[La police travaille] Le panoptique numérique et le nouveau régime de punition

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Le panoptique numérique et le nouveau régime de punition

Après les condamnations sévères suite à la manif du 22 février 2014 à Nantes nous devons prendre en compte la nouvelle situation.

Les nouvelles méthodes de l’État sont basées sur la surveillance et le profilage. Le dossier présenté au tribunal peut être « mince », c’est la dangerosité supposée de la personne qui compte, ce ne sont plus seulement des actes précis avec des preuves tangibles, l’essentiel c’est ce danger qu’il faudra éliminer ou réduire. Le panoptique numérique permet d’accumuler des données diverses et variées, dont l’historique des recherches sur internet, les mails, la géolocalisation, les communications téléphoniques, etc. ;
Pour E, son passé police justice, il avait du sursis, puis l’Adn prélevé sur le fumigène trouvé intact sur place et les photos sur sa présence lors de la manif ;
Pour P du Dal, ils n’avaient que des photos montrant qu’il était là dans un endroit vers Commerce où c’était assez tendu et son parcours militant.

Le juge a posé beaucoup de questions sur leur comportement ce jour là, les personnes avec qui illes étaient, s’illes connaissaient ou étaient avec des personnes cagoulées, si eux-mêmes se sont couvert le visage, ce qu’ils ont lancé sur les flics ou cassé, etc. Si les gens étaient restés jusqu’à 19h, c’était des coupables de fait. Beaucoup de questions sur leur vie à partir des éléments que la justice avait déjà via les diverses institutions. Pourquoi illes avaient fait cela, s’illes étaient militant-es ou connaissaient des militant-es.
Les aveux chez les flics et au Tribunal ont été des éléments déterminants. Il faut toujours raconter son histoire personnelle.

La recherche du profil est donc corollaire de la recherche du profit, par Vinci notamment.

L’atteinte aux personnes représentant l’autorité publique (loi Sarkozy) est un élément clé qui entraîne automatiquement condamnation ; cela comprend : les flics bien sur, les pompiers, les agents de la Tan —entreprise de transport de Nantes-, etc., dont la Caf, Pôle emploi…

Il y a bien une articulation entre : la police, les politiques, les médias et la justice, tout ça appuyé sur la surveillance tout azimut.
Les entreprises privées jouent leur rôle comme les fournisseurs d’accès, les fichiers sont croisés d’où qu’ils viennent. Le panoptique numérique permet une gouvernementalité algorithmique disent certains auteurs comme C. Laval et nous incitent à reprendre et réactualiser les analyses de Foucault.
Ce qui permet de comprendre que presque n’importe qui peut être blessé le jour même de la manif et poursuivi après si besoin. Ce qui explique également pourquoi avec si peu d’éléments, on peut prendre aussi lourd, ainsi que le mépris des juges, l’arrogance des keufs ou des journalistes et des représentants de la Tan.

C’est toujours une guerre sociale et politique contre les classes dangereuses, un apartheid social qui prend de multiples formes, le libéralisme et le sécuritairesont deux composantes du néolibéralisme actuel, le capitalisme de notre temps.

Le cadre général :
surveillance et contrôle, panoptique numérique, un régime de gouvernementalité algorithmique =>
profilage statistique, accumulation énorme de données — importance du Big data déjà signalé par notre camarade Hervé —, exploitation des données comme le Data mining. Tout cela permet de constituer un double digital de la personne humaine qui sert debase aux recherches en cas de besoin pour l’État et pour le développement de la marchandise et du spectacle, … Ce double digital de notre vie nous échappe complètement, il est récolté partout et tout le temps.

