[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] La police travaille en Égypte

Human Rights Watch dénonce les violences ayant fait au moins 15 morts en Égypte

Les commémorations des quatre ans de la révolte de 2011 ont été violemment réprimées par la police samedi et dimanche.

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Des policiers à bord d’un véhicule blindé lors de la dispersion d’une manifestation contre le gouvernement, le 25 janvier dans le quartier de Matariya, au Caire.

Human Rights Watch a dénoncé lundi «l’usage excessif de la force» par la police en Égypte «contre des manifestations pacifiques», après la mort d’au moins 15 personnes la veille dans des rassemblements marquant le quatrième anniversaire de la révolte de 2011. «Quatre ans après la révolution, la police tue toujours régulièrement des manifestants», a dénoncé dans un communiqué la directrice pour le Moyen-Orient de Human Rights Watch (HRW), Sarah Leah Whiston.

Dimanche soir, l’agence Reuters avançait de son côté un bilan de 17 morts au moins : huit personnes dont un policier dans le quartier cairote de Matariya, deux policiers à un poste de contrôle proche des pyramides de Gizeh, et six autres personnes lors de différents heurts à Alexandrie, la deuxième ville du pays. À ces seize décès s’ajoutent celui de Shaïmaa al-Sabbagh, une manifestante de 34 ans d’un parti laïc de gauche, tuée samedi par un tir de chevrotine lors de heurts avec la police.

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http://juralib.noblogs.org/files/2015/01/093.jpg Pour commémorer la révolution du 25 janvier 2011 en Égypte, le parti de « l’alliance populaire socialiste » avait organisé un rassemblement samedi soir, dans le centre du Caire. La police a voulu disperser la petite manifestation qui avançait dans le calme. Ils ont « tiré des gaz lacrymogènes et des tirs de chevrotine », a expliqué un membre de la formation. Shaïmaa al-Sabbagh, 34 ans, a été touchée. Un de ses amis a couru à sa rescousse, en vain. Elle est morte peu après, comme 17 autres personnes ce jour là.

Des manifestants assurent que la jeune femme, mère d’un enfant de 5 ans, a été tuée par la police, ce que le ministère de l’Intérieur nie. Le parquet a ouvert une enquête. Le rapport médico-légal affirme que la manifestante a été «touchée dans le dos», selon HRW, qui précise que «même si les vidéos et les photos ne montrent pas quand et comment elle a été tuée, elles montrent que certains membres des forces de sécurité étaient armés de fusils».

Les abus de la police étaient déjà l’une des causes principales du soulèvement populaire de 2011 qui chassa le président Hosni Moubarak du pouvoir. Dimanche, au moins quinze civils, pour la plupart des manifestants islamistes, ont été tués lors de heurts avec les forces de sécurité, dans des rassemblements organisés par les partisans du président islamiste Mohamed Morsi, destitué par l’armée en juillet 2013.

«Au moment où le président Abdel Fattah al-Sissi était à Davos pour soigner son image internationale, ses forces de sécurité avaient recours à la violence contre des Égyptiens participant à des manifestations pacifiques», assène Human Rights Watch. Sissi, élu président après avoir destitué Morsi, est régulièrement accusé d’avoir instauré un régime encore plus répressif que celui de Moubarak. Il jouit cependant d’une forte popularité auprès d’une grande partie de l’opinion publique, lassée par quatre années de troubles politiques.

Depuis l’éviction de Morsi, soldats et policiers ont tué plus de 1400 manifestants pro-Morsi, dont 700 en quelques heures au centre du Caire lorsque les forces de sécurité ont dispersé des rassemblements islamistes le 14 août 2013, «la pire tuerie de masse de l’histoire moderne de l’Égypte», estime HRW.

Publié par le savoir-faire français (Liberation.fr avec l’Agence Faut Payer, 26 janvier 2015)

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