvelles. Il a dit : « On le fera ailleurs. » Il pense que c’est à Essen même que Van de Loo contrôlera un musée. (…)

Lettre de Guy Debord à Constant, 11 mars 1960.

 

Die Welt als Labyrinth

En 1959, les situationnistes convinrent avec le Stedelijk Museum d’Amsterdam, d’organiser une manifestation générale, à la fois prenant appui sur les locaux de ce musée et en débordant le cadre. Il s’agissait de transformer en labyrinthe les salles 36 et 37 du musée au moment même où trois journées de dérive systématique seraient menées par trois équipes situationnistes opérant simultanément dans la zone centrale de l’agglomération d’Amsterdam. Un supplément, plus conventionnel, à ces activités de base devait consister en une exposition de certains documents ainsi qu’en des conférences permanentes sur magnétophone, prononcées sans interruption, et changées seulement à chaque intervalle de vingt-quatre heures. L’exécution de ce plan, finalement fixé au 30 mai 1960, impliquait le renforcement des situationnistes hollandais par une dizaine de leurs camarades étrangers.

Le 5 mars, le directeur du Stedelijk Museum, W.J.H.B. Sandberg, approuvait le plan définitif mais en dévoilant deux réserves soudaines : 1) les sapeurs-pompiers d’Amsterdam seraient appelés à donner leur accord sur certains éléments éventuellement dangereux du labyrinthe ; 2) une partie des moyens nécessaires à cette construction ne serait pas fournie par le musée mais par des organismes extérieurs — nommément un Prins Bernhard Fonds — auxquels l’I.S. devait les réclamer directement. Au-delà du comique du premier point, et de l’air de compromission du second, il fallait distinguer le même obstacle : la direction du Stedelijk Museum adoptant une attitude en partie irresponsable, des tiers seraient susceptibles de juger à notre place, et sans appel, le caractère de nécessité de tel ou tel détail de notre construction. Ceci alors que la nature de l’entreprise demandait précisément l’accumulation d’assez de procédés inédits pour parvenir à un saut dans un nouveau type de manifestation. En outre, le travail devant commencer sur-le-champ, et les restrictions pouvant survenir à tout moment jusqu’à sa fin, avancer dans ces conditions signifiait contresigner d’avance les falsifications de notre projet.

Asger Jorn, lui-même partisan du refus, exposa en peu de mots à la réunion situationniste tenue le même jour à Amsterdam, et qui devait prendre une décision immédiate, les conditions d’ensemble :

Sandberg représentait parfaitement ce réformisme culturel qui, lié à la politique, s’est trouvé au pouvoir presque partout en Europe après 1945. Ces gens ont été les bons gérants de la culture, dans le cadre existant.http://pix.toile-libre.org/upload/original/1308407410.png Ils ont ainsi favorisé de leur mieux les modernistes secondaires, les jeunes suiveurs affaiblis du moderne 1920-1930. Ils n’ont rien pu faire pour de véritables novateurs. Actuellement, menacés partout par une contre-offensive de francs réactionnaires (voir, depuis, les assauts du Sénat belge, le 10 mai, contre le soutien officiel de la peinture « abstraite »), ils essaient de se radicaliser au moment où ils s’effondrent. Sandberg, par exemple, avait été attaqué très violemment, l’avant-veille de ce jour, au conseil municipal d’Amsterdam, par des chrétiens qui ramènent en force l’art figuratif (cf. l’Algemeen Handelsblad du 4 mars). Sa succession au Stedelijk Museum pouvait être considérée comme ouverte. Jorn estimait pourtant qu’il avait eu la possibilité de choisir de quel côté il voulait en sortir : Sandberg au labyrinthe avec nous descendu, se serait, avec nous, retrouvé ou perdu. Mais l’inefficace recherche d’accommodements pour sauvegarder ses réalisations passées l’empêchait de tomber en bonne compagnie. Sandberg n’osait rompre avec l’avant-garde, mais n’osait assurer les conditions qui étaient seules acceptables pour une réelle avant-garde.

