[Vive l’Azawad libre !] Le MNLA procédera à la proclamation de la république de l’Azawad (Mossa Ag Attaher)

Entretien avec Mossa Ag Attaher, chargé de communication du MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad). Il s’exprime sur la situation dans l’Azawad après la conquête, ces derniers jours, de tout ce territoire (qui constituait le nord du Mali) par le MNLA.

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Mossa ag Attaher

Quelle est aujourd’hui la situation militaire dans l’Azawad ?

Actuellement, le MNLA contrôle l’intégralité du territoire des trois régions principales qui forment le territoire de l’Azawad, à savoir celles de Kidal, Gao et Tombouctou. Dans ces trois villes, les chefs politiques et militaires du MNLA sont installés au siège des gouvernorats, là où se trouvaient il y a peu les gouverneurs et fonctionnaires maliens. Dans chacune de ces villes, nous maîtrisons la situation : les forces du MNLA ont d’ailleurs rapidement mis fin aux pillages et saccages auxquels se sont livrés ce weekend certains éléments indésirables. Au-delà de ces centres urbains, tout le reste du territoire de l’Azawad est sous contrôle du MNLA.

Plusieurs organes de presse affirment pourtant qu’à Kidal c’est le mouvement islamiste Ansar Dine, conduit par Iyad ag Ghali, qui a investi la ville ?

À Kidal, comme à Gao et Tombouctou, c’est bien le MNLA qui occupe le siège du gouvernorat. Depuis la création d’Ansar Dine, nous n’avons cessé d’affirmer que ce groupe est très loin de nos aspirations. Nous sommes en inadéquation avec tous les mouvements islamistes. Rappelons qu’Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) prospérait dans notre région sans être jamais inquiétée par le Mali. Depuis que le MNLA a pris les armes le 17 janvier, AQMI a déserté la zone, ou, du moins, se fait beaucoup plus discret.

Quant à Iyad ag Ghali, l’état-major du MNLA l’a convoqué à Tessalit il y a plusieurs jours afin de comprendre la logique de son mouvement. Il affirme qu’il souhaite instaurer la charia au Mali ainsi que la restauration du pouvoir des oulémas (juristes musulmans) et cheikhs religieux à Kidal, sa région d’origine.

Le MNLA lui a signifié très clairement son désaccord : en effet, nous ne cherchons pas à imposer quoique ce soit au Mali puisque le MNLA a pour objectif la constitution d’un Azawad indépendant et démocratique, distinct de l’État malien. De plus, l’État azawadien qu’envisage le MNLA sera laïque. Nous garantissons une liberté de culte totale à tout citoyen azawadien.

Dans notre culture millénaire, la femme occupe une place centrale. Le MNLA souhaite rendre à la femme azawadienne la place qu’elle mérite. Il est hors de question d’imposer à la femme azawadienne un quelconque ordre religieux qui la rabaisse, que ce dernier soit islamique ou autre.

Au vu de ces dissensions, Ansar Dine constitue donc une menace potentielle pour le MNLA ?

En termes militaires, Ansar Dine est loin de constituer un adversaire de taille pour le MNLA. Nous sommes un mouvement révolutionnaire. Depuis notre création, nous accumulons les recrutements. Nous alignons aujourd’hui plusieurs milliers de combattants dans tout l’Azawad, bien armés et bien encadrés par des officiers supérieurs, ainsi que par des intellectuels. Ansar Dine rassemble au maximum quelques centaines de combattants, majoritairement issus de la famille et de la tribu de leur chef, Iyad Ag Ghali, auxquels se sont joints certains Arabes. À l’inverse, le MNLA compte dans ses rangs des représentants de l’intégralité des tribus touarègues, ainsi que des autres peuples de l’Azawad que sont les Songhaï et les Peuls.

Nous souhaitons que les média arrêtent d’entretenir la confusion et d’assimiler le MNLA à des groupes islamistes. Nous nous démarquons de l’idéologie islamiste. Le MNLA ne s’occupe pas de la confession religieuse des citoyens de l’Azawad.

Après les chutes de Kidal, Gao et Tombouctou ce weekend, le MNLA envisage-t-il de poursuivre l’armée malienne en retraite, jusqu’à Mopti, voire pousser encore plus au Sud et menacer Bamako ?

Depuis sa constitution l’année dernière, le MNLA s’est fixé un seul objectif : libérer de l’occupation malienne l’intégralité du territoire composé des régions de Kidal, Gao et Tombouctou. Nous n’avons aucune autre ambition territoriale. Nous avons réalisé ce but et ne comptons pas nous attaquer maintenant aux villes du Mali.

