[L’histoire du terrorisme est écrite par l’État] « C’est une guérilla qui se prépare »

Combs la Ville (77) : « Depuis ce jour, Amedy Coulibaly déteste tout ce qui touche à la police »

Le Parisien de ce jour nous sort un article sur la jeunesse de « l’islamiste » antisémite Amedy Coulibaly. On y apprend qu’avant ses multiples passages en taule, avant sa « radicalisation » religieuse, Amedy Coulibaly était comme tous les jeunes blacks et rebeus de sa génération : un gibier à flic.

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Fils d’une famille de 10 enfants élevés par une femme seule, il a un parcours assez classique : il traîne dans la rue pour éviter la cellule familiale surpeuplée. Petits larcins et vie de misère qui ne manquent pas d’attirer les keufs, toujours prompts à punir ceux qui sont coupables d’être pauvres.

Lors d’un vol de moto (incroyablement dangereux n’est-ce pas ?), il se fait canarder par la police. Il est blessé, le pote avec qui il faisait le coup est mort. Il avait 18 ans.

Le policier héritera d’un non lieu. Comme à chaque fois. Comme, juste hier, le gendarme qui a tué Rémi Fraisse.

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« « Il y a une part de psychologie de comptoir mais oui, c’est clair que cet événement a fait naître la haine de la police de Coulibaly. Son ami est mort, le policier n’a pas été jugé (le parquet de Melun a estimé qu’il n’y avait pas d’opportunité à poursuivre et l’information judiciaire ouverte ensuite s’est soldée par un non lieu, les juges estimant que le fonctionnaire était en état de légitime défense, il n’y a donc pas eu de procès, NDLR). Depuis ce jour, il déteste tout ce qui touche à la police », témoigne ce trentenaire qui a grandi avec Amedy Coulibaly. »

Tu m’étonnes ! Coulibaly n’est pas un monstre, c’est le résultat d’une société dégueulasse et sans espoir. C’est un prolétaire perdu, qui n’a trouvé son refuge que dans une idéologie réactionnaire.

Paris Luttes Info, 16 janvier 2015

 

Violents incidents à la Grande-Borne Grigny (Essonne)

De violents incidents ont éclaté entre jeunes et forces de l’ordre, cette nuit, à la cité de la Grande-Borne à Grigny (Essonne). Un policier a été légèrement blessé par une balle de 22 long rifle alors qu’il était en intervention dans le quartier.

Ces nouveaux affrontements font suite à la mort d’un jeune de 19 ans, abattu dimanche matin par la police alors qu’il participait à un vol de motos à Combs-la-Ville (Seine-et-Marne). Hier soir, des jeunes de la cité de la Grande-Borne, dont il était originaire, s’en sont pris aux forces de l’ordre comme ils l’avaient déjà fait dimanche soir. D’autres incidents se sont produits à Corbeil-Essonnes, dans la cité des Tarterêts.

Policiers blessés

Les premières violences se sont produites vers 21h30, lorsqu’un bus du réseau TransEssonne, qui circulait sur la RN 445, en bordure de la Grande-Borne à Viry-Châtillon, a été incendié. Plusieurs individus ont fait arrêter le véhicule en bordure de l’avenue, fait descendre le conducteur et mis le feu à l’autobus. Tandis que les pompiers de la caserne toute proche intervenaient pour éteindre les flammes, les policiers qui les protégeaient ont essuyé des tirs de cocktails incendiaires lancés depuis le toit d’un centre commercial. Ils ont aussitôt chargé leurs agresseurs.

D’autres incidents se sont déroulés durant toute la soirée dans le quartier de la Grande-Borne. Vers 23 heures, un policier a été légèrement blessé à un pied par arme à feu alors qu’il participait à une intervention place du Damier, sur la commune de Grigny. L’auteur du tir n’a pas pu être identifié. À peu près au même moment, un bar-tabac situé route de Fleury, à Viry-Châtillon, a été saccagé par des jeunes, tandis que plusieurs feux de poubelles étaient allumés dans d’autres endroits de la cité de la Grande-Borne.

Des incidents se sont également produits hier soir dans la cité des Tarterêts, à Corbeil-Essonnes. Les pompiers ont ainsi dû intervenir à plusieurs reprises pour éteindre des feux de poubelles ou de voitures allumés par des cocktails incendiaires. Deux policiers ont été légèrement blessés à coups de pierres alors qu’ils se trouvaient dans leur véhicule, près du parking de la Snecma. Plus tard dans la soirée, plusieurs voitures ont été retournées rue Paul-Gaughin, toujours à Corbeil-Essonnes.