À la fin du rapport de Jorn, la réunion conclut unanimement à un refus d’engager l’I.S., refus signifié par écrit le 7 mars. Elle permettait seulement à ceux de ses membres qui le jugeraient utile, de profiter individuellement de la bonne volonté de Sandberg : ce que fait Pinot-Gallizio en exposant, en juin, au Stedelijk Museum, de la peinture industrielle déjà montrée à Paris l’an dernier.

Le labyrinthe, dont le plan avait été établi par la section hollandaise de l’I.S., assistée en quelques points par Debord, Jorn, Wyckaert et Zimmer, se présente comme un parcours pouvant varier, théoriquement, de 200 mètres à 3 kilomètres. Le plafond, tantôt à 5 mètres (partie blanche du plan), tantôt à 2 m 44 (partie grisée) peut descendre, en quelques endroits, à 1 m 22. Son ameublement ne vise ni une quelconque décoration intérieure, ni une reproduction réduite d’ambiances urbaines, mais tend à constituer un milieu mixte, jamais vu, par le mélange de caractères intérieurs (appartement aménagé) et extérieurs (urbains). Pour ce faire, il met en jeu une pluie et un brouillard artificiels, du vent. Le passage à travers des zones thermiques et lumineuses adaptées, des interventions sonores (bruits et paroles commandés par une batterie de magnétophones), et un certain nombre de provocations conceptuelles et autres, est conditionné par un système de portes unilatérales (visibles ou maniables d’un seul côté) ainsi que par la plus ou moins grande attirance des lieux ; il aboutit à enrichir les occasions de s’égarer. Parmi les obstacles purs, il faut citer le tunnel de peinture industrielle de Gallizio et les palissades détournées de Wyckaert.

http://pix.toile-libre.org/upload/original/1308407443.pngPlan des structures du labyrinthe non-aménagé

 

À la micro-dérive organisée dans ce concentré de labyrinthe devait correspondre l’opération de dérive à travers Amsterdam. Deux groupes, comprenant chacun trois situationnistes, dériveraient pendant trois jours, à pied ou éventuellement en bateau (dormant dans les hôtels rencontrés) sans quitter le centre d’Amsterdam. Ces groupes, au moyen des walkies talkies dont ils seraient équipés, se tiendraient en relation, entre eux si possible, et en tout cas avec le camion-radio de l’équipe cartographique, d’où le directeur de la dérive — en l’occurrence Constant — se déplaçant de manière à garder le contact, relèverait leurs routes et enverrait parfois des instructions (il appartiendrait aussi au directeur de la dérive d’avoir préparé l’expérimentation de quelques lieux et événements secrètement disposés).

Cette opération de dérive, si elle s’accompagnait de relevés du terrain, à interpréter ultérieurement dans les travaux d’urbanisme unitaire,http://pix.toile-libre.org/upload/original/1308407572.png et si elle pouvait avoir un certain aspect théâtral par son effet sur le public, était principalement destinée à réaliser un jeu nouveau. Et l’I.S. avait tenu à heurter les habitudes économiques en faisant inscrire dans le budget de la manifestation un salaire individuel de 50 florins par jour de dérive.

C’est seulement la conjonction de ces deux opérations qui est capable de faire apparaître leur nature nouvelle. L’I.S. n’a donc pas estimé que la dérive seule, qui pouvait être maintenue à Amsterdam, aurait une signification suffisante. De même, il n’est pas souhaitable d’édifier le labyrinthe dans le musée de certaine ville allemande impropre à la dérive. D’ailleurs, le fait même d’utiliser un musée comportait une gêne particulière, et la façade ouest du labyrinthe d’Amsterdam était un mur spécialement construit pour y ouvrir une brèche en guise d’entrée : ce trou dans un mur avait été exigé par notre section allemande comme garantie de non-soumission à l’optique des musées. Aussi, l’I.S. a-t-elle adopté, en avril, un projet de Wyckaert modifiant profondément l’emploi du labyrinthe étudié pour Amsterdam. Ce labyrinthe ne devra pas être édifié dans un autre bâtiment mais, avec plus de souplesse et en fonction directe des réalités urbaines, dans un terrain vague bien placé de la ville choisie, afin d’être le point de départ de dérives.

« Notes éditoriales », Internationale situationniste n° 4, juin 1960.

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