Cependant, nous mettons en garde les autorités maliennes, quelles qu’elles soient : si elles remettent en cause la libération de l’Azawad et tentent de revenir l’occuper, le MNLA réagira. Nous avons montré que nous avons des moyens et de la détermination. En cas d’incursion malienne en territoire azawadien, nous nous réservons le droit de frapper Mopti et même d’intervenir bien plus au Sud. Le Mali doit respecter la volonté d’autodétermination du peuple de l’Azawad, sans quoi il en subira les conséquences en son cœur.

On dit que des Touaregs auraient été massacrés par des soldats maliens à Tombouctou. Confirmez vous cette information ?

Effectivement, des exactions ont eu lieu de la part de l’armée malienne. Samedi dernier, le colonel Hadj Ag Gamou, un Touareg qui dirigeait l’offensive anti-MNLA de l’armée malienne dans l’Azawad, a annoncé par communiqué et sur RFI son ralliement au MNLA. Suite à cette annonce, des soldats maliens, originaires du Sud, stationnés à Tombouctou, s’en sont pris à leurs camarades touaregs, les accusant de traîtrise. Plusieurs ont été abattus sommairement. Après ces exactions, les militaires touaregs du camp de Tombouctou ont ouvert le feu sur les militaires sudistes. C’est d’ailleurs cela qui a précité la libération de Tombouctou par le MNLA : nous ne souhaitions pas intervenir si tôt, afin de permettre au maximum de civils de quitter la ville avant l’assaut. Mais devant ces évènements, le MNLA est intervenu pour porter secours aux militaires touaregs révoltés. Un missile a été tiré sur l’arsenal du camp, provoquant un incendie qui leur a permis de s’enfuir et de rejoindre les rangs du MNLA. Nous avons alors investi Tombouctou.

Le MNLA semble isolé sur la scène internationale. La Cédéao affirme son soutien à l’État malien. Entretenez-vous des relations avec les États de la région ?

Lors de la création du mouvement, il y a plus d’un an, nous avons pris attache avec les États voisins, notamment le Burkina-Faso, l’Algérie, la Mauritanie et le Niger. Nous leur avons signifié notre volonté d’obtenir l’autodétermination pour l’Azawad. Depuis, nous avons enrichi nos relations avec eux. Ces pays sont au courant de nos actions et de nos revendications.

Nous sommes également en contact avec la Cédéao. Nous leurs avons exprimé notre désaccord avec leur récente décision de mobiliser 2000 soldats des États de la région. Nous nous demandons ce que ces soldats viendront faire dans l’Azawad. S’ils cherchent à jouer les forces d’interposition, nous leur rappelons que, l’armée malienne ayant quitté les lieux, il n’y a pas de front, ni de lignes de combattants entre lesquels s’interposer. S’ils viennent pour appuyer l’armée malienne et tenter de dégager de l’Azawad les forces du MNLA, nous les combattrons au même titre que l’armée malienne.

Où était la Cédéao durant toutes les années où les populations de l’Azawad étaient frappées par la maladie, l’exil, la malnutrition, le mépris d’État, la sous-éducation ? Où était la Cédéao quand les campements de civils azawadiens étaient bombardés par des hélicoptères de guerre maliens ? Ne sommes-nous pas également des citoyens africains ? N’est-ce pas le rôle des chefs d’État de la Cédéao de répondre aux aspirations des peuples de la région ? Les attentes et les souffrances du peuple de l’Azawad doivent être prises en compte par les États de la région et la diplomatie internationale.

Maintenant que le MNLA est, comme vous l’affirmez, maître du territoire qu’il revendiquait, quels sont ses projets politiques ?

La finalité du combat du MNLA est la création d’un État de l’Azawad, indépendant et souverain. En ce moment, sur le terrain, se prépare une grande réunion, laquelle devrait se tenir dans les jours prochains. Les cadres et leaders de tout l’Azawad s’y rencontreront pour mettre en place un système de gestion du territoire. Le MNLA procèdera alors de manière solennelle et officielle à la proclamation de la république de l’Azawad.

Nous nous attellerons alors au grand chantier de la reconstruction, abandonné par l’État malien depuis 1960. Le MNLA souhaite mettre en place des institutions démocratiques, conformément aux aspirations du peuple de l’Azawad. Nos priorités sont l’accession de tous les citoyens de l’Azawad à la liberté et au développement.

Nous disons aux États africains et à la communauté internationale — qui tous prétendent vouloir mettre fin au conflit — que, pour y mettre définitivement fin, il faut rendre à l’Azawad la reconnaissance politique à laquelle il aspire. Le droit à l’autodétermination est un droit inaliénable de tout peuple. Il faut que la communauté internationale fasse preuve de courage et reconnaisse que, pour respecter la volonté des peuples, il faut remettre en question le principe de l’intangibilité des frontières. Une paix durable dans la région saharo-sahélienne passe par l’acceptation du libre choix politique de l’Azawad et de son droit à se constituer en État.

Blog du Monde Voix berbères, 5 avril 2012

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