Dimanche soir, des incidents violents s’étaient déjà produits dans la Grande-Borne après l’annonce de la mort d’Ali Rezgui, un jeune de 19 ans originaire de cette cité. Déjà connu des services de police pour de nombreuses affaires de violences, il a été abattu dimanche matin par les forces de l’ordre, dans des conditions encore mal déterminées, alors qu’il venait de participer à un vol de motos en compagnie de trois complices. Deux d’entre eux ont pu prendre la fuite à bord d’un des engins, mais le troisième a pu être interpellé. Âgé de 18 ans, il a été placé en détention hier soir à la maison d’arrêt de Melun (Seine-et-Marne) par le juge d’instruction chargé de l’affaire. Hier après-midi, une marche silencieuse s’était déroulée dans les rues de la Grande-Borne en mémoire du jeune tué par la police. La famille de la victime avait appelé les habitants de la cité à conserver leur calme.

Presse antiémeute (Jérôme Glaize, LeParisien.fr, 19 septembre 2000)

 

(…) De l’autre côté de la nationale, en bordure des pavillons fleuris de Viry-Châtillon (Essonne), des ouvriers remplacent les vitres brisées du bar PMU. Cent mètres plus loin, le boulanger surveille d’un œil les travaux de soudure sur son rideau de fer. La veille, des jeunes l’ont soulevé avant de casser la vitre et de glisser un bidon d’essence à l’intérieur, sans parvenir à mettre le feu. « Il y a quelque chose de suicidaire chez ces jeunes, ils détruisent leur propre univers, à commencer par les endroits où ils viennent chercher à manger », déplore le gérant.

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Installé depuis presque trois ans juste en face de la Grande-Borne, le commerçant entretient plutôt de bons rapports avec les jeunes de la cité qui viennent chez lui. « Celui qui est mort, je le connaissais bien. Il était dans la délinquance mais, à sa manière, il avait des qualités, il aurait pu faire des choses extraordinaires », souligne le gérant. Mi-résigné mi-philosophe, il se veut compréhensif malgré les dégâts causés à sa boutique. « Dans leur majorité, les jeunes demandent seulement du respect et de la reconnaissance. Le problème, c’est que beaucoup n’ont aucune perspective », analyse le commerçant. « Ici, on est à la frontière entre deux mondes qui se croisent sans se rencontrer : le quartier bourgeois d’un côté, le ghetto en face. C’est sans doute pour ça que les jeunes s’en prennent à nous ».

Discret et membre de plusieurs associations, Dio fait partie, lui, de ces nombreux jeunes sans histoire qui habitent le quartier. Âgé de vingt-sept ans, il vit à la Grande Borne depuis presque toujours. Pour lui, les violences sont le fait d’un « petit groupe », même si elles s’enracinent dans un terreau social difficile. « C’est vrai qu’il y a un contexte général de dégradation du quartier. Avant, l’immeuble où j’habite, c’était hyper-calme. Maintenant, ça craint. Dans mon hall, une dame a écrit : « Welcome to Tchernobyl ». Ceux qui peuvent s’en vont ».

Pour Dio, ce contexte n’explique pas tout. « Avant, je pensais que les violences étaient une sorte de rébellion avec un message. En l’occurrence, je crois que les jeunes ont vraiment été touchés par la mort d’un de leurs copains. Mais c’est aussi un prétexte pour se défouler et se laisser entraîner », explique le jeune homme. Selon lui, la « haine » qu’entretient une partie des jeunes de la cité envers les forces de l’ordre est la principale raison des émeutes. Le fait qu’un policier ait été blessé par balles lors des violences constitue, à cet égard, un palier rarement franchi dans les cités. « Il y a une vision des flics chez les jeunes qui est haineuse. Celui qui a tiré, c’est clair qu’il voulait se faire un flic et s’en vanter. D’ailleurs, c’est sûr, dans la cité, on va lui donner une médaille ».

À la fois « grand frère » et porte-voix de la colère des jeunes, Bouabdallah tient un discours ambigu et menaçant, entouré d’un petit groupe qui contient difficilement sa colère. « On essaie de calmer les petits mais ils ont la rage. Le sentiment de colère domine tout. Si ça continue, les jeunes ne vont plus hésiter, c’est une guérilla qui se prépare », claironne le jeune homme. « Ali, je le connaissais bien, je l’ai vu faire ses premières conneries, mais il ne méritait pas une balle dans le coffre », affirme Bouabdallah.

Autour de lui, les témoignages qui alimentent le contentieux avec la police ne manquent pas : contrôles d’identité accompagnés de brimades, accusations injustifiées, méthodes musclées de la BAC (Brigade anti-criminalité). « Ici, c’est la guerre permanente avec les policiers. Ils n’arrêtent pas de nous mettre à l’amende », résume l’un des jeunes. (…)

Presse antiémeute (Frédéric Chambon, Le Monde, 21 septembre 2000)

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