§ Le jour même de l’événement :
* Police => surveillance et enregistrement de données, maintien de l’ordre, bouclage de la ville, répression, blessures graves par tirs tendu avec grenades et flash ball, arrestations musclées, coups, brûlures par les gaz projetés à courtes distances, …

* Rôle des politiques et des médias, => traitement de l’info, dramatiser, utiliser les images choc, désigner les coupables, isoler et discréditer les auteurs de violences, mise en avant du coût des dégâts, insistance sur les blessures du côté des keufs …

§ Après => la police recherche les profils, ce ne sont plus des enquêtes style Maigret ou Colombo ;
=> fichiers Adn, Stic, Rg, Dcri, etc. photos, vidéosurveillance, témoignages ;
panoptique numérique, traces Internet, historique de navigation, mails, historique des communications téléphoniques, écoutes, géolocalisation, répertoire et réseau relationnel, facebook, twitter, …. => nécessité de se protéger : Tails, Tor, …

§ Lors de la garde à vue la police complète son dossier souvent presque vide : elle cherche à faire parler les gens, tout ce qui est dit peut servir à faire condamner la personne, elle cherche à vérifier avec qui vous étiez, elle montre des photos de soi et d’autres personnes, si vous connaissez des zadistes, si vous allez sur la Zad, etc. ;
elle fait de l’intimidation, les flics utilisent toutes sorte de tactiques, ils sortent ce que les fichiers contiennent sur vous, il se servent de tout ce qui est à leur disposition comme les photos dans les téléphones ou les appareils numériques persos, les sms, les mails, les réseaux sociaux, …
L’examen des ordinateurs saisis peut permettre de trouver des documents légaux comme le « Guide du manifestant arrêté » du Syndicat de la magistrature, ce qui montre que vous avez une attitude qui met en cause la police et la Justice. Il y a bien sûr tous les fichiers liés aux activités militantes qui peuvent être retenus contre vous.
L’aveu est toujours un élément important de la procédure policière et judiciaire ;
=> le « je n’ai rien à déclarer » reste donc d’actualité, il faut pouvoir s’y préparer et s’y tenir, ce qui n’est pas forcément facile vu les pressions des keufs et tout ce qu’ils savent sur votre vie, le panoptique numérique tend à nous rendre transparent, ce qui peut faire flipper.

§ Justice : => nouvelles méthodes = profil de dangerosité, neutralisation ou élimination du danger potentiel. Les actes réels deviennent secondaires. La vie des gens est examinée via les infos disponibles et interprétées sous un angle bien précis : le mauvais comportement des personnes. La notion de « mauvaises intentions » fonctionne à plein régime et toujours à charge contre nous. Le juge devient le grand inquisiteur. Les mauvaises intentions sont prouvées par notre profil et les infos fournies, entre autres, par le panoptique numérique.
C’est la confirmation que continue la guerre sociale, l’apartheid social, le mépris de classe vis à vis des classes dangereuses ou susceptibles de l’être.
L’atteinte aux personnes en situation d’autorité est un éléments aggravant et justifie à lui seul les condamnations : flics, pompiers, policiers municipaux, Tan, agents des Mairies, personnel Caf dont les enquêteurs des visites domiciliaires, Pôle emploi, Sécurité sociale, Impôts, éducation nationale, Pjj, Assistantes sociales, vigiles, etc.
Les flics auteurs de violences sont protégés, il y a un traitement différentiel suivant qui on est.
Les condamnations à des peines de prison sont souvent assorties d’interdictions de territoire ou de manifester ce qui peut limiter de participer à beaucoup d’activités ;
Des interdictions de port d’armes style couteau de poche avec cran d’arrêt, lance-pierres, bombes lacrymo, matraques.
Il y a des interdictions de travail en lien avec des enfants ce qui revient à un interdit professionnel pour les profs ou autres personnes en contact avec des jeunes, les interdits peuvent avoir des conséquences graves pour les chauffeurs routiers ou des personnes qui travaillent pour les services publics.
Il y a eu des retraits de permis de conduire pour des gens qui en ont besoin tous les jours,
Toutes ces interdictions font que les contrôles des flics sont facilités comme la possibilité de condamnations ultérieures.

Des textes en ligne sur le panoptique numérique

Philippe Coutant, Nantes le 4 avril 2014 – Infozone

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